Archives pour la catégorie Ecriture

NOTES de LECTURES

Izaguirre vuillardVincent

Marian IZAGUIRRE : D’Elisabeth à Térésa (Ed Les Escales -379 pages)
Traduit de l’espagnol par Hélène Melo
Ecrivain vivant à Madrid, auteur d’une dizaine de romans, Marian Izaguirre publie en français un deuxième livre, après « La vie quand elle était à nous ».
C’est l’histoire de deux femmes ayant vécu à cent ans d’intervalles dans le même lieu sur la Costa Brava.
Le récit est raconté par une personne déclarant qu’elle connaît Térésa Mendieta depuis qu’elle est enfant. On apprendra plus tard qu’il s’agit de Philippe son maître d’armes qui est parti à la recherche de Térésa, brusquement disparue.
Nous sommes le 4 octobre 2009. Térésa est en train de fermer l’hôtel qu’elle tient avec quelques employés et qui est près de la faillite. A l’origine c’était une maison avec une tour carrée flanquée de quatre horloges, magnifiquement située sur une falaise en bord de mer, qui a été agrandie pour devenir un hôtel. Cette maison a été léguée à la famille de Térésa par Elisabeth Babel, femme sourde et muette qui s’écrivait à elle-même des lettres que Térésa a trouvées dans une boite en fer.
Le roman va alterner les épisodes de la vie de Térésa avec les lettres d’Elisabeth, datées de 1915 à 1931, qui sont comme un journal intime.
Le lecteur va ainsi découvrir parallèlement la vie de ces deux femmes qui malgré le siècle qui les sépare présente des goûts, des apprentissages, des expériences, des joies et des souffrances assez identiques au point d’en être troublantes dans leurs similitudes.
Un long roman dans lequel la vie des deux héroïnes en Catalogne émeut et interroge sur la place de la femme, sur la difficulté à trouver le bonheur et l’équilibre quand on ne trouve pas l’amour.
L’écriture en chapitres alternatifs au gré des personnages et des narrateurs rend le suivi de l’histoire parfois complexe.
Éric VUILLARD: La guerre des pauvres ( Ed Actes sud – 68 pages)
C’est le récit flamboyant d’un homme qui, meurtri dans son cœur et dans son âme lorsqu’il assiste à douze ans à la pendaison de son père, va se battre par la parole. La parole dans les églises, la parole sur les places de village, la parole qui réclame réparation pour les pauvres laïcs et paysans.
Thomas Müntzer, né en Bohême au XVIème siècle, n’est pas le premier à se révolter. D’autres en Angleterre comme John Bull, Wat Tyler, Jack Cade ont fait trembler la royauté et l’église. Et désormais avec l’invention de l’imprimerie, la Bible est accessible, le quotidien des pauvres ne correspond pas à la promesse du Christ, un Christ crucifié entre deux voleurs.
«Pourquoi le Dieu des pauvres est-il si bizarrement du côté des riches, avec les riches ?»
La Bible est maintenant traduite en allemand, la messe doit être dite en allemand pour que tout le peuple entendre la sainte parole. Et Müntzer, prédicateur à Zwickau, puis en Bohême s’enflamme, écrit, s’adresse aux princes, une colère gronde en lui, elle s’exprime et le peuple des paysans munis de fourches ira se battre contre les puissants. La violence, la folie de Müntzer deviennent du délire. Mais face à l’armée de l’Empire, c’est le chaos, une troupe de vagabonds contre des princes armés, c’est le massacre, le pillage et le triomphe du prince. Des milliers de morts semble le prix à payer quand on est pauvre. La guerre des pauvres connaîtra-t-elle une issue ?
Éric Vuillard, récompensé par le prix Goncourt pour «L’ordre du jour» en 2017, écrit ici avec force la révolte, le combat des petits, l’illumination de certains qui «gueulent leur foi, rameutent la misère, la rage, le désespoir et l’espoir».
L’auteur n’a que les mots, mais les mots d’Éric Vuillard résonnent très fort aujourd’hui au XXIème siècle, des mots qu’on entend sur nos ronds-points. Des mots à transmettre car jusqu’à présent les révoltes au nom de Dieu, de l’injustice, de la violation des droits n’ont jamais transformé la réalité.
Et de cela, chacun doit être conscient et responsable.
Gilles VINCENT : Peine maximum (Edi Cairn – 214 pages)
Février 1947, un petit garçon assiste à la pendaison de son père, «chasseur de Juifs». Soixante ans plus tard Marseille découvre, chaque jour le corps supplicié d’un vieillard. L’enquête va révéler l’origine juive des victimes.
Un ex-flic et une jeune psychanalyste vont se lancer dans une course folle contre l’Histoire refoulée de la Libération. Ils ont six jours pour trouver le coupable. La barbarie des meurtres monte en puissance.
Sur fond d’holocauste, ce roman noir, sur la mémoire du passé et sur l’héritage que l’on transmet à ses descendants, est bouleversant.
Le tueur n’avait jamais eu peur de la mort. Ce n’est pas elle qu’il fuyait depuis des années, mais sa propre histoire.

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Rodolphe BARRY : Honorer la fureur.(Ed. Finitude- 280 pages)
Sans doute fasciné par l’environnement de quelques écrivains américains, Rodolphe Barry nous livre après son «Devenir Carver» un deuxième roman biographique autour de James Agee cette fois.
Il s’agit de suivre le cursus de cet auteur sans concession, anarchiste, alcoolique et révolté du capitalisme américain, décédé en 1955 à New York.
Les premières pages du roman s’ouvrent sur le bureau de James Agee alors que celui-ci en équilibre sur la margelle de sa fenêtre considère la ville du haut de l’immense Chrysler Building en plein centre de Manhattan.
Engagé comme journaliste à «Forme épanouie du mensonge» par le magasine  » Fortune », l’écrivain, poète non identifié, davantage reporter engagé que rapporteur d’idéaux d’une société libérale, végète dans une attitude résignée, persuadé qu’il est de l’inutilité de son travail.
L’espoir survient lorsque son rédacteur en chef l’envoie dans le sud des États Unis faire une enquête sur la vie des métayers dans l’Oklahoma. Il sera accompagné de Walter Evans photographe.
Un road movie au départ de New York, dans les années 30, en pleine Grande Dépression!
S’ils paraissent dissemblables physiquement, les deux engagés travailleront dans une parfaite communion avec le souci de rendre le plus fidèlement possible la pénibilité des conditions de travail, la pauvreté des foyers, la docilité et l’endurance des ouvriers agricoles. D’abord accueillis avec réserve par les populations, ils s’attacheront à ces familles de fermiers. De belles rencontres, les photos comme les textes dénonceront le modèle libéral américain «une abjection» aux yeux de James Agee. Ces cris de colère ne satisferont pas le magasine
Le lecteur en revanche sera séduit par l‘exactitude et la véracité des scènes racontées. L’écriture de Rodolphe Barry, rapide, efficace, entrecoupée de mini-dialogues, empreinte parfois de termes volontairement surannés, prête aux descriptions un exotisme attachant.
Si pour « Fortune » l’exercice n’est pas réussi, le nom du journaliste, se met à circuler et attise la curiosité de l’intelligentsia américaine. La personnalité de l’écrivain séduit jusqu’à la côte ouest. On aime ses indignations, sa sensibilité, ses engagements et même ses addictions.
Il pourra alors se proposer entre autres, à la rédaction du scénario de « La nuit du Chasseur », de Charles Laughton, de se lier d’amitié avec Charlie Chaplin qui partage ses idées, de faire vivre sa famille, de subvenir à ses mariages successifs et d’honorer son addiction au whisky… jusqu’à la dernière cuite.
Bien documentée grâce à l’échange épistolaire retrouvé avec le révérend Flye, cette vie retracée, cette belle épopée, est celle d’un homme derrière une œuvre.
Quand un écrivain raconte un autre écrivain… à découvrir !
Rosa VENTRELLA : Une famille comme il faut (Ed :Les escales – 282 pages)
Traduit de l’italien par Anaïs Bouteille-Bokobza
Pas facile d’être la fille de Tony Curtis dans cette petite ville des Pouilles dans le sud de l’Italie, d’être un être rebelle, aux jambes fluettes, au torse creux,aux oreilles proéminentes, aux mèches folles et au teint si mat qu’on l’a surnommée Malacarne. Pas forcément un modèle de douceur cette petite fille, surtout avec un père pêcheur, beau comme Tony Curtis, qui souvent règne chez lui par les accès de violence, une mère soumise et deux frères aînés ayant des comportements complètement opposés. Dans le village, tout se sait, chacun a un surnom, on parle le dialecte, très peu l’italien. Le maître d’école décèle en Malacarne une enfant très douée, réceptive, qui comprend vite que pour sortir de l’ornière familiale elle devra travailler dur et viser haut.
L’auteur décrit subtilement les villageois en traits parfois caricaturaux mais savoureux, les amitiés, les méchancetés, les amours, la délinquance et la misère d’une population sans espérance. Une amitié lie Maria Malacarne à Michele, garçon obèse, aux yeux si doux mais qui a le malheur d’être rendu responsable de la mort du jeune frère de Malacarne. Cette amitié ne se démentira jamais, au contraire, elle grandira jusqu’à devenir un amour profond bien qu’interdit par le dictat d’un père aigri qui ne se fait entendre qu’en cognant, cassant et hurlant.
Cette famille comme il faut rappelle la saga de Helena Ferrante, la lecture est fluide, c’est une analyse juste de cette société encore très féodale qui règne dans cette Italie du sud.
Gwenaële ROBERT : Le dernier bain (Ed Robert Laffont – 235 pages)
Attiré par une couverture reproduisant le célèbre tableau de David «La Mort de Marat», dans la collection Les Passe-Murailles, publiée aux éditions Laffont, le lecteur ne sait pas encore qu’il va vivre intensément et en direct, les trois derniers jours de la vie de Marat.
Nous sommes le 11 Juillet 1793, en pleine Terreur, alors que se préparent à Paris, les festivités commémorant la prise de la Bastille.
La République a été proclamée, le roi mort, les couvents vidés, Marie-Antoinette emprisonnée avec sa sœur et le jeune Louis Capet. La révolution se crispe cependant car le peuple aspire maintenant au bonheur qu’on lui a promis.
Il fait très chaud en cet été de l’An II, nous parcourons avec l’auteure les rues de la capitale. Il y règne une totale liberté mêlée d’un sentiment d’impunité. Tous sont citoyens, et devenues citoyennes, les femmes ont aussi le droit d’agir à leur guise.
Forte d’une écriture quasi cinématographique Gwenaële Robert reconstitue un Paris de figures anonymes toutes portées par un même élan, le même vent de l’Histoire. La tension est extrême parfois, le Comité de salut public inquiète, la peur se lit sur certains visages ; peur des dénonciations, peur des massacres, de la guillotine.
Dans la rue des Cordeliers, non loin du numéro 30, habitée par le Député de la Montagne, plusieurs personnages se croisent et nous deviennent familiers. Gros plan sur leurs préoccupations. Il est vrai qu’ici Marat a «érigé la délation en vertu patriotique»…
Alors Jane, Marthe, Théodore, Charlotte interviennent. Il ou elles veulent, soit venger leur père, donner un nom à un enfant, revivre leur foi ou retrouver la pureté de l’élan révolutionnaire… et la baignoire entre dans l’Histoire !
Le tableau de David, peintre officiel de la jeune République, nous semble alors avoir été idéalisé. Marat ami du peintre, n’est en fait qu’un effrayant personnage, rongé par la maladie, trempant dans un bain de soufre censé amoindrir ses douleurs, partisan actif de la purge républicaine jusqu’au coup de poignard mortel.
Magnifiquement documenté et écrit, très visuel ce roman qui mêle fiction et réalité est une réussite.
Curieusement, il arrive aussi au moment où dans Paris, les  Gilets Jaunes»rêvent également d’une révolution.
A méditer !

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Sylvie DAZY : L’embâcle (Ed Le Diletante – 253 pages)
C’est un roman choral où se côtoient Paul, Louise, Malick, Théo , dans cette ville qui a connu une période industrielle florissante. Aujourd’hui ellevégète mais pourrait bien retrouver une seconde vie en attirant les jeunes ménages avec enfants qui ont un désir de verdure et de fraîcheur au bord de l’eau. Car en effet, cette ville se situe entre deux fleuves. Il y a bien eu, au siècle dernier, de graves inondations mais qui s’en souvient ?
La jeunesse n’en a cure, encore moins les promoteurs immobiliers qui rassurent et endorment le client avec des propos bien rodés.
C’est, chapitre après chapitre, la vie de cette ville proche de la capitale et donc attrayante qui voit l’évolution de l’habitat où l’on pousse les personnes âgées vers des résidences de plain-pied plus confortables, où le propriétaire du bar voit sa clientèle déserter. Adieu les petits cafés du matin et le débriefing joyeux des amis du quartier, où la jeune assistante sociale essaie en vain de convaincre son voisin reclus dans sa grande maison de bien vouloir bloquer ce fichu volet qui claque jour et nuit au premier souffle d’air, où l’agent immobilier toque aux portes pour satisfaire un patron aux ambitions démesurées car ce pourrait être son dernier grand coup dans sa carrière. Il y a entre autres cet homme enfermé dans sa maison, atteint du syndrome de Diogène, roi du pliage, dont il veut qu’il lui cède absolument un vieux local immense, inutilisé mais au potentiel immobilier phénoménal !
Tout ce petit monde se croise. Sseul Paul résiste à toute invasion chez lui, il sait être dans son droit. Rien ne l’oblige à ouvrir sa porte, malheur à celui qui voudrait l’importuner. Et c’est pourtant, malgré tous les beaux projets, la ville qui surprend et rappelle la mémoire du passé : cette grande inondation du siècle qui a tout englouti sur son passage. Les plans Orsec n’y feront rien, les réunions au plus haut niveau de l’Etat non plus. C’est l’embâcle, l’accumulation d’objets emportés par les eaux lors d’une crue puis bloqués dans le lit de la rivière qui donne fort justement le titre de ce roman de Sylvie Dazy.
Un roman où l’auteur rend les personnages bien réels. Mais c’est aussi une critique virulente sur la promotion immobilière, le non-respect de la nature et l’oubli de la mémoire de la ville.
Un roman qui laisse à réfléchir.
Gilles PARIS – AlineZALKO : Inventer les couleurs (Ed Gallimard Jeunesse – 51 pages)
Je connaissais l’attaché de presse efficace qu’est Gilles Paris. Je connaissais le romancier talentueux qu’il est aussi. Je connaissais moins son talent d’écriture pour les enfants, hormis ce livre devenu un immense succès césarisé au cinéma : « Ma vie de courgette ».
Gilles a toujours été très proche de l’enfance, son dernier roman, recueil de nouvelles intitulées « La lumière est à moi » paru chez Gallimard en atteste, histoires simples, poétiques, touchantes où l’on sent toute la nostalgie de sa propre enfance.
Cette fois, c’est une très jolie histoire qu’il nous propose à quatre mains, lui écrivant, Aline Zalko l’illustrant, y ajoutant son talent poétique.
Hyppolite vit en province avec son père qui l’élève seul depuis que sa maman est partie avec le voisin. Un papa formidable et aimant malgré un travail épuisant en usine. Un papa pas très conventionnel qui picole à la bière, fume comme un pompier, pète, rote, se cure le nez… Et portant ça n’empêche pas un amour fusionnel entre les deux.
Hyppolite adore dessiner et invente son monde avec ses propres couleurs, nous racontant sa vie à la maison où il retrouve son père qui l’aime et qu’il aime, à l’école avec ses copains Gégé, Antar, Fatou, Firmin et les autres. Son imagination est débordante et il vite sa vie autant qu’il la rêve.
Jusqu’au jour où toute la classe se rebelle contre le professeur de mathématique. Rébellion sans suite où tout se termine comme par enchantement. Lorsqu’il raconte l’histoire à son père, celui-ci lui conseille de se remettre à ses dessins et à ses couleurs. Ce qu’il fera.
C’est drôle, plein de cette nostalgie qui fait partie intégrante de l’auteur, rehaussé de dessins pleins de couleur d’Aline Zalko qui a su capter la poésie de l’auteur.
Ce livre serait-il les réminiscences de la propre enfance de Gilles Paris ?
Tahar BEN JELLOUN : L’insomnie (Ed.Gallimard – 260 pages)
Un scénariste tangérois ne supporte plus de ne pas dormir : c’est un grand insomniaque.
Il veille sa vieille mère qui a déjà un pied  dans la tombe. Devant ses souffrances morales et physiques, avec délicatesse, sans violence, il l’étouffe avec un oreiller….et le soir même il fait une nuit complète
Il en déduit que pour bien dormir, la seule solution est de tuer quelqu’un mais en phase terminale. Un ami lui sert de rabatteur. Ses victimes sont des crapules, des corrompus, des tortionnaires. Plus sa victime est importante, plus il dort. Il s’adjuge un système de récompenses sous forme de crédit points sommeil (C.P.S). plus ou moins nombreux en fonction de la personne qu’il tuera. C’est un « hâteur de mort » qui fait du bien puisqu’il abrège leur souffrance.
Mais c’est l’escalade…. et une erreur peut tout  faire basculer .
Entre fable et thriller malicieux, d’une plume légère, l’auteur aborde des sujets sensibles : l’euthanasie, la corruption et autres problèmes sombres de la société marocaine.
Cet académicien semble s’être bien amusé à écrire ce roman.
Il a réussi à faire sourire plus d’une fois son lecteur.

Aznavour Actu Schlink 2019.indd Trouchaud

Jacques PESSIS : Charles Aznavour, dialogue inachevé (Ed Tohu Bohu – 206 pages)
On le croyait immortel. Grâce à son oeuvre, il le sera comme le sont Brel, Brassens, Bécaud et quelques autres, tant ils ont marqué à tout jamais la chanson française.
Nombre de livres lui ont, depuis pas mal de temps, rendu hommage et ce n’est certainement pas fini.
Mais ses dernières confidences, il les aura faites à son ami et voisin de Mouriès, dans le Lubéron : Jacques Pessis, grand amoureux de la chanson française et de ses interprètes.
Avec lui, il avait commencé un dialogue lorsque l’artiste super-actif, se posait à Mouriès. Dialogue interrompu par sa disparition puisque Jacques avait encore quelques confidences à entendre et surtoutà choisir avec lui les photos qui devaient illustrer le livre.. Cela n’a pu se faire et du coup le dialogue reste inachevé et l’auteur nous raconte simplement la vie de l’artiste à travers ce qu’il a bien voulu lui confier.
Peu de choses en fait qui ne soient déjà connues tant en sept décennies, Charles a maintes fois raconté sa vie. Les pages les plus intéressantes sont celles où l’auteur nous raconte l’enfance et l’adolescence de l’artiste qu’il fut très jeune et dans laquelle on entre de plain pied.
Après, ce sont plus des souvenirs communs de leurs nombreuses rencontres de voisinage ou ailleurs, seuls ou accompagnés d’autres personnes comme Davoust, Trenet, Piaf, Coquatrix, Leeb… de ses concerts à l’Olympia ou à l’autre bout du monde. Et Jacques Pessis se souvient : de son élégance, de sa simplicité, de sa complicité avec les habitants de Mouriès, de déjeuners dans les restaurants et bistrots du voisinage, de cette piscine de 17 mètres dans laquelle Charles y plongeait à l’aube, de ses anniversaires, de leurs premières rencontres, des histoires juives qu’il aimait raconter… Tous ces détails qui font apparaître l’homme sous la star qu’il était.
Jacques Pessis écrit comme il raconte, avec volubilité, avec talent et surtout avec l’immense admiration qu’il portait à son voisin. Un très joli livre.
Bernhard SCHLINK : Olga (Ed Gallimard – 270 pages)
Traduit de l’allemand par Bernard Lortholary
De milieu modeste, orpheline, Olga vit chez sa grand’mère qui ne l’aime pas, dans un village de Poméranie, loin de toute modernité.
Fillette, observatrice singulière, elle cultive la solitude et ne rêve que de poursuivre ses études pour enseigner et transmettre le savoir.
Herbert, son meilleur ami, son amoureux, est le fils du riche industriel qui habite la maison de maître. Les barrières sociales font obstacle à leur amour. Il refuse la voie toute tracée de l’héritier; il est obsédé par les immensités et ne pense qu’à devenir explorateur.
Or nous sommes à la fin du XIXème siècle dans l’Allemagne du « funeste Bismarck « qui, dans son désir de grandeur, rêve de civiliser l’Afrique et de conquérir l’archipel du Spitzberg.
Herbert adhérera  aux deux expéditions dont l’une lui sera fatale car mal préparée ; il n’en reviendra pas. Il s’est perdu dans la fuite et n’a pas su voir que le bonheur était proche de lui et non dans les aventures fortes.
Dans la première partie du livre c’est la voix du narrateur qui décrit la vie d’Olga jusqu’à cinquante ans et sa passion pour Herbert. Puis dans la deuxième partie c’est la voix d’un jeune ami d’Olga à qui elle se confie.  Et enfin la troisième partie : les lettres d’Olga à son grand amour qui lui a échappé et qui à ses yeux n’est pas mort. Olga a fait de ce bonheur chaotique un réel Bonheur.
Roman superbe et profond. C’est le portrait émouvant et subtil d’une femme humble et déterminée qui, solitaire, a brisé les contraintes de son temps dans une société patriarcale qui ne lui apporte nul crédit, enfermée dans un pays obsédé par la folie nationaliste.
Marie-Jeanne TROUCHAUD : Donnez confiance à votre enfant (Ed Plon)
Marie-Jeanne Trouchaud fut enseignante avant d’être formatrice en relations humaines.
Ayant rencontré le philosophe Frédéric Lenoir, elle s’engagea dans son association « SEVE (Savoir Etre et Vivre Ensemble) afin d’animer des ateliers dont celui de la relation bienveillante de l’enfant, de l’adolescent, qui sont tous en fait des « ex-adultes ». Elle en a rencontré beaucoup et ce livre en est le résultat. Ce qui a tout déclenché, c’est cette petite phrase dite par une femme : « Les enfants ne peuvent pas se syndiquer ».
Et c’est la réalité car un enfant qui souffre est souvent très seul et a du mal à trouver quelqu’un pour s’épancher.
Chaque enfant, nous dit-elle, a un vécu, une personnalité qui lui viennent de la naissance, une naissance qui peut avoir été normale, bousculée, violente… Et elle est convaincue qu’une éducation doit être adaptée à l’enfant dans la réalité de son développement.
Pour cela, il faudra passer par de nombreuses et différentes phases adaptées à un vécu qui peut l’avoir fragilisé, l’avoir rendu vulnérable suite à des mensonges, des brutalités, de l’indifférence ou le désintérêt de sa famille, une mauvaise éducation, une injustice, une trop forte autorité…
Que faut-il à un enfant ? D’abord de l’amour, bien sûr et de l’intérêt du père comme de la mère, de la bienveillance, de la confiance, de l’écoute, du respect.
Tout cela elle nous l’explique, exemples à l’appui, dans ce livre dédié aussi bien à la mère qu’au père d’un enfant afin qu’il grandisse dans les meilleures conditions.
Françoise Dolto nous a quittés, voilà Marie-Jeanne Trouchard qui continue sa croisade pour le bonheur et l’épanouissement de l’enfant et pour mettre les parents devant leurs responsabilités.
Très instructif

Lesbre de la genardière chauffier

Michèle LESBRE : Rendez-vous à Parme ( Ed  Sabine Wespieser – 99 pages)
Comment résister à cette demande, non à cette prière de son ami Léo qui lui a laissé à sa mort des cartons de livres et dans ces livres « La Chartreuse de Parme », livre dont il se souviendra au paradis.
Une première lecture de ce roman a eu lieu sur une plage de Normandie, un livre au programme de troisième sans doute, une lecture dictée par le travail scolaire qui ennuie plus qu’il ne séduit mais qu’un homme a voulu lui lire à haute voix comme s’il s’adressait aussi à sa fille disparue et qu’il a priée de venir relire sur place à Parme. Et bien sûr, la jeune femme va partir à Parme pour sceller une amitié indéfectible avec Léo nouée dans ses jeunes années dans ses cours de théâtre amateur, Léo qui lui a révélé la magie du théâtre, magie qu’elle n’aura de cesse de chercher et trouver chez les plus grands metteurs en scène Chéreau, Vaclav Havel, Kantor, Peter Brook, Ariane Mnouchkine. Mais Parme ne répond pas ou plus à la jeune femme, d’autres villes d’Italie seront sans doute un écho à sa quête dès lors qu’elle aura retrouvé un amant parisien délaissé mais pugnace. C’est alors un partage mais un profond respect de la liberté de l’autre dans le couple. Déambuler dans les rues de Bologne la rouge, se laisser porter par les souvenirs, admettre que le temps passe vite et qu’il ne faut surtout pas laisser glisser les années sans dire adieu à cet homme qui dans ses jeunes années lui a confié avec pudeur sa peine.
Michèle Lesbre nous entraîne dans son amour pour le théâtre,pour des beaux textes, des créations, c’est profond et léger à la fois, un véritable plaisir de lecture.
Philippe de la GENARDIERE : Mare Nostrum (Ed Actes Sud – 260 pages)
Une tornade vient bouleverser la vie bien rangée d’Adelphe employé, dans une grande maison d’édition, à transformer des manuscrits à l’état de livres. Adelphe qui le soir joue du clavecin ou lit de la poésie, Adelphe élevé sévèrement dans un château austère de Bourgogne, seul avec une mère exigeante, Adelphe que la peau noire de Maïsha va séduire, captiver, obséder. Une rencontre de deux mondes si différents, deux peaux si contrastées, l’une blanche, l’autre noire ébène, si jeune, si lisse, la peau de Maïsha qui n’a jamais connu l’Afrique et qu’Adelphe contemple à en devenir fou.
Car la folie est là, elle le mène même en hôpital psychiatrique après une crise de délire mystique, où la vue de la Méditerranée, mare nostrum, la douceur des vers du poète lisboète Passoa rêvant comme lui «de départs définitifs vers le large, mais demeurant immobile sur son malheureux quai» n’apaiseront en rien une rupture butant sur une explosion de violence. Car si Adelphe vit enfin, à soixante ans, en se noyant dans la beauté de la peau noire de Maïsha, il fait remonter à la surface la douleur infinie de l’enfant d’esclaves, ces noirs violentés, vendus, soumis au bon vouloir du blanc.
Maïsha voudra revoir Adelphe qu,i rentré chez lui, apaisé, joue toujours son répertoire baroque au clavecin dans le château familial. Elle veut sceller la paix entre eux, le remercier de lui avoir ouvert les yeux sur son peuple et donc sur elle-même.
Ce roman truffé de références psychanalytiques est dérangeant par la brutalité des deux amants. L’auteur, par des phrases alambiquées et beaucoup trop longues se complaît à décrire la destruction d’un couple, un couple qui s’automutile, phénomène d’attraction, répulsion bien connu.
Roman pessimiste, dégageant un malaise permanent tant dans l’atmosphère que dans l’écriture.
Gilles MARTIN-CHAUFFIER  : L’ère des suspects (Ed.Grasset – 286 pages)
Un jeune flic d’un commissariat des banlieues nord de Paris, accompagné de sa jeune stagiaire «bobo» parisienne titulaire d’un master de droit, font une tournée de quartier. Accrochés par deux jeunes branchés s’ensuit interpellation, vérifications de papiers algarades et geste incivique qui entrainent une course poursuite dans la ville pour récupérer un portable volé compromettant. Course qui s’achève par la chute du jeune homme que l’on retrouve mort au bas d’un talus. Pour tout le monde le jeune flic est le coupable. Ce sera le point de départ de cet accident vu et revu de toute la société française, chacun donnant son point de vue, sa version des faits, avec chacun son langage et ses codes : avocats, juge, journalistes, famille, amis, entourage. Chaque communauté va reprendre l’enquête en utilisant son langage, ses valeurs, ses vérités et ses mensonges ou ses non-dits. En fait chacun est suspect par l’interprétation qu’il en fait afin d’illustrer sa version
Cette histoire mouvementée autour d’un incident au départ mineur rend ce roman vif et très actuel et démontre l’art de faire du «buz» autour d’un fait mineur, qui devient une affaire et qui passe du local à Paris.
Un bien écrit, bien étudié et très actuel.


 

NOTES DE LECTURES

van heemstra bonidan

Marjolijn VAN HEEMSTRA : Le prénom de mon oncle (Ed.Les Escales – 223 pages)
Traduit du néerlandais par Emmanuèle Sandron

Récompensé en 2017, par le prestigieux prix néerlandais BNC Bank Literatuurprijs, ce premier roman de Marjolijn Van Heemstra écrit à la première personne du singulier, surprend par son fond comme par sa forme.
Nous sommes à Amsterdam ; le texte rapporte l’histoire de Marjolijn, jeune trentenaire enceinte de son premier fils alors qu’elle a décidé de faire porter à son enfant le prénom de son grand oncle, héros de l’après guerre.
Un prologue nous apprend que la promesse a été faite à sa grand-mère en échange d’une belle chevalière que la narratrice porte à son doigt depuis douze ans déjà. L’enfant mâle, se dénommera Frans en hommage au grand oncle, décoré en son temps par le Général Montgomery.
L’essentiel du récit rapporte donc, sous forme de compte à rebours, la naissance programmée du bébé élu, tout en portant un regard sur le mythique personnage de l’oncle. Nous passons des «encore vingt sept semaines», puis vingt, puis huit, aux  «plus que trois semaine », puis deux, puis… etc. et X jours pour enfin annoncer le jour  j et la déclaration aux services civiques.
Parallèlement l’auteur, non sans ignorer la charge psychologique d’un tel héritage se met en quête de reconstruire le passé du personnage légendaire. C’est alors que, mêlant l’enquête sur le plan familial et personnel aussi bien qu’historique, les certitudes se délitent et la mythologie familiale en prend un coup !
Une bombe, un attentat, des morts à l’actif de ce héros (?), alors que la paix est revenue. L’enquête révèle une personnalité proche du «délire psychotique de l’illégalité», qui refuse «de s’adapter à l’ennui d’un monde en paix».
L’enfant à naître aura-t-il à porter le poids d’une telle légende ?
Si le récit s’organise simplement et de manière chronologique autour de ce destin, le lecteur s’étonnera cependant des nombreuses digressions autour de considérations, à juste titre, sur la transmission, le travail de mémoire, mais aussi sur l’avortement, la fécondation in vitro, la participation des hommes à l’expérience de grossesse, évoqués en des termes plutôt crus, jusqu’au récit du combat nocturne contre l’invasion des moustiques !
Une expérience de lecture différente qui n’est peut être pas étrangère à la nationalité et l’éducation libérale, avant-gardiste, de l’auteure.
Cathy BONIDAN : Chambre 128 (Ed de la Martinière – 284 pages)
Une femme trouve dans un hôtel de Bretagne, un manuscrit oublié par le précédent occupant de la chambre. Curieuse, elle le lit et s’aperçoit que la fin du roman n’a pas été écrite par la même personne. Intriguée, elle essaie de remonter, tout d’abord à l’auteur du manuscrit à qui elle le renvoie, aussi surpris qu’elle que la seconde partie ne soit pas de lui. Et elle se met en quête de  la longue liste des personnes ayant pu être l’auteur de ce livre.
Et de lettres en lettres, parfois des e mails, elle déplacera les montagnes pour rencontrer de nombreuses personnes, dont les écrits ont parfois modifié radicalement leur vie, pour finalement résoudre l’énigme de la chambre 128.
Une technique utilisée par l’auteure qui peut amuser ou lasser, mais rend la chose peu crédible.

Portrait de Jean-Christophe Rufin Arnaud

Jean-Christophe  RUFIN. Le suspendu de Conakry (Ed Flammarion – 309 pages)
Étonnant et atypique, ce consul de France à Conakr !
Natif de Roumanie dont il a gardé l’accent, au passé de pianiste de bar, amateur de Mozart et de Tokay bien glacé, il est méprisé par ses collègues dont il est la risée par sa garde-robes inadaptée au climat de la Guinée.
Il s’ennuie fort jusqu’au jour où on découvre non loin de la marina, un plaisancier blanc, mort, suspendu au mât de son voilier.  En l’absence de sa hiérarchie, il est trop content de sortir de son rôle potiche de consul pour mener cette enquête criminelle. Il a cinq jours. Les conclusions trop rapides des institutions locales ne le satisfont pas. Avec subtilité, malgré sa sensibilité à fleur de peau et à grands coups de Tokay glacé, il arrivera  à ses fins.
Avec son talent de conteur, son écriture fluide, l’auteur décrit bien l’ambiance africaine avec ses traditions, tenant compte de la hiérarchie administrative mêlée aux relations familiales entre autre.
Avec son talent d’écrivain, ses expériences de médecin et de diplomate, Jean-Christophe Rufinnous offre là un excellent roman policier, distrayant, bien ficelé, avec quelques observations caustiques sur le monde des consulats et des ambassades, mettant en lumière la réalité de la Guinée entre insécurité et trafics de drogue
Alain ARNAUD : Le festin des lanternes (Ed BoD – 190 pages)
Si certains se révèlent en se rasant le matin, Alain Arnaud a quant à lui, ressent, «l’éveil de la mémoire» en … urinant au pied d’un grand chêne ! Et pourquoi pas !
Il nous livre en ce début d’année, un roman en partie autobiographique dans lequel nous sont posés, à la croisée des âges, les réflexions et le questionnement propres à chacun d’entre nous, alors que notre parcours de vie parait déjà engagé.
Ainsi, selon le jeu subtil de sa miction, sa mémoire en réponse, flashe, par vagues, sur les épisodes marquants de sa vie.
Reproduits dans le roman en une cinquantaine de courts chapitres, nous voilà donc plongés dans la vie de l’auteur qui évoque l’évènement marquant de son adolescence et ses conséquences.
Sous les traits de son héros, journaliste publiciste, le narrateur vient de quitter Paris et se dirige vers Marseille en voiture.
Nous apprenons qu’une mauvaise piqure d’oursin à l’index droit, infectée, l’avait obligé à subir plusieurs interventions en milieu hospitalier, à Marseille justement, alors qu’il n’avait que dix sept ans. Ce doigt devenu «festin» pour l’appareil masticateur de l’échinoderme devient le fil conducteur du texte.
L’auteur rapporte des anecdotes, fait part de son ressenti, raconte les médecins, la cohorte des intervenants, les patients. Il décrit cet environnement si particulier, avec sincérité. Malicieux, il joue avec les champs lexicaux, ce qui rend le texte attachant et riche d’un humour subtil.
Certes, l’épreuve est longue et douloureuse mais c’est un autre monde que le narrateur observe avec curiosité, une jungle un peu loufoque. Il s’attache aux autres patients, s’inquiète pour eux. Ses nouveaux amis se nomment Nenesse, Paulo, Nightingale, plus âgés certes mais si solidaires.
Et puis il y a Marise, belle et jeune infirmière qui lui offre ses escapades et sa liberté assumée. Il est conquis !
Alors en retournant à Marseille, l’écrivain voudrait les retrouver tous. Mais le temps a métamorphosé la ville, dispersé les amis, perdu Marise. Tel un détective, il part à la reconquête de cet amour perdu.
En résumé, un roman touchant, riche d’une écriture pétillante.
Un joli moment de lecture avec en prime un coup de cœur pour la région méditerranéenne, la mer, la forêt, les odeurs, les bourrasques de vent racontées avec tendresse et poésie.

Paris2-® Didier Gaillard-Hohlweg pascal camille

Gilles PARIS : La lumière est à moi et autres nouvelles (Ed  Gallimard – 199 pages)
« La lumière est à moi » est le titre du dernier recueil de nouvelles de Gilles Paris et résume à lui seul l’approche délicate de l’auteur sur des sujets graves vus et vécus par des enfants ou des adolescents.
N’oublions jamais qu’un enfant voit, entend, souffre, aime et peut aussi haï. Heureusement, il garde son âme d’enfant et peut s’échapper du quotidien difficile, parfois brutal par le rêve, la communion avec la nature, un arbre, des oiseaux ou la mer.
Dans ces nouvelles, l’enfant épie, tâtonne, joue avec une sexualité naissante, est plein de questionnements devant des situations complexes à gérer, se réfugie auprès d’un frère protecteur, pare les coups des adultes qui grognent et paraissent si grands et si forts et pèsent si lourdement.
La force de ces nouvelles douces-amères est dans l’apparente légèreté des propos et la profondeur des blessures des enfants. Il leur faudra parfois des années pour trouver la paix. « La lumière est à moi », se dit Lior en hébreu, et c’est le prénom d’une petite fille généreuse, discrète, qui, par un sublime acte d’amour, redonnera vie à sa mère. Ce prénom prémonitoire éclaire et irradie autour de lui. C’est certainement le propos de l’auteur délicieusement pervers parfois comme peuvent l’être les enfants mais si magistralement perspicace quand le monde des adultes parait si complexe, dur, incompréhensible à l’enfant.
Ces nouvelles font parfois sourire, elles font surtout réfléchir et pourquoi pas, affronter la réalité. Il faut remarquer la superbe photo de Didier Gaillard-Hohlweg qui illustre la première page de ces nouvelles, reflet doux, lumineux mais si secret d’un enfant.
Camille PASCAL : L’été des quatre rois (Ed Plon – 622 pages)
Dans ce roman historique, couronné par le grand prix de l’Académie Française, Camille Pascal, agrégé d’Histoire et haut fonctionnaire, nous raconte en détail les mois de juillet et août 1830, au cours desquels vont se succéder sur le trône de France, Charles X, Louis XIX, Henri V et Louis- Philippe.
Le récit est découpé en journées qui portent chacune un titre et dont le cours est relaté par tranches avec indication en caractères gras des lieux où se déroulent les faits,.
Cette forme facilite la compréhension du lecteur et soutient son intérêt.
Le roman commence le 25 juillet 1830 date à laquelle le roi Charles X prend des ordonnances réduisant la liberté de la presse, prononçant la dissolution de la Chambre devenue trop libérale, réservant le droit de vote aux notables fortunés et ordonnant de nouvelles élections.
Il se termine le 16 août 1830 alors que Charles X s’embarque avec sa famille et sa cour à Cherbourg pour l’Angleterre.
Entre ces deux journées, l’auteur nous décrit comment ces ordonnances vont entrainer la perte de la dynastie des Bourbons. Pour cela, il nous plonge dans l’univers de la cour royale, des ministres en place, des députés et hommes politiques, qu’ils soient démocrates, ultraroyalistes ou opportunistes, des journalistes, des intellectuels, des salons mondains et enfin des bourgeois et du petit peuple parisien.
C’est ainsi que le lecteur rencontrera entre autres Talleyrand, La Fayette, Adolphe Thiers, Benjamin Constant, Hugo, Chateaubriand, Vigny, Stendhal ou Dumas.
Ce roman, d’un style classique et soutenu, est une lecture agréable et instructive

NOTES de LECTURES

gaudé Teper

Laurent GAUDE : Salina,les trois exils (Ed Actes Sud – 151pages)
Marqué par le personnage de Salina qu’il avait mis en scène dans la pièce de théâtre éponyme qu’il a écrite en 2003, Laurent Gaudé a voulu retrouver son héroïne en adaptant sa première histoire en un roman court et dense.
Quelque part en une Afrique saharienne imaginaire, à une époque indéterminée, dans le village du clan Djimba, arrive un cavalier qui y dépose un bébé ne cessant de pleurer. Sissoko,le chef du village, refuse de recevoir cet enfant dont le sort sera d’être mangé par les hyènes si le soleil ne l’a pas tué de ses rayons, avant. Mais une femme nommée Mamanbala se laisse toucher par ce nourrisson et le recueille. C’est une fille qu’elle nomme Salina, du fait des traces de sel laissées par ses pleurs.
Puis l’auteur nous transporte au moment de la mort de Salina qui s’éteint auprès de son fils Malaka Ce dernier, en cherchant un lieu pour lui donner une sépulture, arrive dans une ville auprès d’un lac sur lequel se trouve une île cimetière. Salina pourra y être enterrée si le récit de sa vie que devra faire son fils le justifie.
Commence alors l’histoire d’une femme forte, rebelle et fascinante dont la vie aura été nourrie de haine, de colère, de vengeance sauvage mais aussi de réconciliation, de consolation et d’amour.
Par les thèmes abordés ( mariage forcé, viol conjugal, vengeance, exils, liens filiaux, duel fratricide, culte dû aux morts), par les aspects fantastiques du récit, par son style proche du poème épique, ce conte tragique envoutera le lecteur.
Laurence TEPER : Un cadenas sur le cœur (Ed Quidam – 188 pages)
Laurence Teper est professeur de Français dans un lycée parisien et travaille en parallèle  dans l’édition. Ceci est son premier roman.
Ce roman est un condensé de la vie de l’auteure. Elle annonce en préface citant Honoré de Balzac « Sachez-le ce drame n’est ni une fiction, ni un roman . All is true ».
Acte 1. c’est la jeunesse de Claire Meunier née au début des années soixant, fille aimée d’une famille française apparemment ordinaire. D’un ton léger elle évoque sa jeunesse studieuse et sa joie de vivre lors des vacances communes avec une autre famille qui se retrouve tous les étés dans la même station balnéaire de la cote Atlantique. Neuf adultes six enfants, qui continuent de se fréquenter toute l’année puisque sa propre mère est l’employée du chef de la famille amie et d’où vont découler peu à peu des indices, des soupçons, des questionnements sur le type de relations bizarres qui se jouent sous ses yeux.
Acte 2. les soupçons s’alourdissent, le ton change et le drame sous-jacent commence à pointer son nez. Période compliquée pour la jeune femme devenue mère de famille, qui entreprend des recherches qui, au travers des recoupements du passé, des ascendants, laissent apparaitre des évènements tragiques de collaboration et de faits peu glorieux. C’est la recherche de la vérité. Pour reconstituer le puzzle dépareillé et dispersé de sa vie, elle brave interdits familiaux et mensonges. Elle perce à jour le secret de sa naissance, remonte aux origines de cette nouvelle famille mettant en danger sa vie de couple qui explose.
Acte 3. C’est la reconstruction de l’héroïne qui redresse la tête et qui fait jaillir la Vérité à la face de ses proches .
Roman bien écrit, bien monté, psychologique, dans lequel on se laisse prendre au jeu de l’auteure dont on comprend qu’elle sait de quoi elle parle.

cober Simonetta Greggio

Harold COBERT : Belle-Amie (Ed Les Escales – 410 pages)
En cette rentrée littéraire le dernier roman d’Harold Cobert, va surprendre par son originalité et la qualité de son écriture.
Il fallait oser rédiger une suite possible au chef d’œuvre de Maupassant. Ainsi Bel-Ami devient-il Belle-Amie, au féminin et à la manière de… presque comme un copié/collé !
Nous retrouvons Georges Duroy, l’ambitieux personnage installé dans le Paris du XIXème siècle, attablé dans un grand restaurant en conversation avec ses amis, tous engagés en politique. Accéder au pouvoir à l’occasion des prochaines élections anime le débat.
Les personnages nous sont présentés dès les premières pages dans un style et une syntaxe dignes du grand maître. L’écriture nous emporte dans cette même atmosphère, où cynisme, arrivisme et froide cruauté mettent les hommes à l’épreuve, les brisent au profit des plus calculateurs.
Léon Clément est déjà député, médecin de son état et propriétaire du journal « Le Glaive », Paul Friand, également député, est avocat et fin stratège, il donne des pistes pour contrer leur adversaire Eugène de la Barre. Le combat se fera lorsque la souscription publique pour le canal du Nicaragua de Ferdinand de Lesseps sera lancée.
Un monde d’hommes où Georges Duroy prend toute sa dimension. Devenu Ministre des Finances, sa réussite est cinglante. Ainsi, comme l’avait imaginé Maupassant, Bel-Ami, jouant de ses promotions amoureuses et professionnelles pourra jouir de la gloire, la fortune et la considération dont il rêvait.
Mais le romancier veille, et les femmes reprennent la main.
Elles sont toutes encore présentes dans le roman d’Harold Cobert : conquêtes, maîtresses, épouses que sont Madame Forestier, Madame de Marelle, Madame Walter et sa fille Suzanne.
Le texte prend alors des allures de vaudeville. On le regrette presque.
Et c’est Belle-Amie sous les traits de Siegfried/Salomé/Laurine, en réalité petite fille de Madame de Marelle, seule et même personne, qui va faire chanceler notre héros. Sa vie privée scabreuse aura raison de son statut. Sa vie familiale détruite, Georges Duroy n’est plus ce qu’il était.
La belle écriture, classique, peut être un peu datée d’Harold Cobert, se relâche. Et si le lecteur adhère néanmoins à ce dénouement, c’est parce qu’il est conscient, que Ministère des droits des Femmes oblige, il faut bien priver de ses acquis, un si abominable macho !
Georges Duroy n’avai- il pas dit, évoquant une terre convoitée en vue de son élection : « Je la prendrai, quel que soit le prix à payer, je la prendrai comme j’ai toujours pris les femmes, de force s’il le faut ». Dérangeant au XXIème siècle !
A lire aussi pour l’envie qu’il nous donne de retourner dans notre bibliothèque, au rayon Maupassant.
Simonnetta GREGGIO : Elsa mon amour  ( Ed Flammarion- 237pages)
Afin de bien préciser que ce livre est un roman l’auteure le commence par la biographie d’Elsa Morente en préface. Première femme récompensée par l’équivalent du Goncourt en Italie pour son œuvre « Storia ».
« Elsa mon amour » est l’histoire romancée de cette italienne, mariée à Alberto Moravia. Leur mariage durera jusqu’à la mort. L’auteure redonne sa voix à Elsa, car ce roman est écrit à la première personne du singulier. Ce roman intime et sensuel est l’histoire de sa vie. Elsa fût au centre de la vie culturelle de l’Italie des années 1950–1970. A six ans, petite fille sauvage, arrogante, effrontée, elle commence à écrire des nouvelles où elle décrit son enfance dans un quartier populaire.
Les chapitres courts, mais denses, à l’écriture poétique et imagée sont ponctués de fragments de journaux, de poèmes, de lettres. Des scènes brèves, où le réel se mêle à la fiction, se succèdent sans transition. Nous croisons Pasolini, Maria Callas, Anna Magnani.
C’est un livre mélancolique, profond et lumineux.
Un grand roman d’amour et de passion très bien rendu par Simonnetta Greggio.

benzoni gaelle

 Juliette BENZONI : Les chevaliers – L’intégrale (Ed. Plon –  949 pages)
*Le roi lépreux paru en 2002
**La malédiction. Paru en 2003
***Les trésors des templiers paru en 2003
Réédition en un seul volume des trois grands romans que Juliette Benzoni a regroupé en seul ouvrage mais qui n’apportent rien de plus à l’histoire
Il s’agit bien des croisades de 1176-1320 où sont mises en scène trois générations à la recherche des trésors perdus des religions monothéistes : La Vraie Croix, l’Arche d’Alliance et le Sceau de Mahomet. Toujours égale à elle-même Juliette Benzoni nous entraine dans une épopée monumentale à travers mers et continents, toujours avec verve et précision au plus près de l’Histoire et dans les méandres des épopées religieuses et guerrières de ses personnages.
Lecture réservée aux amateurs d’Histoire et de grandes mises en scène comme nous l’offre cette éminente historienne
Il est à noter que l’ouvrage comporte 949 pages et pèse un kilo, écrit en petits caractères denses ce qui le rend peu maniable !
Gaëlle JOSSE : Une longue impatience (Ed Notabilia – 191 pages)
En moins de deux cents pages, Gaëlle Josse décline une ode à l’amour, l’amour qu’une femme a pour ses enfants, son mari, son pays la Bretagne.
Cette femme, jeune veuve d’un marin pêcheur mort en mer, s’est remariée avec le pharmacien, déjà amoureux d’elle en classe primaire, lui le nanti, elle l’enfant battue, la sauvageonne.
Mais Louis, l’enfant du premier mariage devient un obstacle à l’amour exclusif que lui porte son mari, surtout après la naissance de deux autres enfants. Et lorsqu’une scène extrêmement violente oppose Louis à son beau-père c’est la rupture, une rupture qui se traduit par la fuite de l’enfant sur un bateau cargo, un bateau parti à l’aube et qui devrait revenir. En attendant ce jour, la jeune femme prie, espère, souffre et, telle la proue du navire, va ausculter chaque jour l’horizon pour accueillir son fils tant aimé qu’elle n’a pas su retenir. La vie continue en surface mais une partie d’elle est en train de mourir, elle tait son impatience et attend. Et dans ses espoirs chaque soir déçus mais chaque matin renouvelés, elle survit en écrivant le festin grandiose qu’elle offrira à son fils à son retour. Rien ne sera trop beau, ce sera une apothéose et pour cela cette femme retourne dans sa petite maison de pêcheur aux volets bleus et travaille dans la plus grande discrétion à un chef d’œuvre.
Gaëlle Josse choisit des mots qui bouleversent le lecteur, des pages d’un amour de mère qui engloutit tout autre sentiment.
C’est généreux, digne, superbe.

NOTES de LECTURES

fitoussi-08 2018 (c) Patrice Normand reverdy

Michèle FITOUSSI : Janet (Ed JC Lattès – 426 pages)
Janet c’est Janet Flanner la journaliste américaine dont Michèle Fitoussi va s’inspirer pour nous faire revivre une vie trépidante et passionnée qui débute dans les années 1920 et nous fait traverser un quinquennat de bouleversements à travers l’Europe et les États-Unis.
Elle est née en 1892 à Indianapolis dans une famille de Quakers, d’une mère qui rêve de gloire et de reconnaissance pour ses trois filles alors qu’elle-même est une femme frustrée. Janet choisit l’écriture et très tôt fuit sa famille pour épouser son jeune camarade de lycée qui l’emmène vers un New York de rêve qu’elle fuira encore pour rejoindre Paris où elle pense se révéler, malgré ses hésitations et sa timidité, comme écrivaine et surtout lesbienne qu’elle affiche, amoureuse de plusieurs femmes qui partageront sa vie. Mais à Paris c’est la guerre ; les années folles où elle fréquente tout ce que la capitale abrite d’artistes, d’’expatriés, tels Hemingway, Gertrude Stein, Picasso, Breton. Elle tente toujours d’émerger par sa plume et devient journaliste au tout jeune »New-Yorker » pour qui elle produira régulièrement et avec peine ses portraits, ses chroniques débridées du monde culturel ou intellectuel qu’elle côtoie avant de se lancer dans la seconde guerre mondiale avec les portraits de ces figures de l’actualité que sont Hitler, Pétain, de Gaulle. Voyageant sans relâche dans les capitales d’Europe, obnubilée par son rêve d’écrivaine, elle devient la chroniqueuse de son époque à un moment où seuls les hommes l’étaient.
C’est une belle fresque que nous offre Michèle Fitoussi, en mettant en lumière une de ces premières femmes libérées intellectuellement et sexuellement mais qui n’a pas laissé de grande œuvre littéraire derrière elle. Le portrait saisissant de cette pionnière est parfaitement mis en valeur par l’auteur en phrases courtes, nerveuses qui auraient pu être un peu plus fouillées. On a parfois l’impression de feuilleter un bottin mondain qui cache un peu la femme flamboyante, la voyageuse libérée que fut Janet.
Un bon moment de lecture malgré tout
Thomas B. REVERDY : L’hiver du mécontentement ( Ed. Flammarion – 215 pages)
Candice, vingt ans, pédale à travers Londres pour distribuer des plis urgents. Et, tout en pédalant, elle répète sans cesse son rôle de Richard III dans sa troupe de shakespearettes. Automne 1978, les temps sont difficiles, le chômage augmente, les grèves se succèdent les unes aux autres, le gouvernement de Callaghan piétine. Et Candice roule toujours, elle fait corps avec son vélo, elle vole, elle hurle dans les rues jonchées d’immondices la ruse de Richard III, sa vengeance, sa désespérance, sa haine. Oui, c’est l’hiver du mécontentement et Margaret Thatcher, venue au théâtre pour perfectionner sa voix plutôt aigrelette en vue de ses prochains discours politiques. répète un vers de Shakespeare.
Thomas Reverdy retrace avec vigueur cet hiver rigoureux, un hiver de révolte, jamais Shakespeare n’a été autant d’actualité. Une classe politique timorée, une crise qui met à terre les partis, alors, oui, pourquoi pas une femme,  dans le rôle de Richard III, l’autre à la tête du pays, désormais ce sont les femmes et les enfants qui paient le prix cher. Alors comme Richard III, Margaret Thatcher arrive, le sourire en coin, elle n’a plus rien à faire, le terrain est prêt pour ses grandes réformes. Et lorsque Candice quittera son job pour avoir participé à la distribution de tracts, elle remplira une dernière mission, une lettre oubliée, la lettre désormais inutile car le mal est sans issue.
L’auteur joue admirablement sur le rôle du jeu de l’acteur, l’acteur pleure pour de faux de vraies larmes, c’est du théâtre, mais c’est aussi comme dans la vie. Ce roman analyse très finement les personnages qui souffrent, la fiction rejoint la réalité. Rêve, théâtre, vie, des mots indispensables pour éviter le pire. Dans un style naturellement efficace, l’auteur raconte ces moments où la société bascule d’un monde à l’autre. Le récit magiquement formulé à l’écoute d’une bande non référencée, en exergue de chaque chapitre, nous conduit à regarder le monde autrement. Les paroles des Beatles, des Rolling Stones, des Pink Floyd et autres, savaient raconter les changements annoncés.

dosantos Weber

José Rodrigues DOS SANTOS : Signe de vie (HC Edition – 698 pages)
traduit du portugais par Adelino Pereira

Ce roman est le septième de la saga écrite par l’auteur portugais JR Dos Santos mettant en scène son héros le cryptanalyste Tomas Noronhas.
L’observatoire de l’institut Search for Extra Terrestrial Intelligence en Californie capte une émission venue de l’espace qui s’apparente à un signe de vie. Un objet inconnu se rapproche de la Terre. La NASA forme une équipe internationale d’astronautes pour partir en urgence à la rencontre de ce vaisseau qui sera à proximité de la planète dans 17 jours. Tomas Noronhas est recruté pour y participer.
Toute l’équipe se retrouve à HOUSTON d’où elle partira dans la navette Atlantis.
Le récit est un support au débat sur la question de savoir s’il existe une vie ailleurs que sur la terre et si l’homme a intérêt à répondre à un signal extraterrestre.
Les quatre cents premières pages sont essentiellement des dialogues entre les scientifiques et Noronhas permettant à l’auteur d’aborder de multiples réflexions sur l’origine de la vie, la question du hasard et de la nécessité et sur la possibilité d’autres civilisations dans l’univers et ce à travers les connaissances actuelles en physique, biologie et mathématiques.
Certains passages pourront paraitre longs et rébarbatifs aux lecteurs que ces sujets n’intéressent pas. Pour les autres, ils seront riches d’enseignement et de source de réflexion.
Le rythme du roman s’accélère quand commence le décollage des astronautes vers leur objectif et tient le lecteur en haleine jusqu’au dénouement.
Patrick WEBER : Maggie une vie pour en finir (Ed Plon – 392 pages)
Ce livre est le résultat d’une enquête de famille menée par Patrick Weber sur les traces d’une grand-mère jamais rencontrée. Il en est d’autant plus empreint d’émotion.
Nous suivons la vie de Maggie, jeune anglaise âgée de 18 ans lorsque éclate la Première Guerre mondiale jusqu’à sa fin de vie en Belgique, après qu’elle ait connu les affres de la Seconde Guerre. Elle n’est pas seulement une héroïne, elle est aussi le visage du passé de sa famille qui a force de chagrins et de secrets s’est dispersée en Europe.
Raconté à la première personne ce roman biographique retrace le destin de cette femme avec en toile de fond les guerres et deuils et les grands changements de l’Europe du XXème siècle.
L’auteur, en lui laissant la narration, confère au récit quelque chose de vivant. Le style est agréable. La grande et la petite histoire s’entremêlent de façon très poétique et naturelle.

 

DES LIVRES POUR NOËL

AutobiographieE

Muriel ROBIN ; « Fragile » (XO Ed)
C’est un grand coup de cœur que ces souvenirs que nous offre Muriel Robin, loin, très loin de l’image qu’on en a, de cette fille au visage carré, aux yeux ronds, qui vitupère, qui parle fort, boule d’énergie, grande gueule, limite sympa…
Je ne l’ai rencontrée qu’une seule fois, très brièvement, alors qu’elle passait à l’Opéra de Toulon et que j’étais reçu dans sa loge grâce à notre amie commune Catherine Lara.
Et moi qui venait lui dire que je l’avais adorée sur scène, elle me reçut comme un chien dans un jeu de quilles, ne se cachant pas pour me faire comprendre qu’elle n’en avait rien à foutre.
Je dus attendre cette année à la Rochelle, où elle était venue pour présenter le film sur Catherine Sauvage. Je l’avais trouvée toujours tonitruante mais plus détendue, toujours très drôle et surtout plus humaine.
Son livre m’a fait tout comprendre, sa vie étant un drame permanent avec déjà une enfance lourde entre une mère égocentrique, ne cessant d’humilier ses trois filles, un père fantôme, et à partir de là, elle alla de Charybde en Scylla malgré ce succès, qu’elle n’a jamais vraiment compris, prise entre une sexualité qu’elle ne maîtrise pas, une vie pleine de questionnements, d’ambiguïtés, entre amour et haine pour sa mère, ce qui la perturbe et la culpabilise, ne trouvant sa place nulle part. Nul ne guérit de son enfance et son vécu le prouve.
Jusqu’à 50 ans, elle vivra pour voler au secours des autres, sa mère, ses sœurs, ses amis, elle n’aura de relâche que grâce à quelques rencontres qui la tiendront en vie : Michel Bouquet, Line Renaud, son admiration pour Annie Girardot entre autres. Elle passera sa vie à refuser des choses tout simplement pour se punir d’être ce qu’elle est car elle ne s’est en fait jamais aimée : une pièce de Françoise Dorin, une tournée avec Bedos, une émission de radio et bien d’autres choses encore sans trop savoir pourquoi elle disait non à de belles propositions,.
Il lui faudra rencontrer Anne pour que tout s’apaise quelque peu, qu’elle prenne conscience de penser à elle, à son bonheur, à son équilibre. Ce n’est pas encore ça et ce n’est jamais fini, le livre se terminant sur un coup de théâtre, un coup de massue, auquel même un auteur n’aurait pas pensé.
J’avoue avoir lu ce livre de plus de 400 pages d’une seule traite, que j’ai souvent été ému aux larmes en me demandant si un jour Muriel Robin trouverait la paix.
Aujourd’hui je ne vois plus Muriel comme cet histrion qui nous faisait rire pendant qu’elle pleurait, et dont quelquefois l’agressivité revenait, peut-être pour évacuer un trop plein d’émotions et de drames.
Quelle « drôle » de vie, Mumu…

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Thibault de MONTALEMBERT : « Et le verbe se fait chair » (Ed de l’Observatoire)
Là encore grand moment de lecture, très loin des sentiments que j’ai pu avoir en lisant Muriel Robin.
Par coïncidence, c’est encore au Festival Télé de la Rochelle que j’ai rencontré Thibault de Montalembert, que j’avais apprécié dans la série « Dix pour cent » dont il venait présenter la troisième saison. Je voulais le rencontrer, ce que je n’eus aucune difficulté à faire tant il est simple et avenant.
De la classe guindée de son rôle dans la série, je retrouvais une classe décontractée et naturelle et il m’avait parlé de ce livre qu’il m’avait donné envie de lire puisque, en dehors de sa vie d’homme et d’artiste, il parle littérature et théâtre avec délicatesse, avec amour, passion même et pour un homme qui dit ne pas maîtriser l’orthographe, il manie la langue française avec bonheur et est un puits de science littéraire. Du « Club des cinq » et la Comtesse de Ségur à Duras en passant par Pagnol, Dumas, la littérature russe, sans parler de tous les grands auteurs qu’il a joué, Molière, Shakespeare, Racine, Pinter, Tchekhov, il n’a fait que lire, se nourrir de l’écriture même s’il aime dire que l’écriture passe par la parole, ce qui est normal pour un comédien mais surtout parce que, son frère devenant aveugle, il passa beaucoup de temps à lui lire des histoires. Amenant sa bibliothèque dans chacune de ses maisons, il avoue qu’il a commencé à lire pour combler un silence familial pesant, ses parents n’étant pas des gens expansifs et attentifs.
Le déclic pour devenir comédien ? La lecture de « Arsène Lupin » dans lequel il voyait le charme, la classe, la liberté. Heureusement car, pour plaire à sa mère, il faillit être moine !
S’il est devenu comédien, ce n’est pas pour être célèbre mais simplement pour vivre une passion, vivre de sa passion. D’ailleurs, la célébrité, il l’a aujourd’hui avec cette série alors qu’il a multiplié les expériences au théâtre, depuis les cours Florent dont Huster était son professeur, avec les plus grands, ses maîtres que furent Jouvet, Cherreau, Bouquet et son passage à la Comédie Française.
La lecture, dit-il encore est le phare qui éclaire la nuit de ses doutes et de ses lassitudes.
C’est un tout petit livre et pourtant c’est un grand livre que nous offre ce beau comédien, plein de passion, d’émotion, d’intelligence… qui mérite 100% de lecteurs !

HayHay

Christophe HAY : « Signature » (Ed Flammarion)
Les fêtes arrivant, il est d’actualité de parler cuisine.
Il sort tous les jours des bouquins de recettes et difficile d’en trouver sortant un peu de l’ordinaire.
Je vous en propose deux, le premier est celui de Christophe Hay « Signature », sous-titré « Un cuisinier à fleur de Loire » puisqu’il est né en Val de Loire. Très vite passionné par la cuisine et la gastronomie, il sera à bonne école avec Eric Reithler et Paul Boccuse, il a voyagé avant de revenir « plein d’usage et raison », là où il a ses racines.
Aujourd’hui il est le chef de « La Maison d’à côté » et de « Côté Bistrot » à Montlivault et de « La table d’à côté » près d’Orléans et il nous offre sa cuisine qui est faite de souvenirs qu’il garde de la ferme de sa famille maternelle. Après s’être expatrié en Floride, puis à Paris, il a le coup de foudre pour ce restaurant qui deviendra le sien à Montlivault. Le voici donc revenu sur ses terres où il va proposer une cuisine de terroir, simple et raffinée dont il utilise tous les produits locaux, les ingrédients, les viandes, le gibier, les poissons, ce qu’il appelle « La cuisine du respect », qui est en fait sa signature, son identité.
Dans ce très beau livre, on y apprend « sa vie, son œuvre », on découvre sa région, sa Loire, il nous présente ses restaurants, ses équipes, sa famille et nous offre des recettes fort appétissantes, d’autant qu’elles sont illustrées de photos qui vous mettent l’eau à la bouche.
Une ode à la gastronomie, à une région, à une passion qui ne vous donne qu’une envie : découvrir les bords de Loire, ses restos, sa cuisine qui fait démentir le proverbe « Il n’est de bon bec que de Paris »… Dans nos provinces aussi on découvre des trésors gastronomiques !

Cuisinez-Moi2010-03-24_15-51-33 - Dave (credit photo Alain Marouani) - Copie

DAVE : « Cuisinez-moi » (Ed Cherche Midi)
Dans un tout autre genre, dans un tout autre pays et avec l’humour qu’on lui connaît, c’est l’ami Dave qui nous propose de combiner sa vie d’artiste, d’homme… et de cuisinier !
Né à Amsterdam, sa vie d’artiste commence à 14 ans. Il sera aventurier, beatnik, faisant la manche pour chanter, vivant sur un bateau. Petit, il vivait dans les tabliers de sa mère et c’est avec elle qu’il a appris à être gourmand, gourmet et cuisinier à ses heures perdues.
Avec tout ça il deviendra chanteur, avec le succès que l’on sait car il avait tous les atouts en main : un physique de lutin malin, un joli accent, toujours le sourire et le mot drôle aux lèvres, une voix ample et puissante et des chansons qui ont très vite grimpé dans les hits.
A travers sa vie de chanteur, il a connu nombre de pays et il a toujours aimé voyager, s’imprégner du lieu où il pose ses valises et où il découvre les différentes cuisines, passion qu’il gardera toujours car il est un épicurien pur jus. Et quand on aime manger, on aime aussi cuisiner, ce qu’il fait dès qu’il le peut.
Du coup, plutôt que de nous offrir une banale bio (il a déjà parlé de lui dans d’autres livres) il nous raconte des moments de sa vie d’enfant, d’ado, de chanteur, des anecdotes, le tout agrémenté de recettes de cuisine. Nombre de souvenirs d’ailleurs se mêlent à ses sensations premières des odeurs de la cuisine de sa mère.
Il raconte, il se raconte et il nous ouvre son livre de recettes, des croquettes de bœuf au paillasson de pommes de terre, des patates douces au carvi aux betteraves crapaudines de Mark’s, du granola tutti-frutti à la caponata… Des recettes prises et apprises à Marseille, en Italie, aux Pays-Bas bien sûr, en Martinique, en Irlande, souvent grâce à des chefs ou des cuisinières qu’il a rencontrés dans ses pérégrinations.
En fait, on parcours sa vie avec curiosité et avec l’eau à la bouche à chaque étape d’une recette qu’il nous propose, avec joie, avec humour… Un livre qui lui ressemble.

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Patrick CARPENTER & Alain MOREL : « Inoubliable Johnny » (Ed de l’Archipel)
Un an déjà.
Et encore des dizaines de livres sur l’idole éternelle qu’est et restera Johnny Hallyday.
Evidemment, il faut trier car on y trouve tout et n’importe quoi.
Pourtant, les éditions de l’Archipel nous proposent deux livres, très différents et à mon avis, plus intéressants que d’autres.
Cet « Inoubliable Johnny » est un superbe album avec près de 300 photos inédites et présentées de façon originale, sous forme d’un index alphabétique : A comme Aznavour, H comme Harley, G comme guitares, R comme… Rock évidemment, Y comme Yéyé… etc…
Et c’est à chaque fois des photos se rapportant aux thèmes choisis par le photographe Patrick Carpentier qui, durant quarante ans, photographia notre idole dont il était fan et Alain Morel, mon ami journaliste qui a déjà à son actif quelques livres, dont celui de Michel berger et France Gall qu’il a rencontrés pour une interview le jour même où est décédé Michel à Ramatuelle. Ramatuelle où nous travaillions souvent de concert sur l’émission de radio journalière qui se déroulait en direct durant le festival alors dirigé par un autre ami : Jean-Claude Brialy. C’est d’ailleurs durant le festival qu’el est décédé.
Très beau livre, très belle présentation et des photos que les fans prendront plaisir et nostalgie à découvrir.
Armel MEHANI & Sébastien CATROUX : « Main basse sur Johnny » (Ed de L’Archipel)
Encore un duo mais pour un tout autre livre : celui de la saga Hallyday durant un an, depuis le décès de l’idole. Le sous-titre d’ailleurs annonce la couleur : « Les dessous de l’affaire de l’année ». Car, au cas où vous ne le sauriez pas, il y a une sacrée affaire autour de l’héritage du chanteur, de ses innombrables testaments, de ses affaires disséminées en Etats-Unis, Paris et St Barth et nos deux journalistes ont suivi l’affaire au jour le jour. Sébastien Catroux est journaliste à Gala, ce qui fera certainement grincer des dents certains lecteurs et Amel Mehani est auteur, réalisatrice et journaliste spécialisée dans les affaires de police judiciaire.
Donc entre le sensationnel et le judiciaire, la balance se fait au cours de ce livre qui raconte des faits réels, sans jamais prendre vraiment parti. Et qui prend à témoin nombre de gens qui ont tourné autour de Johnny, famille, amis, gens du milieu musical, gens du milieu tout court.
Car Johnny était très éclectique dans ses fréquentations et les témoins rencontrés sont dignes de foi.
C’est un livre qu’on lit comme un roman, presque un polar, tant il y a de rebondissements.
Ce qui en fait son intérêt.

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Serge Elhaïk : « Les arrangeurs de la chanson, française » (Ed Textuel)
J’avais eu le plaisir de découvrir la vie et l’œuvre de Paul Mauriat, musicien, compositeur célèbre dans les années 60/70 (On lui doit le succès « L’amour est bleu » qui a fait le tour du monde et a été chanté par des dizaines de chanteuses), grâce au livre que Serge Elhaïk lui avait consacré « Une vie en bleu ».
Voilà qu’il offre aujourd’hui un livre, que dis-je un livre ? une Bible et je vous avertis tout de suite, ce ne sera pas votre livre de chevet tant il est lourd de ses 2158 pages à poser sur ventre !
Mais je précise que c’est un livre passionnant pour qui aime la musique et surtout découvrir les hommes de l’ombre de ce métier, les arrangeurs entre autres.
Serge Zlhaïk en a comptabilisé quelque 200 qu’il a tous rencontrés, chacun ayant composé et surtout fait les arrangements de chansons pour tous les chanteurs existant.
Parmi eux, bien sûr, certains sont sortis de l’ombre parce que compositeurs, chanteurs, musiciens tels Joss Basselli, Caravelli, Yvan Cassar, Rolland Romanelli, Gabriel Yared, Vladimir Cosma, Claude Bolling…
Un travail de Titan, porté par la passion de cet homme qui a collaboré à France Musique et qui est une encyclopédie, une anthologie de la chanson française à lui tout seul.
Evidemment, vu le pavé, c’est un livre qui ne se lit pas en un jour mais qu’on peut lire portrait après portrait, dans l’ordre que l’on veut et l’on y découvre une véritable mine d’or, pour peu qu’on se passionne pour ces grands musiciens, pour la plupart » discrets mais essentiel », comme me l’a écrit Serge Elhaïk, sans qui certaines chansons ne seraient que chansonnettes et d’autres sont devenant des succès incontournable et mondiaux.
Certains arrangeurs sont accolés à certains chanteurs et ont fait souvent ensemble tout ou partie de leur carrière. Je pense à Patachou et Joss Baselli, Françis Rauber et Jacques Brel, Jean Ferrat et Alain Coraguer, Jean-Claude Petit et Julien Clerc, Yvan Cassar et Florent Pagny ou Johnny Hallyday…
Deux très jolies préfaces sont signées Jean-Claude Petit et Charles Dumont.
Un livre à mettre à côté de son dictionnaire !

Jacques Brachet

Toulon – Le Carré des mots
Romy SCHNEIDER revit
grâce à Sarah BIASINI & Jean-Pierre LAVOIGNAT

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En septembre dernier, Romy Schneider aurait fêté ses 80 ans.
Difficile à imaginer tant on garde dans la tête et dans le cœur, le souvenir d’une des plus grandes comédiennes qu’on ait connue et d’une femme belle, sublime, lumineuse, malgré ses parts d’ombre comme tout un chacun.
Et pour ce triste anniversaire, le journaliste Jean-Pierre Lavoignat, ami de Sarah Biasini, la fille de l’actrice, elle-même actrice, ont décidé de lui offrir une exposition à Paris et de ressortir un livre que Jean-Pierre lui avait déjà consacré, revu et corrigé.
Splendide album où l’on découvre les plus belles photos de la vie de femme, de mère, d’actrice de cette sublime icône qu’est Romy Schneider, des fameux « Sissi » à « La passante du Sans Souci », agrémenté d’une biographie et d’une interview exclusive de Sarah, qui a bien voulu se confier à Jean-Pierre, chose rare pour cette fille de star dont la lumière n’a pas toujours été facile à soutenir.
Jean-Pierre, avec lequel nous nous nous sommes croisés mille fois au Festival de Cannes et qui est venu passer un moment à Toulon, à la librairie « Le carré des mots », pour signer ce magnifique album.

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Jean-Pierre, pourquoi Romy ?
Comme beaucoup de gens, j’adorais l’actrice mais en tant qu journaliste, je n’ai jamais eu l’occasion de l’interviewer. Alors que je travaillais au magazine « Première », c’était Marc Esposito qui s’en chargeait. Bien sûr, je l’ai quelquefois croisée et même rencontrée pour la première du film de Claude Sautet « Une histoire simple ». Mais c’était toujours en simple témoin.
Par contre, je suis ami avec sa fille Sarah Biasini depuis longtemps. Et lorsqu’il a été question d’organiser cette exposition à Paris en 2011/2012, elle m’a demandé d’en être le commissaire, chose que je n’avais jamais faite auparavant. Au départ il était question que ce soit Henry-Jean Servat, qui avait monté au même endroit l’exposition de Brigitte Bardot. Mais Sarah s’est sentie plus sécurisée avec moi : « Tu me protègera et je te fais une confiance totale » m’a-t-elle dit.
J’étais très ému et… comment refuser ?
Comment monte-t-on une telle exposition ?
D’abord, je me suis plongé dans la vie et la carrière de Romy. Et puis, il a fallu chercher objets et documents, ce qui a été à la fois difficile, excitant et émouvant.
Je suis d’abord allé à la cinémathèque de Berlin qui nous a prêté beaucoup de choses de sa carrière allemande. Mais ils ont presque occulté sa carrière française ! Je me suis donc penché sur cette dernière et en premier lieu, je suis allé voir le fils de Claude Sautet qui nous a beaucoup aidés. Il avait plaisir à parler de son père, il a tout gardé de lui et il nous a prêté des choses magnifiques, des scénarios, des lettres émouvantes de Romy à son père dont une particulièrement, presque prémonitoire où elle écrivait qu’elle ne vivrait pas vieille.
Je suppose que vous avez rencontré Alain Delon ?
Oui, même s’il a mis beaucoup de temps à me répondre. Mais il a fini par nous recevoir et nous a prêté plein des photos, très peu de photos inconnues ou rares mais ce qui était émouvant, c’est qu’elles étaient toutes encadrées de la même manière.

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Et Sarah ?
En fait, elle a très peu de choses car Laurent Pétin, le dernier compagnon de Romy, a quasiment tout gardé, Sarah possède une bague en ébène incrustée d’une pierre, offerte à Romy par Luchino Visconti, qu’elle a porté dans de nombreux films et quelques bijoux dont un un médaillon avec une photo de Romy jeune que Magda Schneider, sa grand mère, lui avait donné et les deux César que Romy a obtenus pour « L’important c’est d’aimer  » et « Une histoire simple » Michèle de Broca, épouse du réalisateur Philippe de Broca, productrice et marraine de Sarah, lui a prêté la robe de mariée que portait Romy dans le film dans « César et Rosalie ». Mais c’est vrai qu’à l’occasion de cette exposition, Srah a découvert beaucoup de choses.
Le livre est donc né de cette exposition ?
oui, tout à fait,  et il a été réédité à l’occasion des 80 ans de Romy, dans un autre format, avec les mêmes photos et l’entretien que j’ai eu avec Sarah, ce qui est une chose rare car, lorsqu’on a une telle mère et qu’en plus on est comédienne, ce n’est pas facile tous les jours.
Aujourd’hui, avec le temps et le recul elle le prend mieux et comprend combien sa mère a compté pour des milliers de gens. Elle s’y est faite car de toutes façons elle n’y peut rien changer.
Quand avez-vous rencontré Romy pour la dernière fois ?
Pour l’avant-première de « La passante du Sans soucis » où, malgré tout, elle était lumineuse de beauté. Il y a eu entre autre cette scène extraordinaire : le face à face de Romy avec François Mitterrand qui était présent. Je me souviendrai toujours de ce regard admiratif qu’il avait et du Regard de Romy se rendant compte de cela avec un sourire qui en disait long. On aurait dit qu’un rayon laser réunissait leurs deux regards ! C’est pour moi un souvenir fantastique.
Elle devait disparaître quelques temps après.
Jean-Pierre, comment êtes-vous devenu journaliste ?
J’ai d’abord débuté à la locale du Provençal à Avignon puis je suis « monté » à Paris pour suivre les cours du Centre de Formation des Journalistes (CFJ) puis je suis rentré à l’AFP avant de rejoindre Marc Esposito à Première puis de créer Studio Magazine avec lui en 1987, journal que j’ai quitté en 2006. Après ça il y a eu la radio, la télé, quelques livres…

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Et aujourd’hui ?
Je prépare un livre pour célébrer les cent ans de Gérard Oury. En ce moment, je passe beaucoup de temps avec sa fille, Danièle Thompson, que j’avais connue grâce à son fils Christopher qui m’avait demandé de réaliser un film sur son grand-père, trois ans avant son décès. Avec Danièle, nous nous voyons très souvent et par contre elle, elle a une foule de documents formidables sur son père car la mère de celui-ci collectionnait tout ce qui sortait sur Gérard dans des classeurs. C’est une mine d’or !
Et puis, je travaille pour Canal et OSC sur des portraits d’artistes. En ce moment passent trois reportages sur trois des plus grands réalisateurs mexicains : Guillermo del Toro, Alexandro Gonzales Inarritu et Alfonso Cuaron, qui sont amis et ne se sont jamais éloignés les uns des autres.
Mais je suis heureux que ce livre sur Romy ressorte car, c’est vrai, il y a eu un grand nombre de livres sur elle mais je crois, en toute modestie que nous avons le best of des plus belles photos d’elle.
C’est un bel hommage.

Propos recueillis par Jacques Brachet

Judith SIBONY
premier roman, premier essai réussi !

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Comme bon nombre de pièces de théâtre, il y a le mari, la femme, la maîtresse.
Oui mais là, d’abord c’est un roman, signé Judith Sibony : « La femme de Dieu » (Ed Stock) dont le décor principal est une scène de théâtre. Et le Dieu en question est Robert, un auteur et metteur en scène à succès, qui, malgré celui-ci, en est quelque peu revenu. Succès qu’il trouve facile, même s’il continue à en écrire, donnant à chaque fois le rôle principal à son épouse, Elizabeth.
Elizabeth qui est donc une comédienne, connue et reconnue, belle, hiératique, amoureuse et admirative de ce mari volage dont on ne sait pas si elle sait ou feint d’ignorer ses aventures.
Et puis il y a « l’autre », Natacha, jeune femme naïve et désœuvrée et que Robert a croisée dans la rue, à qui il a proposé un rôle alors qu’elle n’est pas comédienne et qui deviendra très vite sa maîtresse.
Il ira même jusqu’à la faire jouer face à Elizabeth.
Situation dont tout le monde a l’air de s’accommoder jusqu’à ce que Natacha avoue à Robert qu’elle veut un enfant de lui.
A propos d’enfant, il y a Julie, fille de Robert et Elizabeth, admirative et amoureuse du couple « exemplaire » que forment ses parents. Elle, se retrouve enceinte à 20 ans alors qu’elle n’a pas envie de rentrer de ce cliché « mari-enfant ».
Tout pourrait aller au mieux dans le meilleur des mondes… possibles mais au fil du temps, il y aura quelques ratées et peu à peu on va découvrir les secrets, les non-dits, les mensonges de chacun.
De découvertes en « coups de théâtre », Judith Sibony, dont c’est le premier roman, nous invite dans ce monde factice du théâtre qu’elle connaît bien en tant que journaliste spécialisée, avec une écriture belle, élégante, dans une atmosphère feutrée, à la fois légère et profonde, émouvante et drôle, dans un univers fait de faux-semblants, de vérités qui n’en sont souvent pas et où l’illusion prend le pas sur la réalité.
De plus, elle nous tient en haleine jusqu’au dénouement dans une histoire qui pourrait être banale mais dont elle sait à chaque chapitre (à chaque acte ?) nous réserver des surprises. Car tous ses personnages vivent entre ombre et lumière et quelquefois les secrets sortent de l’ombre.
De très beaux portraits de femmes dont on pourrait croire qu’elle sont assujetties à ce « Dieu » tout puissant… en fait pas si puissant que ça et a lui aussi ses ambiguïtés et ses failles.
On ne peut en dévoiler plus car au fil du récit se découvrent les personnages et leurs secrets qui fait qu’on a des difficultés à lâcher ce premier roman superbement maîtrisé et original car chacun des personnages prend la parole à son tour pour nous dévoiler sa vérité en un jeu de piste passionnant.

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Judith Sibony est journaliste spécialisée dans le théâtre – et ça se sent ! – critique à la revue « Théâtre(s) mais aussi réalisatrice de portraits de comédiens dans l’émission « Parlez-moi d’amour » sur France 2. Ses derniers portraits : Cristiana Réali, Jean-Pierre Darroussin, Charles Berling…
Elle a réalisé entre autres un documentaire « comme des bêtes » où se mêlent danseuses et animaux et produit des émissions pour France Culture.
J’ai eu le plaisir de rencontrer cette femme enjouée et drôle, au charme fou et à la personnalité bien affirmée, à la Fête du Livre de Toulon où l’entretien s’est réalisé, entre deux apartés avec des gens qui passaient et à qui elle proposait son livre ! Mais on y est arrivé !
Judith, comment la journaliste est-elle passée à l’écriture romanesque ?
Il se peut que l’écriture journalistique ait été pour moi une sorte d’entraînement, d’échauffement, pour écrire enfin de la littérature.
J’ai laissé mûrir ce projet de roman pendant longtemps, comme une sorte d’horizon. Et je me suis rendu compte que mon expérience de critique de théâtre nourrissait mon imaginaire, et peut-être aussi mon rapport à l’écriture.
D’où le décor de ce premier roman ?
J’aime le théâtre. J’ai la chance, grâce à mon métier, d’en connaître aussi bien les créations sur scène que le travail en coulisses. Mais attention : je n’ai jamais été actrice, et de ce point de vue, l’histoire que je raconte dans La Femme de Dieu n’est en rien mon histoire, même si elle est nourrie de sensations ou de pressentiments très intimes. J’avais envie d’écrire des portraits de femmes dans un dispositif où elles auraient l’air de tourner autour d’un homme. Mais ce qui m’intéressait, c’est d’abord cette question du décalage entre ce dont on a l’air et ce qu’on est. Le théâtre était donc le cadre idéal pour camper cette fiction dédiée au paraître.
Pourquoi ce titre « La femme de Dieu » qui peut prêter à confusion ?
Je voulais mettre en lumière la femme d’un dieu qui, en fait, n’en est pas un. Même s’il a l’ait tout puissant, ce créateur de spectacles « vivants » (c’est ainsi qu’on appelle le théâtre) a un problème avec ce qui est vivant, justement. Il agit comme s’il avait peur de la vie, et sa tentation de faire le démiurge à travers ses mises en scène n’est qu’une vaine tentative de pallier ses manques. A travers cet anti-dieu, je voulais déconstruire une machine à illusion particulièrement bien rodée.
Sous couvert de vaudeville, le sujet de mon livre, c’est tout simplement la vie et les représentations qu’on en fait : les histoires qu’on se raconte, les efforts qu’on fait pour sauver les apparences, les spectacles qu’on crée pour se sentir plus vivant…

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Jacques Brachet

Charles BERLING… Il écrit aussi !

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On connaît le comédien de théâtre et de cinéma, le metteur en scène, le chanteur, le directeur de deux théâtres aujourd’hui, le Liberté, Chateauvallon… On connaît moins l’écrivain même s’il nous a déjà offert deux livres : « Les joueurs » (Grasset) et « Aujourd’hui, maman est morte » (L’ai Lu/Librio).
Le voici avec un troisième livre, qu’il dédicacera vendredi et samedi sur la Fête du Livre de Toulon : « Un homme sans identité ». (Ed Le Passeur)
Difficile de définir ce livre qui est en partie auto-biographie et essai, mais aussi fait de réflexions sur le monde d’aujourd’hui et sur son métier – ses métiers – d’artiste. Il le dit lui-même, c’est un livre quelque peu incohérent, sans début ni fin, c’est le cheminement de son esprit qui lui fait prendre, au cours de l’écriture, des chemins de traverse.
C’est pourtant un livre magnifiquement écrit, pensé, quelquefois émouvant, parfois plein d’humour. Un livre vrai où il se… livre sans flagornerie, sans être un donneur de leçons, quelque peu égocentrique parfois mais ça, c’est le lot de tout comédien, et surtout terriblement sincère et vrai.
Derrière cet homme, cet artiste toujours en mouvement, se retrouvant toujours où on ne l’attend pas, il y a un être profond, un homme tout simplement, que, même si je le côtoie très souvent depuis son retour à Toulon, je découvre à chaque rencontre et surtout cette dernière, pour parler de ce livre.

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« Charles, un homme sans identité… ou qui en a trop ?
Trop ? pourquoi ? Non, je dirais plutôt, un homme aux multiples identités et affinités, ce qui est le lot de tout comédien. De tout homme je crois.
Pourquoi ce livre ?
Ce livre est pour moi avant tout un plaisir littéraire. J’ai ce goût d’écrire, l’envie de parler de choses qui me tiennent à cœur. Je n’ai pas voulu parler que de moi mais de ce qui se passe autour de moi, des choses de la vie. J’ai préféré ça plutôt que de proposer une autobiographie classique.
Tu mêles ta vie, tes expériences, tes pensées, ton métier, ton intimité…
Oui, c’est tout cela que j’ai voulu raconter, avec beaucoup d’humilité et d’émotion parfois. Ce livre correspond à ce que je ressens en tant que personne et que veux faire ressentir. Au dessus de tout ça, il y a l’impersonnel, Simone Veil l’explique très bien en une phrase et c’est pourquoi j’ai voulu la mettre en exergue :
« Ce qui est sacré, bien loin que ce soit la personne, c’est ce qui, dans un être humain, est impersonnel. Tout ce qui est impersonnel dans l’homme est sacré, et cela seul »
Tout est lié à l’universalisme. Je travaille à considérer celui-ci et à cette mission de liberté que je me suis donnée avec, justement, le Liberté et Chateauvallon.

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Tu dis toi-même que ce livre est incohérent…
Dans la forme, j’ai cherché à faire un livre fragmenté, comme un kaléidoscope. J’ai aimé l’écrire comme j’aurais écrit un roman. En même temps, paradoxalement, ce livre m’a amené à réfléchir sur mes implications dans le monde socioculturel de cette région, qui est la mienne et me tient beaucoup à cœur. Et cette réflexion m’a aussi amené à considérer mes responsabilités, les valeurs que je défends. Aujourd’hui, le monde est malmené, fragilisé et j’ai voulu trouver dans mes propos un lien, le plus universel possible.
Tu dis encore « Depuis que je joue, je peux être moi-même ». Paradoxal, non alors que lorsque tu joues tu n’est pas toi-même !
Pas tant que ça ! Je me suis posé la question que tout le monde se pose : qu’est-ce qu’être soi-même ? J’ai choisi un métier ludique puisque « je joue » et en jouant, je suis le personnage que j’incarne mais pourtant ça me ramène à moi : comment, à quel endroit suis-je impliqué dans le rôle que j’ai choisi ? Lorsque je joue, je ne cherche pas à séduire, je ne veux pas me mettre de limite intellectuelle. En tant qu’acteur, je veux être le plus honnête possible. C’est quelquefois difficile de s’affronter soi-même par le biais d’un rôle.
Je te cite encore : « Chaque rôle est un ami qui part » Restes-tu vraiment orphelin de tes rôles ?
Aujourd’hui, ayant perdu mes parent, je suis un orphelin. C’est toujours difficile d’affronter la disparition des êtres chers, avec qui on a vécu. Ca n’empêche qu’ils sont toujours là. Pour un rôle, c’est un peu pareil. On s’en imprègne, on s’y attache et un jour, il faut s’en séparer. Mais il reste toujours là, quelque part. C’es à chaque fois un petit deuil qu’on vit.
Tu ne restes jamais sans un projet, tu les enchaînes… En fait, qu’est-ce qui fait courir Berling ?
La curiosité, la passion, le partage et surtout pas la consommation ! J’ai envie de vivre à fond avec mes congénères. Et tous ces chemins de traverse que je prends, toutes ces tentions, me fabriquent au moment présent. Je suis toujours en mouvement mais nous sommes un mouvement perpétuel, l’émotion c’est le mouvement, c’est l’art de l’acteur qui est toujours en questionnement.

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Tu écris encore que l’art dramatique est la préfiguration de la mort… C’est violent quand même ?
Mais non, c’est la nature ! L’art dramatique a un rapport très intéressant avec la mort. C’est le purgatoire qui amène une grande conscience entre la vie et la mort. Je trouve ça très intéressant et même joyeux. Lorsqu’on tourne, on n’est plus dans la vraie vie, il y a un décor qui n’est pas un vrai décor avec des personnages qui ne sont pas des vrais personnages. On se retrouve entre deux mondes. C’est ça que je veux dire.
Ton livre est illustré de tes propres dessins… que je trouve quelque peu torturés !
A bon, tu trouves ? Moi je trouve qu’ils ressemblent à la vie, quelquefois joyeux, quelquefois tristes, voire dramatiques. C’est aussi ma vie et lorsque je dessine ou peins, je suis dans une certaine humeur, que ce soient des moments sombres ou joyeux. Je ne crois pas que ce soit l’expression d’une torture ! Ca vient comme ça, par pulsion et je ne veux pas me censurer. L’art c’est être honnête par rapport à soi et aux autres. Tout n’est jamais tout rose ou tout noir, c’est un miroir de ma vie, et c’est là toute la complexité. Regarde le tableau de Picasso « Guernica » : il y raconte le monde dans toute sa complexité.
Ces dessins, je pense, correspondent parfaitement au sujet du livre »

Propos recueillis par Jacques Brachet

NOTES de LECTURES

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Rabih ALAMEDDINE : L’ange de l’histoire. (Ed. Les Escales – 387 pages)
Jacob le poète repense aux moments de son existence qui l’ont envoyé aux urgences-Psy et nous fait partager ses souvenirs.
Né des amours ancillaires d’une jeune servante qui se fait jeter à la rue par ses patrons qui la découvrent enceinte de leur fils, celui-ci se retrouve dans un bordel égyptien où il a vu le jour. Élevé par une mère distante et ses nombreuses «taties» qui le choient, il est alors récupéré par son père qui le ramène au Liban où il sera placé chez des religieuses puis se retrouvera à San Francisco après un passage par Helsinki dans une communauté gay.
C’est ainsi qu’il est amené à nous faire partager sa vie faite de quelques souvenirs tendres et joyeux mais aussi de souffrances et d’horreurs. La mort rôde partout sous les traits du Sida et il verra partir ses compagnons et son grand amour.
Un texte original certes mais très spécial, pas du tout simple à accrocher et à suivre à cause des constants retours en arrière et la présence hallucinatoire de la Mort, de Satan, de l’Ange avec lesquels il s’entretient. Malgré l’humour, parfois la tendresse, nous nageons souvent dans la noirceur et la douleur.
Mélange des genres donc mais émaillé de réflexions philosophiques et fantastiques qui rendent la lecture ardue et plombent encore plus la noirceur du sujet.
Belle écriture, érudite mais vraiment difficile à lire.
Helen FIELDS : la perfection du crime (Ed Marabout- 364 pages)
Dès les premières lignes du roman, on découvre un meurtrier, qui célèbre une sorte de cérémonial avant de mettre le feu au cadavre qu’il a installé «avec des précautions dignes de celles d’un père» (sic).  Ainsi le lecteur connaît-il le meurtrier à la différence du commandant Luc Callanach qui lui, vient d’entrer en fonction. La jeune femme est identifiée grâce aux dents qui n’ont pas brûlé : il s’agit d’une avocate du nom d’Elaine Buxton
Jusque là rien de bien nouveau. Les meurtriers commettent des erreurs, qui font qu’on finit par les arrêter. Soudain tout bascule, on retrouve le meurtrier dans une pièce totalement insonorisée et, attachée sur un lit, Elaine Burton qui hurle de terreur et de douleur.
Le meurtrier va se révéler d’une intelligence machiavélique et poursuivre son œuvre macabre en enlevant une autre jeune femme puis la coéquipière de Luc, et peu à peu on découvre les motivations de son esprit malade
Ce roman n’est pas un simple thriller car les personnages se révèlent sous nos yeux et prennent une certaine épaisseur qui ne laisse pas indifférent. De plus, on découvre peu à peu les blessures de Luc qui, nul ne sait pourquoi, a été muté d’Interpol France en Écosse, et est peu apprécié par sa nouvelle équipe.
On peut toutefois regretter l’importance donnée aux scènes de torture, à la violence un peu répétitive, de même, on ne voit pas pourquoi une autre enquête sur la mort de bébés abandonnés et morts de froid vient court-circuiter l’intrigue principale.
Malgré tout, un roman qui fait frissonner et qu’on ne lâche pas avant la dernière page, on espère d’ailleurs suivre d’autres enquêtes de l’inspecteur Callanach

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Didier DELOME : Jours de dèche (Ed le dilettante) – 254 pages)
Quel lecteur ne serait pas séduit par ce premier roman de Didier Delome ?
Un format agréable, une couverture éclatante de couleurs empruntées au plumage d’un perroquet et dès la première ligne, le sentiment que le sujet sort du commun.
« J’ai toujours mené la grande vie, puis me suis retrouvé à la rue, sans rien, démuni, ayant tout perdu » ce sont les premiers mots de l’auteur et le lecteur ne lâchera plus ce livre qui se lit comme un polar. C’est un récit autobiographique passionnant.
A Paris, un galeriste mondain prépare son suicide avec sang froid alors qu’il attend l’arrivée de la police et de l’huissier de justice venus l’expulser. C’est la chute vertigineuse de cet homme qui, sans colère ni amertume raconte son errance, la recherche d’un toit, l’assistanat, les affres des entretiens d’embauche, mais son fatalisme, sa dérision et son désir de reconquérir une dignité le sauveront de la déchéance. N’oublions pas Madame M des services sociaux, sa bonne fée.
Rien n’est nostalgique dans ce roman, une nouvelle vie commence sans fards, indépendante et libre. Quoi de mieux alors que de se mettre à l’écriture puisqu’il a «des tas de romans en tête qui ne demandent qu’à éclore sur le papie »
Un premier roman prometteur.
Maylis de KERANGAL : Un monde à portée de main (Ed Verticales – 285 pages)
Dans ce dernier roman, repéré dès sa sortie en septembre dernier, Maylis de Kerangal nous propose une incursion dans le monde des peintres copistes avec une volonté affichée de pénétrer leur univers.
Nous sommes à Paris, en compagnie de trois jeunes gens tout juste sortis d’une année de formation à l’Institut de Peinture de Bruxelles.
Peintres en décor et autrefois colocataires, ils se retrouvent après leurs premières expériences professionnelles. Chacun nous est présenté dans sa spécificité. Paula, spécialisée dans le règne animal, a produit un panneau en écaille de tortue. Kate, séduite par le minéral a réalisé de faux marbres et Jonas attiré par le végétal, a élaboré une fresque tropicale
Le lecteur, s’il est vite séduit par la dynamique des personnages, hésite devant un tel déploiement de termes techniques, qualifiant chaque objet, chaque ingrédient, chaque geste, chaque attitude, propres à chaque univers. La lecture en est parfois fastidieuse lorsqu’il s’agit, comme dans une revue spécialisée, de côtoyer le jargon technique spécifique au trompe-l’œil, et de s’initier à l’art de l’illusion.
Le texte avance cependant même si l’ampleur des phrases de l’auteur, ses juxtapositions constantes, bousculent le lecteur. Par bonheur, les discours et les réflexions des jeunes artistes, rapportés et intégrés à la narration amusent avec subtilité.
Et les chantiers et les lieux défilent. Nous passons du décor d’Anna Karénine dans un théâtre de Moscou, à un trompe l’œil du Grand Canal de Venise, aux studios de Cinecittà à Rome,  pour finir non loin de Montignac, dans un fac-similé de la grotte de Lascaux.
Nos jeunes artistes, travailleurs itinérants, n’ont pas la vie facile mais la passion qui les anime la rend possible et le lecteur se prend lui aussi à s’enthousiasmer pour cette réalité copiée plus vraie que nature.
Ainsi, croit-on comprendre, le faussaire aura figé le réel. Il l’aura rendu accessible en focalisant sur l’aspect statique de la nature reproduite.
L’art de la réplique pour expliquer ce «monde à portée de main».

huston mathieu

Nancy HUSTON : Lèvres de pierre. (Ed. Actes Sud – 240 pages)
Les lèvres de pierre ce sont celles des statues cambodgiennes à l’entrée des temples, impersonnelles, impénétrables, closes comme sont closes les paupières souvent d’avoir trop vu et incapables de communiquer.
Derrière ces lèvres de pierre se retrouvent en parallèle deux personnages. D’une part Saloth-Sar le jeune élève peu doué mais effacé, devenu moine bouddhiste, qui va s’exiler et s’éveiller à la connaissance à travers le Paris révolutionnaire qui l’entrainera vers le communisme, la folie du pouvoir et la destruction, pour devenir ce tyran de Pol-Pot, exterminateur et dément
Dans cette première partie Nancy Huston s’adresse à lui qu’elle nomme » l’homme nuit », se met dans sa peau et épouse son détachement envers son corps et le corps des autres. Puis le ton change. La voilà revenue dans le corps de Doritt la jeune rebelle de «Bad Girl» »,la jeune canadienne qui arborera aussi les lèvres de pierre pour cacher sa soumission aux autres, aux hommes qui l’exploitent, l’humilient , la soumettent, y compris ses proches : père, amants, amis, entrainée dans le grand existentialisme qu’elle traverse dans un Paris de révolte, dans l’anorexie, le marxisme.
Entrant doucement dans ce texte sans comprendre le but recherché par l’auteur on se retrouve peu à peu emballé dans un tourbillon qui disperse tout sur son passage. Si on n’a pas lu la quatrième de couverture on ne se doute pas de qui est ce jeune moinillon souriant et ce qu’il est devenu et qu’y –a-t-il de commun entre ces deux personnages.
L’opposition totale due à la même enfance castratrice pour les deux, les mènera vers une vie de militantisme radical et mortifère pour l’un et libératrice pour l’autre
L’écriture est somptueuse, la construction époustouflante, embarquant du plat néant à la spirale folle qui retombera après la tempête.
Mais que d’émotions !
Nicolas MATHIEU : Leurs enfants après eux ( Ed Actes Sud – 425 pages)
Prix Goncourt 2018
Heilange, commune de la Moselle où la métallurgie a pendant un siècle drainé «tout ce que la région comptait d’existence, happant d’un même mouvement les êtres, les heures, les matières premières».
Anthony a quatorze ans en 1992, il fait partie d’une bande de jeunes faisant l’apprentissage de la vie. C’est l’été, il fait chaud, on s’ennuie vite à Heilange, alors on boit, on regarde les filles, on rigole, on écoute sans fin les groupes rock, on frime en empruntant la moto mythique du père et, patatras, on se la fait voler par un arabe, dealer à la petite semaine. Les parents s’ennuient aussi, le chômage fait des dégâts, on fait au mieux, mais les disputes, les divorces détruisent le tissu social.
La trame est sombre mais le roman ne l’est pas, porté par l’énergie de ces adolescents dans la lumière de l’été, la rage de vivre et de s’en sortir. Radiographie fidèle, documentée, vivante d’une époque racontée avec brio, tragédie jubilatoire, un peu comme la finale de la coupe du monde de football où jeunes et vieux vont s’enthousiasmer.
Mais après ?
Magnifique second roman d’une force et d’une tendresse hors du commun.

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Alice  PICIOCCHI et  Andrea ANGELI.  Kiribati – chroniques illustrées d’un archipel perdu. (Ed du Rouergue – 144 pages). Traduit  de l’italien par Jérôme Nicolas. 
L’archipel de Kiribati, situé au milieu du Pacifique, est composé de trente deux atolls dont une île devenue célèbre en raison du destin tragique qui l’attend : premier pays du monde à disparaître littéralement à cause du changement climatique (dans 20-30-50-100 ans en fonction des hypothèses).
Leur président en 2015 a imaginé un plan B pour survivre : une migration de masse sur une parcelle de terre achetée à l’église anglicane, aux îles Fidji située à trois milles kilomètres de là.
Ce récit de voyage, composé d’atlas et de chroniques illustrées, fait découvrir aux lecteurs de quoi sont faites les vies des insulaires. Trois grands thèmes qui s’entremêlent : culture, société et environnement.  Grâce à une réserve marine qui est une des plus complexes et des plus riches du monde (cinq cents espèces de poissons) ils survivent avec des noix de coco, quelques cochons, des taros et de l’arbre à pain, d’où leur embonpoint. Les femmes, hormis les travaux domestiques et l’éducation des enfants, se distraient en jouant au « bingo ». Elles essaient de mettre sur pied une petite entreprise artisanale et collectent des fonds pour l’église…
N’ayant qu’une tradition orale, les deux auteurs font une sorte d’inventaire des modes de vie et des mœurs de ces iliens tout à fait comparables à Tahiti, aux îles du Pacifique en général.
Ils restent sereins devant l’adversité et le futur.
C’est un beau livre facile à lire, magnifiquement illustré, qui rend hommage aux vivants et qui peut faire réfléchir certains.

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Jacques F. THOMAZI : La force X à Alexandrie (1940-1943)
Disponible sur Internet : Thebookedition.com
Toulon : Librairie Charlemagne, ISBN: 979-10-93050-08-9
De 1940 à 1943, une partie de la Flotte française de la Méditerranée orientale, commandée par le vice-amiral Godfroy fut bloquée par les forces anglaises placées sous le commandement de l’amiral Cunnigham.
Ce récit est le témoignage posthume d’un médecin embarqué, témoin de la vie quotidienne de cette force.
Pendant la seconde guerre mondiale une partie de la flotte de la Marine française a été capturée par l’opération Catapult, une partie a été canonnée à Mers el Kebir, une partie s’est sabordée à Toulon et une partie de l’escadre de Méditerranée orientale, commandée par l’amiral Godfroy, a été bloquée à Alexandrie par les forces anglaises commandées par l’amiral Cunningham.
La flotte française, la Force X, était composée d’un cuirassier : la Lorraine, de quatre croiseurs : le Duquesne (navire amiral), du Suffren, du Tourville et du Duguay-Trouin, de deux torpilleurs, le Basque et le Forbin, et d’un sous-marin au funeste sort, le Protée.
L’auteur, Jacques Thomazi, était un tout jeune médecin à peine sorti de santé Navale lorsqu’il s’est retrouvé embarqué d’abord sur le Forbin, puis sur le Tourville enfin sur le Duquesne. Il a écrit ce récit-journal et il a rédigé pour la flotte l’Hebdo-Force X.
Il a essayé de traduire l’état d’esprit des marins pendant ces trois longues années d’immobilité. Témoignage posthume
Il n’y a peu de texte sur ce sujet en dehors de l’aventure de la Force X écrit par l’amiral Godfroy Plon 1953 qui relate ce moment.

 

 

 

 

Toulon : La revue TESTE, véhicule poétique

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Accueillie en ce dimanche matin 14 octobre 2018 par la Librairie Le Carré des Mots à Toulon la Revue Teste, qui se déclare véhicule poétique, présentait son 32ième numéro consacré cette fois uniquement à des auteures.
Dans son préambule Cédric Lerible prit soin de préciser qu’il ne s’agissait en rien d’un numéro féministe, que d’ailleurs il ne croyait pas à une écriture féminine en tant que telle, puisque toutes les lectures « en aveugle » montraient autant d’erreurs sur l’affirmation auteurs hommes ou femmes ; que l’écriture est le reflet d’une sensibilité, et qu’on sait qu’il y a en chacun de nous une part de masculin et de féminin, dont l’une peut être prépondérante sur l’autre quel que soit notre genre.
Il s’agissait simplement de « donner à lire des voix que nous (le collectif Parole d’Auteur) apprécions particulièrement et de mettre en évidence les singularités propres à leur naissance ».
Ceci posé la flûtiste Olivia Rivet imposait le silence par la voix de sa flûte afin d’occuper ce silence par sa musique. Excellente flûtiste qui joue des souffles, des sons de sa voix, de tous les moyens d’expression de cet instrument si proche de la voix humaine et des sons de la nature. Elle ponctua les lectures avec un à propos parfait.
Ce numéro 32 présente donc les œuvres de 20 auteures entourées par des dessins énigmatiques et des photos de quelques sculptures (pas moins de 20 œuvres) de Sophie Menuet, dont on a vu des expositions à Marseille, Aix en Provence, Villefranche sur Saône, Istres, Villa Tamaris Pacha à La Seyne sur Mer, et ce n’est pas fini…On doit aussi à Sophie Menuet les photos de ses œuvres, dans de splendides et luxueuses présentations pleine page.
Le choix des auteures est éclectique. Teste n’est pas une revue à thème, mais à chaque numéro la réunion d’artistes qui naît d’un écho entre les œuvres. Ces poètes viennent de différentes régions de France et du monde : Russie, Guatemala, Italie.

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On pourra lire quelques textes bilingues, espagnol/français, russe/français. Nombre d’auteures étaient présentes à cette lecture pour faire vivre leurs textes avec beaucoup d’émotion. Et des voix d’hommes, celles de Patrick Sirot, Paul Antoine, Laurent Bouisset (traducteur de Regina Jose Galindo) firent entendre magnifiquement des textes de leurs consœurs absentes.
Une lecture riche et variée, qui permit d’entrer dans des univers, des écritures, des préoccupations et des thèmes différents, toutes œuvres bien ancrées dans le monde d’aujourd’hui.
La libraire «Le Carré des Mots» dans son nouveau lieu peut accueillir confortablement et convivialement artistes et public. Elle offre aussi le plaisir de déambuler à travers les livres, livres choisis avec compétente par les libraires Marion et Raphaël Riva, qui ont obtenu le label LIR (Libraire de Référence) dont le but est de faire reconnaître, valoriser et soutenir les engagements et le travail qualitatifs des libraires indépendants.

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Pour plus de renseignements sur la revue Teste voir <evasionmag.com> du 3 juillet 2016
Ce très beau numéro 32 de Teste avec une somptueuse photo de couverture de Raoul Hébréard est en vente au Carré des mots :
30 rue Henri Seillon – tel : 04 94 41 46 16.

Serge Baudot