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Mister MAT : Bien dans ses bottes

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C’est un grand costaud au regard bleu et brillant, au sourire carnassier, le bob vissé sur la tête. Un grand ogre à la gentillesse extrême avec lequel, aussitôt, passe un sentiment de sympathie. Sa voix éraillée pour vous dire bonjour ajoute au charme de ce chanteur issu de l’émission « The Voice », qui, malgré « son grand âge » (40 ans !) est arrivé en finale, juste poussé par une gamine de 16 ans, Nour, qui lui a ravi la place de justesse.
En tout état de cause, c’est lui qui, contre toute attente, a fait le buzz, grâce à son charisme, sa personnalité et cette voix qui oscille entre Garou et Joe Cocker. Il a d’ailleurs, pour un concert, chanté avec Garou… « Enchain my heart » !
C’est à Cultura, à la Valette, qu’il est venu nous offrir un show case où il était tout à fait en harmonie avec un public qui l’a découvert dans cette émission et l’on se rend aussitôt compte de son charme, de son talent et de la proximité qu’il a avec ce public.
Une belle rencontre avec celui dont le grand-père était toulonnais  et qui arrivait du Québec, via St Pierre et Miquelon, un peu déphasé par le décalage horaire.

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« Mat, est-ce qu’on peut dire… enfin et salut l’artiste !
Il rit : Je ne suis pas un artiste, je suis un musicien ! Et je ne suis pas une star non plus, je ne le serai jamais. Depuis des années, j’ai baroudé partout, j’ai fait des centaines de concerts avec mon groupe, Mountain Men, nous avons fait des disques qui se sont bien vendus, et puis j’ai eu envie de me lancer en solo. Bien m’en a pris puisqu’on était en 2019, j’ai fait un disque « Freedom », suivi de « Du bonheur en retard »  je suis passé chez Ruquier, puis le 13 mars 2020 à « Taratata » et le 14… tout s’arrêtait avec le covid !
Ce qui a beaucoup compliqué les choses durant deux ans jusqu’à ce qu’on me propose de faire « The Voice ». Je dois dire qu’au départ je n’y croyais pas, je ne voulais pas le faire. Qu’allais-je faire dans ce genre d’émissions où seuls des jeunes se présentent ? Ce n’était pas mon truc. Et puis ce covid m’a fait dire : pourquoi pas ? Je n’avais rien à perdre et en attendant que ça se passe, j’avais quelque chose à faire. Et montrer que j’existais.
Lorsqu’on entre dans une telle émission a-t-on la liberté de faire ce que l’on souhaite ?
La production a bien vu que j’étais un cas à part, que je ne venais pas pour me dandiner et prouver que j’avais une voix. Je suis comme je suis, je viens du blues, j’adore la chanson française, Brassens et Dylan, et j’avais envie de me montrer tel que j’étais, avec mon âge, ma voix, ma personnalité et la prod m’a laissé faire mes choix. Je n’ai eu aucun problème à ce sujet. Même les interviewes que j’ai faites au cours des émissions sont restées telles quelles.
Au fur et à mesure que l’émission avançait, Ils se sont rendus compte qu’il se passait quelque chose… et qu’ils n’allaient pas pouvoir se débarrasser de moi ! (Rire)
Et pas frustré d’être coiffé au poteau par une gamine de 16 ans ?
Pas du tout ! Je ne venais pas pour gagner, devenir une star mais pour me montrer tel que j’étais et faire savoir que j’étais là. Ce genre d’émission peut aussi bien te faire découvrir sans que, du jour au lendemain, tu deviennes une star. C’est une vitrine qui te donne un coup de projecteur. Et puis, avec un type comme moi, ça a un peu bousculé l’émission car je n’avais rien du petit gendre idéal. J’arrivais avec mon vécu, avec mon expérience et je n’avais pas le stress de continuer ou d’être éliminé. Les gens ne s’y sont pas trompés puisque de semaine en semaine j’étais plébiscité.
Je crois qu’aujourd’hui les gens ont besoin d’authenticité.

Du-bonheur-en-retard Nouvel-album

Pourquoi dis-tu ça ?
Parce que c’est une réalité. Aujourd’hui je trouve que la chanson française n’est plus ce qu’elle était. On s’extasie sur tout et rien, la médiocrité s’installe, on est nivelé vers le bas, et ça devient hélas une habitude. C’est comme tout d’ailleurs, comme la bouffe. On mange de plus en plus mal mais on finit par s’y habituer. On est aujourd’hui dans un monde d’images , le contenu on s’en balance. On vit à l’heure des smartphones, des influenceurs qui gagnent des fortunes avec du vent. Des artistes qui n’en sont pas et deviennent stars avant d’être artistes.
Alors que faire ?
Pas grand-chose, hélas. La culture des mots se perd, on voit comment s’expriment les jeunes… sans parler de l’écriture. Moi j’essaie de défendre ce qui est défendable, dont la vraie chanson française. Je suis mon chemin, même s’il est quelquefois compliqué. Mais c’est mon chemin.
Alors, comment ça s’est passé avec Vianney, qui était ton coach ?
C’est un garçon sympathique avec qui j’ai eu une jolie relation, même si ce qu’il chante n’est pas ce que j’aime. Mais il y a eu une belle approche, on a bossé dans son studio, on continue à s’envoyer des SMS, nous avons une chouette relation.
D’habitude, lorsqu’un artiste sort d « The Voice » il met souvent plus d’un an à sortir un disque. Toi, tu en as déjà deux à ton actif !*
Oui, parce qu’ils ont été faits chez Decca avant le covid. Le premier « Du bonheur en retard » était prêt, se second « L’aventure continue » est un mélange de mes chansons et de chansons que j’ai chantées sur « The Voice ». Donc tout était déjà là et ça a facilité les choses.
Tu as toujours vécu de ta musique ?
Depuis pas mal d’années déjà, avec mon groupe.
Ce qui n’empêche que j’ai pratiqué plein de petits métiers, j’ai travaillé à l’assainissement, j’ai été représentant en soutien gorge !!! »

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Et le voilà reparti avec ce rire tonitruant d’ogre sympathique qui fait partie de son personnage non, de sa personne, car c’est un artiste… et musicien aussi vrai que talentueux, un homme d’une belle simplicité qui suit sa route bien dans ses bottes, guitare en bandoulière (sa plus ancienne date de 1933 !), sans concession, désespérément optimiste et qui ne regrette rien.

Jacques Brachet
Photoscreations.fr
* « Du bonheur en retard (Je m’envolerai – Désespérément optimiste – Jours dans le vent…)
« Laventure continue (Non, je ne regrette rien, Marie, Georgia on my mind, Je l’aime à mourir…)


Sanary sous les étoiles
Alain CHAMFORT a charmé un public de fans

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18h. Le soleil plombe encore comme en plein midi.
Heureusement, une tente est prévue pour protéger les artistes qui vont venir répéter, Alain Chamfort et son pianiste Vincent Vidal.
Ce soir nous aurons droit à un récital pianos-voix sous les étoiles.
Alain arrive, toujours discret, nonchalant, d’une démarche et d’une élégance de dandy anglais.
On se reconnait encore et toujours… 50 ans après !
Durant près d’une heure et demie, il va consciencieusement répéter, reprenant une phrase musicale, un tempo, en toute sérénité. Un récital avant le récital.
Plaisir de se retrouver quelques souvenirs de ces années 70… La nostalgie est bien ce qu’elle est !
En 50 ans bien des choses ont changé dans le royaume du show biz. Mais il y a quelques résistants dont il fait partie.
L’interview étant déjà faite (voir rubriques portraits/musique) il accepte une petite séance photo avant un frugal repas et part se préparer.
Déjà la foule s’impatiente. Beaucoup de femmes de tout âge qui l’interpellent dès son entrée en scène. Tout de suite, il entame une conversation avec elles : « N’ayez pas peur de m’appeler, si ça vous plait criez et applaudissez. Si ça ne vous plaît pas… je pars ! » L’atmosphère est bon enfant et faisant face à Vincent Vidal, il entame son tour de chant tout en nous expliquant la genèse de ses chansons, mêlant anciens succès et nouvelles chansons tirées de son dernier album « Le désordre des choses ». Il attaque d’ailleurs avec « Exister » de cet album. A chaque chanson une anecdote, souvent le public rit et lui répond, d’autres viennent lui demander une chanson et il s’exécute même si, non prévues, il oublie quelques paroles. Ainsi il nous parle de ses années Claude François qui lui a mis le pied à l’étrier.

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« Au départ, je ne pensais pas chanter mais écrire des chansons pour les autres. C’est Claude qui, m’entendant chanter, m’a conseillé de chanter moi-même mes chansons ».
Bien lui en a pris puisque de là, sont nées « L’amour en France », « Je pense à elle, elle pense à moi », « Madona », « Bébé Chanteur » « Le temps qui court ». ET la très belle carrière qui en a découlé.
Puis, si avec Claude ça s’est mal terminé car il était jaloux de son succès (Et ça, je l’ai vécu), ça n’a pas été mieux avec Gainsbourg, même si, de leur collaboration, sont nées « Chasseur d’ivoire », « Bambou »…
Quelques autres succès comme « Traces de toi », « La fièvre dans le sang », l’incontournable « Manureva », son plus gros succès. Et en prime « Signe de vie, signe d’amour » que vient lui demander une spectatrice ! Encore les années CloClo.
Un petit moment d’émotion pour évoquer son amie Dani qui vient de disparaître, connue durant les années Dutronc duquel il était musicien, puis les années Flèche et à qui il dédie une de ses nouvelles chansons « Un regard vers la mer ». Moment d’humour aussi avec « Sinatra », l’histoire d’une séparation où il intime à son ex de pouvoir tout emporter… sauf les disques de Sinatra !
Bref, un concert intimiste où la voix de velours de l’artiste fait son petit effet sur ces dames mais où surtout, on apprécie de superbes mélodies qui ont jalonné sa carrière et où on entend de la belle poésie, qu’elle soit écrite par Gainsbourg, Jean-Michel Rivat et surtout Jacques Duval avec qui il fait un long chemin.

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Belle complicité avec le public qui entonne avec lui « Comme un géant »
Belle complicité aussi avec Vincent Vidal, un orfèvre en la matière pianistique, tous deux se répondant avec un sourire de connivence.
Que vous dire sinon qu’on a passé une soirée de charme, avec, comme il le dit en riant, juste deux pianistes, des chansons, sans effets de décors, de musiciens ou de danseurs qui se contorsionnent.
Lorsque le chanteur a du talent, que les mélodies sont à la fois simples et belles, que demander de plus ? Sinon que ces chansons se perpétuent dans le temps, qu’on ne les oublie pas. Ce qu’il espère en nous chantant « Les microsillon ».
Il se lève en fin de concert et électrise la foule avec « Tout est pop » où il se dechaîne, il salue une dernière fois et… Tout se termine.
On aurait encore bien entendu d’autres chansons mais tout a une fin et on se retrouve autour de lui dans les coulisses, heureux qu’il nous ait fait passer une si belle soirée.

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Jacques Brachet




Notes de musiques

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PARIS COMBO – QUESACO ? – Six Degrees Records (SD 6570361319) – 11 titres
Paris Combo est un groupe fondé en 1995, mené par la chanteuse Belle du Berry. Quesaco ? est le dernier disque (et le huitième) enregistré par la chanteuse avant sa mort en 2020. C’est dire toute l’importance de ce CD pour les amateurs du groupe. Groupe composé de Belle du Berry (composition, textes, chant), David Lewis (piano, trompette), Potzi (guitare),  François Jeannin (batterie, Voix), Benoît Dunoyer De Segonzac (contrebasse), Rémy Kaprielan (percussions, voix) et qui a déjà 27 ans d’existence avec un magnifique un magnifique bilan de performances et de réalisations à travers le monde. Il est difficile de définir le groupe sur le plan musical tant il y a d’influences diverses : jazz, latino, manouche, etc. C’est un groupe très soudé avec d’excellents musiciens qui se posent sur des arrangements simples, efficaces, au service de la chanson.  Un écrin dans le lequel se coule la chanteuse.
Celle-ci chante simplement, sans effets, avec à la fois douceur et chaleur sur une tessiture médium. Elle mène le groupe avec sûreté. Tout cela est parfaitement huilé et ça tourne avec un plaisir évidant.
Les paroles, œuvres de Belle du Berry, abordent pas mal de thèmes contemporains, sans donner de leçons, avec de fortes images et un certain optimisme : « On a la vie / On a le temps / On appuie sur la barre espace. » Quesaco ? Les souvenirs d’une belle aventure…
Le livret très chic donne toutes les paroles. Le disque sort aussi en vinyle.
TILMANN – CHRYSALYS – (T01/1 – Inouïe Distribution) – 6 titres
Tilmann Volz, dit Tilmann, est un musicien Breton, chanteur, guitariste, compositeur,   qui, après un parcours solo, sort son premier CD en compagnie de Pierre Le Normand (batterie), Rémi Allain (basse et contrebasse), Pierre Thary (violoncelle), ainsi que Ellen Pelé (parfaitement dans la tradition sur « Driving Talls » et Stéphane Colin (backing vocals).
On est dans l’atmosphère des ballades folk de la grande époque, c’est à dire les années 60/70, mais avec une touche personnelle, bien d’aujourd’hui. Une voix grave, bien timbrée, un véritable accent anglais, de la puissance, de la décontraction, et du charme, soutenus par un jeu de guitare limpide, voilà quelques unes de ses qualités. Les musiques sont du leader et les paroles sont le fruit de plusieurs auteurs.
Les accords à l’archet du violoncelle sont un petit bijou, par exemple sur « Fall » ou « The Sea II », ainsi que ses contrepoints au chant. L’accompagnement des trois musiciens, et ce n’est pas seulement un accompagnement, sont admirables de justesse et d’à propos. Tout en subtilité et élégance.
Un sacré bon début. A suivre.

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CÉLESTIN – DEUXIÈME ACTE – Believe / Inouïe (SB003) –13 titres
Sébastien Rambaud, chanteur, multi-instrumentiste essentiellement batteur, se partage entre deux groupes : Le duo Fills Monkey, et Célestin qui sort son second album intitulé  « Deuxième Acte ».
Le chanteur possède une voix au charme viril très agréable et une diction parfaite, restant dans une faible tessiture médium qui crée une sorte d’envoûtement. Un grand sens du rythme bien calé sur le temps, parfois assez disco. Il s’est entouré de quelques invités qui apportent leur palette ouvrant ainsi l’horizon musical. Il est l’auteur de la musique et des paroles. A noter la qualité des arrangements et de l’enregistrement.
Les thèmes abordés sont ceux de l’époque avec assez de grâce et d’ironie. L’écologie : « S’unir et tout faire, pour tirer d’enfer / Notre mère, la terre » ; la métaphysique : L’homme… « crée le dieux mais il oublie qui a créé qui. » ; la tendresse : « Tu peux faire tomber les murs avec une caresse, / Tu peux changer le monde avec un sourire » ; et bien d’autres rhèmes dont le féminisme avec « Clitoris ». On termine avec un petit bijou d’invention « M’aimes-tu ? » basé sur une descente chromatique à la Schubert et une scansion à la Henry Purcell.
Le livret donne les paroles et tous les renseignements utiles.
Célestin fait évoluer la chanson française vers des lendemains qui chantent.
RADIO KAIZMAN – BLACK PARTY – (RK BP – Inouïe Distribution) – 6 titres
Avec cette Block Party en route pour les délires d’une fanfare, comme celles de la Nouvelle Orléans, avec une différence, l’adjonction des voix, façon rap, hip hop, bien dans les pratiques d’aujourd’hui. Et ceci en français ; d’ailleurs le livret nous offre les paroles. Plaisir supplémentaire de pouvoir ainsi mieux les comprendre, d’autant qu’elles sont très militantes. Exemple : « Fallait parfois crier au secours à l’aide / Fallait tomber sur ceux qui tendent la main / Pas ceux qui gardent le bras tendu en l’air… »
Enfin du rap joyeux avec de la vraie musique, c’est à dire jouée par des instrumentistes : trompette, trombone, tuba, batterie-percussion, qui assurent la base, plus une chanteuse flûtiste et un rappeur brillant.
Y’a d’la joie, de la pensée, de la musique. Radio Kaizman renouvelle le rap en plongeant dans la revigorante gaité New-Orleans. Regarder aussi leurs clips, ça vaut tous les fortifiants.
LAURA ANGLADE & SAM KIRMAYEUR – VENEZ DONC CHEZ MOI – Justin Time Records
(JUST 265-2)- 11 titres.

La grande chanson française est une source intarissable de standards de jazz ;  qu’on se souvienne des « Feuilles mortes » devenues « Autumn Leaves » probablement le standard de jazz le plus joué au monde. Laura Anglade s’y colle avec 11 chansons des plus célèbres, et des meilleures : Trénet, Aznavour, Michel Legrand, Misraki, Rezvani, Michel Delpech…
Laura Anglade, chanteuse et guitariste a vécu entre la France (où elle est née), le Connecticut et le Québec. Elle est entrée en jazz et en chanson à l’écoute des grandes divas du jazz. Sam Kirmayeur est un guitariste canadien déjà bien implanté sur la scène canadienne, et auteur de plusieurs CD. Il possède un jeu clair, minimaliste, dans la tradition de Wes Montgomery, très à l’écoute de la chanteuse et des mélodies.
Laura Anglade est une bonne chanteuse de jazz avec une voix au charme acidulé. Elle a de la puissance et tient la note; elle a du swing, sait scatter, et surtout elle «vit » les mélodies de l’intérieur,  improvisant très peu.
« La chanson de Maxence », qui est un petit chef d’œuvre, ciselé avec émotion par Laura Anglade, révèle toutes les qualités du duo.
« Venez chez elle » vous y serez bien, et nen voudrez plus partir.

Serge Baudot

 




Six-Fours – La Collégiale
Brigitte FOSSEY & Jean-Christophe SPINOSI
ont vécu en osmose les sept paroles du Christ en croix

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En vérité, je vous le dis : La Collégiale de Six-Fours était un lieu magique pour cette œuvre de Joseph Haydn que nous proposait ce quatuor Matheus mené par Jean-Christophe Spinosi. Quant à la récitante, la belle et blonde Brigitte Fossey était la récitante idéale pour donner la charge à la fois spirituelle et émotionnelle de ces sept dernières paroles du Christ en croix.
Créée en 1787 à Cadix par Joseph Haydn, cette œuvre n’a depuis cessé de tracer la route de tous les croyants mais aussi de tous  les amateurs de musique, tant celle-ci est profonde et les paroles bouleversantes.
Rarement, dans cette collégiale, le silence du public, la concentration des artistes ne furent plus palpables.
Magnifique quatuor mené par un Jean-Christophe Spinosi attentif au maximum.
Quant à Brigitte Fossey, que dire sinon qu’elle était totalement habitée par ce texte, telle une madone, déchirante lorsque le Christ crie « Père, pourquoi m’as-tu abandonné », émouvante lorsque quelqu’un dans la foule dit à sa mère « Femme, voici ton fils », presque apaisée lorsque le Christ lance: « Père, pardonne-leur ».
Brigitte Fossey y met une tension, une charge émotionnelle magnifiques, à vous donner la chair de poule. Sa voix, reconnaissable entre toutes, module les instants changeants du Christ qui passe par toute une palette de sentiments que cette merveilleuse comédienne a su traduire.
Inutile de dire qu’après un long moment de silence… religieux, le public s’est levé comme un seul homme pour applaudir les artistes émus et heureux de cette magistrale interprétation qu’ils nous ont offerte.

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Stéphanie Guillaume, adjointe à la santé, Jean-Sébastien Vialatte, maire de Six-Fours, Brigitte Fossey, Gérald Lerda, directeur du cabinet du maire, Fabiola Casagrande, adjointe à la Culture

Avant le concert, Brigitte a visité le lieu avec intérêt et admiration. Elle a lu tous ce qui y était affiché et m’a avoué : « J’ai connu nombre de lieux où j’ai donné des récital mais rares sont ceux qui, comme celui-ci, sont porteurs d’émotion, où l’on se sent apaisé et où l’on joue dans une immense sérénité. Six-Fours possède l’un des plus beaux lieux de France où on aime jouer mais aussi se ressource. On s’y sent appaisér ».

Pour une fois, je ne parlerai pas de l’ami Spinosi qui sait toute l’admiration et l’affection que je lui porte, pour en revenir à cette sublime comédienne qu’est Brigitte Fossey. Nous nous sommes connus dans les années 70 au Festival du Jeune Cinéma d’Hyères dont j’étais l’attaché de presse et nous nous sommes très vite reconnus en tant que « Gémeaux-Jumeaux » Durant des années, nous avons aussi fait la fête avec Jean-Claude Brialy, au festival de Ramatuelle, nous retrouvant dans les loges, sur les fameux coussins rouges ornés de la colombe de Picasso, sur la plage des… Jumeaux au cours de repas toujours brillants présidés par l’ami Brialy. Et bien sûr, on eut la joie de la voir jouer plusieurs fois sur cette scène mythique. Entre autre avec sa fille.
« J’aimais beaucoup Jean-Claude – me dit-elle – et sais-tu que le livre que tu lui a consacré et dans lequel je suis, trône sur ma cheminée ! »
Ca fait toujours plaisir à entendre !
De Pinoteau à LeLouch, de Deville à Tachella, de Truffaut à Tornatore, d’Enrico à Gene Kelly (mais oui) ! elle servit de son talent tous les grands réalisateurs… Et ça continue. Elle vient de tourner « Le chemin du bonheur » de Nicolas Steil. Ne parlons pas de sa carrière télévisée comme « Crimes et châtiments » ou encore « Le Château des oliviers » de Louis Velle et Frédérique Hébrard. Elle retrouva d’ailleurs leur fils François à Marseille pour le tournage en 2014 de « Jusqu’au dernier »… où j’étais bien sûr. C’est aussi au Revest qu’elle a tourné « Le jeune marié » de Bernard Stora en 83… où j’étais encore !
La revoir donc à la Collégiale avec son mari fut un joli moment de retrouvailles.
Quant à Jean-Christophe, il était heureux comme un enfant de rencontrer enfin cette comédienne qu’il adore.

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« Je la rencontre enfin car il y a longtemps, je te l’ai dit, que je voulais travailler avec elle sans que jamais un projet ne se réalise. C’est donc fait et j’espère que ce n’est que le début d’une collaboration. Qu’en pensez-vous, Brigitte ?
– Peut-être peut-on se tutoyer, non ? lui dit-elle en riant !
Tu sais, Jacques, il y a des années que je suis le travail de Jean-Christophe car je l’admire beaucoup. J’admire sa façon d’approcher la musique car il a cette passion en lui qui m’émeut et qui rend belle toute musique qu’il aborde. Et lorsqu’il a « osé » me proposer ce spectacle, je n’ai pas hésité une seconde. J’aurais dit oui à tout mais en plus, celui-ci est d’une telle force qu’on ne peut pas refuser.
Et ce choix de ce spectacle ou presque toujours le récitant était un homme ?
Je te signale que je l’ai déjà interprété. Le récitant peut être une récitante qui évoque les paroles de Jésus. Elle raconte et rapporte ce qu’il a dit. Donc peu importe que le récitant soit homme ou femme,
– Alors, on va rejouer ensemble – propose Jean-Christophe – avec un air d’enfant qui attend la permission de jouer !
– Avec plaisir !
– Tu sais, je pense à quelque chose de plus léger, peut-être même humoristique…
– Ah, ça, j’aimerais beaucoup ! »

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Cela se passe dehors, à la fraîcheur de la nuit, entre un jus de fruit et un morceau de pastèque, la fille de Jean-Christophe étant venue nous rejoindre car, comme son père, elle étudié le violon avant de choisir le chant et, nous précise Jean-Christophe, elle va devenir une grande star !
Nos deux héros de la soirée n’ont pas beaucoup de temps à profiter de ce fameux cocktail à base de fruits, tant ils sont accaparés par le public qui leur renouvelle félicitations et remerciements… tout en faisant un petit selfie !
Ambiance chaleureuse qui va encore s’éterniser avant que chacun aille regagner les navettes pour le retour à la ville et se souvenir que, ce soir-là, nous avons côtoyé les cieux.

Jacques Brachet




Alain CHAMFORT, « rockmantic » musicien !

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50 ans…
Non, ce n’est pas son âge ni le mien puisqu’il et de 1949 et moi de 1946.
Mais ça fait 50 ans qu’on se côtoie et ça a commencé avec Claude François et les disques Flèche en 72.
Il était en tournée avec lui et moi je suivais la tournée en tant que journaliste. Et je travaillais avec Claude sur les chanteurs qu’il produisait. Dont Alain.
Durant toutes ces années, nous nous sommes souvent croisés et rencontrés, reprenant à chaque fois notre conversation où elle s’était arrêtée.
De Clo-Clo à Gainsbourg en passant par Véronique Sanson, Lio, Jacques Duvall, Boris Bergman, Dick Rivers, Jacques Dutronc, Michel Pelay, Etienne Roda-Gil, et bien d’autres, Alain a tracé une carrière originale avec des hauts et des bas, comme beaucoup d’artistes mais toujours là avec de belles mélodies aussi différentes que celles enregistrées chez Flèche (Dans les ruisseaux, signe de vie, signe d’amour, l’amour en France) ou que les chansons écrites avec Gainsbourg (Bambou, Manureva)
Plus musicien que chanteur au départ, il fut dans les chœurs de Séverine pour l’Eurovision, Séverine avec qui il chanta sur scène.
Après le Liberté à Toulon où il est venu chanter en piano-voix, le voici qui reviendra le jeudi 21 juillet à Sanary, sous les étoiles, toujours en piano-voix.
Retrouvailles avec Alain.

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« Comment sera composé ton récital, Alain ?
Je suis en train d’y mettre les dernières touches. Ce sera un mélange de mes anciennes et de mes nouvelles chansons, afin que le public toutes générations puisse y prendre plaisir. Des chansons connues, d’autres moins connues mais je pense que tout le monde s’y retrouvera.
Ton dernier album est tout différent puisque fait avec un orchestre symphonique !
Oui, ça s’est passé durant le Covid. La directrice de l’Opéra de Montpellier m’a proposé de faire un concert avec son orchestre symphonique. Ça a été un long travail de préparation, un travail excitant. Et le concert a été déprogrammé car il devait se jouer le premier jour du second confinement !
Il s’est donc quand même fait sans public. Il y a eu une captation dont on a sorti un DVD puis un double album « live » intitulé « Symphonique Dandy ». Ce concert devait être suivi d’une tournée, tout a été annulé mais nous sommes en train de la remonter pour 2023.
Comment ça va se passer ?
Je jouerai avec à chaque fois l’orchestre symphonique des villes où je passerai, avec un chef d’orchestre qui sera le même sur chaque date. Il n’y aura pas de section rythmique mais des arrangements classiques qui seront en cohérence avec les mélodies.

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Tu es compositeur et un magnifique mélodiste, tu as travaillé avec beaucoup d’auteurs de talent et, à part pour Claude, tu as écrit pour nombres de femmes : Lio, Jane Birkin, Viktor Lazlo, Dani, Vanessa Paradis, Line Renaud… Pourquoi pas les hommes ?
Parce que personne d’autre ne m’a demandé de chansons ! Tu sais, je ne vais pas proposer mes chansons, ce sont les chanteuses qui viennent m’en demander. Je compose à la demande. Alors si on ne vient pas vers moi, je ne compose pas ! J’ai travaillé avec le groupe Toxic Advanger qui est un groupe électro. Mais pour l’instant je n’ai pas de demandes !
Surprise : tu as enregistré « La décadanse » de Gainsbourg. Inattendu, non ?
(Il rit) oui, nous avons fait ça au départ pour la télé avec Héléna Nogueira. Puis l’idée m’est venue de l’enregistrer. A ce moment-là Héléna n’était pas libre et je l’ai fait avec une jeune chanteuse Mylène Champenoy.
Tu l’as fait de façon originale, d’abord très suggestive et tu as inversé les rôles : ce que chante Gainsbourg c’est Mylene qui le chante et vice-versa !
Oui, j’ai trouvé ça à la fois drôle et intéressant puisqu’aujourd’hui, avec l’évolution de la femme, elle prend de plus en plus le pouvoir il y a plus d’équité et j’ai voulu participer à cet équilibre.
Tu es apparu dans « The voice » en tant que coach avec Jenifer… C’était nouveau pour toi !
Remettons les choses en place : c’est Jenifer qui était le coach et la production a voulu pimenter l’émission en faisant assister les coaches par des invités. J’ai fait partie de ceux-là. Mais ce n’était pas pour coacher. C’était juste une présence, une idée de la prod, qui a été sans lendemain.
Tout petit, tu as été attiré par la musique…
Oui, j’ai appris le piano dès 4 ans et je devais à 12 ans entrer au Conservatoire. Mais alors, j’ai été attiré par d’autres musiques. Nous étions en 62/63, plein de groupes naissaient tout comme d’autres musiques venues d’Amérique. J’ai été attiré par ce milieu où je me sentais plus à l’aise que dans le milieu plus guindé de la musique classique. C’était une autre forme de musique qui m’a beaucoup excité.

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Et pourtant tu reviens aujourd’hui à la musique symphonique !
Oui, j’ai évolué, tout a évolué et comme je compose des musiques plutôt « classiques » beaucoup se prêtent à cet habillage. Grâce à des harmonies plus riches, elles prennent une autre forme et sont mises en valeur.
Pour en revenir à Claude François, c’est lui qui t’a fait chanter…
Pas vraiment. J’avais fait des essais en 68 grâce à Dick Rivers qui avait produit deux ou trois 45 tours de moi dont on n’a jamais entendu parler. Du coup j’ai renoncé et décidé d’écrire pour les autres. C’est la parolière Vline Buggy qui m’a fait rencontrer Claude et Claude entendant ma voix, a décidé de me produire en tant que chanteur. Et l’ai intégré la maison.
En fait, tu n’as pas beaucoup écrit opur Claude.
Non, j’ai dû lui faire deux ou trois chansons dont une qui a une histoire.
Paul Anka, qui avait fait la version américaine de « Comme d’habitude », (« My way »), passe un jour par Paris et vient faire un tour chez Flèche pour trouver des chansons. Il tombe sur une de mes musiques qui lui plait et en fait « Do I love you ». Claude est content mais aussi vexé car il avait refusé la mélodie… qu’il s’est empressé de faire sous le titre « Plus rien qu’une adresse en commun » !
Ça c’est du Claude pur jus ! Que te reste-t-il ce ces années Flèche ?
Des souvenirs très mêlés. C’est un moment de ma vie très hystérique ! Nous enchaînions les galas et les trajets de 500 bornes, il y avait toujours un musicien à remplacer, un costume à changer, enregistrer un disque tous les six mois, nous vivions dans un tourbillon de folie mais c’était malgré tout une époque chouette, excitante. Tu le sais, avec Claude ce n’était pas toujours facile, il pouvait être très désagréable, très jaloux. Mais j’étais à bonne école au niveau exigence.

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C’était plus calme avec Gainsbourg ?
C’était, disons, une autre façon de vivre. Ce qui a été formidable avec lui c’est d’enregistrer en Amérique avec les plus grands musiciens. C’était plein d’énergie, plus affirmé, ça me sortait de la musique de variétés pure et je trouvais des musiciens qui rejoignaient vraiment la musique que je voulais faire. C’était d’une efficacité redoutable. Très rock’n’roll !
D’ailleurs, le premier album que nous avons fait s’intitulait « Rock’rose ». Il n’a hélas pas marché et après ça, Serge s’est fait tirer l’oreille pour retravaille avec moi. Il s’est contenté de m’écrire des textes… Et c’est alors qu’est arrivé le succès de « Manureva ». Du coup on a retravaillé ensemble.
Aujourd’hui, où en es-tu de tes projets ?
On reprend pied après le Covid… enfin, on l’espère. Il y aura donc cette tournée symphonique et là, je suis en train d’enregistrer un nouveau disque avec Jacques Duvall, avec qui je travaille depuis 25 ans et Pierre-Dominique Burgaud.
Avec qui tu avais fait « La vie Saint-Laurent ?
Oui, c’était son idée. C’est un ami qui a un parcours original : il était directeur artistique dans la pub jusqu’au jour où il a tout laissé tomber pour écrire des chansons. Ca a entre autre donné la comédie musicale « Soldat Rose » !
Un jour il me montre quelques textes que lui ont inspirée la vie de St Laurent. Au départ, ce n’était pas un projet forcément évident et « rentable ». Mais en deux ou trois chansons qu’il m’a faites lire, j’ai trouvé qu’il avait réussi à raconter sa vie de manière très poétique avec une possibilité de mettre ces textes en chansons.
Connaissais-tu Yves St Laurent ?

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Pas du tout, je ne l’ai jamais rencontré, je savais bien sûr qui il était mais ça ne me passionnait pas plus que ça. J’ai donc lu des biographies et je me suis rendu compte de ce vrai destin exceptionnel. C’était un personnage emblématique du dernier siècle, de l’après-guerre, qui avait vécu à la même époque que moi, en parallèle, dans des sphères différentes et qu’on aurait pu se croiser. Mais ça ne s’est pas fait.
Je me suis alors rendu compte que son histoire était presque du domaine du roman, son enfance, sa trajectoire, son destin tragique malgré les apparences… Un vrai personnage de roman. Nous l’avons alors traité de la manière qui nous semblait la plus proche de l’idée qu’on s’en faisait ».

Revoilà donc Alain dans « le circuit après covid » comme beaucoup d’artistes, en espérant que « ce mal qui répand la terreur » ne viendra pas, une fois de plus, tout chambouler.
Et que nous nous retrouverons à Sanary pour fêter nos 50 ans d’amitié !

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Christian Servandier

 




Six-Fours
Philippe JAROUSSKY… Un ange est entré dans la Collégiale

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Jamais l’on n’avait vu les spectateurs de la Collégiale dans une telle liesse. Des cris, des applaudissements à n’en plus finir, une standing ovation qui n’en finit pas…
Le récital de Philippe Jaroussky a fait se lever comme un seul homme, un public totalement sous le charme et obnubilé par la voix de celui que l’on considère comme le meilleur contre-ténor du monde.
Et il fut pour nous, toute une soirée, grâce à Jean-Christophe Spinosi qui préside et anime ces superbes nuits de la Collégiale.
Avec l’ensemble Matheus, il ont interprété « Orlando et Olimpiade » de Vivaldi et « Serse » d’Haendel. Ce fut magique, incroyable, le magnifique orchestre de Spinosi offrant un écrin superbe à ce chanteur hors norme qui a su conquérir les amateurs de musique classique du monde entier.

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Et quelle joie et quel privilège qu’il m’accorde une interview en toute simplicité car il est loquace, nature, sympa, souriant sous ce regard bleu et ce visage qu’il a gardé de l’adolescence.
Il s’installe face à la mer pour profiter du panorama que nous offre la collégiale !
Philippe, l’on vous considère comme la plus belle voix du monde…
Malheureusement…
Vous pouvez répéter ?
Oui ça semble bizarre mais j’ai le syndrome du chanteur qui n’aime pas sa voix et qui rêvait d’avoir une voix de ténor ! Lorsque j’entends chanter les grands ténors, je me dis que jamais je ne pourrai interpréter ces musiques… Mais rassurez-vous, je le vis bien !
Encore heureux ! D’autant que vous pensiez devenir violoniste ou pianiste !
C’est vrai, j’ai découvert et débuté le violon à 11 ans, alors que je ne suis pas d’une famille particulièrement mélomane. Et puis, j’ai découvert le sopraniste Fabrice di Falco. J’ai trouvé que sa voix avait une ressemblance avec l’aigu du violon. J’avais 18 ans et j’ai eu envie de suivre cette voie… et cette voix !
Je suppose que vous l’aviez déjà, cette voix ?
Même si ça paraît présomptueux, je pense qu’on ne devient pas contre-ténor, on l’est. Après ça, il faut beaucoup de travail, il y a un mix physiologique à trouver. On me disait que j’étais un bon musicien mais pas un bon technicien, on m’a parlé de respiration, d’interprétation des textes… Ça m’a beaucoup plu et je me suis mis au travail. Il a fallu pour cela que je me décomplexe.
Pourquoi ? Vous étiez complexé ?
Oui car je trouve que chanter est très impudique, il faut chanter en regardant le public, pas comme avec un instrument derrière lequel on peut se cacher. Tout est intérieur. Il m’a fallu du temps pour trouver une certaine fraîcheur. C’est ce qui est important. La voix ne doit pas être seulement un cache misère.

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Vous arrivez dans un monde où les contre-ténors sont un peu passés de mode…
Lorsque je suis arrivé, cela commençait à s’inverser. On commençait à retrouver ces voix qui furent longtemps à la mode avec les castrats, ces voix qui interpellaient parce que pas communes. Il y a aujourd’hui une évolution et je suis content que des chanteurs comme moi, comme Gérard Lesne ou comme Andreas Scholl qui fut mon professeur, soient connus et reconnus. Nous faisons partie de la nouvelle génération, nous avons ouvert une voix plus sportive, plus… pyrotechnique ! Certains opéras sont aujourd’hui à nouveau joués.
De plus, chaque voix de contre-ténor est différente. Il n’y en a pas une seule pareille.
Qu’est-ce qui a fait de la vôtre quelque chose d’unique ?
Un timbre très clair, plus de charme et de la juvénilité dans le timbre je pense.
Vous avez créé l’Académie musicale qui porte votre nom…
Oui, cela fait cinq ans et, avec des professeurs nous enseignons le violon, le violoncelle, le piano à de jeunes enfants de 7 à 12ans (Jeunes apprentis) et de 18 à 30 ans (jeunes talents), non pas pour faire de tous de grands musiciens mais pour leur ouvrir des horizons, leur donner l’envie d’aller plus loin que les cours qu’on leur donne à l’école, même si ça a un peu évolué.  On leur offre des moyens d’accéder à la musique, à la culture, de les accompagner dans leur insertion sociale ou professionnelle. On  les garde trois ans. Nous leur donnons le plaisir de découvrir la musique mais aussi de se découvrir eux-mêmes. Et même s’ils n’en font pas leur métier, ça leur donne une chance, ça leur ouvre des portes. C’est une grande fierté pour moi.
Mais vous n’enseignez pas le chant ?
Non car, juste à côté de nous, il y a une grande école de chant, de comédie musicale.
Par contre, je donne des master class à cinq chanteurs par an, que je suis de près.
Hélas, le Covid a bouleversé beaucoup de choses et a fait de grands dégâts ».

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Nous avons cette conversation sur la terrasse de la collégiale, entre deux poses, et l’ami Spinosi vient nous interrompre : « C’est bien joli de parler mais le travail nous attend… Et je lui ai tout raconté sur toi. Je lui ai dit tout le mal que je pense de toi ! »
Atmosphère bon enfant. Avant de repartir répéter, il me dit sa joie de retrouver Jean-Christophe :
« Dès notre première rencontre, il y a eu un coup de foudre entre nous et dans la foulée nous avons enregistré quatre opéras ! Nous avons beaucoup travaillé ensemble, enregistré de disques et fait nombre de concerts. Sans jamais nous quitter vraiment, il s’est passé dix ans sans que nous travaillions ensemble. Et nous retrouver aujourd’hui dans ce lieu enchanteur est chargé de joie et d’émotion.
De curiosité aussi car en dix ans nous avons évolué chacun de notre côté et cela fait un drôle d’effet de retrouver des œuvres que nous avons déjà jouées ensemble mais que ce soir nous jouerons certainement différemment ».

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Bon, cette fois il faut s’arrêter. Juste le temps de faire quelques photos… sans Jean-Christophe qui est déjà dans la nef… Et qui attend Philippe !
Une petite histoire très jolie : celle de son nom.
En effet, fuyant la révolution russe, son arrière-grand-père arrive en France, à la frontière sans savoir parler français. Et bien sûr, la première chose qu’on lui demande c’est « Comment vous appelez-vous ? ». Il ne comprend pas et croit qu’on lui demande d’où il vient et il répond : « ya-russky »
Et c’est ainsi qu’on l’inscrit et qu’il devient Jaroussky !

Propos recueillis par Jacques Brachet

 



Six-Fours – La Collégiale St Pierre
Jean-Christophe SPINOSI… Le retour, 9ème !

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Pour la neuvième année, l’immense musicien, violoniste et chef d’orchestre de l’Ensemble Matheus, investit la Collégiale St Pierre, pour le bonheur des mélomanes, d’autant qu’il vient avec des artistes prestigieux : Philippe Jaroussky, Brigitte Fossey, Andréas Scholl…
Quatre soirées rythmées par les musiques de Vivaldi, Haendel, Mozart, Haydn, Pergolese, qui ont fait collégiale comble pour apprécier le nec plus ultra de la musique sacrée.
Aujourd’hui Jean-Christophe Spinosi est devenu, comme les frères Capuçon, l’ami incontournable de la ville de Six-Fours. Et comme tous ces musiciens dits « classiques », ils ont une simplicité et une humilité dont toutes ces pseudo-stars nouvelle génération pourraient prendre exemple.
Jean-Philippe, que l’on retrouve avec plaisir au bord de l’eau et qui, malgré quelques problèmes, car sa femme s’est cassé le poignet alors qu’elle devait être dans l’orchestre, vient nous parler du programme qu’il nous a concocté… avant de consommer une magnifique daurade !

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« En voici un que l’on n’attendait pas à la Collégiale, lui qui joue dans le monde entier dans des salles immenses : Philippe Jaroussky
Philippe, je l’ai auditionné alors qu’il débutait. Il avait 19 ans. J’ai tout de suite été admiratif de cette voix unique au monde et ça a très vite collé entre nous. Nous avons presque le même âge, nous avons presque débuté ensemble et des liens indissociables se sont créés entre nous. Nous avons en fait grandi ensemble, c’est un compagnon de jeunesse, nous avons très vite fait de nombreux concerts, de nombreux disques. Mais là, ça faisait à peu près dix ans que nous n’avions rien fait ensemble. Ce concert, composé de « Serse » de Haendel et « Orlando et Olimpiade » de Vivaldi est une avant-première et nous allons faire une tournée.
Jouer avec le plus grand contre-ténor du monde, qui plus est un ami, est un grand honneur et un grand bonheur.
Sa voix est unique mais avec une telle voix, y a-t-il, en dehors du baroque, un répertoire assez large ?
Pas « assez » mais « très » large car c’est une voix qu’il module et il peut chanter de nombreuses choses auxquelles on ne pense pas à priori. Ce n’est pas qu’une voix baroque mais une voix contemporaine. La preuve en est des chanteurs comme Jimmy Sommerville, les Beach Boys, et même M. Ce sont des voix de falcetto, en français « de fausset » , des voix qui font résonner les notes dans la tête et non dans la poitrine et qui peuvent monter très haut dans l’aigu.

Et puis il y a au programme « La messe en ut de Mozart »
C’est une œuvre colossale où l’on découvre tout l’art et le génie de Mozart. C’est une musique qui sonne comme un opéra et Milos Forman, dans son film « Amadeus » en a fait un chef d’œuvre. Bien qu’inachevée, cette messe est le ciel de la musique, c’est fort en émotion. Je ne l’avais encore jamais jouée.

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Et voici encore une artiste inattendue : Brigitte Fossey !
Bigitte Fossey, je connaissais la grande comédienne qui, depuis « Jeux interdits » où elle était une enfant, est devenue la grande artiste que l’on sait. Nous avions failli travailler ensemble  sur « La flûte enchantée » de Mozart mais cela ne s’est pas fait et je ne l’ai pas rencontrée.
Et puis, j’ai appris, en lisant une interview d’elle, qu’elle avait voulu mettre en scène un opéra de Rameau. Cela ne s’était pas fait non plus mais elle disait que, si ç’avait été le cas, c’était avec moi qu’elle aurait voulu le faire !
Lorsqu’on a envisagé de mettre au programme « Les sept dernières paroles de Christ en croix » sur la musique de Joseph Haydn, j’ai pensé à elle. Je l’avais déjà monté avec Michaël Lonsdale, Daniel Mesguish et un certain Mathieu Spinosi comme récitant. Et je me suis dit pourquoi pas une femme ?
Et revoici un contre-ténor : Andréas Scholl
Oui, j’ai fait appel à lui car fut le professeur de Philippe Jaroussky. Andréas Scholl, est une légende, qui fait avec sa voix de falsetto, des choses incroyables, que l’on a du mal à imaginer. Il a interprété avec maestria Bach, Scarlatti, Purcell, Gluck, Haendel et pour cette soirée ce sera Vivaldi et Pergolèse
Voilà comment j’ai construit cette saison.
Côté disques, as-tu des projets ?
J’ai deux projets mais il est difficile d’en parler car ceux-ci peuvent se modifier mais un disque est prévu pour 2023 et je pense qu’il sera au programme de la Collégiale l’année prochaine.
J’ai un autre projet, celui d’un coffret opéra qui, lui, devrait sortir en 2024.
Mais on en reparlera !

Propos recueillis par Jacques Brachet

Programme
16 juillet : Messe en ut de Mozart par l’ensemble Matheus dirigé par Jean-Christophe Spinosi
18 juillet : « Le sept dernières paroles du Christ en Croix », musique de Haydn, par l’ensemble Matheus. Récitante : Brigitte Fossey
20 juillet : « Stabet Mater » de Pergolèse – « Cantate Cessate Omai Cessate » de Vivaldi par l’ensemble Matheus et Andréas Scholl, contre-ténor


Six-Fours – Les nuits du Cygne
Gautier CAPUCON : Un magnifique bouquet final

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Après le frère… l’autre frère !
Pour la troisième fois le violoncelliste Gautier Capuçon a enflammé la cour d’honneur de la maison du Cygne.
Il a tout du gendre idéal : beau, simple, souriant, chaleureux… Et par-dessus tout ça, avec son violoncelle il enflamme le public.
Il arrive tout souriant avec son pianiste Franck Braley, regard de connivence et aussitôt Gautier nous souhaite une bonne soirée et, à l’opposé de son frère, Renaud, plus réservé, plus intériorisé, les yeux, fermés, comme dans une bulle, il va, tout au long de la soirée, nous raconter l’histoire de chaque morceau qu’il interprètera et c’est toujours passionnant de savoir comment est née une œuvre, pourquoi elle est née et comment elle a pu évoluer avec le temps, être détournée en passant d’un instrument à l’autre.

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Il démarre tout en énergie avec un adagio-allegro de Robert Schumann, en passant de l’un à l’autre avec élégance. Puis il passe à « Louange » d’Olivier Messiaen, œuvre écrite durant l’internement du compositeur en 1940 et qu’il a interprété pour la première fois dans le camp où il était interné. Gautier  rend également hommage au grand pianiste Nicholas Angelich qui vient de décéder  le 19 avril à l’âge de 51 ans et qui, comme son frère, a joué avec lui. Moment émouvant avec une minute de silence. Il en profite pour également rendre hommage à l’Ukraine où il a donné deux concerts en avril et où il garde tendresse et tristesse.
Et puis, première surprise, il invite un jeune pianiste hyérois, Kim Bernard qui a reçu le prix de la fondation qu’il a créée pour accompagner et transmettre ses valeurs artistique à un jeune musicien d’exception, et dont le premier album sortira le 17 juin.

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Il lui laisse la scène pour deux morceaux et, à 22 ans, il a déjà tout d’un grand, la maîtrise, la concentration et il a totalement charmé le public avec deux extraits de ce CD : « Reflets dans l’eau » et « Isle joyeuse » de Claude Debussy.. Il reviendra plus tard pour un duo avec le maître, une magnifique interprétation d’un morceau de Piazzola « Oblivion ».
Après « Vocalise » de Rackmaninov, écrit sans paroles pour une soprano et que Gautier remanie avec infiniment d’inventivité, il se lance dans ce qu’on appelle « un morceau de bravoure » signé Paganini dont l’histoire est édifiante : le morceau est tellement rapide et enlevé qu’un soir le compositeur en casse trois cordes de son violon et finira avec une corde ! Rossini, paraît-il, en a pleuré !

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Gautier a gardé ses cordes mais ses doigts, comme des papillons, virevoltent sur les quatre avec une folle agilité. Et son pianiste, en toute complicité est en totale osmose avec lui.
Et puis, après la splendide sonate N°3 de Beethoven, le premier final nous offre encore un moment extraordinaire, qu’on avait déjà pu apprécier lors de son premier passage au Cygne, l’incroyable « Gzardaz » de Monti, avec, là encore, une incroyable performance.
Mais ce n’était pas fini pour autant puisque revoilà le violoncelliste et les deux pianistes, bien serrés sur la banquette pour nous offrir une œuvre… pour six mains !

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Ce fut du délire et sur cette originale interprétation, le public partit le cœur d’étoiles.
L’on devait retrouver Gautier le lendemain matin à 8h30 (Fallait le faire !) pour venir, en compagnie de jeunes musiciens et du maire de Six-Fours, Jean-Sébastien Vialatte, changer l’archet de son violon pour… une pelle avec laquelle ils plantèrent un chêne (enfin symboliquement, l’arbre ayant déjà trois mètres de haut) et jetèrent la terre au pied de celui-ci !
A 8h45, tout était fait et Gautier partit très vite vers Marignane pour prendre un avion qui l’emmenait… à Istanbul, avant de repartir au château de Schönbrunn en Autriche, son voyage musical l’emmenant dans le monde entier.
Mais il reviendra pour sa tournée « Un été en France », comme l’an dernier, et il nous offrira, le dimanche 24 juillet, son dernier concert estival au Parc de la Méditerranée, accompagné de jeunes musiciens et d’une compagnie de danse. Concert gratuit à 21h, suivi d’un feu d’artifice, où vous pourrez assister au spectacle en pique-niquant dans l’herbe !
Le feu d’artifice, nous l’avons eu avec ce dernier concert des Nuits du Cygne.

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Bravo l’artiste ! Et bravo la Municipalité pour cet étincelant festival.
PS. Le temps entre son arrivée et son départ de Six-Fours, ne nous a pas permis de faire une interview avec Gautier Caapuçon… mais qu’il m’a promis qu’il aurait lieu lors de son retour en juillet.
Dont acte !

Jacques Brachet


Six-Fours – Nuits du Cygne
Renaud CAPUCON : Passion, émotion, transmission

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Et revoilà Renaud Capuçon, de retour à la Maison du Cygne où, comme l’an dernier, il nous offrait un magnifique concert accompagné par le jeune virtuose Guillaume Bellom au piano.
Un concert différent de l’an dernier puisqu’il nous proposait trois sonates pour violon et piano, de Robert Schumann, de Johannes Brahms et de César Franck.
Un concert très intime devant un public attentif. Mais peut-être un concert un peu linéaire dans lequel il manquait un zeste de fantaisie, un peu de punch, d’énergie, même si, comme à chaque fois, ces sonates étaient magistralement interprétées.
Par contre, le final fut très émouvant avec la sublime « Méditation de Thaïs » de Massenet et retour avec le « Clair de Lune » de Debussy, qui fut aussi, coïncidence, le final de Nemanja Radulovic et Laure Favre-Kahn.
Un Renaud Capuçon toujours inspiré, concentré, les yeux fermés…
Du grand art.

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Je devais les retrouver le lendemain où ils recevaient des élèves du conservatoire puis Renaud m’offrit un joli moment d’entretien.
Souriant, réservé, il sait partager sa passion, qui fait partie de son crédo : Passion, émotion, transmission.
Avec Guillaume Bellom, tous deux répondirent aux nombreuses questions de ces élèves, musiciens en herbe, avec gentillesse, patience et joie de pouvoir partager avec eux ce moment de connivence. Moment qui se termina par un extrait d’une œuvre de Bach très enlevée, comme on aurait aimé en entendre lors de leur récital. Des écoliers leur offrirent une chanson que Renaud filma.

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Puis c’est avec une extrême gentillesse que nous bavardâmes sur un banc de ce magnifique jardin.
« C’est un bonheur – m’avoue-t-il – que de jouer dans ce lieu où l’on se sent bien, où la musique peut s’exprimer de façon naturelle et d’être accueilli par des gens qui aiment l’art. On le ressent et on a envie d’y revenir.
Ce qui sera le cas ? Puisque vous et votre frère semblent être devenus des membres honoraires, vous deux fois, lui, trois fois dans quelques jours !
(Il rit) Non, nous ne sommes que des invités qui ont du plaisir à retrouver ce lieu. Et bien sûr que si l’on m’invite, je reviendrai avec plaisir !
Vous êtres déjà responsable de deux festivals !
Oui, celui du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence et celui de Lausanne dont je suis chef de l’orchestre de chambre.
Vous en aviez créé un près de chez vous…
Oui, à Ravoire, près de Chambéry où je suis né. Mais c’est terminé.
Vous avez écrit, juste avant le Covid, un livre de souvenirs et vous avez sorti un double CD « Un violon à Paris » (Erato). Parlons-en !
Le livre, intitulé « Mouvement perpétuel » (Flammarion) est à la fois un livre de souvenirs car j’ai vécu beaucoup de beaux événements et de rencontres de gens à qui je voulais rendre hommage. C’est un livre qui retrace mon parcours de mes débuts jusqu’à mes 45 ans et qui s’adresse entre autre aux gens qui ont envie de faire ce métier. Pour leur dire que lorsqu’on a du talent ce  n’est pas tout, il faut un travail acharné pour en arriver là, beaucoup de passion et de chance. C’est ce que j’ai dit à tous ces gosses qui rêvent de faire ce métier mais qui ne se fait pas avec facilité.
J’ai adoré ce moment de rencontre avec ces enfants et je me dis que, parmi eux, s’il y en a deux ou trois qui continueront, c’est gagné. Je suis très épris de transmission.

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C’est d’ailleurs l’un des mots de votre crédo : Passion, émotion, transmission…
Oui, on ne peut faire ce métier sans passion, il faut qu’elle soit omniprésente. L’émotion c’est ce qui rythme notre vie d’artiste et pas seulement mais c’et la musique qui me procure cette émotion. La transmission, c’est ce que nous avons fait ce matin et ce que je fais dès que cela est possible.
Vous leur disiez d’ailleurs, que jeune, vous n’étiez pas bon. Mais quand même, un 1er prix de musique et un premier prix de violon à 17 ans et très vite vous avez joué avec des pointures comme Nicolas Angelich, Hélène Grimaud…
Oui, mais c’est grâce à beaucoup de travail et de persévérance. On n’arrive pas à une carrière sans cela. Et c’est tous les jours une remise en question pour devenir meilleur.
Pour en revenir à votre livre qui s’intitule « Mouvement perpétuel », avez-vous joué ce morceau dingue à jouer de Paganini ?
Oui, lorsque j’étais jeune. Mais ça me fait penser que depuis je n’y ai plus touché. Peut-être faudrait-il un jour que j’y repense.
Par contre, ce n’est pas qu’à lui que j’ai pensé mais aussi au poème éponyme d’Aragon, mais encore au mouvement perpétuel d’une montre.
Et chose drôle, un mois après la sortie du livre, il y a eu le Covid qui a tout arrêté ; en terme de mouvement perpétuel c’était un peu raté !
Pareil pour le disque ?
Alors là, non. Il s’est fait durant le Covid. Ne pouvant jouer sur scène, tous les soirs je jouais un morceau en direct sur les réseaux sociaux, durant 56 jours. Ce double album est ainsi  formé de titres que je jouais soir après soir avec Guillaume Bellom.

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Vous dites ne pas simplement aimer la musique classique mais LA musique en général. On s’en aperçoit avec ce dernier disque où se côtoient Haendel et Chaplin, Chopin et Morricone, Tchaïkovski et Grapelli…
Oui, bien sûr, il y a plein de musique que j’écoute et que j’aime. Je les traite de façon classique car les mélodies sont belles et intemporelles, sans tomber dans le populisme, en restant naturel, en restant soi-même. Je ne veux pas être un musicien qui regarde de haut parce qu’il joue de la musique classique. Si la musique est bonne, on peut naturellement la jouer.
Justement, c’est pour cela qu’on vous retrouve sur le concert des Enfoirés ?
Justement, c’est parce que Jean-Jacques Goldman me l’a demandé et qu’étant amis, je ne peux pas dire non. D’autant que cette année j’ai joué en duo avec Catherine Lara et c’était très symbolique d’une rencontre de deux générations.
De plus, Catherine a du talent et est une femme très sympathique.
Mais là, comme pour Johnny, je fais que jouer ce que j’aime, ce que je ressens. Je suis toujours guidé par l’émotion, par le partage.
Vous aimez nombre de compositeurs. Auxquels vont vos préférences ? Et comment les choisissez-vous lorsque vous créez un nouvel album ?
A part Bach, qui est peut-être mon préféré, j’aime aussi Schubert, Mozart, Beethoven… Tout dépend des moments, ça se fait de façon naturelle, suivant mes états d’âme, mes rencontres. Un disque se fait sur une rencontre, une envie…. Par exemple, je travaille avec l’orchestre de Lausanne et mon inspiration s’est cristallisée sur « Les quatre saisons » de Vivaldi qui sera mon prochain album. J’y ajouterai deux concertos que j’ai découverts, signés du Chevalier de St Georges.
Par contre, il y a des compositeurs que j’aime mais que je laisse à d’autres qui les jouent mieux que moi.
Vous êtes issu d’une famille de musiciens, il y a vous et Gautier…
Ma sœur qui est pianiste non professionnelle et orthophoniste !
A quand une rencontre à Six-Fours avec Gautier ?
Pourquoi pas ? Nous avons beaucoup joué ensemble. Pour le moment chacun fait sa route mais tout reste ouvert. On ne joue pas par opportunisme, pour faire un coup, même avec lui, il faut une rencontre, une envie de partager une œuvre… Le temps nous le dira ! »

Propos recueillis par Jacques Brachet


Éric LEVI… « Era »… c’est lui !

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Éric Levi… Qui connait son visage, et à la limite, son nom, sinon ceux qui vont voir le spectacle magique qu’est « Era » puisqu’il en est le créateur. Sur scène, lui n’a pas de masque mais il se cache derrière sa musique et tout le monde connaît « Era » qui a fait le tour du monde.
Curieux cheminement que celui d’Éric qui a débuté par du hard rock, puis du rock, ce qui l’a fait travailler avec des artiste comme Corinne et Bertignac, Higelin, écrire une douzaine de musiques de films dont celle des « Visiteurs », loin du rock mais tout aussi efficace et devenue aujourd’hui indissociable du film, musique d’ailleurs nommée aux César en 93.
Il a même écriot un morceau pour le pape, chanté, excusez u peu, par Dee Dee Bridgewater et Andrea Bocelli « I believe » !
« Era » c’est un virement, sinon à 180 mais au mois à 9O° douze millions de disques vendus de par le monde puisqu’Eric nous plonge dans le monde de l’Héroïc Fantaisy, mélange de musique moyenâgeuse et de rock aux solos de guitares saturées, de batterie, de voix de femmes angéliques et d’hommes à la voix puissante. Sans compter que le spectacle est féérique où l’on en prend plein les yeux et les oreilles. Il y adapte aussi des morceaux classiques comme « Carmina Burana » de Karl Off devenu « The mass », ou encore le fameux adagio d’Albinoni devenu « Abbey Road Blues » et ça s’adapte magnifiquement.
Vous pouvez déjà en avoir un aperçu avec ce double album qui vient de sortir « Live expérience » (Sony Music) qui vous offre un concert live  et une reprise de trois succès dont « Ameno », revus et corrigés.
A la suite de cette sortie et après près de deux ans de covid, Eric-Era sera en tournée en France, suisse, Belgique, Italie, avec arrêt au Nikaïa à Nice le mardi 13 décembre.
Il faut le voir et l’écouter pour le croire.

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Rencontre avec Eric Levi
« Eric, comment se fait-il qu’Era soit connu du monde entier et pas Éric Levi ?
C’est un choix. Je ne suis ni chanteur ni comédien et « Era » est au départ un projet. Je ne vois donc pas l’intérêt d’une présence frontale de ma part.
C’est en fait un projet de musique de film… sans film !
Comment définiriez-vous votre musique ?
C’est un OVNI ! Une musique mélange d’Héroïc Fantaisy, de rock qui est cohérent, que j’ai eu du mal à faire accepter aux maisons de disques qui n’y croyaient pas et qui a aujourd’hui une résonnance universelle. Mais ce n’est pas moi qui ai inventé cette musique, je l’ai seulement remise à la mode avec des sons d’aujourd’hui. Et le public, même jeune, s’y retrouve.
Sans compter le nombre de films qui ont adopté cette musique come « Games of thrones » et quelques autres.
C’est grâce aux « Visiteurs » qu’on vous a connu ?
Pas vraiment car au départ, nous n’avons vendu que 35.000 albums de la B.O, malgré sa nomination aux César. Sans compter qu’elle n’a pas dépassé la France.  Aujourd’hui le film est devenu mythique et la musique en est indissociable.
J’ai dû attendre quatre ans pour que naisse « Era ». J’avais cette idée en tête depuis longtemps mais comme personne n’en voulait j’ai fini par produire le premier disque… sans maison de disques !

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Que signifie « Era »
C’est une reine, un règne, une période, avec pour notion le bien contre le mal.
En fait, avant « Era », vous avez eu une période rock…
Et même hard rock ! J’avais créé un groupe nommé Shakin’n Street dans lequel sont venus jouer Bertignanc et Corinne du groupe Téléphone. Nous avons fait une immense tournée aux Etats-Unis avec des groupes comme Blue Oyster Cult, AC/DC, Black Sabbath, Trust… A l’époque le rock français ne marchait pas en France. Du coup nous avons fait beaucoup de choses aux USA.
Mais l’on retrouve du rock dans le spectacle que je considère comme un opéra-rock avec cette chorale mobile, ces chanteurs. C’est plus qu’un simple concert, il y a un son plus costaud et des lumières incroyables. C’est un univers particulier et là encore, j’ai eu du mal à trouver un producteur car je ne voulais pas d’un spectacle à l’économie.
Au départ, « Era » était un clip…
Oui et c’est lui qui nous a fait connaître Beaucoup de gens l’ont découvert sur TF1 et c’est vrai que ça a été un tremplin pour nous, même si c’était alors considéré comme un projet marginal.
Vous repartez donc en tournée.
Oui, après deux ans d’arrêt qui nous a fait tout annuler puisque lorsque le covid a démarré, notre tournée internationale démarrait aussi. Nous avions des dates dans le monde entier, même à Moscou… Je  pense que nous n’irons pas !
Nous commençons déjà une tournée française, puis européenne et nous sommes en train de récupérer les autres dates. C’est assez difficile car aujourd’hui tout le monde se précipite pour faire de même… Ça se bouscule.
Deux ans et demi d’arrêt, ça a été frustrant pour tout le monde !

5 Era Live Experience - Arkea Arena - Photo : Benjamin Pavone

Pour en revenir à la Russie, Vincent Niclo a enregistré « Ameno » avec les Chœurs de l’Armée Rouge. Qu’en avez-vous pensé ?
Il a eu la gentillesse de m’envoyer le disque et ce qu’il a fait est très bien, dans un autre style, plus martial ! Mais il n’y a pas que lui, il y a aussi le nigérien Goya Menor qui en a fait une version rap africain qui a fait le tour de la planète.
Beaucoup d’autres l’ont enregistré dont Janet Jackson. C’est bien qu’une musique vive et voyage, car la musique, c’est intemporel ».

Propos recueillis par Jacques Brachet