Archives mensuelles : avril 2021

Du nouveau dans le rock : GUT GUT

thumbnail_3-Serge Gonnet GUT GUT

Les amateurs de rock se souviennent certainement des groupes mythiques emmenés par Serge Gonnet, alias Markis Sarkis : Madame Rose, Kissing Jane (3 albums), MAAM qui produira en 2003 l’album Trans-Hôtel et fera partie du spectacle du même nom, trois groupes qui enflammèrent la scène rock, et particulièrement celle du Sud.
Depuis, Serge Gonnet toujours avide de nouveau, a tenté diverses aventures musicales, avec toujours la production d’albums concepts, c’est à dire qu’ils sont une œuvre globale et non pas une juxtaposition de titres, bien qu’on puisse écouter les morceaux dans l’ordre qu’on veut.
Serge Gonnet est compositeur, chanteur et multi instrumentiste, son instrument de prédilection étant la guitare. Pour chanter il s’est inventé une langue étrange avec son vocabulaire et sa syntaxe.
Et voilà que durant le premier confinement en mars-avril 2020 Serge Gonnet a concocté un nouvel opus « Delice M », en homme orchestre, en jouant de tous les instruments. Citons l’auteur : « J’ai écrit cet album dans une solitude forcée, entouré de fantômes et je dois dire que leur compagnie fut plutôt délicieuse . . . Je les écoutais très attentivement, je parvenais alors à capter leur souffle qui me suggérait quoi jouer ; quels fantastiques moments nous avons eus ! Comme possédé par leur présence magique, j’ai ainsi pu jouer tous les instruments, aidé tout de même par quelques programmations. » Rien de tel que les fantômes pur créer de la musique et se laisser emporter par une imagination sœur du rêve. Ainsi en est-il des vidéos.
L’album a été enregistré à L’Imagerie Musicale Mobil Studio, qui est sa roulotte de gitans (my Gypsy Caravan, dit-il), transformée en « studio mobil » ; c’est dans cet antre que furent tournées les images de « Bi Nental » qui accompagnent la musique.

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Des gens de radio en Angleterre ont créé leur label « Dr Johns Surgery Records » et « Surgery Records Radio » qui anime une émission dédiée essentiellement à ses artistes, dont « Gut Gut » fait partie ; cette émission est reliée par Radio Shepton et Radiobeatz au Bengladesh. « Gut Gut » y est également programmé et passe sur Radio Las Vegas Rock aux USA, Power Plant Radio au Canada, ainsi que sur une autre fréquence en Australie. « Gut Gut » a ainsi acquis une envergure internationale, juste récompense de tant d’années de travail et de persévérance ; plusieurs centaines de milliers d’amateurs. Le mérite de cette réussite en revient pour une part non négligeable à Isabelle Singer, maître de conférence à l’université Aix-Marseille, créatrice de vidéos et de court métrages parmi lesquels on note un film pour l’exposition Roland Barthes au Centre Pompidou à Paris. Elle a réalisé ou pris part à la plupart des vidéos qui accompagnent « Delice’ M ».
Pour Serge Gonnet les vidéos sont la suite artistique logique de son travail en musique car dès l’étape de composition musicale il a déjà des images en tête. C’est aussi une sorte d’extension à sa passion de peindre (car la peinture est sa seconde activité artistique). Et de citer Paul Valéry : « le peintre est amené à ressentir sa peinture et le musicien à voir sa musique. »
Dans ses vidéos il fait preuve d’une imagination délirante, riche et onirique, parfois surréaliste, très proche de la facture de ses tableaux. Ce sont des images sans logiques apparentes qui collent parfaitement à la musique, et pourtant on peut regarder la vidéo sans musique, ou écouter la musique sans vidéo.

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Le nouvel opus « Delice’ M » se compose de 10 titres, tous très mystérieux, dans la langue Markis-Sarkis. Règne dans ce disque une atmosphère envoûtante, lancinante, captivante, assez « Space Rock », qui n’est pas sans évoquer celle du dernier disque de David Bowie (Blackstar), influence bénéfique pour « Gut Gut », mais dans une tout autre construction où se mêlent les influences des grands, tels Frank Zappa, David Gilmore, Pink Floyd, Santana, cela dit simplement pour essayer de situer cette musique. C’est avant tout du « Gut Gut ».
Une rythmique béton, du groove plein les neurones, on renoue avec la grande époque du rock électrique. « Bi-Mental » en est un bon exemple, ça chauffe, entre Bowie et les Rolling Stones, et un solo de guitare digne de Santana. Ou encore le très prenant « Al Delase » avec une belle partie chantée sur un arrangement de petits motifs et des plaintes de guitare sous jacentes ou affleurantes, et « L’Menta » ou la guitare en majesté.
Après cela il ne reste plus qu’à écouter les dix morceaux, dans l’ordre, puis dans le désordre, ou le contraire.

Serge Baudot
Faites vous une idée en allant sur : www.markis-sarkis.com



Patrick JUVET… La musica s’est arrêtée

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Nous partagions, Patrick Juvet et moi, quelques souvenirs du temps où, avec « l’équipe à Barcaly », on se quittait rarement, lui, moi, Nicoletta, Léo Missir, Patricia Carli, Annie Markhan, des noms qui nous relient à une époque où les tournées étaient une récréation, où l’on passait de folles nuits blanches chez Eddie, où le MIDEM était un lieu de rendez-vous de fêtes, où Johnny venait nous rejoindre et où nous passions de joyeuses soirées car toutes les occasions étaient bonnes pour faire la «nouba».
On se rencontrait pour chaque occasion, pour fêter un anniversaire, un disque d’or, l’arrivée du printemps, la signature d’un petit nouveau dans l’écurie Barclay, un festival,… Bref, tout était prétexte à faire des fêtes et je me souviens d’une spaghetti-party organisée sur la plage face au martinez, pour la remise d’un disque d’or à Patrick Juvet. Car il y avait là, outre les personnes citées, Sardou, Salvador, Delpech, Vassiliu, Jean-Pierre Savelli, Daniel Seff et même Jean Sablon… Nicoletta faisait la maîtresse de maison et l’on rentrait le soir avec quelques beaux coups de soleil ! Patrick fêtait, je m’en souviens, le disque d’or pour son titre « La musica » et à ce moment-là, lorsqu’on donnait un disque d’or, ça n’était pas pour une poignée de disques vendus, comme aujourd’hui, mais pour un million de disques…
A notre époque, on en est loin !!!
Il venait aussi de triompher à l’Olympia où il avait monté un spectacle fort original où il arrivait, le visage maquillé et couvert de strass du plus bel effet ! Cela avait bien sûr fait couler beaucoup d’encre car en France, un mec maquillé sur scène, c’était nouveau !
« Je ne vois pas pourquoi – m’avait-il dit – le maquillage serait réservé aux filles sans compter que ce que je fais se rapproche plus d’un masque que d’un maquillage. De toute façon, j’en avais envie depuis longtemps mais je ne trouvais pas le maquilleur qu’il fallait. Jusqu’au jour où j’ai rencontré celui de David Bowie qui a accepté de s’occuper de moi. Et j’ai pu ainsi faire ce Musicorama avec ce maquillage…  »
Patrick était un artiste très original et fut ainsi un précurseur dans ce domaine. Il avait d’ailleurs à l’époque un autre projet fou : partie en tournée avec un cirque !
« Pourquoi pas ? J’ai fait des photos dans un cirque et j’ai véritablement eu le coup de foudre… J’ai envie de chanter au milieu de lions, de tigres, de léopards, avec autour de moi des clowns, des équilibristes, des trapézistes… J’ai envie de me sortir de mon public de minettes et, par ce genre de spectacle, attirer d’autres personnes… Le danger fait partie de mes maîtres-mots. J’aime me mettre en danger… »
Et il s’y est d’ailleurs mis souvent, et pas seulement pour des spectacles ou même en moto, mais en allant très loin avec drogue et alcool, chose dont il parle dans sa biographie  » Les bleus au cœur  » (Ed Flammarion).
Mais à l’époque, les chansons qu’il chantait, étaient alors très en vogue grâce à CloClo – rappelons que c’est lui qui lui a écrit « Le lundi au soleil » – mais il en avait un peu marre, d’autant qu’il aimait beaucoup le rock’n roll, chose qu’il n’avait pu faire chez Barclay car dans ce métier, on ne change pas facilement les étiquettes…
« Ma période romantique, j’en ai un peu marre… Je veux montrer que je peux faire autre chos « .
Il l’a prouvé plus tard en devenant l’un des rois incontesté du Disco.
Je le retrouvai donc sur la tournée « Age Tendre » et, le soir où nous étions à Toulon, il avait le souvenir de la région toulonnaise où de temps en temps, incognito, il posait ses valises à la Tour Blanche à Toulon où encore à Six-Fours où je vis.

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« Patrick, tout comme Catherine Lara, tu n’es pas de ces mythiques années « Age Tendre » puisque tu es plutôt des années  » Disco « … Alors, que fais-tu là ?!
Parce qu’on me l’a demandé !
Tu sais, j’ai quand même été baigné par ces fameuses années. Je suis né en 50, donc ado j’ai connu tout ça, « Age Tendr », « SLC » et cette musique a bercé ma jeunesse même si l’on m’a fait faire du piano classique ! J’adorais déjà la musique anglo-saxonne et c’est elle qui m’a attiré vers la chanson.
Et puis il y a eu dans ta vie la période CloClo avec « Le lundi au soleil » que tu a écrit pour lui.
Oui, au départ j’écrivais seulement des chansons et je lui ai proposé celle-ci qui a été un énorme succès et que je chante d’ailleurs aujourd’hui. Après ça, je lui ai proposé « Rappelle-toi minette » dont il n’a pas voulu, alors je l’ai enregistrée et ça a démarré comme ça, puis il y a eu  » La musica « .
Dur de travailler avec Claude ?
Non, car je n’étais pas attaché à lui par un contrat, je n’étais pas un de ses employés et je n’étais pas très ami avec lui.
On faisait quelques dîners ensemble mais j’ai toujours été plus près de Johnny
Je me contentais donc de lui proposer des chansons qu’il prenait ou pas, c’est tout. Je garde malgré tout un joli souvenir de lui car il avait dit de moi une chose très gentille : « Patrick Juvet c’est la perfection au masculin » !
Après, ma carrière a démarré et j’ai gardé mes chansons pour moi.
J’en ai écrit quelques-uns pour les autres comme  » L’amour qui venait du froid » pour Dalida, que j’ai reprise après sous le titre de « Sonia ». Je n’ai pas eu de chance car la face A du disque de Dalida était « 18 ans » !

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Comment te trouves-tu au milieu de tous ces chanteurs que tu ne devais pas tous connaître ?
Mais j’y suis très bien, tout le monde est heureux de vivre cette tournée.
Pour moi, c’est la première mais je m’y suis très vite incorporée et je m’y sens bien. Et puis c’est formidable de voir combien le public aime venir et revenir retrouver des succès, des standards qui ont marqué leur vie.
Je trouve l’idée formidable car on fait beaucoup de choses pour les jeunes et très peu de choses pour les autres. Donc tout le monde y trouve son compte et ça permet à nombre de chanteurs de chanter devant une foule énorme.
Toi tu leur offres du disco bien sûr !
Évidemment, c’est ce que le public attend et connaît de moi. C’est vrai que quinze minutes c’est court mais je chante les chansons que le public connaît et aime et le principal est de lui donner du bonheur.
Tu as longtemps disparu de la circulation !
Oui car il est arrivé un moment où j’en avais ras le bol et surtout, j’ai eu pas mal de problèmes dont la mort de mon amie et productrice Florence Aboulker. Alors j’ai beaucoup voyagé durant les années 90. Je suis allé très souvent aux États-Unis, je m’y suis presque installé et puis j’ai recommencé à chanter lorsque l’envie s’est faite sentir. J’ai aussi beaucoup travaillé avec d’autres artistes, des gens que j’aimais particulièrement, à qui je trouvais beaucoup de classe et c’était très flatteur pour moi que des gens comme Marc Lavoine, Françoise Hardy, Hélène Ségara fassent appel à moi.
Je me suis donc retrouvé dans ce milieu avec plaisir et sans aucune nostalgie pour le passé. Si j’ai plein de jolis souvenirs, j’aime vivre le moment présent. Vive dans la nostalgie, ça n’est pas mon truc et je pense que ça empêche d’avancer.
Je peux dire aujourd’hui, comme dans la chanson « Non, je ne regrette rien »… Je suis un romantique dans l’âme !
Alors aujourd’hui tu repars ?
Oui, après avoir travaillé pour les autres, je retravaille pour moi, je vais faire un nouveau disque. Il sera très « dance » et je vais le faire en collaboration avec un DJ célèbre… qui n’est pas David Guetta… Devine ! J’ai vraiment envie de faire quelque chose qui bouge… avant qu’il ne soit trop tard ! Je vais enregistrer en Andalousie. Mais tu sais, j’ai toujours été précurseur puisque «Où sont les femmes ?» je l’ai fait avec Jean-Michel Jarre ! Mais j’écris pour d’autres si on me le demande. La preuve : Annie Cordy m’a demandé de lui écrire une chanson… rigolote ! Pas facile mais je vais peut-être me piquer au jeu car ce sera nouveau pour moi même si ce n’est pas facile !

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Photos Christian Servandier

Mais le comique, tu connais ?
Tu sais, lorsqu’on a des amis qui s’appellent Muriel Robin ou Pierre Palmade, on est à la bonne école ! J’étais aussi très ami avec Thierry le Luron…
Tu as longtemps été « le chanteur à minettes ». Ça t’a gêné ?
Oui parce que c’était un peu réducteur mais c’est ma rencontre avec Jean-Michel qui m’a fait prendre un tournant et m’a classé dans une catégorie… « mec » !
Tu as eu un choriste célèbre !
Tu veux parler de Balavoine ? Effectivement, il avait une voix incroyable et je l’ai d’ailleurs fait chanter sur mon album  Chrysalide ». Je l’accompagnais au piano. Léo Missir l’a entendu, a été accroché par cette voix et l’a signé. Il lui a fait faire « Le chanteur » et tout a démarré pour lui.
Aujourd’hui tu vis toujours en Suisse ?
Non, il y a longtemps que je n’y vis plus. J’y vais seulement pour y voir ma famille mais après l’Angleterre, l’Amérique, Paris, aujourd’hui je vis en Espagne et j’y suis très bien. Je n’y suis pas beaucoup connu, j’y ai des amis mais comme je suis un solitaire, j’y suis très heureux, je vis dans l’anonymat. Je peux sortir comme je veux, l’Espagne est un pays joyeux et j’aime vivre en province.
Je suis un provincial à la basse puisque j’habitais Montreux !

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Première et dernière rencontre

J’y retourne pour le festival de jazz… Mais c’est tout « .
Et aujourd’hui… C’est tout. Je garde le souvenir d’un garçon charmant, délicat, assez solitaire même s’il était très socable et aimait s’amuser.
C’était un bel artiste et un adorable compagnon de fêtes.

Jacques Brachet