Petits commentaires sur le Festival d’Avignon

Surmale
Surmâle(s)

Qu’est-ce que le théâtre ?
Dans le plus grand festival de théâtre du monde, on est en droit de se poser la question.
Il n’est certes pas facile de choisir parmi les 1400 spectacles proposés dans le Off du Festival d’Avignon.
Une valeur sure pour le public reste le répertoire, les auteurs appartenant au patrimoine littéraire. Comment se tromper en allant voir un Molière ou un Shakespeare ? Et cela ne peut pas faire de mal au programme scolaire des ados. Il y en a au demeurant de très bons comme « Le Marchand de Venise » de La Compagnie 13 ou « Dom Juan 2.0″ de Luca Franceschi, teintant savamment le texte à la Commedia dell’arte, tous les deux au Théâtre de l’Oulle. Encore mieux, Candide, mis en chanson et en danse par Alberto Nason et sa Mirandole & Cie. La Cour du Barouf est l’espace du Festival dédié à la Commedia dell’arte et l’on n’y sera jamais déçu. Légèrté et rire y sont au rendez-vous dans le respect du texte. Comment oublier l’excellente Madragola de Machiavelli de l’édition 2014 ?
One man shows
Il est en effet plus aisé de choisir des spectacles si l’on affectionne un genre en particulier : Commedia dell’arte, spectacles pour enfants, cirque, danse, magie, improvisation et surtout innombrables one man shows comiques. Comiques ou pas, la majorité des spectacles proposés dans le off mette en scène une seule personne.
Certaines de ces pièces ont remporté un immense succès populaire. Le public s’est battu pour voir :

Le chien 2
Le chien d’après Eric-Emmanuel Schmitt (Espace Roseau Teinturiers). Mathieu Barbier et Patrice Dehent y sont certes excellents, mais ils ne se regardent jamais ! Pas de déplacement , presque pas de gestes, ils récitent les mains dans les poches. Ils pourraient tout aussi bien lire. De même, le texte de Monsieur « Motobécane » est superbe, amusant et glaçant à la fois, mais Bernard Crombey ne bouge pas d’un pouce. L’élément visuel y est quasiment absent. On pourrait les apprécier les yeux fermés, c’est de la radio.
Dans le genre, on compte bien sûr des exceptions. Dans Pierre et Mohamed d’Adrien Candiard (Chapelle de l’Oratoire), Jean-Baptiste Germain incarne magistralement Mgr Pierre Claverie et son chauffeur algérien Mohamed Bouchikhi accompagné par le hang du metteur en scène Francesco Angnello présent sur scène. Dans Le gorille de Franz Kafka, Brontis Jorodowsky, fils du réalisateur et metteur en scène Alejandro Jorodowsky livre une véritable prouesse physique en utilisant tout l’espace scénique.

obus

Mon coup de cœur va toutefois à Un obus dans le cœur du libano-cabadien Wajdi Mouawad
mis en scène par la Compagnie L’Autre Monde. Julien Bleitrach y est époustouflant d’intensité. Il joue tant de personnages en modifiant son corps et sa voix que l’on en oublie qu’il est seul. Avec deux autres membres de la compagnie Gérard Gérard cette fois, Julien Bleitrach joue dans un autre spectacle, l’ébouriffant Sur Mâle(S.
Un interprète à suivre de près.

Myrto Konstantarakos