La Rochelle
On a fêté le 20ème anniversaire du festival de la fiction TV

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De gauche à droite : Stéphane Strano, Christophe Lamotte, réalisateur,Bruno Debrandt, comédien, Audrey Ismaël, compositrice, Baya Kasmi, scénariste, Marie Gillain, comédienne et présidente, Jean-Benoît Gillig, producteur.

Arriver à la Rochelle avec un soleil éclatant, c’est déjà une récompense après un trajet Toulon-La Rochelle aussi long que stressant. Mais, tout à notre joie de retrouver les amis journalistes, tous les bénévoles qui, depuis des années, nous chouchoutent avec une grande gentillesse et un beau sourire et nos deux « piliers-press » Jérémy pour les rendez-vous et les interviews, Magali pour les photos call… Bref, c’est déjà une grande joie qui va se transformer en course à la star, aux queues pour les films, tout cela entre un jus d’orange, un café et deux (trois ?) coupes de champagne, dans une ambiance bon enfant, d’autant que cette année, le festival fêtait son vingtième anniversaire.
20 ans déjà, une belle aventure commencée à St Tropez grâce à Quentin Raspail qui eut cette belle idée.
Hélas, peu suivi par une ville qui mise plus sur la mer, le soleil et les yachts et n’a que peu de structures culturelles, Quentin eut l’idée de proposer le festival à la Rochelle, ville aussi belle et accueillante que culturelle. Et celui-ci s’est lové avec délice en vivant au fil des marées sur ce joli port, attirant chaque année un peu plus de monde. Et nous avons suivi Quentin !
Aujourd’hui il a laissé sa place à Stéphane Strano qui a donc repris les rênes en y apposant sa patte et en faisant de ce festival français, un festival francophone puis européen. et c’est lui le premier qui, traditionnellement, nous y accueille, à la première heure du début du festival.

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Rencontre
« Stéphane Strano, quelles réflexions vous évoquent ce vingtième anniversaire ?
D’abord je dirai : une réflexion raisonnable. Du coup je n’ai voulu ni fastes ni feu d’artifice, je n’ai pas voulu utiliser l’argent public à ce genre de choses. Mais il faut que le festival reste une fête. Après ça, je me suis posé la question : que va-t-on faire après vingt ans ?
Il y a dix ans, nous avons invité nos amis francophone à participer, puis ce furent les européens. Il va falloir développer encore plus cela.
Il y a eu aussi les résidences d’auteurs. Trop peu à mon goût, à raison de trois saisons par an. Du coup, nous allons avoir un lieu afin d’être plus efficaces et de créer des rendez-vous de la création francophone. Et il y a aussi le problème de la croissance.
C’est plutôt bien, non ?
Oui, bien sûr puisqu’il y a une croissance constante, et des professionnels et des spectateurs. J’avoue que de voir les salles pleines c’est réjouissant mais d’un autre côté c’est frustrant de voir qu’on en refuse à chaque séance. Il va donc falloir trouver des lieux et peut-être aussi ajouter des jours. Déjà, nous avons ajouté une demi-journée. La progression doit se faire en douceur et en délicatesse. Mais on ne peut pas retenir la croissance d’un festival.
Y a-t-il des possibilités à la Rochelle ?
Oui, nous avons cette chance qu’il y ait encore des flexibilités. Il y a le fort Louis, ce lieu mythique chargé d’Histoire qui accueillera la résidence d’écriture francophone. Les travaux ont pris du retard suite à l’incendie de la Mairie mais ça va se faire.
Parlons de l’avenir de la fiction…
L’avenir de la création française est le sujet le plus important aujourd’hui, nous y travaillons avec Yves Bigot, qui est le directeur général de TV5Monde et responsable du Comité de Sélection France. je pense que, comme lui, il faut que la production française se diversifie plus. C’est vrai qu’elle est le reflet de notre société mais il faut qu’elle soit plus éclatée et corresponde à tous les publics.
Polars, adaptations, la création n’est-elle pas un peu frileuse ?
Je crois que nous sommes capables de faire des séries et des unitaires de qualité mais il faut essayer de faire bouger les lignes. Nous avons quand même réalisé des œuvres ambitieuses et belles comme « Le baron noir », « Dix pour cent », « Le bureau des légendes » qui resteront dans les esprits. Mais on peut toujours s’améliorer. Pour parler du polar, même celui-ci commence à évoluer en ne traitant pas seulement d’une affaire mais en proposant un sujet parallèle dans l’histoire.
Le style français n’est à mon goût pas assez affirmé mais je suis d’un naturel optimiste et je pense qu’on va améliorer les choses. Il faut atteindre cet objectif et je pense que nous sommes sur la bonne voie !
Il y a aujourd’hui de plus en plus de festivals concurrents. Qu’en pensez-vous ?
C’est vrai que d’autres festival tournés vers la télévision naissent mais je pense que chacun a trouvé sa spécificité, a trouvé sa place après quelques années de flottement. Chacun a trouvé son ADN comme nous l’avons fait et la Rochelle reste quand même LE festival de référence. Sincèrement, c’est aujourd’hui le plus grand festival ».

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Ouverture élégante avec Virginie Guilhaume. Clôture déjantée avec Mathieu Madénian

Après cette rencontre, nous reprenions pour trois le marathon, le cercle infernal projections-rencontres-photo-call sous un soleil de plomb. Les trois coups furent frappées par l’élégante Virginie Guihaume qui eut la joie de recevoir le président actuel et le « past » président, Quentin, heureux et ému de revenir sur les lieux où il œuvra plusieurs années après St Tropez.
Ce fut un joli moment d’émotion.
Puis, chose rare, en ouverture nous eûmes droit à une comédie : une série que l’on découvrira sur M6 « Papa ou maman », écrite par Alexandre de la Patelière, Eliane Montane et Mathieu Delaporte, réalisée par Frédéric Balekdian, avec une famille qui a comme duo vedette Emilie Caen et Florent Peyre, tous plus foldingues les uns que les autres, qui nous a permis de bien rire avant de rejoindre le traditionnel repas d’ouverture chez André avec la banane, ce qui est toujours un moment très convivial de retrouvailles.

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Le retour de Quentin Raspail, avec le maire de la Rochelle Jean-François Fountaine et l’actuel président, Stéphane Strano

Mais dès le lendemain, l’ambiance dans les salles fut moins festive, entre meurtres et enlèvements, coups de feu et coup de poings, femmes battues et corps amputés, maladies et problèmes familiaux… Il y en eut pour tous les goûts jusqu’à la fin où le sourire et même carrément le rire revint enfin avec « Mike », la série d’OCS qu’on verra en octobre, écrite par Frédéric Hazan et Max Boublil que l’on retrouve aussi comme comédien. Encore une série totalement déjantée qui a fait hurler de rire une salle entière, professionnels et spectateurs compris. On y reviendra car j’ai pu les rencontrer et croyez-moi, ce fut loin d’être triste !
Hormis la chasse aux autographes d’une énorme foule, le trio de tête fut l’arrivée de trois équipes des séries les plus vues et les plus populaires, de la plus ancienne qui est évidemment « Plus belle la vie » (France 3) à la toute récente qui est  » Un si grand soleil (France 2) », en passant par celle qui, depuis plus d’un an, fait un carton : « Demain nous appartient » (TF1). Dès 7 heures du matin, les fans s’agglutinaient au village pour attendre la première fournée qui n’avait lieu qu’à 11 heures, créant des files impressionnantes, patientes et calmes, précisons-le. Ce fut moins calme lors de l’arrivée de leurs héroïnes et héros !
Après le charme et l’élégance de Virginie Guihaume à l’ouverture, nous eûmes en clôture un Mathieu Madénian au mieux de sa forme caustique à souhait, balançant des vannes sans filtre et souvent dévastatrices sur tout ce qui bougeait, en particulier les lauréats qui ne montaient pas sur scène que pour recueillir leur prix !
Du grand Madénian.

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Benjamin Voisin, Lola Créton, Frédéric Pierrot

Une distribution des prix bien équilibrée, digne du beau jury qui les décernaient, dont la présidente était la lumineuse Marie Gillain (Voir article précédent)
Un petit tour à la fête traditionnelle pleine de bruit et de musique et la Rochelle reprenait son rythme de fin d’été. Un été indien qui n’en finit pas, pour le plaisir des Rochellais et la tristesse des festivaliers qui quittaient avec regret ce moment intemporel que tout festival propose.
Vivement la 21ème saison !

Jacques Brachet

Le palmarès
Meilleur téléfilm : « Jonas » (Arte)
Meilleure mini-série : « Jeux d’influence » (Arte)
Meilleure série 52′ : « Dix pour cent » (France 2)
Meilleure série 26′ : « HP » (OCS)
Meilleure série Web : « L’Arène » (Nitrofilms – (Québec)
Meilleure fiction européenne : « The Day » (FBO – Belgique)
Prix spécial du jury fiction européenne : « The Carlos Benede Story »
(Hager Moss Films – Allemagne)
Meilleure fiction francophone : « Invisibles » (TSK Studios – Côte d’Ivoire)
Meilleure réalisation : Christophe Charrier (« Jonas », Arte)
Meilleur scénario : « Une vie après » (Arte)
Meilleure musique : Alex Beaupain pour « Jonas » (Arte)
Meilleure interprétation féminine : Noémie Lvovsky, Roxane Potereau, Léonie Simaga
(« Les Impatientes », France 3)
Meilleure interprétation masculine : Frédéric Pierrot (« Une vie après »,  Arte)
Meilleur espoir féminin : Lola Créton (« Dévoilées », Arte)
Meilleur espoir masculin : Benjamin Voisin (« Je sais tomber » Arte)
Prix des collégiens de la Charente-Maritime : « Escape » (GM6)
Prix Nouvelle-Aquitaine des lecteurs « Sud Ouest » : « Je sais tomber » (Arte)
Meilleure série des 20 dernières années : « Capitaine Marleau » (France 3)

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Toute (ou presque) l’équipe de « Jonas« 

A noter, tout d’abord, que Arte a raflé la mise avec 8 nominations sur 17, que pour la première fois, ce sont trois comédiennes qui remportent le prix de la meilleure interprétation féminins (Elles étaient absentes toutes les trois) et – on en est très fier – qu’un jeune Toulonnais, dont c’est le premier film qu’il a écrit, scénarisé et réalisé, a raflé trois prix. Il s’agit de Christophe Charrier qui, pour « Jonas », a donc reçu le prix du meilleur téléfilm, le prix de la meilleure réalisation, et le prix de la meilleure musique signée par Alex Beaupin. Et c’est encore Arte.
Il était entouré de ses jeunes et beaux comédiens : Félix Maritaud, Nicola Bauwens, Tommy-Lee Baïk et de la belle Aure Atika.
Et précisons qu’il sera reçu dans sa ville en fanfare dans sa ville, au cinéma le Royal où il présentera son film début octobre