Sanary
La Farandole à l’heure russe

A
Eugeniya Plokhikh – Katya Pugacheva – Olesya Sudzhan – Georges Klimoff – Slava Likhachev

Au bord de la plage, à la limite de Sanary et Bandol, l’Hostellerie la Farandole se prélasse, le toit au soleil, les pieds dans l’eau..
Ce magnifique lieu est la propriété de trois investisseurs russes, l’épouse de l’un d’eux, Olesya Sudzhan étant également directrice d’une galerie à Moscou : « Kvartira », direction qu’elle partage avec Eugeniya Plokhikh.
Lorsqu’on possède un lieu aussi idyllique en Provence et une galerie d’art à Moscou, l’idée naît dans leur tête de créer un pont entre la France et la Russie et de faire venir leurs artistes dans ce lieu paradisiaque, afin de nous les faire connaître.
Et qui, mieux que l’ami Georges Klimoff, notre « russo-provençal » s’il en est ne pouvait mieux faire le trait d’union et organiser de concert une manifestation ?
Manifestation qui est donc née l’an dernier où des artistes russes sont venus chez nous pour travailler sue le thème : « L’automne en Provence », qui a remporté un franc succès.
Récidive donc cette année, du 29 avril au 13 mai, dans ce même lieu où, sur le thème « Le cinéma en Provence », sont invités deux artistes russes : Katya Pugacheva et Slava Likhachev, ainsi que le peintre sous marin André Laban.
Arrivés depuis une dizaine de jours, le but était, pour nos deux jeunes artistes russes, de découvrir des lieux cinématographiques provençaux mythiques comme Aubagne et les paysages de Pagnol, la gendarmerie de Cruchot, alias Louis de Funès, à St Tropez, l’Eden à la Ciotat où ont été projetés les premiers films des frères Lumière, les crêtes de cette même commune qui ont servi de décor à « Taxi 2″ ou encore Figuerolles où Hanin a tourné sa trilogie…
« L’air, l’atmosphère, l’ambiance de la Provence, sont favorables à l’expression intérieure – nous confie Olesya Sudzkhan – et nous voulions aussi exprimer notre amitié et notre art dans cette belle région qu’est la Provence, en faisant connaître nos artistes et, nous l’espérons, pouvoir aussi faire l’inverse en invitant des artistes de la région pour les faire connaître à Moscou.
2017 ayant été élue l’année du cinéma, le thème était tout trouvé d’autant que le cinéma français est très apprécié en Russie, comme les films russes, qui reçoivent toujours un excellent accueil en France.
– Il ne faut pas non plus oublier -ajoute Georges Klimoff – que le premier film de Jacques-Yves Cousteau, « Par 18 mètres de fond », a été tourné à l’île du Gaou, à Six-Fours ! »
Ainsi donc nos deux peintres auront-ils, durant quelque quinze jours, parcouru notre région et le soir du vernissage, le 29 avril à partie de 17 heures, nous découvrirons les œuvres que leur ont inspiré ces différents lieux. A eux, s’ajouteront les œuvres d’André Laban, qui fit partie de l’équipe Cousteau et qui, le premier, a peint des toiles sous l’eau. Et il nous proposera un très joli film qu’il a tourné sous la même eau. Ainsi peinture et cinéma se rejoignent.

C B

Slava Likhachev
Justement, Slava œuvre dans les deux arts à la fois : le cinéma et la peinture.
« Mon père était peintre – nous confie-t-il – et je me suis mis à dessiner dès l’âge de 3 ans. Depuis, j’ai toujours gardé ce plaisir et cette passion. J’ai suivi un cursus académique à Moscou où j’ai obtenu le plus haut diplôme. L’Académie terminée, j’ai reçu une proposition pour travailler dans des films d’animation, créer des personnages de jeux vidéo. Je suis parti travailler 15 ans dans des studios à San Francisco. Durant tout ce temps, je n’ai jamais cessé de dessiner, partout où j’étais. Même dans me métro où je m’amuse à caricaturer les gens ! »
(Entre parenthèses, il a profité de cette interview pour me prendre pour modèle… et c’est très réussi !)
Après ces années, j’ai eu envie de rentrer à Moscou et je suis entré au studios Gorki. Là j’ai inventé des décors et des personnages pour des films d’animation. J’ai créé à peu près un millier de personnages.
J’ai toujours gardé en moi la passion pour la peinture. J’ai fait beaucoup de voyages, ceux-ci m’ont beaucoup inspiré et pouvoir peindre ici, en Provence, était un rêve. C’est une grande joie pour moi d’être là »
Aujourd’hui reconnu comme un grand aquarelliste, Slava a déjà fait l’objet de quatre expositions dont bien sûr, à la galerie Kvartiras.

Katya Pugacheva
Le père de Katya était ingénieur dans le nucléaire et ne comprenait pas que sa fille veuille vivre de l’art.
« Aussi – nous dit-elle – j’ai dû suivre des études d’informatique durant cinq ans, tout en sachant que ce n’était pas ça que je voulais faire. Je ne voulais pas non plus d’un boulot stable, j’avais envie de bouger. Aussi, en parallèle, je me suis inscrite dans une école anglaise de design à Moscou. J’ai commencé à travailler en free lance comme décoratrice d’intérieur et peu à peu, je me suis éloignée de l’informatique. Quant à la peinture, elle a toujours été présente dans ma vie sans jamais imaginer qu’un jour j’exposerais. Aujourd’hui, je fais partie de la galerie Kvatiras et je suis heureuse d’avoir été invitée à faire ce voyage en Provence.
-Tous deux – ajoute Olesya – sont à la fois très différents et pourtant ils se ressemblent en beaucoup de points. Ils sont complémentaires, à la fois originaux et éclectiques ».
Eugeniya Plokhikh est une consœur puisqu’elle est journaliste, travaille dans la communication et écrit des livres pour enfants. Elle commence à parler « un peu » français, s’occupe des relations presse de la galerie et envoie chaque jour, depuis son séjour à Sanary, des articles pour divers journaux, revues et sites russes.

D E
Geneviève Canto – Georges Klimoff

Avec Olesya, elle a organisé la semaine dernière, une master class animée par la talentueuse plasticienne bandolaise, Geneviève Canto où, malgré la barrière de la langue, Français et Russes ont été réunis par l’art. Et Slava a même, dans la journée, réalisé un tableau, de la baie vitrée de l’hôtel où, au bout de la jetée, il y a à peine quelques semaines, pour les besoins du film « Tour de France », s’était installé avec son chevalet un certain Gérard Depardieu !
Avant qu’on ne se quitte, Olesya tenait à remercier Georges Klimoff :
« Il nous aide beaucoup et nous l’avons nommé notre curateur, responsable de tous les événements que nous organiserons dans la région ! »
Le vernissage de celui-ci se déroulera donc le samedi 29 avril à partir de 17 heures en présence de nos trois artistes invités. Il y aura de la musique, du cinéma, un spectacle de l’école russe de Toulon « Radouga »…
Bref, ce sera une belle fête russe au soleil de la Provence !

F

Jacques Brachet
Photos Monique Scaletta