Archives mensuelles : octobre 2017

La Rochelle 2017
François VINCENTELLI sur tous les fronts

B

Il a battu le record de présence avec trois téléfilms à l’affiche du festival de la Rochelle :
– « Les chamois » de Philippe Lefevre pour TF1
– « Marjorie » de Mona Achache poure France 2
– J’ai deux amours de Clément Michel pour Arte
On l’a également vu dans « Entre deux mères » de Renaud Bertrand avec Odile Vuillemin sur TF1
Vous ne risquez donc pas de rater ce beau quadra toujours souriant. Quant nous, il fallait choisir le moment de l’interview tant il était demandé !
On y est arrivé pour « J’ai deux amours », entouré de toute l’équipe du film : l’un des scénaristes, Olivier Joyard, le réalisateur Clément Michel, la comédienne Julia Faure.

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Hector (F Vincentelli), vit en couple avec Jérémie (Olivier Barthelemy) depuis des années. C’est alors qui retombe sur son amour d’ado Louise (Julia Faure) et qu’il se rend compte qu’il en est toujours amoureux. Dilemme car il aime les deux et a même un projet d’enfant avec Jérémie…
Ainsi se forme un trio qui n’est pas sans rappeler « Jules et Jim », traité de manière à la fois romantique et drôle, une comédie douce-amère sans une once de vulgarité ou de voyeurisme… qu’Arte a osé produire ! Car le sujet reste, même aujourd’hui, presque tabou, abordant le ménage à trois et la bisexualité.
Ce que voulaient l’auteur et le réalisateur, c’est traiter un sujet épineux avec originalité, beaucoup de sentiments, de l’humour et surtout de la bienveillance, dans un format de 3 fois 52′ dont, autre originalité, les trois épisodes passeront dans la même soirée, format qui n’a jamais été exploré.

Vincent, comment réagit-on à une telle proposition ?
Avec joie car en fait, c’est une belle histoire d’un homme qui se retrouve face à une situation inattendu : il est amoureux de deux personnes de sexe différent et ne peut pas choisir.
Aujourd’hui, même s’il reste encore du chemin, l’homosexualité commence à entrer dans les mœurs du cinéma et de la télévision, la bisexualité beaucoup moins mais on a cherché à rendre cette histoire émouvante et jolie et montrer aussi que tout le monde a quelque chose à cacher.
C’est quand même une histoire de sexe ?
Pas seulement, dans la mesure où le sexe est présent mais le thème n’est pas la bisexualité ni le ménage à trois mais l’histoire de trois personnes avec leurs ambiguïté, leur duplicité quelquefois, leur ambivalence et comment on vit une telle situation.
De plus, Olivier Clément l’ont traité à la façon d’une comédie américaine, ce qui est rare pour un film français.
Lorsque j’ai lu le scénario, j’ai trouvé l’idée originale, le rôle excitant à jouer (en dehors du sexe !), quant aux dialogues, ils quelquefois drôles, quelquefois émouvants, rien ne m’a choqué car il n’y a pas une once de trivialité.
C’est une histoire d’amour à trois.

C D
Et vous, Julia Faure ?
L’intérêt que j’ai trouvé en lisant le scénario est que c’est un sujet rarement abordé, qui est traité sans regard moralisateur. Il m’a beaucoup touchée car il est plein de contrastes et de questionnements : comment se confronte-t-on à ses désirs, à ses sentiments. Le sujet est traité avec délicatesse et humour.
François Vincentelli : Il est rare, c’est vrai, qu’on nous propose un rôle aussi inattendu, mêlant amour et humour autour d’un sujet délicat. On est toujours sur le fil du sentiment. Je ‘y retrouve un peu le rôle que j’avais dans la série « Clara Sheller ».
« Clara Sheller », justement, « Hard », « La peau musicale » clip de Daphné, « Roxane ou la vie sexuelle de ma pote ».. .Est-ce que montrer vos fesses à l’écran est devenue une conition sine qua non pour accepter un rôle ?
(Il se marre). Non, heureusement, mais cela ne me gène aucunement. A l’écran, la nudité peut être drôle ou pathétique, mais lorsqu’elle est drôle, moi j’avoue que ça me fait marrer et je n’ai aucun tabou sur ce sujet. Durant des années, on a n’a montré que des femmes nues à l’écran. Alors aujourd’hui, pourquoi pas des hommes à l’heure où l’on prône l’égalité ? Il est temps de rééquilibrer les choses, non ?

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Les Chamois – Marjorie

« Les Chamois »
Une série où l’on rigole et où l’on prend un bon bol d’air à la neige, ça ne se refuse pas dans une programmation plutôt sombre. « Les chamois », c’est drôle, c’est frais, c’est sans prétention. C’est l’histoire de Dylan et Bernard qui veulent se marier et attendent un enfant. Mais voilà : leurs familles se détestent. Ils imaginent alors de les faire se rencontrer « fortuitement » lors de vacances à la neige. Ce ne sera pas sans mal !
Format 6 fois 52′ avec une belle affiche : François Berléand, Julie Depardieu, Isabelle Gélinas, Jonathan Lambert et bien sûr François Vincentelli.

Jacques Brachet

Isabelle AUBRET nous dit au-revoir

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Lorsque j’écoute Isabelle Aubert, les larmes me montent aux yeux.
Ça peut paraître puéril mais c’est comme ça.
Elle arrive sur scène, toute menue, tout de blanc ou de noir vêtue, le regard éperdument bleu sous sa mousse de blonde chevelure, elle paraît tellement fragile… Pourtant elle est forte.
Et puis, elle chante. Et qu’elle chante Ferrat, Brel, Debronckart, Chelon, Lemesle, Dabadie, Aragon, de cette voix limpide, claire, d’une voix d’une divine musicalité, qui n’a pas bougé d’un iota depuis ces décennies, elle nous offre ses messages de paix, de fraternité, d’amour, de liberté. Même si quelquefois elle gronde, c’est toujours pour une cause juste. Même si elle sait que ses chansons ne sauveront pas le monde mais nous apporteront l’espoir de jours meilleurs, l’espoir que l’homme se réveille et réalise que, si on le veut… c’est beau la vie.
Il y a une telle émotion en elle que tout naturellement elle nous la communique de sa voix douce et nous la fait partager.
Isabelle, s’il n’en reste qu’une pour défendre la vraie, la grande chanson française, ce sera elle.
Et pourtant…
Pourtant elle tire sa révérence après plus de 50 ans de bons et loyaux services. Après cet ultime et bouleversant Olympia*, qui sera suivi d’une grande tournée à travers la France, et où elle nous offre pas moins de 32 chansons qui ont jalonné son exceptionnelle carrière.
Sa voix se taira, à notre grand désespoir. Au mien qui, au dernier spectacle, me tirera les larmes une dernière fois.

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Elle rit lorsque je le lui dit :
« Tu sais, nous ne sommes que des artisans et nous devons bien nous arrêter un jour. Ce qui est sûr, c’est que c’est le dernier Olympia… Je vais doucement sur mes 80 ans et il faut être raisonnable. Je ne veux pas faire le spectacle de trop. J’ai 55 ans de chansons et j’aimerais que, comme toi, les gens regrettent que je m’arrête plutôt que de penser qu’il est temps que je le fasse ! Et puis, j’ai trop d’amour et de respect pour ce public qui me suit depuis si longtemps, pour lui offrir un spectacle « presque » parfait. Je ne veux surtout pas le décevoir.
Donc après l’Olympia, c’est terminé ?
Pas tout à fait puisque je vais, durant trois mois, faire la tournée Age Tendre (La tournée des Idoles) qui fêtera ses dix ans. Mais je n’y chante que trois ou quatre chansons. Donc, après cette tournée, je repars sur les routes avec mon récital et je parcourrai toute la France et les pays limitrophes.
Toutes tes chansons sont reliées à la vie, à l’espoir, à l’amour…
D’où le texte de Claude Lemesle que je dis : « Il faut vivre ». Je crois encore et toujours aux hommes. Je voudrais qu’ils comprennent que Dieu, c’est nous. Il suffit de s’entendre, de se regarder, de se parler, de prendre le temps de faire connaissance. Allons au bout de nos idées, de nos impressions, apprenons à nous connaître.
Je le dis avec des mots simples, des mots qui parlent au cœur car chaque chanson que j’interprète est une histoire et j’y amène mon univers, mes émotions, mes convictions, mes espoirs.
Tu démarres ton récital avec une chanson de Claude Lemesle et Roland Vincent : « L’Olympia » et tu le termines avec une chanson du même Claude Lemesle et Jean-Pierre Bourtayre « Dans les plis rouges du rideau ».
La scène, c’est ma vie, ça l’a toujours été et à chaque concert c’est comme au premier jour, comme une première, à l’Olympia ou ailleurs avec cette émotion qui m’étreint avant que le rideau ne se déplie et que je me retrouve face au public.
On ne peut pas ne pas évoquer Brel et Ferrat qui t’ont tellement portée et que tu as beaucoup chantés. Tu les chantes d’ailleurs dans ce récital, encore et toujours.
C’est Brel qui m’a choisie alors que nous ne nous connaissions pas. On lui avait proposé, en première partie de sa tournée, Michèle Arnaud. Il a seulement dit : « C’est la petite que je veux… ». Je croyais rêver, jamais je n’aurais pensé à un tel geste. Après, nous sommes devenus amis et je l’ai beaucoup chanté. Je lui ai consacré un disque.
J’ai encore une autre jolie histoire avec lui : Alors que je venais d’avoir mon accident, que j’étais explosée de partout, il est venu me voir à l’hôpital et a dit à mon entourage : «Je lui donne «La Fanette». Jolie histoire, non ?

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Et Jean Ferrat ?
C’est grâce à Gérard Meys que je l’ai rencontré. Gérard vient un jour me dire : » je crois avoir une chanson pour vous ». C’était « « Deux enfants au soleil « » que chantait Ferrat mais qui n’avait pas fait un succès avec. Je lui ai répondu : « Je fais l’Eurovision, après on en parle ! « »
J’ai gagné l’Eurovision, on en a parlé, j’ai rencontré Jean, j’ai enregistré sa chanson… Elle est restée 27 semaines au hit parade !
De ce jour, une amitié indéfectible est née…
Ferrat a écrit de magnifique choses sur moi. Certaines m’ont fait pleurer de joie, d’émotion. Il a toujours su choisir le mot qu’il faut en toute circonstance, tout en restant très pudique. Et c’est vrai que je l’ai beaucoup chanté.
Lorsqu’on parle de la tournée « Age Tendre » essentiellement tournée vers les années dites « yéyé », que faisais-tu dans ces années 60 ?
(Elle rit) Mais je chantais ! Je gagnais l’Eurovision en 62 avec « Un premier amour », je rencontrais Ferrat qui me donnait « Deux enfants au soleil » puis plus tard, « C’est beau la vie ». Je faisais l’Olympia avec Brel en 63. J’étais en tournée avec Salvatore Adamo en 65… Par contre, je ratais « Les parapluies de Charbourg » à cause de mon accident. J’ai toujours eu quelque chose de formidable et qui ne m’a jamais une fois manqué : la tendresse du public et ça, ça me bouleverse toujours. Je ne regrette rien. J’ai quand même eu de beaux succès, de belles récompenses, j’ai fait de belles rencontres. J’ai eu, comme tout le monde, des hauts et des bas mais j’ai toujours été une fonceuse, je n’ai jamais baissé les bras et ce caractère, ce tempérament, ça me vient du sport car j’ai été une championne de gym ! Je faisais le saut périlleux, j’ai même fait du trapèze…
Avec d’ailleurs un accident à la clef !
Oui, mais j’ai eu un accident de voiture autrement plus grave et j’ai toujours lutté… Et ça ne m’a pas empêchée de faire aussi du deltaplane !!! »

C D

Aujourd’hui, plus de trapèze ni de deltaplane mais une belle aventure avant de quitter la scène : cette tournée pour retrouver ce public qui l’a portée pendant tant d’années et qu’elle a enchanté tout autant.
Peut-être après, se retrouvera-t-elle dans sa maison d’Ardèche où elle y rencontrait celui qu’elle appelait tendrement « Tonton ».
Silence lorsque je lui en parle. Le silence s’installe.
Gérard Meys, son producteur et mari, nous raconte comment ils s’y sont retrouvés :
« Jean est tombé amoureux de l’Ardèche et décide de s’y installer et donc, d’acheter une maison. Il a le coup de foudre pour celle qu’il habite toujours et un jour, il me téléphone : « Pour avoir cette maison, j’ai dû en acheter deux. La mienne est en bon état, l’autre beaucoup moins… Si tu la veux, pas de problème ! »
Isabelle m’avoue après un grand silence chargé d’émotion : « Nous avions envie de rejoindre Jean, d’habiter pas loin de lui mais… assez loin au cas où on se serait fâchés ! Et nous sommes à notre tour tombés amoureux de cette belle région… Il nous l’a faite aimer Aujourd’hui on l’aime toujours infiniment, mais depuis que « Tonton » est parti, je n’y suis plus allée. Je ne peux pas. Pourrai-je y retourner un jour ? Je ne sais pas.. ».

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Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Christian Servandier

*Coffret « Isabelle Aubret – Dernier rendez-vous – Olympia 2016″
Un très beau coffret contenant deux CD avec les 32 chansons de cet unique récital et le DVD du spectacle.

Toulon
Camélia Jordana – Yvan Attal : Rencontre… avec brio !

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Dimitri Rassam, producteur – Camélia Jordana – Yvan Attal

Pierre Mzard (Daniel Auteuil) est un professeur cynique, provocateur, qui aime avoir une tête de Turc pour l’humilier.
Le premier jour de l’année, il tombe sur Neila Salah, petite beurette apprentie avocate (Camélia Jordana) qui le malheur d’arriver en retard et lui tient des propos racistes, au grand dam de tout un amphithéâtre.
Il va tellement loin dans ses propos qu’il est traduit en conseil de discipline.
Pour sauver sa tête, on lui met un marché en main : s’occuper de Neila et l’emmener à la finale du concours d’éloquence.
C’est donc une confrontation entre deux sexes, deux générations, deux cultures entre deux personnalités bien trempées dont les réparties fusent dans des dialogues percutants et brillants.
Deux magnifiques comédiens : Daniel Auteuil, égal à lui-même, impressionnant, à la fois sobre dans son jeu, empreint d’une vérité qui fait mouche et qui joue les méchants avec un minimum de jeu et une grande efficacité. A ses côtés, une révélation : Camélia Jordana, qui ne dépareille pas à ses côtés, époustouflante de vérité, de naturel face à ce géant.
Yvan Attal, pour une fois « rien que réalisateur », tient ce film à bout de bras, toujours sur le fil entre drame et comédie, abordant de graves sujets d’actualité comme l’acceptation de l’autre, le racisme, le duel entre les nantis et les banlieusards, sans jamais s’appesantir, sans cliché attendu. Mais aussi, le sujet du film, een filigrane est la transmission.
Un film remarquablement maîtrisé.

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Et une joie de rencontrer notre varoise Camélia Jordana et Yvan Attal venus présenter le film, intitulé « Le brio » au Pathé Liberté. Film qui sortira le 22 novembre
Camélia, heureuse d’être chez vous ?
Le hasard fait que notre première date de promo du film se passe ici. C’est trop chouette et très émouvant pour moi. Je suis heureuse et j’ai hâte de voir les réactions de ma famille, de mes copains qui seront tous là. Et ça va être le premier échange avec le public.
Yvan, c’est important de rencontrer le public ?
Je dirais essentiel. Il faut montrer un film lorsqu’il est terminé, on le fait pour ça.
La tournée-promo, ce sont des projections test car en fait, le meilleur ambassadeur du film reste… le film !
Comment votre rencontre s’est-elle faite ?
Yvan :
Le plus simplement du monde, Camélia ayant passé un casting comme d’autres. Mais lorsqu’elle est entrée dans le bureau, j’ai aussitôt su que ce serait elle. Déjà elle avait l’esprit du film. En la voyant, j’ai aussitôt pensé à Madonna dans ‘Recherche Suzanne désespérément ». Ca a tout de suite été une évidence, artistiquement et humainement.
Camélia : J’avoue que j’étais très excitée par ma première rencontre avec Yvan. Je connaissais et j’aimais son travail et j’avais très envie de travailler avec lui. Notre rencontre a été humainement immédiate pour moi aussi. Il m’a tout de suite semblé que je retrouvais un vieux copain. Et le tournage a encore resserré notre complicité.
Et avec Daniel Auteuil ?
Ça a aussi été très vite une évidence, le moment d’émotion passé car nous avons eu aussitôt un rapport très doux. Il a tout de suite et toujours été bienveillant, généreux, tout en étant peu démonstratif. Mais un regard, un sourire suffisaient.
Yvan : Dans la mesure où j’avais d’abord engagé Daniel, je voulais lui faire rencontrer Camélia, tout en étant persuadé qu’entre eux ça collerait. Ce qui a été le cas, d’autant qu’il aimait ce qu’il connaissait d’elle.

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Camélia, qu’est-ce qui vous a séduite dans ce rôle ?
J’ai été séduite par le caractère de Neila. J’aime sa force, sa ténacité, son envie de se battre et de s’en sortir . Le film raconte beaucoup de choses, au-delà des mots, du langage, de l’éloquence qui sont pour Neila des armes pour arriver à atteindre son but, être avocate.
Yvan : Neila vient de la banlieue et je sais ce que c’est puisque je viens de Créteil. Mais je ne voulais pas traiter de la banlieue, déjà trop de films ont été faits sur ce sujet, trop de clichés. Je voulais juste situer d’où elle vient. Par moments, j’ai eu l’impression que Neila, c’était moi car nous avons beaucoup de points communs.
Ces deux personnages terriblement différents ont quand même un point commun : les à-priori sur l’autre.
Camélia :
C’est ce qui est intéressant car dès le premier jour ils s’affrontent et par la force des choses ils vont apprendre à se connaître. Peu à peu, chacun va faire un pas vers l’autre.
Yvan : En fait, on ne sait pas grand chose de ce professeur. On comprend qu’il traîne quelque chose qui peut expliquer sa misanthropie. Aussi, il s’en prend à tout le monde, il est arrogant, provocateur mais pas raciste car il se comporte ainsi avec tout le monde.
Camélia : Au fond, c’est quelqu’un de solitaire et malheureux.
Yvan, vous avez aimé le scénario que vous ont proposé Victor Saint-Macary et Yaël Langman, cependant, vous l’avez profondément remanié !
Je voulais aller à l’essentiel, j’ai voulu me débarrasser de tous les chichés pour aller à l’essentiel. J’ai donc travaillé avec eux car il n’était nullement question de tout changer mais de faire un film plus personnel. Il n’y a pas eu d’ego entre nous, ce qui comptait, c’était de faire le film. Il est même à la fin venu se joindre un quatrième auteur, Noé Debré qui a peaufiné le scénario.
Camélia, avec ce film, le cinéma va-t-il prendre le pas sur la musique ?
Pas du tout car la musique reste essentielle à ma vie et aujourd’hui, j’ai besoin des deux. J’ai d’ailleurs enregistré un EP qui sort ce mois-ci. Je prépare un album avec Laurent Bardainne « Lost » qui devrait sortir en février. En attendant sa sortie, je m’amuse à réaliser des clips et je ferai le Casino de Paris. Dès l’enfance, la musique a été mon hobby. Je chantais à l’école mais n’avais alors à aucun moment envisagé d’en faire un métier car je ne pensais pas que c’était un art dont on pouvait vivre ! En 2009, à 16 ans, grâce à l’émission « Nouvelle Star », tout s’est accéléré et c’est devenu mon métier. Mais j’ai toujours dit à mon manager que je voulais aussi être comédienne. Il m’a donc trouvé un agent et par chance, ça a très vite marché.
Et, ce qui est rare, aussi bien au cinéma qu’à la télé !
Oui c’est vrai mais je pense que cette émission a été un bonus qui a accéléré les choses. D’ailleurs, ça a été tellement rapide que je m’attendais à un accueil violent et à ma grande surprise, il n’y a eu que de la bienveillance à mon égard
Yvan : Elle a eu plus de chance que moi qui, plus jeune, rêvait d’être une star du rock’n’roll !!!

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Propos recueillis par Jacques Brachet

Aéroport de Toulon/Hyères
Une nouvelle ligne Toulon/Paris-Charles de Gaulle

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Sympathique réunion à l’aéroport de Toulon/Hyères, qui réunissait M Zoran Jelkic, directeur général France d’Air France-KLM, Mme Hélène Abraham, directrice commerciale Hop !-Air France, Mme Laurence Erbs, directrice de l’aéroport Toulon/hyères, M Vincent Le Parc, directeur France de Vinci Aiports, M Jean-Pierre Giran, Maire d’Hyères et M Hubert Falco, ancien ministre, maire de Toulon, président de TPM.
Cette rencontre était pour nous annoncer une bonne nouvelle : Hop! Air France ouvre une ligne Toulon/Paris-Charles de Gaulle dès le 25 mars 2018.

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Zoran Jelkic – Jean-Pierre Giran – Hubert Falco

« C’est – nous dit M Zoran Jelkic – l’aboutissement d’un projet qui est la volonté de tous ces gens réunis à cette table sans cela ce projet n’aurait pu aboutir. A partir du 25 mars, donc, cette ligne accomplira deux vols par jour, de 70 sièges et s’adresse à tous les Toulonnais qui pourront faire l’aller-retour dans la journée mais aussi à tous les Varois et les vacanciers.
Ce jour est donc important pour nous car il nous permettra de participer au développement économique de la région. Cela renforce notre présence dans la région.
Air France possède déjà 314 destinations dans 114 pays faisant de nous le plus grand hub d’Europe, avec aussi des correspondances avec de nombreux vols pour les USA, le Canada, l’Asie, le Brésil…
Nous sommes également partenaires de sociétés de croisières comme MSC et nous savons que bientôt un nouveau port à Toulon accueillera de nombreux croisiéristes.
Le développement du groupe Air France continue sa croissance et continue de monter en gamme avec de nouveaux avions ».

M Jean-Pierre Giran devait préciser : « Nous avons des relations anciennes, amicales même si quelquefois complexes avec l’aéroport et cette ligne est très importante pour nos villes et notre territoire et va profiter à tous et ouvrir encore plus à l’économie, au tourisme, à la culture de notre région »
« Nous sommes heureux – devait préciser M Hubert Falco – d’être dans le premier département de France au niveau touristique puisqu’elle reçoit 10 millions de touristes. Depuis de nombreuses années je vis l’histoire de cet aéroport qui a failli fermer. Nous nous sommes battus et l’avons conservé et vu évoluer. Cette nouvelle ligne est une reconnaissance à la fois nationale et européenne et une reconnaissance méritée pour nos villes, notre département, notre région et nous sommes heureux qu’aujourd’hui il y ait trois aéroports internationaux : Marseille, Toulon, Nice.
Il faut savoir que nous avons aujourd’hui dix millions de touristes et que nous avons la plus belle rade du monde !
Mais au-delà du tourisme, nous sommes heureux de pouvoir nous appuyer sur notre histoire qui possède 200 kilomètres de côte et une grande diversité de richesses., qui ouvre sur l’économie et créent de plus en plus d’activités ».

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Laurence Erbs – Hélène Abraham -Vincent Le Parc

Mme Laurence Erbs nous confiait : «  »L’aéroport Toulon/Hyères a accueilli plus de 500.000 passagers en 2016, Cette année nous avons pu proposer 30.000 sièges supplémentaires. Ces extensions confortent notre stratégie. Nous travaillons conjointement avec les compagnies et les collectivités pour renforcer les lignes existantes et ouvrir de nouvelles destinations, afin de répondre aux attentes de nos passagers. Nous avons également pour ambition de développer l’aviation d’affaires, notamment grâce à la reprise depuis le 1er janvier 2017 du terminal dédié à cette activité ».

Mme Hélène Abraham devait nous préciser : « Notre réseau aérien est l’un des plus importants avec 100 appareils, 13 millions de clients, 130 lignes, 50 escales, 5 navettes, 400 vols. Malgré la concurrence multimodale Hop! Air France offre plus de 170.000 sièges sur la ligne Toulon-Hyères/Paris-Orly.
Notre offre commerciale évolue sans cesse au niveau qualité-prix pour notre clientèle affaires, nos abonnés qui peuvent utiliser des parcours accélérés à l’aéroport, des programmes pour les PME-PMI dont le blue biz. Pour les enfants et les ados, nous prenons en charge les 4/11 ans et avons créé une carte destinée aux 12/24 ans leur offrant 30% de réduction, il y a également les cartes week-end qui permettent 25% de réduction sur tous les tarifs Toulon/Paris, nous avons ajouté 25% de sièges supplémentaires le samedi, 17% le dimanche. Nous proposons 7 vols par jours les lundis et vendredis, 6 vols tous les autres jours.

M Vincent Le Parc devait nous annoncer que Vinci avait signé une gérance de 25 ans pour l’aéroport Toulon/Hyères.
« Notre stratégie est d’ouvrir des lignes, les améliorer; les développer. Nous gérons en fait 35 aéroports dans le monde et en 2016 nous avons comptabilisé 132 millions de passagers. Ce qui fait une hausse de 12%. Pour Hyères/Toulon, elle a été de 4,5%. Ce partenariat avec Charles de Gaulle est un moment historique et répond aux attentes de nombreux clients. Cette ligne va offrir de nouvelles possibilités économiques, touristiques et dynamiser la région »

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Monique Scaletta.

Patrice LAFFONT
L’homme qui sait tout faire…
même le déménageur !

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Plus sympa que lui, difficile à trouver ! Au bout de cinq minutes d’entretien, ça tourne vite à l’amicale conversation.
Comédien (son premier métier), journaliste, animateur, il a aussi écrit des chansons, un livre et il a même joué dans une opérette !
Et il m’avoue avoir tout fait dans la joie et la bonne humeur. Son seul regret : ne pas avoir été élu président de l’O.M ! Car il est marseillais de naissance et a un temps espéré ce poste.
« C’était – m’avoue-t-il en riant – au temps de Bernard Tapie et il me poussait à me présenter à sa place ! Mais, avec son accent et sa faconde, Jean-Claude Gaudin, le maire de Marseille m’a dit : « C’est une bonne idée… Mais avez-vous 250 millions d’Euros ? Non ? Alors vous ne serez pas président ! » Voilà comment un rêve s’arrête net !
Malgré tout, avez-vous toujours des accointances avec Marseille ?
De moins en moins, hélas car peu à peu ma famille s’amenuise. Mais je viens voir ma sœur qui vit à Cassis… Et je suis toujours comme un fou derrière l’O.M !
Bon, assez parlé de l’O.M. Parlons de cette pièce de Julien Antonin, « Gentlemen déménageurs » que vous emmenez en tournée, avec halte au Théâtre Galli de Sanary le 6 novembre !
C’est une pièce dite « de boulevard » donc plutôt rigolote… Du moins je l’espère !
Une femme désespérée par une rupture quitte son appartement. Elle appelle deux déménageurs qui arrivent en même temps que le nouveau locataire accompagné d’une petite peste. Je suis donc un vieux déménageur homo et dément qui, avec son collègue, va essayer de calmer la tension entre les uns et les autres, de les réconcilier… en foutant la m…e.

B C

Quel effet ça fait d’entrer dans ce personnage particulier ?
C’est réjouissant de jouer un rôle à la Serrault mais je pense qu’au début j’en faisais trop dans le genre vieille folle. Je me suis calmé, j’ai levé le pied après que quelques spectateurs m’aient dit que je les avais déstabilisés !
Depuis quelques années, vous êtes revenu à votre premier amour : le théâtre.
C’est vrai, j’ai commencé par le théâtre. J’ai tourné avec les Tréteaux de France. J’ai même joué « Antigone ». Et puis la télé m’a bouffé durant des années. Je ne le regrette pas mais tout s’est enchaîné. Je suis revenu sérieusement au théâtre depuis 15 ans.
Là, on est loin d’Antigone !
(Il rit) Oui mais j’aime varier les plaisirs. D’ailleurs, les lundis et mardi à Paris, je joue dans une autre pièce « Le dernier carton », encore une histoire de déménageurs mais j’y joue… un animateur télé ! Ce sont deux univers différents. Et j’ai déjà signé pour fin 2018, pour une pièce avec Bigard.
C’est de la boulimie !
Oui, d’autant que je ne suis pas un perdreau de l’année (j’ai 77 ans !) et que la tournée est éprouvante. J’ai 42 dates à assurer jusqu’à mi-avril ! Mais j’adore la scène, même si ne brigue pas le désir de mourir sur scène comme Molière ! Mais aussi, il faut vivre… Il ne faut pas croire qu’en faisant de la télé on devient riche !
Justement : la télé, c’est fini ?
J’aurais pu le croire mais bizarrement, non. Après qu’on m’ait « conseillé » de prendre la porte sous prétexte de limite d’âge, on vient de me proposer deux projets : Prendre le rôle de Fabrice dans l’émission qu’il animait « La classe », pour deux prime time. Et puis, une télé-réalité pour France 3 qui va envoyer quatre papys en Thaïlande pour voir comment ils se débrouillent lorsqu’on les lâche dans un tel pays. Rassurez-vous, ce n’est pas « Koh Lanta », sinon j’aurais refusé ! Je suis donc l’un des quatre papys avec Jean-Pierre Castaldi, Philippe Lavil et un quatrième qu’on ne connaît pas encore.
Journaliste, animateur, comédien, auteur… vous êtes toujours où on ne vous attend pas !
Bon, remettons les choses en place : d’abord, je ne suis pas journaliste. J’ai juste couvert quelques faits divers pour Europe 1. Mais je n’avais pas la fibre.
En tant qu’animateur, c’est Armand Jammot qui m’a proposé un stage TV sur « Aujourd’hui Madame ». Puis il y a eu « Des chiffres et des lettres » et bien d’autres émissions. Tout s’est enchaîné.

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Le dernier carton – Gentlemen déménageurs

Auteur de chansons, je l’ai été un temps et par hasard. J’étais dans un cours d’art dramatique avec Michel Sardou et Michel Fugain. A l’époque, Sardou ne voulait pas vraiment être comédien mais chanteur, même si aujourd’hui c’est le contraire ! Je lui ai donc écrit quelques chansons… qui n’ont pas marché, J’en ai fait aussi pour Fugain et pour Frank Alamo. Puis je me suis arrêté en me disant que ce n’était pas un métier sérieux… Je me suis lourdement trompé car si j’avais continué, peut-être aujourd’hui je pourrais vivre de mes rentes !
Enfin, quant à écrire des livres… j’en ai écrit un ! Ma sœur, qui travaille aux éditions Anne Carrère, m’incite à en écrire un. Je l’ai commencé, j’en ai cent pages mais d’abord je n’ai pas le temps et en plus… je suis très paresseux ! Si j’ai du temps de libre, je préfère le passer à jouer à la pétanque… Comme un bon Marseillais que je suis resté !
Dans la famille Lafont, il y a eu le père, l’éditeur Robert Laffont, il y a le fils, vous, votre fille Axelle qui est comédienne, votre fils Fabrice qui est réalisateur…
Oui, Axelle vit sa vie de comédienne loin de moi et est en train de tourner son premier film en tant que réalisatrice, entre St Cyr sur Mer et la Ciotat. Quant à Fabrice, il capte des spectacles et réalise des clips. Il vient de travailler avec Julien Doré. Il est plutôt côté musique. Il a tourné pour Canal + avec sa sœur une série intitulée « Addict ».
Vous étiez à Avignon, cet été ?
Oui, j’y suis allé trois fois avec mon one man show « Je hais les jeunes. Cette année j’y étais avec « Le dernier carton », en off. Mais je crois que je n’y retournerai pas, c’est devenu trop énorme et si l’on tombe sur de beaux spectacle, il y en a trop de mauvais !
Dernière questions : jouer dans deux pièces à la fois, ça ne vous rend pas schizophrène ?
(Il rit) Effectivement, de temps en temps, surtout pour un homme de mon âge !
Mais je ne vais pas me plaindre… même si je rêve d’aller faire la sieste sous un arbre ! »

Propos recueillis par Jacques Brachet

La Rochelle 2017
CUT… Le courant passe toujours !

image001Trois belles comédiennes : Elodie Varlet, Julie Boulanger et la petite dernière, Dorylia Calmel, accompagnées d’Ambroise Michel et Antoine Stip et tout l’aréopage de la série « Cut » ont débarqué à la Rochelle avec toujours la même pêche et la joie de tous se retrouver.
« Cut » se déroule à la Réunion, une île paradisiaque mais avec des situations et des rebondissements qui ne le sont pas toujours.
La saison 5 a démarré le 12 octobre sur OSC et c’est devenu une grande famille on ne peut plus soudée, qui se retrouve toujours dans les rires et la complicité.
« Série vertueuse et bio » nous dit en riant la productrice puisque tournée dans des décors naturels. La moitié de l’équipe est réunionnaise sans aucune discrimination ethnique ou religieuse. Ce qui en fait une belle réussite.
Au générique, hormis la belle Dorylia, un autre petit nouveau : Stéphane Metger, hélas absent à la Rochelle.
Cette saison, nombre de héros vont être confrontés à la maternité ou à la paternité.

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E

Dorylia : Je suis la petite nouvelle du groupe, personnage assez mystérieux, pas très sympathique, qui va donner des coups de pied dans la fourmilière et révéler des choses. C’est une femme forte. Forte, je ne l’étais pas en arrivant mais j’ai tout de suite été entourée et dès mon arrivée, je me suis retrouvée à la piscine !
Julie : Mon rôle de mère va être à la base de mes préoccupations. Elle va beaucoup me nourrir. Mon fils a mal tourné et je vais essayer de le remettre dans le droit chemin. Tout va tourner autour de lui. Avec les saisons, il a grandi et son passage à l’adolescence va être un peu compliqué, pour lui comme pour moi.
Elodie : Mon personnage est très investi… et très enceinte ! Il se trouve que, durant le tournage, je suis tombée enceinte et je m’étais dit que j’allais arrêter la série, du moins pour cette saison. Mais les scénaristes ont incorporé ma grossesse dans l’histoire. Ca a donc été un tournage plein d’émotion, très intense et vivre deux grossesses à la fois avait quelque chose de perturbant quelquefois. Mais tout s’est bien passé et j’ai été très entourée.
Ambroise : Chaque saison, un souvenir du passé ressurgit chez moi et vient compliquer ma vie. Pour une fois l’événement va être enfin positif. Jusque là, j’étais très seul… Je ne vais plus l’être.
Je suis heureux de retrouver chaque fois Elodie puisque nous nous sommes croisés sur « Plus belle la vie ».
Antoine : Je suis à la fois père et grand père et même si c’est quelquefois difficile, je me complais dans la paternité. Ce qui ne va pas pour autant m’empêcher de tomber amoureux. J’ai en fait une vie très mouvementée !

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Et tous de préciser que c’est une série romanesque et non pas exotique comme certains veulent le faire croire. Même si elle se passe à la Réunion.
Ils aiment aussi souligner que l’entente est on ne peut plus familiale et que dès qu’arrive un petit nouveau, chacun fait tout pour qu’il se sente très vite à l’aise et fasse partie de la famille car ce n’est pas toujours facile d’arriver dans une équipe qui se connaît bien et qui est si complice.
« Il y a beaucoup d’humanité entre nous – précise Ambroise – et que l’on soit blanc ou noir ou métis on n’en a rien à faire. On est tous avant tout des humains, comme les personnages d’ailleurs, qui sont à notre image. Aucun rôle n’a été conçu pour un blanc ou un noir mais pour une personne.
Nous sommes totalement dans le partage ».

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A noter que nous devions retrouver Ambroise dans un unitaire pour France 2 : « Le rêve français » de Christian Faure. une fiction basée sur des faits réels, saga à la fois sociale et romanesque à travers les destins mêlés de deux familles guadeloupéennes qui dévoile une partie cachée ou ignorée de notre société. Son partenaire, Yann Gaël (Photo), a reçu le prix d’interprétation.

Propos recueillis par Jacques Brachet

Musée d’Art de Toulon
Le Musée à la mode d’Antan

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C’est grâce à la collaboration de Brigitte Gaillard, conservateur du Musée d’Art de Toulon et Serge Liagre, directeur de la Villa Rosemaine à Toulon, que le Musée devient, jusqu’au 4 janvier 2018, le temple de la mode de 1850 à 1930, intitulé « Falbalas ».
Une somptueuse exposition qui mêle des robes qu’ont porté nos grand-mères et arrière-grand-mères et des tableaux de cette belle époque, où les costumes étaient, sinon pratiques à porter, du moins d’une grande élégance, d’une formidable inventivité jusque dans le moindre détail, dans les tissus où se côtoient soies et dentelles, crêpes et velours, issus d’esprits imaginatifs et talentueux tels Paul Poiret, Worth, Fortuny, qui ont su réinventer la mode, la faire évoluer, l’accompagnant d’accessoires assortis aux modèles : ombrelles, sacs, éventails, gants…

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C’est 80 ans d’art du costume qui défilent sous nos yeux, avec pour décors, de magnifiques œuvres peintes par des artistes, quelquefois peu ou prou connus, tout droit issus de la collection du Musée de Toulon, comme Raphaël Collin, Albert Besnard, Marie Rignot, Octave Gallian, écrins sublimes offerts à ces robes, que Serge et Christine, son épouse, sont allés chercher dans des collections personnelles et divers musées de la mode.
Ce couple passionné a créé en 2010 cette belle Villa Rosemaine* qui a pour objectif la sauvegarde d’un patrimoine qui risquait de se perdre, en présentant évidemment des expositions, permettant leur diffusion mais aussi en préservant la conservation, la restauration de costumes et accessoires.
Grâce à cette exposition, nous remontons le temps de belle manière, un temps que les moins de…100 ans, ne peuvent pas connaître et elle nous fait découvrir comment nos aïeules vivaient leur vie de tous les jours, leurs soirées de fêtes, leurs sorties, leur quotidien.

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Entre autres accessoires, les châles, les étoles, les écharpes, les Indiennes, tissés ou brodés, en laine, soie, coton, poils de chèvres, cachemire et c’est justement à un défilé de châles Cachemire du XIXème siècle, que nous amis nous ont conviés au milieu des robes exposées et des tableaux.
Un défilé de mannequins uniquement vêtus de collants chair sur lesquels nous avons découvert de véritables oeuvres d’art aux couleurs chatoyantes, défilé accompagné de musique classique et des commentaires de Serge Liagre qui nous a donné une belle leçon d’Histoire de la mode… Que l’on pourra voir ou revoir dans une prochaine émission « Grands reportages » sur TF1.

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Ainsi avons-nous pu remonter le temps à travers la mode et voir l’évolution d’un art qui n’en finit pas d’évoluer, d’innover, grâce à de grands artistes qui, de tous temps, ont su imprégner leur talent dans un art témoin de la vie de tous les jours : la mode.

Jacques Brachet
Villa Rosemaine – 436, Route de Plaisance – 83200 – Toulon – 06 32 88 38 10

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Brigitte Gaillard, Serge Liagre et son équipe

Six-Fours – Théâtre Daudet
Gigi a encore frappé !

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Elle arrive sur scène comme une tornade, pour se retrouver devant un monde fou… venu se faire décaper la tignasse !
Entendez : il vient parce que, sur le site « Goupon », il a trouvé une annonce qu’un nouveau salon de coiffure ouvrait ses portes et que les premiers arrivés auraient une remise. Donc, venus en nombre, les clients attendent, à la grande surprise de Gigi mais aussi son mécontentement, les clients de « Groupon » étant des fauchés et « plus ils sont fauchés, plus ils sont exigeants » !
Bref tout ça pour dire qu’on retrouve la marchande d’olives dénoyautées, coiffeuse dans un super chic salon qui l’a presque ruinée, d’autant que Jeannot, son mari, a oublié de déclarer les impôts… Et surtout qu’elle a appris en trois jours sur Internet à être coiffeuse… Ce qui promet de belles peurs aux clientes… Martine entre autres qu’elle fait monter dans son salon pour lui soigner les cheveux à l’huile de vidange, remède miracle paraît-il pour régénérer le cheveu !
La cliente (alias spectatrice), n’en mène par large. Pas plus que Jean-Paul, ce beau spécimen de mâle, aux épaules musclées, au sourire carnassier, qu’elle appelle au secours car son coiffeur a eu un accident, a les deux bras dans le plâtre et qu’elle a besoin d’un second. Mais, très viril et à son goût, il est trop mâle pour la boutique et elle va lui apprendre à se déhancher et répondre au téléphone comme une folle bon teint.

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Inutile de vous dire que la salle est pliée en deux de rire aux facéties « aqueu l’assent » de notre Gigi qui est une vraie « barjaque », n’arrêtant pas de piailler, de raconter sa vie, de la mêler à ses états d’âme et à la politique, de descendre dans la salle pour discuter avec le public, lustrer le crâne d’un type qu’elle ne peut pas coiffer, de faire exprès de faire sonner son téléphone caché dans son soutien-gorge pour obtenir à la fois des frissons… le numéro du fameux Jean-Paul…
Quel abattage ! Quelle énergie ! Quelle verve ! Et quelles trouvailles de gags, de bon mots, de situations drôlissimes…
Avec Gigi, alias Ghislaine Lesept, on va de fous-rires en fous-rires dans ce tout nouveau spectacle qu’elle a créé au Théâtre Daudet, entre deux spectacles de sa pièce « Noces de rouille, les débuts de l’embrouille » qu’elle continue de tourner partout avec grand succès.
Mais si vous avez manqué ce nouveau one-Gigi-show, séances de rattrapage les 24 et 25 novembre au Café-Théâtre de la Porte d’Italie à Toulon et retour à Daudet pour le réveillon de Noël les 29, 30 et 31 décembre.
Il ne faut pas rater ce spectacle… décapant !

Jacques brachet

NOTES DE LECTURES
Par les Plumes d’Azur

Perez-Reverte © Jeosm PhotographyArturo PEREZ-REVERTE : Deux Hommes de Bien (Ed Seuil) 507 p.
traduction Gabriel Iaculli,
L’auteur Arturo Perez Reverte est membre de l’Académie royale d’Espagne. Il est surpris de trouver dans la bibliothèque de l’Académie les 28 volumes de l’édition originale de l’Encyclopédie de Diderot, d’Alembert et quelques autres. Livre qui sentait le soufre en France et qui était interdit en Espagne.
Il ne lui en faut pas plus pour investiguer (il est journaliste) et nous entraîner dans une aventure passionnante. Deux Académiciens, deux Hommes de Bien sont envoyés par leurs collègues à Paris afin d’acheter les 28 volumes.
Nous voilà en route pour la France par des chemins montants, sablonneux, malaisés, dans une voiture à cheval, avec des auberges mal famées, des relais coupe-gorge, des truands et des brigands, des escopettes et des tromblons, des belles dames à sauver, des discussions et de l’ennui, des puces et compagnie…
Nous sommes plongés dans un beau roman d’aventure avec les Hommes de Bien et ceux qui ne veulent pas qu’ils rapportent l’Encyclopédie en Espagne et qui ont dépêché à leurs trousses un tueur à gage !
Bien sûr comme il s’agit de philosophie, nos deux voyageurs conversent bellement de ce fameux siècle des Lumières, des monarques éclairés, de la démocratie, de la Liberté des peuples etc.
A Paris il leur faut chercher ces fameux volumes ; avec eux nous découvrons le Paris prérévolutionnaire, la misère et la richesse, les cafés littéraires et les salons. (Il y a même en prime la description de la bataille du Cap-Sicié, lorsque les Espagnols et les Français ont brisé le blocus de Toulon, et vaincu les Anglais le 22 février 1744 !)
Ouf ! Ils ont acheté les livres ! ils les ont rapporté à l’Académie Royale d’Espagne !
Mais si certains lecteurs apprécient que l’auteur se mette lui-même en scène et explique d’une part, toutes ses recherches et d’autre part, nous fait partager ses réflexions philosophiques en les mettant dans la bouche d’un personnage, d’autres lecteurs peuvent regretter de ne pas s’embarquer seul dans ce livre, et également que cet ouvrage, à connotations historiques soit écrit – ou traduit- au présent.
Alexandre Dumas multipliait les dialogues,
Arturo Perez-Reverte se met lui-même en scène. Dommage.
Un roman passionnant ! Extrêmement bien documenté !

bonnefoy2 Gassot VERGER Frederic 2017 photo Francesca Mantovani - +®ditions Gallimard 9320

Miguel BONNEFOY : Sucre noir (Ed Rivages) 207 pages
Dès les premières lignes, l’auteur s’amuse follement à planter un vaisseau pirate au sommet d’un arbre. Quelle fin horrible pour le terrible flibustier Henry Morgan qui après un ouragan meurt assis sur son tas d’or ! Ce trésor ne laisse pas indifférent Severo Bracamonte qui méthodiquement quadrille et creuse le sol sous les yeux soupçonneux de Serena qui tait depuis trop longtemps ses rêves en herborisant.
Mais toute chasse au trésor a une fin, il est temps de cultiver les bananes et la canne à sucre et de profiter de ce trésor bien réel, le rhum des Caraïbes.
L’auteur dresse un tableau bien réaliste et émouvant d’un pays aux ressources naturelles très riches et le compare à son pays d’origine le Venezuela pour lequel pétrole et déforestation ne sont plus que des mirages de richesse pour la population.
Cependant, laissez-vous enivrer par l’énormité du conte, les péripéties des personnages et la touffeur de la forêt équatoriale.
Jules GASSOT : un chien en ville – (Ed Rivages) 167 pages.
Douze nouvelles pour douze vies de chiens.
Bâtard ou chien à pedigree, seuls ou accompagnés de leur maître, ils arpentent les rues et les foyers de douze capitales du monde.
A travers leurs yeux nous apprenons à connaître la vie et les travers de leur maître. Tristes ou gais, souvent canailles, ils ont peine à nous convaincre de la véracité de leur point de vue. Souvent superficiels, un peu triviaux, on n’est pas subjugué par ce panorama canin vu un peu rapidement et pas très convaincant.
On aurait aimé que l’auteur se livre à un exercice de style : «à la manière de…» chaque chien ayant un vocabulaire différent et des expressions particulières.
Frédéric VERGER : Les rêveuses (Ed Gallimard) 444 pages)
Le jeune Peter Siderman, juif allemand de17 ans engagé dans l’armée française, parvient, au moment de la débâcle de mai 1940, à usurper l’identité d’un mort dont il ne sait rien. Fait prisonnier et protégé par sa nouvelle identité il se croit à l’abri lorsqu’il est informé que « par une faveur exceptionnelle, l’autorité militaire a accepté la requête de sa mère mourante et qu’on va immédiatement le ramener auprès d’elle».
Peter va donc rencontrer la famille d’Alexandre d’Anderlange : sa belle mère émigrée de Russie et deux jolies cousines ruinées qui mettent tous leurs charmes en avant pour dénicher un mari.
Non loin de là se dresse un couvent où il apprend que s’est réfugiée ou qu’on a enfermé Blanche, la troisième cousine, couvent qui abritait autrefois les sœurs  « rêveuses» dont les songes passaient pour des oracles et étaient vendus fort cher à de riches bourgeois comme Breton. Le couvent tombe en ruines et les prisonniers russes du camp voisin sont chargés de refaire le toit dans des conditions inhumaines d’autant que pour ce travail on n’a conservé que les invalides. Peter ou plutôt Alexandre décide de ramener Blanche dont il est tombé amoureux à travers les carnets d’Alexandre retrouvés dans sa chambre. Et pour sauver la jeune fille qu’il n’a vue qu’en rêve , il va se montrer héroïque
C’est un roman inclassable à la fois réaliste avec des images horribles ou triviales et oniriques par les songes magnifiques et hermétiques des nonnes. L’écriture somptueuse donne à l’horreur de la guerre et de la mort une beauté morbide et l’humour ’parfois féroce empêche de sombrer dans le mélodrame
En conclusion il faut lire ce roman pour suivre la métamorphose d’un garçon médiocre en vrai héros. Il faut le lire aussi pour le bonheur des images à savourer

FREGNI Ren+® 2017 photo Francesca Mantovani - +®ditions Gallimard 922 Hada le bris

René FREGNI : Les vivants au prix des morts (Ed Gallimard) 188 pages
On retrouve dans ce roman l’auteur que nous avons connu à Marseille où il animait des ateliers d’écriture à la prison des Baumettes et qui nous a fait partager ses émotions au fil de ses romans dont «La fiancée des corbeaux» qui nous l’a révélé. Il est toujours amoureux d’Isabelle la belle institutrice dont il partage la vie dans la belle Provence au nord de Marseille, tout près de Giono avec qui il partage l’amour de la terre, de la nature et de la magnifique lumière.
Sauf que l’imprévu va débarquer dans ce bonheur sans tache en la personne de «Kader Le roi de l’évasion» qu’il a connu précédemment dans un de ses ateliers d’écriture et qui, une fois de plus en cavale, va atterrir chez lui. René ne peut pas se dérober et l’accueille, oh ! juste le temps de se retourner. Mais l’inimaginable arrive qui va l’embarquer dans une histoire sans fin et qui met en danger Isabelle, les cigales et le parfum des lavandes.
Ce roman à fortes résonances personnelles, à la fois journal intime et véritable thriller entraine le lecteur dans un suspense permanent qui va crescendo. L’auteur nous berce par la douceur de ses mots et la beauté de ses paysages. Puis tout bascule, la peur et la violence remplacent le silence et la lumière.
Un suspense très réussi, à la fois réaliste et émouvant très bien écrit juste à notre porte.
Keisuke HADA : La vie du bon côté (Ed Philippe Piquier)  147 pages
Kento, 28 ans, vit encore chez sa mère, ainsi que son grand-père, qui ne cesse de se plaindre car il désire une mort digne et paisible. La mère travaille, rudoie son père et lui parle méchamment. Le fils cherche mollement du travail.
Kento réalise qu’il veut aider son grand-père à mourir dignement et décide de l’aider. Cette tentative d’euthanasie se transforme en une double renaissance à laquelle le grand-père et son petit- fils s’ouvrent. Kento se lance dans une reconstruction complète non seulement de son corps mais de son cerveau et accède à tous les désirs de son grand-père.
L’auteur s’interroge à travers cette relation de la façon de gérer cette longévité et nous rappelle que la dignité humaine n’a pas d’âge. Il dépeint la relation à la fois tendre et éprouvante entre un petit-fils et son grand-père.
Roman qui aborde un des problèmes les plus importants du Japon actuel : le vieillissement de la population et sa prise en charge, mais horriblement long et ennuyeux, teinté d’une pointe d’humour mais noyé dans ce bien triste quotidien
L’auteur né en 1985 reçoit pour son premier roman à 17 ans l’équivalent du Goncourt. Celui-ci est le dixième; le premier traduit en français
Michel LE BRIS : Kong (Ed Grasset) 937 pages
«Énorme» est le premier mot qui vient à l’esprit lorsqu’il s’agit de rendre compte du dernier ouvrage de Michel Le Bris.
Énorme fresque, énorme documentation, énorme aventure, énorme production, énorme rétrospective, le tout gravitant autour du plus grand des gorilles : King Kong.
Nous sommes à Vienne en 1919, l’Europe panse ses blessures. Dans ce qui reste de la ville occupée, deux jeunes gens se rencontrent à la gare.
Alors qu’Ernest Schoedsack dit Shorty photographe de guerre, guette l’arrivée d’un convoi de la Croix Rouge, un prisonnier tout juste libéré se présente à lui : Merian Cooper, du premier groupe de bombardiers, seul survivant de la bataille de Dun-sur-Meuse cherche un endroit où manger et dormir.
Ils se racontent la guerre, leurs vies se ressemblent.
C’est le début d’une longue amitié.
Plus tard, ils se retrouveront à Londres, aventuriers tous les deux, en quête de sensations fortes et d’un sens à donner à ce monde à reconstruire. Un projet va naître qui va les lier à jamais : avec des images, ils écriront comment se fait l’Histoire.
Ils diront l’absurdité de la guerre, la férocité des hommes, celle du monde. Ils imposeront un réalisme provoquant.
La première partie du roman raconte donc cette folle aventure faite d’équipées invraisemblables dans des lieux hostiles ou méconnus. Ce sera, l’Abyssinie, la Turquie, l’Iran, le Siam, les iles de la Sonde avec des images choc, cultivant férocité, atrocité et véracité. Les deux explorateurs emmagasinent les images.
Merian Cooper devenu réalisateur assure que la fiction sera plus puissante encore que le documentaire ; ainsi nait l’histoire du gorille géant. King Kong s’imposera sur le toit de l’Empire State Building.
Des retours périodiques à New York rendent compte du succès de l’entreprise.
Jamais auparavant on avait osé autant de réalisme, mais le monde a changé. Hollywood innove avec les décors, les truquages. La Paramount cautionne les réalisations des deux amis. C’est  « le film le plus stupéfiant de l’histoire du cinéma, une révolution technique et industrielle et une histoire époustouflante »
La deuxième partie du livre, raconte la société, les années folles, les progrès technologiques avec la naissance de l’aviation civile, la conquête du ciel et l’essor de la Pan Am, de la production cinématographique, la magie du cinéma avec les studios d’Hollywood.
L’aventure devient historique, politique, économique. Moins enivrante, cette partie retrace cependant une époque de pionniers que nous n’avons pas connue.
La fresque se termine en mars 1933 avec la projection ovationnée du film des deux amis alors que le président Roosevelt vient d’échapper à un attentat et qu’en Europe, l’Allemagne annonce l’écrasante victoire du parti du chancelier Hitler aux élections.
Écrit dans une langue juste et efficace avec quelques jolies envolées (on citera :  il s’était blotti dans la respiration tranquille de la nuit») un vocabulaire toujours renouvelé, jamais le texte ne lasse dans cette biographie romancée d’une super production.
Un bel hommage au monde du cinéma.

Le nouveau disque d’I MUVRINI
Jean-François BERNARDINI… Un message d’humanité

A

Écouter chanter Jean-François Bernardini et I Muvrini est déjà un plaisir musical et un grand moment d’émotion.
Écouter parler Jean-François Bernardini est un immense moment d’émotion, de sagesse, d’humanité, de joie.
Nous nous connaissons depuis près de vingt ans et le plaisir de la rencontre est intact, toujours renouvelé.
Plaisir retrouvé à Aix-en-Provence pour la première interview de la tournée-promo qu’il démarre avec leur tout nouveau disque intitulé « Luciole » (Sony Music). Un disque exceptionnel qui prône la paix, la liberté, la fraternité, l’amour avec des accents évidemment venus de son île natale, mêlés à du gospel et des mélodies arabisantes. Un disque un peu différent de ceux qu’ils nous ont donné à écouter. Un disque universel qui apporte la foi en l’humain, sinon à l’homme et à la fois un cri d’alerte, de non-violence et l’espoir de sauver le monde, s’il en est encore temps.

Jean-François, d’abord pourquoi le titre « Luciole » ?
Parce qu’une luciole est le seul être vivant qui éclaire sans brûler. C’est donc un exemple extraordinaire qui dit à sa manière : apprenons à faire la lumière, à la partager sans crainte. On veut t’apprendre à ne pas briller, il y a trop de gens aujourd’hui qui veulent te voler la lumière.
On a quelquefois du mal à reconnaître ta voix, dans certaines chansons !
(Il rit). C’est normal car lorsque je chante en corse, il y a une certaine façon de le faire. Par exemple en Corse, le son « U » n’existe pas. Et puis, tu ne peux pas chanter de la même façon du français, de l’arabe, avec Lena Chamamyan ou du gospel, avec « Gospel pour 100 voix »..
Pour chaque chanson, il y a un thème, une écriture, un rythme, une tonalité… Tu ne joues pas avec un violon comme avec une guitare. D’une certaine manière, à chaque fois tu te réinventes, tu t’exposes. Nous devons apprendre à nous réinventer afin d’avancer, de ne pas tourner en rond.
Comment qualifierais-tu ce disque ?
Le contenu est fait à la fois de tendresse et de colère au sens politique, noble du terme.
Il me semble assez mystique.
Il y a toujours d mysticisme dans la musique car elle vient du ciel pour aller vers la terre. Je viens aussi du monde de la polyphonie qui est un chant sacré. Le sacré est en nous, est omniprésent. Ces sources sont précieuses, elles nous invitent à monter sur la colline pour voir plus haut, plus loin.

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Serait-ce aussi un disque engagé ?
Je dirais que c’est un disque… engageant ! J’ai toujours été engagé dans le sens de « concerné ». Je préfère cet adjectif. Durant quinze jours, j’ai parcouru les lycées de France. J’étais d’ailleurs à Hyères avec 700 élèves, pour leur parler de la non-violence. Grâce à eux, j’en suis ressorti milliardaire tant ils m’ont apporté car je sens que je réponds à une urgence.
Je ne suis pas seulement un chanteur mais un faiseur. C’est ça mon engagement et c’est totalement bénévole. Un artiste, ou il crée de la lumière ou il n’est rien. Après, ce n’est pas à moi de décider.
Tu chantes donc « Ma sœur musulmane » avec Lena Chamamyan. Bel hymne à l’amour.
Lena, c’est la plus belle voix de l’Orient.
Ça a été une belle rencontre grâce à une journaliste d’Arte, Sophie Rozenzweig, qui savait que je cherchais une voix pour cette chanson. En 2016, en concert à Strasbourg, elle me l’a présentée. Je lui ait fait écouter la chanson. Elle a été étonnée, touchée et quelques jours après nous l’enregistrions.
Sa voix est sublime, ça a été un moment de bonheur extraordinaire. C’est vrai, c’est une sorte d’hymne à l’amour, à la communion, à la vie, un pont qui relie les rivages de « La madre universale »
L’amour… un grand mot !
Un gros mot !
Le mal contamine le monde, on le voit dans le comportement des hommes. Il n’y a que des héros négatifs à la Une. Amour devient presque un gros mot, il semble louche. Et pourtant il y a les guerres, la famine et bien d’autres choses et c’est là que la non-violence est nécessaire. Il faut semer des graines ensemble mais ce qui manque aujourd’hui, ce sont les semeurs. C’est pour en trouver que je fais le tour des écoles, non pas en chantant mais en parlant, en échangeant. Il faut trouver les solutions, avancer pas à pas en essayant de décontaminer ce monde de crocodiles et afin que les jeunes, aidés par leurs enseignants, contaminent les adultes avec ces idées.
Le rôle d’un artiste, aujourd’hui, c’est ça.
« Ma sœur musulmane » et donc le premier single de l’album, suivi d’un clip. Ca a l’air de fonctionner ?
Sur scène, ça fonctionne, elle est accueille bras et cœur ouverts. Reste à savoir si les médias suivront.
Pourquoi ne suivraient-ils pas ?
Parce qu’elle va indisposer nombre de programmateurs français. Cette chanson est un défi. J’espère seulement que certains penseront qu’elle vaut la peine qu’on l’entende.
C’est un peu une chanson-vaccin contre les peurs qu’on nous inflige. Dans la chanson, je dis « Allahou akbar », ce qui est très fort et panique les gens à juste titre lorsqu’on voit comment certains l’utilisent aujourd’hui. Et pourtant, 99% des musulmans le prononcent plusieurs fois par jour à d’autres fins, à des fins de paix.

B

Les médias en font peut-être un peu trop à ce sujet ?
La violence fait vendre. Avec la violence tu vends tout ce que tu veux aujourd’hui. La peur fait vendre et elle est extraordinaire pour diviser un peuple. Nous sommes tous saturés de cette surmédiatisation. Les belles choses, on n’en parle jamais car elles ne vendent pas.
Que faut-il faire ?
Il faut que les justes s’unissent aux justes, sinon nous sommes en danger. Nous avons la chance de ne pas être en dictature, donc on peut le faire. Au moins le tenter. La non-violence va aussi de pair avec l’écologie qu’on détruit aujourd’hui. On ne devrait plus appeler les ouragans, qui sont de plus en plus nombreux, que « Donald », lorsqu’on voit ce qu’il veut en faire.
Que penses-tu du problème de la Catalogne, qui se rapproche quelque peu de ce qu’a vécu la Corse et le vit encore ?
(Un grand silence) Les Catalans, comme les Corses, ne l’oublions pas, sont des peuples qui ont été humiliés dans leur Histoire. Ils vivent avec ce traumatisme, c’est fondamental de le reconnaître. Ils ont su se reconstruire et ce n’est pas en les réprimant parce qu’ils votent, que ça s’arrangera. Au contraire ça ne peut que renforcer la violence et le divorce.
Par ailleurs, être indépendant, est-ce la solution ? Je ne vois pas comment un drapeau peut les aider, d’autant qu’ils n’auront pas plus de pouvoir. Ce sont les multinationales qui gèrent le monde.
Les Catalans sont un peuple qu’on a voulu détruire, comme les Corses. Mais si l’on veut s’en sortir on ne peut le faire qu’ensemble, France/Corse, Catalogne/Espagne.
L’humain est aveuglé par le pouvoir et l’argent et ce n’est pas dans la séparation qu’on trouvera le bonheur. »

Le bonheur, la paix… Ce disque est un bel exemple, un bel hymne. Un hymne aussi à la diversité linguistique.
C’est un magnifique témoignage que nous apportent Jean-François et ses Mouflons.
Un grand message d’humanité.

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photo de JFA : Christian Servandier
I Muvrini en tournée, à Marseille au Silo le 8 mars 20h30