Charlotte VALANDREY : La fureur de vivre

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Toulon, fête du livre (Photo Christian Servandier)

Nous étions en 2005.
Je préparais, comme chaque année, le festival du premier film de la Ciotat dont j’étais le directeur artistique.
Comme chaque année, je devais composer un jury et j’avais mon ami Laurent Malet qui avait accepté d’en être président. J’avais aussi demandé à Marie-Dominique Girodet (ex Zidi) avec qui j’étais très ami et qui était productrice (Entre autres de « Pédale douce »). Je cherchais donc d’autres jurés et c’est elle qui me proposa d’inviter Charlotte Valandray. Elle fut l’héroïne de « Rouge Baiser » qui la fit connaîtr puis plus tard, de la série TV « Les Cordier ».
On ne parlait plus beaucoup d’elle mais pourquoi pas l’ajouter au jury ?
J’attendais celui-ci à l’hôte et  la porte d’ascenseur  s’ouvrit sur une fille échevelée qui, sans dire bonjour, me crié que l’hôtel ne lui plaisait pas et qu’elle n’y resterait pas une minute de plus.
C’était alors un hôtel tout neuf que tous les autres jurés trouvèrent très bien. Mais le ton montait, elle menaçait toujours de repartir et comme je ne suis pas particulièrement patient, je lui rétorquai que, n’étant pas Catherine Deneuve, nous nous passerions très bien d’elle.
Voyant que le ton montait, Marie-Do la prit à part et, après un long conciliabule, elle décida de rester.

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Ça commençait bien !
Les premières journées furent un peu houleuses, jouant à cache-cache avec moi, puis avec les photographes et les journalistes dont elle ne voulait pas entendre parler. Il faut dire qu’elle n’y mettait pas beaucoup du sien.
Jusqu’au soir de la remise des prix où nous nous retrouvâmes à table face à face. Et là, premier sourire, excuses et elle me confia qu’elle était désolée d’avoir agi ainsi mais qu’elle était malade et très préoccupée. J’excusais et elle partit le lendemain après qu’elle soit venue me dire au-revoir.
Marie-Do vient me confirmer qu’elle allait mal et que c’était pour ça qu’elle m’avait demandé de l’inviter.
Nous apprîmes par sa voix, à quelque temps de là, qu’elle avait contacté le sida par son compagnon.
Elle lutta comme une lionne, d’autant qu’après ça elle dut subir une greffe dont elle sortit et elle eut même, chose qu’elle n’attendait pas, une fille prénommé Tara. Et cela lui donna une fureur de vivre incroyable.

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A partir de là, sa carrière fut en dent de scie mais elle se mit à écrire, d’abord en racontant tout ce par quoi elle était passée puis, ayant découvert l’écriture, elle sortit plusieurs livres.
Je la retrouvai à  fête du livre de Toulon et ce fut d’heureuses retrouvailles. Chaque fois qu’un de ses livres sortait elle me l’envoyait avec une adorable dédicace.
Nous devions nous retrouver au festival télé d la Rochelle où, avec une partie de l’équipe, elle venait présenter la série qui cartonnait « Demain nous appartient » et nous passâmes une sympathique soirée avec les héros de la série. !
Dernière rencontre, dernières photos : Elle vint, il y a trois ans, jouer avec un autre ami, Christian Vadim « Station Bonne Nouvelle » où tous deux étaient drôles et romantiques à souhait.

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Elle venait de réaliser un vœu, une envie qu’elle avait depuis longtemps : réaliser un disque avec ses propres chansons  intitulé « A tout à l’heure » avec une chanson… Prémonitoire ? « Plus de temps à perdre ». Elle n’aura que le temps de faire un très joli clip avec la reprise de Marie Myriam « L’enfant et l’oiseau ». Une seconde greffe lui aura été fatale.
Aujourd’hui, je n’ai envie de garder que le souvenir de nos jolies rencontres et je garde d’elle quelques derniers mots qu’elle m’a écrits.
Bon voyage, Charlotte

Jacques Brachet
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La seule photo qu’elle accepta à la Ciotat



Alain CHAMFORT, « rockmantic » musicien !

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50 ans…
Non, ce n’est pas son âge ni le mien puisqu’il et de 1949 et moi de 1946.
Mais ça fait 50 ans qu’on se côtoie et ça a commencé avec Claude François et les disques Flèche en 72.
Il était en tournée avec lui et moi je suivais la tournée en tant que journaliste. Et je travaillais avec Claude sur les chanteurs qu’il produisait. Dont Alain.
Durant toutes ces années, nous nous sommes souvent croisés et rencontrés, reprenant à chaque fois notre conversation où elle s’était arrêtée.
De Clo-Clo à Gainsbourg en passant par Véronique Sanson, Lio, Jacques Duvall, Boris Bergman, Dick Rivers, Jacques Dutronc, Michel Pelay, Etienne Roda-Gil, et bien d’autres, Alain a tracé une carrière originale avec des hauts et des bas, comme beaucoup d’artistes mais toujours là avec de belles mélodies aussi différentes que celles enregistrées chez Flèche (Dans les ruisseaux, signe de vie, signe d’amour, l’amour en France) ou que les chansons écrites avec Gainsbourg (Bambou, Manureva)
Plus musicien que chanteur au départ, il fut dans les chœurs de Séverine pour l’Eurovision, Séverine avec qui il chanta sur scène.
Après le Liberté à Toulon où il est venu chanter en piano-voix, le voici qui reviendra le jeudi 21 juillet à Sanary, sous les étoiles, toujours en piano-voix.
Retrouvailles avec Alain.

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« Comment sera composé ton récital, Alain ?
Je suis en train d’y mettre les dernières touches. Ce sera un mélange de mes anciennes et de mes nouvelles chansons, afin que le public toutes générations puisse y prendre plaisir. Des chansons connues, d’autres moins connues mais je pense que tout le monde s’y retrouvera.
Ton dernier album est tout différent puisque fait avec un orchestre symphonique !
Oui, ça s’est passé durant le Covid. La directrice de l’Opéra de Montpellier m’a proposé de faire un concert avec son orchestre symphonique. Ça a été un long travail de préparation, un travail excitant. Et le concert a été déprogrammé car il devait se jouer le premier jour du second confinement !
Il s’est donc quand même fait sans public. Il y a eu une captation dont on a sorti un DVD puis un double album « live » intitulé « Symphonique Dandy ». Ce concert devait être suivi d’une tournée, tout a été annulé mais nous sommes en train de la remonter pour 2023.
Comment ça va se passer ?
Je jouerai avec à chaque fois l’orchestre symphonique des villes où je passerai, avec un chef d’orchestre qui sera le même sur chaque date. Il n’y aura pas de section rythmique mais des arrangements classiques qui seront en cohérence avec les mélodies.

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Tu es compositeur et un magnifique mélodiste, tu as travaillé avec beaucoup d’auteurs de talent et, à part pour Claude, tu as écrit pour nombres de femmes : Lio, Jane Birkin, Viktor Lazlo, Dani, Vanessa Paradis, Line Renaud… Pourquoi pas les hommes ?
Parce que personne d’autre ne m’a demandé de chansons ! Tu sais, je ne vais pas proposer mes chansons, ce sont les chanteuses qui viennent m’en demander. Je compose à la demande. Alors si on ne vient pas vers moi, je ne compose pas ! J’ai travaillé avec le groupe Toxic Advanger qui est un groupe électro. Mais pour l’instant je n’ai pas de demandes !
Surprise : tu as enregistré « La décadanse » de Gainsbourg. Inattendu, non ?
(Il rit) oui, nous avons fait ça au départ pour la télé avec Héléna Nogueira. Puis l’idée m’est venue de l’enregistrer. A ce moment-là Héléna n’était pas libre et je l’ai fait avec une jeune chanteuse Mylène Champenoy.
Tu l’as fait de façon originale, d’abord très suggestive et tu as inversé les rôles : ce que chante Gainsbourg c’est Mylene qui le chante et vice-versa !
Oui, j’ai trouvé ça à la fois drôle et intéressant puisqu’aujourd’hui, avec l’évolution de la femme, elle prend de plus en plus le pouvoir il y a plus d’équité et j’ai voulu participer à cet équilibre.
Tu es apparu dans « The voice » en tant que coach avec Jenifer… C’était nouveau pour toi !
Remettons les choses en place : c’est Jenifer qui était le coach et la production a voulu pimenter l’émission en faisant assister les coaches par des invités. J’ai fait partie de ceux-là. Mais ce n’était pas pour coacher. C’était juste une présence, une idée de la prod, qui a été sans lendemain.
Tout petit, tu as été attiré par la musique…
Oui, j’ai appris le piano dès 4 ans et je devais à 12 ans entrer au Conservatoire. Mais alors, j’ai été attiré par d’autres musiques. Nous étions en 62/63, plein de groupes naissaient tout comme d’autres musiques venues d’Amérique. J’ai été attiré par ce milieu où je me sentais plus à l’aise que dans le milieu plus guindé de la musique classique. C’était une autre forme de musique qui m’a beaucoup excité.

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Et pourtant tu reviens aujourd’hui à la musique symphonique !
Oui, j’ai évolué, tout a évolué et comme je compose des musiques plutôt « classiques » beaucoup se prêtent à cet habillage. Grâce à des harmonies plus riches, elles prennent une autre forme et sont mises en valeur.
Pour en revenir à Claude François, c’est lui qui t’a fait chanter…
Pas vraiment. J’avais fait des essais en 68 grâce à Dick Rivers qui avait produit deux ou trois 45 tours de moi dont on n’a jamais entendu parler. Du coup j’ai renoncé et décidé d’écrire pour les autres. C’est la parolière Vline Buggy qui m’a fait rencontrer Claude et Claude entendant ma voix, a décidé de me produire en tant que chanteur. Et l’ai intégré la maison.
En fait, tu n’as pas beaucoup écrit opur Claude.
Non, j’ai dû lui faire deux ou trois chansons dont une qui a une histoire.
Paul Anka, qui avait fait la version américaine de « Comme d’habitude », (« My way »), passe un jour par Paris et vient faire un tour chez Flèche pour trouver des chansons. Il tombe sur une de mes musiques qui lui plait et en fait « Do I love you ». Claude est content mais aussi vexé car il avait refusé la mélodie… qu’il s’est empressé de faire sous le titre « Plus rien qu’une adresse en commun » !
Ça c’est du Claude pur jus ! Que te reste-t-il ce ces années Flèche ?
Des souvenirs très mêlés. C’est un moment de ma vie très hystérique ! Nous enchaînions les galas et les trajets de 500 bornes, il y avait toujours un musicien à remplacer, un costume à changer, enregistrer un disque tous les six mois, nous vivions dans un tourbillon de folie mais c’était malgré tout une époque chouette, excitante. Tu le sais, avec Claude ce n’était pas toujours facile, il pouvait être très désagréable, très jaloux. Mais j’étais à bonne école au niveau exigence.

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C’était plus calme avec Gainsbourg ?
C’était, disons, une autre façon de vivre. Ce qui a été formidable avec lui c’est d’enregistrer en Amérique avec les plus grands musiciens. C’était plein d’énergie, plus affirmé, ça me sortait de la musique de variétés pure et je trouvais des musiciens qui rejoignaient vraiment la musique que je voulais faire. C’était d’une efficacité redoutable. Très rock’n’roll !
D’ailleurs, le premier album que nous avons fait s’intitulait « Rock’rose ». Il n’a hélas pas marché et après ça, Serge s’est fait tirer l’oreille pour retravaille avec moi. Il s’est contenté de m’écrire des textes… Et c’est alors qu’est arrivé le succès de « Manureva ». Du coup on a retravaillé ensemble.
Aujourd’hui, où en es-tu de tes projets ?
On reprend pied après le Covid… enfin, on l’espère. Il y aura donc cette tournée symphonique et là, je suis en train d’enregistrer un nouveau disque avec Jacques Duvall, avec qui je travaille depuis 25 ans et Pierre-Dominique Burgaud.
Avec qui tu avais fait « La vie Saint-Laurent ?
Oui, c’était son idée. C’est un ami qui a un parcours original : il était directeur artistique dans la pub jusqu’au jour où il a tout laissé tomber pour écrire des chansons. Ca a entre autre donné la comédie musicale « Soldat Rose » !
Un jour il me montre quelques textes que lui ont inspirée la vie de St Laurent. Au départ, ce n’était pas un projet forcément évident et « rentable ». Mais en deux ou trois chansons qu’il m’a faites lire, j’ai trouvé qu’il avait réussi à raconter sa vie de manière très poétique avec une possibilité de mettre ces textes en chansons.
Connaissais-tu Yves St Laurent ?

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Pas du tout, je ne l’ai jamais rencontré, je savais bien sûr qui il était mais ça ne me passionnait pas plus que ça. J’ai donc lu des biographies et je me suis rendu compte de ce vrai destin exceptionnel. C’était un personnage emblématique du dernier siècle, de l’après-guerre, qui avait vécu à la même époque que moi, en parallèle, dans des sphères différentes et qu’on aurait pu se croiser. Mais ça ne s’est pas fait.
Je me suis alors rendu compte que son histoire était presque du domaine du roman, son enfance, sa trajectoire, son destin tragique malgré les apparences… Un vrai personnage de roman. Nous l’avons alors traité de la manière qui nous semblait la plus proche de l’idée qu’on s’en faisait ».

Revoilà donc Alain dans « le circuit après covid » comme beaucoup d’artistes, en espérant que « ce mal qui répand la terreur » ne viendra pas, une fois de plus, tout chambouler.
Et que nous nous retrouverons à Sanary pour fêter nos 50 ans d’amitié !

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Christian Servandier

 




Tarek BOUDALI : Un menteur bien sympathique

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Depuis qu’il a 7 ans, Jérôme vit dans le mensonge. Pour faire plaisir à son père il lui a dit un qu’il avait mis quatre buts au foot. Il a vu un tel plaisir chez son père, qu’il ne va plus arrêter de mentir, pour faire plaisir à tout le monde, pour enjoliver sa vie, pour se rendre intéressant. Pour inventer sa vie.
Mais ses mensonges deviennent tellement énormes que plus personne ne le croit et qu’il insupporte tout le monde. Jusqu’au jour où tous ses mensonges se réalisent et lui pourrissent la vie, ainsi que celle de son frère Thibault. Sa vie devient alors un enfer.
Et voilà que le film d’Olivier Baroux donne naissance à un nouveau duo de cinéma irrésistible : Tarek Boudali (Jérôme) et Artus (Thibault).
Un film à cent à l’heure, totalement déjanté, iconoclaste, où les situations deviennent  des moments de folie pure.
On est à la fois dans le thriller, la science-fiction, et la comédie pure.
Olivier Baroux retrouve Tarek Boudali dix ans après leur première rencontre sur le film « L’Italien »
Et nous les retrouvons au Pathé de la Valette. Retrouvailles avec Tarek qu’on a déjà rencontré avec son complice Philippe Lacheau et qu’on a plaisir à revoir, même si tous deux commencent un peu à fatiguer, malgré le plaisir de rencontrer le public.

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« Nous terminons – nous confie Olivier – un périple de 36 villes, ce qui fait à peu près cent salles  et dix mille spectateurs… Je reconnais que c’est fatigant mais on a tellement de plaisir à rencontrer le public qui, en plus, nous dit merci après avoir vu le film. C’est réconfortant car après tout, c’est pour lui qu’on fait des films. Alors c’est nous qui lui disons merci, ce que je fais dans le générique de fin, car sans lui, on n’est rien.
Tarek-Olivier, ce sont des retrouvailles !
Oui, et c’est un véritable plaisir que de se retrouver. Il semblait qu’on s’était quitté la veille…
Vous avez tout de suite pensé à lui plutôt qu’à votre complice Kad Mérad ?
Oui, ça s’est fait tout naturellement. J’avais quelques noms en tête et très vite Tarek s’est imposé.
Je n’ai pas pensé à Kad car il est trop vieux pour être le frère de Jérôme ! Mais nous avons déjà des projets ensemble. En tout cas, ça a été un grand plaisir de retrouver Tarek.
« Menteur » est une adaptation d’un film québécois.
Oui, c’est Gaumont qui m’a parlé de ce scénario et j’ai tout de suite accroché car le mensonge est universel. Pour mille raison, chacun ment, pour faire plaisir, pour éviter de faire de la peine, pour se faire plaisir aussi, quelquefois pour se venger… Il y a mille sortes de mensonges. Par contre, j’ai dû modifier des scènes, des mensonges qui me semblaient purement québécois, nord-américains et qui ne marcheraient pas avec les français. J’ai dû modifier un tiers du scénario. Ce qui n’est pas énorme, en sachant que sur certains scénarios, il ne reste qu’une ligne et tout le reste change. Je l’ai vécu avec des adaptations italiennes de mes propres scénarios.  Quant à moi, je voulais trahir le moins possible le film québécois… Que je n’ai pas voulu voir avant que le tournage ne soit terminé.

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Olivier, être menteur : défaut ou qualité ?
Je dirai que… c’est la vie ! On a tous menti un jour ou l’autre pour diverses raisons. Je ne trouve pas ça amoral.
Et toi Tarek, qu’est-ce qui t’a poussé à accepter ce rôle ?
Le scénario proprement dit car c’est vrai que le mensonge est un sujet éternel. Et puis mon rôle, qui me faisait jouer sur deux tableaux : la comédie proprement dite, pour laquelle on me connaît car j’aime faire rire. Mais au fur et à mesure, il y a une certaine émotion qui s’installe et ça, c’était nouveau pour moi et j’ai beaucoup aimé le faire. J’ai bien aimé jouer sur l’émotion.
C’est un nouveau registre pour toi. On ne te propose pas ce genre de film ?
Rarement car on me connait dans un registre comique. On m’a proposé ce genre de rôle une ou deux fois mais ça ne me convenait pas. Mais j’aimerais faire ce genre de choses car je suis un comédien et j’ai envie de faire autre chose que de faire rire, de temps en temps. Même si je me sens à ma place dans les rôles comiques et si, globalement, c’est ce qu’on me propose. Mais je suis ouvert à toute proposition.
Olivier, Nice est une ville que vous appréciez. C’est la quatrième fois que vous y tournez !
Comment ne pas l’apprécier ? Il y fait souvent soleil, météo garantie,  le site est magnifique. Et tourner à Nice a un avantage : il y a les studios de la Victorine, ce qui est très pratique, et nous fait gagner du temps.
C’est vrai que c’est plus agréable que de tourner à Lille !
Détrompez-vous ! D’abord il y a de très beaux lieux, les gens y sont très accueillants… Même s’il y manque un peu de soleil !

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Tarek, tu as des scènes de combat…. Facile ou pas facile ?
Pour la première, je l’ai apprise en une heure. Pour la seconde j’ai eu trois séances d’entraînement. Mais je mets un point d’honneur à faire moi-même les scènes de cascades, je ne  me fais jamais doubler… Tom Cruise se fait-il doubler ???
Olivier, un grand duo de cinéma est-il né ?
Pourquoi pas ? Si ça marche, j’en serai très heureux. En tout cas, sur le tournage ça a super bien fonctionné, tout le monde était au diapason. Lorsqu’on est chef d’orchestre il faut avoir de bons instruments et des bons musiciens. Tout était là pour que ça fonctionne au mieux.
Etes-vous un réalisateur qui écoute ses comédiens ?
Je suis très ouvert à toute propositions, si elles sont bonnes, je prends, je peux même laisser les comédiens décider si c’est dans le droit fil de ce que je veux faire, de ce que j’ai imaginé, si ça peut apporter un plus au film.
Je suppose que chacun de vous a des projets ?
– Tarek : J’ai deux projets avec « la bande à Fifi » dont « Alibi.com 2 »
Olivier : J’ai aussi deux projets dont je ne peux pas trop parler. Mais le second sera un film écrit pour une comédienne… dont je ne vous dirai pas le nom !
Et si elle refuse ?
Ce sera la cata ! En principe, j’écris en pensant vaguement à des comédiens mais sans trop m’accrocher car, comme vous le dites, il peut toujours y avoir un refus. Mais là, j’ai vraiment pensé à cette-comédienne-dont-vous-ne saurez-pas-le-nom !!!
Et je pense qu’elle dira oui… Sinon…

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Propos recueillis par Jacques Brachet
Photoscréations.fr
En salle le 13 juillet

Le Théâtre de Fortune
« Le Cid » revu et corrigé par Marie-Paule MARTINETTI

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Marie-Paule Martinetti est prof de Français. Elle aime donc les beaux textes, elle aime les dire, elle aime les jouer, elle aime les faire jouer.
Après avoir créé au Collège Reynier de Six-Fours, une section théâtre, elle a fait comme Molière : créé une compagnie amateur, Le Théâtre de Fortune, qui, depuis quelques années, révèle des talents en herbe et surtout, les fait profiter de sa passion qui devient la leur.
Mais la dame écrit aussi et sa dernière œuvre en date est une parodie du Cid, intitulée « Le Cid 2022, tragi-farce en un acte, un point c’est tout… Mais quel acte ! »
Pour une fois la fortune n’a pas tout de suite été au rendez-vous : Victor Raquin, qui interprète à la fois Rodrigue, la duègne de Chimène et le roi a le covid. Annulation.
Irremplaçable, il a donc fallu attendre qu’il se remette, que Marie-Paule retrouve un lieu et miracle : c’est le Club l’Impasse à la Seyne qui lui ouvre ses portes. Et la veille du spectacle, c’est Nolan Solari, qui joue le père de Rodrigue… qui a le covid… Décidemment le sort s’acharne sur le Cid !

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Mais contre mauvaise… Fortune, le covid n’aura pas le dernier mot et voilà que Marie-Paule a pris son épée, sa perruque et son texte et deviendra Don Diegue !
Et bien lui en a pris car ce fut un vrai succès malgré les aléas de la fortune !
Que dire du texte sinon que Marie-Paule a le don des trouvailles qui font mouche, le sens de la répartie, d’un humour déjanté et, mêlant les fameuses vraies stances de l’œuvre de Corneille, elle y ajoute ce brin de folie qui a fait éclater le public de rire.
Il faut dire que le texte était bien servi par ces apprentis comédiens qui l’on choppé à merveille, le prenant sans temps mort, malgré les difficultés d’un décor fait au débouté, tout en rouge et noir, non comme Jeanne Mas, non comme le RCT, non comme Stendhal… Mais comme le mariage de Corneille et de Martinetti.
S’il avait de l’humour, Corneille a du se retourner dans sa tombe pour pouffer de rire !
Parlons donc des comédiens car ils méritent tous des éloges.
D’abord Victor Raquin qui nous offre deux performances : celle de changer de personnage à – presque – vu car, avec son presque deux mètres, sa tête sortait du rideau qui servait de coulisses et ça, déjà, c’était très drôle. Et puis la performance de changer de personnage, de costume et de voix avec des mimiques incroyables, c’est une réelle performance. Je ne dirai pas qu’il deviendra grand car il doit avoir atteint la côte d’alerte ! Mais il a de l’avenir et des dons certains pour la comédie.

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Eloïse Godefroid est Chimène, belle, lumineuse, à la fois romantique dans ses scènes d’amour et hystérique lorsqu’elle apprend que Rodrigue a tué son père. Elle a du punch et un charme fou.
Don Gomès est… un homme… oh… il s’appelle Laurène Tellier… Eh oui, c’est une fille mais ça passe sans problème et elle ne lâche jamais son rôle, même lorsqu’elle est confrontée au géant qu’est Rodrigue. Confrontation d’autant plus drôle.
Ces trois comédiens ont déjà quelques années de cours avec Marie-Paule et ça paye !
Bon, venons-en au dernier et non le moindre : Nathan Teisseire qui est le récitant. Avec un flegme et un humour tout à fait britannique, il envoie le texte contre vents et marée, suivant les événements, sans se départir de son élégance et de son ironie naturelles. Que voilà un petit nouveau à suivre.
Que dire de l’auteure, de la metteuse en scène et… de la comédienne de dernière minute ?
Qu’elle n’a rien lâché, que même super-stressée, elle a balancé le texte qu’elle ne connaissait que pour l’avoir écrit … Et ça a marché !
Le public a beaucoup ri et… pour un coup d’essai ce fut un coup de maître !
Aujourd’hui, le Théâtre de Fortune a pignon sur rue. De cette troupe l’on trouve de belles pépites et certainement, parmi eux certains vont continuer une route, certes pas toujours facile mais à cœur vaillant rien n’est impossible.
Et voilà qu’aujourd’hui ils vont vivre une grande aventure : ils joueront ce « Cid 2022 » au festival… d’Avignon … Mais oui !
Comme quoi la valeur n’attend pas le nombre des années !!!

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Jacques Brachet
theatredefortune.var@gmail.com


Christiane BROUSSARD – Joseph CONSTANT FORTI
peintres de père en fille

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Je vous ai déjà parlé de Christiane Broussard, peintre varoise qui, aujourd’hui, s’est fait un nom dans le domaine de l’art et qui est de plus en plus demandée dans les galeries et autres lieux d’exposition.
Mais il est un peintre peu connu qui se nomme Joseph Constant… et qui est son père !
De naissance italienne, il vient s’installer avec ses parents à la Seyne sur Mer. Il a trois ans et fera ses études à l’école Martini. A 17 ans, il rencontre celle qui va très vite devenir sa femme. Elle est de St Mandrier et ils sont tous deux nés le même jour, le même mois, la même année !
Après un bac technique et un diplôme d’ingénieur, il sera embauché  à 39 ans à Cadarache .
C’est alors qu’il se rend compte que la mer, son bateau, son jardin lui manquent et qu’il doit faire quelque chose en dehors de son travail. Il aime la musique, la peinture et du coup, il s’installe un atelier où il va commencer à peintre, en autodidacte et même s’il se trouve qu’il a un bon coup de pinceau, il peindra toute sa vie pour le plaisir, en amateur et ses toiles seront accrochées un peu partout sur les murs des maisons de sa famille et de ses amis.

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Sanary et les Sablettes, vus par Joseph Constant

Entretemps, Christiane est arrivée et très vite, aux côtés de son père la passion de la peinture lui vient tout naturellement. Mais elle, elle ira plus loin car elle va suivre des cours d’Histoire de l’Art aux Beaux-Arts de la Seyne où le peintre Raymond Scarbonchi lui fait comprendre qu’elle est faite pour être peintre.
Si son père peint à l’huile, elle ira vers l’acrylique. Il s’y essaiera mais reviendra à l’huile… et elle restera à l’acrylique !
Ils partageront la même passion jusqu’à la mort de celui-ci en mars de l’an dernier, très vite suivi par sa femme.
Du coup, même s’il n’est pas devenu un peintre célèbre, Christiane décide de lui rendre hommage en mêlant leurs deux œuvres dans ce beau lieu qu’est l’Ermitage à St Mandrier.
Une salle pour elle, une salle pour lui.
Deux styles très différents, lui dans le plus pur style provençal où, de Sanary à St Tropez en passant bien sûr par la Seyne, il peindra toute sa vie des paysages, des bateaux,  la mer omniprésente dans ses tableaux.

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Les Sablettes vues par Christiane Broussard

A côté, les œuvres de Christiane qui, au fil des années, s’est éloignée de la réalité pour, épurée, se rapprocher de l’impressionnisme  en passant par l’abstraction.
Les points communs du père et de la fille : la passion d’abord mais aussi l’amour de leur Provence car on retrouve chez Christiane ces paysages qui lui sont chers : la campagne provençale et la mer, toujours renouvelée. Si les couleurs de son père sont éclatantes, quelquefois violentes, celles de la fille sont souvent dans les camaïeux où dominent le bleu, du ciel, de la mer de Provence Mais aussi des tons de rouge au rose qui font aussi partie du paysage provençal.
Elle est méditerranéenne, varoise, seynoise et ses toiles en sont le témoignage.
Idée belle et émouvante que celle de se retrouver tous deux dans cette exposition que vous pouvez encore voir jusqu’au 3 juillet.

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Christiane devant les œuvres de son père

Après ça, vous pourrez retrouver Christiane Broussard, toute seule, comme une grande, à la Maison Flotte de Sanary du 5 au 20 juillet et à la Batterie du Cap Nègre de Six-Fours du 29 octobre au 19 novembre.
Christiane et son époux voyagent beaucoup, à la découverte d’autres pays, d’autres paysages mais, comme Ulysse, si elle fait de beaux voyages elle revient toujours, heureuse, vers sa ville natale, sa mer, son soleil… et ses pinceaux !

Jacques Brachet


Six-Fours
Philippe JAROUSSKY… Un ange est entré dans la Collégiale

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Jamais l’on n’avait vu les spectateurs de la Collégiale dans une telle liesse. Des cris, des applaudissements à n’en plus finir, une standing ovation qui n’en finit pas…
Le récital de Philippe Jaroussky a fait se lever comme un seul homme, un public totalement sous le charme et obnubilé par la voix de celui que l’on considère comme le meilleur contre-ténor du monde.
Et il fut pour nous, toute une soirée, grâce à Jean-Christophe Spinosi qui préside et anime ces superbes nuits de la Collégiale.
Avec l’ensemble Matheus, il ont interprété « Orlando et Olimpiade » de Vivaldi et « Serse » d’Haendel. Ce fut magique, incroyable, le magnifique orchestre de Spinosi offrant un écrin superbe à ce chanteur hors norme qui a su conquérir les amateurs de musique classique du monde entier.

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Et quelle joie et quel privilège qu’il m’accorde une interview en toute simplicité car il est loquace, nature, sympa, souriant sous ce regard bleu et ce visage qu’il a gardé de l’adolescence.
Il s’installe face à la mer pour profiter du panorama que nous offre la collégiale !
Philippe, l’on vous considère comme la plus belle voix du monde…
Malheureusement…
Vous pouvez répéter ?
Oui ça semble bizarre mais j’ai le syndrome du chanteur qui n’aime pas sa voix et qui rêvait d’avoir une voix de ténor ! Lorsque j’entends chanter les grands ténors, je me dis que jamais je ne pourrai interpréter ces musiques… Mais rassurez-vous, je le vis bien !
Encore heureux ! D’autant que vous pensiez devenir violoniste ou pianiste !
C’est vrai, j’ai découvert et débuté le violon à 11 ans, alors que je ne suis pas d’une famille particulièrement mélomane. Et puis, j’ai découvert le sopraniste Fabrice di Falco. J’ai trouvé que sa voix avait une ressemblance avec l’aigu du violon. J’avais 18 ans et j’ai eu envie de suivre cette voie… et cette voix !
Je suppose que vous l’aviez déjà, cette voix ?
Même si ça paraît présomptueux, je pense qu’on ne devient pas contre-ténor, on l’est. Après ça, il faut beaucoup de travail, il y a un mix physiologique à trouver. On me disait que j’étais un bon musicien mais pas un bon technicien, on m’a parlé de respiration, d’interprétation des textes… Ça m’a beaucoup plu et je me suis mis au travail. Il a fallu pour cela que je me décomplexe.
Pourquoi ? Vous étiez complexé ?
Oui car je trouve que chanter est très impudique, il faut chanter en regardant le public, pas comme avec un instrument derrière lequel on peut se cacher. Tout est intérieur. Il m’a fallu du temps pour trouver une certaine fraîcheur. C’est ce qui est important. La voix ne doit pas être seulement un cache misère.

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Vous arrivez dans un monde où les contre-ténors sont un peu passés de mode…
Lorsque je suis arrivé, cela commençait à s’inverser. On commençait à retrouver ces voix qui furent longtemps à la mode avec les castrats, ces voix qui interpellaient parce que pas communes. Il y a aujourd’hui une évolution et je suis content que des chanteurs comme moi, comme Gérard Lesne ou comme Andreas Scholl qui fut mon professeur, soient connus et reconnus. Nous faisons partie de la nouvelle génération, nous avons ouvert une voix plus sportive, plus… pyrotechnique ! Certains opéras sont aujourd’hui à nouveau joués.
De plus, chaque voix de contre-ténor est différente. Il n’y en a pas une seule pareille.
Qu’est-ce qui a fait de la vôtre quelque chose d’unique ?
Un timbre très clair, plus de charme et de la juvénilité dans le timbre je pense.
Vous avez créé l’Académie musicale qui porte votre nom…
Oui, cela fait cinq ans et, avec des professeurs nous enseignons le violon, le violoncelle, le piano à de jeunes enfants de 7 à 12ans (Jeunes apprentis) et de 18 à 30 ans (jeunes talents), non pas pour faire de tous de grands musiciens mais pour leur ouvrir des horizons, leur donner l’envie d’aller plus loin que les cours qu’on leur donne à l’école, même si ça a un peu évolué.  On leur offre des moyens d’accéder à la musique, à la culture, de les accompagner dans leur insertion sociale ou professionnelle. On  les garde trois ans. Nous leur donnons le plaisir de découvrir la musique mais aussi de se découvrir eux-mêmes. Et même s’ils n’en font pas leur métier, ça leur donne une chance, ça leur ouvre des portes. C’est une grande fierté pour moi.
Mais vous n’enseignez pas le chant ?
Non car, juste à côté de nous, il y a une grande école de chant, de comédie musicale.
Par contre, je donne des master class à cinq chanteurs par an, que je suis de près.
Hélas, le Covid a bouleversé beaucoup de choses et a fait de grands dégâts ».

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Nous avons cette conversation sur la terrasse de la collégiale, entre deux poses, et l’ami Spinosi vient nous interrompre : « C’est bien joli de parler mais le travail nous attend… Et je lui ai tout raconté sur toi. Je lui ai dit tout le mal que je pense de toi ! »
Atmosphère bon enfant. Avant de repartir répéter, il me dit sa joie de retrouver Jean-Christophe :
« Dès notre première rencontre, il y a eu un coup de foudre entre nous et dans la foulée nous avons enregistré quatre opéras ! Nous avons beaucoup travaillé ensemble, enregistré de disques et fait nombre de concerts. Sans jamais nous quitter vraiment, il s’est passé dix ans sans que nous travaillions ensemble. Et nous retrouver aujourd’hui dans ce lieu enchanteur est chargé de joie et d’émotion.
De curiosité aussi car en dix ans nous avons évolué chacun de notre côté et cela fait un drôle d’effet de retrouver des œuvres que nous avons déjà jouées ensemble mais que ce soir nous jouerons certainement différemment ».

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Bon, cette fois il faut s’arrêter. Juste le temps de faire quelques photos… sans Jean-Christophe qui est déjà dans la nef… Et qui attend Philippe !
Une petite histoire très jolie : celle de son nom.
En effet, fuyant la révolution russe, son arrière-grand-père arrive en France, à la frontière sans savoir parler français. Et bien sûr, la première chose qu’on lui demande c’est « Comment vous appelez-vous ? ». Il ne comprend pas et croit qu’on lui demande d’où il vient et il répond : « ya-russky »
Et c’est ainsi qu’on l’inscrit et qu’il devient Jaroussky !

Propos recueillis par Jacques Brachet

 



Six-Fours – La Collégiale St Pierre
Jean-Christophe SPINOSI… Le retour, 9ème !

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Pour la neuvième année, l’immense musicien, violoniste et chef d’orchestre de l’Ensemble Matheus, investit la Collégiale St Pierre, pour le bonheur des mélomanes, d’autant qu’il vient avec des artistes prestigieux : Philippe Jaroussky, Brigitte Fossey, Andréas Scholl…
Quatre soirées rythmées par les musiques de Vivaldi, Haendel, Mozart, Haydn, Pergolese, qui ont fait collégiale comble pour apprécier le nec plus ultra de la musique sacrée.
Aujourd’hui Jean-Christophe Spinosi est devenu, comme les frères Capuçon, l’ami incontournable de la ville de Six-Fours. Et comme tous ces musiciens dits « classiques », ils ont une simplicité et une humilité dont toutes ces pseudo-stars nouvelle génération pourraient prendre exemple.
Jean-Philippe, que l’on retrouve avec plaisir au bord de l’eau et qui, malgré quelques problèmes, car sa femme s’est cassé le poignet alors qu’elle devait être dans l’orchestre, vient nous parler du programme qu’il nous a concocté… avant de consommer une magnifique daurade !

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« En voici un que l’on n’attendait pas à la Collégiale, lui qui joue dans le monde entier dans des salles immenses : Philippe Jaroussky
Philippe, je l’ai auditionné alors qu’il débutait. Il avait 19 ans. J’ai tout de suite été admiratif de cette voix unique au monde et ça a très vite collé entre nous. Nous avons presque le même âge, nous avons presque débuté ensemble et des liens indissociables se sont créés entre nous. Nous avons en fait grandi ensemble, c’est un compagnon de jeunesse, nous avons très vite fait de nombreux concerts, de nombreux disques. Mais là, ça faisait à peu près dix ans que nous n’avions rien fait ensemble. Ce concert, composé de « Serse » de Haendel et « Orlando et Olimpiade » de Vivaldi est une avant-première et nous allons faire une tournée.
Jouer avec le plus grand contre-ténor du monde, qui plus est un ami, est un grand honneur et un grand bonheur.
Sa voix est unique mais avec une telle voix, y a-t-il, en dehors du baroque, un répertoire assez large ?
Pas « assez » mais « très » large car c’est une voix qu’il module et il peut chanter de nombreuses choses auxquelles on ne pense pas à priori. Ce n’est pas qu’une voix baroque mais une voix contemporaine. La preuve en est des chanteurs comme Jimmy Sommerville, les Beach Boys, et même M. Ce sont des voix de falcetto, en français « de fausset » , des voix qui font résonner les notes dans la tête et non dans la poitrine et qui peuvent monter très haut dans l’aigu.

Et puis il y a au programme « La messe en ut de Mozart »
C’est une œuvre colossale où l’on découvre tout l’art et le génie de Mozart. C’est une musique qui sonne comme un opéra et Milos Forman, dans son film « Amadeus » en a fait un chef d’œuvre. Bien qu’inachevée, cette messe est le ciel de la musique, c’est fort en émotion. Je ne l’avais encore jamais jouée.

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Et voici encore une artiste inattendue : Brigitte Fossey !
Bigitte Fossey, je connaissais la grande comédienne qui, depuis « Jeux interdits » où elle était une enfant, est devenue la grande artiste que l’on sait. Nous avions failli travailler ensemble  sur « La flûte enchantée » de Mozart mais cela ne s’est pas fait et je ne l’ai pas rencontrée.
Et puis, j’ai appris, en lisant une interview d’elle, qu’elle avait voulu mettre en scène un opéra de Rameau. Cela ne s’était pas fait non plus mais elle disait que, si ç’avait été le cas, c’était avec moi qu’elle aurait voulu le faire !
Lorsqu’on a envisagé de mettre au programme « Les sept dernières paroles de Christ en croix » sur la musique de Joseph Haydn, j’ai pensé à elle. Je l’avais déjà monté avec Michaël Lonsdale, Daniel Mesguish et un certain Mathieu Spinosi comme récitant. Et je me suis dit pourquoi pas une femme ?
Et revoici un contre-ténor : Andréas Scholl
Oui, j’ai fait appel à lui car fut le professeur de Philippe Jaroussky. Andréas Scholl, est une légende, qui fait avec sa voix de falsetto, des choses incroyables, que l’on a du mal à imaginer. Il a interprété avec maestria Bach, Scarlatti, Purcell, Gluck, Haendel et pour cette soirée ce sera Vivaldi et Pergolèse
Voilà comment j’ai construit cette saison.
Côté disques, as-tu des projets ?
J’ai deux projets mais il est difficile d’en parler car ceux-ci peuvent se modifier mais un disque est prévu pour 2023 et je pense qu’il sera au programme de la Collégiale l’année prochaine.
J’ai un autre projet, celui d’un coffret opéra qui, lui, devrait sortir en 2024.
Mais on en reparlera !

Propos recueillis par Jacques Brachet

Programme
16 juillet : Messe en ut de Mozart par l’ensemble Matheus dirigé par Jean-Christophe Spinosi
18 juillet : « Le sept dernières paroles du Christ en Croix », musique de Haydn, par l’ensemble Matheus. Récitante : Brigitte Fossey
20 juillet : « Stabet Mater » de Pergolèse – « Cantate Cessate Omai Cessate » de Vivaldi par l’ensemble Matheus et Andréas Scholl, contre-ténor


Ramatuelle – Le Café de l’Ormeau prend un coup de jeune !

Combien d’heures j’ai passées dans ce café mythique, qui était le QG de l’ami Jean-Claude Brialy qui, en fin d’après-midi, recevait toutes les stars qui passaient dans son festival.
Je ne saurais le dire, tout comme je ne saurais dire combien j’y ai fait d’interviews !
Je souhaite tout le bonheur du monde à nos trois barbus qui le font renaître !
JB

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Hors du temps, le Café de l’Ormeau se refait une beauté entre les mains des maestros de l’Hospitality : Vincent Luftman, Tobias Chaix et Raphaël Blanc.
Le trio tropézien d’Indie Group récupère les murs – et l’âme –de l’iconique café de la place de l’ormeau, tenu par la même famille depuis 80 ans, pour lui redonner un souffle, une vie et une indie touch depuis le 1er juin.
Fin 2021, notre trio reprend le café en se promettant d’en garder toute l’identité villageoise, comme un devoir de mémoire. Depuis les années 40, après la guerre mondiale et la libération, nombre de personnalités y sont passées, d’André Malraux à Mme Claude Pompidou jusqu’à ce que tous les artistes y viennent se faire interviewer. Sans compter le nombre d’événements familiaux dont ont participé, pour certains, nos trois amis qui ont gardé leur cœur grenadine de leur enfance. Ce cœur qu’ils ont mis  à le faire revivre en gardant le style, les fondements et même certains éléments du décor qui a traversé le temps.
C’est donc un mix d’ancien et de moderne avec ce vert éclatant qui se mêle aux boiseries avec bonheur. Accord total avec les suspensions d’Antan, les tables et chaises de bistrot et les banquettes rafraîchies, l’enseigne redorée, les objets   chinés.
Le café, qui avait depuis longtemps délaissé les fourneaux, voit revivre une cuisine, assurant tous les petits déjeuners, les déjeuners et les apéros.
La cuisine reste celle de notre Provence ensoleillée avec les anchoïades, les pan bagnats, les tomates à la provençale, les linguines à la poutargue les fatuccine à la chair de crabe et autres cuisses de grenouille persillade.
Une bibliothèque vous proposera de la lecture de livres et de magazine dans ce « coin kiosque » cosy.

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Lecture, repos, moments de détente pour boire un verre entre amis, un repas en famille, le Café de l’Ormeau renaît donc, pour la joie des Ramatuellois, des gens de passage et – qui sait ? – des artistes qui sont à deux pas du théâtre veillé par nos deux soldats : Jacqueline Franjou et Michel Boujenah.

Jacques Brachet


Notes de lectures

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Tonino BENAQUISTA : Porca Miseria (Ed.Gallimard – 196 pages)
Porca miseria ! Chienne de vie !
Bien connu pour ses romans policiers édités chez Gallimard, l’auteur nous livre les débuts difficiles d’un petit émigré italien en prise avec la langue de la terre d’accueil de sa famille italienne et son combat pour faire sa place au soleil en nous livrant de façon très intime sa réussite dans le monde littéraire.
Il nous donne tout de suite  le ton de son livre.  Il n’est pas un déraciné puisqu’il nait en région parisienne au  sein d’une famille qui a quitté son Italie natale avec ses quatre premiers enfants afin de trouver du travail à l’usine. C’est l’usine pour le père, la banlieue, l’école, la vie… pour les enfants. Dur pour quelqu’un qui doit naviguer entre deux langues, l’Italien acquis  en famille, le français à l’école et la vie où il a du mal à trouver sa place.
Nous allons le suivre dans ses efforts d’investigation, d’appropriation d’une culture qu’il découvre lui-même et qu’il va conquérir, la faire sienne et devenir un auteur publié et reconnu. Une mise à nu d’une vie de combat, d’affrontement, de réussite et  d’une reconnaissante  de celle-ci dans cette terre d’accueil
Une lecture étonnante, réunissant résilience et optimisme, bonheur d’avoir trouvé sa voie. Belle écriture vive et enjouée.
Une belle lecture riche et pleine de promesses
Robbie ARNOTT : L’oiseau de pluie (Ed Gaîa – 270 pages)
Traduit de l’anglais (Australie) par Laure Manceau
C’est un conte que nous offre Robbie Arnott avec ce merveilleux oiseau de pluie que les méchants veulent capturer et que les gentils veulent laisser en  liberté. Un oiseau qui ressemblerait à un héron, mais trop gros, trop bleu, trop extraterrestre. De l’eau coule de ses plumes lorsqu’il passe son long bec sur ses ailes céruléennes.
Tout commence avec le secret bien gardé de la récolte d’encre de seiche que la petite Zoé apprend de sa grand-mère lors de son initiation. Mais les années passent, la guerre est arrivée dans le pays, la petite Zoé est maintenant dans l’armée et chargée de retrouver l’oiseau de pluie, cet oiseau magique qui détient le pouvoir de déclencher pluie, orage mais aussi sècheresse.
Dans ce conte, il y a bien sûr l’innocent visiteur qui, sans relâche, quitte son bateau pour boire en solitaire dans le seul bar du coin, ce visiteur qui côtoie une population non pas hostile mais indifférente et toujours muette sur le secret de l’encre qui, mélangée à de la peinture, transforme un simple tableau en une aventure personnelle. Ce conte traverse trois périodes de la vie de Zoé, jeune, militaire, civile, une vie où l’oiseau de pluie a été son compagnon, son ennemi et enfin son sauveur bien qu’un méchant coup de bec lui ait laissé des traces indélébiles.
Ce conte fait réfléchir aux conséquences de ses actes, sur la force de la nature et la beauté de cette pluie génératrice de vie.
Un joli conte.
Frédérick d’ONAGLIA : Le temps des convoitises (Ed Presses de la Cité – 414 pages)
Frédérick d’Onaglia est l’écrivain des sagas en Provence ; des « Bastide » aux « Montauban », d’année en année, entre deux autres romans, il revient sur ses personnages et avec « Le temps des convoitises », nous revoilà plongés dans les Alpilles, à Fontvieille exactement, où l’on retrouve Alex Bastide, propriétaire et créateur d’indiennes, le tissu provençal incontournable, qui a un projet qui ne plaît pas à tout le monde : un complexe immobilier, les Cygalières, qui pourrait abîmer le paysage provençal.
Il y a également l’hautaine Victoire de Montauban, riche et noble viticultrice, avide de terre et épouse d’un préfet on ne peut plus escroc. Mais elle su s’imposer dans un monde d’hommes qui la craignent et la respectent.
On y retrouve Elie Césaire, qui tient l’hôtel et le bar du village et qui a des velléités de devenir maire.
Claire est sa fille, dont l’ambition est de devenir une grande journaliste. Elle essaie de faire sa place au journal « Provence Matin », face à Aymard son directeur, un homme pour le moins pas très clair et qui a lui aussi de grandes ambitions.
Claire suivra ces élections, décide de soulever des lièvres mais va très vite se retrouver dans des histoires qui risquent de mettre sa vie en péril et de nuire à des gens qu’elle aime, si elle les fait découvrir à la population.
Secrets, intrigues, intérêts, conflits, complots… Tout se mêle dans ce roman, véritable « Dallas » à la provençale !
L’on reste jusqu’au bout accro à tous ces événements, ces manigances, ces coups de théâtre, qui feraient une sensationnelle série TV, tant Frédérick d’Onaglia a le sens des rebondissements qu’il nous assène à chaque chapitre.
Un régal pour les amateurs de thrillers sous le soleil de Provence.

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Metin ARDITI : Tu seras mon père (Ed-Grasset – 364 pages)
« Tu seras mon père », un titre choc que le lecteur peut percevoir comme une injonction ou un choix.
Renato en effet est en recherche de père depuis le suicide du sien, un père chef d’entreprise kidnappé, séquestré contre rançon par les Brigades Rouges,  puis relâché. Un traumatisme que le jeune Renato, « Tinett » pour sa chère nounou Rosa, ne pourra surmonter qu’en découvrant la vérité sur ce drame. Et malgré ses années de pensionnaire en Suisse et son lourd handicap de surdité, Renato va chercher puis trouver la vérité, mais à quel prix ?
Une vérité qui l’aidera à comprendre sa mère et ce merveilleux directeur de théâtre qui lui sert de guide et prend très vite l’image du père.
Un roman puissant, émouvant qui replonge le lecteur dans les années sombres en Italie où quelques hommes et quelques femmes ont cru révolutionner la classe ouvrière en utilisant le kidnapping et parfois l’assassinat.
Un roman où l’amour et la haine ne font plus qu’un et  devront arriver au pardon.
Un très beau roman.
David LELAIT-HELO : Je suis la maman du bourreau (Ed Heloïse d’Ormesson – 202 pages)
Gabrielle de Miremont est une vieille dame élégante, hiératique, austère, arrogante, hautaine et surtout d’une foi qui touche à l’adoration. Adoration qu’elle partage avec son fils Pierre-Marie à qui elle a fait avaler du Bon Dieu dès l’enfance pour en faire un fils à la fois soumis à elle et à Dieu, mettant de côté son mari et ses deux filles.
Fille mal aimée, déçue par une première rencontre, elle fait un mariage de raison, met au monde à contrecœur deux filles dont elle ne s’occupera pas, jusqu’à la naissance de Pierre-Mare qui deviendra son élu. Elle vivra pour lui et pour Dieu et un amour fusionnel se nouera entre eux deux… Entre eux trois, pourrait-on dire.
Son fils est devenu, à sa grande joie, frère Pierre-Marie, beau jeune homme aimé et respecté de tous… Jusqu’au jour où Éric, jeune journaliste, révèle une affaire de pédophilie avec une interview d’Hadrien qui en a été une des victimes. Tout d’abord très en colère contre le journaliste qu’elle rencontre et invective puisqu’il touche à ce qu’elle de plus sacré, elle décide d’en avoir le cœur net en rencontrant Hadrien qui finit par lui dire que c’est son fils qui en est le coupable. Et qu’il n’est pas le seul enfant à avoir été abusé, violenté, violé. En fait, son fils s’avère être un bourreau.
Tout un monde alors s’écroule, c’est toute sa vie qui est remise en question, toutes ses croyances, tout ce pour quoi elle vivait. C’est pour elle une douleur indicible.
C’est une histoire poignante que nous raconte David Lelait-Helo qui a eu le courage d’écrire ce livre au moment où tant de choses abominables sont révélées au cœur de l’église qui, au passage, en prend un coup… Serait-ce du vécu ?
Le livre est admirablement construit sur deux voix : l’auteur et  celle de Gabrielle, dans une langue magnifique… Voilà un auteur qui manie le français comme on le fait rarement.
D’un bout à l’autre du roman on suit cette intrigue avec émotion jusqu’au final inattendu et bouleversant.
C’est un livre magnifique et prenant, dont on ne sort pas indemne.
Benjamin VERLIERE : S’élancer (Ed Alisio – 224 pages)
Il faut un corps d’athlète pour s’attaquer aux plus hauts sommets d’Europe, enfin pas tous car le Mollehoj du Danemark avec ses 170 m ne fait peur à personne !
C’est un défi que se lance Benjamin Verlière car il partira en solitaire, sans guide ni corde fixe ni refuge. Une première à haut risque car malgré les préparatifs minutieux de chaque ascension il y a toujours l’impondérable et après avoir lu ce livre, je dirais la chance. On est sidéré par sa vitesse de marche en montagne, celui qui monte ses 300 m de dénivelé à l’heure ne demandera que quinze minutes à Beija, surnom donné à Benjamin lorsque, enfant, il était au Brésil la parfaite incarnation du colibri, « beijaflor » en portugais.
Tous les sommets seront atteints et le lecteur tremble devant le péril d’un glacier à traverser, une paroi friable ou glissante et souvent dans le noir car tout bon alpiniste se lève toujours avant le lever du soleil. Cette aventure, doublée du désir profond de nettoyer la montagne des déchets laissés par d’autres montagnards, fait prendre conscience du non-respect d’une nature désormais polluée par la négligence, la bêtise de l’homme.
Ce parcours exceptionnel ne peut laisser indifférent, mais il y a cependant chez Benjamin Verlière de l’autosatisfaction un peu dérangeante. Nul ne l’a obligé à défier les sommets, à parier sur une manœuvre délicate. Comme les secours en montagne ou encore les angoisses de sa famille laissée derrière lui.
Il est cependant passé maitre dans l’utilisation de son équipement tant vestimentaire que matériel, dans l’étude des circuits et pour cela bravo !
Des exploits bien sûr, mais vous n’êtes pas obligés de suivre son exemple !

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Alain LE NINEZE : Moi, Œdipe… autobiographie d’un mythe
(Ed les ateliers Henry Dougier – 125 pages)
Dans cette collection « autobiographie d’un mythe », un écrivain donne la parole à une figure légendaire. Ici, c’est Œdipe qui nous raconte, sous la plume d’Alain Le Nineze, son tragique destin et son incapacité à déjouer la terrible prophétie qui le voue au parricide et à l’inceste.
Le récit est agrémenté de superbes photos de tableaux inspirés par cette histoire et il  se termine par des textes de psychiatres et écrivains en lien avec le mythe œdipien.
Un très bel ouvrage à conseiller notamment aux lycéens et étudiants.
Marika DOUX : Moi Vénus … autobiographie d’un mythe (Ed les ateliers Henry Dougier – 125 pages)
Alerte sur l’Olympe, les dieux ne sont plus au goût du jour à l’heure d’Instagram et de Tiktok. Zeus -Jupiter supplie Vénus d’intervenir auprès des humains qui n’ont surement pas oublié la déesse de l’amour.
Vénus accepte de raconter sa vie et sa quête tumultueuse de liberté. Elle va donc parler sous la plume de Marika Doux, qui mélange habilement passé et présent.
Un récit drôle qui est agrémenté de belles photos de tableaux ayant magnifié la beauté de cette déesse ainsi que de poèmes et extraits d’ouvrages.
Un splendide ouvrage en papier glacé dans une étonnante collection à découvrir et à suivre.

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Karine LEBERT : Les souvenirs et les mensonges aussi(Ed Presses de la Cité – 600 pages)
L’auteure a scindé son roman en trois parties soit le destin et le portrait de trois femmes.
Il s’agit d’une saga familiale sur trois générations et quatre vingt ans d’histoire.
Elle nous fait voyager dans le temps de 1937 à nos jours, dans plusieurs pays (France, Allemagne, URSS, Finlande…)
A Honfleur, en 1938 Pauline, 19 ans, brave l’opinion publique pour épouser Joachim qui a fui avec sa famille l’Allemagne et le nazisme. Les amours franco-allemands pendant la seconde guerre mondiale ne sont pas simples, souvent empreints de haine et de suspicions.
Néanmoins elle va suivre son époux dans ses différents périples…
Hilda, sœur de Joachim tombe à son tour amoureuse d’un officier français et de leur relation nait une petite Adeline qui est enlevée par sa nourrice russe.
Valentine est normande. Elle devient amie avec, Magda, arrière petite- fille de Pauline et elles vont partir sur les traces d’Adeline.
Ce roman a un côté historique très intéressant, mettant en exergue les relations des couples mixtes franco-allemands dans une période de guerre.
L’écriture simple et fluide  nous fait entrer rapidement dans le roman qui par ses nombreux évènements et ses rebondissements avec, en plus, l’enquête autour d’Adeline, qui nous tient en haleine jusqu’à la fin.
Michel MOUTOT : Route One (Ed le Seuil – 315 pages)
Les nombreux touristes américains et étrangers qui sillonnent la Route One ou Pacific Coast Highway, n’ont pas toujours idée des difficultés rencontrées pour la création de cette route le long des falaises e dest plages du Pacifique, entre la Californie et le Canada.
Michel Moutot fait le récit romancé de ces grands travaux réalisés dans les années 30 alors que l’Amérique vit la grande Dépression.
Cent ans auparavant, les Mormons avaient suivi la ruée vers l’ouest et certains s’étaient installés dans ces territoires sauvages. Leurs descendants verront d’un mauvais œil l’arrivée des ingénieurs et de leurs puissantes machines de terrassement.
L’auteur met en scène une famille de mormons polygame qui entre en guerre ouverte, avec l’aide de la mafia, contre le jeune ingénieur dirigeant les travaux, entre Monterey et San Louis Obispo.
Il alterne évènements anciens et récents en quarante deux chapitres. C’est l’occasion de découvrir les mœurs des mormons, l’influence des mafias italienne et chinoise, les mauvaises conditions de travail des ouvriers et la misère provoquée par la crise financière, sans oublier les descriptions des paysages.
Un roman qui se lit avec intérêt.
Guillaume De DIEULEVEUT : Retour en Bretagne (Ed. Buchet-Chastel – 230 pages)
Journaliste au service tourisme du Figaro Magazine, l’auteur fait ici un retour sur la Bretagne berceau de sa famille poursuivant une quête de cette région hors de son folklore, ses bols aux noms peints et ses multiples pardons.
Multipliant les périples entre bois et forêts, les réveils champêtres dans des villages perdus et les fines ondées rafraichissantes, il cherche ce qu’il reste de sa Bretagne car, pense-t-il, la Bretagne s’est perdue. C’est ce souvenir de pays perdu qui le hante et qui expliquerait pourquoi les Bretons sont si rêveurs et si fiers.
Ils sont habités par la nostalgie de ce qu’ils auraient pu devenir.
Étrange promenade pleine de constats et de rêves dans lesquels on se perd comme dans les merveilleux tableaux qui nous font rêver.

Salut l’artiste !

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Curieux hasard que celui qui m’a fait connaître Jean-Louis Trintignant en Ardèche et que j’ai appris sa disparition alors que j’étais chez moi… en Ardèche !
J’ai connu deux immenses comédiens le même jour, en mars 74 sur le tournage du film de Robert Enrico « Le secret » qui se tournait en Ardèche. C’étaient Jean-Louis Trintignant et Philippe Noiret.
Il se trouve que, tout en vivant à Toulon, je suis Ardéchois et que tout en vivant à Paris, Robert Enrico était Toulonnais. Je ne le connaissais pas mais avais des relations de travail très amicales avec son frère, Walter, qui était président de l’Office de Tourisme de Toulon. Me sachant très attaché à mon Ardèche, il m’annonce un jour que Robert va tourner son film tout à côté d’Antraigues, fief de Jean Ferrat, au château de Craux. Coïncidence, mon petit village est à mi-chemin entre Craux et Antraigues : quatre kilomètres.
Aussitôt Walter me met en rapport avec son frère qui est tout à fait enchanté de recevoir sur son tournage un Toulonnais qui plus est Ardéchois !

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Nous voici donc partis, mon copain photographe Jean-Pierre et moi pour une semaine et, sitôt posées nos affaires chez moi, nous nous pointons au château où Robert nous reçoit avec chaleur et gentillesse.
De la chaleur, il en fallait car, étant en mars, l’hiver se prolongeait et la neige, qui n’était pas prévue au programme, s’installait lourdement dans les champs alentours et sur le toit déjà pas mal défoncé du château. Heureusement, dans l’une des salles où l’on pouvait encore aller, une immense cheminée d’Antan, nous permettait de tous nous retrouver autour d’un bon feu, entre deux prises les pieds dans la neige.
Il y a déjà trois semaines qu’ils tournent et on sent une véritable complicité entre les deux comédiens. Jean-Louis, le regard bleu, la discrétion faite homme, la classe malgré un vieil imperméable fripé qui a vécu (rôle oblige !) et qui nous offre un merveilleux sourire dès que l’on discute ensemble à bâtons rompus, entre deux scènes. Deux sujets le passionnent : le cinéma, les voitures. Il est intarissable sur les deux !
Philippe Noiret, le visage bougon sous un feutre qui a aussi ses années de service, a le verbe haut, toujours prêt à lancer un bon mot et déridant l’équipe dès qu’elle est un peu soucieuse. Il faut dire qu’elle peut l’être car le plan varie avec le temps : on est en extérieur : il pleut ou il neige. Le soleil arrive : c’est un plan prévu à l’intérieur : Robert jongle donc avec le temps et… le temps qui passe !
Mais entre les deux comédiens tout se passe bien Ils parlent, ils rient, Noiret envoie des vannes qui font rire Jean-Louis. Il rira moins lors d’une scène où il doit monter, sac à dos, une pente assez raide et arrive en haut suant à grosses gouttes : Noiret lui a tout simplement ajouté quelques pierres dans le sac !
L’ambiance est donc au beau fixe et je mets du temps à me décider à interviewer mes deux artistes tant il est un vrai régal de les voir se renvoyer la balle d’un fauteuil à l’autre, l’un balançant des vannes de sa voix de stentor, l’autre, répondant en demi-teinte avec un humour quelque peu anglais… Sublime !

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Il est vrai qu’alors Noiret et Trintignant sont les stars du cinéma français. Tous deux ont mis du temps à le devenir car à l’époque, Noiret, avec vingt-trois ans de carrière derrière lui, dont une grande partie au théâtre n’était reconnu au cinéma que depuis quatorze ans. A quelque chose près, le cas était le même pour Jean-Louis et chacun le prenait à sa manière :« Aujourd’hui c’est vrai – m’avoue Jean-Louis – je fais partie, avec Delon et Belmondo, des trois comédiens auxquels on pense systématiquement, pour tout ou rien. C’est quelque chose qui m’échappe totalement et je ne veux d’ailleurs pas en tenir compte. Disons que l’intérêt premier est que ça me permets de pouvoir choisir mes rôles et de pouvoir aider de jeunes réalisateurs qui, sans un nom, ne pourraient faire leur film. Mais pourquoi, à un certain moment, ne voit-on plus que par vous alors que d’autres, aussi méritants, sont sur la touche… Peut-être, d’ailleurs, que je le serai à mon tour dans quelque temps !

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« Une affaire intime »

Je suis un vieil acteur qui a déjà derrière lui quelque 60 films. J’ai été assez mauvais durant quelques années, j’ai fait pas mal de films médiocres mais je crois que j’ai fait beaucoup de progrès dans ma façon de jouer…et de choisir mes films avec plus de discernement. Mais j’ai toujours été un lent et je crois qu’il arrive à tout acteur, à un moment, d’avoir une période où il est formidable. A force de se fouiller on y arrive mais ensuite, il faut savoir s’arrêter de fouiller car on devient obsédé par son métier, son image et on redevient mauvais.
A un moment, vous êtes passé à la réalisation. Pourquoi ?
 J’ai d’abord tourné parce que j’avais un sujet dont personne ne voulait et puis ça m’a plu, vraiment. Mais pour l’instant, je ne suis pas une garantie en tant que réalisateur et c’est donc difficile. J’ai des projets et l’intérêt pour moi d’être réalisateur est de pouvoir employer des comédiens que j’aime, même si ce ne sont pas des stars. Malheureusement, les producteurs ne sont pas toujours de mon avis ! »
Et le théâtre, dans tout ça ?
Voilà deux ans, depuis « Hamlet », que je ne suis plus monté sur une scène, le cinéma me prend tout mon temps. Même si le soir je suis libre, je ne peux faire deux choses à la fois. Lorsque je joue au théâtre, je me prépare toute la journée. C’est quelque chose de terrible. Si je ne fais pas ça, je ne peux arriver en forme sur scène… Peut-être parce que je ne suis pas doué ! Mais c’est plus fatigant car au théâtre il faut s’extérioriser alors qu’au cinéma c’est un travail plus intérieur. Cela me plait beaucoup ».

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Marie avec Jean-Luc Battini à la Seyne – L’équipe de « Trois couleurs : rouge » à Cannes

Ainsi passèrent les années et des rencontres avec ces deux superbes personnages émaillèrent ma vie de journaliste. Un moment qui, aujourd’hui est devenu très émouvant : ma rencontre avec Marie Trintignant. Elle n’était pas alors très célèbre et – allez savoir pourquoi ? – elle était venue créer une pièce de théâtre « Les nuits blanches » à la Seyne sur Mer. Ce ne fut pas un succès mais l’occasion de rencontrer cette fille superbe, magique, au regard chavirant. Je l’avais rencontrée une fois au Festival du Jeune Cinéma et là, ayant vu Jean-Louis quelques temps auparavant, il m’avait demandé de m’occuper un peu d’elle, d’essayer de faire parler de cette création dans la presse. Ce que je fis volontiers. Marie était une personne discrète, secrète, qui ne se livrait pas mais qui vous fixait lorsque vous lui parliez et qui avait un sourire à tomber par terre. Des liens se tissèrent, même s’ils étaient silencieux et elle accepta de venir présenter un film de sa mère où elle jouait aux côtés de Vincent, son petit frère, lorsque j’organisais les journées « La femme et le cinéma ». Cela reste aujourd’hui, avec quelques photos, de jolis souvenirs et l’on ne peut qu’être désolé de ce qui est arrivé à cette belle comédienne prometteuse encore de grands moments de cinéma. Mes pensées vont à Jean-Louis bien sûr mais aussi à Nadine, qui était aussi venue à une soirée que j’avais organisée avec Marie et Alain Corneau.
Je rencontrai encore Jean-Louis qui, sur ma demande, avait bien voulu venir présenter, avec l’ami Brialy « Le maître-nageur » qu’il avait réalisé, puis à Marseille où il était venu présenter « La banquière » avec Francis Giraud, à St Maximin où il tourna pour la télé « La controverse de Volaloïd »

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Daniel Mesguish, Jean-Louis Trintignant -Francis Giraud à Marseille pour « La banquière »
« La controverse de Valaloïd

Et puis nous passâmes un mois ensemble à Hyères pour le tournage de « Vivement dimanche » où il était heureux de tourner pour la première fois avec Truffaut. A ce propos, ils avaient des idées divergentes sur leur rencontre :
« Truffaut : Il y avait très longtemps que je voulais tourner avec Jean-Louis mais jamais je n’avais un rôle pour lui dans mes films…
– Trintignant : C’est totalement faux car tous les rôles que vous avez joué dans vos films… j’aurais pu les jouer et certainement mieux que vous !!! »
Tout cela s’était terminé dans les rires.
C’est grâce à Jean-Louis que je pus rester près d’un mois sur le tournage. Ne connaissant ni Truffaut ni Fanny Ardant, je lui avais demandé d’intercéder auprès du réalisateur pour pouvoir assister au tournage. Ce qu’il fit avec une gentillesse extrême.
On notera au passage que les deux compères se vouvoyaient. Ce qui semblait bizarre dans ce monde où l’on s’embrasse et se tutoie si facilement. Il faut dire que Truffaut vouvoyait aussi Fanny Ardant et que Jean-Louis s’était plié à ce rite. Je précise également que, malgré nos liens amicaux, nous nous sommes toujours vouvoyés, Jean-Louis et moi.
« J’ai eu une éducation bourgeoise, je suis donc ce qu’on appelle un homme bien élevé et le vouvoiement m’est familier. Je suis calme, réservé, j’attends souvent que les gens viennent vers moi. Mais je puis être aussi têtu et très persuasif si quelque chose me tient à cœur. Et lorsqu’on est poli, on obtient souvent ce qu’on veut ! »
Trintignant, c’était l’antistar personnifiée. Il n’aimait d’ailleurs pas ce mot et préférait à celui-ci les mots comédien, artiste, acteur ainsi que deux mots clé : talent, chance. Il avait, par contre, horreur de se voir, ne serait-ce que dans une glace :

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« Je ne me supporte pas à l’écran, je suis prévenu contre moi-même. Je me méfie des miroirs qui sont souvent trompeurs et d’ailleurs, je ne me regarde même plus dans une glace. Dans ce métier, l’on peut devenir très vite exhibitionniste et mégalomane… lorsqu’on ne l’est pas déjà au départ ! Un acteur passe son temps à se chercher, c’est un besoin. Le danger de trop se regarder est que ça fausse souvent le problème… Ce qui ne m’empêche pas de me trouver formidable dans certains films. Je le dis en toute simplicité parce que je pense que ce n’est pas que grâce à moi ! »
Il me tenait ces propos au Festival de Cannes 94 alors qu’il était venu présenter « Trois couleurs : rouge » de Krzyztof Kieslowski.
Puis il se calma côté cinéma, le théâtre reprit ses droit et nous nous revîmes donc beaucoup moins, sauf lorsqu’il était de passage en tournée et qu’il se plaisait à dire qu’il était un artiste provincial. Je ratais hélas, son passage à Marseille avec Marie et je le regrette. Nous nous revîmes encore au festival de Ramatuelle puis au Théâtre Liberté à Toulon.

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Avec Clémentine Célarié à Ramatuelle – Avec… re-moi !

Dernière rencontre
En ce dimanche 11 octobre 2020, Jean-Louis  passait au Liberté de Toulon où, avec Charles Berling et deux musiciens, il nous offrait un grand moment de poésie.
On retrouvait cette voix, reconnaissable entre toutes, toujours si posée, si feutrée, si apaisée, malgré le choc de le retrouver sur un fauteuil roulant et sachant qu’il perdait la vue.
Mais aussitôt qu’il parlait, la magie opérait, nous faisait un bien fou, nous emportait par sa douceur, son humour aussi, curieux contraste avec la fougue, la grandiloquence de Charles Berling.
Cela me rappelait le tournage du film «Le secret» où j’ai eu la chance de partager de sublimes moments avec lui, toujours très détaché, souriant, serein et balançant un trait d’humour très anglais avec un petit sourire narquois vers Noiret qui, gros ogre à la voix puissante, en faisait des tonnes pour raconter des histoires. Moments de charme, de plaisir que je garde précieusement en tête.
Et là, je retrouvais la même situation avec les deux personnages si diamétralement opposés que sont Jean-Louis et Charles

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D’abord, Jean-Louis qui, vue la situation, ne pouvait lire les textes qu’il disait, de la Fontaine à Baudelaire en passant par Prévert. C’était toujours juste, intime, malicieux, que ce soit dans la poésie pure ou dans l’humour, en passant par le tragique et l’absurde. A ses côtés, Charles crie, vociférait, se démenait sur de longs textes qu’il lisait, qu’il criait, trop peut-être, surtout en comparaison avec cette sérénité qui se dégageait de son compère.
Entre le calme de l’un et l’excitation de l’autre, il y avait une sacrée différence.
Un grand  moment d’émotion lorsque, le rideau se fermant, Trintignant nous dit les beaux mots de Ferré «Que sont mes amis devenus» et qu’il entama une longue litanie des êtres chers qu’il avait perdus, Marie bien sûr, Marcello, Serge Marquand et tant d’autres qui sont hélas la triste réalité des personnes qui atteignent ces âges et voient un à un partir ceux qu’ils aiment.
Mais le revoilà disant «Le déserteur» de Boris Vian si magnifiquement chanté entre autres par Mouloudji et qu’après avoir dit :
« Prévenez les gendarmes, que je serai sans arme et qu’il pourront tirer», un silence et il ajoute : «Prévenez les gendarmes que je serai en arme… et que je sais tirer»
Ovation d’un public totalement sous le charme et l’émotion d’un comédien exceptionnel, qui nous a offert un moment suspendu, hors du temps. Un moment rare qui restera dans nos souvenirs.
Souvenirs, pour moi, de rencontres magiques, pleines de courtoisie, d’intelligence, de simplicité, d’humour…
Salut l’artiste !

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Jacques Brachet