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NICOLETTA – Hervé VILARD… Ils chantent, ils écrivent

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J’ai rencontré Nicoletta et Hervé Vilard le même jour, je l’ai souvent raconté.
Hervé faisait partie des trois mousquetaires révélations de l’année avec Michèle Torr et Christophe, partis en tournée d’été. Nous étions en 65.
Et puis, dans les coulisses, il y avait une jeune femme joyeuse et heureuse d’être là. Elle était habilleuse d’Hervé et se nommait Nicole Grisoni.
Dès ce moment, nous avons beaucoup ri ensemble sans savoir que quelques mois après, Nicole Grisoni deviendrait Nicoletta.
Hormis avec Christophe qui était toujours un peu à l’écart je suis, dès cette tournée, devenu ami avec les trois autres.
Nous avions le même âge, nous débutions tous (moi, dans le journalisme) et de cette tournée, nous ne nous sommes jamais perdus de vue, malgré le succès de chacun. A cette époque, les artistes ne se considéraient pas comme des stars, étaient abordables et tellement heureux de ce qui leur arrivait.
J’ai donc suivi leurs péripéties, leur succès, leurs tournées, leurs galas, leurs galères et je ne compte plus le nombre d’articles que j’ai pu faire d’eux.
Les décennies ont passé, avec elles leur carrière s’est prolongée jusqu’à ce jour où, hormis Hervé qui a décidé d’arrêter de chanter, les deux chanteuses continuent leur carrière avec des fans fidèles depuis les premiers jours.

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Chacun a déjà écrit sa biographie mais aujourd’hui, hasard des parutions, Hervé et Nicoletta sortent un livre.
Hervé VILARD : «J’ai des attitudes d’hommes mais je rêve encore comme un enfant ».
Hervé en est à son troisième livre, le premier, «L’âme seule», sorti en 2006, le second, «Le bal des papillon», sorti un an après.
Chacun a fait un tel carton qu’aujourd’hui ils sont entrés dans les écoles !
Depuis longtemps il était déjà sur le troisième mais entretemps il y a eu les tournées «Âge Tendre» auxquelles il a fini par participer après avoir refusé longtemps. Mais son amie Michèle Torr a fini par le faire capituler.
Et puis, un peu lassé par le métier, il a décidé de faire ses adieux à la scène en nous offrant un ultime Olympia en 2018.
Et il termine enfin, loin de la foule déchaînée, le troisième volet de ses mémoires : «Du lierre dans les arbres» (Ed Fayard)
C’est un livre triste et nostalgique. Celle d’un homme au crépuscule de sa vie, qui a laissé derrière lui un métier qu’il a adoré mais ne lui convient plus et qui s’enferme dans la solitude du presbytère de son enfance dans le Berry qu’il achète mais dans lequel il se retrouve seul avec son chien, les habitants du village étant méfiants vis-à-vis de «la vedette» qui revient et ne trouvant de la tendresse qu’avec la vieille Simone qu’il va aimer jusqu’à sa mort.
Ce livre est une errance d’un homme désabusé, mal dans sa peau, mal dans sa vie, qui fréquente un monde hétéroclite du show biz à la haute bourgeoisie, des voyous aux personnes de passage, ramenées chez lui les soirs de beuverie. Sexe, drogue, alcool…
Le livre démarre en Amérique Latine où il s’est exilé. Il va y perdre sa compagne et l’enfant qu’ils attendaient dans un accident. Du coup, il revient à Paris retrouver un métier qui l’a oublié mais il va y revenir en force en rencontrant Toto Cotugno qui lui offrira de grands succès : «Méditerranéenne», «Nous», «Reviens», «Venise pour l’éternité»…
Il retrouvera le village de son enfance dans ce presbytère qu’i rachète et rénove, où l’abbé Angrand l’a élevé et a été sa famille de substitution. Mais là encore, il ne se sent pas à sa place, les habitants le boudent, les fans le harcèlent… Il y a Simone et son chien qui le retiennent à un semblant de bonheur.
Et puis il y a des morts autour de lui : sa mère, Blanche, qu’il a retrouvée,
Dalida, Marguerite Duras, des amis très chers, puis Son chien, Simone… «La mort m’agrippe par les cheveux» écrit-il. Il n’a plus rien à faire en ce lieu qu’il revendra.
L’écriture est toujours magnifique, même si le livre est un peu décousu,  e surtoutt très sombre, à l’image de sa vie. Il laisse errer ses pensées qui ne sont pas des plus gaies et l’on sent un homme profondément triste, marqué par son enfance, solitaire, qui n’aura eu en fait de bonheur que sur scène. «Sur scène je me livre, à défaut de me révéler» écrit-il encore.
J’ai souvent rencontré Hervé et l’on avait eu l’occasion de parler de ses deux premiers livres qui avaient eu le succès que l’on connaît et qui lui avaient donné des moments de grand bonheur.

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Hervé, te voilà donc devenu écrivain ?
« C’est un bien grand mot par rapport aux grands écrivains qui existent. Disons que je suis un chanteur qui écrit. Ce virus de l’écriture, tu sais, il y a longtemps que je l’ai puisque, si j’ai pu écrire ce livre, c’est grâce à tous ces cahiers que je n’ai jamais cessé de remplir depuis mon plus jeune âge. Et ça m’a bien servi pour remettre les événements dans leur contexte et avec les dates certifiées Mais j’ai mis du temps à sauter le pas en me posant beaucoup de questions.
Lesquelles ?
D’abord, il me fallait les années, la maturité car écrire sa vie, il faut l’avoir vécue, c’est quelque chose de très singulier et des livres de chanteurs, il y en a des tonnes et tous ne sont souvent qu’anecdotiques avec quelques photos souvenirs au milieu.
Tant qu’à faire quelque chose, je voulais que ce soit parfait et je ne voulais pas « que » raconter ma vie. Je voulais qu’il y ait du ressenti, qu’à la limite, ceux qui ne connaissent pas Hervé Vilard puissent le lire comme un roman. Bien sûr, c’est ma propre histoire mais encore faut-il en faire quelque chose de bien, que ce ne soit pas écrit dans la douleur, que ce ne soit pas larmoyant.
Il fallait donc un temps d’assimilation et puis d’écriture, de réécriture car je suis perfectionniste… il y a quelques métaphores dont je suis content !
J’avoue que j’ai adoré ça.
A tel point que voilà ton troisième ! Comment travailles-tu ?
Je travaille et retravaille dès l’aube, en regardant par la fenêtre. C’est un très bel exercice, un travail sur soi et je prends le recul nécessaire pour écrire et relire mes carnets…
C’est quoi, ces carnets ?
J’ai pris des notes durant toutes mes tournées, mes voyages, dès le départ de  ma carrière. C’était pour passer le temps et puis, je pensais sincèrement que cette période serait éphémère, que je n’en ferais pas vraiment un métier parce que le succès était arrivé trop vite. A force, c’est devenu quelque chose d’habituel, de nécessaire. Et j’ai toujours continué !
Dans ce second volet, il était surtout question de ce succès autour de « Capri c’est fini » et de tes premières tournées… Nicoletta, Michèle Torr, Dalida, tes amies et… Claude François qui en prenait un coup !
Je voulais montrer les deux côtés de ce métier. Faire un parallèle, par exemple, entre Claude et Dalida, liés par les mêmes déracinements, les mêmes problèmes, heurs et malheurs mais dont le comportement était diamétralement opposé. Entre l’idole inhumaine et la femme de cœur. Entre la revanche et la passion du métier et au milieu, le public que l’un bafouait et l’autre adorait. Dalida était une personne humaine, sensible, qui s’intéressait aux gens, qui donnait une chance aux chanteurs comme moi, Mike Brant, Jean-Luc Lahaye. Claude avait un côté inhumain, il traitait  les gens avec qui il travaillait comme des esclaves, il ne supportait pas le succès d’autres chanteurs qu’il voyait toujours comme des ennemis. En fait, il ne pensait qu’à lui. Pour Nicoletta et Michèle, c’est la jeunesse qui nous a réunis et puis la tendresse qu’on se porte toujours.
Aujourd’hui tu as pris du recul avec le métier de chanteur. Comment le vois-tu ?

Comme on le voit tous. Sans humanité. La passion, l’amour du métier ont laissé la place au marketing. On lance une chanson, un artiste, on l’appelle d’ailleurs « produit », ce qui est significatif… Et après, il ne reste plus grand chose.
Les jeunes d’aujourd’hui, pour certains du moins, ont le même désir, les mêmes espoirs que j’avais. Mais moi je me sentais épaulé, j’avais autour de moi des gens qui me considéraient, qui m’aimaient, qui m’aidaient. Alors qu’aujourd’hui on les lâche dès que ça marche moins.
On vit une époque où tout est cloisonné. A la nôtre il n’y avait pas cette ségrégation !
Je me souviens d’une rencontre avec Brassens qui me chantait  «Capri» avec joie, de Brel lorsque j’ai chanté en première partie de son spectacle, qui était là avec son corps, ses yeux… Nous étions à Rio, il y avait 40.000 personnes et je chantais pour Brel. Il m’écoutait avec sa force, sa vérité. Ferré qui était un ange avec Nicoletta… Pour ceux-là, j’ai essayé de m’appliquer toute ma vie
Mais aujourd’hui, tout ça est en moi, avec moi et lorsque j’ai fait mon 13ème Olympia il y avait toutes ces mères qui me portaient et pour certaines… je pourrais être leur père !
Et puis je suis parti à Toronto, Chicago, New- York… J’ai quand même cinq Carnegie Hall à mon actif !… Pas mal non, après tout ce qu’on a pu dire sur moi !… Tant qu’il y aura du linge aux fenêtres, je chanterai pour ces gens et je serai fier d’être populaire.
Il faut se dire qu’on est des élus et qu’on fait le plus beau métier du monde»
Ce plus beau métier du monde, il l’a aujourd’hui occulté pour écrire et vivre sa vie d’homme laissant sa vie d’artiste derrière lui. Et devenir écrivain, même s’il préfère dire qu’il est un «chanteur qui écrit»
«Pour toi, qu’est-ce que ça représente, un livre ?
C’est un objet. Un bel, un magnifique objet. Lorsqu’on le prend, il n’y a plus de barrière entre l’auteur et le lecteur.
Mais tout ce que je te dis, c’est de la littérature. Pour moi, l’important est qu’on soit fier de moi et c’est pour ça que pour moi, remplir un Zénith ne veut rien dire. Ça ne m’intéresse pas. Je ne critique pas ceux qui le font, je n’ai pas à juger mais je préfère faire envie que pitié.
Le petit chanteur populaire a quand même chanté Brecht, Duras, Genet…
Oui et il faut être gonflé pour faire ça, non ? Et pourtant, quoi de plus naturel que de rendre ces gens magnifiques populaires ? De continuer à les faire vivre, à faire vivre leur œuvre ? Ils sont immortels.
Avec ces auteurs, j’ai l’impression d’être allé au bout de mes convictions.
Quel plus beau cadeau que de savoir que mon premier livre devient un sujet du bac, et surtout, qui aurait pu le prévoir ?
Après ça, on peut dire n’importe quoi. Je suis à la fois bouleversé et heureux et je tâche d’être à la hauteur d’un tel honneur.
J’ai des attitudes d’hommes mais je rêve encore comme un enfant « .
Un enfant blessé qui se prénommait René. Et ce René-là l’a suivi toute sa vie.

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NICOLETTA, cinquante ans de passion
Du jour où nous nous sommes rencontrés, j’ai suivi de près la carrière de Nicoletta. Carrière qui alla crescendo avec nombre de succès qui sont encore dans toutes les mémoires, de «La musique», reprise pour le générique de la Star Academy, à «Il est mort le soleil» dont son ami Ray Charles a fait une version américaine en passant par «Fio Maravilha» que lui a offert Jorge Ben «Mamy Blue» que Joe Starr a repris en duo avec elle, «Jeff» que Delon lui a demandé pour le générique du film éponyme, «Les volets clos» générique du film de Brialy que celui-ci lui a proposé, «Esmeralda» dont elle joua le rôle-titre de la comédie musicale de William Sheller… Par contre,  à cause de sa maison de disques, elle a raté le rôle de Dulcinée auprès de Jacques Brel, qui lui avait proposé le rôle de sa comédie musicale «L’homme de la Mancha»…
A ses débuts, elle fit la première partie d’Adamo, de Johnny, d’Eddy Mitchell, on ne compte pas les belles rencontres qu’elle fit, de Jimmy Hendrix à Charles Aznavour car sa voix s’adaptait à tous les genres, de la chanson traditionnelle au rock, au jazz, en passant par le gospel qui fut son premier amour et la décida à devenir chanteuse.
Depuis pas mal de temps déjà, elle continue à chanter le gospel dans les églises.
Au départ pourtant, elle était plutôt destinée aux arts plastiques car elle a un coup de crayon formidable. J’ai d’ailleurs un dessin qu’elle m’a offert.
C’est grâce à Hervé Vilard, avec qui elle partagea les mêmes galères qui la fit entrer dans la musique. Lui débutait, elle, n’allait pas tarder à le rejoindre. En attendant, elle fit plein de petits métiers, essentiellement dans des boîtes de nuit où elle pouvait pousser la voix, à tel point qu’enfin, Léo Missir, bras droit de Barclay, la découvrit.
Elle avait déjà raconté son enfance malmenée dans son livre «La maison d’en face». Petite fille savoyarde née d’un viol, sa mère étant déficiente mentale, elle avait rencontré son père par hasard, alors qu’il vivait en face de chez sa grand-mère qui l’élevait et qu’il ne voulut jamais connaître. Le seul mot qu’elle eut de lui, lorsqu’elle osa lui dire qu’elle était sa fille fut : «Et merde» !
C’est donc une belle revanche sur la vie que cette carrière magnifique qu’elle poursuit aujourd’hui. Entourée de son second mari, Jean-Christophe Molinier et de son fils Alexandre, issu de son premier mariage avec un bijoutier suisse, Patrick Chapuis. Hasard amusant, son prof de chant s’appelait le père Molinier et son prof de dessin se nommait Patrick Chapuis !
Dans ce magnifique album «Nicoletta, soul sister» (Ed Cherche-Midi), elle revient sur tous ces événements de sa vie de femme et d’artiste et c’est tout au long de ces pages qu’on remonte le temps jusqu’à aujourd’hui avec une magnifique iconographie, très souvent inédite où, de page en page, la brune Nicole Grisoni est devenue la blonde Nicoletta à la voix ample, puissante, «la seule chanteuse blanche à la voix noire» disait son ami Ray Charles !
Je me souviens d’un soir d’été où j’étais en vacances et elle en concert, dans sa Savoie natale. Après le concert où l’orage menaçait, il éclata alors qu’on était tous les deux dans la caravane. Durant une heure elle me parla de son enfance, racontant mille anecdotes marrantes même si ce ne fut pas toujours tout rose pour elle.

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D’où lui venait cette énergie ? Elle me l’expliqua :
 » La force de vaincre et d’avancer, oui, sûrement. Le talent, je crois qu’on l’a en soi et qu’il faut le cultiver mais ce n’est pas parce qu’on a été malheureux dans sa jeunesse que ça donne du talent. Il y a partout des gens qui ont du talent mais il est une chose certaine c’est que lorsque tu es dans la merde tu n’as que deux solutions : ou tu te suicides ou tu décuples tes forces pour t’en sortir, ce que j’ai fait. J’ai d’ailleurs fait les deux ! Il est évident qu’un mec qui vit dans une famille aisée, sans problème et à qui tout qui tombe tout cru dans la bouche, sera moins aguerri, plus ramolli et n’aura pas cette volonté farouche de sortir du trou. Après, ça dépend aussi de ton caractère.
Mon enfance, elle est en moi, dans mon cœur, dans ma tête. Elle ne m’a jamais quittée.
Et puis j’ai eu la chance que ça marche pour moi.
Et ça a été une période drôle et folle.
C’était la belle époque des grandes tournées !
Oui, on partait pour deux, trois mois, j’ai fait les premières parties d’Adamo, Eddy, Johnny, on s’amusait beaucoup, on était heureux de chanter. Rappelle-toi comme c’était joyeux ! Les tournées c’était quelque chose, pas comme aujourd’hui où tout le monde est coincé et se prend au sérieux.
Nous, nous faisions bien notre métier mais nous gardions du temps pour nous amuser et j’ai beaucoup de peine en pensant à C Jérôme, à Carlos, à Johnny, car on en a fait des rigolades ensemble…
Ce sont de sacrés beaux souvenirs. Aujourd’hui, le métier a beaucoup changé…Seul reste le public, fidèle et grâce à qui aujourd’hui, à plus de 50 ans de carrière, je suis toujours là. Mais c’est parce que j’ai toujours été près de lui et c’est la leçon que m’a apprise Adamo : toujours respecter le public.
Je suis rarement partie d’un spectacle sans saluer les fans, signer photos et disques… comme ne le font plus « les jeunes stars » d’aujourd’hui. Rencontrer les gens qui t’aiment et grâce à qui tu peux continuer de faire ce métier, c’est la moindre des choses, non ? Et en plus, ça me plait.
Alors, je ne fais pas de Zéniths, je fais des petites salles, des grandes salles, des salles moyennes, des églises et je suis heureuse !
Je suis devenue productrice, c’est la condition sine qua non pour continuer et pour pouvoir être maître de tout, même si les majors voient ça d’un mauvais œil et nous mettent les bâtons dans les roues car il y a de plus en plus de chanteurs qui le font !
Les radios, les télés, ne font plus beaucoup appel à nous sauf pour chanter nos sempiternels succès.
Mais aujourd’hui c’est comme ça, il faut s’y faire et prendre le bon lorsqu’il vient”.
Et c’est ce qu’elle fait

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C’était le temps des folles tournées !!!

Jacques Brachet


AGENDA

A
Gainsbourg… 30 ans…

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Francis Huster et Jérémy Banster, flics père et fils pour France 3

1
Emma Daumas : un beau et grand retour

NUMEROS UTILES
AIX-en-PROVENCE
LE JEU DE PAUME : 04.42.99.12.00 – jeudepaume@lestheatres.netwww.lestheatres.net
BANDOL
Théâtre Jules Verne : 04 94 29 22 70
BRIANCON
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CANNES
PALAIS DES FESTIVALS : 04.92.99.33.83 – sortiracannes@palaisdesfestivals.com
DRAGUIGNAN
THEÂTRE en DRACENIE : 04.94.50.59.59 – www.theatresendracenie.com
GAP
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GRASSE
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HYERES
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LA GARDE
LE ROCHER – 04.94.03.58.62 – le-rocher@ville-lagarde.frwww.ville-lagarde.fr
LA SEYNE-sur-MER
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LA VALETTE
THEÂTRE MARELIOS – ESPACE PIERRE BEL – LA TOMATE – CINEMA HENRI VERNEUIL –
ESPACE ALBERT CAMUS : 04.94.23.62.06 – culture@lavalatte83.frwww.lavalette83.fr
LE CANNET
La Palestre : 04 93 46 48 88
LE PRADET
ESPACE DES ARTS : 04.94.01.77.34 – culture@le-pradet.fr
MARSEILLE
CITE DE LA MUSIQUE : 04.91.39.28.28 – www.citemusique-marseille.com
LA CRIEE : 04.91.54.70.54 – www.theatre-lacriee.com
LE GYMNASE : 04.91.24.35.24 – gymnase@lestheatres.netwww.lestheatres.net
LE GYPTIS : 04.91.11.41.50 – www.theatregyptis.com
ODEON : 04 96 12 52 74   – www.contact-odeon@marseille.fr
OPERA : 04 91 55.11.10 – www.opera.marseille.fr
THEÂTRE DE LENCHE   – MINI-THEÂTRE DU PANIER : 04.91.91.52.22 – lenche@wanadoo.frwww.theatredelenche.info
LE SILO : 04 91 90 00 00 – www.lesilo-marseille.fr
THEÂTRE TOURSKY : 04.91.02.58.35 – www.toursky.org
NICE
NIKAÏA : 04 92 29 31 29 – www.nikaia.fr
PALAIS DE LA MEDITERRANEE : 04 92 14 77 00
THEÂTRE LINO VENTURA : 04 97 00 10 70
THEÂTRE FRANCIS GAG – 04 94 00 78 50 – theatre-francis-gag.org – theatre.fgag@ville-nice.fr
OLLIOULES
CHÂTEAUVALLON : 04.94.22.02.02 – www.chateauvallon.com
SANARY
CASINO DU COLOMBET : 04 94 88 52 10 – service-culturel@casino-sanary-sur-mer.fr
THEÂTRE GALLI : 04.94.88.53.90 – www.sanarysurmer.com
SIX-FOURS
ESPACE MALRAUX : 04 94 74 77 79 – www.espace-malraux.fr
THEÂTRE DAUDET : 06.65.62.59.69 – www.labarjaque.com
TOULON
LE COLBERT : 04 94 64 01 58 – www.lecolbert.fr
OPERA : 04.94.93.03.76 – operadetoulon@tpmed.org
PALAIS NEPTUNE : 04.98.00.83.83 – info@congresneptune.com
THEÂTRE LIBERTE : 04 98 00 56 76 – www.theatre-liberte.fr
ZENITH-OMEGA : 04.72.32.09.29 – appel@appelspectacles.com

Par suite de la décision du gouvernement annulant ou reportant tous les spectacles, il n’y aura pas d’agenda en février… Attendons de voir la suite des événements.

CONCERTS – CHANSONS
AVRIL

Vendredi 2 avril 20h, le Dôme, Marseille : Stars 80
Samedi 3 avril 20h, Nikaïa, Nice : Stars 80
Dimanche 4 avril  19h, le Silo, Marseille : Iggy Pop
Mercredi 14 avril 20h, Espace Julien, Marseille : Dick Annegarn
Dimanche 18 avril 15h, la Palestre, le Cannet : Yannick Noah
Vendredi 27 avril 20h30, Théâtre Toursky, Marseille : Louis Chédid
Jeudi 29 avril 20h, Nikaïa, Nice : I Am
MAI
Mercredi 26 mai 20h, Zénith-Oméga, Toulon : Véronic Dicaire « Showgirl
Vendredi 28 mai 20h30, le Dôme, Marseille : Patrick Bruel
Dimanche 30 mai 18h, Zénith-Oméga, Toulon : Stars 80
JUIN
Jeudi 3 juin 20h, Nikaïa, Nice : Vitaa/Slimane « Versus »
Vendredi 4 juin 20h30, le Silo, Marseille : Carla Bruni
Lundi 7 juin 20h30, le Dôme, Marseille : Lara Fabian
Mardi 8 juin 20h30, la Palestre, le Cannet : Lara Fabian
Dimanche 13 juin 15h, Arena, Aix-en-Provence : Kids United
SEPTEMBRE
Dimanche 19 septembre 18h, le Dôme, Marseille : Christophe Maé « La vie d’artiste »
Samedi 25 septembre 20h30, le Silo, Marseille : Tryo
OCTOBRE
Vendredi 1er octobre 20h, Zénith-Oméga, Toulon : Dadju « ROA Miel Tour »
Samedi 2 octobre 20h, Arena, Aix-en-Provence : Dadju « ROA Miel Tour »
NOVEMBRE
Mercredi 3 novembre 20h, Nikaïa, Nice, Vitaa/Slimane « Versus »
Vendredi 5 novembre 20h, le Dôme, Marseille : Vitaa/Slimane « Versus »
Samedi 20 novembre 20h, le Dôme, Marseille : Section d’Assaut
Mercredi 24 novembre 20h, le Silo, Marseille : Jane Birkin « Oh pardon, tu dormais »

MUSIQUES du MONDE

JAZZ – BLUES – MUSIQUES ACTUELLES

OPÉRAS – SPECTACLES MUSICAUX
MAI
Mercredi 4 mai 20h, le Dôme, Marseille : Eric Serra « Le grand bleu »

CLASSIQUE-LYRIQUE

DANSE

HUMOUR
MARS
Samedi 13 mars 20h, le Silo, Marseille : 60 minutes avec Kheiron
Vendredi 26 mars 20h, la Chaudronnerie, la Ciotat : Vincent Dedienne
AVRIL
Jeudi 1er avril 20h, Espace Julien, Marseille : Jean-Luc Lemoine « Brut »
Vendredi 16 avril 20h30, Théâtre Galli, Sanary : Jeremy Ferrari « Anesthésie générale »
JUIN
Vendredi 11 juin 20h, Espace Julien, Marseille : Tom Villa « Les nommés sont… »
NOVEMBRE
Samedi 20 nocembre 20h30, Théâtre Galli, Sanary : « Certifié Mado »

THÉÂTRE
MAI
Dimanche 2 mai 17h, Théâtre Galli, Sanary : « Louis XVI.com » de et avec Patrick Sébastien, avec Virginie Pradal, Geneviève Gil, Jeanne-Marie Ducarré, Fred Vastaire. Mise en scène Olivier Lejeune
NOVEMBRE
Dimanche 21 novembre 17h, Théâtre Galli, Sanary : « Pair et manque » avec Vincent Lagaff et Christian Vadim

JEUNE PUBLIC – CIRQUE – ILLUSION – MAGIE












NOTES de LECTURES

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Ariane ASCARIDE : Bonjour Pa’ (Ed Seuil – 125 pages)
Ariane Ascaride fait partie des plus belles comédienne du cinéma et du théâtre français.
Comme nombre d’artistes aujourd’hui, durant les deux confinements, elle est restée cloîtrée chez elle et a dû abandonner plusieurs projets qui sont annulés ou reportés.
N’étant pas femme à pleurer sur son sort, durant le premier confinement, elle a décidé de se mettre à l’écriture, de mettre sur papier, au jour le jour, ses idées, ses pensées et elle a eu l’originale idée de les consigner sous forme de lettres qu’elle envoyait à son père… qui est décédé. D’où le sous-titre du livre «Lettres au fantôme de mon père».
C’est donc un livre doublement prétexte à renouer avec ce père qu’elle aimait, de lui rendre hommage et de raconter au jour le jour ce qu’elle vivait et les pensées qui lui traversaient l’esprit.
Lorsqu’on connaît un tant soit peu la comédienne, on sait qu’elle n’a pas la langue dans sa poche, qu’elle est franche du collier et lorsqu’elle doit dire quelque chose à quelqu’un, elle n’envoie personne pour le lui dire !
Du coup, ce livre est une suite de messages épistolaires, à chaque jour une idée, une pensée, une colère, une mise au point qu’elle raconte à ce père disparu.
Elle parle donc de sa famille, émigrés italiens, qui a eu du mal à trouver sa place en France, faisant un parallèles entre ces émigrés d’hier et ceux d’aujourd’hui qui sont surtout arabes et africains et qui vivent les mêmes problèmes.
Elle parle de cet affreux virus qui l’a faite s’éloigner de ses enfants et petits-enfants, de ce manque de pouvoir les embrasser, les serrer dans ses bras, de cet enfant qui va naître et que cette grand-mère qu’elle est ne pourra prendre et ne voir que ses yeux à cause de ce masque qu’il faut porter qui fait de tous des gens incognitos, ce qui favorise les voleurs. Elle évoque l’impudeur des réseaux sociaux où n’importe qui peut déballer et dire n’importe quoi, la télé-réalité et les jeux radio et télé qui promettent des sommes folles et des célébrités feu de paille.
Elle crie sa colère contre la ministre de la Culture et le gouvernement en général qui ne savent pas où ils vont, qui avancent, qui reculent et qui font de notre pays un pays du tiers monde dont la culture disparait.
Des journaux télévisés qui, à longueur de journée assènent des nouvelles qui, le lendemain seront démenties, de tous ces médecins et professeurs qui se montent tour à tout pour dire tout et son contraire, ce qui lui fait cesser de suivre les infos.
C’est en fait la femme de tous les jours qui s’exprime cash, dans une plume alerte car elle écrit bien, notre comédienne. On connaissait d’elle ses combats, ses idées, qu’elle n’a jamais cachés, qu’elle a toujours proclamés à haute voix et dont elle sait que sa carrière a quelquefois pâti. Et là, on découvre une vraie écrivaine qui, sous prétexte d’écrire à son père, nous offre son mal être de confinée qui reste debout, combattante…
L’Ariane Ascaride qu’on connait en fait et qu’on aime pour tout cela, la femme et la comédienne étant une seule et même personne.
Emmanuel CARRERE : Yoga (Ed P.O.L – 397 pages)
Ce livre, contrairement à ce que son titre pourrait laisser croire, n’est pas un nouveau manuel de développement personnel. C’est un ouvrage dans lequel Emmanuel Carrère livre le récit de ses quatre dernières années, organisé en cinq grands chapitres titrés, eux-mêmes divisés en sous-ensembles également titrés. Cinq moments de la vie du romancier : un stage de yoga, l’onde de choc provoquée par l’attentat au journal Charlie Hebdo, son hospitalisation pour une dépression sévère, un séjour dans une île accueillant des migrants, son espoir de vivre heureux malgré la maladie.
L’auteur nous livre ses faiblesses, ses bassesses. On est touché par ses malheurs. Le style est fluide et agréable. L’autodérision et l’humour sont permanents.
En cours de lecture, l’auteur nous précise que tout n’est pas vérité, qu’il a n’a pas tout dit, s’étant engagé à protéger son entourage. Dès lors, que retenir de cette fiction autobiographique ? Un fouillis de rencontres et d’expériences plus ou moins réelles, au travers d’une souffrance morale intolérable.
Le lecteur se sent floué, choqué par l’expression de cette souffrance d’un homme riche et dépressif comparée à celle d’enfants réfugiés qui ont tout quitté.
La mode est aux ouvrages d’écrivains déballant leur intimité, de façon plus ou moins sincère.
On peut se demander ce que la littérature a à y gagner ?
Véronique  PITTOLO :  A la piscine avec Norbert (Ed. seuil – 166 pages)
L’héroïne  de ce roman est obsédée par son corps vieillissant.
Elle a cinquante ans… Sa vie se résume quotidiennement à nager en piscine, à « s’envoyer en l’air » avec n’importe qui.
Elle nous abreuve de beaucoup de détails sexuels qui, à la longue, sont lassants. Entre ses débats physiques elle divague avec son copain Norbert, amant de base, sur les sujets de la vie : sexe évidemment, salaire des patrons du CAC 40, des migrants, de « Me too », de sa future retraite etc…
L’écriture est  légère mais le roman mériterait moins d’amants Meetic, plus étranges les uns que les autres.
Quelques passages intéressants mais rien n’est approfondi

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Lionel FROISSART : Punto Basta (Ed Héloise  d’Ormesson – 182 pages)
Jocelyne employée au service des cartes grises à la Préfecture de Paris est une célibataire assez  solitaire qui s’offre de temps en temps une sortie pour retrouver ses copines autour d’un repas. Rentrant un soir  de sa tournée festive dans Paris au volant de sa petite Fiat Uno blanche, alors qu’elle s’engouffre dans le tunnel du Pont de l’Alma, elle est percutée par une grosse voiture noire qui s’encastre dans un des piliers. Elle en est quitte pour une grande frayeur et rejoint toute tremblante son domicile. Le lendemain matin l’effervescence journalistique la réveille avec la nouvelle de l’accident mortel de Lady Di, notant la présence d’une mystérieuse Fiat Uno blanche au moment de l’accident. Mais alors est elle impliquée ? Fautive ? Témoin ?
L’auteur nous fait alors, pénétrer dans les méandres du cerveau de la jeune fille qui affolée mais lucide va se lancer dans des conjonctures effrayantes pour comprendre son rôle et comment se sortir de ce mauvais pas. C’est là que l’auteur, journaliste sportif de son état, se lance avec talent dans le cerveau de la jeune fille afin d’imaginer la suite de cette catastrophe nationale. Imaginant les tribulations de Jocelyne ainsi que ses efforts pour s’innocenter, il dénoue la situation ubuesque avec amour et tendresse et nous offre un moment  de malice, opposant le destin de la petite employée et de la grande dame accidentée.
Bien écrit, bien étudié. C’est un gentil moment de lecture agréable malgré le drame qu’il couvre.
Marie NDIAYE : La vengeance m’appartient (Ed Gallimard – 232 pages)
Le 5 janvier 2019, à Bordeaux, Maître Susanne, avocate récemment installée, reçoit la visite de Gilles Principaux qui lui demande de devenir le nouveau défenseur de son épouse Marlyne, poursuivie pour d’avoir tué leurs trois enfants de six et quatre ans et de six mois, en les noyant dans la baignoire.
Dès l’entrée de cet homme dans son cabinet, l’avocate pense avoir déjà vu cette personne. Ne serait-il pas le jeune homme qu’elle a rencontré quand elle avait dix ans, alors qu’elle accompagnait sa mère qui était allée faire du repassage dans la maison bourgeoise où habitait celui-ci ?
Maître Suzanne, dont le prénom ne sera jamais révélé au lecteur, n’aura de cesse de chercher, avec ou sans l’aide de sa mère, à retrouver la mémoire de cette après-midi. Que s’était-il vraiment passé ? Peut-elle avoir confiance en ses souvenirs ?
A ce malaise s’ajoute celui provoqué par la personnalité de Marlyne, sa cliente et encore plus celle du mari de celle-ci. Et puis il y a les mensonges de Sharon, la mauricienne sans papier que Maître Susanne fait travailler comme employée de maison en toute illégalité puisque son dossier de demande de séjour n’est toujours pas déposé.
Le lecteur est perdu dans les méandres du récit de la vie et des pensées de l’avocate et ne trouve aucune solution aux mystères mis en scènes. Il ne saura pas à qui la vengeance appartient.
Voilà un roman bien particulier, tant dans son histoire que dans son écriture. Des longues phrases, un vocabulaire précieux, des monologues sans fin (10 pages pour celui de Marlyne), des phrases en italiques reprenant les pensées de Maître Susanne.
Cela paraît tenir plus de la performance stylistique que du talent.
Philippe BESSON: le dernier enfant (Ed Julliard  – 208 pages)
Comme l’auteur l’a déjà fait dans de précédents romans l’action est canalisée sur une seule journée et c’est avec émotion qu’il va se glisser  dans le personnage d’une mère  le temps d’une journée, celle du déménagement et de l’installation  du dernier fils de la maison qui part afin de commencer ses études universitaires et s’installer dans sa nouvelle vie de jeune ’adulte
Cette mère, une « madame tout le monde » pleine de pudeur,  simple et réellement vraie mais qui a déjà vu le départ de ses deux ainés, a prévu chaque acte de cet abandon du foyer et planifié le rôle de chacun : mari, fils, mère. L’auteur s’installe dans sa tête et dans son cœur afin de nous faire partager son désarroi dans la banalité de la vie quotidienne, Et le vide que sera le sien. C’est l’autopsie d’un cœur d’une mère qui n’arrive pas à envisager son avenir dans un nid vide.
C’est un roman tout en douceur mais en déchirement tout de même ; bon roman plein d’amour et de tristesse même si la fin est quelque peu mélo. La couleur sépia de la couverture nous avait déjà préparés à la mélancolie de ce départ.

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Andreï MAKINE : L’ami arménien ( Ed Grasset – 214 pages)
Andreï Makine remonte dans ses souvenirs de jeunesse pour nous faire partager une amitié étrange  qu’il l’a lié à Vardan, jeune arménien, plutôt malingre, aux yeux étranges et donc victime facile pour les caïds d’un pensionnat en Sibérie. Mieux vaut être une créature musclée ou alors être muni d’une ceinture affutée pour lutter contre les méchants. C’est le cas de l’auteur qui instinctivement défend Vardan, lequel l’accueille dans sa famille. Une famille qui habite au Bout du Diable, sert du vrai café dans de vraies tasses et une cafetière d’argent, qui le vouvoie,  une famille qui attend une sentence du tribunal pour libérer le mari de Gulizar, superbe fille du Caucase. Vardan se démarque du monde extérieur par sa douceur, il appartient au monde qui respecte les anciens, un monde dominé par le souvenir du Mont Ararat et de deux photos rappelant une famille nombreuse et heureuse et aujourd’hui vraisemblablement disparue. Vardan est atteint de l’étrange maladie arménienne et manque régulièrement les cours, un prétexte merveilleux pour l’auteur qui s’inquiète régulièrement de son ami et découvre les secrets d’une vie de migrants.
Étrangement l’auteur retrouve son professeur de math, et perçoit alors la richesse d’une culture autre, des découvertes magiques dans son univers brutal. Car Vardan lui ouvre les yeux sur le rêve, la douceur, la beauté d’un vol d’oies sauvages et  «les émotions fortes qui dilatent le temps».
Andreï Makine a eu la chance extraordinaire de connaître un temps cette famille généreuse que la tragédie d’un peuple a obligé à fuir son pays. Le lecteur entre sans effraction chez des gens qui malgré les errances gardent toujours la tête haute dans le respect des traditions.
Il y a beaucoup de poésie, de lucidité et d’émotion dans ce roman, une histoire qui a des accents d’actualité avec le dernier conflit du Haut Karabakh.
Sylvie GERMAIN. Brèves de solitude (Ed Albin Michel – 212 pages)
En ville, des promeneurs se croisent dans un square et s’observent rapidement.
Un ancien prof, une vieille dame  à l’air revêche, un écrivain raté, une étudiante, une femme qui se relève d’un cancer, un migrant, une prostituée…
L’auteur imagine leur vie et leur caractère.
Inattendu avec le confinement qui impose la sidération, l’inconnu, le vide, le silence. Ce repli sur soi face à de multitudes formes de solitude. Chacun confronté à sa vie intérieure. Ils n’ont plus qu’eux-mêmes à regarder et se voient d’un autre oeil. Tout est chamboulé.
Écrit en deux mois, ce roman est le premier sorti sur le coronavirus  et frappe fort !  Grande observatrice de ses contemporains l’auteure imagine le destin de chacun où le tragique se mêle à la tendresse et parfois à la dérision ainsi que le vertige de l’esseulement à la force de l’amitié.
Très très bon roman.
Nana KWAME ADJEI-BRENYAH : Friday Black (Ed Albin Michel – 272 pages)
Traduit de l’américain par Stéphane Roques
Le premier livre de Nana Kwame Adjei-Brenyah démontre la violence d’une société dominée par les blancs et par conséquent la réaction des noirs. Il suffit à l’auteur d’écrire quelques nouvelles indépendantes les unes des autres pour créer un monde où domine la peur, le malaise saisit le lecteur qui est obligé de réfléchir et de prendre conscience de ce qui pourrait ou pourra arriver si les hommes continuent à se maintenir dans un système de la surpuissance du blanc sur le noir.
A chacun ses armes !
La première nouvelle glace le sang quand on découvre le massacre sanglant de cinq enfants innocents noirs découpés à la tronçonneuse pour protéger deux enfants blancs. De la sauvagerie ? de la folie ? de l’horreur ! La nouvelle qui donne son titre au livre Black Friday démontre l’absurdité d’un système de vente et comment transformer un être humain en fauve pour acquérir un simple blouson. Dans la nouvelle «L’ère», tout est comptabilisé et il est possible de s’améliorer en accédant au produit dopant.. Une famille refuse cette escalade sans fin et préfère le monde d’avant, ce monde qui offre un horizon de paix et de tranquillité, loin de ceux qu’on appelle les  têtes baissées», ce monde pour lequel un gâteau reste une douceur autorisée.
Ces douze petites nouvelles dérangent. Un amateur de science-fiction appréciera sans doute, le lecteur non initié finira le livre atterré, accablé, anéanti. Il refusera ce monde atroce que nous présente l’auteur. Mais c’est le but, il faut prendre conscience de l’immense injustice imposée aux noirs tout simplement parce qu’ils sont noirs. Il fait redouter et refuser ce monde impitoyable et apocalyptique.
Une lecture difficile.

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Barbara LEBRUN : Dalida, mythe et mémoire (Ed Le mot et le reste – 341 pages)
De son vivant, comme depuis sa disparition il y a 34 ans, on a tout dit sur Dalida, le meilleur comme le pire, infos ou intox, on ne compte plus le nombre de livres parus sur elle, bios, fausses ou vraies, hommages, albums, témoignages, là encore vrais ou faux, d’amis ou de soi-disant amis…
Bref, les livres ne se comptent plus et voilà qu’un Nième livre sort sur elle : «Dalida, mythe et mémoire», écrit par Barbara Lebrun, enseignante à Manchester, s’intéressant à la chanson en général et ayant écrit plusieurs livres sur le rock, la chanson populaire, la musique…
Et la voilà qui s’attaque à Dalida, mythe s’il en est un mais on est loin des biographies plus ou moins approximatives, on est là sur une vraie thèse, ce qui fait tout l’intérêt de son livre.
Elle déconstruit et dissèque l’œuvre de l’artistes, année après année, chanson après chanson, mode après mode… Dalida, artiste on ne peut plus plurielle puisqu’elle a traversé les  modes, les mouvances, s’y raccrochant ou les précédant. Sa carrière fut étroitement mêlée à sa vie personnelle, faite de joies et de drames, qui a fait ce qu’elle est devenue. Et Barbara fait aussi le parallèle entre la femme et l’artiste qui, souvent se confondent mais aussi se contrarient.
Dalida était une artiste populaire dans le sens le plus large du terme, qu’elle fut tout autant critiquée qu’encensée, adorée ou détestée, déesse ou ringarde, moderne ou kitch…
Mais ça c’était avant… Avant qu’elle ne disparaisse comme on le sait et tout à coup, la voici devenue mythe.
Barbara passe cette carrière au peigne très, très fin, une carrière multiple, certains diront incohérente qui va de «Bambino»  au «sixième jour», passant des ritournelles italo-espagnoles, au rock et au twist, des chansons exotiques à la grande chanson française,de  la chanson arabe venue de son pays natal, l’Egypte,  au disco et  au spectacle à l’américaine…
Chez Dalida, il y a tout autant du mystère que de la magie, même si les zones sombres sont pléthore. Barbara Lebrun ne peut que constater une évolution constante chez cette chanteuse qui ne vivait que pour son métier et était prête à tout chanter pour rester au sommet. Ce qu’elle fit d’ailleurs avec plus ou moins de bonheur mais toujours avec une grande sincérité.
Elle démarre dans un contexte méditerranéen où les vedettes sont Tino Rossi le corse, Rina Ketty et Gloria Lasso les espagnoles, Luis Mariano le basque, Amalia Rodrigues la portugaise et les chanteurs dits «exotiques» comme Joséphine Baker, Bob Azzam, Dario Moreno… Du coup, ses premières chansons seront empruntées à l’Espagne et l’Italie.
Et puis arrivent le twist et le rock. Elle se situe donc entre les anciens et les modernes, en équilibre sur deux modes et elle chantera donc ce que chantent les nouvelles idoles que sont Johnny Hallyday, Richard Anthony, Danyel Gérard. Souvent d’ailleurs, ils se partageront les mêmes chansons et elle se battra bec et ongles avant de dévier et de revenir à des chansons plus traditionnelles.
De la brune aux cheveux de jais, au regard noir outrageusement maquillé, à la bouche pulpeuse, aux formes rondes, elle deviendra cette liane blonde dont les cheveux et l’accent seront ses atouts majeurs et dont chaque apparition sera un ébahissement devant ses robes offertes par les plus grands couturiers.
Ringarde ? Démodée ? Avant-gardiste ? Elle fut tout cela mais avant tout elle reste authentique.
Barbara Lebrun s’est vraiment investie dans la vie et l’œuvre de cette artiste aux multiples facettes, et elle nous offre là un livre unique par rapport à tous ceux qui sont sortis depuis trente ans. Peut-être parce qu’elle prend un recul par rapport à cette artiste qu’elle n’aime ni déteste car elle ne l’a pas connue. Un très beau travail d’investigation.
Viola ARDONE : le train des enfants (Ed. Albin Michel  – 304 pages)
Les enfants ce sont ceux des quartiers pauvres de Naples, dans les ruelles sombres et surpeuplées où survivent les familles désaxées, dans les années de guerre. Le parti communiste organise pour eux un départ vers le Nord de l’Italie  où des familles plus aisées vont les accueillir pour des vacances plus paisibles..
Ce sont eux qui prennent le train à Naples encadrés de bénévoles qui veulent leur faire connaitre des jour meilleurs. La séparation est déchirante, l’installation chaotique, chacun trouvant ou pas son bonheur.
Nous allons suivre Amérigo, huit ans, qui raconte sa peine, ses amis, qui a été élevé par une mère qu’il adore, qui n’a pas trop eu le temps ni les moyens de s’occuper de lui tant sa vie est une épreuve. Nous allons donc le suivre dans sa nouvelle famille d’accueil, heureux à la ferme et accepté par eux. Ce sera pour lui une grande aventure pleine de découvertes et de bonheur mais qui lui posera d’énormes chagrins. Retourner chez sa mère qui l’aime ? Revenir chez ceux qui l’ont révélé à la vie ?
C’est son histoire merveilleuse et sans pathos que nous suivrons dans ce prodigieux roman plein d’amour et de réalisme.
Benjamin CASTALDI : Je vous ai tant aimés… (Ed du Rocher – 283 pages)
Il beaucoup été écrit sur le couple mythique Signoret-Montant. Du vrai comme du faux et même du n’importe quoi.
Mais là c’est Bejamin Castaldi, petit-fils de Simone Signoret, dont les parents sont Catherine Allégret, fille issue de son premier mariage avec le réalisateur Yves Allégret  et du comédien Jean-Pierre Castaldi. Du coup on est déjà plus enclin à croire ses écrits  en collaboration avec Frédéric Massot et de plus, il très documenté, avec de très beaux et très émouvants passages.
C’est vrai qu’il était jeune lorsque sa «mémé» comme il l’appelait, est décédée aveugle et atteinte d’un cancer mais ces quinze années passées auprès d’elle et de Montand ont été très marquante pour ce jeune garçon qui n’appréhenda que plus tard le couple de stars que formaient Signoret et Montand.
Il nous fait donc entrer dans son intimité et du coup dans la leur, en nous racontant ce qu’il a vécu auprès cet homme et de cette femme, à leur côtés, sans pour autant occulter leurs métiers, leurs combats et en s’appuyant aussi de la magnifique autobiographie de sa grand-mère «La nostalgie n’est plus ce qu’elle était».
Le livre débute avec originalité puisqu’il nous raconte leur première rencontre à la Colombe d’Or de St Paul de Vence sous forme du scénario d’un film. Ainsi entre-t-on de plain-pied dans la formation de ce couple qui, à la ville comme à la scène et sur écran, reste l’un des plus grands, des plus beaux de l’histoire du cinéma français et de l’Histoire elle-même.
Le style est vif, alerte, empreint d’une grande tendresse tant Benjamin admirait les deux artistes et  adorait sa grand-mère et ce père de substitution.
Il nous parle de cet amour exclusif qu’ils ont partagé, même si celui-ci fut irrémédiablement entaché par la liaison qui fit scandale de Montand avec Marylin Monroe. De ce jour, même  s’ils ne se séparèrent jamais, quelque chose se cassa entre eux et surtout chez Simone Signoret qui commença à cette époque, à boire, à grossir… A vieillir, pendant que Montand, lui, continuait ses frasques.
Toute leur vie, ils ont combattu pour de justes causes, mettant souvent leur métier en péril mais toujours avec une grande honnêteté et mettant souvent à mal leur propre vie, alimentée par les médias et même par le frère d’Yves Montant, Julien, extrémiste de gauche qui lui en voulut jusqu’à sa mort d’avoir soi-disant «retourné sa veste» alors qu’il ne s’éloigna du communisme qu’après son voyage en Russie où beaucoup de choses lui apparurent, qu’il ne pouvait plus cautionner.
Il y a dans ce livre des morceaux d’anthologie comme le dialogue surréaliste du couple et surtout de Montand avec Khrouchtchev où l’on s’aperçoit que Montand avait des… du courage !
Il nous fait revivre à la façon d’un Claude Sautet, les week-ends dans leur maison d’Autheuil où chaque invité était un personnage célèbre et cultivé. Ce qu’il réalisa plus tard.
Il retrace le passage d’une lettre de Simone à Yves qui lui dit ses quatre vérités et le traite de personnage égocentrique, ce qu’il était vraiment.
Il nous retrace les grands moments de ces deux stars connues internationalement, leurs débuts, chacun venant de deux mondes tellement différents qu’on a peine à comprendre qu’ils aient pu faire une vie ensemble.
Un seul petit bémol : une suite sans fin d’énumérations en tous genres : noms et prénoms, adjectifs, verbes, films, chansons et autres, qui alourdissent un peu le récit.
Malgré cela, celui-ci est passionnant, il nous plonge dans le contexte historique de leur époque et dans leurs vies d’artistes tellement riches et belles.
Un très bel hommage à deux idoles que sont sa mémé et son mari !

 

 

NOTES de LECTURES

CP Gaëlle Josse 2 Legoff

Gaëlle JOSSE : Ce matin-là (Ed Notabilia – 216 pages)
Pour Clara, jeune femme brillante qui vient d’avoir une promotion dans sa société financière, la vie s’annonce sous les meilleurs auspices, et côté cœur, elle a un petit ami avec lequel elle envisage un avenir.
Mais, patatras, un matin, c’est le gros burn out, un blocage terrifiant qui la terrasse, l’écrase. Dormir, oui, dormir pour ne pas avoir à se lever, à se laver, à répondre au téléphone, à vivre. L’ami très cher se lasse, les copines de bureau sont là, mais leur monde n’est plus celui de Clara. Une thérapie, des médecins psychiatres, encore faut-il trouver le bon, c’est la marche à suivre normale, plus ou moins satisfaisante car le temps passe et l’angoisse s’installe, il va falloir réfléchir à l’avenir.
L’avenir pour Clara est toutefois dans le passé, une amie qui lui offre une autre façon de vivre, qui lui rappelle ses aspirations de jeune fille.
Un livre de deux cents pages plein d’espérance, d’ailleurs Gaëlle Josse cite un extrait des « Grandes Espérances de Dickens » : « Nous ne devrions jamais avoir honte de nos larmes, car c’est une pluie qui disperse la poussière recouvrant nos cœurs endurcis ».
Ce matin-là, oui, Clara sombre mais cet autre matin-là, elle se relève.
Un livre à faire circuler pour montrer que la lumière est au bout du chemin.

Catherine LE GOFF : La robe Une odyssée (Ed Favre – 305 pages)
Ce second roman de la psychologue Catherine Le Goff fait preuve d’originalité en mettant en scène une robe et ses divers propriétaires de 1900 à 2010.
C’est une élégante robe noire crée par un couturier en 1900 pour la femme d’un notaire de province. Elle va passer de mains en mains au gré de l’imagination de l’auteur, en marquant la vie d’hommes et de femmes.
Chacun a un intérêt différent vis-à-vis de ce vêtement, mais tous seront influencés par lui alors qu’ils traversent les évènements mondiaux ayant marqué toute l’histoire du XXème siècle.
En dix-sept chapitres très denses, se déroule un vrai feuilleton, la robe étant volée, perdue, offerte, achetée, retrouvée.
Malgré quelques invraisemblances, on s’attache aux différents détenteurs de cette robe et on s’intéresse à leurs destins entrelacés, pleins de mystère et d’émotions, entre Paris, Berlin et New York.

3 Delacourt 4 Delerm

Grégoire DELACOURT : Un jour viendra couleur d’orange. (Ed Grasset -267 ages)
Un livre au titre mystérieux et aux chapitres courts portants des noms de couleurs, tels une palette de peintre, qui décrivent les sentiments des personnages. C’est un roman doux amer que nous livre Grégoire Delacourt.
Le titre est tiré d’un poème de Louis Aragon de 1936.
Federico Garcia Lorca vient d’être assassiné par les franquistes mais Aragon veut continuer à espérer en un monde meilleur tout comme Delacourt aujourd’hui dans ce récit.
Les couleurs, le jeune Geoffroy y est très sensible. Même qu’il ne mange que si les aliments qui sont dans son assiette sont présentés dans leur chromaticité, à savoir du plus clair au plus foncé. Il a 13 ans, vit dans le Nord avec ses parents Pierre et Louise Delattre. Il est autiste Asperger et sa différence rend sa vie difficile.
Difficile aussi la vie de son père, Pierre, devenu vigile à mi-temps chez Auchan après un licenciement et qui a rejoint le mouvement des gilets jaunes, passant par la violence, sa colère contre la société et les hommes politiques mais aussi face à ce fils qu’il ne comprend pas.
Heureusement, il y a Louise, l’épouse et mère, infirmière en soins palliatifs, aussi dévouée et bienveillante envers les malades qu’avec son fils. Et aussi Djamila, la jeune collégienne aux yeux vert Véronaise, la seule amie de Geoffroy.
Dans une écriture délicate et poétique, le romancier aborde les sujets de notre siècle : les désillusions des citoyens face à leurs gouvernants, la misère, l’injustice, la violence, le racisme, l’intégrisme, la différence.
Un beau roman, malgré un manque de crédibilité dans la relation de Louise avec un patient ainsi qu’une fin qui ne nous a pas convaincu.

Philippe DELERM : La vie en relief ( Ed. Seuil –  240 page)
Une fois de plus l’auteur se met en scène afin de nous faire partager son expérience de la traversée des années, de la lente construction de son personnage jusqu’à l’âge mûr dans lequel il trouve l’apaisement, l’achèvement de ses doutes et de ses questionnements. Vivre, c’est vivre le temps présent, accepter les problèmes avec sérénité et jouir de son passé indispensable à son devenir. C’est trouver la beauté dans l’ordinaire des choses. C’est écouter le bruit du temps qui passe. Ce livre c’est la recette de l’accès à la sérénité.
Magnifiquement, écrit, calme et profond, l’auteur arrive à faire partager sa quête de réussite et de bonheur à travers l’acceptation de toutes les petites choses.
Beaucoup de poésie et de belles images apaisantes. Mais c’est un constat, pas une marche à suivre. Lui l’a atteint Mais… est-ce à la portée de tout un chacun ?

5 Paris 6 Desbiolles

Gilles PARIS : La lumière est à moi (Ed J’ai lu – 218 page)
C’est une série de nouvelles qui étaient sorties en 2018 chez Flammarion, qui ressort dans la collection J’ai lu en même temps que le dernier livre de l’auteur «Certains cœurs lâchent pour trois fois rien» également paru chez Flammarion (Voir article).
Ces nouvelles sont des histoires de petits héros de tous les jours (des filles souvent), de tous pays, des héros malmenés par la vie pour diverse raisons : des parents disparus, de enfants maltraités qui vont se créer une vie dans un monde qu’ils s’inventent,  d’espoir, de joie, d’amour dont ils manquent, afin d’oublier leur vraie vie.
Ces mini-portraits sont faits de souffrance mais pleins de poésie, de tendresse, d’onirisme. D’espoir.
Ils s’inventent un ami, un amour, une autre famille, cherchent un ailleurs pour pouvoir vivre, survivre et espérer.
Méprisés, malmenés, abandonnés et livrés à eux-mêmes, incompris ils s’inventent une autre vie, plus belle, faite d’un bonheur qu’ils n’ont pas et qui les aident à supporter le poids de leur jeune vie.
Dans toutes ces nouvelles, et lorsqu’on connait un tant soit peu les écrits de l’auteur, on l’y retrouve invariablement, sous d’autres latitudes, dans d’autres mondes mais toujours avec cette marque au fer rouge qui ne guérira qu’avec de l’espoir, s’inventant un présent, un futur qui les aide à affronter leur jeune vie.
C’est beau, tendre, émouvant et l’on s’attache à chaque fois à Aaron, Ethel, Anna, Brune et les autres, tous ces enfants en manque d’amour dont la résilience passe par le rêve afin de retrouver la lumière.

Maryline DESBIOLLES : Le neveu d’Anchise ( Ed.Seuil – 144 pages)
Maryline Desbiolles est l’auteur d’une vingtaine de livres.
Originaire de Savoie elle vit dans l’arrière pays niçois.
Récompensée en 1999 pour « Anchise » elle reprend aujourd’hui une suite avec »Le neveu d’Anchise », Aubin.
Cet adolescent a peu connu ce grand oncle apiculteur farouche, reclu sur ses terres, veuf inconsolable qui s’est suicidé par le feu, mais il a connu sa maison abandonnée, rasée à ce jour pour faire place à une déchetterie. Aubin jeune garçon renfermé et nostalgique qui parcourt la campagne dans les pas de son grand oncle, cherche les souvenirs qui l’aideront à franchir le seuil de l’enfance. C’est au travers de ses rencontres avec la nature, la musique, la vie qu’il connaitra par l’accompagnement entre autres d’Adl  le jeune gardien..
C’est l’occasion pour l’auteur de revenir sur ses grands thèmes de recherche : l’origine, l’imprégnation des souvenirs, la perte du réel et la nostalgie d’une campagne qui est maintenant réduite aux déchets. Avec à la fois un grand lyrisme sur les traces laissées par un passé révolu et la simplicité du ton adopté elle nous présente une période révolue éteinte.

7 De Montety 8 grainville

Etienne de MONTETY : La grande épreuve (Ed Stock – 300 pages)
La grande épreuve, grand prix du roman de l’Académie Française 2020 est une plongée sombre et effrayante dans une version copié-collé de l’attentat du Père Hamel dans l’église de St Etienne du Rouvray en 2016.
L’auteur remonte le temps et analyse la cassure psychologique du jeune et futur terroriste, comment un jeune homme élevé dans une famille aimante bascule dans l’horreur indicible. Il démontre l’engrenage, le silence, le secret, les réseaux qui mènent à l’assassinat, il parle d’un prêtre qui a connu la guerre en Algérie, a trouvé la foi dans l’eucharistie, mais qui aujourd’hui subit l’usure du temps, la désertification des églises, repense à Camus qui dans « La Peste » écrit « Peut-on être un saint sans Dieu ? »
L’église est aussi un lieu sûr de prière pour sœur Agnès, une femme qui vit dans les zones de non-droit, qui évolue dans un monde de démunis, offre sourires et aide à son prochain sans distinction de religion ni statut.
L’auteur, chapitre après chapitre, révèle le déroulé du futur assassinat du Padre, le jeune David qui se transforme en Daoud, Hicham petit délinquant que la prison a radicalisé et qui est prêt pour le sacrifice suprême à la cause de l’islam, et surtout éliminer tous les mécréants.
C’est un livre angoissant qui pointe l’évolution d’un monde, soit exigeant, soit indifférent, un monde qui communique mal, un monde qui va trop vite et ne laisse plus le temps à la culture et à la réflexion.
Oui, des attentats qui envahissent les médias, mais ce n’est certainement pas la solution à des mondes qui s’affrontent. C’est la question que tout un chacun doit se poser.

Patrick GRAINVILLE : Les yeux de Milos ( Ed du Seuil – 345 pages)
Patrick Grainville ne surprend pas son lecteur en écrivant sur la peinture et la vie des peintres. Dans ce nouveau roman, il dissèque la vie et l’œuvre de Picasso, il y associe la vie tragique de Nicolas de Staël.
Milos, prénom original, un prénom qui évoque la Grèce, la mythologie et la Méditerranée, Milos a des yeux extraordinairement bleus, un bleu qui fascine, qui électrise, des yeux qu’il doit protéger derrière des lunettes noires pour échapper à la brillance du soleil mais aussi à la curiosité des femmes. Milos fait des études d’archéologie, vit à Antibes la ville de Picasso et celle où Nicolas de Staël s’est suicidé. Milos fouille dans les grottes, les cavernes à la suite de l’abbé Henri Breuil qui a parcouru l’Afrique, en parallèle. Il est imprégné par la peinture violente de Picasso, son Minotaure, son Guernica, son enlèvement des sabines, les innombrables portraits de ses femmes et maitresses, et surtout la corrida, combat mortel de l’homme face au taureau. Ce combat c’est aussi la domination du sexe, un sexe que Milos retrouve dans les peintures des aurignaciens en France, un sexe non maitrisable et qui entraine Picasso dans une série de conquêtes de toutes jeunes filles parfois abandonnées, parfois cachées, un sexe qui tuera Nicolas de Staël fuyant depuis son plus jeune âge la Russie, puis la Belgique, puis une femme . Milos aussi séduit les femmes, Marine, Samantha, Vivie, il court après un rêve qu’il concrétise dans son imaginaire de ces deux grands peintres.
Le bleu, les taureaux, les cavernes, la guerre, le sexe, la vie, la mort, un rythme effréné que Patrick Grainville impose au lecteur. Il faut reconnaitre à l’auteur une connaissance exhaustive de la vie mouvementée de Picasso mais aussi regretter la moindre importance qu’il accorde à Nicolas de Staël dans ce roman.
Une lecture épuisante, hachée, qui vire parfois au cauchemar, en espérant qu’on puisse s’enréveiller et n’en garder que la part du rêve.

 


Gilles PARIS : Certains cœurs lâchent pour trois fois rien (Ed Flammarion)

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 «Tu es une merde, tu ne feras rien de ta vie»
C’est avec ces «mots d’amour», qu’entre humiliation, coups de poing, de pied, de ceinture, de son père, Gilles Paris a  dû essayer de se construire.
Gilles est romancier et attaché de presse d’auteurs, donc des deux côtés de la barricade de l’édition qu’il pratique avec talent et passion.
Parmi ses autres romans à succès «Ma vie de courgette» fut un succès mondial qui a également fait l’objet d’un film.
C’est donc entre les violences d’un père et une mère lointaine qui laisse faire, que Gilles va suivre son chemin de souffrance, entre deux dépressions et quelques tentatives de suicide. Un long cheminement, un long tunnel, un itinéraire d’un enfant pas gâté du tout.
Son enfance, son adolescence, sa vie d’homme, il essaiera de les construire  tant bien que mal, ses suicides étant plus des appels au secours qu’une véritable envie d’en finir.
Sa vie chaotique est en dents de scie, entre deux métiers qu’il aime et essaie de faire au mieux malgré ses passages d’hôpitaux en établissements psychiatriques.
Son histoire est l’histoire d’une errance, d’une recherche de soi, un combat de tous les jours qu’il nous raconte avec à la fois émotion et lucidité.
Son histoire est poignante et ressemble à celles des écrivains  maudits qui noient leur mal être dans toutes les drogues possibles, l’alcool et le sexe. Une vie de débauche, de tous les excès.
Mais à chaque fois, tel un Phénix, il renait de ses cendres. Après une tentative, un médecin lui a dit cette phrase : «Certains cœurs lâchent pour trois fois rien». Le sien résiste, aidé par Laurent, son ami, son amour, son mari, toujours à ses côtés dans le meilleur comme dans le pire, fidèle, patient, compréhensif et quelquefois aussi paumé que lui.
Auteurs de romans magnifiques, malgré les succès, le burn out n’est jamais loin et il le voit chaque fois venir avec angoisse. Après cette lecture, si l’on a lu ses romans, on le retrouve dans chacun d’eux, tapi dans un personnage.
Il a besoin d’exister mais lorsqu’on est une merde, c’est un pari difficile à tenir.

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Il ne vit que par ses deux passions, par Laurent, par la musique. Ce sont ses bouées de sauvetage.
Quand on le connaît tant soit peu (j’ai eu l’occasion de le rencontrer dans des fêtes des livres et je travaille avec lui depuis longtemps) on a l’impression d’un homme calme, serein, gentil mais derrière cette façade, la tempête gronde toujours…
Cet homme dévasté sera-t-il en paix un jour ? Arrivera-t-il à passer de l’ombre vers la lumière ?
Il y croit malgré tout.
Gilles Paris nous offre là un livre bouleversant, il se livre totalement avec des mots quelquefois très durs, avec une colère qu’il essaie de canaliser, pas toujours d’ailleurs, mais ses mots expriment cette envie de s’extirper de cette spirale infernale qui en fait un homme toujours sur le qui-vive avec à la fois la peur de sombrer à nouveau et l’envie de pouvoir enfin avoir une vie, sinon normale et heureuse du moins tranquille et apaisée.
Lorsque la lecture est terminée, on reste abasourdi de tant de violence et on a envie de lui dire : «Tiens bon, Gilles, tu n’es pas tout seul et la vie vaut la peine de lutter pour avoir enfin la lumière en soi»

Jacques Brachet



NOTES de LECTURES

Laurent Lavige, Sacha Rhoul & Jean Basselin Johnny Hallyday et s 2
Sacha RHOUL & Jean BASSELIN : Johnny Hallyday et ses anges gardiens
(Ed Casa – 192 pages)

Un magnifique livre-album concocté par deux hommes très proches de l’idole, Sacha Rhoul qui fut son secrétaire durant 40 ans et Jean Basselin qui, des 80 à 90, fut son intendant.
Inutile de vous dire que, s’ils étaient on ne peut plus proches, ils vivaient dans son ombre et ce que leur demandait Johnny dépassait de loin leurs fonctions car lorsqu’on travaillait avec l’artiste, il fallait se plier à sa vie de fou, à ses demandes, à ses exigences, même si – à l’inverse d’un Claude François – c’était toujours demandé gentiment.
Vivant presque 24 heures sur 24 avec lui, ils connaissaient tout de sa vie d’artiste et évidemment de sa vie intime qui était très… rock’n roll !
Ainsi, à travers des photos retrouvées et inédites, on entre dans les coulisses de la plus grande star française.
De son statut d’artiste, on sait à peu près tout mais dans les coulisses, il s’en passait des choses, tout comme hors spectacles et la star flamboyante qu’on voyait sur scène était différente dans la vie.
Côté qualités, il était timide, gentil, généreux. Côtés défauts, il était dépensier, menteur, pas très courageux lorsqu’un problème se dressait devant lui où lorsqu’il voulait virer quelqu’un… Les basses besognes, il les leur laissait faire… quitte à aller voir l’exilé en lui disant que ce n’était pas de sa faute !
Il aimait aussi dresser les uns contre les autres en inventant des histoires qu’il leur distillait sournoisement. Ce qui le faisait jubiler.
En fait, une immense star mais aussi un être humain avec avec ses qualités et ses défauts, mais un être attachant.
Un livre qui nous fait voir l’idole sous un autre jour !

Laure ADLER : La voyageuse de nuit (Ed. Grasset. 222 pages)
Cinquante ans après Simone de Beauvoir qui s’inquiétait de la manière dont la société traitait «les vieux», Laure Adler  veut briser la conspiration du silence  autour du thème de l’avancée en âge, de la mise à l’écart des ainés et de l’angoisse de vieillir seul, du comment accepter la perte d’autonomie. Pendant quatre ans, auprès de gens célèbres ou d’inconnus rencontrés au jour le jour, elle met en avant la richesse intellectuelle de ces vieux, l’acceptation de ce que la vie leur a apportée, du détachement acquis en oubliant les drames et la sérénité acquise par la relativité du vécu.
Ce livre est-il destiné aux Vieux ? Pas vraiment. Certes chacun s’y reconnaitra en fonction des aléas de son existence. Plutôt aux jeunes qui ont du mal à se projeter dans un futur qu’ils n’aimeront pas envisager.
C’est plutôt un aperçu du fait qu’il n y a pas deux vieillesses semblables et que tout dépend de la façon dont on l’a construite. Seul  dans le triste état des Epadh où l’auteur met en valeur le rude labeur d’accompagnement, ou l’entourage d’une famille qui tentera d’accepter que la vieillesse soit une fin qu’il faut accepter et accompagner.
Laure Adler n’élude aucun aspect de ces fins de vie tragiques souvent, apaisées parfois. Le tout dans un style rigoureux et avec beaucoup d’empathie.

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Florian FERRIER : Déjà, l’air fraîchit  ( Ed : Plon – 669 pages)
Comment une petite fille allemande, adulée par son père va-t-elle vivre et évoluer après la mort de celui-ci pendant la seconde guerre mondiale ?
Elektra a un caractère violent, elle prouve sa volonté de vaincre en escaladant les montagnes dès son plus jeune âge, elle arrivera au sommet malgré les difficultés. Passionnée de lecture, elle devient bibliothécaire à dix-huit ans lorsque la seconde guerre mondiale est déclarée, son esprit germanique profondément ancré en elle avec la légende de la Lorelei, l’éclairera ou l’aveuglera, tout dépendra de la fin de la guerre. Elle doit donc  inventorier, classer, archiver, éliminer tous les livres interdits par le haut commandement hitlérien, ce qui correspond exactement à son caractère.
La mort de son père disparu mystérieusement sera le fil à suivre jusqu’à la dernière page du roman. Ce roman est toutefois remarquable par la richesse de la documentation sur la captation des biens juifs en tous genres notamment les propriétés, les bijoux, les mobiliers, et dans le cas de ce roman les livres qui iront remplir les bibliothèques du Reich et surtout reprendre ce qui avait été volé depuis les conquêtes de Napoléon. Les années qui passent permettent à l’auteur de retracer l’évolution de la théorie de la suprématie de la race allemande et comment éliminer par tous les moyens l’existence des juifs.
Un roman de près de sept cents pages, parfois trop détaillé et qui suit les pas d’une très jeune femme que le lecteur s’étonne de voir côtoyer de très hauts dignitaires. Mais c’est la magie du roman !
Une traversée de cette guerre vue par une jeune allemande entièrement dévouée au Führer et qui malgré les atrocités qu’elle approchera en Russie restera fidèle à l’esprit du retour de la Grande Allemagne défaite en 1918.

David GROSSMAN : La vie joue avec moi (Ed : Seuil – 329 pages)
Traduit de l’hébreu par Jean-Luc Hallouche
Trois générations de femmes, Véra la grand-mère qui fête ses quatre- vingt dix ans, Nina sa fille, et Guili sa petite-fille. Un trio qui retourne sur la jeunesse de Véra et que Guili , la scripte dirigera avec sa caméra tenue par Raphaël, une caméra indiscrète qui scrute chaque visage, chaque parole, chaque silence, une caméra qui ira à Goli Otok, île maudite où Véra était tenue prisonnière sous le régime de Tito pour espionnage à la solde de Staline. Ce voyage en Croatie devient le lieu de la vérité, la révélation et peut-être la raison de la fuite de Nina revenue malade auprès de sa famille, et surtout de ceux qui l’aiment.
Que de souffrances pour un silence maudit, en effet pourquoi Véra a-t-elle abandonné sa fille lors de son incarcération ? C’est pourtant un immense roman d’amour que nous offre David Grossman dans « La vie joue avec moi ». Des relations difficiles mais des amours fidèles, sans faille, de Véra pour le père de Nina, de Raphaël pour Nina, de Véra pour Guili sa petite-fille qu’elle sauvera d’une profonde dépression .Et la question qui reste sans réponse au début de ce voyage, comment être la fille de Véra, Nina en est un vivant exemple dramatique dans son errance et sa quête de vérité.
Roman troublant, magique, poignant. Le prix de la vérité se paie toujours très cher, c’est une question à laquelle l’auteur répond, comme il l’a déjà fait dans son magnifique roman « Une femme fuyant l’annonce ».L’auteur indique dans ses remerciements de fin qu’il a voulu rapporter tout en la romançant largement, l’histoire que lui a racontée il y a vingt ans Eva Panic Nahir, célèbre yougoslave rescapée du camp de Goli Otok. La lecture de ce roman laisse une trace indélébile chez le lecteur, une lueur d’espérance et de vie. Magnifique.

 

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Peter CAREY : Loin de chez soi (Ed Actes Sud – 350 pages)
Traduit de l’anglais par France Camus-Pichon
Peter Carey est né en Australie et vit à New York .Il a été lauréat en 2003 du prix du meilleur livre étranger.
Nous sommes à l’automne de l’année 1958, à Bacchus Marsh en Australie à cinquante kilomètres de Melbourne. Tich et Irène Bobs viennent de s’installer dans cette zone rurale avec leurs deux enfants, Edith et Ronnie et espèrent ouvrir une concession automobile de marque Ford.
Ils font connaissance de leur voisin, Willie Bachhuber, jeune professeur de collège et vedette d’un jeu radiophonique. Ils vont sympathiser et l’emmener comme navigateur lecteur de cartes lorsqu’ils vont décider de participer au Redex Trail, rallye automobile à travers l’outback australien, sponsorisé par une marque de lubrifiant, voulant démontrer la fiabilité des véhicules.
L’auteur adopte des chapitres alternés donnant la parole successivement à Irène et Willie. La première partie du roman décrit la personnalité, l’origine et la vie des protagonistes. Ces cent quarante premières pages auraient pu être plus condensées, alors que le récit de mêmes évènements, bien que d’une vision divergente, peut lasser. Puis le récit de la course automobile relance l’intérêt du lecteur qui fait le tour de l’Australie avec les compétiteurs.
En troisième partie, Peter Carey, au gré des aventures de ses personnage, nous plonge dans les us et coutumes aborigènes, tout en rappelant les errements de la colonisation et ses conséquences sur cette population.
Un roman long, qui demande un effort de lecture mais qui fait découvrir un continent de façon originale. On peut regretter l’absence dans le livre d’une carte présentant le parcours du Redex Trail  et la localisation des évènements au cours du récit.
Il vous faudra chercher sur internet ces documents car l’auteur s’est inspiré de faits réels qu’il a romancé !

Mélanie GUYARD : L’enfant des tempêtes (Ed du Seuil – 300 pages)
Juin 2011.
Mathieu, étudiant en médecine spécialisé en psychiatrie, âgé de 23 ans, part pour l’île d’Oléron. Il veut revoir la maison où il passait ses vacances et dans laquelle son dernier séjour remonte à il y à douze ans. Il se remémore cette période. C’était l’hiver 1999. Son père venait de mettre fin à sa vie. Brisée de chagrin, sa mère l’avait emmené passer Noël tous les deux seuls dans cette maison, incapable de supporter de passer les fêtes en famille comme d’habitude.
Matthieu, âgé de 12 ans à l’époque rencontre Corentin, un gamin de son âge, avec qui il va explorer l’île, ses plages, ses blockhaus en ruine et tester son courage.
L’auteur met en scène le chemin initiatique de Matthieu vers la délivrance du deuil et de la culpabilité alors qu’une terrible tempête va s’abattre sur la côte française et éprouver la mère et l’enfant.
Un  roman dans lequel on ne sait plus parfois où est le vrai et le faux mais ce sera son charme pour les lecteurs qui se laisseront séduire…

7 8

Metin ARDITI :  Rachel et les siens (Ed.Grasset – 503 pages)
Magnifique épopée que cette rétrospective d’un temps où Juifs et Arabes vivaient en harmonie dans la région de Jaffa au tout début  des années 1910. Une histoire dans l’Histoire où l’on voit grandir deux familles, l’une juive, l’autre arabe, partageant la même maison, élevant les enfants en frères et sœurs et qui vont traverser ce siècle en pleine ébullition.  C’était avant l’arrivée des Juifs de l’Europe de l’Est, qui vont fragiliser les équilibres et que les effets collatéraux de la grande guerre vont remettre en question.
Rachel et les siens vont traverser la tourmente, rompant et tissant de nouveaux liens, nouant des intrigues, gagnant et perdant tour à tour, Rachel parvenant à devenir une célèbre dramaturge en finissant sa vie en Europe. C’est sa vie tumultueuse que cet admirable conteur nous fait partager.
De l’histoire, des sentiments, de la passion à travers les conflits mondiaux de notre époque.

Claire KEEGAN : Ce genre de petites choses (Ed Sabine Wespieser – 116 pages)
Traduit de l’anglais par Jacqueline Odin
Ce roman est dédié aux femmes et aux enfants qui ont connu la claustration dans les blanchisseries de Magdalen en Irlande.
Nous sommes à la fin de l’année 1985 à New Ross en Irlande. Bill Furlong, le marchand de bois et de charbon, a fort à faire pour livrer tous ses clients, dont le couvent voisin. Des bruits courent que les sœurs du Bon Pasteur y exploitent à des travaux de blanchisserie, des filles non mariées et qu’elles gagnent beaucoup d’argent en plaçant à l’étranger ces enfants illégitimes. Bill y a vu un jour des jeunes filles qui ciraient, pieds nus, le plancher.
Troublé, il en a parlé à Eilenn sa femme et mère de cinq filles, qui lui a répondu que de telles choses ne les concernaient pas.
Cet homme, élevé dans la maison où sa mère, enceinte à quinze, était domestique, va-t-il être capable s’entraider son prochain, de prodiguer les bienfaits qu’il a reçus ?
Ce court récit, écrit avec beaucoup de finesse,est comme un conte de Noël bien agréable à lire.

9 10

Katherine PANCOL : Eugène et moi (Ed Albin Michel – 197 pages)
Ce court roman, illustré par les dessins bariolés d’Anne Boudart, raconte les aventures de Katherine et Eugène, deux jeunes filles d’une vingtaine d’années qui se rencontrent à l’aéroport d’Orly alors qu’elles sont en partance pour Mexico.
Katherine fuit un amant possessif et ombrageux, «celui-qui-prétend-l’aimer-et-la-fait-pleurer».
Eugène fait le tour du monde, qu’elle finance par des emplois de dame pipi ou dame téléphone entre deux destinations. Sa devise : «Sans risque, la vie est trop triste».
Elles vont s’unir dans la drague et la recherche de gains faciles dans les casinos d’Acapulco. Mais il ne faut jamais faire confiance à un homme et séparer l’argent du mâle. Nos deux héroïnes doivent aller se réfugier chez Pepe, un ami d’Eugène. Chez lui,Katerine comprendra que son amie a un secret qu’elle lui cache.
En fin d’ouvrage, l’auteur révèle avoir écrit ce livre pendant le confinement, après avoir retrouvé sur Instagram en avril 2020, son ancienne amie Eugène et s’être remémoré leur joyeux passé de jeunesse.
Certes célébrer l’amitié sur le ton de l’humour n’est pas un vain exercice mais cet ouvrage doit être pris pour ce qu’il est : une publication chez Albin Michel Jeunesse !!!

Cécile PIVOT : Les lettres d’Esther (Ed. Calman- Lévy – 313 pages)
A la suite de la correspondance qu’elle  entretenait quotidiennement avec son père qui vient de décéder, Esther,  libraire à Lille, décide d’ouvrir un atelier d’écriture.
Cinq personnes  de tout âge, de tout milieu répondent à son annonce. Consigne au départ :  Contre quoi vous rebellez-vous ?
Jeanne, âgée, veuve, sans nouvelle de sa fille unique, cherche la  jeunesse et conseillera, sans juger. Samuel, vingt ans, déscolarisé, s’ouvrira à elle en disant les choses  telles qu’elles sont, Jean, business-man cynique, ne trouve plus de sens à sa vie,
Un couple fusionnel, à la dérive, n’arrive plus à communique , la jeune femme faisant une forte dépression post-partum.
Et Esther, l’initiatrice.
Tous ces cabossés de la vie vont prendre le temps de  la réflexion, loin de l' »immédiate it ».
Ces échanges de lettres croisée  vont réveiller leur nature profonde et s’avérer une expérience
salvatrice.
D’une écriture fluide,sensible, pleine d’humanité, ce roman épistolaire  est habillement construit pour adapter l’écriture à chacun de ces  personnages. Ils vont surmonter leur deuil, leurs peurs grâce au bien de  la communication si joliment symbolisé, à la fin du livre, par
l’émouvante et poétique « cabine téléphonique du vent » au Japon.
Un livre plus profond qu’il n’y parait!





Gérard LORIDON, scaphandrier et écrivain

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C’est un «vieux de la vieille» presque nonagénaire qui fut un pionnier de la plongée subaquatique.
Scaphandrier professionnel à la SOGETRAM  et au GERS, Gérard Loridon a côtoyé les plus grands noms de la mer, du commandant Cousteau au commandant Tailliez en passant par Frédéric Dumas, travaillant avec lui et lui ayant consacré un musée d’archéologie sous-marine à Sanary où il vit la plupart du temps… Lorsqu’il n’est pas en train de cueillir des champignons dans les Cévennes !
Mais la mer fut longtemps sa passion et la reste !
Aujourd’hui, il écrit. Et il écrit bien… et beaucoup !
Des histoires de mer, des ouvrages sur le monde sous-marin et même des romans, quand ce ne sont pas des recettes de poissons sur son blog !
Aussi prolixe en écriture que volubile lorsque vous le lancez sur son sujet de prédilection : la mer.
Il donne également des conférences et va de temps en temps cueillir le corail rouge du côté de la Corse.
Bon pied bon œil, il ne cesse de vaquer d’une occupation à l’autre même si aujourd’hui la plongée reste un beau souvenir.

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Il a découvert Sanary-sur-Mer, berceau historique de la plongée sous-marine, dont il connaît les fonds comme sa poche et qu’il aime appeler «Sanary-sous-mer». Conteur magnifique, il raconte aussi bien qu’il écrit  et varie les plaisirs de livre en livre.
Pour n’en citer que quelques-uns, justement «Sanary sous la mer», où il nous raconte sa vie de scaphandrier avec l’ami Dumas, l’un des «mousquetaires», pionnier comme lui de la plongée.
«Contes et nouvelles au port du Brusc», petit port entre Sanary et Six-Fours, qui possède 18 kilomètres de côtes et qui est porteur d’histoires, de légendes qu’il a retrouvés autour des sirènes, de l’épave de l’Atlante, de Sophocle «l’urinatoire», ancêtre des scaphandriers spécialisé dans la récupération de trésors gisant au fond de l’eau….
Un roman très drôle «Elections à la Casserlane» où, comme son nom l’indique, nous sommes en période des élections et notre ami va demander son avis aux électeurs du monde du silence… très bavard. On y côtoie ainsi Gigi et Stef, les girelles, Loulou le poulpe, Bagarrou le barracuda, Fouilladou le rouget… Tout un monde truculent qui pourrait faire l’objet d’un dessin animé !
Bien sûr, avec « Les épaves du scaphandrier», épaves nombreuses que tout plongeur rêve de découvrir car ce monde-là reste mystérieux et mythique, il nous entraîne sur ses découvertes.
Il rend aussi hommage à René Perrimond-Trouchet, pharmacien-chimiste du GERS à qui le monde sous-marin doit beaucoup par sa participation pour la création d’appareils destinés à la Marine Nationale.
Et il y en a beaucoup d’autres dont vous pouvez trouver la liste sur son blog : «Le scaphandrier»
De Boulogne-Billancourt où il est né, à Sanary où il a déposé ses valises, la vie d’un homme magnifique, attiré par la mer, dont il a fait son métier et sa passion et dont il nous régale de ses écrits, de ses aventures, de ses contes et légendes… et de ses recettes !
A noter que toutes les illustrations de ses livres sont signées de Dany… Loridon, son épouse !

Jacques Brachet


BEAUX LIVRES

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Greg ZLAP : «Sur la route avec Johnny» (Ed Hors Collection)
Il s’appelait Jean-Philippe Smet, mais vous le connaissiez sous le nom de Johnny.
Il s’appelle Greg Szlapczynski mais vous le connaissez sous le nom de Greg Zlap… Ce qui est, convenez-en est plus pratique à prononcer.
Deux noms qui ont été accolés durant dix ans et 282 concerts.
Vous ne pouvez pas l’avoir manqué si vous être allés applaudir Jojo… Car vous l’avez aussi applaudi à tout rompre dans la chanson «Gabrielle» dans laquelle il faisait un incroyable solo d’harmonica à en perdre haleine.
Depuis qu’il est tout petit, ce Polonais joue de l’harmonica, influencé par les films de Morricone. Et son talent fait que, exilé à Paris, il devient l’un des plus grands harmonicistes, monte un groupe, enregistre des disques et fait beaucoup de scène.
Il vit une vie tranquille en Normandie avec sa compagne puis épouse, Elvire, de qui il aura quatre enfants.
C’est par hasard que, dans la discothèque d’Elvire, il découvre le triple album live «Stade de France 98, Johnny allume le feu» de Johnny. De lui, il ne connait pas grand-chose car en Pologne sauf Charles Aznavour et Mireille Mathieu sont connus. Mais il a failli le rencontrer en 2001 car il joue dans la BO du film d’Alexandre Arcady «Entre Chien et Loup» dans lequel joue Johnny.
Et voilà qu’en 2007, Yvan Cassar, qui prépare les maquettes du prochain album de blues de Jojo, fait appel à lui. Coïncidence ? Yvan Cassar travaille avec Johnny depuis… 98 au stade de France !
Sans la venue de Johnny, il enregistre trois chansons : «Monument Valley», «Être un homme», «T’aimer si mal». Johnny, fan de blues, écoute les maquettes et appelle Greg aussitôt pour lui proposer de partir en tournée avec lui.
Ils ne se quitteront plus, créant ce fameux pont à l’harmonica de «Gabrielle» qui fera sa gloire.
Dix ans d’aventures avec le boss, dix ans de tournées épuisantes, d’enregistrements, de hauts et de bas car si Johnny est simple et gentil, il est quelquefois versatile, change d’idée, son entourage y étant pour beaucoup. Mais amitié et fidélité feront qu’ils ne se quitteront plus jusqu’à la disparition de l’idole.
C’est une belle et émouvante histoire que Greg nous raconte, émaillée de photos qu’il a lui-même réalisées durant ses pérégrinations avec Johnny, ce qui en fait des documents saisissants même s’ils ne sont pas de très bonne qualité.
C’est Vincent Perrot, son ami, qui signe la préface, lui qui a déjà signé pas mal de bios de Belmondo, Marais, Cosma, Boris Bergman, Brando…
Un seul regret : une couverture, certes très esthétique mais cartonnée et collée sur une feuille qui fait qu’elle n’est pas d’une solidité à toute épreuve.
Mais grâce à Greg, on entre dans les coulisses et dans l’intimité d’un monstre sacré attachant et superbe.

Alain MAROUANI : «Ferrat l’inoubliable» (Ed Cherche Midi)
Alain Marouani est un magnifique photographe que j’ai souvent côtoyé lorsque je travaillais avec Barclay qui, à l’époque, dans les années 60/70, «possédait » toutes les stars de la chanson : Aznavour, Dalida, Juvet, Nicoletta, Ferré, Ferrat, Delpech, Bardot, Salvador, Gréco, Mitchell, Sardou, Brel, Balavoine, Nougaro et bien d’autres.
Chaque fois que j’avais besoin de photos, elles étaient signées Marouani et lui, je le rencontrais avec l’équipe Barclay, chez celui-ci à Ramatuelle, au MIDEM, à la Rose d’or d’Antibes. Il était beau, lointain, beaucoup de filles le prenaient pour un chanteur de l’écurie Barclay mais lui s’en foutait… Il photographiait et l’on pouvait reconnaître ses portraits car il aimait photographier les artistes nimbés de lumière. J’ai encore un grand nombre de ses photos.
Il aimait les artistes qui le lui rendaient bien et devenait souvent ami avec eux qui lui faisaient confiance, et du coup, cela donnait toujours de très beaux portraits.
Avec Ferrat notamment, il réalisa un très grand nombre de photos, en studios, en scène, en Ardèche, pour ses pochettes de disques, sur ses émissions de télévision… Ce livre d’ailleurs est composé de splendides photos à toutes les étapes de la vie de Ferrat, ce qui en fait un album exceptionnel, car il nous raconte «son Ferrat» et tout ce qu’il en sait, qu’il a connu avec lui, à ses côtés. Ainsi nous raconte-t-il l’artiste qu’il était mais aussi l’homme politique, l’homme qui luttait contre les injustices, l’homme simple, tranquille dans son Ardèche, à Antraigues… pas loin de chez moi où je le rencontrais aussi avec sa femme, Colette. Là, il coulait des jours paisibles à jouer aux boules, à écrire et composer, ne venant à Paris que pour retrouver Gérard Meys, son producteur et mari d’Isabelle Aubret, pour les enregistrements et bien sûr Alain Marouani pour le reportage photo.
Une vie d’amour, de musique, de combats avec une émouvante préface de Véronique Estel, qu’il avait élevée, fille de sa première femme, la chanteuse Christine Sèvres, qu’il considérait comme sa fille.
Un magnifique livre où l’on voit l’évolution physique de Ferrat, visage glabre, cheveux courts, puis cheveux longs, avec cette éternelle moustache qu’il avait laissé pousser à Cuba et ne coupa jamais,  lui donnant l’air de d’Artagnan, puis le cheveu grisonnant, patriarche dans sa si belle montagne.
Une œuvre, un artiste, un homme attachant que Marouani a su si bien cerner.

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Rosalie VARDA-DEMY – Emmanuel PIERRAT : Il était une fois Peau d’Âne (Ed la Martinière)
Jacques Demy fut l’un de nos plus talentueux des réalisateurs français. Surtout l’un des plus original car il est le seul à nous avoir offert de vraies et belles comédies musicales «à la française» comme «Les parapluies de Cherbourg», «Les demoiselles de Rochefort», «Parking», «Deux places pour le 26»… Et «Peau d’Âne».
Ce conte de Charles Perrault, écrit en 1694, a traversé le temps et les générations et on compte même trois versions cinématographiques, en 1904, en 1908 avant que Jacques Demy n’en fasse, voici déjà 50 ans un film lumineux, baroque, fantastique, moderne et bien sûr musical. Tous les ingrédients étaient réunis : des décors plein d’imagination et de poésie signés  Jim Léon, des costumes somptueux signés Agostino Pale et par-dessus tout ça, la musique magique de Michel Legrand.
Sans compter l’éblouissant générique superbement choisi, chaque comédien n’ayant pas été choisi au hasard : Catherine Deneuve au sommet de sa beauté qui partagea des aventures avec Demy, entre Cherbourg et Rocheforts, Jean Marais, qu’il avait adoré dans «La belle et la bête» de Jean Cocteau dont il était un grand admirateur, et qu’il reprit pour «Parking», Jacques Perrin, déjà vu dans «Les demoiselles…», Delphine Seyrig parce que, pour lui, elle représentait une fée, mélange de l’actrice Jean Harlow  et des peintures de Boticelli, Micheline Presle, royale et belle qui berça son enfance cinématographique.
Tout était donc réuni pour que ce film traverse les décennies et c’est à la fois l’histoire de ce conte et de ce film que la fille de Demy-Varda, Rosalie, aidée par  Emmanuel Pierrat, nous… conte !
Ce fut un grand travail de recherche sur cette œuvre qui fit parler d’elle depuis qu’elle fut écrite par Perrault, œuvre qui fit couler beaucoup d’encre à une époque car elle parlait d’inceste tout en restant une histoire romanesque. Les écrivains, nombre de peintres et donc de cinéastes s’en emparèrent. Il y eut même une bande dessinée. Et ce qui reste un mystère, Disney, qui s’empara de nombreux contes, n’en fit jamais un film !
Demy, petit, fut nourri du théâtre Guignol, des images d’Epinal, de films fantastiques dont ceux de Cocteau, de l’héroïne des frères Grimm et… de Disney («Blanche Neige» était son idole !) et des comédies musicales américaines. Ce n’est pas pour rien qu’on retrouve, dans «Les demoiselles de Rochefort», Gene Kelly et George Chakiris !
Tout cela fit que Demy, mélangeant tous ces ingrédients, voulut faire des comédies musicales et il y réussit magnifiquement, aidé de Michel Legrand qui fut son fidèle compositeur durant toutes ces années. Legrand qui avait baptisé le réalisateur de ce joli surnom : «Mon Demy frère».
Dans ce livre magnifique, on retrouve plein de photos du film évidemment, les croquis des costumes et des décors mais aussi des illustrations qui ont été créées durant toutes ces décennies autour de ce conte, des interviewes des artistes et des collaborateurs….
Un livre qui est une véritable œuvre d’art.

Jacques Brachet




NOTES de LECTURES

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Kyra  DUPONT TROUBETZKOY : A la frontière de notre amour (Ed Favre – 182 pages)
Journaliste, grand reporter, passionnée par les relations internationales, l’auteur publie en juillet 2020 ce roman dédié «aux amoureux en temps de guerre».
C’est en effet surtout de l’amour dont veut parler l’auteur, celui naissant entre Gaia, jeune trentenaire professionnelle des missions humanitaires et Peter, un soldat des Forces spéciales américaines croisé à un check-point en pleine guerre en Tchétchénie. Cet amour, non autorisé car les humanitaires doivent respecter la neutralité, sera -t-il possible ?
Cet ouvrage nous permet de pénétrer dans les coulisses de la vie des membres des organisations humanitaires, prêts au sacrifice de leur vie, alternant adrénaline dans les zones dangereuses et défoulement avec journalistes et militaires lors de fêtes dans les capitales, parfois non à l’abri d’attentats.
Mais l’héroïne est trop belle, trop courageuse, trop volontaire, trop chanceuse pour qu’on y croit. On reste indifférent au sort des relations entre Gaia et Peter, comme celles de ses amies Emma et Marni avec des soldats.
Un roman qui, malgré son côté trop sentimental, pourra plaire cependant car il décrit avec réalisme les camps de réfugiés ou de prisonniers dans les années 2000 dans le Caucase ou en Afghanistan, et les évènements internationaux de cette époque.
Lars MYTTING : Les cloches jumelles (Ed Actes Sud – 425 pages)
traduit du norvégien par Françoise HEIDE
Lors de la christianisation de la Norvège au XII siècle, le territoire va se couvrir d’églises en bois debout, y compris dans les zones terrestres reculées. Les norvégiens, habiles charpentiers, vont élever ces bâtiments très particuliers, à l’aide de longs troncs de pins et de plaques de bois, décorés sur les faitages et les galeries extérieures de sculptures rappelant leurs vieilles croyances norroises, véritables dentelles en bois d’animaux fantasmagoriques, dragons, serpents et de têtes des dieux vikings, le tout recouvert de goudron pour assurer l’étanchéité.
C’est au sujet d’une de ces églises que Lars Mytting va écrire ce roman d’aventure, à la fois conte et récit historique.
Il situe le récit dans sa vallée natale de Gudbrandsdal, près de Lillehammer, dans un petit village peu accessible nommé Butangen.
A une date non indiquée, mais certainement il y a bien longtemps, à la ferme Hekne, naissent des jumelles siamoises, attachées de la hanche jusqu’en bas, nommées Halfrid et Gunhild, provoquant la mort de leur mère. Dès leur plus jeune âge, elles apprennent à tisser et réalisent à quatre mains de superbes toiles aux motifs mystérieux. Mais elles meurent adolescentes et sont enterrées sous le plancher de l’église en bois debout du village. Leur père utilise ses objets en argent ainsi que des pièces d’argent  pour faire fondre deux cloches au nom de ses filles qui sont installées au clocher de l’église en bois debout.
Puis le récit saute au premier janvier 1880. Astrid Hekne, âgée de vingt ans accompagne Klara, une vieille femme, à l’office du nouvel an célébré par le nouveau pasteur du village. Il fait glacial dans l’église et Klara meurt de froid. Le jeune pasteur explique à Astrid que cette église n’est pas assez grande pour la population du village, qu’elle est incommode, impossible à chauffer et qu’il a conçu le projet d’en construire une nouvelle.
Arrive alors au village un jeune architecte allemand, envoyé par l’académie des beaux-arts de Dresde.En effet pour financer la construction, le jeune pasteur a contacté cette institution qui veut sauver cet exemple d’architecture en la transplantant en Allemagne. Il s’est engagé à leur vendre la vieille église, y compris les deux cloches, pour 900 couronnes.
On va alors suivre Astrid dans son combat pour tenter de maintenir au village l’église et les cloches données par sa famille. Elle aura aussi à choisir entre le pasteur et le jeune architecte, entre la dure vie de la campagne norvégienne ou la modernité des villes allemandes.
Un beau roman dont l’écriture magnifie les paysages norvégiens et la vie rurale et pose la question de la conservation du patrimoine face à la modernité industrielle.

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Martine Marie MULLER : Dieu aime les rousses (Ed Terres de France – 585 pages)
Vaste programme que l’évocation de la vie de ce couple de hobereaux installé en Normandie dans un vaste domaine où ils vivent presque cachés, entourés de serviteurs et de leur trois filles adoptées, toutes rousses pour rester dans les canons de la beauté préraphaélique  et du monde de la peinture et des arts.
Des années 1910 à 1960 nous allons vivre avec ce couple excentrique et altruiste «complètement  à l’ouest» dirait-on maintenant, au cœur d’un merveilleux jardin que chacun s’escrime à cultiver et embellir jusqu’au jour où un cadavre est trouvé gisant parmi les fleurs. L’inspecteur chargé de l’enquête qui n’est autre que l’ex-fiancé de la fille ainée va  s’attaquer au problème en soupçonnant  tout l’entourage familial et amical. Qui est le coupable ? Tout le roman est la quête de cette vérité au travers des descriptions dithyrambiques des personnages et des paysage. Ce sont des digressions en tous genres qui s’éternisent nous faisant perdre tout sens du pourquoi nous sommes là, nous baladant du monde des arts à la guerre de 39 et la l’organisation de la Résistance sur les côtes normandes. Il s’ensuit un ennui qui nous fait perdre tout l’intérêt de l’histoire.
Écrit avec verve, dans un style extravagant  et foisonnant de références, ce roman pêche peut- être par le trop de tout au mépris de l’essentiel : la clarté du récit
Des phrases, des mots, des noms savants, l’auteure est certes prolixe mais l’intérêt du lecteur est passablement perdu dans ce fatras qui fait que l’empathie pour le défunt est totalement escamotée.
Mortel ennui.
Nathalie RHEIMS : Roman (Ed Léo Scheer – 143 pages)
Tout commence avec l’achat spontané, irraisonné d’un encrier en bronze doré représentant le diable.
Nathalie Rheims écrit ce livre pendant le confinement de mars dernier, une période qui offre temps et réflexion sur la vie, et bien sûr celle des autres, notamment dans le cas présent, Roman Polanski. Qu’ont en commun le Diable et ce cinéaste ? Tout le monde connait le diable et tout le monde connait Polanski sans être pour autant grand cinéphile.
Nathalie Rheims connait très bien la filmographie de Roman Polanski et elle analyse ses œuvres majeures en remontant à sa jeunesse où seul à Cracovie son instinct de survie l’a sauvé et inspiré. Lui, petit juif a réussi à produire des chefs d’œuvre oscarisés, a perdu sa femme assassinée par les membres d’une secte, a défié la chronique des scandales sexuels, a fui la justice américaine et malgré tout encore raflé une cascade de Césars pour son dernier film « J’accuse ».
Il faut sans doute avoir vu les films de Polanski pour comprendre la fascination du personnage, tout comme peut fasciner le diable installant dans le monde un vaste tribunal. Que ce soit dans « Rosemary’s Baby », « Le Pianiste » ou « J’accuse », Polanski crée des personnages qui incarnent l’étroitesse de l’âme humaine et agissent contre l’idéologie dominante. Pour autant le diable n’est fait que de la faiblesse des hommes qui laisse aux pires d’entre eux le Pouvoir et la Gloire, tels Hitler et Staline.
Cet écrit a pris forme pendant cette période «étrange d’enfermement. Peut-être le lecteur aura-t-il envie de revoir quelques films, peut-être posera-t-il un regard différent sur Polanski, peut-être s’ennuiera-t-il à lire cette association d’idées avec le diable.
Pourquoi, diable, Nathalie Rheims n’a-t-elle acheté un encrier bien classique ?

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Muriel BARBERY : une rose seule (Ed Actes Sud – 160pages)
Muriel Barbery nous entraine au Japon qu’elle connait bien pour y avoir  résidé, dans ce nouveau romans plein de grâce, de délicatesse et de  poésie.
Déjà la couverture nous transporte dans ce monde qu’elle a fait sien.
Rose, quadragénaire sans enfants, botaniste parisienne élevée par sa mère aujourd’hui décédée, est contactée par un notaire afin de se rendre au japon pour prendre connaissance du testament laissé par son père, riche marchand d’art contemporain qu’elle n’a jamais connu. Accueillie par Paul son assistant, elle va suivre le parcours initiatique qu’il lui révèle au fil de lieux mythiques dont il avait fait sa vie. Des jardins, des temples, des maisons de thé, cachés dans la laideur d’une ville moderne et défigurée.
Peu à peu le charme opère, l’apaisement s’installe.
Chaque chapitre placé sous le symbole d’une fleur unique, ouvre un degré dans le bien-être de la jeune femme. La fin, bien que conventionnelle, est un beau point d’orgue. De quoi le deuil est il difficile ? De ce qu’on a perdu ou de ce qu’on n’a jamais eu ?
Tout est léger, épuré, gracieux dans ce voyage. Exprimé avec beaucoup de pudeur et de poésie, on se laisse gagner par la mélancolie des tableaux et la symbolique des fleurs.
Certains lecteurs suivront pas à pas Rose dans ces temples, ces jardins japonais admirables en soins et en harmonie. Mais les avis peuvent être partagés. D’autres peut-être s’ennuieront-ils un tantinet dans ces déambulations si bien décrites…
Francis SZPINER : Une affaire si facile (Ed Le cherche midi – 150 pages)
Nous sommes en juin 1984.Simon Fogel, brillant avocat pénaliste, voit arriver dans son cabinet Martine Jiret qui lui déclare avoir tué le matin même, d’un coup de chevrotine, son mari Marcel. Mariée depuis dix ans, mère de Nicolas âgé de six ans, elle subit depuis des années la violence et les caprices sexuels sordides de son mari et n’a pas pu supporter une ultime humiliation de celui-ci. Sur les conseils de sa sœur, policière, elle vient se renseigner avant de se livrer à la police car elle veut protéger son fils, qui passait la nuit chez un ami.
L’avocat accepte de prendre la défense de cette femme, employée modèle, bonne mère et de tenter de mettre en avant toutes les circonstances atténuantes que sa triste histoire devrait permettre.
C’est donc par la bouche de Maître Fogel, son double, que l’auteur, avocat réputé, va faire découvrir au lecteur le système judiciaire français et les particularités du procès d’assises, en suivant Martine, de ses aveux jusqu’à sa condamnation.
Une lecture facile et agréable qui permet une vraie réflexion sur les procès criminels.

Munoz Molina perez

Un promeneur solitaire dans la foule : Antonio MUNOZ MOLINA (Ed Seuil – 516 pages)
C’est une promenade non pas solitaire comme l’indique le titre de l’ouvrage, mais au contraire une promenade à travers les villes de Madrid, New York, Paris, Londres, Lisbonne, une promenade à travers le temps plus ou moins juxtaposé de grands écrivains et de poètes comme Edgar Allan Poe, Thomas de Quincey, Baudelaire, Walter Benjamin; une promenade à travers le quotidien qui rappelle à chaque coin de rue un fantôme du passé.
Des situations ordinaires ou pittoresques recueillies méthodiquement au gré des pas de l’auteur, transcrites au crayon à papier, un crayon qui s’use à la longue, tiendra-t-il jusqu’au bout du roman ?
Il y a tout : la politique actuelle, Trump ne fait pas partie de ses amis ! Les faits divers, les sciences, la biologie, les petites choses du quotidien, les odeurs, les couleurs, le chant d’un oiseau, le retour au goût de vivre après une dépression, mais aussi le bonheur d’un amour partagé. L’auteur déambule et observe des itinéraires suivis par des écrivains, des artistes, des scientifiques, des visionnaires, des indigents et même des fous, et pour l’occasion s’inspire d’un chronobathyscaphe, d’un chronoaudimètre, ou d’un géolocalisateur pour mesurer un monde noyé dans les paradis artificiels, paradis déjà bien explorés par Poe, de Quincey et Baudelaire. Le lecteur est sous le charme de ces milliers de pas, notamment dans la ville de New York, la montée dans le Bronx où chaque rue révèle un moment de vie d’un chanteur de jazz, un acteur connu, un peintre, un écrivain sans oublier les invisibles qui peuplent les rues, les jardins, les ponts.
Antonio Munoz Molina a créé le mot «déambulologi », il en est un adepte et incite désormais le lecteur à marcher, ouvrir les yeux, s’intéresser, écouter, se choquer parfois, à respirer, à vivre. C’est un hymne à la vie avec ses hauts, ses bas, portant un espoir vibrant qui ne masque pas les difficultés rappelées à travers les vies de Quincey, Poe, Baudelaire et Walter Benjamin, ses poètes préférés.
Cinq cents pages, on en aurait lu bien davantage mais l’auteur se devait de rentrer chez lui , une femme l’attendait,
Il a trouvé la paix et tous ses cahiers nous offrent ce merveilleux récit.

Une nuit à Carthage : Annick PEREZ ( Ed Balzac – 147 pages)
La famille Barenti vit à Tunis dans l’aisance et l’exubérance. Dès les premières lignes Annick Perez brosse les traits caractéristiques de la famille juive avec ses cris de joie ou de douleur, la Mère Tita, petit bout de femme d’un mètre cinquante plutôt pessimiste à l’opposé de son mari Isaac, joyeux, bon vivant, heureux et volubile. Des enfants bien sûr, et parmi eux Alice, autre petit bout de femme de quinze ans, un rayon de soleil au rire cristallin et séducteur.
Et c’est la vie d’Alice dite Fliflo que l’auteur retrace avec humour mettant en avant sa volonté, son courage dans les épreuves car épreuves il y aura, et son amour pour Neldo jeune israélien venu recruter pour repeupler la jeune nation d’Israël, disparu du jour au lendemain après une promesse de mariage.
Nous sommes en 1947.
Il y a aussi l’amour de Paul qui lui déclare sa flamme et sa volonté de l’épouser malgré son jeune âge et qui se dit homme d’affaires à dix-sept ans.
Comme le dit l’auteur tout va bien aujourd’hui, il en sera autrement par la suite, la vie a ses revers, ses rebondissements. Car il faudra quitter Tunis, s’installer en France, travailler et encore travailler.
Alice est le cœur de ce roman polyphonique autour d’une femme courageuse, entreprenante, volontaire, attachante. Cette femme n’est peut-être pas sortie de l’imagination de l’auteur tant elle semble réelle et bien vivante.




NOTES de LECTURES

1 3 Författaren Marie Hermansson.

Rachid BENZINE : Dans les yeux du ciel. (Ed du Seuil – 168 pages)
C’est une femme nommée Nour qui parle dans ce livre. Elle vit dans une capitale d’un pays du Maghreb, non cité. Sa mère, belle et pauvre, était une prostituée de garnison qui est morte pendant un énième avortement pratiqué par Nour alors âgée de 12 ans. Orpheline, Nour devra faire le même métier que sa mère. A quarante ans, elle est une pute indépendante, qui travaille ainsi pour assurer l’éducation de sa fille Selma à laquelle elle cache soigneusement son activité. Elle choisit ses clients mais doit satisfaire leurs fantasmes. C’est une femme courageuse, intelligente, priant Dieu.
Nour a tissé une relation très amicale avec Slimane, un poète homosexuel, qui vit lui aussi de la prostitution. Ensemble, ils voient monter la révolte dans le pays et assistent au printemps arabe dont Slimane est un membre actif. Mais les élections amènent au pouvoir les frères musulmans qui imposent un régime pire que le précédent.
L’auteur dénonce dans ce roman quasi politique une société patriarcale, corrompue, impitoyable pour les plus faibles et pratiquant les violences sexuelles sur les femmes. Dans la seconde moitié du livre relatant le printemps arabe, il prône la démocratie, la tolérance, y compris sexuelle, et un islam apaisé. Le sort final des deux personnages donne  un ton  désespéré à cette condamnation de l’idéologie islamiste.
Xabi MOLIA : les jours sauvages (Ed du Seuil – 288 pages)
Roman de circonstance ? Roman de pure fiction ? Certainement généré par la pandémie actuelle et qui fait froid dans le dos.
Une grippe mortelle s’abat sur la planète. C’est le désastre, la fuite éperdue. Nous allons suivre une centaine de personne embarquée sur un ferry pris d’assaut afin de chercher le salut. Pour où ? Nul ne le sait. Lorsque qu’ils échouent sur une île vierge  au milieu de nulle part c’est un monde à rebâtir, à organiser à partir de rien. Deux groupes se forment par affinités, par âges, mais les dissensions s’installent : construire un radeau et partir à l’aventure ? Rester et réinventer une nouvelle société ? Les conflits s’installent. Les groupes s’épient, se combattent. On y retrouve à la fois du « Robinson Crusoé » et du »Paul et Virginie » mais là, le nombre crée le désordre et nous avons du mal à suivre les déambulations des protagonistes embarqués dans l’aventure. Créer une nouvelle société, la tentation est forte mais c’est la confusion et l’échec qui s’ensuivent.
L’idée aurait pu être bonne mais le lecteur se perd vite dans la multitude de personnages et de situations. Dans un style clair et simple l’auteur nous entraîne vers une situation accrocheuse au départ, l’espoir d’un monde nouveau mais l’arrivée est plus complexe, avec une impression de mal fini.
Nous nous sommes un peu perdus en route.
Marie  HERMANSON :  Le pays du crépuscule (Ed  Actes  Sud – 277 pages)
Traduit du suédois par Johanna Chattelard-Schapira

Matina vient de perdre son boulot et son logement. A vingt-deux  ans, sans diplôme, ni réelles perspectives, elle est sur le point de  retourner chez ses parents lorsqu’elle rencontre une ancienne amie du  lycée. Elle lui propose de travailler au service d’une riche retraitée  qui n’a plus toute sa tête et qui est persuadée de vivre dans les  années 1940. Elle convie tous les soirs à des diners imaginaires, tant sur le plan  physique que matériel, les membres d’une  société secrète.
Martina deviendra sa secrétaire personnelle profitant des largesses et  des absences pathologiques de la vieille dame, vivant dans le manoir  décrépi, en pleine campagne. Le stratagème marche jusqu’au jour où le  manoir offre refuge à trois naufragés de la vie qui échafauderont un plan  pour s’assurer l’héritage de la propriétaire.
Le lecteur se laisse porter avec plaisir dans ce thriller  psychologique mais, sur la fin, il a du mal à croire à ce conte  fantastique, à ce huit clos qui démonte nos rapports avec la réalité et  les subterfuges que l’on invente pour l’appréhender.

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Anne PAULY : Avant que j’oublie (Ed Verdier- 132 pages)
Premier roman de cette jeune femme qui obtint le Prix Inter 2020 avec cette grande confession dans laquelle elle vide son cœur. Le décès de son père, sera la dernière page que cette jeune femme tourne en quittant l’hôpital accompagnée de son frère.
Père unijambiste mort d’un cancer, personnage difficile, acteur d’une vie gâchée par l’alcool, les médicaments et les violences qui s’ensuivent. Violence envers leur mère décédée depuis quelques années et qui les laisse seuls elle et son frère pour veiller sur cet homme irascible et perturbé qu’elle n’abandonnera jamais assumant la maladie, la solitude et la mort, entourée de son frère présent/absent et de sa compagne qui l’aide à survivre.
C’est en rangeant, classant, jetant, vidant le logis familial qu’elle découvre l’homme sensible et aimant qu’il a été. Les écrits, l’amie d’enfance retrouvée,  les petites manies lui font découvrir l’homme caché qu’elle commence à comprendre puis à aimer. Ce n’est pas tant sa mort qu’elle regrette mai l’impossibilité à communiquer, à dire son amour qui les a séparés. Maintenant elle comprend, elle peut tourner la page et retrouver la sérénité qu’elle se refusait, elle peut enfin aimer cet improbable père.
Écrit avec beaucoup de passion et de justesse ce roman très intime est un beau premier roman.
Laurent GRAFF : Monsieur Minus (Ed le dilettante – 157 pages)
L’héritier unique de la première fortune de France refuse  catégoriquement le monde des affaires et passe sa vie à marcher sur les  chemins de grandes randonnées. C’est sa façon de vivre et son plaisir.
Seule concession qu’il avait accordée au conseil d’administration: était  de se faire implanter une puce électronique dans le bras au cas où…
Pour la logistique? pas de problème !  Martial, ancien  infirmier militaire qui a purgé une peine de quinze ans derrière les  barreaux,  assure. En plus de soigner délicatement les ampoules de son  maitre, il doit chercher le gîte et le couvert pour chaque étape ce  qu’il fait comme un jeu  entre deux grilles de loto. Les deux compères  parcourent ainsi campagnes, vallons et bords de mer sur plusieurs  centaines de kilomètres allant d’hôtel en maison d’hôte.
Deux ans d’une amitié fraternelle au-delà des rôles tenus.
Jusqu’au jour où Martial entre dans un bar pour cocher quelques grilles  du loto.
Parallèlement le climat de la planète se dérègle, les esprits s’échauffent. Tout bascule.
Avec de sobres mais fort belles descriptions de la natur, bretonne et et bords de mer en particulier, le lecteur,  même s’il n’est pas marcheur, prendra beaucoup de plaisir à ce roman distrayant et agréablement écrit.

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Juliette JOURDAN : Procédure Dublin (Ed Le Dilettante-189 pages)
L’héroïne de ce roman dont on ne connaitra pas le nom est une sexagénaire,retraitée,divorcée qui est devenue bénévole dans une structure d’accueil pour femmes à la rue.
On la découvre se rendant dans un centre de détention dans la banlieue de Rouen pour aller rencontrer une seconde fois Aminata Traoré, une malienne qui a fait l’objet d’un arrêté portant remise d’un demandeur d’asile aux autorités italiennes responsables de l’examen de sa demande d’asile.
C’est la procédure Dublin.
Cette femme, est arrivée par bateau en Sicile depuis la Libye. C’est en Italie que sa demande d’asile doit être examinée. Une obligation de quitter le territoire français lui a été notifiée et elle est en détention en attendant son expulsion.
Ce roman n’est pas qu’une réflexion sur l’accueil réservé aux migrants africains par l’Europe, c’est aussi l’histoire d’une femme qui, à travers le bénévolat provoquant son retour dans les lieux de son enfance et auprès de sa mère, va  revoir son passé et trouver un nouvel élan pour vivre dans notre monde contemporain et les destinées tragiques qu’il engendre.
Patrice TRIGANO : L’amour égorgé (Ed Maurice Nadeau – 236 pages)
Patrice Trigano nous livre le récit romancé de la vie de René Crevel, poète et écrivain surréaliste né en 1900 et mort en 1935, qui a été édité à l’occasion du centenaire du surréalisme, révélé en 1920 par la publication du texte fondateur d’André Breton et Philippe Soupault, « Les Champs magnétiques ».
Ce long ouvrage débute en juin 1914 alors que la mère de René l’appelle pour lui montrer le corps de son père qui vient de se pendre dans le salon. Seul enfant après la mort de son frère suite à une tuberculose non soignée, René est en butte à la violence physique et psychologique de sa mère dont il ne comprend pas la haine envers lui. Il est bon élève et a peu d’amis. L’un d’eux, Marc Allegret lui fait rencontrer André Gide, affranchi de toutes formes de contraintes morales. René se laisse alors aller aux plaisirs de l’alcool, de la drogue et du  sexe. Peu après il découvre le mouvement Dada et les conflits entre Tzara et Breton pour en prendre la direction et assiste à la création du surréalisme par ce dernier.
L’auteur nous présente alors René au cours de ses rencontres avec les différents membres de ces mouvements et pendant leurs rivalités mais aussi avec Aragon, Cocteau, Eluard, Dali, Marie-Laure de Noailles, Giacometti, Buñuel. Il évoque également les problèmes psychologiques que créent sa bisexualité et les douleurs physiques et morales que deux atteintes de tuberculose provoqueront en lui.
Une lecture agréable qui permet de découvrir René Crevel et les milieux intellectuels des années vingt et trente.
Maryline MARTIN : La Goulue (Ed Le Rocher Poche – 230 pages)
Journaliste littéraire, Maryline Martin a entrepris le récit de la vie de Louise Weber,dite « La Goulue » après s’être plongée dans le journal intime de Louise que lui a confié la direction du Moulin Rouge et dans les documents détenus par la Société d’Histoire et d’Archéologie des 9 et 18èmes arrondissements de Paris. Le Vieux Montmartre.
Dès son plus jeune âge, Louise née le 12 juillet 1866 à Clichy de parents alsaciens, a la passion de la danse. Son père l’emmène dans les noces et banquets danser sur les tables le chahut, nom de l’art de lever la jambe et chanter. La guerre de 1870, la mort de son père charpentier en tombant d’un échafaudage l’oblige à travailler comme blanchisseuse et à faire commerce de ses charmes. Lorsqu’elle va danser au Moulin de la Galette, deux hommes la remarquent. Elle va devenir danseuse professionnelle en 1884.C’est le début du succès ,des rencontres avec Toulouse Lautrec, Pierre Renoir  et des Messieurs du « beau monde ».
Louise, à 26 ans, arrête le cabaret et achète une baraque foraine, créant un numéro de danse du ventre. Puis avec un de ses amants, elle sera dompteuse de fauves. Elle cherchera le bonheur dans la maternité puis le mariage, sans résultat et sombrera dans l’alcool, mourant en 1929.
A travers le récit, bien mené, de la vie mouvementée de Louise on s’attache à cette étonnante personne, libre, fantasque, qui connaitra la richesse puis la déchéance et on prend plaisir à mieux connaître cette spécificité de la vie parisienne qu’ont été  le Moulin Rouge et les cabarets  à cette époque.

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Sophie CASSAGNES-BROUQUET : isabelle de France. Reine d’Angleterre (Ed-Perrin  358 pages)
L’intérêt pour l’histoire des femmes est relativement récent en France et n’a guère porté sur les reines. Seules quelque- unes se sont vues consacrer des biographies et Isabelle de France avait peu été étudiée jusqu’ici. Pourtant son parcours est digne des grandes sagas. C’est ce que nous rappelle  Sophie Cassagnes-Brouquier.
Née en 1295, figure emblématique de la saga des « Rois maudits », surnommée La Louve de France elle est le sujet de cette biographie extrêmement riche et détaillée faite par une érudite particulièrement documentée qui évoque cette figure complexe et hors du commun dans une période marquée par les guerres civiles et la violence des hommes.
Reine bafouée, reine conquérante et reine mère toujours écoutée Isabelle de France est un personnage essentiel de l’Europe médiévale dont la vie mérite d’être connue surtout évoquée par une plume aussi pointue
Daniel SANGSUE : A le recherche de Karl kleber (Ed Favre -148 pages)
En  juillet 1997, un professeur de littérature disparait entre son domicile et l’université où il enseigne. Quinze ans plus tard un collègue se penche sur sa disparition après avoir récupéré une vingtaine de cartons chez un libraire d’occasion. A l’époque, les recherches n’ont rien donné.
L’acheteur transformé en enquêteur va se piquer au jeu et tenter de retrouver son parcours : Suicidé car dépressif ? Assassiné ? sa femme avait un amant, lui une maitresse. Ce n’est pas l’enquête qui  va intéresser le collègue mais la connaissance du personnage Karl Kléber à travers ses lectures et nous la faire partager. C’est la littérature et l’art de la découvrir à travers les parcours  du personnage, qui est le véritable thème de ce roman.
Ce roman sympathique et bien documenté est plus destiné à nous faire découvrir la littérature qu’à résoudre une intrigue policière. En fait nous ne sommes guère plus avancé à la fin du roman.
A nous de chercher.
Mary Costello : La capture (Ed le Seuil – 254 pages)
Traduit de l’anglais par Madeleine Nasalik.
Début très romantique que l’existence de ce jeune professeur de lettres amoureux de Joyce auquel il rêve en vain depuis des années de consacrer un livre.
Installé à la campagne  dans la région de Dublin il mène une vie heureuse de gentleman-farmer intellectuel accompagné de sa chère tante Ellen qui influence sa vie en lui révélant des secrets de famille. L’amour arrive aussi sous les traits d’une jeune voisine et tout pourrait devenir idyllique sans l’influence néfaste de ladite tante.
A partir de là le roman bascule vers un questionnement du héros sur tout et sur rien !
Aucune cohésion dans ses dilemmes, ses pensées errent sans fil conducteur, n’amenant ni éclaircissement ni  conclusion et laissant le lecteur décontenancé. Cette méditation nébuleuse n’apporte rien au déroulement du récit sinon d’un personnage égaré au sein de la nature et du cosmos.
D’une belle écriture l’auteur nous promène dans la verdoyante campagne irlandaise mais nous laisse un peu en plan à la croisée des chemins