Judith SIBONY
premier roman, premier essai réussi !

D

Comme bon nombre de pièces de théâtre, il y a le mari, la femme, la maîtresse.
Oui mais là, d’abord c’est un roman, signé Judith Sibony : « La femme de Dieu » (Ed Stock) dont le décor principal est une scène de théâtre. Et le Dieu en question est Robert, un auteur et metteur en scène à succès, qui, malgré celui-ci, en est quelque peu revenu. Succès qu’il trouve facile, même s’il continue à en écrire, donnant à chaque fois le rôle principal à son épouse, Elizabeth.
Elizabeth qui est donc une comédienne, connue et reconnue, belle, hiératique, amoureuse et admirative de ce mari volage dont on ne sait pas si elle sait ou feint d’ignorer ses aventures.
Et puis il y a « l’autre », Natacha, jeune femme naïve et désœuvrée et que Robert a croisée dans la rue, à qui il a proposé un rôle alors qu’elle n’est pas comédienne et qui deviendra très vite sa maîtresse.
Il ira même jusqu’à la faire jouer face à Elizabeth.
Situation dont tout le monde a l’air de s’accommoder jusqu’à ce que Natacha avoue à Robert qu’elle veut un enfant de lui.
A propos d’enfant, il y a Julie, fille de Robert et Elizabeth, admirative et amoureuse du couple « exemplaire » que forment ses parents. Elle, se retrouve enceinte à 20 ans alors qu’elle n’a pas envie de rentrer de ce cliché « mari-enfant ».
Tout pourrait aller au mieux dans le meilleur des mondes… possibles mais au fil du temps, il y aura quelques ratées et peu à peu on va découvrir les secrets, les non-dits, les mensonges de chacun.
De découvertes en « coups de théâtre », Judith Sibony, dont c’est le premier roman, nous invite dans ce monde factice du théâtre qu’elle connaît bien en tant que journaliste spécialisée, avec une écriture belle, élégante, dans une atmosphère feutrée, à la fois légère et profonde, émouvante et drôle, dans un univers fait de faux-semblants, de vérités qui n’en sont souvent pas et où l’illusion prend le pas sur la réalité.
De plus, elle nous tient en haleine jusqu’au dénouement dans une histoire qui pourrait être banale mais dont elle sait à chaque chapitre (à chaque acte ?) nous réserver des surprises. Car tous ses personnages vivent entre ombre et lumière et quelquefois les secrets sortent de l’ombre.
De très beaux portraits de femmes dont on pourrait croire qu’elle sont assujetties à ce « Dieu » tout puissant… en fait pas si puissant que ça et a lui aussi ses ambiguïtés et ses failles.
On ne peut en dévoiler plus car au fil du récit se découvrent les personnages et leurs secrets qui fait qu’on a des difficultés à lâcher ce premier roman superbement maîtrisé et original car chacun des personnages prend la parole à son tour pour nous dévoiler sa vérité en un jeu de piste passionnant.

A

Judith Sibony est journaliste spécialisée dans le théâtre – et ça se sent ! – critique à la revue « Théâtre(s) mais aussi réalisatrice de portraits de comédiens dans l’émission « Parlez-moi d’amour » sur France 2. Ses derniers portraits : Cristiana Réali, Jean-Pierre Darroussin, Charles Berling…
Elle a réalisé entre autres un documentaire « comme des bêtes » où se mêlent danseuses et animaux et produit des émissions pour France Culture.
J’ai eu le plaisir de rencontrer cette femme enjouée et drôle, au charme fou et à la personnalité bien affirmée, à la Fête du Livre de Toulon où l’entretien s’est réalisé, entre deux apartés avec des gens qui passaient et à qui elle proposait son livre ! Mais on y est arrivé !
Judith, comment la journaliste est-elle passée à l’écriture romanesque ?
Il se peut que l’écriture journalistique ait été pour moi une sorte d’entraînement, d’échauffement, pour écrire enfin de la littérature.
J’ai laissé mûrir ce projet de roman pendant longtemps, comme une sorte d’horizon. Et je me suis rendu compte que mon expérience de critique de théâtre nourrissait mon imaginaire, et peut-être aussi mon rapport à l’écriture.
D’où le décor de ce premier roman ?
J’aime le théâtre. J’ai la chance, grâce à mon métier, d’en connaître aussi bien les créations sur scène que le travail en coulisses. Mais attention : je n’ai jamais été actrice, et de ce point de vue, l’histoire que je raconte dans La Femme de Dieu n’est en rien mon histoire, même si elle est nourrie de sensations ou de pressentiments très intimes. J’avais envie d’écrire des portraits de femmes dans un dispositif où elles auraient l’air de tourner autour d’un homme. Mais ce qui m’intéressait, c’est d’abord cette question du décalage entre ce dont on a l’air et ce qu’on est. Le théâtre était donc le cadre idéal pour camper cette fiction dédiée au paraître.
Pourquoi ce titre « La femme de Dieu » qui peut prêter à confusion ?
Je voulais mettre en lumière la femme d’un dieu qui, en fait, n’en est pas un. Même s’il a l’ait tout puissant, ce créateur de spectacles « vivants » (c’est ainsi qu’on appelle le théâtre) a un problème avec ce qui est vivant, justement. Il agit comme s’il avait peur de la vie, et sa tentation de faire le démiurge à travers ses mises en scène n’est qu’une vaine tentative de pallier ses manques. A travers cet anti-dieu, je voulais déconstruire une machine à illusion particulièrement bien rodée.
Sous couvert de vaudeville, le sujet de mon livre, c’est tout simplement la vie et les représentations qu’on en fait : les histoires qu’on se raconte, les efforts qu’on fait pour sauver les apparences, les spectacles qu’on crée pour se sentir plus vivant…

B

Jacques Brachet