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Toulon – Fête du Livre
Luciano MELIS : Un bel hommage à Lino Ventura

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Luciano Mélis est poète, écrivain, éditeur et si son nom ne sonne pas italien, son prénom n’en fait aucun doute.
A la fête du Livre de Toulon, il présentait un magnifique album sur Lion Ventura, aux côtés du fils de celui-ci, Laurent qui l’a beaucoup aidé dans l’iconographie du livre.
Laurent, comme son père, est un «taiseux» discret et timide, qui plus est agoraphobe. C’est dire qu’il a fait d’énormes efforts pour se retrouve au milieu d’une foule compacte, comme c’est à chaque fois le cas à la Fête du Livre.
Mais Luciano, lui, est heureusement volubile et comme nous nous connaissons, c’est avec lui que nous allons parler de ce livre qui retrace la vie personnelle et la vie d’artiste de l’un des derniers monstres sacrés français disparu trop tôt. Comme il était lui aussi jaloux de sa vie privée et de se dispensait pas en interviewes, grâce à Laurent, nous en savons un peu plus sur l’homme qu’il était, sous la plume de Luciano, le tout parsemé de photos quelquefois inédites mais retraçant une carrière très riche, faite de talent, même si lui-même pensait ne pas en avoir, de générosité, d’intelligence, de fidélité…

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Luciano, pourquoi un livre sur Lino Ventura ?
Parce que j’ai la chance de le connaître dans les années 70 à St Paul de Vence où il passait des vacances en famille, à jouer aux boules avec entre autres Yves Montand, Georges Geret, Jacques Prévert et quelques autres amis dont André Verdet, poète, peintre, sculpteur vivant à St Paul qui est devenu plus tard son ayant droit, et mon ami dont j’ai édité ses œuvres. Là, il vivait en toute liberté, semi-anonymement mais personne ne l’embêtait. Il était dans son élément et pour lui se retrouver là était un vrai bonheur. Ce qui nous a rapprochés, c’est que nous étions tous deux italiens. Grâce à lui j’ai connu sa fille Clélia, Et nous avions des amis communs comme José Giovanni ou Georges Lautner.
C’est un personnage qui m’a beaucoup marqué en tant qu’acteur et en tant qu’homme. Il était humainement très attachant, timide, discret, pudique et pas macho du tout malgré ce qui se dégageait de sa personne. Il était d’une grande simplicité, il aimait être entouré de sa famille, cuisiner pour les copains, partager des matches de foot ou de pétanque…
D’où ce livre…
Oui, l’idée m’étant venue de l’écrire pour le 30ème anniversaire de sa mort, il y a deux ans. J’ai donc contacté Clélia qui, ayant déjà écrit trois livres sur son père, n’était pas très enthousiaste pour un quatrième et qui m’a conseillé de voir son frère, Laurent.
Là ça a été un peu difficile au départ car il n’a jamais voulu être au-devant de la scène. Il était assez réticent mais finalement il a fini par accepter l’idée.
Comment avez-vous travaillé tous les deux ?
Je dois dire que j’avais commencé à écrire le livre avant que Clélia refuse et que Laurent accepte ! J’avais déjà visionné et lu plein de choses mais dès que Laurent a accepté il s’est beaucoup impliqué, m’a proposé beaucoup de témoignages de son enfance. Ensemble on a  choisi les photos et j’ai contacté un maximum de personnalités qui l’avaient connu comme Lelouch, Hossein, bien sûr Lautner et Giovanni, Claudia Cardinale, Brigitte Bardot qui m’a fait un beau cadeau : un texte qu’elle a elle-même écrit, Françoise Fabian, Alain Delon et beaucoup d’autres qui, s’ils ne l’avaient pas connu, l’admiraient et ont écrit de jolies choses. Et puis nous avons aussi répertorié ses films. Il en a fait beaucoup, nous n’avions pas assez de place pour parler de tous. Nous en avons choisi 25 et nous avons beaucoup privilégié l’image.

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Ça n’a pas dû être facile ?
Ça a été un vrai casse-tête car il y avait beaucoup de documents, il fallait faire un choix et pour certaines photos, demander les droits, ce qui était le travail de l’éditrice. Ce furent huit mois de collaboration et de travail. Au fur et à mesure je lui envoyais mes écrits qu’il modifiait où dont il ajoutait des précisions.
Comment s’est fait le montage du livre ?
Tout simplement en suivant la chronologie de sa vie, des événements, des tournages. Et aussi quelquefois par rapport aux documents que nous avions. Au fur et à mesure nous écrivions, nous choisissions les  photos et le travail a avançait petit à petit.
Ça a été une belle expérience, une belle et amicale collaboration.

Propos recueillis par Jacques Brachet

NOTES de LECTURES

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Sylvie GERMAIN : Le vent reprend ses tours (Ed Albin Michel – 213 pages)
En 2015, Nathan, un quadragénaire mélancolique, est de passage à Paris Il lit sous un abri bus un avis de recherches de sept personnes disparues. Parmi celles-ci, Gavril Krantz, 80 ans, une tache noire à une tempe, disparu le 27 février 2015 de l’hôpital où il séjournait. Nathan est stupéfait. Il connait cet homme et il le croit mort par sa faute depuis plus de 25 ans.
Il se remémore le mois de juillet 1980 au cours duquel, alors qu’il était âgé de 9 ans, il a rencontré dans les rues de Paris ce saltimbanque, déguisé en ibis, qui souffle à l’oreille des passants des mots, des morceaux de poèmes dans des instruments improbables. Enfant solitaire et moqué à cause de ses difficultés d’élocution, Nathan va trouver en Gavril un ami qui l’ouvre à la fantaisie, à la poésie, au plaisir des mots et qui met la joie dans sa vie.
Nathan enquête auprès du commissariat et de l’hôpital. Gavril est mort peu après son départ de l’hôpital et a été retrouvé noyé. Il est enterré dans une fosse commune dans un cimetière parisien.
Grâce aux enregistrements des conversations que l’assistante sociale de l’hôpital a eu avec Gavril, Nathan va découvrir qui est son ami, né en Roumanie d’un père d’origine allemande et d’une mère tzigane.
Par des chapitres alternant présent et passé, Sylvie Germain nous raconte la vie entrecroisée des personnages profondément humains, originaux et attachants qu’elle a imaginé, Nathan, Gavril mais aussi Elda la mère de Nathan.
Dans une belle langue, riche d’inventivité, l’auteur évoque la force des liens d’amitié et leur impact sur la construction de soi ainsi que les mensonges qui donnent un «faux pli à la vie», tout en rappelant un pan de l’histoire de la Roumanie.
Un conte tout en finesse et poésie. Le lecteur est sous le charme.
Karine TUIL : Les choses humaines (Ed Gallimard – 342 pages)
Le roman de Karine Tuil, lauréate du Prix Interallié et du Prix Goncourt des lycéens, se remarque par l’intelligence, la subtilité et la violence de son récit.
Les héros sont confortablement installés dans une époque contemporaine où vie professionnelle et vie sociale alternent avec justesse. Une première partie place les personnages, le principal Alexandre, jeune diplômé de Polytechnique, est accusé de viol. Une plainte a été déposée, la seconde partie du livre déroule la tempête judiciaire et médiatique dans laquelle tous les thèmes contemporains sont évoqués. Sous la plume de Karine Tuil, le lecteur est l’accusé, la victime, l’avocat général ou l’avocat de la défense (excellent), les parents, les amis, jusqu’au verdict final. La bascule serait aisée pour l’auteure de faire pencher le lecteur pour tel ou tel protagoniste, ce n’est jamais le cas, elle maîtrise parfaitement les arguments et c’est à un rythme saisissant de vérité  que sont décrites perquisitions, convocations et confrontations. Plaidoiries criantes d’impudeur, de cruauté et de complexité orchestrées par des avocats hors pairs.
Ce roman retrace une tragédie, un crime, c’est le constat douloureux de la domination du plus fort, du plus riche, du plus instruit sur ceux qui n’ont pu atteindre leur niveau. Serait-ce un problème d’éducation, du respect de l’autre ?
Un problème à débattre le plus vite possible pour éviter qu’ainsi aillent «les choses humaines».

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 Vincent MESSAGE : Cora dans la spirale (Ed Seuil – 458 pages)
Le grand tourbillon de la vie parisienne d’un jeune couple. Elle, conseillère en entreprise de marketing va se retrouver rapidement dans l’œil du cyclone où la «machine» écrase tout sur son passage, faisant valser patrons, employés, famille. Cora ne fait plus que courir après le temps, un embouteillage, une rame de métro bloquée, le timing est détraqué et c’est l’affolement et aujourd’hui le drame.
Analyse pertinente mais glaçante du monde du travail où l’humain est bousculé, broyé, c’est le monde des gagnants. La spirale descendante de Cora est racontée par un certain Tristan qui dissèque ce monde qui change à une allure hallucinante.
Le style brillant, l’enchainement haletant des évènements en font un roman extrêmement émouvant, un livre à recommander.
Percival EVERETT : Tout ce bleu. (Ed Actes Sud – 332 pages)
Traduit de l’américain par Anne-Laure Tissut
Artiste peintre noir américain Kevin Pace,  la soixantaine, se consacre depuis plusieurs années à un tableau grand format qu’il garde jalousement secret comme il garde certains pans de sa vie. Mais aujourd’hui c’est sa fille qui lui livre un secret qu’il va garder pour lui. Il va donc nous faire pénétrer dans sa vie qu’il nous révèle au compte-gouttes au travers de trois épisodes de son existence qu’il nous présente par phases alternatives. Le Salvador où, à peine adulte, il a aidé son ami à retrouver son frère Tadd, drogué, déboussolé, perdu dans un pays en révolte et où règne le chaos. Chaos qui l’entraine vers des évènements dramatiques qu’il taira sous l’emprise de la sidération. Puis on le retrouvera dans un épisode parisien où déjà mâture, à l’occasion d’une exposition de peinture, il tombera amoureux d’une jeune femme de la moitié de son âge. Marié, père de famille, cachant tout à sa femme, il va prendre une décision douloureuse car inexplicable. Enfin le retour au Salvador pour un pèlerinage sur les lieux improbables de son aventure de jeunesse, lieux qui  le renvoient vers son foyer, sa famille et le grand secret qu’il va enfin révéler, ayant compris son chemin de vie et sa révélation.
Roman sur l’amour, l’engagement, l’amitié, la souffrance face au secret, la rédemption, le tout baigné dans un déploiement de couleurs jaillies de l’imagination du peintr. « Tout ce bleu » est un magnifique roman d’amour sous toutes ses formes, l’amour déclaré, l’amour tenu secret, l’amour incompris, l’amour avec un grand A.

CEYLAC demory

Catherine CEYLAC : A l’amour, à la vie (Ed Flammarion – 217 pages)
Catherine Ceylac se destinait à êtres comédienne. Elle a bifurqué vers la télé où elle fut speakerine, au temps où ce métier existait encore, puis animatrice et journaliste.
Elle reste aujourd’hui l’une des animatrices préférée des Français grâce à son émission «Thé ou café ?» qui reste l’une des émissions les plus suivies.
Journaliste, elle a côtoyé nombre d’artistes, comédiens, chanteurs, créateurs, écrivains et quelques autres dont certains sont devenus des amis ou ont gardé de belles relations avec elle. C’est pour cela qu’il y a quelques mois elle nous a offert un livre très particulier «A la vie, à la mort» (Ed Flammarion) où elle confesse des artistes sur la mort qui, qui que l’on soit, atteint tout le monde laissant des blessures, des peines, des douleurs mais qui quelquefois rend plus fort. Ce n’était pas un livre triste puisqu’il parlait beaucoup de la vie, de l’espoir…
Voici qu’elle récidive avec «A la vie, à l’amour», où elle rencontre des artistes qui lui ont fait confiance pour se raconter sur ce thème, en évoquant joies et peines d’amour, premiers rapports amoureux, amour des leurs, des femmes et des hommes avec qui chacun a fait un plus ou moins long bout de chemin, amour de leurs parents…
Dans l’amour il y a aussi la vie et la mort et chacun l’intègre à sa façon, et se raconte avec tendresse, avec humour, avec nostalgie, de Sandrine Bonnaire à Mimie Mathy en passant par Catherine Lara, Guy Savoy, Thomas Dutronc, Marc Levy…. 14 portraits qui nous émeuvent et nous font apparaître des gens qu’on croit connaître sous un autre jour.
Si Catherine Ceylac les a interviewés, elle s’est glissée dans leur ombre, effaçant les questions, ce qui rend encore plus vivant ces confidences pleines d’émotion.
L’amour, la mort… A travers ces mots, il y a la vie, tout simplement.
Jean-Claude DEMORY : Le rendez-vous du Palais-Royal (Ed Plon – 286 pages)
Jean-Claude Demory, journaliste, rédacteur en chef adjoint chez Bayard Presse et directeur de collections historiques aux éditions Hachette-Collections, a également dirigé le théâtre de la Porte de Gentilly et est l’auteur de nombreux ouvrages.
Dans ce premier roman, il s’est manifestement nourri de ses connaissances historiques et de son expérience théâtrale.
Nous sommes en juillet 1944, Antoine Lasalle, étudiant en droit âgé de 19 ans, se rend chez Sacha Guitry. Il envisage de devenir comédien et veut, avec des amis passionnés de théâtre comme lui, monter « Le Mât de cocagne », une pièce de jeunesse de Guitry, mettant en scène de jeunes gens souhaitant devenir acteurs par tous les moyens. Il plait à cet homme célèbre qui lui donne l’autorisation tant espérée à condition qu’il supervise la mise en scène. Mais les combats dans Paris en pleine insurrection mettent fin aux répétitions. Sacha Guitry est arrêté et emprisonné par les Forces Françaises de l’Intérieur. Antoine qui s’était engagé à la Croix Rouge se débrouille pour être nommé gardien de l’hôtel particulier de Guitry, rempli d’objets précieux, afin d’éviter qu’il soit pillé. Il gagne ainsi l’amitié et le soutien de l’auteur. Cependant Antoine envisage de renoncer à sa vocation théâtrale et à aller seconder sa mère dans l’imprimerie familiale qu’elle dirige seule depuis la disparition en 1942 de son mari, dans des circonstances mystérieuses. Mathilde, une libraire de dix ans son ainée dont il est l’amant, l’en dissuade et le pousse à s’inscrire dans un cours d’art dramatique.
Dans ce roman, d’une écriture classique et au scénario varié, l’auteur nous fait suivre  la progression d’Antoine dans le milieu du théâtre et du cinéma au cours de cette période troublée de l’après-guerre, ses rencontres avec les plus grands noms des acteurs de l’époque, ses réussites et ses échecs  et sa quête de l’amour.

Farmer chalandon

Sophie KHAIRALLAH & Julien AUTIER : Mylène Farmer de scène en scène
(Ed Hors Collection)

Attention… réservé aux fans… et ils sont nombreux !
En 30 ans de carrière, Mylène Farmer est devenue une icône indéboulonnable.
Le mystère autour d’elle, sa voix, son physique, son originalité et ses concerts surdimensionnés ont fait d’elle une star comme il en existait au siècle dernier. Il est rarissime qu’elle s’exprime, on ne la voit jamais hors concerts, elle vit à l’étranger. Ce qui en fait une artiste unique et que chacun de ses retours sur scène est un événement de taille.
Malgré son silence, on ne compte plus les livres qui sont sortis sur elle et malgré tout ça, elle reste mutique et secrète. Des photos personnelles, il y en a peu mais les photos de ses concerts sont toutes plus belles les unes que les autres.
Sophie Khairallah est une fans, sans contestation possible. Elle nous a déjà offert en 2008 «Mylène Farmer, le culte» (Ed Why Not) tant il est vrai qu’il y a un culte, une adoration sans bornes de cette artiste.
Cette fois c’est avec Julien Autier qu’elle nous offre un magnifique album : «Mylène Farmer de scène en scène» où ils ont collecté tout ce qui pouvait tourner autour des sept spectacles pharaoniques de la star : Photos bien sûr mais aussi coulisses en allant à la rencontre de quelques proches qui ont bien voulu parler, de ses couturiers qui l’ont à chaque fois somptueusement vêtue, coiffeurs et autres bijoutiers, tous ceux qui ont participé à ce que Mylène soit devenue un mythe.
En fait, Mylène est un peu un OVNI dans ce show business très souvent formaté. Elle, elle échappe à toute mode, à tout style, à «toute ressemblance avec une autre», qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas d’ailleurs.
Ce livre est un bel hommage à une artiste rare… dans tout le sens du terme !
Sorj CHALANDON : Une joie féroce (Ed Grasset et Fasquelle –316 pages)
Le roman débute sur une scène de braquage d’une bijouterie par quatre femmes, c’est l’arrêt sur image. Nous repartons sept mois en arrière. Jeanne la narratrice, libraire passionnée de 39 ans, mère éplorée par le décès de son enfant et le désamour de son mari nous fait partager avec beaucoup de sensibilité les affres de l’attente suite à sa mammographie.
Jeanne est une femme appréciée de tous, une image parfaite de discrétion et d’abnégation. Dans la salle d’attente, lors de la chimio elle rencontre trois femmes «ses sœurs de cancer». Toutes partagent maladie et solitude. Toutes les quatre  vont braquer une bijouterie, place Vendôme .
Et là on dérape totalement, c’est le thriller, l’aventure. L’auteur ne nous a pas habitués  à cette fantaisie qui choque après la sensibilité du début. Mais ce roman, est aussi un hommage au courage des femmes. ll est la peinture d’une femme qui reprend sa vie en main et commence à vivre pour elle-même.
La fin est surprenante et inattendue.

Toulon – Fête du Livre
David LELAIT-Helo dans l’intimité de la reine d’Angleterre

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Paul Scarborough est un garçon timide, timoré, sans ambition réelle, que sa femme a quitté et qui vit à Londres chez sa mère.
Sans boulot, il boit plus qu’il ne devrait et vit un peu comme un zombie.
Jusqu’au jour où il entend à la radio que le Brexit a été voté. Tout à coup le voilà qui se réveille, qu’il s’énerve pour la toute première fois et qu’il prend une décision, ce qu’il n’a jamais fait de sa vie : il décide d’aller rendre visite à la reine d’Angleterre.
Il semble qu’on ne puisse approcher facilement sa majesté, cloîtrée dans son immense palais de Buckingham mais, aujourd’hui il ose et est prêt à toutes les tentatives pour l’approcher.
En fait, ce ne sera pas si difficile, profitant d’un jour de visite du palais, il se laisse enfermer dans ce lieu immense où, quand vient la nuit, il arpente couloirs et escaliers pour trouver la chambre de la reine… qu’il trouve, s’y introduit et découvre la reine endormie.
La reine se réveille et, à peine surprise de cette intrusion, contre toute attente, elle commence à discuter avec Paul, le trouvant sympathique et la faisant sortir de son ordinaire. Et voilà que tout étonné, il va converser toute la nuit avec elle.
David Lelait-Helo nous offre avec ce roman «Un oiseau de nuit à Buckingham» (Editions Anne Carrière), un conte original, surréaliste plein de fantaisie, d’humour et d’émotion mêlés et lui qui est habitué à écrire des biographies, il nous raconte habilement une situation improbable et nous fait découvrir la reine comme on n’aurait jamais pu l’imaginer, qui, si elle n’était pas ce qu’elle était, aurait pu être une ménagère lambda, qu’on découvre en chemise de nuit liberty, qui n’en peut plus de s’ennuyer, de se geler dans cet immense vaisseau.
Ayant trouvé cet être simple et naïf, elle va se confier comme jamais elle ne l’a fait, lui raconter des bouts de sa vie passée à faire quelque chose dont elle ne rêvait pas : être reine, une vie pas si rose que ça, pas idéale du tout, qu’elle subit par la force des choses.
C’est à la fois drôle et émouvant, même si David extrapole un peu, n’étant pas dans l’intimité de la reine ! (Enfin, je le pense que si c’était le cas, il m’en aurait parlé !) C’est aussi une réflexion sur la liberté, cette liberté qu’en fait elle n’a jamais connue, sur la destinée, la sienne n’ayant pas été choisie «of course» et l’on suit donc ce dialogue avec délice et curiosité.
C’est à la Fête du Livre que je retrouve cet ami chaleureux qui est à la fois journaliste, biographe, auteur de chansons et de romans et de recueil de sagesse.

David, la reine d’Angleterre pour héroïne… Gonflé, non ?
Ça fait écho à un fait divers qui s’est passé en 82, où un homme s’était introduit dans la chambre de la reine. Bien entendu il n’y est pas resté longtemps car il a très vite été interpellé.
J’avais trouvé ça incroyable mais j’étais aussi déçu qu’on l’ait arrêté tout de suite. Et je me suis alors posé la question : que ce serait-il passé s’il avait pu y rester plus longtemps ?
A partir de là j’ai commencé à penser à ce face à face et j’ai imaginé un dialogue entre eux.
Au départ, je voulais en faire une pièce de théâtre et j’avais pensé à Line Renaud pour jouer la reine. Mais à 90 ans passés elle ne se voyait pas remonter sur scène. Du coup, j’en ai fait un roman !
Qui pourrait toujours devenir une pièce de théâtre ?
Oui, bien sûr car c’est très dialogué mais à part Line, je ne vois pas qui pourrait endosser ce rôle. S’il me vient une idée, pourquoi pas ?
Il y a beaucoup de descriptions du palais de Buckingham et beaucoup de choses que tu fais dire à la reine. Je suppose que tu as étudié la question à fond. Est-ce que tout est exact ?
Tout est exact sauf le ressort dramatique que j’ai bien sûr inventé. J’ai lu une dizaine de livres, de bios, beaucoup de témoignages de ses proches, de ses majordomes. Mais bien sûr, ce n’est pas une biographie ni un documentaire sur la reine. C’est une rencontre que j’ai inventé sur des faits réels. Lorsque le prince l’appelle «ma saucisse», je ne l’ai pas inventé ! Toutes les anecdotes sont vraies.

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Et la chemise de nuit Liberty ?
C’est plausible, non ? Je ne l’imagine pas avec des déshabillés ou des dessous rouges par exemple ! C’est aujourd’hui une vieille dame et même jeune, je ne pense pas qu’elle ait pu porter des dessous affriolants !
Le ton est à la fois plein d’humour mais il y a aussi de jolis moments d’émotion.
Oui car je pense que la reine a beaucoup d’humour et c’est en fait une rencontre pleine de tendresse avec Paul. De plus, ce livre sort comme par hasard au moment où sort aussi la série télé «The crown» car aujourd’hui, la reine a retrouvé sa popularité un peu perdue avec les événements que l’on sait. La revoilà au-devant de la scène et il y a un nouvel attrait pour elle. C’est certainement dû à ce qu’elle est une vieille dame. Après avoir été ringardisée, elle est devenue une icône. C’est souvent le cas pour des personnalités qui, en, vieillissant ou en mourant, sont portées au nues. Regarde Line, Annie Cordy, Dalida…
C’est pareil pour la reine et lorsqu’elle disparaîtra, ce sera un grand choc et pas seulement pour son peuple. Aujourd’hui elle est passée à la postérité.
Envisages-tu de lui envoyer le livre ?
C’est drôle que tu me poses cette question qui m’a aussi été posée par une dame à la Fête du Livre de Toulon. Je ne l’avais pas envisagé mais pourquoi pas ?
Je pense qu’elle a assez d’humour et de recul pour livre ce livre, d’autant qu’elle lit très bien le français. Je ne vois rien qui puisse la choquer car le roman l’humanise et j’y ai mis beaucoup de tendresse.
C’est presque une psychanalyse que tu lui fais subir !
C’est vrai, d’abord parce qu’elle se confie à un inconnu, ce qui n’a jamais dû lui arriver car elle est enfermée dans sa fonction, dans sa posture. Elle est verrouillée et n’a pas le droit de s’épancher. Ce qui exclut toute pensée personnelle dite à haute voix…  «Never explain, never complain», ça dit bien ce que ça veut dire car elle n’a pas le droit, hélas, de s’exprimer sur ses sentiments, la couronne est lourde à porter, elle ne peut jamais se permettre d’osciller. Elle ne peut s’exprimer que par symboles.
Tu lui fais d’ailleurs dire : «A quoi je sers ?»
Oui car elle doit souvent se poser cette question. Elle incarne quelque chose d’énorme mais elle a les mains liées, elle n’a pas le droit de s’exprimer, ce n’est pas elle qui décide. C’est ce qui la rend émouvante, d’autant que, au contraire de sa sœur, ce n’est pas la vie qu’elle avait choisie de vivre. Elle l’a vécue par la force des choses, par devoir, par amour pour son père. Mais il lui a toujours manqué la liberté qu’elle aurait voulu avoir.
En face d’elle, Paul, qui est l’antithèse de la reine !
Il est totalement à l’opposé ! Et lui qui pense avoir tout raté dans sa vie, qui l’envie, ne comprend pas qu’elle se plaigne car il lui semble qu’elle a tout pour être heureuse. Elle va le persuader que c’est lui qui a tout : la jeunesse, la liberté, le droit de choisir sa vie… Tout ce qu’elle n’a jamais pu avoir. Elle a renoncé à beaucoup de choses.
Cette rencontre aura pour résultat que la reine aura pu parler pour une fois à cœur ouvert et que Paul verra la vie différemment »

Propos recueillis par Jacques Brachet

Toulon – Fête du Livre
Jean SICCARDI , un polar de montagne !

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Chaque année, la fête du Livre de Toulon me permet de retrouver un ami de longue date ave qui on a fait, comme on dit «Les cent dix-neuf coups» avec d’autres copains aujourd’hui hélas disparus : Jean-Michel Thibaux et Jean-Max Tixier.
Un ami écrivain dont les romans sentent la Provence, cette Provence qu’il aime profondément, qu’il n’a jamais quittée et qu’il décrit toujours, après une soixantaine de romans, avec un amour profond, un talent  toujours renouvelé et dans cette Provence qu’il décrit, à chaque fois ni tout à fait la même, ni tout à fait différente, il a le don d’y inscrire une histoire originale où drames et joies se mêlent, une histoire toujours forte, âpre et belle comme le sont les paysages qu’il dépeint avec minutie, avec de belles envolées lyriques, avec un vocabulaire choisi qui donnent la force à ses histoires.
Avec lui, on parcourt les chemins de la Provence profonde avec une histoire et des personnages hauts en couleur, aux personnalités bien campées, comme Noël Bertrand et Gaston des Vignes, ce dernier ayant donné le titre à cet ultime roman paru chez Calmann-Levy.
Nous voilà dans la Haute Provence d’après-guerre, à la ferme du Saut du Loup où vivent Noël et sa mère, Madeleine. Revenu de la guerre en héros, Noël va se retrouver confronté à Cécile, qui fut son amour de jeunesse, qui vit une vie dissolue avec un étrange visiteur qui a l’air d’avoir des vues sa ferme. Il retrouve Gaston des Vignes, devenu son mari, un mari trompé, berné et vieillissant duquel il va se rapprocher avant que celui-ci ne meure dans d’étranges conditions, juste après sa femme assassinée et son amant disparu.
Qu’est-ce qui se trame dans ce paysage si calme, au pied du Bec du Ponchon qui, tel un volcan non éteint, menace de s’écrouler sur le village et ses environs.
Jean nous offre là un thriller qu’on ne peut plus lâcher dès les premières pages, qui nous entraîne dans une histoire sombre et dramatique dans un pays de taiseux où peu à peu vont, malgré tout se révéler d’étranges histoires.
Il a encore frappé fort, cet homme placide et à l’imagination débordante, à la fois romancier, poète, auteur de théâtre, qui vient d’obtenir avec ce roman, le prix Nice Baie des Anges 2018.

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Jean, peut-on dire que tu as écrit un thriller provençal ?
Plutôt un polar de montagne ! Le mot «provençal» aujourd’hui, ça me gave un peu. Lorsqu’on dit que je suis un auteur provençal, je réponds que je suis un auteur comme les autres qui vit en Provence au lieu de vivre à Paris.
Bon, ceci mis au point, revenons à ce «polar de montagne» !
C’est un roman sur la désertion. Après «L’auberge du gué» j’avais toujours mes personnages en tête et je m’y étais attaché. Je n’arrivais pas à m’en détacher mais je ne savais pas quoi en faire. Je voulais que mes héros aient une vie plus romanesque, plus terrible. J’ai pensé qu’ils pouvaient avoir un secret. J’ai eu l’idée d’en faire disparaître quelques-uns comme dans une tragédie grecque.
Je trouve que tu fais des descriptions de paysages magnifiques…
Tu sais, pour moi c’est facile, j’y vis dedans, au milieu des forêts, des roches, je connais les lieux, je les aime, si je ne suis pas provençal dans l’écriture, je le suis dans le cœur et je suis enchaîné à cette terre, à cette montagne, à l’Italie qui est toute proche. Ce sont des choses qu’on ne peut pas inventer. J’ai failli être bloqué par la neige pour venir à la fête du livre mais c’était tellement beau !
Tu es un véritable peintre !
(Il sourit) Tu sais, la littérature a bouffé ma vie, il ne se passe pas un jour que je n’écrive. J’ai écrit jusqu’à huit, dix heures par jour. Aujourd’hui je me suis calmé et je vis dans la solitude et dans une sérénité presque bouddhiste ! Je n’ai personne autour de moi, rien qui ne vienne me troubler. J’écris moins longtemps mais j’arrive à écrire des choses différentes sans que ce soit complexe. Nous avons une belle langue, à la fois simple et difficile.
Comment travailles-tu ?
Beaucoup ! Le travail, c’est le plus important. J’écris dans mon bureau. En principe, lorsque je commence à écrire, j’ai toute l’histoire dans la tête. Après, je mets le temps qu’il faut pour écrire. Pour «Gaston des vignes», ça fait plus d’un an que je suis dessus. Il y a un roman sur lequel je travaille depuis près de 18 ans. Je l’avais commencé en 2002 et je pense que ce sera le dernier que j’écrirai. Je ne veux pas écrire un roman de plus mais faire une œuvre littéraire.
Ça veut dire que tu vas arrêter d’écrire ?
Oui, ce roman sera mon testament posthume ! Mais j’ai encore quelques idées avant d’arrêter. D’ailleurs, mon prochain roman sort le 14 janvier. Il s’intitule «Les dames du mardi». Il se déroule entre Nice et Gênes et ça n’a plus rien à voir avec mes précédents romans. C’est l’histoire d’un homme qui rêve de devenir riche et pour cela il est prêt à tout, même à devenir «barbot» (proxénète). Ça se passe dans un bar qui est en fait le dernier bordel existant du côté du Cannet.
J’écris aussi un autre livre avec Hélène Grosso : «Le relieur du diable». C’est la vie romancée du dernier tanneur de peau humaine !
Et puis je suis sur un autre livre : «Voyage en folitude» sur tout ce qui m’est arrivé de fou en tant qu’écrivain.
Bon, je vois que la retraite, ce n’est pas pour tout de suite ! Ça ne va pas te manquer de ne plus écrire ?
Je ne crois pas car lorsque je suis dans ma montagne, je n’arrête pas… J’ai appris à ne rien faire que lire, rêver, écouter. Tiens, un exemple : il est un compositeur que je n’aimais pas : Bruckner. Eh bien, j’ai appris à l’écouter et à l’aimer.

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Mendy RAYNAUD, illustratrice et carnettiste
Aux côtés de Jean Siccardi, une femme au sourire lumineux qui n’est pas à côté de lui sans raison. Elle est illustratrice et carnettiste. De descendance hollandaise, elle un parcours, selon ses dires, «biscornu» car elle est autodidacte. Elle a pratiqué différents métiers alimentaires avant de se rendre compte qu’elle avait un certain talent pour le dessin et les arts plastiques en général. Elle s’y est donc jetée et sa rencontre avec Jean et Hélène Grosso a été déterminante.
« J’ai fait des expositions mais j’aimais écrire aussi. J’avais envie de lier les deux en proposant des livres. Mais j’étais loin d’être sûre de moi. Hélène m’a alors formée dans des ateliers d’écriture  puis j’ai eu le courage de solliciter Jean pour qu’il me dise ce qu’il pensait de mes écrits et de mes poèmes. Il a lu et il m’a prodigué beaucoup de conseils. Nous avons donc travaillé ensemble sur un premier livre qui est sorti voici un an : «Alioth, le croqueur de nuages», un conte pour enfants qu’il a écrit et que j’ai illustré. Et je viens d’écrire et illustrer «D’encre et la nuit»  (Ed Encres de Siagne). En parallèle, j’ai créé une collection de livres pour enfants.
Je prépare un livre qui s’intitulera «La petite histoire du papier», un conte pour enfants, l’histoire d’une petite boule de papier qui va raconter comment elle est née. Il sortira au printemps. Et je prépare une exposition en collaboration avec Hélène Grosse au Moulin à Papier».

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Voilà donc un nouveau virage pour Jean : mentor. Alors, on n’est pas près de le perdre de vue.

Jacques Brachet

Toulon – Fête du Livre
Danièle THOMPSON-Jean-Pierre LAVOIGNAT :
En souvenir de Gérard OURY

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Avec Jean-Pierre Lavoignat, nous nous sommes rencontrés voici quelques mois à Toulon où il était venu présenter un superbe livre consacré à Romy Schneider, tout simplement intitulé «Romy» avec l’aide sa fille Sarah Biasini (Ed Flammarion).
Avec Danièle Thompson il y eut plusieurs rencontres : Mon invitation à Toulon pour présenter «La boum», une superbe après-midi passée aux Oliviers à St Tropez avec son père, Gérard Oury, pour la sortie de «Rabbi Jacob» et voici peu à la Ciotat pour l’inauguration de la place Gérard Oury.
Retrouvailles donc sur la Fête du livre de Toulon où ils présentaient «Gérard Oury, mon père, l’as des as» (Ed de la Martinière) écrit à quatre mains et dont je vous ai déjà parlé (Voir rubrique écriture)
Danièle, Jean-Pierre, comment travaille-t-on à quatre mains ?
Danièle : Ce sont beaucoup de rencontres, de notes, d’enregistrements, d’interviewes où Jean-Pierre me mettait sur des voies où il voulait aller et où je faisais de même. Après quoi il y avait les allers-retours où il m’envoyait ses écrits, où je corrigeais, où j’ajoutais quelque chose…
Jean-Pierre, je suppose que dans votre longue vie de journaliste, vous aviez eu l’occasion de rencontrer Gérard Oury ?
Oui, à plusieurs reprises et surtout lors d’une semaine en Inde au cours d’un voyage du cinéma français sur lequel nous étions invités. J’ai passé beaucoup de temps à discuter avec lui… enfin, il parlait plus que moi car il aimait raconter et c’était un merveilleux conteur. Je l’accompagnais dans ses visites et j’ai passé de très jolis moments avec lui. Et puis, son petit-fils, Christopher, le fils de Danièle, m’a demandé de faire un film avec Gérard pour lui dire, à travers ses images, tout ce qu’il n’osait pas lui dire. Là encore, c’est un très beau souvenir.
Danièle : C’est aussi un film très émouvant car mon père n’était pas encore trop malade, il aimait se raconter et ce face à face avec son petit-fils reste un beau moment.
Comment est né ce livre ?
Danièle : Ce sont les éditions de la Martinière qui m’ont proposé ce projet pour le centième anniversaire de mon père. J’ai dit oui, à condition que je le fasse avec Jean-Pierre parce que j’avais beaucoup aimé toutes les belles choses qu’il avait écrites sur lui.
Je suppose, Danièle, que vous aviez beaucoup de documents à votre disposition ?
Presque trop car d’abord, sa mère découpait tout ce qui concernait Gérard et gardait tout ça précieusement dans des albums. Et puis il y avait toutes les photos de son enfance, de mon enfance aussi… Sans parler des toutes les photos de tournage. Nous avions des archives extraordinaires.

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Comment trier toutes ces archives ?
Jean-Pierre : Tout d’abord par rapport au texte, afin de l’illustrer au plus près. Nous voulions justement que les photos illustrent le texte et pas le contraire.
Danièle : Ce qui a été quelquefois difficile car La Martinière voulais un livre plutôt iconographique, ce que nous ne voulions pas. Je voulais pouvoir parler de mon père à ma manière mais aussi de ma mère pour mettre les choses au clair…
C’est-à-dire ?
Beaucoup de gens pensent que ma mère était Michèle Morgan car c’est vrai qu’ils étaient un couple mythique. Mais mon père a quand même vécu vingt ans avec ma mère, je voulais que ça se sache et par là, lui rendre hommage.
Jean-Pierre : Nous voulions également bien évoquer cette relation père-fille, mais qui étaient aussi des collaborateurs. Il y avait entre eux une fusion qu’on voulait montrer.
Danièle : Je voulais aussi que les gens sachent que mon père a beaucoup ramé dans sa vie car il a été acteur avant de faire des films et le succès n’est venu qu’à 40 ans lorsqu’il est devenu réalisateur. Ce peut être un exemple et un espoir pour les jeunes générations, pour leur dire qu’il ne faut jamais baisser les bras et qu’on peut arriver un jour à force de talent, de persévérance, de travail.
Jean-Pierre : C’est ce qu’on montre aussi dans le film avec Christopher d’autant que, lorsque nous avons réalisé ce film, celui-ci était un jeune débutant qui cherchait sa voie, qui ramait aussi.
Je suppose aussi que votre mère, votre grand-mère vous ont raconté beaucoup de choses…
Effectivement et surtout ma grand-mère qui me racontait l’enfance de mon père et qui m’a fait découvrir beaucoup de choses dont le secret de son enfance, de sa vie, dont il ne m’avait, lui, jamais parlé.
Le livre est à la première personne du singulier. Vous avez préféré cette formule à une grande interview ?
Une journée par semaine je parlais avec Jean-Pierre, il posait des questions, je répondais, il m’a beaucoup fait parler mais une longue interview aurait, à mon avis, fait trop journalistique, trop impersonnel.

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Jean-Pierre : J’ai voulu m’effacer devant Danièle car en fait ce sont ses propos, c’est elle qui me racontait, qui se racontait et c’était beaucoup plus vivant et personnel que ce soit elle qui raconte car c’est son histoire.
Alors, le choix des photos ?
Danièle : J’ai privilégié les photos de familles qui sont moins connues que les photos de tournage. Mais là aussi, j’ai préféré privilégié les photos prises sur le tournage, avec son équipe, des moments de vie qui sont en fait l’envers du décor, les coulisses qu’on connaît peu. Les photos de films, on les connait par cœur.
Jean-Pierre : Il fallait aussi que ces photos fassent un tout avec les écrits et la maquette et le choix a pris beaucoup de temps. On a mis sept mois pour terminer ce livre. On ne se voyait pas tous les jours bien sûr mais j’avoue que j’ai beaucoup de boulot et qu’en plus je ne suis pas un rapide ! A cause de moi, le livre est sorti avec quinze jours de retard par rapport à la date anniversaire !
Jean-Pierre, vous avez l’habitude de travailler à quatre mains ?
Oui, j’ai fait ça très souvent, avec Dominique Besnehard, avec Pierre Lescure par exemple. J’aime beaucoup ça. C’est plus agréable que de travailler seul dans son coin
Danièle, est-ce que vos enfants ont participé au livre ?
Non, car ce n’est pas un livre de famille, c’est un livre sur mon père, l’homme, le père, l’artiste. Il était très proche de ses petits-enfants, c’était une importante partie de sa vie mais leur intervention ne s’y prêtait pas. Peut-être un jour écriront-ils un livre sur moi !

Propos recueillis par Jacques Brachet

Toulon – Fête du Livre
Pierre BILLON : Passion moto, passion Johnny

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Avec Pierre Billon, ce sont des retrouvailles de longue date et c’est donc avec plaisir que je le retrouve à la Fête du Livre de Toulon. Il est venu, avec son pote Pascal Louvrier, signer un magnifique album consacré à ses «road trips» à travers l’Amérique avec Johnny Hallyday, avec qui il a longtemps travaillé et qui était son ami. Le titre, paru aux éditions Tohu Bohu, s’intitule justement «Road Trip – Johnny Hallyday on the road»
Tous deux partageaient les mêmes passions de la musique, de l’Amérique, de la moto, passions de liberté qui leur a fait traverser cet immense pays avec arrêts dans tous les lieux mythiques des rêves d’enfance cinématographique de l’idole qui, à ce niveau-là, était resté un grand enfant. Par ailleurs, loin de France où il n’était pas connu, il redevenait Jean-Philippe Smet, fan du cinéma américain et de ses grandes stars qui bercèrent son enfance.
Pierre, qui a parcouru jusqu’à sa disparition, ces voyages à califourchon sur des motos de rêve, nous raconte, humour et émotions réunis, toutes leurs aventures hors show-biz où ils devenaient des hommes, tout simplement, dans une ambiance de totale amitié partagée avec un cercle restreint. Des belles images, très souvent inédites de leurs périples, viennent illustrer ce très bel album, à la fois hommage à la moto et hommage à l’ami. Avec eux, nous revivons leurs aventures qui se reproduisaient presque chaque année.

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«J’ai connu jeune l’Amérique – me confie Pierre – grâce à ma mère, la chanteuse Patachou, qui s’y est installée pour faire carrière. J’y vivais, et plus tard,  je racontais mon Amérique à Johnny et je voyais que, plus on avançait, plus on en parlait, plus il lui devenait important d’aller découvrir ce pays qui a fait fantasmer son enfance. Jusqu’au jour où tout s’est décidé et il en a tellement pris goût qu’il a décidé que ça se ferait tous les ans. A tel point que, même très malade, le jeudi soir 5 décembre, veille de sa mort, j’étais chez lui et il envisageait qu’on reparte en septembre prochain, ce qu’hélas, je savais déjà que ça ne se ferait pas.
Tu as continué à y aller ?
Oui, en 2018 et 2019, sans lui évidemment. Je l’ai souhaité en souvenir de lui, même si c’était difficile.
Et c’est aussi pour cela que j’ai fait ce livre et ce pour plusieurs motifs : d’abord pour lui rendre hommage et pour montrer un autre visage que celui que tout le monde connaît : la star avec ses spectacles incroyables, l’idole flamboyante. Alors que là, il était tout autre, il redevenait le jeune homme qui a grandi avec le cinéma américain, les westerns et ses idoles, de James Dean à John Wayne en passant par Clark Gable. Il voulait découvrir tous les endroits mythiques où avaient été tournés ces films comme «Autant en emporte le vent», «Rio Bravo», «Easy Rider» évidemment. On est d’ailleurs allé à Taos, sur la tombe mexicaine de Dennis Hopper, une tombe très colorée, très fleurie, qui ressemble à la sienne à St Barth.
Il a d’ailleurs rencontré Peter Fonda ?
Oui, il était comme un enfant, un fan devant son idole et là, il redevenait timide, il n’était plus la star qu’on connaissait, il osait à peine lui parler. Tout comme le jour où il a rencontré Elia Kazan et qu’il n’a pas osé lui demander une dédicace. Tu vois, c’est ce Johnny-là que je voulais montrer et qu’on ne connaît pas.
Tu me disais qu’il y avait plusieurs motifs à ce livre ?
Oui, l’autre motif c’est que je voulais qu’on sache c’est que, ce qu’on faisait, tout le monde peut le faire à partir du moment où tu as un engin car là-bas, tu trouves toujours des petits motels pas chers et c’est d’ailleurs ce qu’on faisait. On ne s’arrêtait pas dans des hôtels de luxe ou des grands restaurants. On cassait la croûte, on s’arrêtait quand on voulait, on dormait où on trouvait une chambre. Car Johnny voulait retrouver vraiment l’Amérique de sa jeunesse, celle de Tennessee Williams. Pas question d’aller dans les grandes villes mais plutôt découvrir les grands espaces et bien sûr Hollywood qui l’a tant fait rêver, Monument Valley, la vallée de la mort, la fameuse route 66. D’ailleurs, lorsque nous y sommes retournés sans lui, nous avons apposé une plaque commémorative à Mexican Hat.
Lui qui en avait un peu marre d’être photographié, il y a des centaines de photos prises sur ces road trips.
Oui mais ça, c’était la volonté de Johnny. Il voulait ramener des souvenirs personnels, les photos, pour la plupart, ne sont pas celles de photographes professionnels mais des amis avec qui nous étions. J’en ai fait pas mal. Et il voulait toujours qu’on réalise de petits films qu’il regardait, rentré à Paris. Souvent ces films ont été une inspiration pour ses spectacles ou pour ses clips.

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Pierre et Pascal Louvrier

Johnny a donc été une grande histoire d’amitié. Avant lui il y a eu Michel Sardou que tu as quitté un jour. Pourquoi ?
(Il rit) Justement parce que j’ai rencontré Johnny, que j’ai travaillé avec lui et Sardou m’en a voulu durant une dizaine d’années oùnous sommes restés fâchés. C’était un ami d’enfance que j’ai connu grâce à ma mère qui l’avait accueilli dans ses cabarets. Nous avons écrit beaucoup de chansons comme «Je vole», «Dix ans plus tôt», «Etre une femme»… Et puis il y a eu Johnny et il me prenait beaucoup de temps car j’ai produit certains de ses albums, de ses concerts… Puis j’ai revu Sardou et c’est moi qui ai produit son dernier album et sa dernière tournée «La dernière danse». Je l’ai d’ailleurs accompagné aux percus, à la guitare et nous avons chanté ensemble «Les Ricains».
Mais j’avoue que j’avais plus d’affinités avec Johnny qu’avec Sardou : lui il aime les chevaux, le golf, ce n’était pas notre truc avec Johnny. Un peu les chevaux peut-être. Mais surtout les motos et les voyages.
Que penses-tu de cet album symphonique réalisé par Yvan Cassar ?
(Il reste un moment dubitatif). On ne peut pas dire que ce soit mal fait mais faire du symphonique avec un rocker… Est-ce que ça aurait plus à Johnny ? Je comprends qu’on fasse ce genre de choses pour les fans qui ont toujours besoin de quelque chose de nouveau. Mais faire du neuf avec du vieux, je trouve ça un peu compliqué lorsque l’artiste n’est plus là. Ce n’est pas une idée que j’aime particulièrement.
Alors, surprise, on t’a vu ces jours-ci travailler avec Sheila… On est loin du rock ?
(Il rit). Oui mais j’ai deux casquettes, je suis aussi producteur et c’est ma maison de production qui s’occupe de l’émission «Mask singers». Ce n’est pas moi qui ai fait le casting même si je suis un des seuls à savoir qui se cache sous les masques… Et je ne te le dirai pas ! Obligé puisque c’est moi qui leur fait travailler et enregistrer les chansons et pour les chanteurs, leur faire modifier leur voix pour ne pas qu’on les reconnaisse. Mais ça a été très agréable de travailler avec elle. Et ce n’est pas facile de faire ce qu’elle a fait.
Dans ton livre tu nous parle en passant de deux de tes «fiancées» : Liza Minelli et Julia Migenès… Tu ne t’embêtais pas aux USA !
(Il rit). Oui mais c’est vieux et elles n’étaient pas connues alors, pas plus que moi d’ailleurs. Liza, on savait qu’elle était la fille de Judy Garland mais elle débutait. Elle n’était pas la grande star qu’elle est devenue. Mais nous avons gardé des liens, nous avons quelquefois repris notre histoire. On ne s’est pas perdu de vue. Avec Julia, nous avons beaucoup rigolé
En dehors de ce livre, Pierre, quels sont tes projets ?
Faire tourner ma maison de production, continuer à produire des émissions de télé, ce qui m’amuse bien. D’ailleurs j’espère qu’il y aura une seconde saison de «Mask singers», et voyager encore longtemps car la route, c’est quelque chose d’important dans ma vie. Je roule beaucoup dans la province française qui est très belle et je vais régulièrement aux Etats-Unis. Je vais d’ailleurs bientôt repartir pour Daytona».

Propos recueillis par Jacques Brachet

NOTES de LECTURES

appanah Benavent

Nathacha APPANAH : Le ciel par-dessus le toit (Ed. Gallimard – 128 pages)
«Il était une fois… un garçon que sa mère avait appelé Loup. Elle pensait que ce prénom lui donnerait des forces, de la chance, une autorité naturelle, mais comment pouvait elle savoir que ce garçon allait être le plus doux et le plus étrange des fils et que, telle une bête sauvage, il finirait par être attrapé et c’est dans le fourgon de police qu’il est là maintenant ?….»
Ainsi commence le dernier roman de Nathacha Appanah.
Il n’a rien d’un conte de fée, mais nous ne lâcherons plus le livre, emportés par la magnifique écriture de l’auteure résolue à faire d’un fait divers, une bouleversante histoire de famille.
Loup est donc en prison ; le lecteur va s’attacher à cet adolescent et à la famille dont il est issu.
Les chapitres succincts se suivent. Intitulés «Lundi matin, mais ceci n’est pas le début», «Dimanche, la mère», «Dimanche soir la sœur», «Des années auparavant, peut être le début» «Le grand père, quand il est trop tard, déjà»…, tous sont constitués de «bouts de souvenirs accolés les uns aux autres» et déjà le lecteur se prend d’affection pour cette généalogie.
Au début, il y a la mère, Eliette, petite Lolita des quartiers pavillonnaires que ses parents vouent à la célébrité. Révoltée à l’adolescence et devenue Phénix, elle aura deux enfants. Viennent alors Paloma et son petit frère Loup. Trois personnages fragiles à la sensibilité à fleur de peau. Abimés par la vie, ils se battent bien pour survivre. S’ils ne sombrent pas, c’est qu’ils s’aiment même si ils ne savent pas le dire.
Touchante, l’écriture de Nathacha Appanah nous oblige à beaucoup de bienveillance à leur égard et nous rêvons avec eux d’un rapprochement, un vrai, sincère, inaltérable, fait de la solidité des liens familiaux.
«C’est un beau roman, c’est une belle histoire»
Elisabet BENAVENT : Dans les pas de Valeria (Ed L’archipel –  400 pages)
Il y a des livres pour tous publics, celui-ci s’adresse principalement aux filles.
Un quatuor de filles très sympathiques, la trentaine ou presque, ont l’habitude de tout se raconter de leur vie intime, ça se termine en partie de rigolade, elles se soutiennent en cas de détresse amoureuse, les hommes et leurs performances sexuelles sont leurs sujets de conversation préférés.
Valeria, en panne d’inspiration après un gros succès de librairie, se laisse aller et bien que mariée à un photographe beau comme un astre mais distant, elle regarde avec intérêt un certain Victor.
Il y aura trois autres romans avec Valeria, si vous aimez le premier pourquoi pas, sinon s’abstenir !

bordage Pingeot

Pierre BORDAGE : inKARMAtions (Ed LEHA – 451 pages)
Dans ce roman de science-fiction Pierre Bordage met en scène trois forces de la pensée indienne : la création, la destruction et l’équilibre, et ce, sans notion de morale.
Pour cela il nous fait pénétrer dans le Vimana, un endroit hors du temps où les seigneurs du Karma observent la trame karmique de la Création. En effet celle-ci est menacée par le Souverain des Ténèbres qui envoie ses serviteurs, les rachkas, se mêler aux humains pour précipiter leur perte.
Les Seigneurs du Karma qui veillent à l’intégrité de la trame karmique, disposent d’agents, les karmacharis,qui parcourent le temps et l’histoire humaine pour lutter contre les rachkas et les empêcher de nuire.
Les karmacharis sont aidés par les ciodras qui préparent les missions en créant vêtements, monnaies, outils ou documents correspondant à l’époque d’intervention dont ils trouvent la description dans les annales intemporelles.
Nous suivons les aventures des karmacharis, dont la belle Alyane,son ami  Alakim et le rouquin Djegou ainsi que celles  des ciodras, Lumik, Belfo,  Sijkes et  Abbadon. Nous partons en Autriche en 1910 pendant la préhistoire, sur le siège de Jérusalem, à Paris pendant le procès des Templiers, dans les colonies spatiales, dans le monde de 2173 après la guerre des blocs.
Mais cet équilibre du monde humain recherché par les êtres du Vimana ne va-t-il pas être définitivement compromis alors que certains d’entre eux semblent devenir la proie du Souverain des abîmes ?
Habilement coupé en chapitres nous entrainant dans les courses échevelées des héros, ce roman sur le thème classique de la lutte entre anges et démons, se lit avec plaisir et ravira las amateurs du genre.
Mazarine PINGEOT : Se taire (Ed  Julliard – 279 pages)
Le dernier roman de Mazarine Pingeot décrit avec délicatesse un crime vieux comme le monde : le viol. Chaque cas est un drame, dans ce livre c’est celui de Mathilde, jeune photographe envoyée auprès du prix Nobel de la paix pour la une du magazine. Et c’est, meurtrie dans sa chair et dans son âme qu’elle sortira de l’hôtel particulier de celui qu’elle aura toutefois photographié. Elle se tait, puis se confie à sa sœur Clem, une sœur championne de roller derby, que rien n’arrête et qui crie vengeance ; mais la famille connue des médias par la notoriété du père chanteur populaire, du grand-père académicien et portant un nom d’aristocrate, démontre les dégâts d’une médiatisation de ce crime et c’est le silence le plus total qui devient le quotidien de Mathilde. Oui, se taire à tout prix pour ne pas faire d’éclaboussures, avec les meilleures intentions du monde, se taire et passer à autre chose, entreprendre des études d’architecte, rencontrer un homme différent, d’un monde différent, un égyptien avec lequel le silence devient moins lourd. Mais c’est toujours en silence qu’elle subit les humeurs de ce compagnon Fouad, un homme jaloux, dominateur, menteur mais charmeur. Et quand Mathilde fuira à nouveau, mais enceinte, c’est auprès de sa famille et surtout de sa sœur qu’elle trouvera un semblant de repos. La fuite, toujours la fuite, une fuite qui n’aura de fin que si elle affronte son passé, et quel en sera le prix ?
L’auteure connait bien le poids du secret, elle-même fille longtemps cachée d’un président de la république, un secret qui empêche de vivre, un secret qui mine, qui tue petit à petit même si la vie continue, un secret enfoui dans le silence mortel. Ce n’est pas ça la vie, et Mathilde meurt en silence depuis ses vingt ans, avec sa famille trop brillante, trop connue, une famille pourtant aimante.
Il y aura un déclic qui lui permettra d’affronter sa vérité et sa survie, la seule façon de se regarder en face et surtout de regarder devant.
Depuis les affaires Weinstein et Epstein, les affaires de viol remplissent les journaux, les films et les livres, c’est la libération de la parole enfin. Ici, l’auteur a choisi le parti de se taire, d’autres iront au tribunal, mais comment une sentence peut elle réparer le mal destructeur du viol ? Admirablement écrit, avec émotion et pudeur, ce livre est bouleversant.

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Karine TUIL : Les choses humaines (Ed  Gallimard – 342 pages)
Présent parmi tant d’autres en cette rentrée littéraire, le roman de Karine Tuil se remarque par l’intelligence, la subtilité et la violence de son récit. Comme nous, les héros ont organisé leurs vies, ils en maîtrisent les codes et le suivi. Ainsi, Alexandre, jeune diplômé de polytechnique poursuivant ses études à Stanford en Californie est accusé de viol. Fils d’un chroniqueur de télévision réputé et d’une psychanalyste féministe, il emmène un soir la fille du compagnon de sa mère et c’est le drame. Une plainte pour viol sera déposée au commissariat dès le lendemain matin. Le roman de Karine Tuil prend une tournure très concrète, le lecteur pourrait croire assister aux audiences du tribunal et sous la plume de cette auteure devient tour à tour l’accusé, l’avocat général ou l’avocat de la défense, les parents, les amis, jusqu’au verdict final.
Écrit à une époque où la parole est donnée aux femmes victimes de harcèlement sexuel au travail ou dans la vie courante, ce roman est d’une actualité brûlante, il traduit avec mesure les deux parties confrontées. La bascule serait aisée de faire pencher le lecteur pour tel ou tel protagoniste, ce n’est jamais le cas. Le rythme du roman s’emballe, c’est douloureux, c’est saisissant d’impudeur, de cruauté, de complexité, orchestré par les avocats, mais ce n’est jamais «que le cours invariable des choses humaines».
Ce roman retrace une tragédie, nul ne peut le lire sans réfléchir aux actes et aux conséquences du viol, un crime. C’est également un constat douloureux de la domination du plus fort, du plus riche, du plus instruit sur ceux qui n’ont pas pu atteindre leur niveau. Serait-ce un problème d’éducation, du respect de l’autre ?
Vraiment un problème à débattre le plus vite possible pour éviter qu’ainsi aillent les choses humaines.
Monica SABOLO : Eden (Ed. Gallimard – 240 pages)
Dans le sixième roman de Monica Sabolo, des adolescents disparaissent  au cœur d’une forêt mystérieuse d’ Amérique du Nord où se côtoie une faune étrange de personnages : Amérindiens, forestiers, adolescents déboussolé .C’est l’une d’entre eux, Nita, qui rêve d’ailleurs, qui raconte l’étrange aventure du viol d’une jeune ado mystérieuse et déjantée élevée par un père mystique.et qui disparait  pendant deux jours. On la retrouve  au pied d’un arbre, nue, inconsciente, violée.  Nita va remuer ciel et terre pour comprendre et démasquer le coupable  puisque Lucy mutique et prostrée ne révèle rien On baigne dans l’étrange et le malaise tout au long de ce récit pendant lequel Nita va tenter de nous faire comprendre qui sont les prédateurs, qui sont les victimes
Un profond malaise règne en présence du comportement de ces ados déboussolés, de leur éveil à une sexualité, malsaine à l’image de la confusion qui règne au sein d’une société décadente.
Eden ? ,je n’ai pas compris le titre Je l’aurais plutôt appelé  «Enfer» tant je me suis sentie mal à l’aise à la lecture, un peu comme un voyeur.
Très bien écrit, très lyrique et fantomatique mais… «Br ».

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Nathalie RHEIMS : Les reins et les cœurs  (Ed Léo Scheer – 206 pages)
Dans ce vingtième livre, Nathalie Rheims fait le récit de la lutte qu’elle a dû mener pendant un an contre la maladie rénale génétique qui frappe toutes les femmes de sa famille.
Bien qu’elle ait vu sa mère en souffrir des années et en mourir, Nathalie elle n’a jamais pu admettre qu’elle pouvait en être également atteinte.
Conséquence de ce déni et d’une totale absence de suivi médical, le 23 aout 2017, à 58 ans, Nathalie entre à l’hôpital en urgence. Ses fonctions vitales sont atteintes par une gravissime insuffisance rénale.
Par petits chapitres d’une belle écriture, l’auteure nous relate ses souffrances physiques et morales depuis ce premier jour d’apocalypse jusqu’au jour de sa résurrection près d’un an après.
Sans pathos, ce livre est un hommage à la vertu d’espérance, au personnel soignant dont la douceur et l’opiniâtreté rassurent sur notre corps médical, et au «don absolu» qu’est la greffe d’organe.
Anaïs Vanel : Tout quitter (Ed Flammarion – 188 Pages)
Petit roman graphique où le texte est présenté en courts chapitres d’une page parfois et découpé en saison et qui redessine le destin d’une jeune battante parisienne qui du jour au lendemain liquide sa vie, ferme son appartement  et file vers le sud, vers le soleil et la mer, vers la liberté, les vagues qu’elle va surfer et le bonheur qu’elle va trouver en laissant libre cours à ses envies, son élan  et qui vont déboucher sur sa réconciliation avec elle-même.
Un roman tel un rêve, une route vers le bonheur parfaitement exposé par cette jeune auteure pleine de désir et de rêves.
Belle écriture vive et gaie comme les vagues qu’elle chevauche

 

 

Notes de lectures

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Jean-Paul DELFINO : Assassins ! (Ed Héloïse d’Ormesson – 237 pages)
Sous-titré «Les derniers jours de Zola», le roman de Jean Paul Delfino sera remarqué pour son originalité et ses qualités d’écriture.
Les premières pages du livre parlent d’un «dormeur» pris d’un malaise qui essaie d’analyser son mal être. Intoxication alimentaire ? Empoisonnement ? Malveillance ? L’homme envisage toutes les hypothèses.
Il s’agit bien de Zola. Nous sommes en 1902. L’auteur de »J’accuse… ! ».
L’année 1897 est en proie à des torrents de haine notamment des ligues patriotes et de l’extrême droite.
Dans cette dernière nuit de Zola, l’auteur l’imagine, allongé dans son lit à coté de sa femme Alexandrine, mais pensant aussi à Jeanne la jeune lingère de la maison qui est devenue sa maîtresse et qui lui a donné deux enfants. Il lui fait remémorer toute sa vie, son combat pour intégrer le monde de la littérature, son rejet en sa qualité de provincial, l’acharnement haineux auquel il est confronté.
L’auteur met aussi en scène les ennemis de Zola et cherche à savoir qui aurait eu intérêt à faire définitivement taire cet homme et à faire passer son décès pour un banal accident domestique causé par un tirage de cheminée défectueux.
Un livre passionnant qui mêle habilement le récit de la vie de Zola et la description du climat délétère de la France de la fin du XIXème siècle, intolérant et antisémite.

besson Portrait d'Olivier Dorchamps, Paris, 20 mars 2019

Philippe BESSON : Un diner à Montréal. (Ed.  Julliard – 198 pages)
On pourrait dire de cette autobiographie quelle est la troisième partie d’une trilogie qui commence avec « Arrête avec tes mensonges », se poursuit avec « Un certain Monsieur Darrigand » et qu’elle s’achève par les confidences de l’auteur autour d’un diner au restaurant à Montréal.   Il vient de croiser un certain monsieur Darrigand Paul, un  amour de jeunesse qui bouleversa sa vie amoureuse en le quittant pour une vie plus plus traditionnelle. Nous allons être  alors l’invité de ce repas où se retrouvent l’auteur et son compagnon du moment et ce couple qu’il a invité suite à cette rencontre lors de la dédicace de son livre. C’est une conversation à bâtons rompus entre les quatre protagonistes afin de parler du passé amoureux, de la séparation, du choix d’un nouvel amour. C’est une succession de moments émouvants, faits de non-dits,  de vérités éclatantes, de sous entendus où chacun plonge au plus profond de son intimité. En fait que reste-t-il de cet amour bien des années après ? Et bien encore, beaucoup de sentiments que l’auteur nous dévoile avec à la fois pudeur et audace faisant de ce diner un moment d’intense intimité.
Toujours la même délicatesse et la même vivacité se retrouvent ici pour nous rendre complice de cet aparté plein de sentiments.
Olivier DORCHAMPS : Ceux que je suis (Ed. Finitude – 254 pages)
Avec ce premier roman, Olivier Dorchamps, nouvel auteur franco britannique, nous raconte une histoire de famille qu’il dédie «à tous ceux que l’espoir a guidés sur les routes de l’exil et qui ont vécu la nostalgie».
Nous sommes à Clichy, de nos jours. Marwan Mansouri, né en France, la trentaine, enseigne l’histoire et la géographie dans un établissement de la région. Déjà fragilisé par sa récente séparation d’avec sa compagne, Capucine, il apprend qu’il lui faudra se rendre à Casablanca pour accompagner le corps de son père récemment décédé.
Il a été désigné d’office par testament déposé chez un notaire, alors que ses deux frères Ali et Foued ne sont pas mentionnés. Cette désignation qu’il pense arbitraire, le choque. Il ne se sent aucune attache avec le Maroc dont il ne parle que très mal la langue. Il cherche à comprendre et questionne Kabic, le vieil ami émigré en 1961, au même titre que son grand père et Milala sa grand mère. Quel lien les unit si fortement ?
Cette quête va l’amener à reconstruire son histoire, celle de ses parents et de ses grands parents.
Les personnages nous sont présentés sans ordre particulier mais avec beaucoup de justesse. L’arbre généalogique s’organise par touches successives ; on y parle d’exils et de secrets de famille.
Le lecteur est attentif, le texte émouvant et délicat, les phrases courtes et efficaces. On y évoque le déracinement, l’identité multiple, le rapport au pays sur trois générations.
Aucune acrimonie, le ton plein de pudeur relate une atmosphère, une façon de vivre «d’une grande honnêteté, dénuée de revanche» dira Kabic. Certaines scènes simplement narratives, évoquent avec humour et sobriété, l’histoire de cet héritage qui a façonné une famille.
Au pays, les gens vont parler aussi et Marwan remerciera finalement son père de l’avoir fait venir «pour comprendre qui je suis » dira-t-il.
Une belle histoire, une belle leçon de vie.

Kadra thiebert

Yasmina Khadra : L’outrage fait à Sarah Ikker (Ed.Julliard – 275 pages)
Ce roman est un polar dont le héros est un policier qui enquête sur le viol perpétré sur son épouse Sarah un soir où lui-même était retenu hors du domicile conjugal et qu’il découvre en rentrant chez lui. C’est aussi le premier tome d’une trilogie qui situe l’action dans le Maroc moderne d’aujourd’hui et qui va permettre à l’auteur de retracer le comportement de la société actuelle tant dans les couches les plus huppées que dans le milieu misérable des petits malfrats.
Driss Ikker sorti de ses montagnes de l’Atlas où il a abandonné ses chèvres pour préparer le concours de la police a réussi sa carrière  grâce à son épouse Sarah, personnage influent qui fait et défait les carrières en tant que fille d’un personnage haut placé au gouvernement. Baignant dans le bonheur et la facilité le drame s’abat sur le couple.
S’ensuivent des instants de sidération  et de mutisme incompréhensibles qui créent une brèche dans leur couple et les éloignent l’un de l’autre. Le policier nous entraine alors dans ses recherches et ses enquêtes alors qu’elle s’effondre dans sa douleur et son incompréhension. Driss nous fait pénétrer dans un monde de corruption, de bassesses et d’ignominie  qui sont le quotidien. les recherches seront longues, confuses parfois alambiquées et nous ne retrouvons pas toujours les grands envols du grand Khadra que nous avons connu.
L’écriture est toujours belle, le rythme soutenu, les dessous de la société marocaine très bien dénoncés mais il nous reste un goût amer .
Quid du Tome 2 et 3 , ?
Colin THIBERT : Torrentius (Ed : Héloïse d’Ormesson – 124 pages)
Colin Thibert a été fasciné par la vie de ce peintre néerlandais du XVIIème siècle dont il ne reste qu’une seule œuvre «Nature morte avec bride et mors» conservée au musée d’Amsterdam.
Ce peintre, une force de la nature, braillard, coureur de jupons, talentueux, si talentueux qu’il excelle en secret dans des peintures coquines prisées par de riches collectionneurs, jusqu’à la cour d’Angleterre !
Mais l’époque est au rigorisme aussi lorsque le bailli Velsaert qui n’a pour seul bagage que la Bible décide de le mener au bûcher, C’est alors une lutte féroce entre les deux hommes. On ne badine pas avec le diable, qu’importe les sophismes de Torrentius, on condamne pour apostasie, on chasse les rosicruciens, mais le raison d’état est parfois menée à prendre le pas sur la morale calviniste.
Roman passionnant sur des caractères forts à une époque qui punit pour paganisme ou hérésie.
Agréablement écrit, ce roman nous livre une belle réflexion sur le rôle de l’artiste, les conditions de son inspiration et la liberté de pensée.

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Alain VIRCONDELET : Dans les pas de Toulouse-Lautrec (Ed du Signe – 199 pages)
Henri de Toulouse-Lautrec n’avait pas 40 ans lorsqu’il disparut.
Ce noble personnage atteint d’une déformation, va noyer son mal être dans l’absinthe, la folie de l’époque, les femmes, les nuits endiablées et bien sûr la peinture et le dessin qui feront de lui le peintre le plus aimé de sa génération.
Il fréquenta tous les lieux où l’on s’amusait, des salles de billard au cirque Médrano, du Moulin de la Galette au Moulin Rouge, de la Foire du Trône au Divan Japonais, du Théâtre des Variétés aux Folies Bergère et d’autres lieux comme les maisons closes où il rencontrait des femmes «de petite vertu» qu’il aimait peindre… entre autres !
C’était ce qu’on appela la Belle Epoque, où l’on ne pensait alors qu’à s’amuser dans la Ville Lumière, où la guerre était encore loin même si quelques alarmes commençaient à pointer.
C’était l’avènement des techniques nouvelles, les progrès scientifiques,  la fameuse exposition universelle de l’année 1900, les travaux du Métropolitain, les avancées de Pasteur, le génie de Gustave Eiffel, de Durkhein, de Darwin, la création de la bicyclette….
Le danger n’était pourtant pas loin mais on n’en doutait pas une seconde tant on aimait à s’amuser.
Les artistes surtout et ils étaient nombreux et se retrouvaient souvent à Montmartre, petit village parisien où la folie et l’art se côtoyaient, l’art nouveau, le post impressionnisme.
De la Goulue à Aristide Bruant en passant par Jane Avril, Yvette Guilbert, tous les artistes de l’époque furent croqués par Toulouse-Lautrec.
Nous retrouvons tout cela dans un magnifique album signé Alain Vircondelet, qui nous fait revivre toute une époque, historique, économique, artistique, scientifique.
Auteur de romans, de poésies, d’essais, de documents, de biographie, Vircondelet s’intéresse à tout, grand intellectuel qui fréquenta Duras ou Sagan dont il écrivit de superbes portraits. Eclectique, il a également écrit sur St Exupery, Rimbaud, Casanova, Jean-Paul II et même Jésus !
De ses voyages il nous a offert de magnifiques impressions de Venise, d’Algerie, de Paris aussi.
Le voici donc plongeant dans la vie et l’œuvre de cet artiste original, hors du commun qui aimait croquer les gens, quels qu’ils soient, d’une plume ou d’un crayon alerte. Artiste prolixe s’il en est, il dépeint toute une époque avec ses œuvres, ses affiches, ses thèmes qui reflètent toute une époque et qu’Alain Vircondelet nous restitue en le replaçant dans l’histoire de la France de la fin du XIXème siècle.
L’on y plonge avec délectation et l’on en aime d’autant plus cet artiste hélas disparu trop tôt.

La Rochelle – 21ème festival de la Fiction TV
Véronique GENEST : « La vie m’a gâtée »

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Rencontrer Véronique Genest est toujours un joyeux moment tant elle est une boule d’énergie, d’optimisme. Elle aime rencontrer les gens et c’est totalement réciproque, car elle est abordable et populaire, on l’a vu au festival de la Rochelle. Je la retrouve avec plaisir pour parler télévision, écriture et théâtre. Surtout écriture car dans quelques jours sort un livre édité par Flammarion «Arrêts sur images» qu’elle a écrit toute seule, qui n’est pas une biographie mais plutôt une réflexion sur la vie, la mort, l’amour, le métier.
Elle a une plume alerte, écrit comme elle parle, avec volubilité, appelant un chat un chat, «nature», tellement nature car en la lisant on entend sa voix qui porte loin la joie de vivre. Ce livre est fait de moments drôles mais aussi de moments émouvants, lorsqu’elle parle de son père, de son frère, tous deux décédés, de sa mère aussi avec laquelle ce livre lui a fait faire une mise au point bénéfique.
Elle nous donne la pêche car elle a le don de vous passer et vous faire partager son énergie.
Ne dit-elle pas d’emblée : «La vie m’a gâtée» ?
Après la folie des autographes et des selfies aujourd’hui incontournables, nous voici confortablement installées dans la brasserie des Dames, «loin de la foule déchaînée !»

Alors comme ça, Véronique, la vie t’a gâtée ?
Mais oui bien sûr ! D’abord, je suis une éternelle optimiste, je positive tout ce qui m’arrive, je trouve que ma vie est belle.
Entre nous, il y a pire que la mienne, non ?
Je fais un métier qui me plaît, j’ai un mari et un fils que j’aime… Bien sûr j’ai perdu des êtres que j’aime mais qui n’a pas été dans ce cas ? Finalement, le bilan est positif.
Il y a beaucoup de phrases que j’ai beaucoup aimées dans ce livre, dont celle-ci : «La vie serait trop triste si elle était toujours gaie». Explique-moi.
Mais si elle était toujours gaie, d’abord on ne saurait pas qu’elle est belle, on n’apprécierait pas les bons moments puisqu’ils seraient tous pareils ! C’est comme les saisons : s’il faisait toujours brumeux et pluvieux, on n’apprécierait pas la chaleur et le soleil.
Tu dis encore que tu es insoumise et plus loin que tu ne sais pas dire non. N’est-ce pas antinomique ?
Mais pas du tout ! Ce n’est pas pareil. Insoumise, ça veut dire que je suis rebelle à toute forme d’autorité ou d’obligation aux choses qu’on veut m’obliger de faire. Par ailleurs, c’est vrai, je n’ai jamais su dire non à un ami, à quelqu’un que j’aime mais c’est par amour ou par amitié. Par contre, je sais dire non à des projets qui me semblent foireux, à des rôles qui ne me conviennent pas, à des sujets qu’on veut m’imposer. Je suis une insoumise mais j’ai un grand cœur !

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Tu es aussi une «catho-communiste, dis-tu. Ça m’a fait beaucoup rire !
Ben oui… J’avais une grand-mère qui était très catho… Du moins le disait-elle mais elle ne serait jamais allée à l’église sans avoir pu jouer au PMU. L’intérêt est qu’elle arrive avant le fameux «Ite missa est». Elle était catho plus par tradition familiale que par conviction. Par contre, quant au communisme, j’étais issu d’un milieu ouvrier, d’une famille nombreuse et donc on ne pouvait être que communiste… Heureux qui communiste !!!»
Et dans tout ça ?
Je suis un melting pot social ! Et j’ai surtout une grande faculté d’adaptation. Je m’adapte à tous les gens, à tous les milieux, je suis une femme populaire dans le bon sens du terme car ce n’est pas péjoratif. J’aime aller vers les gens car tout simplement je les aime.
Tu parles de l’Ardèche. Ca ne peut qu’éveiller mes souvenirs d’Ardéchois…
Tu es ardéchois ? Alors tu connais Neyrac, Meyras… Mes grands-parents étaient soyeux. Ils avaient une usine de tissage qu’ils ont léguée à mon oncle, qui n’a pas mis beaucoup de temps pour faire faillite… Le pauvre Léon !
Je suis longtemps allée là-bas car grand père était notaire et maire de Meyras. Mais j’ai eu des problèmes avec mon oncle et je n’y suis plus allée. J’ai vendu la maison. Mais j’aimerais y retourner.
Ton style est très imagé. Parfois on se croirait dans un film. D’ailleurs, justement, lorsque tu parles de l’Ardèche et des réunions de famille, on se croirait dans le film de Brialy «Eglantine» !
Ça, ça me fait très plaisir mais c’est dans ma nature et je suis une femme d’images. J’aime décrire de petites saynètes avec des images, des métaphores…
Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Parce que Flammarion me l’a demandé car il s’inscrit dans une collection dont le thème est : qu’est-ce qu’on a tiré de la vie qu’on nous donnée ? Ce n’est donc pas une bio mais une réflexion sur la vie et les événements que j’ai vécus. J’ai mis six mois à l’écrire en fouillant beaucoup dans ma mémoire, dans mon cœur. C’est en fait la vie d’une femme et d’une actrice.
Justement, arrives-tu à faire la part des choses ?
Ah, complètement. Je suis une artiste mais je fais avant tout un métier comme beaucoup de gens. Mais je le lâche  dès que c’est terminé. Je deviens femme, épouse, mère de famille. Je laisse le métier derrière moi, quand je le veux.
Alors parlons métier : que prépares-tu ?
Tout d’abord une pièce de théâtre avec laquelle je partirai en tournée*et que j’espère jouer à Paris après la tournée. Elle s’intitule «Gina et Cléopâtre», elle est signée Olivier Macé et Ariane Bachet. Olivier signe également la mise en scène. J’ai pour partenaires Daniel-Jean Colloredo, Andy Cocq qui est hallucinant, Emilie, Marié. Je crois que c’est une excellente pièce de boulevard. Je n’ai jamais tant ri à la lecture d’une pièce !
Le théâtre c’est vraiment mon métier, je me sens bien sur une scène et j’adore le public de province qui est gentil, pas bégueule, qui aime rigoler.

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Et l’écriture ?
J’ai envie d’écrire un roman mais j’écris aussi des scénarios… J’en ai cinq sur le feu, avec des styles très différents. Lequel arriverai-je à terminer en premier ? L’avenir me le dira.
Mais un avenir lointain car je commence les répétitions de la pièce le 3 octobre.
Ca va donc être un peu compliqué d’arriver au bout d’un bout !
J’ai aussi deux projets de télé et surtout un projet cinéma qui me tient très à cœur. Il y a longtemps que je n’en avais plus fait mais je n’avais pas envie de faire des panouilles. Là, c’est du sérieux. Je pense qu’on peut me faire confiance, après 30 ans de carrière !
Bon, ça va pour toi ?
Oui, merci ! Je n’arrête pas de travailler mais je ne fais que des choses qui me plaisent et j’avoue que je m’éclate au théâtre. Tout ça me permet de choisir et de refuser de jouer n’importe quoi.
Tu ne t’ennuies jamais, en fait !
Jamais ! J’ai beaucoup d’énergie et aujourd’hui je suis très satisfaite de ce livre que j’ai commencé de promouvoir à la Rochelle puisque tous les journalistes sont là… La preuve ! Et puis, ça me permet de retrouver plein de copains, de découvrir des films, des réalisateurs et de donner de mes nouvelles !
C’est le lieu où il faut être !

Propos recueillis par Jacques Brachet
* «Gina et Cléopâtre» au théâtre Galli de Sanary le 21 mars 2020

Anne-Marie GUINET-LEVY
L’art d’aimer et d’écrire malgré tout

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Anne-Marie a, dès sa plus tendre enfance, toujours écrit en vers. A 8 ans, à l’école, toutes ses rédactions étaient écrites en vers ! Et elle n’a jamais cessé, y trouvant son évasion, son bonheur, même s’il fut bien souvent malmené. Mais c’est sa passion qui l’a sauvée.
« C’est –dit-elle – un exutoire avec le but d’apporter de l’esprit, de jongler avec les mots. On naît poète, on est poète dans sa façon de vivre, de penser, de ressentir ».
Elle n’a jamais considéré son art et son talent comme un métier.
Elle est née en Allemagne, a fait ses études en France et en Angleterre, a reçu depuis, de nombreux prix et diplômes. Elle a enseigné deux ans en Angleterre et depuis dix ans elle intervient dans les écoles pour, dit-elle encore, apprendre aux élèves, aux ados,  «à écrire et à crier», les deux mots ayant, à quelque chose près, les mêmes lettres. Car elle a vécu une vie de maltraitance, d’humiliations, d’infortunes dues à l’être aimé qui était loin d’être aimable. Le sujet hélas n’est pas nouveau et est plus actuel que jamais.
Elle a cru à l’amour, au bonheur sans violence. Elle s’est trompée mais a persisté, espérant l’impossible.
Malgré tout, elle est en apparence souriante, sereine, toujours prête à croire à la vie, à l’avenir.
Elle trouve son exutoire dans son art.

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Les poèmes d’Anne-Marie sont forts car profondément vécus souvent émouvants, déchirants même. On y sent toutes ses blessures comme dans «Il ne me reste rien» sinon la solitude après la guerre, «Ni haine, ni rancœur» ou l’aptitude à pardonner même si l’insouciance est à jamais perdue, «A mes petits-enfants», particulièrement poignant ou encore «Plus de «Je t’aime» même si l’espoir est toujours là, enfoui quelque part.
Rencontrant la plasticienne Claude Printemps, celle-ci décide d’illustrer ses poèmes.
Et par effet miroir, Claude répond par des graphismes où s’enchevêtrent, en noir et blanc, des formes géométriques et symboliques qui s’entrelacent et se bousculent et s’entrechoquent comme des bourrasques de rage. Ce n’est pas une œuvre de sérénité mais elle s’imbrique tout à fait aux écrits de son amie.
Un symbiose totale entre deux artistes, deux personnalités, deux femmes que vous pourrez rencontrer  du 18 au 26 octobre, salle du Moulin d’Oli à Solliès-Ville.

 

Jacques Brachet