Archives pour la catégorie Ecriture

NOTES de LECTURES

1 3 Författaren Marie Hermansson.

Rachid BENZINE : Dans les yeux du ciel. (Ed du Seuil – 168 pages)
C’est une femme nommée Nour qui parle dans ce livre. Elle vit dans une capitale d’un pays du Maghreb, non cité. Sa mère, belle et pauvre, était une prostituée de garnison qui est morte pendant un énième avortement pratiqué par Nour alors âgée de 12 ans. Orpheline, Nour devra faire le même métier que sa mère. A quarante ans, elle est une pute indépendante, qui travaille ainsi pour assurer l’éducation de sa fille Selma à laquelle elle cache soigneusement son activité. Elle choisit ses clients mais doit satisfaire leurs fantasmes. C’est une femme courageuse, intelligente, priant Dieu.
Nour a tissé une relation très amicale avec Slimane, un poète homosexuel, qui vit lui aussi de la prostitution. Ensemble, ils voient monter la révolte dans le pays et assistent au printemps arabe dont Slimane est un membre actif. Mais les élections amènent au pouvoir les frères musulmans qui imposent un régime pire que le précédent.
L’auteur dénonce dans ce roman quasi politique une société patriarcale, corrompue, impitoyable pour les plus faibles et pratiquant les violences sexuelles sur les femmes. Dans la seconde moitié du livre relatant le printemps arabe, il prône la démocratie, la tolérance, y compris sexuelle, et un islam apaisé. Le sort final des deux personnages donne  un ton  désespéré à cette condamnation de l’idéologie islamiste.
Xabi MOLIA : les jours sauvages (Ed du Seuil – 288 pages)
Roman de circonstance ? Roman de pure fiction ? Certainement généré par la pandémie actuelle et qui fait froid dans le dos.
Une grippe mortelle s’abat sur la planète. C’est le désastre, la fuite éperdue. Nous allons suivre une centaine de personne embarquée sur un ferry pris d’assaut afin de chercher le salut. Pour où ? Nul ne le sait. Lorsque qu’ils échouent sur une île vierge  au milieu de nulle part c’est un monde à rebâtir, à organiser à partir de rien. Deux groupes se forment par affinités, par âges, mais les dissensions s’installent : construire un radeau et partir à l’aventure ? Rester et réinventer une nouvelle société ? Les conflits s’installent. Les groupes s’épient, se combattent. On y retrouve à la fois du « Robinson Crusoé » et du »Paul et Virginie » mais là, le nombre crée le désordre et nous avons du mal à suivre les déambulations des protagonistes embarqués dans l’aventure. Créer une nouvelle société, la tentation est forte mais c’est la confusion et l’échec qui s’ensuivent.
L’idée aurait pu être bonne mais le lecteur se perd vite dans la multitude de personnages et de situations. Dans un style clair et simple l’auteur nous entraîne vers une situation accrocheuse au départ, l’espoir d’un monde nouveau mais l’arrivée est plus complexe, avec une impression de mal fini.
Nous nous sommes un peu perdus en route.
Marie  HERMANSON :  Le pays du crépuscule (Ed  Actes  Sud – 277 pages)
Traduit du suédois par Johanna Chattelard-Schapira

Matina vient de perdre son boulot et son logement. A vingt-deux  ans, sans diplôme, ni réelles perspectives, elle est sur le point de  retourner chez ses parents lorsqu’elle rencontre une ancienne amie du  lycée. Elle lui propose de travailler au service d’une riche retraitée  qui n’a plus toute sa tête et qui est persuadée de vivre dans les  années 1940. Elle convie tous les soirs à des diners imaginaires, tant sur le plan  physique que matériel, les membres d’une  société secrète.
Martina deviendra sa secrétaire personnelle profitant des largesses et  des absences pathologiques de la vieille dame, vivant dans le manoir  décrépi, en pleine campagne. Le stratagème marche jusqu’au jour où le  manoir offre refuge à trois naufragés de la vie qui échafauderont un plan  pour s’assurer l’héritage de la propriétaire.
Le lecteur se laisse porter avec plaisir dans ce thriller  psychologique mais, sur la fin, il a du mal à croire à ce conte  fantastique, à ce huit clos qui démonte nos rapports avec la réalité et  les subterfuges que l’on invente pour l’appréhender.

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Anne PAULY : Avant que j’oublie (Ed Verdier- 132 pages)
Premier roman de cette jeune femme qui obtint le Prix Inter 2020 avec cette grande confession dans laquelle elle vide son cœur. Le décès de son père, sera la dernière page que cette jeune femme tourne en quittant l’hôpital accompagnée de son frère.
Père unijambiste mort d’un cancer, personnage difficile, acteur d’une vie gâchée par l’alcool, les médicaments et les violences qui s’ensuivent. Violence envers leur mère décédée depuis quelques années et qui les laisse seuls elle et son frère pour veiller sur cet homme irascible et perturbé qu’elle n’abandonnera jamais assumant la maladie, la solitude et la mort, entourée de son frère présent/absent et de sa compagne qui l’aide à survivre.
C’est en rangeant, classant, jetant, vidant le logis familial qu’elle découvre l’homme sensible et aimant qu’il a été. Les écrits, l’amie d’enfance retrouvée,  les petites manies lui font découvrir l’homme caché qu’elle commence à comprendre puis à aimer. Ce n’est pas tant sa mort qu’elle regrette mai l’impossibilité à communiquer, à dire son amour qui les a séparés. Maintenant elle comprend, elle peut tourner la page et retrouver la sérénité qu’elle se refusait, elle peut enfin aimer cet improbable père.
Écrit avec beaucoup de passion et de justesse ce roman très intime est un beau premier roman.
Laurent GRAFF : Monsieur Minus (Ed le dilettante – 157 pages)
L’héritier unique de la première fortune de France refuse  catégoriquement le monde des affaires et passe sa vie à marcher sur les  chemins de grandes randonnées. C’est sa façon de vivre et son plaisir.
Seule concession qu’il avait accordée au conseil d’administration: était  de se faire implanter une puce électronique dans le bras au cas où…
Pour la logistique? pas de problème !  Martial, ancien  infirmier militaire qui a purgé une peine de quinze ans derrière les  barreaux,  assure. En plus de soigner délicatement les ampoules de son  maitre, il doit chercher le gîte et le couvert pour chaque étape ce  qu’il fait comme un jeu  entre deux grilles de loto. Les deux compères  parcourent ainsi campagnes, vallons et bords de mer sur plusieurs  centaines de kilomètres allant d’hôtel en maison d’hôte.
Deux ans d’une amitié fraternelle au-delà des rôles tenus.
Jusqu’au jour où Martial entre dans un bar pour cocher quelques grilles  du loto.
Parallèlement le climat de la planète se dérègle, les esprits s’échauffent. Tout bascule.
Avec de sobres mais fort belles descriptions de la natur, bretonne et et bords de mer en particulier, le lecteur,  même s’il n’est pas marcheur, prendra beaucoup de plaisir à ce roman distrayant et agréablement écrit.

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Juliette JOURDAN : Procédure Dublin (Ed Le Dilettante-189 pages)
L’héroïne de ce roman dont on ne connaitra pas le nom est une sexagénaire,retraitée,divorcée qui est devenue bénévole dans une structure d’accueil pour femmes à la rue.
On la découvre se rendant dans un centre de détention dans la banlieue de Rouen pour aller rencontrer une seconde fois Aminata Traoré, une malienne qui a fait l’objet d’un arrêté portant remise d’un demandeur d’asile aux autorités italiennes responsables de l’examen de sa demande d’asile.
C’est la procédure Dublin.
Cette femme, est arrivée par bateau en Sicile depuis la Libye. C’est en Italie que sa demande d’asile doit être examinée. Une obligation de quitter le territoire français lui a été notifiée et elle est en détention en attendant son expulsion.
Ce roman n’est pas qu’une réflexion sur l’accueil réservé aux migrants africains par l’Europe, c’est aussi l’histoire d’une femme qui, à travers le bénévolat provoquant son retour dans les lieux de son enfance et auprès de sa mère, va  revoir son passé et trouver un nouvel élan pour vivre dans notre monde contemporain et les destinées tragiques qu’il engendre.
Patrice TRIGANO : L’amour égorgé (Ed Maurice Nadeau – 236 pages)
Patrice Trigano nous livre le récit romancé de la vie de René Crevel, poète et écrivain surréaliste né en 1900 et mort en 1935, qui a été édité à l’occasion du centenaire du surréalisme, révélé en 1920 par la publication du texte fondateur d’André Breton et Philippe Soupault, « Les Champs magnétiques ».
Ce long ouvrage débute en juin 1914 alors que la mère de René l’appelle pour lui montrer le corps de son père qui vient de se pendre dans le salon. Seul enfant après la mort de son frère suite à une tuberculose non soignée, René est en butte à la violence physique et psychologique de sa mère dont il ne comprend pas la haine envers lui. Il est bon élève et a peu d’amis. L’un d’eux, Marc Allegret lui fait rencontrer André Gide, affranchi de toutes formes de contraintes morales. René se laisse alors aller aux plaisirs de l’alcool, de la drogue et du  sexe. Peu après il découvre le mouvement Dada et les conflits entre Tzara et Breton pour en prendre la direction et assiste à la création du surréalisme par ce dernier.
L’auteur nous présente alors René au cours de ses rencontres avec les différents membres de ces mouvements et pendant leurs rivalités mais aussi avec Aragon, Cocteau, Eluard, Dali, Marie-Laure de Noailles, Giacometti, Buñuel. Il évoque également les problèmes psychologiques que créent sa bisexualité et les douleurs physiques et morales que deux atteintes de tuberculose provoqueront en lui.
Une lecture agréable qui permet de découvrir René Crevel et les milieux intellectuels des années vingt et trente.
Maryline MARTIN : La Goulue (Ed Le Rocher Poche – 230 pages)
Journaliste littéraire, Maryline Martin a entrepris le récit de la vie de Louise Weber,dite « La Goulue » après s’être plongée dans le journal intime de Louise que lui a confié la direction du Moulin Rouge et dans les documents détenus par la Société d’Histoire et d’Archéologie des 9 et 18èmes arrondissements de Paris. Le Vieux Montmartre.
Dès son plus jeune âge, Louise née le 12 juillet 1866 à Clichy de parents alsaciens, a la passion de la danse. Son père l’emmène dans les noces et banquets danser sur les tables le chahut, nom de l’art de lever la jambe et chanter. La guerre de 1870, la mort de son père charpentier en tombant d’un échafaudage l’oblige à travailler comme blanchisseuse et à faire commerce de ses charmes. Lorsqu’elle va danser au Moulin de la Galette, deux hommes la remarquent. Elle va devenir danseuse professionnelle en 1884.C’est le début du succès ,des rencontres avec Toulouse Lautrec, Pierre Renoir  et des Messieurs du « beau monde ».
Louise, à 26 ans, arrête le cabaret et achète une baraque foraine, créant un numéro de danse du ventre. Puis avec un de ses amants, elle sera dompteuse de fauves. Elle cherchera le bonheur dans la maternité puis le mariage, sans résultat et sombrera dans l’alcool, mourant en 1929.
A travers le récit, bien mené, de la vie mouvementée de Louise on s’attache à cette étonnante personne, libre, fantasque, qui connaitra la richesse puis la déchéance et on prend plaisir à mieux connaître cette spécificité de la vie parisienne qu’ont été  le Moulin Rouge et les cabarets  à cette époque.

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Sophie CASSAGNES-BROUQUET : isabelle de France. Reine d’Angleterre (Ed-Perrin  358 pages)
L’intérêt pour l’histoire des femmes est relativement récent en France et n’a guère porté sur les reines. Seules quelque- unes se sont vues consacrer des biographies et Isabelle de France avait peu été étudiée jusqu’ici. Pourtant son parcours est digne des grandes sagas. C’est ce que nous rappelle  Sophie Cassagnes-Brouquier.
Née en 1295, figure emblématique de la saga des « Rois maudits », surnommée La Louve de France elle est le sujet de cette biographie extrêmement riche et détaillée faite par une érudite particulièrement documentée qui évoque cette figure complexe et hors du commun dans une période marquée par les guerres civiles et la violence des hommes.
Reine bafouée, reine conquérante et reine mère toujours écoutée Isabelle de France est un personnage essentiel de l’Europe médiévale dont la vie mérite d’être connue surtout évoquée par une plume aussi pointue
Daniel SANGSUE : A le recherche de Karl kleber (Ed Favre -148 pages)
En  juillet 1997, un professeur de littérature disparait entre son domicile et l’université où il enseigne. Quinze ans plus tard un collègue se penche sur sa disparition après avoir récupéré une vingtaine de cartons chez un libraire d’occasion. A l’époque, les recherches n’ont rien donné.
L’acheteur transformé en enquêteur va se piquer au jeu et tenter de retrouver son parcours : Suicidé car dépressif ? Assassiné ? sa femme avait un amant, lui une maitresse. Ce n’est pas l’enquête qui  va intéresser le collègue mais la connaissance du personnage Karl Kléber à travers ses lectures et nous la faire partager. C’est la littérature et l’art de la découvrir à travers les parcours  du personnage, qui est le véritable thème de ce roman.
Ce roman sympathique et bien documenté est plus destiné à nous faire découvrir la littérature qu’à résoudre une intrigue policière. En fait nous ne sommes guère plus avancé à la fin du roman.
A nous de chercher.
Mary Costello : La capture (Ed le Seuil – 254 pages)
Traduit de l’anglais par Madeleine Nasalik.
Début très romantique que l’existence de ce jeune professeur de lettres amoureux de Joyce auquel il rêve en vain depuis des années de consacrer un livre.
Installé à la campagne  dans la région de Dublin il mène une vie heureuse de gentleman-farmer intellectuel accompagné de sa chère tante Ellen qui influence sa vie en lui révélant des secrets de famille. L’amour arrive aussi sous les traits d’une jeune voisine et tout pourrait devenir idyllique sans l’influence néfaste de ladite tante.
A partir de là le roman bascule vers un questionnement du héros sur tout et sur rien !
Aucune cohésion dans ses dilemmes, ses pensées errent sans fil conducteur, n’amenant ni éclaircissement ni  conclusion et laissant le lecteur décontenancé. Cette méditation nébuleuse n’apporte rien au déroulement du récit sinon d’un personnage égaré au sein de la nature et du cosmos.
D’une belle écriture l’auteur nous promène dans la verdoyante campagne irlandaise mais nous laisse un peu en plan à la croisée des chemins

 




NOTES de LECTURES

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Alain ARNAUD : Capitaine au cœur d’or (Ed. BoD – 207 pages)
Avec ce troisième roman Alain Arnaud abandonne sa terre natale pour nous faire partager ses souvenirs d’adolescence dans les  embruns  de Belle île en mer où il situe sa stupéfiante rencontre avec Pierrot ,un vieux pirate au long cours à la recherche de ses origines et surtout de sa mère qui l’a abandonné à sa naissance.
Foin de soleil et de chaleur c’est dans les terres agricoles au bord de mer certes mais dans un milieu rural qu’il évoque le destin de Joss, fils de fermier élevé comme on l’était en ces temps-là entre éducation scolaire et travaux des champs, entrecoupé de loisirs maritimes »pêche aux pousse-pieds » et autres coquillages qui l’amèneront à rencontrer Pierrot capitaine au long cours retiré dans l’île mais difficilement accepté par les locaux hostiles à la nouveauté  et au mystère qui l’entoure.
Le lien qui va s’engager entre le marin audacieux et l’enfant nous transportera dans un monde de rêve et de réalité, entre aventure du voyageur qui l’initie à la lecture, aux astres, à la mer tiraillé par un père borné qui veut l’attacher à la terre familiale et à la médiocrité.
Un beau roman plein de mystère, de voyages, de rudes rapports terrestres et maritimes qui le feront grandir , l’éclosion d’un homme de cœur à travers les hésitations de l’enfance<.
Bien écrit, bien ressenti , ce troisième roman affirme le talent de l’auteur qui possède un vrai talent de conteur et de passeur de rêves

Adeline FLEURY : Ida n’existe pas (Ed François Bourin – 141 pages)
Ida n’existe pas, elle n’a même pas droit à la vie sauf dans la tête terriblement malmenée d’une femme. Une femme qui ne cesse de donner le sein, laver, soigner, peigner, promener un bébé comme toute jeune maman, mais cette mère perçoit en elle des instincts de maltraitance jusqu’au meurtre. Qui est cette femme qui décide de prendre le train avec son bébé pour découvrir la mer, une mer difficile à atteindre car, après le train, il lui faudra prendre le car, et cette mer emportera-t-elle le bébé ?
Cette femme vit ou plutôt survit après un passé où le métissage devient une barrière. Comment vivre avec une peau de blanche mais le sang d’une gabonaise soumise au rituel de sa tribu Njembè ?
Une  société secrète constituée de femmes uniquement, une secte  qui selon la résistance à la douleur, la peur mènera la jeune fille au mariage avec un blanc ou à la prostitution.
Ce roman donne la mesure des coutumes ancestrales de certains peuples, des rites qui se heurtent violemment au monde moderne, un monde qui pourtant ne se caractérise pas par sa douceur.
Ida, bébé fantôme, est le fruit de ces traditions et de ces frustrations, Ida n’existe pas nous dit Adeline Fleury, elle est pourtant bien présente tout au long de ces 141 pages. Elle vit et doit vivre pour que sa mère regarde le monde en face. Mais est-ce possible ?
Un roman qui rappelle un fait réel rapporté dans les journaux, : En effet, une femme d’origine africaine avait déposé son bébé au bord de la Mer du Nord attendant que la marée l’emporte. Un fait divers ou un drame personnel ? Adeline Fleury a écrit avec force et magie la douleur de cette femme, il n’y a aucun jugement, non, seulement un constat de folie.
Émouvant mais très instructif pour éviter de juger ou critiquer sans savoir.

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Jean-Marie BLAS de ROBLES : Ce qu’ici-bas nous sommes (Ed Zulma – 221 pages)
Un roman extraordinaire mêlant littérature, histoire, géographie, philosophie, science, poésie depuis la très haute Antiquité jusqu’à nos jours.
Jeant-Marie Blas de Roblès s’amuse, amuse, entraînant le lecteur dans une fiction complètement folle où un certain Augustin Harbour est recueilli en plein désert de Lybie par les habitants de l’oasis de Zindan. Une oasis bien particulière où s’affrontent des clans d’Amazones, de mangeurs de crevettes, de trayeurs de chiennes. Des lois régissent ces clans, un chaman règne en maître, des amours, des jalousies, des découvertes étranges, un territoire d’où nul ne peut sortir une fois entré, rien n’arrête la plume de l’auteur.
Il faut se laisser entraîner dans cette vaste fantaisie délirante, agrémentée à chaque page d’une multitude de dessins dans la marge, et quels dessins !
Et au fil des pages, le lecteur retrouve son âme d’enfant rêveur.
La maîtrise du récit, les détails savoureux, leur origine, tout est vrai et pourtant tout semble une œuvre magistrale d’imagination.
Une lecture inédite et surtout un véritable plaisir de lecture.

Nathalie COUGNY : Amour Amor (Ed du Net – 188 pages)
J’avoue avoir un dilemme avec ce roman qui n’en est pas vraiment un puisque c’est l’histoire de Nathalie Cougny racontée par elle-même.
Elle a la belle cinquantaine et un coup de foudre réciproque va lui faire avoir une aventure avec un homme de 15 ans son cadet. Aujourd’hui, ça ne choque plus personne, sauf, peut-être, elle qui se rend compte que  cet homme à la force de l’âge, vit avec quelqu’un, a envie d’avoir des enfants alors qu’elle, qui en a eu quatre, ne pourra jamais lui en donner.
Et nous entrons de plain-pied dans cette histoire qui, elle le sait, aura un jour une fin. Mais elle est folle amoureuse. Lui aussi mais à sa manière et c’est donc une histoire qui va se vivre au jour le jour, avec beaucoup de SMS et d’appels téléphoniques entre deux rencontres qu’il décide lorsqu’il peut se libérer ou qu’il a en envie. Le problème est qu’elle a envie de le voir tous les jours, de le toucher, de faire l’amour avec lui. A tel point que ça en devient une souffrance insoutenable.
Tergiversations d’une femme qui sait que son histoire risque de ne pas aller loin à ce rythme-là, qui retient ses élans pour ne pas le perdre et qui, à travers cette relation chaotique, nous raconte sa vie, de son enfance entre une mère possessive et jalouse, qui l’a désirée, un géniteur absent qui, à l’inverse d’elle, avait 25 ans d’écart avec sa mère, un amant violent et qui va passer d’un psy à l’autre pour essayer de comprendre et de se reconstruire…
Le chemin est long, sinueux et ce livre l’est aussi pour nous qui essayons de suivre l’auteure dans ses méandres de petite fille mal aimée et de femme qui voudrait être aimée comme elle aime.
Mais surtout, durant toute cette lecture, on est distrait par une faute de temps qui parcourt le livre car elle confond le futur et le conditionnel. Une fois pourrait être une erreur de frappe mais tout au long du livre ça distrait et ça agace.
Dommage. Ce qui est surprenant, c’est qu’elle en est à son 17ème livre et qu’il semblerait que personne ne le lui ait jamais dit.

5 Frederique Deghelt

Loris BARDI : La position de schuss (Ed le dilettante – 221 pages)
Un chirurgien orthopédiste devient le médecin des stars après avoir raccompagné une cliente à sa voiture et avoir été flashé par la presse people à son insu. Sa vie en sera bouleversée.
Divorcé, il a la garde de son fils Dany jeune ado de dix-sept ans, une semaine sur deux. La vie semble facile, l’appartement à New York est assez grand pour leur laisser une totale liberté de mouvement quand ils vivent ensemble, et le chirurgien qui espérait tant devenir sculpteur dans ses jeunes années a maintenant l’espoir de devenir un grand écrivain comme Jonathan Frantzen. La méthode ? Boire, boire, boire jusqu’à l’écriture automatique ou l’inspiration de l’alcoolique ! Ça ne marche pas, d’autant que le service dans lequel il travaille commence à se plaindre de son haleine et de son geste moins sur.
Côté cœur, une ancienne maitresse propriétaire d’une galerie de peinture moderne et depuis peu le professeur de sciences de Dany, affublée d’un malheureux polype nasal qui lui donne une intonation bien particulière mais ne gâte en rien le charme de ses formes généreuses et de ses tenues excessivement moulantes et suggestives qui ne peuvent qu’attirer l’œil du chirurgien.
Vous devinez la suite…
Un roman fort sympathique, très américain, très américain.

Frédérique DEGHELT : Sankhara ( Ed Actes Sud –  384 pages)
Une bien belle couverture des éditions Actes Sud pour le dernier roman de Frédérique Deghelt,: un visage de femme couvert de paillettes d’or.
Un roman qui met en scène le couple d’Hélène et de Sébastien et que l’auteur dissèque après avoir expérimenté la méditation avec la méthode Vipassana de Goenka, prédicateur birman aujourd’hui décédé.
Après une dispute qui a failli se terminer par des coups, Hélène part sans bagages ni mot d’explication. Son mari ne sait rien, les enfants recevront chaque jour des nouvelles de leur mère et même un petit cadeau, mais mystère, nul ne sait où Hélène est partie.
Chaque chapitre correspond à la période de retraite de silence qu’Hélène a intégrée, un chapitre par jour vu par elle puis par Sébastien. Car ce n’est pas facile de chausser le rôle de mère de jumeaux de cinq ans et de continuer son métier de journaliste.
Une progression pour l’un comme pour l’autre, un couple qui s’est profondément aimé mais que le temps a peut-être abimé car les jours ne sont plus ceux de la rencontre merveilleuse. Des questions, ils s’en posent, elle, expérimentant le lever à quatre heures du matin, les heures de silence imposées dans des postures insupportables créant une douleur insoutenable qui miraculeusement se transforment en bien-être, les fameuses sankharas de Frédérique Deghelt, et lui, se débattant avec le quotidien, la culpabilité, le questionnement sur les écrits d’Hélène troublants au possible.
Ce roman ravira les lecteurs inspirés par cette méthode de concentration et de perception des plus petits détails de la vie. Le roman s’accélère le jour où le monde apprend avec effroi l’attaque des deux tours du World Trade Center à New York, une occasion d’analyse journalistique très pertinente de l’auteur. Il est évident que l’épreuve que s’impose Hélène et qu’elle impose à Sébastien modifiera leur comportement et leur vie.
Un roman peut-être un peu trop long, très bien documenté, remarquablement écrit pour les descriptions de la nature au petit matin.
Reste la méthode vipassana… peut-être pas pour tout le monde !

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Alain BERTHIER : Notre lâcheté (Ed le dilettante – 126 pages)
Seul et unique roman écrit par Alain Berthier – de son vrai nom Alain Lemière – en 1930, « Notre lâcheté » glace le lecteur par la violence, la veulerie et la perversité des personnages.
Un jeune garçon persécuté à l’école par ses camarades qui voient en lui le faible à abattre et écrasé sous les principes religieux de repentance imposés par sa mère, grandit dans la dissimulation et le secret pour survivre.
Attiré par les femmes mais dans un rapport malsain de défiance et de voyeurisme, il ne peut trouver espoir ni apaisement dans une relation normale. Sa rencontre avec Pauline, vieille prostituée en mal d’amour et de chair fraîche enclenche une guerre pernicieuse entre ces deux êtres, ce sera à qui avilira le plus l’autre.
Paule piège l’amant en l’épousant, elle a le pouvoir de l’argent, il a la lâcheté de tout accepter tout en la haïssant. Il exècre tout en elle, son poids énorme, ses rides, son âge, et pourtant ce qu’il hait en elle l’attire et le retient. Il ira jusqu’à la battre une fois, deux fois et pourquoi pas plus et ainsi jusqu’à la mort ?
Roman déstabilisant par son sujet et l’analyse repoussante qu’en fait l’auteur. On reste intrigué par ce roman qui porte bien son nom et que les éditions Le Dilettante ont eu le courage de rééditer.
Mais  ce ne sera sans doute pas un succès de librairie !

Séverine de la CROIX :  Au milieu de la foule (Ed. rocher – 347 pages
Sympathique rencontre que celle de ces deux célibataires.
Elle ; Mado, aide-soignante dans un hôpital, Lui ; Lazlo, employé dans une maison de retraite, co-locataires dans la vie  ils s’épaulent, se complètent  et évoluent lentement dans une situation routinière où les avatars de l’un profitent à l’autre et où une complicité profonde s’établit.
Tous les deux un peu bousculés par la vie, lui, par ses difficiles relations avec son père qui voudrait le voir en homme mieux installé dans la vie et non en ado attardé, elle, la trentaine bien sonnée, fragilisée par la découverte du « don »qu’elle possède, de pouvoir sentir les failles physiques des gens qu’elle côtoie, son pressentiment des failles physiques .
Nous les verrons évoluer parmi les  pensionnaires de la maison de retraite comme de l’hôpital ou de leur entourage ou leur famille, toujours complémentaires, engagés dans la vie  et pleins d’énergie, de fougue et d’amour du prochain, qu’il soit humain ou animal
Un beau roman plein de vie et de sincérité, de belles rencontres et de beaux portraits, de la vie et du cœur !
Peut-être même un peu trop… mais qui fait du bien !




C’est ça, être MOF !

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Être MOF… Bof… Qu’est-ce que c’est que ça ?
Ça signifie tout simplement être «Meilleur Ouvrier de France», titre qui a été créé en 1924 pour honorer ouvriers et artisans regroupant des valeurs culturelles, artistiques, artisanales dans plus de 200 métiers, aussi bien dans la cuisine que la mode, les arts plastiques, la gastronomie et les métiers de bouche, l’art floral, le mobilier, l’immobilier…
Je ne vous citerai pas les 200 métiers qui sont répertoriés dans ce concours national qui se concrétise par un diplôme récompensant l’excellence, le talent, la passion, la perfection… en fait, la reconnaissance du travail plus que bien fait, exceptionnel.
Si le titre de ce diplôme est au masculin, bien évidemment les femmes ne sont pas absentes, loin de là et c’est Jocelyne Caprile, une six-fournaise meilleure ouvrière de France dans la section teinturier-apprêteur*, vice-présidente de la Société Nationale des meilleurs ouvriers de France, qui a eu l’idée de mettre ces femmes en valeur et de les réunir dans un magnifique livre bleu-blanc-rouge, chacune racontant à sa manière sa vie de femme, de mère, de professionnelle et son parcours pour en arriver à obtenir cette médaille et ce titre honorifique.
Il est incontestablement vrai qu’il est plus difficile pour une femme que pour un homme de mener de front toutes ces tâches de la vie, surtout lrsque le métier est aussi une passion.
Jocelyne, aidée par Jean-François Girardin, son président, a ainsi réuni 75 témoignages de ces femmes souvent de l’ombre mis en lumière dans ce livre, à qui l’on reconnaît un réel talent qui leur permet de porter haut le col tricolore autour de leur cou.
Ce livre est un album superbe, tout autant que ces femmes qui se confient, témoignent, racontent leur histoire et montrent leurs œuvres. Des histoires aussi diverses que belles, drôles, émouvantes, incroyables aussi car certaines ont dû bifurquer à 180° pour changer leur vie et vivre de leur passion.
Nous en retrouverons d’ailleurs quelques-unes à la rentrée (dates à définir) dans les magasins Charlemagne qui ont décidé de les inviter pour dédicacer ce livre et se faire mieux connaître.
Ces femmes venues de tous les coins de France, qui sont des combattantes de l’art, de l’industrie, de l’artisanat… de tous les métiers manuels où toutes ces femmes excellent ;
C’est ça, être MOF !

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Jacques Brachet
*Jocelyne Caprile a également été faite chevalier de l’Ordre National du Mérite




Châteauvallon : GIONO ouvre les festivités

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Quel plaisir de se retrouver dans ce lieu magique qui nous a tant manqué !
Nous revoilà dans cette pinède, entourés de ces bâtiments de pierre imaginés par le génial Henri Komatis , que j’ai vu sortir de terre, sous un ciel magnifiquement bleu, dans la douce chaleur estivale, avec pour seul bruit la stridulation des cigales et les papotages des habitués qui ont repris avec joie le chemin du théâtre national et qui se retrouvent avec grand plaisir.
Et pour ouvrir en beauté, c’est Jean Giono qui était à l’honneur pour une belle soirée où Jacques Meny, auteur, réalisateur, président de l’association des amis de Jean Giono, vint parler du rapport qu’entretenait celui-ci avec la Provence et la Méditerranée, sous le regard de Sylvie Giono, fille du grand maître. Puis ce fut autour de Claire Chazal, présidente de Châteauvallon-Liberté et de l’ami Charles Berling, de venir nous offrir des textes choisis. Enfin, pour terminer cette soirée en beauté, Jaccques Meny nous proposa un film réalisé par Giono «Crésus».
C’est donc celui-ci qui démarra cet hommage sur les hauteurs du site, dans la pinède où sa voix se mêla à ces cigales qui font partie intégrante du lieu et… de notre «pays».
En octobre de cette année, on commémorera le cinquantième anniversaire de la disparition de ce bel auteur et depuis le début de l’année, il est chanté un peu partout. Et puis il y a eu ce satané virus qui a tout arrêté. Mais Jacques et Sylvie sont repartis de pied ferme en redémarrant à Châteauvallon.

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Alors, les rapports de cet auteur avec cette Haute Provence où il est né, sont très ambigus.
En effet, nous explique Jacques, Giono a d’abord toujours dit qu’il était né à Manosque «par hasard», d’un père italien et d’une mère normande et qu’il est allé jusqu’à nier cette Provence «au ciel tragique à force d’azur», lui qui  n’aspirait qu’à des tempêtes, des orages, des brouillards, de la pluie (ce qu’on retrouve dans tous ses romans) et qui rêvait de l’Ecosse.
Pour lui, le soleil c’est l’ennemi, «le tragique solaire».
Il a toujours clamé que son œuvre reposait sur un malentendu et il rageait lorsqu’on le définissait comme un écrivain provençal, régional. Il détestait d’ailleurs les auteurs dits provençaux, comme Daudet, Pagnol, Aicard et pour lui, la Provence la mieux décrite, on la trouve chez … Shakespeare !
«Ma Provence est une Provence inventée, je n’aime pas la mer, je suis allergique à la Côte d’Azur, je méprise «les terres du bas» disait-il encore.
Loin du soleil et des cigales, il était fasciné par la Provence tragique, désertique, silencieuse, inquiétante comme celle qu’il a filmée dans «Crésus» le film qu’il a réalisé.
Il s’est formé à la littérature gréco-latine : Eschyle, Homère, Sophocle, Euripide et aux sources arabes des «Mille et une nuits». C’était son héritage littéraire.
Et pourtant… pourtant il a écrit les plus belles pages de son œuvre dans cette haute Provence qu’il n’a jamais vraiment quittée. Mais, disait-il encore, ses romans auraient pu se passer aussi bien au Mexique qu’en Ecosse ou en Amérique.
Quoiqu’il en soi, il est un écrivain majeur qui reste, même aujourd’hui, l’un des auteurs les plus lus en langue française et qu’on apprend à l’école.
Le temps lui étant imparti étant terminé et même si on l’eut encore écouté avec plaisir, Jacques Meny dut laisser sa place à Claire Chazal qui vint nous lire un long et admirable extrait du roman «Le hussard sur le toit», œuvre majeure de Giono qui fit l’objet d’un film et qui reste une œuvre de grande actualité puisque elle parle du choléra qui dévasta la région comme le fit (et hélas le fait encore)  le Covid 19. Elle nous lut la rencontre d’Angelo avec Pauline, atteinte du choléra et qu’il soigna durant toute une nuit. On reconnait entre toutes, la voix de Claire Chazal qui, durant tant d’années, nous annonçait les nouvelles du jour. Cette voix claire ( !), profonde, grave avec laquelle elle nous distilla les mots de Giono. Ce fut un grand moment de charme et de beauté.

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Avec plus de fougue et de passion – comme toujours pourrait-on dire ! – Charles Berling prit le relais pour nous assener un vrai grand moment de lucidité de l’écrivain dans «Les vraies richesses», un essai sur le monde qu’il vivait et qui n’a pas beaucoup changé, où il dénonce la vanité, l’égoïsme des hommes, cet amour de l’argent, de la gloire, qui passe au-dessus de l’amour de l’autre, nous priant d’écouter notre cœur et ce qui est le plus beau en nous…
Un texte d’une grande puissance, d’une grande émotion qui reste tellement actuel.
Après tous ces beaux mots entendus, un petit pique-nique fort sympathique nous attendait, où chacun put se mêler aux autres, (toujours  dans une stricte distance voilée !) et échanger avec nos quatre personnalités dans une atmosphère de détente et de simplicité.
Puis Jacques Meny nous proposa de revoir ce film que Giono tourna à 65 ans : «Crésus».
Il y avait fort longtemps qu’il voulait réaliser un film mais il avait peur de l’ombre de Pagnol et que l’on dise qu’il faisait «du Pagnol».
Au générique Fernandel omniprésent sur l’écran, entouré des tas de comédiens, de seconds rôles «que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître» et qu’on redécouvre avec plaisir : Rellys (1er Ugolin de Manon des sources) ; Paul et Jacques Préboist, Marcelle Rançon-Hervé, le fameux bégayeur Pierre Repp, Olivier Hussenot, la grand Sylvie (La vieille dame indigne de René Allio) …
Et par-dessus tout ça, la musique de Joseph Kosma, musicien prodigieux qui signa des dizaines de musiques de films et de chansons dont les fameuses «Feuilles mortes» sur des paroles de Prévert .
Le film remastérisé par les soins de Jacques, a un peu vieilli mais les images en noir et blanc sont superbes, montrant ces fameux paysages lunaires qu’appréciait tant Giono, Fernandel étant tout simplement magnifique et les dialogues ciselés.
Et pourtant, nous explique Jacques, le film fut massacré par la critique à sa sortie en 1960 même si, quelques années plus tard Tavernier avouait que c’était un des meilleurs films qu’il ait vu, Roger Hubert, directeur photographe le comparant aux «Enfants du Paradis», ce film étant aujourd’hui considéré comme un classique.
A noter qu’on retrouve au générique Claude Pinoteau comme conseiller technique et Costa-Gavras comme assistant réalisateur.
C’est avec cette pensée que «l’argent ne fait pas le bonheur», que se terminait cette fraîche soirée et qu’on quittait nos chaises-longues les étoiles pleins les yeux et le ciel.
L’ombre de Giono a plané sur nous.

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Jacques Brachet







Bios & témoignages

carat chauvin
Stars des séries
Fabienne CARAT : Danse avec la vie (Ed Michel Lafon – 235 pages)
Fabienne Carat est une comédienne talentueuse et belle dont le succès est venu de cette fameuse série interminable de France 3 «Plus belle la vie»
Elle y est Samia à qui il arrive des tas d’aventures et au fil du temps elle est aussi devenue Samia pour des millions de téléspectateurs qui ont fini par la faire entrer dans leur famille.
Mais Fabienne n’est pas que Samia et ce livre est fait pour mettre les choses au point et pour nous raconter que ça vie n’a pas été un long fleuve tranquille.
Venue du Sud-Ouest où elle était une petite fille timide qui, malgré cela, a toujours pensé que sa vie était dans le spectacle, elle a traversé une vie difficile car, même si ses parents étaient aimants et si elle avait une grande complicité avec sa sœur, elle a traversé une enfance difficile parce que, justement, cette timidité, cette gentillesse, cette naïveté ont fait qu’elle a souvent été la tête de turc de ses «copines» , de ses enseignants, à l’école hôtelière aussi, qu’elle a fait sans conviction, car elle n’avait pas la force de se défendre.
Elle fut une gamine intravertie qui ne s’épanouissait qu’avec sa famille mais qui un jour, osa quand même affronter la capitale pour devenir comédienne.
Mais ça ne fut pas plus facile pour la jeune provinciale complexée qu’elle était.
Mais si Fabienne est d’une timidité maladive et d’une gentillesse qui frise la naïveté, elle a un courage qui lui fait passer toutes les épreuves, et Dieu sait si elle a dû en affronter dans ce métier qui ne fait pas de cadeaux.
Et un jour c’est l’embellie : le rôle de Samia qui lui apporte la popularité, qui lui permet de vivre de son travail et de se sentir plus sûre d’elle.
Mais cette popularité est à double tranchant car on finit par oublier qu’elle est une comédienne et qu’elle peut faire autre chose. C’est un peu le problème de tous ces comédiens qui deviennent tellement marqués par un rôle qu’on ne les veut plus ailleurs.
Si elle n’a jamais renié cette série qui lui a apporté beaucoup sur beaucoup de plans, il a encore fallu qu’elle se batte pour prouver qu’elle pouvait être autre chose que Samia. Le cinéma a toujours snobé les comédiens de télévision. Peu sont arrivés à sauter le pas alors que le nombre d’acteurs dits «de cinéma» se voient souvent attribuer de grands rôles à la télévision.
Alors elle s’est battue, elle se bat encore et trace son chemin avec foi, passion et a diversifié ses activités pour montrer qu’elle existe : Elle a joué au théâtre, elle a créé un one woman show et il y a eu l’aventure de «Danse avec les stars» qui fut, là encore, très difficile mais oh combien excitante et payante pour elle qu’on a pu voir autrement.
Elle nous raconte avec simplicité ce parcours jonché d’embûches mais qu’elle a traversé – et qu’elle traverse encore – la tête haute, avec une volonté farouche.
Par contre, elle ne parle pas de son expérience avec Fort Boyard qui est pourtant, là encore, un parcours pas des plus faciles qu’elle a eu à affronter.
Ce livre est une belle leçon d’un courage de tous les instants que Fabienne nous offre avec la complicité d’Isabelle Dhombres.

Ingrid CHAUVIN : Rêves d’enfants (Ed Michel Lafon – 235 pages)
C’est une comédienne aujourd’hui adulée, grâce à des séries comme «Femmes de loi», «Les toqués», «Dolmen» et surtout la série de TF1 «Demain nous appartient», grâce à laquelle elle entre chaque soir chez des milliers de téléspectateurs.
Elle est belle, simple, heureuse entre un métier qu’elle aime et les deux hommes de sa vie, son mari Thierry Pethieu, réalisateur et Tom, son bout de chou.
Mais une cicatrice indélébile est inscrite à jamais dans son cœur : la disparition de sa petite Jade, née avant Tom.
Ce fut un long et dramatique parcours, qu’elle écrivit dans ses deux précédents livres «A cœur ouvert» et «Croire au bonheur». Aujourd’hui, avec ce troisième livre, elle nous raconte un autre parcours du combattant : celui de l’adoption qui, même pour un couple comme le sien, aimant, célèbre, ayant une vie équilibrée, sans problème économique, s’est soldé par un échec au bout de cinq ans, sous le prétexte fallacieux qu’ils voulaient «remplacer» leur petite fille décédée.
Comment va le monde ? Alors qu’aujourd’hui 330.000 enfants se retrouvent seuls, sans parents ou oubliés par eux dans un foyer souvent insalubre où ils ne sont qu’un numéro de dossier, ou encore maltraités, qui ne demandent que de l’amour, la justice, l’aide sociale à l’enfance restent muets, drastiques, laxistes, dans une force d’inertie totale, se cachant derrière des lois totalement absurdes dont les seuls qui en pâtissent sont tous ces enfants abandonnés à la naissance ou encore tout petits, qui n’attendent qu’une chose : trouver des bras pour les aimer, les réconforter, les rassurer.
Ingrid, que je connais pour l’avoir plusieurs rencontrée, à la Rochelle ou en tournée avec l’ami Francis Huster, est une femme lumineuse, bourrée d’énergie qui, malgré le drame qu’elle a vécu, reste combative, optimiste, qui répand l’amour autour d’elle.
Ce livre est un cri du cœur qui, comme elle l’exprime si bien en ouverture : «Etre heureux est merveilleux mais il est encore plus merveilleux de parvenir à rendre quelqu’un heureux».
Ce que son mari et elle ont tenté vainement de faire.
Dans ce livre, elle dénonce les failles, elle témoigne en donnant des exemples concrets, des difficultés, des carences, des aberrations de certains  établissements ce qui, à notre époque, est proprement scandaleux.
Tout ce qu’elle écrit c’est ce qu’elle a vu et vécu et ce dont elle a été témoin et elle a raison de dire que de ces graves problèmes, on n’en parle pas assez, ce qu’elle regrette.
A travers toutes les embûches, tous les espoirs déçus, c’est un SOS qu’elle lance, non pas pour elle mais pour tous ces enfants dont l’avenir est incertain… Que vont-ils devenir ?
Espérons qu’elle sera entendue des hautes autorités et qu’elle sera suivie et pas seulement par ses nombreux fans mais par tout le monde.
C’est un livre plein d’amour écrit, non pas écrit par une comédienne connue mais par une femme, loin du star système, de la gloire et des paillettes, une femme pleine d’humanité, une mère blessée et si sa célébrité peut servir à quelque chose et qu’elle est entendue, elle aura atteint son but.
Son livre est poignant mais donne aussi une belle leçon d’espoir.

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Gilles LHOTE : Lady Lucille (Ed Seuil – 167 pages)
Gilles Lhote a trouvé un filon : Johnny Hallyday.
Depuis «Destroy», la bio qu’il a écrite pour l’idole, Johnny reste une réserve, son fonds de commerce et un prétexte à sortir un livre. Il est vrai que Johnny se vend bien, en disque comme en livre, alors pourquoi pas ?
Cette fois, il nous parle de cette «Lady Lucille, évoquée dans «Destroy» derrière laquelle se cacherait Catherine Deneuve.
Deneuve-Hallyday, c’est une rencontre qui a eu lieu en 1961 sur le tournage du film «Les parisiennes», film à sketches de Michel Boisrond dans lequel nos deux artistes alors au tout début de leur carrière, se donnent la réplique… et un peu plus selon la rumeur.
Rumeur persistante qui a traversé les décennies. Amis ? Amants ? Beaucoup de choses ont été écrites sur le sujet. Sujet qui se précise lorsque sur le CD «Lorada» sort la chanson «Lady Lucille» qui relance l’affaire… Cette lady Lucille serait-elle Catherine Deneuve pour qui il chantait «Retiens la nuit» et dont même la star a avoué qu’il ne chantait cette chanson que pour elle seule ?
Après nombre de réticences de la part de Johnny, celui-ci fait comprendre à Gilles Lhote, lors de ses entretiens pour «Destroy» que ce pourrait bien être elle.
Mais il restera toujours dans le vague même si, au fil du temps, la star et l’idole se rencontreront souvent, la star restant la plupart du temps dans l’ombre de l’idole et étant à ce propos aussi «taiseuse» que lui.
Gillles Lhote a donc décidé d’éclaircir l’affaire d’après les propos que lui a tenus Johnny et de déclarer enfin qu’une tendre et indéfectible amitié reliait ces deux êtres qui se sont rencontrés alors qu’ils n’étaient pas encore l’idole et la star qu’ils sont devenus. Ont-ils été amants ? Aucun ne l’a jamais vraiment dit.
Ainsi entretient-il ce qui est devenu une légende, pas vraiment confirmée par l’un, et passée sous silence par l’autre car Catherine Deneuve a toujours été discrète sur sa vie privée. Et encore plus par une Laetitia fort jalouse qui aurait eu l’air d’accepter cet amour-amitié de son mari.
La mort de Johnny fera que cette «affaire» restera un mystère, Deneuve n’ayant pas été vue à ses obsèques et une mystérieuse couronne étant venue atterrir sur la tombe de l’idole à St Barth avec le bandeau «Lady L».
Ce livre était-il utile car enfin, en lisant ce livre qui rappelle les gros titres des journaux people où en fait, en lisant l’article, on n’apprend rien du tout. Sans compter que Gilles Lhote est assez inélégant envers Sylvie Vartan. Qu’il ne l’aime pas, c’est son droit mais ces passages sont entièrement gratuits, inutiles et désobligeants.
Ah, une petite erreur de la part de l’auteur : Sylvie Vartan ne chantait pas «Panne d’essence» avec Richard Anthony mais avec Francky Jordan !

Philippe DURANT : Michel PICCOLI, les choses de sa vie (Ed Favre – 255 pages)
Michel Piccoli restait l’un des derniers monstres sacrés du cinéma français. Je ne dis pas «star» car il ne joua jamais ce rôle.
C’était un homme discret, qui l’était déjà enfant, comme le raconte Philippe Durant. Il fut un gamin sans histoire, sans problèmes qui entra par hasard dans le théâtre puis au cinéma, qui vivait dans une atmosphère musicale au son des chansons de Luis Mariano.
S’il est discret, il n’en est pas moins passionné de lecture, il aime observer les gens, les écouter car il est déjà très curieux… des choses de la vie
IL restera cet homme secret, qui semble toujours serein, qui ne dit jamais un mot plus haut que l’autre. J’ai eu l’occasion de le rencontrer et je me trouvais à chaque fois devant un «honnête homme» comme on disait au XVIIIème siècle. Erudit, cultivé, il racontait les choses d’une voix tranquille, étale.
Ma dernière rencontre fut en 2014 au théâtre Liberté où, avec Hervé Pierre de la Comédie Française et mon amie Jane Birkin, avec qui il était lié depuis «La belle noiseuse» de Jacques Rivette et «La fille prodigue» de Jacques Doillon, ils nous offraient tous trois un récital Gainsbourg. Quelle émotion lorsqu’il disait «La javanaise» et quel humour reprenant «Les sucettes» !
Jeune, il traverse la guerre sans encombre et deviendra comédien «par paresse et par rêve» avouera-t-il. Et comme ses parents lui font confiance, il sera donc comédien.
Un comédien mais aussi très vite un acteur de cinéma sur qui l’on peut compter même s’il mit un certain temps à être en haut d’une affiche.
Jusqu’au film de Godard «Le mépris» où il explose auprès de Brigitte Bardot. Ce qui faillit ne pas se faire, les rôles étant au départ dévolus à Kim Novak et Franck Sinatra, puis, produit par Carlo Ponti, celui-ci voulut imposer sa femme, Sofia Loren et Marcello Mastroianni. Finalement c’est le troisième couple qui fut choisi.
A partir de là, il va jouer avec les plus grands réalisateurs, les plus grands comédiens mais, toujours curieux et jamais obnubilé par sa carrière, il choisit souvent des films inattendus, des rôles singuliers, travaillant avec Tavernier, Lelouch, Chabrol, Hitchcock, Resnais, Sautet, Bunuel, se retrouvant dans des films qui soulevèrent des scandales, des tollés ou une totale indifférence.
«Piccoli est un homme du risque – dira le réalisateur Francis Giraud – A chaque fois qu’il progresse, il tente un truc nouveau. Non pas pour s’installer définitivement au box-office mais par goût de l’expérience. De ce goût est née, certainement, la qualité exceptionnelle de son jeu». Tout est dit dans cette définition.
Je me souviens d’être à Cannes à la sortie de «La grande bouffe» de Marco Ferreri où les acteurs furent copieusement hués.
Mais c’est toujours sans broncher qu’il accuse le coup et surtout qu’il assume ses choix, car il est curieux de nature, aime expérimenter, se donner des défis sans jamais se préoccuper de ce que pourront en penser les critiques ni de ce que ça peut lui rapporter.
Ainsi traverse-t-il le théâtre et le cinéma avec une «force tranquille» et ce talent qu’il met au service des metteurs en scène, des réalisateurs, des auteurs, raflant au passage César et Molière.
Une carrière étincelante que Philippe Durant nous décrit avec minutie, décortiquant ses rôles, émaillant de témoignages, d’extraits d’interviewes. Une grande biographie à la mesure de ce grand et talentueux comédien. Il n’a rien laissé au hasard et nous fait revivre une carrière hors du commun qui en fait un artiste unique et magnifique.

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RAMATUELLE : Un livre, un festival

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Ceux par qui tout à été possible : Albert Raphaël, Jean-Claude Brialy, Jacqueline Franjou.

Le festival de Ramatuelle est aujourd’hui LE festival incontournable de l’été provençal.
Créé par Jean-Claude Brialy sur les aspirations de Jacqueline Franjou alors conseillère municipale, il naquit d’une envie commune, d’un projet fou, en quelques mois, avec l’adoubement du maire d’alors, Albert Raphaël.
On est en novembre 84, Ramatuelle n’a pas de théâtre mais en un temps record naquit ce magnifique lieu d’un simple trou…
Bon, je ne vous raconterai pas la suite puisque je l’ai maintes fois fait dans la presse et dans un livre paru en 2008 : «Jean-Claude Brialy-Ramatuelle : une histoire d’amour» (Ed Didier Carpentier.
De l’amour, il y en eut, il y en a, il y en aura toujours à revendre, grâce à Jacqueline qui, après le décès de Jean-Claude, a gardé les rênes sous la houlette de Michel Boujenah.
Ainsi, le festival a continué sa route avec un succès jamais démenti, tous les comédiens, chanteurs, humoristes, metteurs en scène se disputant chaque année pour venir y jouer, tant le lieu est magique, le public généreux, sans compter qu’ils sont reçus en toute intimité, avec joie, gentillesse et bonheur de jouer sous les étoiles.
J’ai suivi Jean-Claude du premier au dernier festival qu’il a animé, j’ai repris la suite avec Michel Boujenah et bien évidemment Jacqueline qui est l’âme de ce festival. La joie des retrouvailles, de l’amitié est toujours omniprésente.

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A quoi ou qui rêve la présidente ?

Cette année, pour ce 36ème anniversaire, c’est Jacqueline qui s’y colle pour nous raconter «son» Ramatuelle, «son» festival, sa passion, ses amis, ses amours, ses emmerdes, car tenir un tel festival devient de plus en plus difficile mais grâce à son entregent, sa pugnacité, sa capacité de persuasion, sa ténacité, elle travaille main dans la main et depuis les débuts, avec des sponsors qui ne l’ont jamais quittée, en amenant d’autres au fil des ans.
Et pour Michel, à lui de trouver des spectacles divers et de qualité !
Voici donc ce bel album que Jacqueline nous offre : «Ramatuelle, un théâtre sous les étoiles» (Ed Cherche Midi) où elle nous raconte la genèse de ce qui est aussi son histoire d’amour avec cette belle commune ensoleillée, avec ce projet qui semblait alors d’une totale utopie, son histoire d’amitié avec ses 2 B : Brialy et Boujenah et des souvenirs et anecdotes dont notre présidente possède des tiroirs pleins.
Cette année, le festival, 35ème du nom, aura lieu, même si cela n’a pas été facile, entre les lieux de spectacles fermés, les spectacles abandonnés pour cause de coronavirus, des sponsors qui auraient pu être atteints économiquement, mais contre vents et marées notre duo a affronté les tempêtes et ce confinement a donné vie à un magnifique livre que j’ai lu évidemment avec beaucoup de plaisir et de nostalgie aussi car à travers ces décennies, j’ai eu des moments de partage magnifiques avec mes trois amis, j’ai fait de superbes rencontres artistiques et Jacqueline a le don de faire revivre ces instants de bonheur mais aussi quelquefois de déceptions, de prblèmes mais jamais insurmontables… Quand on a la foi !

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Mais de Gréco à Barbara, de Bouquet à Perrin, de Huster à Girardot, de Maillan à Marceau, de Sanson à Sardou, ses souvenirs se ramassent à la pelle et elle a aussi su mettre en lumière, ceux qui sont toujours dans l’ombre, comme les auteurs, les metteurs en scène mais aussi son équipe, soudée, fraternelle dont certains sont là depuis les débuts et qui ne rateraient un festival pour rien au monde.
Encore une belle histoire d’amour et d’amitié protégée par l’ombre d’Anne et Gérard Philipe, ce dernier reposant dans le joli petit cimetière de cette commune dont il était tombé amoureux, Comme Jacqueline, comme Jean-Claude, comme Michel et comme beaucoup d’autres.

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 FESTIVAL DE RAMATUELLE – Programme 2020
1er Août : Jarry
2 Août  : « Par le bout du nez », mis en scène par Bernard Murat. Avec François Xavier Demaison et François Berléand
3 Août : « Les petites ouvreuses » – Première Partie : La poésie d’une guinguette exotique – Des chansons métisses entre Java et Bossa Nova
« Inconnu à cette adresse », De Kressmann Taylor , mis en scène par Delphine de Malherbe
Avec Michel Boujenah et Charles Berling.
4 Août : Pierre Palmade joue ses sketches
5 Août : « Le muguet de Noël »,  Sébastien Blanc et Nicolas Poiret. Mise en scène Jean-Luc Moreau, avec Lionel Astier, Frédéric Bouraly, Jean-Luc Porraz et Alexie Ribes
6 Août : « Et pendant ce temps Simone veille » . Auteurs : Corinne Berron, Hélène Serres, Vanina Sicurani, Bonbon & Trinidad. Textes des chansons : Trinidad. Avec Nathalie Portal, Hélène Serres, Vanina Sicurani et Dominique Mérot
7 Août : « Hugo au bistrot » Texte Victor Hugo – Adaptation Christine Weber. Avec Jacques Weber et Magali Rosenzweig
8 Août : « Rupture à domicile » De Tristan Petitgirard – Mise en scène de Tristan Petitgirard. Avec Olivier Sitruk, Anne Plantey et Benoit Solès
9 Août :  « The opéra de Locos » ; De la Compagnie Yllana & Rami Eldar. Mise en scène David Ottone, Joe O’Curneen, Marc Alvarez, Manuel Coves, Yllana, Dominique Plaideau. Avec Laurent Arcaro, Diane Fourès, Michael Koné, Margaux Toqué, Florian Laconi ou Tony Boldan
10 Aout : Abd el Malik, « Le Jeune Noir à l’Epée »

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The show must go on…





NOTES de LECTURES

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Janine BOISSARD : Puisque tu m’aimes (Ed Fayard – 253 pages)
Un roman de Janine Boissard est toujours attendu. Ses écrits sont toujours originaux, bien souvent tournés vers le thème de la famille ou d’un groupe de gens qui s’aiment, se détestent, s’engueulent pour mieux se retrouver, avec toujours beaucoup de tendresse, de bienveillance.
On pourrait dire que Janine Boissard est à la littérature ce que Claude Sautet était au cinéma.
Et ce nouvel opus, s’il tourne toujours autour de ce thèmes est cette fois ce qu’on pourrait appeler «un portrait de femme avec groupe» pour reprendre à l’inverse le titre d’un film de Petrovic «portrait de groupe avec dame». Mais notre auteur y ajoute un sacré suspense qui nous laisse en haleine jusqu’au dénouement inattendu.
La femme en fait est une jeune fille de 17 ans, Lou, qui vit dans un petit village de Basse Normandie : Montsecret, qui porte bien son nom. Ayant perdu son père dans un accident, elle vit avec Hélène, sa mère, Elsa, sa petite sœur et le compagnon de sa mère, Gégoire, qui est comme son père. S’ajoutent à ce portrait, Stan, son petit ami photographe et morpho-psychologue, Philippe, son oncle, frère de son père, qui est son parrain, pompier de profession, qui a perdu sa femme dans un incendie, Martin, son cousin, Jocelyn son copain d’enfance, amoureux d’elle…
Très admirative de son oncle et parrain, Lou s’est engagée comme pompière volontaire.
Tout ce beau monde se trouve confronté à plusieurs incendies, toujours perpétrés le jour d’un mariage.
Qui en est l’auteur ? Lou et Stan vont mener l’enquête au péril de leur vie.
Ils suivent des pistes et vont fatalement tomber sur la bonne, inattendue, déroutante, difficile à admettre…
Beaucoup de non dits et de secrets de famille vont peu à peu se dévoiler.
Janine Brossard nous brosse encore des portraits attachants autour de ce « thriller campagnard» et elle mêle les pistes avec subtilité jusqu’au moment où, ayant trouvé la bonne, le danger se précise.
Dès le départ on tient l’histoire et on ne la lâche plus… C’est ce que j’appelle «L’effet Boissard» car on s’attache aussitôt aux personnages et l’on a envie de découvrir l’auteur de ces incendies particuliers.
L’écriture est fluide, naturelle, les personnages, pour certains, sont attachants et on s’immisce dans cette famille avec délice.
On comprend pourquoi les lecteurs l’aiment tant.

Thibault BERARD : Il est juste que les forts soient frappés
(Ed  de l’Observatoire – 293 pages)
Dès les premières lignes, le ton est donné. Ce sera un roman qui se veut léger, drôle, surprenant, mais qui a la puissance de l’amour envers et contre tout. Un couple étonnant, Sarah ex punkette, aimant côtoyer la mort par défi ou ennui, et Théo, six ans de moins qu’elle, blagueur et charmeur. Et le couple fonctionne, avance dans la vie en riant. Oui, le rire est leur quotidien, elle devient «moineau», lui «lutin», c’est dire leur fantaisie et leur joie. Un enfant arrive, le deuxième pose problème, le diagnostic est terrible : elle a un cancer. Une tumeur mal placée, inopérable et le rythme de vie change, pour Théo hôpital, crèche, boulot, copains, hôpital, crèche, boulot, copains… Une épée de Damoclès que Sarah pressentait,  il est juste que les forts soient frappés», elle sait depuis toujours qu’elle mourra avant quarante ans. La vie reprend, il y a de l’espoir, Sarah peut entourer d’amour son lutin et ses deux amours d’enfants mais il y a les examens cliniques, la peur au ventre, la révolte, l’extrême fatigue, la douleur.
L’auteur entraîne son lecteur dans un superbe parcours, un roman éblouissant, irradiant de bonheur, de gaité, d’humour face à une cruelle vérité.
Un hymne à l’amour rythmé sur les chansons de Nick Cave, un hymne à la vie, car c’est elle la gagnante, elle qui sera toujours la plus forte.Un premier roman qui je l’espère sera suivi de bien d’autres.

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Renaud CAPUCON : Mouvement perpétuel (Ed Flammarion – 240 pages)
Au départ, n’étant pas féru de musique classique tout en l’adorant, j’avais peur de me perdre dans le livre de Renaud Capuçon, qu’on ne présente plus. Je pensais que ce livre s’adresserait surtout à des spécialistes. Mais c’est aussi un excellent conteur.
Violoniste virtuose qui porte très haut la musique dite «classique»,  celle qu’on appelait la musique savante, il a également un talent incontesté d’homme de plume pour ne pas dire écrivain.
Si on devait résumer son combat, son sacerdoce on pourrait le définir par trois mots : Passion, émotion, transmission.
Né dans une famille qui aime la musique, très vite il a su où était sa voie. Même si quelqu’un lui a très vite dit : «Il faudra du temps pour être un grand musicien». Il a pris le temps et il l’est devenu. Le déclencheur a peut-être été, nous avoue-t-il, son amour pour Strauss.
Et il fallait être gonflé pour aller s’installer à Berlin alors qu’il ne parlait pas allemand ! Grâce à une femme rencontrée par hasard et qu’il n’a d’ailleurs jamais revue !
Et en fait, alors qu’il commençait à être connu, bizarrement il fut mieux accueilli en Allemagne qu’en France.
Renaud Capuçon est une véritable Bible musicale, connaissant les musiques et les musiciens,, les compositeurs et leurs œuvres, même les moins connus, sur le bout des doigts, pouvant même jouer à la demande n’importe quelle musique, qu’elle soit baroque ou romantique, musique de chambre ou musique sacrée, musique de film ou de jazz… Pour lui, il n’y a pas de petite ou grande musique. Il y a LA musique. Et sa culture est immense. Et sa mémoire également.
Dans ce livre, il nous parle de tous les grands musiciens qui ont croisé sa route, avec une infinie tendresse, avec amour même, avec emphase et admiration. Il est quelquefois dithyrambique. Mais il a également une grande culture littéraire car il lit beaucoup et ses lectures alimentent sa vie d’homme et de musicien.
Il y a beaucoup de sensualité dans sa façon de parler du violon… Il en parle, non comme un instrument de musique mais comme une femme, comme un être humain. C’en est touchant, émouvant et en fait, il nous emporte dans son monde de musique, même si l’on n’est pas féru de musique, si l’on ne connait pas tous ces compositeurs, ces musiciens qu’il a découverts et qu’il aime profondément. On se demande même s’il y a des artistes qu’il n’aime pas.
En solo, en duo avec les plus grands dont son frère, le violoncelliste Gauthier Capuçon, avec des orchestres symphoniques ou philharmonique du monde entier, dirigé par les plus grands chefs d’orchestre du monde, il a gardé une grande simplicité et garde les pieds sur terre.
Boulimique, il passe d’un concert à un master class, d’un festival à un enregistrement. Tout cela en étant très famille. On le sait, son amour, sa muse se nomme Laurence Ferrari avec qui il mène une vie discrète avec leur fils Elliot et dont il parle avec infiniment d’amour.
C’est d’ailleurs un livre d’amour que cet immense artiste nous offre, même si quelquefois on se perd dans tous ces musiciens et ces œuvres dont il parle.
Mais il sait nous faire partager sa passion avec une rare élégance.

Joël DICKER : L’énigme de la chambre 622 (Ed de Fallois – 563 pages)
Curieux roman que celui-ci, qui mêle réalité et fiction avec une maestria incroyable.
C’est l’histoire d’un écrivain (Joël Dicker à n’en pas douter) qui, depuis la mort de son éditeur et sa rupture avec Sloane, est en panne d’inspiration.
Il part alors dans les Alpes Suisses, passer quelques jours dans le palace du Verbier. Il va y rencontrer une certaine Scarlet qui le reconnait, qui le drague, avec qui il va tenter d’élucider un mystère : pourquoi cet hôtel a une chambre 620, une chambre 622 et entre les deux, une chambre 621 bis au lieu de 621 ?
Ils apprennent très vite qu’un crime y a eu lieu. Qui a-t-il été assassiné ? Qui a assassiné ? Pourquoi ?… Bref, voici nos deux détectives en herbe qui partent à la recherche de ce fait divers, de cette enquête dont ils découvrent qu’elle n’a pas abouti faute de preuves pour arrêter l’assassin présumé.
Nous voici partis avec eux dans les palaces suisses, dans le monde de la finance et en particulier d’une banque tout aussi suisse dont les protagonistes ont tous quelque chose à cacher et que, petit à petit, ils vont découvrir. Et nous avec.
De mystères en coups de théâtre, «l’écrivain» et sa comparse se prennent au jeu et remontent peu à peu une histoire de près de vingt ans.
Le chemin est long, les retours en arrière pléthore, ce qui nous fait souvent perdre le fil de l’histoire car beaucoup de personnages entrent jeu, chacun n’est jamais celui qu’on croit, et on finit par s’y perdre… Avant de retrouver le fil de l’histoire !
Joël Dicker nous mène en bateau jusqu’au bout où dans les dernières pages il nous assène deux coups de théâtre qui nous font tout comprendre… On aura mis du temps !
Mais il nous tient en haleine jusqu’au bout et on a du mal à lâcher le livre même si, parfois, ces constants retours en arrière sont quelquefois très énervants.
D’autant qu’il nous met sur une piste qui, tout à coup s’avère ne pas être la bonne et nous voilà sur une autre piste. Très fort «l’écrivain» ! A tel point qu’on a souvent envie de laisser tomber… Tout en étant curieux de savoir qui est qui et pourquoi.
Les personnages sont hauts en couleur, ambigus à souhait car en fait, qui sont-ils vraiment ?
C’est du grand art, un thriller original et inventif qui renouvelle le genre malgré beaucoup d’invraisemblances.
Ce livre ferait l’objet d’une série télé formidable.
C’est également un hommage à l’éditeur de Joël Dicker, Bernard de Fallois, décédé récemment.

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Baptiste GIABICONI : Karl et moi (Ed Robert Laffont – 240 Pages)
Baptiste Giabiconi, jeune provençal né à Marignane, est devenu en quelques années un mannequin superstar, internationalement connu.
Beau, jeune, riche, aimé, détesté, critiqué, comme toute célébrité, il a, en quelques années, tout connu, grâce à son Pygmalion, Karl Lagerfeld, l’un des plus grands créateurs de mode du monde.
Durant dix ans et jusqu’à la disparition du maître, ils ont vécu une histoire d’amitié, de filiation, d’amour platonique.
Bien entendu, lorsqu’on est jeune, beau, riche et célèbre et vivant avec un homme de 40 ans son aîné, les langues vont bon train. Mais aussi bien l’un que l’autre en riait et passait au-dessus des ragots, des jalousies, de la malveillance.
Venant d’une famille modeste, aimante, à l’accent ensoleillé, il se retrouve à 20 ans le roi du monde avec tout ce que ça comporte de plaisirs, d’excès.
Naïf et insouciant, il vit son conte de fée. Jusqu’à saturation car, lorsqu’on a son âge, qu’on a vécu tous les plaisirs… que demander encore à la vie ?
Et un jour il se pose les questions : quelle est la vraie vie ? Est-ce cette vie où rien ne lui est refusé, où l’on dépense sans compter avec exagération ? Est-ce que je mérite tout cela ? Qui sont mes vrais amis ? Cet entourage  superficiel ? Les grands de ce monde qui s’intéressent à lui parce qu’il est avec cet homme talentueux, célèbre, qui fait la pluie et le beau temps ?
C’est cette histoire incroyable que nous raconte Baptiste Giabiconi, cette ascension, cette aventure pas banale et peut-être aussi ambigüe avec un homme qui pourrait être son père, histoire d’amour et d’amitié qui se terminera avec la disparition de celui-ci.
Il  a à la fois cette faconde provençale, avec des expressions bien de chez nous, mêlées à celles de ce monde qui ne parle que par des expressions anglo-saxonnes… Curieux mélange magnifiquement écrit (s’est-il fait aider ?) qui se termine par des pages émouvantes, poignantes avec le décès de cet homme à qui il doit tout.
Un conte de fée qui se termine tragiquement et comme le dit la chansons : «Les histoires d’amour se terminent mal en général»
Désormais, après avoir pensé au suicide, il a décidé de continuer sa route seul car hormis ses parents et une poignée d’amis, dans ce monde fait d’apparence et de relations superficielles, beaucoup ont abandonné le bateau.
Un bateau qu’il dirige désormais seul en espérant retrouver la sérénité et vivre une autre vie.

Daniel KEHLMANN : Le roman de Tyll Ulespiègle  (Ed Actes Sud – 406 pages)
Traduit de l’allemand par Juliette Aubert
La légende de Tyll Ulespiègle, saltimbanque malicieux et farceur de la littérature populaire du Nord de l’Allemagne, daterait de 1510.
Daniel Kehlmann la réinvente en la plaçant pendant la guerre de Trente Ans qui a duré de 1618 à 1648. Par chapitres en allers et retours chronologiques, l’auteur nous décrit la vie de Tyll, fils de Claus, meunier et Agnetta son épouse, né dans un petit village rural.
L’enfant mène une vie simple et dure qui va être bouleversée après la mort de son père, exécuté à l’issue d’un procès en sorcellerie. Il va quitter son village, emmenant son amie Nele, pour suivre un chanteur ambulant. On découvrira ensuite au cours du roman ce qu’il adviendra de ces enfants qui connaitront la faim, les guerres, la peste mais qui, devenus membres du «peuple itinérant» auront trouvé, désormais adultes, la liberté ainsi que le pouvoir du rire et de l’insolence, notamment auprès de rois et hauts personnages.
Des personnages attachants, un récit historique bien mené, une écriture alerte font de cet ouvrage un très bon moment de lecture.

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Francis HUSTER : Pourquoi je t’aime (Ed Cherche-Midi – 212 pages)
Il y a quelque quarante ans que je «pratique» Francis Huster.
C’est dire que je l’ai connu dans tous ses états d’âme : Très heureux ou très malheureux, très sombre ou très exalté, très calme ou très volcanique… Il y a quelque chose d’Italien chez lui, on est toujours dans les extrêmes.
Comme dans ce denier livre où il nous parle d’amour sur tous les temps. Une espèce de «master class de l’amour» !
Quand le Misanthrope devient philosophe, cela donne un livre haut en couleur, un genre de feu d’artifice qui explose avec passion, tel qu’il est en fait dans la vie, fougueux, excessif, emporté… C’est certainement pour cela que nous sommes amis depuis si longtemps.
Avec ce livre, il veut nous convaincre que l’amour est la chose la plus importante du monde mais, tel Arnolphe, il est par moments très optimiste puis très pessimiste,  il espère et aime l’amour mais aussi il s’en méfie et il nous envoie des phrases à l’emporte pièce, quelquefois définitives comme : «Le destin n’existe pas, le destin ne se force pas»… «Tomber amoureux c’est comme tomber malade ou tomber raide mort… C’est toujours une chute… » Il faut donc s’élever ou se relever amoureux, conclue-t-il.
Emphatique à l’extrême, comme il est dans la vie, il nous assène des vérités – ses vérités – comme «On sait que l’amour a existé lorsqu’il est mort» car pour lui, le bonheur, on ne le voit qu’une fois qu’il est passé ou encore «A deux, on trouve la seule raison de s’aimer soi-même»… A méditer !
Très péremptoire dans ses dires, il a de belles phrases d’auteur et il faudrait toutes les retranscrire pour les étudier.
«Aimer, c’est désirer, rêver, admirer… Aimer c’est gifler la mort».
Tout en décriant souvent l’état d’amour et le redoutant, il avoue qu’il ne peut s’en passer et il y a dans ce livre des moments très émouvants lorsqu’il parle de la mort de son père ou de l’amour de ses filles qui lui ont appris que l’amour n’était pas mort en lui.
Il considère que des phrases «Aimer pour la vie» ou «L’amour triomphe de tout»  sont des phrases stupides mais avoue également qu’il a tout sacrifié pour son métier et qu’il a dû passer à côté de certaines choses de l’amour.
J’avoue qu’on se perd un peu dans ses écrits quelquefois contradictoires, quelquefois de mauvaise foi, mais toujours assumés et là, c’est Huster brut de décoffrage que je retrouve car il peut assener des choses qu’il ressent et quelques temps après assener le contraire avec la même assurance.
Et il va jusqu’à dire que ce n’est pas un livre à lire mais un livre à vivre.
Essayez donc de vous y retrouver dans tout ça. Lisez-le, vivez-le… De toutes manières il vous fera réfléchir sur  l’amour.

Délia OWENS : Là où chantent les écrevisses (Ed Seuil – 477 pages)
Étrange roman que ce voyage initiatique vers une contrée mystérieuse de Caroline du sud où vit Kya, la fille des marais. Élevée au cœur d’une famille complètement détraquée qui va se dissoudre elle va peu à peu se retrouver seule telle une naufragée sur son île.
C’est elle que l’on va suivre au long de son enfance, de son adolescence, puis de sa vie d’adulte en prise avec la rudesse de la solitude qu’elle choisit par force, développant un caractère de fer et de tendresse à la fois envers la nature  à laquelle elle s’identifie, protégée par la flore et la faune des marais.
Seule mais pas ignorée, cette fille sauvage affrontera le rejet d’une population hostile à sa différence mais aussi à la curiosité, et l’attrait de bonnes personnes  qui entraineront de merveilleuses rencontres mais aussi des dangers inévitables.
Ce roman parfaitement traduit où toutes les beautés de la nature nous sont offertes avec abondance sans aucune source de lassitude où les plus beaux sentiments se côtoient autour de ce merveilleux personnage, est un vrai bonheur. On y retrouve les grands élans de la vie, de l’amour et de la solitude partagée ou redoutée telle qu’on la rencontre parfois dans la vie et à laquelle on pourrait songer en ces temps de confinement que nous traversons.
C’est un hymne à la nature qui transcende tout

Macha MERIL : Vania, Vassia, Sonia… et Macha

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Macha Méril est une amie fidèle depuis des décennies.
Belle, raffinée, pétillante d’intelligence, pleine d’humour et d’énergie. Et l’on a plaisir à se retrouver à chaque occasion. En ce moment hélas, les occasions sont rares puisque chacun vit confiné chez soi. Ce qui ne l’a pas empêchée de sortir un nouveau livre. Et ce qui ne m’a pas empêché de le lire  avec un rare plaisir teinté de beaucoup d’émotion.
Il s’intitule «Vania, Vassia et la fille de Vassia» (Ed Liana Levi).
Ce sont trois portraits d’exilés russes et cosaques, qui vivent en communauté avec d’autres cosaques en Corrèze et qui  tout en voulant s’intégrer à la France, vont vouloir le faire, chacun à sa manière Vania, a compris qu’il n’y aurait pas pour lui de retour en Russie. Il va essayer de s’en sortir. Et il s’en sortira. Vassia, son ami, se sent déraciné, veut combattre Staline. Hélas, il prendra le mauvais chemin en choisissant Hitler. Personne alors ne le sait et ne sait où il est. Enfin Sonia, fille de Vassia qui, elle, est d’une intelligence remarquable, brillante dans ses études, dans la musique, dans la chanson, dans l’économie, dans la politique et qui s’épanouira en allant à Paris. Elle y trouvera des alliés et une nouvelle famille en les personnes de Charles de la Barrère et de sa cousine Solange de Hauteville. Vania viendra l’y rejoindre. Et l’on suit le cheminement de ces trois personnages, de 1939 à 2019. Des histoires à travers la Russie d’Antan et la France d’après-guerre que dépeint merveilleusement Macha .Trois personnages, auxquels on s’attache très vite et qu’on suit sur leurs chemins semés d’embûches mais c’est ce qui les rend forts et prêts à vaincre tous les obstacles.
Ce roman est empreint, comme dans l’âme, le théâtre, la musique et les romans russes, de nostalgie, de bonté, de sagesse, de folie, de joie et d’émotion, de tristesse et la fin est absolument bouleversante et originale.
En découvrant Sonia, on ne peut pas ne pas penser à Macha dont elle a beaucoup de correspondances, si tant est qu’on la connaisse un peu.
Bref, c’est un livre remarquablement bien  écrit – mais on connait depuis longtemps les talents d’écriture de Macha – magnifiquement historiquement documenté, tant du côté russe que du côté français.
Je ne peux donc m’empêcher, faute de nous rencontrer, de l’appeler pour en parler.
«Tout d’abord, Macha, comment se passe ce confinement ?
(Elle rit) Comme toute le monde. Je suis restée à Paris car mes deux sœurs y sont aussi. On est à côté même si l’on ne peut pas se voir. Mais bon, elles ne sont pas jeunes mais ne sont pas malades. J’en profite pour trier mes papiers, chose que je n’ai pas le temps de faire, pour ranger mes livres par ordre alphabétique, chose que je dois faire depuis longtemps. J’ai essayé de relire Proust… mais je n’y suis pas arrivée… J’y suis vraiment allergique !
Tu sais que la fin de ton roman m’a tiré les larmes…
Et j’en suis heureuse. C’était l’effet escompté. Je cherchais une fin originale où après toutes ces aventures je ne pouvais pas trouver une fin banale. Ce discours de Sonia c’est beaucoup le mien et je l’ai écrit comme si c’était moi qui devais le prononcer.

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C’est une belle histoire dans laquelle on trouve un peu d’autobiographie…
Tu sais, lorsqu’on écrit une biographie, on n’est jamais tout à fait honnête. On «oublie»  les choses qu’on n’a pas envie de dire. Dans un roman, on peut tout se permettre du drame aux rires ou aux coups de théâtre et l’on peut faire dire des choses aux personnages qu’on n’oserait pas dire soi-même. On peut aller très loin. C’est un choix instinctif. Et puis, j’aime les fins romantiques !
Pourquoi ce livre ?
Depuis que j’écris nombre d’éditeurs me demandent d’écrire sur mon enfance russe. Mais j’ai vécu mon enfance en France où je suis née. J’ai bien sûr lu des livres sur l’émigration russe mais en fait je ne connais les russes que par ce que m’en a raconté ma mère. Je savais les cosaques un peu bruts de décoffrage mais je leur suis reconnaissante d’avoir pu garder et transmettre leurs traditions musicales, culinaires et autres. Ils les ont gardées certainement plus que les russes blancs qui voulaient s’en émanciper. Peut-être que d’être exilé a permis cela. Mes parents nous ont transmis tout ça mais n’ont pas voulu alourdir notre jeunesse. Ils ne voulaient pas qu’on démarre dans la vie avec un handicap de passé russe mais vivre un présent français. On n’a donc gardé que le côté charmant des traditions. Le reste, le goulag, le travail forcé, les exactions, toutes ces vérités ont été passées sous silence, on n’en parlait pas. On sait aujourd’hui que Staline a tué plus de gens qu’Hitler. Mais à l’époque, et même il y a 20/30 ans encore, il y avait des choses qu’on ne pouvait pas dire.
Il a donc fallu que tu te plonges dans les deux histoires, de la Russie et de la France. Ça a dû être un sacré travail !
Il y avait des choses que je savais de la Russie par ma mère et beaucoup de choses que j’ai moi-même vécu en France. Mais j’ai été aidé Par une historienne, Sandrine Pallussière et par un spécialiste de l’histoire du nazisme Christian Ingrao.
Les chapitres sont datés…
Oui, parce qu’ainsi on voit ainsi le temps qi passe. En datant, il fallait que je sois la plus précise possible. Je ne devais pas me tromper car il y aurait toujours eu un historien qui aurait trouvé l’erreur. J’ai beaucoup aimé ce travail.
Pourquoi avoir titré «Vania, Vassia et la fille de Vassia» plutôt que «Vania, Vassia et Sonia» ?
D’abord parce que c’est le titre qui m’est venu dès le départ et puis parce que ça sonne bien, c’est musical. Et mettre les trois prénoms ça faisait un peu conte de fée. J’ai pensé à d’autres titres mais mon éditrice m’a dit : «Ça n’est peut-être pas commercial mais ça pose des questions, c’est un peu mystérieux, c’est bien dans la tradition russe !». Dont acte.

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Tu sais que c’est très cinématographique ?
On me l’a déjà dit mais ça risque d’être compliqué car il faut un réalisateur russe qui comprenne la France, un français qui comprenne la Russie, ou quelqu’un qui comprenne les deux, ce qui n’est déjà pas si simple mais en plus, un film historique avec des scènes de guerre, des décors et des costumes, ça risque d’être lourd à monter.
Le château de la Barrière existe-t-il ?
No. Je me suis inspiré d’une grande maison où vivait une riche veuve qui faisait la charité à ma mère. Elle ne lui a jamais donné un sou alors qu’elle en avait tant besoin mais elle avait pitié de «la pauvre princesse»* et prenait ses enfants en vacances.
D’ailleurs, à partir des années 50, ce sont des souvenirs personnels que je raconte. J’ai rencontré tous les gens dont je parle. Etant comédienne j’avais la chance de pouvoir entrer dans tous les milieux, que ce soient les arts, la politique…
Dans ce livre il y a beaucoup de nostalgie… Vient-elle de ta mère ?
Je ne crois pas être nostalgique d’un temps et d’un pays que je n’ai connu qu’à travers ma mère qui, elle, était nostalgique. Mais elle gardait le souvenir d’un monde un peu rêvé que j’ai vécu à travers elle. C’était en fait une Russie pas réelle et je suis imprégnée de ça. Par contre, je n’ai aucune envie de la Russie d’aujourd’hui, que je connais pour y être allée. C’est un pays difficile à vivre, déjà par son climat mais aussi par son retard sur tout. La génération de ma mère a gardé dans la tête une Russie imaginaire alors que la génération d’aujourd’hui est beaucoup plus russophobe.
On retrouve beaucoup de toi en Sonia.
Bien sûr, surtout dans la seconde partie à partir du moment où elle commence à vivre en France. J’ai vécu beaucoup de choses que je lui fais vivre et son histoire d’amour est celle que j’ai vécue avec Michel Legrand que j’ai retrouvé des décennies après notre première histoire d’amour. C’et Michel, malgré notre âge, qui a voulu qu’on se marie, qu’on fasse une grande fête, qui a voulu qu’on partage tout ensemble. Comme le fait Sonia. Ce château qu’il a trouvé, il voulait que ce soit tout à la fois un lieu de musique, de recherche, de résidence pour les musiciens, d’école de musique, un lieu de festival… C’était son objectif. Et je le réaliserai.
Ce livre lui est dédié car c’est lui qui m’a poussé à l’écrire en me disant que ce serait mon œuvre. Il n’a eu le temps que d’en lire quelques chapitres mais je suis heureuse qu’il ait pu le faire avant de me quitter.

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Christian Servandier
* Macha se nomme en fait Maria-Magdalena Gagarine, fille du prince Gagarine.

NOTES de LECTURES

julie beatles

Colette HOORNAERT: Julie (Ed.Coryphene) – 306  pages)
Julie c’est moi.
Ces trois mots sont l’annonce de ce que nous allons lire, la vie d’une jeune paysanne qui, la quarantaine venue, est quittée par son mari parti se refaire en Nouvelle Calédonie la laissant élever seule ses cinq enfants en gérant les dettes laissées par cet époux inconséquent.
Julie va se raconter en nous faisant partager ses origines paysannes où les générations se côtoyaient guidées par le rythme des jours sombres de durs labeurs, des saisons et du travail des champs, la vie de ses grands-parents, de sa mère dans la vieille ferme où tous cohabitaient alors.
C’est l’occasion de longs paragraphes n’épargnant ni le temps, ni les coutumes, ni les tracas familiaux, la vie, la mort, la nature au sein du village. Des vies d’alors
Beaucoup de sensibilité, de tendresse mais aussi de réalisme dans les conditions d’existence. La vie, l’amour, la mort sauf la surprise du départ du père pour la Nouvelle Calédonie, qui refera fortune afin de combler les dettes qu’il a laissées derrière lui mais auprès d’une Julie acerbe qui ne le connait plus. Ce sera le 2ème tome. Et il y en aura un 3me !

Frédéric GARNIER : Les Beatles, quatre garçons dans le siècle (Ed Perrin – 565 pages)
Il fallait bien un tel pavé pour raconter l’histoire de quatre artistes hors du commun, qui ont fait changer la musique et la façon de se comporter de la jeunesse et qui ont marqué, non pas une époque mais le siècle, en une seule décennie.
Plus qu’une biographie, Frédéric Garnier signe «la Bible» de Paul, John, George et Ringo qui se disaient aussi célèbres que Jésus… Et on n’en est pas loin !
Travail de longue haleine, travail d’orfèvre car l’auteur a mené une investigation dans les moindres recoins de la vie des quatre hommes et l’œuvre des quatre artistes, de leurs balbutiements à Hambourg faits dans la joie, l’insouciance, la fraternité, l’amour de la musique, pour se terminer dans de sombres histoires de fric, de séparations, de jalousies, de non-retour.
Frédéric Garnier les suit donc pas à pas, de l’ombre à la lumière jusqu’à ce que cette lumière trop intense ne fasse exploser le groupe.
Il dissèque chaque étape de leur vie, chaque album, chaque disque sorti, chaque chanson avec une minutie d’orfèvre et ce livre est à l’image des Fab Four, énorme, intense et passionnant.
S’il fallait retenir un livre sur tous ceux qui sont pléthore de ce quatuor, ce serait celui-là car on apprend tout, tout, tout sur ceux qui sont toujours omniprésents aujourd’hui et qui auraient pu encore donner de leur talent, de leur génie, des chansons indémodables, universelles. Intemporelles.
C’est vrai, le livre est gros, lourd à porter sur l’estomac mais dès qu’on le commence, on ne peut plus le lâcher, tant leur histoire est passionnante et Frédéric Garnier l’écrit avec passion, avec patience, avec intelligence.
Que l’on soit fan ou néophyte on prend un plaisir extrême à traverser leur vie et une époque où la liberté s’ouvrait à la jeunesse et où celle-ci édictait ses lois et ses goûts, qu’ils soient vestimentaires, musicaux ou dans la façon de vivre.
La Beatlemania n’est pas près de s’éteindre.

le goff mozley

Catherine LE GOFF : La fille à ma place (Ed Favre – 191pages)
Alors qu’elle roule en vélo pour aller à son travail, Nin aperçoit dans un champ Jeff, son compagnon depuis six ans, en train de s’ébattre avec une femme. Prise d’un accès de violente jalousie et de colère, Nin se précipite sur cette femme et l’étrangle. Elle décide de s’enfuir pour échapper aux conséquences de ce meurtre. Elle n’a d’autre ressource que d’aller chercher de l’aide à Paris chez son père bien qu’il l’it abandonnée lorsqu’elle avait deux ans. On la suit alors dans sa cavale, à travers la France, l’Italie et les États Unis, cherchant à se faire une nouvelle vie et découvrant au fil de ses aventures de nombreux secrets familiaux dont l’émergence lui permettra de renaître à elle-même. Une cascade d’évènements s’ensuit, miraculeusement résolus dans un temps difficilement évalué.
Catherine Le Goff est psychologue. Elle nous explique dans une note de trois pages en fin de ce premier ouvrage qu’elle a voulu  « dans ce roman noir psychologique montrer, à travers l’histoire d’une femme qui commet un acte violent, comment l’amour peut rendre fou quand il est vécu de manière passionnelle mais aussi comment l’absence d’amour dans le passé peut être le terreau de la furie ».
L’ouvrage, rédigé en paragraphes courts, se lit rapidement car l’auteur sait maintenir l’intérêt du lecteur. Il y a cependant un peu d’invraisemblance, car à vouloir brosser de nombreux thèmes de troubles psychologiques, leur accumulation chez les différents personnages du récit nuit à la crédibilité de celui-ci.
Un premier roman peu convaincant.

Fiona MOSLEY : Elmet (Ed Joëlle Losfeld – 235 pages)
Elmet  était un royaume celte disparu au VIIème siècle, où se rassemblaient tous les laissés pour compte. C’ est une région perdue de Grande Bretagne, le Yorkshire rural où se situe le roman de ces deux enfants, Cathy et Daniel, les Hansel et Gretel du sous-titre.
C’est Daniel devenu adulte qui évoque en courts chapitres écrits en italique la longue épopée de son enfance avec sa sœur Cathy élevés dans les bois  par un père hors-normes qui a basé sa vie sur sa force physique, et a réduit celle de ses enfants à l’âpreté et la rusticité d’une vie quasi sauvage.
C’est alors par la bouche de Daniel que sort le conte étrange d’Elmet. Au début on ne sait rien d’eux. John  le père, farouche, a bâti sa maison au cœur de la forêt et y élève seul ses deux enfants après la disparition de leur mère, aidé d’une étrange voisine. Mais la terre où il s’est installé ne lui appartient pas, si bien que Price le propriétaire entend faire valoir ses droits. C’est le départ de la lutte qui va embraser les relations et peu à peu la région toute entière.
S’ensuit un livre âpre, violent et tendre à la fois magnifiquement écrit et traduit, une histoire qui ne peut laisser indifférent

Grimbert Malte

Philippe  B. GRIMBERT :  Panne de secteur  (Ed. le dilettante –  223 pages)
Paul, issu d’un milieu modeste, est un scientifique frustré par une absence de notoriété. Il porte un amour inconditionnel à sa fille unique, Bérénice. Celle-ci suit une scolarité sans éclat à l’école primaire de leur quartier situé aunord-est de Paris. Elle s’y ennuie mais émeut son père par son impressionnante mémoire qu’elle utilise surtout  pour mémoriser des dialogues issus de films d’animation sud-américains. Il en déduit donc que sa fille est une enfant dite « précoce », qualifiée du phénomène de « dyssynchronie » à haut potentiel.
Oust !… elle quitte cette école de « merde ».
Par hasard son épouse retrouve une ancienne femme de ménage africaine, qui est concierge dans le 15ème arrondissement de Paris et qui sert déjà de boîte-aux-lettres à deux locataires fictifs inscrits à Louis-le-grand.. Pourquoi pas Bérénice ? Intégrée, elle suit tant bien que mal, aidée par son voisin de cours, Aymeric dont elle tombe amoureuse. Elle est touchée par son physique dégingandé, doux mais déterminé. Il se lasse très vite de cette amourette.
Bérénice dépérit, n’a plus goût aux études.
Et là, Paul commet une erreur fatale avec une combine foireuse qui est de rétribuer le petit ami. Aventure folle qui tournera au drame.
Il semblerait que, dans ce livre, l’auteur ait voulu tourner en dérision des déviances de notre société et surtout de l’éducation nationale en les caricaturant à l’excès avec un humour grinçant.
Peut-on imposer ses frustrations à ses propres enfants ? Le thème est très bien développé  malgré des digressions qui pourraient  agacer certains lecteurs.
Les personnages très bien campés.

Marcus MALTE : Aires (Ed Zulma – 296 pages)
D’où venons- nous ?
L’orateur s’adresse à un auditoire qui n’a aucune connaissance de la civilisation qui l’a précédée et se propose de la lui expliquer en prenant pour exemple une journée à l’ère du vroum-vroum, terme équivalent du véhicule automobile, un véhicule auquel on vouait un véritable culte,  un véhicule qui devenait une source d’orgueil, parfois de honte, jusqu’à devenir un objet d’admiration purement esthétique.
Sur une autoroute, en plein été, vont se croiser Fréderic Gruson, Roland Carretero, Pierre Palmier, Catherine Delizieu,  Zoé Soriano, Claire Jourde et tant d’autres, dans des voitures que l’auteur prend soin de décrire en tête de chapitre,
Il fait chaud, même très chaud, la radio diffuse les infos en continu, une alerte à enlèvement d’enfant, des chansons pour remplir le temps d’antenne, et chaque conducteur ou passager poursuit des conversations ou des pensées intimes. Et c’est avec précision et beaucoup d’humour que Marcus Malte roule avec nous sur cette autoroute où il va bien se passer quelque chose, sinon, pourquoi 296 pages ?
Et puisque le roman s’intitule Aires, profitons de ces aires de détente, et des multiples distractions que nous propose Marcus Malte en jetant un coup d’œil dans les cahiers rouge, bleu, mauve, vert, ou une transcription de la Commission normative sur les violences dans le monde du travail, un échantillonnage des prix des plus grosses propriétés dans le monde, le concept et l’objectif de «J’aime ma boîte» pour déterminer l’ambiance au travail.
Quel bel exemple, choisi par notre descendant, lui qui ne voit rien de commun entre nous, hors le code source- ces quatre dizaines de six unités de chromosomes qui nous caractérisent. Amusons-nous avec la CGT (Conglomérat de Glandeurs Tonitruants) ou le MEDEF ( Monopole Exclusif d’Engrangement du Flouze).
Un roman foisonnant, fascinant, magnifiquement construit, original, à recommander car tout y est décrit avec humour et qu’on ne s’ennuie jamais. Et c’est avec précision et beaucoup d’humour que Marcus Malte roule avec nous sur cette autoroute où il se passera bien quelque chose … sinon pourquoi 596 pages ?
Un roman étonnant que l’on dévore avec délectation, il se reconnait comme conducteur ou passager, tout est vrai.



Karine APRIL-MORISSE… la reine des boulettes !

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C’est une femme pétillante qui, elle ne le cache pas, a 52 ans,  et que nous rencontrons sous le soleil de Marseille, chez Madie au restaurant les Galinettes, sur le quai du port.
Si elle est là, entourée d’amis, c’est qu’elle vient de sortir un livre de cuisine aussi beau qu’original puisque consacré… aux boulettes !
Depuis 25 ans, Karine April-Morisse est agent commercial mais elle a toujours eu une passion : la cuisine.
A tel point qu’il y a cinq ans, elle décide de créer un Food truck consacré à ces fameuses boulettes : «Le Kabanon à boulettes».
On pourrait penser que ces recettes sont limitées mais avec goût et imagination, elle nous prouve le contraire en en créant de toutes sortes… Et ça marche !

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«Ça marche à tel point – me confie-t-elle -, que je commence très vite à me faire une clientèle assidue dont certains clients deviennent des copains. Et chacun de me raconter avec nostalgie les boulettes faites par leur mère ou leur grand-mère. Et évidemment, chacun a une recette différente. Du coup, ces recettes s’échangent et l’idée me vient que je pourrais les réunir dans un livre afin de perpétuer la tradition.
Bien sûr, je ne m’approprie pas ces recettes et chacun et chacune va donc écrire sa recette illustrée de photos.»
Et voilà donc que sort le livre intitulé «Roulez boulettes» et c’est la raison qui nous trouve tous réunis par ce jour ensoleillé sur le port de Marseille.
Ce livre est l’aboutissement de cinq ans de passion et lui fait clore en beauté cet épisode de sa vie. Car aujourd’hui elle tourne la page.
«Au bout de cinq ans, j’ai décidé de passer à autre chose et je voulais terminer sur ce livre choral qui réunit 45 personnes, donc 45 recettes car ce livre est avant tout un livre de partage.
Pourquoi ce titre, Karine ?
D’abord parce que, les boulettes, ça se roule et puis parce que j’ai beaucoup roulé avec ce food truck. J’étais itinérante et j’ai écumé toute la région, me posant là où on m’appelait, pour une fête, un cocktail, un mariage, un baptême, l’inauguration d’un établissement…
Et que va devenir ce food truck ?
J’ai passé le relais à une amie, Magali, qui va donc continuer l’aventure».
Magali est à ses côtés, heureuse de reprendre le flambeau. Magali qui au départ n’était pas cuisinière :
«J’étais dans le monde du vin et je tenais un domaine viticole avec mon mari. J’ai toujours aimé cuisiner, j’ai toujours défendu les produits de mon terroir et en fait, les deux se rejoignent puisque ces boulettes ne sont préparées qu’avec produits méditerranéen et provençaux.
Vous allez donc poursuivre les recettes de Kaine ?
Bien sûr, avec son assentiment puisque nous sommes devenues amies. Ce qui ne m’empêchera pas de créer de nouvelles recettes car l’imagination est infinie entre la viande, le poisson, les légumes et même les produits sucrés comme la navette, le montecao, le coco-citron… D’ailleurs vous pouvez aujourd’hui goûter entre autres la boulette de magret de canard au foie gras avec une sauce aux cèpes que j’ai créée.
Y proposerez-vous des vins, puisque c’est votre premier métier ?
Hélas le food truck n’est pas assez grand pour y faire des réserves… Mais pourquoi pas un jour ?»

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Karine, que retirez-vous de cette aventure ?
D’abord, j’ai adoré faire la cuisine pour les autres et je continuerai de la faire car c’est toujours un grand moment de partage avec les gens, les amis, la famille. Et puis j’ai aussi vécu une belle aventure à la télé avec «Master Chef» en participant à l’émission grâce à laquelle j’ai cuisiné dans les arènes de Madrid ou encore dans les cuisines d’un bateau de croisière à Rome où il fallait cuisiner pour des centaines de gens ! Ce sont de superbes souvenirs, ça a été un beau challenge et surtout il y a eu ce beau parcours d’amitié car la boulette… ça rapproche !
Comment vous est venu ce goût de la cuisine ?
De mon père avec qui je partais à la pèche, ou à la cueillette de plantes, d’herbes, de fleurs, de champignons, de fruits sauvages avec lesquels on préparait des plats. Il m’a transmis ce goût des choses simples, naturelles, il m’a appris à respecter la nature et m’a montré comment faire de bonnes recettes avec des produits naturels.
D’ailleurs j’avais déjà écrit un livre en 2013 : «Recettes et cueillettes autour de Marseille»
Vous avez donc aussi pris goût à l’écriture ?
Oui, j’avais écrit ce premier livre pour rendre hommage à mon père qui entretemps est décédé. Celui-ci est écrit par mes copains. Mais c’est vrai que j’adore écrire.
Alors aujourd’hui, avec ce livre, une page se tourne. Qu’allez-vous faire ?
Je reste agent commercial mais j’ai un autre projet, aux antipodes de celui-ci, plus tourné vers le sport. Mais je ne vous en dis pas plus pour le moment».

Et voici qu’après avoir trinqué au livre, est arrivée l’heure de goûter à certaines recettes concoctées par certains participants à celui-ci* et croyez-moi, ce fut un délicieux moment, d’abord pour les yeux car tout était préparé avec art, juste pour vous faire saliver, comme nous l’avions déjà fait sur les photos superbes accompagnant les recettes. Et puis, parce que toute la Provence éclatait dans notre palais. Et on se rend compte combien une simple boulette peut apporter de plaisir lorsqu’elle est faite avec de bons produits et une belle imagination.
Et c’est comme ça que nous sommes devenus accros aux boulettes !

Jacques Brachet
Photos Monique Scaletta

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*Juste pour vous donner l’eau à la bouche :
Les boulettes de beignets ata – les boulettes d’artichauts à la barigoule – les boulettes de boudin noir aux panisses – les boulettes chevreuil-sanglier sauce curry – les boulettes de poulet, artichauts et citrons confits, – les boulettes d’agneau, menthe, féta… sans oublier les desserts comme le sorbet cristal anis – les boulettes addict tout choco – la cucciole de José et autres joyeusetés !
En fin de livre, plein de recettes pour agrémenter ces pépites .
Bon appétit !