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DES LIVRES POUR NOËL

AutobiographieE

Muriel ROBIN ; « Fragile » (XO Ed)
C’est un grand coup de cœur que ces souvenirs que nous offre Muriel Robin, loin, très loin de l’image qu’on en a, de cette fille au visage carré, aux yeux ronds, qui vitupère, qui parle fort, boule d’énergie, grande gueule, limite sympa…
Je ne l’ai rencontrée qu’une seule fois, très brièvement, alors qu’elle passait à l’Opéra de Toulon et que j’étais reçu dans sa loge grâce à notre amie commune Catherine Lara.
Et moi qui venait lui dire que je l’avais adorée sur scène, elle me reçut comme un chien dans un jeu de quilles, ne se cachant pas pour me faire comprendre qu’elle n’en avait rien à foutre.
Je dus attendre cette année à la Rochelle, où elle était venue pour présenter le film sur Catherine Sauvage. Je l’avais trouvée toujours tonitruante mais plus détendue, toujours très drôle et surtout plus humaine.
Son livre m’a fait tout comprendre, sa vie étant un drame permanent avec déjà une enfance lourde entre une mère égocentrique, ne cessant d’humilier ses trois filles, un père fantôme, et à partir de là, elle alla de Charybde en Scylla malgré ce succès, qu’elle n’a jamais vraiment compris, prise entre une sexualité qu’elle ne maîtrise pas, une vie pleine de questionnements, d’ambiguïtés, entre amour et haine pour sa mère, ce qui la perturbe et la culpabilise, ne trouvant sa place nulle part. Nul ne guérit de son enfance et son vécu le prouve.
Jusqu’à 50 ans, elle vivra pour voler au secours des autres, sa mère, ses sœurs, ses amis, elle n’aura de relâche que grâce à quelques rencontres qui la tiendront en vie : Michel Bouquet, Line Renaud, son admiration pour Annie Girardot entre autres. Elle passera sa vie à refuser des choses tout simplement pour se punir d’être ce qu’elle est car elle ne s’est en fait jamais aimée : une pièce de Françoise Dorin, une tournée avec Bedos, une émission de radio et bien d’autres choses encore sans trop savoir pourquoi elle disait non à de belles propositions,.
Il lui faudra rencontrer Anne pour que tout s’apaise quelque peu, qu’elle prenne conscience de penser à elle, à son bonheur, à son équilibre. Ce n’est pas encore ça et ce n’est jamais fini, le livre se terminant sur un coup de théâtre, un coup de massue, auquel même un auteur n’aurait pas pensé.
J’avoue avoir lu ce livre de plus de 400 pages d’une seule traite, que j’ai souvent été ému aux larmes en me demandant si un jour Muriel Robin trouverait la paix.
Aujourd’hui je ne vois plus Muriel comme cet histrion qui nous faisait rire pendant qu’elle pleurait, et dont quelquefois l’agressivité revenait, peut-être pour évacuer un trop plein d’émotions et de drames.
Quelle « drôle » de vie, Mumu…

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Thibault de MONTALEMBERT : « Et le verbe se fait chair » (Ed de l’Observatoire)
Là encore grand moment de lecture, très loin des sentiments que j’ai pu avoir en lisant Muriel Robin.
Par coïncidence, c’est encore au Festival Télé de la Rochelle que j’ai rencontré Thibault de Montalembert, que j’avais apprécié dans la série « Dix pour cent » dont il venait présenter la troisième saison. Je voulais le rencontrer, ce que je n’eus aucune difficulté à faire tant il est simple et avenant.
De la classe guindée de son rôle dans la série, je retrouvais une classe décontractée et naturelle et il m’avait parlé de ce livre qu’il m’avait donné envie de lire puisque, en dehors de sa vie d’homme et d’artiste, il parle littérature et théâtre avec délicatesse, avec amour, passion même et pour un homme qui dit ne pas maîtriser l’orthographe, il manie la langue française avec bonheur et est un puits de science littéraire. Du « Club des cinq » et la Comtesse de Ségur à Duras en passant par Pagnol, Dumas, la littérature russe, sans parler de tous les grands auteurs qu’il a joué, Molière, Shakespeare, Racine, Pinter, Tchekhov, il n’a fait que lire, se nourrir de l’écriture même s’il aime dire que l’écriture passe par la parole, ce qui est normal pour un comédien mais surtout parce que, son frère devenant aveugle, il passa beaucoup de temps à lui lire des histoires. Amenant sa bibliothèque dans chacune de ses maisons, il avoue qu’il a commencé à lire pour combler un silence familial pesant, ses parents n’étant pas des gens expansifs et attentifs.
Le déclic pour devenir comédien ? La lecture de « Arsène Lupin » dans lequel il voyait le charme, la classe, la liberté. Heureusement car, pour plaire à sa mère, il faillit être moine !
S’il est devenu comédien, ce n’est pas pour être célèbre mais simplement pour vivre une passion, vivre de sa passion. D’ailleurs, la célébrité, il l’a aujourd’hui avec cette série alors qu’il a multiplié les expériences au théâtre, depuis les cours Florent dont Huster était son professeur, avec les plus grands, ses maîtres que furent Jouvet, Cherreau, Bouquet et son passage à la Comédie Française.
La lecture, dit-il encore est le phare qui éclaire la nuit de ses doutes et de ses lassitudes.
C’est un tout petit livre et pourtant c’est un grand livre que nous offre ce beau comédien, plein de passion, d’émotion, d’intelligence… qui mérite 100% de lecteurs !

HayHay

Christophe HAY : « Signature » (Ed Flammarion)
Les fêtes arrivant, il est d’actualité de parler cuisine.
Il sort tous les jours des bouquins de recettes et difficile d’en trouver sortant un peu de l’ordinaire.
Je vous en propose deux, le premier est celui de Christophe Hay « Signature », sous-titré « Un cuisinier à fleur de Loire » puisqu’il est né en Val de Loire. Très vite passionné par la cuisine et la gastronomie, il sera à bonne école avec Eric Reithler et Paul Boccuse, il a voyagé avant de revenir « plein d’usage et raison », là où il a ses racines.
Aujourd’hui il est le chef de « La Maison d’à côté » et de « Côté Bistrot » à Montlivault et de « La table d’à côté » près d’Orléans et il nous offre sa cuisine qui est faite de souvenirs qu’il garde de la ferme de sa famille maternelle. Après s’être expatrié en Floride, puis à Paris, il a le coup de foudre pour ce restaurant qui deviendra le sien à Montlivault. Le voici donc revenu sur ses terres où il va proposer une cuisine de terroir, simple et raffinée dont il utilise tous les produits locaux, les ingrédients, les viandes, le gibier, les poissons, ce qu’il appelle « La cuisine du respect », qui est en fait sa signature, son identité.
Dans ce très beau livre, on y apprend « sa vie, son œuvre », on découvre sa région, sa Loire, il nous présente ses restaurants, ses équipes, sa famille et nous offre des recettes fort appétissantes, d’autant qu’elles sont illustrées de photos qui vous mettent l’eau à la bouche.
Une ode à la gastronomie, à une région, à une passion qui ne vous donne qu’une envie : découvrir les bords de Loire, ses restos, sa cuisine qui fait démentir le proverbe « Il n’est de bon bec que de Paris »… Dans nos provinces aussi on découvre des trésors gastronomiques !

Cuisinez-Moi2010-03-24_15-51-33 - Dave (credit photo Alain Marouani) - Copie

DAVE : « Cuisinez-moi » (Ed Cherche Midi)
Dans un tout autre genre, dans un tout autre pays et avec l’humour qu’on lui connaît, c’est l’ami Dave qui nous propose de combiner sa vie d’artiste, d’homme… et de cuisinier !
Né à Amsterdam, sa vie d’artiste commence à 14 ans. Il sera aventurier, beatnik, faisant la manche pour chanter, vivant sur un bateau. Petit, il vivait dans les tabliers de sa mère et c’est avec elle qu’il a appris à être gourmand, gourmet et cuisinier à ses heures perdues.
Avec tout ça il deviendra chanteur, avec le succès que l’on sait car il avait tous les atouts en main : un physique de lutin malin, un joli accent, toujours le sourire et le mot drôle aux lèvres, une voix ample et puissante et des chansons qui ont très vite grimpé dans les hits.
A travers sa vie de chanteur, il a connu nombre de pays et il a toujours aimé voyager, s’imprégner du lieu où il pose ses valises et où il découvre les différentes cuisines, passion qu’il gardera toujours car il est un épicurien pur jus. Et quand on aime manger, on aime aussi cuisiner, ce qu’il fait dès qu’il le peut.
Du coup, plutôt que de nous offrir une banale bio (il a déjà parlé de lui dans d’autres livres) il nous raconte des moments de sa vie d’enfant, d’ado, de chanteur, des anecdotes, le tout agrémenté de recettes de cuisine. Nombre de souvenirs d’ailleurs se mêlent à ses sensations premières des odeurs de la cuisine de sa mère.
Il raconte, il se raconte et il nous ouvre son livre de recettes, des croquettes de bœuf au paillasson de pommes de terre, des patates douces au carvi aux betteraves crapaudines de Mark’s, du granola tutti-frutti à la caponata… Des recettes prises et apprises à Marseille, en Italie, aux Pays-Bas bien sûr, en Martinique, en Irlande, souvent grâce à des chefs ou des cuisinières qu’il a rencontrés dans ses pérégrinations.
En fait, on parcours sa vie avec curiosité et avec l’eau à la bouche à chaque étape d’une recette qu’il nous propose, avec joie, avec humour… Un livre qui lui ressemble.

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Patrick CARPENTER & Alain MOREL : « Inoubliable Johnny » (Ed de l’Archipel)
Un an déjà.
Et encore des dizaines de livres sur l’idole éternelle qu’est et restera Johnny Hallyday.
Evidemment, il faut trier car on y trouve tout et n’importe quoi.
Pourtant, les éditions de l’Archipel nous proposent deux livres, très différents et à mon avis, plus intéressants que d’autres.
Cet « Inoubliable Johnny » est un superbe album avec près de 300 photos inédites et présentées de façon originale, sous forme d’un index alphabétique : A comme Aznavour, H comme Harley, G comme guitares, R comme… Rock évidemment, Y comme Yéyé… etc…
Et c’est à chaque fois des photos se rapportant aux thèmes choisis par le photographe Patrick Carpentier qui, durant quarante ans, photographia notre idole dont il était fan et Alain Morel, mon ami journaliste qui a déjà à son actif quelques livres, dont celui de Michel berger et France Gall qu’il a rencontrés pour une interview le jour même où est décédé Michel à Ramatuelle. Ramatuelle où nous travaillions souvent de concert sur l’émission de radio journalière qui se déroulait en direct durant le festival alors dirigé par un autre ami : Jean-Claude Brialy. C’est d’ailleurs durant le festival qu’el est décédé.
Très beau livre, très belle présentation et des photos que les fans prendront plaisir et nostalgie à découvrir.
Armel MEHANI & Sébastien CATROUX : « Main basse sur Johnny » (Ed de L’Archipel)
Encore un duo mais pour un tout autre livre : celui de la saga Hallyday durant un an, depuis le décès de l’idole. Le sous-titre d’ailleurs annonce la couleur : « Les dessous de l’affaire de l’année ». Car, au cas où vous ne le sauriez pas, il y a une sacrée affaire autour de l’héritage du chanteur, de ses innombrables testaments, de ses affaires disséminées en Etats-Unis, Paris et St Barth et nos deux journalistes ont suivi l’affaire au jour le jour. Sébastien Catroux est journaliste à Gala, ce qui fera certainement grincer des dents certains lecteurs et Amel Mehani est auteur, réalisatrice et journaliste spécialisée dans les affaires de police judiciaire.
Donc entre le sensationnel et le judiciaire, la balance se fait au cours de ce livre qui raconte des faits réels, sans jamais prendre vraiment parti. Et qui prend à témoin nombre de gens qui ont tourné autour de Johnny, famille, amis, gens du milieu musical, gens du milieu tout court.
Car Johnny était très éclectique dans ses fréquentations et les témoins rencontrés sont dignes de foi.
C’est un livre qu’on lit comme un roman, presque un polar, tant il y a de rebondissements.
Ce qui en fait son intérêt.

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Serge Elhaïk : « Les arrangeurs de la chanson, française » (Ed Textuel)
J’avais eu le plaisir de découvrir la vie et l’œuvre de Paul Mauriat, musicien, compositeur célèbre dans les années 60/70 (On lui doit le succès « L’amour est bleu » qui a fait le tour du monde et a été chanté par des dizaines de chanteuses), grâce au livre que Serge Elhaïk lui avait consacré « Une vie en bleu ».
Voilà qu’il offre aujourd’hui un livre, que dis-je un livre ? une Bible et je vous avertis tout de suite, ce ne sera pas votre livre de chevet tant il est lourd de ses 2158 pages à poser sur ventre !
Mais je précise que c’est un livre passionnant pour qui aime la musique et surtout découvrir les hommes de l’ombre de ce métier, les arrangeurs entre autres.
Serge Zlhaïk en a comptabilisé quelque 200 qu’il a tous rencontrés, chacun ayant composé et surtout fait les arrangements de chansons pour tous les chanteurs existant.
Parmi eux, bien sûr, certains sont sortis de l’ombre parce que compositeurs, chanteurs, musiciens tels Joss Basselli, Caravelli, Yvan Cassar, Rolland Romanelli, Gabriel Yared, Vladimir Cosma, Claude Bolling…
Un travail de Titan, porté par la passion de cet homme qui a collaboré à France Musique et qui est une encyclopédie, une anthologie de la chanson française à lui tout seul.
Evidemment, vu le pavé, c’est un livre qui ne se lit pas en un jour mais qu’on peut lire portrait après portrait, dans l’ordre que l’on veut et l’on y découvre une véritable mine d’or, pour peu qu’on se passionne pour ces grands musiciens, pour la plupart » discrets mais essentiel », comme me l’a écrit Serge Elhaïk, sans qui certaines chansons ne seraient que chansonnettes et d’autres sont devenant des succès incontournable et mondiaux.
Certains arrangeurs sont accolés à certains chanteurs et ont fait souvent ensemble tout ou partie de leur carrière. Je pense à Patachou et Joss Baselli, Françis Rauber et Jacques Brel, Jean Ferrat et Alain Coraguer, Jean-Claude Petit et Julien Clerc, Yvan Cassar et Florent Pagny ou Johnny Hallyday…
Deux très jolies préfaces sont signées Jean-Claude Petit et Charles Dumont.
Un livre à mettre à côté de son dictionnaire !

Jacques Brachet

Toulon – Le Carré des mots
Romy SCHNEIDER revit
grâce à Sarah BIASINI & Jean-Pierre LAVOIGNAT

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En septembre dernier, Romy Schneider aurait fêté ses 80 ans.
Difficile à imaginer tant on garde dans la tête et dans le cœur, le souvenir d’une des plus grandes comédiennes qu’on ait connue et d’une femme belle, sublime, lumineuse, malgré ses parts d’ombre comme tout un chacun.
Et pour ce triste anniversaire, le journaliste Jean-Pierre Lavoignat, ami de Sarah Biasini, la fille de l’actrice, elle-même actrice, ont décidé de lui offrir une exposition à Paris et de ressortir un livre que Jean-Pierre lui avait déjà consacré, revu et corrigé.
Splendide album où l’on découvre les plus belles photos de la vie de femme, de mère, d’actrice de cette sublime icône qu’est Romy Schneider, des fameux « Sissi » à « La passante du Sans Souci », agrémenté d’une biographie et d’une interview exclusive de Sarah, qui a bien voulu se confier à Jean-Pierre, chose rare pour cette fille de star dont la lumière n’a pas toujours été facile à soutenir.
Jean-Pierre, avec lequel nous nous nous sommes croisés mille fois au Festival de Cannes et qui est venu passer un moment à Toulon, à la librairie « Le carré des mots », pour signer ce magnifique album.

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Jean-Pierre, pourquoi Romy ?
Comme beaucoup de gens, j’adorais l’actrice mais en tant qu journaliste, je n’ai jamais eu l’occasion de l’interviewer. Alors que je travaillais au magazine « Première », c’était Marc Esposito qui s’en chargeait. Bien sûr, je l’ai quelquefois croisée et même rencontrée pour la première du film de Claude Sautet « Une histoire simple ». Mais c’était toujours en simple témoin.
Par contre, je suis ami avec sa fille Sarah Biasini depuis longtemps. Et lorsqu’il a été question d’organiser cette exposition à Paris en 2011/2012, elle m’a demandé d’en être le commissaire, chose que je n’avais jamais faite auparavant. Au départ il était question que ce soit Henry-Jean Servat, qui avait monté au même endroit l’exposition de Brigitte Bardot. Mais Sarah s’est sentie plus sécurisée avec moi : « Tu me protègera et je te fais une confiance totale » m’a-t-elle dit.
J’étais très ému et… comment refuser ?
Comment monte-t-on une telle exposition ?
D’abord, je me suis plongé dans la vie et la carrière de Romy. Et puis, il a fallu chercher objets et documents, ce qui a été à la fois difficile, excitant et émouvant.
Je suis d’abord allé à la cinémathèque de Berlin qui nous a prêté beaucoup de choses de sa carrière allemande. Mais ils ont presque occulté sa carrière française ! Je me suis donc penché sur cette dernière et en premier lieu, je suis allé voir le fils de Claude Sautet qui nous a beaucoup aidés. Il avait plaisir à parler de son père, il a tout gardé de lui et il nous a prêté des choses magnifiques, des scénarios, des lettres émouvantes de Romy à son père dont une particulièrement, presque prémonitoire où elle écrivait qu’elle ne vivrait pas vieille.
Je suppose que vous avez rencontré Alain Delon ?
Oui, même s’il a mis beaucoup de temps à me répondre. Mais il a fini par nous recevoir et nous a prêté plein des photos, très peu de photos inconnues ou rares mais ce qui était émouvant, c’est qu’elles étaient toutes encadrées de la même manière.

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Et Sarah ?
En fait, elle a très peu de choses car Laurent Pétin, le dernier compagnon de Romy, a quasiment tout gardé, Sarah possède une bague en ébène incrustée d’une pierre, offerte à Romy par Luchino Visconti, qu’elle a porté dans de nombreux films et quelques bijoux dont un un médaillon avec une photo de Romy jeune que Magda Schneider, sa grand mère, lui avait donné et les deux César que Romy a obtenus pour « L’important c’est d’aimer  » et « Une histoire simple » Michèle de Broca, épouse du réalisateur Philippe de Broca, productrice et marraine de Sarah, lui a prêté la robe de mariée que portait Romy dans le film dans « César et Rosalie ». Mais c’est vrai qu’à l’occasion de cette exposition, Srah a découvert beaucoup de choses.
Le livre est donc né de cette exposition ?
oui, tout à fait,  et il a été réédité à l’occasion des 80 ans de Romy, dans un autre format, avec les mêmes photos et l’entretien que j’ai eu avec Sarah, ce qui est une chose rare car, lorsqu’on a une telle mère et qu’en plus on est comédienne, ce n’est pas facile tous les jours.
Aujourd’hui, avec le temps et le recul elle le prend mieux et comprend combien sa mère a compté pour des milliers de gens. Elle s’y est faite car de toutes façons elle n’y peut rien changer.
Quand avez-vous rencontré Romy pour la dernière fois ?
Pour l’avant-première de « La passante du Sans soucis » où, malgré tout, elle était lumineuse de beauté. Il y a eu entre autre cette scène extraordinaire : le face à face de Romy avec François Mitterrand qui était présent. Je me souviendrai toujours de ce regard admiratif qu’il avait et du Regard de Romy se rendant compte de cela avec un sourire qui en disait long. On aurait dit qu’un rayon laser réunissait leurs deux regards ! C’est pour moi un souvenir fantastique.
Elle devait disparaître quelques temps après.
Jean-Pierre, comment êtes-vous devenu journaliste ?
J’ai d’abord débuté à la locale du Provençal à Avignon puis je suis « monté » à Paris pour suivre les cours du Centre de Formation des Journalistes (CFJ) puis je suis rentré à l’AFP avant de rejoindre Marc Esposito à Première puis de créer Studio Magazine avec lui en 1987, journal que j’ai quitté en 2006. Après ça il y a eu la radio, la télé, quelques livres…

Photos romy

Et aujourd’hui ?
Je prépare un livre pour célébrer les cent ans de Gérard Oury. En ce moment, je passe beaucoup de temps avec sa fille, Danièle Thompson, que j’avais connue grâce à son fils Christopher qui m’avait demandé de réaliser un film sur son grand-père, trois ans avant son décès. Avec Danièle, nous nous voyons très souvent et par contre elle, elle a une foule de documents formidables sur son père car la mère de celui-ci collectionnait tout ce qui sortait sur Gérard dans des classeurs. C’est une mine d’or !
Et puis, je travaille pour Canal et OSC sur des portraits d’artistes. En ce moment passent trois reportages sur trois des plus grands réalisateurs mexicains : Guillermo del Toro, Alexandro Gonzales Inarritu et Alfonso Cuaron, qui sont amis et ne se sont jamais éloignés les uns des autres.
Mais je suis heureux que ce livre sur Romy ressorte car, c’est vrai, il y a eu un grand nombre de livres sur elle mais je crois, en toute modestie que nous avons le best of des plus belles photos d’elle.
C’est un bel hommage.

Propos recueillis par Jacques Brachet

Judith SIBONY
premier roman, premier essai réussi !

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Comme bon nombre de pièces de théâtre, il y a le mari, la femme, la maîtresse.
Oui mais là, d’abord c’est un roman, signé Judith Sibony : « La femme de Dieu » (Ed Stock) dont le décor principal est une scène de théâtre. Et le Dieu en question est Robert, un auteur et metteur en scène à succès, qui, malgré celui-ci, en est quelque peu revenu. Succès qu’il trouve facile, même s’il continue à en écrire, donnant à chaque fois le rôle principal à son épouse, Elizabeth.
Elizabeth qui est donc une comédienne, connue et reconnue, belle, hiératique, amoureuse et admirative de ce mari volage dont on ne sait pas si elle sait ou feint d’ignorer ses aventures.
Et puis il y a « l’autre », Natacha, jeune femme naïve et désœuvrée et que Robert a croisée dans la rue, à qui il a proposé un rôle alors qu’elle n’est pas comédienne et qui deviendra très vite sa maîtresse.
Il ira même jusqu’à la faire jouer face à Elizabeth.
Situation dont tout le monde a l’air de s’accommoder jusqu’à ce que Natacha avoue à Robert qu’elle veut un enfant de lui.
A propos d’enfant, il y a Julie, fille de Robert et Elizabeth, admirative et amoureuse du couple « exemplaire » que forment ses parents. Elle, se retrouve enceinte à 20 ans alors qu’elle n’a pas envie de rentrer de ce cliché « mari-enfant ».
Tout pourrait aller au mieux dans le meilleur des mondes… possibles mais au fil du temps, il y aura quelques ratées et peu à peu on va découvrir les secrets, les non-dits, les mensonges de chacun.
De découvertes en « coups de théâtre », Judith Sibony, dont c’est le premier roman, nous invite dans ce monde factice du théâtre qu’elle connaît bien en tant que journaliste spécialisée, avec une écriture belle, élégante, dans une atmosphère feutrée, à la fois légère et profonde, émouvante et drôle, dans un univers fait de faux-semblants, de vérités qui n’en sont souvent pas et où l’illusion prend le pas sur la réalité.
De plus, elle nous tient en haleine jusqu’au dénouement dans une histoire qui pourrait être banale mais dont elle sait à chaque chapitre (à chaque acte ?) nous réserver des surprises. Car tous ses personnages vivent entre ombre et lumière et quelquefois les secrets sortent de l’ombre.
De très beaux portraits de femmes dont on pourrait croire qu’elle sont assujetties à ce « Dieu » tout puissant… en fait pas si puissant que ça et a lui aussi ses ambiguïtés et ses failles.
On ne peut en dévoiler plus car au fil du récit se découvrent les personnages et leurs secrets qui fait qu’on a des difficultés à lâcher ce premier roman superbement maîtrisé et original car chacun des personnages prend la parole à son tour pour nous dévoiler sa vérité en un jeu de piste passionnant.

A

Judith Sibony est journaliste spécialisée dans le théâtre – et ça se sent ! – critique à la revue « Théâtre(s) mais aussi réalisatrice de portraits de comédiens dans l’émission « Parlez-moi d’amour » sur France 2. Ses derniers portraits : Cristiana Réali, Jean-Pierre Darroussin, Charles Berling…
Elle a réalisé entre autres un documentaire « comme des bêtes » où se mêlent danseuses et animaux et produit des émissions pour France Culture.
J’ai eu le plaisir de rencontrer cette femme enjouée et drôle, au charme fou et à la personnalité bien affirmée, à la Fête du Livre de Toulon où l’entretien s’est réalisé, entre deux apartés avec des gens qui passaient et à qui elle proposait son livre ! Mais on y est arrivé !
Judith, comment la journaliste est-elle passée à l’écriture romanesque ?
Il se peut que l’écriture journalistique ait été pour moi une sorte d’entraînement, d’échauffement, pour écrire enfin de la littérature.
J’ai laissé mûrir ce projet de roman pendant longtemps, comme une sorte d’horizon. Et je me suis rendu compte que mon expérience de critique de théâtre nourrissait mon imaginaire, et peut-être aussi mon rapport à l’écriture.
D’où le décor de ce premier roman ?
J’aime le théâtre. J’ai la chance, grâce à mon métier, d’en connaître aussi bien les créations sur scène que le travail en coulisses. Mais attention : je n’ai jamais été actrice, et de ce point de vue, l’histoire que je raconte dans La Femme de Dieu n’est en rien mon histoire, même si elle est nourrie de sensations ou de pressentiments très intimes. J’avais envie d’écrire des portraits de femmes dans un dispositif où elles auraient l’air de tourner autour d’un homme. Mais ce qui m’intéressait, c’est d’abord cette question du décalage entre ce dont on a l’air et ce qu’on est. Le théâtre était donc le cadre idéal pour camper cette fiction dédiée au paraître.
Pourquoi ce titre « La femme de Dieu » qui peut prêter à confusion ?
Je voulais mettre en lumière la femme d’un dieu qui, en fait, n’en est pas un. Même s’il a l’ait tout puissant, ce créateur de spectacles « vivants » (c’est ainsi qu’on appelle le théâtre) a un problème avec ce qui est vivant, justement. Il agit comme s’il avait peur de la vie, et sa tentation de faire le démiurge à travers ses mises en scène n’est qu’une vaine tentative de pallier ses manques. A travers cet anti-dieu, je voulais déconstruire une machine à illusion particulièrement bien rodée.
Sous couvert de vaudeville, le sujet de mon livre, c’est tout simplement la vie et les représentations qu’on en fait : les histoires qu’on se raconte, les efforts qu’on fait pour sauver les apparences, les spectacles qu’on crée pour se sentir plus vivant…

B

Jacques Brachet

Charles BERLING… Il écrit aussi !

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On connaît le comédien de théâtre et de cinéma, le metteur en scène, le chanteur, le directeur de deux théâtres aujourd’hui, le Liberté, Chateauvallon… On connaît moins l’écrivain même s’il nous a déjà offert deux livres : « Les joueurs » (Grasset) et « Aujourd’hui, maman est morte » (L’ai Lu/Librio).
Le voici avec un troisième livre, qu’il dédicacera vendredi et samedi sur la Fête du Livre de Toulon : « Un homme sans identité ». (Ed Le Passeur)
Difficile de définir ce livre qui est en partie auto-biographie et essai, mais aussi fait de réflexions sur le monde d’aujourd’hui et sur son métier – ses métiers – d’artiste. Il le dit lui-même, c’est un livre quelque peu incohérent, sans début ni fin, c’est le cheminement de son esprit qui lui fait prendre, au cours de l’écriture, des chemins de traverse.
C’est pourtant un livre magnifiquement écrit, pensé, quelquefois émouvant, parfois plein d’humour. Un livre vrai où il se… livre sans flagornerie, sans être un donneur de leçons, quelque peu égocentrique parfois mais ça, c’est le lot de tout comédien, et surtout terriblement sincère et vrai.
Derrière cet homme, cet artiste toujours en mouvement, se retrouvant toujours où on ne l’attend pas, il y a un être profond, un homme tout simplement, que, même si je le côtoie très souvent depuis son retour à Toulon, je découvre à chaque rencontre et surtout cette dernière, pour parler de ce livre.

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« Charles, un homme sans identité… ou qui en a trop ?
Trop ? pourquoi ? Non, je dirais plutôt, un homme aux multiples identités et affinités, ce qui est le lot de tout comédien. De tout homme je crois.
Pourquoi ce livre ?
Ce livre est pour moi avant tout un plaisir littéraire. J’ai ce goût d’écrire, l’envie de parler de choses qui me tiennent à cœur. Je n’ai pas voulu parler que de moi mais de ce qui se passe autour de moi, des choses de la vie. J’ai préféré ça plutôt que de proposer une autobiographie classique.
Tu mêles ta vie, tes expériences, tes pensées, ton métier, ton intimité…
Oui, c’est tout cela que j’ai voulu raconter, avec beaucoup d’humilité et d’émotion parfois. Ce livre correspond à ce que je ressens en tant que personne et que veux faire ressentir. Au dessus de tout ça, il y a l’impersonnel, Simone Veil l’explique très bien en une phrase et c’est pourquoi j’ai voulu la mettre en exergue :
« Ce qui est sacré, bien loin que ce soit la personne, c’est ce qui, dans un être humain, est impersonnel. Tout ce qui est impersonnel dans l’homme est sacré, et cela seul »
Tout est lié à l’universalisme. Je travaille à considérer celui-ci et à cette mission de liberté que je me suis donnée avec, justement, le Liberté et Chateauvallon.

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Tu dis toi-même que ce livre est incohérent…
Dans la forme, j’ai cherché à faire un livre fragmenté, comme un kaléidoscope. J’ai aimé l’écrire comme j’aurais écrit un roman. En même temps, paradoxalement, ce livre m’a amené à réfléchir sur mes implications dans le monde socioculturel de cette région, qui est la mienne et me tient beaucoup à cœur. Et cette réflexion m’a aussi amené à considérer mes responsabilités, les valeurs que je défends. Aujourd’hui, le monde est malmené, fragilisé et j’ai voulu trouver dans mes propos un lien, le plus universel possible.
Tu dis encore « Depuis que je joue, je peux être moi-même ». Paradoxal, non alors que lorsque tu joues tu n’est pas toi-même !
Pas tant que ça ! Je me suis posé la question que tout le monde se pose : qu’est-ce qu’être soi-même ? J’ai choisi un métier ludique puisque « je joue » et en jouant, je suis le personnage que j’incarne mais pourtant ça me ramène à moi : comment, à quel endroit suis-je impliqué dans le rôle que j’ai choisi ? Lorsque je joue, je ne cherche pas à séduire, je ne veux pas me mettre de limite intellectuelle. En tant qu’acteur, je veux être le plus honnête possible. C’est quelquefois difficile de s’affronter soi-même par le biais d’un rôle.
Je te cite encore : « Chaque rôle est un ami qui part » Restes-tu vraiment orphelin de tes rôles ?
Aujourd’hui, ayant perdu mes parent, je suis un orphelin. C’est toujours difficile d’affronter la disparition des êtres chers, avec qui on a vécu. Ca n’empêche qu’ils sont toujours là. Pour un rôle, c’est un peu pareil. On s’en imprègne, on s’y attache et un jour, il faut s’en séparer. Mais il reste toujours là, quelque part. C’es à chaque fois un petit deuil qu’on vit.
Tu ne restes jamais sans un projet, tu les enchaînes… En fait, qu’est-ce qui fait courir Berling ?
La curiosité, la passion, le partage et surtout pas la consommation ! J’ai envie de vivre à fond avec mes congénères. Et tous ces chemins de traverse que je prends, toutes ces tentions, me fabriquent au moment présent. Je suis toujours en mouvement mais nous sommes un mouvement perpétuel, l’émotion c’est le mouvement, c’est l’art de l’acteur qui est toujours en questionnement.

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Tu écris encore que l’art dramatique est la préfiguration de la mort… C’est violent quand même ?
Mais non, c’est la nature ! L’art dramatique a un rapport très intéressant avec la mort. C’est le purgatoire qui amène une grande conscience entre la vie et la mort. Je trouve ça très intéressant et même joyeux. Lorsqu’on tourne, on n’est plus dans la vraie vie, il y a un décor qui n’est pas un vrai décor avec des personnages qui ne sont pas des vrais personnages. On se retrouve entre deux mondes. C’est ça que je veux dire.
Ton livre est illustré de tes propres dessins… que je trouve quelque peu torturés !
A bon, tu trouves ? Moi je trouve qu’ils ressemblent à la vie, quelquefois joyeux, quelquefois tristes, voire dramatiques. C’est aussi ma vie et lorsque je dessine ou peins, je suis dans une certaine humeur, que ce soient des moments sombres ou joyeux. Je ne crois pas que ce soit l’expression d’une torture ! Ca vient comme ça, par pulsion et je ne veux pas me censurer. L’art c’est être honnête par rapport à soi et aux autres. Tout n’est jamais tout rose ou tout noir, c’est un miroir de ma vie, et c’est là toute la complexité. Regarde le tableau de Picasso « Guernica » : il y raconte le monde dans toute sa complexité.
Ces dessins, je pense, correspondent parfaitement au sujet du livre »

Propos recueillis par Jacques Brachet

NOTES de LECTURES

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Rabih ALAMEDDINE : L’ange de l’histoire. (Ed. Les Escales – 387 pages)
Jacob le poète repense aux moments de son existence qui l’ont envoyé aux urgences-Psy et nous fait partager ses souvenirs.
Né des amours ancillaires d’une jeune servante qui se fait jeter à la rue par ses patrons qui la découvrent enceinte de leur fils, celui-ci se retrouve dans un bordel égyptien où il a vu le jour. Élevé par une mère distante et ses nombreuses «taties» qui le choient, il est alors récupéré par son père qui le ramène au Liban où il sera placé chez des religieuses puis se retrouvera à San Francisco après un passage par Helsinki dans une communauté gay.
C’est ainsi qu’il est amené à nous faire partager sa vie faite de quelques souvenirs tendres et joyeux mais aussi de souffrances et d’horreurs. La mort rôde partout sous les traits du Sida et il verra partir ses compagnons et son grand amour.
Un texte original certes mais très spécial, pas du tout simple à accrocher et à suivre à cause des constants retours en arrière et la présence hallucinatoire de la Mort, de Satan, de l’Ange avec lesquels il s’entretient. Malgré l’humour, parfois la tendresse, nous nageons souvent dans la noirceur et la douleur.
Mélange des genres donc mais émaillé de réflexions philosophiques et fantastiques qui rendent la lecture ardue et plombent encore plus la noirceur du sujet.
Belle écriture, érudite mais vraiment difficile à lire.
Helen FIELDS : la perfection du crime (Ed Marabout- 364 pages)
Dès les premières lignes du roman, on découvre un meurtrier, qui célèbre une sorte de cérémonial avant de mettre le feu au cadavre qu’il a installé «avec des précautions dignes de celles d’un père» (sic).  Ainsi le lecteur connaît-il le meurtrier à la différence du commandant Luc Callanach qui lui, vient d’entrer en fonction. La jeune femme est identifiée grâce aux dents qui n’ont pas brûlé : il s’agit d’une avocate du nom d’Elaine Buxton
Jusque là rien de bien nouveau. Les meurtriers commettent des erreurs, qui font qu’on finit par les arrêter. Soudain tout bascule, on retrouve le meurtrier dans une pièce totalement insonorisée et, attachée sur un lit, Elaine Burton qui hurle de terreur et de douleur.
Le meurtrier va se révéler d’une intelligence machiavélique et poursuivre son œuvre macabre en enlevant une autre jeune femme puis la coéquipière de Luc, et peu à peu on découvre les motivations de son esprit malade
Ce roman n’est pas un simple thriller car les personnages se révèlent sous nos yeux et prennent une certaine épaisseur qui ne laisse pas indifférent. De plus, on découvre peu à peu les blessures de Luc qui, nul ne sait pourquoi, a été muté d’Interpol France en Écosse, et est peu apprécié par sa nouvelle équipe.
On peut toutefois regretter l’importance donnée aux scènes de torture, à la violence un peu répétitive, de même, on ne voit pas pourquoi une autre enquête sur la mort de bébés abandonnés et morts de froid vient court-circuiter l’intrigue principale.
Malgré tout, un roman qui fait frissonner et qu’on ne lâche pas avant la dernière page, on espère d’ailleurs suivre d’autres enquêtes de l’inspecteur Callanach

Delome @ Le Dilettante de kerangal

Didier DELOME : Jours de dèche (Ed le dilettante) – 254 pages)
Quel lecteur ne serait pas séduit par ce premier roman de Didier Delome ?
Un format agréable, une couverture éclatante de couleurs empruntées au plumage d’un perroquet et dès la première ligne, le sentiment que le sujet sort du commun.
« J’ai toujours mené la grande vie, puis me suis retrouvé à la rue, sans rien, démuni, ayant tout perdu » ce sont les premiers mots de l’auteur et le lecteur ne lâchera plus ce livre qui se lit comme un polar. C’est un récit autobiographique passionnant.
A Paris, un galeriste mondain prépare son suicide avec sang froid alors qu’il attend l’arrivée de la police et de l’huissier de justice venus l’expulser. C’est la chute vertigineuse de cet homme qui, sans colère ni amertume raconte son errance, la recherche d’un toit, l’assistanat, les affres des entretiens d’embauche, mais son fatalisme, sa dérision et son désir de reconquérir une dignité le sauveront de la déchéance. N’oublions pas Madame M des services sociaux, sa bonne fée.
Rien n’est nostalgique dans ce roman, une nouvelle vie commence sans fards, indépendante et libre. Quoi de mieux alors que de se mettre à l’écriture puisqu’il a «des tas de romans en tête qui ne demandent qu’à éclore sur le papie »
Un premier roman prometteur.
Maylis de KERANGAL : Un monde à portée de main (Ed Verticales – 285 pages)
Dans ce dernier roman, repéré dès sa sortie en septembre dernier, Maylis de Kerangal nous propose une incursion dans le monde des peintres copistes avec une volonté affichée de pénétrer leur univers.
Nous sommes à Paris, en compagnie de trois jeunes gens tout juste sortis d’une année de formation à l’Institut de Peinture de Bruxelles.
Peintres en décor et autrefois colocataires, ils se retrouvent après leurs premières expériences professionnelles. Chacun nous est présenté dans sa spécificité. Paula, spécialisée dans le règne animal, a produit un panneau en écaille de tortue. Kate, séduite par le minéral a réalisé de faux marbres et Jonas attiré par le végétal, a élaboré une fresque tropicale
Le lecteur, s’il est vite séduit par la dynamique des personnages, hésite devant un tel déploiement de termes techniques, qualifiant chaque objet, chaque ingrédient, chaque geste, chaque attitude, propres à chaque univers. La lecture en est parfois fastidieuse lorsqu’il s’agit, comme dans une revue spécialisée, de côtoyer le jargon technique spécifique au trompe-l’œil, et de s’initier à l’art de l’illusion.
Le texte avance cependant même si l’ampleur des phrases de l’auteur, ses juxtapositions constantes, bousculent le lecteur. Par bonheur, les discours et les réflexions des jeunes artistes, rapportés et intégrés à la narration amusent avec subtilité.
Et les chantiers et les lieux défilent. Nous passons du décor d’Anna Karénine dans un théâtre de Moscou, à un trompe l’œil du Grand Canal de Venise, aux studios de Cinecittà à Rome,  pour finir non loin de Montignac, dans un fac-similé de la grotte de Lascaux.
Nos jeunes artistes, travailleurs itinérants, n’ont pas la vie facile mais la passion qui les anime la rend possible et le lecteur se prend lui aussi à s’enthousiasmer pour cette réalité copiée plus vraie que nature.
Ainsi, croit-on comprendre, le faussaire aura figé le réel. Il l’aura rendu accessible en focalisant sur l’aspect statique de la nature reproduite.
L’art de la réplique pour expliquer ce «monde à portée de main».

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Nancy HUSTON : Lèvres de pierre. (Ed. Actes Sud – 240 pages)
Les lèvres de pierre ce sont celles des statues cambodgiennes à l’entrée des temples, impersonnelles, impénétrables, closes comme sont closes les paupières souvent d’avoir trop vu et incapables de communiquer.
Derrière ces lèvres de pierre se retrouvent en parallèle deux personnages. D’une part Saloth-Sar le jeune élève peu doué mais effacé, devenu moine bouddhiste, qui va s’exiler et s’éveiller à la connaissance à travers le Paris révolutionnaire qui l’entrainera vers le communisme, la folie du pouvoir et la destruction, pour devenir ce tyran de Pol-Pot, exterminateur et dément
Dans cette première partie Nancy Huston s’adresse à lui qu’elle nomme » l’homme nuit », se met dans sa peau et épouse son détachement envers son corps et le corps des autres. Puis le ton change. La voilà revenue dans le corps de Doritt la jeune rebelle de «Bad Girl» »,la jeune canadienne qui arborera aussi les lèvres de pierre pour cacher sa soumission aux autres, aux hommes qui l’exploitent, l’humilient , la soumettent, y compris ses proches : père, amants, amis, entrainée dans le grand existentialisme qu’elle traverse dans un Paris de révolte, dans l’anorexie, le marxisme.
Entrant doucement dans ce texte sans comprendre le but recherché par l’auteur on se retrouve peu à peu emballé dans un tourbillon qui disperse tout sur son passage. Si on n’a pas lu la quatrième de couverture on ne se doute pas de qui est ce jeune moinillon souriant et ce qu’il est devenu et qu’y –a-t-il de commun entre ces deux personnages.
L’opposition totale due à la même enfance castratrice pour les deux, les mènera vers une vie de militantisme radical et mortifère pour l’un et libératrice pour l’autre
L’écriture est somptueuse, la construction époustouflante, embarquant du plat néant à la spirale folle qui retombera après la tempête.
Mais que d’émotions !
Nicolas MATHIEU : Leurs enfants après eux ( Ed Actes Sud – 425 pages)
Prix Goncourt 2018
Heilange, commune de la Moselle où la métallurgie a pendant un siècle drainé «tout ce que la région comptait d’existence, happant d’un même mouvement les êtres, les heures, les matières premières».
Anthony a quatorze ans en 1992, il fait partie d’une bande de jeunes faisant l’apprentissage de la vie. C’est l’été, il fait chaud, on s’ennuie vite à Heilange, alors on boit, on regarde les filles, on rigole, on écoute sans fin les groupes rock, on frime en empruntant la moto mythique du père et, patatras, on se la fait voler par un arabe, dealer à la petite semaine. Les parents s’ennuient aussi, le chômage fait des dégâts, on fait au mieux, mais les disputes, les divorces détruisent le tissu social.
La trame est sombre mais le roman ne l’est pas, porté par l’énergie de ces adolescents dans la lumière de l’été, la rage de vivre et de s’en sortir. Radiographie fidèle, documentée, vivante d’une époque racontée avec brio, tragédie jubilatoire, un peu comme la finale de la coupe du monde de football où jeunes et vieux vont s’enthousiasmer.
Mais après ?
Magnifique second roman d’une force et d’une tendresse hors du commun.

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Alice  PICIOCCHI et  Andrea ANGELI.  Kiribati – chroniques illustrées d’un archipel perdu. (Ed du Rouergue – 144 pages). Traduit  de l’italien par Jérôme Nicolas. 
L’archipel de Kiribati, situé au milieu du Pacifique, est composé de trente deux atolls dont une île devenue célèbre en raison du destin tragique qui l’attend : premier pays du monde à disparaître littéralement à cause du changement climatique (dans 20-30-50-100 ans en fonction des hypothèses).
Leur président en 2015 a imaginé un plan B pour survivre : une migration de masse sur une parcelle de terre achetée à l’église anglicane, aux îles Fidji située à trois milles kilomètres de là.
Ce récit de voyage, composé d’atlas et de chroniques illustrées, fait découvrir aux lecteurs de quoi sont faites les vies des insulaires. Trois grands thèmes qui s’entremêlent : culture, société et environnement.  Grâce à une réserve marine qui est une des plus complexes et des plus riches du monde (cinq cents espèces de poissons) ils survivent avec des noix de coco, quelques cochons, des taros et de l’arbre à pain, d’où leur embonpoint. Les femmes, hormis les travaux domestiques et l’éducation des enfants, se distraient en jouant au « bingo ». Elles essaient de mettre sur pied une petite entreprise artisanale et collectent des fonds pour l’église…
N’ayant qu’une tradition orale, les deux auteurs font une sorte d’inventaire des modes de vie et des mœurs de ces iliens tout à fait comparables à Tahiti, aux îles du Pacifique en général.
Ils restent sereins devant l’adversité et le futur.
C’est un beau livre facile à lire, magnifiquement illustré, qui rend hommage aux vivants et qui peut faire réfléchir certains.

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Jacques F. THOMAZI : La force X à Alexandrie (1940-1943)
Disponible sur Internet : Thebookedition.com
Toulon : Librairie Charlemagne, ISBN: 979-10-93050-08-9
De 1940 à 1943, une partie de la Flotte française de la Méditerranée orientale, commandée par le vice-amiral Godfroy fut bloquée par les forces anglaises placées sous le commandement de l’amiral Cunnigham.
Ce récit est le témoignage posthume d’un médecin embarqué, témoin de la vie quotidienne de cette force.
Pendant la seconde guerre mondiale une partie de la flotte de la Marine française a été capturée par l’opération Catapult, une partie a été canonnée à Mers el Kebir, une partie s’est sabordée à Toulon et une partie de l’escadre de Méditerranée orientale, commandée par l’amiral Godfroy, a été bloquée à Alexandrie par les forces anglaises commandées par l’amiral Cunningham.
La flotte française, la Force X, était composée d’un cuirassier : la Lorraine, de quatre croiseurs : le Duquesne (navire amiral), du Suffren, du Tourville et du Duguay-Trouin, de deux torpilleurs, le Basque et le Forbin, et d’un sous-marin au funeste sort, le Protée.
L’auteur, Jacques Thomazi, était un tout jeune médecin à peine sorti de santé Navale lorsqu’il s’est retrouvé embarqué d’abord sur le Forbin, puis sur le Tourville enfin sur le Duquesne. Il a écrit ce récit-journal et il a rédigé pour la flotte l’Hebdo-Force X.
Il a essayé de traduire l’état d’esprit des marins pendant ces trois longues années d’immobilité. Témoignage posthume
Il n’y a peu de texte sur ce sujet en dehors de l’aventure de la Force X écrit par l’amiral Godfroy Plon 1953 qui relate ce moment.

 

 

 

 

Toulon : La revue TESTE, véhicule poétique

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Accueillie en ce dimanche matin 14 octobre 2018 par la Librairie Le Carré des Mots à Toulon la Revue Teste, qui se déclare véhicule poétique, présentait son 32ième numéro consacré cette fois uniquement à des auteures.
Dans son préambule Cédric Lerible prit soin de préciser qu’il ne s’agissait en rien d’un numéro féministe, que d’ailleurs il ne croyait pas à une écriture féminine en tant que telle, puisque toutes les lectures « en aveugle » montraient autant d’erreurs sur l’affirmation auteurs hommes ou femmes ; que l’écriture est le reflet d’une sensibilité, et qu’on sait qu’il y a en chacun de nous une part de masculin et de féminin, dont l’une peut être prépondérante sur l’autre quel que soit notre genre.
Il s’agissait simplement de « donner à lire des voix que nous (le collectif Parole d’Auteur) apprécions particulièrement et de mettre en évidence les singularités propres à leur naissance ».
Ceci posé la flûtiste Olivia Rivet imposait le silence par la voix de sa flûte afin d’occuper ce silence par sa musique. Excellente flûtiste qui joue des souffles, des sons de sa voix, de tous les moyens d’expression de cet instrument si proche de la voix humaine et des sons de la nature. Elle ponctua les lectures avec un à propos parfait.
Ce numéro 32 présente donc les œuvres de 20 auteures entourées par des dessins énigmatiques et des photos de quelques sculptures (pas moins de 20 œuvres) de Sophie Menuet, dont on a vu des expositions à Marseille, Aix en Provence, Villefranche sur Saône, Istres, Villa Tamaris Pacha à La Seyne sur Mer, et ce n’est pas fini…On doit aussi à Sophie Menuet les photos de ses œuvres, dans de splendides et luxueuses présentations pleine page.
Le choix des auteures est éclectique. Teste n’est pas une revue à thème, mais à chaque numéro la réunion d’artistes qui naît d’un écho entre les œuvres. Ces poètes viennent de différentes régions de France et du monde : Russie, Guatemala, Italie.

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On pourra lire quelques textes bilingues, espagnol/français, russe/français. Nombre d’auteures étaient présentes à cette lecture pour faire vivre leurs textes avec beaucoup d’émotion. Et des voix d’hommes, celles de Patrick Sirot, Paul Antoine, Laurent Bouisset (traducteur de Regina Jose Galindo) firent entendre magnifiquement des textes de leurs consœurs absentes.
Une lecture riche et variée, qui permit d’entrer dans des univers, des écritures, des préoccupations et des thèmes différents, toutes œuvres bien ancrées dans le monde d’aujourd’hui.
La libraire «Le Carré des Mots» dans son nouveau lieu peut accueillir confortablement et convivialement artistes et public. Elle offre aussi le plaisir de déambuler à travers les livres, livres choisis avec compétente par les libraires Marion et Raphaël Riva, qui ont obtenu le label LIR (Libraire de Référence) dont le but est de faire reconnaître, valoriser et soutenir les engagements et le travail qualitatifs des libraires indépendants.

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Pour plus de renseignements sur la revue Teste voir <evasionmag.com> du 3 juillet 2016
Ce très beau numéro 32 de Teste avec une somptueuse photo de couverture de Raoul Hébréard est en vente au Carré des mots :
30 rue Henri Seillon – tel : 04 94 41 46 16.

Serge Baudot

MICHEL FUGAIN :
« Je chante pour le public,, pour partager… »

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Michel Fugain, c’est une boule d’énergie.
Il déboule sur scène avec une pèche pas possible et une joie qu’on ressent aussitôt.
Et aussitôt, il va enchaîner succès sur succès… 50 ans de chansons et ce jeune homme de 76 ans nous en fout plein les yeux et les oreilles. Il est terriblement et pour toujours ancré dans la chanson française car il a fait des chansons inoubliables.
En dehors du fait qu’aujourd’hui il a les cheveux cours, blancs et qu’il est imberbe, il est aussi svelte et léger qu’au temps du Big Bazar où il avait barbe et cheveux longs bruns !
Il bouge, il danse, il virevolte et nous raconte sa vie à travers ses chansons. Et le public de tout âge vibre avec lui et reprend en chœur ses refrains.
Il y a une totale osmose entre lui, ses musiciens et ce public.
Je l’ai rencontré aux Studios de la Victorine à Nice alors qu’il avait son école et que se préparait le Big Bazar. C’est dire que ce n’est pas d’hier ! Après la tournée que je fis avec ce groupe enfin monté, nous nous revîmes épisodiquement, lorsque ses galas l’amenaient dans la région. Toujours avec cette même amicale chaleur qui fait partie de lui.
Avec Véronique Aïache, fan de la première heure, il s’est confié en toute liberté, en toute pudeur aussi car Michel est un être pudique, qui cache ses peines (la perte de sa fille, son divorce) derrière un sourire toujours rayonnant, une énergie folle. Il sait se reconstruire, ce qui ne lui fait rien oublier mais c’est ce qui fait qu’il continue son chemin, aux côtés de Sanda aujourd’hui, qui est un appui essentiel, indissociable de lui. Dans ce livre « En confidence » (Ed flammarion), il confie de belles choses à Véronique, comme cette phrase : « Dans sa globalité, la vie est difficile et cruelle mais elle est aussi enchanteresse. Il faut la vivre telle qu’elle est ». Même s’il dit encore : « L’attitude que j’ai eue à la mort de Laurette et que j’ai encore, je la dois à mon instinct de survie. J’ai dit, je répète et j’affirme que j’ai reçu un coup de sabre japonais qui m’a coupé en deux »…
Dan ce livre, il se révèle juste ce qu’il faut pour comprendre que ce bonhomme est exceptionnel de gentillesse, de simplicité et d’optimisme… malgré tout.
Il y a quelques temps, nous avions pu bavarder un long moment.

C D

« Le public, me confiait-t-il – est ce pourquoi je fais ce métier et je suis content lorsque je le vois heureux et attentif. Je lui raconte une histoire, mon histoire et lorsque je vois qu’ils me suit, je trouve ça… gouleyant ! Ils m’envoient une telle tendresse ! Aussi je donne pour recevoir ça !
Tu tournes tout le temps, Michel ?
Oui, tant qu’on me demande et surtout parce que j’aime ça et qu’avec avec mes musiciens, on est une équipe soudée. Ils ont besoin de travailler et surtout, je ne reste jamais très loin d’eux car je ne voudrais pas que cette complicité, cette amitié, se délitent. Nous avons besoin d’être ensemble.
L’on est étonné, en voyant ton spectacle, du nombre de succès que tu as accumulés… et que les gens n’ont pas oubliés et chantent avec toi…
Parce que ces chansons sont entrées dans la mémoire collective. Ce sont des chansons populaires – et le mot n’est pas péjoratif ! – qui sont étroitement liées à la société de cette époque. Aujourd’hui, tout le monde se regarde le nombril et si ça continue, il n’y aura plus de chanson populaire.
Mes chansons évoquent une époque essentiellement heureuse où tout semblait facile, sans problèmes. C’était une époque porteuse d’espoirs. Les gens s’accrochent à ces chansons, le feu n’est pas éteint… il suffit d’une étincelle…
Toi qui fut un précurseur des comédies musicales à une époque où ça n’était pas la mode (Un enfant dans la ville), aujourd’hui que c’est redevenu « tendance », n’as-tu pas envie de t’y recoller ?
Depuis déjà longtemps je suis sur un projet musical autour de l’œuvre d’Edmond Rostand « Chanteclerc ». Là encore, gros challenge car je garde les merveilleux alexandrins de l’auteur !
Et si ce n’était pas si démodé, je dirais que ce serait plutôt une opérette qu’une comédie musicale où tout est chanté. Moi j’y veux le texte, la musique, la théâtralité. A te dire vrai, c’est assez ardu à monter et je ne le fais pas parce que c’est la mode !

B A

Pas facile à monter dans le show biz d’aujourd’hui…
Le show biz ? c’est aujourd’hui devenu un sous-métier et je m’en éloigne au galop. Je ne suis pas prêt à accepter leur diktat parisien car ce sont des freineurs de projets qui ne savent parler que de marketing. L’artistique, ils ne savent même pas que ça existe !
Alors ?
Alors je ferai ça pour la télé. Ce sera plus facile. Mais ça se fera !
Tu n’aimes pas la tournure qu’a pris le métier ?
Bien évidemment ! Aujourd’hui un chanteur n’est plus considéré comme un artiste mais comme un produit qu’on lance, qu’on presse et qu’on jette. Les jeunes sont formatés, tout comme les radios, ce qui fait qu’il y a de moins en moins de chanteurs et de chansons populaires. Chaque radio a une spécificité et du coup, aujourd’hui, un chanteur a du mal à se faire entendre de tous. Quant à nous, ceux de ma génération, nous sommes interdits d’antenne ! Tout juste si l’on nous appelle pour une soirée nostalgie ou caritative et on doit chanter pour la dix millième fois « notre tube » !
Tu es nostalgique des années Big Bazar, que j’ai un peu partagées avec toi sur les routes ?
Je n’aime pas être nostalgique mais dans ces années-là on rêvait d’espoir et on le faisait partager. Et puis les marchands sont revenus et ça a été le commencement de la fin. Aujourd’hui on oublie l’être humain, on ne voit que l’image et l’argent et si ça ne change pas, c’est la mort de la chanson populaire.
C’est ce qui te fait continuer à écrire et chanter des chansons ?
Je ne fais pas des chansons pour moi mais pour le public, pour communiquer, pour partager. Sinon ce n’est pas la peine. Et si l’artiste oublie ça, il meurt ! »

Propos recueillis par Jacques Brachet
Michel est en tournée avec « La causerie musicale » où il mêle chansons et souvenirs.
Lundi 26 mars 20h30, Casino du Colombet à Sanary

NOTES de LECTURES

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Jean-Marie ROUART: La vérité sur la comtesse Berdaiev (Ed Gallimard – 208 pages)
Nous sommes en France dans les années 50. Le pays, tout juste remis des deux dernières guerres, s’enlise maintenant dans le conflit algérien et la IVème république vacille. A Paris la communauté des russes blancs exilés depuis la révolution de 1917 cherche sa place. Parmi eux la comtesse Berdaiev, aristocrate belle et libre, s’est assuré la protection et l’affection du président Marchandeau. « La politique la passionne » nous dit l’auteur, « pas seulement comme une comédie amusante mais parce que c’est elle qui tisse les fils du destin.
Pour la génération d’après guerre, cette intrigue, plus connue sous le nom de « ballets roses » fait écho à ce scandale. Jean-Marie Rouart est très subtil: aucun nom n’apparaît vraiment, les descriptions et les fonctions des différents protagonistes sont habilement suggérées. Il sait exprimer le fond de la nature humaine très complexe, la nostalgie de ces russes blancs cosmopolites, imprégnés de foi ainsi que la magie des rencontres, les choses troubles. Nous applaudissons l’écrivain talentueux, sa connaissance  et sa critique d’un milieu qu’il côtoie sans illusion. Le récit simple argumenté, rationnel, est porteur d’une force tranquille qui rassure, même si passion, pouvoir et morale ont du mal à coexister, nous le savons.
C’est une belle  incursion dans l’histoire de notre société.
Juliette BENZONI : Par le fer et le poison (Ed Perrin – 426 pages)
Alain Decaux préface ce roman déjà édité en 1973 par ces mots qui résument toute son œuvre : « Chère Juliette Benzoni, vous suivez la même voie qu’Alexandre Dumas, vous aidez à faire aimer l’histoire aux français ».
En fait il ne s’agit pas là d‘un roman mais de seize courts récits retraçant le portrait de femmes qui ont marqué l’histoire. Dans chacun d’eux le fer brille, la hache s’abat ou le poison s’insinue dans le cadre des femmes qui ont fait parler d’elles, d’Aggrippine à Marie Tudor, de Marguerite d’Anjou à la princesse d’Eboli, le sang coule.
L’auteur raconte avec verve complots et assassinats qui furent terribles mais qui sont réjouissants à lire puisque sa renommée à fait d’elle une des plus grandes vulgarisatrice de l’Histoire.
Milena AGUS : Terres promises (édit. Liana Levi – 175 pages)
Traduit de l’Italien par Marianne Faurobert
Une couverture attractive avec un bateau avançant sur un fond bleu, séparant en deux le titre, Terres-Promises, à la manière d’un brise glace, et le ton est donné. A la recherche du bonheur, il y aura de l’errance sans doute, mais de l’espoir  aussi dans ce texte.
En Sardaigne, la vie est dure au XXème siècle dans les années 50. Raffaele fils de paysans n’a d’autre destin que l’agriculture. Ester sera donc femme d’ouvrier agricole.
Alors que l’Italie du nord est en plein boum industriel, tous deux se mettent à rêver d’une terre d’accueil, pleine de promesses à Milan. La vie dans les quartiers pauvres d’une grande ville sera décevante et la mer manquera à la jeune femme.
Le retour au pays effacera cette épisode, d’autant plus qu’Ester a donné naissance à Felicita, la bien nommée qui puise sa force dans la joie et la diffuse autour d’elle. C’est l’héroïne de ce roman. Eprise de liberté, elle revendique le droit de croire que la gentillesse est la meilleure arme pour survivre en ce monde
Dans ce court roman, l’auteur parvient avec finesse à conter une véritable saga familiale. L’intrigue est simple, le vocabulaire sans effets spéciaux, le style souple et fluide.
Rien que de très ordinaire en apparence, mais le lecteur est  conquis. Il ne s’agit pas de mièvrerie mais plutôt d’une leçon d’optimisme face au tragique de certains destins. Les ailleurs sont illusoires, nous aurons des rêves brisés, mais notre acceptation va nous permettre de résister et de trouver la paix.
Une belle leçon de vie.

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Jérôme CHANTREAU ; Les enfants de ma mère (Ed Les escales – 476 pages)
Dans ce roman où Paris se fait personnage, l’auteur nous offre un portrait sans complaisance de la France mitterrandienne aux accents violents et poétiques. Ce 10 Mai 1981, jour de l’élection de François Mitterrand, le mari de Françoise lui annonce qu’il quitte leur domicile, rue de Naples dans le VIIIème et qu’il divorce. Une nouvelle vie s’ouvre à elle.
A 40 ans, sans emploi, elle se remet à la peinture. Elle recueille chez elle des enfants du quartier en perdition, accueille les amis de ses enfants et se noie dans les bras de ses amants.
Une époque s’achève, celle de la femme au foyer pour qu’une autre commence, celle de l’artiste peintre en sommeil depuis quinze ans. Ces enfants grandissent, elle les délaisse sans s’en rendre compte. Laurent, son fils, avec sa bande et sa musique, occupe le centre du roman.
Livre déroutant qui dresse le portrait d’une mère inconsciente, capable de recueillir des enfants en souffrance dans la rue et d’oublier de remplir le réfrigérateur. Les cent premières pages étaient prometteuses, puis l’écriture devient méandreuse.
Vincent VILLEMINOT : Fais de moi la colère (Ed Les Escales – 280 pages)
Ce roman surprend par son style et sa conception.
Un prologue nous présente l’héroïne : Moi, dix huit ans, attend un bébé «un enfant qui nage en elle et qui cessera bientôt d’être aquatique ». Comment va-t-elle l’appeler : Crocodile, Convoitise, « Empire ?
Le ton est donné ! On mise sur l’originalité.
Nous sommes sur les rives du lac Léman. Moi, c’est  Ismaëlle.
Dix huit mois plus tôt, elle a perdu son père. Ce dernier, pécheur de métier, n’est pas revenu d’une sortie sur le lac ; son corps reste à jamais disparu. L’héritage est lourd pour l’adolescente qui devra à son tour lancer ses filets.
Le texte s’organise en chapitres courts, sous forme de deux monologues alternés (une typographie les différencie), de poèmes ou de récits dans une organisation qui peut surprendre sans déconcerter toutefois.
En revanche lorsqu’il s’agit du fond, tout bascule. Le lecteur, bousculé, abasourdi, ahuri, est transporté dans un univers improbable.
Il revit La nuit des Morts Vivants, avec l’apparition soudaine de centaine de corps flottants autour de l’embarcation, puis se retrouve poursuivant Mammon, « la bête », « le monstre », désormais maître du lac. Enfin, comme un clin d’œil à la baleine du capitaine Achab, nous voilà plantant des harpons sur le dos de ce Moby Dick de circonstance, dans une ambiance d’Apocalypse Now avec l’arrivée d’une flottille d’hélicoptères et son concert de mitrailleuses !
Ismaëlle n’est heureusement plus seule désormais, forte de sa rencontre opportune avec Ezéchiel, fils d’un « ogre africain » mix de Amin Dada et de Boccassa. Lui saura diriger l’embarcation et veiller au repêchage des corps à la dérive.
Inévitablement l’amour s’en mêle et nous n’échapperons pas à quelques digressions sur la sexualité naissante et ambitieuse de la pêcheuse/pécheresse… Bonne chance au bébé à naître !
Il serait sans doute intéressant de chercher dans cette accumulation d’incongruités un quelconque enseignement derrière une forêt de symboles, mais le courage manque au lecteur lambda, qui n’aura qu’une hâte : en finir avec ce roman.

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Virginie JOUANY : Petit cœur d’opium (Ed Cairn – 192 pages)
L’auteure, Virginie Jouany découvre dans le cimetière du petit village de Thonac en Périgord, la tombe d’un empereur d’Annam. Elle enquête et malicieusement crée autour de Ham Nghi une fiction sympathique mais surtout plonge le lecteur dans la guerre coloniale que la France a menée au Vietnam actuel. Un personnage central mais complètement fictif, Judith, permet le lien entre les dernières années d’un empereur déchu, retenu prisonnier en Algérie après sa capture au Vietnam, et la carrière éblouissante, joyeuse et généreuse de Joséphine Baker, chanteuse, danseuse noire américaine reniée dans son pays puisque noire. Rappelons-nous que cela se passe fin XIXème, début XXème siècle !
Judith sera le dernier amour de Ham Nghi mais sera aussi l’habilleuse, la dame de confiance, l’amie de Joséphine Baker à qui elle voue une admiration sans borne.
Une occasion merveilleuse pour l’auteur de dérouler avec précision, humour, générosité, la vie de ces deux personnages bien réels.
Roman attachant qui nous replonge dans l’histoire coloniale française un peu oubliée, il est vrai.
Claude SERILLON – Un déjeuner à Madrid – Cherche Midi – 154 pages
Le journaliste Claude Serillon imagine la rencontre entre Franco et de Gaulle et nous fait entrer dans les coulisses de ce fait historique méconnu.
En 1970 de Gaulle n’est plus au pouvoir et décide de voyager. Il souhaite connaître l’Espagne catholique, pays chargé d’histoire qui le fascine. Le 08 Avril 1970 il arrive avec sa femme à Madrid et rencontre Franco au Palais du Prado. Le seul témoin de l’échange est le traducteur. Franco, l’allier des nazis est toujours au pouvoir, et de Gaulle symbole de la Résistance ne l’est plus depuis un an. Tout semble les opposer. Qu’ont-ils pu se dire ?
Ce déjeuner dont la teneur est restée secrète, interroge, intrigue et fascine. Quel sens donner à ce voyage ? Comment le résistant de la première heure, l’homme du 18 juin peut-il oublier la rencontre Franco/Hitler, la visite d’Himmler et tous les Républicains espagnols qui ont combattu pour la France libre.
L’auteur reconstitue cet entretien imaginaire qui regorge d’anecdotes et de références.
Et c’est très agréable à lire.
Sylvain TESSON : Un été avec Homère (Ed Équateurs – 253 pages)
A l’origine, une série d’émissions diffusées l’été depuis 2013, sur France Inter.
Il s’ensuit une très jolie collection, au format de poche, proposée par les Éditions Équateurs Parallèles reprenant les émissions enregistrées.
Cette année, aux cinq premiers numéros parus, s’ajoute « Un été avec Homère » de l’écrivain Sylvain Tesson, un ouvrage hautement réussi.
Nous voilà donc nous replongeant dans nos souvenirs de lycée, en classe de sixième, à la redécouverte de l’Iliade et l’Odyssée. La sensation est étrange car loin de nous re-raconter la Guerre de Troie et le Voyage d’Ulysse, sous la forme d’un « Homère pour les Nuls », l’auteur s’attache à nous présenter la mythologie comme un manuel de survie pour les hommes du vingt et unième siècle.
«Homère continue de nous aider à vivre» nous dit Tesson.
Ainsi, commentant l’actualité, avec érudition, verve et humour, dans un style particulièrement pétillant, l’écrivain, faisant fi des deux mille cinq cents ans qui nous séparent d’Ulysse, observe, analyse, rapproche, traduit, la grande épopée pour nous éclairer sur la conduite de nos contemporains.
Le Moyen Orient se déchire, à Troie, les hommes engagés par Achille se déchaînent ; les Kurdes se battent pour reconquérir leurs terres, Ulysse tente de reprendre le pouvoir à Ithaque ; nous subissons des catastrophes écologiques, Homère raconte la nature en fureur. Tout évènement contemporain trouve son écho dans le poème.
L’ouvrage est court, agréable, vif et pertinent, c’est le bijou de l’été.

PANCRAZI Jean-No+½l photo 2017 Francesca Mantovani - +®ditions Gallimard 1 Musso -® A di Crollalanza 1

Jean-Noël PANCRAZI : Je voulais leur dire tout mon amour (Ed Gallimard – 129 pages)
Jean-Noël Pancrazi a été, dès son plus jeune âge, fasciné par le cinéma.
Né à Sétif en Algérie, il allait dans la salle mythique où arrivaient avec beaucoup de retard les fameuses palmes d’or du festival de Cannes. Avec cinquante ans de décalage, une occasion se présente à lui de revenir en Algérie qu’il a quittée en 1962 pour participer en tant que juré du festival du Cinéma Méditerranéen d’Annaba. Un retour souhaité, malgré tout mêlé de crainte, mais un festival qui servira de pont entre le passé et le présent et sera un prétexte pour dire à l’Algérie et aux algériens tout son amour.
Mais l’Algérie est un pays où les projets sont souvent déçus. Une profonde mélancolie se dégage de la lecture de ce roman. En remontant le temps l’auteur redonne vie à un peuple qui a souffert, payé le prix du sang et vit la liberté à travers la magie du cinéma.
Mais cette liberté est-elle possible ? Il semblerait que non.
Valentin MUSSO : Dernier été pour Elsa (Ed Seuil – 399 pages)
Ce thriller très noir mais pas sanguinolent nous entraîne dans une paisible bourgade américaine sur les bords du lac Michigan. Nick le héros est un écrivain qui vit à New York. Le décès de son père le rappelle dans sa ville natale afin d’assister aux obsèques au sein de sa famille, sa mère, son frère Adam et Véra. C’est à ce moment là que se produit la libération d’Ethan son ami de collège suspecté de la mort de Lisa leur amie commune assassinée au bord du lac le dernier été 2004 et libéré pour vice de procédure).
Pour Nick c’est le plongeon vers le passé qu’il avait un peu occulté. Mis en présence d’un policier qui enquête sur les erreurs judiciaires non élucidées il va reprendre le parcours des derniers instants de Lisa afin de faire jaillir la vérité douze ans après. Ce sera l’occasion d’évoquer la vie de cette bourgade un peu endormie, de ses habitants taiseux, pleins de secrets et de rebondissements. A l’aide de flash-back qui vont nous faire voyager entre cette soirée d’été 2004 et le présent, on va peu à peu comprendre et imaginer combien beaucoup de monde avait de raisons de faire disparaitre Lisa, la jeune fille aimée de tous.
L’enquête est prenante, la découverte psychologique des divers protagonistes haletante par leur diversité et le dénouement imprévu bien sûr et loin du point de départ. Un peu de lenteur toutefois due aux nombreux retours en arrière mais un bon moment passé en compagnie de ce jeune auteur…
Michel Grèce de : La Bouboulina (Nlle Ed Plon)
Michel de Grèce, descendant lui-même des Romanov et de la famille d’Orléans, est un passionné de sujets mythiques des grands personnages de l’histoire du monde. Il est connu pour ses nombreux romans à succès dont « La Bouboulina » édité en1993 et qui est réédité en Juin 2018 dans une belle collection illustrée qui nous renvoie à ce fantastique personnage qui a existé : Lascarina Bouboulina.
Née en 1771 elle fut une grande figure héroïque lors du soulèvement du peuple grec contre leurs oppresseurs de toujours, les Turcs. Aventurière dans l’âme malgré ses six enfants plus ceux d’un de ses maris, pirate, maîtresse-femme, amoureuse de liberté surtout, rebelle toujours, mais résignée parfois par la convoitise des hommes. Elle traverse une vie de tueries et de guerres fratricides que l’auteur nous livre à grand renfort de scènes dramatiques et passionnées.
D’une écriture flamboyante l’auteur nous emballe encore une fois dans le drame romanesque dans lequel il a l’art de se déplacer.

 

Six-Fours
Henry-Jean SERVAT, Fidèle à leur souvenir…

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Jérôme Levy, qui organise chaque année « Les entretiens de l’été » à Six-Fours, en invitant des auteurs renommés à rencontrer le public, a eu beaucoup de mal avec ses deux premiers invités, Henry-Jean Servat et Patrick Malakian, puisqu’ils étaient programmées le soir de la finale de la coupe du monde de football avec la France en finale!
Du coup, changement de programme : la soirée fut reportée le lundi. Malheureusement, une mini-tempête l’obligeait à annuler l’événement, alors que les invités arrivaient à Six-Fours.
L’on dut faire contre mauvaise fortune bon cœur mais connaissant Henry-Jean depuis quelques années, suivant ses écrits et ses conférences, il voulut bien m’offrir un moment d’entretien.
Tout comme moi, Henry-Jean est de l’ancienne école des journalistes, qui aiment les artistes, les stars… les vraies et leur est fidèle. Il y a certes de la nostalgie dans cette admiration et cette fidélité mais lorsqu’on évoque les stars d’aujourd’hui, il y en a peu qui peuvent se targuer de l’être et qui feront des carrières comme l’ont fait Jean Marais, Jean Gabin, Danielle Darrieux, Michèle Morgan, Edwige Feuillère…
Nous avons eu cette chance de les connaître et Henri-Jean, évoque toutes ces actrices merveilleuses sous le titre bien à-propos : « Les immortelles » (Ed Hors Collction). Actrices que, c’est vrai, « les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître » mais qui ont traversé des décennies et que les anciens adulaient.
Volubile et intarissable, il a un talent unique de conteur et il écrit et raconte avec une aisance et un vocabulaire choisis que nombre de journalistes d’aujourd’hui pourraient prendre en exemple.

A B

Henry-Jean, comment es-tu venu à t’intéresser à ces actrices ?
Au départ par hasard. J’étais étudiant aux USA, j’y avait pour copain le prince Albert de Monaco puis je suis rentré à Paris où je m’ennuyait ferme.
Un jour, je reçois par hasard une invitation d’un type un peu particulier qui organisait dans une villa un après-midi consacré aux vieilles stars et entre autres à Gaby Morlay dont on évoquait les vingt ans de sa disparition. Je m’ennuyais tellement que je suis rendu à l’invitation, à Bougival. Arrivé là, me serais cru à la cour des miracles, l’ambiance y était dantesque et je décidai de ne pas m’attarder, lorsqu’on me demanda d’écrire un article pour le Figaro, étant donné que n’était venu aucun journaliste. Je pensai plutôt à Libération qui accepta et qui m’octroya trois pages pour parler de ces actrices oubliées et de Gaby Morlay. Ca a marché, du jour au lendemain je devenais la starlette de Libération ! J’étais invité partout.
Ca aurait pu s’arrêter là ?
Oui mais il se trouve que comme ça avait marché, on me proposa d’en faire d’autres. Et j’ai continué.
Et ce livre, comment est-il né ?
Lors du décès de Danielle Darrieux, Bénédicte Dumont, chef du service documentation de Libération me demande d’écrire un article et me dit, par la même occasion, avoir retrouvé mes anciens papiers et qu’en les relisant, elle a été émue. Elle avait alors eu l’idée de les réunir pour faire ce livre. C’est vrai que beaucoup étaient tombées dans l’oubli mais il y avait tellement de souvenirs émouvants que j’ai eu envie d’aller plus loin en y ajoutant des d’autres souvenirs comme celui où je fis se retrouver Arletty avec Marcel Carné, rencontre émouvante car elle vivait dénuée de tout mais avait toujours ce même rire et leurs retrouvailles furent un joli moment.
Tout comme mes rencontres avec Michèle Morgan qui, devenue aveugle alors que ses yeux avaient fait sa gloire, je venais chez elle lui lire des livres. Son seul plaisir était de suivre la série « Plus belle la vie ».

C

Tu as toujours beaucoup d’émotion à parler de ces artistes…
J’aime raconter et j’ai vraiment l’amour de ces femmes-là que j’ai eu la chance de rencontrer, pour la plupart. Ce sont pour moi de magnifiques souvenirs. Et puis c’étaient des gens qui avaient du talent, du panache, de la classe. Difficile auoud’hui de retrouver ça !
Est-ce que tous ces portraits sont exhaustifs ?
Non, je pourrais en faire beaucoup d’autres tant j’ai rencontré de femmes sublimes, comme Claudia Cardinale, Brigitte bardot… A propos de Bardot, je peux avouer que c’est elle qui m’a libéré sexuellement et j’ai plus appris avec elle qu’avec Kierkegaard ou Schopenhauer ! »
Tu viens de rencontrer Patrick Malakian, fils d’Henri Verneuil… Tu dois avoir des souvenirs avec un tel réalisateur qui a fait tourner les plus grandes stars ?
Il y a justement beaucoup à dire sur Verneuil, qui fut un très grand réalisateur populaire, qui fait partie du patrimoine du cinéma français et qui pourtant fut contesté toute sa vie par l’intelligentsia, qu’on a méprisé tout simplement parce qu’il était populaire et qui faisait d’énormes succès au box office. On le considérait comme un réalisateur « commercial ». 35 films et presque autant de succès. Il avait un véritable talent de conteur qui captivait le public.
Pourtant il n’a jamais été reconnu par le métier et lorsqu’on lui a décerné un César d’honneur en 96, c’est à peine s’il a été applaudi. Lorsqu’à Cannes il s’est retrouvé en compétition avec Godard, on a crié au scandale. Pourtant, lorsqu’on a demandé à Gordard qui il aurait aimé être, il a répondu : Verneuil !

Propos recueillis par Jacques Brachet

 

NOTES de LECTURES

Jamet

Nicole JAMET : L’air de rien (Ed Albin Michel – 342 pages)
Ça démarre très fort : deux vieilles dames, Luce et Chirine, viennent d’assassiner un homme.
Pourquoi ? On le saura… mais pour cela, il faudra attendre un grand moment.
Le temps de remonter à l’enfance de Luce, gosse abandonnée et « récupérée » par une abominable fermière qui la maltraite, l’humilie et lui fait faire toutes les corvées. Jusqu’au jour où elle s’échappe et découvre un monde en guerre (la dernière) où elle réchappe d’une frappe aérienne, recueillie par Germaine, une blanchisseuse au grand cœur et où elle trouvera, entourée de ses employées, une vraie famille.
Elle vivra trois amours : le premier, fils de bourgeois déjà destiné à « l’une des leurs », le second, homosexuel refoulé qu’elle gardera comme ami, le troisième, avec qui elle trouvera le grand amour durant vingt ans et avec qui elle aura une fille.
Entre tous ces événements où l’on voit la gamine devenir adolescente puis femme, Luce âgée réapparaît, confrontée pour son crime à la police qui n’arrive pas à lui faire lâcher un mot sur son mobile et sur sa vie. Elle ne demande qu’à être emprisonnée pour passer l’hiver au chaud.
Beaucoup de retours en arrière, donc, quelquefois on s’y perd un peu mais on est à chaque moment tenu en haleine par cette vie exceptionnelle de Luce et puis… on veut savoir le pourquoi du comment, comment son amie d’enfance, Chirine, disparaît pour mieux revenir, une fois âgée. Que lui a fait cet homme qu’elle a tué ? Pourquoi n’avoue-t-elle rien et ne se remémore sa vie qu’en pensée ? Pourquoi ne veut-elle ou ne peut-elle revoir sa fille ?
A chaque détour de l’histoire, une pièce du puzzle se met en place et se construit peu à peu.
Nicole Jamet, qui a beaucoup écrit pour des séries télé on s’en rend compte, monte ce roman à suspense très cinématographiquement car c’est vraiment une saga, la saga de Luce héroïne courageuse, pugnace, qui se relève de tout et dont la vie… est un roman et à chaque fin de chapitre un suspense.
Roman superbement écrit, ni thriller, ni polar, ou tout à la fois, plutôt un portrait d’une fille d’après-guerre qui s’émancipera de tout, luttant et fonçant comme un petit taureau. La scénariste nous prouve ici ses talent de romancière, son imagination fertile qui fait qu’on ne lâche pas l’affaire jusqu’aux dernières pages.

Dedeyan © Bruno Klein LEDUN Marin cop F Mantovani GALLIMARD

Marina DEDEYAN : Tant que se dresseront les pierres ( Ed Plon – 558 pages)
Dans son dernier roman, Marina Dédéyan, bretonne de naissance et de cœur nous emmène sur son territoire, revisiter l’histoire d’un peuple viscéralement épris d’indépendance.
Sur ces terres, en 1942, une famille et un château.
Chez les de Kermor on attend l’arrivée de Véra Ostrovsky, originaire de Saint Pétersbourg. Celle-ci, sollicitée en qualité d’aide soignante, va prendre soin du patriarche, Yves de Kermor veuf et hémiplégique, alors que ses trois fils adultes se sont éloignés en raison de leurs engagements respectifs.
Les jumeaux, Denez et Henri ont été mobilisés en 1939 ; Goulven, en charge du haras, sera donc chargé d’accueillir la jeune femme au château.
La France est occupée, les nazis omniprésents, alors que des réseaux s’organisent autour du Front de Libération de la Bretagne. Rien n’est bien clair cependant ; faut-il s’allier à l’ennemi pour obtenir une autonomie ou revendiquer une indépendance face à la France et lutter pour reprendre son territoire ? Chacun des frères poursuit un idéal soucieux de préserver l’élan de liberté dans lequel il a été élevé.
Mais l’Obersturmbannfürer Hagen, s’immisce insidieusement dans leur quotidien…
Pour le lecteur, l’Histoire se déroule autour du destin de cette famille. Précédé d’un prologue daté du 7 août 1932 alors que le monument commémorant le quatre centième anniversaire de l’union, (ou l’asservissement ?) de la Bretagne à la France vient d’être détruit par une bombe, le roman s’étoffe autours des choix, des confrontations, des déchirements, des individus.
Un récit passionnant sur une musique d’Alan Stivell avec un peu de Kouign Amann et un verre de Chouchen.
L’épilogue, vingt cinq ans après nous rassure quant aux choix des membres de cette famille. Tous ont vécu leurs rêves et transmis un héritage… avec un peu de sang russe aussi.
Si les presque six cents pages de ce roman peuvent impressionner, la lecture en est très facile. Le style s’impose avec rigueur, mais l’écriture fluide, et les dialogues rapportés rendent le texte accessible. Nous apprenons beaucoup sur l’époque et sur les revendications de ce peuple héritier de la chouannerie sans jamais nous lasser.
A connaître.
Marin LEDUN :  salut à toi, ô mon frère (Ed Gallimard série noire – 276 pages)
Cela commence comme un roman noir : Trois voyous dévalisent un bureau de tabac, blessent le buraliste qui se trouve dans un état critique. Deux des voyous sont cagoulés tandis que le troisième est à visage découvert. C’est un adolescent que la police soupçonne de trafic de drogue car Gus est colombien mais que sa famille adoptive affirme si naïf que » n’importe quel esprit retors peut n’en faire qu’une bouchée ».
A partir de là le polar se transforme en chronique de la famille adoptive pour le moins originale. Les parents, Adélaïde et Charles ont deux enfants biologiques Pacôme et Rose, et ont adopté deux adolescents venant d’un orphelinat de Bogota Gus(tave) et Antoine et enfin Camille « reine colombienne parmi les reines colombiennes ». C’est Rose, 21 ans qui relate cette chronique, la famille regroupée autour d’’Adélaîde met tout en branle pour le retrouver avant la police ce qui est prétexte à d’amusants portraits de personnages, aux échanges très vifs et cocasses entre Adelaïde et le commissaire Boyer, à une satire de la société qui ne voit dans l’adolescent qu’un chef de cartel colombien
Enfin, conte de fées moderne, tout se termine bien tandis que Rose la jolie narratrice, a séduit le jeune inspecteur sommé de démissionner s’il veut rentrer dans la tribu.
C’est un ouvrage facile à lire, souvent amusant, une satire de roman noir totalement improbable.
Toutefois même si c’est souvent drôle, on peut se demander pourquoi l’auteur se croit obligé de multiplier les références littéraires, musicales, cinématographiques, que seule la tribu comprend à la différence de la police, forcément inculte !

preston MICHAUX A copyright Anton Lenoir

Douglas  PRESTON : La cité perdue du dieu singe, (Ed Albin Michel –  380 pages)
(traduit de l’anglais par Magali Mangin) 
« La cité perdue du dieu singe » est l’œuvre d’un journaliste au New-Yorker et au National Geographic, Douglas Preston, qui raconte l’expédition qu’il a couverte pour son journal dans le nord du Honduras. Depuis Cortès, des hommes ont mentionné l’existence d’une mystérieuse cité nommée « cité blanche », bâtie par une civilisation précédent les Mayas.  Une équipe de télévision est partie avec une nouvelle technologie, le lidar, qui permet de cartographier une région au moyen de lasers capables de traverser la canopée, même de « lire »  ce qui se trouve sous près de cinq mètres de sable.
Avec des archéologues et d’anciens de la S.A.S., l’équipée s’est plongée dans la forêt vierge de la Mosquitia, vaste étendue inexplorée et des plus hostiles. Au milieu de serpents, de jaguars, de milliards d’insectes porteurs de maladies mortelles, Preston et ses compagnons découvriront non pas une mais plusieurs cités. Crées par une civilisation complexe et élaborée qui aurait disparu vers 1500 et dont on ne sait rien.  Ils en reviendront avec une maladie parasitaire, proche de la lèpre, et les railleries du milieu universitaire.
Témoignage d’un aventurier intrépide. Histoire vraie. Elle fait réfléchir le lecteur à l’heure où la mondialisation et le réchauffement climatique menacent de condamner notre monde au sort tragique de cette cité mystérieusement disparue
Il semble que ce livre très bien documenté avec cartes et références nombreuses, intéressera d’avantage archéologues et ethnologues.
Agnès MICHAUX : Roman noir (Ed joëlle Losfeld¨-  234 pages)
L’action est située dans un futur anticipé d’une petite ville côtière sans doute méditerranéenne, où se côtoient jetsetteurs et énergumènes du cru. Alice Weis jeune auteure en panne d’inspiration après un premier roman, vient chercher un nouveau thème dans cet univers baroque. Choisissant de tenter le destin elle usurpe, la place d’une autre auteure attendue à l’aéroport, s’installe dans son quotidien, croisant cette faune pseudo-intellectuelle faisant florès dans ces lieux privilégiés. En parallèle, une jeune femme, retrouvée morte noyée, fait qui va interpeller et intervenir  le chef de brigade, va rapprocher ces deux personnages et créer un monde de duplicité et de digression sur la légitimité, l’imposture de la création.
Que dire de ce roman écrit par une animatrice d’atelier d’écriture sinon qu’il est profondément indigeste par son écriture même. La ponctuation d’abord prolixe en virgules, d’une part plutôt mal attribuées ou encore totalement absentes, rendent les chapitres essoufflants.
Le vocabulaire extrêmement recherché et même tellement spécifique nous fait perdre le sens des mots. Nous sommes dans une période futuriste que peut être mon âge ne permet d’appréhender mais ce roman est d’une extrême insipidité.

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Yahia BELASKRI : Le Livre d’Amray ( Éd Zulma – 144 pages)
Un roman court, écrit d’une plume alerte, originale et riche qui laisse passer un souffle d’énergie et d’optimisme, voilà qui peut inciter à lire ce dernier roman d’Yahia Belaskri.
Sans jamais citer son pays d’origine, l’Algérie, l’auteur nous fait partager un chant d’espoir alors qu’il se penche sur son passé.
Lui, Amray, qui a grandi « dans l’amour inconditionnel de sa mère », un « amour sans mots », s’épanche sur ce qui a fait sa vie. Il évoque Kahina, son aïeule dont il est le descendant sans concessions et Augustin son père, mobilisé et intégré dans un bataillon de spahis pendant la Grande Guerre, et aussi, Mma, sa mère, mariée à treize ans. Une vie dans  « »la promiscuité et le dénuemen »» partagée avec ses sept frères et sœurs mais une vie « faite d’éclats de rire, de connivences, et d’entraide », précise -t-il. Par ce qui lui a été transmis, il est Amray « amoureux du monde et de ses mystères ».
Force est de constater cependant que la brutalité et la cruauté ont tissé l’histoire de son pays. Guerre, dictature, désespoir. Son quartier s’est retrouvé ceinturé de barbelés ; à dix huit ans, il fuit cette période tourmentée. Sa mère le conforte dans sa décision : » le monde a changé, mon fils, je comprends que les choses évoluent, mais pas ainsi ; pas au point où le frère tue son frère ». Tous les intégrismes sont condamnables.
S’ensuivent des pérégrinations. Il est éloigné de ses amis, le fidèle Ansar, et Octavia, « son utopie ».
Mais Amray est du sang de ceux qui aiment la vie et la célèbre ; il évoque Saint Augustin, tout comme Abd el Kader dont il loue, la fière allure et l’humilité. Il est de ceux là, nous dit-il et s’accroche à ses rêves.
Poète, Yahia Belaskri convoque alors les vents, tous les vents d’Algérie. Il s’adresse au chergui, chargé de sable, au gharbi qui amène la pluie, au sirocco et sa chaleur et aussi au simoun qui tournoie de toute part.
Le texte se termine en apothéose sur cette dernière affirmation : « Le poète fait corps avec le vent pour approcher le mystère de la vie et recevoir la beauté du monde ».
Un roman à la portée universelle.
Patrick PECHEROT–Hével : Série Noire (Ed Gallimard – 209 pages)
Janvier 1958, à bord d’un camion fatigué, dans le Jura, Gus et André chargent et déchargent des cageots de ville en ville. Alors que la guerre d’Algérie fait rage, dans cette région, on en sait que ce que la TSF veut bien en dire, elle n’est que suggérée et le pays est divisé.
2018, Gus se confie à un écrivain venu l’interroger sur un meurtre oublié depuis soixante ans. Mémoire et mensonges s’entremêlent.
Roman noir, triste sur les laissés pour compte, sur la guerre, les rêves brisés.
Difficile d’accrocher au style de l’auteur ainsi qu’à son écriture argotique.

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Tatiana de ROSNAY : Sentinelle de la pluie (Ed Eloïse d’Ormesson – 359 pages)
La famille Malegarde a le projet de se réunir à Paris pour fêter les soixante-dix ans du père, arboriste renommé, afin d’évoquer ensemble ce tournant de sa vie. Son épouse Lauren prépare cet évènement depuis deux ans, aujourd’hui la famille est prête et c’est le rassemblent malgré les pluies diluviennes qui s’abattent sur la capitale. La fête commence malgré l’atmosphère inquiétante et tous sont attablés dans un grand restaurant lorsque le père s’abat au milieu du repas victime d’une crise cardiaque Départ précipité vers un hôpital pour le père accompagné de son fils, tandis mère et fille rentrent à l’hôtel où Lauren s’alite vaincue par la fièvre. De là vont s’enchainer une série de désastres. La fille se débat au chevet de sa mère entre un mari alcoolique et un passé douloureux, tandis que le fils, affrontant les pires péripéties d’un Paris inondé et d’un hôpital évacué, essaie de maintenir un lien. C’est dans la crise que les cœurs se lâchent et c’est l’aveu pour chacun des faiblesses passées et les drames vécus que chacun avait tu, jusque là ou enfouis dans leur inconscient.
Roman dense par la profondeur des sentiments évoqués, du passé poignant, qui ressurgissent mais qui finissent par submerger le lecteur vaincu par tant de malheurs.
Toujours magnifiquement écrit par une auteure qui n’a plus à faire ses preuves et qui exploite à merveille l’atmosphère dramatique du Paris submergé et des douleurs humaines
Luc  CHEN. Ma vie vouée à l’intégration. Témoignage (Ed Panthéon –  84 pages)
Ce français, d’origine chinoise, raconte le choc de son arrivée dans ce nouveau pays qu’est la France (arrivée directe en avion Taïwan-Paris).
En 1970 la population n’est pas encore habituée à l’immigration.
De l’enfant de onze ans, timide et introverti qu’il était, il est devenu un homme ouvert et volontaire, un adulte prématuré, sans oublier ses origines. Il a livré un combat de tous les jours avec opiniâtreté et optimisme, avec un moral d’acier et un caractère de béton.
L’intégration de l’auteur s’est faite aussi par sa capacité d’être à l’écoute des autres, à l’aptitude  d’assimilation et à la facilité de se fondre parmi les autres, des qualités indispensables pour toute intégration.
Son témoignage est très touchant. Le lecteur ne peut être qu’admiratif devant cette volonté à devenir français par tous les moyens et à aimer la France.

Estragon haddad

Gérard Estragon : L’illusion du châtiment (Ed des Bords du Lot – 239 pages)
Dans le Limousin durant la secondaire mondiale, un groupe de jeunes gens résistants sont faits prisonniers par les allemands transférés dans un centre de torture commandé par un français, repris de justice et qui torture pour le plaisir, avec de nombreuses innovations pour faire parler les résistants, Marcel capturé avec son groupe s sera torturé mais échappera à la mort par miracle
Après la guerre, marié, deux enfants, il devient instituteur puis directeur d’école mais il vit avec cette obsession : puisque le bourreau s’est enfui, il le traquera et accomplira ce que le justice n’a pas su faire. Longtemps retenu par son épouse et son frère pour qui le passé n’a plus de sens il attendra d’être veuf pour accomplir sa mission
Histoire assez classique de la victime devenue bourreau mais Marcel, personnage attachant, va peu à peu se découvrir et s’apercevoir qu’il a vécu dans le passé, sorte de voyage initiatique à l’orée de la vieillesse. Le lecteur s’interroge également sur la question reconnaîtra t-il son bourreau ? Et ira-t-il jusqu’au bout ?
A travers ce roman on se rend compte à quel point cette période de la résistance est resté profondément incrusté dans la mémoire collective et suscite encore des interrogations et des réflexions sur la résilience et le pouvoir d’oubli. Bien écrit, le récit alerte nous tient en haleine et éveille en celui qui l’a vécu des moments intenses et dramatiques qui ne s’oublient pas.
Hubert HADDAD :  Casting sauvage (Ed Zulma – 157 pages)
Pour raconter le roman « La Douleur de Marguerite Duras », Damya est chargée de trouver une centaine de figurants squelettiques. Des figurants qui pour quelques centaines d’euros accepteront d’être rasés, et revêtus de pyjamas informes sous une forêt de projecteurs.
Damya, future danseuse étoile a été une des nombreuses victimes du 13 novembre à Paris, une balle a déchiqueté son genou. Désormais la Galatée du ballet a perdu ses ailes et de nuit comme de jour arpente les quartiers de Paris comme la salle de Pas Perdus de la gare St Lazare, les boulevards Haussmann, Poissonnière, Clichy, Pigalle, toujours à la recherche de silhouettes mortifères et aussi de celui qu’elle a aimé un soir et qui lui avait donné rendez-vous au café le soir de l’attentat. Car pour Damya, c’est le grand blanc, sa vie a basculé, un grand trou noir l’empêche de respirer.
La multitude d’êtres anonymes sont autant d’étoiles anonymes, ainsi Amalia l’anorexique qui rêve d’être actrice et entretient sa maigreur au-delà du supportable, Mateo seul à bord de sa péniche face à la sculpture de sa bienaimée disparue, Egor à l’origine de ses rêves évanouis qui avait trouvé en Damya sa Galatée, le jongleur filiforme à face de Pierrot qui l’éblouit par la puissance d’envolée d’un grand jeté et la centaine d’autres êtres débusqués et qui se retrouveront sur un plateau de cinéma.
Les attentats du 13 novembre ont inspiré de nombreux auteurs, Hubert Haddad écrit pour tous ces êtres blessés, il parle de cette douleur si bien dépeinte par Marguerite Duras, une douleur qui accompagne, s’insinue, s’impose et que chaque être doit combattre et maîtriser.
Un roman qui frappe le lecteur par son actualité mêlant une merveilleuse déambulation, même claudicante, à travers Paris, la plus belle ville du monde.
Olivier Seigneur : La marquise des poisons (Ed Plon – 455 pages)
Gabriel Nicolas de la Reynie lieutenant de police responsable de la sécurité de Paris est chargé par le Roi Louis XIV d’enquêter sur cette affaire d’empoisonnements et de sorcelleries qui stagne sur Paris. Il doit coordonner un grand procès destiné à débarrasser la cour de ces horribles sorcières tout en préservant La Marquise de Montespan favorite toute puissante du Monarque. Elle a donné au Roi plusieurs bâtards qu’elle espère bien placer en haut- lieux pour régner le moment venu la Reine peinant à procréer et ses enfants périssant en bas-âge. C’est donc l’envers du décor de la cour de Louis XIV et l’exploration des bas-fonds de Paris que nous allons découvrir pleins de traitres de parjures, de fabricants ou de revendeurs de potions magiques et de poisons. Notre lieutenant de Police donc parviendra résoudre complots et trahisons tout en ayant lui-même un lourd secret à cacher.
L’intrigue policière est minutieusement menée et sur de multiples plans alors que le rôle de la Marquise de Maintenon se précise en tant que préceptrice des bâtards du Roi. La résolution des problèmes est certes haletante tout autant que la description des lieux parfaitement évoquée pleine de détails qui donne aux amateurs d’histoire un récit historiquement documenté. Un peu long peut être mais si vivant par la multitude des personnages et des péripéties rocambolesques. Très agréable à lire.