Archives pour la catégorie Musique

Notes de Musiques

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Renaud CAPUCON : Un violon à Paris (Erato)
L’on se souvient du magnifique concert que Renaud Capuçon nous a offert l’été dernier à la Maison du Cygne de Six-Fours.
Nous sortions alors du confinement, l’artiste était heureux de retrouver son public et nous annonçait un nouveau disque… Sans plus.
Ce nouveau disque le voici, superbe double album conçu durant le confinement avec son complice Guillaume Bellom et enregistré dans la foulée.
A heure fixe, durant 56 jours, comme un rituel, les deux musiciens se retrouvaient pour travailler de petites pièces qu’ils offraient sur les réseaux sociaux et qui, au fil des semaines, ont constitué de quoi proposer aujourd’hui ce double album.
Album original, dont on avait eu quelques passages lors de sa venue à Six-Fours et constitué d’œuvres diverses et variées, allant de Haendel à Morricone, de Debussy à Chaplin, de Brahms à Grapelli, d’Elgar à Tchaïkovsky et encore bien d’autres ? En tout 22 pièces où le violon de Capuçon répond avec finesse et dogté au piano de Bellom.
C’est un CD pour tous, mélomanes et néophytes, qui nous offre la joie de la découverte de ces morceaux connus ou inconnus  qu’on ne cesse d’écouter.
Jacques Brachet
VICENTE e MARIANNA (Pan Piper)
De Paris à Salvador Vincent Muller et Marianne Feder nous font voyager par le truchement des rythmes sud américains, essentiellement brésiliens
Un beau sens du rythme, une parfaite diction, la note tenue, la mise en place, voilà pour les qualités de base.
Marianne Feder est chanteuse, autrice compositrice, chef de chœur pour la Philarmonie de Paris. Ici elle joue aussi des claviers, du sax, et se sert de la beatbox et de diverses machines Elle a enregistré avec Daniel Yvinek, Romane, et quelques autres, elle a participé au Festival Banlieues Bleues.
Vincent Muller est chanteur et multi instrumentiste : guitare, cavaquinho, basse, percussions. Il s’est produit au sein de plusieurs batucadas. Lui aussi a participé à  quelques festivals, notamment avec Marianne.
Les deux chanteurs s’expriment sobrement, avec décontraction et beaucoup de charme, en restant dans le médium des voix, si bien qu’on se laisse envoûter. Marianne possède une voix un peu acidulée qui vibre adorablement dans l’aigu, l’écouter sur « Absinthe absence ». Vincent possède, lui, une voix chaude, caressante ; l’écouter sur « Les bras de Poséidon ». Les deux voix associées fonctionnent comme un instrument, séparément elles sont en contrastes séduisants. Un bel exemple avec « Un amour d’hiver », qui fait penser au « Jardin d’hiver », chanté par le regretté Henri Salvador.
Un morceau bienvenu, qui décale, non chanté, un poème dit à deux voix, « L’attente », accompagné par la seule rythmique.
Les morceaux sont chantés en français, sauf « O xote do peixe e da borboleta » en bilingue français-portugais. A noter que le livret donne les paroles des chansons.
Un disque charmeur, réjouissant, solaire, qui entraîne au rêve.

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Yves CARINI : The Way You Are (Yesansa)
On présente partout Yves Carini comme un crooner. Je veux bien mais c’est n’avoir jamais entendu Frank Sinatra, Nat King Cole, Dean Martin, Leonard Cohen ou chez nous Sacha Distel, Yves Montand, par exemple. Les crooners ont en général une voix de baryton, profonde et chaude. Or Yves Carini possède une voix placée du côté ténor, voire ténor léger.
Yves Carini n’est pas un débutant puisqu’il a sorti son premier album en 2005, celui-ci est le troisième. Il a participé à des festivals, chanté avec nombres de musiciens. La mise en place est impeccable, les arrangements sont faits pour lui, pourtant je suis loin d’être convaincu. Je lis des tas de louanges, de références et d’influences grandioses sous la plume de nombreux chroniqueurs, loués soient-ils !
Yves Carini s’attaque à des thèmes éternels (9 sur 11 titres) comme l’ « Hymne à l’amour », interprété hélas d’une façon assez mièvre. Et d’autres avec plus de réussite. Pour moi les moins intéressants sont ceux avec grand orchestre. Je le trouve bien meilleur en tempo rapide sur les thèmes en compagnie d’un petit ensemble qui groove parfaitement, par exemple « Sous les mains d’Elsa ». Une belle réussite avec « Les mots bleus », qu’il chante d’une façon très proche de celle de Christophe.
Le chanteur a des qualités indéniables, mais de là à crier au chef d’œuvre.
David LINX : Be my Guest – The Duos Project
J’écoute le chanteur (et aussi pianiste) belgo-parisien, David Linx, depuis ses débuts dès les années 90. Lors de ses premiers concerts sa façon sinusoïdale de chanter la mélodie en se baladant sur une grande tessiture, le plus souvent vers l’aigu m’agaçait assez. Mais j’avais déjà le sentiment d’entendre quelque chose de nouveau. Puis le temps passant, les concerts et les disques se succédant, la voix a muri, prit du grave, du grain, s’est assagie, et on peut dire que David Linx a inventé une nouvelle et belle façon de chanter le jazz, avec une voix puissante, sans vibrato, à l’image du son de trompette de l’une de ses idoles, Miles Davis
D’abord batteur, élève de Kenny Clarke, il passe au chant en 1988. Il connaît ses premiers succès à la fin des années 90 en duo avec le pianiste Diderik Wissels. S’y ajoutera parfois un autre fidèle, le batteur Christophe Walemme, avec lesquels il continue à chanter. Puis il parcourt le monde en chantant avec les plus grands.
Le revoici pour une série de 15 duos, avec à chaque fois un invité différent, le duo étant une de ses formations favorites.
Il serait trop long de présenter chaque duo, et pourtant ils le mériteraient tant ils sont denses et différents chacun, montrant toutes les facettes de David Linx.J’en sélectionnerai quelques-uns qui me semblent mettre en avant la diversité de l’art du chant du jazzman. Un des thèmes les plus joués, marqué par les plus grands jazzmen de l’histoire, « ‘Round Midnight », en faire une approche nouvelle ? Mission impossible, et pourtant notre chanteur y réussit en beauté avec la complicité expressive du pianiste Tigran Hamasyan. C’est le modèle du chant linxien. Longues tenues filées, arabesques sur une grande tessiture, éclats subits, émotion retenue. « Vanguard » avec le pianiste Ran Blake, minimaliste ici, avec des accords très personnels, des petites phrases, en contraste avec le chant. « Emportez-moi », le poème d’Henry Michaux, derrière lequel le guitariste Marc Ducret peaufine un contrechant à la guitare saturée. « Letter to Trevor » qui débute le disque, un texte de James Baldwin, dit par son neveu Trevor Baldwin, enluminé par la voix de David Linx. « Tonight you belong to me » avec le banjoïste chanteur Rani Weatherby, ambiance country avec un scat (rare chez lui) de David Linx. « The Bystander Effect » avec Diderick Wissels au piano et aux effets, un rap complètement déjanté. « Pagina de dor », chanté en portugais, accompagné par Hamilton de Holanda à la guitare portugaise. Un véritable fado qui dégage une grande émotion avec son parfum de saudade.
Ce disque est peut-être l’œuvre majeure de David Linx ; en tout cas une des grandes voix d’aujourd’hui.

Serge Baudot

 

Cristal Records CR 345 – « The Duos Project » sorti en novembre 2021.

 

 

Serge Baudot

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Yves CARINI : The Way You Are (Enregistré en France et USA en 2021 – Yesansa 171746)
On présente partout Yves Carini comme un crooner. Je veux bien mais c’est n’avoir jamais entendu Frank Sinatra, Nat King Cole, Dean Martin, Leonard Cohen ou chez nous Sacha Distel, Yves Montand, par exemple. Les crooners ont en général une voix de baryton, profonde et chaude. Or Yves Carini possède une voix placée du côté ténor, voire ténor léger.
Yves Carini n’est pas un débutant puisqu’il a sorti son premier album en 2005, celui-ci est le troisième. Il a participé à des festivals, chanté avec nombres de musiciens. La mise en place est impeccable, les arrangements sont faits pour lui, pourtant je suis loin d’être convaincu. Je lis des tas de louanges, de références et d’influences grandioses sous la plume de nombreux chroniqueurs, loués soient-ils !
Yves Carini s’attaque à des thèmes éternels (9 sur 11 titres) comme l’ « Hymne à l’amour », interprété hélas d’une façon assez mièvre. Et d’autres avec plus de réussite. Pour moi les moins intéressants sont ceux avec grand orchestre. Je le trouve bien meilleur en tempo rapide sur les thèmes en compagnie d’un petit ensemble qui groove parfaitement, par exemple « Sous les mains d’Elsa ». Une belle réussite avec « Les mots bleus », qu’il chante d’une façon très proche de celle de Christophe.
Le chanteur a des qualités indéniables, mais de là à crier au chef d’œuvre

 

 


NOTES de MUSIQUE

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RODOLPHE LAURETTA – KREOLIA
Rodolphe Lauretta, de parents guyano-antillais, est un jeune saxophoniste bien dans la lignée de certains jazzmen d’aujourd’hui qui puisent dans différentes cultures musicales pour faire leur cuisine, sans échapper aux modes. Pour son deuxième opus il a fait appel à quelques invités de sa sphère. La chanteuse Geneviève Artadi qui s’exprime gentiment sur « Anticipation ». Une autre chanteuse, Ruppert Pupkin,  qui s’exprime elle aussi gentiment sur une rythmique intéressante. On a droit à un rappeur, Med, mode oblige, sur « Brazilian Truth ». Un autre chanteur, Dwight Trible,  apparaît sur « We all are one ». La plupart des thèmes écrits par le leader lui-même (sauf « Haïti » d’Alain Jean-Marie) reposent sur des arrangements de cuivres à l’unisson, qui échauffent les morceaux. Les rythmiques son assez mécaniques. A noter de bons solos du trompettiste Olivier Laisnay et du ténor Rodolphe Lauretta. Ajoutons qu’il fut l’invité de quelques grands festivals dont Jazz à Vienne, Jazz in Marciac, Jazz sous les Pommiers, Martinique Jazz Festival…
KREOLIA – 11 titres – Cristal Records CR 344 (l’AUTRE distribution)

TIM CHESLEY – THE LAST BLUE SKY
Tim Chesley est un auteur compositeur, interprète, guitariste franco-américain. Il apprend le solfège dès l’âge de 6 ans, à 15 il fonde Macbeth, un groupe de métal, puis ce sera Aloxe. Premier album solo en 2006, année où il est sur la scène australienne. En 2018 il signe chez Cristal Records, et voici en 2021 son premier CD avec ce label.
Une voix virile, bien timbrée, souple, qui reste dans le médium, avec du charme. A la guitare il fait preuve d’un jeu sobre, sans effets inutiles, accompagnement en accords, arrangements simples, belles lignes mélodiques, un peu toutes semblables. Il joue aussi de la basse et des claviers. Il est bien entouré par Julien Vonarb (g, clav, effets), Aurélien Ouzoulias (dm, perc), Céline Radlo (voc), Eva P de la Chapelle (voc sur Dreamers).
Voilà un musicien qui fait revivre le slow,« When Love Will Reign », qui n’est pas sans évoquer les Platters, ou encore « Dreamers ».
Un disque agréable, d’une atmosphère automnale, parfait pour la saison.
The Last Blue Sky – 5 titres – Revolver Records (www.timchesley.com)

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ARWAH HURRA – SARAB
On nous dit qu’en arabe Arwah Hurra signifie âmes libres et Sarab mirage. Est-ce à dire que les âmes libres sont des mirages. Non, on est bien sur terre, avec une musique totalement libre, jouée et créée par les fondateurs du groupe, la chanteuse et musicienne franco-syrienne Climène Zarkan et le guitariste Baptiste Ferrandis.  Pour ce nouvel opus ils ont étoffé « Sarab » en ajoutant 4 musiciens : Thibault Gomez (piano Fender Rhodes, voix) Robinson Khoury (trombone, voix) Timothée Robert (basse électrique) et Paul Berne (batterie), plus quelques invités sur quelques thèmes ;  tous musiciens venus d’univers divers.
Climène Zarkan possède une voix de soprano pleine de charme, de tendresse et chargée d’émotion, avec quelques fois des inflexions qu’on trouve dans les voix des Balkans. Qu’on l’écoute sur « Yally shaghalt al bal » qui démarre sur une prenante plainte orientale et qui se termine en rock oriental. Les arrangements sont souvent dans l’esprit des arrangements à l’unisson des violons dans la musique égyptienne, par exemple, créant ainsi des sonorités nouvelles. A noter un excellent tromboniste, Robinson Khoury, très jazz, dans le style de Gary Valente, et qui est pour beaucoup  dans le réussite de nombreux morceaux.
« Nanuh Haraq » débute en français nous disant que le mot étranger est un verbe ; un morceau étrange avec un beau passage de Climène, puis c’est un rock très en colère.  « Ma bahwa had » est une sorte de rap très enlevé, entrecoupé  d’unissons de tout le groupe, et ça chauffe. Le morceau éponyme qui termine le disque démarre rubato piano-voix, suit un long solo guitare saturée, on revient voix et groupe pour finir sur un beau solo de trombone. Une fin en beauté pour ce disque, qui marie savamment diverses atmosphères pour donner un coup de neuf à la musique orientale.
L’Autre Distribution – 12 titres enregistrés à Bruxelles.

OCTANTRION II
Octantrion est un groupe de néo folk avec pour bagage musical des musiques de Scandinavie et d’Islande. Voici son deuxième disque après Octantrion I en 2014.
Le groupe se compose de Eléonore Billy et Gaëlic Chambrier à la voix et aux différentes harpes et autres instruments. Ils se sont étoffés en invitant 6 musiciens
Blandine Champion (basse), Cécile Corbel (harpe celtique), Julien Lahaye (tombak), Xavier Milhou (contrebasse), Eric Pariche (voc) et Christophe Piot (batterie), qui tous chantent en solo ou dans les chœurs.
Par le choix des instruments anciens, des mélodies, des légendes nordiques, et des éléments atmosphériques comme inspiration, on entre dans un univers dépaysant et très prenant. A rebours de l’utilisation du folklore celtique tel que l’a fait, par exemple Alan Stivell qui joue la carte pop-rock, on reste près des traditions avec cependant un traitement rythmique souvent assez pop-rock, et des ensembles qui sonnent country, ou irlandais.  Mais toutes ces musiques ont des points de rencontre. On pourrait parler de country nordique.
Les arrangements sont denses et servent excellemment la mélodie, brisant souvent le côté répétitif des airs. Il y a de la profondeur et du charme dans tous les morceaux. Peu importe les intentions premières, la musique est là. Et puis quelle belle occasion d’écouter toutes ces harpes merveilleuses et cristallines qui vous emporteront au pays d’Odin et de ses corbeaux.
Octantrion II  – (15 titres) – Quart de Lune – UVM distribution/IDOL

Serge Baudot

 

 

 

 

 

 

 



La Seyne sur Mer – Fort Napoléon
Art Bop – 12 novembre 2021

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Deuxième concert de la saison pour la reprise d’Art Bop sous le label « Jazz sur la Ville » avec 10 concerts à venir jusqu’en mai 2022. Pour ce 12 novembre c’est un « Tribute to Steve Swallow » qui est l’un des plus grands bassistes de l’histoire du jazz. Il fait chanter la contrebasse, qu’elle soit acoustique ou électrique. On sait qu’il fut le mari de Carla Bley dont il partagea l’aventure musicale des années 70, et qu’il a joué avec les plus grands dont Stan Getz, Gary Burton, Mick Goodrick, Jimmy Giuffre…. Il fit partie de notre « ONJ » (orchestre National de Jazz) en 1988 et du « Transatlantik Quartet » d’Henri Texier. Qui mieux que Jean-Marie Carniel, qui lui aussi fait chanter la contrebasse, pour rendre hommage à ce Bass Hero.

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Jean Marie Carniel sera accompagné de l’un des piliers d’Art Bop, José Caparros toujours aussi fougueux à la trompette, Luc Fénoli à la guitare et Jérôme Achat à la batterie.
Pour le prochain concert le 26 novembre ce sera le Christophe Dal Sasso Quartet avec Fred Pasqua à la batterie, Manuel Marches à la contrebasse et Vincent Lafont au piano.
Christophe Dal Sasso est considéré comme l’un des meilleurs compositeurs et arrangeurs de jazz d’aujourd’hui. C’est aussi un brillant chef d’orchestre et un excellent multi instrumentiste. Là, il jouera de diverses flûtes. On l’a vu à ses débuts au Fort Napoléon à la tête de son « Grand 8 ». Il est également le fondateur du Festival de Jazz de La Londes les Maures. Certainement, comme on dit, un concert à ne pas manquer.

Serge Baudot
Renseignements :
Vendredi 12 novembre 2021 : ouverture des portes à 21h, concert à 21h30
Tel : 06 87 71 59 30 – michel.legat@orange.fr



NOTES de MUSIQUES

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Philippe Crettien Nonet – The North African Suite  – www.philippecrettienmusic.com
Philippe Crettien est né dans le Sud de la France. Il a surtout vécu en Afrique du Nord, en Angleterre, et aux Etats-Unis. Dès son plus jeune âge il a écouté des styles et des genres de musiques différents, ses parents étant mélomanes. Il a étudié le piano puis s’est concentré sur le saxophone alto pendant la période de ses études au Lycée Français de Londres. Suite à la découverte de John Coltrane, Wayne Shorter et Sonny Rollins il abandonne le saxophone alto pour le saxophone ténor.
Après une année en Musicologie à la Sorbonne et au C.I. M de Paris il étudie au Berklee College of Music et au New England Conservatory à Boston. Il obtient le diplôme BA du Berklee College of Music. Pour son premier contrat professionnel il est avec le Chanteur de Blues Mr. Jelly Belly.
Il fut l’un des protagonistes du succès des premiers festivals « Jazz is Toulon » dont il fut Directeur Artistique et Directeur des Ateliers du Festival de 1991 à 2000, ayant amené avec lui les Bostoniens avec lesquels il travaille et enregistre : Bill Lowe, John Medeski, Andy Jaffe, Mario Pavone, Bob Gullotti, Rick Pekham, et Dave Zinno. Philippe Crettien vit aux Etats-Unis où en plus de ses activités de musicien il est Directeur des orchestres de jazz et Directeur du Département Jazz du Conservatoire de Musique de la Rivers School à Weston (Massachussetts).
Au départ Philippe Crettien jouait du sax ténor avec un gros son et un engagement rentre-dedans, influencé par Coleman Hawkins entre autres. Depuis il n’a cessé d’évoluer pour arriver à cette maturité qui l’a vu s’engager sur les pas de Wayne Shorter et surtout de Warne Marsh, en gardant une sonorité ronde, puissante mais avec quelque chose de fragile, et parfois un son plus râpeux, plus angulaire. Une belle évolution dans l’écriture aussi, avec des arrangements soignés et personnels
Pour ce nouveau disque Philippe Crettien retrouve ses impressions d’adolescent en Afrique du Nord : le Maroc, l’Algérie, la Tunisie. Les parfums des marchés. Il dit qu’il a composé les 7 morceaux de ce disque en hommage à ces beaux paysages, à ces peuples chaleureux, et à leur riche culture. Pour ce faire il joue du ténor, du soprano ou encore de l’alto, et s’est entouré de Felipe Salles (fl), Tony d’Aveni (tp, flh), Clayton De Walt (tb), Bill Lowe (btb, tba), Patrick Mottaz (g), Géraldine Bergonzi (p), Sean Farias (b, eb), Mike Connors (dm).
D’emblée, sur « Marrakesh » on retrouve toutes les qualités du ténor, et le disque démarre fort avec une introduction très coltranienne, puis une promenade avec les solos de ténor, chaleureux ; trompette très fluide ; et trombone qui arrache.
Les arrangements sont remarquables, on y sent les influences bien digérées de Gil Evans et de Gunther Schüller (celui du Nonet de Miles Davis en 1949). Le Nonet de Crettien sonne comme un seul musicien. Mise en place, distribution des solos, tout est bien huilée avec une rythmique qui tourne à merveille. Les solos sont parfois enveloppés dans de subtils voicings, ou ponctués de petits riffs, ou tout simplement reposant sur la rythmique. De la belle ouvrage !
On se fera une idée de tout cela par exemple dans « Tipaza » particulièrement inspiré sur tempo lent, un gros son, des notes bien rondes de la contrebasse, un long solo tendre, émouvant et expressif au soprano par Philippe Crettien, suivi dans la même atmosphère par le trombone de Bill Lowe. « Blues for Valentin » s’appuie sur des réminiscences Bop, Quintettes Parker ou Gillespie, puis le cool vient s’y mélanger, on a affaire à un savant mélange de ces deux moments du jazz, à noter le solo de guitare. Un curieux morceau « Mistral » qui démarre sur un rythme de marche (rappelons qu’à ses débuts à la Nouvelle Orléans, les marches constituaient un des fonds du jazz ; retour aux racines), puis on quitte la marche pour la retrouver à la fin. La mélodie pas loin de celles de Henry Mencini (La Panthère rose), à noter un beau solo à la trompette bouchée (sourdine Harmon).
La tournure des arrangements fait que le disque est réellement construit comme une suite, avec toujours le souci de la mélodie. N’hésitez pas à faire et refaire la Promenade.

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M.O.M – Louis Moutin – Jowee Omicil – François Moutin
Laborie Jazz LJ59 ) (Socadisc-Idol) – 12 titres – 55’ 28’’
Les frères Moutin sont jumeaux, tous deux autodidactes, élévés dans une famille d’amateurs de jazz qui possèdent une belle discothèque de Jelly Roll Morton à Duke Ellington.
François se met à la guitare à l’âge de 5 ans, à onze il travaille le piano et l’harmonie, à quinze la guitare basse et enfin la contrebasse. Après un diplôme d’ingénieur il choisit de devenir musicien en 1985. Il est tout de suite reconnu par le milieu et intègre l’ONJ (Orchestre National de Jazz) en 1988. En 1995 il s’installe à New York où il joue avec la crème du jazz américain.
Louis joue du piano dès l’âge de 7 ans, mais à 20 il se met à la batterie qui sera son instrument. Lui aussi va jouer avec la crème du jazz.
Les deux frères créent le Moutin réunion Quartet en 1998 avec lequel ils vont publier 5 albums, donner 450 concerts dont 22 tournées aux Etats Unis. En 2013 ils créent un nouveau groupe, le Moutin factory Quintet avec lequel déjà 3 disques et plus de 120 concerts.
Jowee Omicil est un souffleur et poly-instrumentiste, d’origine haïtienne, né à Montréal et désormais basé à Paris. Il a travaillé dans le passé avec des artistes tels que Tony Allen, Jacob Desvarieux, Roy Hargrove, Michel Martelly et Francisco Mela. Pour ce disque il joue de la clarinette et des saxophones. Pour son dernier disque « Love Matters » Laborie Jazz lui prête tant d’influences dans lesquelles on va du gospel à Monk, Miles, en passant par le funk, les chansons des îles ou d’Afrique, sans oublier Bach et Mozart, qu’en en reste confondu.
Dès les premières notes : le choc ! On connaît les grandes qualités des Frères Moutin, mais pas celles de Jowee Omicil, qui est pour moi une découverte, et quelle découverte. Ce gars là renvoie beaucoup de saxes à leur jazz. Il a tout : La maîtrise totale sur toute la tessiture, la puissance, la chaleur, le son ample, avec du grain, qui sait aussi se faire tendre, le lyrisme, l’expression, le sens de la mélodie, de l’harmonie, et le swing. Que demander de plus. Il joue un seul morceau à la clarinette «Caresse » qui fort judicieusement est une caresse avec un joli son très boisé, morceau bâti sur de petits motifs qui se répètent entre les trois instruments. De la dentelle.
François est toujours aussi lumineux à la contrebasse, et Louis un orfèvre de la batterie.
Tous les morceaux, écrits chacun par l’un ou l’autre des musiciens, sont à citer. Je privilégierai pour l’exemple « Fly with the wind » qui démarre assez déstructuré pour se restructurer et chauffer sur des phrases courtes entrecoupées de notes tenues du sax, ce qui rend le chant très vivant. Ou « Ballade à deux notes » sur tempo lent, morceau très sensible et expressif. Et puis « Cosmic dance » où Jowee Omicil fait des étincelles dans la grande tradition des saxes hurleurs de la grande époque, se baladant du grave au suraigu avec une facilité rare. Et ça swingue ! Un autre morceau qui décale un peu « Soixante-neuf » pris sur un rythme funky par la batterie, une belle mélodie, un solo de contrebasse hors des sentiers battus, et un sacré beau feeling de la part du trio.
Dans ce disque ce n’est pas une rythmique qui accompagne un soliste mais une conception globale de l’œuvre jouée en contrepoints par les trois instruments, avec aussi des envolées du sax.
Un grand disque.

The Volunteered Slaves – SpaceShipOne – Day After Music (dist : kuroneko) –
Disque enregistré de mars à septembre 2021 à Sarzeau – 11 titres –  Durée : 64’
Ces Volunteered Slaves, nommés ainsi à leur fondation à Jazz in Marcillac en 2002 en hommage à la « « Volunteered Slavery » de Roland Kirk (et Il y a du Kirk, et aussi du Coltrane dans le saxophone de Temime) s’expriment dans un creuset où se fondent l’ouverture du jazz fusion, la transe coltranienne, l’impact du rock, le feeling du funk, la force du hard bop, et la charge de l’électro, qui domine le disque: le tout dans un partage généreux et un plaisir de jouer ensemble, de s’éclater, qui vous emporte. Quand la musique est vraie, forte, expressive, belle, alors tous les clivages s’abolissent dans la communion du plaisir partagé.
Ces Volunteered Slaves réussissent ce que beaucoup essaient et ratent, le mélange des styles, des cultures dans le creuset jazz, car ils sont d’authentiques jazzmen. Ils ont d’abord beaucoup joué live avant d’enregistrer. Ils sont maintenant à la tête d’une dizaine de disques. Le groupe a un peu changé de personnel, mais l’influx, la chauffe, le délire, l’expression body and soul y sont toujours présents.
J’ai connu Olivier Temime à ses débuts à Toulon ; il m’avait déjà impressionné par ses immenses qualités, qu’il n’a cessé de développer. C’est un fou passionné de ténor. Je l’ai revu au Festival de Saint Louis du Sénégal en 1997, encore meilleur ; il allait jouer toutes les nuits dans les bars du coin. Insatiable ce mec ! Je l’ai revu encore à Jazz à Toulon en 2012 ; il accompagnait une chanteuse, heureusement qu’il était là.
Autour de lui le pianiste Emmanuel Duprey, l’organiste Emmanuel Bex (Django d’or/Victoires du jazz) – tous deux à différents claviers – le batteur Julien Charlet, et le bassiste Akim Bournane. Du beau monde s’il en est. Tous ont joué avec la crème du jazz en France et d’ailleurs. Les claviéristes manient les sons comme Jupiter la foudre.
Ça tourne, ça chauffe, ça déménage (Ursa Major)  mais ça plane aussi (Ballade pour Laïka) ;  en route pour l’espace avec ce SpaceShipOne. C’est dire qu’on décolle, et pourtant on reste fixé au sol par la rythmique béton.
N’hésitez pas à prendre place dans ce vaisseau spatial : transes et vertiges garantis pure  musique sur les 11 thèmes composés chacun par des musiciens du groupe

Serge Baudot

 

 

 

 

 

 

 

 

 



La chronique de Serge Baudot

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Eric Séva – Triple Roots – Résonnances (Laborie-Socadisc)
Eric Séva est un saxophoniste et un compositeur reconnu dans les domaines du jazz et autres musiques.
En 1990 il fonde le groupe « Yes Yes Yes » avant de rejoindre en 1995 le quintette de Didier Lockwood. Fort de cette reconnaissance il va parcourir les scènes et les studios pendant une quinzaine d’années, enregistrant une centaine de disques avec entre autres pour le jazz Chris Réa, Franck Tortiller, Eric Longworth, Sylvain Luc. Il fera partie de l’ONJ (Orchestre National de Jaz De 2005 à 2008).
Musicien éclectique il collabore également avec de nombreux artistes de variété, comme par exemple Henri Salvador, Jean-Michel Jarre, Michel Sardou, Les Rita Mitsouko, Maxime Le Forestier, Sanseverino, Thomas Fersen, Dick Annegarn…
Son disque Nomade Sonore a été Disque choc de l’année 2015  pour Jazz Magazine.Mother of Pearl a été noté « 4 étoiles » par le même Jazz Magazine et a reçu le « Choc » de Classica, la mention « indispensable » et Paris Move pour Jazz News
Eric Séva s’est produit en concert dans de nombreux festivals en France et à l’étranger.
Voilà qu’il vient de sortir « Résonnances » chez Laborie Jazz avec son nouveau trio composé de Kevin Reveyrand (b) et Jean-Luc Di Fraya (dm).
Musicien éclectique lui aussi, Kevin Reveyrand promène sa basse électrique et sa contrebasse depuis plus de 20 ans pour accompagner aussi bien des jazzmen (Billy Cobham, Olivier Ker Ourio, Mike Stern, Nguyen Lê) que des chanteurs (Paul personne, Patrick Bruel, Patricia Kaas)
Jean-Luc Di Fraya est un cas à part. Il est non seulement batteur, percussionniste, compositeur, mais aussi  chanteur de jazz, haute contre en musique religieuse. Il a reçu une formation solide auprès du conservatoire de batterie Giacontino, du C.N.R. Marseille Classique, de l’I.M.F.P. il est sorti Premier prix du C.N.R. Marseille Jazz promotion 98. Il est également, créateur de spectacles de rue (Compagnie Shaan), à l’origine en 2002 de « l’Odyssée de la Cannebière ». Il est musicien permanent de la Compagnie Nine Spirit de Raphaël Imbert à Marseille. Il serait trop long d’énumérer toutes ses participations et créations. Que ce soit à la batterie ou au chant c’est un musicien qui « chauffe » un groupe comme personne.
Voici donc ce nouveau disque aux triples racines (Triple Roots), un trio acoustique donc, sur des thèmes du leader, sauf « Reason And Heart » du bassiste.
Disons le d’emblée, c’est un disque magnifique, du beau, du grand jazz dans toute sa pureté, son dépouillement. Des belles et somptueuse mélodies, tendres et émouvantes, jouée avec délicatesse, subtilité sur des arrangements limpides.
Eric Séva alterne le ténor et le soprano, qui a quand même la priorité. Parfois Jean Luc Di Fraya chante à l’unisson des saxes, de l’un ou de l’autre, effet garanti. La rythmique ne se contente pas d’accompagner, ce qu’elle fait très bien, mais les trois musiciens jouent en contrepoint  comme sur « Les Roots d’Alicante ». Si on veut se faire une opinion avant d’acheter le disque écouter « Luz De Port Coton », la contrebasse chante, notes rondes, son pur pas un bruit parasite. Il y a du blues dans les saxophones, et ces enchanteurs unissons voix/sax. Ecouter aussi « Le Village d’Aloya », mêmes qualités avec un batteur qui se déchaine vers la fin.
Tous les morceaux sont du même tonneau. Un grand disque, pas du tout musique du monde, mais du pur jazz d’aujourd’hui dans ses triples racines : mélodie, blues et swing.
Erol Josué – Pelrinaj (Geomuse)
N’étant pas spécialiste des musiques d’Haïti et ne connaissant pas ce chanteur, je préfère citer un article de Publik’Art pour les présentations:
« Erol Josué invoque le patrimoine haïtien dans son nouvel album Pelerinaj. A la fois prêtre vaudou, comédien, chanteur et danseur, il provoque un bouillant télescopage des cultures et des géographies. Plus surprenant, il est également directeur général du Bureau National d’Ethnologie d’Haïti depuis 2012, de quoi le motiver encore plus à transmettre et préserver le patrimoine culturel de son pays.
« Pelerinaj » englobe le travail de pas moins de 13 années pour livrer des morceaux entre transe, musique traditionnelle et tube électronique. Le disque se laisser aller dans des directions étonnantes en y incorporant l’apport essentiel des musiques d’Haïti. Différents invités interviennent sur l’album, Philippe Cohen Solal, Jacques Schwarz-Bart, Ben Zwerin, Mark Mulholland et le producteur américain Charles Czarnecki au mixage des sons traditionnels du Bénin et d’Haïti. Le premier extrait Erzulie évoque une divinité du vaudou haïtien, déesse de l’amour et de la beauté. Erol Josué est connu pour être un des plus grands adeptes du Vaudou en Haiti. C’est le séisme de janvier 2010 en Haïti qui a été la première inspiration de cet album et l’album offre un voyage qui fait référence aux expériences personnelles du chanteur autant qu’aux mythes de son île. Né en 1974 dans une famille vaudou, Erol Josué a quitté Haïti en 1993 pour la poursuite de son étude en Histoire de l’art en France. Parallèlement à sa carrière artistique, Erol Josué est directeur du Bureau National d’Ethnologie, poste qu’il occupe depuis 2012. Ses Musiques de vaudou préférées sont les musiques d’Ogou, celles qui parlent de résistance et de force. »
Mais les titres personnels ne font pas la musique ; alors qu’en est-il de celle-ci?
C’est effectivement un voyage à travers divers styles. Le chanteur possède une voix chaude, bien timbrée, puissante ; il sait tenir la note. Il est accompagné par différents musiciens, de styles divers, selon les morceaux. Quelques exemples : « Erzulie », hymne à la déesse de l’amour, assez funk. « Rèn sobo a », très chant africain. J’ai un faible pour « Chango » et surtout « Gede nibo » avec l’excellent saxophoniste ténor de jazz Jacques Schwarz-Bart, qui prend un beau solo sur ce morceau. A noter un curieux Ave Maria intitulé « Palave Maria ».
Cet album est fait de mélanges curieux qui finalement produisent une unité par la voix et l’engagement du chanteur. A écouter sans à priori d’étiquettes, simplement se laisser porter l’esprit ouvert.
Un livret fourni tous les renseignements : musiciens, paroles, etc.

 

 

 

 

 

 


Les petites musiques de Sergio

Lioness Shape – Impermanence (Laborie Jazz)
Lioness Shape est un trio féminin qui a vu le jour en 2018 et qui sort son premier disque, chez Laborie Jazz. Ce trio est mené par la jeune Manon Chevalier, chanteuse, compositrice. Un nouveau groupe ça pique tout de suite la curiosité.
Après 10 ans d’études piano classique, solfège et chorale au conservatoire, Manon Chevalier se concentre sur la voix en passant une maîtrise de chant. Au cours d’un Master de musicologie elle découvre et s’éprend de la voix de Billie Holiday. On dit que ses influences premières sont l’indie pop, le rock progressif, et quelques autres. Bigre !
Elle s’entoure aux claviers de Maya Cros qui a étudié le piano classique au conservatoire d’Albi puis de Toulouse, où elle obtint le Diplôme d’Études Musicales en 2015. Puis elle étudie avec le  pianiste Denis Badault, qui entre autres dirigea l’ONJ (Orchestre National de Jazz) et s’oriente finalement vers le jazz et les musiques actuelles. Elle obtint en 2017 sa licence de musicologie jazz à l’université Toulouse Jean Jaurès et poursuivit ses études à l’Institut Supérieur des Arts de Toulouse.
Et à la batterie, qu’elle commence à 14 ans, trône Ophélie Luminati. Elle obtint son bac musique à 18 ans puis entra au conservatoire de Toulouse en batterie et en jazz. Elle intégra l’université du Mirail en musicologie jazz. A 22 ans elle obtint son DEM de jazz, ainsi que le prix de batterie à 25 ans. Elle joue dans différents groupes, tourne dans plusieurs pays et enregistre quelques disques.
Voici donc trois jolies jeunes musiciennes bardées de diplômes. Reste à faire de la musique.
Le titre « Impermanence » intrigue car c’est un mot peu employé ; rappelons  qu’il indique ce qui ne dure pas, la non éternité. Le concept d’impermanence occupe aussi une place centrale dans la pensée bouddhique. Ce pourrait être la description de la musique, qui ne dure que l’instant de l’écoute.
Le disque se compose de 10 morceaux écrits par Manon Chevalier, avec des paroles en anglais. Disons tout de suite qu’ils révèlent une compositrice intéressante, qui a déjà un style bien défini, personnel. Les morceaux sont bien construits, exécutés avec une bonne mise en place. C’est un groupe électrique avec une très bonne joueuse de claviers, une batteuse excellente avec une frappe sèche et puissante, plutôt rock que jazz : on peut se rendre compte de ses qualités sur « The Last Lullaby » avec un long solo très original. Côté style on est dans le jazz d’aujourd’hui, je dirais avec une tendance rock assez marquée, juste pour donner une petite idée.
La chanteuse possède une voix bien timbrée, avec du grain, restant sur une tessiture assez resserrée qu’elle exploite avec une parfaite maîtrise du chant. Elle a ce côté acidulé, parfois nonchalant de Amy Whinehouse ; surtout sur «The Last Lullaby». Le point faible c’est la diction, là il y a des progrès à faire. Mais la chanson est musique. Tous les thèmes sont joués en tempo lent ou médium.
Trois morceaux m’ont particulièrement retenu. « Blue Wooden Chair » avec de belles interventions de la claviériste et surtout un beau solo très sitar indien. Et aussi ce flirt avec le blues. « Self Reliance »  où l’on goûte des jolies mélodies répétitives au Fender. « The Last Lullabay », berceuse qui ne donne surtout pas envie de dormir. Elle démarre avec une longue introduction a cappella, puis le trio s’engage à fond sur des accords graves et laisse la batteuse s’exprimer seule jusqu’à la fin.
Le groupe est d’une belle fraicheur, il a son style, on y sent le plaisir de jouer.
Je voudrais maintenant faire quelques reproches à Laborie Jazz, en citant certains passages de leur présentation :
« Impermanence est un album dédié aux femmes. Un disque pour que les femmes soient plus que beauté et tranquillité. Pour qu’elles expriment leur art, et développent leur créativité. Pour qu’elles se rendent compte de cette force incroyable qu’elles ont en elles. Force qu’elles s’efforcent de réprimer chaque jour au nom de la beauté. » Qui lira rira ! Que pensent de ce discours les Féministes ? J’espère seulement que les musiciennes ne sont pour rien dans cette apothéose des déviations  contemporaines.
D’autant que le label ajoute ailleurs :
« Manon Chevalier trouve dans cette architecture une assise sur laquelle s’appuyer pour porter son discours et sa voix sur le Monde, sur la situation des Femmes, sur les violences d’aujourd’hui et sur ce qui nous construit chaque jour, l’écoute de l’un pour l’autre, l’amitié et le respect, l’amour. »
C’est grandiose ! Est-ce que vous entendrez tout ce fatras quand vous écouterez le disque ? Ah si Billie Holiday avait eu tous ces supports ! Hélas ! elle se contentait de chanter et de participer à l’invention du jazz.

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Philippe Crettien Nonet – The North African Suite ( (Philippe Crettien Music)
Philippe Crettien est né dans le Sud de la France. Il a surtout vécu en Afrique du Nord, en Angleterre, et aux Etats-Unis. Dès son plus jeune âge il a écouté des styles et des genres de musiques différents, ses parents étant mélomanes. Il a étudié le piano puis s’est concentré sur le saxophone alto pendant la période de ses études au Lycée Français de Londres. Suite à la découverte de John Coltrane, Wayne Shorter et Sonny Rollins il abandonne le saxophone alto pour le saxophone ténor.
Après une année en Musicologie à la Sorbonne et au C.I. M de Paris il étudie au Berklee College of Music et au New England Conservatory à Boston. Il obtient le diplôme BA du Berklee College of Music. Pour son premier contrat professionnel il est avec le Chanteur de Blues Mr. Jelly Belly.
Il fut l’un des protagonistes du succès des premiers festivals « Jazz is Toulon » dont il fut Directeur Artistique et Directeur des Ateliers du Festival de 1991 à 2000, ayant amené avec lui les Bostoniens avec lesquels il travaille et enregistre : Bill Lowe, John Medeski, Andy Jaffe, Mario Pavone, Bob Gullotti, Rick Pekham, et Dave Zinno. Philippe Crettien vit aux Etats-Unis où en plus de ses activités de musicien il est Directeur des orchestres de jazz et Directeur du Département Jazz du Conservatoire de Musique de la Rivers School à Weston (Massachussetts).
Au départ Philippe Crettien jouait du sax ténor avec un gros son et un engagement rentre-dedans, influencé par Coleman Hawkins entre autres. Depuis il n’a cessé d’évoluer pour arriver à cette maturité qui l’a vu s’engager sur les pas de Wayne Shorter et surtout de Warne Marsh, en gardant une sonorité ronde, puissante mais avec quelque chose de fragile, et parfois un son plus râpeux, plus angulaire. Une belle évolution dans l’écriture aussi, avec des arrangements soignés et personnels
Pour ce nouveau disque Philippe Crettien retrouve ses impressions d’adolescent en Afrique du Nord : le Maroc, l’Algérie, la Tunisie. Les parfums des marchés. Il dit qu’il a composé les 7 morceaux de ce disque en hommage à ces beaux paysages, à ces peuples chaleureux, et à leur riche culture. Pour ce faire il joue du ténor, du soprano ou encore de l’alto, et s’est entouré de Felipe Salles (fl), Tony d’Aveni (tp, flh), Clayton De Walt (tb), Bill Lowe (btb, tba), Patrick Mottaz (g), Géraldine Bergonzi (p), Sean Farias (b, eb), Mike Connors (dm).
D’emblée, sur « Marrakesh » on retrouve toutes les qualités du ténor, et le disque démarre fort avec une introduction très coltranienne, puis une promenade avec les solos de ténor, chaleureux ; trompette très fluide ; et trombone qui arrache.
Les arrangements sont remarquables, on y sent les influences bien digérées de Gil Evans et de Gunther Schüller (celui du Nonet de Miles Davis en 1949). Le Nonet de Crettien sonne comme un seul musicien. Mise en place, distribution des solos, tout est bien huilée avec une rythmique qui tourne à merveille. Les solos sont parfois enveloppés dans de subtils voicings, ou ponctués de petits riffs, ou tout simplement reposant sur la rythmique. De la belle ouvrage !
On se fera une idée de tout cela par exemple dans « Tipaza » particulièrement inspiré sur tempo lent, un gros son, des notes bien rondes de la contrebasse, un long solo tendre, émouvant et expressif au soprano par Philippe Crettien, suivi dans la même atmosphère par le trombone de Bill Lowe. « Blues for Valentin » s’appuie sur des réminiscences Bop, Quintettes Parker ou Gillespie, puis le cool vient s’y mélanger, on a affaire à un savant mélange de ces deux moments du jazz, à noter le solo de guitare. Un curieux morceau « Mistral » qui démarre sur un rythme de marche (rappelons qu’à ses débuts à la Nouvelle Orléans, les marches constituaient un des fonds du jazz ; retour aux racines), puis on quitte la marche pour la retrouver à la fin. La mélodie pas loin de celles de Henry Mencini (La Panthère rose), à noter un beau solo à la trompette bouchée (Sourdine Harmon)

Serge Baudot





STONE… Vive la chanson !

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Stone, je l’ai évidemment rencontrée… avec Charden !
C’était sur la tournée «Inventaire 66», qui réunissait quelques jeunes chanteurs prometteurs. Il y avait Michel Delpech, Pascal Danel, Stone et Charden, Noël Deschamps et quelques autres artistes qui n’ont fait que passer comme Pussy Cat ou Karine…
On devait se retrouver avec Claude François et Topaloff puis sur une tournée de folie où tous deux partageaient la vedette avec d’autres amis, C.Jérôme, Michel Jonasz… et Charlotte Jullian !
Quelques années passent avant qu’on se retrouve sur les tournées «Âge Tendre»
Embrassades et rires avec Stone, Charden restant un peu en retrait et lorsque je propose à Stone une interview, Charden, qui n’avait pas encore dit un mot, a une réaction étonnante : «Si c’est pour parler de moi, OK si c’est pour parler de Stone et Charden, la page est tournée»
J’ai d’abord cru qu’il plaisantait car alors, que faisait-il sur cette tournée ?
Mais il était sérieux et c’est donc en tête à tête avec Stone, vite rejoint par son sympathique second mari, Mario d’Alba, que je me retrouve et qu’on se retrouve comme si on ne s’était jamais quitté.
Du coup, organisant à St Raphaël «Stars en cuisine», j’invite Annie (son prénom) et Mario à y participer. Et là encore, on s’est bien marré.

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Avec Charden – Avec mario

Il y eut beaucoup d’autres rencontres, avec Michèle Torr, à Partuis sur des fêtes du livre lorsqu’elle a sorti sa bio, en tournée théâtrale avec «Les trois Jeanne» et une autre pièce où l’on retrouvait aussi Sophie Darel «Le clan des veuves»….
Le succès du couple Stone & Charden a été tellement fort durant quelques années, qu’on oublie qu’elle a quand même fait un grand nombre de disques en solo. D’ailleurs, sur «Inventaire 66», elle était déjà avec Charden mais ne chantait pas encore avec lui.
Il était donc nécessaire que Marianne Melody regroupe toutes ses chansons pour nous les offrir sur un double CD où sont regroupées… 50 chansons !
Des chansons que pour certaines, on avait oublié et qu’en écoutant, on se dit : «Ah, mais c’est vrai qu’elle a chanté ça !».
C’est ainsi que nous reviennent en tête «Le jour, la nuit», «Fille ou garçon», «Baby Stone»,
«Vive la France» qu’elle a d’ailleurs reprise ave Charden par la suite, et bien d’autres encore qui d’ailleurs ne sont pas toutes signées Charden., mais Monty, Jean-Michel Rivat, Serge Gainsbourg (Un drôle de «Buffalo Bill !»), Billy Nencioli, Ralph Bernet,  Frédéric Botton,, l’incontournable Didier Barbelivien, Billy Bridge, Jean-Marc Rivière et bien d’autres faiseurs de tubes qui ont fait les beaux jours de nos années sixties.
Même si Stone & Charden, ce sont les années 70 qui en ont fait des machines à tubes !
Et si, après leur séparation, Stone a continué en solo  jusqu’en 86 et où son mari, Mario d’Alba, lui a écrit quelques chansons.
On est donc heureux, pour les plus de…50 ans que nous sommes devenus, de retrouver notre Stone qui ne vieillit pas, qui est toujours aussi rayonnante, même si elle nous annonce sa mort prochaine en riant ! En effet, un médium l’avait prévue en 2017 !!!
Mais elle est heureusement toujours là et c’est toujours un plaisir que de la retrouver.

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«Annie, n’est-ce pas un peu pesant d’âtre toujours considérée comme une entité, une sorte d’aigle à deux têtes ?
Tu sais, ça n’a duré que quatre ans, de 71 à 75, mais quatre années intenses sans un jour de relâche et de respiration où la vie d’artistes et la vie de couple était si liée qu’à un moment on a vraiment eu besoin de respirer chacun de son côté.
Le principal est que, grâce aux enfants, on se soit quitté sans haine et qu’on ait pu, par la suite, se retrouver sereinement et sans bagarre. Moi j’ai varié les plaisirs en chantant, en jouant au théâtre, en écrivant une pièce pour Charlotte Julian. Je voulais me diversifier et surtout prendre le temps de vivre pendant qu’Éric vivait l’œuvre de sa vie avec «Mayflower». Et puis, lorsqu’un producteur nous a parlé d’une compil’ et d’un retour sur scène, au départ on n’y a pas cru. On a donc commencé à faire des télés promo puis, ponctuellement, des spectacles et l’on s’est rendu compte que ça marchait bien. Du coup, Mario a pris les choses en main et c’est reparti… comme en 74 !
Drucker, Sevran, tout le monde nous a rappelés, les disques se sont vendus à une vitesse vertigineuse On était bien entourés par Charles Talar, Jean-Pierre Pasqualini, le patron du magazine «Platine».

Lors de notre dernière rencontre à Pertuis, avec Michèle Torr, elle me disait curieusement : «Je n’ai pas de répertoire seule et ce n’est pas aujourd’hui que je vais m’en faire un, et chanter de nouvelles chansons, de faire un disque… Je me vois mal reprendre toutes ces chansons qui datent de ma jeunesse. Ca n’intéresse plus personne car déjà, plus personne n’achète de disques et on vit dans la nostalgie. Vois le nombre de chanteurs qui font des compilations, des remix, des duos avec d’anciens succès. Nous l’avons d’ailleurs fait avec Charden.
Et ça a marché !
C’est vrai mais Stone et Charden, ça fait partie de l’inconscient collectif, ça représente une époque, des chansons qui ne meurent pas, qui sont dans la nostalgie des gens de notre génération.

Christian SERVANDIER 8 10

Aujourd’hui, avec cet album, on se rend compte de toutes les chansons que tu a enregistrées seule !
Tu sais, ça a duré cinq ans et à l’époque, on faisait quatre 45 tours de quatre chansons par an. Du coup ça en fait beaucoup…
C’est toi qui en as eu l’idée ?
Pas du tout ! C’est Marianne Melody qui l’a eu et j’ai dit OK… à condition de ne rien faire ! Ils ont fait un travail de fou, recherchant toutes les chansons dont je ne me rappelle pas du quart, ils ont traité les contrats… Je n’ai rien fait. D’ailleurs, tu sais à l’époque, quand on sortait quatre chansons par saison, c’était une chance que d’avoir un tube dessus. Et puis du coup, beaucoup ne sont pas intéressantes car il fallait les trouver, ces chansons ! A te dire vrai, j’ai dit oui parce je sais que ce côté collector plaît aux fans.
Tu avais quand même de beaux auteurs et compositeurs !
C’est vrai mais c’était souvent aux même qu’on faisait appel. A cette époque, toute une génération est née. Beaucoup de chansons  étaient des adaptations mais ça ne plaisait pas beaucoup à Éric. Il disait que les français étaient aussi capables d’écrire des chansons. Il y en a donc beaucoup signées de lui.
Du coup, tu vas les rechanter ?
Tu sais, aujourd’hui, on continue à faire des petits galas parce qu’on nous demande. Sinon, je ne suis pas moi-même demandeuse, Je vis à la campagne et je ne refuse pas d’aller chanter lorsqu’on m’appelle. J’y retrouve souvent des copains Alors je chante surtout les succès qu’on a eu avec Éric. Sa voix est enregistrée sur bande et je chante en direct ma partition. Puis je chante quelques chansons, accompagné par Mario à la guitare.
Les dernières fois que nous avons chanté ensemble avec Éric c’était sur les Tournées Âge Tendre. Puis il a voulu tout arrêter et on a juste fait ce dernier disque en duo avant qu’il ne disparaisse.
Mais j’ai continué à avoir des demandes. Après, j’ai aussi varié les plaisirs. Jusqu’à ce que tout s’arrête presque deux ans avec le Covid. Aujourd’hui ça reprend un peu.
Et le théâtre ?
Pour le moment, ce qu’on me propose n’est pas très intéressant. Et puis je dois dire que le théâtre, c’est du boulot et du stress et comme je suis un peu fainéante… je ne cherche pas vraiment !
Je suppose que, même à la campagne, tu as quelques projets ?
Oui, j’ai rencontré Christian Lebon qui organisait des concours de jeunes chanteurs francophones et qui a repris le Chorus Café qui fut à Guy Mardel puis à Pascal Danel. Il reprend donc la formuler et organise des soirées «guests» où il fait venir tous les copains… Dont moi !
Dimanche dernier, c’était blindé !
Ca va faire dix ans qu’Éric nous a quitté… y a-t-il des choses qui vont se passer ?
C’est mon fils qui va s’occuper de ça. Il a un site face book et il a eu l’idée de me faire enregistrer avec lui «L’aventura». En deux jours on a eu 7.000 vues ! Du coup, on va en faire d’autres. Tu te rends compte, il a déjà 50 ans ! Il organisera aussi dans une salle à Paris, une soirée hommage avec quelques amis qui viendront chanter. Je le laisse faire !
Alors te voilà à la campagne ?
Oui, par la force des choses. Tu sais que nous habitons tous ensemble et les enfants ont voulu rénover et agrandir la maison. Du coup, ils nous ont envoyé à la campagne ! Mais on y est très bien.»

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Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Christian Servandier et Jacques Brachet

La Seyne-sur-Mer : Art Bop au Fort Napoléon

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Oyez ! Oyez ! Amateurs de jazz de tous les pays. Art Bop reprend ses activités dans ce temple du jazz qu’est le Fort Napoléon. Et ça redémarre plein swing avec la violoniste Florence Fourcade.
Florence Fourcade est une habituée du var, nous l’avons vue et entendue à Jazz à La Cadière, créé par le regretté Jacques Jullien, avec son quartette Mademoiselle Swing, et au festival de Jazz à Toulon avec Christian Escoudé, entre autres lieux.
C’est une violoniste dans la tradition swing de Stéphane Grappelli, avec un tempérament de feu, elle chauffe, groove, et galvanise ses musiciens. Elle sait aussi être tendre et délicate. Elle a joué avec un nombre impressionnant de jazzmen et women de haute volée, depuis plusieurs décennies. C’est dire.
Elle s’est entourée d’excellents musiciens qui rôdent dans le coin, et que tous les fans connaissent. Claude Basso à la guitare, grand soliste, qui sait aussi écouter, suivre et provoquer le soliste. Hubert Rousselet à la contrebasse, que je ne connais pas, mais si Florence l’a choisi c’est qu’il est à la hauteur. Thierry Larosa, certainement l’un des meilleurs batteurs de l’Hexagone. Voilà de quoi faire un quartette explosif. Concert à ne pas manquer.
Venez fêter les retrouvailles avec le Fort et ses animateurs acharnés à durer. Ce sera une bonne façon d’oublier cette Covid, même s’il faut présenter le passe sanitaire. J’ajoute qu’on peut aussi trinquer à la pause.

Serge Baudot
Vendredi 15 octobre 2021 : ouverture des portes à 21h, concert à 21h30
Renseignements : tel : 06 87 71 59 30 michel.legat@orange.fr


ATEF, « The Voice » dix ans après

ATEF

Atef, c’est ce Toulonnais à la voix d’ange qui nous avait sidéré et mis le frisson lors de la première saison de l’émission «The Voice». Les quatre fauteuils s’étaient retournés et il avait choisi Garou comme coach. Il était arrivé en demi-finale.
Puis, durant dix ans, il n’a pas arrêté de chanter, a fait des galas, des tournées, un disque en anglais «Perfect stranger», enregistré à Londres où il est un peu chez lui et puis… comme tous les artistes, le Covid l’a confiné et la musique a disparu.
Et quelle surprise de le retrouver dans «The Voice», pour les dix ans de l’émission intitulée pour l’événement «The Voice all stars».
Devant cinq coaches, sont revenus tous ceux qui ont marqué l’émission durant ces dix années. Certains coaches n’ont pas reconnu quelques artistes mais la voix unique d’Atef  les a fait se retourner et c’est Patrick Fiori qui l’a remporté.
Un marseillais, un toulonnais, ça ne pouvait que s’entendre.
Ne l’ayant jamais perdu de vue, sauf durant ces mois interminables, je retrouvais cet air d’adolescent timide (malgré son grand âge !) et c’est donc avec plaisir que je le retrouve inchangé, toujours aussi gentil et volubile. On revient sur son parcours original, loin des rumeurs de la ville dans le petit village varois du Revest où il a choisi de se poser, entre montagnes (enfin, les nôtres !), nature et barrage… un peu à secs en ce moment.
Un havre de paix qu’il a arrangé avec goût, où il vit avec sa famille et où il s’est installé un studio.

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Dix ans séparent ces 2 photos

Alors Atef, comment as-tu vécu ces mois d’enfermement ?
Très mal ! Presque deux ans sans concerts… Un drame !
Depuis dix-sept ans que je chante, c’est la première fois que je m’arrête aussi longtemps. Mais de chez moi, j’ai sévi sur les réseaux sociaux !
On va y revenir mais parlons de l’actualité : comment t’es-tu retrouvé sur «The Voice» ?
Tout simplement parce que la production m’a appelé pour me parler de cet anniversaire qui, au départ, ne devaire l’objet que d’une seule soirée. J’ai été appelé l’un des premiers et j’ai dit oui tout de suite. Après, ça s’est un peu compliqué pour la prod’.
C’est-à-dire ?
Ils ont appelé un nombre incroyable de candidats qui avaient été sélectionnés… qui ont tous dit oui ! Du coup, ils se sont retrouvés à sélectionner 60 candidats qui, évidemment, ne pouvaient pas tous passer dans la même soirée. Du coup, ils ont fait une saison spéciale avec cinq coaches et ça s’est transformé en trois étapes d’auditions à l’aveugle ou chaque coach a choisi dix candidats.
Pour moi, les auditions à l’aveugle se sont bien passées puisque quatre coaches se sont retournés.

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Alors, la question : Et si personne ne s’était retourné, comment l’aurais-tu vécu ?
Assez mal et crois-moi, j’avais un stress pas possible, plus que pour la première audition ! C’était comme si je sautais en parachute sans savoir s’il allait s’ouvrir ! Et puis, je me suis dit qu’on prend tous les jours des risques pour des choses plus graves. Sans compter que j’avais la possibilité de ne pas faire diffuser ma prestation. Donc…
Tu as donc recommencé le même circuit ?
Non, car cette fois, nous faisons simplement partie d’une équipe et chaque chanteur d’une équipe s’est affronté avec le chanteur d’une autre équipe lors de la cross battle .j’étais dans l’équipe de Patrick Fiori. Le truc un peu stressant c’est qu’on ne savait pas avec qui on allait chanter par contre, cette fois, on pouvait choisir la chanson. Souvent les coaches te donnaient des titres que tu ne sentais pas, qui n’allaient ni avec ta voix, ni avec ton style. Là, on a pu choisir.
On l’a su deux jours avant, afin de pouvoir répéter.
Et alors ?
Alors… Tu ne sauras rien ! Je n’ai pas le droit d’en parler, j’ai signé un contrat et si je divulgue quelque chose, j’ai une amende de 30.000€ ! Donc… tu attendras !
Bon, alors parlons d’autre chose : tes projets ?
Ca… je peux en parler !
Je prépare mon second album, cette fois en français. Il devrait s’intituler «Le soleil se lève». Le single est sorti, accompagné d’un clip signé Jill Coulon. C’est l’histoire d’un couple qui tente de traverser la Méditerranée. C’est à la fois humaniste et poétique et tout l’album sera de la même veine, parlant de sujets actuels et d’humanité, sur des musiques des pays du monde  comme l’Afrique, l’Amérique du Sud, des rythmes que j’aime. J’ai écrit textes et musiques.

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Tout à l’heure tu nous parlais des réseaux sociaux… Qu’y as-tu fait ?
J’ai enregistré des chansons en anglais et en français que je mettais en ligne au fur et à mesure. Ça a beaucoup plu à mes abonnés, du coup j’ai eu envie de leur faire un cadeau. J’en ai fait un double album que je leur offre s’ils le veulent. J’ai trouvé ça sympa, ça renforce les liens. J’en ai aussi tiré un single avec la chanson de Daniel Lavoie : «Ils s’aiment», que j’adore.
Et puis, à côté de ça, j’ai écrit une musique pour une pièce de théâtre de Cyril Lecomte qu’il joue aussi, mise en scène par Simon Abkarian, qui travaillent sur l’événement régional «Marseillons».
Du coup, j’ai créé ma propre maison de production ».
Comme on le voit, «The Voice» mène à tout lorsqu’on a du talent, c’est juste un super éclairage, accélérateur de celui-ci et notre Atef n’en manque pas !
Mais comme il n’a rien voulu divulguer, rendez-vous très vite sur l’émission pour voir comment l’aventure a continué pour lui.

Jacques Brachet
Photocreations.fr




Toulon – Conservatoire TPM : Entre Bach et Preljocaj

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Enfin une nouvelle belle saison se présente à l’horizon de la rentrée 2020/2021, en espérant qu’elle ne sera pas, une fois encore, perturbée par ce sinistre virus qui nous a empêchés, l’an dernier, de vivre de magnifiques moments culturels.
Et pour le Conservatoire, tout se présente bien avec, en ouverture, le huitième festival d’automne, qui se déroulera du 25 novembre au 18 décembre.
L’année dernière, le Festival d’Automne devait célébrer le 250ème anniversaire de Ludwig van Beethoven, le plus génial des compositeurs. C’est donc cette année que sera célébré… son 251ème anniversaire !
Douze évènements gratuits (concerts, spectacles, conférences et scolaires) seront ainsi donnés sur la Métropole TPM.
Tout au long de l’année, des actions hors-les-murs, des partenariats avec les institutions culturelles, des ateliers et actions artistiques originales seront proposés, de Toulon à Hyères, en passant par La Crau, la Garde, la Seyne, la Valette, le Pradet, Ollioules.
Depuis maintenant six saisons, le Conservatoire TPM s’associe pour tout un trimestre à un invité d’honneur extérieur à l’établissement. Ce temps singulier, intitulé «Transmission», favorise notamment la mise en place de propositions atypiques d’envergure, le plus souvent en partenariat avec d’autres structures culturelles ou d’enseignement artistique.
Après Barre Phillips, André Gabriel, Rhys Chatham et Jean-François Zygel, Macha Makeïeff, Angelin Preljocaj sera l’hôte du Conservatoire en janvier et mars 2022.

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Danseur, chorégraphe de renommée mondiale, Angelin Preljocaj a créé plus de 50 pièces, du solo aux grandes formes. Ses créations sont reprises au répertoire de nombreuses compagnies (Scala de Milan, New York City Ballet), Dont il reçoit également de nombreuses commandes. Il a fondé en 1984 le célèbre ballet Preljocaj et dirige le centre national chorégraphique du Pavillon Noir à Aix-en-Provence. Mais n’oublions pas qu’Anjelin a fait ses armes et présenté ses premiers ballets à Châteauvallon.

Beethoven superstar
L’œuvre de ce compositeur étant gigantesque, elle peut se conjuguer à tous les temps et du coup, chaque commune choisira un thème en concerts, danse, conférences…
L’Espace des Arts du Pradet a choisi «Dialogue entre vent et piano» le 25 novembre 20h30, un concerto pour piano et orchestre dont Bruno Peterchmitt a réalisé l’arrangement.
Le 26 novembre 20h30, le thème sera : «Prélude et grande fugue pour quatuor et corps de ballet» ce dernier sera le Ballet Junior du Conservatoire, sur une chorégraphie de Nicole Vivier.
La Bibliothèque Chalucet recevra, le 28 novembre à 15h, Sébastien Petitjean pour une conférence sur le thème : «Beethoven et après ?».
C’est au Théâtre Marélios de la Valette que seront présentées, le 1er décembre à 20h30, trois œuvres originales pour deux cors et quatuor à cordes, datées de 1787, intitulée : «de Vienne à Munich»
Au Zénith Live, nous pourrons assister le 3 décembre à 19h, à un concert, «Enfance» donné par les élèves de musique ancienne et contemporaine.
Nous irons au Gymnase du Vallon d’Ollioules le 4 décembre à 20h30 pour un concert d’harmonie et musiques de films des orchestres d’harmonie d’Ollioules et de Toulon Var Méditerranée.
Rencontre avec Beethoven et Schubert, avec un concert donné le 6 décembre à 14h30 à l’Eglise Anglicane de Hyères.
«Sons, voix et mouvements», thème choisi par Martial Robert et Sylvie Levadoux et les élèves du Ballet Junior, le mercredi 8 décembre à 14h30, au Conservatoire du Pradet.
Beethoven et le jazz ? Oui, c’est possible. C’est ce qui nous sera prouvé à l’Espace Culturel Tisot le 10 décembre à 20h30 où Franck Pantin et ses acolytes nous offriront un concert où se mêleront jazz contemporain et musique classique intitulé «Beethoven’s Blue Third»
Nous voilà au Liberté à Toulon le 14 décembre à 20h30, qui recevra un concert «Fantaisies sur Beethoven» avec le magnifique Jean-François Zygel.
Et nous terminerons ce périple musical, salle Mauric à la Crau le 17 décembre à 20h30 et au Palais Neptune de Toulon le 18 décembre à 20h30 avec l’Orchestre Symphonique du Conservatoire TPM, sur le thème «Beethoven dans tous ses états».
Et c’est le cas, Beethoven éclatera en mille éclats de joie dans toute la région TPM.

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Anjelin Preljocaj – Jean-François Zygel

Anjelin Preljocaj
Cet incroyable danseur et chorégraphe sera donc l’invité exceptionnel de cette saison.
Retour à sa «presque» maison pour celui qui a fait le tour du monde, de l’Opéra de Paris à la Scala de Milan en passant par le New York City Ballet, avec ses plus de cinquante créations, qui a travaillé avec les plus grands chorégraphes internationaux, donc on ne compte plus le nombre de prix, récompenses, de médailles qu’il a reçu.
Il s’est installé au Pavillon Noir d’Aix-en-Provence avec 25 danseurs et, entre ses créations et ses voyages autour du monde, il a eu le temps de nous offrir un film magique : «Polina, danser sa vie» en 2016, où, outre cette petite merveille qu’était la jeune Anastasia Slevtsova, il avait fait danser Juliette Binoche, qui nous prouvait aussi ses talents de danseuse.

Durant toute cette année donc, concerts, ballets, rencontres, conférences, stages seront disséminés dans les communes varoises, dans des lieux plein de beauté et de magie, dont deux événement exceptionnels :
Des concerte au sommet du Faron, durant le Festival de Musique de Toulon et du Var.
Un concert aquatique de l’Orchestre Symphonique du Conservatoire TPM accompagnant les danseuses-nageuses du club de natation synchronisée d’Hyères. Ce concert aura lieu à la piscine du Port Marchand en juillet 2022.

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A noter que tous les spectacles sont gratuits à condition de réserver : 04 94 93 34 56
Jacques Brachet