Toulon – Le Liberté, scène nationale
Les mardis liberté avec le groupe BAT

A

Pour ce « Mardi Liberté » de mars 2018 le Liberté invitait le duo BAT, acronyme ambigu qu’on peut entendre « comme bon à tirer, brigade anti terroriste et quelques autres significations, dont la chauve-souris en anglais ». Foin du sémantisme, il s’agit de musique.
Un duo avec Baptiste Giuliano, auteur, compositeur, chanteur, accordéoniste et claviériste et Martin Baudu, remarquable violoncelliste et percussionniste. Baptiste Giuliano n’est pas un inconnu dans notre région puisqu’il a fait partie pendant 10 ans du célèbre groupe les « Grosses Papilles ».
BAT, c’est un trio, qui s’est privé du batteur pour une prestation plus intime dans le cadre du Hall du Liberté. Il faut reconnaître que la réussite du duo fut exceptionnelle tant par la qualité musicale que par la présence scénique.
La musique de Baptiste Giuliano est belle, avec de somptueuses mélodies distillées par le violoncelliste. Quant aux paroles elles sont dans la grande tradition des chansons engagées, au sens où elles parlent d’aujourd’hui, de notre quotidien, des espérances, de l’amour, de la famille, des enfants, du travail… mais sans être ni pesantes, ni didactiques, sur un fond d’optimiste et d’humour. Je parlerais de « réalisme poétique », car il y a un vrai travail poétique sur le langage, la recherche d’images et de formules choc ; par exemple : J’ai tant de choses à dire, comment les faire sortir ; Je n’arrive pas moi-même à savoir qui je suis ; Je me perds au hasard de ta peau ; Je ne veux pas être un touriste, de passage dans la vie ; Il ne me reste qu’une vie et 20 ans de crédit ; Qui voit l’argent ne voit pas les gens ; Je ne me souviens jamais de mes rêves ; Demain sera mieux qu’hier ; Et toi, tu m’aimes combien ?

B C

Les chansons sont assez longues ; toutes racontent une histoire qu’on peut s’approprier, comme par exemple « En Ile de France » : en prologue Baptiste Giuliano nous rappelle qu’il est né à Hyères et qu’enfant son île c’était Porquerolles. Mais il va nous chanter une île à 3h40 de Toulon, l’Ile de France. C’est un portrait réaliste, sans concession, mais plein d’humour, de cette région autour de Paris, qu’il conclut par « En Ile de France y’a toujours pas la mer ». Une autre chanson, très astucieuse, est basée uniquement sur des acronymes : HLM, RMI, SNCF, CQFD, SOS…Ce n’est pas un jeu gratuit, car le choix de la succession de ces acronymes nous offre un bilan de notre époque en France.
Une autre chanson « Mauvais genre » est subtilement bien d’actualité, sur le « genre masculin, ou féminin», et le portrait des enfants conditionnés par l’environnement culturel : « Elle a déjà sa vie en Barbie ! »
A la mi concert, la comédienne et chanteuse Marie Blondel se joindra au duo pour chanter « Point par point », ou comment une histoire se construit point par point et se délite de même.
Concert très vivant, les chansons reposent sur des rythmes divers. Baptiste Giuliano occupe la scène avec son accordéon, il chante avec une belle voix grave et chaude, sur une faible tessiture, ce qui donne du poids aux mots, donc pas d’esbroufe, articulant parfois à la façon rap, jouant sur les assonances et les allitérations. Martin Baudu possède un beau son de violoncelle ; il sait développer les mélodies avec sensibilité, lyrisme et retenue. Ces deux musiciens sont en parfaite osmose. Ils sortiront bientôt leur premier disque. La chanson française à texte à encore de beaux jours. A suivre.

Serge Baudot

On pourra les entendre en première partie de « Dominique A » le vendredi 27 avril à 20h30 à l’Espace Culturel André Malraux à Six-Fours
Pour les mardis : Renseignements : www.theatre-liberte.fr – Tel : 04 98 00 56 76