Toulon – Le Liberté : Féminin-Masculin

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En ce 13 mai 2019 le Théâtre Liberté, scène nationale, donnait sa journée de clôture de la 5ième édition «Des Courts-Métrages en Liberté  dont la marraine était Christiane Taubira, ex Garde des Sceaux.
Cette journée se divisait en deux parties. L’après-midi pour les scolaires en présence de tous les protagonistes, et en soirée pour le grand public avec les mêmes protagonistes, et les mêmes films, suivi d’un débat avec la salle réunissant sur scène 13 intervenants sous la houlette de la médiatrice Mélanie Masson.
Les élèves ont été pris en main par Benoît Arnulf, animateur et formateur en prévention des discriminations sexistes et LGBTphobes, coordonnateur de l’association « Les Ouvreurs » et directeur des rencontres cinématographiques In&Out à Nice. Ils étaient également conseillés et  aidés, par un groupe de professionnels du cinéma.
Ces courts métrages représentent six mois de travail en amont qui ont permis de faire évoluer les réflexions, développer les prises de conscience, acquérir la capacité à s’exprimer. Au départ certains élèves refusaient par exemple de jouer un personnage gay, pourtant comme dit l’un d’eux : c’est un rôle, ce n’est pas moi. Ensuite ce furent douze jours de tournage en de longues journées de travail.
Tout repose sur un équilibre délicat pour réaliser le film, entre la liberté des acteurs, l’encadrement et l’équipe du Liberté. Mission accomplie, réussite exemplaire.
La présentation générale était assurée par Pascale Boeglin et Charles Berling directeurs de la scène nationale Châteauvallon-Liberté.

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Pascale Boeglin, Charles Berling, Christiane Taubira, Benoît Arnulf, Mélanie Masson, Claire Chazal

Quatre films au programme, plus ce qu’on appelle le Making-Of :
Les goûts et les couleurs
Réalisé par les jeunes du Centre Social et Culturel Toulon Ouest.
Le film le plus métaphorique, montrant qu’en mélangeant les couleurs on obtient des résultats imprévus et formidables. Une grande joie juvénile s’en dégageait.
Un seul geste et tout change
Réalisé par les élèves de 3ème PEP du Lycée professionnel régional du Parc Saint-Jean de Toulon.
Une Ado rejetée et maltraités par les autres, comme presque toujours sans raison apparente ou valable ; il suffit que quelqu’un lui tende la main, et tout change.
Méduse
Réalisé par les jeunes de la Protection Judiciaire de la Jeunesse du Var.
Difficulté de départ : on ne doit pas voir les visages de ces jeunes en protection judiciaire. Coup de génie, une interview et des mannequins de boutique comme acteurs. Une grande émotion s’en dégage.
Le cœur a ses raisons
Réalisé par les élèves de seconde10 du Lycée Dumont d’Urville de Toulon.
Un monde inversé, ce sont les hétéros qui sont rejetés. Cela rompt les habitudes et l’imbécillité des normes, dit Madame Taubira. Sans oublier une délicieuse scène de comédie musicale.
Le making off
Un choix de séquences de tournage qui montrent les difficultés, les hésitations, les trouvailles, les personnalités qui s’affirment, et par dessus tous l’ambiance amicale et les fous rires.
Madame Taubira sut avec un à propos admirable synthétiser en quelques phrases les qualités et la portée de ces films.
Au milieu de tous les participants réunis sur la scène, la Marraine déclara être heureuse d’avoir accepté cet honneur, ce qui lui a permis de voir ce que produise ces ados accompagnés par leurs professeurs et des spécialistes. Qu’elle était fière d’appartenir à cette communauté humaine qui ose aborder ces sujets des différences sexuelles. Que cela lui donnait envie d’être enfant pour être incluse avec ces Ados qui osent aborder ces sujets. Elle ajouta qu’une jeunesse de cette qualité autorise tous les espoirs.
Ce qui frappe c’est de voir à la fois des ados intimidés sur scène et refusant de parler, quand d’autres sont à l’aise comme de vieux reporters chevronnés, comme par exemple cette fille qui répondit avec humour à la question : « pourquoi est-ce toi qui est sur scène et pas une autre ? – Parce que je suis la plus charismatique ». Rire général.

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Le débat du soir fut très argumenté, très précis, et très consensuel. Quelques personnes nous firent part de leurs expériences, tel ce monsieur, marié maintenant avec son compagnon grâce à la loi Taubira du Mariage pour Tous de 2013. Un autre qui déclara : pendant que ces films se tournaient j’ai été agressé et roué de coups parce que je suis homosexuel. Ou encore cette productrice de radio qui anima la première émission sur l’homosexualité, Toulon, voici plusieurs années, qui fut insultée copieusement par une fleuriste qui lui dit «finalement je préfère m’occuper de mes chiens», l’insultée rétorqua, «moi aussi, j’ai deux bergers allemands», la fleuriste rit et l’invita dans sa boutique et elles se rencontrèrent amicalement parmi les fleurs.
Madame Taubira développa longuement les difficultés à vaincre pour amener les récalcitrants à la raison. «Il faut briser les tabous, parler, ne rien laisser passer, porter plainte quand on est agressé. Cultiver la liberté d’expression, sachant qu’aucune liberté n’est absolue, qu’il faut respecter certaines limites. Que la liberté ne doit pas servir à agresser, ou à réduire la liberté de l’autre. Elle déclara encore qu’elle aimait ces enfants qui sont drôles, talentueux, généreux, audacieux.
 » Je suis fière d’eux, et pourtant je n’ai rien fait là-dedans », conclut-elle en riant.
Claire Chazal, présidente du Liberté et présente à la soirée, remarqua qu’elle aurait aimé participer à une telle aventure au même âge.
Pascale Boeglin ajouta qu’il fallait avoir le courage d’être soi-même.
Charles Berling conseilla qu’il ne fallait pas éduquer les enfants comme si on savait tout, mais qu’avec plus de savoir l’obscurantisme recule.
La soirée se termina par deux poèmes, l’un lu par une jeune fille du projet, et l’autre, d’Aimé Césaire, dit par cœur par Madame Taubira.
L’échange dura longtemps, tant il y avait de sujets à discuter. Nul doute que de tels événements font avancer la prise de conscience et la tolérance. Il faut semer des graines, certaines écloront. Il ne faut pas se décourager, il y a encore du travail à accomplir, car n’oublions pas qu’en 2018 les agressions contre les LGBT ont augmenté de 7%.

Serge Baudot