Toulon – Pathé Liberté
Pascal ELBE, homme-orchestre mais conteur avant tout !

PASCAL ELBÉ

Antoine (Pascal Elbé), est professeur. C’est un homme assez solitaire, qui a l’air tout le temps «à l’ouest», qui se préoccupe peu de ses élèves, qui n’a que peu de rapports avec ses collègues, semblant vivre dans une bulle. Écoutant la musique à fond, laissant sonner son réveil, Claire, sa voisine (Sandrine Kiberlain), passe son temps à monter frapper à sa porte et gueuler après lui.
Il a toujours l’aire surpris de la réaction des gens, jusqu’au jour où il découvre qu’il est malentendant. Il se fera poser des prothèses qui le font basculer dans un autre monde de bruits et de fureur.
Du coup, sa façon d’appréhender la vie va changer, avec sa mère, Angèle (Marthe Villalonga), qui a la maladie d’Alzheimer, sa sœur Jeanne (Emmanuelle Devo) avec qui se chamaille souvent, Francis, son meilleur ami (François Berléand) et jusqu’à sa voisine et sa petite fille Violette (Manon Lemoine) muette depuis la mort de son papa.
Ses rapports avec les autres vont changer mais il devra vivre une autre vie, l’appréhender et se l’approprier. Il va pouvoir entendre les autres, s’entendre avec eux.
C’est une très jolie comédie romantique comme, jusqu’ici, seuls savaient le faire les Américains.
Pascal Elbé, qui l’a écrite, qui la met en scène et s’octroie l’un des rôles titres, a su le faire avec tact tendresse, émotion et rire mêlés et de plus, il sait de quoi il parle, étant lui-même un malentendant.

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Lors de son passage à Toulon, au bord de l’eau, sous le soleil (tout ce qu’il aime !), il nous fait ses confidences.
«Pascal, c’est votre première comédie romantique en tant que réalisateur…
C’est vrai mais j’avais envie de changer de registre et l’âge passant je voulais écrire et réaliser un film plus personnel
Ca ne peut être plus personnel puisque c’est un peu votre histoire… et c’est en quelque sorte un coming out !
(Il rit), ! Effectivement, c’est une chose que je n’ai pas crié sur les toits, même si ce n’est pas honteux. Mais je suis plutôt discret. Il se trouve que j’ai eu l’occasion de lire le livre de David Lodge «La vie en sourdine» et que j’y ai vu beaucoup de similitudes. Il met les mots sur ce que je vis et je ressens. Ce sont mes fils qui m’ont dit : «Tu cherches un scénario ? Tu en as un tout trouvé, il est sous ton nez!»
Un sourd, à l’inverse d’un aveugle, ça peut prêter à des situations risibles mais aussi à des situations de rejet, de non intégration, d’exclusion. Il y avait de quoi faire une histoire sans tomber dans le drame ou le pathos.

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Comment fait-on un tel métier avec ce handicap ?
Je ne me suis pas laissé le choix. Comme pour tout le monde, il y a eu une phase de déni, d’incompréhension, et puis la chose acceptée, je me suis appareillé.
Vous avez un casting cinq étoiles !
C’est vrai et j’en suis heureux. Avec Sandrine Kiberlin, nous sommes amis depuis vingt ans et j’avais envie depuis longtemps de travailler avec elle. Tout comme Emmanuelle Bedos. C’est une magnifique comédienne. François Berléand, je ne le connaissais pas. J’aimais le comédien mais j’en cherchais un plus jeune. En fait, je me suis dit que ce n’était pas indispensable et je l’ai appelé. Il y a eu une complicité immédiate entre nous. Il sait tout jouer ce type ! La petite Manon, ce n’était pas mon premier choix et pourtant c’était une évidence. Jouer une petite fille muette, ce n’était pas facile mais elle a tout de suite choppé le truc. Je pense qu’on la retrouvera très vite. Marthe, je trouve qu’elle ressemble à ma grand-mère ! Elle ne voulait plus jouer mais j’ai su la convaincre. Elle joue avec finesse une femme qui a d’évidence la maladie d’Alzheimer mais qui sait en jouer quelquefois…
J’ai envie de travailler avec des personnes sensibles et d’avoir en moi cette petite musique.
J’ai envie de travailler avec des gens que j’admire et que j’aime. Former une famille autour de moi.
C’est un film qui parle de la solitude, de l’incompréhension…
C’est surtout un film qui parle de nous tous, de ces passages de vie qu’on traverse, de situations qu’on a tous eue ou qu’on peut vivre, auxquelles on a pu être confrontés. Ça parle aussi du rapport à soi-même, à sa façon d’apprendre à s’estimer, à se respecter.
Moi-même, j’ai beaucoup appris de moi, j’ai pu et je peux apprécier le silence, j’ai appris à être attentif au regard des autres.
L’aide auditive peut être très agressive. Certains ont renoncé. Tout est amplifié, même tous les bruits alentours qui sont autant d’agressions .On a du mal à s’adapter.  Il faut persister, se laisser le temps. J’ai dû mettre quelque trois mois à m’adapter.
Etre scénariste, réalisateur, comédien… Vous accumulez les difficultés !
C’est vrai qu’il y a quelques difficultés à se filmer soi-même ! Ça rend un peu schizophrène !
Mais il faut faire la part des choses : réaliser en ne pensant qu’aux comédiens, jouer sans penser à la caméra. Mais après des années de métier, c’est un pur plaisir et à chaque fois un petit miracle !
A chaque séquence tournée, je retrouvais ma place de comédien ou de réalisateur sans problème.

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Vous accumulez aussi les handicaps: un sourd, une muette, une malade d’Alzheimer !!!
C’est vrai que je charge la mule !!! Mais ce sont trois mondes de solitude où chacun est enfermé dans une bulle. Il y a beaucoup de similitudes. Mais ça crée aussi des situations où chacun se fait comprendre autrement. Entre la gamine et le type, il y a le regard, le sourire. Avec la mère, il y a cette façon de crier, de ne pas reconnaître sa maladie et de faire comprendre aux autres leur importance. Et puis, chacun aussi profite de son handicap. Antoine il n’entend que ce qu’il veut entendre et peut ainsi profiter du silence. Violette ne parle que lorsqu’elle en a trouvé la nécessité. Angèle peut se permettre de dire des choses qu’elle pense sans que ça prête à conséquence. Chacun se joue de son handicap.
Pourquoi le héros est professeur, alors que vous êtes acteur ?
Au départ ce devait être un acteur mais je le trouvais trop égocentrique. Ça pouvait devenir trop biographique. J’ai choisi un professeur car avec lui, on parle de transmission. Et j’avais envie de travailler avec des enfants
Scénariste, comédien, réalisateur… Que préférez-vous ?
C’est toujours l’histoire qui prime et, scénariste ou acteur, mon métier c’est de raconter des histoires. En fait, je suis conteur. Ecrire, faire un film, c’est une histoire à partager. Je suis en réflexion permanente et je le fais en toute humilité car un film est une aventure qui peut être ratée. Etre réalisateur, c’est entrer en résistance, ce n’est pas un travail innocent.
Aujourd’hui, j’ai des années de métier, ce qui m’a rendu confiant pour la suite. Jouer est un pur plaisir. Avant je ne savais pas, j’étais inquiet. Aujourd’hui je sais.
Lorsqu’on est à tous les postes, est-ce qu’il n’y a pas le risque de ne plus avoir de proposition ?
Ça ne m’est pas arrivé mais si c’est le cas, dommage pour ceux qui ne font pas appel à moi. Mes portes sont ouvertes, entre qui veut. Celui qui ne veut pas… Tant pis pour lui !

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Propos recueillis par Jacques Brachet
Photocréations.fr