16ème Festival de la Rochelle
Thierry MALET, auteur compositeur :
« Le musicien de cinéma est un avaleur de chronomètre ! »

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Thierry Malet est musicien, compositeur.
Il était l’un des invités du 16ème festival de la fiction TV de la Rochelle pour avoir signé la musique du film « Des roses en hiver » que Lorenzo Gabriele a tourné pour France 2, avec Jean-Pierre Marielle, Mylène Demongeot et Léa Drucker entre autres.
Son parcours est atypique car, s’il a toujours aimé la musique et si, très vite, il a su qu’il en ferait son métier, ses parents, eux n’y croyaient pas et ne voulaient pas entendre parler de ce « métier de saltimbanques ».
Alors, contre mauvaise fortune bon cœur, il a choisi de faire Arts & Métiers… d’abord, parce qu’il y avait le mot « Arts » et de plus, parce qu’on y enseignait quelque vingt-cinq disciplines qu’il prendra plaisir à découvrir.
L’Ecole Centrale de Arts et Métiers, délivre un diplôme d’ingénieur qu’il a obtenu. Il a  ensuite passé un Master à l’Université de Sheffield, en Angleterre. Il  ya étudié un nouveau langage de transmission numérique baptisé U.MIDI (Universal Music Instrument Digital Interface) dans le cadre d’un doctorat Phd.
Il a ensuite été embauché comme consultant au CSTB, centre scientifique et Technique du Bâtiment dans le département de l’acoustique des salles.

« C’est – m’explique-t-il – une discipline qui permet de travailler sur des logiciels sur lesquels on peut faire des simulacres afin de parfaire le son dans des salles de spectacles, ce qui est loin d’être toujours le cas ! J’ai ainsi travaillé sur les opéras Garnier, Bastille et l’Opéra de Pékin ».
Le son, c’est son maître-mot et Thierry s’en est donc fait une spécialité :
« Dans une salle de spectacle, il y deux choses principales : le son qui vous revient de la scène et… les fesses ! Quoi de pire qu’écouter un concert lorsqu’on est mal assis ?!
Quant au son, c’est comme lorsque vous lisez un roman : vous vous inventez des images. Lorsque j’entends un son, je mets aussitôt des images dessus. Bien entendu, l’inverse est vrai : lorsqu’on voit des images, il y a des sons qui vous traversent. Je ne pouvais donc pas mieux m’exprimer que dans la musique de films. L’image me fait procure un sentiment intime que je retranscris par la musique..

Justement, comment êtes-vous venu à la musique de films ?
Composant de la musique, des copains m’en ont demandé pour illustrer leurs documentaires. Petit à petit, je suis passé à la fiction, ce qui est un tout autre langage.
Pour moi, la musique forme le trio du film avec le réalisateur et le comédien. Elle, est un personnage, elle dit quelque chose. Elle peut changer toute la perception d’une histoire, d’une scène, soit en les accompagnant, soit en étant en total décalage…
Et je suis l’apôtre du décalage !

Comment travaillez-vous avec le réalisateur ?
Je lis le scénario, je m’en imprègne, je discute beaucoup avec le réalisateur avec qui il faut qu’il y ait une totale confiance, une intimité car ce sont les composantes essentielles. Je détache de ma lecture et de mes rencontres, un thème. Une fois d’accord sur celui-ci avec le réalisateur, je commence à écrire.
Par contre, ne vais jamais sur un tournage afin de ne pas être pollué. Je n’interviens que lorsque le film est presque monté et je vais rythmer les passages musicaux en fonction du montage, des images, de la situation.
Le musicien de cinéma est un avaleur de chronomètre qui doit suivre la scène à la seconde.

Je suppose qu’au départ vous proposez vos idées ?
Évidemment puisque je suis avant tout au service d’un réalisateur. Je traduis ce que je vois, je ressens, j’entends. Ca colle ou pas bien sûr et il est là pour m’expliquer au plus près ce qu’il désire. Je modifie peu à peu en fonction de ses idées, de ses désirs. Avant tout, c’est son film.
La seule chose que j’exige, c’est qu’il y ait une mélodie qui se dégage et se décline en fonction de l’action.

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Certains musiciens, une fois la musique écrite, la donnent à un arrangeur. Est-ce votre cas ?
Pas du tout ! Je ne la donne à personne, d’abord parce que c’est « ma » musique et que je sais exactement ce que je veux entendre, ce que je veux en faire. De plus, j’adore arranger et diriger un orchestre. C’est très excitant de voir naître sa musique qu’on a composée tout seul sur un piano et c’est magique de la voir naître par cinquante, cent musiciens !
Pour moi, diriger un orchestre – et je le fais souvent avec l’orchestre philharmonique de Prague – c’est une impression unique. C’est physiologique ! On travaille avec chaque instrument, les yeux dans les yeux avec chaque musicien et celui-ci doit comprendre à la seconde près ce que je désire. C’est une sensation unique, intense, que cette énergie dans nos regards qui se croisent ! »

Hormis la musique de films – et Thierry Malet en a écrit près de deux cents pour le cinéma et la télévision – il écrit aussi pour des concerts, des spectacles. Le dernier en date est le spectacle musical « Ourra » ( qui signifie « le chemin » en hébreu) qui a été joué en 2011 et 2012 au Palais des Congrès et à l’Olympia.
Il a reçu la Caméra d’Or à Cannes pour le film « Imago », le prix SACEM de la meilleure musique et a été nommé aux Oscars.
Il a à son actif, une collaboration à une cinquantaine de disques et son rêve est de retravailler pour le cinéma américain.
Nul doute que sa passion et son talent réunis l’y reconduiront.

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Christian Servandier