Archives pour la catégorie Ecriture

Coup de coeur
« Le vertige des falaises » de Gilles PARIS (Ed Plon)

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Marnie est une adolescente de 14 ans qui vit sur une île en toute liberté, entourée de deux couples : sa grand-mère, Olivia, grande bourgeoise,  hiératique et forte malgré le drame qu’elle vit de femme battue par son mari, Aristide, un type violent et barbare qu’elle a décidé de ne pas quitter et de vivre avec courage et abnégation ses coups renouvelés. Sa mère Rose, femme douce et aimante; hélas marié au fils d’Aristide et d’Oivia, un homme coureur, menteur, ivrogne et joueur, qu’elle aussi a décidé de ne pas quitter et de souffrir en silence.
Entre les deux, cette gamine avance dans l’âge adulte, à la fois fragile, forte, indomptable,n’en faisant qu’à sa tête, libre parce que les sujets de préoccupation de sa mère et sa grand mère sont ailleurs, malgré l’amour qu’elles lui portent. Vivant dans une immense maison de verre et d’acier construite  par le grand père, battue par les vents et les tempêtes, Marnie essaie de s’en sortir à sa manière : en rêvant beaucoup, s’inventant une vie, tenant tête à tout le monde. Elle découvre peu à peu tous les secrets que renferment cette maison glaciale et ces deux couples bouffés par les drames et les non-dits, à peine surveillée par Prudence, qui a été l’assistante d’Aristide avant de devenir la servante muette de la famille.
Mûrie trop vite, Marnie se forge un caractère semblable à cette maison, de verre et d’acier, de grâce et de force.
Dans un tout autre genre, Gilles Paris nous avait proposé « Autobiographie d’une courgette » dont le film tiré du roman a reçu plusieurs Césars et a été nommé aux Oscars, et « Au pays des kangourous » qui a obtenu plusieurs de prix littéraires.
Il nous propose là un drame intimiste et original où, chaque personnage à son tour prend la parole. Et à chaque prise de parole, un pan de ces secrets qui entourent cette maison perdue sur l’île, se révèle à nous, par petites touches, jusqu’au final où tout se précipite un peu et où l’on découvre tout ce qui se cache derrière tous ces personnages.
C’est un roman fort, émouvant, où les femmes, courageuses et fortes malgré leurs cassures, sont superbes, même si elles sont prisonnières de leurs secrets et de cette île qu’elles ne quittent pas, hormis Marnie qui s’enfuit en cachette sur le continent.
Au fur et à mesure on découvre tous les non-dits car nombre d’entre eux connaissent un morceau de l’histoire qui, tel un puzzle, se met en place au fur et à mesure que chacun prend la parole.
Par contre, les hommes n’ont pas le beau rôle : Aristide est un sadique, Luc est un flambeur, Côme, le curé, sait des choses sans rien pouvoir dire, le docteur, Géraud en sait tout autant mais est lié par la promesse faite à Olivia de ne rien dévoiler.
Ce roman est à la fois un thriller et un roman psychologique qui nous tient en haleine jusqu’au dénouement final, entre Hitchcock, Agatha Christie, Daphné du Maurier, superbement écrit par un Gilles Paris très inspiré.
Cette histoire pourrait, une fois encore, faire l’objet d’un film tant l’histoire est aussi forte que ces personnages de femmes dont il fait le portrait, le décor sauvage de cette île perdue accentuant la lourde atmosphère dans laquelle vivent les personnages.
Un magnifique roman.

Jacques Brachet

NOTES de LECTURES
Par les Plumes d’Azur

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Philippe BESSON : Arrête avec tes mensonges (Ed Julliard) 162 pages
Magnifique et bouleversant, le dernier livre de Philippe Besson est le récit d’une belle rencontre. Un roman autobiographique, une affaire de sentiments, la relation d’un premier amour.
A l’issue d’une signature, l’auteur/ narrateur Philippe Besson, devenu écrivain, reconnait une silhouette, un visage… Une vision de choc qui le projette vingt trois ans en arrière
Lui, c’est Thomas Andrieux, également élève du Lycée de Barbezieux, pour qui il avait éprouvé un sentiment immédiat et qui l’a troublé à jamais.
Flash back : nous sommes en 1984, l’un est fils d’instituteur, élève studieux mais timide et dévoreur de littérature ; l’autre est fils d’agriculteur, ténébreux, sauvage et mystérieux.
Dans la cour du lycée l’attirance est sans équivoque bien que tout les oppose.
S’ensuivent des étreintes clandestines où les deux adolescents découvrent avec émerveillement la possession de l’autre et la jouissance des corps.
L’écriture est sobre et précise et les sentiments décrits avec justesse.
Après les premiers émois cependant, viendront le manque, le chagrin, le doute, et l’absence suite à la rupture.
Car l’histoire se termine tragiquement.
L’un aura vécu son amour homosexuel avec vérité, comme un choix ; l’autre dans la clandestinité et le déni en mentant pour garder sa place.
Une option douloureuse à l’échelle de la vie.
A lire pour sa grande sincérité.

Claire Gallois : Et si tu n’existais pas( Ed Stock) 151 pages
Quelle enfance que celle de cette petite reine comme l’appelait « Yaya » sa nourrice bretonne qui l’a recueillie à deux mois alors que sa mère l’abandonnait en l’oubliant pendant six ans.
Six ans de bonheur fusionnel, d’attention et de mille souvenirs partagés par les deux femmes au fin fond de la Creuse où elles vivaient. Un bonheur parfait interrompu soudain par l’arrivée en trombe de la mère originelle dans sa superbe auto venue la récupérer et l’insérer dans sa famille réelle de petits bourgeois parisiens. Dur de s’immiscer dans ce cercle hors norme où nul ne l’attendait et qui fait d’elle une rebelle en recherche de sa Yaya d’amour. Un mélo direz-vous ? Pas du tout. Un vrai bonheur d’amour, de recherche, de complicité pour sa nourrice perdue au sein d’une famille refusée.
Pas mal dérangeant non pas par l’histoire elle-même mais par la façon de la traiter en petites phrases courtes et vives, bondissant du passé au présent, mettant le lecteur à rude épreuve. Mais que d’amour, de finesse, de justesse dans l’analyse des sentiments de l’enfant abandonnée heureuse dans son abandon. Roman délicat et sensible sans pathos qui touche et bouscule sans cesse le lecteur !

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Laurent GAUDE : Ecoutez nos défaites (Ed Actes Sud) 261 pages
Adam Graïeb agent de renseignements français gagné par une grande lassitude est chargé de retrouver à Beyrouth un ancien membre des commandos d’élite américain soupçonné de trafics. A Zurich Assam croise Mariam une jeune archéologue irakienne chargée de retrouver les objets volés dans le saccage des musées du Moyen Orient. Leur rencontre d’une nuit éveille en eux plus que quelques heures d’amour. Bataille, victoires, défaites, c’est un retour sur une réflexion au sujet de la conquête des pays et des peuples au nom de qui, au nom de quoi sinon le résultat : des milliers de morts et de destructions.
En passant tour à tour D’Hannibal et ses éléphants vers Rome, au Général Grant et la guerre de sécession ou encore Haïlé Sélassier face à l’envahisseur fasciste on constate l’envers des victoires. :  des successions de morts, de mères en pleurs et de territoires ravagés.
Ces destins exceptionnels s’entrecroisent avec maestria sous la plume de Laurent Gaudé pour écraser la folie des hommes et célèbrent l’émotion ,l’art, la beauté. Splendide, émouvant mais désolant.

Marc LAMBRON : Quarante ans (Ed Grasset) 478 pages
Marc Lambron, éminent auteur couronné de succès après un parcours brillant : énarque, conseiller d’état et maintenant académicien publie le journal qu’il tenait en 1997 alors qu’il avait quarante ans et qu’il sortait son livre « 1941 » très controversé à l’époque.
Tenu au jour le jour, il brosse en fin psychologue, le portrait de ses contemporains tous hyperconnus et qui faisaient la une de tous les potins mondains. L’occasion pour nous de suivre leurs parcours savoureux ou leur retombée dans l’oubli depuis. Il s’attache à nous décrire les turpitudes soulevées par la parution de son dernier roman »1941 » au moment du procès Papon et nous fait assister aux affres d’un auteur attendant les résultats du Goncourt et qu’il n’aura pas. C’est l’occasion aussi pour lui d’évoquer avec beaucoup de tendresse ses liens familiaux avec son père mourant et son attachement à sa mère et à sa bonne ville de Lyon, ainsi qu’à ses deux petites filles.
Long roman certes, surtout autour de ses déboires au moment des sorties littéraires mais très agréable pour ses portraits et ses « tweets » dirions-nous aujourd’hui sur les « people » qui faisaient la une de cette année 1997. Très bon roman.

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Mathias MALZIEU : Journal d’un vampire en pyjama de (Ed Albin Michel) 234 pages.
Journal intime, presque quotidien, tenu durant un an, contre une maladie du sang rare et la mort personnifiée par « Dame Oclès ».
Mathias est un artiste touche à tout, prodigieusement doué, plein d’énergie et d’imagination. Au sortir d’une tournée, un malaise le conduit aux urgences où on découvre une « panne sèche de la moelle osseuse qui déraille ». D’où transfusion de sang permanente pour survivre. Traitement inefficace. Il faut attendre un donneur, fort rare, pour greffer du sang de cordon placentaire congelé. Ne pas déprimer est un jeu compliqué quand on est condamné à tourner en rond dans une chambre stérile. Sa résistance sera l’autodérision, l’humour, la poésie et surtout l’écriture, élément important de sa thérapie ainsi qu’une bonne dose de fantaisie créative. Mais « Dame Oclès », ombre constante, est toujours là qui attend son heure ; il la rudoie avec beaucoup de drôlerie. Il est magnifiquement épaulé par le corps médical (les infirmières), la famille et sa petite amie, tous soutiens indéfectibles.
C’est une chronique, grave et légère à la fois, de la maladie au quotidien. Mêlant beaucoup d’humour à la poésie le  chanteur Dionysos invite le lecteur dans son univers, ô combien créatif et drôle, transmettant au lecteur son énergie revigorante.

Saïdeh PAKRAVAN : Le principe du désir (Ed Belfond) 428 pages.
Nous sommes à New York, dans une galerie d’art lors d’un vernissage.
On y trouve  Sarah Bly. Elle est peintre, elle est douée, elle est jolie.
On y croise :Thaddeus Clark. Il est collectionneur et mécène, il est riche et beau…c’est le coup de foudre !
Navrante de banalité, de superficialité et de clichés cette intrusion dans le monde de l’art contemporain est de nature à lasser le lecteur.
Et pourtant !
Selon ce qu’elle a dénommé « le principe du désir »,  Sarah Bly, l’héroïne, va nous entraîner autour de sa folle construction d’un « fuis moi, je te suis, suis moi, je te fui »».
L’artiste, jeune femme moderne, tout juste sortie d’une aventure peu reluisante avec un aventurier égoïste et capricieux refuse de vivre son histoire sereinement. Elle feint l’indifférence comme une stratégie pour garder l’homme de sa vie.
Les conseils d’Edward, le psychothérapeute ami ou de Siobhan, la tante complaisante, n’y changeront rien et le couple de rêve finira par chanceler.
Le principe d’autodestruction s’arrêtera cependant lorsque chacun des protagonistes laissera passer un peu d’humanité dans son comportement ; Lui, en avouant une faute de jeunesse, elle en faisant le bilan de ses navrantes aventures.
Et tout est bien qui finit bien.
Bien écrit, bien documenté, mais tout est trop bien !
La désillusion demeure donc pour le lecteur même si les références constantes aux artistes contemporains et à la culture artistique le rassurent.

Romanès et son cheval Ketoo Eric-Emmanuel-Schmitt1

Alexandre ROMANES : Les corbeaux sont les gitans du ciel (Éd de l’Archipel) 280 pages
« Les corbeaux sont les gitans du ciel » !
Semblable à un anathème, le titre de ce recueil de souvenirs, rédigé par un authentique tsigane prévient le lecteur : les tribus nomades aux lois et au mode de vie unique dérangent.
L’auteur, Alexandre Romanès devenu écrivain et poète, qui a fréquenté Jean Genet et qui cite Ernest Jünger est en réalité un homme de cirque.
Issus d’une famille de Rom venus d’Italie dans les années cinquante, apparentés aux Bouglione, les Romanès se racontent.
Successivement équilibriste, funambule, dresseur de fauves, l’homme évoque son quotidien, ses rencontres. Sa femme Délia et lui sont à l’origine du premier cirque tsigane d’Europe.
Les anecdotes foisonnent (cent seize rubriques exactement), racontées avec pudeur, et bien qu’elles soient parfois d’une banalité navrante, où l’on fait preuve de discrimination positive, le lecteur se montre impatient de pénétrer ce monde de traditions et d’itinérances.
Décrite par petites touches et programmée autours de maximes et proverbes, la vie des gitans, empreinte d’un sentiment d’injustice n’en demeure pas moins une ode à la liberté.
Nous retiendrons de cette lecture, l’histoire de l’évolution de la culture du cirque et des tsiganes et feront nôtres certains de leurs adages comme ce « Ne te moque jamais des riches, ça pourrait t’arriver ! »
Sympathique au final, même si corbeaux il y a.

Eric-Emmanuel SCHMITT : L’homme qui voyait à travers les visages
(Ed Albin Miche) 420 pages
Augustin le narrateur, vingt-cinq ans, abandonné de la vie, orphelin élevé par des familles d’accueil, qui vient d’atterrir comme stagiaire dans un journal local de Charleroi, est brusquement mis en vedette. Un attentat vient de se produire devant lui ! Un jeune Beur se fait sauter parmi l’assistance qui sort de l’église autour d’un cercueil. Choqué mais non blessé il devient le héros du jour et de son patron qui compte bien sur lui pour alimenter les colonnes de son journal. Or si Augustin a bien vu la scène il a aussi vu l’invisible, c’est à dire le petit personnage qui suivait le terroriste.
En fait il est coutumier pour lui de percevoir des silhouettes. des anges, des esprits, des fantômes ? Nul ne sait.
Commence alors une longue quête de renseignements afin de remonter la filière de Daesh et des tentatives d’explications.
Qui a tué ? le terroriste ? ou Dieu par sa main ? la religion qui engendre la violence ? Nous allons alors assister à de longues suppositions, à de longs débats sur Dieu et la violence dans lesquelles E.E Schmitt développe ses idées et ses réflexions. à propos de la croyance et des religions
Ce roman possède de multiples facettes où se mêlent les techniques de recherches policières, l’étude des caractères des protagonistes et jusqu’à la mise en scène de l’auteur par lui-même qui devient alors personnage de son roman. Et surtout une réflexion philosophique sur Dieu, la violence, la mort.
Du surprenant mais pas tant que ça chez cet auteur aux multiples facettes qui n’est pas que romancier mais aussi philosophe.
Un peu longuet;

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Laurent SEKSIK : Romain Gary s’en va-t-en guerre ( Ed Flammarion)
Laurent Seksik tente ici de percer le secret d’un destin aux contours souvent mystifiés . Avant de s’inventer Emile Ajar, Romain Gary, auteur au parcours incroyable, s’était inventé un père, un célèbre acteur russe . Ici l’auteur met en scène un père beaucoup plus vraisemblable, modeste fourreur, séparé de Nina la mère de Romain, vivant avec une autre femme dont il attend un autre enfant. Romain vit très mal cette situation familiale , c’est la fin de son enfance, son entrée dans l’âge adulte .
Nous sommes en 1943, Wilno (actuel Vilnius , capitale de la Lituanie) est occupé par les Allemands dont la grande occupation est l’anéantissement du ghetto juif Le jeune garçon trouvera une issue dans la fuite avec sa mère , mais ne se consolera jamais du déni de reconnaissance du père .
Une blessure qui aura peut-être fait de lui un très grand écrivain
Encore un très beau livre de 228 pages sur cet auteur magique !

Aki SHIMAZAKI : Sensui (Ed Actes Sud) 159 pages
Gôro, chef d’entreprise ramène tout à lui.
C’est l’homme parfait, héritier d’une société prospère, une femme docile, deux enfants, un garçon et une fille et deux maitresses. Son bureau est couvert de photographies qui le montrent vaniteux auprès d’hommes d’affaires ou de stars. C’est « monsieur selfie ».
Mais brusquement, l’édifice factice de sa vie craque. Cet homme, véritable despote qui aura abusé de tous, est désormais seul, abandonné de tout le mone.
Ses souvenirs d’enfance l’aideront-ils à s’humaniser ?
Roman sur l’égoïsme, le nombrilisme, que l’auteur décrit en phrases courtes à la première personne. Déjà dans ses romans précédents Aki Shimazaki observait avec justesse la nature humaine ; c’est élégant et plein de vérité.
Le glossaire est vraiment nécessaire à qui ne connait pas le japonais.

 

Toulon – Brèves de Culture

A

David Lelait-Helo, invité de la librairie Charlemagne
David Lelait-Helo, que j’avais rencontré (voir rubrique portraits) pour la sortie de ses deux livres « Quand je serai grand, je serai Nana Mouskouri » et (Dalida » (réédition). est venu passer plus d’une heure avec ses lecteurs à la librairie Charlemagne, interviewé tout en finesse par Virginie. Très volubile, il nous a parlé de la genèse de ce livre, à la fois roman et autobiographie, avec la passion qui l’anime et la sérénité qui se lit dans son regard et son sourire. Le charme a opéré et avec sincérité, humour, émotion il a évoqué son enfance et son adolescence, son cheminement, quelque part initiatique pour être l’homme qu’il est aujourd’hui.
Entouré de femmes et souvent âgées, il lui semble, avec elles, retrouver cette grand-mère complice qui fut la sienne et dont il parle avec beaucoup d’amour dans ce « bio-roman » comme il aime à dire.
Un très joli moment passé en sa compagnie.

B
Christian Philibert, André Neyton, Franck Litot, Philippe Barra

Christian Philibert, invité du Comédia
C’est au Comédia, haut lieu de la culture occitane, accueilli par André Neyton, comédien et directeur du théâtre, que Chritian Philibert, entouré de son co-réalisateur et co-producteur Philippe Barra et de son monteur Franck Littot, tous trois purs Varois, est venu présenter en avant-première le film qu’il a consacré au groupe marseillais mythique Massilia Sound System qui vient de fêter ses trente ans d’existence. Sans télé, ni radio, ni producteur, ni agent, le groupe continue sa route et remplit places, stades et festivals. Et tout comme eux, Christian Philibert et son équipe, continuent de tourner des films contre vents et marées.
Soirée chaleureuse et musicale autour de Massilia, soirée qui s’est poursuivie, après une anchoïade, avec ce film devenu lui aussi aujourd’hui mythique : « Les quatre saisons d’Espigoule ».
« Massilia » sortira le 5 avril mais vous ne pourrez le voir dans la région qu’au Six N’Etoiles de Six-Fours, l’unique cinéma d’art et d’essai de Toulon n’ayant pas jugé de le programmer. Pas assez intello peut-être ? Le groupe fait pourtant partie de notre culture et délivre beaucoup plus de messages qu’on pourrit le croire, sans parler de son côté festif.
On a dansé, on a ri « avé l’assent » en cette soirée chargée de soleil et de complicité.

Jacques Brachet

Line RENAUD
« Ma passion : mon métier – Mon amour : le public »

B

Line Renaud est un phénomène.
89 ans au compteur, toujours belle et énergique, toujours battante et passionnée et toujours dans le feu de l’actualité car elle n’arrête jamais, quand ce n’est pas sur scène, c’est sur grand ou petit écran, à moins qu’elle ne prenne la plume pour nous écrire une histoire. La sienne.
Après le succès de la pièce adaptée par Didier Kaminka « Pleins feux », qu’elle a joué au théâtre Hébertot, mise en scène par son complice Ladislas Chollat et qui est passée en direct sur France 2, on la retrouve sur France 3 dans un épisode de « Magellan » aux côtés de Jacques Spiesser, mais aussi le samedi 25 mars sur France 2 pour une soirée « Sidaction » au Moulin Rouge, association dont elle s’occupe toujours avec courage et conviction.
Mais surtout il ne faudra pas la manquer, le jeudi 23 Mars sur France 3 dans un magnifique film signé Xavier Durringer « Rappelle-toi ».
Pour l’occasion, on s’appelle, comme on le fait souvent depuis des années, lorsqu’on ne s’écrit pas.

« Mon cher Jacques, c’est l’une des plus belles histoires, l’un des plus beaux rôles qu’il m’ait été de jouer depuis « Suzy Berton ».
Alors… raconte-moi tout, Line !
C’est une histoire forte, un rôle à la fois très difficile et magnifique. L’histoire de Mado, une femme de mon âge, qui revient à Brest où elle est née, dont elle est partie à 16 ans et qu’elle retrouve après 58 ans d’absence
Pourquoi ?
Elle fut une syndicaliste communiste à la SNCF mais surtout elle fut une résistante. A 16 ans à peine elle était en première ligne et, avec deux amies, elle combattait les Allemands et faisait sauter des ponts. Lorsque le film commence, on lui remet une médaille pour ses faits de résistance. Son mari assiste à la cérémonie mais, plus âgé qu’elle et très ému, il décède.
Quatre jours après, elle annonce à sa petite-fille qu’elle part en voyage, retrouver Brest mais aussi à la recherche d’un homme, sans vouloir lui en dire plus.
Va-t-elle le retrouver ?
Oui mais je ne peux pas tout te raconter ! Elle retrouve Brest avec nostalgie. Un Brest qu’elle a du mal à reconnaître après tant d’années et les bombardements de la guerre. Avec l’aide d’un chauffeur de taxi, elle essaie de retrouver les lieux de son enfance et de son adolescence. Elle retrouvera cet homme mais qui es-il ? Pourquoi le recherche-t-on ?… Tu le sauras, et les téléspectateurs aussi en regardant le film !
C’est, je crois, tiré d’une histoire vraie ?
Oui, Mado a existé. Je suis même allée sur sa tombe où d’ailleurs n’apparaît que le nom de son frère. Mais là encore, tu sauras pourquoi en voyant le film.
Nous sommes restés deux mois à Brest pour le tournage et ce fut à la fois beaucoup de joie et d’émotion que de revenir sur les pas de cette héroïne. Crois-tu au hasard ? aux coïncidences ?

 

Line RENAUD

Rappelle-toi

Pourquoi me demandes-tu ça ?
Pour deux choses : la première est que, sur le tournage, il y avait un technicien d’une soixantaine d’années qui a connu cette femme. Très ému, il m’a dit : « Elle serait heureuse de savoir que vous l’incarnez car elle vous aimait beaucoup. Elle avait tous vos disques ! »
Belle histoire, non ?
Et autre coïncidence : alors que le film passera le 23 mars à la télévision, le même jour le président de la République m’élèvera au titre de Grand Croix dans l’Ordre National du Mérite. Ce sera un grand moment d’émotion et je penserai très fort à ma mère qui fut une résistante.
Alors, en parallèle avec ce beau film, tu viens de sortir un livre paru chez Robert Laffont, avec la complicité de Bernard Stora, avec qui tu avais déjà écrit « Et mes secrets aussi ». Le livre s’intitule « Une drôle d’histoire »… Autre que drôle, elle est incroyable !
C’est en fait une histoire que j’ai vécue. Celle de Jenny, une jeune fan de 16 ans qui entre un jour dans ma loge du Palais Royal et qui, sans que je m’en rende compte, va pernicieusement entrer dans ma vie. A tel point que je vais l’inviter chez moi à « La Jonchère » et que, peu à peu, va se rendre indispensable, va s’y installer et prendre ma vie en main. Mais avec tellement de finesse, d’intelligence, sous des dehors de fan timide et énamourée, qu’elle va manipuler tout le monde. Au point que j’envisage de lui faire un viager pour y abriter la fondation Loulou Gasté-Line Renaud que j’envisage de créer.
Cette histoire va durer dix ans avant qu’on ne découvre le pot aux roses…
C’est un véritable thriller psychologique, un superbe scénario qui pourrait inspirer Bernard Stora !
C’est vrai. Ce qui est fou, c’est que je n’ai rien vu venir, même si, quelquefois, je me suis posé la question de savoir si elle n’était pas mythomane ! Mais je l’ai faite tester auprès de mes plus proches amis et tous étaient d’accord pour dire que j’avais trouvé la perle rare, que j’avais de la chance car elle était un véritable cadeau du ciel. En fait, elle a trompé tout le monde !
A-tu eu de ses nouvelles ?
Non, depuis qu’elle a quitté la maison, je ne l’ai plus revue mais je suis sûre qu’elle lira le livre et j’espère surtout qu’elle ne s’attaquera pas à quelqu’un d’autre. Je pense hélas qu’elle risque de continuer car c’est une grande malade, une grande manipulatrice. Elle est très forte et très dangereuse. »

C D

Mais tout est bien qui finit bien et ce n’est pas cette histoire qui, quoique douloureuse, arrêtera l’énergie, l’optimisme et la passion de vivre et de travailler de notre indestructible Line. D’ailleurs, déjà, elle pense au tournage du prochain film de son complice Dany Boon puisqu’elle sera au générique de « Une jolie ch’ite famille ».
Mais qu’est-ce qui fait courir Line ? Lorsque je lui pose la question, elle me répond, avec un beau sourire et son magnifique regard bleu :
« C’est à la fois dans ma nature et, Dieu merci, après quelques petits ennuis de santé, je suis en peine forme. Faire ce que je fais, c’est une passion et en plus, j’ai la chance d’avoir un public fidèle et aimant. Je l’adore et il me le rend bien.
Alors… rien que pour ça, je continue ! »

Propos recueillis par Jacques Brachet

NOTES de LECTURES
Par les Plumes d’Azur

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Russel BANKS : Continents à la dérive (Ed Actes Sud)
Traduit de l’américain par Pierre Furlan

Bob un jeune père de famille trentenaire, ouvrier chauffagiste dans une petite ville du New Hampshire convainc sa femme de tout plaquer : leurs paysages, leurs habitudes et leurs amis pour rejoindre la Floride où son frère a fait fortune, où il espère échapper à sa modeste condition et rejoindre le mirage d’une nouvelle vie. Commence alors une espérance démesurée dans son nouveau job. C’est la course aux gains et à la quête de la respectabilité qu’il peine à acquérir parmi ces jeunes noirs tous voleurs et violeurs vivant armés, sans pour autant négliger l’amour brulant pour une femme noire. Menant une double vie, il trafique avec son meilleur ami dans des affaires de plus en plus louches et s’enfonce de plus en plus.
En parallèle, la jeune Venise, âgée de vingt et un ans, accablée par la misère, les catastrophes climatiques, la ségrégation, la violence, fuit Haïti avec son bébé sans père et son jeune neveu pour gagner à son tour la Floride en embarquant clandestinement et où les attend le père de son neveu
La vie et la tragédie feront se rencontrer ces deux personnages qui, espérant trouver le pays de cocagne, s’effondreront dans le drame de l’univers impitoyable réservé aux abandonnés de l’existence.
Ce roman âpre et bouleversant, écrit il y a plus de vingt ans et nouvellement traduit par Pierre Furlan n’a rien perdu de son actualité. Il nous entraine dans la dérive des populations sinon des continents et dresse un bilan bouleversant de l’échec du rêve américain. L’écriture imagée et colorée nous fait parcourir les continents et les mers à travers le désarroi de ses héros. Malgré certaines longueurs le roman de Russel Banks est une radioscopie d’un peuple en désarroi et d’une Amérique terre d’asile utopique.

Isabelle DESESQUELLES : Un jour on fera l’amour (Ed Belfond)
Si le titre du dernier livre d’Isabelle Desesquelles peut agacer, la lecture de ce roman reste touchante par sa sincérité et son écriture à la fois sensible et efficace.
La perspective dudit « jour » tient certes le lecteur en attente, mais au fil des pages, la relation sexuelle n’apparaît plus comme essentielle, c’est une étape en quelque sorte, « une escale, qui ne fait pas le voyage » !
Il s’agit bien alors de raconter l’émotion que provoque une rencontre entre deux personnes et la construction qui en résulte.
Elle, c’est Rosalie Sauvage, du type énergique, efficace et collectionneuse d’amants. Lui, c’est Alexandre, gentil rêveur sentimental, héritier d’une salle de cinéma, le Rosebud, et nostalgique des héros, amants inoubliables observés lors des projections de films alors qu’il était enfant.
La rencontre se fait par miroir interposé alors que Rosalie, de dos, essaie une robe en magasin; Alexandre, subjugué par « cette nuque dévoilée » n’a que vingt quatre heures pour en faire » la femme de sa mort parce que c’est ça, non, la femme d’une vie ? »
Le récit banal de cette quête devient alors prétexte à disserter sur le thème où le sentiment qu’il soit filial, amical ou amoureux, devient un but de recherche et d’exigence avec sincérité et désir d’absolu.
Des personnages fictifs mais un vrai sujet de réflexion.

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Julien DUFRESNE-LAMY : Deux cigarettes dans le noir (Ed Belfond)
Ouvrière dans une usine de parfums dans le nord de la France, Clémentine vit seule dans une cité de la banlieue parisienne après avoir rompu avec le père de l’enfant qu’elle porte. Au moment d’accoucher elle part en voiture vers la maternité mais elle percute une ombre longiligne aux grands cheveux gris en train de fumer une cigarette dans la nuit. Elle ne s’arrête pas mais apprend quelques jours après que la célèbre danseuse Pina Bausch dont elle suit la carrière est morte. C’est elle qui l’a tuée. Clémentine va se laisser happer par l’univers de la danseuse, elle va vivre dans une réelle obsession. A travers les chorégraphies elle s’ouvre à la vie, s’échappe de sa cité lugubre. La maternité, la danse, la vie, la mort se côtoient. S’ensuit alors un roman à deux voix où elle va évoquer sa propre vie de fille adoptée, son ratage malgré toutes ses bonnes intentions de réussite, l’incompréhension dont elle est entourée, et la vie de la danseuse à la recherche de l’absolu et de la perfection des expressions parfaites du corps.
C’est une vraie découverte d’appréhender la danse à travers cette artiste idéalisée et l’échec de la petite ouvrière pétrie de fantasmes. Une histoire folle, touchante, fascinante, dont la fin est surprenante.
Magnifique petit roman à l’écriture brillante, simple et envoutante dont l’auteur n’a pas fini de faire parler de lui je pense.

Eric FAYE : Eclipses japonaises (Ed Le Seuil)
C’est une histoire d’espionnage entre Nord Coréens et Japonais, à partir de faits réels et peu connus, le Japon étant considéré comme l’ennemi numéro un de la Corée du Nord.
Des disparitions étranges d’hommes et de femmes, ont lieu dans les années 60 jusqu’à nos jours, capturés par la Corée du Nord pour « convertir » des espions coréens en parfaits japonais. Le but ayant été atteint, les capturés restent sous le joug du pouvoir coréen et demeurent en Corée contre leur gré.
Ce roman révèle quelques-uns des parcours de ces disparus qui s’entrecroisent, des petits récits qui restituent leur vie à des êtres oubliés. Telles ces deux japonaises Naoko Tabane, enlevée à treize ans et Setsuko Okada, qui voulait être infirmière, ou un archéologue qui n’a jamais pu envoyer sa thèse ayant été enlevé. On suit leur destin sur plusieurs années sous le régime dictatorial de la dynastie des Kim.
Combinant avec brio fiction et réalité l’auteur lève le voile sur ces pages particulièrement sombres de l’Histoire en donnant la parole à tous ces mystérieux volatilisés.
Fascinant dans sa forme ce roman au style sobre est construit comme un puzzle. Un roman bien documenté, au suspense digne des plus grands romans d’espionnage.

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Laurent GOUNELLE : Et tu trouveras le trésor qui dort en toi (Ed Kéro)
Elle est athée et conseillère en communication. Il est prêtre et son église est pratiquement vide. Ils sont amis d’enfance.
Elle lui suggère d’utiliser ses méthodes pour attirer les fidèles. D’abord réticent, il constate vite le bien fondé de ses conseils et son église se remplit. Quant à elle, cette décision l’amène à étudier différentes religions et cette plongée dans la spiritualité ne reste évidemment pas sans conséquences pour son égo.
On assiste aux réflexions engendrées par ce parcours sans que cela devienne fastidieux pour le lecteur, les réflexions en question étant toujours à la portée du lecteur lambda.
Une note d’humour est de temps en temps générée par les réactions des paroissiens.
Lecture facile sans plus.

Hubert HADDAD : Premières neiges sur Pondichéry (Ed Zulma)
Hochéa Meintzel décide de quitter Israël après l’attentat qui a coûté la vie à sa fille adoptive. Violoniste mondialement reconnu, il accepte l’invitation du festival de musique carnatique à Chennaï en Inde du Sud. Accompagné de la douce Mutsuwani, de confession Jaïniste, il traversera tout le sud de cet immense pays fort de contrastes, de personnages improbables, de couleurs, de sonorités et de surprises comme ces étonnants flocons de neige sur Pondichéry, triste phénomène dû à la pollution du phosphore sur la mer.
Hubert Haddad écrit sur la tradition juive mais surtout sur la musique, la richesse des sons, festival de la vie qui se perpétue à travers les quelques notes d’une musique oubliée et entendue derrière une cloison, des notes qui évoquent les douleurs enfouies du passé du vieil homme, rescapé du ghetto de Lodz.
Somptueux roman où musique, écriture et peinture sont intimement mêlés.

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Jessica L.NELSON : Debout sur mes paupières (Ed Belfond)
Le titre du roman de Jessica L. Nelson, premier vers emprunté au poème « L’Amoureuse » de Paul Eluard, présage d’une lecture complexe puisque le lecteur va s’embarquer dans une réflexion sur l’obsession et la réalité qui s’imposent à l’artiste créateur.
Difficile donc de suivre ce récit, à la fois genèse de la création artistique, où narratrice, artiste, et modèle inspirant, se confrontent dans une proximité troublante entrecoupée d’échanges avec l’éditrice du livre en écriture !
Qui est réellement l’héroïne de ce roman ?
On hésite entre Elisabeth M, sculptrice illuminée retrouvée à moitié nue et endormie dans un parc parisien, son modèle référent Lee Miller, muse des surréalistes, ou tout simplement la création artistique.
S’ajoute à ces considérations, un état des lieux de la place de la femme artiste dans la création, ses combats pour se dédouaner de son rôle d’épouse et de mère génitrice mal assumé.
Le dernier chapitre du roman s’intitule « Une vraie fin ».
Ultime « aventure ahurissante » pour le lecteur !

Luka NOVAK : Le métro, inconscient urbain (Ed : Léo Scheer)
Pour Luka Novak fils d’un correspondant d’un grand journal slovaque à Paris, la découverte du métro parisien fut une révélation. Il raconte ses incursions dans des stations mythiques comme Passy et le grand bouleversement qui le chavire mêlant esthétisme, modernité, complexité. Il compare les différentes lignes aux synapses du cerveau, l’érotisme, la faille de Passy, la praticité : chaque station n’est pas éloignée de plus de cinq cents mètres de la suivante. Pluriel, il s’infiltre dans tous les quartiers.
Bref il le définit comme le « Best of » de tous les métros du monde, mieux que Londres, mieux que Tokyo.
Essai original et enlevé sur le rôle du développement de la capitale française en fonction de son métro, mêlant urbanisme, sémiologie, psychanalyse et philosophie et tout cela non sans humour.
Agréable à lire et très réconfortant… Cocorico !

 

 

 

 

 

 

 

David LELAIT-HELO… Un rêve d’enfant

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J’ai d’abord rencontré David grâce à mon amie Dalida,  à qui il avait consacré un livre, que je m’étais bien sûr précipité de lire.
Puis je l’ai rencontré, cette fois « pour de vrai », aux côtés d’une autre amie, Michèle Torr, à qui il a écrit des chansons et l’on s’est retrouvé autour d’elle dans son pays : Pertuis.
Voilà qu’aujourd’hui, David nous propose deux livres en même temps : une bio intitulée « Quand je serai grand, je serai Nana Mouskouri » et un nouveau livre sur Dalida préfacé par une autre amie commune : Line Renaud (Ed Télémaque)..
Lorsqu’on voit les amies qu’il a et les artistes sur lesquelles il a écrit, l’on se rend compte qu’il est attiré par les stars, les vraies, les mystérieuses, les inaccessibles : Maria Callas, Edith Piaf, Romy Schneider, Barbara… Vanessa Paradis, la seule encore de ce monde d’ailleurs.
Nostalgique, ça c’est sûr, il l’est. Amoureux de ces femmes, ça aussi c’est sûr, il l’est. Nombre d’ailleurs sont devenues des icônes gays et il ne cache pas qu’il l’est, il suffit de lire quelques-uns de ses livres dont ce dernier, sorte de bio, dédié en quelque sorte à son idole d’enfance : Nana Mouskouri.
Fils de parents encore adolescents lorsqu’il vient au monde, il suffira qu’il voit à la télé la série « L’amour en héritage » pour qu’il tombe amoureux de cette voix sans visage qui chante le générique.

L’effet Nana
Très vite il commencera à acheter ses disques, tous les journaux qui parlent d’elle et décide alors que lorsqu’il sera grand il sera Nana Mouskouri. Et le voici apprenant par cœur ses chansons, devenant son idole en créant costumes, lunettes, perruque, au grand dam de ses parents qui ne savent que faire, de sa grand-mère qu’il vénère et qui sera sa complice, et de la famille qui sourit à ce rêve d’enfant.
Rêve qui restera tout au long de son adolescence, malgré tout ce que lui feront subir ses « copains » de classe en le martyrisant et le traitant de tous les noms.
Mais il reste inébranlable jusqu’à sa rencontre avec son idole, la découvrant de chair et d’os et comprenant qu’il n’y aura jamais qu’une Nana Mouskouri. Il deviendra son ami, son confident, il est arrivé à décrocher l’inaccessible étoile et peut donc se tourner vers sa vraie vie, se transformant physiquement et moralement, devenant un écrivain reconnu, restant un homme romantique et rêveur et surtout une plume sensible et belle, maniant un Français qui se perd aujourd’hui hélas.
L’écriture de ce live original et bouleversant à plusieurs titres, nous fait découvrir un homme fait d’ambiguïtés, de sentiments contraires, qui, tels un puzzle, s’imbriquent et font ce qu’il est aujourd’hui : un homme qui s’assume tel qu’il est.
De beaux moments d’émotion dans ce livre, qui parle des deux grands amours de sa vie : sa grand-mère et sa star. Qui retrace aussi un long chemin parcouru, fait d’errances, de questionnements et d’initiations à la vie. Sa vie.

B C

Passons à une autre vie : celle de Dalida.
Après nous avoir offert, il y a quelques années, un premier livre sur Dalida, intitulé « D’une rive à l’autre », le voici qu’il nous offre, aux éditions Télémaque, un autre livre tout simplement intitulé « Dalida », avec une préface de Line Renaud, qui était très amie avec Dalida, et avec une jaquette très soignée et très classe.
Que dire encore qui n’ait été dit sur notre belle icône ? Au bout de 30 ans, tout a été dit, un nombre de bios, plus approximatives les unes que les autres est sorti depuis sa disparition et l’on ne peut réinventer une vie. Mais tout d’abord, ce livre est écrit de très belle façon car David est un vrai écrivain et puis, il est allé fouiller dans mille détails qui font que la bio est vivante et romantique, comme a pu le faire avec son film, la réalisatrice Liza Azuelos.C’est un très joli travail et un bel hommage à celle qui reste, « avec le temps », une idole éternelle.

Rencontre
Deux livres à la fois, David, c’est rare !
« Dalida » est une réédition, le livre état sorti en 2007 sous le titre « D’une rive à l’autre ». L’actualité fait que la maison d’édition l’a ressorti. Et puis il y a ce nouveau roman qui est ma vraie actualité : « Quand je serai grand, je serai Nana Mouskouri ».
C’est en fait une bio ?
Ce n’est pas une bio de Nana, disons que c’est un roman autobiographique inspiré de ma vie, une « auto-fiction » ! C’est surtout, à travers mon enfance, mon adolescence, un hommage à Nana, pour lui dire que je l’aime, même si elle le sait déjà. Mais il est des choses que l’on n’ose dire et qu’il est plus facile d’écrire… surtout pour un écrivain !
Comment Nana a-t-elle réagi en lisant ce livre, surtout en apprenant que tu l’imitais ?
Pour le déguisement, elle le savait, je lui avais montré des photos. Elle a beaucoup aimé livre, a été très émue de savoir que c’est grâce à elle que j’ai trouvé mon chemin.
As-tu pensé un jour faire travesti ?
(Il rit) Jamais de la vie ! Je me déguisais en Nana comme d’autres enfants se déguisaient en Albator, c’était un jeu d’enfant qui m’est d’ailleurs très vite apparu comme aberrant. Je n’ai jamais aimé me mettre en fille ni même m’exposer en public.
Il est vrai que lorsqu’on te voit aujourd’hui, on a du mal à t’imaginer en Nana ! En tout cas c’est un bel hommage et c’est surtout magnifiquement écrit, très littéraire et à la fois très émouvant.
Merci… mais c’est aussi mon métier !
Outre tes romans, tu as écrit nombre de biographies, que des femmes, des icônes et toutes ou presque, décédées… Comment expliques-tu cela ?
J’ai un doctorat d’Histoire et j’ai toujours aimé faire des recherches et j’ai toujours été admiratif des vies de femmes exceptionnelles. C’est pour cela que je n’ai pas écrit une bio de… Louis XIV !
J’ai commencé par Evita Peron, ce qui m’a passionné, puis, ayant toujours aimé la chanson française, je me suis intéressé plus particulièrement aux chanteuses, sans fanatisme aucun, mais les destins de femmes me fascinent. Et si j’ai choisi des artistes décédées c’est que j’aime les choses abouties. Et il n’y a rien de plus abouti qu’une vie qui se termine. Et là, on a une vision d’ensemble de la vie de l’artiste.

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Pour chacune d’entre elles, nombre de bio plus ou moins fantaisistes ont été plus ou moins bien écrites. Les tiennent sortent de l’ordinaire.
Merci de me dire ça car c’est vrai, je ne fais pas de copié-collé comme c’est aujourd’hui souvent le cas, depuis qu’on peut trouver plein de choses sur Internet. Je vais à la recherche de la personne, je lis beaucoup de choses sur elle, je rencontre des gens, je visionne des documents pour m’en imprégner. Je fais à la fois un vrai travail de recherche, d’écriture, de psychologie.
A travers Nana Mouskouri, tu nous racontes donc ton enfance, ton adolescence, qui n’ont pas toujours été très joyeuses. Dirais-tu que c’est un chemin de croix ou un parcours initiatique ?
Tu as trouvé le mot juste car c’est un parcours initiatique qui m’a construit et fait de moi l’homme que je suis aujourd’hui. Même si quelquefois ça a pu être douloureux mais d’abord, c’est la vie de tout un chacun avec ses joies, ses peines et surtout il y avait en moi un vraie envie de vivre et une belle dose d’optimisme. Je rêvais beaucoup, j’espérais beaucoup et j’ai toujours regardé le bon côté des choses même dans les pires situation. C’est encore le cas aujourd’hui.
Tu as eu des moments difficiles…
Oui, lorsque ma grand-mère est morte car là, le monde s’est écroulé. C’était l’amour de ma vie et du jour au lendemain je suis devenu adulte. D’ailleurs, mes deux grands-mères m’ont donné beaucoup d’amour. C’étaient des femmes exceptionnelles, de vrais chars d’assaut ! Et puis, mes amours, mes rencontres, la littérature, la musique, les études m’ont toujours permis de me sauver.
Alors aujourd’hui, roman ou bio ?
Je crois qu’aujourd’hui écrire des bios ne m’amuse plus. Quant à en écrire « avec » un artiste vivant, je l’ai fait mais ça ne m’a pas plu. Je pense que ce n’est pas mon travail. Ecrire des articles, faire es interviewes, oui, mais ça s’arrête là.
Je n’ai jamais eu de plan de carrière et je me réalise vraiment dans le roman.
Ce dernier livre a été pour toi source de bonheur ?
Oui, d’abord parce que je voulais rendre hommage à Nana qui le mérite, qui est devenue aujourd’hui une très grande amie. J’ai pu lui dire combien je l’aimais à travers ce que j’ai vécu.
Et puis, ce qui est formidable, c’est que j’ai une presse magnifique, sur des supports très différents. Et pour un écrivain, ce ne peut être que du bonheur.

Jacques Brachet

Photos : Avec son amie Nana Mouskouri – Avec Michèle Torr pour qui il a écrit quelques chansons, dont la version française de « Amazing Grâce » (Quand vint la Grâce)

David Lelait-Helo, dédicacera ses livres à la librairie Charlemagne à Toulon, le jeudi 9 mars à 18 heures.

Notes de lectures
par les Plumes d’Azur

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Jean-Baptiste DEL AMO : Le règne animal ( Ed Gallimard)
L’auteur nous conte l’histoire d’une exploitation familiale vouée à l’élevage des porcs tout au long du XXème siècle. Les pères rudes à la tâche et intransigeants exigent beaucoup des fils uniques qui rêvent de tout autre chose. La famille traverse deux guerres, les choses évoluent mais le travail reste le même : les hommes à l’élevage, les femmes aux corvées familiales et les enfants s’adaptent comme ils peuvent, le tout sans beaucoup de moyens .
La vie de ces éleveurs est décrite sans complaisance, avec précision et empathie. Chaque caractère est bien étudié, la réalité de ce qu’’ils supportent est exposée sans pathos mais sans concession.
Le sujet n’est pas nouveau, on nous a rebattu les oreilles de la vie difficile des paysans tout au long du XXème siècle, mais ici il ne s’agit pas de cultures, de terres et d’engrais ni même de vaches mais de cochons… Et ça change tout !
Gaël FAYE : Petit pays (Ed Grasset)
Le jeune Gabriel vit ses dix, onze ans au Burundi avec ses parents dans un confortable quartier d’expatriés. Tout est bonheur avec les copains qui se réunissent au fond d’un jardin, du personnel de maison attentionné, une nature luxuriante. La séparation de ses parents est la première secousse du séisme qui va suivre. La guerre entre les Hutus et les Tutsis répand ses ondes de choc et frappe de plein fouet cette famille. La peur s’installe, le monde privilégié de Gabriel se fissure. Sa mère reviendra traumatisée de son voyage au Rwanda, prisonnière de la folie meurtrière des hommes.
Gabriel fuit son pays aimé avec, glissé dans sa poche un poème, cadeau ultime de cette femme qui lui a fait découvrir la beauté de l’écriture et nous permet aujourd’hui de lire avec respect et admiration ce récit.
De chanteur de rap, Gaël Faye est devenu écrivain, il écrit un livre tendre et original, livre primé par le Goncourt des lycéens et qui devrait être lu et étudié par tous les jeunes.

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Vincent JOLIT : Un ours qui danse (Ed de la Martinière)

Nous sommes au XXème siècle , l’auteur raconte la vie de trois personnages, la lutte pour réaliser leur rêve de danse, les embûches rencontrées aussi bien familiales que sociales, financières et autres. Bien que très différents par leur âge, leur nationalité et leur milieu social, ils sont portés par la même passion.
Le style est très agréable, un découpage astucieux facilite la lecture et évite une forme de lassitude puisque du début à la fin il n’est question que de danse .
On se laisse emporter par cette passion, ce n’est jamais monotone et vraiment agréable à lire même si on ignore tout de l’art de la danse .
Le titre est lié à l’un des trois personnages, un petit garçon qui va danser avec un ours de cirque et n’oubliera jamais le bonheur qu’il en a ressenti.
Yasmina KHADRA : Dieu n’habite pas la Havane (Ed Julliard)
Yasmina Khadra situe son récit au moment du basculement de la Havane vers le libéralisme et l’aborde par la petite histoire d’un chanteur de cabaret.
Nous suivons donc Juan del Monte Jonava, alias Don Fuego, qui règne, au Buena Vista en maître incontesté de la rumba.
Quand il apprend que ce cabaret mythique a été racheté par une américaine pour en faire un club de reggaeton, ce «raffut bâtard» qui fait vibrer la nouvelle génération, Juan est désespéré car ses amours, sa famille, sa réussite sociale tout passe au second plan devant le plaisir d’enflammer la scène par sa voix hors du commun et la fierté d’être reconnu par les touristes étrangers.
Dès lors il erre dans la Havane à la recherche d’un hypothétique cachet et rencontre Mayensi. Juan tombe aussitôt amoureux d’elle et se met en tête de la sauver. Une de ses chansons ayant fait un tabac à la radio, il fait le tour de l’île et retrouve le succès mais la jeune fille disparait.
Roman sur l’amour de la musique cubaine  et sur la Havane, avec la décrépitude de ses habitants à la fin de l’ère castriste. De bonnes descriptions de la ville, loin des clichés habituels, de l’ambiance familiale comme du chômage chronique, du désœuvrement qui guette la plupart des jeunes et des combines nécessaires pour survivre.
C’est aussi le roman d’une passion amoureuse, le lecteur suit les tentatives du personnage pour «apprivoiser» Mayensi puis sa quête lorsqu’elle disparait.
Un roman intéressant et bien écrit mais qu’on attendait moins convenu, en particulier la fin
assez décevante.

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Jean François PRE : Double je  (Ed Eaux Troubles)
Vrai thriller mêlant actualité et roman noir des années 50, situé à Nice sur fond de Baie des Anges, c’est le drame de deux frères jumeaux Marc et Nestor qui s’aiment et se haïssent.
Un crime est commis et Nestor est identifié par une caméra de surveillance mais est-ce vraiment lui ou plutôt son frère machiavélique qui veut lui faire porter le chapeau ?
Un fin limier sur le retour, est appelé au secours par l’accorte avocate de Nestor. Tous deux se liguent pour dénouer cet imbroglio.
Ce polar sexy et enlevé s’appuie sur des faits actuels qui rendent l’histoire plausible si on n’entre pas trop dans les détails, Nous sommes dans l’action, sa vivacité nous entraine dans cette aventure divertissante avec des dialogues un peu surannés à la Audiard, le tout ponctué de réflexions un peu faciles sur des sujets aussi graves que la Franc-Maçonnerie, les attentats ou les services généraux.
C’est léger.
Andreï MAKINE : L’archipel d’une autre vie (Ed Seuil)
Andreï Makine raconte avec talent le parcours incroyable de Pavel Gartsev, simple soldat parti à la recherche d’un évadé du goulag dans les années cinquante alors que la Russie se prépare à une troisième guerre mondiale. Une équipe de cinq hommes et d’un chien poursuit un rêve car celui qui ramènera le fugitif gagnera des étoiles sur la manche de son uniforme et la reconnaissance du pays.
Tout se passe dans la Sibérie extrême orientale et malgré la rigueur des lieux, Makine décrit une taïga «donnant l’illusion de pouvoir s’élever vers le vitrail du ciel encadré de branches, inspirer l’ivresse de l’air, l’immensité de l’horizon et surtout le vent qui venait de l’océan et reliait la moindre aiguille de cèdre à cet infini lumineux.»
Cette équipe de cinq hommes se réduira au seul Pavel car l’évadé a plus d’un tour dans son sac et déjoue tous les pièges. C’est le fuyard qui donne la cadence de la poursuite. Cette course folle permet à Makine de replacer l’homme dans un contexte hostile face à son caractère, son ambition mais aussi sa générosité. L’homme est habité par un pantin qui rend chimérique toute idée de s’améliorer, ce pantin qui pousse à violer, tuer, haïr, mentir mais sans qui il n’y aurait ni histoire ni guerre ni grands hommes. Pavel lutte pour sa survie et veut faire disparaître le monde où les hommes se haïssent tant. Ne restera alors que le silence ensoleillé, la transparence du ciel et le tintement des feuilles saisies par le gel, oui, juste la décantation suprême du silence et de la lumière.
Garstev transmet ce message sublime au jeune Makine, l’homme reste l’ennemi de l’homme, sa petitesse, sa méfiance, son agressivité, sa perfidie. Le monde est déformé par une haine inusable, une violence devenue art de vivre, embourbée de mensonges pieux et de l’obscène vérité des guerres, oui, Makine se souvient de cet homme qui a choisi de vivre au-delà de notre monde en s’échouant sur une grève de galets de l’archipel des Chantars, l’archipel d’une autre vie, dont cet homme est l’ultime espoir.Dans une langue merveilleuse qui nous fait aimer l’immensité et la solitude de la taïga, l’auteur donne une sublime leçon de vie. Il transmet au lecteur le message de Garstev, il y a toujours à l’horizon une fameuse voile carrée aperçue par un pêcheur.

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Yukiko MOTOYA : Comment apprendre à s’aimer (Ed Philippe Picquier)
Traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako.
Si ce charmant roman de Yukiko MOYOYA invite à la réflexion, il n’est en aucune sorte un mode d’emploi.
«Comment apprendre à s’aimer» n’est autre que la vie racontée de Linde, héroïne de ce texte aux différents âges de sa vie. Pas de vraie chronologie non plus, mais une série de plans fixes sur des scènes de la vie courante.
Comme au cinéma, nous suivons l’enfant, la jeune fille, la femme, par plans-séquences à trois, vingt, trente , puis cinquante ans et plus dans des situations particulières, révélatrices de sa quête à la recherche du bonheur.
L’écriture est courte et rapide mais détaillée. On s’imagine lisant un script pour film; tout est mentionné : les circonstances, les lieux, les dates, les moments, les objets. Chaque chose a sa place, chaque moment importe.
On découvre cette adolescente jouant au bowling avec ses camarades, puis fiancée dans une chambre d’hôtel avec une robe à repasser, ou encore au restaurant choisissant son menu de repas d’anniversaire de mariage ou enfin plus âgée à la recherche d’une guirlande de Noël.
Linde rate des choses, des relations, des projets. Il y a toujours quelque chose qui lui fait défaut pour que ce soit parfait. Très consciente d’être exigeante, toujours hésitante, elle ne sait pas vraiment ce qu’elle veut avec ses amies, son amoureux, son mari, sa famille et son prétendant potentiel.
A chaque fois les circonstances, même anodines sont pour elle sources de questionnement. Comment mettre à profit ces petits moments de bonheur sans gâcher sa relation aux autres ? Elle attend de la vie ce que personne ne peut lui donner.
Le texte s’inscrit autour du ressenti du personnage, si raisonnable et prudent dans son discours avec toujours derrière, cette peur d’être rejetée. Le lecteur comprend ses hésitations.La solution ? Elle finit par dire à son chat  «Si j’arrivais à penser que c’est le bonheur de découvrir ainsi une petite rue inconnue, je n’aurais besoin de rien de plus»
Tout ça pour ça !

Une chronique de Serge Baudot
Patrick LORENZINI : Et toi quel bateau ?  (Ed. Parole d’Auteur)
Patrick Lorenzini, écrivain, poète et journaliste, ancien de Var Matin, est bien connu des Toulonnais et profondément ancré dans le milieu culturel de la ville. Il vient de publier un recueil de courts textes, poèmes libres, en prose ou rimés, et des sortes de petites nouvelles, qui dépeignent parfaitement cette ville-port qu’est Toulon.
Il nous dit qu’il s’assoit à la terrasse d’un café du port devant un expresso, qui devient une métaphore dans pas mal de textes, sort son carnet à spirale, et attend l’inspiration…qui ne vient pas !
Néanmoins il va nous faire vivre cette ville allant de l’Est à l’Ouest, du Nord au Sud par ses quartiers, ses rues, ses places, ses bars, le port, les quais, les plages, la rade, et quelques personnages. Cela avec une discrète nostalgie pour les moments du passé, les gens, les choses qui ont disparu. Mais on est bien dans le temps présent.
J’aime particulièrement cette façon d’écrire à côté, parfois, nous obligeant à nous concentrer sur le lieu, et nous faire en somme construire notre propre poème. Par exemple : « Rue Chevalier-Paul »
Dans ce port aux filles lasses / comme des nuits délunées / vont nos soirs infortunés / et j’étais celui qui passe / une étoile dans le nez.
On y lit des hommages aux disparus qui ont marqué la vile, et leur époque. Au poète Léon Vérane (1885-1954) dans son square : L’été s’en va sur ses béquilles / c’est ainsi que tout doit finir / mon vieux Léon bientôt la quille / ô gué dansons devant la grille / du jardin clos des souvenirs.
Ou encore à Jean Rambaud (1923-2005) qui fut poète, journaliste et romancier – qui ne connaît « Adieu la Raille » – à qui Toulon a donné son nom à une rue. Citons quelques lignes de « Rue Jean Rambaud » : …Il était notre grand frère, notre professeur d’élégance, celui aussi dont il fallait craindre qu’il partirait en premier…
Patrick Lorenzini a de l’humour, et parfois la dent dure contre certains personnages infatués d’eux-mêmes, ou contre des institutions comme par exemple La Fête du Livre : …on voit une diaphane Marie Ramponneau retranchée derrière sa pile d’invendus comme derrière un rempart de sacs de sable, avec son rictus de femme trompée dont le pauvre bouquin n’intéresse personne, et à qui nul ne tendra jamais le moindre micro pour qu’elle puisse expliquer elle aussi comment cela lui est venu. C’est triste une Fête du libre, ça n’a pas pitié des petits.
Terminons sur une note plus gaie, mais néanmoins nostalgique du Toulon disparu. « Centre ville » : Pantoufles pompons chauffage faïences / on trouvait de tout aux Dames de France / rognons chez Bertrand bottes chez Gorlier / la vie disait-on était en vacances / et le temps un bail non résilié.
Et plus poétique : « Quai de la Sinse » : C’était un de ces jours éternels, comme on en voit quelquefois se lever sur le port de Toulon, lumière immobile d’un bord à l’autre du ciel, air d’eau pâle lavé par la nuit à peine retirée, buée de mer où reste encore un peu de la jeunesse d’Ulysse.
Les ancien Toulonnais y retrouveront des parfums, des souvenirs de leur jeunesse, les jeunes auront un autre regard sur cette ville bizarre qui tourne le dos à son port et qui semble plutôt terne aux visiteurs.
L’ouvrage s’enrichit de quelques photos bien à propos de L.E.A.
La Mairie devrait distribuer ce livre à tous les touristes.
En vente à la librairie « Le Carré des mots » – 4, place à l’Huile – Toulon
Sur commande auprès de « Paroles d’auteurs » – Même adresse.

 

 

NOTES DE LECTURES
Par les Plumes d’Azur

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Gui BOLEY : fils du feu (Ed Grasset)
Ce premier roman dénote une grande maturité et une sureté aussi bien dans le style au vocabulaire riche et élaboré que dans le développement du récit, bien construit, poétique et passionnant du début à la fin.
L’auteur raconte une enfance peu courante entre un père forgeron et une mère qui refuse avec obstination la perte d’un deuxième enfant décédé. C’est une histoire triste puisqu’il s’agit d’une famille qui doit surmonter la mort d’un enfant mais le récit n’est jamais pesant, au contraire, c’est vivant, touchant, émouvant de sincérité et d’émotion.
Ce superbe récit hors du commun est poétique sans pathos, plein de tendresse, de pudeur, il est vivant, attractif et passionnant du début à la fin, saupoudré d’un brin d’humour.
Une vrai réussite pour un premier roman. Il mériterait un prix littéraire !

Jean Michel BRUN : Nouvelles Irréelles (Ed St Honoré)
La lecture de ce recueil de nouvelles, «publié à la demande», laisse perplexe
Il est, en effet, bien difficile d’entrer dans l’univers de Jean Michel Brun.
Ces quelques phrases prises au hasard dans le texte, donnent une idée du désarroi d’un lecteur potentiel. Qu’on en juge :
P 42 : « La distance au chant de la roue, dont elles escomptent leurs langages les font fuir dans la vraisemblance, d’une exceptionnelle mythologie des consciences de hasard en ressort ».
P 111 : « L’inquiétude, se transporte aux évictions d’un ultime message pour un espoir émouvant, où une tendresse silencieuse l’appelle au val matutinal et désert des rêves ».
Et encore, pour terminer, P 322 : « Aux confins d’une orée une vermeille, licorne dans l’éclat lunaire des troncs nus flagelle le mauve tapissé sous la bise, et un page cadavre impavide sa corne d’azur joutant contre les ténèbres… »
Puzzle de vocables, ponctuation débridée, galimatias ne font pas bon ménage lorsqu’il s’agit de littérature.

Violette   CABESOS : Portrait de groupe avec parapluie ( Ed Albin Michel)
Trois mamies de soixante-dix ans ou plus décident de démasquer un tueur original qui utilise ses victimes pour reconstituer des tableaux très connus du début du XXème siècle.
Ce roman à deux voix nous plonge avec délice dans la vie et l’œuvre des peintres de cette époque. D’une part, l’assassin explique son comportement et ses projets, d’autre part, une des mamies, véritable spécialiste de cette période, analyse et décrypte le comportement original de l’assassin. On va de de Picasso à Manet en passant par Braque ou Derain, dans un discours intéressant et plein d’humour. Les anecdotes se succèdent, les crimes aussi et les mamies se démènent comme l’inspecteur chargé de l’enquête. Jamais de temps mort
Ce polar original, érudit et cocasse, est un régal de lecture.

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Emmanuelle PIROTTE : De Profondis (Ed du Cherche Midi)
Nous sommes à Bruxelles dans le futur.
Une épidémie d’Ebola 3 sévit, semant le chaos dans la ville et sa région. Une gigantesque panne d’électricité aggrave le tout. Le monde est livré à la folie des hommes.
Les passions s’exacerbent, les trafics pullulent, les bandes rivales s’affrontent, la violence règne ; c’est Mad Max en Europe.
Parmi les personnages, le lecteur s’attache à la destinée d’une mère et sa fille. Roxanne jeune femme libre et insouciante est amenée à faire face à ses responsabilités lorsque son ex mari, atteint par le virus, lui confie la garde de leur fille Stella.
Les deux filles ne se connaissent pas, seul le destin vient de les réunir.
Et le miracle se produit.
Au fur et à mesure qu’elles affrontent l’adversité, un sentiment naît de leur complicité et c’est ensemble qu’elles trouveront une issue. Une ancienne maison de famille les abritera. Vivant en autarcie, elles trouveront la force de s’opposer à la violence ambiante. Il semblerait même que la bienveillance d’un fantôme les accompagne et les protège !
Futuriste, surréaliste, ce roman fait de séquences successives, au style volontairement noir et froid, peut anticiper et annoncer l’arrivée d’une ère nouvelle.
Pas très rassurant !

Jean-Christophe RUFIN : Check-Point (Ed Gallimard)
Un convoi humanitaire de deux camions part de Lyon pour l’ex-Yougoslavie déchirée par la partition entre serbes, bosniaques et croates, musulmans et chrétiens. Une jeune femme, Maud, cachée derrière de vilaines lunettes a passé son permis poids-lourds pour entrer dans l’association et se rendre indispensable. Ses compagnons de route sont un humanitaire amoureux d’elle, deux anciens casques bleus et un certain Vauthier au passé trouble, animé d’une haine encore inexpliquée envers les militaires. L’intimité des cabines permet les confidences, les caractères se précisent au fil des pages, et très vite le lecteur comprend que l’engagement de l’humanitaire conduit souvent à prendre des risques. En apprenant la présence d’explosifs cachés dans les caisses qui risquent d’être découverts lors des checkpoints, les humanitaires comprennent que si les associations cherchent à aider les victimes, les intérêts prioritaires des uns ne correspond pas forcément à l’engagement officiel.
Jean-Christophe Rufin s’est servi de son expérience personnelle de médecin humanitaire pour camper des personnages confrontés à la guerre, conscients de leur impuissance face au dérisoire et qui réalisent que dans l’action disparaît le sacro-saint principe de neutralité.
Roman peut-être trop caricatural mais agréable à lire, les personnages sont certainement tous dans leur rôle, indépendamment mais réunis dans la même aventure, cela semble « too much ».
La postface de quelques pages reste la partie la plus intéressante et la plus vraie. Elle concrétise l’action des associations humanitaires qui reçoivent de l’argent de l’Union Européenne. L’humanitaire a un côté abstrait et les gens à aider peuvent rester virtuels, mais n’oublions pas que dans toute guerre, il y a des bénéficiaires et des victimes.

Bertrand SCHMID : Saison des ruines (Ed L’Age d’Homme)
Petit dytique qui va s’étager sur quelques mois d’une année et où chaque chapitre va porter le nom d’un mois, en fait de Mai à Décembre. Ces chapitres vont devenir comme les mois de plus en plus courts.
D’un côté Michel, la cinquantaine bourrue, garde dans le Valais les vaches d’un paysan de la vallée, aidé d’un jeune apprenti de dix-sept ans, Jérémie, qu’il doit former.
Dans le même temps, Annie, quinze ans, qui habite un quartier sordide avec sa mère à Londres. Celle-ci ne fait aucun effort pour travailler et vit sans ressources incapable de l’élever.
Deux existences qui n’ont aucun lien, dont la dureté des conditions n’a d’égal que le fantasme d’une vie meilleure. Des deux côtés c’est la misère, l’incompréhension, la perte des repères, l’échec. Malgré le bon air il ne fait pas meilleur sur l’alpage que sur le bitume et dans les squats. Seul point commun l’atmosphère sombre qui entoure leur quotidien.
Dans ce roman noir, premier roman de l’auteur, à l’écriture fluide, sont peints dans ces deux histoires parallèles, des tableaux sombres de deux mondes où les événements s’acharnent, avec peut-être une petite lueur d’espoir matérialisée par la colère et la révolte.

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Isabelle SIAC : Le talent ou la vertu. (Ed Belfond)
Dans ce récit romancé et palpitant, l’auteure très documentée nous offre une réflexion sur tout ce que le théâtre réveille de passions alors que la France se déchire au cœur de la Révolution. Nous sommes en 1789 et c’est à travers la vie de François Talma, l’un des plus talentueux acteurs de la Comédie Française que l’on voit se rencontrer les plus grandes figures de la Révolution comme Danton, Robespierre ou le jeune Napoléon, un peu comme si on regardait l’histoire depuis les coulisses des théâtres nationaux. Les protagonistes s’aiment, se déchirent, se trahissent et le sang et la cruauté coulent partout
Le style est nerveux, précis, très enlevé, émaillé d’anecdotes qui rendent le récit vivant mais très touffu et parfois un peu trop documenté pour le néophyte.
Un excellent travail de divulgation romanesque

Thierry VILA : Le cri (Ed Grasset)
Une métisse embarque sur un navire renifleur de pétrole. l’équipage est entièrement masculin. Elle est reconnue comme un bon médecin mais dans certaines circonstances, elle ne peut s’empêcher de pousser un cri …
Ce livre est inattendu, original et curieux . Le caractère hors du commun de cette femme médecin s’oppose au comportement banal de la plupart des marins incapables de comprendre ou d’accepter ce qui les dépasse. L’auteur maîtrise un suspense bien mené tout en donnant beaucoup de détails techniques sur ce bateau renifleur.
Lecture agréable pour ce thème original

Claudie HUNZINGER : L’Incandescente (Éd Grasset)
« L’Incandescente », c’est Marcelle, une jeune adolescente de seize ans, vive et libre, dont la personnalité fascine ses camarades.
Rédigé à partir de lettres appartenant à sa mère décédée et retrouvées dans un grenier, la narratrice reconstitue le passé d’une bande de filles qui entre seize et vingt deux ans ont échangé une correspondance fournie, racontant leurs joies, leurs émois, leurs projets, leurs déceptions.
La lecture des lettres aurait pu être fastidieuse pour le lecteur mais Claude Hunzinger a su habilement mêler narration et réflexion autour des personnages et leur époque.
Ainsi, la fille d’Emma écrira-t-elle le roman de Marcelle et ses deux ans de folie amoureuse avec sa compagne. Un homme, le père de la narratrice mettra un terme à cette idylle.
L’auteure va de découvertes en découvertes sur ses parents. Elle ne juge pas, elle apprend à les connaître.
Un texte fin et profond, avec un goût de réconciliation.

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Olga  LOSSKY : Le revers de la médaille (Ed Denoël)
Nous sommes en Hongrie dans les années 1930.
Issu d’une famille traditionnelle et bourgeoise, Pal étudiant portraitiste talentueux, espère remporter l’appel au projet  lancé par la monnaie de Budapest. Au moment des résultats, stupéfaction!…!
Déçu et blessé il va s’expatrier sur les injonctions de sa famille devant un danger naissant en Hongrie vis-à-vis des juifs. Réfugié en Europe il brille au firmament des arts tant à Londres qu’à Rome où il s’est fait une belle notoriété. Marié à une jeune anglaise de vingt ans sa cadette, comprenant son génie, elle sera le pivot de sa vie..
Mais ce « fougueux créateur vit dans sa « bulle ». Taciturne, il refuse sa tristesse qui le mine car il a un espoir insensé :  retrouver sa famille toujours en vie, laissée à Budapest. Ne ménageant pas ses efforts et avec beaucoup de discrétion, son épouse arrivera à ses fins. Il s’ouvrira au monde à la fin de sa vie en prenant conscience de l’importance de la transmission. Grâce à l’abnégation et à l’amour de son épouse
Roman émouvant sans pathos, raconté d’une écriture fluide, retraçant le destin d’un homme d’exception face à ses douleurs avec tous les affres de la création d’un médailliste dont l’art est peu connu. Intérêt historique aussi peu connu puisqu’on découvre la Hongrie de 1938 à l’après guerre, avec le sauvetage des juifs des actes horribles des croix fléchées.
Le lecteur rencontrera donc de l’Histoire, de l’art et de l’humanité.
Très beau roman.

 Anne PERCIN : Sous la vague (Ed La brune au Rouergue)
La vie de Bernard Berger-Lafitte bascule le soir où, bien involontairement, son chauffeur Eddy cogne un jeun faon qu’il laisse pour mort dans la forêt. Héritier d’une magnifique propriété et producteur de cognac, Bernard vit seul. Divorcé et père d’une jeune fille très indépendante, sa vie, étrangement, se cale sur l’assurance de son chauffeur, homme tatoué, fumeur de hash et amateur éclairé de rap. Le tsunami et le drame de Fukushima entraîne la chute des cours du cognac, les japonais gros clients de la maison Berger Lafitte ne passent plus commande, il y a urgence à redresser la barre et à faire appel à des investisseurs étrangers, chose que Bernard ne se résoud pas à faire. C’est sans compter sur son ex-femme, toujours active dans la société, l’amant de sa fille, syndicaliste actif et prêt à faire grève, son cher et étrange chauffeur et Bambi le faon retrouvé, rétabli et rendu à la vie sauvage.
Un roman assez peu vraisemblable où les références maritimes justifient le titre « sous la vague », mais qui pèche par l’accumulation de caractères trop caricaturaux.

Céline MINARD : le grand jeu (Ed Payot et Rivages)
Une alpiniste de haut niveau se lance dans une expérience tant physique qu’intellectuelle en s’isolant dans un refuge High Tech accroché à la paroi de la montagne, afin de se mesurer à la nature hostile et à l’isolement pense-t-on. Le lecteur reste assez ignorant quant à la personnalité de la jeune alpiniste mais va la suivre dans sa quête d’absolu à travers ses performances et ses parcours comme de son implantation dans la nature où elle survit par ses propres moyens.
La deuxième partie plus déroutante reste une rencontre avec un étrange être humain  mi chamane, mi nonne avec qui elle se mesurera et s’affrontera jusqu’au dépassement d’elle-même et lui permettra d’aller jusqu’au bout. Mais au bout de quoi ?
Il y a des moments forts de contemplation, de peurs, de réflexion devant cette nature sublime, reposante ou déchainée. Malgré de superbes descriptions de montagne, le vocabulaire de l’escalade n’est pas à la portée de tout un chacun.
Pas de sentiment dans ce roman, pas d’émotion si ce n’est le danger des cimes. Le style précis, froid, dénué de tout sentiment colle bien à l’austérité du paysage. Double jeu : jeu de nature, jeu de recherche d’autrui, ou hors- jeu ?

Arnaud ROUSTAN : Violence du Moyen (Ed L’Age d’Homme)
Aymeric Corbot est rédacteur au « Bureau des Lettres Anonymes ». Son travail consiste à rédiger des lettres pour les clients qui ne savent pas écrire et qui veulent garder l’anonymat vis-à-vis de leurs destinataires.
Sébastien Boffret est l’un de ses clients. Sans emploi, la quarantaine, il s’est pris de passion pour Carole, sa voisine. La lettre anonyme lui permettra de rentrer en contact avec elle. Mais ce ne sont pas des lettres d’amour mais de harcèlement qu’il lui envoie. Il ignore que ses lettres ont éveillé l’intérêt de celle-ci, et qu’il a peut-être une chance. Il la viole et écope de vingt-cinq ans de prison. Commence un échange épistolaire entre les deux hommes, une amitié se lie. Ils se ressemblent, ils sont tous les deux « moyens »
Malgré un style fluide et une idée originale, l’auteur donne une vision des femmes détestable, ce qui en rend la lecture difficile. Une succession d’horreurs, tels que le viol, les idées de meurtre… Dans ce roman tous les hommes ont un problème avec les femmes et par leur solitude une difficile communication entre eux.

 Jean-Baptiste EZANNO : Aux deuils de l’âme (Ed L’âge d’homme)
Un très long roman policier où évoluent trois personnages : Jonathan agent immobilier que le lecteur découvre assez vite être le tueur en série, Solange jeune femme déterminée à venger sa sœur assassinée par Jonathan et la jeune Albane, dix sept ans, innocente, parcourant à toute heure du jour ou de la nuit des kilomètres hors de son quartier trop huppé.
L’auteur divulgue assez vite les faits et se perd en interminables dialogues élaborés et si loin de la vraisemblance que le lecteur subit plus qu’il ne lit les trop nombreuses pages de ce roman. Il est à noter que les seules parenthèses constitueraient à elles seules un roman !
On peut accepter la perversité d’un tueur, l’innocence de Solage et d’Albane mais comment adhérer aux échanges verbeux et philosophiques qui n’en finissent pas et dépassent tout ce qu’on peut imaginer comme conversations entre deux amies !
Il faut vraiment beaucoup de ténacité pour arriver à la dernière page !

Notes de lectures
par les Plumes d’Azur

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Alessandro BARICCO : La Jeune Épouse (Ed Gallimard)
Traduit de l’Italien par Vincent RAYNAUD

Avec le dernier livre d’Alessandro Barrico, nous entrons dans un univers déstabilisant à mi- chemin entre le fantastique et le philosophique, mais totalement libertin et jubilatoire.
Nous sommes en Italie, au début du XXème siècle, dans une riche famille d’aristocrates décadents. Il y a le père, la mère, la fille et l’oncle. Le fils vit à l’étranger.
Tous sont liés les uns aux autres dans un seul but : exorciser leurs peurs, remettre de l’ordre dans le monde et célébrer la vie en partageant des règles teintées de douce folie. Dans cet univers fantastique, apparait soudain une jeune innocente, arrivée le jour de ses dix huit ans, une dénommée « la Jeune épouse », promise au fils absent.
L’initiation de la nouvelle, aux valeurs de cette communauté se fera essentiellement par les corps, puisque depuis toujours, chacun initie l’autre à la sexualité …
Riches d’évocation, les secrets de famille volent en éclat !
Le lecteur, surpris mais charmé, ne sortira pas indemne de toutes ces épreuves. L’auteur se joue de lui. Avec finesse, l’écrivain s’introduit dans le récit ; il est tous les personnages à la fois, il a des apartés, change d’identité, raconte son travail de narrateur. De la complexité de cette structure, il restera néanmoins à la lecture des dernières pages, l’idée d’un hymne à la vie célébré dans la plus grande liberté.
A savourer, mais en cachette !

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Frédérique DEGHELT : Libertango (Ed Actes Sud)
« Libertango » : à l’origine, le titre d’un morceau de musique joué par Astor Piazzolla, ensuite la naissance d’un chef d’orchestre d’exception, au final un roman captivant à la gloire du tango qui donne son rythme au cinquième  livre de Frédérique Deghelt.
Luis Nilta-Bergo, à l’aube de ses quatre-vingts ans, immense personnage de cette œuvre, se révèle au cours d’une série d’interviews filmées, menées par Léa, une jeune et attachante journaliste.
Né en 1935, infirme moteur cérébral, rejeté par son père, écarté par sa mère, et détesté par sa sœur aînée, le futur jeune prodige ne trouve de salut qu’en écoutant le poste transistor de son père qu’il garde collé à l’oreille.
Enfant, Luis supporte ce rejet grâce à la musique. Jeune homme, à partir d’une rencontre de musiciens de rues, un formidable destin va s’ouvrir à lui. Car, si lui n’est pas conscient de ses aptitudes exceptionnelles, les autres décèlent le génie qui sommeille. Astor Piazzolla sera de ceux là. Un déclic au son du bandonéon fera le reste !
On parlera vraiment de révélation, lorsqu’il sera conduit dans la salle d’enregistrement d’un orchestre. Luis décide alors : peu importe le handicap, avec un bras hémiplégique ou pas, il dirigera un orchestre!
Les époques se succèdent alors : de pauvre et candide, quand il quitte sa famille, il finit ovationné quand il dirige l’Orchestre du Monde trente ans plus tard !
Le lecteur suit son parcours fait de persévérance et de volonté. Chacune de ses adresses correspond à une étape de sa vie. Après la chambre minable de Saint Germain, le voilà chef ébloui résident dans le Marais, puis maestro adulé au Champs de Mars et enfin marié à Émilie, violoncelliste, dans une maison d’exception sur une falaise face à l’Atlantique
Captivant, parce que riche de considérations sur la musique avec tout « ce qu’elle apporte de dimension mystique, initiatique, magique et presque surnaturelle » et du regard bienveillant de l’auteur sur le handicap, ce roman à l’écriture fluide nous emporte dans un tango bouleversant au bras d’un très grand chef d’orchestre.
Un grand moment d’humanité et de culture.

David FOENKINOS : Le mystère Henri Pick (Ed Gallimard)
Il se trouve à Crozon une petite bibliothèque originale où l’on peut déposer son manuscrit refusé par les éditeurs, condamné à dormir sur une étagère. A moins qu’une jeune éditrice de Grasset s’égare en ce lieu et découvre une pépite qui bouscule le monde littéraire parisien. Qui est cet Henri Pick voué à l’oubli, c’est l’enquête qu’elle va mener auprès de la famille et de l’entourage aidée d’un vieux journaliste sur le déclin qui va remuer les dessous des maisons d’éditions et faire apparaitre la véritable personnalité de cet oublié.
Les fidèles lecteurs de Foenkinos seront ravis de cette comédie littéraire sans prétention, drôle et bien tournée.
Nous sommes là dans une agréable fantaisie.

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Jean-Marie LACLAVETINE : Et j’ai su que ce trésor était pour moi (Ed Gallimard)
Marc, un écrivain célèbre passe ses nuits au chevet de son aimée, Julia enfermée dans un coma profond. Pour la rappeler dans le monde des vivants, il va, avec la complicité d’une infirmière, tisser nuit après nuit un réseau de personnages, de couples, d’amants, dont certains leur ressemblent, d’enfants qu’ils n’auront pas ensemble.
Le premier mot du roman est « Je commence », le dernier aussi, mais que d’émotions entre les deux. La fin est elle-même, le commencement de nouvelles histoires
A travers ces histoires et les réflexions du narrateur, le lecteur devine que ces inventions romanesques sont le reflet de la réalité et éclairent les mystères qui entourent Julia.
Ici la fiction rejoint la vie.
C’est une belle histoire d’amour comme le suggère le titre, écrite dans une langue à la fois riche et précise, c’est aussi une réflexion sur le pouvoir de la littérature, Jean-Marie Laclavetine creuse le sillon déjà exploré dans « Première Ligne »; d’ailleurs on croise des personnages déjà rencontrés dans ce roman tel l’éditeur Cyril Cordouan, on revoit des lieux comme le Caminito, bar sur lequel règne Felipe, ainsi se poursuit la vie des personnages au gré des romans l
En résumé un roman assez complexe, un long monologue du narrateur qui nous livre ses rêves, ses désirs, ses craintes à travers ses histoires et une fin aussi belle qu’inattendue.

Aki SHIMAZAKI : Hôzuki (Ed Actes Sud)
Par petites touches délicates, l’auteur dévoile l’histoire de Mitsuko, mère célibataire et de son jeune fils Taro, métis et sourd-muet. Femme libre, elle a eu de nombreux amants dont Shoji qui lui a donné l’amour de la philosophie, elle qui n’a pas le moindre diplôme mais tient pourtant une librairie réputée pour la qualité et la diversité des ouvrages de philosophie proposés.
La visite inattendue d’une cliente fort élégante et distinguée accompagnée d’une petite fille, à la recherche de quelques titres bien précis pour son mari diplomate, déjà parti à Francfort, va bouleverser le quotidien bien rodé de Mitsuko. Une très forte amitié se noue immédiatement entre les deux enfants qui cherchent par tous les moyens à se retrouver alors que les mères restent très distantes ; Mitsuko entend bien ne rien changer à sa vie bien réglée, sa boutique et son « voyage d’affaires » tous les vendredis pour travailler comme entraîneuse dans un bar huppé et bien fréquenté. La cliente revient, insiste et sa curiosité insolite intrigue Mitsuko. L’imminence du départ de la jeune femme permettra une rencontre décisive, une éblouissante leçon d’amour et la révélation d’un lourd secret.
Court roman, délicat, volontairement lent pour amener le lecteur à savourer l’écriture simple et pleine de pudeur de l’auteur.
Roman moderne aussi car il confronte la tradition du monde ancien et le quotidien, c’est aussi un magnifique portrait de femme qui assume pleinement son fils handicapé ainsi que sa boutique qui peut signifier  « prière », mais aussi cette belle fleur orange qui, dans le langage des fleurs, signifie « mensonge », cette fleur, hôzuki, associée au secret de la naissance de Taro.
Beaucoup d’émotion, de respect et de plaisir de lecture.

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Isabelle SIAC : Le talent ou la vertu. (Ed Belfond)
Dans ce récit romancé et palpitant, l’auteure, très documentée nous offre une réflexion sur tout ce que le théâtre réveille de passions alors que la France se déchire au cœur de la Révolution. Nous sommes en 1789 et c’est à travers la vie de François Talma , l’un des plus talentueux acteurs de la Comédie française que l’on voit se rencontrer les plus grandes figures de la Révolution comme Danton, Robespierre ou le jeune Napoléon, un peu comme si on regardait l’histoire depuis les coulisses des théâtres nationaux. Les protagonistes s’aiment, se déchirent, se trahissent et le sang et la cruauté coulent partout
Le style est nerveux, précis, très enlevé, émaillé d’anecdotes qui rendent le récit vivant mais très touffu et parfois un peu trop documenté pour le néophyte.
Un excellent travail de divulgation romanesque.

Adam THIRLWELL : Candide et lubrique  (Ed L’Olivier )
Tout d’abord le titre n’a pas de rapport avec le contenu du livre.
Quant à la couverture…
Le héros de « Candide et lubrique » est un jeune homme bien sous tous rapports. Marié à une jeune femme qu’il aime, ce garçon rêveur vit oisif chez ses parents et cultive l’image d’ex enfant prodige. Il se réveille un matin inconscient, nu après ce qu’il comprend une nuit de débauche auprès de sa meilleure amie ensanglantée, dans un hôtel inconnu et sans aucun souvenir. C’est là que l’histoire commence.
Libertinage, abus d’alcool, de drogue, tentative d’assassinat peut être, c’est le cauchemar !. Comment expliquer cette situation à sa femme, à sa famille ? Quelle suite donner pour ne pas être accusé de tentative de meurtre ?cS’en suivent une série de situations grotesques et irréelles où se côtoient la farce et le réalisme le plus noir.
Nous voilà en plein dans les pensées du narrateur qui divague d’une idée à l’autre, saute du coq à l’âne, nous étourdit de paroles confuses, d’états morbides et absolument irréels. Difficile de le suivre dans ses élucubrations afin de tout expliciter et de ne jamais étonner les siens qu’il manipule à son gré afin de faire passer son oisiveté, sa décadence, sa perte des normes pour des actions géniales. On est en plein délire et ce n’est qu’assauts grotesques. Tout nous sera servi, hold-up au pistolet à eau, frasques sexuelles, on ne comprend pas grand-chose à un tel état d’esprit !
Néanmoins nous dirons que l’écriture est dithyrambique, que l’auteur est prolixe, que rien ne lui fait peur pour être original et vouloir épater son lecteur. Épater ou au contraire l’inciter à s’extraire de ce cauchemar.
A recommander à des lecteurs qui s’ennuient ou amateurs de farfelu et de pantalonnade lourdingue

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Max GENEVE : Le voyage de Monsieur de Balzac à Turin : (Ed Safran)
Ce roman est une courte parenthèse dans la vie de Balzac et met en scène l’écrivain ruiné qui s’apprête à partir pour Turin afin de rendre service à des amis en rencontrant les Visconti  dans le but de régler un problème d’héritage. Voilà notre homme lancé sur les routes du sud à bord de sa calèche, accompagné d’un jeune page, en fait une jeune femme Caroline Malbouty, abandonnée par son mari et qui a écrit pour sa gazette. Belle aubaine pour lui pour passer d’agréables moments en espérant ses faveurs sinon son cœur..
Nous profitons donc du voyage, du passage des Alpes, de la visite des palais et jardins, des rencontres princières et des relations singulières des deux héros. Peu d’intrigues mais une vision de l’époque très réelle entre jeu et sérieux, et en fait, du rôle primordial de la jeune femme en train de s’affranchir
C’est un roman, bien qu’on se demande au départ s’il s’agit de l’histoire ou d’une fiction. Bien bâti, avec plein de retours sur la vie tumultueuse de Balzac et un aperçu très authentique sur les débuts de l’émancipation de la femme qui ouvre bien des perspectives sur ce XIX° siècle en évolution.

Bernhard SCHLINK : La femme sur l’escalier (Ed Gallimard)
Quand un grand avocat allemand découvre par hasard en Australie, le tableau d’un grand peintre, montrant une femme nue sur un escalier, il annule son retour, décide d’entreprendre des recherches, de comprendre pourquoi le tableau se trouve dans ce musée et d’en retrouver le modèle .
Dans sa jeunesse il s’était trouvé mêlé à une guerre d’ego entre un puissant industriel et un peintre de grand renom à propos de ce tableau représentant la femme de l’industriel. Il en était évidemment tombé amoureux .
Apprenant qu’elle vit sur une île quasiment déserte, il part aussitôt à sa recherche et la redécouvre vivant dans la plus grande sobriété, dévouée auprès des plus démunis de son île.
C’est un roman à deux voix et un portrait de femme fondamentalement indépendante, libre de ses gestes, qui n’a aucune illusion sur les ambitions des hommes et leur besoin de domination .
Il n’y a pas de cadavre mais c’est pourtant un vrai roman policier par les recherches engagées, les mystères rencontrés, les interrogations posées, le suspense que l’auteur laisse planer avec talent tout au long de l’histoire .
Bernhard Schlink écrit un roman de 255 pages sur la mesure du temps, les hasards et les petites défaites de la vie, ses échecs et ses illusions .
C’est surtout un très beau portrait de femme

Georges BRAU ;  Entre deux feux  (Ed Eaux Troubles)
L’auteur nous emmène au cœur du conflit qui frappe la Syrie depuis le début de la décennie.
Paul, agent de la DSGE se lance dans une odyssée effarante, dans un pays en ruines où plus aucune règle que celle du plus fort ne s’applique et démonte les contradictions des parties prenantes y compris son pays. Il a pour mission de ramener des preuves irréfutables de l’utilisation d’armes chimiques par le gouvernement de Bachar el Assad.
Arrivé au Liban en sous- marin, il accoste sur une plage en compagnie de commandos marines français. Puis il est pris en charge par Zora, jeune chrétienne, qui lui fait traverser le Chouf, région du Liban. Périple sous haute tension qui conduira l’ancien para à cohabiter avec l’armée de Libération et ses alliés djihadistes, puis avec les forces gouvernementales et leurs conseillers russes. Rencontres périlleuses avec toutes sortes de personnes, réfugiés, voleurs, assassins jusqu’au trafiquant de gaz sarin.
Même si cet ouvrage est une fiction, on sait que l’auteur de par ses expériences et ses relations a apporté beaucoup d’éléments réels : l’actualité de la guerre en Syrie, le djihad, les attentats sont des sujets quasi quotidiens. Bien qu’en retraite, l’auteur semble être plus que jamais au fait de cette terrible actualité.
Ce roman-témoignage, qui fait écho à l’actualité, ce qui le rend poignant, nous plonge dans les nébuleuses interventions de la DGSE et les imbroglios géopolitiques auxquels les hommes de l’ombre sont confrontés.

aserdan

Eliane SERDAN; La ville haute (Ed Serge Safran)
Arrivée dans le sud de la France, par un hiver glacé en 1956, une petite fille de neuf ans découvre une vie triste et étriquée dans une ville vieille, aux abords hostiles. Quel changement par rapport au soleil du Liban, à la vie aisée et aux rires complices de son cousin Fabio. Revenant de l’école un soir d’automne pluvieux  elle s’égare et se réfugie sous un porche puis entre dans une maison cossue où vit un homme seul, étranger lui aussi. Le cœur gros elle va s’épancher en parlant de son ami d’enfance Fabio qu’elle sait ne plus revoir.
Pour l’homme c’est le choc car la fillette ressemble aussi bien par le visage que par l’âge à la petite Anouche, fille de sa nourrice arménienne. Il a assisté, impuissant, à l’enlèvement de son amie d’enfance ; la vue du sang et son cri de détresse le hantent encore. En réponse aux confidences de la petite, il raconte ces moments tragiques sans prendre conscience de la fragilité de l’enfant.
Le texte est assez sombre vu le sujet qui évoque aussi le génocide arménien. Ecriture facile, sobre avec beaucoup de pudeur. Rencontre de deux êtres d’age et de condition différents qui en exil cachent le même chagrin: le pays leur manque, les amis ,l’insouciance aussi.
L’enfant, libanaise, cherchera à échapper à la solitude et l’adulte, arménien, aura la possibilité de se libérer de son lourd passé.

Le Brusc
Trois stars de l’écriture à la Prud’homie

B A C

D’un côté, il y a Jérôme Levy, journaliste et néanmoins homme politique, qui oeuvre du côté de Solliès-Toucas.
De l’autre, il y a Didier Castillo, boulanger et néanmoins président du CLAB, qui est le Comité de Liaison des Associations du Brusc.
Étaient-ils faits pour se rencontrer ? Pourquoi pas, l’un organisant des événements plutôt littéraires, l’autre organisant des manifestations populaires pour animer ce petit port qui est un village dans la vile de Six-Fours.
Et voilà donc que de leur rencontre vont naître trois rendez-vous de haut vol avec des auteurs tellement célèbres qu’ils ont chacun des fans acharnés et des détracteurs éprouvés !
Ces rencontres se passeront à la Prud’homie à 18h30 et c’est PPDA, alias Patrick Poivre d’Arvor qui ouvre le cycle le lundi 18 juillet.
Journaliste, écrivain, animateur, il reste le plus célèbre présentateur du journal de 13 heures.
Ses activités sont multiples mais écrire reste l’une de ses passions. Son dernier ouvrage date de l’an dernier « Un homme en fuite » (Ed Robert Laffont). C’est l’histoire d’Aurélien, chirurgien réputé, qui, sous l’emprise de l’alcool, commet une faute durant une opération. Honteux et montré du doigt, il va s’enfuir pour essayer de ce reconstruire. Il le fera suite à la rencontre d’un gamin autiste.
Le jeudi 28 juillet, c’est JFK, alias Jean-François Khan qui s’y colle. Lui aussi, journaliste, homme sinon politique du moins polémique, c’est ce sujet qui reste son cheval de bataille. En 2015, il nous a proposé deux livres parus chez Plon : « A bas cette gauche là » et « L’ineffaçable trahison », des essais où il ne mâche pas ses mots, qu’ils soient oraux ou écrits.
Enfin, le vendredi 12 août, c’est FOG, alias Franz-Olivier Gisbert qui ferme la marche. Romancier quelquefois sulfureux, à cause de sujets qui peuvent choquer, le voici avec un nouveau roman « L’arracheuse de dents », histoire de Lucile Bradsock qui, allant sur ses 100 ans, décide de raconter sa scandaleuse vie, ayant rencontré Louis XVI, Napoléon, la Fayette, George Washington, et, redresseuse de torts, assassinant par ci, par là, les gens qu’elle n’aime pas dont le général Custer qui a fait beaucoup de mal aux Indiens.
Trois grandes rencontres donc, animées par Jérôme Levy, à la suite desquelles le public pourra poser des questions et se faire dédicacer le livre.
La lecture, la culture sous le soleil… Quoi de mieux ?

Jacques Brachet