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CANNES : L'ADULTERE VU PAR WOODY ALLEN, AUTEUR DE THEÂTRE

« Sortir à Cannes » nous proposait pour cette période de fêtes une oeuvre légère et divertissante de Woody Allen : « Adultère », la version française de « Three One-Act Plays », autrement dit « 3 pièces en un acte ».
Ecrites en 2003 et présentées pour la première fois à Brodway, elles furent créées en France à l’automne 2006 au Théâtre de l’Atelier à Paris. Le public cannois a pu ainsi les apprécier ce samedi 22 décembre au Théâtre Debussy du Palais et découvrir un autre aspect de l'auteur de « Manhattan ».
Une tentative de dissection de l'adultère réunit ces trois courtes pièces :
« Riverside Drive », « Old Saybrook » et « Central Park West ».
Comme dans ses films, Woody Allen y met en scène des personnages issus de la bourgeoisie ou du milieu intellectuel new-yorkais dans une ambiance survoltée.
Notre préférence va à la première pièce « Riverside Drive », un peu plus sombre. Il s'agit d'une rencontre un peu étrange entre deux hommes, sur les quais de l'Hudson. Le premier, écrivain réalisateur attend sa maîtresse pour lui annoncer la rupture de leur liaison ; le second, SDF surgissant de l'ombre, un pied dans la folie, tente d'entamer une conversation avec l'artiste... Le thème de l'adultère s'élargit ici à des questions plus existentielles, notamment celles de la création artistique. Pour notre plus grand plaisir, l'humour teinté d'angoisse, si caractéristique de l'univers de Woody Allen, se fait ici pleinement sentir. D'autre part, les jeux de mots sont plus subtils que dans les deux autres pièces qui nous ont, à vrai dire, un peu déçus. A l'évidence, les dialogues de « Central Park West » et de « Old Saybrook » manquent un peu de saveur et penchent vers le vaudevillesque. Nous retrouvons deux situations avec une base presque identique : un mari trompe sa femme avec la meilleure amie ou la soeur de celle-ci. Notons pour la dernière un coup de théâtre qui apporte un peu de piment avec l'irruption sur scène du soit-disant auteur : acteurs et dramaturge débattent alors des diverses possibilités du dénouement de la pièce.
Assez caricaturale, cette mise en scène des archétypes de l'adultère n’échappe pas à une certaine lourdeur. Est-ce la traduction en français de Jean-Pierre Richard ou la mise en scène de Benoît Lavigne, toujours est-il que nous ne retrouvons pas tout à fait dans ces deux pièces la finesse à laquelle nous avait habitué le réalisateur new-yorkais, ou peut-être celui-ci est-il plus doué pour la réalisation de films que pour l'écriture théâtrale...
L'interprétation des acteurs (Pascale Arbillot, Anne Cressent, Xavier Gallais, Valérie Karsenti, Laurent d’Olce, Bernard Yerlès et Dominique Daguier ) pleine d'énergie frise parfois l'hystérie (surtout dans la deuxième pièce). Ceci dit, nous n'avons pas été insensibles aux prouesses et à la justesse de Xavier Gallais : drôle, parfois émouvant, il incarne un SDF, un écrivain raté puis un beauf septuagénaire un brin obsédé.
Par ailleurs, nous avons été agréablement surpris par la projection des génériques qui précédaient chaque pièce et qui faisaient office de rideaux mais aussi de prologues puisqu'il situaient les personnages et l'action ; ces créations vidéo, véritables petits bijoux graphiques, étaient soutenues par une bande son jazz irréprochable.
Même si nous émettons quelques réserves à propos de deux de ces pièces, le public semblait plutôt enthousiaste et heureux d'avoir passé un moment divertissant pour clore cette fin d'année 2007.

Géraldine Martin


© 2005 Evasion Mag