Monty : un « sixties-chanteur » très vert !

Il a le culot d’avoir le même prénom que moi. Il va jusqu’à avoir les cheveux blancs et la barbichette… comme moi ! Et à l’entrée des artistes du Nikaïa de Nice, asur la tournée « Age Tendre », voilà qu’on vient me demander des autographes !
Ca ne peut pas durer et je le dis tout de go à Monty… qui se marre bien !
Monty, c’est, à partir de 1964, des tubes qui s’enchaînent : « Même si je suis fou », « Ce n’est pas vrai », « Un verre de whisky », « Bientôt les vacances », « Mes rêves d’enfant », « Brasilia » et en 1970 le fameux et devenu mythique « Allez les Verts ».
Et puis plus rien. Le chanteur disparaît en pleine gloire même s’il continue d’être sur les pochettes de disques, en tant qu’auteur compositeur, des copains : Sheila (Petite fille de Français moyen), Dallda (Mama), Eric Charden (Le monde est gris, le monde est bleu), Pétula Clark (Si tu prenais le temps), Jeane Manson (Fais-moi danser) et puis Mitchell, Gall, Vartan, Vilard, Alamo… Tous sont passés à la méthode Monty… Avant qu’il ne parte s’exiler quinze ans aux USA.
Il est le tout dernier chanteur – dans tout le sens du terme ! – de la dernière tournée « Âge Tendre ».

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acques Bulostin, comment es-tu devenu Monty ?
Tout à fait par hasard. D’abord parce que, lorsque en 1963, je vais voir Eddie Barclay, c’est pour lui proposer des chansons pour ses propres artistes. J’en écris et compose depuis l’âge de 14 ans mais je n’ai pas une seconde des velléités de les chanter… Bien trop timide ! Lorsqu’il écoute mes chansons, il me dit que c’est ma voix qui lui plaît et qu’il me veut comme chanteur. Hésitations, angoisse… Je mets du temps à dire oui. Arrive alors la question du nom : il n’aime pas le mien et comme la mode est à la consonance anglaise, il me propose… Jack Kennedy ! Que je refuse aussitôt et pour cause ! Comme j’adorais Montgomery Clift qu’on appelait Monty, je lui propose Jacques Monty qu’il accepte et lorsque le premier disque sort… Jacques a disparu. Voilà mon cher Monsieur, comment l’auteur compositeur Jacques Bulostin est devenu Monty le chanteur ! Bien m’a pris de refuser son pseudo puisque le jour de ma première télé… Kennedy est mort !!!

Tu as alors pu vaincre ta timidité ?
Ca a été long et difficile mais ça m’a passé lorsque j’ai vu le plaisir que je donnais aux gens et surtout les yeux brillants de mon père, fier que je réussisse. J’ai chanté pour lui jusqu’à sa disparition.

Alors, pourquoi cet arrêt brusque quand tout marchait ?
Je préférais écrire des chansons que chanter et puis j’avais envie d’autre chose. J’ai voulu tâter de la production et je suis parti aux USA. Arrivant avec mon succès « Allez les Verts », je suis allé avec mon disque frapper à la porte d’un des plus grands producteurs, Ahmet Artegun, qui avait fondé l’équipe de foot de New-York, le Cosmos. Je lui ai fait passer mon disque, il m’a aussitôt ouvert la porte et j’ai travaillé pour lui. Il m’a tout appris et m’a fait travailler avec Stevie Wonder, La Toya Jackson et j’ai travaillé sur la prod’ de « Trhiller »… Des dieux pour moi ! C’est à l’époque où Nougaro s’est fait virer de Polygram. Je l’ai fait reprendre chez Warner… et il a fait « Nougayork » !

Après quinze ans d’Amérique, pourquoi revenir ?
Parce que la France me manquait, comme ma famille et mes amis. Car aux USA, si tu travailles, tu peux réussir mais tu ne te fais pas d’amis. J’ai donc décidé de rentrer.

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Et de redevenir chanteur en rejoignant « Age Tendre » !
Oh non, pas directement : j’ai mis quatre ans pour dire oui à Michel Algay. Je n’avais pas tu tout envie de revenir sur scène. Mais il a insisté et on a fait un deal : « Si ça me gonfle, j’arrête ». Il a été OK… et je n’ai pas arrêté car de voir chaque soir cette foule chanter et danser avec moi, c’est un vrai plaisir.

Tu vas donc remonter sur scène tout seul ?
Que non ! Ce n’est pas un come back, je suis lucide, « Age Tendre » ça marche parce qu’on est nombreux sur scène. Mais tout seul, je ne remplis rien et je ne veux pas me ridiculiser. Par contre, j’ai retrouvé des tas d’amis chanteurs et j’ai des projets de chansons pour Michèle Torr, Herbert Léonard. Je continue d’écrire, j’ai des chansons plein les tiroirs et je vais essayer de les placer.

C’est toi qui proposes ?
Oui bien sûr, ou on me demande aussi. Un jour que j’étais chez Jeane Manson, elle me demande si je n’ai pas une chanson pour elle. Je lui dis oui, me mets au piano et lui joue une mélodie. Elle me dis : « OK, je prends ». Le problème est que je venais de l’inventer ! Sitôt dans l’ascenseur je l’ai écrite sur un bout de papier… C’était « Fais-moi danser » !

Que penses-tu de la nouvelle génération ?
J’adore Zaz, je trouve qu’elle a une voix et une personnalité extraordinaires. Par contre, je n’arrive pas à me faire au rap. A part I Am car ils ont des textes fabuleux.

Et ton histoire avec les Verts ?
C’est une histoire d’amour qui dure depuis… quarante ans ! J’étais au stade de France avec eux… Ca a été un grand moment d’émotion !

Jacques Brachet
Photos Christian Servandier