Archives mensuelles : novembre 2016

DEMAIN TOUT COMMENCE

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Samuel (Omar Sy) est resté un grand enfant, croquant la vie à pleines dents, inconscient et irresponsable. Il coule une vie de nabab sur la Côte d’Azur, jusqu’au jour où débarque une femme, un bébé dans les bras, qui le colle dans les siens, lui lance « C’est ta fille » et repart comme elle était venue.
Le voilà parti à ses trousses à Londres, le bébé sous le bras, se faisant voler ses papiers. La chance veut qu’un producteur (Antoine Bertrand) tombe sous son charme et l’engage comme cascadeur de cinéma.
Ainsi changera-t-il de pays, de vie, devenant le co-locataire de son producteur, et surtout devenant papa peu à peu. Un papa fantasque mais totalement fou de Gloria (Gloria Colston) avec qui il grandit… Jusqu’au jour où, huit ans plus tard, la maman réapparaît.
Comédie douce-amère, dramatique et émouvante à souhait où Omar Sy crève l’écran, non plus simplement en tant qu’acteur comique mais aussi bouleversant d’humanité et d’amour. Quant à Gloria, graine de star, elle est absolument craquante.
Hugo Gélin, digne membre de sa lignée, nous offre, après son très beau film « Comme des frères », un autre magnifique film où rires et larmes se confondent dans des situations, des sentiments mêlés mais chargés d’amour. Une belle réussite que ce film intitulé « Tout commence » et signé Hugo Gélin.
Hugo, grand et dégingandé comme son père, Xavier, Gloria petite frimousse adorable dont la complicité explose à Toulon où ils sont venus présenter le film. Omar Sy, malade, est arrivé très tard et n’a pas participé à la rencontre. Tout comme Antoine Bertrand.
On se pose alors la question : pourquoi viennent-ils ?
Heureusement Hugo et Gloria ont été magnifiques de gentillesse.

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Hugo, comment est arrivé ce projet ?
Ça n’était pas du tout prévu puisque j’étais en train de terminer l’écriture de ce qui aurait dû être mon second film. Ce sont Stéphane Célérier et Philippe Rousselet qui m’ont proposé cette histoire écrite par Jean-André Yerlès, adaptée d’un film mexicain.
J’ai trouvé l’histoire fantastique et j’ai tout de suite eu envie de le faire avec Omar Sy. Je ne voyais que lui et je m’étais d’ailleurs dit : « S’il refuse, je ne ferai pas le film ».
Pourquoi lui et pas un autre ?
Je connaissais et appréciais l’acteur drôle, chaleureux, sympathique et je me disais qu’avec son talent, on pouvait aller plus loin et faire découvrir une autre facette de lui. C’est une histoire familiale, il est papa (il a quatre enfants !) et je savais qu’il ferait un papa un peu irréel, élevant sa fille dans la magie quotidienne.
Vous jouez à la fois sur le rire et l’émotion !
Oui, comme dans la vie où il y a des hauts et des bas, des moments de bonheurs et de peines. J’aime mélanger les genres et j’avais envie de parler de ce qu’un enfant peut porter d’espoirs, faire changer une personne et parler de belles valeurs familiales.
D’où vient le titre du film ?
D’une phrase que Gaston Bachelard avait écrite et qui était le leitmotiv de ma grand-mère, Danièle Delorme. C’était une belle personne, une grande comédienne, une productrice passionnée qui, malgré quelques drames traversés, dont la mort de Xavier, son fils et mon père, n’a jamais rien lâché. Elle a eu une vie exceptionnelle, avait une pêche et un optimisme formidables, a bossé jusqu’à sa mort à 88 ans, avait créé une galerie d’art pour exposer de jeunes talent. J’ai eu le temps de lui faire lire le scénario et elle est partie au début du tournage. Je lui dédie donc ce film avec ce titre et le nom que je donne au producteur, joué par Antoine Bertrand : Bernie Delorme. Petit clin d’oeil.
A ce propos, c’est Antoine Bertrand qui joue ce rôle, qu’on vient de voir dans « Le petit locataire » !
Oui et c’est très drôle car je cherchais un comédiens qui ne soit pas connu en France – lorsqu’on a Omar Sy en vedette, on peut se le permettre ! – et je découvre Antoine (qu’on a vu dans la série « Caméra Café » et qui est canadien) qui accepte le rôle et qui, à la même période, accepte aussi le film de Nadège Loiseau. Du coup, il faisait le va et vient entre les deux tournages qu’il a tournés en même temps ! Et puis, une fois le film tourné, il me dit qu’au Canada il a joué « Intouchables » au théâtre et tenait le rôle d’Omar. ! Belle coïncidence, non ?

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Le choix de Gloria ?
Le choix était délicat car je cherchais une petite fille métis qui sache couramment parler français et anglais. Je suis tombé sur Gloria et ça a été le coup de foudre ! C’est un cadeau du Ciel.
Gloria sourit, belle comme un cœur, regarde son réalisateur et nous explique comment elle est venue sur ce film :
J’ai vécu dix ans en France et depuis deux ans j’habite aux Etats-Unis. Mon père est américain, ma mère est française et dirige une agence de mannequins et de comédiens. Elle a un jour reçu l’annonce pour le casting et m’a dit qu’elle me voyait bien dans le rôle. J’ai dit « pourquoi pas ? » et j’ai fait les essais avec Hugo puis avec Omar. Le soir même ils m’ont dit que c’était moi qui étais choisie.
– Sur le tournage – ajoute Hugo – elle s’amusait beaucoup, était toujours très concentrée et comprenait tout du premier coup. Il faut dire qu’elle est aussi, malgré son jeune âge (14 ans) rappeuse, DJ et a déjà fait un disque ! Et elle a des dons certains pour devenir une grande comédienne.
Hugo, certaines scènes ont été tournées dans la région varoise ?
Oui, le début et la fin du film. Nous avons tourné au Rayol Canadel, coin que j’adore, à Cassis, à Toulon, à Nice. Il faut dire que j’ai une partie de ma famille qui vit dans la région.
La famille compte beaucoup pour vous et vous avez suivi les pas de vos aînés !
Oui, j’ai eu et j’ai encore une belle famille et j’ai été baigné dans le cinéma. Mais je n’ai jamais voulu être comédien. Petit j’adorais raconter des histoires et dès 12 ans, je tournais des films avec mes copains. Je peux vous avouer que je ne sais faire que ça… Je ne vois pas ce que je pourrais faire d’autre. J’aime ce métier, c’est ma passion, mon plaisir, ça m’amuse mais je le fais très sérieusement… sans me prendre au sérieux !
Des projets ?
Eh bien, je vais m’atteler à mon troisième film… qui aurait dû être le second.
Après un premier sur la fraternité et l’amitié, le second sur la parentalité, le troisième parlera d’amour et tournera autour d’un couple. Je pense que ce sera une comédie romantique… comme je suis dans la vie !

Propos recueillis par Jacques Brachet

Toulon – Théâtre Liberté
Théma décembre-janvier : Les Utopistes

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Les Utopistes, quel beau thème pour ce siècle qui en a bien besoin.
Ce Théma, présenté par la co-directrice du Liberté, Pascale Boeglin-Rodier en compagnie de l’artiste Othman Zine, offre tout d’abord une intéressante exposition de ses photographies.
Du 30 novembre 2016 au 31 janvier 2017 se dérouleront nombre de spectacles, films, performances, tables rondes, et j’en passe.
Un Théma, c’est tous les deux mois un sujet inspiré par l’actualité, un sujet abordé par les spectacles programmés, ou par le gré des rencontres. C’est aussi l’occasion de donner la parole aux artistes et au public.
Pour ce Théma « Les Utopistes », l’artiste invité est donc Othman Zine, dont on peut admirer les photographies et les vidéos exposées dans le hall. Il est né en 1983 au Maroc, passe 7 ans en Italie où il étudie l’architecture et développe ses dons de photographe et de cinéaste. Il suit une formation à Los Angeles et New York, puis à Prague pour le cinéma. Il devient réalisateur, scénariste et directeur de la photographie. Il participe à de nombreuses expositions dans différents pays. Othman Zine fait partie du collectif Zbel Manifesto qui utilise des déchets pour réaliser des installations dans de grands espaces.
Les photographies exposées ont été prises lors du festival artistique Burning Man qui se tient chaque année dans le désert de Black Rock dans le Nevada fin août, début septembre, et qui débuta en 1986. Othman Zine a su capter l’atmosphère de ce festival particulier, qui crée une ville éphémère appelée Black Rock City ; festival qui fait la part belle à l’expression personnelle. C’est une sorte d’utopie temporaire qui repose sur quelques principes. Tout se termine par le bûcher d’une grande effigie humaine, d’où le nom de Burning Man, l’homme qui brûle ; métaphore de nos sociétés ?
Dans les grandes photographies d’Othman Zine, bénéficiant d’un excellent accrochage, on est saisi tout de suite par leur atmosphère gaie et enjouée, et surtout par le contraste entre l’immensité du désert et la présence des personnages et des éléments humains, par ce vivre ensemble dans la paix et l’amour, laisser le vieil habit chargé de toutes les tares du présent pour se transformer, devenir quelqu’un de meilleur, comme dit l’artiste.
Dans une autre partie du hall se trouve une vidéo en contraste avec ces photographies, où l’on voit une homme qui semble atteint de folie joyeuse dont les essais de contacts sont toujours voués à l’échec.

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Programme riche :
Des rencontres avec : François Orsoni ; David Ayala ; Philippe Caubère et Romain Goupil.
Du cinéma : L’homme qui plantait des arbres, L’hiver féérique, L’histoire sans fin, L’an 1, Demain, Le fond de l’air est rouge, Marley, et Food Coop, celui-ci au Pathé Liberté.
Des tables rondes : Utopie et poésie, pouvons-nous habiter le monde ? avec Guillemette Odicino, David Ayala, Charles Berling, Raphaël Glucksmann, Jean-Pierre Siméon, Frédéric Brun, Fabienne Servan-schreiber – Utopies d’aujourd’hui avec Mireille Doaré (café culture), Othman Zine, Jean-Michel Herbillon (Les Incroyables comestibles), Jean-Marc Jugant ( Système d’Echanges pour Visualiser l’Economie), Nicolas Détrie (Yes We Camp) et l’association FraLiberthé – Comment vivre ensemble ? Partir de Roland Barthes : colloque de l’Ecole Supérieure d’Art et de Design TPM

Serge Baudot

 

Renseignements : www.theatre-liberte.fr – tel : 04 98 00 56 76 – #tlib

POLINA… Danser sa vie

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Polina (Anastasia Shevtsova), jeune danseuse russe, rêve depuis son enfance d’entrer au Bolchoï. Beaucoup de travail, de peine, de souffrances, de questionnements pour elle et aussi de sacrifices pour ses parents qui l’encouragent.
Mais après un spectacle de danse contemporaine au quel elle assiste, elle comprend que là est sa voie et non dans le carcan du classique où elle interprète les pas et les idées des autres. Elle part donc en France, à Aix-en-Provence, avec son petit ami (Niels Schneider) pour s’y consacrer et travailler avec la célèbre chorégraphe Liria Elsaj (Juliette Binoche). Pleine de bonne volonté, elle n’arrive pourtant pas à s’ouvrir et s’en va, pensant abandonner la danse. Rencontrant un jeune animateur qui, à travers la danse urbaine, s’occupe de jeunes (Jeremie Belingard), elle va enfin trouver sa voie après quelques mois d’errance.
« Polina, danser sa vie », est un superbe film sur les émois d’une jeune danseuse, sa passion, les difficultés de ce métier qui demande beaucoup de sacrifices et qui est ici magnifiquement traduit par une jeune réalisatrice, Valérie Müller, aux côtés d’Angelin Preljocaj, devenu l’un des phares de la danse contemporaine, débutant à Châteauvallon, où je l’ai connu et installé aujourd’hui à Aix-en-Provence.

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Heureuses retrouvailles et plaisir immense pour eux de pouvoir présenter ce film au Six N’étoiles de Six-Fours, région qu’ils connaissent bien puisque Valérie a de la famille à Toulon et aux Sablettes.
« Nous nous connaissons depuis 28 ans – nous confie Angelin – car nous avons collaboré à plusieurs reprises à Châteauvallon. Nous ne nous sommes jamais perdus de vue.
– J’ai d’ailleurs réalisé un documentaire pour France 3 sur Angelin – précise Valérie – et je voulais revenir dans cet univers et proposer une sorte de voyage à travers la danse.
Ce film est tiré d’une BD éponyme de Bastien Vivès. Comment vous est arrivé ce projet ?
Angelin :
Nous voulions réaliser un film de fiction à partir d’une jeune fille qui se construit à travers ses failles et ses contradictions. Et notre producteur nous a suggéré cette BD, dans laquelle l’auteur fait référence au ballet « Blanche Neige » que j’ai créé ! Tout coïncidait à ce que nous réalisions ce film.
Anastasia Shevtsova y est lumineuse. Commet et où l’avez-vous trouvée ?
Angelin :
Nous avons fait un énorme casting, à travers l’Europe où nous avons vu 350 jeunes danseuses, puis à Moscou où nous en avons casté 300 et enfin à St Petersbourg où dans les cent que nous avons vues, il y avait Anastasia. Tout à fait en fin de parcours !
Valérie : Nous avons très vite flashé sur elle et aux essais devant la caméra, nous l’avons trouvée magnifique, énigmatique car nous cherchions une belle danseuse qui ait un peu de mystère. Elle a appris le Français en huit mois.
Et l’idée de Juliette Binoche ?
Angelin :
Elle est incroyable ! Elle a une belle histoire avec la danse qu’elle adore et elle a d’ailleurs créé un spectacle mêlant théâtre et danse. Nous sommes allés vers elle et elle a aussitôt été emballée pour participer au film, même si elle n’a pas le rôle principal.
Valérie : Elle a d’ailleurs été très exigeante sur le training. Elle a donné un travail très rigoureux. Elle travaille la danse tous les jours.
Je suppose que les danseurs sont tous de ta compagnie, Angelin ?
Non, il y en a une partie. L’autre partie est russe. Par contre, les deux amis de Polina sont Français : le second, Jérémie Belingard, qu’elle rencontre à Paris, est danseur étoile à l’Opéra de Paris où j’ai travaillé avec lui. Il est naturel, généreux et il a aussitôt dit oui. Le premier, avec qui Polina part à Aix, Niels Schneider, est comédien. Je l’avais vu dans « Les amours imaginaires » de Xavier Dolan. Je lui ai proposé le rôle car il était doué pour la danse. Et pour bien s’y préparer, je l’ai engagé pour jouer dans le spectacle que j’ai créé à Avignon en 2015, dans la cour d’honneur où il jouait et dansait. Il a une grande capacité en danse et dégage beaucoup de sensualité.

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Les comédiens sont-ils Russes ?
Valérie : Il y a la mère, Kseniya Kutepova qui est une grande comédienne russe. Le père est Miglen Mirtchev , lui, est d’origine bulgare mais vit en France. Aleksei Guskov est un comédien et producteur russe.
J’ai été étonné que les mots employés pour les pas ou les attitudes soit dits en Français !
Angelin :
Mais oui et ça date de Louis XIV ! Passionné de danse dès son plus jeune âge, il dansera nombre de ballet et surtout il créera l’Académie Royale de Danse qui donnera leurs noms à tous ces pas. Et cela s’est propagé dans le monde entier. Et que tu ailles en Russie, au Brésil, en Amérique ou ailleurs, tous ces mots son employés en Français, avec quelquefoisdes accents assez drôles !
Est-ce que Bastien Vivès a vu le film ?
Oui et au départ, il était très angoissé, il avait très peur, comme tous les auteurs de romans que l’on adapte au cinéma. Mais il a été soulagé et heureux même si, par la force des choses, nous avons un peu modifié sa BD. Mais il nous a dit qu’on se l’était bien appropriée et que l’essence de l’histoire avait été respectée.
Qu’est devenue Anastasia ?
Elle a aujourd’hui 20 ans et a intégré la compagnie Marishka de St Peterbourg. Elle a très envie de devenir chorégraphe.
Le film sortira-t-il en Russie ?
Oui et nous irons le présenter, pas seulement en Russie d’ailleurs puisqu’il va sortie en Corée, à Macao, à Buenos-Aires et a été présenté au festival de Venise ! »
Et ce ballet final, verra-t-il le jour à travers ta compagnie ?
Pourquoi pas ? D’autant que l’Oeuvre de Philippe Glas comporte trois mouvements et que dans le film on ne montre que le premier mouvement. Ce pourrait être une belle idée de ballet.

Propos recueillis par Jacques Brachet

Toulon – Théâtre Liberté
Dans la solitude des champs de coton

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Le Théâtre Liberté, scène nationale de Toulon, donnait, en ce mois de novembre 2016, plusieurs représentations de la pièce de Bernard-Marie Koltès (1948-1989) mise en scène par Charles Berling. Ce dernier enchaîne les récompenses prestigieuses, les tournages de films, les pièces de théâtre, plus la codirection du Liberté, et tout cela avec la décontraction, l’engagement et le charme qui sont sa marque.
Cette pièce est une création du Liberté. Elle fut d’abord donnée en octobre 2016 au Théâtre National de Strasbourg.
« Dans la solitude des champs de coton » n’est pas une pièce facile ; elle peut s’interpréter de différentes manières tant sa charge d’humanité est immense. Elle est écrite dans une langue magnifique, hautement classique, pour aborder des problèmes humains très profonds qui résonnent parfaitement dans la réalité d’aujourd’hui. Koltès est un admirateur de Marivaux, entre autres, d’où son art de disséquer les sentiments, les émotions ; il a traduit le Conte d’hiver de Shakespeare, ce qui en dit long sur sa connaissance des arcanes de l’art du théâtre.
C’est une pièce à deux personnages écrites pour deux hommes : le dealer et le client. Mais elle fut aussi jouée par deux femmes, et Berling la joue avec une actrice, Mata Gabin : un homme blanc et une femme noire, ce qui fait écho avec notre actualité : la mémoire de la colonisation, de l’esclavage, et l’arrivée des immigrés.
La scène est très sombre. En fond un grand mur brun travaillé et partagé au centre par une ruelle noire au dessus de laquelle brillent quelques néons. Côté jardin, une passerelle en hauteur. Une allée lumineuse surplombe quelques fauteuils dans la salle. Une récitante lit le prologue, la définition du mot dealer de Koltès lui-même. Le noir se fait, un coup de tonnerre, le client, Charles Berling, sort d’un fauteuil de la salle, c’est à dire de la foule, et saute sur l’allée où il reste figé dans une attitude indécise, vêtu d’un costume cravate gris: c’est l’homme blanc. Il aperçoit au loin la dealeuse, Mata Gabin, vêtue et parée de bijoux à l’africaine, c’est la femme noire. Déjà deux mondes lourds de passé, d’a priori, de ressentiments, d’espoirs diffus. C’est aussi l’affrontement de deux solitudes que tout semble séparer, mais que l’humaine condition relie.

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Alors la dealeuse parle : « Si vous marchez dehors, à cette heure et en ce lieu, c’est que vous désirez quelque chose que vous n’avez pas, et cette chose, moi, je peux vous la fournir…c’est pourquoi je m’approche de vous … » Avec moult hésitations le client va venir vers elle. Mais celle-ci est une rouée, elle est chez elle, elle sait ce qu’elle veut. Alors le client va devenir agressif. Il y a un rapport animal qui va s’établir entre eux ; d’ailleurs il est souvent fait référence au monde animal dans le texte. Un point clé est le moment où elle offre sa veste au client, qui la refuse et la jette par terre, et un autre c’est le crachat du client, qu’il essaiera d’expliquer, de minimiser vers la fin. Et puis quand lui aussi jette sa veste sur l’autre ; il apparaît alors ce qu’il est, une sorte de clochard, un désespéré.
C’est en somme un combat sans espoir, sans vainqueur ni vaincu. Dans les dernières tirades le client dit : « Je ne crains pas de me battre, mais je redoute les règles que je ne connais pas. » Elle répond : « Il n’y a pas de règles ; il n’y a que des moyens ; il n’y a que des armes. » Et le client aura le mot de la fin : « Alors, quelle arme ? »
La mise en scène de Charles Berling (aidé par Alain Fromager) ainsi que sa direction d’acteur sont remarquables. La mise en place scénique offre un véritable Rembrandt, et l’idée de cet immense décor pour seulement deux acteurs est tout à fait judicieuse ; au lieu de les écraser elle les magnifie. Berling réussi une gageure difficile dans la deuxième partie de la pièce ; d’apparence timide et empruntée au début, il sombre un temps dans la violence verbale, temps pendant lequel il révèle des qualités de grand tragédien. Mata Gabin est très bien dans son jeu de tireuse de ficelle. Cependant j’ai trouvé qu’elle disait le texte d’une façon quelque peu monocorde, mais cela est peut-être un parti pris de mise en scène, pour accentuer le contraste entre les deux personnages. Elle sur son territoire, lui se débattant dans l’inconnu.
Pour l’ambiance générale et le sens de la pièce je pense à cette phrase d’Henri Laborit (1914-1995) : « Même en écarquillant les yeux, l’Homme ne voit rien. Il tâtonne en trébuchant sur la route obscure de la vie, dont il ne sait ni d’où elle vient, ni où elle va. Il est aussi angoissé qu’un enfant enfermé dans le noir. »
Une autre citation de « L’éloge de la fuite », du même Laborit, me semble éclairer la pièce : « …si deux hommes, deux espèces contraires, sans histoire commune, sans langage familier, se trouvent par fatalité face à face – non pas dans la foule ni en pleine lumière, car la foule et la lumière dissimulent les visages et les natures, mais sur un terrain neutre et désert, plat, silencieux, où l’on se voit de loin, où l’on s’entend marcher, un lieu qui interdit l’indifférence, ou le détour, ou la fuite ; lorsqu’ils s’arrêtent l’un en face de l’autre, il n’existe rien d’autre entre eux que de l’hostilité – qui n’est pas un sentiment, mais un acte, un acte d’ennemis, un acte de guerre sans motif. »

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En sortant j’ai entendu quelques personnes dire qu’elles n’avaient rien compris, mais pourtant on notait qu’elles baignaient quand même dans une certaine fascination ; il n’y avait pas rejet. C’est tout l’art du théâtre, après le choc, il faut laisser la chose mûrir en soi.

Serge Baudot

Pour nous, la cause primordiale de l’angoisse c’est l’impossibilité de réaliser l’action gratifiante, en précisant qu’échapper à la souffrance par la fuite ou par la lutte est une façon aussi de se gratifier, donc d’échapper à l’angoisse.
Si un chien rencontre un chat – par hasard, ou tout simplement par probabilité, parce qu’il y a tant de chiens et de chats sur un même territoire qu’ils ne peuvent pas, à la fin, ne pas se croiser (Bernard-Marie Koltès, Prologue, Ed. de Minuit.)

 

Marseille
Exposition « Seven to Five » Group show de 7 street artistes

Du 25 novembre au 15 décembre 2016 aux Voûtes de la Major à Marseille

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Christophe Rioli, collectionneur d’art urbain et fondateur d’Art Five, a l’honneur d’accueillir sous les prestigieuses Voûtes de la Major à Marseille en face du Mucem et de la Villa Méditerranée une série inédite d’une quarantaine d’œuvres de 7 artistes incontournables de la scène artistique contemporaine.
Pour l’exposition « Seven to Five » les œuvres de Speedy Graphito, C215, Gris1, Ardpg, P.Echaroux, Levalet et Brusk  occuperont l’espace de 300 m2.
« Seven to Five » est la première exposition de Speedy Graphito à Marseille depuis 2008. A cette occasion, une quinzaine de ses œuvres seront dévoilées.
Parmi les artistes, P. Echaroux, qui vit et travaille à Marseille depuis plus de 8 ans, réalisera le soir du vernissage une performance de projection in situ. Sera également dévoilée progressivement une œuvre d’Ardpg. Quant à Gris1, artiste bien connu des marseillais, en effet il a débuté le graffiti alors qu’il était au collège dans la cité Phocéenne, il aura préparé une mise en scène de ses œuvres qui seront « continuées » sur les murs du lieu d’exposition.

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Christophe RIOLI : un passionné de street art
Christophe Rioli né en 1969 à Bastia, après avoir étudié dans une école de commerce supérieure à Marseille (baptisée Kedge business school), vit et travaille aujourd’hui dans la cité Phocéenne.
Passionné d’art contemporain urbain, il collectionne depuis de nombreuses années des œuvres de street artistes tels que, Gris1, Bault, Levalet, P. Echaroux, Ardpg, Brusk, Futura, Speedy Graphito, Nick Walker, Ludo, Rero, Acet, Moses & Taps, Shepard Fairey, Vihls, Joe Iurato…
Fort de côtoyer des artistes contemporains et d’art urbain, il fonde ART FIVE à Marseille en 2009 (www.artfive.fr). Cette activité de marchand d’art/galeriste spécialisé dans l’art contemporain urbain lui permet de représenter Speedy Graphito, Brusk, C215, Gris1, Bault, Levalet, P. Echaroux et Ardpg auprès des entreprises et des particuliers. En plus de cette mise en relation, ART FIVE est en mesure de répondre à toute problématique de recherche spécifique d’œuvre ou d’artiste ne faisant pas partie de son réseau actuel.
Orienté principalement BtoB avec une offre globale de conseil en acquisition, constitution de collection, financement d’œuvres d’art, défiscalisation par l’art et valorisation de l’image de l’entreprise par l’exposition d’œuvres d’art, le domaine de compétence d’ART FIVE s’étend sur la France entière, avec une clientèle répartie principalement à Paris et dans le sud de la France.
« Nous faisons un travail militant de « création de nouveaux collectionneurs » d’art urbain et nous sommes très attachés à la défense des intérêts de nos artistes » explique Christophe Rioli le fondateur d’Art Five

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Brusk

Vernissage le jeudi 24 novembre à partir de 18h30, en présence de Gris1, Philippe Echaroux et Ardpg.
Performance de « projection street art 2.0″ de Philippe Echaroux sur le ciel de la voute
Dévoilement d’une œuvre d’Ardpg.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un petit locataire bien sympathique

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Nicole (Karin Viard) est enceinte.
Ce pourrait être un « heureux événement » mais voilà… elle a 49 ans, déjà deux grands enfants, une fille qu’elle a eu à 15 ans et qui squatte l’appartement avec une infernale gamine, un mari au chômage qui n’en fout pas une rame et une mère qui a la maladie d’alzheimer.
Cela fait beaucoup de charges à assumer pour que la joie soit parfaite.
Gardera ? Gardera pas ? A vous de le découvrir dans ce premier film de Nadège Loiseau « Le petit locataire », une comédie douce-amère où rires et larmes, gags et engueulades se mêlent et où l’émotion n’est jamais loin. Les dialogues sont percutants, Karin Viard superbe de naturel et émouvante de questionnements, avec en prime Hélène Vincent en mamie qui perd la boule mais a de beaux éclairs de lucidité. Peut-être la personne la plus sensée dans cette famille déjantée vivant dans un parfait désordre. Beaucoup d’amour non dit derrière ces cris et ces bagarres et la réalisatrice a totalement maîtrisé ce film qui nous parle de la réalité de la vie : le chômage, la place de la femme entre boulot et maison, la jeunesse inconsciente, la vieillesse… Bref, beaucoup de thèmes qui font notre vie de tous les jours.
Cerise sur le gâteau : le film débute et se termine sur le port de Toulon !
Et plaisir de rencontrer au Six N’étoiles Nadège Loiseau et Côme Levin qui joue un copain de travail un peu à l’ouest… Normal qu’il soit donc là !

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Tournage à Toulon

Nadège Loiseau : un accouchement « presque » sans douleur !
Mais avant de venir à Six-Fours, ils se sont arrêtés à Toulon en souvenir des premières scènes de tournage.
« C’est avec grand plaisir que j’ai retrouvé Toulon, surtout sous un beau soleil. Ca fait exactement un an que j’y commençais mon tournage et de plus, ça n’était pas prévu…
Pourquoi ?
Au départ nous devions tourner au Musée de la Marine de Cherbourg dans lequel il y a un sous-marin. C’est dans celui-ci que nous devions tourner les scène avec Raphaël Ferret qui joue le fils de Nicole. Une semaine avant le tournage, la Marine Nationale nous a retiré l’autorisation, prétextant que le sous-marin était trop vieux et pas représentatif des bâtiments d’aujourd’hui. Nous nous sommes donc rabattus sur Toulon à deux jours du tournage et au départ ça n’a pas été facile, on se regardait en chiens de faïence. J’étais très angoissée mais après une journée pour nous comprendre, nous avons tourné sans difficulté et même avec les vrais marins qui ont fait la figuration !
Vous avez mis quelque cinq ans pour faire ce film mais entre-temps il y a eu un court-métrage intitulé « Le locataire »… C’était un brouillon ?
En quelque sorte.
Toute jeune je passais mon temps à filmer tout le monde avec le caméscope de mon père, j’écrivais aussi des histoires. J’ai eu envie de faire un court métrage sur ce sujet qui me tenait à cœur… à tel point que j’ai eu envie de développer l’histoire et les personnages. Mais j’ai mis du temps à m’autoriser à le faire car, n’ayant pas fait d’école de cinéma, je ne me sentais pas légitime. Et puis, faire un long métrage, c’était une autre histoire !
D’autant que vous devenez alors scénariste et réalisatrice !
C’était, je crois, la condition sine qua non, sinon je ne l’aurais pas fait. De plus, étant à tous les postes, ça m’a très vite fait comprendre tous les mécanismes d’un tournage. J’ai mis du temps mais ça valait la peine !
J’ai cru voir au générique, Mazarine Pingeot ?
Oui, elle m’a été présentée par Sylvie Pialat car je commençais à m’empêtrer dans mon scénario qui était trop long et que je ne me décidais pas à couper; je m’en sentais incapable. Mazarine travaille souvent avec Fanny Burdino et toutes deux m’on aidée… et appris à couper !

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Ca a été facile ?
Oh que non ! Au départ, je ne voulais pas partager l’écriture mais ça m’a permis de reprendre mon souffle, de prendre de la distance et aller à l’essentiel.
Karine Viard pour un premier film… sympa, non ?
Ca, ça a été une chance énorme que je n’osais espérer. J’ai tout de suite pensé à elle car je la suis depuis des années, j’ai vu tous ses films, je l’admire et lorsque mon producteur m’a demandé qui je voyais d’autre dans le rôle de Nicole, au cas où elle refuserait, j’avoue que je n’avais pas de plan B. J’aurais eu certainement beaucoup de mal à faire le film sans elle.
Autre cadeau : Hélène Vincent qui joue la mère et qui est formidable !
Je suis du Nord et j’ai été nourrie par le film « La vie est un long fleuve tranquille ». J’ai vu le film je ne sais combien de fois et Mme Lequesnois me fascinait ! Mais je cherchais une comédienne qui ait l’âge du rôle, c’est à dire plus de 80 ans et lorsque l’on a pensé à elle, je me suis dit « Mais c’est bien sûr ! » Mais il fallait qu’elle accepte de se vieillir, ce qu’elle a aussitôt accepté car elle voulait être de l’aventure. Ca a encore été un merveilleux cadeau.
Les autres comédiens sont moins connus et plusieurs viennent de la télé comme Côme Levin (Petits meurtres d’Agatha Christie, Fais pas ci, fais pas ça), Raphaël Ferret (Plus belle la vie, Profilage), Grégoire Bonnet (Clem, Scènes de ménage)…
Ca a été le hasard du casting. Je les connaissais sans les connaître car j’avoue que je n’ai pas regardé la télé depuis un certain temps. Mais ils sont tous talentueux même s’ils ne sont pas des stars, ce qui est bien pour que le public s’intéresse plus aux personnages qu’à ceux qui les incarnent.
Comme Philippe Rebbot, qui joue le mari de Karine
C’est elle qui a pensé à lui car ils avaient déjà tourné ensemble. Il a 50 ans mais il est resté longtemps derrière la caméra. C’est son premier grand rôle et je le trouve magnifique.
Comme Nicole, vous avez eu une période de gestation, même si elle a été un peu plus longue ! Aujourd’hui que vous avez accouché du film, comment vous sentez-vous ?
Je suis encore totalement immergée dans le film, je suis encore très fébrile. Tant qu’il ne sera pas sorti, je ne pourrai pas m’en défaire. A vous dire vrai, je n’avais pas envie de le montrer ! Mais par contre, le faire m’a fait beaucoup de bien et me permet d’accoucher sans douleur !
D’autant que tous mes comédiens sont restés très proches de moi et m’accompagnent dans ces présentations du film. Nous sommes restés une vraie famille et c’est important pour moi car je suis un animal social qui aime vivre en bande !

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Côme Levin, un jeune comédien plein de promesse
Bonne bouille rigolote, regard bleu, sourire craquant sous sa sage coupe de cheveux roux, Côme Levin, un comédien qui monte. Malgré sa jeunesse, il a déjà une jolie carrière partagée entre cinéma et télévision.
« C’est vrai – me dit-il – que la tendance est en train de s’inverser et qu’on a aujourd’hui plus de facilités à passer de la télé au cinéma et vice versa. J’avoue que je ne me suis jamais préoccupé de ça et je tourne ce qu’on me propose, lorsque ça me convient. L’intérêt d’un comédien est de tourner et de vivre de son métier, et je suis aussi à l’aise d’un côté comme de l’autre. J’ai la chance d’avoir la liberté de choix et j’en profite.
Dans le film tu joues un personnage un peu naïf…
Carrément couillon, tu veux dire ! Mais j’aime bien jouer les couillons et là, j’ai joué tel que Nadège concevait mon rôle, c’est-à-dire un vrai rôle de gentil couillon, sans surtout vouloir l’intellectualiser !
Rassure-moi… c’est un rôle de composition ?
(Il rit) Je te rassure… Du moins je l’espère ! Avec Nadège, on a beaucoup parlé du rôle. Je tournais le vendredi car je joue un rôle épisodique mais entre temps, elle m’a fait beaucoup travailler, on a beaucoup parlé du rôle, elle a été très proche de moi.
On sent beaucoup de complicité entre vous.
Elle est devenue une personne essentielle dans ma vie et j’ai très envie de continuer l’aventure avec elle. J’ai beaucoup aimé le tournage, ça a été un vrai plaisir. Nadège est devenue mon porte-bonheur, je ne la lâche plus, elle ne se débarrassera pas de moi comme ça !
Tu es tout jeune (26 ans) mais tu as déjà une filmographie impressionnante !
J’avoue que j’ai beaucoup de chance. En dehors du « Petit locataire », j’ai enchaîné « Le correspondant » de Jean-Michel Ben Soussan,, « Cigarettes et chocolat chaud » de Sophie Reine, « Five » d’Igor Gotesman, « Gangsterdam » de Romain Levy avec Kev Adams, Manon Azem, Patrick Timsit, Manu Payet…
Ca va pour toi ?!
Je ne peux qu’être heureux mais « Le petit locataire » restera pour moi une très belle aventure car j’ai rencontré une belle personne, une femme exceptionnelle. Ce film gardera une place à part dans ma vie et j’ai ajouté un membre à ma famille !

 Propos recueillis par Jacques Brachet

TOULON – Novembre à l’Opéra

SWEENEY TODD (Olivier Benezech , 2014)

Vendredi 11 novembre 20h – dimanche 13 novembre 14h30
SWEENEY TODD – Le diabolique barbier de Fleet Street

Thriller musical – Musique et lyrics Stephen Sondheim – Livret Hugh Wheeler
Basé sur une pièce de Christopher Bond – Mise en scène originelle sur Broadway de Harold Prince – Orchestration de Jonathan Tunick
Direction musicale Daniel Glet – Mise en scène Olivier Bénézech – Chorégraphie Johan Nus
Décors Christophe Guillaumin – Costumes Frédéric Olivier
Avec Alyssa Landry, Sarah Manesse, Sarah Tullamore, Jérôme Pradon, Ashley Stillburn…
Orchestre et chœur de l’Opéra de Toulon
Après avoir croupi pendant quinze ans dans une prison australienne, Benjamin Barker s’évade pour regagner Londres. Il aurait coulé en pleine mer s’il n’avait été recueilli par un marin nommé Anthony. Il arrive sur la Tamise avec une seule idée en tête : se venger de l’infâme Juge Turpin qui le condamna à tort pour l’écarter et lui ravir sa femme, Lucy et son bébé, Johanna. Adoptant le nom de Sweeney Todd, il reprend possession de son échoppe de barbier, située au-dessus du commerce de Miss Nellie Lovett. Celle-ci l’informe que Lucy se donna la mort après avoir été violée par Turpin. Lorsque son flamboyant rival Pirelli menace de le démasquer, Sweeney est contraint de le tuer. L’astucieuse Miss Lovett vole à son se­cours : pour le débarrasser de l’encombrant cadavre, elle lui propose d’en faire de la chair à pâté, ce qui relancera du même coup ses propres af­faires. Sweeney découvre que Turpin a maintenant des visées sur Johanna, qu’il séquestre avec la complicité de son âme damnée, l’huissier Bamford. L’adolescente a attiré les regards d’Anthony, celui-là même qui avait sauvé Sweeney lors de son évasion. Amoureux fou de la jeune innocente, An­thony se promet de l’épouser après l’avoir arrachée à Turpin. Pendant ce temps, le quartier de fleet street s’est entiché des «tourtes» très spéciales de Miss Lovett, et celle-ci se prend à rêver d’une nouvelle vie, respectable et bourgeoise, avec Sweeney pour époux et Toby, l’ancien assistant de Pi­relli, comme fils adoptif. Mais Sweeney est bien décidé à mener à terme sa vengeance, quel qu’en soit le coût…

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16 et 17 novembre 20h30
LE LAC DES CYGNES
Ballet en 4 actes de Piotr Ilytch Tchaïkovski
Chorégraphie d’après Marius Petipa et Lev Ivanov
Création à Moscou, Théâtre Bolchoï, le 14 mars 1877
Avec le Corps de ballet et les étoiles de l’Opéra National de Kazan – Tatarstan
Maître de ballet Rafael Samorukov – Décors & costumes Anatoly Neznyi & Anna Neznaya
Production de l’Opéra National de Kazan
Le jeune prince Siegfried fête sa majorité; sa mère lui annonce que le jour suivant, au cours d’un grand bal, il devra choisir une épouse. Au loin il voit passer une nuée de cygnes et décide sur l’heure de partir pour la chasse avec ses compagnons.
Parvenu au lac des cygnes, il épaule son arbalète, mais les cygnes se transforment en ravissantes jeunes femmes ; à leur tête, la princesse Odette, victime des sortilèges de sa marâtre. Le jour où Odette sera mariée, le sortilège prendra fin.
Siegfried s’éprend d’elle aussitôt et fait le serment de la sauver.
Le lendemain au bal, à la suite des candidates fiancées, survient le sorcier Rothbart, accompagné de sa fille Odile, sosie d’Odette : le cygne noir.
Abusé par la ressemblance, Siegfried la choisit.
Au moment où vont être célébrées les noces, un cygne blanc se profile au loin.
Horrifié, conscient de sa méprise, Siegfried court vers le lac aux cygnes. Voyant Odette, il la supplie de lui pardonner.
Elle y consent, mais elle ne peut plus être sauvée ; les eaux du lac se soulèvent et lui coupent toute retraite.
Le jeune prince décide alors de la rejoindre dans la mort et les vagues les emportent.

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Vendredi 25 novembre 20h
NUIT AMÉRICAINE
Avec Renaud Capuçon, violon, l’Orchestre Symphonique de l’Opéra de Toulon, dirigés par Christoph Poppen
(Higton, Korngold, Barber, Adams, Bernstein)
Dans le cadre des Grands Concerts en partenariat avec le Festival de Musique de Toulon et sa Région.
Renaud CAPUÇON violon
Né à Chambéry, Renaud Capuçon étudie au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris avec Gérard Poulet et Veda Reynolds, puis avec Thomas Brandis à Berlin et Isaac Stern. En 1998, Claudio Abbado le choisit comme Konzertmeister du Gustav Mahler Jugendorchester ce qui lui permet de parfaire son éducation musicale avec Pierre Boulez, Seiji Ozawa, Daniel Barenboim et Franz Welser-Moest. En 2000, il est nommé « Rising Star » et « Nouveau talent de l’Année » aux Victoires de la Musique puis « Soliste instrumental de l’année » en 2005. En 2006, Prix Georges Enesco décerné par la Sacem. Il collabore avec les plus grands chefs : Bernard Haitink, David Robertson, Gustavo Dudamel, Andris Nelsons, Wolfgang Sawallish, Christoph Eschenbach, Myung-Whun Chung, Semyon Bychkov, Charles Dutoit, Kurt Masur, Daniel Harding, Vladimir Yurovsky, Robin Ticciati, Tugan Sokhiev, Jukka Pekka Saraste, Daniele Gatti… et les orchestres les plus prestigieux du monde : Philharmonique de Berlin, Los Angeles Philharmonic, Orchestre de Paris, Orchestre Philharmonique de Radio France Chamber Orchestra of Europe, Philadelphia Orchestra, Gewandhaus Orchester, Staatskapelle de Dresde, State Academic Symphony Orchestra of Russia de Moscou, Scottish Chamber Orchestra, Orchestre National du Capitole de Toulouse, Chicago Symphony Orchestra ,Los Angeles Philharmonic, Boston Symphony, Philharmonia Orchestra, Seoul Philharmonic, Chamber Orchestra of Europe, WDR Cologne, Orchestre National de France.
Ces dernières saisons, il a notamment crée le Concerto pour violon de Pascal Dusapin avec l’orchestre de la WDR de Cologne et a participé un cycle de musique de chambre de cinq concerts au Musikverein de Vienne.
Il est fondateur et directeur artistique du Festival de Pâques d’Aix en Provence.
Passionné de musique de chambre, il a fondé les Rencontres de Musique de Chambre de Bel-Air qu’il a dirigé de 1996 à 2010.
Renaud Capuçon joue le Guarneri del Gesù « Panette » (1737) qui a appartenu à Isaac Stern, acheté pour lui par la Banque Suisse Italienne.

Christoph POPPEN direction musicale
Actuellement chef principal de l’Orchestre de Chambre de Cologne, Christoph Poppen est chef invité principal du Hong Kong Sinfonietta depuis 2015. Il est aussi directeur artistique du Festival International de Musique de Marvão (Portugal) qu’il a fondé en 2014.
De 1995 à 2006, il a été directeur artistique de l’Orchestre de Chambre de Munich. En 2006, il a été nommé directeur musical de l’Orchestre symphonique de la Radio de Sarrebruck.
Christoph Poppen est l’invité régulier d’orchestres prestigieux : Symphonique de Vienne, Staatskapelle de Dresde, Deutsches Symphonie-Orchester Berlin, Detroit Symphony, Bamberg Symphony, Camerata Salzburg, Orchestre Philharmonique des Pays-Bas, Orquestra Sinfônica do Estado de São Paulo, Indianapolis Symphony, New Japan Philharmonic, Singapour Symphony Orchestra, l’Orchestre Philharmonique de Radio France, l’Orchestre de chambre d’Israël…
Dans le domaine lyrique Christoph Poppen a notamment dirigé Otello, La Clemenza di Tito, Falstaff et Arabella à Innsbruck, Les Pêcheurs de Perles et Die Zauberflöte à Francfort, L’Enlèvemen

Du Fado au Jazz

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Carla Pirès avec Luis Guerreiro (g), Pedro Pinhal (g), André Moreira (perc). Invités : Filipe Raposo (p), Marcelo Mercadante (bandonéon), Edu Miranda (cordes), Ruis Vaz, Pedro Casaes, Margarida Antunes (voc).
Enregistré à Lisbonne en 2016
Ocarina OCA 038 (www.ocarina-music.pt)
Le Fado est toujours vivant. On peut l’entendre dans nombre de bars à Lisbonne et ailleurs au Portugal. Certes dans la capitale beaucoup de bars dispensent du fado de piètre qualité pour touristes distraits. Mais il y a des lieux mythiques où l’on peut entendre du grand, du beau et éternel fado. Lisbonne s’enrichit même d’un Musée du Fado.
Comme pour toutes les musiques enracinées dans la culture d’un peuple il y a les tenants de la tradition, et ceux qui veulent rénover, moderniser le genre. Et puis ceux qui sont ancrés dans la tradition et tiennent compte de l’évolution des mœurs et des goûts. Carla Pires est de ceux-là, comme avant elle Mariza, Christina Branco, pour ne parler que de quelques femmes, mais il y a des hommes aussi.
Après « Ilha do meu fad »» en 2005, et « Rota das Paixoes » en 2011 voici Carla Pires avec son troisième disque. Elle était venue chanter à Toulon à l’Hôtel des Arts en 2014 ( voir evasionmag.com
Rappelons que Carla Pires a commencé à chanter en 1993, qu’elle est devenue une des stars du fado au Portugal, qu’elle est aussi comédienne, et qu’en 2000, elle obtint un rôle dans  la plus grande comédie musicale jamais réalisée au Portugal, « Amalia ». Elle interprétera ce rôle d’Amalia Rodrigues pendant quatre ans. On retrouve dans ce disque toutes les qualités de la voix, de sincérité, d’engagement émotionnel, qu’on avait apprécié en direct et sur les disques précédents. Elle y mêle différentes musiques comme le tango, la samba, qui sont des musiques cousines peut on dire ; elle le fait avec des gens de cette culture musicale comme sur « Tango quase fado » avec le bandonéoniste Marcelo Mercadante pour « une rencontre d’amour dans les rues de Lisbonne », avec une introduction tango-bandonéon, puis on revient au fado, et finalement les deux genres se mélangent très bien ; il y a de la samba sur les collines de Lisbonne avec « Ha samba nas colinas de Lisboa » avec les différentes guitares de Edu Miranda : là encore les deux musiques se marient très bien, et puis Brésil et Portugal sont en couple depuis longtemps ! « Voltar a ser criança » est un duo avec le pianiste Filipe Raposo, bel échange rubato, le pianiste étant tout à fait dans la couleur de la chanson, de plus le piano sied très bien au fado.
Un autre morceau « O povo cantar na rua » présente un aspect inhabituel, avec un chœur, d’abord une puissante intro a cappella suivi par le chœur sur un rythme rapide très entraînant. « Utopia », qui ouvre le disque est une sorte de valse lente, rythme peu usité dans le fado, me semble-t-il, nous met en prise directe avec la profonde sensibilité de Carla Pires et l’émotion qu’elle dégage, a cappella comme avec l’accompagnement. Un morceau renferme et résume toutes les beautés du fado de Carla Pires, » Cavalo à solta », elle est la voix de la saudade.
Elle chante des fados de différents auteurs, elle-même en a écrit deux, « Noites perdidas », il y a des nuits perdues et je ne sais pourquoi chante-t-elle, fado très prenant ; et « Aqui » qui donne son titre au disque, qui démarre a cappella pour la première strophe, puis entre en jeu la guitare portugaise pour la seconde, les deux guitares pour la troisième, et le trio au complet pour la dernière, manière de rendre hommage au trio qui l’accompagne avec tout l’à propos qui convient, à l’écoute de la chanteuse, sans jamais se mettre en avant. Même si on ne connaît pas le fado on ne peut que prendre un grand plaisir à l’écoute de ce disque qui nous enivre de beauté.

Serge Baudot

 ART BOP : Jazz au Fort Napoléon

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ART BOP
Voilà au moins une association, qui contre vents et marées persiste à organiser des concerts de jazz de haut niveau, grâce au dévouement et souvent aux sacrifices de toutes et tous les bénévoles ; qu’ils en soient félicités. Raison de plus pour monter les voir et les entendre dans ce lieu extraordinaire qu’est le Fort Napoléon.
Cette année Art Bop peut s’enorgueillir d’un beau succès puisque l’association fait maintenant partie du collectif « Jazz sur la Ville » créé à Marseille il y a 10 ans, et qui propose 62 événements en 34 lieux avec 200 artistes.
Citons l’édito du Président Michel Antonelli, qui définit parfaitement cette structure :
« Il en aura fallu des tempos, des impros et des rythmiques pour réunir et orchestrer au fil du temps plus d’une quarantaine de structures culturelles réparties dans toute la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Modestement mais avec ferveur, Jazz sur la Ville poursuit son parcours de combattant et propose une traversée du jazz dans ses formes et son histoire. Si certains membres fondateurs nous ont quittés en chemin, d’autres nous ont rejoints et permettent un ancrage régional plus intense.
Reconnue en 2015 par les institutions (Ville de Marseille, Conseil Départemental 13), notre action attend désormais une juste valorisation d’un événement unique en France. Chaque membre participant apporte son originalité, son style, son réseau pour présenter une programmation variée et ouverte laissant une grande place aux jeunes musiciens. Dix ans c’est encore l’adolescence et devançant Rimbaud on pourrait dire « on n’est pas sérieux à dix-sept ans », encore moins à dix ans. Vivons donc le jazz présent comme une musique pleine de vie et d’émotion ».
www.jazzsurlaville.fr – facebook.com/jazzsurlaville

18 novembre : Denis Cesaro Quartet
Avec Claude Basso, guitare, Jean-Marie Crniel, contrebasse, Thierry Larosa, batterie
Denis Césaro est un pianiste mainstream-bop qui retrouve son frère d’arme à la guitare avec une rythmique de choix, pour un partage qui devrait être des plus fécond.
Renseignements: 04 94 09 47 18 – 06 87 71 59 30
michel.le-gat@orange.fr

 

NOTES DE LECTURES
Par les Plumes d’Azur

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Gui BOLEY : fils du feu (Ed Grasset)
Ce premier roman dénote une grande maturité et une sureté aussi bien dans le style au vocabulaire riche et élaboré que dans le développement du récit, bien construit, poétique et passionnant du début à la fin.
L’auteur raconte une enfance peu courante entre un père forgeron et une mère qui refuse avec obstination la perte d’un deuxième enfant décédé. C’est une histoire triste puisqu’il s’agit d’une famille qui doit surmonter la mort d’un enfant mais le récit n’est jamais pesant, au contraire, c’est vivant, touchant, émouvant de sincérité et d’émotion.
Ce superbe récit hors du commun est poétique sans pathos, plein de tendresse, de pudeur, il est vivant, attractif et passionnant du début à la fin, saupoudré d’un brin d’humour.
Une vrai réussite pour un premier roman. Il mériterait un prix littéraire !

Jean Michel BRUN : Nouvelles Irréelles (Ed St Honoré)
La lecture de ce recueil de nouvelles, «publié à la demande», laisse perplexe
Il est, en effet, bien difficile d’entrer dans l’univers de Jean Michel Brun.
Ces quelques phrases prises au hasard dans le texte, donnent une idée du désarroi d’un lecteur potentiel. Qu’on en juge :
P 42 : « La distance au chant de la roue, dont elles escomptent leurs langages les font fuir dans la vraisemblance, d’une exceptionnelle mythologie des consciences de hasard en ressort ».
P 111 : « L’inquiétude, se transporte aux évictions d’un ultime message pour un espoir émouvant, où une tendresse silencieuse l’appelle au val matutinal et désert des rêves ».
Et encore, pour terminer, P 322 : « Aux confins d’une orée une vermeille, licorne dans l’éclat lunaire des troncs nus flagelle le mauve tapissé sous la bise, et un page cadavre impavide sa corne d’azur joutant contre les ténèbres… »
Puzzle de vocables, ponctuation débridée, galimatias ne font pas bon ménage lorsqu’il s’agit de littérature.

Violette   CABESOS : Portrait de groupe avec parapluie ( Ed Albin Michel)
Trois mamies de soixante-dix ans ou plus décident de démasquer un tueur original qui utilise ses victimes pour reconstituer des tableaux très connus du début du XXème siècle.
Ce roman à deux voix nous plonge avec délice dans la vie et l’œuvre des peintres de cette époque. D’une part, l’assassin explique son comportement et ses projets, d’autre part, une des mamies, véritable spécialiste de cette période, analyse et décrypte le comportement original de l’assassin. On va de de Picasso à Manet en passant par Braque ou Derain, dans un discours intéressant et plein d’humour. Les anecdotes se succèdent, les crimes aussi et les mamies se démènent comme l’inspecteur chargé de l’enquête. Jamais de temps mort
Ce polar original, érudit et cocasse, est un régal de lecture.

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Emmanuelle PIROTTE : De Profondis (Ed du Cherche Midi)
Nous sommes à Bruxelles dans le futur.
Une épidémie d’Ebola 3 sévit, semant le chaos dans la ville et sa région. Une gigantesque panne d’électricité aggrave le tout. Le monde est livré à la folie des hommes.
Les passions s’exacerbent, les trafics pullulent, les bandes rivales s’affrontent, la violence règne ; c’est Mad Max en Europe.
Parmi les personnages, le lecteur s’attache à la destinée d’une mère et sa fille. Roxanne jeune femme libre et insouciante est amenée à faire face à ses responsabilités lorsque son ex mari, atteint par le virus, lui confie la garde de leur fille Stella.
Les deux filles ne se connaissent pas, seul le destin vient de les réunir.
Et le miracle se produit.
Au fur et à mesure qu’elles affrontent l’adversité, un sentiment naît de leur complicité et c’est ensemble qu’elles trouveront une issue. Une ancienne maison de famille les abritera. Vivant en autarcie, elles trouveront la force de s’opposer à la violence ambiante. Il semblerait même que la bienveillance d’un fantôme les accompagne et les protège !
Futuriste, surréaliste, ce roman fait de séquences successives, au style volontairement noir et froid, peut anticiper et annoncer l’arrivée d’une ère nouvelle.
Pas très rassurant !

Jean-Christophe RUFIN : Check-Point (Ed Gallimard)
Un convoi humanitaire de deux camions part de Lyon pour l’ex-Yougoslavie déchirée par la partition entre serbes, bosniaques et croates, musulmans et chrétiens. Une jeune femme, Maud, cachée derrière de vilaines lunettes a passé son permis poids-lourds pour entrer dans l’association et se rendre indispensable. Ses compagnons de route sont un humanitaire amoureux d’elle, deux anciens casques bleus et un certain Vauthier au passé trouble, animé d’une haine encore inexpliquée envers les militaires. L’intimité des cabines permet les confidences, les caractères se précisent au fil des pages, et très vite le lecteur comprend que l’engagement de l’humanitaire conduit souvent à prendre des risques. En apprenant la présence d’explosifs cachés dans les caisses qui risquent d’être découverts lors des checkpoints, les humanitaires comprennent que si les associations cherchent à aider les victimes, les intérêts prioritaires des uns ne correspond pas forcément à l’engagement officiel.
Jean-Christophe Rufin s’est servi de son expérience personnelle de médecin humanitaire pour camper des personnages confrontés à la guerre, conscients de leur impuissance face au dérisoire et qui réalisent que dans l’action disparaît le sacro-saint principe de neutralité.
Roman peut-être trop caricatural mais agréable à lire, les personnages sont certainement tous dans leur rôle, indépendamment mais réunis dans la même aventure, cela semble « too much ».
La postface de quelques pages reste la partie la plus intéressante et la plus vraie. Elle concrétise l’action des associations humanitaires qui reçoivent de l’argent de l’Union Européenne. L’humanitaire a un côté abstrait et les gens à aider peuvent rester virtuels, mais n’oublions pas que dans toute guerre, il y a des bénéficiaires et des victimes.

Bertrand SCHMID : Saison des ruines (Ed L’Age d’Homme)
Petit dytique qui va s’étager sur quelques mois d’une année et où chaque chapitre va porter le nom d’un mois, en fait de Mai à Décembre. Ces chapitres vont devenir comme les mois de plus en plus courts.
D’un côté Michel, la cinquantaine bourrue, garde dans le Valais les vaches d’un paysan de la vallée, aidé d’un jeune apprenti de dix-sept ans, Jérémie, qu’il doit former.
Dans le même temps, Annie, quinze ans, qui habite un quartier sordide avec sa mère à Londres. Celle-ci ne fait aucun effort pour travailler et vit sans ressources incapable de l’élever.
Deux existences qui n’ont aucun lien, dont la dureté des conditions n’a d’égal que le fantasme d’une vie meilleure. Des deux côtés c’est la misère, l’incompréhension, la perte des repères, l’échec. Malgré le bon air il ne fait pas meilleur sur l’alpage que sur le bitume et dans les squats. Seul point commun l’atmosphère sombre qui entoure leur quotidien.
Dans ce roman noir, premier roman de l’auteur, à l’écriture fluide, sont peints dans ces deux histoires parallèles, des tableaux sombres de deux mondes où les événements s’acharnent, avec peut-être une petite lueur d’espoir matérialisée par la colère et la révolte.

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Isabelle SIAC : Le talent ou la vertu. (Ed Belfond)
Dans ce récit romancé et palpitant, l’auteure très documentée nous offre une réflexion sur tout ce que le théâtre réveille de passions alors que la France se déchire au cœur de la Révolution. Nous sommes en 1789 et c’est à travers la vie de François Talma, l’un des plus talentueux acteurs de la Comédie Française que l’on voit se rencontrer les plus grandes figures de la Révolution comme Danton, Robespierre ou le jeune Napoléon, un peu comme si on regardait l’histoire depuis les coulisses des théâtres nationaux. Les protagonistes s’aiment, se déchirent, se trahissent et le sang et la cruauté coulent partout
Le style est nerveux, précis, très enlevé, émaillé d’anecdotes qui rendent le récit vivant mais très touffu et parfois un peu trop documenté pour le néophyte.
Un excellent travail de divulgation romanesque

Thierry VILA : Le cri (Ed Grasset)
Une métisse embarque sur un navire renifleur de pétrole. l’équipage est entièrement masculin. Elle est reconnue comme un bon médecin mais dans certaines circonstances, elle ne peut s’empêcher de pousser un cri …
Ce livre est inattendu, original et curieux . Le caractère hors du commun de cette femme médecin s’oppose au comportement banal de la plupart des marins incapables de comprendre ou d’accepter ce qui les dépasse. L’auteur maîtrise un suspense bien mené tout en donnant beaucoup de détails techniques sur ce bateau renifleur.
Lecture agréable pour ce thème original

Claudie HUNZINGER : L’Incandescente (Éd Grasset)
« L’Incandescente », c’est Marcelle, une jeune adolescente de seize ans, vive et libre, dont la personnalité fascine ses camarades.
Rédigé à partir de lettres appartenant à sa mère décédée et retrouvées dans un grenier, la narratrice reconstitue le passé d’une bande de filles qui entre seize et vingt deux ans ont échangé une correspondance fournie, racontant leurs joies, leurs émois, leurs projets, leurs déceptions.
La lecture des lettres aurait pu être fastidieuse pour le lecteur mais Claude Hunzinger a su habilement mêler narration et réflexion autour des personnages et leur époque.
Ainsi, la fille d’Emma écrira-t-elle le roman de Marcelle et ses deux ans de folie amoureuse avec sa compagne. Un homme, le père de la narratrice mettra un terme à cette idylle.
L’auteure va de découvertes en découvertes sur ses parents. Elle ne juge pas, elle apprend à les connaître.
Un texte fin et profond, avec un goût de réconciliation.

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Olga  LOSSKY : Le revers de la médaille (Ed Denoël)
Nous sommes en Hongrie dans les années 1930.
Issu d’une famille traditionnelle et bourgeoise, Pal étudiant portraitiste talentueux, espère remporter l’appel au projet  lancé par la monnaie de Budapest. Au moment des résultats, stupéfaction!…!
Déçu et blessé il va s’expatrier sur les injonctions de sa famille devant un danger naissant en Hongrie vis-à-vis des juifs. Réfugié en Europe il brille au firmament des arts tant à Londres qu’à Rome où il s’est fait une belle notoriété. Marié à une jeune anglaise de vingt ans sa cadette, comprenant son génie, elle sera le pivot de sa vie..
Mais ce « fougueux créateur vit dans sa « bulle ». Taciturne, il refuse sa tristesse qui le mine car il a un espoir insensé :  retrouver sa famille toujours en vie, laissée à Budapest. Ne ménageant pas ses efforts et avec beaucoup de discrétion, son épouse arrivera à ses fins. Il s’ouvrira au monde à la fin de sa vie en prenant conscience de l’importance de la transmission. Grâce à l’abnégation et à l’amour de son épouse
Roman émouvant sans pathos, raconté d’une écriture fluide, retraçant le destin d’un homme d’exception face à ses douleurs avec tous les affres de la création d’un médailliste dont l’art est peu connu. Intérêt historique aussi peu connu puisqu’on découvre la Hongrie de 1938 à l’après guerre, avec le sauvetage des juifs des actes horribles des croix fléchées.
Le lecteur rencontrera donc de l’Histoire, de l’art et de l’humanité.
Très beau roman.

 Anne PERCIN : Sous la vague (Ed La brune au Rouergue)
La vie de Bernard Berger-Lafitte bascule le soir où, bien involontairement, son chauffeur Eddy cogne un jeun faon qu’il laisse pour mort dans la forêt. Héritier d’une magnifique propriété et producteur de cognac, Bernard vit seul. Divorcé et père d’une jeune fille très indépendante, sa vie, étrangement, se cale sur l’assurance de son chauffeur, homme tatoué, fumeur de hash et amateur éclairé de rap. Le tsunami et le drame de Fukushima entraîne la chute des cours du cognac, les japonais gros clients de la maison Berger Lafitte ne passent plus commande, il y a urgence à redresser la barre et à faire appel à des investisseurs étrangers, chose que Bernard ne se résoud pas à faire. C’est sans compter sur son ex-femme, toujours active dans la société, l’amant de sa fille, syndicaliste actif et prêt à faire grève, son cher et étrange chauffeur et Bambi le faon retrouvé, rétabli et rendu à la vie sauvage.
Un roman assez peu vraisemblable où les références maritimes justifient le titre « sous la vague », mais qui pèche par l’accumulation de caractères trop caricaturaux.

Céline MINARD : le grand jeu (Ed Payot et Rivages)
Une alpiniste de haut niveau se lance dans une expérience tant physique qu’intellectuelle en s’isolant dans un refuge High Tech accroché à la paroi de la montagne, afin de se mesurer à la nature hostile et à l’isolement pense-t-on. Le lecteur reste assez ignorant quant à la personnalité de la jeune alpiniste mais va la suivre dans sa quête d’absolu à travers ses performances et ses parcours comme de son implantation dans la nature où elle survit par ses propres moyens.
La deuxième partie plus déroutante reste une rencontre avec un étrange être humain  mi chamane, mi nonne avec qui elle se mesurera et s’affrontera jusqu’au dépassement d’elle-même et lui permettra d’aller jusqu’au bout. Mais au bout de quoi ?
Il y a des moments forts de contemplation, de peurs, de réflexion devant cette nature sublime, reposante ou déchainée. Malgré de superbes descriptions de montagne, le vocabulaire de l’escalade n’est pas à la portée de tout un chacun.
Pas de sentiment dans ce roman, pas d’émotion si ce n’est le danger des cimes. Le style précis, froid, dénué de tout sentiment colle bien à l’austérité du paysage. Double jeu : jeu de nature, jeu de recherche d’autrui, ou hors- jeu ?

Arnaud ROUSTAN : Violence du Moyen (Ed L’Age d’Homme)
Aymeric Corbot est rédacteur au « Bureau des Lettres Anonymes ». Son travail consiste à rédiger des lettres pour les clients qui ne savent pas écrire et qui veulent garder l’anonymat vis-à-vis de leurs destinataires.
Sébastien Boffret est l’un de ses clients. Sans emploi, la quarantaine, il s’est pris de passion pour Carole, sa voisine. La lettre anonyme lui permettra de rentrer en contact avec elle. Mais ce ne sont pas des lettres d’amour mais de harcèlement qu’il lui envoie. Il ignore que ses lettres ont éveillé l’intérêt de celle-ci, et qu’il a peut-être une chance. Il la viole et écope de vingt-cinq ans de prison. Commence un échange épistolaire entre les deux hommes, une amitié se lie. Ils se ressemblent, ils sont tous les deux « moyens »
Malgré un style fluide et une idée originale, l’auteur donne une vision des femmes détestable, ce qui en rend la lecture difficile. Une succession d’horreurs, tels que le viol, les idées de meurtre… Dans ce roman tous les hommes ont un problème avec les femmes et par leur solitude une difficile communication entre eux.

 Jean-Baptiste EZANNO : Aux deuils de l’âme (Ed L’âge d’homme)
Un très long roman policier où évoluent trois personnages : Jonathan agent immobilier que le lecteur découvre assez vite être le tueur en série, Solange jeune femme déterminée à venger sa sœur assassinée par Jonathan et la jeune Albane, dix sept ans, innocente, parcourant à toute heure du jour ou de la nuit des kilomètres hors de son quartier trop huppé.
L’auteur divulgue assez vite les faits et se perd en interminables dialogues élaborés et si loin de la vraisemblance que le lecteur subit plus qu’il ne lit les trop nombreuses pages de ce roman. Il est à noter que les seules parenthèses constitueraient à elles seules un roman !
On peut accepter la perversité d’un tueur, l’innocence de Solage et d’Albane mais comment adhérer aux échanges verbeux et philosophiques qui n’en finissent pas et dépassent tout ce qu’on peut imaginer comme conversations entre deux amies !
Il faut vraiment beaucoup de ténacité pour arriver à la dernière page !