Archives pour la catégorie Ecriture

NOTES de LECTURES

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Estelle MONBRUN : Meurtre à Petite Plaisance (Ed Viviane Hamy – 236 pages)
Estelle Monbrun est le nom de plume d’une proustienne émérite qui s’est lancée dans une carrière de professeur de littérature française contemporaine aux USA
Spécialiste de Proust et de Marguerite Yourcenar elle écrit des polars pour Viviane Hamy. Après « Meurtre chez tante Léonie », puis »Meurtre chez Colette » elle se lance dans « Meurtre à Petite Plaisance » qui est le nom de la maison de Marguerite Yourcenar sur l’ile de Monts déserts dans l’état du Maine. On y retrouve Adrien Lampereur, journaliste français venu enquêter au sujet de la guerre du homard et que l’on retrouve mort étranglé au petit matin dans le jardin de la villa. L’enquête s’installe faisant intervenir policiers français et yankies . Tous se mêlent et démêlent l’écheveau des intérêts de chacun quand à l’avenir de cette île mais déterrant au passage les cadavres enfermés dans les placards depuis des décennies avant d’arriver à l’incroyable vérité de l’affaire Yourcenar.
Comme toujours le récit est bien mené et nous amène à rencontrer des personnages déjà croisés chez Tante Léonie. De la connivence,.des éclats d’esprits, de très belles évocations de ce lieu enchanteur en font un roman agréable mais sans plus.

Youssef Samir GERMANOS : Petites morts à Beyrouth (Éditions Famyras – 289 pages)
Nous sommes à Paris en 2058, et il est désormais possible de visionner le passé, depuis un centre de rétro vision.
Séduit par cette nouvelle technologie, Christian K. le personnage principal de ce roman, accède au centre prétextant des études approfondies sur le langage du corps et les expressions faciales.
Nous allons donc découvrir avec lui, en réalité à la recherche de ses origines, le Liban de la fin du XXème siècle  « celui de la guerre civile et des excès » et surtout celui de ses parents qu’il a trop peu connus. L’auteur nous obligera alors à de nombreux allers et retours dans le temps.
Dès les premières pages, la salle de visionnage nous est ouverte : « Beyrouth, Cave 69, mai 2012″…Images chocs, la mère du héros « s’envoie en l’air à la va vite dans les toilettes d’un bar à la mode.
Indignation du fils qui poursuit néanmoins ses recherches. Il s’ensuit une sorte d’enquête policière, d’une grande complexité narrative avec un réseau considérable de personnages, la famille, les proches, les amis. Le récit rapporte également l’atmosphère d’un Beyrouth bouleversé par les conflits mais qui reste une ville de fête.
L’intérêt d’une telle lecture réside peut être alors dans les considérations qui jalonnent le récit.
La rétro vision permet un éclairage différent sur le passé ; il s’agit de comprendre les conflits et de prendre du recul. Les révélations sur des faits historiques comblent les lacunes imposées par les temps et le regard sur les comportements humains et leurs dérives, replacés dans un contexte, se veut modérateur de pulsions.
Serait-il ainsi possible d’empêcher les crimes, les guerres et de changer le monde ?
Que penser cependant de la curiosité malsaine qui transforme tout visionneur en voyeur impénitent?
L’intimité reste et doit rester privée. C’est la seule vraie réflexion qui pourrait enrichir ce texte.
Tout était donc dit, dès la page dix !
Un roman d’anticipation peu convaincant !

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François-Henri DESERABLE : Un certain M.Piekielny (Ed Gallimard – 259 pages)
M.Piekielny habite au n° 16 de la rue Grande-Pohulanka à Wilno.
Du moins habitait lorsque Romain Gary l’affirme dans son premier roman « La promesse de l’aube » et nul n’est venu le démentir.
François-Henri Désérable entraîne le lecteur dans une quête persévérante à travers l’histoire et la géographie pour retrouver cet étrange M.Piekielny, au manteau gris, très discret qui aurait demandé au jeune Roman Kacew, alias Romain Gary, tant vanté par sa mère comme futur écrivain célèbre, de rappeler son existence dans ses œuvres. Et, sur ce fil ténu, tel un équilibriste, l’auteur déroule un roman pétillant et grave sur le ghetto de Vilnius, mais aussi sur la vie extraordinaire de Romain Gary, ses apartés avec les grands de ce monde rencontrés soit pendant la deuxième guerre mondiale soit pendant ses fonctions d’ambassadeur ou simplement en tant que double lauréat du Prix Goncourt, ce monde à qui il confiait toujours qu’au 16 de la rue Grande-Pohulanka habitait un certain M.Piekielny ! « Une vie se réduit à peu de choses mais les pages demeurent » et c’est cette réflexion sur la littérature que l’auteur poursuit, à la recherche d’une question : l’auteur fait-il « naître ou renaître » ses
personnages ?
D’une langue alerte, alliant faits historiques et une imagination pure maniée avec une jouissance toujours renouvelée pour retomber sur ses pattes, l’auteur échafaude scenario sur scenario pour tracer un portrait enlevé de Romain Gary. C’est même un virtuose dans ce domaine pour le plus grand plaisir du lecteur qui démêlera le réel de la fiction.
Mais n’est-ce pas cela la littérature « l’irruption de la fiction dans le réel » ?

Didier DECOIN : Le bureau des jardins et des étangs (Ed Stock – 384 pages)
Empire du Japon, XII° siècle.
Nous pénétrons au cœur d’un petit village où coule le fleuve kusagawa. Sur ses berges, un jeune pêcheur de carpes destinées aux étangs sacrés de la cité impériale, vient de mourir noyé. Sa jeune veuve Miyuki n’a d’autre recours que de le remplacer. Pour la première fois elle va quitter sa pauvre cabane afin d’accomplir le périple inconnu qu’accomplissait son époux sur lequel comptait le village pour subsister.
Elle s’élance alors, lourdement chargée de sa palanche où sont suspendues les carpes sacrées . Rude périple qui lui fait affronter tous les dangers : brigands, orages, séismes, afin de parvenir à son but, livrer les carpes en bonne et due forme.
On imagine que Didier Decoin possède une sérieuse connaissance de ces lieux et de cette période tant il parvient à nous transporter par ses évocations et ses émotions à travers ce conte fait de sensations, de sensualité, de subtilités. Un grand voyage initiatique qui se termine en apothéose, mais peut-être un peu long parfois

Francis HUSTER : Un homme indigné

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Petite pose à l’Opéra de Toulon ce samedi 25 novembre, pour Francis Huster qui, aux côtés de Régis Laspallès, est venu jouer « A droite, à gauche », pièce de Laurent Ruquier, mise en scène par son complice Steve Suissa.
Une star. Un réparateur de chaudière. Ils n’ont rien en commun, rien pour se rencontrer. Et pourtant… Pièce à la fois drôle et piquante où Ruquier prouve qu’un homme de droite et un homme de gauche… ça n’est pas si loin de se retrouver… au centre !
Gros succès, salle pleine et le plaisir renouvelé de retrouver mon ami Francis avec qui l’on ne se quitte jamais longtemps et qui a toujours mille choses à me raconter, tant ce diable d’homme ne reste pas un seul jour à ne rien faire. Vous allez le découvrir.
Mais auparavant, nous avons beaucoup parlé de son nouveau livre : « N’abandonnez jamais, ne renoncez à rien » paru au Cherche Midi. Une diatribe, une mise au point, un coup de gueule sur le monde d’aujourd’hui, sur la politique, ses colères, ses déceptions, ses indignations et « peut-être » un espoir : la jeunesse d’aujourd’hui.

A Droite à Gauche © christine-renaudie 030

Francis, ce livre est, je trouve, un livre de colère…
Oui, et je pense que j’ai le droit d’être en colère car il y a toute une jeunesse coupée de la Culture, et je pèse mes mots. L’Education Nationale a failli à son devoir. Quand je pense qu’on oblige les parents à faire faire de la natation à leurs enfants, sous peine de pénalisation, pendant qu’on laisse la Culture de côté !
Durant le cursus 6ème/bac, combien d’élèves ont-ils assisté à un spectacle de théâtre, de musique, de danse ? C’est déshonorant pour l’Education Nationale. Quant à la télévision, combien de chaînes nationales ont-elles retransmis un grand spectacle aux heures de grande écoute ? On les compte sur les doigts.
La jeunesse peut-elle réagir à ça ?
La jeunesse d’aujourd’hui, je parle des 15/30 ans, a compris qu’on lui ment, qu’on la tient dans un état de somnambulisme. Elle va onc réagir et agir. C’est tout ce que je souhaite. La question est : comment va-t-elle réagir ?
Crois-tu en la jeunesse d’aujourd’hui ?
J’y crois et j’en ai peur à la fois.
Elle est l’avenir du monde mais je pense qu’elle sera intransigeante. Elle tournera le dos aux 40/70 ans. L’avenir est entre leurs mains mais il faut que le mot « partage » soit le centre de leur vie. C’est le mot-clef de l’avenir. Mais vont-ils partager ?
Nos grands parents étaient des héros qui sortaient des guerres
Nos parents étaient des héros car ils ont été des bâtisseurs.
Nous, nous sommes lâches, impuissants, responsables de l’état de destruction de la planète.
Tu es très critique…
Oui, car nous ne faisons plus partie de leur monde. Leurs vrais parents… c’est le portable. Leurs grands-parents… c’est Internet ! Et c’est une plaie mondiale.
La jeunesse s’intéresse plus à ce qui se passe dans le monde qu’autour d’eux, dans leur cœur. Ils jugent en fonction de l’ailleurs. Un nouveau monde commence

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Rencontre avec Claude-Henri Bonnet, directeur de l’Opéra de Toulon

Ne trouves-tu rien de positif ?
Heureusement oui. Je pense à Eric Ruf, directeur de la Comédie Française que je félicite car il maintient une troupe et il a ouvert cette maison comme un arc en ciel à des pièces, des auteurs, des comédiens modernes. Elle reprend une véritable morale du théâtre. Mais il faudrait plus d’exemples de ce genre. Il faut se battre pour que renaissent de nouvelles troupes. Trop d’entre elles ont disparu.
Pourquoi ?
A cause du Ministère de la Culture ! Il y a eu Malraux, il y a eu Lang… Et depuis ?
Le Ministère s’est déshonoré car, outre les grandes troupes théâtrales qui ont disparu faute de moyens, nombre de festivals ont dû s’arrêter et d’autres se battent pour résister. C’est inadmissible.
Tout au long de ce livre, tu fais un parallèle avec Molière, sa vie, son œuvre, son modernisme…
Molière, c’est la modernité totale et plus on se rapproche de 2022, qui sera le tricentenaire de sa naissance, plus on va se rendre compte qu’il est devenu la sauveur des dix ans à venir.
Daniel Auteuil va monter « Le malade imaginaire », Michel Bouquet joue « Tartuffe » qui sera aussi monté avec Jacques Weber et Pierre Arditi. Richard Berry va monter un Molière. Bacri/Jaoui ont joué « Les femmes savantes », Francis Perrin a monté une spectacle autour de sa vie et j’espère qu’il va revenir avec une de ses pièces… Plus on avance, plus on s’aperçoit que la modernité de Molière fait mouche auprès de public, par sa force, sa morale politique.
Jamais Racine n’a remis le pouvoir politique en question. Corneille quant à lui, a passé son temps à lui cirer les pompes. Molière est le seul à avoir osé s’élever contre lui.
Tu écris qu’il faut vivre, aimer dans l’excès. Ce pourrait être ta devise car tu es quand même un homme excessif !
(Il rit, suivi d’un silence) En amour, s’il n’y a pas d ‘excès, pour moi ce n’est pas la vraie vie, le véritable amour. Et puis tu sais, j’ai déjà eu cent, deux cents vies en jouant tous mes rôles. Il ne faut pas être tiède dans la vie, il faut savoir dire « Mort aux cons », « Merde aux lèche-bottes », aux menteurs à ceux qui entravent nos vie. Il faut être très solide moralement et s’aimer plus que ce qu’on s’aime. Dire non à ceux qui nous appellent à la raison; être déraisonnable. Sans déraison, nous n’aurions pas eu Zola, Picasso, Chaplin, Mc Enroe…
Les bien pensants sont des criminels. Dire « Ca n’est pas si grave que ça », ça ne fait plus partie de ma vie car dans la vie tout est grave. Chaque instant de ma vie est grave.

Huster gaveau

Bon, revenons à moins grave : ton actualité !
D’abord je continue cette tournée « A gauche, à droite » jusqu’au mois de février. Puis je partirai en tournée avec « le théâtre, ma vie ». Je serai seul en scène pour raconter ma vie d’homme et d’artiste, pour transmettre ma passion, donner envie aux jeunes de faire du théâtre.
Puis ce sera « Albert Camus, un combat pour la gloire », un monologue, un testament imaginaire de Camus où je me mets dans sa peau. Avec la pianiste Claire-Marie Le Gay, je raconterai « Horowitz, le pianiste du siècle » que nous jouerons le 3 février salle Gaveau et que nous emmèneront un peu partout dans le monde. C’est avec une autre pianiste, Hélène Tysman, que nous proposerons « Musset-Chopin ».
De février à Juin, je tournerai un film mais je ne peux rien t’en dire aujourd’hui..
Retour à Paris en septembre 2018 avec une nouvelle pièce canadienne magnifique… dont je ne peux non plus te dire ni le titre, ni qui sera ma partenaire !
Et puis, à partir de 2019, ce sera une année cinéma
Et enfin, un grand projet : celui, avec mon ami et complice Steve Suissa, de prendre un théâtre et de monter une troupe. Il le mérite bien. Il vient de créer en octobre un festival de Théâtre français en Israël. C’était une folie mais ça a été un énorme succès. J’y étais, comme Pierre Arditi, Thierry Lhermite, François-Xavier Demaison et quelques autres.
Voilà, tu sais tout
Avec tout ça, quand te poses-tu ?
Je prends le temps de respirer, je dors très peu.
Tu sais lorsque tu as la chance de faire ce que tu aimes, que c’est ta passion, tu ne réfléchis pas et tu as raison de le faire.

Propos recueillis par Jacques Brachet

NOTES DE LECTURES
Par les Plumes d’Azur

Perez-Reverte © Jeosm PhotographyArturo PEREZ-REVERTE : Deux Hommes de Bien (Ed Seuil) 507 p.
traduction Gabriel Iaculli,
L’auteur Arturo Perez Reverte est membre de l’Académie royale d’Espagne. Il est surpris de trouver dans la bibliothèque de l’Académie les 28 volumes de l’édition originale de l’Encyclopédie de Diderot, d’Alembert et quelques autres. Livre qui sentait le soufre en France et qui était interdit en Espagne.
Il ne lui en faut pas plus pour investiguer (il est journaliste) et nous entraîner dans une aventure passionnante. Deux Académiciens, deux Hommes de Bien sont envoyés par leurs collègues à Paris afin d’acheter les 28 volumes.
Nous voilà en route pour la France par des chemins montants, sablonneux, malaisés, dans une voiture à cheval, avec des auberges mal famées, des relais coupe-gorge, des truands et des brigands, des escopettes et des tromblons, des belles dames à sauver, des discussions et de l’ennui, des puces et compagnie…
Nous sommes plongés dans un beau roman d’aventure avec les Hommes de Bien et ceux qui ne veulent pas qu’ils rapportent l’Encyclopédie en Espagne et qui ont dépêché à leurs trousses un tueur à gage !
Bien sûr comme il s’agit de philosophie, nos deux voyageurs conversent bellement de ce fameux siècle des Lumières, des monarques éclairés, de la démocratie, de la Liberté des peuples etc.
A Paris il leur faut chercher ces fameux volumes ; avec eux nous découvrons le Paris prérévolutionnaire, la misère et la richesse, les cafés littéraires et les salons. (Il y a même en prime la description de la bataille du Cap-Sicié, lorsque les Espagnols et les Français ont brisé le blocus de Toulon, et vaincu les Anglais le 22 février 1744 !)
Ouf ! Ils ont acheté les livres ! ils les ont rapporté à l’Académie Royale d’Espagne !
Mais si certains lecteurs apprécient que l’auteur se mette lui-même en scène et explique d’une part, toutes ses recherches et d’autre part, nous fait partager ses réflexions philosophiques en les mettant dans la bouche d’un personnage, d’autres lecteurs peuvent regretter de ne pas s’embarquer seul dans ce livre, et également que cet ouvrage, à connotations historiques soit écrit – ou traduit- au présent.
Alexandre Dumas multipliait les dialogues,
Arturo Perez-Reverte se met lui-même en scène. Dommage.
Un roman passionnant ! Extrêmement bien documenté !

bonnefoy2 Gassot VERGER Frederic 2017 photo Francesca Mantovani - +®ditions Gallimard 9320

Miguel BONNEFOY : Sucre noir (Ed Rivages) 207 pages
Dès les premières lignes, l’auteur s’amuse follement à planter un vaisseau pirate au sommet d’un arbre. Quelle fin horrible pour le terrible flibustier Henry Morgan qui après un ouragan meurt assis sur son tas d’or ! Ce trésor ne laisse pas indifférent Severo Bracamonte qui méthodiquement quadrille et creuse le sol sous les yeux soupçonneux de Serena qui tait depuis trop longtemps ses rêves en herborisant.
Mais toute chasse au trésor a une fin, il est temps de cultiver les bananes et la canne à sucre et de profiter de ce trésor bien réel, le rhum des Caraïbes.
L’auteur dresse un tableau bien réaliste et émouvant d’un pays aux ressources naturelles très riches et le compare à son pays d’origine le Venezuela pour lequel pétrole et déforestation ne sont plus que des mirages de richesse pour la population.
Cependant, laissez-vous enivrer par l’énormité du conte, les péripéties des personnages et la touffeur de la forêt équatoriale.
Jules GASSOT : un chien en ville – (Ed Rivages) 167 pages.
Douze nouvelles pour douze vies de chiens.
Bâtard ou chien à pedigree, seuls ou accompagnés de leur maître, ils arpentent les rues et les foyers de douze capitales du monde.
A travers leurs yeux nous apprenons à connaître la vie et les travers de leur maître. Tristes ou gais, souvent canailles, ils ont peine à nous convaincre de la véracité de leur point de vue. Souvent superficiels, un peu triviaux, on n’est pas subjugué par ce panorama canin vu un peu rapidement et pas très convaincant.
On aurait aimé que l’auteur se livre à un exercice de style : «à la manière de…» chaque chien ayant un vocabulaire différent et des expressions particulières.
Frédéric VERGER : Les rêveuses (Ed Gallimard) 444 pages)
Le jeune Peter Siderman, juif allemand de17 ans engagé dans l’armée française, parvient, au moment de la débâcle de mai 1940, à usurper l’identité d’un mort dont il ne sait rien. Fait prisonnier et protégé par sa nouvelle identité il se croit à l’abri lorsqu’il est informé que « par une faveur exceptionnelle, l’autorité militaire a accepté la requête de sa mère mourante et qu’on va immédiatement le ramener auprès d’elle».
Peter va donc rencontrer la famille d’Alexandre d’Anderlange : sa belle mère émigrée de Russie et deux jolies cousines ruinées qui mettent tous leurs charmes en avant pour dénicher un mari.
Non loin de là se dresse un couvent où il apprend que s’est réfugiée ou qu’on a enfermé Blanche, la troisième cousine, couvent qui abritait autrefois les sœurs  « rêveuses» dont les songes passaient pour des oracles et étaient vendus fort cher à de riches bourgeois comme Breton. Le couvent tombe en ruines et les prisonniers russes du camp voisin sont chargés de refaire le toit dans des conditions inhumaines d’autant que pour ce travail on n’a conservé que les invalides. Peter ou plutôt Alexandre décide de ramener Blanche dont il est tombé amoureux à travers les carnets d’Alexandre retrouvés dans sa chambre. Et pour sauver la jeune fille qu’il n’a vue qu’en rêve , il va se montrer héroïque
C’est un roman inclassable à la fois réaliste avec des images horribles ou triviales et oniriques par les songes magnifiques et hermétiques des nonnes. L’écriture somptueuse donne à l’horreur de la guerre et de la mort une beauté morbide et l’humour ’parfois féroce empêche de sombrer dans le mélodrame
En conclusion il faut lire ce roman pour suivre la métamorphose d’un garçon médiocre en vrai héros. Il faut le lire aussi pour le bonheur des images à savourer

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René FREGNI : Les vivants au prix des morts (Ed Gallimard) 188 pages
On retrouve dans ce roman l’auteur que nous avons connu à Marseille où il animait des ateliers d’écriture à la prison des Baumettes et qui nous a fait partager ses émotions au fil de ses romans dont «La fiancée des corbeaux» qui nous l’a révélé. Il est toujours amoureux d’Isabelle la belle institutrice dont il partage la vie dans la belle Provence au nord de Marseille, tout près de Giono avec qui il partage l’amour de la terre, de la nature et de la magnifique lumière.
Sauf que l’imprévu va débarquer dans ce bonheur sans tache en la personne de «Kader Le roi de l’évasion» qu’il a connu précédemment dans un de ses ateliers d’écriture et qui, une fois de plus en cavale, va atterrir chez lui. René ne peut pas se dérober et l’accueille, oh ! juste le temps de se retourner. Mais l’inimaginable arrive qui va l’embarquer dans une histoire sans fin et qui met en danger Isabelle, les cigales et le parfum des lavandes.
Ce roman à fortes résonances personnelles, à la fois journal intime et véritable thriller entraine le lecteur dans un suspense permanent qui va crescendo. L’auteur nous berce par la douceur de ses mots et la beauté de ses paysages. Puis tout bascule, la peur et la violence remplacent le silence et la lumière.
Un suspense très réussi, à la fois réaliste et émouvant très bien écrit juste à notre porte.
Keisuke HADA : La vie du bon côté (Ed Philippe Piquier)  147 pages
Kento, 28 ans, vit encore chez sa mère, ainsi que son grand-père, qui ne cesse de se plaindre car il désire une mort digne et paisible. La mère travaille, rudoie son père et lui parle méchamment. Le fils cherche mollement du travail.
Kento réalise qu’il veut aider son grand-père à mourir dignement et décide de l’aider. Cette tentative d’euthanasie se transforme en une double renaissance à laquelle le grand-père et son petit- fils s’ouvrent. Kento se lance dans une reconstruction complète non seulement de son corps mais de son cerveau et accède à tous les désirs de son grand-père.
L’auteur s’interroge à travers cette relation de la façon de gérer cette longévité et nous rappelle que la dignité humaine n’a pas d’âge. Il dépeint la relation à la fois tendre et éprouvante entre un petit-fils et son grand-père.
Roman qui aborde un des problèmes les plus importants du Japon actuel : le vieillissement de la population et sa prise en charge, mais horriblement long et ennuyeux, teinté d’une pointe d’humour mais noyé dans ce bien triste quotidien
L’auteur né en 1985 reçoit pour son premier roman à 17 ans l’équivalent du Goncourt. Celui-ci est le dixième; le premier traduit en français
Michel LE BRIS : Kong (Ed Grasset) 937 pages
«Énorme» est le premier mot qui vient à l’esprit lorsqu’il s’agit de rendre compte du dernier ouvrage de Michel Le Bris.
Énorme fresque, énorme documentation, énorme aventure, énorme production, énorme rétrospective, le tout gravitant autour du plus grand des gorilles : King Kong.
Nous sommes à Vienne en 1919, l’Europe panse ses blessures. Dans ce qui reste de la ville occupée, deux jeunes gens se rencontrent à la gare.
Alors qu’Ernest Schoedsack dit Shorty photographe de guerre, guette l’arrivée d’un convoi de la Croix Rouge, un prisonnier tout juste libéré se présente à lui : Merian Cooper, du premier groupe de bombardiers, seul survivant de la bataille de Dun-sur-Meuse cherche un endroit où manger et dormir.
Ils se racontent la guerre, leurs vies se ressemblent.
C’est le début d’une longue amitié.
Plus tard, ils se retrouveront à Londres, aventuriers tous les deux, en quête de sensations fortes et d’un sens à donner à ce monde à reconstruire. Un projet va naître qui va les lier à jamais : avec des images, ils écriront comment se fait l’Histoire.
Ils diront l’absurdité de la guerre, la férocité des hommes, celle du monde. Ils imposeront un réalisme provoquant.
La première partie du roman raconte donc cette folle aventure faite d’équipées invraisemblables dans des lieux hostiles ou méconnus. Ce sera, l’Abyssinie, la Turquie, l’Iran, le Siam, les iles de la Sonde avec des images choc, cultivant férocité, atrocité et véracité. Les deux explorateurs emmagasinent les images.
Merian Cooper devenu réalisateur assure que la fiction sera plus puissante encore que le documentaire ; ainsi nait l’histoire du gorille géant. King Kong s’imposera sur le toit de l’Empire State Building.
Des retours périodiques à New York rendent compte du succès de l’entreprise.
Jamais auparavant on avait osé autant de réalisme, mais le monde a changé. Hollywood innove avec les décors, les truquages. La Paramount cautionne les réalisations des deux amis. C’est  « le film le plus stupéfiant de l’histoire du cinéma, une révolution technique et industrielle et une histoire époustouflante »
La deuxième partie du livre, raconte la société, les années folles, les progrès technologiques avec la naissance de l’aviation civile, la conquête du ciel et l’essor de la Pan Am, de la production cinématographique, la magie du cinéma avec les studios d’Hollywood.
L’aventure devient historique, politique, économique. Moins enivrante, cette partie retrace cependant une époque de pionniers que nous n’avons pas connue.
La fresque se termine en mars 1933 avec la projection ovationnée du film des deux amis alors que le président Roosevelt vient d’échapper à un attentat et qu’en Europe, l’Allemagne annonce l’écrasante victoire du parti du chancelier Hitler aux élections.
Écrit dans une langue juste et efficace avec quelques jolies envolées (on citera :  il s’était blotti dans la respiration tranquille de la nuit») un vocabulaire toujours renouvelé, jamais le texte ne lasse dans cette biographie romancée d’une super production.
Un bel hommage au monde du cinéma.

Olive TAMARI (1898-1980)
Biographie en bleu majeur.

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Au début des années 60 je fis partie d’un groupe « Carrefour des Arts » fondé par des Surréalistes dont la branche toulonnaise était présidée par le peintre Olive Tamari et animée par le poète Marius Bruno. Le but de cette association était de réunir les artistes de toutes disciplines, les philosophes qui vivaient dans la région, ou qui venaient à y passer. Nous nous rèunissions une fois par mois, au début au restaurant La Fontaine, place Gustave Lambert, puis au Café de La Rade sur le port. L’un d’entre nous organisait une causerie sur un sujet autour des arts, causerie qui se déroulait après un repas pris en commun. S’en suivaient des discussions animées et passionnantes jusque tard dans la nuit. Nouveau venu à Toulon c’est là que j’ai eu la chance et le plaisir de rencontrer François Cruciani, Pierre Caminade, Charles Lévy, Luc Estang, et pas mal d’autres gloires de l’époque. Je devins très vite ami avec Marius Bruno qui occupait un poste à la Bibliothèque municipale de Toulon ; il était non seulement un excellent poète mais aussi un érudit en poésie ; il suffisait de lui dire un vers et presque à chaque fois il savait non seulement de quel poète il s’agissait, mais il vous récitait le poème par cœur. Et bien sûr Olive Tamari, alors directeur de l’école des Beaux-Arts de Toulon, et peintre célèbre. J’ai pu apprécier sa gentillesse, son éclectisme, son ouverture d’esprit, son anticonformisme, son humour, ses talents divers, dont celui de cuisinier. J’ai fréquenté avec assiduité ses différents ateliers. J’étais toujours étonné de le regarder peindre, concentré sur sa toile, et pourtant capable de mener une discussion avec ceux qui se trouvaient là. Parfois il me demandait de donner un titre à un tableau, plus c’était farfelu, plus cela lui plaisait.
Ce fut une époque bénie, on savait qu’en se rendant dans l’après midi chez « Henri », son vrai prénom, on était sûr de rencontrer peintres, écrivains, journalistes, musiciens, chanteurs, dans une atmosphère amicale et libre, sans chichis, sans personne qui « se la joue » comme on dit aujourd’hui.
J’avais enfoui inconsciemment cette époque au fond de ma mémoire, et voilà qu’à l’enterrement de l’écrivain Pierre Moustiers une amie me présente Thierry Siffre-Alès qui mettait la dernière main à la biographie d’Olive Tamari, qui vient de paraître. Les souvenirs se mirent à affluer, une partie du passé se mit à revivre au fil des pages.
Thierry Siffre-Alès a réalisé une biographie qui est un modèle du genre, d’une écriture alerte, précise, assise sur une parfaite connaissance de l’histoire de l’Art et de ses techniques, donnant des analyses profondes et des descriptions en termes simples qui disent l’essentiel, le tout basé sur la connaissance de l’histoire locale. L’auteur s’est mis au service de l’artiste avec humilité, admiration, affection même, et compétence.
Henri Jean-François Olive, dit Olive Tamari, est né à La Seyne sur Mer le13 août 1988 au quartier Tamaris où il fut élevé, et décédé à Toulon le 11 août 1980.
Cette biographie nous fait vivre les grands moments de la vie du peintre, de l’enfance à la mort. On va découvrir l’enfance, la jeunesse et le développement de l’artiste, les petits et les grands moments de la carrière, l’aventure du « Caravansérail », les débuts sous l’influence d’Henri Mattio, les premiers pas à Montparnasse, sa formation autodidacte, la vie à Toulon, à Paris, les rencontres, les amitiés, les inimitiés aussi comme avec le critique Michel Ragon, les amours, l’épouse Olga morte jeune, douleur incicatrisable au cœur de l’artiste, la vie publique, la vie privée, la fille secrète et la reconnaissance, cela avec discrétion et délicatesse, parce que cela éclaire certaines œuvres ; aussi la guerre et la mobilisation, la carrière de directeur de l’école des Beaux-Arts de Toulon de 1955 à 1963, l’analyse des différentes périodes et des grands tableaux dans l’évolution du peintre, les expositions, le fameux « Bleu Tamari » :  Du bleu du bleu de toutes les couleurs, écrivait-il ; la description et la vie des différents ateliers, les amitiés avec André Derain, Léon Vérane, Charles Lévy, Jean Rambaud, Jules Muraire dit Raimu, Jean Cocteau, Roger Colombani, Paul Valéry, George Bernanos, Maurice Chapelan, Francis Carco, André Salmon, Joseph Delteil, Thomas Mann, Léon Gabriel Gros, Othon Frierz, Philippe Chabaneix, le poète André Martel qui avait inventé un langage et s’était proclamé le Papafol du Paralloïdre, Saint John Perse, les liens avec le Petit Théâtre d’Armand Lizzani, et Django Reinhardt venu jouer à l’atelier, le portrait de sa femme Naguine, Et tant d’autres…

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Non seulement Olive Tamari était peintre, sculpteur, graveur (la presse dans son atelier de la rue Hippolyte Duprat avait toute une histoire) mais aussi poète, et un remarquable poète, souvent profond, d’un lyrisme contenu, avec de fortes et originales images, ce qui n’empêchait pas des teintes d’humour. Rien que les titres sont déjà tout un voyage : « Je me retiens au mur qui tombe, Noir et Bleu, Tout est Icare, Couleurs du silence, C’est bon l’aspirine, Les pinceaux roses de chairs, Et qui disent son amour de la mer, cette Méditerranée de l’enfance : Le grand voyage de la mer, Cette mer qui allaitait l’aurore, Ici la mer prend fin, Vous aimiez la mer. (éditions Soleil Bleu). » (On peut trouver quelques recueils au Kiosc à Toulon, près du cinéma Le Royal, et sur internet)
Dire que de 1973 à 1977 il y avait « Le salon international d’art de Toulon » qui allait jusqu’à présenter plus de 300 artistes avec dans le jury outre Olive Tamari, des artistes comme César, Kijno, Comby, Edouard Pignon, Labisse. Sans compter à la même époque nombre de grands événements artistiques à La Seyne sur Mer.
Olive tamari fera sa dernière exposition en 1980 au Paris Sheraton Hôtel « en plein cœur de son cher Montparnasse ». Il meurt cette même année. La cérémonie funèbre eut lieu à l’église Saint-Louis de Toulon, et le peintre fut inhumé au cimetière de La Seyne sur mer accompagné par une foule imposante, retour à son lieu de naissance.
La postérité ne lui donne pas la place qu’il mérite. Espérons que cette biographie participera à une reconnaissance officielle. On attendrait qu’une grande artère ou une grande place de Toulon, ou de La Seyne, porte son nom.
Henri Jean François Olive, dit Olive Tamari, avait coutume de dire qu’il était un peintre de passage, c’est dire sa modestie et qu’il était sans illusion sur la durée de la gloire. Pour conclure citons l’auteur de cette indispensable biographie : « Il n’est que de voir près de quarante ans après sa disparition le souvenir révérenciel et vivace qu’en gardent ceux qui l’ont connu, pour juger combien demeure forte et durable, sur les plans artistique et humain, l’image de ce passager du pinceau qui se sentait éphémère. »
Cette biographie, outre le portrait complet de l’artiste, nous offre une plongée dans le Toulon et le Paris artistique du début du XX°siècle jusqu’à 1980, tout en redonnant vie à cette époque.

Serge Baudot

L’auteur, Thierry Siffre-Alès, a occupé des emplois à responsabilité à Toulon. Il a publié un roman : Reflets d’une âme en taille douce (Ed du Lau) – un essai : Werner – un recueil de poésie : L’escale. Il révèle sa passion pour l’art avec cette biographie.
Ouvrage en vente : Librairie Charlemagne, Toulon et La Seyne sur Mer – Chez l’auteur : siffre.ales@gmail.com
Deux expositions auront lieu à Saint Mandrier  du 25 août au 1° octobre 2017 :
– Olive Tamari « Entre terre et mer », domaine de l’Ermitage, chemin de le Coudoulière – du mardi au dimanche de 15 à 19 h
– Olive Tamari « La donation bleu tamari » à la Galerie Rancilio, avenue Marc Baron – du mardi au vendredi et dimanche de 16 à 19h et le samedi de 10 à 12h et de16 à 19h.

Avec Frédéric DUMAS « Le fils de Poséidon »

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Les filles de Frédéric Dumas possédaient, en héritage, le journal de leur père, ce pionnier prestigieux, que j’ai bien connu lors de mon passage au GERS dans la Marine Nationale. Elles ont choisi Frank Machu pour en éditer un ouvrage sérieux . Elles ne pouvaient faire un meilleur choix, que ce passionné de la saga de ceux qui sont devenus les Mousquemers.
Il a d’ailleurs débuté en écrivant « Un cinéaste nommé Cousteau » une véritable bible sur celui qui nous a offert, grâce à son invention le scaphandre autonome, la découverte du monde sous-marin en images.
Ce qui pour lui était une véritable vocation.
Il en a donc tourné, des films qui sont maintenant des chefs d’œuvres historiques. Et si nous pouvons en connaître toutes les aventures et anecdotes de tournages, nous le devons à Frank Machu qui a choisi de ne pas s’arrêter là.
Il a décidé de faire encore mieux avec son ouvrage « Le fils de Poséidon » qu’il à mis cinq années pour traduire son journal et nous faire ainsi partager la vie de Frédéric Dumas.

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Franck Machu

Je peux vous dire qu’il a pris son temps, relançant tous ceux qui pouvaient encore lui parler de celui qu’il appelle, à juste titre, « Le fils de Poséidon » au vu de son aisance à toutes les profondeurs.
Je peux le confirmer, ayant eu l’honneur et le plaisir de faire de nombreuses plongées à ses côtés et sous sa tutelle. Sans oublier, ses nombreux conseils qui me permettent d’être encore en forme ce jour.
Tout cela Franck nous le conte en détail. Il n’a rien oublié, j’en suis certain, étant de ceux qu’il n’hésitait pas à questionner. Ce qui nous occasionnait des échanges passionnés.
Je m’arrête là, vous aurez le plaisir d’en savoir plus, en ouvrant les pages de cet ouvrage, qui devait être écrit
Bravo Franck, un vieux scaph, te dit que l’on ne pouvait pas faire mieux.

Gérard Loridon

Pour la commande, voir ci-dessous.

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Marie MYRIAM 40 ans de carrière…
et toujours la dernière gagnante française de l’Eurovision !

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Lorsqu’on évoque Marie Myriam, aussitôt vient en tête le refrain de « L’oiseau et l’enfant » qui la fit triompher à l’Eurovision… voici 40 ans ! Depuis, aucun chanteur ne l’a seulement fait trembler de son socle !
« Je vais entrer dans le Guiness des records », me dit-elle en riant !
Car Marie, ce n’est pas seulement une chanson, c’est une carrière semée de succès tels « Los Olvidas », « Sentimentale », « La leçon de Prévert », « Nostalgia », « Un homme libre » et bien d’autres succès qui lui ont fait faire le tour du monde et ont bâti une magnifique carrière avec l’une des plus belles voix de la chanson française.
Carrière riche et belle qui continuerait peut-être si la disparition de son mari et producteur Michel Elmosnino voici bientôt quatre ans.
Quelques souvenirs de tournées, avec Delpech, avec « Age Tendre », l’évocation d’amis communs comme C Jérôme, annie Cordy, Guy Mattéoni…et l’on se retrouve toujours avec le même plaisir.
Un livre de souvenirs bouleversant « La fille du Ribatejo » qui a vu la petite portugaise déracinée devenir une grande chanteuse française (Ed Archipel), un double CD magnifique regroupant quarante chansons qui ont essaimé sa carrière sous le simple titre « 40 ans de carrière » (Ed Wagram)… Il n’en fallait pas plus pour qu’on se retrouve et qu’on parle de ce double événement… en espérant qu’il y aura une suite.

C D

Bon, commençons par ce qui fâche : l’Eurovision où chaque année on rappelle que depuis 40 ans plus aucun français n’a remplacé la petite Marie qui fêtait alors ses 20 ans… Pénible ?
(Elle rit) Mais non, ce n’est pas pénible car c’est là que tout s’est déclenché pour moi. Je trouve seulement dommage qu’il n’y ait toujours pas de relève.
Heureusement, cette année, pour la première fois, c’est le Portugal qui a gagné. Heureuse ?
Déçue pour la petite Alma qui représentait la France mais très heureuse pour Salvador Sobra qui représentait le Portugal avec une chanson qui était totalement à contre-courant de ce qu’on imagine être « Une chanson pour l’Eurovision » ! Ca a été un grand moment de bonheur, de grâce, de poésie, de simplicité. Je l’avais d’ailleurs sélectionné sur mon face book mais ça a été une grande surprise.
Ça m’a rappelé des souvenirs car j’étais dans le même cas avec ma chanson qui n’était alors pas dans la mouvance Eurovision. Comme moi il démarre sa chanson a capella, ce qui est très casse gueule. Même les pays de l’Est ont voté pour lui, ce qui prouve que l’amour compte toujours. Et c’est rassurant.
Ça ne donne pas des envies de retour ?
Non, du moins pas pour l’instant. Cela faisait 35 ans que nous vivions et travaillions ensemble avec Michel. Lorsqu’il est parti si soudainement, c’est le monde qui m’est tombé sur la tête. Au départ de mon père, il avait une leucémie et on s’y attendait, même si sa disparition a aussi été très dure. Ca a été et ça reste une difficile période de ma vie et aujourd’hui, je n’arrive pas à imaginer monter sur scène sans lui à mes côtés. Et puis, le métier a tellement changé, plus business que show. C’est devenu un monde très difficile surtout pour des artistes de mon époque que l’on ringardise facilement. En France, c’est l’argent et le jeunisme qui priment.

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Des regrets ? De la nostalgie ?
On a tous des regrets à divers degrés mais j’ai plus de nostalgie que des regrets sinon le fait d’avoir perdu des êtres chers trop tôt, ce que je trouve un peu injuste.
La nostalgie c’est de voir ce métier devenir une usine à argent plus que de musique. C’est un métier qui se déshumanise, qui perd sa sincérité. En France, il y a « les branchés » (si le mot est encore à la mode !) et « les ringards ». Voyez « Les enfoirés ! Dans nombre de pays, on voit les jeunes et les moins jeune se mêler, les jeunes respectant les plus âgés. C’est pour ça que refaire un album pour qu’il ne soit pas diffusé ne servirait pas à grand chose.
Il y aurait de quoi faire ?
Oh oui, pas mal de chansons ont été enregistrées, qui n’ont jamais fait l’objet d’un disque. Mais à quoi bon ? A 60 ans, personne ne m’attend. Et puis, pour tout dire, je n’en ai plus envie. Je me suis tellement occupée des autres et j’ai été tellement prise par le métier qu’aujourd’hui, les enfants ont leur vie même s’ils sont toujours très près de moi, j’ai envie de m’occuper de moi, de faire des choses que je n’ai jamais pu faire comme aller écouter un concert de musique classique.
Je vais donc un peu plus penser à moi.
Écrire a-t-il été une thérapie ?
En quelque sorte… Ça m’a évité d’aller voir un psy, même s’il y a eu des moments très difficiles, douloureux même. Écrire a été quelque chose de beaucoup plus intime que de parler. Je l’ai aussi fait pour les gens qui m’aiment, pour leur dire que je les aime aussi et qu’ils sont toujours importants pour moi. Je l’ai fait aussi pour mes enfants et mon neveu, qui connaissent mal l’histoire de notre famille dont on n’a jamais eu le temps de parler. ils ont découvert beaucoup de choses et ils pourront les transmettre à leurs enfants.

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Qu’est-ce qui a été le plus dur ?
Le fait de relire mon histoire et de revivre certaines choses écrites par moi. D’ailleurs, si je n’avais pas eu à mes côtés Mathieu Johann et Serge Poézévana, peut-être n’y serais-je pas arrivée. Mais en même temps ça m’a fait beaucoup de bien et ça m’a soulagée de quelque chose. Écrire, c’est être en tête avec soi-même, c’est plus fort, plus vrai que de se raconter oralement. Et ça fait du bien.
Choisir les chansons de ce beau disque a dû être plus facile ?
Oh que non ! Pas de choisir les chansons mais d’être obligée de me battre avec Universal qui n’avaient même pas l’idée de faire une compilation de Marie Myriam mais qui, voyant que je voulais la faire avec Wagram, m’ont mis des bâtons dans les roues, m’ont demandé des droits monstrueux… Ca a été la guerre et j’ai dû prendre un avocat. Mais j’y suis arrivée.
Il y a quelques inédits dont de très jolis duos…
Oui, de belles rencontres, de beaux moments de complicité avec l’inattendu Jean-Louis Murat qui m’aime bien, Pascal Sevran avec qui je me suis beaucoup amusée et fait de belles rencontres, Nazaré Péreira avec qui on a improvisé un duo en rigolant et qu’on a eu envie d’enregistrer. Avec Toots Thielemans qui a joué avec d’immenses pointures et m’a fait l’honneur de jouer de l’harmonica pour moi… Et puis aussi quelques chansons sorties seulement sur vinyle, que des fans me demandaient. C’est un cadeau pour eux..
C’est un patchwork qui représente bien mes 40 ans de chansons.
Le jazz, le Brésil, sont très présents sur ce CD et pourtant il n’y a jamais de disque sur ces thèmes…
(Rires) On est en France ! J’ai pu à chaque fois imposer quelques chansons brésiliennes ou jazzy mais faire un album complet – c’était mon rêve ! – n’a jamais été possible. Les maisons de disques sont frileuses et lorsque l’on met un artiste dans un tiroir, difficile d’en changer.
Revenons à l’écriture… Envie de continuer ?
Je ne sais pas. Il est vrai que j’ai vécu tant de belles choses, rencontré tant de belles personnes que j’ai plein de souvenirs à raconter… et de quoi écrire plusieurs livres. Mais ce n’est pas mon métier et pour celui-là j’étais motivée car je voulais raconter mon histoire. Après, ce n’est qu’anecdotique mais j’aimerais, c’est vrai, rendre hommage à quelques personnes que j’ai appris à aimer. Mais pour l’instant ce n’est pas d’actualité… On verra avec le temps.

Propos recueillis par Jacques Brachet

 

 

NOTES DE LECTURES DE L’ÉTÉ
Par les Plumes d’Azur

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Véronique OVALDE & Johann SFAR : A cause de la vie : (Ed Flammarion)
C’est un conte moderne qui se déroule en 1984 à Paris dans un immeuble où habitent deux adolescents Nathalie et Eugène, que leur différence avec les autres enfants va rapprocher : Nathalie, qui s’est rebaptisée « sucre de pastèque » s’ennuie avec les enfants de son âge tous nuls selon elle et Eugène dont les autres se moquent parce qu’il bégaie
Leur rencontre se fait autour d’une pompe à vélo qu’Eugène vient demander à sa voisine, il est subjugué par cette grande fille si sûre d’elle et elle pense retrouver le chevalier de ses lectures dont le bégaiement devient un » intéressant maléfice ».  Elle décide de lui imposer des épreuves comme dans l’amour courtois au terme desquelles le chevalier pourra obtenir les faveurs de la dame. Eugène obéit et remporte vaillamment trois épreuves mais « à cause de la vie », les choses ne se passent pas comme dans les livres.
Au-delà d’un conte moderne, de nombreux problèmes actuels sont évoqués : difficultés des rapports entre enfants, entre adultes, le poids des préjugés mais toujours avec légèreté et humour
L’originalité vient également de la bande dessinée qui n’est pas seulement illustrative mais qui, par ses couleurs, ses personnages attachants et peu conventionnels donne, avec humour, une lecture complémentaire du roman.
Tous ces éléments font de « A cause de la vie », roman doublé d’une BD, une œuvre originale et d’une très grande richesse.

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Jeanne BENAMEUR : L’enfant qui (Ed Actes Sud)
C’est l’enfant qui, depuis le départ de sa mère marche dans la forêt avec son fidèle compagnon, un chien que nul ne voit mais qui le guide et le protège. C’est l’enfant dont le père a mal aimé la mère, la femme à la jupe rouge délavée rencontrée un jour de marché à bestiaux et qui lui a lu les lignes de la main. La femme qui a toujours marché sur les routes. La femme qui a expliqué à l’enfant ,dans sa langue incompréhensible pour les autres, la maison de l’à-pic. Cette maison qu’il faut atteindre, cette maison au fond de chaque être, cette maison d’où il faudra redescendre sans peur pour reprendre la marche de la vie.
C’est l’enfant dont la grand-mère n’a jamais su ni voulu communiquer avec la mère, cette grand-mère violée dans sa jeunesse qui affronte sa blessure profonde et désormais relève la tête.
C’est l’enfant dont le père a perdu sa liberté le jour où il a giflé la mère, cette liberté insoutenable au village, cette liberté qui est la vie et que le père n’a pas vécue.
C’est l’enfant qui a entendu sa mère parler de grande ville, de bateau, de mât. C’est l’enfant qui, sans parler, a su retenir les noms innombrables enfouis à jamais, la langue qui appartient à tous, la langue de l’enfant, la mère, le père, la grand-mère. La langue de l’univers.
Un nouveau petit bijou d’écriture de Jeanne Benameur, plein de beauté, de poésie, d’imaginaire mais aussi d’une violente réalité.
Un livre d’espérance porté par l’enfant qui marche vers la liberté, vers son horizon lointain. Magnifique.
Denis BENEICH : D’accord (Ed Actes Sud)
Dans ce petit livre de seulement 95 pages, l’auteur parle à la première personne.Il se souvient des coups de gueule fréquents et souvent incohérents de son père.
Il lui rend visite dans sa maison de retraite et y a emmené son fils.
Le père a débranché d’avec le monde qui l’entoure. Encore quelques ruades verbeuses dans lesquelles il cherche ses mots et son souffle. Le fils a un contact plus facile avec le grand père.
En repartant ils tombent sur une vieille dame en roue libre qui semble s’enfuir en robe de chambre … et le récit devient moins sinistre ….
Avec une écriture d’une étonnante justesse l’auteur raconte une histoire totalement contemporaine, malheureusement banale.
A lire de préférence avant le quatrième âge !

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Joolz DENBY : Billie Morgan (Ed du Rocher) – Traduction Thomas Bauduret
Nous sommes en Angleterre dans le Yorkshire, de nos jours. A Bradford.exactement.
Billie Morgan raconte ses mémoires, « La vérité telle qu’elle existe dans mon souvenir » dit-elle en préambule.
Nous sommes alors entraînés dans un thriller infernal mêlant étude sociologique et parcours personnel où le réalisme dérangeant et le style particulièrement adapté de l’auteur nous captive.
Certes nous savons que Billie a assassiné. Elle dit : « J’ai pété un plomb, j’ai mis fin à sa vie, je l’ai éliminé ». Elle s’en est sortie.
Mais elle porte toujours en elle le fardeau de ses secrets.
L’intrigue se résume donc à : Qui ? Comment ? Pourquoi ?
Les dernières pages nous le révèleront alors que peu à peu nous avons été amenés à cerner l’univers de la délinquante.
Née d’une famille dysfonctionnelle, d’un petit milieu anglais, abandonnée très jeune par son père, rejetée par sa mère, l’adolescente rebelle rejoindra un groupe de bikers, le Devil’s Own.
Dans cet univers dérangeant et violent elle trouvera un mari, Micky, membre du gang, qui aurait pu la protéger et la sauver.
Le destin basculera un soir… Il ne lui restera de cet univers artificiel et sans projet que l’affection qu’elle porte à Nat l’enfant de Jas, une jeune noire inconséquente.
Parce qu’il est cru et réaliste, profond dans le regard porté sur l’humanité, ce thriller autorise le lecteur à s’attacher à ses personnages en déshérence.
Le livre refermé, Billie Morgan nous manque déjà.

Stéphanie DES HORTS   : Paméla (Ed Albin Michel )
Paméla, petite aristocrate anglaise sans le sou, a épousé dans les années 50, le fils de Winston Churchill. C’était un bon à rien, ils ont eu un fils et ont divorcé . Par contre elle a toujours été appréciée et soutenue par son beau père .
Ambitieuse , intelligente et très belle, elle va se marier plusieurs fois à des hommes importants dont elle espère de l’amour et de l’argent. Devenue américaine elle va contribuer à l’élection de Bill Clinton qui la nommera ambassadrice à Paris.
A part les nombreuses amours de Paméla, on a droit à une impressionnante liste de personnages plus ou moins célèbres, plus ou moins connus qui ont tous fait la joie des potins mondains et des tabloïdes du XXème siècle.
L’auteure est très documentée .
La personnalité de Paméla est évidemment assez extraordinaire pour justifier qu’on s’y attarde mais tout ça finit par devenir lassant.

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Emmanuel DONGALA : La sonate à Bridgetower (Ed Actes Sud)
On est surpris dès le départ par les personnages de ce roman : un jeune violoniste de neuf ans, polonais par sa mère et dont le père est originaire de la Barbade. Un métis donc que son père pousse et exhibe dans les cours aristocratiques de Vienne, de Paris puis de Londres. Un prodige qui galvanise son public et qui met en lumière un noir.
Une autre idée que l’on avait alors d’un esclave ou d’un domestique.
Le roman est passionnant par l’évocation de la vie de cet enfant, d’abord exploité par son père mais qui s’émancipe vite, assez opportuniste pour se libérer de ce joug. C’est l’occasion pour de côtoyer des personnages connus des cours aristocratiques d’Europe, ouvertes au progrès et la culture et au mécénat mais aussi à l’existence d’un certain racisme.
C’est l’occasion de bâtir un roman historico-musical où le jeune prodige, élève de Haydn au départ, va devenir l’ami de Beethoven qui lui a d’abord dédié cette « Sonata Mulatica » avant de se fâcher et de l’offrir à Kreutzer qui ne l’interprètera jamais.
Emmanuel Dongala brosse un tableau fort bien documenté du siècle des lumières, de la passion des princes pour la musique, mais aussi de l’évolution des sciences avec la définition du mètre étalon et, toujours en filigrane, le grave sujet de l’esclavage que l’auteur a sans doute lui-même vécu. Un style coloré, enlevé, une foule de personnalités, de détails historiques et musicaux en font une épopée richement documentée.

Arthur LOUSTALOT : Ostende 21 (Ed Les escales)
Ce roman est l’histoire passionnelle et passionnée d’un jeune couple même pas trentenaire. La passion de deux jeunes vies qui s’ennuient un peu à Paris parmi leurs amis et qui, suite à une escapade à Ostende vont tomber amoureux de cette ville un peu désuète et grise et de ses vieux hôtels charmants. Ils reviendront plusieurs fois et ivres de sensations fortes ils s’essayeront au jeu, au casino, au Black Jack en se promettant de ne jamais déraper, de garder le sens de la mesure à ne pas dépasser. Mais ils joueront avec le feu et le croupier qui les suit dans leurs aventures va nous faire partager leurs engouements puis leur addiction jusqu’à la remise en question de leur couple.
De très belles descriptions des paysages du Nord autant que de la fougue de ces jeunes gens passionnants, ponctuent le récit très enlevé.

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Santiago PAJARES : Imaginer la pluie (Ed Actes Sud) – Traduit par Claude Bleton
Suite à un accident d’avion dû à un cataclysme, une mère, et son fils qui vient de naître se retrouvent seuls au milieu du désert. La mère construit une baraque rudimentaire, creuse un puits au pied d’un palmier. Elle enseigne à son enfant toutes les connaissances du monde d’avant car cet enfant doit survivre à sa mère qui retournera à la poussière. Elle décrit un monde détruit par la folie des hommes, un monde qu’il devra affronter pour l’aventure de la vie sans mode retour.
Le lecteur pense tout de suite au Petit Prince de Saint Exupéry, merveilleusement illustré par la couverture de Carole Henaff. C’est l’innocence de l’enfant qui ne peut imaginer la pluie !
Ce roman de Santiago Pajares apporte espérance, joie, bonheur ; le lecteur ne lâche pas le livre, il reste captivé par ce petit d’homme découvrant le monde, un monde qui n’est pas seulement un puits, un appentis, deux palmiers et un potager minuscule.
Non le monde est à ceux qui sauront le sauvegarder.
Beaucoup d’émotion, de poésie dans ce roman très contemporain.

Baptiste ROSSI : Le roi du Sud (Ed Grasset)
Ce deuxième long roman écrit par un jeune auteur de 22 ans, est certes très documenté et très travaillé. Il met en scène un lieu indéfini et où sont mêlés faits réels et romanesques mais certainement très fondés. Le narrateur, jeune homme né dans une famille désunie par l’abandon du foyer par la mère et du désintérêt d’un père qui l’abandonne à des internats, réapparait donc à 20 ans dans la vie de son père originaire du Nord de la France mais solidement installé sur la Côte entre Monaco et Marseille, ville dont il est le maire. Livré à lui-même dans l’aisance et l’oisiveté, il va faire son apprentissage de la vie aux côtés de son père parmi toutes les magouilles et les intrigues, dans ces années 70/80, dans une ville qui ressemble à Toulon. Tout y passe : sombre panorama autour du SAC, intrigues pour obtenir le pouvoir et être au top de la renommée, de la puissance et de l’argent.
Un très long roman qui ne nous épargne rien, très documenté car on reconnait les évènements mais écrit avec une certaine maladresse dans le détail et une écriture fastidieuse, criblée d’une abondance de virgules qui cassent et ralentissent encore la lecture très longue de cette triste reconstitution.

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Jean-Christophe RUFIN : Le tour du monde du roi Zibeline (Ed Gallimard )
Un couple vient raconter à tour de rôle l’histoire de leurs aventures à Benjamin Franklin, immobilisé dans un fauteuil et soumis à la vigilance de sa fille qui veut lui éviter toute fatigue. Mais l’histoire d’Auguste et d’Aphanasie est fabuleuse
Parti de Hongrie où Auguste a vu le jour et d’où il s’enfuit vers la Sibérie, il y rencontre sa femme. ils rejoignent à travers mers et océans des contrées hostiles et peu civilisées avant d’arriver à Madagascar où les attend un destin fabuleux . C’est l’occasion d’évoquer rapines et colonisatio, de revisiter une époque où le but était d’établir des relations commerciales et d’installer des bases territoriale , avec, souvent, le désir d’éclairer le monde et d’y apporter les lumières de ce XVIIIème siècle .
Roman intéressant comme toujours avec Jean-Christophe Rufin, où l’on retrouve les finesses de l’auteur, sa connaissance à la fois de l’Histoire, de la Géographie et de l’Homme. Au fil de la lecture on se sent redevenir un enfant aussi enthousiaste qu’on l’était en lisant « Les enfants du capitaine Grant » !

Michel TREMBLAY : Conversations avec un enfant curieux ( Ed Léméac /Actes Sud)
« 
Michel, commence pas avec tes « questionnages », là ! » est la phrase qui résume le dernier roman de Michel Tremblay.
Tout d’abord, parce que l’auteur rapporte les interrogations qu’il formulait petit garçon, jouant avec la patience de ses proches et, aussi parce que le vocabulaire utilisé dans le texte est issu du parler populaire québécois.
L’ensemble réunit, sous forme d’une trentaine d’instantanés, les échanges que Michel, alors âgé de dix ans, a eu avec ses parents, ses grands-mères et tantes, ses amies, ses enseignantes.
Avide de connaissances, le gamin pose sans cesse des questions.
Et pourquoi ? Et pourquoi ?
Les questions sont percutantes. S’il s’intéresse au « Bambi » de Disney, au couronnement de la Reine Élisabeth II, il lui faut aussi comprendre les usages de la langue ou les mystères de la religion. Avec opiniâtreté et rationalité, l’enfant provoque.
Que répondre ? Les tentatives de digression et la mauvaise foi des adultes n’y mettent pas un terme.
De ces anecdotes le lecteur retiendra la formidable énergie, la pertinence et la vitalité de ce jeune esprit.
En revanche si certains mots nous deviennent familiers au cours du récit, il est, pour des européens, bien difficile de lire le « joual « dans le texte !
Parce qu’inspiré de sa vie privée, il reste ce regard critique mais attendri de l’auteur sur le peuple ouvrier du quartier de Montréal dont il est issu.
Un peu lassant tout de même parfois dans sa formulation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La seyne-sur-Mer : Centenaire du Pont Levant

vila 236 526 Jours : nouvelles et poèmes pour les 100 ans du pont transbordeur

Le pont levant, basculant, transbordeur – on le nomme de ces trois noms selon les auteurs – des Chantiers Navals de La Seyne sur Mer fête ses 100 ans en cette année 1917.
Petit rappel historique : Ce pont qui avait pour but d’éviter que les trains ne traversassent le centre ville fut commandé à la Société Daydé en 1913. Il entra en service en 1920. Les travaux furent achevés en 1917, date qui est retenue pour les commémorations. Après la disparition des Chantiers le Pont fut abandonné et laissé dressé et inutile à l’entrée du port, jusqu’à ce qu’il soit inscrit à l’inventaire des monuments historiques en 1986 pour être restauré en 2007, devenant mémoire des Chantiers, emblème de la Ville, et attraction touristique. De grandes fêtes et animations sont prévues en ce mois de juillet pour rendre un digne hommage à cet hymne de fer, gloire du travail humain.

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Donc « Cet été on fait tous le pont ! ». C’est ainsi que l’écrivain et journaliste Jo Dechiffre, cheville ouvrière de l’association Passions d’Auteurs, eut l’idée de proposer à des écrivains et autres artistes vivant à La Seyne sur Mer, ou tout près, de produire des œuvres ayant quelque rapport avec le Pont, mais sans sombrer dans la relation historique, ce qui est le travail des historiens. Pour ce faire il s’associa avec Nello Tammaro de la Librairie Charlemagne. Les voilà lancés dans cette aventure pour produire un recueil de 104 pages, sans aucune aide officielle, édité par Passions d’Auteurs, intitulé « 36 526 Jours » avec une couverture de Laurent Guérin, et l’amical soutien de Boris Cyrulnik. Pourquoi 36 526 jours? On s’en doute, c’est l’âge du Pont à la date anniversaire de la fin des travaux le 26 juin 1917.
Ce sont 13 volontaires : Véronique Adam, Serge Baudot, Adrien Biscos, René Caplan, Jo Dechifre, Erick Demeurs, Drör, Elyane Deslondes, Denise Hémery, Marcus Malte, Jean-Paul Piazza, Jean-Christophe Vila et Jean-Marc Vincenti qui ont, avec des imaginations diverses et multiples, déployés souvenirs et aventures allant du quotidien au fantastique, en passant par l’érotique et la fantaisie, sans oublier l’humour, pour rendre hommage à ce centenaire qui a trouvé une nouvelle jeunesse à l’entrée du port de La Seyne sur Mer.

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Serge Baudot
Livre en vente à la Libraire Charlemagne : 27 quai Gabriel Péri – La Seyne sur Mer
(tel 04 94 06 01 10)

Marseille
Pluie de stars à la Vieille Charité

A B
E F J

Monter jusqu’à la Vieille Charité à 14H en plein cagnard sous près de 35° de température, faut le vouloir !
On l’a voulu pour la bonne cause puisque c’est ce lieu construit au XVIIème siècle par Pierre Puget afin d’abriter les indigents, classé monument historique en 1950 et devenu un lieu culturel, qui recevait ce week-end, non pas des indigents mais des personnalités venues présenter leur biographie.
Certainement à cause de la canicule et… de la plage à côté, ce n’était pas la foule des grands jours mais l’ambiance était… chaude et les artistes ont joué le jeu avec les signatures, les selfies et la discussion avec le public. Même les plus réticents comme Sheila ou Mathieu Madénian, qui n’aiment pas particulièrement les photos… et les journalistes.
C’est sous le préau qui fait le tour de l’édifice, qu’on avait installé les personnalités. Un lieu très étroit où ça se bousculait et où quelques personnes on failli se casser la figure en reculant et ne voyant pas la marche !

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Mais tout s’est bien passé en ce samedi, malgré quelques déceptions de certains qui ne trouvaient pas « leur » célébrité annoncée comme Stéphane Plaza, Jacques Weber, Michel Drucker, Aure Atika, Dominique Besnéhard, Natashe St Pier… En effet, il n’avait pas été précisé que certains ne viendraient que le dimanche ! Ou encore Guy Bedos qui ne resta que le matin.
Mais il y avait quand même du beau monde sous le préau surchauffé et l’on put aussi assister à quelques conférences dans la fraîcheur d’une salle.
Ainsi retrouvais-je aussi quelques amis comme Alain Chamfort ou Stone, nous souvenant de notre jeunesse puisqu’en calculant bien, avec Stone (voir portrait) nous nous connaissons depuis 50 ans, avec Alain ce sont les années « Flèche » avec Claude François, Fiona Gélin que je retrouve toujours avec plaisir pour parler d’une famille que j’aime et que je connais depuis longtemps : la sienne !
Retrouvailles avec Gérard Jugnot, que j’ai souvent croisé, pas plus tard que quelques semaines au Six N’Etoiles de Six-Fours. Depuis nos tournées « Age Tendre », où elle est l’une des rares à m’avoir snobé, je ne fais que passer devant Sheila et la laisse à ses fans. Sylvie Tellier joint à la fois la beauté, la gentillesse et la simplicité, tout comme Olivier Mine, Pierre Menès ou Jérôme Anthony, animateurs aussi sympathiques sur petit écran que dans la vie…
Bref, si la chaleur météorologique était au rendez-vous, elle y était aussi avec ces célébrités avec qui l’on a passé de jolis moments.

Jacques Brachet
Photos Evelyne Arnaud

Coup de coeur
« Le vertige des falaises » de Gilles PARIS (Ed Plon)

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Marnie est une adolescente de 14 ans qui vit sur une île en toute liberté, entourée de deux couples : sa grand-mère, Olivia, grande bourgeoise,  hiératique et forte malgré le drame qu’elle vit de femme battue par son mari, Aristide, un type violent et barbare qu’elle a décidé de ne pas quitter et de vivre avec courage et abnégation ses coups renouvelés. Sa mère Rose, femme douce et aimante; hélas marié au fils d’Aristide et d’Oivia, un homme coureur, menteur, ivrogne et joueur, qu’elle aussi a décidé de ne pas quitter et de souffrir en silence.
Entre les deux, cette gamine avance dans l’âge adulte, à la fois fragile, forte, indomptable,n’en faisant qu’à sa tête, libre parce que les sujets de préoccupation de sa mère et sa grand mère sont ailleurs, malgré l’amour qu’elles lui portent. Vivant dans une immense maison de verre et d’acier construite  par le grand père, battue par les vents et les tempêtes, Marnie essaie de s’en sortir à sa manière : en rêvant beaucoup, s’inventant une vie, tenant tête à tout le monde. Elle découvre peu à peu tous les secrets que renferment cette maison glaciale et ces deux couples bouffés par les drames et les non-dits, à peine surveillée par Prudence, qui a été l’assistante d’Aristide avant de devenir la servante muette de la famille.
Mûrie trop vite, Marnie se forge un caractère semblable à cette maison, de verre et d’acier, de grâce et de force.
Dans un tout autre genre, Gilles Paris nous avait proposé « Autobiographie d’une courgette » dont le film tiré du roman a reçu plusieurs Césars et a été nommé aux Oscars, et « Au pays des kangourous » qui a obtenu plusieurs de prix littéraires.
Il nous propose là un drame intimiste et original où, chaque personnage à son tour prend la parole. Et à chaque prise de parole, un pan de ces secrets qui entourent cette maison perdue sur l’île, se révèle à nous, par petites touches, jusqu’au final où tout se précipite un peu et où l’on découvre tout ce qui se cache derrière tous ces personnages.
C’est un roman fort, émouvant, où les femmes, courageuses et fortes malgré leurs cassures, sont superbes, même si elles sont prisonnières de leurs secrets et de cette île qu’elles ne quittent pas, hormis Marnie qui s’enfuit en cachette sur le continent.
Au fur et à mesure on découvre tous les non-dits car nombre d’entre eux connaissent un morceau de l’histoire qui, tel un puzzle, se met en place au fur et à mesure que chacun prend la parole.
Par contre, les hommes n’ont pas le beau rôle : Aristide est un sadique, Luc est un flambeur, Côme, le curé, sait des choses sans rien pouvoir dire, le docteur, Géraud en sait tout autant mais est lié par la promesse faite à Olivia de ne rien dévoiler.
Ce roman est à la fois un thriller et un roman psychologique qui nous tient en haleine jusqu’au dénouement final, entre Hitchcock, Agatha Christie, Daphné du Maurier, superbement écrit par un Gilles Paris très inspiré.
Cette histoire pourrait, une fois encore, faire l’objet d’un film tant l’histoire est aussi forte que ces personnages de femmes dont il fait le portrait, le décor sauvage de cette île perdue accentuant la lourde atmosphère dans laquelle vivent les personnages.
Un magnifique roman.

Jacques Brachet