Toulon – Le Liberté : CAUBERE, le magnifique

LE BAC 68, Histoire comique et fantastique, écrite, mise en scène et jouée par Philippe Caubère au theatre des Carmes dans le cadre du festival d'Avignon OFF 2015

The show must go on…
C’est l’expression utilisée lorsqu’un problème se présente au cours ou avant qu’un spectacle n’ait lieu.
Et là, le problème était de taille puisque, arrivé à Toulon, au Liberté, pour jouer trois spectacles sur trois soirées, Philippe Caubère apprend par les journaux l’accusation de viol dont il est l’objet par une femme rencontrée il y a plusieurs années.
Imaginez l’état d’esprit de l’artiste devant monter sur scène quelques heures à peine après avoir appris cette nouvelle, comme tout le monde, non pas par la police mais par média interposé.
Il faut savoir que, durant trois jours, le Liberté fait salle pleine.
Philippe Caubère décide alors d’intervenir sur scène avant le spectacle, auprès de Pascale Boeglin-Rodier co-directrice du Liberté.
« Je voudrais tout d’abord remercier le Théâtre Liberté, digne du nom qu’il porte, de l’accueil que j’ai reçu malgré cette affaire qui vient d’éclater et que j’ai découverte en même temps que vous.
Je vous remercie, vous aussi public, d’être là et j’espère avant tout vous donner le meilleur de moi-même, malgré, ce que vous pouvez imaginer, ce qui se passe en ce moment dans ma tête.
Aussi, je vous demande de m’excuser si je peux avoir des absences durant le spectacle. Ma fidèle assistante sera là, comme chaque soir, pour m’aider à m’en sortir. »
Pascale devait ajouter qu’elle était navrée, comme tout le monde, de cette situation mais que, jusqu’à nouvel ordre, la présomption d’innocence existe et que dans ces cas-là, il n’était nullement question d’annuler quoi que ce soit.
Quittant la scène, Philippe Caubère demandait au public de patienter quelques instants pour intégrer le rôle et revenir jouer le premier spectacle de sa trilogie, regroupée sous le titre « Adieu Ferdinand » : « Le bac 68″

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Et ce fut de la haute voltige.
Un Caubère qui mit simplement quelques minutes à investir ce rôle de Clémence, mère de Ferdinand et qui fut magistral durant deux heures, ne s’épargnant pas, fonçant dans le tas, interprétant à la fois Clémence et Ferdinand sur le fil du rasoir, nous prouvant, s’il en était besoin, quel magnifique comédien il est.
Et par la même occasion, le superbe auteur qui nous propose un texte ciselé, plein d’humour et de vérité, plein de subtilité mais aussi de force et d’énergie.
La dernière demi-heure, lorsque Ferdinand passe le bac en cette fameuse année 68, qu’il n’en a rien à foutre mais voudrait l’avoir pour pouvoir être… comédien, est totalement jubilatoire et surréaliste.
Le comédien s’est donné à fond et, s’il avait au départ demandé à un certain public qui pourrait le siffler pendant le spectacle, de ne pas intervenir et de venir le voir après le spectacle, il dut être rassuré, d’abord par les rires qui fusèrent durant deux heures et par l’ovation que celui-ci lui fit au salut.
Il vint rejoindre quelques amis pour boire un verre après le spectacle et nous dit tout le bonheur qu’il avait eu à jouer ce soir, ce qui lui permit de se laver le cerveau et de jouer peut-être comme il ne l’avait jamais fait.

A

On gardera donc le souvenir du spectacle éblouissant que nous a offert l’artiste et de son sourire revenu.

Jacques Brachet