Patrick HAUDECOEUR
Silence, on tourne… à l’Opéra de Toulon !

B

La pièce démarre sur trois musiciens qui vont nous jouer quelques vieux airs jazzy d’Antan. Puis ils s’incorporent à une troupe de cinéma qui est en plein tournage. Tournage difficile car il ne va pas se faire sans problème : un comédien qui pense rayonner et faire de l’ombre à ses collègues mais que personne ne voit. Un réalisateur qui vient de quitter femme et enfants pour épouser la jeune starlette qui a déjà jeté son dévolu sur un autre. Un producteur sans le sou, qui vit aux crochet de sa comédienne de femme et qui est jeté par elle tant il lui pique de fric, et du coup il décide de la tuer. Une assistante qui parle roumain et comprend tout de travers. Une doublure qui ne vient pas et que l’assistant doit remplacer. Et par dessus tout ça, comme aurait dit Bécaud, un assistant qui doit ménager tout le monde, improviser à tout bout de champ, amoureux de la starlette et voulant la faire jouer dans une pièce qu’il a écrite, ayant du mal à placer et sa pièce et sa starlette, au producteur qui veut y imposer sa femme pour se réconcilier avec elle.
Bref, tout cela se passe dans un tohu-bohu général où le public tient le rôle de figurants et est totalement partie prenante de ce qui se passe sur ce plateau en folie.
Cris, larmes, crises en tous genre, gags à gogo, jeux de mots qui fusent et si les portes ne claquent pas… c’est qu’il n’y en a pas !
Patrick Haudecoeur est à tous les postes : auteur, metteur en scène, comédien dans le rôle de l’assistant, c’est un chef d’orchestre hors pair dont les répliques font mouches, les situations burlesque se succèdent à la vitesse grand V sans que le public-figurant ait a peine le temps de rire qu’il s’étouffe déjà sur un autre gag, une autre situation.
C’est à mourir de rire et la nomination aux Molière 2017 est amplement justifiée. Nomination qui a rejoint les autres que l’ami Patrick collectionne :
Molière du meilleurs spectacle musical en 2002 pour « Frou-Frou les Bains »
Molière de la révélation théâtrale en 2007 pour Sara Giraudeau dans « La valse des pingouins »
Nomination au Molière du meilleur spectacle musical en 2007 pour « La valse des pingouins »
Raimu du meilleur auteur en 2007 pour « La valse des pingouins »
Nomination au Molière de la pièce comique en 2010 pour « Thé à la menthe ou t’es citron ? »
Nomination au Molière de la pièce comique en 2010 pour « Thé à ma menthe ou t’es citron ? »
Molière de la pièce comique en 2011 pour « Thé à la menthe ou t’es citron ? »
Je rencontre Patrick Haudecoeur à l’Opéra de Toulon avant la bourrasque de deux heures qu’il va déclencher sur scène dans une heure.
C’est un garçon on ne peut plus charmant, avenant, souriant, très calme. Tout est rond chez lui : le visage, les yeux, les lunettes. L’interview devient vite une discussion et sa simplicité fait plaisir à voir, tant on a aujourd’hui d’artistes qui se la jouent stars. Au contraire, on s’installe dans les coulisses, on parle, on fait des photos dans le décor, sur scène, rideau fermé alors que le froufrou du public qui s’installe se fait entendre de l’autre côté

A

Patrick, enfin on découvre votre nouvelle pièce !
(Il rit) Nouvelle pour vous qui découvrez la pièce car ce soir à Toulon nous fêtons la 400ème !
Vous allez battre le record de « Thé à la menthe ou t’es citron » ?
On n’en n’est pas encore là car on a dépassé les 2500 spectateurs et on en est à quelque 800.000 spectateurs depuis sa création en 2010 ! Et elle se joue toujours en ce moment à Paris avec une autre équipe !
Ainsi qu’à l’étranger !
Oui, elle a été traduite en plusieurs langues et est jouée dans de nombreux pays.
Lorsque vous créez une pièce, vous l’usez jusqu’à la trame !
Vous savez, lorsqu’on sait combien c’est difficile d’écrire et jouer une pièce à succès, alors, lorsqu’on en tient une, autant aller jusqu’au bout.
Il n’y a pas de fatigue, pas de lassitude ?
De fatigue physique oui car on dépense beaucoup d’énergie sur deux heures de spectacle. De lassitude, jamais car je ne suis jamais lassé d’être sur scène. Alors j’en profite.
Vous avez écrit « Thé à la menthe… » et « Les pt’its vélos avec votre ex femme Danielle Haudecoeur, puis « Froufrou les bains » et « La valse des pingouins » tout seul et pour « Silence on tourne » vous avez un nouveau partenaire…
Oui, c’est Gérard Sibleyras. J’avais très envie d’écrire avec lui et la pièce se prêtait à son humour grinçant. Car c’est vrai qu’on n’a pas le même humour, il est même très éloigné de moi. Mais justement, j’aime collaborer avec des gens qui ont des registres différents, ça apporte de l’eau au moulin. Et là, l’assemblage marche et du coup, nous écrivons déjà une autre pièce ensemble et cette fois c’est moi qui vais plus vers lui.
C’est pour quand ?
Tant que « Silence, on tourne » marche, ce qui est le cas, nous ne savons pas trop quand, mais je pense pas avant un an, un an et demi.
Ce qui est drôle c’est que vos pièces font d’énormes succès, on vous connaît mais on connaît peu vos comédiens. Vous avez analysé ce phénomène ?
Le but est de mettre en lumière une pièce et qu’elle ait du succès. Nous recherchons tous ça. Quant aux comédiens que je choisis par casting, ce ne sont jamais des stars. Je cherche avant tout de bon acteurs, efficaces, qui correspondent aux rôle, qu’ils viennent du théâtre, du cinéma, de la télévision, de la pub… Je ne suis pas sectaire, je veux tout simplement qu’ils servent la pièce. Quant à moi, je ne suis pas si connu que ça… Ca se saurait !
Alors pour « Thé à la menthe », le sujet est le théâtre dans le théâtre. Là c’est le cinéma dans le théâtre.
Oui, j’ai voulu cette fois pousser ce qu’on appelle le quatrième mur et l’idée m’est venue en tournant un court métrage où il y avait beaucoup de figurants. J’ai alors pensé : et si le public devenait les figurants ? Sans bien sûr les faire participer mais en les intégrant dans le spectacle. J’aime cette interactivité, cette complicité.
J’ai vu dans votre bio que votre premier rôle a été « La Petit Prince ». Mais depuis quand jouez-vous ?
(Il rit) Tout est relatif : j’avais 11 ans et c’était dans une troupe amateur et j’ai été amateur quinze ans ! J’ai même commencé plus tôt puisque j’avais créé un théâtre de marionnettes qu’avec l’assentiment de l’institutrice, je jouais à mes copains, son bureau me servant de castelet.
Vous vouliez donc déjà être comédien ?
Pas vraiment. Je voulais être… clown ! Mais mes parents ont décidé que ce n’était pas un métier et m’ont fait entrer dans cette troupe amateur et mis au conservatoire.
Pour apprendre quel instrument ?
La clarinette… car il n’y avait plus que cet instrument de libre ! J’en ai fait quinze ans mais depuis je me suis aussi mis au piano. J’ai repris la clarinette pour jouer dans cette pièce

F E

Vous êtes très éclectique car vous avez joué de nombreux auteurs différents, fait des opérettes et de la comédie musicale…
Oui, j’aime varier les plaisirs et passer de Feydeau à Anouilh, en abordant Boris Vian, Françoise Dorin, Sotha ou jouer « L’auberge du cheval blanc » ou « Le prénom », ça me plait. J’ai aussi la chance de pouvoir choisir, ce qui est un grand privilège. Je vais donc vers ce qui m’attire dans ce qu’on me propose.
Et lorsque vous ne jouez pas « du Haudecoeur », êtes-vous un comédien très discipliné ?
Totalement car si je ne l’étais pas, je ne pourrais pas jouer pour le metteur en scène mais surtout pour la pièce car il faut servir l’auteur avant tout et exprimer ce qu’il a voulu exprimer dans sa pièce. Je laisse donc la pièce venir à moi afin de m’y épanouir et de la servir en allant là où l’auteur a voulu aller.
Vos pièces, comment les qualifieriez-vous : vaudeville, burlesque, boulevard ?
Aujourd’hui « boulevard » ne veut plus dire grand chose tant on inclue plein de choses. Vaudeville pourquoi pas ? Mais je pense que c’est un mélange qui va bien sûr vers le burlesque dont je suis friand. Mon vivier a été la troupe des Branquignols. Robert Dhéry et sa compagnie, c’est tout ce que j’aime.
Le cinéma, la télé par contre…
Oui, je sais, je m’y fais rare et j’aimerais en faire. Souvent j’appelle mon agent et je lui dis : alors ? Il me répond : rien ! Ce qui prouve que je ne suis pas si connu que ça ! Mais surtout, c’est vrai, le théâtre prend beaucoup de temps. Ecrire, répéter, jouer, partir en tournée, ça nous bloque des mois des mois… quand ça marche !

H G

Vous jouerez cet été, exactement le mardi 7 août au Festival de Ramatuelle dirigé par Michel Boujenah mais créé par Jean-Claude Brialy. Et Brialy a été quelqu’un qui a beaucoup compté pour vous ?
C’est en quelque sorte mon parrain car c’est lui qui m’a donné ma chance. Alors que j’étais en tournée avec « Thé à la menthe ou t’es citron », c’est lui qui m’a appelé, qui m’a fait confiance pour jouer « Le bal des voleurs » de Jean Anouilh qu’il mettait en scène. Après quoi je l’ai retrouvé dans son théâtre, aux Bouffes Parisiens pour jouer « Monsieur de Saint-Futile » de Françoise Dorin. Je suis venu avec « Thé à la menthe… » à Ramatuelle et je suis donc heureux et ému de retrouver ce théâtre.
Jean-Claude aimait le théâtre et, par dessus tout, les comédiens. J’en garde un magnifique souvenir ».

D

Propos recueillis par Jacques Brachet