Archives mensuelles : septembre 2015

La Seyne-sur-mer
Une exposition remarquable
à la Villa Tamaris Pacha

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Derrière Michel, comte de Pierredon, on découvre celui que l’on a coutume d’appeler Michel Pacha.
Sanaryen d’origine, fils de marin, capitaine au long cours, si l’on connaît son nom, surtout dans le milieu varois et plus particulièrement à la Seyne c’est que, après avoir été deux fois maire de Sanary, il construisit cette cité modèle dans le quartier de Tamaris à la Seyne-sur- mer.
Il et vrai que si l’on connaît son nom, on connaît finalement mal son oeuvre, nous dit Nathalie Bicais, présidente de l’association « A.VE.C » qui, Seynoise de naissance et de cœur, a toujours eu une passion pour ce quartier de Tamaris. Mais aussi pour l’histoire de celui qui fut nommé Pacha par le sultan Abdumeci 1er de Turquie, après avoir construit quelque 152 phares en Méditerranée.

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Cet homme aventureux qui entra à 25 ans aux Messageries Maritimes et devint une légende de l’Empire Ottoman, fut donc aussi un bâtisseur qui créa ce quartier et ce paysage avec passion, talent, imagination, éclectisme, modernité avec cette touche d’orientalisme venu de ses voyages en Turquie. Ce projet qui semblait utopique, devint, dans les années folles, un lieu couru du monde entier, avec ses plages, ses jardins, ses hôtels, ses casinos….
Depuis hélas, le lieu n’a pas toujours évolué dans le bon sens car nombre de ses constructions ont disparu ou ont été modifiées, le lieu n’a pas toujours été entretenu comme cela aurait dû se faire par les mairies successives, afin de préserver cette promenade, l’une des plus belles de la région.

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Et Nathalie Bicais la défend bec et ongles.
Femme multiple, à la fois politique et artiste puisque architecte et sculpteur. Et elle a, entre autres passions, sa ville, son littoral et Michel Pacha.
Avec quelques amis aussi passionnés qu’elle, elle a donc créé l’association « A.VE.C… » qui propose des conférences et des expositions entre autres.
Après le très gros succès obtenu lors de l’exposition Michel Pacha à Sanary, voici quelques mois, elle récidive en la proposant à la Seyne dans un lieu incontournable, puisque c’est la Villa Tamaris Pacha.
L’exposition se tient du 9 au 20 septembre et, en plus de perpétuer l’œuvre de ce grand Varois que les Turcs vénèrent, l’association a lancé un grand concours photo ouvert à tous, amateurs comme professionnels.

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« Notre but – nous confis-t-elle – est bien sûr de rendre hommage à Michel Pacha mais aussi la reconquête de notre patrimoine en créant un regain d’intérêt pour ce lieu qu’est Tamaris, un lieu fort, chargé d’Histoire et porter un regard neuf sur celui-ci afin de participer à sa revalorisation. Au moment où le procès entre l’Université de Lyon et les héritiers de Michel Pacha fait à nouveau débat, nous proposons cette exposition pédagogique pour découvrir qui était ce personnage hors du commun et l’œuvre qu’il nous a laissé mais aussi les raisons de la reconnaissance qu’il mérite, tant au niveau local qu’international. ».
Dès 18h, ce mercredi 9 septembre, la foule s’agglutinait devant la villa Tamaris Pacha et ce n’est pas moins de quelque 400 personnes qui se retrouvèrent à ce vernissage, chiffre rarement atteint en ce lieu qui accueille pourtant nombre d’expositions. L’on a même rencontré des journalistes de la télévision russe.

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Quant à l’exposition est d’un rare niveau de qualité, tant par les panneaux qui ont été montés afin de faire connaître l’œuvre du grand homme, que par l’exposition en parallèle de photographies de Gil Frechet. C’est un parisien reconverti à ce lieu par trois coups de foudre : sa compagne, rencontrée à Paris mais travaillant à la Seyne, Tamaris qu’il a découvert lors de sa première « descente » dans le Var et la photographie puisqu’au départ il est styliste.
Ces trois passions l’ont conduit à consacrer sa première exposition à ce lieu qui pour lui est devenu son Eden.

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L’on découvre aussi une belle expositions de cartes postales anciennes de la collection de M Viale qui nous renvoient à cette époque où Tamaris et les Sablettes étaient le lieu privilégié des vacanciers du monde entier.
Et enfin, un concours avait été lancé par l’association, ouvert à tous, proposant de nous faire découvrir la vision des Sablettes et Tamaris d’aujourd’hui par des yeux d’aujourd’hui.
« Ces différentes expositions – ajoute Nathalie – visent aussi à montrer des points de vue différents sur notre environnement de tous les jours, environnement qu’on finit par ne plus vraiment regarder, afin de le remettre en perspective et de voir son évolution »
Ainsi, furent distribués les prix en ce soir d’inauguration, en présence de toute l’équipe de Nathalie Bicais, de Joseph Mulé, premier adjoint à la ville de Six-Fours, conseiller départemental, Mme Colette Teker, mécène des Arts, Isabelle Bourgeois, adjointe à la culture de la Valette, conseiller régional et nombre de personnalités de la région :
1er, Jérémy Marchal (absent), 2ème, Thierry Le Gall, 3ème, Jorge Luis Gimenez-Perez, 4ème, Tesa Gendrot, 5ème, Sébastien Huclaux.

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L’exposition se poursuit donc jusqu’au 20 septembre avec en point d’orgue, deux conférences qui vous seront proposées le samedi 12 septembre :
A 14h30 : « Histoire d’un bâtisseur et son rêve d’Orient », par Nathalie Bicais
A 16h : « La saga de Michel Pacha » par Jean-Claude Autran, historien, présent à l’inauguration
L’exposition est ouverte de 14h à 18h30, sauf le lundi

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OPÉRA DE TOULON

H Demarquette-®Jean-Philippe Raibaud F Lod+®on

CONCERT – Vendredi 18 septembre 20h
HenrI Demarquette, violoncelle – Frédéric lodéon direction musicale de l’Orchestre Symphonique de l’Opéra de Toulon
Mendelssohn, Bruch, Saint-Saëns, Dvorak, Tchaïkovski, Schubert

HENRI DEMARQUETTE violoncelle
Henri Demarquette entre au Conservatoire de Paris dans la classe de Philippe Muller et Maurice Gendron à l’âge de 13 ans. Après l’obtention de son Prix, il continue ses études auprès de Pierre Fournier, Paul Tortelier et Janos Starker aux Etats-Unis. Yehudi Menuhin le remarque et l’invite à jouer le Concerto de Dvorak sous sa direction à Prague et Paris. En 1996, il est nommé aux Victoires de la musique. La carrière internationale du violoncelliste est lancée et il peut ainsi se produire accompagné des grands orchestres français ou étrangers : Royal Philharmonic Orchestra, l’Orchestre National de France, le London Philharmonic, l’Orchestre de Chambre de Paris, le Tokyo Symphony, l’Orchestre National de Bordeaux-Aquitaine, l’Orchestre Philharmonique de l’Oural, le Sinfonia Varsovia, la NDR de Hanovre… Grand défenseur et promoteur de la musique contemporaine, il créé et collabore aux oeuvres de Pascal Zavaro, Eric Tanguy, Florantine Mulsant, Alexandre Gasparov, Michel Legrand, et Richard Galliano, Laurent Petitgirard, Marcel Landowski, Jean Françaix, Henri Dutilleux. Olivier Greif lui dédie le Concerto Durch Adams Fall. Toujours en quête de créativité, Henri Demarquette s’investit dans des projets originaux et des mélanges instrumentaux peu courant tels que le programme Voce, qui réunit le violoncelle et un choeur acapella dans des oeuvres de la Renaissance et des oeuvres du XXIe siècle ou le programme Arborescence avec lequel il présente l’histoire de la musique au violon, violoncelle.

FRÉDÉRIC LODÉON direction musicale
Frédéric Lodéon étudie au Conservatoire de Paris. Il obtient en 1969 et 1970 les 1ers Prix à l’unanimité de violoncelle et de musique de chambre (classes d’André Navarra et de Jean Hubeau). Il remporte en 1972 le 1er Grand Prix du Concours International Maurice Maréchal. Deux fois Prix du Président de la République, 1er Prix du Concours International Mstislav Rostropovitch, il a enregistré les concertos pour violoncelle de Vivaldi, Haydn, Boccherini, Schumann, Lalo… Les sonates de Schubert, Chostakovitch, Prokofiev, Strauss, Mendelssohn… avec Daria Hovora, les trios de Schubert, Ravel avec Augustin Dumay et Jean-Philippe Collard… Depuis 1990, il se consacre à la direction d’orchestre avec grand succès ; il a notamment dirigé l’Orchestre National de Lyon, du Capitole de Toulouse, de Bordeaux Aquitaine, Philharmonique de Marseille, de Strasbourg, la Philharmonie de Lorraine, l’Orchestre National de Chambre de Toulouse, les orchestres d’Auvergne, de Bretagne, de Haute et Basse Normandie, de Picardie, Cannes PACA, Grenoble, Nouvel Orchestre Symphonique Européen, les Solistes de Montpellier-Moscou, la Philharmonie de Chambre de Bavière, l’Orchestre Leopoldinum de Wroclaw, l’Ensemble Orchestral de Paris, l’Orchestre Philharmonique de Radio France, l’Orchestre de la Radio de Bucarest, l’Orchestre Philharmonique de Taipei, l’Orchestre National de France… Il a enregistré les Suites de Carmen et la Symphonie en ut de Georges Bizet, à la tête de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine. Il a participé à un grand nombre d’émissions de radio et de télévision, où, en plus de son immense talent de musicien, sa grande facilité de parole et sa bonne humeur communicative lui ont gagné le cœur de beaucoup d’auditeurs et de téléspectateurs, même non mélomanes. Parmi ses émissions : « Musique, Maestro ! » (FR3), « Carrefour de Lodéon » (France Inter de 1992 à 2014, France Musique depuis 2014).
En 2007, il reçoit le Prix Richelieu, défense de la langue française. Frédéric Lodéon est Chevalier de la Légion d’Honneur et Officier des Arts et des Lettres.
Depuis plus de dix ans, il co-anime sur France 3 les Victoires de la Musique Classique.

LE TROUVERE 2 -®op+®ra royal de wallonie

OPERA – « Le Trouvère » de Giuseppe Verdi
Vendredi 9 octobre, mardi 13 octobre 20h – dimanche 11 octobre 14h30
Opéra en quatre actes de Giuseppe Verdi (1813-1901) – Livret de Salvatore Cammarano (1801-1852) d’après Antonio García Gutierrez (1813-1884)
Direction musicale Giuliano Carella – Mise en scène Stefano Vizioli
Décors & costumes Alessandro Ciammarughi – Lumières Franco Marri
Avec Yolanda Auyanet – Enkelejda Shkosa – Marie Karall – Marcelo Puente – Giovanni Meoni – Adam Palka – Jérémy Duffau
Murat Karahan, initialement prévu pour le rôle de Manrico, sera remplacé par Marcelo Puente.
Orchestre et chœur de l’Opéra de Toulon
A l’occasion de ces représentations, une conférence sera donnée par Chantal Cazaux vendredi 2 octobre à 18h30 au Foyer Campra.

Toulon – Musée de la Marine
« 1914-1919, la Grande Guerre en Méditerranée »
9 septembre au 8 mai

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Si l’on a beaucoup parlé, écrit, exposé sur la guerre de 14/18, peu de choses ont été faites autour de la Marine et de cette guerre qui s’est déroulée sur le pourtour de la Méditerranée.
C’est aujourd’hui chose faite, grâce au Musée de l’Histoire Maritime de St Tropez et de son conservateur Laurent Pavidis c’est chose faite avec cette exposition qui s’est déroulée en Mai-juin de cette année.

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Et voilà que grâce à Christina Baron, conservatrice du Musée de la Marine de Toulon, cette exposition initiale s’y installe jusqu’au 8 Mai, augmentée de nouveaux documents issus des fonds propres du Musée (affiches, photos, journaux, médailles, manuscrits, tableaux, objets, maquettes, documents officiels ou « secret défense ») et du Conservatoire de la Tenue, sis à l’Arsenal de Toulon, musée orienté vers les costumes, qui a prêté diverses tenues de marins.

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« L’on connaît tout ce qui s’est passé sur les fronts nord et ouest mais en fait, on connaît peu le rôle fondamental qu’a joué la Marine sur le pourtour de la Méditerranée durant cette guerre – nous explique-t-elle : le blocus, le ravitaillement, le transport des troupes, les sous-marins… C’est aussi des histoires individuelles d’hommes, de matelots engagés qui sont restés anonymes. D’ailleurs cette exposition est ponctuée de destins de marins ».
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Ainsi a été imaginée pour les visiteurs, une grande fresque chronologique qui permet de connaître ce qu’a fait la Marine avant 1914 jusqu’à la fin de la guerre. Il suffit de suivre cette frise pour découvrir les faits d’armes, les bateaux ayant participé à cette guerre, qu’ils soient bateaux de guerre, de pêche, de commerce car tous ont été mis à contribution. Et les femmes ne sont pas oubliées dans ce drame puisqu’elles ont dû remplacer les hommes partis au combats, qui n’en sont pour beaucoup pas revenus.

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Ainsi, voit-on, reconstituée en maquettes, une partie de la Flotte avec les unités d’importation, le Bouvet, le Jeanne d’Arc, le Ville de la Ciotat, le croiseur-cuirassé Foudre, les sous-marins et les bateaux de pêche.
Ainsi redécouvre-t-on les costume de travail des matelots, les uniformes des premiers maîtres, des capitaines de frégate, des fusiliers maris.

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Ainsi peut-on visionner un film tourné en 1917 à la gloire des sous-maris allemands, et admirer une superbe maquette du paquebot poste la Plata, des Messageries Maritimes.
Les tranchées aussi ont existé sur le Front d’Orient et un diorama nous les fait découvrir.
Des cartes nous présentent les lieux stratégiques mais une, particulière nous montre les 40 principales épaves qui ont fait le plus de morts. Mais on en dénombre trois fois plus.
Christina Baron nous a fait revivre cette épopée méditerranéenne avec talent et l’exposition est vraiment passionnante, étonnante.

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Le public qui aime l’Histoire, y trouvera son compte et cette exposition a également été conçue pour les scolaires qui devraient, plus que dans un livre, se rendre compte de ce qu’a été cette guerre, pas si lointaine de nous et comment la Marine a contribué à la gagner.
Elle rend bien sûr aussi hommage à tous ces marins , quelques 500.000 hommes courageux et anonymes qui sont morts pour la France.
A découvrir jusqu’au 8 mai.

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Jacques Brachet

FESTIVAL D’AVIGNON – Édition 2015

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En 2014, le nouveau directeur du Festival d’Avignon, Olivier Py, s’était trouvé confronté à de nombreux défis humains et logistiques: protestations des intermittents contre la politique d’austérité, météo diluvienne transformant les spectacles à ciel ouvert en piscines nocturnes.
Au bilan de la saison, le déficit des recettes et les nouvelles baisses de subventions enregistrées ont obligé Olivier Py à se rendre à l’évidence. Résultats: deux jours de moins pour l’édition 2015.
Cependant l’offre est restée plantureuse: une cinquantaine de spectacles au In. De grands metteurs en scène tels Thomas Ostermeier pour Richard III de Shakespeare; création du chorégraphe Angelin Preljocaj sur un texte du romancier Laurent Mauvignier; lecture au long cours et à trois voix de Platon d’Alain Badiou.
Il est à noter que dans sa programmation Olivier Py a misé massivement sur la jeunesse et l’inédit, beaucoup de metteurs en scène trentenaires qui n’ont jamais créé au Festival auparavant ont répondu présent.
Ainsi la picarde Nathalie Garraud sera retenue pour un texte contemporain: « Soudain la nuit », d’Olivier Saccomano. Philippe Berling ( directeur du théâtre de la liberté à Toulon et frère de Charles) adaptera à la scène le roman de Kamel Daoud: « Meursault contre-enquête ».
Pour Olivier Py « le festival d’Avignon, ce n’est pas un catalogue de spectacles, c’est aussi un point de vue utopique sur ce qui se passe dans le monde et sur le fait que ça ne nous laisse pas indifférents. »
Signalons également, qu’Olivier Py a monté lui aussi Shakespeare: « Le Roi Lear » dans la cour d’honneur du Palais des Papes en ouverture du Festival.
Sacrilège diront certains…Avignon même écourté sera toujours polémique! Car n’est-ce pas oublier un peu rapidement que Jean Vilar avait les mêmes pratiques dès la création du Festival en 1947.

Cette année, le Off a célébré sa 50° édition.
Ce qui n’était au départ que quelques spectacles en marge du Festival d’Avignon est devenu un marché théâtral de première importance.
Petit repère chronologique: le 10 juillet 1966, André Benedetto crée « Statues », au théâtre des Carmes; le premier spectacle présenté lors de la programmation officielle du Festival.
Le spectacle fut joué 14 fois. Ce geste libertaire lança ce qui devint ensuite le festival Off Il correspond à l’ensemble des programmations des théâtres privés d’Avignon et de ses alentours et se distingue ainsi d’une programmation artistique uniquement subventionnée par le ministère de la Culture. Etrange paradoxe! L’ambition politique pour la culture fléchit alors même que les artistes n’ont pas perdu le désir ardent de créer et que les spectateurs n’ont pas perdu le goût de la découverte, du plaisir esthétique et de l’enrichissement de la pensée.
Plus que jamais les artistes réfléchissent à l’état du monde. Les représentations qu’ils créent s’inscrivent contre le renoncement et pour la possibilité d’un avenir meileur.
La phrase de Louis Jouvet « -Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à saisir. » est toujours d’actualité, n’est-ce pas au In comme au Off ?

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« Les idiots », d’après Lars Von Trier
Spectacle choc en Avignon. Œuvre rebelle, éloge de la différence. Brûlot politique et comédie humaine.
Mise en scène: Kirill Serebrennikov
Spectacle de 2h40 en russe, sur-titré en français.
L’histoire:
Tout commence avec le Dogme 95: une transposition théâtrale des préceptes stylistiques radicaux du cinéaste Lars Von Trier communiqués au début de la représentation sur des écrans télé disposés de chaque côté de la scène: Aucune lumière artificielle , aucune hypothèse fausse sur le plateau, technique d’acteur: devenir aussi honnête que possible.
Thème principal à partir « des Idiots » de Lars von Trier : Leur mutation à Moscou.
En 1998, le film de Lars Von Trier suivait un groupe d’individus anti-bourgeois à la recherche de leur « idiot intérieur »,qui se dégageaient de leurs inhibitions et se comportaient en public comme des attardés mentaux.

Les questions posées sur la norme, sur la place de la femme, des homosexuels, des handicapés et autres marginaux, asociaux, dans le monde « poutinien » se révèlent plus aiguës.
Les réponses s’avèrent plus violentes, plus menaçantes, plus crues.
Le temps passe vite quand on reçoit un tel spectacle au vitriol, où se ressent la tension qui électrise le plateau.
Les quinze comédiens sont déterminés, généreux, magnifiques de vitalité et de virtuosité.
La troupe évolue avec une grande fluidité, les tableaux sont virtuoses.
J’ai ri(jaune), j’ai été émue, j’ai été indignée…jusqu’au moment final où les faux idiots en rencontrent de « vrais » -les acteurs trisomiques, partenaires de longue date, qui travaillent au Théâtre of Open Hearted- quand les personnages rencontrent les anges, il devient injustifié de continuer à jouer.
Epilogue bouleversant et déconcertant que ce gracieux bal des anges.
J’en frémis encore.

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« Soudain la nuit » d’Olivier Saccomano
Mise en scène: Nathalie Garraud
Spectacle créé le 5 juillet 2015 au lycée Mistral à Avignon
Dernier volet d’un tryptique intitulé « Spectres de l’Europe » qui fait écho à la première phrase du manifeste du Parti Communiste, de Marx et Engels: « Un spectre habite l’Europe: Celui du communisme ».
« Soudain la nuit » part de certains montages fantasmatiques qui dominent aujourd’hui la vie européenne dans son rapport à l’Etranger.
En Europe, récemment les journaux et les cerveaux ont été enflammés par deux virus: Ebola et l’Etat islamique dont la contiguïté virait à l’exposition marquée d’un seul trait: ce qui se joue à nos frontières ne connaît pas les frontières.
L’histoire:
La pièce radiographie l’époque et les origines d’une politique sécuritaire qui transforme notre monde en une démocratie aussi globale que totalitaire.
Sas de contrôle pour nos sociétés contemporaines, l’aéroport -lieu -frontière assez abstrait devient le lieu où se cristallisent les peurs et les fantasmes.
Dans les aéroports, le contrôle des corps est devenu monnaie courante. On peut dissimuler dans son corps des sachets de drogue ou même de l’explosif.
Mais comment voir ce qui se passe dans une âme?
C’est plutôt sur ce plan là que se situe la pièce.
Rien ne va plus quand un jeune homme décède sans raison apparente. Le héros est médecin dans le service médical d’urgence de cet aéroport. C’est un étranger intégré dans la société française qui va être confronté aux peurs et aux fantasmes de tous ces voyageurs confinés dans le même lieu , face aux Autres et à lui-même.
Nul n’échappera aux interrogations, affirmations douloureuses, au cours de cette nuit si longue, dans l’obscurité des autres et de lui-même.
La situation de la pièce est une situation de suspension. Elle fait le vide, elle fait l’immobilité et l’attente quand tout autour d’elle s’agite, gesticule et circule. Il y règne le calme, qui caractérise, paraît-il le cœur des cyclones.

Le dispositif scénique m’a tout d’abord étonnée: des chaises montrant leur dos, cette attente. Pendant quelques minutes, la frontière entre le public et la scène s’est effacée.
Le microscope pointé vers l’inconscient de chacun des personnages, sans chercher à poser un diagnostic aurait pu m’intéresser vu mon passé professionnel.
Ce constat emphatique dans un instant figé d’une nuit a dérapé pour moi sur l’ennui. Dommage…
Il pouvait y avoir quelque chose de fascinant car dans « Soudain la nuit », l’étranger n’est pas forcément l’autre, il est aussi notre part d’inconnu. Sous notre regard, les personnages se mettent à nu, clament leurs motivations les plus intimes, débarrassés des vêtements de la gêne.
Mais comme il est difficile de faire passer à la fois des séquences psychanalytiques de façon systémique et en sous-texte de parler d’actualité, entre dégoût de la pauvreté des sans-domiciles et décapitation terroriste.

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« Le Roi Lear »de Shakespeare, traduction et mise en scène Olivier Py
(Ouverture du Festival d’Avignon)
Nouvellement adaptée par Olivier Py la pièce se pare de quelques effets du monde contemporain mais n’en demeure pas moins une grande œuvre classique
Avec Jean-Damien Barbin, Moustafa Benaïbout, Nâzim Boudjenah, Amira Casar, Céline Chéenne, Laura Ruiz Tamayo, …
L’histoire:
Las de gouverner Lear souhaite partager son royaume entre ses trois filles, mais l’une d’elles insuffisamment flatteuse sera reniée et exilée.
Cordélia la silencieuse était pourtant la plus aimante: c’est ce que le roi déchu apprendra en sombrant dans la folie.
Dans ce sommet de l’art Shakespearien deux intrigues se tressent entre elles (à vous de découvrir l’énigme!) sur fond de violence, noirceur et désespérance.
Une pièce dans laquelle Olivier Py voit avant tout l’effondrement du langage, une pièce pour tous les temps.

On retrouve sur le plateau, tout l’univers de O.Py: piano et perruques, escaliers mobiles, jeu tonitruant, et le théâtre dans le théâtre si cher à Shakespeare.
Dans le jeu des acteurs, une violence incroyable, cette déflagration de la violence du monde moderne. Ce combat perdu de l’homme contre la machine.
Originalité du cercle, du trou, de la béance, de ce vide qui aspire les personnages et l’histoire.
Olivier Py qui a fêté ses 50 ans à la fin du festival n’aurait certainement pas monté Lear comme cela il y a 20 ans.
La dernière image du spectacle que je vous laisse découvrir est glaçante.
On retient son souffle.
La première du « roi Lear » a fortement divisé le public.
Huées mêlées aux applaudissements; cela fait partie du jeu en Avignon.
On ne peut cependant pas nier que la version de l’œuvre engagée et personnelle d’Olivier Py est magnifiquement sténographiée et interprétée.

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« Les deux frères et les lions » de et mise en scène de Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre (et Vincent Debost)
Avec Lisa Pajon, Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre. Participation de Christian Nouaux
Pièce exceptionnelle, petit bijou, d’emblée sur un rythme endiablé émaillé de pauses silencieuses, le ton était donné. Et avec quel brio!
Le public n’était pas oublié: impliqué et questionné avec beaucoup d’humour sur un sujet plus sérieux qu’il n’y paraissait au premier abord.
Avant de s’asseoir, on le sait: on est déjà conquis.
Au sens propre: « une tasse de thé, vous préférez un whisky?. »
Les deux comédiens ouvrent la marche, en chantant et nous installent. Le toast à la « Reine et à l’Angleterre » est porté.
Le spectacle peut commencer.
L’histoire
C’est un conte tiré d’une histoire vraie.
Celle de deux frères jumeaux anglais, issus d’un milieu pauvre, qui sont devenus à la fin du XX° siècle l’une des plus grosses fortunes britanniques.
Avec son « frère jumeau », la comédienne Lisa Pajon, merveilleux double du premier mais avec pour elle regard magnétique et sourire éclatant, pour jouer le frère introverti et prudent, de façon forte, ils vont raconter à l’unisson et parfois en canon, en jogging bleu électrique super eighties, comment partis de rien, ils ont construit un empire considérable.

L’homme est un lion pour l’homme: c’est vrai et très anglais.
Pas plus que leurs personnages: -« je ne lâche jamais »-, et comme eux doués d’une énergie et d’une vitalité à couper le souffle, ils ne vous perdront une seconde, revenant avec du champagne pour trinquer avec vous leur premier million, dansant et se jetant couchés sur les spectateurs. Quel dynamisme!
Fraternité et capitalisme seront axes du texte.
La pièce raconte comment ces frères qui ont été victimes d’humiliation en raison de leurs origines se déshumanisent et peu à peu se transforment en monstres.
Ces deux « bêtes de scène » -l ionceaux voraces puis monstres perclus de vieillesse – racontent les différentes mutations au cours du XX° siècle du capitalisme qui va devenir l’arme de leur vengeance.
Les interlocuteurs des deux frères ne seront jamais visibles. Un seul apparaîtra via Skype. Et le récit d’alterner avec des phrases plus orales où le duo nous explique ses stratégies.
Les deux frères ont un ennemi: l »‘Etat qui les pousse à installer leur argent avec « discrétion et secret à l’abri de toute juridiction ». Faut-il les en blâmer? Et au fait, sont-ils si sympathiques ces deux frères? Derrière ce que nous inspirent leurs interprètes tous deux brillants…?
A chacun de trouver ses réponses…

Le spectacle met en tout cas ses héros, vers son milieu, dans un point culminant, une situation folle: a plus de soixante-dix ans ils ont installé la capitale de leur empire sur une île qu’ils ont achetée au large de l’île de Sercq: une possession insulaire qu’ils ne peuvent pas léguer à leurs filles respectives du fait du droit normand.
Car l’île de Sercq au début du XXI° siècle était encore régie par un système féodal excluant, des successions, les femmes….
La suite du spectacle:
Un janus théâtral: comique et dramatique, énergétique et désespérant, attachant et inquiétant.
L’histoire se révèle à la fin triste et angoissante, irréelle et cauchemardesque. Monde libéral sans libéralité où ce que l’on ne pouvait acheter jadis se vend désormais publiquement.
Un conseil : cochez sur votre agenda ce spectacle.
Imitez cette histoire véridique de parvenus: parvenez à votre fin!

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« La conférence des oiseaux »
Récit théâtral de Jean-Claude Carrière, d’après le texte de Farid Uddin Attar
Mise en scène et interprétation: de Pierre Lamoureux
C’est un spectacle qui a déjà été présenté à Paris, en Iran, en Suisse, en Russie, au Barheim et en Avignon saisons 2002/2003/2004 et 2014.
Reprise en coréalisation pour 2015.
Ce n’est pas donc pas une création, me direz-vous. Qu’importe!
Quand les réalisations sont réussies, elles n’ont pas d’âge…

Vous trouverez au cours de ce spectacle qui dure 1h15 un moment exquis de grâce donné par un danseur oiseau qui mime toutes les attitudes des volatiles. Pour quelle histoire?
Pour un récit initiatique, joyau de la littérature soufie. La huppe messagère d’amour dans le Coran exhorte tous les oiseaux à partir à la recherche de l’oiseau Simorg, symbole de Dieu dans la tradition mystique persane.
Chaque oiseau est l’expression d’un caractère humain. Je laisse à votre imaginaire, à votre capacité de rêver de vous envoler même si à travers un ou plusieurs oiseaux vous avez reconnu l’expression d’un caractère humain. Est-ce le vôtre? Je ne vous le demanderai pas car au travers du périple des oiseaux, c’est le voyage de l’homme à la recherche de lui-même que nous découvrons.
Merveilleux conte philosophique. Belle composition d’acteur à la gestuelle riche pour nous faire voir 32 personnages: hibou, rossignol, paon, huppe, etc.…
Voyage de rêve entre le théâtre, le mime et la danse, mis en valeur par l’absence de décor et la beauté des lumières en plus du texte non dénué d’humour.

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« Matière à rire, textes de Raymond Devos
Mise en scène et jeu : Christophe Feltz – Musique: Grégory Ott
Compagnie Théâtre Lumière
C’est un théâtre musical à partir d’un montage original de textes issus de l’œuvre du poète humoriste Raymond Devos.
Spectacle en tournée depuis janvier 2014 (50 représentations) dans toute la France et à l’étranger.
Pur bonheur de retrouver la poésie et la finesse de Raymond Devos.
Quel plaisir aussi d’entendre la beauté et la subtilité de la langue française, totalement inconnues au bataillon de tous ceux qui s’autoproclament humoristes!
N’est pas humoriste qui veut. Saisir les univers qui nous entourent de manière surréaliste et rendre les situations les plus banales en situations absurdes et délirantes dans un certain esprit et une sensibilité exacerbée.
Retrouver Devos n’est pas un pèlerinage. C’est une bouffée d’air. Respirer sa dérision, sa fantaisie, sa liberté, rajeunit. Il n’hésite pas avec humilité, pudeur, sincérité, à nous livrer son intimité, ses angoisses, ses blessures, ses joies et ses éclats de rire avec empathie et générosité.
Il n’aurait pas son pareil pour dénoncer ce monde libéral, sans libéralité, où ce que l’on pouvait acheter jadis se vend désormais publiquement et où l’on invoque le bien commun les yeux mouillés pour défendre les biens particuliers.
Que dirait-il de cette fraternité oubliée, de ce monde enfermé sur lui-même, où les soucis matérialistes « égocentrés » et sans véritable espoir, font que de nombreux hommes ne vivent que pour porter leur ego en collier.
La grossièreté, la vulgarité, les propos violents de certains humoristes les empêchent bien souvent de faire passer ce que donnait Devos à son public: l’Amour au sens noble du terme.
Vous trouverez, choisi par Christophe Feltz, un choix judicieux de textes de Devos, extraits de son recueil culte « Sens dessus dessous », dits de façon personnelle, avec respect sans dévotion inutile. Spectacle lumineux et fin qui vaut le détour. Feltz inspiré par Devos cultivera au mieux votre capacité d’émerveillement.
Mise en scène poétique et scénographie très sobres. Jeu du comédien également. A signaler les compositions musicales de Grégory Ott qu’il a voulues « dans la veine de Devos, dans un monde d’absurde, un beau terrain de jeu et de création ».

Annie RAVIER

LA ROCHELLE, 9 au 13 septembre
FESTIVAL DE LA FICTION TV
17ème Rendez-vous de la Création française
et européenne

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Professionnels et amateurs de fiction se retrouveront à La Rochelle avec le meilleur de la création audiovisuelle française et étrangère du 9 au 13 septembre 2015.
Créé en 1999 par Quentin Raspail (photo avec Fleur Pèlerin, ministre de la Culture) le FESTIVAL DE LA FICTION TV est devenu l’événement incontournable de la rentrée audiovisuelle, un lieu unique d’échanges, de dialogues et de rencontres.
35 000 spectateurs et 2 000 professionnels sont attendus sur le cours des Dames pour découvrir plus de 45 œuvres françaises et internationales, dont une trentaine de séries en compétition et hors compétition.
Réunis en un même lieu, à un moment important de la rentrée audiovisuelle française, les professionnels rencontreront les créateurs européens et internationaux, pour construire ensemble la fiction de demain.
Le public rencontrera ses héros de fictions TV lors des projections gratuites, des séances de dédicaces et des photocalls organisés sur le port de La Rochelle.

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Le Festival rendra hommage à Jan Mojto (Photo), Président Directeur Général de Beta Film, l’un des principaux groupes audiovisuels européens. Pionnier des grandes évolutions de la télévision commerciale, il a contribué à transformer l’industrie audiovisuelle européenne, la hissant à un haut niveau de qualité capable de concurrencer l’industrie américaine. Lors d’une Masterclass, Jan Mojto livrera le secret de sa réussite et de ses nombreux succès, ainsi que son analyse sur l’évolution de la fiction internationale dans les prochaines années.
11 fictions étrangères (7 séries, 2 mini-séries, 2 unitaires) seront présentées parmi les 38 œuvres de la compétition officielle. 2 séries étrangères seront présentées en hors compétition et feront l’objet d’études de cas en présence de leurs créateurs.
27 œuvres françaises inédites, en compétition officielle reflèteront le meilleur de la rentrée audiovisuelle. 11 téléfilms, 6 séries, 4 programmes courts en série, 6 Web séries. Ces oeuvres seront soumises au regard du Jury qui décernera 14 Prix lors de la Cérémonie de Remise des Prix, le samedi 12 septembre 2015 à 21h à l’Espace Encan.

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Le Jury sera présidé cette année par Michèle Laroque (photo) et réunira Camilla Ahlgren (scénariste, script editor), Julien Boisselier (comédien), Christophe La Pinta (compositeur), Sophie Lebarbier (showrunner, scénariste), Philippe Lefebvre (acteur, scénariste, réalisateur), Fanny Robert (showrunner, scénariste) et Virginie Sauveur (Auteur, réalisatrice).
En marge de la compétition officielle, les chaînes présenteront en hors compétition leurs séries événements, grands rendez-vous de la rentrée audiovisuelle 2015-2016, lors des projections qui se tiendront chaque soir.