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Judith SIBONY
premier roman, premier essai réussi !

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Comme bon nombre de pièces de théâtre, il y a le mari, la femme, la maîtresse.
Oui mais là, d’abord c’est un roman, signé Judith Sibony : « La femme de Dieu » (Ed Stock) dont le décor principal est une scène de théâtre. Et le Dieu en question est Robert, un auteur et metteur en scène à succès, qui, malgré celui-ci, en est quelque peu revenu. Succès qu’il trouve facile, même s’il continue à en écrire, donnant à chaque fois le rôle principal à son épouse, Elizabeth.
Elizabeth qui est donc une comédienne, connue et reconnue, belle, hiératique, amoureuse et admirative de ce mari volage dont on ne sait pas si elle sait ou feint d’ignorer ses aventures.
Et puis il y a « l’autre », Natacha, jeune femme naïve et désœuvrée et que Robert a croisée dans la rue, à qui il a proposé un rôle alors qu’elle n’est pas comédienne et qui deviendra très vite sa maîtresse.
Il ira même jusqu’à la faire jouer face à Elizabeth.
Situation dont tout le monde a l’air de s’accommoder jusqu’à ce que Natacha avoue à Robert qu’elle veut un enfant de lui.
A propos d’enfant, il y a Julie, fille de Robert et Elizabeth, admirative et amoureuse du couple « exemplaire » que forment ses parents. Elle, se retrouve enceinte à 20 ans alors qu’elle n’a pas envie de rentrer de ce cliché « mari-enfant ».
Tout pourrait aller au mieux dans le meilleur des mondes… possibles mais au fil du temps, il y aura quelques ratées et peu à peu on va découvrir les secrets, les non-dits, les mensonges de chacun.
De découvertes en « coups de théâtre », Judith Sibony, dont c’est le premier roman, nous invite dans ce monde factice du théâtre qu’elle connaît bien en tant que journaliste spécialisée, avec une écriture belle, élégante, dans une atmosphère feutrée, à la fois légère et profonde, émouvante et drôle, dans un univers fait de faux-semblants, de vérités qui n’en sont souvent pas et où l’illusion prend le pas sur la réalité.
De plus, elle nous tient en haleine jusqu’au dénouement dans une histoire qui pourrait être banale mais dont elle sait à chaque chapitre (à chaque acte ?) nous réserver des surprises. Car tous ses personnages vivent entre ombre et lumière et quelquefois les secrets sortent de l’ombre.
De très beaux portraits de femmes dont on pourrait croire qu’elle sont assujetties à ce « Dieu » tout puissant… en fait pas si puissant que ça et a lui aussi ses ambiguïtés et ses failles.
On ne peut en dévoiler plus car au fil du récit se découvrent les personnages et leurs secrets qui fait qu’on a des difficultés à lâcher ce premier roman superbement maîtrisé et original car chacun des personnages prend la parole à son tour pour nous dévoiler sa vérité en un jeu de piste passionnant.

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Judith Sibony est journaliste spécialisée dans le théâtre – et ça se sent ! – critique à la revue « Théâtre(s) mais aussi réalisatrice de portraits de comédiens dans l’émission « Parlez-moi d’amour » sur France 2. Ses derniers portraits : Cristiana Réali, Jean-Pierre Darroussin, Charles Berling…
Elle a réalisé entre autres un documentaire « comme des bêtes » où se mêlent danseuses et animaux et produit des émissions pour France Culture.
J’ai eu le plaisir de rencontrer cette femme enjouée et drôle, au charme fou et à la personnalité bien affirmée, à la Fête du Livre de Toulon où l’entretien s’est réalisé, entre deux apartés avec des gens qui passaient et à qui elle proposait son livre ! Mais on y est arrivé !
Judith, comment la journaliste est-elle passée à l’écriture romanesque ?
Il se peut que l’écriture journalistique ait été pour moi une sorte d’entraînement, d’échauffement, pour écrire enfin de la littérature.
J’ai laissé mûrir ce projet de roman pendant longtemps, comme une sorte d’horizon. Et je me suis rendu compte que mon expérience de critique de théâtre nourrissait mon imaginaire, et peut-être aussi mon rapport à l’écriture.
D’où le décor de ce premier roman ?
J’aime le théâtre. J’ai la chance, grâce à mon métier, d’en connaître aussi bien les créations sur scène que le travail en coulisses. Mais attention : je n’ai jamais été actrice, et de ce point de vue, l’histoire que je raconte dans La Femme de Dieu n’est en rien mon histoire, même si elle est nourrie de sensations ou de pressentiments très intimes. J’avais envie d’écrire des portraits de femmes dans un dispositif où elles auraient l’air de tourner autour d’un homme. Mais ce qui m’intéressait, c’est d’abord cette question du décalage entre ce dont on a l’air et ce qu’on est. Le théâtre était donc le cadre idéal pour camper cette fiction dédiée au paraître.
Pourquoi ce titre « La femme de Dieu » qui peut prêter à confusion ?
Je voulais mettre en lumière la femme d’un dieu qui, en fait, n’en est pas un. Même s’il a l’ait tout puissant, ce créateur de spectacles « vivants » (c’est ainsi qu’on appelle le théâtre) a un problème avec ce qui est vivant, justement. Il agit comme s’il avait peur de la vie, et sa tentation de faire le démiurge à travers ses mises en scène n’est qu’une vaine tentative de pallier ses manques. A travers cet anti-dieu, je voulais déconstruire une machine à illusion particulièrement bien rodée.
Sous couvert de vaudeville, le sujet de mon livre, c’est tout simplement la vie et les représentations qu’on en fait : les histoires qu’on se raconte, les efforts qu’on fait pour sauver les apparences, les spectacles qu’on crée pour se sentir plus vivant…

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Jacques Brachet

Charles BERLING… Il écrit aussi !

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On connaît le comédien de théâtre et de cinéma, le metteur en scène, le chanteur, le directeur de deux théâtres aujourd’hui, le Liberté, Chateauvallon… On connaît moins l’écrivain même s’il nous a déjà offert deux livres : « Les joueurs » (Grasset) et « Aujourd’hui, maman est morte » (L’ai Lu/Librio).
Le voici avec un troisième livre, qu’il dédicacera vendredi et samedi sur la Fête du Livre de Toulon : « Un homme sans identité ». (Ed Le Passeur)
Difficile de définir ce livre qui est en partie auto-biographie et essai, mais aussi fait de réflexions sur le monde d’aujourd’hui et sur son métier – ses métiers – d’artiste. Il le dit lui-même, c’est un livre quelque peu incohérent, sans début ni fin, c’est le cheminement de son esprit qui lui fait prendre, au cours de l’écriture, des chemins de traverse.
C’est pourtant un livre magnifiquement écrit, pensé, quelquefois émouvant, parfois plein d’humour. Un livre vrai où il se… livre sans flagornerie, sans être un donneur de leçons, quelque peu égocentrique parfois mais ça, c’est le lot de tout comédien, et surtout terriblement sincère et vrai.
Derrière cet homme, cet artiste toujours en mouvement, se retrouvant toujours où on ne l’attend pas, il y a un être profond, un homme tout simplement, que, même si je le côtoie très souvent depuis son retour à Toulon, je découvre à chaque rencontre et surtout cette dernière, pour parler de ce livre.

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« Charles, un homme sans identité… ou qui en a trop ?
Trop ? pourquoi ? Non, je dirais plutôt, un homme aux multiples identités et affinités, ce qui est le lot de tout comédien. De tout homme je crois.
Pourquoi ce livre ?
Ce livre est pour moi avant tout un plaisir littéraire. J’ai ce goût d’écrire, l’envie de parler de choses qui me tiennent à cœur. Je n’ai pas voulu parler que de moi mais de ce qui se passe autour de moi, des choses de la vie. J’ai préféré ça plutôt que de proposer une autobiographie classique.
Tu mêles ta vie, tes expériences, tes pensées, ton métier, ton intimité…
Oui, c’est tout cela que j’ai voulu raconter, avec beaucoup d’humilité et d’émotion parfois. Ce livre correspond à ce que je ressens en tant que personne et que veux faire ressentir. Au dessus de tout ça, il y a l’impersonnel, Simone Veil l’explique très bien en une phrase et c’est pourquoi j’ai voulu la mettre en exergue :
« Ce qui est sacré, bien loin que ce soit la personne, c’est ce qui, dans un être humain, est impersonnel. Tout ce qui est impersonnel dans l’homme est sacré, et cela seul »
Tout est lié à l’universalisme. Je travaille à considérer celui-ci et à cette mission de liberté que je me suis donnée avec, justement, le Liberté et Chateauvallon.

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Tu dis toi-même que ce livre est incohérent…
Dans la forme, j’ai cherché à faire un livre fragmenté, comme un kaléidoscope. J’ai aimé l’écrire comme j’aurais écrit un roman. En même temps, paradoxalement, ce livre m’a amené à réfléchir sur mes implications dans le monde socioculturel de cette région, qui est la mienne et me tient beaucoup à cœur. Et cette réflexion m’a aussi amené à considérer mes responsabilités, les valeurs que je défends. Aujourd’hui, le monde est malmené, fragilisé et j’ai voulu trouver dans mes propos un lien, le plus universel possible.
Tu dis encore « Depuis que je joue, je peux être moi-même ». Paradoxal, non alors que lorsque tu joues tu n’est pas toi-même !
Pas tant que ça ! Je me suis posé la question que tout le monde se pose : qu’est-ce qu’être soi-même ? J’ai choisi un métier ludique puisque « je joue » et en jouant, je suis le personnage que j’incarne mais pourtant ça me ramène à moi : comment, à quel endroit suis-je impliqué dans le rôle que j’ai choisi ? Lorsque je joue, je ne cherche pas à séduire, je ne veux pas me mettre de limite intellectuelle. En tant qu’acteur, je veux être le plus honnête possible. C’est quelquefois difficile de s’affronter soi-même par le biais d’un rôle.
Je te cite encore : « Chaque rôle est un ami qui part » Restes-tu vraiment orphelin de tes rôles ?
Aujourd’hui, ayant perdu mes parent, je suis un orphelin. C’est toujours difficile d’affronter la disparition des êtres chers, avec qui on a vécu. Ca n’empêche qu’ils sont toujours là. Pour un rôle, c’est un peu pareil. On s’en imprègne, on s’y attache et un jour, il faut s’en séparer. Mais il reste toujours là, quelque part. C’es à chaque fois un petit deuil qu’on vit.
Tu ne restes jamais sans un projet, tu les enchaînes… En fait, qu’est-ce qui fait courir Berling ?
La curiosité, la passion, le partage et surtout pas la consommation ! J’ai envie de vivre à fond avec mes congénères. Et tous ces chemins de traverse que je prends, toutes ces tentions, me fabriquent au moment présent. Je suis toujours en mouvement mais nous sommes un mouvement perpétuel, l’émotion c’est le mouvement, c’est l’art de l’acteur qui est toujours en questionnement.

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Tu écris encore que l’art dramatique est la préfiguration de la mort… C’est violent quand même ?
Mais non, c’est la nature ! L’art dramatique a un rapport très intéressant avec la mort. C’est le purgatoire qui amène une grande conscience entre la vie et la mort. Je trouve ça très intéressant et même joyeux. Lorsqu’on tourne, on n’est plus dans la vraie vie, il y a un décor qui n’est pas un vrai décor avec des personnages qui ne sont pas des vrais personnages. On se retrouve entre deux mondes. C’est ça que je veux dire.
Ton livre est illustré de tes propres dessins… que je trouve quelque peu torturés !
A bon, tu trouves ? Moi je trouve qu’ils ressemblent à la vie, quelquefois joyeux, quelquefois tristes, voire dramatiques. C’est aussi ma vie et lorsque je dessine ou peins, je suis dans une certaine humeur, que ce soient des moments sombres ou joyeux. Je ne crois pas que ce soit l’expression d’une torture ! Ca vient comme ça, par pulsion et je ne veux pas me censurer. L’art c’est être honnête par rapport à soi et aux autres. Tout n’est jamais tout rose ou tout noir, c’est un miroir de ma vie, et c’est là toute la complexité. Regarde le tableau de Picasso « Guernica » : il y raconte le monde dans toute sa complexité.
Ces dessins, je pense, correspondent parfaitement au sujet du livre »

Propos recueillis par Jacques Brachet

NOTES de LECTURES

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Rabih ALAMEDDINE : L’ange de l’histoire. (Ed. Les Escales – 387 pages)
Jacob le poète repense aux moments de son existence qui l’ont envoyé aux urgences-Psy et nous fait partager ses souvenirs.
Né des amours ancillaires d’une jeune servante qui se fait jeter à la rue par ses patrons qui la découvrent enceinte de leur fils, celui-ci se retrouve dans un bordel égyptien où il a vu le jour. Élevé par une mère distante et ses nombreuses «taties» qui le choient, il est alors récupéré par son père qui le ramène au Liban où il sera placé chez des religieuses puis se retrouvera à San Francisco après un passage par Helsinki dans une communauté gay.
C’est ainsi qu’il est amené à nous faire partager sa vie faite de quelques souvenirs tendres et joyeux mais aussi de souffrances et d’horreurs. La mort rôde partout sous les traits du Sida et il verra partir ses compagnons et son grand amour.
Un texte original certes mais très spécial, pas du tout simple à accrocher et à suivre à cause des constants retours en arrière et la présence hallucinatoire de la Mort, de Satan, de l’Ange avec lesquels il s’entretient. Malgré l’humour, parfois la tendresse, nous nageons souvent dans la noirceur et la douleur.
Mélange des genres donc mais émaillé de réflexions philosophiques et fantastiques qui rendent la lecture ardue et plombent encore plus la noirceur du sujet.
Belle écriture, érudite mais vraiment difficile à lire.
Helen FIELDS : la perfection du crime (Ed Marabout- 364 pages)
Dès les premières lignes du roman, on découvre un meurtrier, qui célèbre une sorte de cérémonial avant de mettre le feu au cadavre qu’il a installé «avec des précautions dignes de celles d’un père» (sic).  Ainsi le lecteur connaît-il le meurtrier à la différence du commandant Luc Callanach qui lui, vient d’entrer en fonction. La jeune femme est identifiée grâce aux dents qui n’ont pas brûlé : il s’agit d’une avocate du nom d’Elaine Buxton
Jusque là rien de bien nouveau. Les meurtriers commettent des erreurs, qui font qu’on finit par les arrêter. Soudain tout bascule, on retrouve le meurtrier dans une pièce totalement insonorisée et, attachée sur un lit, Elaine Burton qui hurle de terreur et de douleur.
Le meurtrier va se révéler d’une intelligence machiavélique et poursuivre son œuvre macabre en enlevant une autre jeune femme puis la coéquipière de Luc, et peu à peu on découvre les motivations de son esprit malade
Ce roman n’est pas un simple thriller car les personnages se révèlent sous nos yeux et prennent une certaine épaisseur qui ne laisse pas indifférent. De plus, on découvre peu à peu les blessures de Luc qui, nul ne sait pourquoi, a été muté d’Interpol France en Écosse, et est peu apprécié par sa nouvelle équipe.
On peut toutefois regretter l’importance donnée aux scènes de torture, à la violence un peu répétitive, de même, on ne voit pas pourquoi une autre enquête sur la mort de bébés abandonnés et morts de froid vient court-circuiter l’intrigue principale.
Malgré tout, un roman qui fait frissonner et qu’on ne lâche pas avant la dernière page, on espère d’ailleurs suivre d’autres enquêtes de l’inspecteur Callanach

Delome @ Le Dilettante de kerangal

Didier DELOME : Jours de dèche (Ed le dilettante) – 254 pages)
Quel lecteur ne serait pas séduit par ce premier roman de Didier Delome ?
Un format agréable, une couverture éclatante de couleurs empruntées au plumage d’un perroquet et dès la première ligne, le sentiment que le sujet sort du commun.
« J’ai toujours mené la grande vie, puis me suis retrouvé à la rue, sans rien, démuni, ayant tout perdu » ce sont les premiers mots de l’auteur et le lecteur ne lâchera plus ce livre qui se lit comme un polar. C’est un récit autobiographique passionnant.
A Paris, un galeriste mondain prépare son suicide avec sang froid alors qu’il attend l’arrivée de la police et de l’huissier de justice venus l’expulser. C’est la chute vertigineuse de cet homme qui, sans colère ni amertume raconte son errance, la recherche d’un toit, l’assistanat, les affres des entretiens d’embauche, mais son fatalisme, sa dérision et son désir de reconquérir une dignité le sauveront de la déchéance. N’oublions pas Madame M des services sociaux, sa bonne fée.
Rien n’est nostalgique dans ce roman, une nouvelle vie commence sans fards, indépendante et libre. Quoi de mieux alors que de se mettre à l’écriture puisqu’il a «des tas de romans en tête qui ne demandent qu’à éclore sur le papie »
Un premier roman prometteur.
Maylis de KERANGAL : Un monde à portée de main (Ed Verticales – 285 pages)
Dans ce dernier roman, repéré dès sa sortie en septembre dernier, Maylis de Kerangal nous propose une incursion dans le monde des peintres copistes avec une volonté affichée de pénétrer leur univers.
Nous sommes à Paris, en compagnie de trois jeunes gens tout juste sortis d’une année de formation à l’Institut de Peinture de Bruxelles.
Peintres en décor et autrefois colocataires, ils se retrouvent après leurs premières expériences professionnelles. Chacun nous est présenté dans sa spécificité. Paula, spécialisée dans le règne animal, a produit un panneau en écaille de tortue. Kate, séduite par le minéral a réalisé de faux marbres et Jonas attiré par le végétal, a élaboré une fresque tropicale
Le lecteur, s’il est vite séduit par la dynamique des personnages, hésite devant un tel déploiement de termes techniques, qualifiant chaque objet, chaque ingrédient, chaque geste, chaque attitude, propres à chaque univers. La lecture en est parfois fastidieuse lorsqu’il s’agit, comme dans une revue spécialisée, de côtoyer le jargon technique spécifique au trompe-l’œil, et de s’initier à l’art de l’illusion.
Le texte avance cependant même si l’ampleur des phrases de l’auteur, ses juxtapositions constantes, bousculent le lecteur. Par bonheur, les discours et les réflexions des jeunes artistes, rapportés et intégrés à la narration amusent avec subtilité.
Et les chantiers et les lieux défilent. Nous passons du décor d’Anna Karénine dans un théâtre de Moscou, à un trompe l’œil du Grand Canal de Venise, aux studios de Cinecittà à Rome,  pour finir non loin de Montignac, dans un fac-similé de la grotte de Lascaux.
Nos jeunes artistes, travailleurs itinérants, n’ont pas la vie facile mais la passion qui les anime la rend possible et le lecteur se prend lui aussi à s’enthousiasmer pour cette réalité copiée plus vraie que nature.
Ainsi, croit-on comprendre, le faussaire aura figé le réel. Il l’aura rendu accessible en focalisant sur l’aspect statique de la nature reproduite.
L’art de la réplique pour expliquer ce «monde à portée de main».

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Nancy HUSTON : Lèvres de pierre. (Ed. Actes Sud – 240 pages)
Les lèvres de pierre ce sont celles des statues cambodgiennes à l’entrée des temples, impersonnelles, impénétrables, closes comme sont closes les paupières souvent d’avoir trop vu et incapables de communiquer.
Derrière ces lèvres de pierre se retrouvent en parallèle deux personnages. D’une part Saloth-Sar le jeune élève peu doué mais effacé, devenu moine bouddhiste, qui va s’exiler et s’éveiller à la connaissance à travers le Paris révolutionnaire qui l’entrainera vers le communisme, la folie du pouvoir et la destruction, pour devenir ce tyran de Pol-Pot, exterminateur et dément
Dans cette première partie Nancy Huston s’adresse à lui qu’elle nomme » l’homme nuit », se met dans sa peau et épouse son détachement envers son corps et le corps des autres. Puis le ton change. La voilà revenue dans le corps de Doritt la jeune rebelle de «Bad Girl» »,la jeune canadienne qui arborera aussi les lèvres de pierre pour cacher sa soumission aux autres, aux hommes qui l’exploitent, l’humilient , la soumettent, y compris ses proches : père, amants, amis, entrainée dans le grand existentialisme qu’elle traverse dans un Paris de révolte, dans l’anorexie, le marxisme.
Entrant doucement dans ce texte sans comprendre le but recherché par l’auteur on se retrouve peu à peu emballé dans un tourbillon qui disperse tout sur son passage. Si on n’a pas lu la quatrième de couverture on ne se doute pas de qui est ce jeune moinillon souriant et ce qu’il est devenu et qu’y –a-t-il de commun entre ces deux personnages.
L’opposition totale due à la même enfance castratrice pour les deux, les mènera vers une vie de militantisme radical et mortifère pour l’un et libératrice pour l’autre
L’écriture est somptueuse, la construction époustouflante, embarquant du plat néant à la spirale folle qui retombera après la tempête.
Mais que d’émotions !
Nicolas MATHIEU : Leurs enfants après eux ( Ed Actes Sud – 425 pages)
Prix Goncourt 2018
Heilange, commune de la Moselle où la métallurgie a pendant un siècle drainé «tout ce que la région comptait d’existence, happant d’un même mouvement les êtres, les heures, les matières premières».
Anthony a quatorze ans en 1992, il fait partie d’une bande de jeunes faisant l’apprentissage de la vie. C’est l’été, il fait chaud, on s’ennuie vite à Heilange, alors on boit, on regarde les filles, on rigole, on écoute sans fin les groupes rock, on frime en empruntant la moto mythique du père et, patatras, on se la fait voler par un arabe, dealer à la petite semaine. Les parents s’ennuient aussi, le chômage fait des dégâts, on fait au mieux, mais les disputes, les divorces détruisent le tissu social.
La trame est sombre mais le roman ne l’est pas, porté par l’énergie de ces adolescents dans la lumière de l’été, la rage de vivre et de s’en sortir. Radiographie fidèle, documentée, vivante d’une époque racontée avec brio, tragédie jubilatoire, un peu comme la finale de la coupe du monde de football où jeunes et vieux vont s’enthousiasmer.
Mais après ?
Magnifique second roman d’une force et d’une tendresse hors du commun.

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Alice  PICIOCCHI et  Andrea ANGELI.  Kiribati – chroniques illustrées d’un archipel perdu. (Ed du Rouergue – 144 pages). Traduit  de l’italien par Jérôme Nicolas. 
L’archipel de Kiribati, situé au milieu du Pacifique, est composé de trente deux atolls dont une île devenue célèbre en raison du destin tragique qui l’attend : premier pays du monde à disparaître littéralement à cause du changement climatique (dans 20-30-50-100 ans en fonction des hypothèses).
Leur président en 2015 a imaginé un plan B pour survivre : une migration de masse sur une parcelle de terre achetée à l’église anglicane, aux îles Fidji située à trois milles kilomètres de là.
Ce récit de voyage, composé d’atlas et de chroniques illustrées, fait découvrir aux lecteurs de quoi sont faites les vies des insulaires. Trois grands thèmes qui s’entremêlent : culture, société et environnement.  Grâce à une réserve marine qui est une des plus complexes et des plus riches du monde (cinq cents espèces de poissons) ils survivent avec des noix de coco, quelques cochons, des taros et de l’arbre à pain, d’où leur embonpoint. Les femmes, hormis les travaux domestiques et l’éducation des enfants, se distraient en jouant au « bingo ». Elles essaient de mettre sur pied une petite entreprise artisanale et collectent des fonds pour l’église…
N’ayant qu’une tradition orale, les deux auteurs font une sorte d’inventaire des modes de vie et des mœurs de ces iliens tout à fait comparables à Tahiti, aux îles du Pacifique en général.
Ils restent sereins devant l’adversité et le futur.
C’est un beau livre facile à lire, magnifiquement illustré, qui rend hommage aux vivants et qui peut faire réfléchir certains.

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Jacques F. THOMAZI : La force X à Alexandrie (1940-1943)
Disponible sur Internet : Thebookedition.com
Toulon : Librairie Charlemagne, ISBN: 979-10-93050-08-9
De 1940 à 1943, une partie de la Flotte française de la Méditerranée orientale, commandée par le vice-amiral Godfroy fut bloquée par les forces anglaises placées sous le commandement de l’amiral Cunnigham.
Ce récit est le témoignage posthume d’un médecin embarqué, témoin de la vie quotidienne de cette force.
Pendant la seconde guerre mondiale une partie de la flotte de la Marine française a été capturée par l’opération Catapult, une partie a été canonnée à Mers el Kebir, une partie s’est sabordée à Toulon et une partie de l’escadre de Méditerranée orientale, commandée par l’amiral Godfroy, a été bloquée à Alexandrie par les forces anglaises commandées par l’amiral Cunningham.
La flotte française, la Force X, était composée d’un cuirassier : la Lorraine, de quatre croiseurs : le Duquesne (navire amiral), du Suffren, du Tourville et du Duguay-Trouin, de deux torpilleurs, le Basque et le Forbin, et d’un sous-marin au funeste sort, le Protée.
L’auteur, Jacques Thomazi, était un tout jeune médecin à peine sorti de santé Navale lorsqu’il s’est retrouvé embarqué d’abord sur le Forbin, puis sur le Tourville enfin sur le Duquesne. Il a écrit ce récit-journal et il a rédigé pour la flotte l’Hebdo-Force X.
Il a essayé de traduire l’état d’esprit des marins pendant ces trois longues années d’immobilité. Témoignage posthume
Il n’y a peu de texte sur ce sujet en dehors de l’aventure de la Force X écrit par l’amiral Godfroy Plon 1953 qui relate ce moment.

 

 

 

 

Toulon : La revue TESTE, véhicule poétique

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Accueillie en ce dimanche matin 14 octobre 2018 par la Librairie Le Carré des Mots à Toulon la Revue Teste, qui se déclare véhicule poétique, présentait son 32ième numéro consacré cette fois uniquement à des auteures.
Dans son préambule Cédric Lerible prit soin de préciser qu’il ne s’agissait en rien d’un numéro féministe, que d’ailleurs il ne croyait pas à une écriture féminine en tant que telle, puisque toutes les lectures « en aveugle » montraient autant d’erreurs sur l’affirmation auteurs hommes ou femmes ; que l’écriture est le reflet d’une sensibilité, et qu’on sait qu’il y a en chacun de nous une part de masculin et de féminin, dont l’une peut être prépondérante sur l’autre quel que soit notre genre.
Il s’agissait simplement de « donner à lire des voix que nous (le collectif Parole d’Auteur) apprécions particulièrement et de mettre en évidence les singularités propres à leur naissance ».
Ceci posé la flûtiste Olivia Rivet imposait le silence par la voix de sa flûte afin d’occuper ce silence par sa musique. Excellente flûtiste qui joue des souffles, des sons de sa voix, de tous les moyens d’expression de cet instrument si proche de la voix humaine et des sons de la nature. Elle ponctua les lectures avec un à propos parfait.
Ce numéro 32 présente donc les œuvres de 20 auteures entourées par des dessins énigmatiques et des photos de quelques sculptures (pas moins de 20 œuvres) de Sophie Menuet, dont on a vu des expositions à Marseille, Aix en Provence, Villefranche sur Saône, Istres, Villa Tamaris Pacha à La Seyne sur Mer, et ce n’est pas fini…On doit aussi à Sophie Menuet les photos de ses œuvres, dans de splendides et luxueuses présentations pleine page.
Le choix des auteures est éclectique. Teste n’est pas une revue à thème, mais à chaque numéro la réunion d’artistes qui naît d’un écho entre les œuvres. Ces poètes viennent de différentes régions de France et du monde : Russie, Guatemala, Italie.

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On pourra lire quelques textes bilingues, espagnol/français, russe/français. Nombre d’auteures étaient présentes à cette lecture pour faire vivre leurs textes avec beaucoup d’émotion. Et des voix d’hommes, celles de Patrick Sirot, Paul Antoine, Laurent Bouisset (traducteur de Regina Jose Galindo) firent entendre magnifiquement des textes de leurs consœurs absentes.
Une lecture riche et variée, qui permit d’entrer dans des univers, des écritures, des préoccupations et des thèmes différents, toutes œuvres bien ancrées dans le monde d’aujourd’hui.
La libraire «Le Carré des Mots» dans son nouveau lieu peut accueillir confortablement et convivialement artistes et public. Elle offre aussi le plaisir de déambuler à travers les livres, livres choisis avec compétente par les libraires Marion et Raphaël Riva, qui ont obtenu le label LIR (Libraire de Référence) dont le but est de faire reconnaître, valoriser et soutenir les engagements et le travail qualitatifs des libraires indépendants.

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Pour plus de renseignements sur la revue Teste voir <evasionmag.com> du 3 juillet 2016
Ce très beau numéro 32 de Teste avec une somptueuse photo de couverture de Raoul Hébréard est en vente au Carré des mots :
30 rue Henri Seillon – tel : 04 94 41 46 16.

Serge Baudot

MICHEL FUGAIN :
« Je chante pour le public,, pour partager… »

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Michel Fugain, c’est une boule d’énergie.
Il déboule sur scène avec une pèche pas possible et une joie qu’on ressent aussitôt.
Et aussitôt, il va enchaîner succès sur succès… 50 ans de chansons et ce jeune homme de 76 ans nous en fout plein les yeux et les oreilles. Il est terriblement et pour toujours ancré dans la chanson française car il a fait des chansons inoubliables.
En dehors du fait qu’aujourd’hui il a les cheveux cours, blancs et qu’il est imberbe, il est aussi svelte et léger qu’au temps du Big Bazar où il avait barbe et cheveux longs bruns !
Il bouge, il danse, il virevolte et nous raconte sa vie à travers ses chansons. Et le public de tout âge vibre avec lui et reprend en chœur ses refrains.
Il y a une totale osmose entre lui, ses musiciens et ce public.
Je l’ai rencontré aux Studios de la Victorine à Nice alors qu’il avait son école et que se préparait le Big Bazar. C’est dire que ce n’est pas d’hier ! Après la tournée que je fis avec ce groupe enfin monté, nous nous revîmes épisodiquement, lorsque ses galas l’amenaient dans la région. Toujours avec cette même amicale chaleur qui fait partie de lui.
Avec Véronique Aïache, fan de la première heure, il s’est confié en toute liberté, en toute pudeur aussi car Michel est un être pudique, qui cache ses peines (la perte de sa fille, son divorce) derrière un sourire toujours rayonnant, une énergie folle. Il sait se reconstruire, ce qui ne lui fait rien oublier mais c’est ce qui fait qu’il continue son chemin, aux côtés de Sanda aujourd’hui, qui est un appui essentiel, indissociable de lui. Dans ce livre « En confidence » (Ed flammarion), il confie de belles choses à Véronique, comme cette phrase : « Dans sa globalité, la vie est difficile et cruelle mais elle est aussi enchanteresse. Il faut la vivre telle qu’elle est ». Même s’il dit encore : « L’attitude que j’ai eue à la mort de Laurette et que j’ai encore, je la dois à mon instinct de survie. J’ai dit, je répète et j’affirme que j’ai reçu un coup de sabre japonais qui m’a coupé en deux »…
Dan ce livre, il se révèle juste ce qu’il faut pour comprendre que ce bonhomme est exceptionnel de gentillesse, de simplicité et d’optimisme… malgré tout.
Il y a quelques temps, nous avions pu bavarder un long moment.

C D

« Le public, me confiait-t-il – est ce pourquoi je fais ce métier et je suis content lorsque je le vois heureux et attentif. Je lui raconte une histoire, mon histoire et lorsque je vois qu’ils me suit, je trouve ça… gouleyant ! Ils m’envoient une telle tendresse ! Aussi je donne pour recevoir ça !
Tu tournes tout le temps, Michel ?
Oui, tant qu’on me demande et surtout parce que j’aime ça et qu’avec avec mes musiciens, on est une équipe soudée. Ils ont besoin de travailler et surtout, je ne reste jamais très loin d’eux car je ne voudrais pas que cette complicité, cette amitié, se délitent. Nous avons besoin d’être ensemble.
L’on est étonné, en voyant ton spectacle, du nombre de succès que tu as accumulés… et que les gens n’ont pas oubliés et chantent avec toi…
Parce que ces chansons sont entrées dans la mémoire collective. Ce sont des chansons populaires – et le mot n’est pas péjoratif ! – qui sont étroitement liées à la société de cette époque. Aujourd’hui, tout le monde se regarde le nombril et si ça continue, il n’y aura plus de chanson populaire.
Mes chansons évoquent une époque essentiellement heureuse où tout semblait facile, sans problèmes. C’était une époque porteuse d’espoirs. Les gens s’accrochent à ces chansons, le feu n’est pas éteint… il suffit d’une étincelle…
Toi qui fut un précurseur des comédies musicales à une époque où ça n’était pas la mode (Un enfant dans la ville), aujourd’hui que c’est redevenu « tendance », n’as-tu pas envie de t’y recoller ?
Depuis déjà longtemps je suis sur un projet musical autour de l’œuvre d’Edmond Rostand « Chanteclerc ». Là encore, gros challenge car je garde les merveilleux alexandrins de l’auteur !
Et si ce n’était pas si démodé, je dirais que ce serait plutôt une opérette qu’une comédie musicale où tout est chanté. Moi j’y veux le texte, la musique, la théâtralité. A te dire vrai, c’est assez ardu à monter et je ne le fais pas parce que c’est la mode !

B A

Pas facile à monter dans le show biz d’aujourd’hui…
Le show biz ? c’est aujourd’hui devenu un sous-métier et je m’en éloigne au galop. Je ne suis pas prêt à accepter leur diktat parisien car ce sont des freineurs de projets qui ne savent parler que de marketing. L’artistique, ils ne savent même pas que ça existe !
Alors ?
Alors je ferai ça pour la télé. Ce sera plus facile. Mais ça se fera !
Tu n’aimes pas la tournure qu’a pris le métier ?
Bien évidemment ! Aujourd’hui un chanteur n’est plus considéré comme un artiste mais comme un produit qu’on lance, qu’on presse et qu’on jette. Les jeunes sont formatés, tout comme les radios, ce qui fait qu’il y a de moins en moins de chanteurs et de chansons populaires. Chaque radio a une spécificité et du coup, aujourd’hui, un chanteur a du mal à se faire entendre de tous. Quant à nous, ceux de ma génération, nous sommes interdits d’antenne ! Tout juste si l’on nous appelle pour une soirée nostalgie ou caritative et on doit chanter pour la dix millième fois « notre tube » !
Tu es nostalgique des années Big Bazar, que j’ai un peu partagées avec toi sur les routes ?
Je n’aime pas être nostalgique mais dans ces années-là on rêvait d’espoir et on le faisait partager. Et puis les marchands sont revenus et ça a été le commencement de la fin. Aujourd’hui on oublie l’être humain, on ne voit que l’image et l’argent et si ça ne change pas, c’est la mort de la chanson populaire.
C’est ce qui te fait continuer à écrire et chanter des chansons ?
Je ne fais pas des chansons pour moi mais pour le public, pour communiquer, pour partager. Sinon ce n’est pas la peine. Et si l’artiste oublie ça, il meurt ! »

Propos recueillis par Jacques Brachet
Michel est en tournée avec « La causerie musicale » où il mêle chansons et souvenirs.
Lundi 26 mars 20h30, Casino du Colombet à Sanary

NOTES de LECTURES

rouart Benzoni © John Foley-Opale Agus1

Jean-Marie ROUART: La vérité sur la comtesse Berdaiev (Ed Gallimard – 208 pages)
Nous sommes en France dans les années 50. Le pays, tout juste remis des deux dernières guerres, s’enlise maintenant dans le conflit algérien et la IVème république vacille. A Paris la communauté des russes blancs exilés depuis la révolution de 1917 cherche sa place. Parmi eux la comtesse Berdaiev, aristocrate belle et libre, s’est assuré la protection et l’affection du président Marchandeau. « La politique la passionne » nous dit l’auteur, « pas seulement comme une comédie amusante mais parce que c’est elle qui tisse les fils du destin.
Pour la génération d’après guerre, cette intrigue, plus connue sous le nom de « ballets roses » fait écho à ce scandale. Jean-Marie Rouart est très subtil: aucun nom n’apparaît vraiment, les descriptions et les fonctions des différents protagonistes sont habilement suggérées. Il sait exprimer le fond de la nature humaine très complexe, la nostalgie de ces russes blancs cosmopolites, imprégnés de foi ainsi que la magie des rencontres, les choses troubles. Nous applaudissons l’écrivain talentueux, sa connaissance  et sa critique d’un milieu qu’il côtoie sans illusion. Le récit simple argumenté, rationnel, est porteur d’une force tranquille qui rassure, même si passion, pouvoir et morale ont du mal à coexister, nous le savons.
C’est une belle  incursion dans l’histoire de notre société.
Juliette BENZONI : Par le fer et le poison (Ed Perrin – 426 pages)
Alain Decaux préface ce roman déjà édité en 1973 par ces mots qui résument toute son œuvre : « Chère Juliette Benzoni, vous suivez la même voie qu’Alexandre Dumas, vous aidez à faire aimer l’histoire aux français ».
En fait il ne s’agit pas là d‘un roman mais de seize courts récits retraçant le portrait de femmes qui ont marqué l’histoire. Dans chacun d’eux le fer brille, la hache s’abat ou le poison s’insinue dans le cadre des femmes qui ont fait parler d’elles, d’Aggrippine à Marie Tudor, de Marguerite d’Anjou à la princesse d’Eboli, le sang coule.
L’auteur raconte avec verve complots et assassinats qui furent terribles mais qui sont réjouissants à lire puisque sa renommée à fait d’elle une des plus grandes vulgarisatrice de l’Histoire.
Milena AGUS : Terres promises (édit. Liana Levi – 175 pages)
Traduit de l’Italien par Marianne Faurobert
Une couverture attractive avec un bateau avançant sur un fond bleu, séparant en deux le titre, Terres-Promises, à la manière d’un brise glace, et le ton est donné. A la recherche du bonheur, il y aura de l’errance sans doute, mais de l’espoir  aussi dans ce texte.
En Sardaigne, la vie est dure au XXème siècle dans les années 50. Raffaele fils de paysans n’a d’autre destin que l’agriculture. Ester sera donc femme d’ouvrier agricole.
Alors que l’Italie du nord est en plein boum industriel, tous deux se mettent à rêver d’une terre d’accueil, pleine de promesses à Milan. La vie dans les quartiers pauvres d’une grande ville sera décevante et la mer manquera à la jeune femme.
Le retour au pays effacera cette épisode, d’autant plus qu’Ester a donné naissance à Felicita, la bien nommée qui puise sa force dans la joie et la diffuse autour d’elle. C’est l’héroïne de ce roman. Eprise de liberté, elle revendique le droit de croire que la gentillesse est la meilleure arme pour survivre en ce monde
Dans ce court roman, l’auteur parvient avec finesse à conter une véritable saga familiale. L’intrigue est simple, le vocabulaire sans effets spéciaux, le style souple et fluide.
Rien que de très ordinaire en apparence, mais le lecteur est  conquis. Il ne s’agit pas de mièvrerie mais plutôt d’une leçon d’optimisme face au tragique de certains destins. Les ailleurs sont illusoires, nous aurons des rêves brisés, mais notre acceptation va nous permettre de résister et de trouver la paix.
Une belle leçon de vie.

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Jérôme CHANTREAU ; Les enfants de ma mère (Ed Les escales – 476 pages)
Dans ce roman où Paris se fait personnage, l’auteur nous offre un portrait sans complaisance de la France mitterrandienne aux accents violents et poétiques. Ce 10 Mai 1981, jour de l’élection de François Mitterrand, le mari de Françoise lui annonce qu’il quitte leur domicile, rue de Naples dans le VIIIème et qu’il divorce. Une nouvelle vie s’ouvre à elle.
A 40 ans, sans emploi, elle se remet à la peinture. Elle recueille chez elle des enfants du quartier en perdition, accueille les amis de ses enfants et se noie dans les bras de ses amants.
Une époque s’achève, celle de la femme au foyer pour qu’une autre commence, celle de l’artiste peintre en sommeil depuis quinze ans. Ces enfants grandissent, elle les délaisse sans s’en rendre compte. Laurent, son fils, avec sa bande et sa musique, occupe le centre du roman.
Livre déroutant qui dresse le portrait d’une mère inconsciente, capable de recueillir des enfants en souffrance dans la rue et d’oublier de remplir le réfrigérateur. Les cent premières pages étaient prometteuses, puis l’écriture devient méandreuse.
Vincent VILLEMINOT : Fais de moi la colère (Ed Les Escales – 280 pages)
Ce roman surprend par son style et sa conception.
Un prologue nous présente l’héroïne : Moi, dix huit ans, attend un bébé «un enfant qui nage en elle et qui cessera bientôt d’être aquatique ». Comment va-t-elle l’appeler : Crocodile, Convoitise, « Empire ?
Le ton est donné ! On mise sur l’originalité.
Nous sommes sur les rives du lac Léman. Moi, c’est  Ismaëlle.
Dix huit mois plus tôt, elle a perdu son père. Ce dernier, pécheur de métier, n’est pas revenu d’une sortie sur le lac ; son corps reste à jamais disparu. L’héritage est lourd pour l’adolescente qui devra à son tour lancer ses filets.
Le texte s’organise en chapitres courts, sous forme de deux monologues alternés (une typographie les différencie), de poèmes ou de récits dans une organisation qui peut surprendre sans déconcerter toutefois.
En revanche lorsqu’il s’agit du fond, tout bascule. Le lecteur, bousculé, abasourdi, ahuri, est transporté dans un univers improbable.
Il revit La nuit des Morts Vivants, avec l’apparition soudaine de centaine de corps flottants autour de l’embarcation, puis se retrouve poursuivant Mammon, « la bête », « le monstre », désormais maître du lac. Enfin, comme un clin d’œil à la baleine du capitaine Achab, nous voilà plantant des harpons sur le dos de ce Moby Dick de circonstance, dans une ambiance d’Apocalypse Now avec l’arrivée d’une flottille d’hélicoptères et son concert de mitrailleuses !
Ismaëlle n’est heureusement plus seule désormais, forte de sa rencontre opportune avec Ezéchiel, fils d’un « ogre africain » mix de Amin Dada et de Boccassa. Lui saura diriger l’embarcation et veiller au repêchage des corps à la dérive.
Inévitablement l’amour s’en mêle et nous n’échapperons pas à quelques digressions sur la sexualité naissante et ambitieuse de la pêcheuse/pécheresse… Bonne chance au bébé à naître !
Il serait sans doute intéressant de chercher dans cette accumulation d’incongruités un quelconque enseignement derrière une forêt de symboles, mais le courage manque au lecteur lambda, qui n’aura qu’une hâte : en finir avec ce roman.

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Virginie JOUANY : Petit cœur d’opium (Ed Cairn – 192 pages)
L’auteure, Virginie Jouany découvre dans le cimetière du petit village de Thonac en Périgord, la tombe d’un empereur d’Annam. Elle enquête et malicieusement crée autour de Ham Nghi une fiction sympathique mais surtout plonge le lecteur dans la guerre coloniale que la France a menée au Vietnam actuel. Un personnage central mais complètement fictif, Judith, permet le lien entre les dernières années d’un empereur déchu, retenu prisonnier en Algérie après sa capture au Vietnam, et la carrière éblouissante, joyeuse et généreuse de Joséphine Baker, chanteuse, danseuse noire américaine reniée dans son pays puisque noire. Rappelons-nous que cela se passe fin XIXème, début XXème siècle !
Judith sera le dernier amour de Ham Nghi mais sera aussi l’habilleuse, la dame de confiance, l’amie de Joséphine Baker à qui elle voue une admiration sans borne.
Une occasion merveilleuse pour l’auteur de dérouler avec précision, humour, générosité, la vie de ces deux personnages bien réels.
Roman attachant qui nous replonge dans l’histoire coloniale française un peu oubliée, il est vrai.
Claude SERILLON – Un déjeuner à Madrid – Cherche Midi – 154 pages
Le journaliste Claude Serillon imagine la rencontre entre Franco et de Gaulle et nous fait entrer dans les coulisses de ce fait historique méconnu.
En 1970 de Gaulle n’est plus au pouvoir et décide de voyager. Il souhaite connaître l’Espagne catholique, pays chargé d’histoire qui le fascine. Le 08 Avril 1970 il arrive avec sa femme à Madrid et rencontre Franco au Palais du Prado. Le seul témoin de l’échange est le traducteur. Franco, l’allier des nazis est toujours au pouvoir, et de Gaulle symbole de la Résistance ne l’est plus depuis un an. Tout semble les opposer. Qu’ont-ils pu se dire ?
Ce déjeuner dont la teneur est restée secrète, interroge, intrigue et fascine. Quel sens donner à ce voyage ? Comment le résistant de la première heure, l’homme du 18 juin peut-il oublier la rencontre Franco/Hitler, la visite d’Himmler et tous les Républicains espagnols qui ont combattu pour la France libre.
L’auteur reconstitue cet entretien imaginaire qui regorge d’anecdotes et de références.
Et c’est très agréable à lire.
Sylvain TESSON : Un été avec Homère (Ed Équateurs – 253 pages)
A l’origine, une série d’émissions diffusées l’été depuis 2013, sur France Inter.
Il s’ensuit une très jolie collection, au format de poche, proposée par les Éditions Équateurs Parallèles reprenant les émissions enregistrées.
Cette année, aux cinq premiers numéros parus, s’ajoute « Un été avec Homère » de l’écrivain Sylvain Tesson, un ouvrage hautement réussi.
Nous voilà donc nous replongeant dans nos souvenirs de lycée, en classe de sixième, à la redécouverte de l’Iliade et l’Odyssée. La sensation est étrange car loin de nous re-raconter la Guerre de Troie et le Voyage d’Ulysse, sous la forme d’un « Homère pour les Nuls », l’auteur s’attache à nous présenter la mythologie comme un manuel de survie pour les hommes du vingt et unième siècle.
«Homère continue de nous aider à vivre» nous dit Tesson.
Ainsi, commentant l’actualité, avec érudition, verve et humour, dans un style particulièrement pétillant, l’écrivain, faisant fi des deux mille cinq cents ans qui nous séparent d’Ulysse, observe, analyse, rapproche, traduit, la grande épopée pour nous éclairer sur la conduite de nos contemporains.
Le Moyen Orient se déchire, à Troie, les hommes engagés par Achille se déchaînent ; les Kurdes se battent pour reconquérir leurs terres, Ulysse tente de reprendre le pouvoir à Ithaque ; nous subissons des catastrophes écologiques, Homère raconte la nature en fureur. Tout évènement contemporain trouve son écho dans le poème.
L’ouvrage est court, agréable, vif et pertinent, c’est le bijou de l’été.

PANCRAZI Jean-No+½l photo 2017 Francesca Mantovani - +®ditions Gallimard 1 Musso -® A di Crollalanza 1

Jean-Noël PANCRAZI : Je voulais leur dire tout mon amour (Ed Gallimard – 129 pages)
Jean-Noël Pancrazi a été, dès son plus jeune âge, fasciné par le cinéma.
Né à Sétif en Algérie, il allait dans la salle mythique où arrivaient avec beaucoup de retard les fameuses palmes d’or du festival de Cannes. Avec cinquante ans de décalage, une occasion se présente à lui de revenir en Algérie qu’il a quittée en 1962 pour participer en tant que juré du festival du Cinéma Méditerranéen d’Annaba. Un retour souhaité, malgré tout mêlé de crainte, mais un festival qui servira de pont entre le passé et le présent et sera un prétexte pour dire à l’Algérie et aux algériens tout son amour.
Mais l’Algérie est un pays où les projets sont souvent déçus. Une profonde mélancolie se dégage de la lecture de ce roman. En remontant le temps l’auteur redonne vie à un peuple qui a souffert, payé le prix du sang et vit la liberté à travers la magie du cinéma.
Mais cette liberté est-elle possible ? Il semblerait que non.
Valentin MUSSO : Dernier été pour Elsa (Ed Seuil – 399 pages)
Ce thriller très noir mais pas sanguinolent nous entraîne dans une paisible bourgade américaine sur les bords du lac Michigan. Nick le héros est un écrivain qui vit à New York. Le décès de son père le rappelle dans sa ville natale afin d’assister aux obsèques au sein de sa famille, sa mère, son frère Adam et Véra. C’est à ce moment là que se produit la libération d’Ethan son ami de collège suspecté de la mort de Lisa leur amie commune assassinée au bord du lac le dernier été 2004 et libéré pour vice de procédure).
Pour Nick c’est le plongeon vers le passé qu’il avait un peu occulté. Mis en présence d’un policier qui enquête sur les erreurs judiciaires non élucidées il va reprendre le parcours des derniers instants de Lisa afin de faire jaillir la vérité douze ans après. Ce sera l’occasion d’évoquer la vie de cette bourgade un peu endormie, de ses habitants taiseux, pleins de secrets et de rebondissements. A l’aide de flash-back qui vont nous faire voyager entre cette soirée d’été 2004 et le présent, on va peu à peu comprendre et imaginer combien beaucoup de monde avait de raisons de faire disparaitre Lisa, la jeune fille aimée de tous.
L’enquête est prenante, la découverte psychologique des divers protagonistes haletante par leur diversité et le dénouement imprévu bien sûr et loin du point de départ. Un peu de lenteur toutefois due aux nombreux retours en arrière mais un bon moment passé en compagnie de ce jeune auteur…
Michel Grèce de : La Bouboulina (Nlle Ed Plon)
Michel de Grèce, descendant lui-même des Romanov et de la famille d’Orléans, est un passionné de sujets mythiques des grands personnages de l’histoire du monde. Il est connu pour ses nombreux romans à succès dont « La Bouboulina » édité en1993 et qui est réédité en Juin 2018 dans une belle collection illustrée qui nous renvoie à ce fantastique personnage qui a existé : Lascarina Bouboulina.
Née en 1771 elle fut une grande figure héroïque lors du soulèvement du peuple grec contre leurs oppresseurs de toujours, les Turcs. Aventurière dans l’âme malgré ses six enfants plus ceux d’un de ses maris, pirate, maîtresse-femme, amoureuse de liberté surtout, rebelle toujours, mais résignée parfois par la convoitise des hommes. Elle traverse une vie de tueries et de guerres fratricides que l’auteur nous livre à grand renfort de scènes dramatiques et passionnées.
D’une écriture flamboyante l’auteur nous emballe encore une fois dans le drame romanesque dans lequel il a l’art de se déplacer.

 

Six-Fours
Henry-Jean SERVAT, Fidèle à leur souvenir…

D

Jérôme Levy, qui organise chaque année « Les entretiens de l’été » à Six-Fours, en invitant des auteurs renommés à rencontrer le public, a eu beaucoup de mal avec ses deux premiers invités, Henry-Jean Servat et Patrick Malakian, puisqu’ils étaient programmées le soir de la finale de la coupe du monde de football avec la France en finale!
Du coup, changement de programme : la soirée fut reportée le lundi. Malheureusement, une mini-tempête l’obligeait à annuler l’événement, alors que les invités arrivaient à Six-Fours.
L’on dut faire contre mauvaise fortune bon cœur mais connaissant Henry-Jean depuis quelques années, suivant ses écrits et ses conférences, il voulut bien m’offrir un moment d’entretien.
Tout comme moi, Henry-Jean est de l’ancienne école des journalistes, qui aiment les artistes, les stars… les vraies et leur est fidèle. Il y a certes de la nostalgie dans cette admiration et cette fidélité mais lorsqu’on évoque les stars d’aujourd’hui, il y en a peu qui peuvent se targuer de l’être et qui feront des carrières comme l’ont fait Jean Marais, Jean Gabin, Danielle Darrieux, Michèle Morgan, Edwige Feuillère…
Nous avons eu cette chance de les connaître et Henri-Jean, évoque toutes ces actrices merveilleuses sous le titre bien à-propos : « Les immortelles » (Ed Hors Collction). Actrices que, c’est vrai, « les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître » mais qui ont traversé des décennies et que les anciens adulaient.
Volubile et intarissable, il a un talent unique de conteur et il écrit et raconte avec une aisance et un vocabulaire choisis que nombre de journalistes d’aujourd’hui pourraient prendre en exemple.

A B

Henry-Jean, comment es-tu venu à t’intéresser à ces actrices ?
Au départ par hasard. J’étais étudiant aux USA, j’y avait pour copain le prince Albert de Monaco puis je suis rentré à Paris où je m’ennuyait ferme.
Un jour, je reçois par hasard une invitation d’un type un peu particulier qui organisait dans une villa un après-midi consacré aux vieilles stars et entre autres à Gaby Morlay dont on évoquait les vingt ans de sa disparition. Je m’ennuyais tellement que je suis rendu à l’invitation, à Bougival. Arrivé là, me serais cru à la cour des miracles, l’ambiance y était dantesque et je décidai de ne pas m’attarder, lorsqu’on me demanda d’écrire un article pour le Figaro, étant donné que n’était venu aucun journaliste. Je pensai plutôt à Libération qui accepta et qui m’octroya trois pages pour parler de ces actrices oubliées et de Gaby Morlay. Ca a marché, du jour au lendemain je devenais la starlette de Libération ! J’étais invité partout.
Ca aurait pu s’arrêter là ?
Oui mais il se trouve que comme ça avait marché, on me proposa d’en faire d’autres. Et j’ai continué.
Et ce livre, comment est-il né ?
Lors du décès de Danielle Darrieux, Bénédicte Dumont, chef du service documentation de Libération me demande d’écrire un article et me dit, par la même occasion, avoir retrouvé mes anciens papiers et qu’en les relisant, elle a été émue. Elle avait alors eu l’idée de les réunir pour faire ce livre. C’est vrai que beaucoup étaient tombées dans l’oubli mais il y avait tellement de souvenirs émouvants que j’ai eu envie d’aller plus loin en y ajoutant des d’autres souvenirs comme celui où je fis se retrouver Arletty avec Marcel Carné, rencontre émouvante car elle vivait dénuée de tout mais avait toujours ce même rire et leurs retrouvailles furent un joli moment.
Tout comme mes rencontres avec Michèle Morgan qui, devenue aveugle alors que ses yeux avaient fait sa gloire, je venais chez elle lui lire des livres. Son seul plaisir était de suivre la série « Plus belle la vie ».

C

Tu as toujours beaucoup d’émotion à parler de ces artistes…
J’aime raconter et j’ai vraiment l’amour de ces femmes-là que j’ai eu la chance de rencontrer, pour la plupart. Ce sont pour moi de magnifiques souvenirs. Et puis c’étaient des gens qui avaient du talent, du panache, de la classe. Difficile auoud’hui de retrouver ça !
Est-ce que tous ces portraits sont exhaustifs ?
Non, je pourrais en faire beaucoup d’autres tant j’ai rencontré de femmes sublimes, comme Claudia Cardinale, Brigitte bardot… A propos de Bardot, je peux avouer que c’est elle qui m’a libéré sexuellement et j’ai plus appris avec elle qu’avec Kierkegaard ou Schopenhauer ! »
Tu viens de rencontrer Patrick Malakian, fils d’Henri Verneuil… Tu dois avoir des souvenirs avec un tel réalisateur qui a fait tourner les plus grandes stars ?
Il y a justement beaucoup à dire sur Verneuil, qui fut un très grand réalisateur populaire, qui fait partie du patrimoine du cinéma français et qui pourtant fut contesté toute sa vie par l’intelligentsia, qu’on a méprisé tout simplement parce qu’il était populaire et qui faisait d’énormes succès au box office. On le considérait comme un réalisateur « commercial ». 35 films et presque autant de succès. Il avait un véritable talent de conteur qui captivait le public.
Pourtant il n’a jamais été reconnu par le métier et lorsqu’on lui a décerné un César d’honneur en 96, c’est à peine s’il a été applaudi. Lorsqu’à Cannes il s’est retrouvé en compétition avec Godard, on a crié au scandale. Pourtant, lorsqu’on a demandé à Gordard qui il aurait aimé être, il a répondu : Verneuil !

Propos recueillis par Jacques Brachet

 

NOTES de LECTURES

Jamet

Nicole JAMET : L’air de rien (Ed Albin Michel – 342 pages)
Ça démarre très fort : deux vieilles dames, Luce et Chirine, viennent d’assassiner un homme.
Pourquoi ? On le saura… mais pour cela, il faudra attendre un grand moment.
Le temps de remonter à l’enfance de Luce, gosse abandonnée et « récupérée » par une abominable fermière qui la maltraite, l’humilie et lui fait faire toutes les corvées. Jusqu’au jour où elle s’échappe et découvre un monde en guerre (la dernière) où elle réchappe d’une frappe aérienne, recueillie par Germaine, une blanchisseuse au grand cœur et où elle trouvera, entourée de ses employées, une vraie famille.
Elle vivra trois amours : le premier, fils de bourgeois déjà destiné à « l’une des leurs », le second, homosexuel refoulé qu’elle gardera comme ami, le troisième, avec qui elle trouvera le grand amour durant vingt ans et avec qui elle aura une fille.
Entre tous ces événements où l’on voit la gamine devenir adolescente puis femme, Luce âgée réapparaît, confrontée pour son crime à la police qui n’arrive pas à lui faire lâcher un mot sur son mobile et sur sa vie. Elle ne demande qu’à être emprisonnée pour passer l’hiver au chaud.
Beaucoup de retours en arrière, donc, quelquefois on s’y perd un peu mais on est à chaque moment tenu en haleine par cette vie exceptionnelle de Luce et puis… on veut savoir le pourquoi du comment, comment son amie d’enfance, Chirine, disparaît pour mieux revenir, une fois âgée. Que lui a fait cet homme qu’elle a tué ? Pourquoi n’avoue-t-elle rien et ne se remémore sa vie qu’en pensée ? Pourquoi ne veut-elle ou ne peut-elle revoir sa fille ?
A chaque détour de l’histoire, une pièce du puzzle se met en place et se construit peu à peu.
Nicole Jamet, qui a beaucoup écrit pour des séries télé on s’en rend compte, monte ce roman à suspense très cinématographiquement car c’est vraiment une saga, la saga de Luce héroïne courageuse, pugnace, qui se relève de tout et dont la vie… est un roman et à chaque fin de chapitre un suspense.
Roman superbement écrit, ni thriller, ni polar, ou tout à la fois, plutôt un portrait d’une fille d’après-guerre qui s’émancipera de tout, luttant et fonçant comme un petit taureau. La scénariste nous prouve ici ses talent de romancière, son imagination fertile qui fait qu’on ne lâche pas l’affaire jusqu’aux dernières pages.

Dedeyan © Bruno Klein LEDUN Marin cop F Mantovani GALLIMARD

Marina DEDEYAN : Tant que se dresseront les pierres ( Ed Plon – 558 pages)
Dans son dernier roman, Marina Dédéyan, bretonne de naissance et de cœur nous emmène sur son territoire, revisiter l’histoire d’un peuple viscéralement épris d’indépendance.
Sur ces terres, en 1942, une famille et un château.
Chez les de Kermor on attend l’arrivée de Véra Ostrovsky, originaire de Saint Pétersbourg. Celle-ci, sollicitée en qualité d’aide soignante, va prendre soin du patriarche, Yves de Kermor veuf et hémiplégique, alors que ses trois fils adultes se sont éloignés en raison de leurs engagements respectifs.
Les jumeaux, Denez et Henri ont été mobilisés en 1939 ; Goulven, en charge du haras, sera donc chargé d’accueillir la jeune femme au château.
La France est occupée, les nazis omniprésents, alors que des réseaux s’organisent autour du Front de Libération de la Bretagne. Rien n’est bien clair cependant ; faut-il s’allier à l’ennemi pour obtenir une autonomie ou revendiquer une indépendance face à la France et lutter pour reprendre son territoire ? Chacun des frères poursuit un idéal soucieux de préserver l’élan de liberté dans lequel il a été élevé.
Mais l’Obersturmbannfürer Hagen, s’immisce insidieusement dans leur quotidien…
Pour le lecteur, l’Histoire se déroule autour du destin de cette famille. Précédé d’un prologue daté du 7 août 1932 alors que le monument commémorant le quatre centième anniversaire de l’union, (ou l’asservissement ?) de la Bretagne à la France vient d’être détruit par une bombe, le roman s’étoffe autours des choix, des confrontations, des déchirements, des individus.
Un récit passionnant sur une musique d’Alan Stivell avec un peu de Kouign Amann et un verre de Chouchen.
L’épilogue, vingt cinq ans après nous rassure quant aux choix des membres de cette famille. Tous ont vécu leurs rêves et transmis un héritage… avec un peu de sang russe aussi.
Si les presque six cents pages de ce roman peuvent impressionner, la lecture en est très facile. Le style s’impose avec rigueur, mais l’écriture fluide, et les dialogues rapportés rendent le texte accessible. Nous apprenons beaucoup sur l’époque et sur les revendications de ce peuple héritier de la chouannerie sans jamais nous lasser.
A connaître.
Marin LEDUN :  salut à toi, ô mon frère (Ed Gallimard série noire – 276 pages)
Cela commence comme un roman noir : Trois voyous dévalisent un bureau de tabac, blessent le buraliste qui se trouve dans un état critique. Deux des voyous sont cagoulés tandis que le troisième est à visage découvert. C’est un adolescent que la police soupçonne de trafic de drogue car Gus est colombien mais que sa famille adoptive affirme si naïf que » n’importe quel esprit retors peut n’en faire qu’une bouchée ».
A partir de là le polar se transforme en chronique de la famille adoptive pour le moins originale. Les parents, Adélaïde et Charles ont deux enfants biologiques Pacôme et Rose, et ont adopté deux adolescents venant d’un orphelinat de Bogota Gus(tave) et Antoine et enfin Camille « reine colombienne parmi les reines colombiennes ». C’est Rose, 21 ans qui relate cette chronique, la famille regroupée autour d’’Adélaîde met tout en branle pour le retrouver avant la police ce qui est prétexte à d’amusants portraits de personnages, aux échanges très vifs et cocasses entre Adelaïde et le commissaire Boyer, à une satire de la société qui ne voit dans l’adolescent qu’un chef de cartel colombien
Enfin, conte de fées moderne, tout se termine bien tandis que Rose la jolie narratrice, a séduit le jeune inspecteur sommé de démissionner s’il veut rentrer dans la tribu.
C’est un ouvrage facile à lire, souvent amusant, une satire de roman noir totalement improbable.
Toutefois même si c’est souvent drôle, on peut se demander pourquoi l’auteur se croit obligé de multiplier les références littéraires, musicales, cinématographiques, que seule la tribu comprend à la différence de la police, forcément inculte !

preston MICHAUX A copyright Anton Lenoir

Douglas  PRESTON : La cité perdue du dieu singe, (Ed Albin Michel –  380 pages)
(traduit de l’anglais par Magali Mangin) 
« La cité perdue du dieu singe » est l’œuvre d’un journaliste au New-Yorker et au National Geographic, Douglas Preston, qui raconte l’expédition qu’il a couverte pour son journal dans le nord du Honduras. Depuis Cortès, des hommes ont mentionné l’existence d’une mystérieuse cité nommée « cité blanche », bâtie par une civilisation précédent les Mayas.  Une équipe de télévision est partie avec une nouvelle technologie, le lidar, qui permet de cartographier une région au moyen de lasers capables de traverser la canopée, même de « lire »  ce qui se trouve sous près de cinq mètres de sable.
Avec des archéologues et d’anciens de la S.A.S., l’équipée s’est plongée dans la forêt vierge de la Mosquitia, vaste étendue inexplorée et des plus hostiles. Au milieu de serpents, de jaguars, de milliards d’insectes porteurs de maladies mortelles, Preston et ses compagnons découvriront non pas une mais plusieurs cités. Crées par une civilisation complexe et élaborée qui aurait disparu vers 1500 et dont on ne sait rien.  Ils en reviendront avec une maladie parasitaire, proche de la lèpre, et les railleries du milieu universitaire.
Témoignage d’un aventurier intrépide. Histoire vraie. Elle fait réfléchir le lecteur à l’heure où la mondialisation et le réchauffement climatique menacent de condamner notre monde au sort tragique de cette cité mystérieusement disparue
Il semble que ce livre très bien documenté avec cartes et références nombreuses, intéressera d’avantage archéologues et ethnologues.
Agnès MICHAUX : Roman noir (Ed joëlle Losfeld¨-  234 pages)
L’action est située dans un futur anticipé d’une petite ville côtière sans doute méditerranéenne, où se côtoient jetsetteurs et énergumènes du cru. Alice Weis jeune auteure en panne d’inspiration après un premier roman, vient chercher un nouveau thème dans cet univers baroque. Choisissant de tenter le destin elle usurpe, la place d’une autre auteure attendue à l’aéroport, s’installe dans son quotidien, croisant cette faune pseudo-intellectuelle faisant florès dans ces lieux privilégiés. En parallèle, une jeune femme, retrouvée morte noyée, fait qui va interpeller et intervenir  le chef de brigade, va rapprocher ces deux personnages et créer un monde de duplicité et de digression sur la légitimité, l’imposture de la création.
Que dire de ce roman écrit par une animatrice d’atelier d’écriture sinon qu’il est profondément indigeste par son écriture même. La ponctuation d’abord prolixe en virgules, d’une part plutôt mal attribuées ou encore totalement absentes, rendent les chapitres essoufflants.
Le vocabulaire extrêmement recherché et même tellement spécifique nous fait perdre le sens des mots. Nous sommes dans une période futuriste que peut être mon âge ne permet d’appréhender mais ce roman est d’une extrême insipidité.

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Yahia BELASKRI : Le Livre d’Amray ( Éd Zulma – 144 pages)
Un roman court, écrit d’une plume alerte, originale et riche qui laisse passer un souffle d’énergie et d’optimisme, voilà qui peut inciter à lire ce dernier roman d’Yahia Belaskri.
Sans jamais citer son pays d’origine, l’Algérie, l’auteur nous fait partager un chant d’espoir alors qu’il se penche sur son passé.
Lui, Amray, qui a grandi « dans l’amour inconditionnel de sa mère », un « amour sans mots », s’épanche sur ce qui a fait sa vie. Il évoque Kahina, son aïeule dont il est le descendant sans concessions et Augustin son père, mobilisé et intégré dans un bataillon de spahis pendant la Grande Guerre, et aussi, Mma, sa mère, mariée à treize ans. Une vie dans  « »la promiscuité et le dénuemen »» partagée avec ses sept frères et sœurs mais une vie « faite d’éclats de rire, de connivences, et d’entraide », précise -t-il. Par ce qui lui a été transmis, il est Amray « amoureux du monde et de ses mystères ».
Force est de constater cependant que la brutalité et la cruauté ont tissé l’histoire de son pays. Guerre, dictature, désespoir. Son quartier s’est retrouvé ceinturé de barbelés ; à dix huit ans, il fuit cette période tourmentée. Sa mère le conforte dans sa décision : » le monde a changé, mon fils, je comprends que les choses évoluent, mais pas ainsi ; pas au point où le frère tue son frère ». Tous les intégrismes sont condamnables.
S’ensuivent des pérégrinations. Il est éloigné de ses amis, le fidèle Ansar, et Octavia, « son utopie ».
Mais Amray est du sang de ceux qui aiment la vie et la célèbre ; il évoque Saint Augustin, tout comme Abd el Kader dont il loue, la fière allure et l’humilité. Il est de ceux là, nous dit-il et s’accroche à ses rêves.
Poète, Yahia Belaskri convoque alors les vents, tous les vents d’Algérie. Il s’adresse au chergui, chargé de sable, au gharbi qui amène la pluie, au sirocco et sa chaleur et aussi au simoun qui tournoie de toute part.
Le texte se termine en apothéose sur cette dernière affirmation : « Le poète fait corps avec le vent pour approcher le mystère de la vie et recevoir la beauté du monde ».
Un roman à la portée universelle.
Patrick PECHEROT–Hével : Série Noire (Ed Gallimard – 209 pages)
Janvier 1958, à bord d’un camion fatigué, dans le Jura, Gus et André chargent et déchargent des cageots de ville en ville. Alors que la guerre d’Algérie fait rage, dans cette région, on en sait que ce que la TSF veut bien en dire, elle n’est que suggérée et le pays est divisé.
2018, Gus se confie à un écrivain venu l’interroger sur un meurtre oublié depuis soixante ans. Mémoire et mensonges s’entremêlent.
Roman noir, triste sur les laissés pour compte, sur la guerre, les rêves brisés.
Difficile d’accrocher au style de l’auteur ainsi qu’à son écriture argotique.

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Tatiana de ROSNAY : Sentinelle de la pluie (Ed Eloïse d’Ormesson – 359 pages)
La famille Malegarde a le projet de se réunir à Paris pour fêter les soixante-dix ans du père, arboriste renommé, afin d’évoquer ensemble ce tournant de sa vie. Son épouse Lauren prépare cet évènement depuis deux ans, aujourd’hui la famille est prête et c’est le rassemblent malgré les pluies diluviennes qui s’abattent sur la capitale. La fête commence malgré l’atmosphère inquiétante et tous sont attablés dans un grand restaurant lorsque le père s’abat au milieu du repas victime d’une crise cardiaque Départ précipité vers un hôpital pour le père accompagné de son fils, tandis mère et fille rentrent à l’hôtel où Lauren s’alite vaincue par la fièvre. De là vont s’enchainer une série de désastres. La fille se débat au chevet de sa mère entre un mari alcoolique et un passé douloureux, tandis que le fils, affrontant les pires péripéties d’un Paris inondé et d’un hôpital évacué, essaie de maintenir un lien. C’est dans la crise que les cœurs se lâchent et c’est l’aveu pour chacun des faiblesses passées et les drames vécus que chacun avait tu, jusque là ou enfouis dans leur inconscient.
Roman dense par la profondeur des sentiments évoqués, du passé poignant, qui ressurgissent mais qui finissent par submerger le lecteur vaincu par tant de malheurs.
Toujours magnifiquement écrit par une auteure qui n’a plus à faire ses preuves et qui exploite à merveille l’atmosphère dramatique du Paris submergé et des douleurs humaines
Luc  CHEN. Ma vie vouée à l’intégration. Témoignage (Ed Panthéon –  84 pages)
Ce français, d’origine chinoise, raconte le choc de son arrivée dans ce nouveau pays qu’est la France (arrivée directe en avion Taïwan-Paris).
En 1970 la population n’est pas encore habituée à l’immigration.
De l’enfant de onze ans, timide et introverti qu’il était, il est devenu un homme ouvert et volontaire, un adulte prématuré, sans oublier ses origines. Il a livré un combat de tous les jours avec opiniâtreté et optimisme, avec un moral d’acier et un caractère de béton.
L’intégration de l’auteur s’est faite aussi par sa capacité d’être à l’écoute des autres, à l’aptitude  d’assimilation et à la facilité de se fondre parmi les autres, des qualités indispensables pour toute intégration.
Son témoignage est très touchant. Le lecteur ne peut être qu’admiratif devant cette volonté à devenir français par tous les moyens et à aimer la France.

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Gérard Estragon : L’illusion du châtiment (Ed des Bords du Lot – 239 pages)
Dans le Limousin durant la secondaire mondiale, un groupe de jeunes gens résistants sont faits prisonniers par les allemands transférés dans un centre de torture commandé par un français, repris de justice et qui torture pour le plaisir, avec de nombreuses innovations pour faire parler les résistants, Marcel capturé avec son groupe s sera torturé mais échappera à la mort par miracle
Après la guerre, marié, deux enfants, il devient instituteur puis directeur d’école mais il vit avec cette obsession : puisque le bourreau s’est enfui, il le traquera et accomplira ce que le justice n’a pas su faire. Longtemps retenu par son épouse et son frère pour qui le passé n’a plus de sens il attendra d’être veuf pour accomplir sa mission
Histoire assez classique de la victime devenue bourreau mais Marcel, personnage attachant, va peu à peu se découvrir et s’apercevoir qu’il a vécu dans le passé, sorte de voyage initiatique à l’orée de la vieillesse. Le lecteur s’interroge également sur la question reconnaîtra t-il son bourreau ? Et ira-t-il jusqu’au bout ?
A travers ce roman on se rend compte à quel point cette période de la résistance est resté profondément incrusté dans la mémoire collective et suscite encore des interrogations et des réflexions sur la résilience et le pouvoir d’oubli. Bien écrit, le récit alerte nous tient en haleine et éveille en celui qui l’a vécu des moments intenses et dramatiques qui ne s’oublient pas.
Hubert HADDAD :  Casting sauvage (Ed Zulma – 157 pages)
Pour raconter le roman « La Douleur de Marguerite Duras », Damya est chargée de trouver une centaine de figurants squelettiques. Des figurants qui pour quelques centaines d’euros accepteront d’être rasés, et revêtus de pyjamas informes sous une forêt de projecteurs.
Damya, future danseuse étoile a été une des nombreuses victimes du 13 novembre à Paris, une balle a déchiqueté son genou. Désormais la Galatée du ballet a perdu ses ailes et de nuit comme de jour arpente les quartiers de Paris comme la salle de Pas Perdus de la gare St Lazare, les boulevards Haussmann, Poissonnière, Clichy, Pigalle, toujours à la recherche de silhouettes mortifères et aussi de celui qu’elle a aimé un soir et qui lui avait donné rendez-vous au café le soir de l’attentat. Car pour Damya, c’est le grand blanc, sa vie a basculé, un grand trou noir l’empêche de respirer.
La multitude d’êtres anonymes sont autant d’étoiles anonymes, ainsi Amalia l’anorexique qui rêve d’être actrice et entretient sa maigreur au-delà du supportable, Mateo seul à bord de sa péniche face à la sculpture de sa bienaimée disparue, Egor à l’origine de ses rêves évanouis qui avait trouvé en Damya sa Galatée, le jongleur filiforme à face de Pierrot qui l’éblouit par la puissance d’envolée d’un grand jeté et la centaine d’autres êtres débusqués et qui se retrouveront sur un plateau de cinéma.
Les attentats du 13 novembre ont inspiré de nombreux auteurs, Hubert Haddad écrit pour tous ces êtres blessés, il parle de cette douleur si bien dépeinte par Marguerite Duras, une douleur qui accompagne, s’insinue, s’impose et que chaque être doit combattre et maîtriser.
Un roman qui frappe le lecteur par son actualité mêlant une merveilleuse déambulation, même claudicante, à travers Paris, la plus belle ville du monde.
Olivier Seigneur : La marquise des poisons (Ed Plon – 455 pages)
Gabriel Nicolas de la Reynie lieutenant de police responsable de la sécurité de Paris est chargé par le Roi Louis XIV d’enquêter sur cette affaire d’empoisonnements et de sorcelleries qui stagne sur Paris. Il doit coordonner un grand procès destiné à débarrasser la cour de ces horribles sorcières tout en préservant La Marquise de Montespan favorite toute puissante du Monarque. Elle a donné au Roi plusieurs bâtards qu’elle espère bien placer en haut- lieux pour régner le moment venu la Reine peinant à procréer et ses enfants périssant en bas-âge. C’est donc l’envers du décor de la cour de Louis XIV et l’exploration des bas-fonds de Paris que nous allons découvrir pleins de traitres de parjures, de fabricants ou de revendeurs de potions magiques et de poisons. Notre lieutenant de Police donc parviendra résoudre complots et trahisons tout en ayant lui-même un lourd secret à cacher.
L’intrigue policière est minutieusement menée et sur de multiples plans alors que le rôle de la Marquise de Maintenon se précise en tant que préceptrice des bâtards du Roi. La résolution des problèmes est certes haletante tout autant que la description des lieux parfaitement évoquée pleine de détails qui donne aux amateurs d’histoire un récit historiquement documenté. Un peu long peut être mais si vivant par la multitude des personnages et des péripéties rocambolesques. Très agréable à lire.

NOTES DE LECTURES

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François CÉRÈSA : L’une et l’autre (Éd du Rocher – 220 pages)
« Le couple : mode d’emploi », pourrait être l’autre titre du dernier livre de François Cérésa.
A partir de l’analyse subtile d’une dépression programmée et l’étude des sentiments d’un héros narrateur, la lecture de ce texte incite, en effet, à une réflexion sur l’usure des relations amoureuses.
Le point de vue est essentiellement masculin.
Le héros, Marc Mourier, marié depuis trente cinq ans à Mélinda, porte un regard désabusé sur les six derniers mois qu’il vient de vivre, lorsque le lecteur le rencontre.
Autrefois éperdument amoureux, il reproche à sa femme, trente ans après, de mal vieillir ; elle s’empâte, se laisse aller, fait preuve de désinvolture, nous laisse-t-il entendre. Lui, toujours fringant et désirable, sans nul doute, porte un regard cynique et détaché sur leur relation.
Le couple s’ennuie.
Un soir de Saint Sylvestre cependant, à la faveur d’un bon repas, « l’autre », l’ancienne Mélinda, la jeune serveuse jadis rencontrée dans un Courte Paille sur la Nationale 7, réapparait comme dans un rêve.
Magique, magnifique, irrésistible… l’homme retrouve ses ardeurs ! Mais la métamorphose est de courte durée.
Des projets s’ensuivent néanmoins autours d’une idée commune : réaliser un document sur le thème :  » Lieux géographiques et Production littéraire ou cinématographique »
Sept grands voyages dans l’Europe des Arts, s’imposent : à Capri pour Malaparte, Cabourg pour Proust, Annecy pour Modiano, Bruxelles pour Brel et Hergé, Vienne pour Zweig.
Nous irons aussi en Andalousie et en Belgique sur le tournage de quelque « westerns spaghetti », guidés par les musiques de films d’Ennio Morricone. Sensations enthousiasmantes !
Les Mélinda,  » l’une et l’autre » alternent alors plus régulièrement à la manière d’une gentille farce. Le dépaysement aura eu raison de l’engourdissement du couple. Marc a  enfin repris ses esprits.  Il dit « Dans un couple, on parle de manque. Le manque, c’était moi. »…
jusqu’à la surprise finale.
Dans ce texte, nous sommes soumis à un déferlement de références culturelles racontées avec humour et espiègleries.
Le style est rythmé certes, l’écriture naturelle mais c’est un roman pour cinéphiles !

Jean d’AILLON: Le grand incendie (ED Plon – 447 pages)
Une nouvelle enquête de Louis Fronsac notaire à Paris, enquêteur au service des grands du Royaume de France sous Louis XIV
L’auteur reprend ici son personnage principal dont nous avons déjà connu les mésaventures à travers une quinzaine de romans.
1666 Lla France vient de déclarer la guerre à L’Angleterre quand Louis Fronsac est sollicité par une éminence grise de Londres afin de retrouver le célèbre saphir bleu appartenant aux Stuart. Doit-il accepter ? Doit-il refuser par crainte d’un piège ? Il va accepter aidé de son fidèle Gaston de Tilly, rejoindre Londres où l’attendent de terribles adversaires, sans compter la peste qui fait rage et le terrible incendie qui stoppera le fléau.
Ce roman très documenté, très vivant au vu des détails historiques, des figures emblématiques, des scènes de combats,  est une véritable fresque historique agréable à lire à qui aime l’histoire. On apprend à toutes les pages, on en revoit des pans et on vibre toujours au rythme des aléas réservés à notre héros récurent Louis Fronsac.
Tout en restant très respectueux de l’Histoire il nous fait quand même revivre des détails qu’il aménage un peu à la sauce de ses personnages tel que les causes du départ du grand incendie mais il fallait bien sauvegarder la valeur de son héro principal

Marc TREVIDIC : Le magasin jaune (ED jc Lattès- 324 pages)
En 1929, Gustave et Valentine rachètent un magasin de jouets qui vient de faire faillite, à côté de Pigalle. « Le magasin jaune », tel est son nom, car peint aux couleurs du mimosa, doit rendre le sourire aux enfants.
Hélas le monde change, la guerre est déclarée. Les Allemands sont à Paris. Le magasin jaune sera-t-il préservé de la violence ? Gustave s’y enferme et garde ses secrets. Valentine veut s’en échapper. Et Quinze, leur fille, la mascotte du quartier, s’occupe de la jeunesse.
Leur magasin sera le reflet de leur époque. Ceux qui vont tenter de résister, ceux qui vont se ranger du côté de l’ennemi et ceux qui restent passifs.
C’est le scond roman de l’auteur, ancien juge antiterroriste. Histoire simple, prenante, aux personnages attachants. écrite dans un style limpide pour décrire les caractères des personnages et faire revivre une époque dont l’innocence fut brisée par le retour de la guerre.

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Bernard GACHET : Regards dessinés sur le monde (Ed Actes Sud – 205 pages)
Bernard Gachet est architecte et professeur à l’école polytechnique de Lausanne.
Mais il a d’autres passions : les voyages et les dessins à l’encre. Ses voyages, il les fait en fonction de l’architecture, de l’Histoire, des cultures des pays qu’il traverse. Et comme tous les artistes-voyageurs d’antan, à une époque où n’existaient ni appareils photos, ni caméras, encore moins de tablettes, à chacun de ses voyages, il part avec papiers et crayons, il fait des croquis, dessine tout ce qui l’intéresse et ça donne de merveilleux carnets de route dont il dit : « Je dessine pour tenter de saisir le monde qui m’entoure, à défaut de le comprendre toujours ».
Ainsi nous offre-t-il de belles leçons d’Histoire et d’art, grâce à ses commentaires et à ses croquis de paysages, de villes, de monuments, de scènes de vie et même des plans qu’il redessine, d’églises, de temples, de palais, de chapelles…
Ce sont, ce qu’il appelle « des regards dessinés sur le monde »
Ses dessins à l’encre nous font rêver, ses commentaires sont pleins d’enseignements et d’intérêt.
Cet album, véritable livre d’art et d’histoire, nous fait faire de beaux voyages à travers le monde qu’il a décidé de nous décrire. Et nous le suivons dans ses pérégrination avec un plaisir extrême.

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Philippe  DELERM :  Entrées libres – nouvelles (ED le rocher – 123 pages)
Petit livre de cent vingt et une pages pour trois courtes nouvelles écrites bien avant la publication de « La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules ».
L’envol . Un homme prend son envol après avoir contemplé une aquarelle……
Quiproquo.  Un journaliste, installé dans le Nord où il s’est acclimaté vaille que vaille, est envoyé dans le Sud-Ouest. Il y découvre la chaleur de ses habitants, les paysages du Tarn et Garonne  Avec ce changement de rythme , de vie, il appréciera la douceur de vivre auprès de gens simples et chaleureux en s’impliquant dans une troupe de théâtre.
Panier de fruits. Peinant sur deux romans inachevés, le narrateur devient écrivain publiciste grâce à une trouvaille  jalousée par l’ensemble de la concurrence. En trois mots : « panier de fruits » il lance une campagne pour des yaourts, puis des fromages à pâte molle, des vins d’Alsace… bien sûr accompagnées de gros cachets. Devenu gourmand et débonnaire, enclin à la mansuétude, l’auteur va souffrir d’aigreurs à l’estomac. Drogué du langage concentré, il passe du slogan commercial au journalisme sportif. Lors d’un match de foot à Bastia, avec Faye comme milieu de terrain, il lance une contrepèterie facile mais fort appréciée du rédacteur en chef :   » Bastia en tête, un feu de paille ou un peu de Faye ».
Le fait de passer du roman pur à la compromission alimentaire, malgré tous ces avantages pécuniaires, ne satisfait pas notre homme.  Devenu riche, il s’achète un château romantique  et essaie d’écrire son deuxième roman sur les bancs esseulés de son domaine.
Aura-t-il au moins un lecteur ?
Dans un style alerte et réaliste, l’auteur nous offre de rès belles descriptions du Tarn et Garonne. »Panier de fruits » est une parodie pleine d’humour sur la notoriété qui laisse présager « La première gorgée de bière ».

Adelaïde BON- La petite fille sur la banquise  (Ed Grasset – 252 pages)
Dans ce récit autobiographique, écrit à la troisième personne, l’auteur raconte sa vie après l’agression sexuelle dont elle a été victime à neuf ans dans la cage d’escalier de son immeuble. Bien que soutenue par ses parents elle va vivre des années d’angoisse, des accès de boulimie. Elle parle des défenses qu’elle a érigées pour lutter contre les méduses qui l’envahissent.
Aidée par l’alcool et les drogues elle montre une fausse joie de vivre, jouant à la femme libertine.
Puis elle prend conscience qu’elle a subi un véritable viol et non pas un simple attouchement, lorsqu’après vingt ans de silence on lui annonce que l’homme arrêté et qui l’a violée a fait soixante-douze victimes mineures.
Vient alors le procès aux assises.
C’est un livre qui comporte des passages très durs et qui aidera, sans doute, les milliers de petites filles et femmes violées dans le monde. L’auteur retrace un parcours terrifiant.
C’est un témoignage bouleversant.

Julien SANDREL : La chambre des merveilles (Ed Calmann Levy  – 265 pages)
Un samedi matin, un gamin file, heureux, sur son skate avec sa mère obligée de répondre à un coup de téléphone toujours urgent de son patron. Et c’est la minute terrible où Thomas, sûr de lui et de son parcours heurte violemment un camion. Accident extrêmement grave, opération en urgence, le pronostic est plus que réservé, Thomas est plongé dans un coma profond.
La désespérance de la mère n’a d’égale sa volonté de ramener à la vie ce qu’elle a de plus cher. Elle découvre, caché sous son lit, le carnet de Thomas où est consignée une liste bien étrange d’expériences assez folles à faire absolument. C’est le défi que s’impose cette mère ; elle va vivre la vie de son fils et la lui raconter dans le délai trop court que lui a donné le corps médical peu optimiste. Qu’importe, elle fonce. Aidée de sa mère qui s’impose avec sa forte personnalité de soixante-huitarde, elle va réaliser chacun de ces rêves complètement déjantés de ce fils de douze ans aujourd’hui muet mais qu’elle veut réentendre rire. Ses pas la conduiront ainsi à Tokyo, à Londres, sur un terrain de football pour un stage.
C’est un conte merveilleux, plein de bonheur, de rire sur une toile de fond très grave. Les optimistes y verront de très bonnes raisons d’espérer envers et contre tout; les pessimistes ne verront que les obstacles évidents, mais à choisir, on préfère la version optimiste. Rien n’est jamais simple dans les cas extrêmes, mais l’auteur dont c’est le premier roman dépasse volontairement les invraisemblances pour laisser dominer la joie, l’espoir, le bonheur de vivre et le sourire d’un enfant.

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Claire CHAZAL : Puisque tout passe (Ed Grasset – 196 pages)
On ne présente plus Claire Chazal, journaliste emblématique qui, durant près de 15 ans sur TF1 nous présenta avec classe le fameux journal suivi par des millions de téléspectateurs. Jusqu’au moment où, du jour au lendemain, elle en fut évincée sans tambour ni trompette et surtout sans ménagement et sans élégance.
Retombée sur ses pieds, étant donné son parcours, son talent et son professionnalisme, elle fut vite « recasée » et la voici présentant chaque jour « Entrée libre » sur France 5 où elle excelle pour nous parler de culture et nous offrir de belles interviewes. Nous la verrons aussi bientôt sur France 3 en tant que comédienne dans « Meurtres à Omaha Beach », après s’y être essayée, voici quelques années, chez « Les Cordier père et fils ».
A noter qu’on a aujourd’hui la joie de la voir promue présidente du théâtre Liberté de Toulon.
Et voilà qu’elle nous offre un livre « Puisque tout passe » chez Grasset, titre inspiré d’une phrase de Guillaume Apollinaire.
Ce n’est pas vraiment une bio, même si elle aborde des moments de sa propre vie, mais plutôt des témoignages et des réflexions sur la vie, la mort, l’amour, sous toutes ses formes : de fille, de mère, de femme, du public…
Elle parle aussi beaucoup de la solitude qui lui est autant nécessaire quelquefois que pesante d’autres fois. Celle entre autres que lui a apporté la notoriété, seule parmi tant de gens, cette notoriété faite de joies et de plaisir mais qui peut être aussi pesante. La solitude de la femme en général aussi – car elle passe souvent du personnel au général – la femme bafouée, humiliée, frappée, violée… Etre une femme, qui peut être un atout comme un handicap. Car elle écrit toujours sur le fil du rasoir, dans l’ambiguïté, le paradoxe, pratiquant le yin et le yang (La solitude c’est la liberté mais la liberté c’est être seule).
Très cultivée, elle s’appuie sur des phrases, des réflexions de personnalités politiques ou artistiques, nous parlant de l’âge car elle accepte difficilement de vieillir inéluctablement, d’autant plus lorsqu’on est une femme dont l’image compte et qu’elle imagine le moment où on ne la voudra plus.
Elle nous parle de ses amours, de ses relations compliquées avec l’Amour, avec entre autre de belles pages sur Patrick Poivre d’Arvor et des pages émouvantes sur sa rupture avec Xavier Couture.
De très belles pages aussi sur son fils, l’amour de sa vie, de ses silences, partagés entre un père et une mère séparés. De ces silences qu’elle avait déjà avec son père comme si elle n’osait pas leur dire « Je t’aime ». De ses angoisses lorsqu’il est loin, de sa fierté aussi de le voir se réaliser.
Elle est souvent dans la contradiction , à la fois vaillante et craintive, forte et fragile, battante et pourtant souvent dans le doute. Elle est en fait tout simplement un être humain, une femme mais une femme célèbre, ce qui complique un peu la vie.
Ce livre est écrit avec une grande sincérité, une grande sensibilité et ne peut que nous émouvoir et nous faire mieux comprendre et aimer cette belle femme (malgré ses 60 ans qui la révulsent !) que l’on a pris l’habitude de voir à travers un écran, qui nous est à la fois si familière et pourtant peu connue.

Patrick GRAINVILLE :  Falaise des fous (Ed le Seuil –  643 pages)
En suivant la vie de ce rescapé de la guerre coloniale en Algérie, Patrick Grainville brosse un tableau très complet de la vie sur les côtes de Normandie où sont installés de nombreux peintres séduits par les changements si rapides des couleurs du ciel ou de la mer. La persévérance de Monet face aux falaises de l’Aval et de l’Amont à Etretat, persévérance qu’il ne démentira pas lorsqu’il s’échinera sur les déclinaisons de lumière sur la cathédrale de Rouen, ou les meules ou encore les nymphéas qui l’obséderont jusqu’à sa mort.
Mais si Monet est le champion de l’impressionnisme, le grand Courbet a aussi posé son chevalet en Normandie. Gigantesque figure, c’est l’ogre qui peint les vagues, la tempête sous un ciel violet, sombre, c’est lui qui peint la viande païenne de la vérité, c’est lui qui peint l’Origine du monde, un certain nu profond… sans visage, et c’est lui qui s’engage politiquement dans la Commune et ira faire un tour en prison alors que Monet aspire à dissoudre le monde dans une brume de lumière . Et c’est aussi en Normandie que Boudin peint à l’infini des marines sous le ciel du Havre.
Et si les peintres poursuivent leur tâche infinie, l’Histoire se déroule avec la défaite de Sedan entraînant une revanche à prendre : la mort de Victor Hugo, dont le cercueil sera suivi par plus d’un million et demi de personnes, les foudres oratoires et politiques de Barrès et de Clémenceau, l’affaire Dreyfus faisant l’unité de la France anti-juive, le grand incendie du Bazar de la Charité, l’exposition universelle de Paris avec la marche du progrès comprenant le téléphone, l’aéroplane, l’automobile, le phonographe, le cinématographe, la grande catastrophe minière dans le Nord qui fera plus de mille morts mais réunira sauveteurs français et allemands. Avec le nouveau siècle, côté peinture, Matisse, Derain exposent leurs séjours à Collioure et à St Tropez, Cézanne, ce sauvage génie de la matière qui bâtissait sa montagne sacrée meurt mais pointe le pinceau révolutionnaire de Picasso et de Braque.
L’Histoire ne tarde pas à gronder avec l’assassinat de l’archiduc d’Autriche et le déclenchement de la première guerre mondiale, véritable boucherie de millions de morts, l’arrivée des troupes américaines accélérant la fin de cette hécatombe, mais aussi la chute du tsar de Russie et une révolution menée par un certain Lénine. La paix trop lourde à payer sera signée sur la destruction, une paix que déjà des généraux allemands refusent et qui s’allient avec un petit caporal Adolf Hitler et d’autres nostalgiques prêts à la reconquête du sang social.
Heureusement Monet a pu être opéré de l’œil et finir ses nymphéas, sceller son amitié avec Clémenceau. Lindbergh a fait l’exploit de traverser l’Atlantique en avion.
Le narrateur a lui aussi eu une longue et belle vie et vu de près ce monde des peintres et des modernités.
Quelle magnifique fresque picturale et historique !
Cependant, la surabondance de détails, de vocabulaire, une syntaxe martelante dans l’évocation de la pulsion créatrice peuvent lasser le lecteur.
Roman énorme, gargantuesque qui donne l’envie d’une visite au musée d’Orsay.

Mylène DEMONGEOT : La vie, c’est génial ! (Ed l’Archipel – 236 pages)
On ne présente plus Mylène Demongeot, grande actrice aux multiples rôles qui, à  80 ans passés, continue à avoir bon pied, bon œil, franc parler et caractère bien trempé. Et je l’affirme pour avoir eu à la côtoyer dans tous ses états car quand elle n’est pas décidé… ça se sait très vite !
Ceci dit elle a un charme indéniable, un bel humour et bien sûr un beau talent, sinon il y a longtemps qu’on n’en parlerait plus car, depuis « Les sorcières de Salem » qui l’a faite connaître, à « camping » qui l’a faite découvrir par la jeune génération, elle a été de toutes les aventures cinématographiques de décennie en décennie;
Un jour, tout en tournant, elle a découvert l’écriture et nous a offert de beaux livres comme « Les lilas de Kharkov », « Tiroirs secrets », « Mémoires de cinéma », quelques livres aussi sur les animaux qui ont toujours partagé sa vie.
Cette fois, elle nous offre « La vie, c’est génial » avec pour sous-titre « vieillir sans oublier d’être heureux ».
Évidemment, si elle est toujours belle et dynamique, elle n’est pas dupe que, l’âge aidant, ça ne s’arrange pas et ça n’arrange personne. Surtout, lorsqu’on a comme elle, croqué la vie avec un plaisir non dissimulé, qu’elle n’a pas toujours fait attention à sa santé, aimant boire et manger et se contentant de se préoccuper de son visage et de ses cheveux car lorsqu’on est en gros plan sur l’écran, il faut être belle; et elle l’a prouvé.
Comme beaucoup de femmes, à la quarantaine elle a commencé à grossir et ont démarré les régimes tout azimut pour perdre les kilos en trop… et les reprendre dès le régime arrêté.
Il n’y a hélas pas de potion magique, regrette-t-elle, il n’y a que des docteurs sérieux ou de joyeux zozos !
Du coup, elle part en guerre contre ces régimes inutiles, contre la viande pleine d’eau ou le poisson plein de mercure qu’on nous fait manger, aux aliments bio qui ne le sont pas toujours et qui plus est, sont très chers; elle avoue que les nutritionnistes ont assassiné son plaisir de manger. Jean-Pierre Coffe aurait aimé ce livre !
Et puis elle parle de la drogue, de l’alcool, de l’arthrose, du sexe, des pieds, des dents, des animaux, de la solitude, avec lucidité car « à son âge » on ne se fait plus beaucoup d’illusions et il faut accepter de vieillir tout en gardant énergie et optimisme.
Et en essayant de garder le cap et de ne pas penser au dénouement final. Sans penser à se regarder dans le regard des autres. En vivant pour le plaisir et les petites joies de tous les jours.
C’est un livre qui vous donne la pêche… Et l’envie de continuer à vivre malgré les petits bobos inhérents à la vieillesse… et qui vous disent que vous êtes toujours là  et qu’il faut en profiter !

Bourdeaut 2 Delacomptee_5841 Teulé © Philippe Matsas

Olivier BOURDEAUT : Pactum Salis (Ed Finitude-  253 pages)
Dans ce second roman, l’auteur nous conte une histoire d’hommes, une rencontre tirée par les cheveux, entre un paludier au caractère bien trempé et un agent immobilier. Une amitié entre deux hommes que tout oppose. Jean, ancien parisien, devenu paludier, simple, aimant la nature. Michel, citadin riche, arriviste. Cette rencontre va donner lieu à des situations mouvementées et improbables et des dialogues déconcertants. Ces deux personnages sont radicalement opposés, si ce n’est leur goût commun pour les alcools forts. Henri, le troisième personnage, ami de Jean à Paris est fantasque et lyrique.
A part la belle description des marais salants de Guérande et la description du métier de paludier, le ton du livre qui vire au thriller, est sombre et nous laisse quelque peu déconcerté.

Emmanuelle DELACOMPTÉE : La Soie du sanglier (Éd Jean Claude Lattès – 248 pages)
Forte du succès de » Molière à la campagne », Emmanuelle Delacomtée, nous livre un deuxième roman enchanteur ou nature rime avec ravissement et sérénité.
Ici, nous sommes en Dordogne, en compagnie de Bernard Merlo, le personnage principal de ce roman. L’homme, cinquante ans, célibataire est plutôt rustique. Il vit seul dans un hangar aménagé en résidence. Ses relations avec le village se résument aux parties de chasse aux sangliers qu’il organise, avec circonspection et dans le respect de la législation.
Mais les mauvaises langues vont bon train. Sa différence et sa sérénité dérangent. Certains le provoquent. Il a la sagesse de ne pas tomber dans le panneau.
En fait, Bernard vit au rythme de la nature, en accord avec ses convictions. On dit même qu’il la vénère « comme un Indien ou un Aborigène ». Sa mère, décédée trop tôt, lui a inculqué le respect de l’environnement. Nous apprendrons que c’est une des raisons de sa mésentente avec son père, riche paysan, pratiquant l’agriculture intensive.
Toutes ces qualités ont plu à Isabelle, une jeune infirmière suisse dont il était amoureux. Trop sauvage, trop sensible, trop négligé dans sa tenue abusant de l’alcool et sans vrai projet, il n’a, malheureusement, pas su la retenir.
Les saisons se suivent dans ce roman rural avec des descriptions apaisantes de la nature en Périgord. Avec le chasseur, « nous nous enfonçons dans le règne animal » pour notre plus grand plaisir, jusqu’à cette battue, où Bernard va rencontrer Madame Desfort, veuve, aristocrate, habitant un pavillon de chasse du XVIIIème siècle.
Celle-ci, a retrouvé les lieux de son enfance et s’installe souvent avec un chevalet pour rendre la magie environnante sur ses toiles, avec ses pinceaux en soie de sanglier. Elle est sensible au discours du paysan, à la poésie de son regard, au magnétisme des ses grandes mains masculines. La rencontre est très pudique mais bientôt Madame Desfort, de vingt cinq ans son aînée, deviendra Marie…
L’histoire est jolie, le style subtil, le récit prend son temps, tout comme la Dordogne. Les descriptions nous ravissent ; le lecteur entend le loriot, le coucou, il sent le bolet au milieu des fougères, les vesses de loup sous les genêts.
C’est un bain de ruralité, pour notre plus grand plaisir.

Jean TEULE : Entrez dans la danse  (Ed Julliard – 154 pages)
Transport dans le temps avec l’immersion du lecteur au cœur d’une sarabande dans la cité strasbourgeoise au XVIème siècle. Le peuple, saisi d’une véritable crise de gesticulations, parcourt la ville et la campagne dans une danse effrénée où se perpétuent moult actes de folie : Infanticide, copulation débridée, tout et tous y passent. L’occasion pour l’auteur de critiquer les médecins, le clergé, les édiles, les commerçants ou le petit peuple ne sachant plus se contenir, profitant de cette danse pour relâcher leurs instincts les plus bas, les actes les plus vils. Tout est bas, sale, grotesque et raconté d’un ton paillard, débridé et moderne à la fois, incluant des apports très modernes contribuant à déconcerter le lecteur.
Dans cet intermède historiquement véridique l’auteur s’est amusé, c’est certain, on y ressent une jubilation mais le lecteur perd un peu pied parfois tellement il est malmené. Des avis très partagés certainement car le talent de conteur de jean Teulé n’est plus à démontrer

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Yasmina KHADRA : Ce que le mirage doit à l’oasis. (Ed Flammarion – 192 pages)
Illustré d’œuvres de Lassaâd METOUI.
Yasmina Khadra se fait conteur en dialoguant avec le désert pour lui déclarer sa flamme, lui raconter son enfance, sa famille, sa vie et ses débuts d’écrivain de façon très poétique.
Héritier d’une lignée de poètes et de théologiens implantée au nord-ouest du Sahara algérien, l’écrivain est né aux portes du désert à Kenadsa. Enfant il entend raconter sa légende par sa mère analphabète et poète. A neuf ans, il est ravi à celle-ci pour être formé à la redoutable école militaire des cadets. Adulte, il arpente en treillis cet univers aride pour des manœuvres puis pour traquer les terroristes du G.I.A. (Groupe Islamique Armé). Entre deux missions, il fait retraite sous les rochers cathédrales pour trouver la paix et l’énergie d’écrire ses premiers romans clandestins.
Dans la nudité des lieux, en suivant ses règles strictes, l’homme apprend à « décoder de quoi habiller son âme et à épurer son esprit » en posant des questions de simples mortels vaniteux et cruels. Car  ils sont en train de le massacrer ce désert, don du ciel !
D’une écriture fluide, poétique et philosophique, l’auteur mêle sa plume orientale aux magnifiques calligraphies de Lassaâd Metoui.
Superbe livre à offrir.
(carte et lexique des mots du désert).

 

 

 

 

 

 

 

NOTES de LECTURES

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Olivier ADAM : Chanson de la ville silencieuse (Ed Flammarion – 217 pages)
Une jeune femme déambule dans les quartiers touristiques et pittoresques de Lisbonne.
Que cherche-t-elle ? Elle cherche un père qui, délibérément a laissé au bord du Rhône voiture, vêtements, mais pas de billet d’adieu. Suicide ou disparition volontaire, comment faire son deuil d’un père qu’elle a côtoyé, mais l’a-t-il connue, se sont-ils jamais connus ? Difficile d’être la fille du chanteur rocker qui enthousiasmait les foules, ne vivait que par et pour la musique.
Une vie de concerts à travers le monde et un point d’ancrage dans cette grande maison en Ardèche où une surenchère de musique, d’alcool, de drogue succédait à des moments de grand calme, de repos, de retraite. Une maison où alors petite fille, elle circulait sans bruit, protégée par un couple de paysans, gardiens au grand cœur. Une petite fille silencieuse connue de tous, si discrète que les amis du père toujours plus nombreux, car vivant souvent aux crochets d’un homme généreux, envahissaient jusqu’à sa chambre et même son lit quand ils étaient trop souls pour trouver un lit vide. Et cette petite fille aujourd’hui cherche son père que des amis ont cru apercevoir jouant de la guitare sur les places de Lisbonne. Car si la mère n’a jamais assumé son rôle de mère, le père a assuré de très gros revenus en investissant dans l’immobilier parisien et l’obligeant à suivre ses études à Paris dans les meilleures conditions.
L’écriture de ce nouveau roman d’Olivier Adam est à l’image de la couverture, tant de douceur, de délicatesse, de mystère dans ce visage de jeune femme. Le rythme des phrases fait penser à un très beau et long poème, joliment amené par une chanson de Jean-Louis Murat en première page, un chanteur compositeur en harmonie avec ce petit bijou d’écriture qui laisse le lecteur délicieusement au-dessus du sol.
Oui, le lecteur plane, c’est magnifique (Ph D ignazerder)

Gabrielle TULOUP : La nuit introuvable (Ed Philippe Rey -160 pages)
Dès les premières lignes on comprend qu’on rentre dans un monde béni de la belle lecture et de moments intenses.
L’histoire est assez banale, celle d’un jeune homme éloigné par choix de sa famille, par besoin de mettre de la distance entre une mère peu accueillante et les souffrances de n’avoir pas été aimé.
Soudain le contact se rétablit avec difficulté par l’intermédiaire d’une voisine qui joue les intermédiaires et lui remet des lettres écrites par sa mère, à un tournant de sa vie, lui en dévoilant toutes les facettes.
C’est alors le bonheur des mots, la sensation intime des découvertes diffusées au compte-gouttes et qui révèle une expérience qui dépasse le cadre de la lecture. C’est l’approche de l’indicible face au désarroi et l’absence de l’être aimé.
Un très beau premier roman où tout est bien choisi, tant les mots pour le dire que la calligraphie et la page de couverture

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Claire BEAUCHART : Ambitions assassines (Ed le Rocher – 150 pages)
Une couverture attrayante, un titre prometteur, l’histoire démarre fort pour ce petit livre où l’on découvre d’emblée le décès d’une jeune actrice par accident au cours du tournage : un gros spot choit et l’écrase !
Mais est-ce vraiment un accident ?
La jeune journaliste qui suit l’évènement nous entraîne dans les coulisses de ce monde politico-médiatique puisque l’actrice était la maitresse d’un homme politique sur le point d’être élu à un poste très en vue.
L’histoire est bien menée, bien écrite, avec des retours sur la carrière de l’actrice et des recoupements avec les ragots du monde de la nuit. En fait peut-être pas très énigmatique car on perçoit assez vite les tenants et les aboutissants du scénario.
Un bon début peut-être. A suivre.

Einar Mar GUDMUNSSON : Les Rois d’Islande (Ed Zulma – 327 pages)
Les Knudsen, quelle famille !
Des générations de marins, des hommes prêts à affronter les tempêtes, les faillites lors des coups du sort, mais des hommes qui dès leur retour sur la terre ferme retrouvent leur femme, ou celle des autres ça peut arriver, mais surtout des hommes prêts à boire. Oui, on boit beaucoup chez les Knudsen, jusqu’à être ivre mort, il y aura toujours une bonne raison pour se saoûler.
Rien n’arrête le clan Knudsen, même les plus hautes fonctions sans le moindre diplôme, il suffit d’être convaincant et pédagogue et les voilà sûrs de remporter la médaille Fields ! Les femmes légitimes sont toutes extraordinaires, les enfants aussi, il y a bien quelques trublions mais ils retombent toujours sur leurs pattes, même après un petit passage en prison.
L’auteur profite de cette immense famille aux noms bien compliqués pour écrire un chant à la gloire de l’Islande, depuis sa dépendance au royaume du Danemark jusqu’à aujourd’hui maintenant république membre de la communauté européenne.
Un roman truculent, bourré d’anecdotes fantastiques et toujours plus qu’arrosé ; un roman où le héros Arnfinnur peut être artificier de génie, enseignant, armateur, marin, chauffeur de taxi, humoriste, guitariste et, cerise sur le gâteau, posséde une magnifique chevelure à faire pâlir les chauves de jalousie !
Ce roman peut rebuter le lecteur peu habitué aux sonorités étranges de la langue irlandaise, mais l’auteur s’amuse et nous avec. De rebondissement en rebondissement, on arrive à la dernière page, heureux d’avoir lu une radioscopie humoristique et bienveillante d’un peuple particulier puisque vivant sur une île, mais un peuple aimant la vie plus que tout.

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Annie DEGROOTE : Nocturne pour Stanislas (Ed Presses de La Cité – 320 pages)
Publié dans la collection Terres de France des Presses de la Cité
Le dernier roman d’Annie Degroote se veut comme il se doit, roman de terroir sous fond historique
Originaire des Flandres, l’auteure, au travers d’une saga familiale dont elle a le secret, va mettre à l’honneur les gens du Nord, leurs origines et leur histoire. Elle évoquera ainsi les grands bouleversements qui ont marqué cette région au cours du XXème siècle.
Nous sommes à Lille.
Le prélude, « Venez ce soir, vous y entendrez Chopin » sous forme d’un mot glissé sous une porte, nous invite à la suite d’Anne Sophie Koslowski, dite Hania, à nous rendre à la résidence Berriez, château d’un couple de grands bourgeois industriels.
L’invitation est mystérieuse et inattendue ; Hania issue d’un milieu ouvrier à Douai, vient de s’installer à Lille pour y poursuivre des études. Elle n’a pas de relations dans ce milieu.
L’énigmatique proposition servira de fil rouge au roman, tiendra le lecteur en haleine en retraçant tout un pan de l’histoire d’une région de mines et de filatures autour d’une histoire familiale compliquée.
L’essentiel du récit nous raconte l’entre-deux guerres avec l’arrivée de Polonais migrants économiques, leur courage, leur désir d’intégration et le quotidien d’une communauté venue travailler dans le bassin minier. Malgré les silences gênés de certains intervenants, nous reconstituons le destin du grand père d’Hania, Stanislas Dabrowski brillant architecte reconverti en mineur de fond.
La lecture est agréable, le texte facile, les scènes visuellement authentiques, mais très vite nous nous détachons d’une intrigue et d’une filiation tumultueuse au profit d’un document historique de grande qualité.
Nous sommes entrés dans les cités ouvrières, avec des maisons de briques rouges, les corons et les terrils, puis nous avons été sensibilisés à la tradition des textiles et la présence des filatures, nous permettant ainsi de retraverser l’histoire d’une région aujourd’hui sinistrée et délaissée.
A ce titre, ce texte présente un réel intérêt ; nous aurons sans doute oublié l’intrigue mais retenu la parfaite intégration d’une famille d’immigrés dont la petite fille, soixante ans plus tard affirmera : « La France est mon pays, la Marseillaise mon hymne et la Pologne mon rêve ».

Martine Marie MULLER : La Saga des Bécasseaux (Ed Presses de la cité 461 pages)
Publié également dans la collection Terres de France
Entre St Valery en Caux et Dieppe, la famille des du Bois Jusant habite un château construit il y a deux siècles sur une île, au milieu d’un marais. Niché près des côtes dieppoises, c’est un paradis naturel pour les oiseaux, un terrain de jeux, d’émerveillement pour le châtelain et ses enfants.
Dans ce château vit une famille d’excentriques rebelles et fauchés, sorte de « Derniers des Mohicans Normands »  qui va envers et contre tout mener un combat pour préserver son vieux château et ses marais de la vanité humaine et du profit.
Un parachutiste canadien se cache chez eux, durant la seconde guerre mondiale.
Des années plus tard, le maire veut s’emparer des « courtils » seules terres fertiles du domaine. Les Bécasseaux entrent en résistance, aidés par un allié canadien.
Une ode drôle et poétique à la nature et aux irréductibles qui veillent sur elle.
Un seul petit regret : le roman est un peu long.