C’est drôle… « Venise sous la neige » !

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D’un côté Christophe (Olivier Sitruk) Auteur qui n’arrive plus à faire une pièce à succès, et sa compagne, Patricia (Juliette Arnaud) comédienne qui, à 30 ans, s’inquiète des jeunes comédiennes de 20 ans qui la talonnent et tournent autour de Christophe..
De l’autre Jean-Luc (Arthur Jugnot) sorte d’imbécile heureux, amoureux de Nathalie (Elodie Fontan) un peu nunuche et rêvant de devenir actrice.
Christophe et Jean-Luc sont deux amis d’enfance qui se sont perdus de vue et vont se retrouver avec une idée derrière la tête : Christophe parce qu’il a su que Jean-Luc s’occupait d’un association qui pouvait sponsoriser une pièce de théâtre. Jean-Luc parce qu’il espère faire engager Nathalie par Christophe dans une de ses pièces.
Deux monde différents vont s’affronter lors de leur première rencontre où Juliette fait la gueule parce qu’elle pense que Christophe a une maîtresse et qu’à cause de son mutisme, Nathalie et Jean-Luc pensent qu’elle est étrangère.
Et voilà que Patricia entre dans leur jeu, s’inventant une langue et un pays, la Chouvénie (le couple se léchant la poire à tout instant en se donnant de grotesques « Chouchou » !) donnant le change au couple qui, dans le désir de leur plaire, veut leur donner plein de choses pour son « pauvre pays », en se débarrassant de tous les rossignols qu’ils ont dans la maison.
Gags et quiproquos vont à la vitesse grand V, les faisant se retrouver dans une inextricable situation qui devient kafkaienne.
C’est d’une drôlerie irrésistible, chaque gag, chaque situation renfonçant la situation qui qui devient de moins en moins maîtrisable. Les dialogues sont ciselés et font mouche et pour son premier long métrage, Elliott Covrigaru n’a pas choisi la facilité puisqu’il a repris une pièce de théâtre de Gilles Dyreck, qu’il a adaptée avec Véra Belmont. Cela se passe dans le huis clos d’une immense pièce d’une vieille villa où sont rassemblés un tas d’objets et de meubles plus hétéroclites les uns que les autres.
Durant tout le film, il tourne donc dans cette pièce avec deux caméras qu’il maîtrise parfaitement, faisant de cette pièce un vrai film aux dialogues percutants avec quatre magnifiques comédiens, sans oublier la grand-mère acariâtre superbement jouée par Andrée Damant (celle dont les gentes « claquent sa mère » à la télé), et l’apparition de Dominique Besnéhard, Michaël Grégorio, Franck de Lapersonne entre autres…
Heureux de rencontrer au Mourillon les trois mousquetaires Covrigaru-Jugnot-Sitruk, venus au rendez-vous à pied et en trottinettes… et s’étant fait copieusement trempés par un violent orage se déversant sur Toulon !

 D

Elliott, choisir d’adapter une pièce pour un premier film… faut oser !
C’est ce que j’ai fait, aidé de Véra Belmont. C’est une pièce de théâtre qui marche bien, l’histoire est originale, les situations et les dialogues sont efficaces. Mais il n’était pas question de faire du théâtre filmé. J’ai donc étoffé les personnages en leur créant une histoire, en leur donnant plus de profondeur, en les faisant plus exister. En donnant aussi une dynamique, une énergie.
C’est vrai que le huis clos est quelque chose de difficile à réaliser au cinéma. Faire vivre durant une heure et demi une seule situation dans un seul lieu, ça impose de donner un rythme au film, de trouver des placements de caméras particuliers. C’est pour cela que j’ai travaillé avec deux caméras, de façon à ce que qu’à chaque réplique de l’un d’eux, il y ait réaction immédiate de l’autre qui est en face
Le choix des comédiens ?
Je voulais travailler avec Arthur, que je considère comme un formidable comédien. C’est lui qui m’a propos Olivier avec qui il avait déjà travaillé, qui est son ami, doublé d’un excellent comédien lui aussi. Les deux filles ont été choisies sur casting et je dois dire qu’elles m’ont convaincu très rapidement. Les autres personnages sont, pour Michaël un pote d’Arthur, pour les autres, ils font partie de « la famille » de Véra. Quant à Andrée Damant, elle est de loin, la plus jeune et la plus dynamique de la troupe. Elle a une énergie et un humour incroyables !
Vous avez fait des études de piano, vous êtes compositeur de musique, pourquoi le cinéma ?
J’écris beaucoup de musiques pour le cinéma. Je viens de le faire pour un film d’Arte « Philosophie » et pour moi, jouer reste quelque chose de jubilatoire. Mais a force d’être dans le cinéma en n’y étant que par la musique, le virus est venu peu à peu. J’ai fait deux courts-métrages et j’ai sauté le pas.

B A C

Arthur, Olivier, vous êtes déjà complices depuis longtemps !
– Olivier :
c’est notre quatrième film ensemble… On n’a pas fait que des succès !
– Arthur : Entre autres celui de l’an dernier : « 2 au carré », film belge qui n’est sorti qu’en Belgique et que nous avons été les seuls à avoir vu !
– Olivier Travailler ensemble est un vrai plaisir car on se connaît bien, il y a connivence et confiance entre nous et comme un jour un réalisateur me l’a dit : « Il faut retravailler ensemble sinon on finira par ne plus se voir ».
– Arthur : Vivre cinq semaine ensemble c’est génial car dans la vraie vie, on ne peut jamais passer autant de temps. On s’amuse, on a du plaisir. On a toujours une appréhension de tourner avec des gens qu’on ne connaît pas. C’est important d’avoir une complicité, surtout lorsqu’on tourne une comédie. On peut aller plus loin, se dire les choses sans pudeur.
Aller plus loin, ça veut dire qu’Elliott vous laisse faire ?
– Olivier :
Non, ça veut dire qu’il est à notre écoute et qu’on peut lui proposer des choses. Ce qui ne veut pas dire qu’il les accepte. Et s’il ne veut pas, on n’insiste pas, c’est lui le patron !
– Elliott : Au départ, les choses sont très écrites et je suis donc très à cheval sur un texte qu’en plus j’ai écrit. Mais si une proposition vient de l’un deux et que je pense que ça peut servir le film, je ne me butte pas, j’accepte.
– Arthur : C’est toujours le metteur en scène qui a le dernier mot. C’est son film et je préfère avoir un réalisateur qui sait ce qu’il veut que d’en avoir un qui dit amen à tous nos désirs…
Et surtout on est heureux lorsque des réalisateurs pensent à vous pour un rôle, un film.
Arthur, vous êtes comédien, metteur en scène, producteur et même directeur de théâtre…
Oui parce que d’abord, j’aime varier les plaisirs, faire des choses différentes et je ne veux pas être à la merci de gens qui ne pensent pas obligatoirement à moi. Comédien, c’est quand même un métier de frustration. Penser à nous est totalement subjectif car on n’est pas toujours pris ni même refusé pour les bonnes raisons, pour notre travail, pour notre mérite. C’est pour ça que je ne veux pas être que comédien.
– Olivier : Je partage totalement cet avis. Il faut savoir provoquer la chance et je ne pense pas qu’il y ait de génies méconnus. Il faut savoir provoquer les choses et surtout être polyvalent. C’est pour cela que j’ai cette chance de pouvoir faire du théâtre, de la télé et du cinéma. parce que je n’ai pas voulu, dès le départ, qu’on me cantonne dans l’un ou dans l’autre.

E F

La preuve en est qu’on retrouve Olivier dans deux pièces de théâtre : de mai à juillet au Splendid dans »Rupture à domicile » suivi de d’une pièce de Goldoni « Les jumeaux vénitiens » au théâtre Hébertot et qu’on le verra au cinéma dans « Lanester » avec Richard Berry et à la télé dans la série policière « Meurtres à Strasbourg » avec Hélène Fougerolles. Enfin il nous annonce un scoop : il va écrire, réaliser et jouer dans son premier film qui sera « la vraie vie d’Olivier Sitruk ». Il devrait le tourner en France et aux Etats-Unis. Vu le titre, iutile de dire que ce sera une comédie !
Quant à Arthur, il vient de tourner une série de six fois 52 minutes pour TF1, « Juste un regard », avec Thierry Neuvic et Virginie Ledoyen, il prépare un spectacle de magie « Magic Box » dont il sera le metteur en scène et le producteur et qu’il proposera au festival d’Avignon et au Théâtre de la Renaissance.
« Après cela… je ferai mes dieux au Music Hall », dit-il en riant.
Enfin Elliott, lui, prépare déjà un second long métrage dont il est encore trop tôt pour parler et continue à composer de la musique, ce qui est chez lui une véritable passion.
Trois magnifiques artistes pleins de passion et d’énergie, qui nous ont fait passer un très agréable moment, tant devant ce film qu’attablés au Mourillon, regardant la pluie tomber !
Ah, une précision : le titre du film « Venise sous la neige » vient du fait que le Chouchou a offert à sa chouchou une boule à neige, non pas en souvenir d’un voyage à Venise mais… d’un passage à Carrefour, qui a été la concrétisation de leur amour !

Jacques Brachet