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Françoise HARDY… Même sous la pluie…


Paris, hiver, fin des années 60.
Il fait froid.
On peut même dire qu’il gèle.
Une petite brise glaciale vient s’insinuer au travers de mon manteau.
Pour comble de bonheur, il pleut. Une de ces petites bruines parisiennes qui vous transperce jusqu’aux os. Le ciel, uniformément gris et bas, vient se confondre avec la Seine qui coule doucement, frileusement. Seule Notre- Dame a l’air de résister au temps maussade et hivernal, la tête dans les nuages. Elle en a vu d’autres. (Elle est encore loin du drame).
Et, si j’avais encore quelques doutes, je comprends pourquoi je n’ai pas tenu longtemps à Paris, pourquoi j’ai refusé d’y rester pour travailler !
Je traverse un pont. Lequel ? Je n’en sais rien.
Je suis fidèlement le plan que m’a donné Françoise Hardy.
Eh oui, je vais chez Françoise Hardy. Profitant de quelques journées parisiennes, j’ai pris contact avec la plus discrète de nos chanteuses afin de la rencontrer.
Très tôt, elle s’est éloignée de la scène et de ce fait, je n’ai jamais pu la rencontrer en province, sinon lors d’une folle journée au magasin Prisunic où elle est venue faire une animation. Pourquoi ? Elle ne veut plus s’en souvenir tant elle fut traumatisée par la folie des fans.
Alors, j’avais décidé que, si Françoise ne venait pas à moi, j’irais à elle.
Par l’intermédiaire d’une attachée de presse amie qui a fait l’entremetteuse, j’ai reçu une réponse positive.
Ça me réchauffe le cœur… et le corps qui commence à être transi !
Je prends une petite rue de l’île St Louis, calme, grise – mais en fait ici, tout est gris ! – longée d’anciennes et très belles maisons, très souvent transformées en hôtels particuliers. J’entre dans une cour pavée où l’on s’attendrait à voir se ruer une calèche. Je monte trois étages en colimaçon qui me font remonter le temps. Une porte sans nom : juste la tête d’un petit bonhomme dessiné en trois coups de crayon, sur un petit carton. C’est charmant.

1ère rencontre chez elle
2ème rencontre à Toulon en tournée

Je sonne.
Temps mort puis des pas. La porte s’ouvre sur une silhouette longiligne, reconnaissable entre toutes. Pantalon et pull noir, chemisier rosé. Je me présente :
« Vous êtes en avance d’un quart d’heure !« 
La phrase est jetée sans bonjour, sans méchanceté mais elle a tapé au but. C’est vrai que j’ai l’habitude, la qualité – le défaut, me dit ma femme ! – d’avoir tellement peur d’être en retard que je suis sempiternellement en avance. Après, selon les rendez-vous, j’attends l’heure. Mais j’ai une sainte horreur du retard, pour moi et pour les autres !
Là, vu le temps, j’avais pensé qu’à un quart d’heure près et m’attendant chez elle, Françoise n’y verrait pas d’inconvénient… Visiblement elle en voyait un !
Mais, le temps d’avoir grommelé cette phrase d’un air boudeur, un sourire – oh, très fugitif ! – s’esquisse sur ses lèvres pour me faire comprendre que, malgré tout, ça n’est pas un drame.
Tout de même, elle l’a dit et j’apprendrai très vite qu’elle est très directe et qu’elle peut être assassine !
Encore un escalier en colimaçon, tout moquetté.
Une douce chaleur m’envahit, qui fait du bien. Une musique, douce également, en sourdine, des lumières tamisées. Moquette noire, murs blancs immaculés, lampes oranges, meubles design en acier et cuir noir.
Une immense cheminée dans laquelle trône une chaîne hifi entourée de plein de disques.
Me voilà donc dans l’univers de Françoise. Un univers qui lui ressemble étrangement, à la fois sobre, mystérieux, racé, un peu froid mais plein de douceur. Tout y est si feutré qu’on a presque envie de parler bas.
Je découvre. Je me réchauffe.
Je me sens à la fois bien et un peu gêné de déranger la Belle au Bois Dormant.
Françoise, qui n’a plus parlé depuis sa petite phrase lapidaire, me demande, d’une voix aussi feutrée si j’aime.
J’aime. Je le luis dis. Oubliés le vent glacé, la pluie, le brouillard.
Elle me fait installer dans l’un des grands fauteuils noirs et, avant que je lui aie dit quoi que ce soit, elle pose un disque sur la platine. Dans un murmure elle m’invite à écouter des chansons qui feront partie de son prochain album.
Je suis quelque peu surpris car elle vient tout juste d’en sortir un :
« Dès qu’un disque est sorti, pour moi c’est terminé. Je pense au prochain même s’il ne sortira que dans un an ou plus. Je prends le temps de choisir les chansons, de les essayer, j’écris, je réécris, je cherche le style, la couleur que je vais lui donner.
Une année, ça passe vite. Il me faut encore chercher les orchestrations et donc, l’orchestrateur qui donnera la dernière touche et la couleur à l’album.
Je veux avoir tout mon temps pour ne pas me presser ni me tromper. Je sais en principe exactement où je veux aller… »
J’avoue que je découvre une Françoise Hardy différente de l’image que je m’en suis faite. Je la voyais quelque peu nonchalante et passive, faisant ce métier sans vraie passion, presque avec ennui. Je me rends compte alors que, ce qui l’ennuie c’est la promo, les télés, la scène et ce qui lui plaît, c’est d’écrire, de composer, de faire naître des chansons.

Troisième rencontre au Midem à Cannes

Et puis, je la croyais lointaine, inaccessible et la voilà qui me propose de m’installer à même la moquette avec elle et qui me confie ses idées, sa façon de voir le métier, d’y être sans vraiment y entrer, occupant une place à part dans ce show biz avec lequel elle prend beaucoup de recul.
Elle m’explique son horreur et son trac à se rendre malade chaque fois qu’il fallait monter sur scène dans des conditions quelquefois épouvantables : extérieurs, chaleur ou mauvais temps, chapiteaux pourris, sonos défectueuses, toilettes inexistantes et les kilomètres à avaler.
C’est vrai qu’à cette époque, rien n’est fait pour le confort de l’artiste. Aucun d’eux aujourd’hui n’accepterait de faire une tournée dans de telles situations. Les exigences sont loin d’être les mêmes… Très, très, très loin de là !
De tout cet inconfort elle a voulu se débarrasser pour avoir l’esprit libre, du temps devant elle.
Elle continue à faire des disques car c’est un besoin, une envie. La scène ? Terminé. La horde de fans ? Plus jamais.
Le « service après-vente », comme elle dit, elle le fait pour les besoins de la cause : faire connaître ses chansons, vendre son album pour pouvoir continuer à en faire d’autres. Mais c’est vrai que, même à la télé, elle ne fait que le strict nécessaire.
« Quand on m’invite, c’est afin de parler de l’album, je ne vois rien d’autre à raconter.
Je n’aime pas parler de moi. Donc, en dehors de la promo, on ne me voit pas et c’est très bien comme ça. Tant pis si ça ne plaît pas à certains esprits chagrins.
Je suis comme ça. Je suis moi, je ne cherche pas à plaire à tout prix« 
Ce qui ne l’empêche pas de se passionner pour la musique.
Elle écoute beaucoup de choses, se tient au courant des nouvelles tendances, des nouveaux artistes et surtout des auteurs et compositeurs qui pourraient travailler avec elle, faire un bout de chemin sur un disque.
Ainsi me parle-t-elle de Catherine Lara qu’elle a découverte très tôt et dont elle aurait même eu envie de produire son premier disque.
Mais elle sait que la production est quelque chose d’onéreux, d’aléatoire et, avec sa lucidité et sa rigueur, elle a préféré conseiller à Catherine d’entrer dans une maison de disques où elle aurait plus de soutien et de moyens que ce qu’elle aurait pu lui apporter.
Ce qui ne l’a pas empêchée d’enregistrer elle-même des chansons que Lara a écrites pour elle.

De plus, dans sa vie, il y a un sentiment qu’elle cultive particulièrement : l’amitié, dont elle a d’ailleurs fait une jolie chanson. C’est essentiel à sa façon de vivre
Elle a quelques amis, peu mais fiables, qui font partie de sa bulle de vie.
Tout en bavardant, nous avons rejoint les fauteuils.
Le thé qu’elle m’a offert a refroidi mais qu’importe. La musique a cessé sans qu’on s’en rende compte et l’on continue à parler.
Jusqu’au moment où sa voix se tait aussi.
Elle se lève, regarde par la fenêtre la pluie qui continue à ruisseler, se serre les bras en frissonnant rétrospectivement.
Sa longue silhouette est en ombre chinoise ou presque. La nuit est tombée et je sens qu’il est temps pour moi de partir.
Le temps de lui demander de poser pour une photo. Même si ça ne l’enchante pas elle dit oui mais me propose de très jolies photos de presse au cas où mes photos ne seraient pas réussies, et dans la mesure où elle ne peut pas les voir. Elle m’en signe d’ailleurs une avec ce curieux petit bonhomme vu sur la porte.
Je ne ferai que deux photos
Elle ne sourira pas.
Le sourire arrive enfin lorsqu’elle me dit au revoir et qu’elle redescend le petit escalier pour m’ouvrir la porte.
Me revoilà affrontant pluie, nuit, froid mais le cœur encore tout chaud de ces quelques heures passées aux côtés de cette artiste unique entre toutes.
Sauvage ? Peut-être, mais simple et directe.
Timide ? Certainement mais surtout secrète, pudique, jalouse de sa vie privée dont je me serai garder de parler tout au long de notre rencontre.
Je la rencontrerai quelque temps plus tard et par deux fois au MIDEM à Cannes et, se souvenant de moi, elle acceptera une petite séance photo sur la croisette et un court moment d’entretien pour évoquer les derniers événements de sa vie d’artiste.
Bien évidemment, il n’y aura plus cette magie que j’ai vécue un après-midi d’hiver dans cette jolie maison de l’île St Louis qu’elle a quitté depuis mais qui me rappelle une rencontre exceptionnelle que j’aurais aimé renouveler…
La sortie de son autobiographie m’a vraiment surpris car elle n’était pas habituée à des confidences et là, tout à coup, elle déballait tout. Sans compter que sa façon de raconter m’a laissé une drôle d’impression.

4ème rencontre, encore au MIDEM à Cannes où elle est devenue productrice

Revenue de beaucoup de choses, très souvent insatisfaite de son travail, perturbée par son enfance, pas faite pour un métier qu’elle a pourtant choisi, très critique sur son talent, sans beaucoup de compassion pour les chanteurs qui la chantent, elle paraît ainsi très abrupte et si elle ne se ménage pas, elle ne ménage personne.
Elle a pourtant tout eu : la beauté, le talent, la reconnaissance, elle fut une icône avant l’heure et a su le rester avec classe et beaucoup de mystère…
Malgré les énormes ennuis de santé qu’elle trimballait depuis des années et qu’elle vivait au jour le jour.
En fait, elle fut un OVNI dans ces années 60, elle, la romantique-pessimiste, débarquant dans un monde de rythme, de folie, de joie et d’optimisme… C’est peut-être ce total contrecourant qui en a fait ce qu’elle était : un être et une chanteuse à part qui, durant plus de 50 ans, a continué à passionner les gens.
Et malgré tout ça, j’avais gardé une furieuse envie de la rencontrer à nouveau !
Une pierre précieuse, une perle rare dans ce monde féroce de la chanson.

Jacques Brachet

Alexandre THARAUD : Barbara, mon idole


Alexandre Tharaud est l’un de nos plus grands pianiste français, qui fait le tour du monde en offrant au public des récitals où peuvent se mêler musique classique et musiques de films.
Trois Victoires de la musique, une vingtaine d’enregistrements éclectiques puisqu’entre de musique classique, il nous offre des musiques de films ou un hommage à Barbara.
Invité au Palais Neptune de Toulon par le Festival de Musique, il a eu la gentillesse, malgré la fatigue des tournées, de venir parler à des écoliers qui, dans un silence absolu, l’on écouté jouer, parler et a répondu à leurs questions. Il était accompagné par son complice de 25 ans, le violoncelliste Jean-Guihem Queyras, avant de nous proposer tous deux le soir même un récital magnifique, « réunissant, sous le titre « L’excellence française » des œuvres de Marin Marais, Debussy et Poulenc devant une salle pleine à craquer.
En prime, il a bien voulu nous accorder un peu de son temps – trop court à notre goût ! – avant d’aller se reposer.

« Alexandre, lorsqu’on a une mère danseuse et un père qui fait du théâtre, qu’est-ce qui vous amène à 5 ans au piano ?
La musique c’est du théâtre ! Lorsque je suis au piano, j’ai l’impression d’avoir un opéra sous mes doigts, dans  l’opéra, toutes les composantes du théâtre sont là, j’ai l’impression d’avoir avec moi un orchestre de quatre-vingts musiciens. Le piano est un instrument qui imite  plusieurs instruments, les cors, les percussions, l’orgue, les instruments à vent et puis j’ai également l’impression de créer une action, j’ai l’impression d’avoir sous mes doigts des personnages que je fais vivre et que je mets en scène et pourquoi pas, même un décor. C’est toute une histoire qu’on raconte avec la musique.
Mais pourquoi le piano très tôt, puisque vous le commencez à quatre ans ?
Vous savez, lorsqu’on commence la musique très tôt, le piano ce n’est pas vraiment votre choix, ce sont nos parents qui nous mettent à l’instrument et mon arrière-grand-mère avait légué à mes parents, un très vieux piano où il y avait, comme avant, des chandeliers de chaque côté. Ma mère était professeur de danse au conservatoire du XIVème arrondissement de Paris, et elle savait qu’il y avait un excellent professeur Carmen Taccon-Devenant et du coup, elle nous y a menés, ma sœur et moi, ma sœur qui, elle, est devenue professeur de piano.
Vous avez débuté les concerts… tôt ! Dès 14 ans, je crois ?
C’est difficile à dire car peut-on dire que les auditions d’élèves sont des concerts ? Je jouais mais ce n’étaient pas des concerts entiers. A l’adolescence c’étaient des concerts où je n’étais pas tout seul.


Vous avez donc fait le conservatoire, avec des prix à la clé, le premier à 14 ans d’ailleurs et plus tard, trois Victoires de la Musique, en 2012, 2013, 2021, ce qui est très rare.
(Il rit), j’avoue que je ne sais pas s’il y a d’autres musiciens ! Vous savez, il n’y a pas beaucoup de votants ! Pour les César, tous les corps de métiers, comédiens, réalisateurs, techniciens, costumiers, décorateurs, votent. Ce sont des centaines de personnes, de corps de métier. Pour les Victoires de la Musique, il y a à peu près deux cents personnes qui votent ! Ce n’est pas tout le milieu de la musique et je le regrette car ce serait plus équitable et ça nous ferait encore plus plaisir.
Votre carrière est faite de rencontres et j’aimerais parler de certaines de celles-ci. La première est Bartabas.
Oh, vous remontez à loin. C’était en 2006 et c’est vrai, j’ai fait quelques spectacles avec lui. C’était aux « Nuits de Fourvière » à Lyon. Il voulait faire un spectacle avec des chevaux et il écoutait alors tous les jours un disque de moi qui s’intitulait « Bach, concertos italiens ». Et il a dit « Je veux ça ! »
Vos autres rencontres sont en fait très éclectiques : le comédien François Morel, le réalisateur Michaël Haneke entre autres.
François Morel c’est aussi, il y a vingt ans, avec qui on a fait des trucs autour de la musique d’Erik Satie. C’est un acteur absolument incroyable. Michaël Haneke, c’est pour le film « Amour » avec Jean-Louis Trintignant, Emmanuelle Riva, Isabelle Huppert. Présenté au festival de Cannes. Là encore film incroyable, comédiens incroyables dans lequel je joue mon propre rôle. C’est un film extrêmement dur mais j’avais la chance d’être face à des acteurs superbes. J’ai d’ailleurs récidivé cette année, dix ans après, dans le film « Boléro » d’Anne Fontaine où je joue un critique musical épouvantable ! J’ai deux scènes mais ça m’a beaucoup plu. C’est mon deuxième rôle mais ce n’est vraiment pas une carrière extraordinaire !
Ça vous donné envie de continuer ?
(Il rit) Non, non, non, ce n’est pas du tout mon ambition. J’avoue que j’ai été heureux de le faire mais il y a tellement de bons acteurs qui font un travail magnifique que je le fais pour le plaisir. Et si ça se retrouve, il faudrait que ce soit lié à la musique. Anne Fontaine est une amie de plusieurs années, le film tourne autour de Ravel et c’était presque normal que j’y participe.

Il y a eu également Nathalie Dessay…
Ça a été un moment horrible et terrifiant pour moi car ça a été juste après les attentats en 2015 et on a chanté aux Invalides une chanson de Barbara « Perlimpinpin »
On arrive donc à Barbara, à qui vous avez consacré un double album…
C’est un hommage autour de ses chansons, avec plein de chanteurs que j’aime et que j’ai choisi. Je suis un grand fan de Barbara depuis mon adolescence. Ses photos parcourent les murs de mon appartement, j’en ai dans toutes les pièces et je pense à elle tout le temps. Plus de vingt-cinq ans après sa mort, elle m’accompagne dans ma vie de tous les jours, elle me console, elle me guide. Pour le vingtième anniversaire de sa mort j’ai voulu témoigner de ça de manière très différente. J’ai appelé tous les gens que j’aimais, des amis que je savais chanter Barbara avec des chemins détournés et surtout sans l’imiter : Jane Birkin, Camélia Jordana, Juliette, Vanessa Paradis, Jean-Louis Aubert, Bénabar, Luz Cazal et bien d’autres. Ce qui est incroyable c’est que ce disque-là- se vend dans de nombreux pays, ce qui n’est pas le cas des chanteurs francophones qui chantent Barbara. Or, lorsqu’on est musicien classique, on joue partout dans le monde. Il y a plein de pays où l’on ne parle pas français et où les gens me connaissent, achètent mes disques et grâce à cela, ils découvrent Barbara.
Quel effet cela fait d’entendre chanter Barbara par d’autres chanteurs ?
Barbara, c’est très difficile à chanter, ça n’est pas linéaire et sa voix est tellement liée à son œuvre car elle est une des rares chanteuses à parler de sa vie dans toutes ses chansons. C’est un autoportrait  de la première à la dernière. Sa voix était unique, nous transportait, on tombait en larmes. Chanter Barbara demande beaucoup de travail, de réflexion.


On n’a pas parlé de Juliette Binoche qui dit deux chansons de Barbara : « Vienne » et « Ô mes théâtres ». Belle rencontre encore !
Oui, elle participe à mon disque mais elle dit les textes, tout simplement. Nous avons fait une tournée qui était assez troublante car Juliette est une personne très fragile. Ses fragilités frôlent celles de Barbara. Nous étions sur scène, je jouais, nous disions des textes, seul avec elle. J’étais à l’intérieur du spectacle mais aussi spectateur  car je rendais hommage à mon idole et j’avais devant moi une immense actrice, une icône. C’était très émouvant et très impressionnant.
Dernière question : Il paraît qu’il n’y a pas de piano chez vous !
C’est vrai ! D’abord je suis très peu souvent chez moi et lorsque je suis à Paris, je travaille chez des amis ! Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Alain Lafon


Six-Fours… La Vague classique 11ème !

Fabiola Casagrande & Jean-Sébastien Vialatte

Si l’an dernier, entre la Maison du Cygne, la Collégiale,  la Maison du Patrimoine et le Parc de la Méditerranée, nous avons fêté avec faste les 10 ans de ce magnifique festival « La Vague Classique », Fabiola Casagrande, adjointe à la Culture et Jean-Sébastien Vialatte, Maire de Six-Fours, nous ont dévoilé cette semaine la onzième mouture qui, comme chaque année, sera encore exceptionnelle avec, cette année, un Parc de la Méditerranée repensé et encore plus beau et un rajout à tous ces rendez-vous : la Villa Simone devenue aujourd’hui un lieu de culture incontournable.
Si nos deux amis étaient heureux de nous dévoiler le programme, une petite ombre au tableau en l’absence de celle qui aurait dû être la marraine et qui, après avoir reporté sa venue l’a définitivement annulée. Il s’agit d’Eve Ruggieri.
Eh bien tant pis pour elle, elle ne sait pas ce qu’elle perd de snober ce festival qui fait aujourd’hui parti des plus grands festivals de musique classique.

Khatia Buniatisshvili
Lucas & Arthur Jussen
Renaud Capuçon

Par ailleurs, deux fidèles, qui sont un peu les parrains et qu’on a toujours plaisir à retrouver : les frères Capuçon qui, eux, ne rateraient pas ce rendez-vous.
Les trois coups seront frappés le 18 mai à la Maison du Cygne, par une immense pianiste géorgienne, aujourd’hui installée à Paris : Khatia Buniatishvili.
Un autre grand pianiste lui succèdera le 25 mai : l’Argentin Nelson Goerner.
Du piano toujours, le 31 mai, Alexandre Kantorow qui, comme son nom ne l’indique pas, est Français, né à Clermont Ferrand !
Piano toujours mais à quatre mains, le 1er juin : les jeunes virtuoses néerlandais Lucas & Arthur Jussen.
Avant de rejoindre les frères Capuçon, petit arrêt à la Collégiale le 2 juin avec le clarinettiste Pierre Genisson qui, avec le quatuor Métamorphoses, inaugurera les nouveaux et somptueux éclairages qui vont totalement changer l’atmosphère de ce lieu.
Et voici que le 5 juin arrive le premier frère : le violoniste Renaud Capuçon, qui sera accompagné de son complice pianistique, Guillaume Bellom mais aussi de Paul Zientara, alto et Yan Levionnois, violoncelliste.
Autre violoncelliste qui s’installera le 8 juin, accompagné au piano par Sélim Mazari dans les jardins du Cygne : Aurélien Pascal, révélation des Victoires de la Musique 2023.
Et voici qu’arrive Gautier Capuçon le 10 juin, accompagné de Lucas et Léo Ispir, respectivement violon et violoncelle, lauréats de sa fondation et bien sûr Jérôme Ducros, qui l’accompagne au piano depuis des années. Un concert particulier puisque, issu de son dernier album « Destination Paris », il mêlera musiques classique et populaire, Piaf et Ravel, Legrand et Brassens, Morricone et Renaud, Dassin et Lai, Cocciante et Brahms… Et quelques autres artistes issus de musiques et de styles différents.

Nicolas Folmer
Gautier Capuçon
Pierre Genisson


Le lendemain, on retrouve Gautier accompagné de deux pianistes : Frank Braley et Karen Kuronuma, lauréate de sa fondation : Au programme, les intégrales des sonates pour violon et piano de Beethoven.
Et voilà qu’on va faire une pose à la Villa Simone le 6 juillet, avec le pianiste couvert de prix, Paul Lay, qui sera accompagné par le contrebassiste Simon Tailleu  et le batteur Donald Kantomanou.
On y reviendra le 23 juillet avec le chanteur et trompettiste Nicolas Folmer pour un concer thommage à Michel Legrand, accompagné de Tony Sgro, bassiste, Luc Fenoli, guitariste et Jérôme Achat, batteur.
Et voilà qu’on rejoint la Collégiale Saint-Pierre où nous attend le maître de lieux Jean-Christophe Spinosi qui nous a encore concocté, avec l’ensemble Matheus, de magnifiques soirées :
Le 16 juillet accompagnant la mezzo-soprano Marina Viotti, Victoire de la musique 2023
Le 18 juillet, accompagnant le contre-ténor Rémy Bres-Feuillet
Le 20 juillet, avec son ensemble pour deux œuvres de Haendel « Watermusic » et « Fireworks »
Le dernier épisode de la saga musicale estivale, direction la Maison du Patrimoine, où nous pourrons découvrir le 31 août la pianiste Shani Dikula pour une soirée romantique, une autre jeune pianiste le 7 septembre, Nour Ayadi, lauréate de la fondation Gautier Capuçon et nommée aux Victoires de la musique. Et enfin l’ultime pianiste et non la moindre puisqu’elle est la plus jeune pianiste de la saison : Arielle Beck, prodige de 15 ans.
Et un autre grand moment de ce festival : l’inauguration de l’agrandissement et de l’embellissement du Parc de la Méditerranée le 8 septembre avec l’orchestre de l’Opéra de Toulon, dirigé par Victorien Vanoosten, Adriana Gonzàlez, soprano et Freddie de Tommaso, ténor qui nous offriront des duos d’opéras célèbres. Le spectacle sera suivi d’un feu d’artifice.
Feu d’artifice tout au long de cet été qui nous emmènera de vague en vague, à travers toutes les musiques, tous les pays et grâce à des artistes de haut niveau international.
Le dernier mot reste à Jean-Sébastien Vialatte : « La Culture, c’est le sel de la vie »
N’oublions pas l’exposition qui, du 6 juillet au 15 septembre, s’installera à la Villa Simone, en partenariat avec le festival de Ramatuelle : « L’âge d’or du Studio Harcourt »

Jean-Christophe Spinosi

Jacques Brachet
Pour tous renseignements inscriptions :
 https://www.sixfoursvagueclassique.fr/
Gérald Lerda, responsable de « La Vague Classique »
gerald.lerda@mairie-six-fours.fr – 04 94 34 93 69

ATEF : Marseille, une histoire d’amour…


Voilà 12 ans, l’on découvrait à la télé l’émission « TheVoice »
Voilà 12 ans, l’on découvrait ce lui qu’on allait appeler « Le chanteur à la voix d’ange ».
Voilà 10 ans, il sortait son premier album « Perfect stranger », enregistré à Londres.
Il y a dix ans enfin qu’on se rencontrait pas très loin de Toulon, sa ville natale : la Garde.
Et ça fait dix ans qu’on s’aime d’une belle amitié, que si l’on se voit peu on s’appelle souvent et qu’à chaque fois qu’il passe dans son nid d’aigle du Revest, on se revoit pour de longues conversations.
Le regard rieur, la simplicité et la sagesse font partie intégrante de ce garçon qui se partage entre le Var et Paris, le Revest étant son havre de paix où il retrouve ses trois enfants.
Et une fois de plus, nous revoilà dans ce qui est un peu devenu son village pour nous annoncer de bien belles choses.
Et d’abord, avant un album qui sortira en septembre, intitulé « Les mots qui unissent », qu’il est en train d’enregistrer et dont il est l’auteur, le compositeur, le producteur, avec en attendant, un single intitulé tout simplement « Marseille ».

« Atef, explique-moi : Toi qui es toulonnais, qui vit entre Paris et le Revest, pourquoi une chanson sur Marseille ?
En fait, d’abord, Marseille, c’était la sortie du week-end et c’est la ville où mon père est arrivé lorsqu’il a quitté la Tunisie. C’était en 56. Son arrivée a changé son destin… Et il a changé le mien aussi puisque je suis né à Toulon. Pour moi, Marseille est restée « la sortie du week-end ». De plus, j’ai fait mes études à Aix-en-Provence et j’y allais régulièrement. Les docks des Suds, le Théâtre du Moulin, tous ces endroits où passaient alors les grands artistes nationaux. Il n’y avait pas de Zénith à Toulon.
Qu’est ce qui t’attire à Marseille ?
C’est une ville qui a une activité culturelle incroyable et je voulais faire un hymne à cette ville et surtout la défendre car on nous vend tout le temps une ville qui fait peur. Et il n’y a pas que ça : c’est une ville où il y a un million d’habitants et pas un million de délinquants ! Il y a des gens, il y a des vies et c’est ce que je montre dans mon clip, des visages humains, souriants, vivants, amicaux, il y a de belles histoires, de beaux lieux. C’est une immense ville formée de plein de villages, de Cassis à Septèmes-les-Vallons. Bien sûr que, comme toutes les grandes villes, de France et du monde il y a des quartiers où il y a de la délinquance. Ça a toujours existé, les quartiers mal famés. C’est trop facile  de dénigrer une ville entière. Stop à ça ! Il y a plein de belles choses à Marseille.

Et Toulon dans tout ça ?
C’est une ville que j’aime, où je suis né. Mais en fait, j’ai plus vécu ailleurs dans le monde, j’ai beaucoup voyagé et je me suis aperçu que lorsque je parlais de Toulon, ça ne leur disait rien. Si j’ajoutais « à côté de Marseille », ils savaient !
Quand, dans ma chanson, je dis « Grande porte ouverte au Sud » c’est aussi le Nord d’une nouvelle vie et ça a toujours été le cas depuis la nuit des temps. On ne parle pas de l’émigration qui va de France en Afrique parce que celle-là rapporte des sous et du bien, toutes les richesses du sol africain. Cette émigration-là n’embête personne… à part les africains ! Il faut être juste.
Donc Marseille reste « ta » ville !
Non, ce n’est pas « ma «  ville mais ma vile de cœur.
J’aime autant Toulon, Paris, Londres où j’ai vécu et travaillé, New-York, Dakar, Tunis, Bizerte, New Delhi, de nombreuses villes où je suis allé. Je pourrais faire une chanson sur chaque ville que je t’ai cité.
Tu pourrais même en faire un album !
(Il rit) Justement, « Marseille entre dans le cadre de l’album que je vais sortir « Les mots qui unissent »
Pourquoi ce titre ?
Je trouve qu’on est trop tourné par les mots qui divisent. Lorsque je parle de Marseille multiculturelle avec des gens qui sont bien intégrés, et qu’on ne fait la pub que sur les problèmes, ça m’énerve ! Il y a plein de gens avec qui ça se passe très bien et c’est la majorité. Et j’avais besoin de parler de ça.
Alors, parle-moi de ton album.
C’est mon premier album en Français et chaque chanson a un arrangement des musiques du monde car pour moi celles-ci ont aussi importantes que ma propre culture. Lorsque j’écoute Césaria Evora, pour moi elle est aussi fondamentale que Mickaël Jackson, Jacques Brel, Stevie Wonder, Georges Brassens. Il ’y a pas de différence d’importance dans mon cœur. Ma musique est influencée par tous ces gens et leur culture. D’ailleurs l’arrangement de « Marseille » est un arrangement capverdien qui se rapproche de Césaria Evora. Mais chanté en Français.

Chanteur Atef

Alors, justement, pourquoi aujourd’hui chanter en Français ?
Tu étais là lorsque j’ai fait la première partie de Christophe Mae et dans le public, certains m’avaient reproché de chanter en Anglais. Ça m’avait un peu blessé mais je me suis rendu compte qu’ils avaient raison. A l’époque je n’avais pas « mon » son pour chanter en langue française. Je savais très bien utiliser l’anglais, les musiques du monde puisque j’avais créé un groupe M’Source dans le but de montrer l’unité dans la diversité. Puis je suis parti à Londres, il y a l’épisode Elton John que tu connais, puis je rentre en France… Et on m’inscrit à « The Voice » ! C’est là que je chante pour la première fois en Français « Lettre à France » de Polnareff. La « battle » est pour moi un mauvais souvenir car la chanson n’était pas dans mon style, j’ai eu du mal à me l’approprier. Je n’étais pas sûr de moi, à tel point que j’étais sûr qu’à partir de là je sortirais, j’étais sûr de perdre, d’autant que j’avais en face de moi la gagnante de l’Académie Marocaine. Pour moi, je m’en allais et du coup j’ai abordé la chanson très détendu mais j’ai mis trois semaines à trouver mon son ! Et j’ai continué !
Ce n’est qu’en 2019 que j’ai sorti ma première chanson en Français : « Le soleil se lève »… Sur un arrangement du Mali !
Alors qu’est-ce qu’on va trouver comme sons et comme arrangements dans cet album ?
Des arrangements de Nouvelle Calédonie, d’Afrique du Sud, d’Ouganda, mais ce sera de la chanson française, ce que j’ai voulu faire en tant que producteur. J’ai voulu montrer une fois de plus qu’on pouvait trouver l’unité dans la diversité, en musique.


Ce sera en fait un album universel chanté en français !
Exactement ! C’est un album qui est de la chanson française avec des arrangements venus de tous les coins du monde.
Il y aura d’ailleurs un autre single « Je le vois, je le sens, je le sais » qui a une belle histoire. C’est une chanson brésilienne de Vinicius de Moraes et Tom Jobbins que j’ai adaptée. J’ai donc contacté l’éditeur qui représentait les héritières des deux artistes et qui m’a dit qu’elles ne voudraient pas. Je l’ai supplié de la leur faire écouter… En fait elles ont trouvé ça super et nous ont donné l’autorisation. Je suis le seul et j’en suis très fier !
En tant que producteur, tu vas produire d’autres artistes ?
Oui, je vais m’y essayer, le prochain va être un trio, puis il y un chanteur que j’ai d’ailleurs repéré dans « The Voice ». C’est Goulam. Il est venu un mois ici et l’on a travaillé ensemble. Il vient de Nouvelle Calédonie ».

Il s’est mis à pleuvoir sur le Revest, pendant que sa fille fait la cuisine, que son fils arrive et que les chats se pelotonnent à l’intérieur. Au-dessus le lac du Revest, un aigle plane et notre conversation se fait feutrée, la voix d’ange d’Atef nous parle d’amour, d’amitié, de communion et de musique bien sûr, la passion de sa vie. On resterait bien calfeutré adns ce cocon face à une nature qui est si belle… Même si ce n’est pas Marseille !
Mais Atef nous fait voyager et on est bien

Jacques Brachet
Photos Alain Lafon

Fabienne THIBEAULT
La serveuse automate venue du grand froid


Fabienne Thibeault, malgré sa belle carrière franco-québécoise, reste et restera pour toujours la première serveuse automate travaillant à l’Underground Café de « Starmania ».
Et elle reste, depuis ce temps, mon amie, rencontrée juste après le succès de ce rock opéra qui a fait changer les mentalités du show biz français qui pensait qu’en France une comédie musicale ne marcherait jamais.
Ma rencontre avec Fabienne, donc, remonte quelques mois après « Starmania » alors qu’elle venait chanter à Chateauvallon.
Timide alors, derrière ses lunettes de vue et le visage mangé par de longs cheveux, tout de suite ça a collé entre nous et de ce jour, nous nous sommes souvent vus ou appelés, du Midem, ou elle présentait les contes musicaux « Martin de Touraine » écrits avec Jean-Pierre Debarbat, son compagnon d’alors, aux tournées « Age tendre », où elle rencontra son mari Christian Montagnac, alors régisseur de la Cie Créole, en passant par le théâtre, où elle vint jouer à Sanary  « Tout feu, tout femme » avec Pascale Petit et Claudine Coster, l’invitant sur « Stars en cuisine » la manifestation créée à St Raphaël par l’ami Gui Gedda, pour justement cuisiner avec moi, ce qu’elle ne fit pas car elle trouva plus sympa d’aller chanter avec Stone ou encore Julie Piétri que j’avais aussi invitées ! Elle y mit une ambiance de folie.
Je la retrouvai chez moi, à Vals les Bains, en Ardèche, où elle était invitée dans le jury de « Super Mamie » avec d’autres amis comme Alain Turban, Zize, Gilles Dreu…
Bref, avec Fabienne, c’est une longue amitié pleine de rires et d’un grain de folie car la timide Marie-Jeanne a depuis longtemps changé de look et de caractère !
« Starmania » a déjà près de 40 ans et reste une œuvre unique traduite et jouée dans le monde entier Et il y a eu pléthore de Marie-Jeanne. Mais Fabienne reste la première.
Et aujourd’hui elle nous raconte « son Starmania » (Ed Pigmalion) plein d’anecdotes, de souvenirs et nous replonge dans le monde de Monopolis avec délectation.

« Fabienne, qu’est-ce qui t’a donné l’envie d’écrire ce livre ?
Il y a eu beaucoup de livres parus sur « Starmania » mais la plupart, écrits par des journalistes qui parlaient de notre aventure de l’extérieur, avec quelques interviews. Mais personne ne l’a écrite de l’intérieur, personne n’a vécu ce que nous avons vécu de l’intérieur, l’envers du décor, nos rapports entre artistes, danseurs, techniciens, toutes les anecdotes, les problèmes, les joies que nous avons vécus « Les uns avec les autres » !
Aujourd’hui, alors que nombre d’entre nous ont quittés, que d’autres, comme Diane Dufresne ou Nanette Workman sont reparties au Québec, j’ai eu envie de retrouver quelques compagnons et évoquer notre vie durant ces semaines qui n’ont pas toujours été faciles mais que nous avons vécu intensément. J’ai voulu témoigner.
L’aventure, je pense, a été exceptionnelle ?
Evidemment, d’autant que, pour moi, tout a démarré avec « Starmania », grâce à Michel  Berger et Luc Plamondon. Nous avons vécu une aventure unique où se mêlaient Français, Québécois, Américains. Nous nous côtoyons sans toujours parler la langue de l’autre. Nous avons vécu des moments de joie, de stress, de doutes, de colères, de fous-rires  dans une ambiance souvent électrique car nous n’avions alors pas la technologie d’aujourd’hui, certaines choses étaient compliquées. Le système débrouille était journalier, par moments on ne savait pas où on allait ni si l’on pourrait aller jusqu’au bout.


Donc ce rôle de Marie-Jeanne a été important pour toi !
Je lui dois tout. Rends-toi compte que je chantais quatre chans qui sont devenus des tubes et que l’on chante encore aujourd’hui : « Le monde est stone, « « Les uns contre les autres », « La complainte de la serveuse automate », « Un garçon pas comme les autres (Ziggy)
Dans ton livre, il y a un flou avec ta rencontre avec Luc…
On est d’accord sur la première rencontre : elle a eu lieu à Montréal lors du festival «  chantAoût » en 75. Luc était là et est venu me voir avec Gilles Talbot qui allait être le producteur de « Starmania ». Et alors je suis sûre qu’il m’a proposé d’être de l’aventure alors que lui affirme qu’il n’était pas encore sur le projet. Cela me paraît illogique car en 77 « Starmania était prêt ». Ça n’aurait pas pu se faire si vite s’il n’en avait pas déjà été question !
Par contre avec Michel, pas de flou !
Michel est venu à Montréal en plein hiver, nous nous sommes retrouvés chez Luc et il m’a joué au piano « Le monde est stone ». Je l’ai écoutée deux ou trois fois, je l’ai chantée et tout de suite il a dit que ça allait.
Comment cela s’est passé avec les deux acolytes ?
Sans problème. Quoique stressé, Luc était toujours charmant, nous sommes devenus très proches. D’ailleurs, après « Starmania », il m’a écrit d’autres chansons dont « Ma mère chantait » qui a été un gros succès au Québec. Michel, lui, était un garçon très organisé, toujours dans sa bulle, partout à la fois mais très agréable et pudique. Il était tout autant compétant musicalement et en tant qu’organisateur.

Avec Stone à « Stars en cuisine »
Avec Julie Piétri à « Stars en cuisine »

Et avec France Gall ?
Elle était très particulière, très dirigiste avec tout le monde, remettait tout en question on l’appelait « Le petit caporal »
Tu dis dans ton livre ne pas avoir pleuré lorsqu’elle a disparu…
On perdait une belle chanteuse, ses fans étaient éplorés mais ce n’était pas une amie proche, nous n’avons pas eu vraiment d’atomes crochus. Elle pouvait être drôle et charmante mais elle était imprévisible et voulait s’occuper de tout. Mais tu sais, dans une telle aventure, on ne peut pas être proche de tout le monde même si l’on s’entendait bien.
A part toi qui a été tout de suite Marie-Jeanne, on a cherché des artistes entre autres pour Stella Spotlight et pour Cristal.
Pour Stella, il a été question d’Anna Prucnal mais on lui a trouvé un accent trop polonais. Puis il y a eu Armande Altaï mais elle avait une personnalité trop marquée.  Et pourtant elle était surprenante dans « Les adieux d’un sex-symbol ». Pour Cristal, on a pensé à Sabrina Lory mais sa maison de disques a refusé car elle venait de faire un tube et son producteur a voulu continuer sur ce succès Puis ils ont pensé à Patsy Gallant. C’est alors que j’ai suggéré que Diane et France étaient tout indiquées pour ces rôles.

Avec Chritian Montagnac, son mari

Pourquoi, malgré le succès, vous n’avez joué que 33 jours exactement, pas de tournée, pas de « live » ?
Parce que le Palais des Congrès n’était libre qu’un mois et que le décor monumental ne pouvait entrer nulle part ailleurs. Aujourd’hui c’aurait été sans problème. Du coup on n’a pu jouer qu’un mois, impossible de transporter les décors de ville en ville, donc pas de tournée et, à l’époque, on n’enregistrait pas les spectacles comme aujourd’hui. Voilà le fin mot de l’histoire.
Si France Gall, Diane Dufresne et Nanette Workman ont fait faire leurs costumes par leur couturier, rien n’était prévu pour toi !
A trois jours de la première, la production s’est rendu compte que rien n’était prévu pour m’habiller. On m’a proposé un carton où je devais sortir les bras, un tablier de plastique sous lequel l’air s’engouffre et l’on ne voyait plus ma tête… En fait, on trouvera une robe et un tablier chez Laura Ashley… Mon costume a coûté beaucoup moins cher que pour les autres !
Il y a également le problème de la chanson « Les uns contre les autres » que personne ne voulait chanter…
Et que j’ai finalement proposé de chanter sans savoir que c’étaient les radios qui allaient la choisir en premier !

Age Tendre
Avec les Charlots sur « Age Tendre »

Que penses-tu de la nouvelle version qui se joue en ce moment ?
Donne-moi 16 millions d’Euros et je te fais un spectacle ! Ceci dit, le spectacle est très impressionnant par la technique, les lumières, les effets spéciaux… Trop peut-être. Quant aux chanteurs, même s’ils ont de très belles voix, ils font du karaoké. A la note près, ils font exactement ce que nous faisions, même ce que nous avions inventé autour des chansons. Du coup, ils n’impriment pas leurs personnalités comme avait pu le faire la sublime Maurane et d’autres interprètes. Je devrais demande des droits d’auteur !!!
En dehors de ce livre, Fabienne, que nous réserves-tu ?
Je me remets d’un quadruple pontage mais rassure-toi, tout va bien. J’ai été opérée à Clermont Ferrand. Aujourd’hui je prépare un album de chansons qui sortira le 1er mars. Ce sont des chansons que j’ai écrite et j’ai fait appel à des amis : Zize, Alain Turban, Richard Bonnot et quelques autres. Je prépare le spectacle musical avec ces chansons et je pense qu’il tournera en France… Histoire qu’on se retrouve quelque part sur la route ! »

« Tout feu, tout femme » avec entre autre Pascale Petit et Claudine Coster
Stars en cuisine… Moi je cuisine… Elle chante

Propos recueillis par Jacques Brachet

SHEILA… 60 ans d’amour


Sheila est un cas dans ce métier…
Elle est l’une des recordwomans de ventes de disques de ces artistes nés dans les années 60. Le public l’a adulée et l’adule toujours autant, même si la presse n’a pas toujours été sympa – c’est un euphémisme ! – avec elle.
A une époque et durant des années elle fut la reine des hit-parades, du petit écran sans jamais faire une tournée.
Elle en fit une seule à ses débuts, en compagnie des Surfs et de Frank Alamo et ne la termina pas.
Après quoi, il fallut attendre quelques décennies pour qu’enfin elle monte sur scène, toujours avec le même succès et avec des fans toujours fidèles. Elle prit ainsi goût à cette scène dont elle fut privée durant des années et alors que tout lui souriait, la voici qui arrête tout… pour mieux repartir quelques années après.
Allers-retours chaque fois surprenants, entrecoupés de quelques livres qu’elle a écrits et de moments de solitude pour se consacrer à la sculpture…
Je ne la rencontrai donc que très tard par rapport à tous les autres artistes qui, tous, passaient leur temps sur des tournées qui duraient des mois.

Ma vraie première rencontre donc, fut en 95 à la sortie de son livre  » Et si c’était vrai ?  » (Ed Ramsay) où, sous couvert d’un nom d’emprunt, Annette Choubignac, petite fille de Français moyens devenue idole des jeunes, elle réglait ses comptes avec le show biz et quelques personnages qui gravitaient autour d’elle…Chacun y reconnaîtra les siens !
“J’ai trouvé marrant – me confiait-elle – de raconter les dessous du show biz dans les années 60 et de romancer le tout plutôt que de faire la fameuse bio que tout le monde fait. Je voulais parler de cette folie ambiante, cette joie de vivre dont on n’avait pas toujours conscience, du fric que l’on brassait… ou que d’autres brassaient pour nous ! Nous avions 16/18 ans, on voulait chanter, on vous prenait en main, on signait des contrats débiles… Aujourd’hui, les jeunes ont évolué et leurs avocats ne sont jamais très loin
Quelles étaient tes relations avec les autres artistes ?
Johnny, Sylvie, Françoise m’intimidaient un peu cars ils étaient déjà des vedettes. Avec Claude François, on a démarré ensemble donc c’était plus facile. Et on s’est très vite trouvé sur un pied d’égalité. C’est vrai qu’avec Claude il y avait en plus de la tendresse et de la complicité. Il était fidèle et sincère. J’étais aussi très amie avec Dalida qui était une femme intelligente, simple, sentimentale et sensible. Ce qui nous rapprochait c’est qu’elle en avait, comme moi, pris plein la tête. Françoise a été près de moi lorsqu’il y a eu mon « affaire » du Zénith. Sylvie Vartan est aussi restée quelqu’un que j’aime infiniment. Elle est très loin, très souvent mais je crois que lorsqu’on se voit, on a chacune du plaisir à se retrouver. Le problème est que notre entourage essayait souvent de nous monter les unes contre les autres. On nous voulait concurrentes alors que nous, nous n’en avions rien à faire. La preuve : On se retrouvait toujours avec plaisir chez les Carpentier.

As-tu connu la solitude des artistes ?
La vie d’artiste et une chose que, même très entourés par les gens du métier, la presse, les fans, nous vivons seuls. Nous sommes très exposés car nous vivons une histoire d’amour avec des milliers de gens et lorsque les lumières s’éteignent (Claude François l’a très bien chanté) nous nous retrouvons seuls.
Être entouré ne veut pas dire être aimé. Mais la solitude croise tout le monde un jour… « 
Malgré cela à l’époque, elle venait d’avoir 50 ans, avait une pèche d’enfer, plein d’envie et m’avait envoyé en boutade :
«J’ai 50 ans derrière moi et encore 50 ans à vivre»…
Lorsque tu as décidé d’arrêter la scène, le public ne t’a-t-il pas manqué ?
Bien sûr, terriblement mais la décision de m’arrêter, je l’avais prise toute seule et en toute connaissance de cause. J’avais décidé de prendre du recul, de faire autre chose et c’est ce que j’ai fait puisque je me suis mise à la sculpture et à l’écriture.
Donc, si le public me manquait, je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même ! Mais un jour ça a été plus fort que tout, il fallait que je revienne. Le manque était trop grand.
Et ce 28 septembre 1998 à l’Olympia ça a été des retrouvailles d’une force, d’une intensité inouïes… C’était au-delà de tout ce que j’avais pu rêver. Ce fut un grand moment d’amour et la tournée suivit, aussi intense. Tout ça restera l’un des plus grands moments de ma vie. En trente ans de carrière je n’avais jamais vécu ça…
Et je crois qu’il y avait trente ans que j’attendais ça !
Etais-tu inquiète ?
Pas vraiment car j’avais fait de la scène en 88 et je savais que le public serait là, comme il l’a toujours été. Mais je me disais que j’avais peut-être été imprudente de m’être arrêtée. Et je me rendais compte surtout que je m’étais privée de beaucoup de choses. Le public me manquait vraiment et c’est pour cela que je fais la fête avec lui tous les soirs ! La presse, les critiques, ça a été le bonus !
Des regrets ?
Non, pas vraiment puisque la décision venait de moi et de mon plein gré. De plus, j’ai également pris beaucoup de plaisir à sculpter et à écrire, même si c’étaient des plaisirs solitaires ! Mes livres se sont bien vendus, certains sont sortis à l’étranger et je suis très fière de cela».
Après avoir été tellement décriée, « la chanteuse populaire » chante à Ramatuelle et reçoit la légion d’honneur…Quel effet cela fait-il ?
Quelle fierté ! Quelle joie !
Être choisie par Jean-Claude Brialy pour passer sur cette scène mythique et faire partie des privilégiés qui pourront dire « J’y ai chanté », quel bonheur, quel honneur !…
Être décorée par Chirac, quelle reconnaissance ! On a beau se dire au départ qu’on s’en fout et que d’autres le méritent plus que toi, ça fait un drôle d’effet. Et surtout, après tant d’années, être enfin reconnue dans son pays, ça fait chaud au cœur.


C’est une belle revanche ?
Non, je ne prends pas ça pour une revanche. Je le prends tout simplement comme un grand bonheur.
Aujourd’hui, Sheila, c’est qui ?
Une personne qui a beaucoup d’amour à partager, à donner, à recevoir…
C’est une femme qui a une pêche d’enfer et énormément d’énergie…
Et de projets ! ! !
Qu’est-ce qui te gène encore aujourd’hui ?
Plus grand chose à vrai dire sinon, peut-être, certaines personnes qui continuent à me voir avec des couettes… Couettes que je n’ai gardées qu’une année même si aujourd’hui je ne les renie pas !
Quel est le secret de Sheila pour avoir une telle pêche ?
La plus belle machine qui existe, c’est le corps humain. Il faut savoir l’entretenir, avoir de la volonté, et l’énergie nécessaire pour l’entretenir, le faire travailler, pour qu’il réagisse à plein rendement. Il faut savoir souffrir, aimer avoir des courbatures.
La forme du corps est essentielle. Avec lui, le reste suit.
Penses-tu qu’aujourd’hui de jeunes chanteuses peuvent faire la carrière que tu as faite et que tu fais toujours ?
Pourquoi pas ? La chose essentielle est d’y croire très fort, d’avoir des dents qui rayent le parterre, une volonté de fer, une passion à toute épreuve car il faut vraiment y croire de l’intérieur et être vraiment persuadée qu’on est faite pour ça. On ne fait pas ce métier quand on ne sait pas trop quoi faire, qu’on veut tout simplement devenir célèbre ou qu’on veut « essayer ça »… Les producteurs et les maisons de disques vous considèrent avant tout comme un produit. Tous les salamalecs qu’ils font devant vous, ils le font tant que vous rapportez quelque chose. Mais ils partent aussi vite que ce qu’ils viennent. Il faut donc – et ça c’est essentiel – être entouré de gens sincères, qui croient en vous, qui ne vous lâcheront pas dès que ça va moins bien. Car nous, nous parlons musique et eux, ils parlent business. I
Il faut donc un bon entourage et avoir la foi.
Nombre de tes chansons sont  » relookées  » aujourd’hui !
Évidemment !
Je ne pourrais pas offrir aujourd’hui les chansons telles que je les chantais à l’époque ! « Les rois mages », je l’interprète en salsa, sinon, je ne pourrais plus la faire ! Les orchestrations ont été revisitées, les rythmes aussi et ce n’est pas pour rien que CloClo, Dalida ou moi faisons encore les beaux jours des boîtes de nuit. Ça marche toujours !

La remise en question, tu connais ?
Je crois que je l’ai prouvé ! Je fais le plus beau métier du monde, j’en vis et je n’ai pas le droit de m’asseoir en me disant, satisfaite : « Bon Dieu que tu es bonne ! ».
Mis à part ça, si j’existe encore après 60 ans de carrière, ce n’est pas anodin.
Après ça, je ne passe pas ma vie à regarder ce que j’ai fait et ce qui m’intéresse, c’est ce que je vais faire.
Tes espoirs, tes envies ?
Que certains me voient autrement… Sheila a évolué et j’aimerais qu’on me voie telle que je suis aujourd’hui et qu’on prenne cela en considération. Après ça, que veux-tu…. Je ne peux obliger personne à aimer Sheila et ceux qui m’aiment savent pourquoi. Et c’est pour eux que je continue.Je devais la retrouver sur les tournées «Age Tendre» mais là, fini la complicité. Pourquoi ? Je ne sais pas. Qu’elle ne me reconnaisse pas, je le conçois, elle en a vu des journalistes et je ne fais pas partie des intimes. Mais là, elle resta lointaine, froide, refusa plusieurs fois un entretien évoquant le manque de temps… et allant jouer aux cartes avec son équipe ! Pourtant, entre les deux spectacles, Dieu sait si les artistes avaient un quart d’heure à donner aux journalistes qui d’ailleurs n’étaient pas nombreux… Il fallut que j’insiste lourdement pour pouvoir faire une photo d’elle avec ses danseurs.
Mais bon, ce n’est pas grave. On se retrouvera peut-être un jour…

Jacques Brachet

Notes de musiques :
Trois musiciens dans les cordes

Paul Zientara, Stéphanie Huang, Renaud Capuçon, Guillaume Bellom

Ils sont trois musiciens hors normes. Ils ont choisi de faire vibrer les cordes… Excellent choix  puisque cela leur a permis de faire partie des meilleurs instrumentistes dans le monde.
Et nous avons eu la joie de les rencontrer à Six-Fours, lors du festival de musique qui, tous les ans, nous permet de découvrir ou retrouver le nec plus ultra de la musique dite « classique », même s’ils se promènent dans d’autres musiques, que ce soit la variété ou la musique du monde.
Les deux frères Capuçon, Gautier et Renaud, y sont venus maintes fois, chaque année étant un rendez-vous qu’on ne manquerait pas. Quant à Nemanja Radulovic, nous l’avons découvert avec joie l’an dernier.
Les voilà tous les trois qui, chacun, nous offrent un disque en cette fin d’année 2023.

Renaud CAPUCON : « Cycle Mozart – The violin concertos » (Deutsche Grammophon)
Renaud a décidé de dédier cette année à Mozart.
Il nous avait déjà proposé en juin « Sonatas for piano & violin » avec le pianiste Kit Amstrong.
Il nous propose aujourd’hui « The violin concertos avec l’orchestre de chambre de Lausanne.
Il nous propose en même temps un troisième album – un e-album – où il met en valeur trois artistes montants : l’altiste Paul Zentaria, la violoncelliste Stéphanie Huang, le pianiste Guillaume Bellom, trois artistes qu’il nous avait fait découvrir l’été dernier lors de son concert à Six-Fours et qui interprètent des extraits de « Don Giovanni » et des « Noces de Figaro »
Pour en revenir à l’album, Renaud y interprètes les concertos 1-3, 4 & 5, le Rondo K 373 et l’adagio K 261. Les concertos, il les avait déjà interprétés avec l’orchestre de chambre de Lausanne et avait depuis longtemps envie de les enregistrer avec celui-ci.
Voilà qui est fait… Et bien fait !

Gautier CAPUCON : « Destination Paris » (Erato)
Alors que son frère Renaud nous avait offert « Un violon à Paris », voici que Gautier nous emmène « Destination Paris ». Un CD très particulier puisque, lui aussi, mêle des styles, passant de Rameau à Legrand, d’Aznavour à Debussy, de Morricone à Offenbach, De Brassens à Gounod, de Goldman à Fauré et j’en oublie !
A Six-Fours, il nous avait déjà proposé de mélange des genres qui avait électrisé une foule qui avait envahi le Parc de la Méditerranée. 
Sur ce CD, où il est accompagné de son fidèle pianiste Jérôme Ducros, avec qui il a réalisé arrangements et transcription, il s’est entouré de la Maîtrise de Radio France, de l’Orchestre à l’Ecole et de l’orchestre de chambre de Paris dirigé par Lionel Bringuier. Même Vladimir Cosma est venu en renfort pour « Reality », le fameux tube de « La boum ».
22 morceaux superbes qui nous font balader dans des genres très différents, avec son violoncelle magique.
A noter que Gautier se produira à l’Olympia le 26 février.

Nemanja RADULOVIC : Beethoven ((Warner Classics)
Il nous vient de Serbie où il a commencé le violon à 7 ans. A 15 ans il entrait au Conservatoire de Paris où son professeur était Patrice Fontanarosa. Il a aujourd’hui la double nationalité. Ses goûts vont vers Mozart et Beethoven, ce qui ne l’a pas empêché de nous offrir l’an passé un disque magnifiques de musiques traditionnelles « Roots », où il nous avait fait faire un beau voyage, du Brésil à la Chine en passant par tous les pays nordiques, l’Inde, le Japon… Et la France. Ce CD, pensé et enregistré durant le Covid. On retrouve l’ensemble « Double sens » qui l’accompagnait dans « Roots » dans ce nouvel opus consacré à Beethoven, avec le concerto in D op 61 et la sonate N°9 in A op47, la fameuse « Sonate à Kreutzer ».
Ce concerto lui tient à cœur depuis longtemps et s’il l’a beaucoup joué, il ne l’avait non plus jamais enregistré. Quant à « La sonate à Kreutze », elle fait aussi partie depuis longtemps de son répertoire. Il a joué la carte de la différence avec cet ensemble sans chef d’orchestre, en apportant une nouvelle approche à ces deux œuvres qu’il nous offre aujourd’hui.

Jacques Brachet

Notes de musiques

Perrine MANSUY – Murmures – Piano solo – EM23/1 (Inouïes distributions)- 12 Titres.
Pour son quinzième album depuis Maneggio en 2000, la voici pour la première fois en piano solo, sauf trois morceaux avec la présence d’un compagnon des premiers jours, Jean-Luc Difraya, très minimaliste à la batterie et aux percussions, qui sait s’insérer subtilement dans ces chants d’amour.
Dès les premières notes l’âme est prise dans les filets de la pianiste. Un son clair, un toucher soyeux, des attaques nettes, une précision à tous les niveaux, une main gauche chatoyante qui fait un tapis à la mélodie, par exemple « Murmures #1 » ; c’est le son Perrine Mansuy.C’est une musique qui vient de l’intérieur, apaisée, qui vous murmure à l’oreille des choses tendres. « Depuis toujours, des paroles murmurées près de moi me plongent instantanément dans une état de transe, comme si j’entrais en vibration », nous confie-t-elle sur la pochette.
« First light in muskota » qui ouvre le disque, sur un tempo très lent, qui laisse respirer les notes, nous met tout de suite dans l’ambiance de ces murmures-rêveries, ce qui n’exclut pas la force d’expression.
J’ai retrouvé dans ce disque les mêmes impressions, les mêmes sentiments, les mêmes aurores diaphanes, que dans le disque du retour à la musique, donc à la vie, de Keith Jarrett, « The Melody at Night, with you ».
Musique fragile et forte à la fois. Tous les thèmes sont des compositions de la pianiste, sauf trois « Murmures » entièrement improvisés.
L’art du piano solo en jazz est un art difficile, surtout quand on ne bombarde pas la musique d’une multitude de notes. Perrine Mansuy y réussit merveilleusement.

HOT HOUSE – The Complete Jazz at Massey Hall Recordings, Toronto 15 mai 1953– 2 CD
Réédition 2023 Craft Recordings.
Saluons la réédition de ce disque monument, qui est un sommet de l’histoire du jazz avec quelques-uns des plus grands créateurs du Bebop, de ceux qui ont contribué à faire l’histoire du jazz : Charlie Parker (as), Dizzy Gillespie (tp), Bud Powell (p), Charles Mingus (b), Max Roach (dm).
Le déferlement du feu de l’enfer et du souffle de dieu. Body and Soul. Et le tout dans une extrême complexité, technique, rythmique et harmonique. Et presque tout improvisé. Le Quintet s’exprime sur des grands standards: Salt Peanuts, Hot House, A Night in Tunisia… simples prétextes à des envolées bouquet final de feux d’artifice.
On n’a jamais retrouvé le son et la technique d’alto de Charlie Parker (peut-être Cannonball Adderley ?) si chaleureux, si prenant, si envoûtant, d’une urgence enflammée, comme si sa vie en dépendait. Bien sûr certains aujourd’hui ont une plus grande virtuosité que ces gars-là, due à l’évolution de la facture des instruments; mais la musique ce n’est pas que de la technique et des notes. Chez ces boppers chaque note est une bombe qui vous explose au cœur et à la tête.
Pour la petite histoire, l’ingénieur du son était tellement bourré qu’il a oublié d’ouvrir le micro de la contrebasse. Pris d’une rage folle Mingus s’enferma dans le studio et réenregistra toute la partie de basse, et on n’y entend que du feu. Ces deux disques sont un sommet de la musique. Ils devraient trôner à la place d’honneur de toute discothèque, d’amateurs de jazz, ou tout simplement de musique
Christina ROSMINI– Inti – (Couleurs d’orange – l’Autre Distribution CD0233317) – 14 titres.
Christina fait preuve de grandes ambitions. Elle se place d’entrée sous la protection d’Inti, une force divine reconnue par les peuples andins. Elle prétend exprimer « …ses indignations, ses rêves, ses espoirs…Un album photos des nombreux pays qu’elle a visités… Un voyage dans le temps…etc ». De plus chaque chanson dispose d’un texte qui l’explicite, et ça c’est bien on a les paroles. Bigre ! Et la musique dans tout ça.
Christina Rosmini chante et joue de la guitare et de nombreuses percussions. Elle est accompagnée par Bruno Caviglia à la guitare, Sébastien Debard à l’accordéon, au bandonéon et autres claviers, Xavier Sanchez, à la batterie et au cajòn, Bernard Menu à la basse ; plus quelques invités (voir la pochette).
Eh  bien surprise ! On a affaire  à une grande chanteuse, parolière, et compositrice. La voix juvénile, sensuelle et charmeuse s’appuie sur les mots, avec souvent des remontées délicieuses en fin de phrase, les mélodies sont belles et originales, savamment entourées par le groupe, sans esbroufes, sur des rythmes variés. Et chose rare aujourd’hui : une diction parfaite
Voilà un disque qui sort des sempiternelles aventures plus ou moins amoureuses et autres niaiseries intimes.
Christina Rosmini écrit bien, ses textes sont de véritables poèmes : sens des images, du rythme, des sonorités, et expression des sentiments divers. Tous les morceaux sont à citer tant la diversité des inspirations donne envie de tout écouter, et de remettre le disque. Pas étonnant toutes ces qualités, elle se revendique la nièce de Brassens ( cf.Tío Brassens).
Parmi les perles : « Tant de fleurs », un chachacha qui jouent avec malice sur les ambiguïtés sexuelles des termes musicaux, avec un hommage à Django. « Le Konnakol du bon vieux temps » basé sur les konnakols, des duels de percussions vocales contre les tablas. Le tout avec une facilité déconcertante.
Une grande voix de la chanson, de France et d’ailleurs, et un fabuleux voyage en musiques.

Serge baudot

Serge REGGIANI aurait 100 ans

Avec ses enfants

Si je vous parle aujourd’hui de Serge Reggiani, c’est qu’il aurait eu cent ans cette année et que ma carrière de journaliste a commencé (très mal !) avec lui
je viens tout juste d’entrer à Var-Matin, au milieu des années 60, alors que les «yéyés» sont en pleine explosion et que ma seule envie est de les rencontrer.
Et voilà que ma rédactrice en chef me demande, pour ma première grande interview, d’aller rencontrer… serge Reggiani qui passe à l’opéra de Toulon avec Jacques Martin et de faire un papier sur les deux artistes.
Martin, passe encore mais Reggiani, ce «vieux» comédien (qui n’a alors pas encore 50 ans !) je connais son nom, quelques titres de ses films mais le chanteur me parle peu
Contre mauvaise fortune bon cœur, de toutes manières je n’ai pas le choix. Je prends donc rendez-vous avec lui, bosse sa bio et me pointe à l’opéra où le monsieur m’attend et m’accueille chaleureusement, ce qui me rassure un peu.

A l’Opéra de Toulon
Encore à Toulon, quelques temps après

Il m’invite à m’asseoir, je sors mon petit magnéto de poche dont je me sers pour la première fois et je pose ma première question à laquelle il commence à répondre. Mais très vite, il s’arrête de parler et me dit : «Votre magnéto ne tourne pas».
Panique. Quand on m’appelle «jako la bricole» c’est par ironie car je ne sais pas planter un clou ! Alors la mécanique, n’imaginez même pas !
Après plusieurs essais infructueux, de plus en plus paniqué, Reggiani voyant ça, me dit : «attendez, je m’y connais un peu donnez-moi l’appareil». Et la sentence tombe très vite : «Vous n’avez pas mis de pile !».
Je rougis de confusion mais notre Reggiani, toujours d’une gentillesse extrême (il a très vite compris qu’il a affaire à un néophyte, dans tout le sens du terme !) me dit alors : «Ce n’est pas grave, c’est pour un journal, prenez des notes…»
Et re-panique car je n’ai ni papier ni stylo. Je sens le fiasco et surtout j’appréhende la colère de l’artiste… qui me propose alors son stylo et son bloc-notes !
De plus en plus confus, je reprends en tremblant l’interview mais j’écris vite, mes questions le rassurent car il voit que j’ai bossé, que je sais ce qu’il a fait et qu’en fait mes questions sont pertinentes.
Comme il doit se préparer pour aller chanter, que Jacques Martin a presque terminé et que je lui dis que je dois à son tour l’interviewer, il me dit en souriant : «Gardez mon stylo et mon bloc, vous les déposerez dans la loge en partant»

A Aix-en-Provence durant son exposition
Après le spectacle

Je pousse un grand ouf de soulagement, m’excuse et le remercie chaleureusement. Il me dit en riant : «Il y a un début à tout et vous saurez ce qu’il faut faire la prochaine fois. Bon courage».
On ne pouvait pas être plus gentil.
Mais là ne s’arrête pas l’histoire.
Je vais donc à la rencontre de Jacques Martin et là, tout se passe bien, je suis équipé. Même si le monsieur n’est pas aussi simple et gentil que le premier. Mais bon, j’ai mon interview et je peux passer dans la fosse d’orchestre pour aller faire quelques photos de Serge Reggiani.
J’ai un appareil photo… qui marche… et qui flashe malheureusement.
Au premier flash, l’artiste s’arrête de chanter, pointe son doigt vers moi (heureusement, je suis dans le noir !) et s’écrie : «J’ai dit pas de flash… Sortez !».
Je ne demande pas mon reste… Courage, fuyons !
Revenu dans les loges, je me dis que je vais attendre la fin du tour de chant pour m’excuser, arguant que je n’étais pas dans la fosse quand il a demandé de ne pas flasher. Aujourd’hui, on n’a plus de flash mais à l’époque…
Je rencontre le directeur de l’opéra, qui est un ami de mon père, à qui je raconte mon histoire. Il rit de bon cœur et me suggère : «Je serais toi, je partirais sans le revoir. Il ne t’a sûrement pas reconnu »

Je crois qu’il a raison. Je vais déposer bloc et stylo dans sa loge… Et je m’enfuie comme un voleur.
C’aurait pu être la fin de «ma carrière» si je n’étais pas tombé sur un type épatant comme Serge Reggiani qui, ce jour-là, m’a donné une belle leçon. De ce jour j’ai toujours été précautionneux, vérifiant le magnéto, ayant toujours un bloc et plusieurs stylos (on ne sait jamais !) dans ma sacoche.
Deux, trois ans plus tard, j’ai de nouveau rencontré Serge Reggiani pour l’avant-première du film «Comptes à rebours» qu’il était venu présenter à Toulon avec le réalisateur Roger Pigaut. Je lui rappelai notre première rencontre dont d’ailleurs il ne se souvenait pas mais cela l’a fait rire.
Je devais le retrouver une  fois encore à la fin de sa vie. Invité d’honneur au Festival de la Chanson Française à Aix-en-Provence. Il était déjà très affaibli et venait présenter son livre, une exposition de ses œuvres car il avait découvert la peinture sur le tard et donner un récital. Qu’il donna d’assis car il avait du mal à se mouvoir. C’était à la fois pathétique et émouvant. Émouvant surtout car  il était entouré de ses enfants Karine et Simon qui vinrent le rejoindre pour chanter avec lui.
Mais le repas donné en son honneur fut joyeux et brillant car il nous raconta plein d’anecdotes.
Voilà comment je débutais dans ce métier qui aurait ne pas avoir de suite… Et que je poursuis depuis plus de 50 ans !

Jacques Brachet

Fernand BONIFAY… Trent ans déjà !

C’est le 29 août 1993 que notre ami toulonnais l’auteur-compositeur Fernand Bonifay  est parti rejoindre tous les artistes à qui il avait écrit de si belles chansons comme « Maman, la plus belle du monde », « Jambalaya », « Petite fleur », « 24.00 baisers », « Arivederci Roma »  et des centaines d’autres.

Dalida, Annie Cordy, Danielle Darrieux, Johnny Hallyday, Luis Mariano , Mouloudji, Dario Moreno, Gloria Lasso, Colette Renard, André Claveau, Bourvil, Georges Guétary, Marcel Amont… La liste est longue de nos chers disparus qui ont chanté Fernand.
Mais d’autres, encore parmi nous (heureusement !) comme Pétula Clark, Hugues Aufray, Mireille Mathieu, Vincent Niclo, Eddy Mitchell, Thomas Dutronc, Michèle Torr, ont pris la relève.
Quand la chanson est bonne, elle ne meurt jamais et renaît à chaque fois, toujours aussi belle. Surtout si, comme Andrée Bonifay, sa cousine fait tout pour qu’on ne l’oublie pas, en ayant créé l’association « Les amis de Fernand Bonifay », en organisant des repas, des spectacles, des conférences et en aidant de jeunes chanteurs comme Jimmy Bregy (Photo) qui, grâce à elle, ont pu chanter au Théâtre Galli de Sanary. Ou encore en éditant un CD des chansons de son cousin chantées par la jeune génération varoise.
Pour ce trentième anniversaire, elle ne pouvait donc pas passer à côté et organise, le 4 septembre au restaurant l’Escale aux Sablettes, une belle soirée faite de joie et d’émotion, d’abord parce à qui le public sera reçu par le maître des lieux, Bernard Benet, qui fut un ami de Fernand et avec qui il organisa « Le tiercé de la chanson » dont ce dernier fut le président du jury en 91 et 92 un peu avant sa disparition.
La soirée débutera à 19h par une messe dite par Laurent Lenne, qui a la singularité d’être auteur, compositeur, chanteur… et prêtre !
A 20h un repas sera servi, suivi d’un concert où de jeunes chanteurs varois viendront rendre hommage au poète en interprétant ses chansons
Par contre, il vous faudra réserver au 06 60 39 43 33 ou par mail à : amis.fernand.bonifay@gmail .com (30 € le repas).
30 ans déjà… On se souvient

Jacques Brachet