La Rochelle – 18ème Festival de la Fiction TV

Un reportage de Marie-Aurore Smadja et Jacques Brachet
Photos : Monique Scaletta

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Revenir à la Rochelle, d’année en année est un plaisir toujours renouvelé.
D’abord parce que la ville est belle, aussi sportive que culturelle, que les gens sont d’une grande gentillesse partout où l’on va et… que le festival TV est un grand et beau moment de télévision, où l’on visionne tout ce que l’on pourra découvrir au cours des mois à venir, le nec plus ultra de la fiction dans tous ses états. Avec en plus, d’année en année, la découverte des fictions des pays européens, québécois et cette année, en lumière, la BBC avec, en invité d’honneur Tim Davie, son grand patron.
Sans compter que l’équipe du festival est solide, chaleureuse et qu’enfin on se sent bien à être immergé dans la fiction et tous ses acteurs. Ici par de stars (hormis Adjani !), tout le monde est simple, sympa, toujours prêt pour une photo ou une interview et surtout pour un selfie et Dieu sait si, aujourd’hui, c’est devenu à la mode !
Bref, vous aurez compris le plaisir qu’on prend à venir chaque année retrouver cette ville et ce festival.

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Cette année, un petit changement : Quentin Raspail, producteur, créateur du festival qui a débuté à St Tropez, a laissé sa place à Stéphane Strano. Il n’y a plus communicant et plus sympathique que ce nouveau président.
Il était à la fois estomaqué et heureux de voir l’importance que, d’année en année prend le festival puisque réunissant cette année plus de 2000 professionnels.
« Sans compter – nous a-t-il déclaré – que la programmation qu’Yves Bigot, responsable du comité de sélection a été formidable, tant du côté français qu’européen et le suis aussi très heureux de la qualité des web séries et je pense que ça n’a pas fini de monter.
Le festival est un miroir de ce qui se passe dans le monde et je ne peux peut-être que regretter, comme Yves Bigot, qu’il n’y ait pas plus de sujets sociétaux par rapport aux sujets policiers.
Mais je ne me suis pas immiscé dans la programmation et, en toute déontologie, j’ai décidé de ne pas voir les oeuvres sélectionnées afin de n’avoir pas à intervenir.
Nous sommes très honorés que la BBC se déplace jusqu’à la Rochelle, ce qu’elle fait rarement, car nous avons beaucoup à apprendre d’elle.
Moi, ce qui m’intéresse, ce sont les histoires et à ce sujet, la qualité de ce qu’on appelle le 26 minutes mérite d’être soulignée car c’est une section à la fois difficile et excitante.
Et puis, je voudrais aussi remercier les pays européens qui, malgré les événements qui se sont passés en France, viennent quand même présenter leurs œuvres chez nous.
Qu’ils en soient remerciés. »

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Le jury
Cette année, c’était la solaire comédienne Isabelle Carré qui était présidente du jury. Elle était entourée de son amie et complice, la comédienne Pascale Arbillot, du compositeur Erwann Kermorvant, de la scénariste Elsa Marpeau, du producteur Jean Nainchrik et du réalisateur François Velle, qui n’est autre que le fils de Frédérique Hébrard et Louis Velle…
Bon sang ne saurait mentir !

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Isabelle Carré présidente
Isabelle Carré, que nous avons rencontré, nous a dit sa joie de revenir à la Rochelle :
« Je garde un merveilleux souvenir de ce festival qui, en 2007, m’avait permis d’obtenir le prix d’interprétation avec le film de Jean-Pierre Améris « Maman est folle ». Ce festival aujourd’hui me permet de me reconnecter avec la fiction TV que, je l’avoue, j’avais un peu abandonnée afin de m’occuper de mes enfants. C’était dont une occasion de découvrir ce qui se fait en France et en Europe. Je me rends compte que le champ de vision s’est élargi et devient plus intéressant. A l’époque, le cinéma était plus rigide vis-à-vis de la télévision, ce que je trouvais idiot. Aujourd’hui la frontière entre film et télé-film semble s’ouvrir
Le problème est que, s’il y a de l’argent pour les films à gros budget et ceux à petit budget, ce sont les films « du milieu » qui ont le plus de mal à être montés ». Cecidit, j’aurai vu de très belles choses.

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Isabelle Adjani, star muette
Alors que tous les artistes arrivent à pied pour le photocall et les projection, Isabelle Adjani est arrivée dans une voiture blanche et a semé une belle pagaille à l’entrée du cinéma.
Après 20 minutes de folie pour franchir cinq mètres, happée par le public, elle a fait son entrée, royale, sans un seul sourire, est venue faire les photos avec immense lunettes noirs et chapeau cloche et, toujours sans sourire et sans un mot, s’est laissée photographier. Lorsqu’on lui a demandé d’enlever ses lunettes, elle a daigné les abaisser sur le nez laissant entrevoir son beau regard bleu.
Entrée de diva dans la salle où le public l’a ovationnée puis, passage obligé pour présenter le film de Jean-Louis Petit « Carole Mathieu » (Arte). Oh, juste le strict nécessaire et l’on a visionné le film.
Un film très glauque où elle interprète un médecin du travail qui voit les employés d’une entreprise téléphonique dépérir, désespérer, tomber malade, se suicider à force de harcèlement et de travail acharné. Elle va essayer, par des pratiques très personnelles, de faire évoluer la situation jusqu’au drame final.
Adjani traverse le film avec le même visage fermé qu’au photocall, monolithique, momifié, sans aucune expression, avec un minimum de dialogues. Où est la belle comédienne de « L’été meurtrier » ou de « La Reine Margot ».
Le film terminé, sous la seconde ovation du public, elle a daigné sourire avant de s’en aller comme elle était venue. Sans un mot, plus star que jamais.

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La folie de Michaël Youn
Michaël Youn était au générique du film de Denis Malleval « Mon frère bien aimé » (France 2) auprès d’Olivier Marchal et Elsa Lunghini (France 2). Au photocall, l’on pouvait s’attendre à tout de ce trublion, aux côtés d’un Olivier Marchal toujours très « space »… Et effectivement, il a fait le buzz. Alors que les photographes hurlaient comme des hystériques comme à chaque photocall alors qu’ils font tous la même photo, le voilà qui, tout à coup, enlève ses chaussures, tombe la veste et, en une pirouette, a sauté dans l’eau, ce qui a encore plus fait hurler les photographe qui espéraient la photo du siècle, se bousculant comme des fous au risque de rejoindre l’acteur. Ce fut l’attraction du jour.

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Coup de foudre à la Rochelle
Si le soleil ne brillait pas le jour où ils sont arrivés, ils ont illuminé le festival.
Qui ? la rayonnante Lucie Lucas, alias « Clem » de la série éponyme et le beau Ryane Bensetti à la carrure impressionnante. Réunis dans le film d’Arnaud Mercadier « Coup de foudre à Jaipur » (TF1) c’est une des rares comédies à nous avoir été présentées à ce festival. Oh, ce n’est pas la comédie de l’année mais elle nous a fait penser au cinéma de de Brocca, avec poursuites, gags, coups de théâtre, dans des paysages indiens très photogéniques, tout comme nos deux héros qui nous offrent en prime un ballet très « Bollywoodien » signé Denitsa Ikonomova, la talentueuse coach de Ryanne sur « Danse avec les stars ».
Un très joli moment de comédie romantique suivi d’une rencontre pleine de charme, de rires et d’humour. Les ados vont craquer !

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Pas de malaise avec Franck Dubosc et Anne Marivin
S’il y avait un prix de l’originalité, c’est « Les beaux malaises », nouvelle série de M6 qui l’aurait eue. Adaptée d’une série québécoise de Martin Matte, par Franck Dubosc et Eric Lavaine qui en est aussi le réalisateur, c’est en fait la vie de Franck Dubosc lui-même qui se déroule sous nos yeux avec ses histoires au quotidien. Une vie faite de rencontres insolites, d’aventures incroyables dues à sa célébrité, avec tout le charme et l’humour que l’on apprécie chez « Monsieur yeux bleus » et sa belle complice Anne Marivin qui joue sa femme.
En voilà une, de star, qui ne se la » pête » pas et qui, dans cette série, se moque allègrement de lui-même, anti-star s’il en est qui va comme nous au supermarché et adore, selon son réalisateur, manger du Cochonou ! Il aime être reconnu et aimé du public, d’ailleurs il nous avoue que s’il a fait ce métier c’est pour ces raisons ! Quant à Anne, elle est entrée dans le de plain pied dans la « folie Dubosc » et entre eux ce ne sont qu’éclats de rires communicatifs.

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Julia Dorval-Aliocha Itovich… Glamour, glamour
Ils sont jeunes, ils sont beaux à tomber parterre, ils sourient et rigolent tout le temps. C’est un plaisir de les regarder, heureux et amoureux.
Aliocha et Julie sont deux comédiens qui se sont connus sur une pièce de théâtre. Coup de foudre, non pas à Jaipur mais à Paris où ils ont décidé de ne plus se quitter, tout en jouant chacun de leur côté mais en créant une société de production audiovisuelle nommé A.J Prod. Devinez pourquoi ?! Ensemble ils écrivent , ils produisent et s’ils sont à la Rochelle c’est pour faire des rencontres qui feront aboutir leurs projets : un programme court intitulé « E.L.LE.S », petits histoires, pour la plupart téléphonées, entre quatre filles, quatre blondes trentenaires qui se sont réellement rencontrées sur un cours d’anglais et qui, comme par hasard, et ne sont plus quittées. Ca parle de la vie de tous les jours avec beaucoup d’humour. La série est écrite et réalisée. Il ne manque que le distributeur. Tout comme « Saucios », une série de six épisodes de 52 minutes mettant en scène deux amis qui, à la suite d’événements qui s’enchaînent à vitesse grand V, vont se retrouver avec des cadavres sur les bras et une situation inextricable.
A lire, c’est génial et à mourir de rire.
On espère que note beau couple arrivera à ses fins… Pour notre plaisir.
Ah, à noter, les trois autres belles blondes auprès de Julia Dorval : Eléa Clair, Perine Gilbert et Diane Dassigny.

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Olivier Pagès, l’homme de toutes les séries
Un beau regard bleu, le cheveu grisonnant et le sourire carnassier, Olivier Pagès est un comédien incontournable que vous ne pouvez pas avoir raté tant il est passé, toujours en guest star, d’une série à l’autre : RIS, Julie Lescaut, Joséphine, Navarro, Section de recherche, Alice Nevers, les vacances de l’amour… Et j’en passe !
Alors que je l’avais raté lorsque je l’avais été sur le tournage de « Meurtre à la Ciotat », où il jouait auprès de Philippe Bas et Elodie Varlet (Voir t83), voilà que je le rencontre à la Rochelle et qu’il m’annonce que ce film passera le 24 septembre sure France 3.
« J’y joue en fait un double rôle : un homme aphasique et hémiplégique qui n’arrive pas à parler, qui va être retrouvé pendu dans un local. Je joue également son frère jumeau qui, lui, n’est pas handicapé, qui va se retrouver confronté avec son passé qui s’est déroulé dans les chantiers de la Ciotat. Je reviens sur les lieux, il y a des flash back… Le reste, à découvrir le 24 septembre. Jouer ainsi deux rôles est à la fois difficile et excitant, d’autant que j’y retrouvé le réalisateur Dominique Ladoge qui est un homme d’une grande humanité.
Avis aux amateurs de cette série !

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Juste humain
Le cancer est l’une des principales causes de mortalité chez les plus jeunes, avec chaque année près de 1800 nouveaux cas  en France. Leur offrir, ainsi qu’à leurs proches, une parenthèse culturelle et artistique pour oublier la maladie, valoriser l’image de soi et recréer du lien social…tel sont les objectifs de l’association Juste Humain.
Fondée en 2011, Juste Humain est une association Loi 1901 qui s’adresse et soutient les enfants (du nourrisson au jeune adulte) hospitalisés et atteints d’un cancer ou d’une pathologie lourde afin de mettre à leur disposition les arts et la culture. Elle agit en faveur du bien-être des malades hospitalisés ainsi que de leurs proches. L’association permet de s’éveiller à la pratique artistique, d’empêcher l’exclusion, de tisser des liens en dehors de la maladie avec les proches mais également, de travailler sur l’image de soi et la positiver à travers les arts et la culture. L’association permet ainsi aux jeunes patients de s’évader du quotidien et de vivre des expériences inoubliables qui les aident à reprendre confiance en l’avenir.
Le Festival TV de la Rochelle soutient cette association qui était représentée cette année par la
comédienne Nathalie Nicoloff et Slimane le gagnant de « The Voice ».

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Deux espoirs primés par l’ADAMI
L’ADAMI est une société de gestion collective des droits de propriété intellectuelle des artistes-interprètes
Fondée et administrée par les artistes depuis plus de 60 ans, l’Adami perçoit et répartit les droits des comédiens, des danseurs solistes et, pour le secteur musical, ceux des artistes-interprètes principaux : chanteurs, musiciens solistes et chefs d’orchestre pour la diffusion de leur travail enregistré.
En 2015, elle a crédité 48,7 millions d’euros sur les comptes de plus de 73 000 artistes.
Elle favorise le renouvellement des talents et consolide l’emploi artistique au moyen de ses aides à la création, à la diffusion du spectacle vivant et à la formation professionnelle des artistes.
En 2015, elle a soutenu 1077 projets artistiques et financé des projets au service des artistes-interprètes pour un budget total de 14,9 millions d’euros. Elle agit pour préserver et faire progresser les droits des artistes-interprètes : elle se mobilise pour faire évoluer les législations nationales, européennes et internationales en leur faveur.
Représentée par la comédienne Eva Darlan, l’ADAMI a remis la somme de 2000€ à deux jeunes espoirs : Adèle Wismes, qui joue dans la série « Les grands » de Vianney Lebasque (OSC) et Alexandre Philip qui joue dans le film « Vestiaires » (TV5 Monde)

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Deux beaux acteurs
Parmi tous les comédiens venus à la Rochelle, le festival s’est ouvert avec une belle pointure : Bruno Solo, remarquable dans le téléfilm « L’accident » d’Edwin Bily (France 3), où il ne veut pas croire à « l’accident » de voiture de sa femme, rôle très fort, très dramatique, qu’il interprète avec l’énergie du désespoir. Et pour finir, Charles Berling, qui présentait sa première série, « Glacé », réalisée pour M6 par Laurent Herbiet. L’histoire d’un commandant venu élucider d’étranges meurtres dans un village perdu, brumeux et enneigé des Pyrénées et dans lequel il est remarquable.
A tel point que le film a reçu le prix de la meilleure série.

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Barbara Schultz et Armelle Deutsch

Le palmarès
Prix Nlle Aquitaine – lecteurs de Sud-Ouest : « Nadia » de Léa Fazer (France 2)
Prix des collégiens de Charente Maritime : « Les grands » de Vianney Lebasque (OSC)
Coup de cœur du jury : « Chewing Gum » de Tom Marshall (Channel 4)
Prix spécial fiction européenne : « The A word » de Peter Cattaneo (BBC)
Prix de la meilleure fiction européenne : « Ku’damm » de Sven Bohse (ZDF)
Meilleur espoir féminin : Adèle Wisme dans « Les grands » de Vianney Lebasque (OCS)
Meilleur espoir masculin : Alexandre Philip dans « Vestiaires » (TV5 Monde)
Meilleure web série : « Tank » de Samuel Blodin
Meilleur programme court : « Vous, les femmes » de Shaun Severi (Téva)
Meilleure musique : Fabrice Aboulker pour « Box 27 » d’Arnaud Selignac (France 2)
Meilleur scénario : Nathalie Kuperman, Raphaëlle Roudaut, Virginie Wagon pour « Harcelée » (France 2)
Meilleure réalisation : Samuel Bodin pour « Tank »
Interprétation féminine : ex æquo : Barbara Schultz pour « Nadia » de Léa Fazer (France 2) et Armelle Deutsch pour « Harcelée » (France 2)
Interprétation masculine : Eric Elmosnino pour « Box 27 » d’Arnaud Sélignac (France 2)
Meilleure série 26′ : « Les grands » de Vianney Lebasque (OCS)
Meilleure série : « Glacé » de Laurent Herbiet (M6)
Prix spécial du jury : « Box 27 » d’Arnaud Sélignac (France 2)
Meilleur téléfilm : « Tuer un homme », d’Isabelle Czajka (Arte)