Archives pour la catégorie Ecriture

NOTES DE LECTURES

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François CÉRÈSA : L’une et l’autre (Éd du Rocher – 220 pages)
« Le couple : mode d’emploi », pourrait être l’autre titre du dernier livre de François Cérésa.
A partir de l’analyse subtile d’une dépression programmée et l’étude des sentiments d’un héros narrateur, la lecture de ce texte incite, en effet, à une réflexion sur l’usure des relations amoureuses.
Le point de vue est essentiellement masculin.
Le héros, Marc Mourier, marié depuis trente cinq ans à Mélinda, porte un regard désabusé sur les six derniers mois qu’il vient de vivre, lorsque le lecteur le rencontre.
Autrefois éperdument amoureux, il reproche à sa femme, trente ans après, de mal vieillir ; elle s’empâte, se laisse aller, fait preuve de désinvolture, nous laisse-t-il entendre. Lui, toujours fringant et désirable, sans nul doute, porte un regard cynique et détaché sur leur relation.
Le couple s’ennuie.
Un soir de Saint Sylvestre cependant, à la faveur d’un bon repas, « l’autre », l’ancienne Mélinda, la jeune serveuse jadis rencontrée dans un Courte Paille sur la Nationale 7, réapparait comme dans un rêve.
Magique, magnifique, irrésistible… l’homme retrouve ses ardeurs ! Mais la métamorphose est de courte durée.
Des projets s’ensuivent néanmoins autours d’une idée commune : réaliser un document sur le thème :  » Lieux géographiques et Production littéraire ou cinématographique »
Sept grands voyages dans l’Europe des Arts, s’imposent : à Capri pour Malaparte, Cabourg pour Proust, Annecy pour Modiano, Bruxelles pour Brel et Hergé, Vienne pour Zweig.
Nous irons aussi en Andalousie et en Belgique sur le tournage de quelque « westerns spaghetti », guidés par les musiques de films d’Ennio Morricone. Sensations enthousiasmantes !
Les Mélinda,  » l’une et l’autre » alternent alors plus régulièrement à la manière d’une gentille farce. Le dépaysement aura eu raison de l’engourdissement du couple. Marc a  enfin repris ses esprits.  Il dit « Dans un couple, on parle de manque. Le manque, c’était moi. »…
jusqu’à la surprise finale.
Dans ce texte, nous sommes soumis à un déferlement de références culturelles racontées avec humour et espiègleries.
Le style est rythmé certes, l’écriture naturelle mais c’est un roman pour cinéphiles !

Jean d’AILLON: Le grand incendie (ED Plon – 447 pages)
Une nouvelle enquête de Louis Fronsac notaire à Paris, enquêteur au service des grands du Royaume de France sous Louis XIV
L’auteur reprend ici son personnage principal dont nous avons déjà connu les mésaventures à travers une quinzaine de romans.
1666 Lla France vient de déclarer la guerre à L’Angleterre quand Louis Fronsac est sollicité par une éminence grise de Londres afin de retrouver le célèbre saphir bleu appartenant aux Stuart. Doit-il accepter ? Doit-il refuser par crainte d’un piège ? Il va accepter aidé de son fidèle Gaston de Tilly, rejoindre Londres où l’attendent de terribles adversaires, sans compter la peste qui fait rage et le terrible incendie qui stoppera le fléau.
Ce roman très documenté, très vivant au vu des détails historiques, des figures emblématiques, des scènes de combats,  est une véritable fresque historique agréable à lire à qui aime l’histoire. On apprend à toutes les pages, on en revoit des pans et on vibre toujours au rythme des aléas réservés à notre héros récurent Louis Fronsac.
Tout en restant très respectueux de l’Histoire il nous fait quand même revivre des détails qu’il aménage un peu à la sauce de ses personnages tel que les causes du départ du grand incendie mais il fallait bien sauvegarder la valeur de son héro principal

Marc TREVIDIC : Le magasin jaune (ED jc Lattès- 324 pages)
En 1929, Gustave et Valentine rachètent un magasin de jouets qui vient de faire faillite, à côté de Pigalle. « Le magasin jaune », tel est son nom, car peint aux couleurs du mimosa, doit rendre le sourire aux enfants.
Hélas le monde change, la guerre est déclarée. Les Allemands sont à Paris. Le magasin jaune sera-t-il préservé de la violence ? Gustave s’y enferme et garde ses secrets. Valentine veut s’en échapper. Et Quinze, leur fille, la mascotte du quartier, s’occupe de la jeunesse.
Leur magasin sera le reflet de leur époque. Ceux qui vont tenter de résister, ceux qui vont se ranger du côté de l’ennemi et ceux qui restent passifs.
C’est le scond roman de l’auteur, ancien juge antiterroriste. Histoire simple, prenante, aux personnages attachants. écrite dans un style limpide pour décrire les caractères des personnages et faire revivre une époque dont l’innocence fut brisée par le retour de la guerre.

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Bernard GACHET : Regards dessinés sur le monde (Ed Actes Sud – 205 pages)
Bernard Gachet est architecte et professeur à l’école polytechnique de Lausanne.
Mais il a d’autres passions : les voyages et les dessins à l’encre. Ses voyages, il les fait en fonction de l’architecture, de l’Histoire, des cultures des pays qu’il traverse. Et comme tous les artistes-voyageurs d’antan, à une époque où n’existaient ni appareils photos, ni caméras, encore moins de tablettes, à chacun de ses voyages, il part avec papiers et crayons, il fait des croquis, dessine tout ce qui l’intéresse et ça donne de merveilleux carnets de route dont il dit : « Je dessine pour tenter de saisir le monde qui m’entoure, à défaut de le comprendre toujours ».
Ainsi nous offre-t-il de belles leçons d’Histoire et d’art, grâce à ses commentaires et à ses croquis de paysages, de villes, de monuments, de scènes de vie et même des plans qu’il redessine, d’églises, de temples, de palais, de chapelles…
Ce sont, ce qu’il appelle « des regards dessinés sur le monde »
Ses dessins à l’encre nous font rêver, ses commentaires sont pleins d’enseignements et d’intérêt.
Cet album, véritable livre d’art et d’histoire, nous fait faire de beaux voyages à travers le monde qu’il a décidé de nous décrire. Et nous le suivons dans ses pérégrination avec un plaisir extrême.

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Philippe  DELERM :  Entrées libres – nouvelles (ED le rocher – 123 pages)
Petit livre de cent vingt et une pages pour trois courtes nouvelles écrites bien avant la publication de « La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules ».
L’envol . Un homme prend son envol après avoir contemplé une aquarelle……
Quiproquo.  Un journaliste, installé dans le Nord où il s’est acclimaté vaille que vaille, est envoyé dans le Sud-Ouest. Il y découvre la chaleur de ses habitants, les paysages du Tarn et Garonne  Avec ce changement de rythme , de vie, il appréciera la douceur de vivre auprès de gens simples et chaleureux en s’impliquant dans une troupe de théâtre.
Panier de fruits. Peinant sur deux romans inachevés, le narrateur devient écrivain publiciste grâce à une trouvaille  jalousée par l’ensemble de la concurrence. En trois mots : « panier de fruits » il lance une campagne pour des yaourts, puis des fromages à pâte molle, des vins d’Alsace… bien sûr accompagnées de gros cachets. Devenu gourmand et débonnaire, enclin à la mansuétude, l’auteur va souffrir d’aigreurs à l’estomac. Drogué du langage concentré, il passe du slogan commercial au journalisme sportif. Lors d’un match de foot à Bastia, avec Faye comme milieu de terrain, il lance une contrepèterie facile mais fort appréciée du rédacteur en chef :   » Bastia en tête, un feu de paille ou un peu de Faye ».
Le fait de passer du roman pur à la compromission alimentaire, malgré tous ces avantages pécuniaires, ne satisfait pas notre homme.  Devenu riche, il s’achète un château romantique  et essaie d’écrire son deuxième roman sur les bancs esseulés de son domaine.
Aura-t-il au moins un lecteur ?
Dans un style alerte et réaliste, l’auteur nous offre de rès belles descriptions du Tarn et Garonne. »Panier de fruits » est une parodie pleine d’humour sur la notoriété qui laisse présager « La première gorgée de bière ».

Adelaïde BON- La petite fille sur la banquise  (Ed Grasset – 252 pages)
Dans ce récit autobiographique, écrit à la troisième personne, l’auteur raconte sa vie après l’agression sexuelle dont elle a été victime à neuf ans dans la cage d’escalier de son immeuble. Bien que soutenue par ses parents elle va vivre des années d’angoisse, des accès de boulimie. Elle parle des défenses qu’elle a érigées pour lutter contre les méduses qui l’envahissent.
Aidée par l’alcool et les drogues elle montre une fausse joie de vivre, jouant à la femme libertine.
Puis elle prend conscience qu’elle a subi un véritable viol et non pas un simple attouchement, lorsqu’après vingt ans de silence on lui annonce que l’homme arrêté et qui l’a violée a fait soixante-douze victimes mineures.
Vient alors le procès aux assises.
C’est un livre qui comporte des passages très durs et qui aidera, sans doute, les milliers de petites filles et femmes violées dans le monde. L’auteur retrace un parcours terrifiant.
C’est un témoignage bouleversant.

Julien SANDREL : La chambre des merveilles (Ed Calmann Levy  – 265 pages)
Un samedi matin, un gamin file, heureux, sur son skate avec sa mère obligée de répondre à un coup de téléphone toujours urgent de son patron. Et c’est la minute terrible où Thomas, sûr de lui et de son parcours heurte violemment un camion. Accident extrêmement grave, opération en urgence, le pronostic est plus que réservé, Thomas est plongé dans un coma profond.
La désespérance de la mère n’a d’égale sa volonté de ramener à la vie ce qu’elle a de plus cher. Elle découvre, caché sous son lit, le carnet de Thomas où est consignée une liste bien étrange d’expériences assez folles à faire absolument. C’est le défi que s’impose cette mère ; elle va vivre la vie de son fils et la lui raconter dans le délai trop court que lui a donné le corps médical peu optimiste. Qu’importe, elle fonce. Aidée de sa mère qui s’impose avec sa forte personnalité de soixante-huitarde, elle va réaliser chacun de ces rêves complètement déjantés de ce fils de douze ans aujourd’hui muet mais qu’elle veut réentendre rire. Ses pas la conduiront ainsi à Tokyo, à Londres, sur un terrain de football pour un stage.
C’est un conte merveilleux, plein de bonheur, de rire sur une toile de fond très grave. Les optimistes y verront de très bonnes raisons d’espérer envers et contre tout; les pessimistes ne verront que les obstacles évidents, mais à choisir, on préfère la version optimiste. Rien n’est jamais simple dans les cas extrêmes, mais l’auteur dont c’est le premier roman dépasse volontairement les invraisemblances pour laisser dominer la joie, l’espoir, le bonheur de vivre et le sourire d’un enfant.

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Claire CHAZAL : Puisque tout passe (Ed Grasset – 196 pages)
On ne présente plus Claire Chazal, journaliste emblématique qui, durant près de 15 ans sur TF1 nous présenta avec classe le fameux journal suivi par des millions de téléspectateurs. Jusqu’au moment où, du jour au lendemain, elle en fut évincée sans tambour ni trompette et surtout sans ménagement et sans élégance.
Retombée sur ses pieds, étant donné son parcours, son talent et son professionnalisme, elle fut vite « recasée » et la voici présentant chaque jour « Entrée libre » sur France 5 où elle excelle pour nous parler de culture et nous offrir de belles interviewes. Nous la verrons aussi bientôt sur France 3 en tant que comédienne dans « Meurtres à Omaha Beach », après s’y être essayée, voici quelques années, chez « Les Cordier père et fils ».
A noter qu’on a aujourd’hui la joie de la voir promue présidente du théâtre Liberté de Toulon.
Et voilà qu’elle nous offre un livre « Puisque tout passe » chez Grasset, titre inspiré d’une phrase de Guillaume Apollinaire.
Ce n’est pas vraiment une bio, même si elle aborde des moments de sa propre vie, mais plutôt des témoignages et des réflexions sur la vie, la mort, l’amour, sous toutes ses formes : de fille, de mère, de femme, du public…
Elle parle aussi beaucoup de la solitude qui lui est autant nécessaire quelquefois que pesante d’autres fois. Celle entre autres que lui a apporté la notoriété, seule parmi tant de gens, cette notoriété faite de joies et de plaisir mais qui peut être aussi pesante. La solitude de la femme en général aussi – car elle passe souvent du personnel au général – la femme bafouée, humiliée, frappée, violée… Etre une femme, qui peut être un atout comme un handicap. Car elle écrit toujours sur le fil du rasoir, dans l’ambiguïté, le paradoxe, pratiquant le yin et le yang (La solitude c’est la liberté mais la liberté c’est être seule).
Très cultivée, elle s’appuie sur des phrases, des réflexions de personnalités politiques ou artistiques, nous parlant de l’âge car elle accepte difficilement de vieillir inéluctablement, d’autant plus lorsqu’on est une femme dont l’image compte et qu’elle imagine le moment où on ne la voudra plus.
Elle nous parle de ses amours, de ses relations compliquées avec l’Amour, avec entre autre de belles pages sur Patrick Poivre d’Arvor et des pages émouvantes sur sa rupture avec Xavier Couture.
De très belles pages aussi sur son fils, l’amour de sa vie, de ses silences, partagés entre un père et une mère séparés. De ces silences qu’elle avait déjà avec son père comme si elle n’osait pas leur dire « Je t’aime ». De ses angoisses lorsqu’il est loin, de sa fierté aussi de le voir se réaliser.
Elle est souvent dans la contradiction , à la fois vaillante et craintive, forte et fragile, battante et pourtant souvent dans le doute. Elle est en fait tout simplement un être humain, une femme mais une femme célèbre, ce qui complique un peu la vie.
Ce livre est écrit avec une grande sincérité, une grande sensibilité et ne peut que nous émouvoir et nous faire mieux comprendre et aimer cette belle femme (malgré ses 60 ans qui la révulsent !) que l’on a pris l’habitude de voir à travers un écran, qui nous est à la fois si familière et pourtant peu connue.

Patrick GRAINVILLE :  Falaise des fous (Ed le Seuil –  643 pages)
En suivant la vie de ce rescapé de la guerre coloniale en Algérie, Patrick Grainville brosse un tableau très complet de la vie sur les côtes de Normandie où sont installés de nombreux peintres séduits par les changements si rapides des couleurs du ciel ou de la mer. La persévérance de Monet face aux falaises de l’Aval et de l’Amont à Etretat, persévérance qu’il ne démentira pas lorsqu’il s’échinera sur les déclinaisons de lumière sur la cathédrale de Rouen, ou les meules ou encore les nymphéas qui l’obséderont jusqu’à sa mort.
Mais si Monet est le champion de l’impressionnisme, le grand Courbet a aussi posé son chevalet en Normandie. Gigantesque figure, c’est l’ogre qui peint les vagues, la tempête sous un ciel violet, sombre, c’est lui qui peint la viande païenne de la vérité, c’est lui qui peint l’Origine du monde, un certain nu profond… sans visage, et c’est lui qui s’engage politiquement dans la Commune et ira faire un tour en prison alors que Monet aspire à dissoudre le monde dans une brume de lumière . Et c’est aussi en Normandie que Boudin peint à l’infini des marines sous le ciel du Havre.
Et si les peintres poursuivent leur tâche infinie, l’Histoire se déroule avec la défaite de Sedan entraînant une revanche à prendre : la mort de Victor Hugo, dont le cercueil sera suivi par plus d’un million et demi de personnes, les foudres oratoires et politiques de Barrès et de Clémenceau, l’affaire Dreyfus faisant l’unité de la France anti-juive, le grand incendie du Bazar de la Charité, l’exposition universelle de Paris avec la marche du progrès comprenant le téléphone, l’aéroplane, l’automobile, le phonographe, le cinématographe, la grande catastrophe minière dans le Nord qui fera plus de mille morts mais réunira sauveteurs français et allemands. Avec le nouveau siècle, côté peinture, Matisse, Derain exposent leurs séjours à Collioure et à St Tropez, Cézanne, ce sauvage génie de la matière qui bâtissait sa montagne sacrée meurt mais pointe le pinceau révolutionnaire de Picasso et de Braque.
L’Histoire ne tarde pas à gronder avec l’assassinat de l’archiduc d’Autriche et le déclenchement de la première guerre mondiale, véritable boucherie de millions de morts, l’arrivée des troupes américaines accélérant la fin de cette hécatombe, mais aussi la chute du tsar de Russie et une révolution menée par un certain Lénine. La paix trop lourde à payer sera signée sur la destruction, une paix que déjà des généraux allemands refusent et qui s’allient avec un petit caporal Adolf Hitler et d’autres nostalgiques prêts à la reconquête du sang social.
Heureusement Monet a pu être opéré de l’œil et finir ses nymphéas, sceller son amitié avec Clémenceau. Lindbergh a fait l’exploit de traverser l’Atlantique en avion.
Le narrateur a lui aussi eu une longue et belle vie et vu de près ce monde des peintres et des modernités.
Quelle magnifique fresque picturale et historique !
Cependant, la surabondance de détails, de vocabulaire, une syntaxe martelante dans l’évocation de la pulsion créatrice peuvent lasser le lecteur.
Roman énorme, gargantuesque qui donne l’envie d’une visite au musée d’Orsay.

Mylène DEMONGEOT : La vie, c’est génial ! (Ed l’Archipel – 236 pages)
On ne présente plus Mylène Demongeot, grande actrice aux multiples rôles qui, à  80 ans passés, continue à avoir bon pied, bon œil, franc parler et caractère bien trempé. Et je l’affirme pour avoir eu à la côtoyer dans tous ses états car quand elle n’est pas décidé… ça se sait très vite !
Ceci dit elle a un charme indéniable, un bel humour et bien sûr un beau talent, sinon il y a longtemps qu’on n’en parlerait plus car, depuis « Les sorcières de Salem » qui l’a faite connaître, à « camping » qui l’a faite découvrir par la jeune génération, elle a été de toutes les aventures cinématographiques de décennie en décennie;
Un jour, tout en tournant, elle a découvert l’écriture et nous a offert de beaux livres comme « Les lilas de Kharkov », « Tiroirs secrets », « Mémoires de cinéma », quelques livres aussi sur les animaux qui ont toujours partagé sa vie.
Cette fois, elle nous offre « La vie, c’est génial » avec pour sous-titre « vieillir sans oublier d’être heureux ».
Évidemment, si elle est toujours belle et dynamique, elle n’est pas dupe que, l’âge aidant, ça ne s’arrange pas et ça n’arrange personne. Surtout, lorsqu’on a comme elle, croqué la vie avec un plaisir non dissimulé, qu’elle n’a pas toujours fait attention à sa santé, aimant boire et manger et se contentant de se préoccuper de son visage et de ses cheveux car lorsqu’on est en gros plan sur l’écran, il faut être belle; et elle l’a prouvé.
Comme beaucoup de femmes, à la quarantaine elle a commencé à grossir et ont démarré les régimes tout azimut pour perdre les kilos en trop… et les reprendre dès le régime arrêté.
Il n’y a hélas pas de potion magique, regrette-t-elle, il n’y a que des docteurs sérieux ou de joyeux zozos !
Du coup, elle part en guerre contre ces régimes inutiles, contre la viande pleine d’eau ou le poisson plein de mercure qu’on nous fait manger, aux aliments bio qui ne le sont pas toujours et qui plus est, sont très chers; elle avoue que les nutritionnistes ont assassiné son plaisir de manger. Jean-Pierre Coffe aurait aimé ce livre !
Et puis elle parle de la drogue, de l’alcool, de l’arthrose, du sexe, des pieds, des dents, des animaux, de la solitude, avec lucidité car « à son âge » on ne se fait plus beaucoup d’illusions et il faut accepter de vieillir tout en gardant énergie et optimisme.
Et en essayant de garder le cap et de ne pas penser au dénouement final. Sans penser à se regarder dans le regard des autres. En vivant pour le plaisir et les petites joies de tous les jours.
C’est un livre qui vous donne la pêche… Et l’envie de continuer à vivre malgré les petits bobos inhérents à la vieillesse… et qui vous disent que vous êtes toujours là  et qu’il faut en profiter !

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Olivier BOURDEAUT : Pactum Salis (Ed Finitude-  253 pages)
Dans ce second roman, l’auteur nous conte une histoire d’hommes, une rencontre tirée par les cheveux, entre un paludier au caractère bien trempé et un agent immobilier. Une amitié entre deux hommes que tout oppose. Jean, ancien parisien, devenu paludier, simple, aimant la nature. Michel, citadin riche, arriviste. Cette rencontre va donner lieu à des situations mouvementées et improbables et des dialogues déconcertants. Ces deux personnages sont radicalement opposés, si ce n’est leur goût commun pour les alcools forts. Henri, le troisième personnage, ami de Jean à Paris est fantasque et lyrique.
A part la belle description des marais salants de Guérande et la description du métier de paludier, le ton du livre qui vire au thriller, est sombre et nous laisse quelque peu déconcerté.

Emmanuelle DELACOMPTÉE : La Soie du sanglier (Éd Jean Claude Lattès – 248 pages)
Forte du succès de » Molière à la campagne », Emmanuelle Delacomtée, nous livre un deuxième roman enchanteur ou nature rime avec ravissement et sérénité.
Ici, nous sommes en Dordogne, en compagnie de Bernard Merlo, le personnage principal de ce roman. L’homme, cinquante ans, célibataire est plutôt rustique. Il vit seul dans un hangar aménagé en résidence. Ses relations avec le village se résument aux parties de chasse aux sangliers qu’il organise, avec circonspection et dans le respect de la législation.
Mais les mauvaises langues vont bon train. Sa différence et sa sérénité dérangent. Certains le provoquent. Il a la sagesse de ne pas tomber dans le panneau.
En fait, Bernard vit au rythme de la nature, en accord avec ses convictions. On dit même qu’il la vénère « comme un Indien ou un Aborigène ». Sa mère, décédée trop tôt, lui a inculqué le respect de l’environnement. Nous apprendrons que c’est une des raisons de sa mésentente avec son père, riche paysan, pratiquant l’agriculture intensive.
Toutes ces qualités ont plu à Isabelle, une jeune infirmière suisse dont il était amoureux. Trop sauvage, trop sensible, trop négligé dans sa tenue abusant de l’alcool et sans vrai projet, il n’a, malheureusement, pas su la retenir.
Les saisons se suivent dans ce roman rural avec des descriptions apaisantes de la nature en Périgord. Avec le chasseur, « nous nous enfonçons dans le règne animal » pour notre plus grand plaisir, jusqu’à cette battue, où Bernard va rencontrer Madame Desfort, veuve, aristocrate, habitant un pavillon de chasse du XVIIIème siècle.
Celle-ci, a retrouvé les lieux de son enfance et s’installe souvent avec un chevalet pour rendre la magie environnante sur ses toiles, avec ses pinceaux en soie de sanglier. Elle est sensible au discours du paysan, à la poésie de son regard, au magnétisme des ses grandes mains masculines. La rencontre est très pudique mais bientôt Madame Desfort, de vingt cinq ans son aînée, deviendra Marie…
L’histoire est jolie, le style subtil, le récit prend son temps, tout comme la Dordogne. Les descriptions nous ravissent ; le lecteur entend le loriot, le coucou, il sent le bolet au milieu des fougères, les vesses de loup sous les genêts.
C’est un bain de ruralité, pour notre plus grand plaisir.

Jean TEULE : Entrez dans la danse  (Ed Julliard – 154 pages)
Transport dans le temps avec l’immersion du lecteur au cœur d’une sarabande dans la cité strasbourgeoise au XVIème siècle. Le peuple, saisi d’une véritable crise de gesticulations, parcourt la ville et la campagne dans une danse effrénée où se perpétuent moult actes de folie : Infanticide, copulation débridée, tout et tous y passent. L’occasion pour l’auteur de critiquer les médecins, le clergé, les édiles, les commerçants ou le petit peuple ne sachant plus se contenir, profitant de cette danse pour relâcher leurs instincts les plus bas, les actes les plus vils. Tout est bas, sale, grotesque et raconté d’un ton paillard, débridé et moderne à la fois, incluant des apports très modernes contribuant à déconcerter le lecteur.
Dans cet intermède historiquement véridique l’auteur s’est amusé, c’est certain, on y ressent une jubilation mais le lecteur perd un peu pied parfois tellement il est malmené. Des avis très partagés certainement car le talent de conteur de jean Teulé n’est plus à démontrer

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Yasmina KHADRA : Ce que le mirage doit à l’oasis. (Ed Flammarion – 192 pages)
Illustré d’œuvres de Lassaâd METOUI.
Yasmina Khadra se fait conteur en dialoguant avec le désert pour lui déclarer sa flamme, lui raconter son enfance, sa famille, sa vie et ses débuts d’écrivain de façon très poétique.
Héritier d’une lignée de poètes et de théologiens implantée au nord-ouest du Sahara algérien, l’écrivain est né aux portes du désert à Kenadsa. Enfant il entend raconter sa légende par sa mère analphabète et poète. A neuf ans, il est ravi à celle-ci pour être formé à la redoutable école militaire des cadets. Adulte, il arpente en treillis cet univers aride pour des manœuvres puis pour traquer les terroristes du G.I.A. (Groupe Islamique Armé). Entre deux missions, il fait retraite sous les rochers cathédrales pour trouver la paix et l’énergie d’écrire ses premiers romans clandestins.
Dans la nudité des lieux, en suivant ses règles strictes, l’homme apprend à « décoder de quoi habiller son âme et à épurer son esprit » en posant des questions de simples mortels vaniteux et cruels. Car  ils sont en train de le massacrer ce désert, don du ciel !
D’une écriture fluide, poétique et philosophique, l’auteur mêle sa plume orientale aux magnifiques calligraphies de Lassaâd Metoui.
Superbe livre à offrir.
(carte et lexique des mots du désert).

 

 

 

 

 

 

 

NOTES de LECTURES

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Olivier ADAM : Chanson de la ville silencieuse (Ed Flammarion – 217 pages)
Une jeune femme déambule dans les quartiers touristiques et pittoresques de Lisbonne.
Que cherche-t-elle ? Elle cherche un père qui, délibérément a laissé au bord du Rhône voiture, vêtements, mais pas de billet d’adieu. Suicide ou disparition volontaire, comment faire son deuil d’un père qu’elle a côtoyé, mais l’a-t-il connue, se sont-ils jamais connus ? Difficile d’être la fille du chanteur rocker qui enthousiasmait les foules, ne vivait que par et pour la musique.
Une vie de concerts à travers le monde et un point d’ancrage dans cette grande maison en Ardèche où une surenchère de musique, d’alcool, de drogue succédait à des moments de grand calme, de repos, de retraite. Une maison où alors petite fille, elle circulait sans bruit, protégée par un couple de paysans, gardiens au grand cœur. Une petite fille silencieuse connue de tous, si discrète que les amis du père toujours plus nombreux, car vivant souvent aux crochets d’un homme généreux, envahissaient jusqu’à sa chambre et même son lit quand ils étaient trop souls pour trouver un lit vide. Et cette petite fille aujourd’hui cherche son père que des amis ont cru apercevoir jouant de la guitare sur les places de Lisbonne. Car si la mère n’a jamais assumé son rôle de mère, le père a assuré de très gros revenus en investissant dans l’immobilier parisien et l’obligeant à suivre ses études à Paris dans les meilleures conditions.
L’écriture de ce nouveau roman d’Olivier Adam est à l’image de la couverture, tant de douceur, de délicatesse, de mystère dans ce visage de jeune femme. Le rythme des phrases fait penser à un très beau et long poème, joliment amené par une chanson de Jean-Louis Murat en première page, un chanteur compositeur en harmonie avec ce petit bijou d’écriture qui laisse le lecteur délicieusement au-dessus du sol.
Oui, le lecteur plane, c’est magnifique (Ph D ignazerder)

Gabrielle TULOUP : La nuit introuvable (Ed Philippe Rey -160 pages)
Dès les premières lignes on comprend qu’on rentre dans un monde béni de la belle lecture et de moments intenses.
L’histoire est assez banale, celle d’un jeune homme éloigné par choix de sa famille, par besoin de mettre de la distance entre une mère peu accueillante et les souffrances de n’avoir pas été aimé.
Soudain le contact se rétablit avec difficulté par l’intermédiaire d’une voisine qui joue les intermédiaires et lui remet des lettres écrites par sa mère, à un tournant de sa vie, lui en dévoilant toutes les facettes.
C’est alors le bonheur des mots, la sensation intime des découvertes diffusées au compte-gouttes et qui révèle une expérience qui dépasse le cadre de la lecture. C’est l’approche de l’indicible face au désarroi et l’absence de l’être aimé.
Un très beau premier roman où tout est bien choisi, tant les mots pour le dire que la calligraphie et la page de couverture

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Claire BEAUCHART : Ambitions assassines (Ed le Rocher – 150 pages)
Une couverture attrayante, un titre prometteur, l’histoire démarre fort pour ce petit livre où l’on découvre d’emblée le décès d’une jeune actrice par accident au cours du tournage : un gros spot choit et l’écrase !
Mais est-ce vraiment un accident ?
La jeune journaliste qui suit l’évènement nous entraîne dans les coulisses de ce monde politico-médiatique puisque l’actrice était la maitresse d’un homme politique sur le point d’être élu à un poste très en vue.
L’histoire est bien menée, bien écrite, avec des retours sur la carrière de l’actrice et des recoupements avec les ragots du monde de la nuit. En fait peut-être pas très énigmatique car on perçoit assez vite les tenants et les aboutissants du scénario.
Un bon début peut-être. A suivre.

Einar Mar GUDMUNSSON : Les Rois d’Islande (Ed Zulma – 327 pages)
Les Knudsen, quelle famille !
Des générations de marins, des hommes prêts à affronter les tempêtes, les faillites lors des coups du sort, mais des hommes qui dès leur retour sur la terre ferme retrouvent leur femme, ou celle des autres ça peut arriver, mais surtout des hommes prêts à boire. Oui, on boit beaucoup chez les Knudsen, jusqu’à être ivre mort, il y aura toujours une bonne raison pour se saoûler.
Rien n’arrête le clan Knudsen, même les plus hautes fonctions sans le moindre diplôme, il suffit d’être convaincant et pédagogue et les voilà sûrs de remporter la médaille Fields ! Les femmes légitimes sont toutes extraordinaires, les enfants aussi, il y a bien quelques trublions mais ils retombent toujours sur leurs pattes, même après un petit passage en prison.
L’auteur profite de cette immense famille aux noms bien compliqués pour écrire un chant à la gloire de l’Islande, depuis sa dépendance au royaume du Danemark jusqu’à aujourd’hui maintenant république membre de la communauté européenne.
Un roman truculent, bourré d’anecdotes fantastiques et toujours plus qu’arrosé ; un roman où le héros Arnfinnur peut être artificier de génie, enseignant, armateur, marin, chauffeur de taxi, humoriste, guitariste et, cerise sur le gâteau, posséde une magnifique chevelure à faire pâlir les chauves de jalousie !
Ce roman peut rebuter le lecteur peu habitué aux sonorités étranges de la langue irlandaise, mais l’auteur s’amuse et nous avec. De rebondissement en rebondissement, on arrive à la dernière page, heureux d’avoir lu une radioscopie humoristique et bienveillante d’un peuple particulier puisque vivant sur une île, mais un peuple aimant la vie plus que tout.

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Annie DEGROOTE : Nocturne pour Stanislas (Ed Presses de La Cité – 320 pages)
Publié dans la collection Terres de France des Presses de la Cité
Le dernier roman d’Annie Degroote se veut comme il se doit, roman de terroir sous fond historique
Originaire des Flandres, l’auteure, au travers d’une saga familiale dont elle a le secret, va mettre à l’honneur les gens du Nord, leurs origines et leur histoire. Elle évoquera ainsi les grands bouleversements qui ont marqué cette région au cours du XXème siècle.
Nous sommes à Lille.
Le prélude, « Venez ce soir, vous y entendrez Chopin » sous forme d’un mot glissé sous une porte, nous invite à la suite d’Anne Sophie Koslowski, dite Hania, à nous rendre à la résidence Berriez, château d’un couple de grands bourgeois industriels.
L’invitation est mystérieuse et inattendue ; Hania issue d’un milieu ouvrier à Douai, vient de s’installer à Lille pour y poursuivre des études. Elle n’a pas de relations dans ce milieu.
L’énigmatique proposition servira de fil rouge au roman, tiendra le lecteur en haleine en retraçant tout un pan de l’histoire d’une région de mines et de filatures autour d’une histoire familiale compliquée.
L’essentiel du récit nous raconte l’entre-deux guerres avec l’arrivée de Polonais migrants économiques, leur courage, leur désir d’intégration et le quotidien d’une communauté venue travailler dans le bassin minier. Malgré les silences gênés de certains intervenants, nous reconstituons le destin du grand père d’Hania, Stanislas Dabrowski brillant architecte reconverti en mineur de fond.
La lecture est agréable, le texte facile, les scènes visuellement authentiques, mais très vite nous nous détachons d’une intrigue et d’une filiation tumultueuse au profit d’un document historique de grande qualité.
Nous sommes entrés dans les cités ouvrières, avec des maisons de briques rouges, les corons et les terrils, puis nous avons été sensibilisés à la tradition des textiles et la présence des filatures, nous permettant ainsi de retraverser l’histoire d’une région aujourd’hui sinistrée et délaissée.
A ce titre, ce texte présente un réel intérêt ; nous aurons sans doute oublié l’intrigue mais retenu la parfaite intégration d’une famille d’immigrés dont la petite fille, soixante ans plus tard affirmera : « La France est mon pays, la Marseillaise mon hymne et la Pologne mon rêve ».

Martine Marie MULLER : La Saga des Bécasseaux (Ed Presses de la cité 461 pages)
Publié également dans la collection Terres de France
Entre St Valery en Caux et Dieppe, la famille des du Bois Jusant habite un château construit il y a deux siècles sur une île, au milieu d’un marais. Niché près des côtes dieppoises, c’est un paradis naturel pour les oiseaux, un terrain de jeux, d’émerveillement pour le châtelain et ses enfants.
Dans ce château vit une famille d’excentriques rebelles et fauchés, sorte de « Derniers des Mohicans Normands »  qui va envers et contre tout mener un combat pour préserver son vieux château et ses marais de la vanité humaine et du profit.
Un parachutiste canadien se cache chez eux, durant la seconde guerre mondiale.
Des années plus tard, le maire veut s’emparer des « courtils » seules terres fertiles du domaine. Les Bécasseaux entrent en résistance, aidés par un allié canadien.
Une ode drôle et poétique à la nature et aux irréductibles qui veillent sur elle.
Un seul petit regret : le roman est un peu long.

 

« SPEAKERINE »
la nouvelle série sur TF1 à partir du 16 avril

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La speakerine est la figure emblématique de la télévision naissante.
C’est le premier visage que nous découvrions lorsque l’ORTF démarrait le soir, car nous étions loin de la télé non stop vingt quatre heures sur vingt quatre avec des centaines de chaînes à notre disposition, comme aujourd’hui !
Catherine Langeais, Jacqueline Caurat, Jacqueline Huet, Jacqueline Joubert (que de Jacqueline !), Anne-Marie Peysson et l’incontournable Denise Fabre…
Toujours pimpantes, souriantes, le brushing hyper laqué, elles nous présentaient le programme de la soirée et meublaient s’il le fallait un incident de parcours car beaucoup de choses étaient en direct.
Il était donc normal qu’un jour, à juste titre, la speakerine se retrouve héroïne d’une série.
Et ils se sont mis à cinq scénaristes pour l’écrire, l’héroïne étant Marie Guillain presque méconnaissable, auprès d’un mari, incarné par Guillaume de Tonquédec, dans un rôle très différent de tout ce qu’il a pu nous proposer.

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L’histoire
1962, Christine, célèbre speakerine, image de la femme parfaite, est mystérieusement agressée dans les studios de RTF. D’icône du petit écran très protégée, elle devient une femme traquée, confrontée à une violence à laquelle elle n’était pas préparée. Le destin de Christine est symbolique de l’évolution de la femme dans la société des années 1960 et du monde de la télévision instrumentalisée par le pouvoir. Luttes, trahisons et jeu politique, rien ne lui sera épargné…
Une série de 6 x 52 min. Scénario, adaptation et dialogues de Nicole Jamet, Véronique Lecharpy, Sylvain Saada, Valentine Milville et José Caltagirone. D’après une idée originale de Valentine Milville et José Caltagirone. Réalisée par Laurent Tuel.
Avec Marie Gillain, Guillaume de Tonquédec, Grégory Fitoussi, Christiane Millet…

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Marie Gillain
« Cette série nous replonge dans les années 60 et l’on va suivre le parcours et l’émancipation de cette femme. Il faut se souvenir que dans ces années-là, la femme devait avoir l’autorisation de son mari pour travailler ! Tout en continuant bien sûr de s’occuper de lui, des enfants, de la maison. C’était une espèce de prison dorée, une image de « la femme parfaite » qui va d’ailleurs peu à peu s’effriter.
Cette série montre quelle était alors l’idée du mariage, des rapports homme-femme, de l’homme responsable et macho qui mettait sa femme sous cloche.
Je trouve qu’il y a beaucoup de véracité dans cette histoire qui est un plongeon dans cette époque par les décors, les costumes, les coiffures, tantôt dramatique, émouvante, romantique, politique. Sans compter l’intrigue qui va prendre un la dimension d’un suspense.
C’est un passionnant portrait de la société d’alors dans une époque bien marquée qui va éclater, ouvrir des portes et donner à la femme la liberté qu’elle a aujourd’hui ».

Guillaume de Tonquédec
« Mon personnage est intéressant parce qu’inattendu dans ce qu’on m’a jusqu’ici proposé de faire. C’est un personnage plutôt dur, un homme moderne puisqu’il laisse sa femme travailler mais qui va très vite se trouver dépassé lorsqu’elle veut devenir plus qu’une simple speakerine.
A partir de là, il perd pied, il se sent perdu, il ne sait plus très bien où il va… Et c’est très excitant à jouer !
Au-delà des personnages, c’est l’histoire d’une époque et c’est l’enjeu de cette série : l’équilibre difficile dans le pouvoir homme-femme.
C’est assez noir sur les rapports humains, il y beaucoup de tension, de trahisons, de douleur, de faux-semblants, ce qui en fait la richesse, sans oublier le suspense qui est quelque chose de très haletant.
Le fait d’être plongé dans cette époque m’enchante. Les décors, les costumes, les accessoires, ça fait vraiment rêver. C’est la naissance de la télé-communication, de tout ce qui a bouleversé notre vie… Ça a un côté « fouilles préhistoriques » !

PORTRAIT
Nicole JAMET : « Je ne regarde pas en arrière »

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Parmi les scénaristes de « Speakerine », l’on retrouve Nicole Jamet, comédienne talentueuse, aussi bien à la télé qu’au cinéma ou au théâtre, écrivain de plus en plus, ayant déjà signé ou cosigné la fameuse série « Dolmen » mais aussi ayant travaillé pour « Section de recherches », « La chambre des dames », « la mafia », « Les secrets du volcan » et bien d’autres dont la série « Meurtres à… » où elle a retrouvé ses complices de « Dolmen » : « Meurtres au Mt Ventoux » avec Ingrid Chauvin, « Meurtres à Etretat » avec Bruno Madinier.
Mariée à Pierre-Jean Rey, photographe toulonnais, elle a fait du Var sa région de cœur. Notre amitié date de quelques décennies. Il était donc normal que j’aille vers elle pour parler de cette série que l’on découvrira dès le 16 avril sur France 2.
D’autant que le même jour sortira son nouveau roman intitulé « L’air de rien » chez Albin Michel.
« Dolmen » a également l’objet d’un livre, suivi de deux autres qui ne sont pas devenus une suite à la télévision : « Les oubliés de Kilmore » et « La dernière malédiction ».
Mais le fait était là : l’écriture de scénarios chez Nicole prenait de plus en plus le pas sur la comédienne.
Jusqu’à cette série « Speakerine » qui, me confit-elle dans sa belle maison toulonnaise au jardin magnifiquement fleuri, sera son dernier scénario.
Pourquoi ?
Aujourd’hui le métier de scénariste devient de plus en plus compliqué. On dépend de trop de gens : la production, les distributeurs, le réalisateur… L’on est de moins en moins maître du jeu et ça commence à être fatigant.

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C’est pour cela que tu te tournes vers l’écriture de romans ?
Oui, d’abord parce que j’écris en toute liberté, à mon rythme, à ma fantaisie, sans que personne ne me stresse pour que ça aille plus vite. Je n’ai plus besoin de vivre à Paris pour rencontrer les uns et les autres. A partir du moment où mon éditeur est d’accord, je ne dépends plus du bon vouloir des uns et des autres, je n’ai plus de problèmes de budget, je peux mettre cinquante décors, autant de personnages que je veux, autant de figurants, personne n’est derrière moi pour me dire d’enlever un personnage, de raccourcir une scène et je suis vraiment et totalement maître du jeu. J’écris tranquille chez moi,
La liberté totale… le rêve !
Revenons donc à « Speakerine !
C’est la productrice Charline Delepine qui m’a proposé de reprendre, avec une co-scénariste amie, Véronique Lecharpy, le scénario écrit par deux jeunes auteurs manquant d’expérience qui ne s’en sortaient pas. L’histoire au départ tournait autour de quatre speakerines. Mais j’ai focalisé l’histoire sur une seule, qui représentait alors l’image de la femme parfaite, épanouie parce que belle, célèbre, indépendante, ayant une vie idéale… du moins à ce qui paraissait.
Mais il faut se remettre dans le contexte de l’époque où la femme devait avoir l’autorisation de travailler et, n’ayant pas droit à un compte en banque, son argent allait aussitôt sur le compte du mari. Ce qui fait que si elle voulait se barrer, elle n’avait plus rien !
J’ai donc décrit le cheminement de cette femme qui ouvre les yeux sur les difficultés d’être une femme, de son manque de liberté. L’image alors se fissure peu à peu.
Elle prend conscience qu’elle n’est qu’une image et va vouloir sortir de ce carcan, ce qui ne sera pas sans peine. C’est toute cette évolution que je décris avec en plus, un thriller à la clef.
C’est une série de six épisodes dont je n’en ai écrit avec Véronique que les quatre premiers, les deux derniers étant repris par les deux auteurs du début, plus un dialoguiste et enfin le réalisateur.
Une nouvelle façon de travailler !

A B

D’où ta préférence pour le roman et celui-ci que tu considères comme le premier.
Oui, il s’intitule « L’air de rien » et paraîtra mi-avril chez Albin Michel.
J’ai beaucoup de chance que les quelques chapitres proposés au comité de lecture aient tout de suite fait l’unanimité moins une voix !
Raconte !
L’histoire démarre sur Lucie, une petite vieille à l’air très respectable de 80 ans qui, avec l’aide de sa copine Chirine, est en train d’étrangler un homme. Pourquoi ? Quel est cet homme et qui est-elle elle même ? La police qui n’a pas voulu croire à l’histoire lorsqu’elle lui a téléphoné », va essayer de découvrir tout ça. Petit à petit on va découvrir des choses, des éléments qui vont faire avancer et rebondir l’histoire.
D’où te vient cette idée de vieille dame indigne ?
Je me suis toujours posé une question sur les gens âgés : c’est quoi, la vie de ces gens ? Ca m’a toujours fascinée. Quelle est l’histoire de ces petits vieux que l’on croise ? Et si tu réussis à parler avec eux, tu découvres souvent des choses extraordinaires. Ce qui m’est arrivé avec mon père.
Lucie va donc remonter dans ses souvenirs, toute sa vie va se dérouler, ce qui, peu à peu, va pouvoir nous amener à comprendre son geste.
C’est une comédie, sinon grinçante, du moins humaine et non dénuée d’humour.
C’est en fait la vie d’une dame d’hier dans la vie d’aujourd’hui et c’est plein de surprises jusqu’à la fin. Mon envie est que le lecteur embarque dans l’histoire et ne la lâche plus jusqu’à la fin.
En fait… Ce pourrait être un bon scénar !
(Elle rit), Oui, c’est vrai… Chassez le naturel ! Mais pourtant j’ai surtout pensé à en faire une pièce de théâtre, que je suis d’ailleurs en train d’écrire et que j’aimerais voir jouée par mon amie Line Renaud.
L’histoire était dans ta tête dès le départ ?
Pas du tout : j’avais le début et la fin ! Pour le reste, je me suis laissée porter par le personnage qui m’a d’ailleurs entraînée dans des trucs qui m’ont réservé quelques surprises. C’est ça qui est amusant : découvrir l’histoire au fur et à mesure qu’on l’écrit.
Tu y a donc pris goût ?
A tel point que je suis déjà sur un second roman !
Dans tout ça… Ton métier de comédienne ?
Je t’avoue que j’ai un peu lâché l’affaire. Ma décision de venir m’installer à Toulon pour l’écriture, me coupe déjà un peu du métier. Si je reçois un projet qui me plait vraiment, pourquoi pas ? Mais je ne suis plus en recherche.
As-tu pensé à écrire un livre de souvenirs, une bio ?
Je crois que je ne le ferai jamais pour la bonne raison que… je n’ai pas de souvenirs !
Je veux dire par là que revenir sur le passé m’ennuie profondément. Je ne suis pas dans la nostalgie, je ne regarde pas en arrière mais devant moi, je suis curieuse de ce qui va se passer.
C’est vrai, j’ai eu une belle vie d’artiste mais j’ai toujours un peu vécu à côté du métier. J’y ai peu d’amis : Pierre Ardidi, Véronique Jannot, Jane Birkin, Line Renaud, Pierre Vaneck, hélas aujourd’hui disparu…
Mais je préfère inventer des histoires plutôt que de raconter les miennes !

Propos recueillis par Jacques Brachet

NOTES de LECTURES

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Delphine de VIGAN : Les loyautés (Ed Jean-Claude Lattès – 205 pages)
Hélène, jeune professeur de Sciences Naturelles dans un collège de la région parisienne va nous entraîner dans ce monde un peu clos où vont se côtoyer enseignants, élèves, parents, hiérarchie scolaire.
Fragilisée elle-même dans son enfance elle va remarquer rapidement le comportement particulier et inquiétant de Théo, douze ans : absence, léthargie, retrait de la vie scolaire. Son inquiétude l’appelle à interpeller ses collègues, sa hiérarchie, les parents injoignables ou le copain Mathis mais sans succès.
Fidèle à son sens de la loyauté elle s’implique alors dans le sauvetage de cet enfant qu’elle sent en perdition et nous confronte au drame des familles ; divorce, enfermement, impossibilité à communiquer, qui rendent les enfants seuls avec leurs problèmes assistant eux-mêmes leurs propres familles. Les rôles sont inversés c’est lui qui protège le père empêché ou la mère impuissante à l’aide de mensonges, de compromissions et peu à peu de dégringolades jusqu’ à l’addiction, la drogue, l’alcool.
C e livre sombre, écrit en phrases courtes traitant de sujets graves avec beaucoup d’empathie et de respect nous émeut et nous tient en éveil jusqu’au bout

Alice MOINE : La femme de dos (Ed Serge Safran – 345 pages)
Jane revient à Toulon, appelée en urgence auprès de sa mère hospitalisée et dans le coma. Retrouver sa maison du bord de mer, des souvenirs enfouis car douloureux, tout lui revient en mémoire en revisitant la maison entretenue par la fidèle Souad. Une maison qui a servi de cadre pour le tournage du film «Les innocents» d’André Téchiné, une maison chamboulée par l’invasion des acteurs, des machinistes et d’un certain photographe qui a tapé dans l’œil de Jane,
Alors très silencieuse mais présente sur tous les lieux de tournage, Jane était alors une jeune fille amoureuse;  aujourd’hui, elle traîne un peu la jambe depuis son accident vingt-huit ans plus tôt, elle est directrice de casting et doit trouver la perle rare qui se cache derrière trois photos représentant une femme de dos avec un manteau rouge.
Et cette femme, Jane va la trouver un soir de pluie au péage d’une autoroute.
Dès lors le roman devient un roman policier et perd le charme des déambulations dans une ville « souvenir ».
Par le plus grand des hasards, je suis toulonnaise, j’ai pris plaisir à suivre Jane dans le quartier de la Mitre et retrouver l’ambiance du Toulon avec ses marins à pompon rouge, mais là s’arrête mon intérêt car l’intrigue est truffée d’invraisemblances grossières qui font paraître le roman beaucoup trop long.

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Émilie de TURCKHEIM : L’Enlèvement des Sabines (Éd Éloïse d’Ormesson – 208 pages)
De l’utilité de posséder une poupée gonflable chez soi, tel pourrait être l’objet de ce dernier roman d’Émilie de Turckheim.
Une idée farfelue, une construction déstructurée, un style atypique, le lecteur bousculé se laisse prendre au jeu de cette fable féministe qu’il faut lire d’une traite de peur de se perdre devant tant d’originalité.
La première scène fait état d’un reportage à la télévision : à Hiroshima, Gidayù Takemoto vit en couple avec une « sex doll » ; il raconte avec satisfaction son quotidien.
Cinq chapitres s’ensuivent ou nous écoutons les enregistrements successifs d’une mère à sa fille sur un répondeur téléphonique: « Sabine, c’est moi, c’est maman », ainsi commence chaque message et nous allons à la rencontre de l’héroïne du roman.
Sabine est une jeune femme timide et effacée. Elle vit avec Hans, son compagnon et metteur en scène de renom. Lasse de sa vie professionnelle, elle souhaite quitter son emploi.
Autre scène : après un pot de départ en son honneur, Sabine rentre en métro accompagnée de son curieux cadeau : une provocante poupée » en élastomère thermoplastique », modèle Sabine.
Lorsqu’elle rentre chez elle, les anecdotes suivantes nous sont retransmises par Véritex, installateur de caméras de vidéosurveillance chez les particuliers. Sur la page, l’auteur traduit, avec habileté et humour, les imperfections de la prise de son et seules des bribes de phrases nous parviennent.
Scènes de la vie conjugale : Hans se révèle n’être qu’un ignoble personnage pervers et manipulateur. Il humilie et tyrannise sa compagne. Mais la poupée sexuelle veille maintenant, et Sabine a su s’en faire une alliée.
Dernière scène : à la télévision, au Japon, Monsieur Takemoto déchante de sa créature, tandis qu’à Paris, les femmes vont reprendre le pouvoir ! A deux, les Sabines seront les plus fortes…
Le dénouement est invraisemblable.
Un texte dans lequel fond et forme rivalisent d’originalité, un moment de lecture décoiffant, riche d’une vitalité pleine d’humour.

Jean  CONTRUCCI : Le vol du gerfaut. (Ed HC – 235 pages)
Le riche et célèbre écrivain Jean Lesparres ,ancien prix Goncourt, directeur littéraire, membre des plus grands jurys parisiens est aujourd’hui en panne et peine à terminer son livre.
Son éditeur et son vieil ami de 50 ans le lui réclament depuis des années. C’est un écrivain de la vieille école qui écrit d’un jet. Il refuse de céder à la machine éditoriale.
Afin de ne pas perdre la face, il organise le vol de son manuscrit,inachevé, à l’aéroport, alors qu’il rentre de vacances de Sicile avec sa très jeune épouse.
La situation lui échappe. De coups de théâtre en imbroglios, il va découvrir que son manuscrit sera achevé et publié par son propre éditeur sous le nom d’une jeune auteure inconnue. Plus de manuscrit, plus d’épouse volage et plus d’amis qui vous lâchent. Ce qui devait être un vol, se transforme en cauchemar vivant.
C’est l’occasion pour Jean Contrucci de nous faire pénétrer dans l’âme d’un auteur vieillissant  et diminué, attendrissant parfois, risible souvent par sa candeur mais qui profite aussi de l’occasion pour nous faire connaître les arcanes des maisons d’éditions. Satire douce amère- du monde doré de certains écrivains et de la manipulation de tous par chacun.
L’auteur, excellent conteur, nous offre un bon moment d’une lecture sans prétention et divertissante.
On se demande  si ce livre n’est pas un peu biographique !

 

 

Les larmes de combat
de Brigitte BARDOT

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Adorée autant qu’haïe, encensée autant que décriée, Brigitte Bardot est, depuis 60 ans, celle dont on parle, dont on a toujours parlé, icône de cinéma ou égérie des animaux et ce, dans le monde entier.
Elle est celle qui scandalisa, celle que l’on adula, celle qu’on vilipenda, ça continue et ça continuera tant qu’elle sera sur cette terre.
Après nous avoir offert plusieurs tomes de ses mémoires, qui, elles aussi, furent tout aussi abreuvées de critiques que d’éloges, aujourd’hui, « presque » pleine d’usage et raison, elle nous propose de parler de ce combat qu’elle mène depuis des décennies, depuis qu’elle a quitté en 73 à l’âge de 38 ans, le cinéma pour la cause animale à laquelle elle se consacre corps et âme, nuit et jour, au point d’avoir vendu tous ses biens au profit de celle-ci.
Ce livre, écrit avec l’aide de la Toulonnaise Anne-Cécile Huprelle, s’intitule « Larmes de combat », (Ed Plon) joli titre pour ce combat qu’elle mène et qui lui survivra, tant il y a encore de choses à faire.
Bien sûr les âmes bien pensantes vont encore la décrier mais aujourd’hui elles crient de moins en moins, les gens se rendant compte qu’il faut bien quelqu’un pour mener ce combat.
Et s’il n’en reste qu’une…
Alors, comme elle l’a toujours fait, elle se fout de ce que ceux-là continueront à dire. Elle est sincère, elle n’a peur de rien ni de personne, elle tient tête dans les bourrasques, elle monte au créneau sans peur et sans regrets, elle est « jusqu’auboutiste » et ne lâche jamais rien.
On connaît son franc parler, elle n’a jamais eu un brin de diplomatie, elle est forte en gueule et c’est ce qui fait sa force, n’en déplaise aux esprits chagrins.
Si elle est toujours en tête du combat, sa fondation oeuvre dans l’ombre et a déjà accompli de grandes choses, des miracles car la défense des animaux est sa mission, son sacerdoce, le combat de sa vie. Un combat comme un puits sans fond.
« Mes réactions sont plus animales qu’humaines » dit-elle en précisant qu’elle ne fait pas partie de l’espèce humaine avec laquelle elle partage peu de choses.
Elle nous raconte dans ce livre les choses atroces qui sont faites aux animaux, avec une grande émotion, un vrai chagrin qu’elle nous fait partager.

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Passionnaria impulsive qui peut être excessive, ce qui la dessert quelquefois mais qu’elle ne regrette pas, elle a toujours déchaîné les passions, positives ou négatives, et ça ne va certainement pas changer aujourd’hui !
Elle avoue pourtant « J’ai réussi ma vie mais je n’ai pas été heureuse » tant il est vrai qu’elle s’est souvent trouvée démunie devant l’horreur, la sauvagerie et la bêtise humaine mais elle a tellement fait pour les animaux qu’il lui est beaucoup pardonné. D’ailleurs elle dit aussi : « Je n’ai peut-être pas été complètement un monstre, alors ».
Ce livre risque de la réhabiliter auprès d’un nombreux public, tant il est émouvant, poignant, tant elle a fait de belles chose que personne ne peut lui enlever. Quant aux autres… ils lui sont tellement acquis ! Et ils son plus nombreux qu’on ne le croit !
En fait… et si Brigitte Bardot était un animal ?!

Jacques Brachet

NOTES DE LECTURE

Favier © Astrid di Crollalanza-2 vinau

Emmanuelle FAVIER : Le courage qu’il faut aux rivières (Ed Albin Michel – 214 pages)
Un roman – deux avis

Dès les premières lignes, le ton est donné, Manushe nie sa féminité en vivant, buvant, travaillant dur comme les hommes. A-t-elle oublié la jolie jeune fille qu’elle était jusqu’à ce qu’elle refuse un mariage imposé et devienne selon un rite ancestral une vierge jurée ? Cette coutume des Balkans ainsi que la loi du sang qui perpétue le devoir de vengeance sont le ciment d’un peuple attaché aux rites anciens.
Aussi, lorsque Manushe rencontre Adrian, jeune homme secret, fin, délicat, elle se sent attirée vers lui, elle doit lutter pour préserver sa virginité et garder le respect de sa communauté. Une communauté qui commence à jaser, à se poser des questions sur l’intimité de ces deux êtres, une tendresse inexplicable aux yeux des compagnons de travail de Manushe, même les femmes sont intriguées. Le secret d’Adrian née femme et que le désir déraisonné d’un père de déjà trois filles veut absolument élever en garçon pour éviter les moqueries du village, un secret qui pousse Adrian à fuir, à quitter le monde difficile de la montagne et des forêts pour la ville, un autre monde où les pièges seront pour un temps évités grâce à une prostituée et un déménageur au cœur rempli de poésie, drôle de mélange, mais oh combien salutaire dans la lecture pesante de ce roman. Car Adrian désemparé, désespéré retournera auprès de Manushe, prêt à s’enfoncer au fond du lac, seul échappatoire à un imbroglio de vies détournées.
Ce premier roman d’Emmanuelle Favier impressionne le lecteur qui ne peut rester indifférent. Le thème historique choque aujourd’hui, mais la rudesse des lieux, des coutumes est compensée par une écriture poétique magnifique. » La solitude sera ta liberté » pourrait être la condition de survie de ces femmes mutilées dans leur sexualité, mutilées dans leur désir de vie de couple, mutilées dans leur féminité.
Le lecteur étouffe et ressent un profond malaise même s’il a suivi avec intérêt ces personnages attachants, toujours sur la brèche.

Le jeune Adrian arrive à une ,époque indéterminée, dans un village des Balkans (précision donnée par la quatrième de couverture ) village attaché à ses traditions, et à ses lois faites pour des hommes par des hommes
L’ arrivée d’ Adrian va remettre en question cet ordre apparent, sa présence va troubler Manushe qui, pour échapper à un mariage imposé, a dû choisir de devenir «vierge jurée» ,sorte de vestale écoutée, respectée et honorée comme un homme à condition de sacrifier sa nature de femme et cacher tout attribut féminin
De son côté le jeune homme n’est pas indifférent à Manushe mais lui aussi cache un secret, son père, furieux de voir sa femme ne «produire» que des filles. l’a déclarée garçon .et l’adolescent a dû s’enfuir de ce monde où virilité rime avec bestialité
Le lecteur (la lectrice) se sent proche de ces personnages qui découvrent peu à peu leur féminité et ensemble apprennent à résister à la violence qui règne dans les villages reculés comme dans les villes. On le voit à travers l’amie d’Adrian qui paiera très cher ses velléités de liberté , il faudra à ces femmes le courage des rivières qui creusent leur lit avec détermination et courage pour devenir ce qu’elles sont
Beau roman à la fois sombre et lumineux, réaliste et proche d’un conte peut-être parce que le flou qui entoure le lieu et l’époque de l’intrigue contribuent à lui donner un caractère universel. A travers ces personnages, il invite à une réflexion, sur le genre, la féminité et sur ces lois faites par les hommes pour les hommes et qu’il faudra bien, un jour, réformer.

Thomas VINAU : Le camp des autres (Ed Alma – 185 pages)
Un enfant fuit dans la forêt, un chien blessé d’un coup de fourche dans les bras. La peur d’être rattrapé, battu le fait s’éloigner le plus loin possible de la ferme où vit son père. La forêt devient son refuge, mais que faire avec des petites jambes, un chien agonisant, et toujours se cachant en affrontant le froid, la faim et surtout la peur, jusqu’à «entendre les vertèbres des arbres craquer ?
Un homme va les recueillir, un homme silencieux qui se méfie des hommes et préfère le langage des plantes, celles qui sauvent, tuent et parfois font rêver. Ce bonheur simple est bousculé lorsque apparaissent d’étranges personnages, la bande à Pépère, des gens du voyage qui mènent une vie d’errance apparente, qui chapardent, chantent, dansent, et vivent dans des roulottes sous la houlette d’un chef de clan, en l’occurrence une femme. Ce petit monde fascine l’enfant qui les suit discrètement lors de leurs déplacements et assiste impuissant au grand rassemblement de la Tremblade réprimé par les policiers de Clémenceau, futures Brigades du Tigre.
Ce roman ne peut laisser indifférent le lecteur. Une force extraordinaire se dégage de l’écriture de Thomas Vinau, une écriture qui déroute mais qui fascine et ne vous lâche plus. L’auteur a une connaissance approfondie des plantes mais surtout une tendresse pour les mal aimés, ceux qui ont subi la cruauté des autres, ceux qui gardent toujours une distance de sécurité, ceux qui désormais font partie du camp des autres, le camp de la liberté.

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Philippe JAENADA : La serpe (Ed Julliard – 643 pages)
Ce roman, raconte ce qu’on appelle une histoire vraie dont, dès les premières lignes, en page trois, sont un préambule à un dossier de plus de six cents pages qui nous fera revivre un procès et son verdict invraisemblable, suite au triple crime du château d’Escoire. C’était à douze kilomètres de Périgueux, le 15 octobre 1941.
Fidèle à sa démarche Philippe Jaenada va nous amener sur les lieux de l’homicide, dans le Périgord, visiter le château, questionner les habitants de la région, compulser des milliers de pages de comptes rendus.
L’enquête a été abandonnée, il y a plus de soixante quinze ans et Henri Girard, seul survivant de ce massacre à la serpe, principal accusé puis acquitté, va devoir nous faire comprendre ce qui s’est passé.
Et nous voilà embarqués dans l’Opel Meriva de l’enquêteur à la poursuite de la vérité !
Organisé au rythme des découvertes ou constatations de l’auteur, ce travail pourrait paraître long et fastidieux à la lecture, mais Philippe Jaenada nous a habitués à tant de digressions, d’apartés, d’autodérision et d’invectives que le lecteur prend un réel plaisir à s’enfoncer dans une logique sans fin – ni chapitres – au contact d’une région et de ses habitants.
Il y a, bien sûr «la mort hideuse de trois personnes» : le père, Georges Girard, homme infiniment respectable, saigné à blanc, cette nuit là, dans son château ainsi que la tante, et l’employée, «deux femmes qui n’avaient rien fait de mal de leur vie»
Et puis l’accusé, Henri Girard, le fils, défendu et blanchi par Maître Maurice Garçon acteur d’un impensable coup de théâtre durant le procès et de son ahurissant dénouement.
Retrouvant sa liberté Henri Girard« poursuivra sa vie, claquera la fortune de sa famille en deux ans, se traînera, crevard, en Amérique du Sud, écrira « Le Salaire de la peur«  (sous le pseudonyme de Georges Arnaud), sauvera la tête de Djamila Bouhired, en Algérie, se battra contre toutes les injustices et sera enterré au cimetière de Cerdanyola, quarante quatre ans après le verdict  !
Comme le dirait l’auteur, il eut été dommage de se passer de cette vie là !
« La Serpe », un livre énorme à lire avec patience, intérêt et bienveillance en regard de l’exhaustivité du travail de Philipe Jaenada, de sa vitalité et de son humour. Nous lui pardonnerons même l’autopublicité, un peu insistante, qu’il fait au cours du récit, à « La Petite femelle » et à « Sulak », ses deux précédents romans. !

Chantal THOMAS – Souvenirs de la marée basse (Ed Le Seuil – 224 pages)
Chantal THOMAS est une spécialiste du XVIIIème siècle.
Romancière et essayiste, elle a été révélée par «Les adieux à la Reine» qui a été porté à l’écran.
«Souvenirs de la marée basse» s’ouvre sur une baignade.
En effet, une jeune fille, Jackie, qui est la mère de l’auteur nage dans le Grand Canal à Versailles. Cette passion ne la quittera jamais.
A partir de son histoire et celle de sa mère Chantal Thomas va nous apprendre comment celle-ci a pu sortir d’un quotidien qui l’étouffait dans son rôle d’épouse et de mère grâce à  « la mer ». La mère perdue dans la mer où elle se transcende et oublie son inaptitude à la vie, à la communication et à l’amour de sa fille. Comment se maintenir vivant si ce n’est en vivant au bord de mer et profiter d’une vie secrète quand la marée est basse.
Les silences de Jackie tiennent sa fille à distance, la plage et le goût des bains de mer les réunissent.
Aux plages atlantiques succéderont pour l’auteur et sa mère celles de Menton et Nice.
L’auteur célèbre avec beaucoup de délicatesse la figure maternelle. Un livre qui se nourrit de souvenirs, à l’écriture sensible, pudique, très fluide comme le crawl qui permet de glisser dans l’eau sans effleurer la vie.

NOTES DE LECTURES

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Jean-Baptiste ANDREA : Ma reine (Ed L’iconoclaste)
Étrange livre qui peut faire « flop » tout de suite ou qui nous embarque dans un monde étrange de légèreté.
« Shell » est le surnom d’un jeune garçon un peu attardé qui travaille dans une station service où ses parents mènent une vie besogneuse et retirée. Il est « beau comme une Alfa Roméo mais avec un moteur de deux-chevaux » dixit son père.
Pour échapper à l’école spécialisée qu’on lui destine et aux quolibets de ses camarades, il s’enfuit pour aller faire la guerre. Où ? dans la montagne… juste derrière chez lui. La nature est alors une révélation qu’il nous fait partager d’autant qu’il y rencontre Viviane une fillette de son âge avec qui il vivra des moments merveilleux : sa Reine
Un livre tendre, plein de poésie et de tendresse et de dures réalités aussi et qui laisse une belle émotion dans les cœurs, si l’on a joué le jeu de le suivre dans son terrible rêve.
Ce premier roman, primé*, à l’atmosphère étrange, est une ode à l’imaginaire enfantin, à la singularité.
On oscille entre rêve et réalité.
*Prix du premier roman 2017 – Prix Fémina des lycéens 2017.

Daniel MENDELSOHN : Une odyssée, un père, un fils, une époque (Ed Flammarion)
Traduit de l’Anglais (US) par Clotilde Meyer et Isabelle D. Taudière
Intellectuel reconnu et parfait helléniste Daniel Mendelsohn, nous livre ici un récit personnel émouvant et passionnant autant par sa forme que par son fond.
Professeur d’université, fou de grec et de mythologie, l’auteur organise un séminaire consacré à l’Odyssée. Dans l’amphithéâtre, parmi ses étudiants, un homme de quatre vingt un ans, écoute. Daniel Mendelsohn a invité son père à participer.
C’est un peu un défi, une dernière chance que les deux hommes se donnent pour enfin parvenir à se comprendre.
Le père, Jay, remarquable mathématicien, chercheur en technologie optique numérique, père de l’aérospatiale n’a jamais partagé ouvertement les intérêts de son fils pour la littérature et la mythologie. Et pourtant…
Le génie de l’écrivain consiste à nous faire vivre les échanges dans l’amphithéâtre. Les étudiants sont spontanés et naïfs, le professeur érudit, et le père contestataire. Nous apprenons beaucoup également.
Les chants nous sont racontés, nos souvenirs scolaires rafraîchis ; Ulysse, Pénélope, Télémaque, les dieux de l’Olympe ainsi qu’Athéna et Calypso peuplent le discours. Nous n’échappons pas non plus à « l’hexamètre dactylique »ni aux termes grecs expliqués aux nuls.
Reprenant alors la technique narrative d’Homère, Daniel Mendelsohn, nous livre dans une composition circulaire faite de digressions et d’apartés, ses souvenirs, ses impressions et les éléments si particuliers de sa relation à ses parents.
Une croisière en Méditerranée, sur les traces d’Ulysse, clôt ce récit chargé de réminiscences
familiales.
Télémaque à retrouvé Ulysse, Daniel a retrouvé son père.
Une belle histoire d’hommes, un beau partage.

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Patrick DEVILLE : Taba-Taba, (Ed le Seuil)
Tout commence en 1858 au Caire, à la naissance d’Eugénie-Joséphine, arrière grand-mère de l’auteur. A quatre ans, elle quitte définitivement l’Egypte pour s’installer avec ses parents à Saint-Brévin où fut créé le Lazaret en 1862, face à Saint-Nazaire, port d’embarcation, lieu de passage et donc de richesse.
Patrick Deville retrace la vie de ses ancêtres, leurs destins chahutés par les guerres, celle de 1870 mais surtout la Grande Guerre, la seconde guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui cette guerre sans nom contre le terrorisme.
A la mort de sa tante Simone qu’on appelle Monne le narrateur  découvre dans la villa de celle-ci : « trois mètres cubes d’archives familiales de quatre générations ».
Ces « petites traces », comme il les nomme, l’aident à remonter le temps et à reconstituer les lieux d’habitations de ses ancêtre.  A travers l’histoire familiale le narrateur rappelle les grands évènements historiques qu’ont vécu, subi les personnages proches de lui comme ce malgache, pensionnaire du lazaret, psalmodiant sans cesse « Taba-Taba », expression énigmatique dont le lecteur va découvrir le sens à la fin du roman.
Ce roman est d’une grande richesse, on y apprend beaucoup, en particulier sur les liens entre histoires et Histoire, passé et présent, rencontres avec des auteurs contemporains, mais aussi des hommes politiques côtoyés en France mais beaucoup en Afrique et en Amérique du Sud
Le lecteur pourrait se sentir noyé dans toutes ces informations et surtout un peu déçu de ne pas entrer plus avant dans l’histoire familiale, ou de s’en tenir à quelques remarques sibyllines sur sa vie, dans ce « roman sans fiction « .
Mais on est loin du fouillis que toutes ces pistes pourraient faire craindre, au contraire « Taba-Taba, agit comme une drogue douce dont le lecteur a du mal à se séparer.

René-Jean VAN DER PLAESTEN : La Nostalgie de l’honneur (Ed Grasset)
Récompensé successivement par le prix Jean Giono, puis Erwan Bergot et enfin Interallié, le premier livre de René Jean Van Der Plaesten ne laisse pas indifférent.
Le lecteur y trouvera matière à s’enthousiasmer à l’évocation d’une conception de l’honneur esthétique, romantique et moral, ou à l’inverse, à considérer comme anachronique toute forme d’engagement sacrificiel dont il est question dans ce portrait d’un homme d’exception: le grand- père de l’auteur.
Élevé dans le souvenir des engagements du général Jean Crépin, René Jean Van Der Plaesten raconte l’histoire de ces hommes qui en 1940 ont dit non à la défaite de la France.
Son héros maternel, polytechnicien, génie d’artillerie, gaulliste de la première heure et bras droit du général Leclerc commandait la 2e DB à la libération de Paris. L’auteur l’associe à bon nombre d’officiers français qui après avoir libéré l’Europe des nazis sont partis lutter contre les partisans indépendantistes en Indochine et en Algérie.
Si certains faits de guerre sont relatés avec grande précision, avec lieux, dates et acteurs, la relativité des choix de l’époque n’est jamais évoquée. L’auteur reste inconditionnel des engagements militaires de ces années troubles. « Vérité, absolu, idéal, honneur », « Vivre libre ou mourir » sont ses formules, jamais il ne doute. Et puis, « l’artillerie est un art », il adhère ; « les troupes sont comme les femmes, il y a les coquettes et les autres », il cautionne.
Cette réflexion enthousiaste sur les valeurs traditionnelles de notre culture peut inquiéter.
Rien d’équivalent chez nos contemporains dit l’écrivain. Il affirme alors écrire pour que le courage, la fidélité et le panache de ces preux chevaliers inspirent notre époque.
Son constat est inconditionnel.
Mais, avec si peu de recul, peut-on être aussi pessimiste sur l’organisation de notre société ?
Les choix de ces années terribles sont ils vraiment indiscutables ?
Nos contemporains manquent-ils à ce point d’idéal ?
En montrant trop de complaisance à l’égard du passé, on redoute le futur… et ce personnage adulé, apparait alors comme surmonté d’une auréole, sans doute le dernier témoin d’une aristocratie bien pensante et sacrificielle.
Un récit sincère et nostalgique, en complet décalage cependant avec nos aspirations.

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Jean-Marie BLAS DE ROBLES.- Dans l’épaisseur de la chair (Ed Zulma)
Le narrateur, à la suite d’une dispute avec son père, part à la pêche avec le bateau de celui-ci. Du petit port provençal de Carqueiranne, il suit la côte.
Arrivé en pleine mer, il tombe à l’eau et ne peut remonter sur le bateau. Au lieu de se remémorer sa propre vie, c’est surtout celle de son père-chirurgien qui défile et, à travers elle, toute l’histoire de cette famille pieds-noirs d’origine espagnole et surtout l’histoire de l’Algérie au XXème siècle (1890 jusqu’au rapatriement).
C’est un roman passionnant, émouvant, tout en retenue, parfois drôle, accessible et très instructif, u style brillant.
Il interroge l’Histoire autant que la fiction dans un jeu de miroirs et de mémoire qui nous dévoile tout un pan de l’histoire de l’Algérie.
Le plus objectivement possible, l’auteur montre bien la volonté des algériens de retrouver leur liberté et le déchirement des pieds-noirs de quitter leur terre natale.

Jean-Marie LE CLEZIO : Alma ( Ed Gallimard)
Une fois encore Jean-Marie Le Clezio enfourche ses vieux démons, les raisons qui ont fait que sa riche famille a dû abandonner Maurice, l’île originelle des Felsen : Alma le domaine qu’il n’a jamais pu oublier. C’est donc un retour vers ses ancêtres qu’il évoque à la recherche des traces familiales et de ce qu’il reste de ces temps révolus.
Deux voix bercent , martèlent cette évocation : l’une sortant de la bouche d’un voyageur égaré dans le temps et qui escalade les branches de son arbre généalogique mauricien alors qu’alterne une seconde voix, sortie de la bouche d’un pauvre hère, vagabond lépreux sans paupières et sans lèvres qui ne s’exprime qu’au présent pour évoquer sa vie de miséreux qui s’exclut du monde .
Les sujets abordés sont d’une actualité brûlante car ils touchent à toutes les problématiques actuelles qui hantent nos consciences d’occidentaux , de l’inégalité sociale à l’esclavage, des drames croisés d’enfants reconnus ou pas ; Maurice apparait comme le creuset où se mêlent tous les problèmes fondamentaux de notre époque.
Jean-Marie Le Clézio excelle à nous parler de la beauté des lagons et des forêts, à égrener les noms des familles ou des sites comme une litanie mais surtout à évoquer la douleur profonde de destins qui s’entrecroisent et qui nous laissent pantelants par notre incapacité à faire quelque chose.
Beau livre douloureux

 

NOTES de LECTURES

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Estelle MONBRUN : Meurtre à Petite Plaisance (Ed Viviane Hamy – 236 pages)
Estelle Monbrun est le nom de plume d’une proustienne émérite qui s’est lancée dans une carrière de professeur de littérature française contemporaine aux USA
Spécialiste de Proust et de Marguerite Yourcenar elle écrit des polars pour Viviane Hamy. Après « Meurtre chez tante Léonie », puis »Meurtre chez Colette » elle se lance dans « Meurtre à Petite Plaisance » qui est le nom de la maison de Marguerite Yourcenar sur l’ile de Monts déserts dans l’état du Maine. On y retrouve Adrien Lampereur, journaliste français venu enquêter au sujet de la guerre du homard et que l’on retrouve mort étranglé au petit matin dans le jardin de la villa. L’enquête s’installe faisant intervenir policiers français et yankies . Tous se mêlent et démêlent l’écheveau des intérêts de chacun quand à l’avenir de cette île mais déterrant au passage les cadavres enfermés dans les placards depuis des décennies avant d’arriver à l’incroyable vérité de l’affaire Yourcenar.
Comme toujours le récit est bien mené et nous amène à rencontrer des personnages déjà croisés chez Tante Léonie. De la connivence,.des éclats d’esprits, de très belles évocations de ce lieu enchanteur en font un roman agréable mais sans plus.

Youssef Samir GERMANOS : Petites morts à Beyrouth (Éditions Famyras – 289 pages)
Nous sommes à Paris en 2058, et il est désormais possible de visionner le passé, depuis un centre de rétro vision.
Séduit par cette nouvelle technologie, Christian K. le personnage principal de ce roman, accède au centre prétextant des études approfondies sur le langage du corps et les expressions faciales.
Nous allons donc découvrir avec lui, en réalité à la recherche de ses origines, le Liban de la fin du XXème siècle  « celui de la guerre civile et des excès » et surtout celui de ses parents qu’il a trop peu connus. L’auteur nous obligera alors à de nombreux allers et retours dans le temps.
Dès les premières pages, la salle de visionnage nous est ouverte : « Beyrouth, Cave 69, mai 2012″…Images chocs, la mère du héros « s’envoie en l’air à la va vite dans les toilettes d’un bar à la mode.
Indignation du fils qui poursuit néanmoins ses recherches. Il s’ensuit une sorte d’enquête policière, d’une grande complexité narrative avec un réseau considérable de personnages, la famille, les proches, les amis. Le récit rapporte également l’atmosphère d’un Beyrouth bouleversé par les conflits mais qui reste une ville de fête.
L’intérêt d’une telle lecture réside peut être alors dans les considérations qui jalonnent le récit.
La rétro vision permet un éclairage différent sur le passé ; il s’agit de comprendre les conflits et de prendre du recul. Les révélations sur des faits historiques comblent les lacunes imposées par les temps et le regard sur les comportements humains et leurs dérives, replacés dans un contexte, se veut modérateur de pulsions.
Serait-il ainsi possible d’empêcher les crimes, les guerres et de changer le monde ?
Que penser cependant de la curiosité malsaine qui transforme tout visionneur en voyeur impénitent?
L’intimité reste et doit rester privée. C’est la seule vraie réflexion qui pourrait enrichir ce texte.
Tout était donc dit, dès la page dix !
Un roman d’anticipation peu convaincant !

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François-Henri DESERABLE : Un certain M.Piekielny (Ed Gallimard – 259 pages)
M.Piekielny habite au n° 16 de la rue Grande-Pohulanka à Wilno.
Du moins habitait lorsque Romain Gary l’affirme dans son premier roman « La promesse de l’aube » et nul n’est venu le démentir.
François-Henri Désérable entraîne le lecteur dans une quête persévérante à travers l’histoire et la géographie pour retrouver cet étrange M.Piekielny, au manteau gris, très discret qui aurait demandé au jeune Roman Kacew, alias Romain Gary, tant vanté par sa mère comme futur écrivain célèbre, de rappeler son existence dans ses œuvres. Et, sur ce fil ténu, tel un équilibriste, l’auteur déroule un roman pétillant et grave sur le ghetto de Vilnius, mais aussi sur la vie extraordinaire de Romain Gary, ses apartés avec les grands de ce monde rencontrés soit pendant la deuxième guerre mondiale soit pendant ses fonctions d’ambassadeur ou simplement en tant que double lauréat du Prix Goncourt, ce monde à qui il confiait toujours qu’au 16 de la rue Grande-Pohulanka habitait un certain M.Piekielny ! « Une vie se réduit à peu de choses mais les pages demeurent » et c’est cette réflexion sur la littérature que l’auteur poursuit, à la recherche d’une question : l’auteur fait-il « naître ou renaître » ses
personnages ?
D’une langue alerte, alliant faits historiques et une imagination pure maniée avec une jouissance toujours renouvelée pour retomber sur ses pattes, l’auteur échafaude scenario sur scenario pour tracer un portrait enlevé de Romain Gary. C’est même un virtuose dans ce domaine pour le plus grand plaisir du lecteur qui démêlera le réel de la fiction.
Mais n’est-ce pas cela la littérature « l’irruption de la fiction dans le réel » ?

Didier DECOIN : Le bureau des jardins et des étangs (Ed Stock – 384 pages)
Empire du Japon, XII° siècle.
Nous pénétrons au cœur d’un petit village où coule le fleuve kusagawa. Sur ses berges, un jeune pêcheur de carpes destinées aux étangs sacrés de la cité impériale, vient de mourir noyé. Sa jeune veuve Miyuki n’a d’autre recours que de le remplacer. Pour la première fois elle va quitter sa pauvre cabane afin d’accomplir le périple inconnu qu’accomplissait son époux sur lequel comptait le village pour subsister.
Elle s’élance alors, lourdement chargée de sa palanche où sont suspendues les carpes sacrées . Rude périple qui lui fait affronter tous les dangers : brigands, orages, séismes, afin de parvenir à son but, livrer les carpes en bonne et due forme.
On imagine que Didier Decoin possède une sérieuse connaissance de ces lieux et de cette période tant il parvient à nous transporter par ses évocations et ses émotions à travers ce conte fait de sensations, de sensualité, de subtilités. Un grand voyage initiatique qui se termine en apothéose, mais peut-être un peu long parfois

Francis HUSTER : Un homme indigné

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Petite pose à l’Opéra de Toulon ce samedi 25 novembre, pour Francis Huster qui, aux côtés de Régis Laspallès, est venu jouer « A droite, à gauche », pièce de Laurent Ruquier, mise en scène par son complice Steve Suissa.
Une star. Un réparateur de chaudière. Ils n’ont rien en commun, rien pour se rencontrer. Et pourtant… Pièce à la fois drôle et piquante où Ruquier prouve qu’un homme de droite et un homme de gauche… ça n’est pas si loin de se retrouver… au centre !
Gros succès, salle pleine et le plaisir renouvelé de retrouver mon ami Francis avec qui l’on ne se quitte jamais longtemps et qui a toujours mille choses à me raconter, tant ce diable d’homme ne reste pas un seul jour à ne rien faire. Vous allez le découvrir.
Mais auparavant, nous avons beaucoup parlé de son nouveau livre : « N’abandonnez jamais, ne renoncez à rien » paru au Cherche Midi. Une diatribe, une mise au point, un coup de gueule sur le monde d’aujourd’hui, sur la politique, ses colères, ses déceptions, ses indignations et « peut-être » un espoir : la jeunesse d’aujourd’hui.

A Droite à Gauche © christine-renaudie 030

Francis, ce livre est, je trouve, un livre de colère…
Oui, et je pense que j’ai le droit d’être en colère car il y a toute une jeunesse coupée de la Culture, et je pèse mes mots. L’Education Nationale a failli à son devoir. Quand je pense qu’on oblige les parents à faire faire de la natation à leurs enfants, sous peine de pénalisation, pendant qu’on laisse la Culture de côté !
Durant le cursus 6ème/bac, combien d’élèves ont-ils assisté à un spectacle de théâtre, de musique, de danse ? C’est déshonorant pour l’Education Nationale. Quant à la télévision, combien de chaînes nationales ont-elles retransmis un grand spectacle aux heures de grande écoute ? On les compte sur les doigts.
La jeunesse peut-elle réagir à ça ?
La jeunesse d’aujourd’hui, je parle des 15/30 ans, a compris qu’on lui ment, qu’on la tient dans un état de somnambulisme. Elle va onc réagir et agir. C’est tout ce que je souhaite. La question est : comment va-t-elle réagir ?
Crois-tu en la jeunesse d’aujourd’hui ?
J’y crois et j’en ai peur à la fois.
Elle est l’avenir du monde mais je pense qu’elle sera intransigeante. Elle tournera le dos aux 40/70 ans. L’avenir est entre leurs mains mais il faut que le mot « partage » soit le centre de leur vie. C’est le mot-clef de l’avenir. Mais vont-ils partager ?
Nos grands parents étaient des héros qui sortaient des guerres
Nos parents étaient des héros car ils ont été des bâtisseurs.
Nous, nous sommes lâches, impuissants, responsables de l’état de destruction de la planète.
Tu es très critique…
Oui, car nous ne faisons plus partie de leur monde. Leurs vrais parents… c’est le portable. Leurs grands-parents… c’est Internet ! Et c’est une plaie mondiale.
La jeunesse s’intéresse plus à ce qui se passe dans le monde qu’autour d’eux, dans leur cœur. Ils jugent en fonction de l’ailleurs. Un nouveau monde commence

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Rencontre avec Claude-Henri Bonnet, directeur de l’Opéra de Toulon

Ne trouves-tu rien de positif ?
Heureusement oui. Je pense à Eric Ruf, directeur de la Comédie Française que je félicite car il maintient une troupe et il a ouvert cette maison comme un arc en ciel à des pièces, des auteurs, des comédiens modernes. Elle reprend une véritable morale du théâtre. Mais il faudrait plus d’exemples de ce genre. Il faut se battre pour que renaissent de nouvelles troupes. Trop d’entre elles ont disparu.
Pourquoi ?
A cause du Ministère de la Culture ! Il y a eu Malraux, il y a eu Lang… Et depuis ?
Le Ministère s’est déshonoré car, outre les grandes troupes théâtrales qui ont disparu faute de moyens, nombre de festivals ont dû s’arrêter et d’autres se battent pour résister. C’est inadmissible.
Tout au long de ce livre, tu fais un parallèle avec Molière, sa vie, son œuvre, son modernisme…
Molière, c’est la modernité totale et plus on se rapproche de 2022, qui sera le tricentenaire de sa naissance, plus on va se rendre compte qu’il est devenu la sauveur des dix ans à venir.
Daniel Auteuil va monter « Le malade imaginaire », Michel Bouquet joue « Tartuffe » qui sera aussi monté avec Jacques Weber et Pierre Arditi. Richard Berry va monter un Molière. Bacri/Jaoui ont joué « Les femmes savantes », Francis Perrin a monté une spectacle autour de sa vie et j’espère qu’il va revenir avec une de ses pièces… Plus on avance, plus on s’aperçoit que la modernité de Molière fait mouche auprès de public, par sa force, sa morale politique.
Jamais Racine n’a remis le pouvoir politique en question. Corneille quant à lui, a passé son temps à lui cirer les pompes. Molière est le seul à avoir osé s’élever contre lui.
Tu écris qu’il faut vivre, aimer dans l’excès. Ce pourrait être ta devise car tu es quand même un homme excessif !
(Il rit, suivi d’un silence) En amour, s’il n’y a pas d ‘excès, pour moi ce n’est pas la vraie vie, le véritable amour. Et puis tu sais, j’ai déjà eu cent, deux cents vies en jouant tous mes rôles. Il ne faut pas être tiède dans la vie, il faut savoir dire « Mort aux cons », « Merde aux lèche-bottes », aux menteurs à ceux qui entravent nos vie. Il faut être très solide moralement et s’aimer plus que ce qu’on s’aime. Dire non à ceux qui nous appellent à la raison; être déraisonnable. Sans déraison, nous n’aurions pas eu Zola, Picasso, Chaplin, Mc Enroe…
Les bien pensants sont des criminels. Dire « Ca n’est pas si grave que ça », ça ne fait plus partie de ma vie car dans la vie tout est grave. Chaque instant de ma vie est grave.

Huster gaveau

Bon, revenons à moins grave : ton actualité !
D’abord je continue cette tournée « A gauche, à droite » jusqu’au mois de février. Puis je partirai en tournée avec « le théâtre, ma vie ». Je serai seul en scène pour raconter ma vie d’homme et d’artiste, pour transmettre ma passion, donner envie aux jeunes de faire du théâtre.
Puis ce sera « Albert Camus, un combat pour la gloire », un monologue, un testament imaginaire de Camus où je me mets dans sa peau. Avec la pianiste Claire-Marie Le Gay, je raconterai « Horowitz, le pianiste du siècle » que nous jouerons le 3 février salle Gaveau et que nous emmèneront un peu partout dans le monde. C’est avec une autre pianiste, Hélène Tysman, que nous proposerons « Musset-Chopin ».
De février à Juin, je tournerai un film mais je ne peux rien t’en dire aujourd’hui..
Retour à Paris en septembre 2018 avec une nouvelle pièce canadienne magnifique… dont je ne peux non plus te dire ni le titre, ni qui sera ma partenaire !
Et puis, à partir de 2019, ce sera une année cinéma
Et enfin, un grand projet : celui, avec mon ami et complice Steve Suissa, de prendre un théâtre et de monter une troupe. Il le mérite bien. Il vient de créer en octobre un festival de Théâtre français en Israël. C’était une folie mais ça a été un énorme succès. J’y étais, comme Pierre Arditi, Thierry Lhermite, François-Xavier Demaison et quelques autres.
Voilà, tu sais tout
Avec tout ça, quand te poses-tu ?
Je prends le temps de respirer, je dors très peu.
Tu sais lorsque tu as la chance de faire ce que tu aimes, que c’est ta passion, tu ne réfléchis pas et tu as raison de le faire.

Propos recueillis par Jacques Brachet

NOTES DE LECTURES
Par les Plumes d’Azur

Perez-Reverte © Jeosm PhotographyArturo PEREZ-REVERTE : Deux Hommes de Bien (Ed Seuil) 507 p.
traduction Gabriel Iaculli,
L’auteur Arturo Perez Reverte est membre de l’Académie royale d’Espagne. Il est surpris de trouver dans la bibliothèque de l’Académie les 28 volumes de l’édition originale de l’Encyclopédie de Diderot, d’Alembert et quelques autres. Livre qui sentait le soufre en France et qui était interdit en Espagne.
Il ne lui en faut pas plus pour investiguer (il est journaliste) et nous entraîner dans une aventure passionnante. Deux Académiciens, deux Hommes de Bien sont envoyés par leurs collègues à Paris afin d’acheter les 28 volumes.
Nous voilà en route pour la France par des chemins montants, sablonneux, malaisés, dans une voiture à cheval, avec des auberges mal famées, des relais coupe-gorge, des truands et des brigands, des escopettes et des tromblons, des belles dames à sauver, des discussions et de l’ennui, des puces et compagnie…
Nous sommes plongés dans un beau roman d’aventure avec les Hommes de Bien et ceux qui ne veulent pas qu’ils rapportent l’Encyclopédie en Espagne et qui ont dépêché à leurs trousses un tueur à gage !
Bien sûr comme il s’agit de philosophie, nos deux voyageurs conversent bellement de ce fameux siècle des Lumières, des monarques éclairés, de la démocratie, de la Liberté des peuples etc.
A Paris il leur faut chercher ces fameux volumes ; avec eux nous découvrons le Paris prérévolutionnaire, la misère et la richesse, les cafés littéraires et les salons. (Il y a même en prime la description de la bataille du Cap-Sicié, lorsque les Espagnols et les Français ont brisé le blocus de Toulon, et vaincu les Anglais le 22 février 1744 !)
Ouf ! Ils ont acheté les livres ! ils les ont rapporté à l’Académie Royale d’Espagne !
Mais si certains lecteurs apprécient que l’auteur se mette lui-même en scène et explique d’une part, toutes ses recherches et d’autre part, nous fait partager ses réflexions philosophiques en les mettant dans la bouche d’un personnage, d’autres lecteurs peuvent regretter de ne pas s’embarquer seul dans ce livre, et également que cet ouvrage, à connotations historiques soit écrit – ou traduit- au présent.
Alexandre Dumas multipliait les dialogues,
Arturo Perez-Reverte se met lui-même en scène. Dommage.
Un roman passionnant ! Extrêmement bien documenté !

bonnefoy2 Gassot VERGER Frederic 2017 photo Francesca Mantovani - +®ditions Gallimard 9320

Miguel BONNEFOY : Sucre noir (Ed Rivages) 207 pages
Dès les premières lignes, l’auteur s’amuse follement à planter un vaisseau pirate au sommet d’un arbre. Quelle fin horrible pour le terrible flibustier Henry Morgan qui après un ouragan meurt assis sur son tas d’or ! Ce trésor ne laisse pas indifférent Severo Bracamonte qui méthodiquement quadrille et creuse le sol sous les yeux soupçonneux de Serena qui tait depuis trop longtemps ses rêves en herborisant.
Mais toute chasse au trésor a une fin, il est temps de cultiver les bananes et la canne à sucre et de profiter de ce trésor bien réel, le rhum des Caraïbes.
L’auteur dresse un tableau bien réaliste et émouvant d’un pays aux ressources naturelles très riches et le compare à son pays d’origine le Venezuela pour lequel pétrole et déforestation ne sont plus que des mirages de richesse pour la population.
Cependant, laissez-vous enivrer par l’énormité du conte, les péripéties des personnages et la touffeur de la forêt équatoriale.
Jules GASSOT : un chien en ville – (Ed Rivages) 167 pages.
Douze nouvelles pour douze vies de chiens.
Bâtard ou chien à pedigree, seuls ou accompagnés de leur maître, ils arpentent les rues et les foyers de douze capitales du monde.
A travers leurs yeux nous apprenons à connaître la vie et les travers de leur maître. Tristes ou gais, souvent canailles, ils ont peine à nous convaincre de la véracité de leur point de vue. Souvent superficiels, un peu triviaux, on n’est pas subjugué par ce panorama canin vu un peu rapidement et pas très convaincant.
On aurait aimé que l’auteur se livre à un exercice de style : «à la manière de…» chaque chien ayant un vocabulaire différent et des expressions particulières.
Frédéric VERGER : Les rêveuses (Ed Gallimard) 444 pages)
Le jeune Peter Siderman, juif allemand de17 ans engagé dans l’armée française, parvient, au moment de la débâcle de mai 1940, à usurper l’identité d’un mort dont il ne sait rien. Fait prisonnier et protégé par sa nouvelle identité il se croit à l’abri lorsqu’il est informé que « par une faveur exceptionnelle, l’autorité militaire a accepté la requête de sa mère mourante et qu’on va immédiatement le ramener auprès d’elle».
Peter va donc rencontrer la famille d’Alexandre d’Anderlange : sa belle mère émigrée de Russie et deux jolies cousines ruinées qui mettent tous leurs charmes en avant pour dénicher un mari.
Non loin de là se dresse un couvent où il apprend que s’est réfugiée ou qu’on a enfermé Blanche, la troisième cousine, couvent qui abritait autrefois les sœurs  « rêveuses» dont les songes passaient pour des oracles et étaient vendus fort cher à de riches bourgeois comme Breton. Le couvent tombe en ruines et les prisonniers russes du camp voisin sont chargés de refaire le toit dans des conditions inhumaines d’autant que pour ce travail on n’a conservé que les invalides. Peter ou plutôt Alexandre décide de ramener Blanche dont il est tombé amoureux à travers les carnets d’Alexandre retrouvés dans sa chambre. Et pour sauver la jeune fille qu’il n’a vue qu’en rêve , il va se montrer héroïque
C’est un roman inclassable à la fois réaliste avec des images horribles ou triviales et oniriques par les songes magnifiques et hermétiques des nonnes. L’écriture somptueuse donne à l’horreur de la guerre et de la mort une beauté morbide et l’humour ’parfois féroce empêche de sombrer dans le mélodrame
En conclusion il faut lire ce roman pour suivre la métamorphose d’un garçon médiocre en vrai héros. Il faut le lire aussi pour le bonheur des images à savourer

FREGNI Ren+® 2017 photo Francesca Mantovani - +®ditions Gallimard 922 Hada le bris

René FREGNI : Les vivants au prix des morts (Ed Gallimard) 188 pages
On retrouve dans ce roman l’auteur que nous avons connu à Marseille où il animait des ateliers d’écriture à la prison des Baumettes et qui nous a fait partager ses émotions au fil de ses romans dont «La fiancée des corbeaux» qui nous l’a révélé. Il est toujours amoureux d’Isabelle la belle institutrice dont il partage la vie dans la belle Provence au nord de Marseille, tout près de Giono avec qui il partage l’amour de la terre, de la nature et de la magnifique lumière.
Sauf que l’imprévu va débarquer dans ce bonheur sans tache en la personne de «Kader Le roi de l’évasion» qu’il a connu précédemment dans un de ses ateliers d’écriture et qui, une fois de plus en cavale, va atterrir chez lui. René ne peut pas se dérober et l’accueille, oh ! juste le temps de se retourner. Mais l’inimaginable arrive qui va l’embarquer dans une histoire sans fin et qui met en danger Isabelle, les cigales et le parfum des lavandes.
Ce roman à fortes résonances personnelles, à la fois journal intime et véritable thriller entraine le lecteur dans un suspense permanent qui va crescendo. L’auteur nous berce par la douceur de ses mots et la beauté de ses paysages. Puis tout bascule, la peur et la violence remplacent le silence et la lumière.
Un suspense très réussi, à la fois réaliste et émouvant très bien écrit juste à notre porte.
Keisuke HADA : La vie du bon côté (Ed Philippe Piquier)  147 pages
Kento, 28 ans, vit encore chez sa mère, ainsi que son grand-père, qui ne cesse de se plaindre car il désire une mort digne et paisible. La mère travaille, rudoie son père et lui parle méchamment. Le fils cherche mollement du travail.
Kento réalise qu’il veut aider son grand-père à mourir dignement et décide de l’aider. Cette tentative d’euthanasie se transforme en une double renaissance à laquelle le grand-père et son petit- fils s’ouvrent. Kento se lance dans une reconstruction complète non seulement de son corps mais de son cerveau et accède à tous les désirs de son grand-père.
L’auteur s’interroge à travers cette relation de la façon de gérer cette longévité et nous rappelle que la dignité humaine n’a pas d’âge. Il dépeint la relation à la fois tendre et éprouvante entre un petit-fils et son grand-père.
Roman qui aborde un des problèmes les plus importants du Japon actuel : le vieillissement de la population et sa prise en charge, mais horriblement long et ennuyeux, teinté d’une pointe d’humour mais noyé dans ce bien triste quotidien
L’auteur né en 1985 reçoit pour son premier roman à 17 ans l’équivalent du Goncourt. Celui-ci est le dixième; le premier traduit en français
Michel LE BRIS : Kong (Ed Grasset) 937 pages
«Énorme» est le premier mot qui vient à l’esprit lorsqu’il s’agit de rendre compte du dernier ouvrage de Michel Le Bris.
Énorme fresque, énorme documentation, énorme aventure, énorme production, énorme rétrospective, le tout gravitant autour du plus grand des gorilles : King Kong.
Nous sommes à Vienne en 1919, l’Europe panse ses blessures. Dans ce qui reste de la ville occupée, deux jeunes gens se rencontrent à la gare.
Alors qu’Ernest Schoedsack dit Shorty photographe de guerre, guette l’arrivée d’un convoi de la Croix Rouge, un prisonnier tout juste libéré se présente à lui : Merian Cooper, du premier groupe de bombardiers, seul survivant de la bataille de Dun-sur-Meuse cherche un endroit où manger et dormir.
Ils se racontent la guerre, leurs vies se ressemblent.
C’est le début d’une longue amitié.
Plus tard, ils se retrouveront à Londres, aventuriers tous les deux, en quête de sensations fortes et d’un sens à donner à ce monde à reconstruire. Un projet va naître qui va les lier à jamais : avec des images, ils écriront comment se fait l’Histoire.
Ils diront l’absurdité de la guerre, la férocité des hommes, celle du monde. Ils imposeront un réalisme provoquant.
La première partie du roman raconte donc cette folle aventure faite d’équipées invraisemblables dans des lieux hostiles ou méconnus. Ce sera, l’Abyssinie, la Turquie, l’Iran, le Siam, les iles de la Sonde avec des images choc, cultivant férocité, atrocité et véracité. Les deux explorateurs emmagasinent les images.
Merian Cooper devenu réalisateur assure que la fiction sera plus puissante encore que le documentaire ; ainsi nait l’histoire du gorille géant. King Kong s’imposera sur le toit de l’Empire State Building.
Des retours périodiques à New York rendent compte du succès de l’entreprise.
Jamais auparavant on avait osé autant de réalisme, mais le monde a changé. Hollywood innove avec les décors, les truquages. La Paramount cautionne les réalisations des deux amis. C’est  « le film le plus stupéfiant de l’histoire du cinéma, une révolution technique et industrielle et une histoire époustouflante »
La deuxième partie du livre, raconte la société, les années folles, les progrès technologiques avec la naissance de l’aviation civile, la conquête du ciel et l’essor de la Pan Am, de la production cinématographique, la magie du cinéma avec les studios d’Hollywood.
L’aventure devient historique, politique, économique. Moins enivrante, cette partie retrace cependant une époque de pionniers que nous n’avons pas connue.
La fresque se termine en mars 1933 avec la projection ovationnée du film des deux amis alors que le président Roosevelt vient d’échapper à un attentat et qu’en Europe, l’Allemagne annonce l’écrasante victoire du parti du chancelier Hitler aux élections.
Écrit dans une langue juste et efficace avec quelques jolies envolées (on citera :  il s’était blotti dans la respiration tranquille de la nuit») un vocabulaire toujours renouvelé, jamais le texte ne lasse dans cette biographie romancée d’une super production.
Un bel hommage au monde du cinéma.