Guy BONNET, chantre de la Provence symphonique

En concert 1

Guy Bonnet, c’est 50 ans de chansons, de musique.
C’est aussi 50 ans d’amitié puisque je l’ai connu tout jeune… je devrais dire « tout jeunes » car nous avons le même âge.
Dès notre première rencontre, j’ai aimé ce garçon qui a deux passions : la musique et son Midi, son « miejour » qu’il n’a jamais vraiment quitté.
Beau talent d’auteur, de compositeur, de chanteur, il a tout pour lui et il chante aussi bien en Français qu’en Provençal, langues qui sont les siennes et dont il ne peut se passer.
Il est l’auteur de magnifiques chansons. Souvenez-vous de « La source », écrite pour Isabelle Aubret qui l’a faite classer 3ème à l’Eurovision 68. Eurovision qu’il a représenté 3 fois puisqu’on le retrouve deux autres fois défendant lui-même ses chansons représentant la France : « Marie-Blanche » classée 4ème en 70 et « Vivre » qui le placera 8ème en 83. Chansons dont il fera l’adaptation en provençal et qu’il chante toujours.
Mais en dehors de ses chansons, il en a écrit pour plein d’artistes : Michèle Torr, Mireille Mathieu, Franck Fernandel, Massilia Sound System, Maria de Rossi, « ses pays » mais aussi Marie Laforêt, Eva, Cliff Richard, Magdane, Sylvie Vartan, Dani, Rika Zaraï, Caterina Valente,… et même des comédiens comme Jean-Claude Pascal, Daniel Gélin, Jean-Claude Brialy, Chacun de ses disques est un hymne à la Provence d' »Avignon- Avignoun » » aux « Lettres de mon moulin » en passant par « Le gardian », « Mireille et Vincent », « Mon Miejour », « La pastorale des enfants de Provence »…
Sa profession de foi, il la chante : « J’ai besoin de mon pays ».
Voilà qu’aujourd’hui il nous offre une œuvre à la fois magnifique et originale : un spectacle et un disque « franco-provençaux », une véritable symphonie provençale – la première et la seule du genre – composée de ses chansons, de ses musiques, accompagné par l’orchestre régional Avignon-Provence, dirigé par Eric Breton et sur lesquels il a invité de belles voix de chez nous : la chanteuse Elodie Minard, la comédienne Sylvia Santin, le pianiste André Mornet, le saxophoniste Laurent Bonnet et une magnifique chorale pour l’accompagner sur notre hymne provençal : « Coupo Santo » qui vous fait passer le frisson.
N’ayant pas vu le spectacle je peux vous dire que le disque est une merveille et qu’il est empli d’émotion, de belles chansons et d’orchestrations qui font de chacune d’elles un petit bijou.
On y retrouve, en français, en provençal, quelquefois dans les deux langues, « Avignon-Avignoun », « La source (La font), « Signé Vincent » hommage à Van Gogh, « Mireille et Vincent » (Mirèio e Vincèn) en hommage à Frédéric Mistral duquel il chante aussi « Coume èro ? » (Comment était-elle ?) « Vivre » (Viéure) « La coumplancho di pàuri pastre » (la complainte des pauvres bergers », « Lou gardian »…
Ce disque est digne d’une oeuvre classique, les mélodies si belles prenant une envolée lyrique qui touche au cœur, qu’on soit provençal ou qu’on ne le soit pas.
C’est un magnifique hymne à la Provence.
Et grâce à Guy on se rend compte de la beauté et de la richesse de « La lengo nostre », notre belle langue qui, grâce à lui, est plus vivante que jamais.
Évidemment, cela méritait que l’on en parle avec ce magnifique artiste.

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Comment ça va Guy ?
Toujours vivant… pour le moment !
Sinon heureux d’avoir créé ce spectacle à l’Opéra d’Avignon, d’être resté deux heures sur scène avec 40 musiciens superbes. C’est un énorme plaisir. Un plaisir au dessus de tout. Tout a fonctionné, tout a été parfait, je ne me suis pas rendu compte du temps qui est passé. C’est 50 ans de chansons, chacune représentant une étape, un moment de ma carrière.
Quelle est le genèse de ce projet ?
Eric Breton, qui dirige l’orchestre régional Avignon-Provence est mon ami de jeunesse, mon alter ego. C’est avec lui que j’ai fait mon premier concert à Fontvieille… il y a 50 ans ! Même lorsque j’étais à Paris, on ne s’est jamais perdu de vue. Lors de mon retour on avait créé un spectacle piano-voix, intitulé « En simples troubadours », chacun donnant à l’autre la place nécessaire pour s’exprimer. C’était un vrai duo.
C’est lui qui a eu l’idée de faire ce concert. Nous avions déjà fait ça en 2016 mais avec quelques musiciens et il voyait quelque chose de plus grand. Lorsqu’il en a parlé à son orchestre, tous ont aussitôt adhéré au projet, des artistes aux techniciens. Ca a vraiment été un projet à la fois musical et humain. Du coup, l’idée est aussi venue de faire ce disque.

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Comment a-t-il été conçu ?
J’ai travaillé à l’envers de ce qui se fait habituellement : l’orchestre a enregistré sans moi, j’ai laissé faire Eric et j’ai travaillé en fonction des arrangements qu’il avait réalisé. J’ai compris leur manière de faire, j’y suis rentré et du coup j’ai découvert une nouvelle manière de chanter.
Je peux dire que c’est une oeuvre à la fois symphonique et provençale.
Le choix des chansons ?
On les avait déjà choisies pour le duo, on était donc déjà immergé. Bien sûr, il y en avait d’autres qu’on aurait pu faire mais celles-là, on les maîtrisait tous les deux et je voulais qu’Eric s’exprime autant que moi.
Il y a un certain Laurent Bonnet qui participe en tant qu’invité…
(Rires) Et c’est mon fils qui est un immense musicien, qui est saxophoniste de jazz, bien meilleur musicien que moi, qui a fait 15 ans de conservatoire et est devenu un musicien international. Il joue dans les plus grands orchestres… il est époustouflant !
Quant à Nicolas, mon autre fils, il est dans le cinéma, directeur en post production. Il a travaillé sur des films comme « Dalida », « La famille Bélier »…
Les chats ne font pas des chiens !
Mon métier d’artiste les a inspirés mais chacun a son jardin.
Tu fais partie des rares artistes à toujours défendre la langue provençale…
Oui, nous devons être trois, quatre vétérans et la relève est très incertaine pour ne pas dire inexistante.
Les Corses, les Bretons, les Catalans se débrouillent mieux que nous !
J’ai fait une vingtaine d’albums qui font, je l’espère, partie du patrimoine. Qu’en restera-t-il ? Aujourd’hui, qu’est-ce que la musique provençale populaire ? Est-elle vivante ou n’est-elle déjà qu’un souvenir ? Je pense avoir évolué avec le temps mais la Provence est une région qui n’est pas prise au sérieux. Les gens pensent que nous passons notre temps à rigoler, que les cigales chantent toute l’année et que même Pagnol a écrit des « pagnolades » alors que c’est l’un de nos plus grand écrivains. Mais bon, moi je ne sais faire que ça et je continue contre vents et marées.
Toi qui a concouru trois fois à l’Eurovision, qu’en penses-tu aujourd’hui ?
Je pense d’abord que « Mercy » est une magnifique chanson qui aurait pu gagner. La mélodie est belle, le texte et le sujets forts. Mais elle a trouvé plus fort avec l’Israélienne qui a choisi le combat homme-femme, les agression, le viol… et l’originalité vestimentaire ! C’est aussi un sujet d’aujourd’hui mais en même temps, on ne récompense plus une chanson mais un problème de société.
L’Eurovision a commencé à changer lorsque le groupe Abba a gagné. D’abord presque tous les pays chantent en Anglais et puis tous les pays de l’Est sont venus s’ajouter au concours et font bloc puisqu’ils votent entre eux. Du coup, les pays comme la France, l’Espagne, l’Italie et quelques autres n’ont plus beaucoup de chances tant les autres sont plus nombreux. tout est formaté en Anglais et un jour la France chantera en Anglais. D’ailleurs avec Amir, qui chantait en Français et en anglais, on n’en était pas loin ! L’Eurovision devient du formatage, on enveloppe tout ça d’effets spéciaux, de chorégraphies, de costumes extravagants et la chanson se perd un peu dans tout ça.

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Alors autant chanter en Provençal ?
Et pourquoi pas ? Patrick Fiori a bien chanté en Corse et c’était bien. De toutes façons, on peut chanter en Corse, en Provençal, la majorité ne comprend pas le Français !
Mais ce qu’il faudrait surtout c’est qu’il n’y ait qu’un vote public. On voit comment les téléspectateurs votent par rapport aux jurés et du coup, le vote d’un jury et leurs quelques points, ne font plus le poids.
Revenons à toi. Vas-tu tourner avec ce spectacle ?
Je l’espère mais c’est difficile car on est nombreux sur scène mais je voudrais surtout que ce disque soit écouté partout; grâce aux réseaux sociaux ça peut se faire. Je crois que c’est le plus beau disque que j’aie pu faire et j’aimerais qu’avec lui le provençal retrouve ses lettres de noblesse.
Je vais d’ailleurs sortir un livre pour un peu raconter mon parcours et j’y incorporerai 50 chansons pour fêter ces 50 ans… déjà !

Propos recueillis par Jacques Brachet