Sanary – l’Art de Vivre à la Farandole
Ils en rêvaient, Olesya l’a réalisé

E
De gauche à droite : Inna Khimich, Yann Rebecq, Evgeniya Plokikh, Anastasia Kakharova,
Igor Vasilich, Olesya Sudzhan, Georges Klimoff

Tous les six mois, c’est un rendez-vous artistique et culturel franco-russe qui nous est proposé à l’Hostellerie la Farandole à Sanary.
Rendez-vous amical qui nous permet de découvrir des plasticiens russes, parrainés par un artiste français et méridional.
Cela, grâce à Olesya Sudzhan, qui possède la galerie Kvartiras à Moscou et sa collaboratrice Evgeniya Plokikh, le Consulat de Russie à Marseille, le soutien de l’Hostellerie de la Farandole et le grand ordonnateur de ces rendez-vous, Georges Klimoff, aussi russe que seynois, qui nous surprend agréablement à chacune des manifestations qu’il propose autour de ses deux amours, la France et la Russie.
Le principe est sympathique et original puisque des artistes de la galerie moscovite sont invités durant quinze jours à se plonger dans notre région pendant lesquels, autour d’un thème donné, ils nous offrent leur vision de celle-ci, exposant leurs toiles en fin de parcours.
Cette fois, le thème choisi était « L’art de vivre », au soleil, face à la mer, thème on ne peut plus inspirant pour ces artistes venus de ce lointain pays.
La Farandole reçoit donc en ce moment, la belle Anastasia Zakharova et l’homme au regard d’acier Igor Vasilich, tous deux chapeautés par ce bel artiste toulonnais revenu chez lui après avoir été directeur de l’Office de Tourisme de St Rémy de Provence : Yann Rebecq.
La peinture étant sa passion, il a parcouru le monde avec ses toiles, fort apprécié aussi bien en France qu’en Italie, en Nouvelle Calédonie où il a vécu, aux Etats-Unis, en Australie, à Singapour et en Chine, où il est salué comme un grand maître français, d’où il revient d’ailleurs. Il est membre de l’Académie des Arts de Lingnan en Chine et le seul artiste occidental membre de l’Académie de peinture de Sichuan.
Il a fait ses études aux Beaux-Arts de Toulon où il avait pour professeur notre maître Eugène Baboulène. Ayant épousé une ukrainienne, Inna Khimich, ils ont ouvert une galerie à Toulon, au quartier du Mourillon et avec tout cela, il était évident qu’il soit l’invité d’honneur de cette rencontre franco-russe. D’autant qu’il est un puits de sciences intarissable sur la peinture et qu’il a créé à St Rémy, un circuit pictural des lieux peints par Van Gog.
Né au Cameroun, ayant grandi en Nouvelle Calédonie, il s’est installé à Toulon mais il est un citoyen du monde, ayant des points de chute un peu partout sur la planète, aussi curieux de découvrir sa culture que l’humain.
Georges Klimoff ne pouvait donc trouver meilleur ambassadeur pour cette manifestation.
Et puis bien sûr, Olesya et Eugenia ont « importé » pour nous deux beaux artistes tout droit venus de Moscou.

C B

Anastasia Kakharova.
Elle semble tout droit sortie des ballets russe avec sa silhouette gracieuse de danseuse, son regard lumineux, son teint d’opale et son profil de médaille.
Si elle utilise avec talent et délicatesse l’encre de Chine, l’aquarelle, le pastel, l’on n’est pas au bout de nos surprises lorsqu’elle nous révèle sa passion pour la mer, les bateaux, à tel point qu’elle est aussi skipper, traversant les mers pour acheminer des voiliers d’un pays à un autre.
De ses voyages, elle ramène des impressions qu’elle retranscrit sur la toile. Elle a consacré une exposition sur l’Islande et, tombée amoureuse de notre région où elle vient pour la première fois, elle a l’intention de lui consacrer une nouvelle thématique. A tel point que 15 jours ne lui semblant pas suffisant, elle a décidé d’y revenir !
Mais là ne s’arrête pas son talent car, tout aussi amoureuse des bateaux, elle s’est lancée dans le maquettisme en construisant des voiliers, y ajoutant un équipement électronique qui lui permet de les faire naviguer. Elle a d’ailleurs repris à Moscou un club qui périclitait et en a fait son domaine.
Un de ses projets également est de consacrer une exposition autour des gens de la mer, mêlant maquettes et peintures. Ce sera pour l’an prochain à Moscou.
Le thème de l’art de vivre à la française est pour elle aussi excitant que difficile :
« J’ai – nous confie-t-elle – l’habitude d’une vie russe assez trépidante et j’ai été surprise par la nonchalance de cette région, son climat et l’air du temps si différent du notre. Cela me donne une autre approche de la vie, plus romantique et c’est pour cela que je songe à y revenir car j’aime ce rythme de vie. Je me sens ici comme dans un cocon ».

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Igor Vasilich
Avec sa haute stature et son regard bleu pâle, il dégage une force tranquille, une sérénité et une certaine bienveillance. Il avoue avoir eu le coup de foudre pour notre région – ce sont ses premiers pas sur le sol français – et il a découvert avec une joie gourmande… les croissants dont il est devenu un ardent consommateur !
Le dessin, la peinture sont venus à lui par hasard. A dix ans, il a été soigné pour une grave maladie. Couché, ne pouvant aller à l’école, sa mère lui offre un livre avec des gravures qu’il commence à reproduire pour passer le temps. C’est le début de sa passion dont il a gardé tous les dessins précieusement, dont un en particulier, tiré d’une gravure représentant Pinocchio avalant des médicament, dans lequel il retrouvait un peu sa situation.
Du coup, ses parents l’inscrivent dans une école d’art en face de chez eux, il a la chance de tomber sur un enseignant qui le conforte dans ce désir de s’exprimer par cet art. C’est le déclic.
Très vite il découvre Van Gogh qu’il, nous avoue-t-il, ressent au plus profond de son âme, puis Cézanne et d’être si près de la région où il ils vécurent l’émeut beaucoup. Il va d’ailleurs découvrir ces jours-ci ces paysages tant aimés et peints par eux.
On sent dans son travail, l’influence de Van Gogh en particulier, la façon de peindre, les couleurs qu’il utilise.
« La qualité de son travail m’attire – dit-il – je me sens très proche de lui. Il a toujours travaillé comme un fou et je fais de même. »
A tel point que presque chaque jour une toile naît de son inspiration, de son imagination et de cette vie différente, loin de ce qu’il vit en Russie, influencé par la lumière, l’éclairage, le rythme de vie. »
« Ce rêve de venir ici est un rêve de longue date. Grâce à Olesya il se réalise. J’y suis, j’en suis heureux mais aussi triste à l’idée que ce rêve se termine dans quelques jours car ça, c’est la réalité ! C’est ici que sont les racines de l’impressionnisme et je suis sûr que l’avant-garde russe du XXème siècle vient de ce pays. Et… je ne suis pas loin de vouloir m’y installer ! »

Jacques Brachet
Exposition « L’art de vivre », du 27 octobre au 7 novembre
Hostellerie la Farandole – 140, chemin de la plage – Sanary – 04 94 90 30 20