La Rochelle – Festival de la Fiction TV
Thibault de Montalembert 10% série, 110% comédien

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Entre la série « Dix pour cent », que vous allez bientôt retrouver sur France 2 et la vraie vie, le look de Thibault de Montalembert est totalement différent. Entre l’agent des stars un peu rigide, costume trois pièces, rasé de près et brushing parfait et le jean, chemise bariolée, la barbe, il y a un monde, même s’il a toujours la même prestance, la même classe et un sourire éclatant.
Le rencontrer est un vrai grand plaisir et l’interview devient très vite une conversation amicale.

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« Qu’est-ce qui vous a fait accepter ce rôle dans cette série à succès ?
Je viens de la scène où j’ai beaucoup interprété de drames. Aussi, qu’on me propose une comédie a été un grand bonheur. D’autant que c’est une comédie à la fois humaine et élégante. Les métiers du spectacle fascinent les gens, surtout lorsqu’on les emmène dans les coulisses. Là, ils entrent dans le monde d’une agence artistique, avec des comédiens qui jouent leur propre rôle et ça les fascinent. Les gens s’y retrouvent.
A la ville, vous n’avez pas, loin de là, le look du film !
(Il rit) Je joue un bourgeois bien assis, avec un look un peu rond, qui se donne la carrure du chef qu’il voudrait être mais qui ne l’est pas. C’est un personnage à double fond, qui a une vie à côté. Il joue sur plusieurs tableaux, il cache longtemps une fille qui se fait embaucher dans l’agence et c’est formidable à jouer. En fait, il ressemble à tout le monde, il peut être à la fois charmant et odieux. Il est un peu lâche, ambiguë, ce qui ne l’empêche pas d’avoir de l’humour.
Mêler des acteurs qui jouent un rôle avec des acteurs qui jouent leur propre rôle, c’est assez rare et original !
C’est aussi ce côté qui m’a plu. Grâce à Dominique Besnehard, qui les connaît tous, peu refusent de venir tenir leur propre rôle. Dans la saison trois, nous avons la chance d’avoir Monica Bellucci, Isabelle Huppert, Béatrice Dalle, Jean Dujardin qui est incroyable, Isabelle Adjani, Gérard Lanvin, Julien Doré… Et ça, ça plait beaucoup au public qui se retrouve derrière le rideau.

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Et ça marche !
A tel point qu’il y aura une saison quatre. Pourtant, au départ, ça n’était pas gagné car personne ne voulait de la série. On a mis près de dix ans pour que ça se débloque, grâce à Cédric Klapisch qui a été intéressé pour la réaliser. Aujourd’hui, grâce à son passage sur Netflix, toute l’Amérique connaît la série et nous a fait connaître.
Et ça a eu une incidence sur votre carrière ?
Oui car c’est grâce à ça que j’ai reçu des propositions de là-bas. J’ai ainsi joué dans le film de David Michôd « The king », d’après « Henri V » de Shakespeare, produit par Brad Pitt, avec Sean Harris et Lily-Rose Depp entre autres. il va sortir aux Etats-Unis.
Et en France ?
Ca, c’est une autre histoire, mais je l’espère.
Ce métier de comédien, vous avez toujours voulu le faire ?
Déjà, avant-guerre, ma grand mère irlandaise montait des pièces. Ma famille aimait le théâtre et j’ai toujours eu l’amour des planches.

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Vous avez débuté avec Francis Huster. Quel professeur était-il ?
(Il sourit) C’est un type passionné et boulimique, amoureux fou du théâtre, mais en tant que pédagogue, on pouvait avec lui avoir le pire et le meilleur !
Mais j’ai surtout beaucoup appris avec Patrice Cherreau. C’est un homme génial, un grand artiste qui savait transmettre un enseignement, un peu comme le font les asiatiques. J’ai travaillé avec lui sur des pièces de théâtre, des films. Pour monter sa troupe des Amandier, il a eu près de 2500 demandes. Il en a gardé 19 et 9 ont été embauchés. J’ai été de ceux-là. Ca a été pour moi une période fantastique.
Il y a eu aussi l’aventure de la Comédie Française !
Avant, il y a eu les trois premiers films d’Arnaud Desplechin. C’était une période où je travaillais peu. J’ai rencontré Louis-Do de Lencquesaing qui préparait « Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée » de Musset. Nous répétions à l’Odéon et Louis, sans en parler au directeur, invitait une cinquantaine de spectateurs à assister aux répétitions. Un journaliste de « Libération » vend la mèche, Benoît Jacquot l’apprend et en fait une captation pour Arte. Marcel Bluwal la voit et me propose de jouer dans « Intrigue et amour » de Schiller à la Comédie Française. J’ai enchaîné sur « Lucrèce Borgia » de Victor Hugo, puis j’ai repris le rôle d’Alceste dans « Le misanthrope » de Molière et « 1000 francs de récompense » d’encore Victor Hugo, avec Jean-Pierre Miguel…
Combien y êtes-vous resté de temps ?
Deux ans. Mais je commençais à m’ennuyer, c’était trop classique, j’avais envie que ça bouge et je n’ai pas voulu m’engager pour dix ans comme sociétaire. J’ai un peu regretté de partir si tôt. Muriel Mayette m’a relancé deux fois, deux fois j’ai refusé. Mais si j’étais resté, je n’aurais pas fait « Dix pour cent ».

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Vous avez en fait un parcours atypique…
Oui, car j’aime découvrir de nouveaux univers. C’est ce que j’ai toujours fait et j’en suis satisfait. Ça m’a permis de jouer dans « La dame au camélia’ avec Isabelle Adjani, que j’ai retrouvée avec joie sur la série.
Et le cinéma ?
J’ai une quarantaine de films à mon actif. L’an dernier j’ai tourné dans « Aurore » de Blandine Lenoir, « Jalouse » de David Foenkinos et « Le portrait interdit » de Charles de Meaux. J’ai des propositions mais mon plaisir reste le théâtre. En Mars, je jouerai Harpagon dans « L’avare de Molière, que l’on créera à Antibes chez Daniel Benoît, puis qu’on jouera à Paris. Cette aventure m’excite beaucoup.
Et puis, je suis en train de monter un spectacle avec ma femme, Hélène Babu, autour du « Dictionnaire de cuisine » d’Alexandre Dumas. Nous le jouons pour la circonstance au restaurant le Thelème. M Gurney, son propriétaire, passionné de théâtre, y reçoit des artistes comme Catherine Salviat, Jacques Weber pour des lectures-théâtre.
Pour continuer ce parcours atypique, vous faites aussi du doublage et pas des moindres : Hugh Grant, Antonio Banderas, Pierce Bosnan !
(Il rit) Pour les deux dernier, c’est occasionnel mais pour Hugh Grant, c’est le pape du doublage Hervé Icovic qui me l’a proposé et ça fait vingt ans que je le double sans jamais l’avoir rencontré. Mais j’ai une véritable tendresse pour lui.
Pour boucler la boucle… vous vous êtes mis à écrire !
Je viens de terminer un livre qui sortira le 24 octobre aux éditions de l’Observatoire. Il s’intitule « Et le verbe se fait cher ». C’est une collection où les artistes écrivent leurs rapports avec la littérature. A travers ce livre, je raconte un peu mon parcours.
Et à part ça, que faites-vous lorsqu’il vous reste un peu de temps ?!
Plein de choses diverses. J’aime prendre de nouvelles directions, découvrir, être surpris, étonné.
Je vais certainement trouver des choses nouvelles à faire !!!

Propos recueillis par Jacques Brachet
On retrouvera bientôt Thibault dans « Dix pour cent », sur France 2. A noter qu’elle a reçu, à la Rochelle, le prix de la meilleure série 52′.
Mais auparavant nous le retrouverons sur France 3 le 13 octobre dan la série « Meurtres à… » Ce sera en Haute Savoie, réalisé par Roger Menzor et il y sera entouré de l’ami Bruno Putzulu (Voir portrait), Gwendoline Hamon et Jacques Weber.