NOTES de LECTURES

vigan2 Moine

Delphine de VIGAN : Les loyautés (Ed Jean-Claude Lattès – 205 pages)
Hélène, jeune professeur de Sciences Naturelles dans un collège de la région parisienne va nous entraîner dans ce monde un peu clos où vont se côtoyer enseignants, élèves, parents, hiérarchie scolaire.
Fragilisée elle-même dans son enfance elle va remarquer rapidement le comportement particulier et inquiétant de Théo, douze ans : absence, léthargie, retrait de la vie scolaire. Son inquiétude l’appelle à interpeller ses collègues, sa hiérarchie, les parents injoignables ou le copain Mathis mais sans succès.
Fidèle à son sens de la loyauté elle s’implique alors dans le sauvetage de cet enfant qu’elle sent en perdition et nous confronte au drame des familles ; divorce, enfermement, impossibilité à communiquer, qui rendent les enfants seuls avec leurs problèmes assistant eux-mêmes leurs propres familles. Les rôles sont inversés c’est lui qui protège le père empêché ou la mère impuissante à l’aide de mensonges, de compromissions et peu à peu de dégringolades jusqu’ à l’addiction, la drogue, l’alcool.
C e livre sombre, écrit en phrases courtes traitant de sujets graves avec beaucoup d’empathie et de respect nous émeut et nous tient en éveil jusqu’au bout

Alice MOINE : La femme de dos (Ed Serge Safran – 345 pages)
Jane revient à Toulon, appelée en urgence auprès de sa mère hospitalisée et dans le coma. Retrouver sa maison du bord de mer, des souvenirs enfouis car douloureux, tout lui revient en mémoire en revisitant la maison entretenue par la fidèle Souad. Une maison qui a servi de cadre pour le tournage du film «Les innocents» d’André Téchiné, une maison chamboulée par l’invasion des acteurs, des machinistes et d’un certain photographe qui a tapé dans l’œil de Jane,
Alors très silencieuse mais présente sur tous les lieux de tournage, Jane était alors une jeune fille amoureuse;  aujourd’hui, elle traîne un peu la jambe depuis son accident vingt-huit ans plus tôt, elle est directrice de casting et doit trouver la perle rare qui se cache derrière trois photos représentant une femme de dos avec un manteau rouge.
Et cette femme, Jane va la trouver un soir de pluie au péage d’une autoroute.
Dès lors le roman devient un roman policier et perd le charme des déambulations dans une ville « souvenir ».
Par le plus grand des hasards, je suis toulonnaise, j’ai pris plaisir à suivre Jane dans le quartier de la Mitre et retrouver l’ambiance du Toulon avec ses marins à pompon rouge, mais là s’arrête mon intérêt car l’intrigue est truffée d’invraisemblances grossières qui font paraître le roman beaucoup trop long.

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Émilie de TURCKHEIM : L’Enlèvement des Sabines (Éd Éloïse d’Ormesson – 208 pages)
De l’utilité de posséder une poupée gonflable chez soi, tel pourrait être l’objet de ce dernier roman d’Émilie de Turckheim.
Une idée farfelue, une construction déstructurée, un style atypique, le lecteur bousculé se laisse prendre au jeu de cette fable féministe qu’il faut lire d’une traite de peur de se perdre devant tant d’originalité.
La première scène fait état d’un reportage à la télévision : à Hiroshima, Gidayù Takemoto vit en couple avec une « sex doll » ; il raconte avec satisfaction son quotidien.
Cinq chapitres s’ensuivent ou nous écoutons les enregistrements successifs d’une mère à sa fille sur un répondeur téléphonique: « Sabine, c’est moi, c’est maman », ainsi commence chaque message et nous allons à la rencontre de l’héroïne du roman.
Sabine est une jeune femme timide et effacée. Elle vit avec Hans, son compagnon et metteur en scène de renom. Lasse de sa vie professionnelle, elle souhaite quitter son emploi.
Autre scène : après un pot de départ en son honneur, Sabine rentre en métro accompagnée de son curieux cadeau : une provocante poupée » en élastomère thermoplastique », modèle Sabine.
Lorsqu’elle rentre chez elle, les anecdotes suivantes nous sont retransmises par Véritex, installateur de caméras de vidéosurveillance chez les particuliers. Sur la page, l’auteur traduit, avec habileté et humour, les imperfections de la prise de son et seules des bribes de phrases nous parviennent.
Scènes de la vie conjugale : Hans se révèle n’être qu’un ignoble personnage pervers et manipulateur. Il humilie et tyrannise sa compagne. Mais la poupée sexuelle veille maintenant, et Sabine a su s’en faire une alliée.
Dernière scène : à la télévision, au Japon, Monsieur Takemoto déchante de sa créature, tandis qu’à Paris, les femmes vont reprendre le pouvoir ! A deux, les Sabines seront les plus fortes…
Le dénouement est invraisemblable.
Un texte dans lequel fond et forme rivalisent d’originalité, un moment de lecture décoiffant, riche d’une vitalité pleine d’humour.

Jean  CONTRUCCI : Le vol du gerfaut. (Ed HC – 235 pages)
Le riche et célèbre écrivain Jean Lesparres ,ancien prix Goncourt, directeur littéraire, membre des plus grands jurys parisiens est aujourd’hui en panne et peine à terminer son livre.
Son éditeur et son vieil ami de 50 ans le lui réclament depuis des années. C’est un écrivain de la vieille école qui écrit d’un jet. Il refuse de céder à la machine éditoriale.
Afin de ne pas perdre la face, il organise le vol de son manuscrit,inachevé, à l’aéroport, alors qu’il rentre de vacances de Sicile avec sa très jeune épouse.
La situation lui échappe. De coups de théâtre en imbroglios, il va découvrir que son manuscrit sera achevé et publié par son propre éditeur sous le nom d’une jeune auteure inconnue. Plus de manuscrit, plus d’épouse volage et plus d’amis qui vous lâchent. Ce qui devait être un vol, se transforme en cauchemar vivant.
C’est l’occasion pour Jean Contrucci de nous faire pénétrer dans l’âme d’un auteur vieillissant  et diminué, attendrissant parfois, risible souvent par sa candeur mais qui profite aussi de l’occasion pour nous faire connaître les arcanes des maisons d’éditions. Satire douce amère- du monde doré de certains écrivains et de la manipulation de tous par chacun.
L’auteur, excellent conteur, nous offre un bon moment d’une lecture sans prétention et divertissante.
On se demande  si ce livre n’est pas un peu biographique !