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Six-Fours – Les nuits du Cygne
Gautier CAPUCON : Un magnifique bouquet final

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Après le frère… l’autre frère !
Pour la troisième fois le violoncelliste Gautier Capuçon a enflammé la cour d’honneur de la maison du Cygne.
Il a tout du gendre idéal : beau, simple, souriant, chaleureux… Et par-dessus tout ça, avec son violoncelle il enflamme le public.
Il arrive tout souriant avec son pianiste Franck Braley, regard de connivence et aussitôt Gautier nous souhaite une bonne soirée et, à l’opposé de son frère, Renaud, plus réservé, plus intériorisé, les yeux, fermés, comme dans une bulle, il va, tout au long de la soirée, nous raconter l’histoire de chaque morceau qu’il interprètera et c’est toujours passionnant de savoir comment est née une œuvre, pourquoi elle est née et comment elle a pu évoluer avec le temps, être détournée en passant d’un instrument à l’autre.

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Il démarre tout en énergie avec un adagio-allegro de Robert Schumann, en passant de l’un à l’autre avec élégance. Puis il passe à « Louange » d’Olivier Messiaen, œuvre écrite durant l’internement du compositeur en 1940 et qu’il a interprété pour la première fois dans le camp où il était interné. Gautier  rend également hommage au grand pianiste Nicholas Angelich qui vient de décéder  le 19 avril à l’âge de 51 ans et qui, comme son frère, a joué avec lui. Moment émouvant avec une minute de silence. Il en profite pour également rendre hommage à l’Ukraine où il a donné deux concerts en avril et où il garde tendresse et tristesse.
Et puis, première surprise, il invite un jeune pianiste hyérois, Kim Bernard qui a reçu le prix de la fondation qu’il a créée pour accompagner et transmettre ses valeurs artistique à un jeune musicien d’exception, et dont le premier album sortira le 17 juin.

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Il lui laisse la scène pour deux morceaux et, à 22 ans, il a déjà tout d’un grand, la maîtrise, la concentration et il a totalement charmé le public avec deux extraits de ce CD : « Reflets dans l’eau » et « Isle joyeuse » de Claude Debussy.. Il reviendra plus tard pour un duo avec le maître, une magnifique interprétation d’un morceau de Piazzola « Oblivion ».
Après « Vocalise » de Rackmaninov, écrit sans paroles pour une soprano et que Gautier remanie avec infiniment d’inventivité, il se lance dans ce qu’on appelle « un morceau de bravoure » signé Paganini dont l’histoire est édifiante : le morceau est tellement rapide et enlevé qu’un soir le compositeur en casse trois cordes de son violon et finira avec une corde ! Rossini, paraît-il, en a pleuré !

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Gautier a gardé ses cordes mais ses doigts, comme des papillons, virevoltent sur les quatre avec une folle agilité. Et son pianiste, en toute complicité est en totale osmose avec lui.
Et puis, après la splendide sonate N°3 de Beethoven, le premier final nous offre encore un moment extraordinaire, qu’on avait déjà pu apprécier lors de son premier passage au Cygne, l’incroyable « Gzardaz » de Monti, avec, là encore, une incroyable performance.
Mais ce n’était pas fini pour autant puisque revoilà le violoncelliste et les deux pianistes, bien serrés sur la banquette pour nous offrir une œuvre… pour six mains !

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Ce fut du délire et sur cette originale interprétation, le public partit le cœur d’étoiles.
L’on devait retrouver Gautier le lendemain matin à 8h30 (Fallait le faire !) pour venir, en compagnie de jeunes musiciens et du maire de Six-Fours, Jean-Sébastien Vialatte, changer l’archet de son violon pour… une pelle avec laquelle ils plantèrent un chêne (enfin symboliquement, l’arbre ayant déjà trois mètres de haut) et jetèrent la terre au pied de celui-ci !
A 8h45, tout était fait et Gautier partit très vite vers Marignane pour prendre un avion qui l’emmenait… à Istanbul, avant de repartir au château de Schönbrunn en Autriche, son voyage musical l’emmenant dans le monde entier.
Mais il reviendra pour sa tournée « Un été en France », comme l’an dernier, et il nous offrira, le dimanche 24 juillet, son dernier concert estival au Parc de la Méditerranée, accompagné de jeunes musiciens et d’une compagnie de danse. Concert gratuit à 21h, suivi d’un feu d’artifice, où vous pourrez assister au spectacle en pique-niquant dans l’herbe !
Le feu d’artifice, nous l’avons eu avec ce dernier concert des Nuits du Cygne.

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Bravo l’artiste ! Et bravo la Municipalité pour cet étincelant festival.
PS. Le temps entre son arrivée et son départ de Six-Fours, ne nous a pas permis de faire une interview avec Gautier Caapuçon… mais qu’il m’a promis qu’il aurait lieu lors de son retour en juillet.
Dont acte !

Jacques Brachet


Six-Fours – Nuits du Cygne
Renaud CAPUCON : Passion, émotion, transmission

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Et revoilà Renaud Capuçon, de retour à la Maison du Cygne où, comme l’an dernier, il nous offrait un magnifique concert accompagné par le jeune virtuose Guillaume Bellom au piano.
Un concert différent de l’an dernier puisqu’il nous proposait trois sonates pour violon et piano, de Robert Schumann, de Johannes Brahms et de César Franck.
Un concert très intime devant un public attentif. Mais peut-être un concert un peu linéaire dans lequel il manquait un zeste de fantaisie, un peu de punch, d’énergie, même si, comme à chaque fois, ces sonates étaient magistralement interprétées.
Par contre, le final fut très émouvant avec la sublime « Méditation de Thaïs » de Massenet et retour avec le « Clair de Lune » de Debussy, qui fut aussi, coïncidence, le final de Nemanja Radulovic et Laure Favre-Kahn.
Un Renaud Capuçon toujours inspiré, concentré, les yeux fermés…
Du grand art.

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Je devais les retrouver le lendemain où ils recevaient des élèves du conservatoire puis Renaud m’offrit un joli moment d’entretien.
Souriant, réservé, il sait partager sa passion, qui fait partie de son crédo : Passion, émotion, transmission.
Avec Guillaume Bellom, tous deux répondirent aux nombreuses questions de ces élèves, musiciens en herbe, avec gentillesse, patience et joie de pouvoir partager avec eux ce moment de connivence. Moment qui se termina par un extrait d’une œuvre de Bach très enlevée, comme on aurait aimé en entendre lors de leur récital. Des écoliers leur offrirent une chanson que Renaud filma.

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Puis c’est avec une extrême gentillesse que nous bavardâmes sur un banc de ce magnifique jardin.
« C’est un bonheur – m’avoue-t-il – que de jouer dans ce lieu où l’on se sent bien, où la musique peut s’exprimer de façon naturelle et d’être accueilli par des gens qui aiment l’art. On le ressent et on a envie d’y revenir.
Ce qui sera le cas ? Puisque vous et votre frère semblent être devenus des membres honoraires, vous deux fois, lui, trois fois dans quelques jours !
(Il rit) Non, nous ne sommes que des invités qui ont du plaisir à retrouver ce lieu. Et bien sûr que si l’on m’invite, je reviendrai avec plaisir !
Vous êtres déjà responsable de deux festivals !
Oui, celui du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence et celui de Lausanne dont je suis chef de l’orchestre de chambre.
Vous en aviez créé un près de chez vous…
Oui, à Ravoire, près de Chambéry où je suis né. Mais c’est terminé.
Vous avez écrit, juste avant le Covid, un livre de souvenirs et vous avez sorti un double CD « Un violon à Paris » (Erato). Parlons-en !
Le livre, intitulé « Mouvement perpétuel » (Flammarion) est à la fois un livre de souvenirs car j’ai vécu beaucoup de beaux événements et de rencontres de gens à qui je voulais rendre hommage. C’est un livre qui retrace mon parcours de mes débuts jusqu’à mes 45 ans et qui s’adresse entre autre aux gens qui ont envie de faire ce métier. Pour leur dire que lorsqu’on a du talent ce  n’est pas tout, il faut un travail acharné pour en arriver là, beaucoup de passion et de chance. C’est ce que j’ai dit à tous ces gosses qui rêvent de faire ce métier mais qui ne se fait pas avec facilité.
J’ai adoré ce moment de rencontre avec ces enfants et je me dis que, parmi eux, s’il y en a deux ou trois qui continueront, c’est gagné. Je suis très épris de transmission.

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C’est d’ailleurs l’un des mots de votre crédo : Passion, émotion, transmission…
Oui, on ne peut faire ce métier sans passion, il faut qu’elle soit omniprésente. L’émotion c’est ce qui rythme notre vie d’artiste et pas seulement mais c’et la musique qui me procure cette émotion. La transmission, c’est ce que nous avons fait ce matin et ce que je fais dès que cela est possible.
Vous leur disiez d’ailleurs, que jeune, vous n’étiez pas bon. Mais quand même, un 1er prix de musique et un premier prix de violon à 17 ans et très vite vous avez joué avec des pointures comme Nicolas Angelich, Hélène Grimaud…
Oui, mais c’est grâce à beaucoup de travail et de persévérance. On n’arrive pas à une carrière sans cela. Et c’est tous les jours une remise en question pour devenir meilleur.
Pour en revenir à votre livre qui s’intitule « Mouvement perpétuel », avez-vous joué ce morceau dingue à jouer de Paganini ?
Oui, lorsque j’étais jeune. Mais ça me fait penser que depuis je n’y ai plus touché. Peut-être faudrait-il un jour que j’y repense.
Par contre, ce n’est pas qu’à lui que j’ai pensé mais aussi au poème éponyme d’Aragon, mais encore au mouvement perpétuel d’une montre.
Et chose drôle, un mois après la sortie du livre, il y a eu le Covid qui a tout arrêté ; en terme de mouvement perpétuel c’était un peu raté !
Pareil pour le disque ?
Alors là, non. Il s’est fait durant le Covid. Ne pouvant jouer sur scène, tous les soirs je jouais un morceau en direct sur les réseaux sociaux, durant 56 jours. Ce double album est ainsi  formé de titres que je jouais soir après soir avec Guillaume Bellom.

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Vous dites ne pas simplement aimer la musique classique mais LA musique en général. On s’en aperçoit avec ce dernier disque où se côtoient Haendel et Chaplin, Chopin et Morricone, Tchaïkovski et Grapelli…
Oui, bien sûr, il y a plein de musique que j’écoute et que j’aime. Je les traite de façon classique car les mélodies sont belles et intemporelles, sans tomber dans le populisme, en restant naturel, en restant soi-même. Je ne veux pas être un musicien qui regarde de haut parce qu’il joue de la musique classique. Si la musique est bonne, on peut naturellement la jouer.
Justement, c’est pour cela qu’on vous retrouve sur le concert des Enfoirés ?
Justement, c’est parce que Jean-Jacques Goldman me l’a demandé et qu’étant amis, je ne peux pas dire non. D’autant que cette année j’ai joué en duo avec Catherine Lara et c’était très symbolique d’une rencontre de deux générations.
De plus, Catherine a du talent et est une femme très sympathique.
Mais là, comme pour Johnny, je fais que jouer ce que j’aime, ce que je ressens. Je suis toujours guidé par l’émotion, par le partage.
Vous aimez nombre de compositeurs. Auxquels vont vos préférences ? Et comment les choisissez-vous lorsque vous créez un nouvel album ?
A part Bach, qui est peut-être mon préféré, j’aime aussi Schubert, Mozart, Beethoven… Tout dépend des moments, ça se fait de façon naturelle, suivant mes états d’âme, mes rencontres. Un disque se fait sur une rencontre, une envie…. Par exemple, je travaille avec l’orchestre de Lausanne et mon inspiration s’est cristallisée sur « Les quatre saisons » de Vivaldi qui sera mon prochain album. J’y ajouterai deux concertos que j’ai découverts, signés du Chevalier de St Georges.
Par contre, il y a des compositeurs que j’aime mais que je laisse à d’autres qui les jouent mieux que moi.
Vous êtes issu d’une famille de musiciens, il y a vous et Gautier…
Ma sœur qui est pianiste non professionnelle et orthophoniste !
A quand une rencontre à Six-Fours avec Gautier ?
Pourquoi pas ? Nous avons beaucoup joué ensemble. Pour le moment chacun fait sa route mais tout reste ouvert. On ne joue pas par opportunisme, pour faire un coup, même avec lui, il faut une rencontre, une envie de partager une œuvre… Le temps nous le dira ! »

Propos recueillis par Jacques Brachet


Éric LEVI… « Era »… c’est lui !

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Éric Levi… Qui connait son visage, et à la limite, son nom, sinon ceux qui vont voir le spectacle magique qu’est « Era » puisqu’il en est le créateur. Sur scène, lui n’a pas de masque mais il se cache derrière sa musique et tout le monde connaît « Era » qui a fait le tour du monde.
Curieux cheminement que celui d’Éric qui a débuté par du hard rock, puis du rock, ce qui l’a fait travailler avec des artiste comme Corinne et Bertignac, Higelin, écrire une douzaine de musiques de films dont celle des « Visiteurs », loin du rock mais tout aussi efficace et devenue aujourd’hui indissociable du film, musique d’ailleurs nommée aux César en 93.
Il a même écriot un morceau pour le pape, chanté, excusez u peu, par Dee Dee Bridgewater et Andrea Bocelli « I believe » !
« Era » c’est un virement, sinon à 180 mais au mois à 9O° douze millions de disques vendus de par le monde puisqu’Eric nous plonge dans le monde de l’Héroïc Fantaisy, mélange de musique moyenâgeuse et de rock aux solos de guitares saturées, de batterie, de voix de femmes angéliques et d’hommes à la voix puissante. Sans compter que le spectacle est féérique où l’on en prend plein les yeux et les oreilles. Il y adapte aussi des morceaux classiques comme « Carmina Burana » de Karl Off devenu « The mass », ou encore le fameux adagio d’Albinoni devenu « Abbey Road Blues » et ça s’adapte magnifiquement.
Vous pouvez déjà en avoir un aperçu avec ce double album qui vient de sortir « Live expérience » (Sony Music) qui vous offre un concert live  et une reprise de trois succès dont « Ameno », revus et corrigés.
A la suite de cette sortie et après près de deux ans de covid, Eric-Era sera en tournée en France, suisse, Belgique, Italie, avec arrêt au Nikaïa à Nice le mardi 13 décembre.
Il faut le voir et l’écouter pour le croire.

ERA-TLE-VISUEL3000 - Crédit Denis Tribhou.jpg 3

Rencontre avec Eric Levi
« Eric, comment se fait-il qu’Era soit connu du monde entier et pas Éric Levi ?
C’est un choix. Je ne suis ni chanteur ni comédien et « Era » est au départ un projet. Je ne vois donc pas l’intérêt d’une présence frontale de ma part.
C’est en fait un projet de musique de film… sans film !
Comment définiriez-vous votre musique ?
C’est un OVNI ! Une musique mélange d’Héroïc Fantaisy, de rock qui est cohérent, que j’ai eu du mal à faire accepter aux maisons de disques qui n’y croyaient pas et qui a aujourd’hui une résonnance universelle. Mais ce n’est pas moi qui ai inventé cette musique, je l’ai seulement remise à la mode avec des sons d’aujourd’hui. Et le public, même jeune, s’y retrouve.
Sans compter le nombre de films qui ont adopté cette musique come « Games of thrones » et quelques autres.
C’est grâce aux « Visiteurs » qu’on vous a connu ?
Pas vraiment car au départ, nous n’avons vendu que 35.000 albums de la B.O, malgré sa nomination aux César. Sans compter qu’elle n’a pas dépassé la France.  Aujourd’hui le film est devenu mythique et la musique en est indissociable.
J’ai dû attendre quatre ans pour que naisse « Era ». J’avais cette idée en tête depuis longtemps mais comme personne n’en voulait j’ai fini par produire le premier disque… sans maison de disques !

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Que signifie « Era »
C’est une reine, un règne, une période, avec pour notion le bien contre le mal.
En fait, avant « Era », vous avez eu une période rock…
Et même hard rock ! J’avais créé un groupe nommé Shakin’n Street dans lequel sont venus jouer Bertignanc et Corinne du groupe Téléphone. Nous avons fait une immense tournée aux Etats-Unis avec des groupes comme Blue Oyster Cult, AC/DC, Black Sabbath, Trust… A l’époque le rock français ne marchait pas en France. Du coup nous avons fait beaucoup de choses aux USA.
Mais l’on retrouve du rock dans le spectacle que je considère comme un opéra-rock avec cette chorale mobile, ces chanteurs. C’est plus qu’un simple concert, il y a un son plus costaud et des lumières incroyables. C’est un univers particulier et là encore, j’ai eu du mal à trouver un producteur car je ne voulais pas d’un spectacle à l’économie.
Au départ, « Era » était un clip…
Oui et c’est lui qui nous a fait connaître Beaucoup de gens l’ont découvert sur TF1 et c’est vrai que ça a été un tremplin pour nous, même si c’était alors considéré comme un projet marginal.
Vous repartez donc en tournée.
Oui, après deux ans d’arrêt qui nous a fait tout annuler puisque lorsque le covid a démarré, notre tournée internationale démarrait aussi. Nous avions des dates dans le monde entier, même à Moscou… Je  pense que nous n’irons pas !
Nous commençons déjà une tournée française, puis européenne et nous sommes en train de récupérer les autres dates. C’est assez difficile car aujourd’hui tout le monde se précipite pour faire de même… Ça se bouscule.
Deux ans et demi d’arrêt, ça a été frustrant pour tout le monde !

5 Era Live Experience - Arkea Arena - Photo : Benjamin Pavone

Pour en revenir à la Russie, Vincent Niclo a enregistré « Ameno » avec les Chœurs de l’Armée Rouge. Qu’en avez-vous pensé ?
Il a eu la gentillesse de m’envoyer le disque et ce qu’il a fait est très bien, dans un autre style, plus martial ! Mais il n’y a pas que lui, il y a aussi le nigérien Goya Menor qui en a fait une version rap africain qui a fait le tour de la planète.
Beaucoup d’autres l’ont enregistré dont Janet Jackson. C’est bien qu’une musique vive et voyage, car la musique, c’est intemporel ».

Propos recueillis par Jacques Brachet





Notes de musique

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JAZZ OUT OF NORWAY- (Jazz CD.NO 10th set 2022) – Coffret 2 CD – 30 titres.
Comme tous les pays scandinaves la Norvège est terre de musique ; elle a donné naissance à nombre d’excellents jazzwomen et jazzmen dont le saxophoniste Jan Garbarek, et le guitariste Terje Rypdal pour n’en citer que deux parmi les plus connus chez nous. Ce phénomène est d’autant plus surprenant au vu d’une population de seulement 5 millions d’habitants.
Music Norway présente dans un élégant et riche coffret 15 groupes, allant du duo au quintette pour le CD 1, et 15 autres groupes regroupant de plus grandes formations jusqu’au Big band dans le CD 2.
C’est donc un panorama exhaustif de la scène du jazz en Norvège. On constatera qu’elle est active avec un très grand nombre de groupes de grande qualité musicale. Il serait fastidieux de citer tous les musiciens et tous les morceaux, d’autant que tous les renseignements souhaitables sont sur le livret : composition des groupes, exposé de chaque projet musical, le tout enrichi de belles photos.
Si vous voulez découvrir ce jazz venu du Grand Nord, ce coffret est pour vous. Tous les styles de jazz y sont représentés, jusqu’à des créations personnelles parfaitement dans le jazz de pointe d’aujourd’hui
COCO MÉLIÈS – Nothing Goes to Waste – (Big in the Garden)
Une rencontre fortuite entre les auteurs-compositeurs-interprètes Francesca Como et David Méliès près de Montréal, et le groupe Coco Méliès était né. En 2011 après « The Walking Birds » et leur premier album « Lighthouse » en 2014, le duo canadien voguait vers le succès international et remportait le Prix Groupe Vocal au Canada en 2017.
Voici donc leur nouvel album dans lequel le duo est accompagné par Simon Bilodeau (dm, perc), Charles Robert-Gaudette (b, synth, p), Julien Thibault (b), Sara Jasmin (vln, viola), Julie Jamin (vln), Bertrand Margelidon (tp, flh) pour interpréter des arrangements très diversifiés qui non seulement mettent la chanteuse en valeur mais font de chaque chanson une œuvre complète, sous une forte influence jazz. Ajoutons que toutes sont interprétées sur des tempos médiums ou lents, ce qui crée une atmosphère envoutante.
Dans une tessiture médium la voix de Francesca Como est émouvante et grave, sensuelle, avec des reflets métalliques qui lui donnent du caractère et du mordant ; sans oublier un charme indéniable. A vos platines !

Serge Baudot


Six-Fours – Maison du Cygne
Nemanja RADULOVIc et Laure FAVRE-KAHN
ouvrent le bal de la Vague classique

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Physiquement, c’est le yin et le yang.
Nemaja Radulovic, crinière à la Samson petites lunettes qui lui donnent un air romantique, est violoniste. Il est franco-serbe.
Laure Favre-Kahn, blonde Ophélie aux yeux couleur de Provence, est pianiste. Elle est arlésienne.
Ils forment un couple magnifique, un couple musical romantique à souhait et ce sont eux qui ouvrent le bal de la saison musicale « La vague classique » à la Maison du Cygne de Six-Fours.
Doués et talentueux, lui a commencé le violon à 7 ans, elle a débuté le piano à 4 ans.
C’est à la Maison du Cygne, en plein midi, qu’on les rencontre alors qu’ils terminent leur répétition. Ambiance on ne peut plus décontractée, souriante. On sent tout de suite une grande complicité.
Et en toute simplicité, ils rencontrent quelques musiciens en herbe issus du Conservatoire de Musique de Toulon Et Laure aura ce joli geste de demander à l’un d’eux de tourner les pages des partitions lors du concert.
Après quoi, ils me concèdent un moment d’entretien avec une gentillesse infinie.

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« Nemanja, Laure, depuis combien de temps travaillez-vous ensemble ?
Nemanja : Cela fait 18 ans. Nous nous sommes rencontrées au MIDEM à Cannes grâce à Frédéric Lodéon, violoncelliste et chef d’orchestre. On jouait chacun en solo, il nous a fait nous rencontrer, nous nous sommes tout de suite entendus, nous nous sommes dit : pourquoi ne  pas jouer ensemble ?
Nemanja, vous êtes serbe, vous avez commencé le violon à 7 ans. Aviez-vous des parents musiciens ?
Pas du tout même, même si j’ai un oncle chanteur et si mes parents ont toujours aimé la musique. Du coup, mes deux sœurs et moi avons baigné dans la musique, même s’ils ne pratiquaient pas. Pourquoi le violon ? Je ne sais pas trop mais l’instrument m’a plu et j’ai continué.
Et vous Laure ?
C’est un peu la même chose, mes parents n’étant pas musiciens mais aimant beaucoup la musique, ils m’ont toujours encouragée, n’ont jamais mis un frein à ma passion. J’ai découvert le piano à 4 ans sans au départ avoir la pensée d’en faire mon métier et comme Nemanja, je ne l’ai jamais quitté.
L’un vient de Serbie, l’autre de Provence et vous voilà tous deux à Paris !
Semanja : Après le conservatoire de Sarrebruck et la Faculté des Arts de Belgrade, j’ai quitté la Serbie à 15 ans  avec toute ma famille. Car nous sommes très unis et ils m’ont tous suivi ! Je suis entré au Conservatoire National de Musique de Paris avec pour professeur le violoniste Patrice Fontanarosa.
Laure : Je suis entré au conservatoire d’Avignon puis j’ai continué au Conservatoire de Paris, mon professeur étant le pianiste Bruno Rigutto. Mes parents, eux, ne m’ont pas suivie mais m’ont permis de pouvoir suivre mon chemin. C’était en 91, j’ai obtenu le premier prix en 93, j’avais 17  ans. Je suis alors devenue parisienne d’adoption mais je reviens le plus souvent possible chez moi… C’est moins loin que la Serbie !
Et vous, Nemenja ?
Moi aussi je reviens  chez moi quand je peux… Même, comme le dit Laure, si c’est un peu loin ! J’’ai la double nationalité franco-serbe.

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Tous deux vous avez été à bonne école avec deux superbes professeurs !
Laure : Oui, nous avons eu beaucoup de chance. De plus, tous deux sont très amis.
Pour jouer ensemble, il faut avoir les mêmes goûts musicaux… Comment ça se passe ?
Nemanja : Heureusement, nous avons les mêmes goûts communs à 80%, ce qui nous laisse un grand choix, même si nous avons quelques différences.Moi, j’aime jouer Mozart, Beethoven, elle pas spécialement
Laure : Ça ne veut pas dire que je n’aime pas. J’aime et j’écoute mais je n’aime pas les jouer ; Par contre, j’aime beaucoup Brahms. A tous les deux, nous arrivons à trouver des musiques en commun.
Aujourd’hui beaucoup de musiciens dits « classiques » font des incursions dans d’autres musiques. Est-ce que ça vous arrive ? En avez-vous envie ?
Laure : C’est vrai que notre génération peut aujourd’hui aller dans d’autres univers musicaux, ce qui n’aurait pas pu se faire avant. J’aitrès envie d’enregistrer un jour un disque de jazz manouche, musique que j’adore. Ou encore de tango argentin.
Nemanja : Moi, j’adorerais jouer avec le groupe japonais News !
Mais tout cela se fait au hasard de rencontres et nous sommes ouverts à ces échanges, ces différences. La preuve : durant le Covid, je me suis lancé dans l’enregistrement de musiques traditionnelles de 67 pays. Le disque devrait sortir à l’automne chez Warner.
Laure : J’ai sorti un disque chez Naïve, avec des œuvres de Liszt, Haendel, Borodine et quelques autres, intitulé « Vers la flamme » d’après une œuvre de Scriabin que je joue. Je prépare un nouveau disque dont je ne peux pas encore dévoiler grand-chose mais qui sera particulier, avec d’autres musiques interactives.
Vous avez enregistré des disques, chacun de votre côté mais pas encore ensemble !
Nemanja : C’est vrai que nous jouons beaucoup ensemble lors de tournées et de concerts, cela ne s’est pas encore fait mais nous en avons très envie.
Laure : Le problème est pour le moment le manque de temps et aussi que nous ne sommes pas dans la même maison de disques, ce qui complique un peu les choses… Mais ça se fera ! ».

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En ce premier soir de festival donné en la cour d’honneur de la maison du Cygne, Nous avons donc eu droit à un duo plein de charme, de beauté, où leurs deux instruments nous ont offert un joli voyage, débutant avec « Romanian dances » du hongrois Béla Bartok, suivi de « Nigun », une partie de l’œuvre « Baal Shem » du suisse Ernest Bloch, puis nous partîmes sur les traces de l’allemand Johannes Brahms et son magnifique « Scherzo », la « Sonata » du français César Franck fut un beau moment d’émotion, pour se terminer avec « Les scènes de ballet », belles mélodies rythmées du français Charles de Bériot.
Terminé ? Non, car le public nombreux et très à l’écoute en redemanda. Et les voilà tous deux partis pour l’incroyable « Czardas » de l’italien Vittorio Monti qui demande une dextérité incroyable tant le rythme est effréné et qui fit « un tabac ». Et cette fois, pour clore ce magnifique concert, nos deux virtuoses partirent sur le « Clair de lune » de Debussy.
On ne pouvait mieux démarrer une saison, sous le signe de l’émotion et du talent, avec ce duo de charme qui, avec passion et maestria, nous a offert l’aubade sous un superbe clair de lune, où de temps en temps se sont mêlés les piaillement des  oiseaux et les coassements de grenouilles.
Grand moment de charme grâce à ce couple aussi beau que talentueux.

Jacques Brachet






Notes de musiques

Marcia HIGELIN – Prince de Plomb – Blue Line 2022 – (6 titres)
Foin de ces chanteuses à voix de gamine incolore, voici une vraie chanteuse qui chante avec une voix de femme, de la puissance, du grain, une large tessiture et une diction impeccable. Elle a du mordant, de la pêche, de la tendresse aussi, de la sensualité, et un engagement total. Elle puise son inspiration dans sa vie, elle dit qu’elle « veut proposer quelque chose d’unique ». Certes il y a encore quelques tics d’inflexions de nombre de chanteuses d’aujourd’hui dont il faudra se débarrasser. D’ailleurs il y en a moins qu’à ses débuts. Pas de blablabla amoureux avec elle, elle se révolte et crie sa vérité comme dans le morceau culte « Prince de plomb ».
Marcia Higelin est sur les traces d’Arthur H, son père, et de Jacques Higelin, son grand père. Comme quoi il y des familles génétiquement artistes. A star is born.
Regrettons que les musiciens qui l’accompagnent ne soient pas mentionnés.
Sortie du EP le 13 mai 2022, suivi d’une tournée dans quelques villes de France jusqu’en septembre.
SANS PRÉTENTION – le vent des jours heureux  (Bio label 2021 & Tms productions)
Voilà un groupe de joyeux drilles qui affiche 3 millions de vues sur YouTube et des passages télé pour leur premier titre éponyme « Sans prétention ». Leur premier disque était une nécessité !
Six copains exerçant différents métiers : agriculteur, vendeur de légumes sur les marchés, carreleur, commercial et qui sont aussi chanteurs musiciens amateurs (qui aiment) se sont réunis « Sans Prétention » pour faire partager leur joie. Dans leur chansons il y a « d’la joie », de l’amour, de l’optimisme, comme chez Charles Trénet, sans toutefois le sens du tragique, mais tout de même des injonctions graves comme dans « Le vent des jours heureux » : Relève un peu la tête/Ouvre grand les yeux/Et laisse venir le vent. Il y a du punch, du peps. Les paroles sont amusantes, bien articulées, les airs sont sans prétentions avec des arrangements simples et bien enlevés.  On trouve aussi une tonalité Renaud comme avec « Alors valsons ». Le disque se termine par une chanson peu connue du Gainsbourg 1965 « Un violon, un jambon » qu’il interprétait façon western. Nos lascars en font une autre approche très dynamique.
Ils reprennent une tradition très française de chansons gaies et dansantes. Un disque parfait pour les fêtes collectives, les rencontres champêtres.

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CANNONBALL ADDERLY – Live In Paris : 1960 / 1961 – Coffret de 3 CD
Frémeaux & Associés (FA5809).

Frémeaux & Associés ont édité, avec une qualité exceptionnelle, ce qu’on pourrait appeler la bibliothèque sonore du monde. Pour ce qui est du jazz leur catalogue est époustouflant, c’est toute l’histoire de cette musique.
Le saxophoniste alto Cannonball Adderley et son frère Nat le trompettiste-cornettiste ont porté le Hard Bop au sommet, ce mouvement majoritairement l’œuvre des Afro-Américains pour  revitaliser  le jazz qui avait tendance à s’affadir avec la récupération commerciale. La base en est le blues, le gospel, le bebop, et un retour à l’expressionnisme lyrique avec une chauffe et un swing déments. Les frères Adderley en seront l’un des plus prodigieux phares, et ce disque est un sommet.
Michel Brillé, directeur de la collection Live in Paris, a fait un travail remarquable pour nous offrir ce chef d’œuvre d’une qualité sonore irréprochable, l’un des grands moments du jazz.
Les Frères Adderley étaient en compagnie de Victor Feldman au piano, Louis Hayes à la batterie et Sam Jones à la contrebasse pour les CD 1 et 2. Même personnel sur le CD 3 avec en invités Ron Carter (b), ou Sam Jones (b, cello).
Si j’avais un conseil à donner aux élèves qui forment des groupes à la sortie du conservatoire, ce serait d’écouter ce disque jour et nuit, au lieu de se perdre dans des complexités et des mélanges trop souvent ennuyeux.

 

Serge Baudot


Solliès-Pont : Festival du château : 2Oème !

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En dehors d’une année sabbatique due au Covid les festival du Château de Solliès-Pont se succèdent depuis maintenant 20 ans, nous ayant offert les plus grands noms de la chanson française, de Véronique Sanson en passant par Patrick Bruel, Zazie, Christophe Maë, Pascal Obispo, Patrick Fiori, Vianney, Mat Pokora, Francis Cabrel, Julien Doré… et bien d’autres.
C’est donc pour ce dix-neuvième festival que nous nous retrouvons, toujours avec le même plaisir, dans ce lieu magnifique avec un superbe soleil et la première chaleur annonçant l’été qui augure bien de cette édition qui aura lieu du 27 au 31 juillet.
Avec plaisir encore que nous retrouvons les trois mousquetaires qui ont fait de ce festival l’un des plus renommés de notre région : le maire de Solliès-Pont, André Garron, son adjointe à la Culture Marie-Aurore Gotta-Smadja et le magicien de ces nuits sous les étoiles avec pour décor le château: Rabah Houia.
L’on sentait la joie du maire de retrouver une manifestation « normale », sans masque, sans contrainte et sans appréhension et l’on découvrait donc cette nouvelle programmation.

 « Programmation – nous disait Rabah – qui défend la chanson française, que nous voulons la plus éclectique possible afin qu’elle s’adresse à tous les publics car la Culture s’adresse à tous, et elle est le pilier de la démocratie. Ce festival doit être une grande fête pour tous et les artistes aujourd’hui y viennent et pour certains, y reviennent avec plaisir ».
C’est le cas de Bernard Lavilliers, qui fut l’un des premiers à venir et qui, après un long séjour en Argentine, nous revient avec un nouveau disque et un nouveau spectacle. Il ouvrira le festival le 27 juillet.
Vous savez qu’en dehors des têtes d’affiches, le festival pour objectif de donner la chance à des jeunes artistes prometteurs. La sélection est en train de se faire, nous précise Rabah, mais déjà, sera programmée en première partie  de Lavilliers, Barbara Pravi, qui a  hissé la France à la deuxième place à l’Eurovision l’an dernier, qui vient de nous offrir son premier CD qui cartonne.
Un autre revenant qui, depuis 15 ans, cartonne à chacun de ses disques : Christophe Maë. Il a ce don, ce talent de se renouveler à chacun d’eux et de nous offrir à chaque fois des spectacles originaux et hauts en couleur.  Il sera donc au château le 28 juillet.

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Suivra celui qui s’est imposé tout seul après son succès avec le groupe Section d’Assauts : Gims qui, même s’il a laissé en route le titre de maître, le reste toujours et fait partout carton plein. L’auteur du générique de la série TV « Ici tout commence » « Jusqu’ici tout va bien », va électriser le château le 29 juillet.
Le 30 juillet
, c’est la benjamine de ce programme qui se produira : Oshi, qui signifie lumière au Japon, pays qu’elle adore et où hélas, elle peut aller, la maladie de Ménière l’empêchant de prendre l’avion.
Elle est en train de faire une montée spectaculaire dans le milieu de la chanson où elle nous entraîne dans son monde de poésie.
Enfin, les festival se terminera sur un feu d’artifice de rires et d’humour avec la venue de Gad Elmaleh le dimanche 31 juillet.
« On nous a reproché – nous confie Rabah – que le festival manquait d’humour. Nous avons donc remédié à ce problème ».
Et quelle meilleure manière de clore ce festival en invitant l’un des plus talentueux comédiens et humoristes.
Un vingtième anniversaire qui va se fêter joyeusement durant cette dernière semaine de Juillet.

Jacques Brachet
Festival du château : 04 94 28 92 35

NOTES de MUSIQUES

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EDGÂR – Secret ( Grabuge Records (10 titres)
Antoine Brun et Ronan Mezière, deux garçons qui viennent de la scène amiénoise, forment le groupe Edgär en 2015, groupe qu’on peut référer dans la musique électro-pop. On y sent beaucoup d’influences, les grands groupes anglais, un peu Indochine ; bref, entourés de tous les instruments électroniques d’aujourd’hui ils fabriquent une musique très agréable à entendre, mais qui pourtant n’a pas grande originalité. Les arrangements sont simplistes, reposant sur des nappes de claviers, certes efficaces et porteuses, et des boums boîte à rythme sur le temps qui relie forcément ce disque au disco. Serait-ce une réponse à Juliette Armanet qui chante « Le dernier jour du disco » ?
Les paroles sont souvent intéressantes, les deux chanteurs restent dans le médium et chantent avec conviction ; les morceaux sont des compositions du groupe sauf celui intitulé « Secret » qui n’est autre que « The Sound of Silence » de Paul Simon chanté par Simon and Garfunkel. Ils s’en sortent correctement.
Une tournée est prévue jusqu’en juillet 2022. Alors souhaitons leur bonne chance en attendant le deuxième opus.
Chet BAKER -Sings – La genèse (Jazz Images 83312 (www.jazzimagesrecords.com)
Réédition avec 6 titres en bonus de ce célèbre Chet Baker Sings enregistré entre 1954 et 1956 à Los Angeles. Cette réédition accompagne un livre de 80 pages écrit par Brian Morton qui rapporte brillamment le genèse de ce disque qui fut best seller et eut le plus de succès parmi toutes les productions de Chet Baker (1929-1988). On y trouve aussi un hommage de Ricardo Del Fra, longtemps contrebassiste du trompettiste. Livre illustré de magnifiques photos rares ou inédites, œuvres de grands photographes.
Brian Morton rappelle que « cet album vocal fut instantanément, chose étrange et embarrassante, une œuvre détestée par la critique (et par de nombreux musiciens, y compris certains de ceux qui étaient directement impliqués) mais adorée par le public ». « Chet Baker Sings » a été son album le plus réussi. Il a été réédité plus de cinquante fois, dans presque tous les pays.
Chet Baker était entouré de Jimmy Bond ou Carson Smith ou Joe Mondragon à la contrebasse, Russ Freeman au piano et au célesta,  Peter Littman, ou Lawrence Marable, ou Bob Neel ou encore Shelly Manne à la batterie (Détails dans le livre).
Oui ce disque est un chef d’œuvre ».
Chet Baker fut un trompettiste Bebop de grand cru, à la hauteur des plus grands, puis il eut une deuxième période où le jeu se fit plus doux, plus profond, plus sensuel, voire vaporeux dans la chanson. C’est un murmure à l’oreille qui touche droit au cœur, qui bouleverse. Son phrasé vocal est tout à fait à l’image du phrasé à la trompette, ils sont dans un continuum émotionnel.
20 des plus grands standards du jazz composent ce CD, dont « My Funny Valentine » qui était son morceau phare, sur lequel il y fait sentir tous les mystères de l’amour. Un objet et un cadeau exceptionnels.
Barney WILEN – French Ballads (Elemental Music www.elemental-music.com)
Barrney Wilen, saxophoniste, est né à Nice en 1937 où il étudia le saxophone dès 1946. Après avoir joué dans un orchestre familial il monte à Paris en 1953. Il gagne un concours, joue au Tabou, et ce sera la gloire : il va jouer avec tout le gratin du jazz, dont Miles Davis pour le film de Louis Malle « Ascenseur pour l’échafaud ».
En 1987 Barney Wilen réunit Michel Graillier au piano, Ricardo del Fra à la contrebasse et Sangoma Everett à la batterie pour enregistrer ces French Ballads, c’est à dire des grandes chansons françaises telles que par exemple « Sous le ciel de Paris – l’âme des poètes – Les feuilles mortes – Seule ce soir – La vie en rose – Le moulin de mon cœur – Syracuse … etc », soit 17 plages dont quatre bonus qui n’apparaissaient pas dans l’édition originale.
C’est une réédition somptueuse avec une sensationnelle photo de couverture.
Tout le groupe joue d’un lyrisme beau à pleurer d’émotion et de plaisir. Au charme de la musique s’ajoute la réminiscence des paroles que tout le monde connaît, du moins les plus de 30 ans !
Son phrasé se rapproche du chant. Il cisèle chaque syllabe, chaque note. Il brode des embellissements, avec une belle décontraction. Nous avons affaire à un grand classicisme, c’est dire que cette musique est intemporelle. Elle est aussi suave, aussi prenante en 2022 qu’en 1987. La rythmique colle à la peau du saxophone. Ce disque est un chef-d’œuvre, assurément. Et qui ne peut que plaire à tout amateur de musique.

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Electric Blue Cats – Live Session (Salakhaïli Music (www.salakhaïlimusic.com) 12 titres 
Electric Blue Cats fut d’abord un duo créé par Salah Khaïli à la batterie et aux machines et Christophe Taddéi à la guitare. Avec l’adjonction d’Emmanuel Sunee à la basse le duo se trouve boosté en trio, et là c’est une avance remarquable, grâce aux remarquables lignes de basse ; on s’en est aperçu dès le premier extrait Dark Floor. En gros on a affaire à du rock électrique mâtiné de funk, avec les gros boums sur chaque temps de la grosse caisse. Ça tourne bien, les gars connaissent leur affaire, certes la rythmique est assez lourde, mais c’est la loi du genre. Chose bizarre avec ce titre « Funky Mad Man », c’est le morceau le moins funk du CD. « Dark Floor » se promène agréablement au long de la guitare wawa. « African Rock » qui conclut le disque nous vaut une belle envolée du guitariste dans la tradition des grands guitaristes de rock. Ah ! si tous les morceaux étaient de ce tonneau… A suivre.
enregistré en mars 2021 au studio de la Seine.
LAÏUS – Prémices d’Avant-Midi (Cœur Musique (InOuies Distribution)
Luc Gaignard, alias LAÏUS, nom de scène étrange puisqu’il ne fait pas de laïus, qui, après une premier CD « Avant-Matin », revient avec un deuxième CD « Prémices d’Avant-Midi », preuve qu’il a de la suite dans les idées, et surtout qu’il veut construire une œuvre. Une voix virile et chaude, avec un charme certain et des inflexions, un phrasé, proches de Michel Berger ; d’ailleurs toute sa musique fait penser à ce dernier. Ce qui n’est pas un défaut. Les arrangements assurent un bon soutien à la voix y ajoutant les couleurs nécessaires.
Avec lui on est dans la « chanson française » pur jus, avec des textes bien écrits qui chantent l’espoir, l’amour déçu, le souvenir, soient les thèmes éternels, avec sa touche personnelle, faite de simplicité, d’engagement et de conviction. Un disque des plus agréable.
6 titres – Janvier 2022

Serge BAUDOT

 

 



Six-Fours… Un tsunami classique !

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Gautier Capuçon et Fabiola Casagrande

C’est la ville de Six-Fours qui a frappé les trois coups pour nous présenter le festival du printemps et de l’été 2022. Une « Vague classique »  qui va se déverser sur trois lieux emblématiques : La Maison du Cygne qui, sous le titre « Nuits du Cygne », recevra un festival de musique instrumentale avec des pointures internationales. La Collégiale où, comme à l’accoutumée, Jean-Christophe Spinosi prendra, avec l’Ensemble Mattheus, ses quartiers d’été plutôt que d’habitude et qui, lui aussi, nous amènera d’immenses artistes.  Enfin, nouveauté, la Maison du Patrimoine qui, sous le titre des « Concerts de la lagune », recevra en son jardin revu et repensé, des jeunes talents en devenir, dont des musiciens régionaux.
Fabiola Casagrande, adjointe aux Affaires Culturelles, m’accueille avec un large sourire, heureuse et excitée de nous présenter ce programme éblouissant qu’elle a concocté avec le Maire et avec son équipe.

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Gautier et Renaud Capuçon

« Nous montons vraiment en puissance en accueillant des artistes qu’au départ nous n’aurions jamais espéré recevoir. Il est vrai qu’au fil du temps, artistes et producteurs qui y sont venus, ont été heureux de la qualité du lieu et de la réception qu’ils y ont trouvée, à tel point que certains veulent revenir. Et nous devons remercier Jean-Christophe Spinosi qui nous a ouvert son carnet d’adresse pour inviter d’énormes artistes. C’est ainsi qu’il recevra à la Collégiale, le 24 juin, le contre-ténor international, Philippe Jaroussky, qui a l’habitude de jouer dans d’immenses salles devant des milliers de spectateurs. L’avoir à la Collégiale est une chance inespérée. Le 20 juillet, c’est son professeur, Andreas Scholl qui présentera son récital, accompagné de l’orchestre de Jean-Christophe.
Nous aurons également la chance de recevoir à nouveau Gautier et Renaud Capuçon.
Renaud, accompagné du pianiste Guillaume Bellom, le 6 juin au Cygne et Gautier accompagné de deux pianistes, Franck Braley et Kim Bernard, le 10 juin.
Gautier que nous retrouverons le 24 juillet au Parc de la Méditerranée. En effet, chaque année, il organise une tournée des villes et communes pour « Un été en France » et il a désiré terminer sa tournée chez nous. Ce sera un concert gratuit.
Nous avons également la chance de recevoir au Cygne trois grands pianistes : Jean-Paul Gasparian le 1er juin, David Fray le 3 juin, David Kadouch le 5 juin. Ce sont des artistes qui fréquentent d’immenses salles, des festivals internationaux, comme le Métropolitan ou la Scala de Milan.
Pour une autre grande et belle surprise, Jean-Christophe Spinosi recevra, le 17 juillet en la Collégiale, la grande comédienne Brigitte Fossey qui sera la récitante des « 7 dernières paroles du Christ en Croix » de Joseph Haydn ».

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Jean-Christophe Spinosi et Brigitte Fossey

Comme on le voit, les mélomanes vont être heureux et comblés par ce festival qui démarrera le 17 mai au Cygne avec le duo violon-piano : Nemanja Radulovic et Laure Favre-Kahn.
Quelques mois plus tard,  du 3 au 18 septembre, c’est dans le jardin réaménagé et baptisé « la Lagune », que nous pourrons découvrir de jeunes et beaux talents dont le clarinettiste de l’Opéra de Toulon Frank Russo et la soprano sanaryenne Clémence Tilquin. Ces concerts seront gratuits.
Un autre concert gratuit vous sera proposé le 4 juin à la Maison du Cygne : la Moreau Family, respectivement violoniste, pianiste et violoncelliste.
Enfin, toujours à la Maison du Cygne, une belle exposition vous sera proposée en collaboration avec le Festival de Ramatuelle que préside Jacqueline Franjou, qui recevra de beaux « Portraits de cinéma » signés Carole Ballaïche. Ce sera du 16 juillet au 18 septembre.

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David Kadouch et Philippe Jaroussky

Que demander de plus en cette saison où l’on baisse les masques… du moins nous l’espérons, dans des lieux magiques où nos artistes seront reçus et où le public ne pourra qu’être sous le charme des deux.
A noter que tous les spectacles, même gratuits, sont sous réservation. Il suffit d’appeler le 04 94 34 93 18. Les spectateurs de tous les concerts se déroulant à la Collégiales seront amenés par navette.
Pour plus de renseignements : www.sixfoursvaguesclassique.fr

Jacques Brachet


Coutances du 20 au 28 mai 2022
JAZZ SOUS LES POMMIERS

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En mai fait ce qu’il te plaît dit le proverbe, nous irons donc à Jazz sous les Pommiers. Coutances, chantée par Dick Annegarn dans les années 70, nichée au cœur du Cotentin avec sa célèbre cathédrale, est une agréable petite ville de 8000 habitants. Et là se déroule depuis 41 ans un festival de jazz pas comme les autres, en général pendant la semaine de l’Ascension. On se demande comment cela est possible dans une si petite ville : c’est le travail d’une foule de bénévoles menée maintenant avec fougue, passion et compétence par le directeur Denis Le Bas, épaulé par le Comité Coutançais d’Action Culturelle, l’équipe permanente du Théâtre Municipal de Coutances et une nuée de bénévoles. Ce sont 9 jours de délires depuis le matin jusque tard dans la nuit à travers toute la contrée.
Ce festival a été conçu, comme souvent, à la suite d’une rencontre entre deux amateurs, en l’occurrence Thierry Giard, enseignant, et Gérard Houssin, animateur culturel. La première édition eut lieu en 1982.
Festival hors normes donc, absolument éclectique puisque les choix vont du jazz traditionnel au jazz d’aujourd’hui le plus pointu, jusqu’aux musiques cousines, souvent même loin du jazz, comme par exemple cette année avec la fadiste Cristina Branco dans le cadre du Focus Portugal, clin d’œil à la saison France Portugal. Heureusement la variété n’y a pas encore pointé sa voix.

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Et puis c’est un envahissement total de la ville  avec des concerts payants et gratuits, des spectacles de rue, des interventions jeune public, et des points de restauration. En tout ce sont quelque  60 concerts et spectacles divers de 34 pays différents, dans 14 lieux.
Autres actions : deux résidences de chacune trois ans, afin de permettre à un artiste de préparer un projet. Cette année c’est le tour du tromboniste Fidel Fourneyron et du violoniste Théo Ceccaldi.
Devant l’ampleur du programme, je me contenterai de quelques-uns des musiciens et groupes de jazz les plus connus : Laurent Coulondres Trio, Emile Parisien Sextet, Mélodie Gardot, Michel Portal, Lionel Loueke, Louis Winsberg, Thomas de Pourqueriy & Supersonic, Brad Mehldau Trio, Jasper van’t Holf Duo, Louis Sclavis-Michel Godard Duo, Avishai Cohen Trio et un All Stars avec Dave Liebman, Randy Bracker, Marc Copland, Drew Gress & Joey Baron….
Certainement un grand moment de jazz

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A noter deux événement rares : un concert avec des chants de baleines et un basson, au fond d’une piscine, et une « Battle » improvisée entre « deux quintets qui vont s’affronter dans un match d’improvisation musicale : l’un emmené par le trompettiste Médéric Collignon, et l’autre par le saxophoniste Pierrick Pédron. Un duel amical à partir d’un thème et d’une consigne imposée, sous l’œil de deux animateurs-arbitres, Nathalie Piolé et Alex Dutilh.
La présentation avec vidéos et extraits musicaux fut suivie par un concert du groupe de jazz du Conservatoire de Cherbourg en Cotentin, preuve que le jazz vit dans la Manche.
Assurément, Coutances sera ville en jazz et ville en fête pendant neuf jours.
Pour les 40 ans du festival fut édité un abécédaire illustré écrit par « ceux qui on inventé, fabriqué le festival », c’est-à-dire un collectif d’auteurs et plus de 120 photos et illustrations (Big Red 1 éditions)

Serge Baudot (Correspondant en Normandie)
Festival « Jazz sous les pommiers »
Les Unelles – BP 524 – 50205 Coutances cedex
fax +33 (0)2 33 45 48 36 – jslp@jazzsouslespommiers.com
Renseignements : 02 33 76 78 50
Billetterie par téléphone : 02 33 76 78 68