Alain TURBAN, de Montmartre à l’Ardèche

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Si l’on est confortablement assis à l’ombre de la place du Tertre… la chaleur, le soleil… et les moustiques nous signalent que nous ne sommes pas à Montmartre.
On en est loin… sous le soleil exactement de Ruoms en Ardèche, où nous reçoit l’ami Alain Turban qui, quoique pur et dur Poulbot de Montmartre, a trouvé depuis longtemps, comme un certain Jean Ferrat, un havre de paix dans cette raison, maison de sa presque enfance, puisqu’il l’a découverte à 10 ans.

« C’est grâce à mon beau-père, nous confie-t-il – qui, Ardéchois, à fait connaître aux deux montmartrois que nous étions, ma mère et moi, ce coin de Paradis pour lequel j’ai eu le coup de foudre. Et j’y reviens dès que je le peux car c’est devenu ma seconde patrie ».

 Et il s’y est tellement enraciné qu’il a consacré tout un disque « De ton village à mon village… » (Pony Music) où il évoque la caverne du pont de l’Arc, la Grotte Chauvet, l’eau et les vieilles pierres, la maison d’Antraigues en hommage à Ferrat, la Ferme Théâtre où il se produit en toute amitié…

Pendant que sa chienne vient chercher des câlins, nous discutons à bâtons rompus et bien sûr, nous ne pouvons ne pas parler de sa rentrée parisienne qui se fera à l’Olympia le 11 septembre à 16h… pour la dernière fois, souligne-t-il.

« Pourquoi la dernière fois, Alain ?
Parce que c’est une salle mythique dans laquelle je me suis produit deux fois. Aujourd’hui c’est un peu devenu un garage que l’on loue… et crois-moi, c’est un investissement !
A quand remonte son second spectacle ?
En 2013. Il était axé sur Montmartre. Je voulais offrir une dernière fois au public qui me suit depuis des décennies, un spectacle fait de ces chansons qui ont jalonné ma vie en 40 ans. Il y en en exactement 138 et c’est un véritable casse-tête pour en choisir 25 !
Pour ceux qui en voudraient plus, elles sont toutes ressorties en CD. Sans compter toutes celles que j’ai écrites pour d’autres chanteurs, dont « Route 66″ pour Michèle Torr dans son album « Diva »

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Avec Michèle Torr et Jean Vallée à l’Olympia

Tu as tout de même une carrière atypique puisque, après avoir surfé sur la vague disco, avec entre autres « Santa Monica » et quelques autres succès, tu as très vite pris d’autres voies !
Je ne voulais pas me vautrer dans le disco, je voulais faire des choses différentes et j’ai bien fait. Tu me vois, à presque 70 ans, chanter encore ces succès ! Ce serait ridicule.
C’est vrai que je n’ai pas choisi la facilité en bifurquant souvent sur des chemins où l’on ne m’attendait pas. Mais en tant que mon propre producteur, j’ai pu me payer ce luxe, même si ça n’a pas toujours été payant.
Ce début de parcours, tu l’avais raconté dans ton premier livre « Un taxi dans les étoiles » puisque ce fut ton premier métier. Tu récidives avec « Variétés citron pressé » (Grrr art éditions). Explication !
Mon premier livre s’arrête aux années 74, quand arrive le succès. Dans le second, je vais jusqu’à aujourd’hui. Quant au titre, je crois qu’il représente bien le monde de la chanson où, à l’époque, on n’avait pas besoin d’avoir beaucoup de talent pour devenir « vedette » mais où les maisons de disques te pressaient comme un citron jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de jus et qu’on te jette pour trouver un autre citron à presser ! Remarque, ça n’a pas beaucoup changé !
En même temps que la sortie du livre, j’ai sorti un single éponyme et un clip qu’on peut voir sur youtube et qui est très drôle.
As-tu pris goût à l’écriture ?
J’ai toujours aimé écrire des chansons et j’en écris tous les jours. Ces deux livres ont été un vrai plaisir mais comme j’ai raconté ma vie jusqu’à aujourd’hui, je ne sais pas combien d’années la vie me réserve pour un troisième livre ! Mais j’ai l’idée d’un roman et d’une pièce de théâtre… A suivre…

Alain Turban 6M - Copie

Tu arrêtes la chanson ?
Pas tout de suite mais je commence à l’envisager avec les années qui passent, je ne voudrais pas faire la scène de trop et puis, le métier devient de plus en plus difficile. J’ai toujours fait plein de choses diverses mais à chaque fois c’est un combat et ça commence à être fatigant. Il n’empêche que je continue à écrire des chansons et que j’ai toujours deux ou trois projets en tête.
Tu viens d’ailleurs d’écrire et produire un disque avec un duo original : Michou et Annie Cordy !
J’avais déjà écrit une chanson pour les 80 ans de Michou qui est un ami et une figure emblématique de Montmartre. J’ai récidivé pour ses 85 ans car on vient de fêter les 60 ans de son mythique cabaret. Le titre en est « 85% d’amour et 60 ans de cabaret ». J’y ai associé ma vieille amie Annie qui est une femme extraordinaire. Le titre est à la fois rigolo et émouvant car tous les deux sont magnifiques.
D’autres projets ?
Ici à Ruoms, il y a un grand festival qui s’intitule « Festiv’Aluna » où passent les plus grandes pointures. C’est Jean Boucher qui en est le président fondateur. L’an prochain l’on fêtera les 10 ans du festival et j’écris une chanson qui en sera en quelque sorte l’hymne. C’est un jeune chanteur niçois qui l’interprètera, Fabrice Soler, que l’on pourra d’ailleurs retrouver avec moi à l’Olympia.
Quoi d’autre pour cet Olympia ?
J’ai écrit une chanson sur Piaf « De l’Olympiaf à l’Olympia », qu’a beaucoup appréciée Charles Dumont et qui a accepté de venir la chanter avec moi. Mon rêve serait d’avoir Zaz, mais c’est tellement compliqué de pouvoir joindre ces artistes aujourd’hui…
On te sent un peu blasé…
Tu sais, c’est fatigant de se battre contre des moulins à vent… J’ai assouvi depuis longtemps mon fantasme d’être « une vedette ». J’ai toujours envie de faire des choses mais ça devient de plus en plus compliqué. Par contre, j’ai très envie de remonter ma comédie musicale « La légende de Montmartre » avant de disparaître et de le faire avec plein de jeunes talents… Sinon je le ferai dans une autre vie !
Tu y crois ?
Je crois que rien de ce qu’on vit n’est dû au hasard. Je crois, sinon en Dieu, du moins à quelque chose qui nous dépasse. Je ne crois pas à la réincarnation mais à l’incarnation. Chacun a un chemin de vie et je suis persuadé que si je n’y croyais pas, je ne me serais pas battu comme je l’ai fait.

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J’ai aussi envie de passer plus de temps en Ardèche.
Je viens d’écrire une chanson pour clore mon Olympia :
« Même si on est à l’Olympia
Moi le Poulbot de la rue Francoeur
C’est sous le soleil ardéchois
Qu’un jour j’irai poser mon cœur »

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Monique Scaletta et Christian Servandier