Archives mensuelles : octobre 2020

Jacques FERRANDEZ : l’Histoire et les histoires en BD

1

Jacques Ferrandez est un homme de la Méditerranée. Né en Algérie puis, installé à Nice alors qu’il n’a que quelques mois, à cause des événements entraînant l’indépendance,  il a très jeune fait un pont entre la France et le pays où il est né et qu’alors il n’avait pu connaître.
C’est donc à Nice qu’il fait ses études d’arts plastiques et d’art déco et la BD va un peu entrer par hasard dans sa vie :

4 5 3

«J’étais alors étudiant, j’aimais dessiner et avec un copain scénariste, nous avons fait nos premières armes dans un périodique intitulé  «A suivre», édité chez Casterman. Très vite j’ai eu envie d’écrire mes propres récits avec mes dessins et en 82 je commence à écrire des histoires sur l’arrière-pays. Des paysages que j’aime, que Giono et Pagnol m’ont fait aimer et c’était en quelque sorte un hommage à ces deux auteurs qui m’ont influencé, qui m’ont nourri.
L’Algérie est très vite un pays que vous désirez connaître… Pourquoi ?
Ce sont d’abord des témoignages familiers et familiaux dont me parlent mes parents. A partir des témoignages familiaux j’ai eu envie de m’intéresser à son Histoire, de creuser c et j’ai commencé par la période coloniale jusqu’à l’insurrection de 54. Pour moi c’était important de situer les choses et c’est comme ça que sont nés «Les carnets d’Orient» en 87. Puis j’ai continué sur la guerre d’Algérie et l’Indépendance. J’ai lu énormément d’ouvrages historiques, de témoignages, j’ai fait la synthèse de tout ça et ça a été un travail énorme et passionnant.
Les BD d’après les œuvres de Pagnol et Giono… C’est venu comment ?
D’une sollicitation de Casterman qui était le diffuseur des éditions Pastorelli pour tout ce qui concernait les images de Pagnol. Clément Pastorelli était passionné par l’œuvre de Pagnol et avait eu l’idée d’en faire des BD car tout passait par lui. Il a donc envisagé de faire les «Souvenirs d’enfances» et m’a confié le projet. Ji parcouru tous les lieux de Pagnol, fais de nombreux repérages  pour être au plus près deux. Mais par suite de quelques embrouilles avec les droits d’auteur, le projet est tombé à l’eau.
A sa mort, c’est Jacqueline Pagnol qui a repris le projet  en 96/97mais entretemps, Yves Robert avait tournée «La gloire de mon père» et «Le château de ma mère». C’était peut-être un peu trop près des films et ce pouvait trop ressembler à une redite. Autant repartir «à la source et on a donc décidé de faire «L’eau des collines» avec ses deux volets : «Jean de Florette» et «Manon des sources».On aurait pu continuer mais après Jacqueline, c’est son petit-fils Nicolas qui a repris le projet et qui a choisi Serge Scotto (Petit-fils de Vincent Scotto) et Eric Scoffel en disant que c’était la première fois que Pagnol était édité en BD !

9 8

Ça s’était pourtant bien passé avec Jacqueline Pagnol ?
Très bien. Elle était très attentive à mon travail et le surveillait de près afin que les dessins et l’histoire soient au plus près des romans et des films. «Je travaillais encore «à l’ancienne», il n’y avait pas encore Photoshop et aux deux tiers de l’histoire, elle a voulu voir les dessins. Elle a beaucoup aimé sauf… le visage de Manon qu’elle trouvait un peu trop sauvage, cheveux aux vents… Elle a voulu que je transforme la coiffure en sage queue de cheval qui lui semblait plus ressemblante à Manon… c’est-à-dire à elle ! J’ai donc dû reprendre chaque dessin où paraît Manon. Aujourd’hui, ce serait plus simple.
Je suppose que pour Giono, ça s’est passé de même pour «Le chant du monde» ?
Oui mais avec elle ça a été plus «cool». Elle avait un apriori favorable car Jean Giono aimait parait-il beaucoup les BD. Elle m’a aussitôt fait confiance et n’a même jamais souhaité intervenir. Lorsque je lui ai envoyé le PDF, elle a aimé le scénario, les images et a trouvé l’ensemble très fidèle au roman et m’en envoyé un message me disant qu’elle était ravie.
Pagnol, Giono, Camus (L’étranger), Daudet (Les lettres de mon moulin)… vous aimez adapter des gens de Méditerranée.
Pas toujours, j’ai adapté beaucoup d’autres auteurs. Mais pour Daudet c’était particulier, c’était pour un périodique qui s’appelait «Je bouquine». J’ai d’ailleurs fait pour eux «Le Cid», «Madame Bovary»…
Etant aussi musicien de jazz pour le plaisir, je joue de la contrebasse avec des copains. C’est une passion et du coup j’ai créé quelques albums. En 85/86 j’ai travaillé avec Patrick Raynal comédien et scénariste puis j’ai consacré deux albums à Miles Davis et j’écris un troisième volet. Les trois albums devaient être édités et accompagner un coffret vinyle de ses disques. Il faut donc que je reprenne les deux premiers dans le format 30 cm.
Par ailleurs, je voyage beaucoup et j’ai fait beaucoup de carnets de voyages…Ce sont une source d’inspiration. Il m’arrive de quitter ma Provence ! Et j’ai fait d’ailleurs une BD-reportage avec mon fils sur notre voyage à Cuba.

LCDM_Couv_17mm_Ok.indd 7

Les voyages me font penser à cette caravane qui, en ce moment, parcourt la France. Racontez…
C’est, comme son nom l’indique, une caravane que j’ai emménagée en salle d’exposition où l’on trouve les diverses phases de mon travail, des reproductions de dessins, de croquis faits à l’atelier, de panneaux, de planches de travail, un film qui est le making off du «Chant du monde»…. J’ai trouvé l’idée originale et plus simple que de, chaque fois, tout déballer. C’est un projet conçu avec le Conseil Général qui est en ce moment en train de naviguer dans le Var. Je ne peux hélas pas être à toutes les étapes mais je serai jeudi à Draguignan. Et puis, je viendrai aussi à la Fête du Livre de Toulon, du 20 au 22 novembre».

La caravane y sera-t-elle ? Mystère mais elle sera à Sanary, à la Médiathèque Jacques Duhamel, pour  commémorer  le cinquantenaire de sa disparition.
Exposition coproduite par la région du Sud-Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Diffusée avec le concours de la Régie culturelle régionale et l’Agence régionale du livre.
Dans le cadre de l’Année Giono 2020,.
A l’occasion de l’année Giono, en Région Sud, la Ville de Sanary-sur-Mer accueille du 10 au 14 novembre 2020, une exposition tirée du roman «Le chant du monde» de Jean Giono, adapté en bande dessinée par Jacques Ferrandez.
Le grand romancier Jean Giono, qui fut aussi poète, traducteur, scénariste, cinéaste, essayiste et historien, est décédé en octobre 1970 à Manosque. Nous commémorons ici les 50 ans de sa disparition.

10

Cette exposition plonge le visiteur à l’intérieur d’une caravane itinérante où «Le Chant du monde» narre le récit d’une grande aventure épique aux accents d’un véritable western provençal.
Projections à l’auditorium
Mardi 10 novembre à 10h et à 14h30 : Projection d’un film d’animation «L’homme qui plantait les arbres» de 1982, tiré d’un livre de Jean Giono sur les thèmes des arbres, de l’écologie et de la patience.
Projection réservée aux scolaires / à l’Auditorium Ernest Blanc
Jeudi 12 novembre à 14h30 : Projection du film «Crésus» de 1960 réalisé par Jean Giono, avec Fernandel.
Entrée libre / à l’Auditorium Ernest Blanc
Samedi 14 novembre à 14h30 : Projection d’un film de 2001 adapté d’un roman de Jean Giono, une réflexion sur l’homme face à l’ennui, à la mort et au mal.
Entrée libre / à l’Auditorium Ernest Blanc
Atelier créatif sur le thème de Giono
Samedi 14 novembre à 10h et à 16h
Tout public – Sur inscription préalable au 04 94 32 97 80




Toulon…
Ouverture des Beaux-Arts et de la Maison de la Créativité.

1

Ouvert au public en janvier dernier, le quartier Chalucet a vuaujourd’hui, ce vendredi 16 octobre, l’inauguration de deux de ses bâtiments remarquables : les Beaux-Arts et la Maison de la Créativité. Le maire de Toulon, Hubert Falco entouré de nombreux élus et personnalité, coupait le ruban symbolique ouvrant au public un nouveau et somptueux lieu de culture et d’art.
Les Beaux-Arts, le bâtiment totem dessiné par l’architecte Corinne Vezzoni & Associés, abrite l’École Supérieure d’Art et Design TPM et TVT Innovation, avec des espaces partagés pour les entreprises du numérique.
La Maison de la Créativité, signée de l’Agence d’architecture Devillers et Associés, accueille l’école de commerce Kedge Business School, l’école internationale d’architecture Camondo Méditerranée ainsi que des espaces partagés destinés aux étudiants.
Samedi 17 octobre, la journée portes ouvertes a permis au grand public de découvrir ces deux ouvrages de l’intérieur, avec leur architecture contemporaine et leur vue exceptionnelle sur la rade et le Faron.
«Le Quartier de la Créativité et de la Connaissance Chalucet – devait dire Hubert Falco – est un quartier qui répond aux besoins grandissants d’une ville qui se développe, se transforme, qui s’ouvre de plus en plus à la jeunesse, à la culture, à l’éducation, à l’université, aux écoles d’ingénieurs, aux start-up, au numérique ; une ville attractive»

3 4 5

Cette inauguration se déroulait précisément le jour célébrant les 400 ans de la naissance de Pierre Puget, architecte et sculpteur régional majeur. Pierre Puget est né en effet le 16 octobre 1620, à Marseille. Au XVIIIe siècle il était considéré comme le «Michel-Ange de la France»
Et d’ailleurs, une statue le représentant trône au milieu de ce fameux «jardin de la Ville», le jardin Alexandre 1er totalement et superbement repensé et amenant au quartier de la créativité et de la connaissance Chalucet
Et il est vrai qu’il ne se passe quelques mois sans que le Maire de Toulon nous fasse découvrir un Toulon qui s’embellit d’année en année, apportant aux Toulonnais un nouveau bonheur de vivre, de se cultiver, d’aimer muser dans cette ville aujourd’hui ouverte sur l’avenir.
La foule étant nombreuse en ce jour d’inauguration, elle le fut tout autant le lendemain, ouvrant ses portes à tous pour découvrir le bâtiment des Beaux-Arts avec son école supérieure d’art et du design (ESAD), l’agence métropolitaine de développement économique, la Maison de la Créativité avec l’école Camondo d’architecture intérieure et du design qui a 75 ans d’âge, est de renommé internationale et ouvre donc une section dans ce temple de l’Art toulonnais, la seule donc après  Paris. L’on y découvre également la Kedge Business School, école de management française qui, après Paris, Bordeaux et Marseille, s’installe à Toulon, après s’être installée en Chine, au Sénégal.

2

Le bâtiment Beaux-Arts, d’une grande prouesse technique, s’affiche comme un signal architectural fort qui domine le quartier. Surplombant le quartier, c’est l’ouvrage totem du site, par sa signature, son volume, sa luminosité. Il abrite dans ses 6400 m2 l’ESADTPM et de nouveaux locaux de TVT Innovation.
Ce bâtiment est conçu à l’image d’une grande sculpture contemporaine dont la volumétrie s’élève, jouant avec le soleil et captant la lumière, pour marquer l’entrée nord du quartier de la créativité et de la connaissance.
Lorsqu’on visite cet immense vaisseau on est surpris de voir les immenses espaces dont bénéficient tous les étudiants, la lumière qui éblouit tous les lieux et, du huitième étage, la formidable vue sur le port de Toulon et, en contrebas, du jardin où l’on aime flâner.

9 10 11

L’ESADTPM – Ecole Supérieure d’Art et Design TPM
Implantée dans le paysage toulonnais depuis 150 ans, l’École Supérieure d’Art et Design Toulon Provence Méditerranée (ESADTPM) est placée sous la double tutelle du ministère de la Culture et du ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation.
Les ateliers des Beaux-Arts, ou ateliers libres, sont ouverts au public postscolaire du lundi au samedi en fonction des ateliers choisis, et au public périscolaire le mercredi et le samedi.
L’école regroupe 180 étudiants : 57% d’étudiants originaires de la région Provence Alpes Côtes d’Azur, – 27% d’étudiants originaires de France hors région PACA, – 16% d’étudiants étrangers dont 44% de Coréens.
30 enseignants permanents, une trentaine d’artistes, universitaires, écrivains, théoriciens, designers intervenant chaque année. (95% de réussite aux diplômes).
Le bâtiment de 4000 m2 comporte : cinq plateaux d’études de 300 m2 chacun, dix-neuf ateliers techniques, du bois au numérique en passant par la lithographie, la reliure, le son, …Une galerie de 300 m2 au cœur de l’école, une galerie de 60 m2 au cœur de la vieille ville de Toulon, une bibliothèque spécialisée de 12 000 ouvrages, partagée au cœur de la Médiathèque municipale Chalucet.

TVT Innovation
Agence de Développement Économique de la Métropole TPM, TVT Innovation installe de nouveaux locaux dédiés au développement de projets innovants. En véritable carrefour de l’innovation sur le territoire, TVT propose dans le bâtiment des Beaux-Arts un ensemble d’espaces et de services avec : Résidence d’entreprises (bureaux pour entreprises en création). Espace de coworking (espace de travail partagé). Espaces de créativité (salles de réunion créatives) et de convivialité (lieu d’échange). Citylab, le laboratoire urbain pour la ville de demain. Bureaux de l’équipe TVT Innovation.
Ces espaces sont accessibles aux entrepreneurs innovants, entreprises, étudiants, écoles, associations, usagers et particuliers de l’écosystème toulonnais. Dans ce quartier de la créativité et de la connaissance, TVT Innovation met l’accent sur les #EdTech et sur les nouvelles formes d’apprentissages : e-learning, co-learning, etc.

8 6 7

L’école Camondo Méditerranée
Créée à Paris il y a 75 ans, l’école Camondo, qui pour la première fois a été délocalisée, s’installe dans un second site à Toulon face à la Méditerranée. L’école Camondo forme des architectes d’intérieur-designers en délivrant un diplôme de niveau I visé par le Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche. Elle jouit d’une situation unique en Europe adossée à une institution culturelle française, Les Arts Décoratifs, créée il y a plus de 150 ans dans le sillage des Expositions universelles et dont les collections et les ressources valorisent les arts décoratifs, le design contemporain, les savoir-faire de haute facture des artisans et des industriels tout en participant à leur rayonnement et à leur transmission. Camondo Méditerranée y déploie le même cursus en cinq ans, la même pédagogie pour un même diplôme. La pédagogie de l’école s’inscrira dans le contexte méditerranéen : Pôle Mer, art de la plaisance et du yachting, rapport de l’intérieur à l’extérieur, lien à la nature et aux matériaux bio-sourcés, étude des flux marchands, touristiques et humains, et s’enrichira naturellement de ces influences.
Camondo Méditerranée accueille depuis la rentrée de septembre 2020, trois promotions avant de compter à l’horizon 2022, 150 étudiants de l’année 1 à 5, déployés sur 2 000 m².

Kedge Business School
Kedge BS est une École de management française de référence présente sur 4 campus en France (Paris, Bordeaux, Marseille et Toulon), 2 en Chine, 1 en Afrique et 4 campus associés. Sur son campus de Toulon, Kedge BS accueille près de 400 étudiants qui se forment à deux programmes d’enseignement. D’une part, le Msc Ingénierie d’Affaires, un programme de double compétence qui recrute à partir de Bac+2, et forme chaque année près de 300 étudiants au management des technologies. Et le Kedge Bachelor, qui accueille un peu moins de 100 étudiants sur trois années, un programme Post Bac en management, qui diplôme à Bac+3. Ces deux formations sont visées par l’État.

14 13 15
Au centre, la fontaine italique et son T de Toulon, de 7,5 mètres de haut, conçu par Didier Marcel

Le nouveau campus de Kedge BS a été conçu pour expérimenter un enseignement d’avant-garde. Connecté, cet espace est entièrement dédié aux méthodes pédagogiques les plus innovantes. KEDGE occupe 2100 m2 et dispose de 11 salles de cours et d’une médiathèque de 140 m2 située au coeur du bâtiment. Cet espace accueille une trentaine de collaborateurs et 350 étudiants.
Ces nombreux atouts permettent à Kedge BS Toulon d’être encore plus attractif, et ainsi faire venir plus d’étudiants sur Toulon, dans les deux programmes de formation présents sur le campus, le Master of Science Ingénierie d’Affaires, et le Kedge Bachelor.
Comme on peut le voir, rien n’a été laissé au hasard dans ce magnifique navire fait pour éduquer, cultiver, ouvrir d’immenses perspectives aux jeunes qui, de plus en plus, viennent s’installer à Toulon, y trouvant des ouvertures à leurs projets, leurs envies, leurs passions, leur avenir.
Hubert Falco a compris que, pour garder ses jeunes et en faire venir d’autres, il fallait qu’ils aient une envie, une ambition que, jusqu’ici, ils trouvaient à Marseille. Aujourd’hui, Toulon s’ouvre à la jeunesse, à la culture et devient un nouveau pôle d’attraction pour tous, grâce à un maire dynamique qui ne cesse d’embellir sa ville, d’ouvrir des lieux, des jardins où l’on a envie de vivre, entre mer et montagne.
Pendant longtemps, on ne faisait que passer à Toulon, pour aller à Nice ou à Marseille. Aujourd’hui on a envie de s’y arrêter et même de s’y poser, pas seulement pour aller s’y baigner au Mourillon ou prendre le téléphérique du Faron.
C’est une ville qui renaît et où, aujourd’hui, il y fait bon revivre.

12

 Jacques Brachet
Photos Monique Scaletta


Six-Fours – La Batterie du Cap Nègre se coiffe et se barbe !

1

Rarement on a vu un événement aussi festif dans ce lieu d’Histoire assez austère qui voit défiler des expositions d’arts plastiques.
Mais en ce 16 octobre, la Batterie du Cap Nègre innovait en recevant, non pas de la peinture mais de la mode, de la coiffure venues tout droit du Lycée d’Enseignement Professionnel de la Coudoulière et même un beau barbier venu de Cannes, qui nous offraient une originale exposition sur le thème : «Histoire de la coiffure et du barbier», arts patrimoniaux qui nous font traverser les différentes modes, la coiffure évoluant au longs des siècles, depuis l’Antiquité.
Marie-Paule Cordeiron, professeure de coiffure à «La Coudou» a eu cette magnifique idée de faire travailler ses élèves à travers les modes en leur faisant créer des coiffures incroyables. Chaque élève a donc choisi et créé  une coiffure d’époque et chacun et chacune s’est aussi prêté au jeu pour la porter et se faire photographier dans des costumes d’époque par les photographes Emilie Delamorinière, Pascal Scatena et Emi et Clyde.

2 3
4 5
En haut à gauche, notre ami photographe Pascal Scatena, photographié (pour une fois !) avec sa fille qu’il a lui-même photographié.

Des photos aussi somptueuses que les coiffures que portaient ces mannequins d’un jour… Il fallait être très observateur pour reconnaître chacun d’eux, les coiffures et les maquillages d’époque les transformant… sans compter ce satané masque mis par-dessus ces visages !  On a quand même pu les leurs faire enlever pour la photo.
C’est une sacrée organisation, beaucoup de volonté et de passion aussi pour monter cette exposition, à laquelle s’est ajouté Laurent Briard, artisan-barbier de profession depuis 32 ans, tenant son salon boulevard Carnot à Cannes. Coiffeur il était, barbier il l’est devenu puisque aujourd’hui cette profession revient à la mode. Et comme il est passionné par son métier et tout ce qui le concerne, il passe son temps à chiner et collectionner tous les instruments, les objets et il a ainsi créé dans son salon un mini-musée.

8 7 6

Ainsi découvre-t-on, pour les plus jeunes, des vaporisateurs à poire, ancêtre de la bombe laque, divers ciseaux, chacun ayant une fonction définie, le fameux blaireau redevenu à la mode, les coupe-choux, rasoirs des années 60, des produits cosmétiques qui n’existent plus, des fers à papillotes, à onduler, à gaufrer, à moustaches, remplacés par les fameux babyliss et même un nécessaire de barbier de campagne pour l’armée française, datant de la deuxième guerre mondiale !
Pour la circonstance, il a recréé un salon à la Batterie du Cap Nègre… Et c’’est ainsi que l’adjointe aux Affaires Culturelles, Fabiola Casagrande, est passée sous le mythique casque-séchoir et que Dominique Baviéra, directeur du Pôle Arts Plastiques de Six-Fours s’est fait raser de près par notre maître barbier !
Sympathique intervention dans ce lieu qui n’en n’avait jamais tant vu !
Si cet événement a pu être réalisé c’est grâce à une solide chaîne entourant Marie-Paule Cordeiro : En premier, le principal de l’établissement, Jean-Philippe Toujas, le chef de projet Jean-Yves Staron, les enseignants en coiffure, en maquillage, en français du LEP, le plasticien Francis Ruchet, les photographes suscités ainsi que les fidèles partenaires que sont le Rotary Club de Toulon Ponant et les sociétés Babyliss et l’Oréal.

13 12 14*
Les organisateurs autour de Marie-Paule Cordeiro – A droite : les lauréats

Comme le soulignait Jean-Philippe Toujas, qui, avouait-il, n’était en rien responsable de cet événement mais ayant soutenu à fond Marie-Paule Cordeiro, ce projet n’était pas réservé qu’à la section coiffure car c’est un travail pluridisciplinaire qui a permis à diverses classes, de travailler ensemble, de créer une émulation et une véritable cohésion d’ensemble.
Marie-Paule Cordeiro devait remercier tous les acteurs de ce beau projet et remettre quatre prix à ces concurrents qui se sont attelés à la tâche avec passion, talent et un véritable plaisir.
Laurent Briard avouait le sien de participer à cet événement, regrettant cependant qu’aujourd’hui le métier de la coiffure se perde et qu’ait disparu le CAP coiffure homme (Il n’y a plus que le CAP femme) qui risque de faire perdre un savoir-faire qui est un art à part entière.
Ce vernissage réunissait tous les participants, et ils étaient nombreux.

9 10 11
15

Du coup l’adjointe à la Culture préférait réunir tout le monde à l’extérieur avant de faire entrer les gens par petits groupes. Mais la soirée était belle et on écouta avec plaisir et curiosité, son petit cours d’histoire de la coiffure qui remonte aux échoppes grecques et romaines au sein desquelles seuls les hommes se faisaient couper les cheveux, les femmes le faisant chez elles.
On apprit aussi avec surprise que les coiffeurs ne se contentaient pas d’être barbiers ou de «faire le poil» mais ils étaient souvent arracheurs de dents et pratiquaient les saignées, ce qui perdura jusqu’en 1691, sous Louis XIV, qui publia un édit séparant les métiers de barbiers et de chirurgiens … Heureusement, les temps ont changé, les mœurs ont évolué…
A noter encore que les salons de coiffure ne seront ouverts aux femmes qu’à la toute fin du XIXème siècle !
En tout cas, dans cette exposition, la femme y est omniprésente et a conquis une belle place dans ce monde de la coiffure.
Exposition a découvrir absolument.

Jacques Brachet





SANARY- FETE DES TRADITIONS – 17 ET 18 OCTOBRE 2020

Affiche_Fête_Traditions_2020

Ce weekend, rendez-vous sur le port de Sanary-sur-Mer pour fêter nos traditions provençales sous le signe de la culture, de la musique et de la bonne humeur !
Programme du Weekend
Samedi 17 octobre – Dimanche 18 octobr de 10h à 18h
Expositions sous les chapiteaux du port (soumises à un protocole sanitaire strict – Port du masque obligatoire)
Chapiteau 1 : entre terre et mer, le costume des Sanaryens au XIXème siècle.
Chapiteau 2 : outils, Santons, paniers et maquettes un savoir-faire traditionnel.
Chapiteau 3 : les animaux de la campagne (animaux vivants).
Animation musicale avec le groupe de musique traditionnelle «Nid’Oc».
Sur le port
Promenade en calèche (attention nombre de participant limité à chaque parcours, respect des normes sanitaires, gestes barrière et port du masque obligatoire pour chaque participant).
De 15h30 à 17h : défilé en costumes traditionnels dans les rues du centre-ville avec les groupes «La coustièro Flourido» de Sanary, «L’Oulivelo» du Beausset, «La Respelido Valenco» de la Valette et le groupe musical «NiD’Oc».

2019_09_14 fete des traditions j1 (95) 2019_09_14 fete des traditions j1 (92)

Dimanche 18 octobre 2020
A 9h : messe en plein air sur le parvis de l’église Saint Nazaire avec la participation de l’Orchestre d’Harmonie «La Saint-Nazairienne».
A 15h 30 : concert par l’Orchestre d’Harmonie «La Saint-Nazairienne» au kiosque à musique, allée Estienne d’Orves.

Mesures sanitaires : Port du masque obligatoire pour les + 11 ans. – Gel hydroalcoolique à disposition à l’entrée et à la sortie du site


Toulon : L’Atelier d’Offard expose au Télégraphe

1

L’Atelier d’Offard est un atelier de papiers peints à la planche que le plasticien, dessinateur, sculpteur, graveur François-Xavier Richard a créé voici vingt ans à Tours. Il recrée des papiers peints à la manière des grandes manufactures des XVIIème et XIXème siècles, de façon traditionnelle avec des outils d’aujourd’hui mais tout se fait à la main. C’est du véritable artisanat d’art et un savoir-faire de haut niveau.
Il reproduit des papiers peints de l’époque mais crée également toute une gamme nouvelle avec un esprit créatif extraordinaire.

2 3
François-Xavier Richard – Les différentes passages à la couleur

Ainsi l’Atelier travaille-t-il aussi bien pour des particuliers qui ont une idée précise de ce qu’ils désirent, pour des lieux tout à fait différents mais aussi pour des entreprises, des musées, des châteaux ou autres lieux prestigieux comme le Musée de Tokyo, la maison de Colette, la cathédrale d’Angoulême, la maison de de Gaulle à Lille, des décors pour le cinéma…
Le Télégraphe a donc proposé de faire connaître cet atelier par une exposition mais aussi par des… ateliers qui seront animés par Sacha, une plasticienne aux racines russe mais  issue des Beaux-Arts de Toulon où elle s’est formée à la linogravure et à la pinte sèche. Nous pouvons découvrir tout ce que l’Atelier peut proposer car cet art étant créé sur du papier, il offre une infinité de créations : éventails, cartes postales, sacs, boîtes, cahiers et carnets et même  des objets et mobilier en carton-pierre, ce qui est très à la mode aujourd’hui.

4 5
6 8 7

Les papiers peints sont créés sur rouleaux  ou sur de grands carrés appelés dominos, sur des papiers recyclés, des papiers précieux,  des tissus divers, avec des techniques et des supports différents, peinture, gravure, encre, pigments, sculptures, le tout à partir d’une matrice.
Il faut quelquefois plusieurs passages pour imprimer les divers motifs, il faut attendre le séchage entre chacun d’eux, ce qui est un travail de patience, de longue haleine, ce qui en fait un travail unique.
Dans cet antre vous pouvez donc découvrir, grâce à Sacha, les diverses et innombrables tapisseries que l’Atelier propose dans sa boutique, tous les outils utilisés à la création, l’historique de cet art, de cette technique qui remonte à plusieurs siècles et bien sûr l’histoire de cette belle maison créée par cet artiste enseignant aux Beaux-Arts d’Angers, qui viendra fin octobre rencontrer le public au Télégraphe.

9
Les différents éléments pour créer du carton-pierre

Déjà, visiter l’Atelier et visionner les films vous donnent une idée de cet art peu connu et du travail colossal que cela représente pour créer des œuvres magnifiques.
Dans quelques jours, Sacha y animera donc des ateliers publics liés à l’impression à la manière de l’Atelier d’Offard avec l’idée  d’une création collective d’un rouleau de tapisserie où chacun pourra créer avec son imagination.
Un art ancestral à découvrir jusqu’à fin novembre.

Jacques Brachet


Toulon – Le Télégraphe
Arnaud TABAREC, le chef voyageur et philosophe

1

Il nous vient de Bourgogne mais il faut le suivre à la trace… Si, durant dix ans, il a porté haut sa cuisine de chef au Five Seas Hôtel de Cannes, il a aussi sévi dans la Maison Lameloise à Chagny en Bourgogne, puis est allé chercher ses étoiles en Asie, en Indonésie, à Singapour, dans le Maghreb, en Russie, dans la jungle de Bornéo avec l’Ambassade de  France, Bornéo qui – m’avoue-t-il – était un rêve de gosse mais qui l’a quelque peu désappointé vu la pauvreté et l’état de la planète.
Il n’a qu’une trentaine d’année mais depuis quinze ans il est baigné dans la gastronomie.
Un long périple pour se retrouver… à Toulon !
Drôle de mec à la barbe rougeoyante, au sourire avenant, au regard plein de malice, très accueillant et ne mâchant pas ses mots.
D’abord, Arnaud, pourquoi la cuisine et pourquoi devenir chef ?
C’est grâce à mon frère qui était sommelier, que je voyais côtoyer un monde qui m’attirait et puis, parce que, dès 15 ans, j’aimais la cuisine… et les voyages ! J’ai donc allié les deux pour connaître d’autres horizons, des coutumes, des cuisines différentes.
Et comment se retrouve-t-on à Toulon ?
Tout simplement parce que je voulais faire une pause, que je suis venu voir mon ami François Veillon, directeur de ce beau lieu de culture qu’est le Télégraphe, avec qui nous partageons les mêmes valeurs et… qu’il m’a proposé d’y rester.

2

Et alors ?
Alors j’ai trouvé là un lieu de partage, ouvert d’esprit et j’avoue que je suis tombé amoureux de Toulon. Je trouve que c’est une ville très rock, où j’ai retrouvé mes valeurs humaines et culturelles. Je lui trouve un côté un peu londonien. Ça me change du côté lisse et coincé de Cannes !
J’adore le cœur de Toulon, il est vivant, débordant d’énergie, plein d’humanité. C’est une ville très populaire dans le bon sens du terme… Et je m’y sens bien !
Revenons donc à la cuisine… Après avoir travaillé dans des lieux étoilés, tu as dû t’adapter à quelque chose de très différent !
Déjà je m’y sens plus «moi»… Quand tu vois ma dégaine, tu peux imaginer que je me sens plus à ma place ! A cannes, je dénotais un peu… Ce qui n’était pas pour me déplaire – dit-il avec un œil qui frise – Ici, je suis dans mon élément, un lieu chaleureux, et je n’ai pas eu de peine à m’adapter.
Au niveau de ce que tu proposes…
J’ai d’abord une carte très courte. Je ne propose pas dix plats différents,  parce que je tiens à offrir des produis frais, bio, de saison. Je travaille avec les artisans de la région, il n’y a rien d’industriel. Mes plats sont donc peu nombreux mais de qualité. Je ne me vois pas, par exemple, travailler des moules de Bretagne alors qu’il y en de grande qualité a Tamaris à côté de chez nous ; ou préparer des carottes sous plastique alors qu’il y a le potager de Gaia à Evenos. Il y a une multitude de produits magnifiques et en plus, il y a ce rapport humain avec les producteurs, ce qui est très important pour moi ainsi que de rester le plus écologique possible.
As-tu des spécialités à proposer ?
Ma devise est : «Être dans l’assiette au bon moment». Je ne m’empêche rien à condition que ce soit local, de qualité et de saison. Je préfère dire à un client «Y a pas» parce que ce jour-là le paysan n’a pas pu assez me fournir et offrir le bonheur de manger des produits sains.
Carnivore, végétalien, végane… Où te situes-tu ?
Partout ! Je suis végétarien mais je conçois qu’on aime la viande, le poisson ou tout autre aliment.
Je ne veux pas entendre ici un client me préciser : je suis végétarien. Il a le droit d’être ce qu’il veut et  n’a pas à me le préciser. Il choisit ce qu’il veut manger. Je veux que tout le monde y trouve son compte, sans devoir se justifier.

4
Arnaud et son équipe

Je pense à l’avenir et je trouve que chacun d’entre nous a ses responsabilités. Il n’y a pas que le gouvernement qui en a et il fait quelquefois des choses aberrantes. On retire du marché des pailles en plastique pour ne plus les jeter… et on fait des masques jetables qu’on trouve partout ! On marche quelquefois sur la tête et c’est pour cela que nous devons tous nous battre avec nos moyens et à l’échelle locale.
Quel a été l’accueil à ton arrivée ?
Très bien… presque trop bien car j’ai été très vite submergé et qu’avec les mesures de distanciation il a fallu composer avec. Mais j’ai déjà des habitués. Je suis donc globalement content.
Au-delà de la cuisine, c’est une façon de faire que les clients viennent chercher.

On a plaisir à écouter parler ce chef voyageur et philosophe, si respectueux du bien manger et du bien vivre.
Vous pourrez apprécier son accueil et sa cuisine dans ce lieu devenu aujourd’hui incontournable qu’est le Télégraphe, tous les midis, du mardi au vendredi et les jeudis, vendredis, samedis en soirée.

Jacques Brachet







Le Liberté – Toulon
Jean-Louis TRINTIGNANT/ Charles BERLING… en poésie

8

En ce dimanche 11 octobre, ce fut ma journée des séniors : le matin avec Marcel Amont, au théâtre Galli de Sanary, 91 ans ½ (Il y tient !) et Jean-Louis Trintignant le soir au Liberté Toulon, 90 ans.
Des séniors que l’on aime.
Que j’aime d’autant plus qu’avec Jean-Louis Trintignant, j’ai fait avec lui d’innombrables rencontres. Sur trois tournages («Le secret» de Robert Enrico, dans mon pays ardéchois, «Boulevard des assassins» de Boramy Tioulong à Toulon, «Vivement dimanche» de François Truffaut, à Hyères) sans compter le nombre de rencontres à Marseille, à Toulon et Sanary, à Ramatuelle, à la Seyne où sa fille Marie a créé «Les nuits blanches» de Dostoïevski.
Avec Jean-Louis, on ne peut parler d’amitié mais de connaissance, de reconnaissances et à chaque fois ces rencontres furent de magnifiques moments.
Le revoici donc au Liberté de Toulon où, avec Charles Berling et deux musiciens, il nous offrait un grand moment de poésie.
On retrouvait cette voix, reconnaissable entre toutes, toujours si posée, si feutrée, si apaisée, malgré le choc de le retrouver sur un fauteuil roulant et sachant qu’il perdait la vue.
Mais aussitôt qu’il parle, la magie opère, nous fait un bien fou, nous emporte par sa douceur, son humour aussi, curieux contraste avec la fougue, la grandiloquence de Charles Berling.
Cela m’a fait penser au tournage du film «Le secret» où j’ai eu la chance de partager de sublimes moments avec lui, toujours très détaché, souriant, serein et balançant un trait d’humour très anglais avec un petit sourire narquois vers Noiret qui, gros ogre à la voix puissante, en faisait des tonnes pour raconter des histoires. Moments de charme, de plaisir que je garde précieusement en tête.
Et là, retrouvant la même situation avec les deux personnages si diamétralement opposés que sont Jean-Louis et Charles

2 1

D’abord, le premier, vue la situation, ne peut lire les textes qu’il dit, de la Fontaine à Baudelaire en passant par Prévert. C’est toujours juste, intime, malicieux, que ce soit dans la poésie pure ou dans l’humour, en passant par le tragique et l’absurde. A ses côtés, Charles crie, vocifère, se démène sur de longs textes qu’il lit, qu’il crie, trop peut-être, surtout en comparaison avec cette sérénité qui se dégage de son compère. A-t-il besoin de hurler «Le bateau ivre» de Rimbaud, sans aucune nuance ?
Entre le calme et l’excité, il y a trop de différence, même si les deux magnifiques musiciens essaient de temporiser.
Par ailleurs, malgré le plaisir qu’on a de retrouver ces beaux textes, il y manque un fil rouge, les textes arrivant un peu comme un cheveu sur la soupe, sans qu’il y ait entre eux le moindre rapport. Et puis tout à coup, voilà qu’on entend Bourvil chanter «Le petit bal perdu», belle chanson au demeurant, belle interprétation… Mais, pour reprendre une phrase de Molière… qu’allait-il faire dans cette galère ?
Un grand  moment d’émotion lorsque, le rideau se fermant, Trintignant nous dit les beaux mots de Ferré, tirés du poème de Rutebeuf «Que sont mes amis devenu ?» et qu’il entame une longue litanie des êtres chers qu’il a perdus, Marie bien sûr, Marcello, Serge Marquand et tant d’autres qui sont hélas la triste réalité des personnes qui atteignent ces âges et voient un à un partir ceux qu’ils aiment.
Mais le revoilà disant «Le déserteur» de Boris Vian si magnifiquement chanté entre autres par Mouloudji et qu’après avoir dit :
« Prévenez les gendarmes, que je serai sans arme et qu’il pourront tirer», un silence et il ajoute : «Prévenez les gendarmes que je serai en arme… et que je sais tirer»
Ovation d’un public totalement sous le charme et l’émotion d’un comédien exceptionnel, qui nous a offert un moment suspendu, hors du temps. Un moment rare qui restera dans nos souvenirs.

6 5

Jean-Louis Trintignant ; «Dialogue entre amis» par Serge Korber et Jean-Yves Katelan (Editions de la Martinière)
J’aurais aimé parler de ce livre qui vient de sortir avec Jean-Louis mais trop fatigué, il n’a hélas pas pu me recevoir.
C’est un album somptueux qui retrace sa vie d’homme et d’artiste, aussi riche l’une que l’autre, vu par des tas de personnalités avec lesquelles il a fait un bout de chemin et auquel il a évidemment participé.
On y trouve de très belles photo souvent inédites, qu’il commente,  quelques poèmes choisis avec soin signés Prévert, Alain Leprest, Charles Cros, Vincent Delerm, Rimbaud, Desnos, Apollinaire, Aragon …
Et des témoignages de Robert Hossein, Brigitte Bardot, Costa Gavras, Nadine Trintignant bien sûr, jacques Perrin, Dino Risi, Claude Lelouch, Bernardo Bertolucci, Jacqueline Bisset, Ettore Scola, Juliette Binoche, Enki Bilal, Denis Podalidès, Michaël Haneke… Et bien sûr Serge Korber.
Deux cents pages pour magnifier un homme, un artiste hors du commun, peut-être le dernier monstre sacré du cinéma français.
Jeune, il était beau, âgé, il est superbe.
Merci Jean-Louis, pour tous ces grands moments de cinéma, de théâtre…
D’humanité tout simplement

Jacques Brachet
Photos Serge Baudot







Sanary-Théâtre Galli
Marcel AMONT… «Je reviendrai pour mes 100 ans !

2

Je suis de la génération dite «yéyé», mais, dans les années 50, j’étais bercé par les chanteurs que ma mère écoutait : Trenet, Cordy, Amont et autres.
Sans savoir que, des années plus tard, je deviendrais ami avec ces deux derniers…Et que je retrouverais les deux comparses sur les tournées «Âge Tendre» et fêterais avec eux leurs 80 ans. Tout ça ne nous rajeunit pas, ma bonne dame !
« Bleu, blanc, blond», «Tout doux, tout doucement», «Le clown», «Le chapeau de Mireille», «Le mexicain», «L’amour ça fait passer le temps»… Il en a fait des succès, le père Miramon… On n’appelait pas encore ça des tubes !
Et le voici sur la scène du Théâtre Galli, en pleine répétition car, très consciencieux, il fera, ce qu’on appelle aujourd’hui «Les balances». Les termes changent, les coutumes restent les mêmes pour le vrai professionnel qu’il reste à 92 ans… Pardon, 91 ans et demi, me précise-t-il en riant !
«Et toujours bon pied bon œil,  lui dis-je en riant de même après la répet’
Bon… disons-le vite… On n’est pas à un mensonge près ! Mais il ne faut pas s’attendre à ce que je fasse des galipettes sur scène… Ça, c’est fini.
On n’aura donc pas droit à votre légendaire équilibre sur la chaise, comme vous le faisiez encore sur la tournée «Âge Tendre»… à 80 ans ?
Depuis, il s’est passé quelques années et je suis entré dans une zone de turbulence… Attention : je ne dis pas que je ne suis plus capable de le faire mais ça devient plus dangereux et, il faudrait quelqu’un pour me réceptionner au cas où je me casse la gueule !. Mais je vous jure que je peux encore le faire !
Ça vous fait combien d’années de spectacles aujourd’hui ?
Professionnellement, 70 ans. J’ai commencé en 49 à Bordeaux, je suis «monté» à Paris en 50. J’ai galéré quelques années en chantant dans des bals, des cabarets, tous les lieux où je pouvais chanter.
A l’époque vous ne faisiez pas de disques…
Non, bien sûr et il n’y avait pas de promos télé ou de sites face book comme aujourd’hui. Il fallait faire ses preuves sur scène d’abord. J’avais commencé dans un orchestre à Bordeaux où je faisais mes études car mes parents, qui étaient des gens modestes mais instruits, espéraient que je devienne instituteur ou même professeur. Mais j’ai vite dévié vers le conservatoire et quand je leur ai avoué que je voulais devenir chanteur, ils étaient catastrophés.
Mais moi, écoutant à la radio Georges Ulmer, Montand, Salvador, je savais que je voulais faire «ça»
Et vous avez fait «ça» !
Au départ, j’imitais Montand et ça marchait mais je me suis très vite rendu compte que si je voulais réussir, je devais me démarquer. Comme j’étais très sportif, j’ai commencé à chanter en marchant sur les mains, à faire des équilibres. Du coup j’ai été remarqué et je suis passé à Bobino, à l’Olympia avec Edith Piaf. Et je suis heureux que mes parents aient pu voir ça.
Toujours sans disque ?
J’ai enregistré mon premier disque en 56. Cela grâce au prix d’interprétation que j’avais gagné à Deauville en 53. Et là, les portes ont commencé à s’ouvrir.
Et puis sont arrivées les années «yéyé»…
Oui, ce qui a balayé beaucoup de choses dans ce qu’on n’appelait pas encore «le show business».
Je voyais naître avec curiosité Eddy Mitchell, Johnny Hallyday, le rock… C’était si loin de moi…
Et alors ?
Alors, j’ai continué à chanter dans le monde entier où je représentais la chanson française que l’on appréciait.

3 4
Tournées « Âge Tendre »

C’est pour cela que vous avez écrit la chanson «Démodé» ?
Si l’on veut car comme je ne me suis jamais senti à la mode, je ne me suis jamais senti démodé. Déjà, jeune, à Bordeaux, je n’étais pas à la mode. Je chantais des chansons qui passaient à la radio. Mais même dans les années 60, je pouvais concevoir qu’on aime écouter Brassens et Sheila. Je n’ai jamais eu d’à priori, nous sommes tous des artistes et chacun nous avons notre style.
C’est pour ça que vous avez accepté les tournées «Âge Tendre» ?
Oui, bien sûr et ça ne m’a jamais gêné de chanter entre Richard Anthony et Gilles Dreu. Et puis, il y avait ma copine Annie Cordy… (Silence). Quand je pense qu’elle nous a quittés alors qu’elle pétait le feu… Ça me rend triste…
Mais pour en revenir à la chanson «Démodé», je l’ai aussi faite car je ne supporte pas le mot «ringard» trop souvent employé pour des vieux chanteurs. A la limite, je préfère «Has been», c’est plus juste, on a été… et on est toujours là ! Je suis un ancien qui peut être possiblement démodé !
Mais vous chantez toujours, c’est bon signe !
Vous savez, l’énergie vient de l’intérieur et tant que je l’ai, cette énergie, je continue.
Donc, vous reviendrez fêter vos cent ans ?
Pourquoi pas… si je ne sucre pas les fraises !»

5 6 7
Photos Christian Perrin

16 heures. Après un bon repas, voici notre ami sur scène.
La démarche est incertaine, la voix un peu hésitante mais il est là et commence à nous raconter sa vie… Il abrège car 92 ans, ce serait trop long ! Entre deux chansons il va nous à la raconter, parlant de ses amis comme Brassens qui, alors qu’il était dans la mouise, lui a offert «Le chapeau de Mireille», Aznavour qui lui a écrit «Le mexicain». Avec eux d’ailleurs, il nous offrira deux duos virtuels. Il nous parle de son tournage avec Bardot, qui l’a beaucoup fait salivé, de sa rencontre avec de Gaulle qui lui a assuré qu’il était «un bon chanteur», le tout agrémenté de ses chanson que le public, qui a son âge, reprend avec lui. Mais à travers les âges, il chante le Forestier,  Cabrel, Souchon, Julien Clerc qui lui ont écrit des chansons et avec lesquels il a fait un CD de duos. Entre autre le dernier duo qu’Aznavour ait enregistré avant de disparaître et un duo avec son fils Mathias.
C’est vrai, il se meut avec une certaine lenteur, la voix, quelquefois, a du mal à sortir, il a des trous de mémoire mais, tel un vaillant petit soldat, il ne se démonte pas, réagit avec humour, même lorsque le micro tombe en panne et que, en vrai pro, il comble le vide en attendant qu’on lui en ramène un autre.
«Ça valait la peine de répéter une heure !» dit-il en riant et le public… est bon public et marche avec lui. Et lui fait une ovation.
Tout ça est terriblement bon enfant, nostalgique et émouvant et on ne peut que saluer la performance.
En partant, il nous dit : «A bientôt… peut-être. Qui sait ?»

Jacques Brachet



France 2 : « Dix pour cent » – Saison 4…
Cent pour cent stars !

A partir du mercredi 21 octobre 2020 à 21.05

DIX POUR CENT

Cette saison sera celle de toutes les audaces et de tous les dangers pour ASK, qui sous la direction d’Andréa et malgré les craintes de Gabriel, va recruter une nouvelle agent senior, Elise Formain, venue de chez Starmedia, pour le meilleur ou pour le pire.

DIX POUR CENT - SAISON 4 DIX POUR CENT S04 DIX POUR CENT - SAISON 4

En quatre saisons, « Dix pour cent » a su se hisser au rang des séries françaises dont tout le monde parte.
Pourquoi ? Parce que cette famille d’agents passionnés, névrosés et touchants, ont su faire écho à nos contradictions intimes. Et sans doute aussi parce que dans chaque star, nous reconnaissons nos doutes, nos propres angoisses et notre aspiration, parfois contrariée, à être aimé.

DIX POUR CENT - SAISON 4
DIX POUR CENT - SAISON 4 DIX POUR CENT S04DIX POUR CENT S04

Pour cette nouvelle saison, « Dix pour cent » réalise une fois de plus le tour de force de satisfaire notre goût plus ou moins assumé du sensationnel, en le nourrissant de tendresse, de drôlerie et de glamour.
Bref, en explorant, une fois de plus, tous les recoins des passions humaines.
Dans ce dernier volet, la maison ASK brûle. Et c’est un divorce qui y a mis le feu : Celui de Mathias et Noémie avec les autres agents. Andréa, Mathias, Gabriel, Arlette, Hervé, Sofia et Camille vont devoir se battre pour la garde de leurs talents. Et quels talents !*
Et ce combat fait de sang, de larmes et de rires, ils le mèneront avec fougue et panache.

9

Rencontre avec Thibault de Montalembert
« Qu’est-ce qui vous a fait accepter ce rôle dans cette série à succès ?

Je viens de la scène où j’ai beaucoup interprété de drames. Aussi, qu’on me propose une comédie a été un grand bonheur. D’autant que c’est une comédie à la fois humaine et élégante. Les métiers du spectacle fascinent les gens, surtout lorsqu’on les emmène dans les coulisses. Là, ils entrent dans le monde d’une agence artistique, avec des comédiens qui jouent leur propre rôle et ça les fascinent. Les gens s’y retrouvent.
A la ville, vous n’avez pas, loin de là, le look du film !
(Il rit) Je joue un bourgeois bien assis, avec un look un peu rond, qui se donne la carrure du chef qu’il voudrait être mais qui ne l’est pas. C’est un personnage à double fond, qui a une vie à côté. Il joue sur plusieurs tableaux, il cache longtemps une fille qui se fait embaucher dans l’agence et c’est formidable à jouer. En fait, il ressemble à tout le monde, il peut être à la fois charmant et odieux. Il est un peu lâche, ambiguë, ce qui ne l’empêche pas d’avoir de l’humour.
Mêler des acteurs qui jouent un rôle avec des acteurs qui jouent leur propre rôle, c’est assez rare et original !
C’est aussi ce côté qui m’a plu. Grâce à Dominique Besnehard, qui les connaît tous, peu refusent de venir tenir leur propre rôle. Dans la saison trois, nous avons eu la chance d’avoir Monica Bellucci, Isabelle Huppert, Béatrice Dalle, Jean Dujardin qui est incroyable, Isabelle Adjani, Gérard Lanvin, Julien Doré*…
Et ça, ça plait beaucoup au public qui se retrouve derrière le rideau
Et ça marche !
A tel point qu’il y a une saison quatre !
Pourtant, au départ, ça n’était pas gagné car personne ne voulait de la série. On a mis près de dix ans pour que ça se débloque, grâce à Cédric Klapisch qui a été intéressé pour la réaliser. Aujourd’hui, grâce à son passage sur Netflix, toute l’Amérique connaît la série et nous a fait connaître.

DIX POUR CENT - SAISON 4 DIX POUR CENT S02

Et ça a eu une incidence sur votre carrière ?
Oui car c’est grâce à ça que j’ai reçu des propositions de là-bas. J’ai ainsi joué dans le film de David Michôd « The king », d’après « Henri V » de Shakespeare, produit par Brad Pitt, avec Sean Harris et Lily-Rose Depp entre autres. il va sortir aux Etats-Unis.
Et en France ?
Ça, c’est une autre histoire, mais je l’espère».
Entretemps on a pu le voir dans encore un tout autre registre, en travesti prostituée dans le film de Ruben Alvès «Miss».
*Quant à cette nouvelle saison de «Dix pour cent» elle nous réserve un plateau comme en aimeraient de nombreux producteurs.
*Avec L’agence ASK :Camille Cottin, Thibault de Montalembert, Grégory Montel, Liliane Rovère, Fanny Sidney, Nicolas Maury, Laure Calamy, Stéfi Celma, Assaad Bouab, Ophélie Kolb.
Participations exceptionnelles : Charlotte Gainsbourg, Franck Dubosc, José Garcia, Sandrine Kiberlain, Sigourney Weaver, Jean Reno.
Mais aussi : Anne Marivin, Stéphane Freiss, Mimie Mathy, Nathalie Baye, Muriel Robin, Marina Roliman, Guillaume Galliene, Valérie Donzelli, Xavier Beauvois, Julie Gayet, Bernard Verley, Rayane Bensetti et le clin d’oeil de Tony Parker !

Jacques Brachet



Toulon – Le Liberté – «Les parents terribles»
Elle court, elle court, la maladie d’amour

1

Quelle belle idée Charles Berling a eue de mettre au programme la pièce de Jean Cocteau «Les parents terribles» !
Peintre, dessinateur, poète, écrivain, cinéaste, cet immense génie semblait un peu oublié depuis quelques décennies. Nombre de jeunes ne le connaissent pas et depuis 1998, date de la mort de Jean Marais, à part Jean-Claude Brialy qui l’a tourné pour la télé en 2003, on ne voyait plus ce bel artiste sur les frontons d’un théâtre.
C’est donc bien que l’ami Charles l’ait remis au goût du jour avec cette pièce « incroyable» qu’est «Les parents terribles». Et qui reste très contemporaine.
Un peu d’histoire d’abord : C’est en 1929 que Cocteau écrit le roman, qui deviendra une pièce en 1938 puis un film en 1948. A chaque étape, Cocteau est aux commandes.
En 1929 donc, la pièce est créée avec Alice Cocéa (Madeleine), Marcel André (Georges), Jean Marais (Michel), Germaine Dermoz (Yvonne) et Gabrièle Dorziat (Léonie). On retrouve presque le même générique dans le film, Madeleine étant remplacée par Josette Day.
C’est en 1977 que Jean Marais décide de remonter la pièce. Il n’a alors plus l’âge de jouer Michel mais y sera Georges, entouré de Caroline Sihol (Madeleine), François Duval (Michel), Lila Kedrova (Yvonne), Madeleine Robinson (Léonie).

2 3 4

En 1980, une version TV sera signée par Josée Dayan avec un trio choc : Jeanne Moreau, Nicole Garcia, François Berléand. Enfin en 2003 Jean-Claude Brialy en tournera une nouvelle version avec Geneviève Fontanel, Judith Magre, Jean-Claude Jay et Fiona Gélin.
Voilà pour l’histoire de cette œuvre magistrale d’un Cocteau décidé à sortir des sentiers battus, de son style porté sur les mythes grecs qui n’ont alors pas un succès populaire. Il décide donc de signer un vaudeville… qui n’en sera pas vraiment un car, si le début de la pièce s’annonce drôle, les portes claquent, les protagonistes s’engueulent avec un dialogue percutant, la pièce tourne peu à peu au mélodrame jusqu’à la fin on ne peut plus tragique.
Michel (Emile Berling), voue un immense amour à sa mère, Yvonne (Muriel Mayette-Holtz) qui elle aussi, ne voit que par lui, à tel point que cet amour incommensurable vire à l’obsession, allant presque jusqu’à l’inceste. Entre eux, Georges, mari d’Yvonne et père de Michel (Charles Berling) mis à l’écart par cet amour «incroyable» (Cet adjectif revient sans cesse dans leur bouche), se jette dans son travail, espèce de professeur Tournesol acculé dans sa solitude. Et puis il y a Léonie (Maria de Medeiros), sœur d’Yvonne, amoureuse de Geoges depuis toujours, qui a laissé sa place à sa sœur et vit avec eux car, même si elle souffre en silence, elle est auprès de celui qu’elle aime, dans ce même silence.
Tous quatre donc vivent tant bien que mal dans cet appartement qu’ils appellent la roulotte.
Jusqu’au jour où Michel annonce qu’il est amoureux. Ce qui va bouleverser le couple déjà fragile, Yvone parce qu’elle ne peut admettre que son fils soit devenu un homme, qu’il veuille la quitter pour Madeleine (Lola Créton) une «vieille femme» (qui n’a que trois ans de plus que lu !), qui, par amour pour Michel va quitter son vieil amant… qui n’est autre que Georges !
On est en plein Vaudeville jusqu’à cet instant où Madeleine rencontre le père de Michel, découvre que c’est son amant et que celui-ci va fomenter une histoire abjecte pour la séparer de Michel.

5

Léonie, qui a tout compris, va alors prendre les rênes de cette situation à la fois vaudevillesque et dramatique.
La pièce est forte du début à la fin, la comédie faisant par petites touches place au drame qui se joue entre ces cinq personnages, tous paumés, qui vont s’affronter.
Charles Berling, en mari naïf et bafoué est magnifique dans ce rôle ambigu dépassé par les événements et qui devient démoniaque. Muriel Mayette-Holtz est magistrale dans ce rôle de mère abusive, égoïste et au bord de la paranoïa. Maria de Medeiros est saisissante dans le rôle de cette femme frustrée qui n’en montre rien mais tire les ficelles. Emile Berling dont c’est le premier rôle au théâtre, face à son vrai père est touchant dans ce rôle de fils pris entre deux amours et enfin, petit bémol pour Lola Créton qui a des intonations à laBardot, ce qui, quelquefois, l’empêche de jouer juste.
Tout au long de la pièce, on sent l’ombre de Cocteau qui plane jusqu’à la scène finale où apparaissent des dessins de l’artiste et sa voix off.
Ce spectacle est remarquable et l’on en ressort groggy par ce morceau de bravoure de ces comédiens chevronnés d’une justesse et d’une énergie… incroyables !
Et après cette performance, c’est un Charles Berling masqué mais souriant et heureux qui vient rencontrer une classe de jeunes élèves passionnés de théâtre.
Bravo l’artiste !

6 7

«C’est – nous dit-il – Christophe Perton qui, voici deux ans, m’a parlé de ce projet. Bien évidemment, cette pièce date de 1938 et il a fallu qu’il l’adapte un peu tout en y restant fidèle. Il y a six mois, on a fait une lecture, nous l’avons répétée six semaines et créée voici quelques jours à Nice. En dehors de l’adaptation, Christophe en signe la mise en scène et la scénographie.
Acteur mais aussi metteur en scène, où se situe Charles Berling ?
Partout où il peut aller ! J’adore écrire, jouer, mettre en scène. J’aime l’art dramatique sous toutes ses formes, j’aime aller sur des chemins que je ne connais pas, ce qui me permet de comprendre mieux l’art du spectacle. C’est pour ça que quelquefois je joue, quelquefois je mets en scène, quelquefois je fais les deux. Je fais du théâtre, du cinéma, je suis aujourd’hui directeur de deux théâtres…
Quel effet ça fait de jouer avec son fils… et d’y jouer son père ?
Ce n’est pas la première fois que nous jouons ensemble puisque nous avons tourné «L’heure d’été» d’Olivier Assayas et «Comme un homme» de Safy Nebbou pour le cinéma.
Au théâtre c’est la première fois puisque pour lui c’est vraiment la première fois qu’il monte sur scène. J’ai tout de suite pensé à lui car, pour un début, jouer avec son père et jouer le rôle du fils, ce pouvait être évidemment stressant mais aussi rassurant. Je lui ai fait lire la pièce. Il a dit oui.
Il a commencé à jouer à 15/16 ans et entre l’ado et l’homme, ça change, j’étais curieux de voir ce que ça allait donner… Et je suis heureux du résultat !
Ça n’est pas toujours facile d’être enfant de comédien. Mais il s’en est sorti tout seul, a fait des castings et ça a marché.

8 9

Comment entre-t-on dans une pièce de Cocteau, qui a une écriture très personnelle, très particulière ?
L’écriture de Cocteau casse les sentiers battus. C’est très subtil et ça chamboule. Sinon, j’y entre comme dans toute autre pièce. Ce qui m’intéresse, c’est le style de l’auteur car c’est lui qui vous donne la façon d’aborder le rôle, la façon de parler. A nous de traduire sa pensée au plus près Il est important pour un comédien de respecter ça. Et là, c’est magnifiquement bien écrit, ses formulations sont assez curieuses, il a écrit cette pièce dans l’urgence, toujours plus ou moins drogué, en pensant à sa propre mère. Et ce qui donne le style et le rythme à la pièce.
Ce qui me plait, c’est de découvrir peu à peu le personnage, qu’est-ce que je vais y trouver, comment je vais le trouver pour tout doucement le fabriquer, lui donner vie et savoir où je vais aller.
Au départ, je ne sais pas… Et c’est mieux comme ça !
C’est une belle écriture même si notre génération l’a à un moment un peu méprisée.
Jouer devant un public masqué, est-ce gênant ?
C’est contraignant car ça donne une distance physique. Déjà, pour une pièce comme ça, le public devrait être plein, ce qui ne peut se faire de par la situation. Lorsqu’une salle est pleine, le plaisir, le partage, sont plus puissant.  Mais finalement, de la scène on ne voit pas les masques que ça et puis, dès qu’on commence à jouer, l’œuvre prend le pas. C’est une contrainte épouvantable pour tous mais je pense que l’œuvre dépasse tout ça…»

Jacques Brachet