Archives pour la catégorie Ecriture

Notes de lecture

dhalluin-4977982-330-540 Frain© Céline Nieszawer 2

Benoît d’HALLUIN :  Une nuit sans aube (XO éditions – 347 pages)
Premier roman de l’auteur dont le thème tourne autour de l’homosexualité masculine avec la difficulté de se reconnaître différent, de le révéler à sa famille, de le vivre et d’aimer. Le livre comporte successivement des chapitres sur l’enfance et la vie d’adulte de ses personnages pour en montrer à la fois l’évolution avec ses difficultés et souffrances, à la recherche de sens et d’amour.
A cela, l’auteur ajoute une énigme : Catherine apprend que son fils Alexis a été heurté par un véhicule à New York et se trouve dans le coma : accident ou pas ? Marc l’accompagne de France aux USA, mais qui est cet inconnu et quelles étaient ses relations avec son fils ?
Livre révélateur des relations homosexuelles dans un milieu aisé qui nous transporte de Nice à New York.
Étude sociologique d’une population et de ses pratiques.
Malgré de belles descriptions de lieux et de paysages ce livre ne suscite cependant pas de grandes émotions.
Irène FRAIN : L’allégresse de la femme solitaire (Ed du Seuil – 375 pages)
Un jour d’août 1853, une femme indienne est ramenée de l’île désolée de San Nicolas au village de Santa Barbara près de Los Angeles. Toute la population est attirée par cette femme dont la langue est inconnue, mais qui chante et danse dans une joie incompréhensible.
Elle surprend par ses robes en plumes noires, ses colliers en ormeaux.
James Shaw, ancien médecin devenu éleveur de moutons cherche à déchiffrer son langage et à comprendre son passé, son histoire.
Irène Frain s’est inspirée d’une histoire vraie qui n’a pas fini de livrer tous ses secrets sur la vie des amérindiens de Californie. C’est un livre bien documenté et à l’écriture fluide qui célèbre la confrontation respectueuse à l’Autre.

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Nicolas REY : Crédit illimité (Ed Au diable vauvert – 207 pages)
Que voilà un roman délicieusement amoral… et immoral !
C’est l’histoire de Diego Lambert, un type lambda, un raté, sans profession, interdit bancaire, des dettes à la pelle qui, après avoir ponctionné toute la famille n’a plus qu’une solution : Aller voir son père avec qui il est brouillé, richissime chef d’entreprise, despote, manipulateur, violent en mots autant qu’en gestes, que sa femme battue et ses deux enfants humiliés ont quitté.
C’est son ultime chance mais quel en sera le prix ? Celui de devenir DRH de son entreprise pour virer une quinzaine d’employés… Avec au bout, un vrai pactole qui le sauvera de tous ses problèmes.
Forcé, il accepte mais déteste devoir renvoyer des gens humbles, honnêtes, qui ont des familles, des besoins d’argent mais il va malgré tout les recevoir un à un… sans arriver à les virer, plein de compassion pour eux et défiant son père qui, bien sûr, va très vite lui mettre le marché en main : ou il fait son boulot ou il n’aura pas un sou.
Entretemps il étudie la situation et se rend compte que ces renvois ne sont  que des magouilles pour se faire plus d’argent avec ses associés.
Il décide alors de passer à l’action : tuer son père. Ce qu’il fera avec un plan machiavélique incroyable, avec une espèce de sérénité, tout en se servant de quelques personnes, tout en vivant une histoire d’amour avec une psy qui le suit depuis des années, tout en tenant tête au commissaire qui dirige l’enquête.
Que pensez-vous qu’il arriva ? Il faudra lire le roman pour le croire !
D’une plume légère, pleine d’humour, Nicolas Rey,  nous entraîne dans cette aventure à la fois folle et  iconoclaste, originale et rocambolesque, par petites touches, les chapitres étant toujours très courts.
On s’attache malgré tout à cet anti-héros cependant bien sympathique et malgré la gravité de ses actes, on espère jusqu’à la fin qu’il s’en tirera ! Allez savoir !
A propos : ce livre est dédié à son père !
Boris MARME : Appelez-moi César (Ed Plon – 312 pages)
Eté 1994, Étienne,15 ans, un mètre quatre-vingt, part dans un camp de marche en montagne pour les 14-18 ans, organisé par la paroisse du quartier de Le Grandin, une banlieue défavorisée.
Fils de bourgeois, élève sérieux, il va devoir s’intégrer à un groupe de jeunes difficiles, encadrés par Frère Michel, Frère Jean Marc, Mireille infirmière scolaire et Albert le cuisinier.
Vingt-cinq ans après, Étienne veut raconter la vérité sur les évènements tragiques qui se sont passés cet été-là.
Boris Marme qui est professeur de lettres et dont c’est le deuxième roman, dresse avec une belle écriture les profils de ces jeunes si différents. On va assister à la lente transformation d’Étienne, se libérant de son éducation au fil des défis transgressifs et des jeux de pouvoir entre les membres du groupe mais surtout sous l’emprise de Jessy, jeune gravement cabossé par la vie.
Un phénomène classique qui est décrit avec talent.

Olivier Adam Photo du Festival Berlioz 2017
Olivier ADAM : Dessous les roses. (Ed. Flammarion- 247 pages)
« Dessous les roses » est un roman sur la fratrie, les relations familiales vues par des adultes qui évoquent le passé et le vécu qui les a amenés là.
A nouveau réunis lors du décès du père, la mère épuisée se repose, le frère et la sœur attendent le troisième larron, le fils difficile, metteur en scène célèbre qui a utilisé ses relations familiales pour installer son succès tout en le niant. En froid avec les siens la question se pose : Viendra-t il ou pas ?
Il vient bien sûr et c’est à cette réflexion, cette nouvelle mise en scène que nous allons assister dans le huit-clos familial. Chacun évoquera son vécu réécrivant la scène, en fonction de leurs souvenirs, de leurs rancœurs et de leur difficulté à exister dans ce cocon familial perturbé mais aussi plein d’amour chacun à sa manière.
Présenté un peu comme une pièce de théâtre où chacun joue son rôle on assiste à une fresque sociéto-familiale qui porte le lecteur à la réflexion sur les relations humaines.
Tendre et rude à la fois l’auteur, très en osmose avec ses personnages comme toujours  réveille en nous l’empathie envers le passé.
Bruno MESSINA : 43 Feuillets. Profession Intermittents(Ed-Actes Sud – 187 pages)
Intermittent ? Quelle drôle de profession dont on entend parler surtout lorsqu’est annoncée la suppression d’un spectacle pour cause de grève.
Qui sont-ils ? Quand les voyons-nous ? Pas souvent. Ils sont ceux qui ne brillent pas au premier rang des spectacles mais qui en sont la charpente, les indispensables qui installent le matériel et  font que les acteurs puissent se produire.
L’auteur nous fait suivre ici le quotidien d’un musicien d’orchestre de variétés que l’on suit de discothèques en fêtes votive,s qui s’enfonce dans la surdité mais résiste et persiste à faire partie du groupe qu’il soutient, les montages de décors, les rangements d’instruments. Quarante trois feuillets où il narre les voyages en car ou en train ou en avion, les désordres confus de dates, les bons et mauvais tours de la vie.
De vie familiale il y en a peu. Toujours parti, toujours ailleurs il ne voit pas grandir ses enfants. Peu rémunéré, peu honoré beaucoup ignoré et si indispensable cependant
D’une écriture ciselée l’auteur nous émeut et nous fait partager les moments intenses de cette approche à la fois désabusée parfois drôle et toujours riche, documentée, engagée. Un bon livre de découverte et de sympathie

 




Notes de lectures

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Tonino BENAQUISTA : Porca Miseria (Ed.Gallimard – 196 pages)
Porca miseria ! Chienne de vie !
Bien connu pour ses romans policiers édités chez Gallimard, l’auteur nous livre les débuts difficiles d’un petit émigré italien en prise avec la langue de la terre d’accueil de sa famille italienne et son combat pour faire sa place au soleil en nous livrant de façon très intime sa réussite dans le monde littéraire.
Il nous donne tout de suite  le ton de son livre.  Il n’est pas un déraciné puisqu’il nait en région parisienne au  sein d’une famille qui a quitté son Italie natale avec ses quatre premiers enfants afin de trouver du travail à l’usine. C’est l’usine pour le père, la banlieue, l’école, la vie… pour les enfants. Dur pour quelqu’un qui doit naviguer entre deux langues, l’Italien acquis  en famille, le français à l’école et la vie où il a du mal à trouver sa place.
Nous allons le suivre dans ses efforts d’investigation, d’appropriation d’une culture qu’il découvre lui-même et qu’il va conquérir, la faire sienne et devenir un auteur publié et reconnu. Une mise à nu d’une vie de combat, d’affrontement, de réussite et  d’une reconnaissante  de celle-ci dans cette terre d’accueil
Une lecture étonnante, réunissant résilience et optimisme, bonheur d’avoir trouvé sa voie. Belle écriture vive et enjouée.
Une belle lecture riche et pleine de promesses
Robbie ARNOTT : L’oiseau de pluie (Ed Gaîa – 270 pages)
Traduit de l’anglais (Australie) par Laure Manceau
C’est un conte que nous offre Robbie Arnott avec ce merveilleux oiseau de pluie que les méchants veulent capturer et que les gentils veulent laisser en  liberté. Un oiseau qui ressemblerait à un héron, mais trop gros, trop bleu, trop extraterrestre. De l’eau coule de ses plumes lorsqu’il passe son long bec sur ses ailes céruléennes.
Tout commence avec le secret bien gardé de la récolte d’encre de seiche que la petite Zoé apprend de sa grand-mère lors de son initiation. Mais les années passent, la guerre est arrivée dans le pays, la petite Zoé est maintenant dans l’armée et chargée de retrouver l’oiseau de pluie, cet oiseau magique qui détient le pouvoir de déclencher pluie, orage mais aussi sècheresse.
Dans ce conte, il y a bien sûr l’innocent visiteur qui, sans relâche, quitte son bateau pour boire en solitaire dans le seul bar du coin, ce visiteur qui côtoie une population non pas hostile mais indifférente et toujours muette sur le secret de l’encre qui, mélangée à de la peinture, transforme un simple tableau en une aventure personnelle. Ce conte traverse trois périodes de la vie de Zoé, jeune, militaire, civile, une vie où l’oiseau de pluie a été son compagnon, son ennemi et enfin son sauveur bien qu’un méchant coup de bec lui ait laissé des traces indélébiles.
Ce conte fait réfléchir aux conséquences de ses actes, sur la force de la nature et la beauté de cette pluie génératrice de vie.
Un joli conte.
Frédérick d’ONAGLIA : Le temps des convoitises (Ed Presses de la Cité – 414 pages)
Frédérick d’Onaglia est l’écrivain des sagas en Provence ; des « Bastide » aux « Montauban », d’année en année, entre deux autres romans, il revient sur ses personnages et avec « Le temps des convoitises », nous revoilà plongés dans les Alpilles, à Fontvieille exactement, où l’on retrouve Alex Bastide, propriétaire et créateur d’indiennes, le tissu provençal incontournable, qui a un projet qui ne plaît pas à tout le monde : un complexe immobilier, les Cygalières, qui pourrait abîmer le paysage provençal.
Il y a également l’hautaine Victoire de Montauban, riche et noble viticultrice, avide de terre et épouse d’un préfet on ne peut plus escroc. Mais elle su s’imposer dans un monde d’hommes qui la craignent et la respectent.
On y retrouve Elie Césaire, qui tient l’hôtel et le bar du village et qui a des velléités de devenir maire.
Claire est sa fille, dont l’ambition est de devenir une grande journaliste. Elle essaie de faire sa place au journal « Provence Matin », face à Aymard son directeur, un homme pour le moins pas très clair et qui a lui aussi de grandes ambitions.
Claire suivra ces élections, décide de soulever des lièvres mais va très vite se retrouver dans des histoires qui risquent de mettre sa vie en péril et de nuire à des gens qu’elle aime, si elle les fait découvrir à la population.
Secrets, intrigues, intérêts, conflits, complots… Tout se mêle dans ce roman, véritable « Dallas » à la provençale !
L’on reste jusqu’au bout accro à tous ces événements, ces manigances, ces coups de théâtre, qui feraient une sensationnelle série TV, tant Frédérick d’Onaglia a le sens des rebondissements qu’il nous assène à chaque chapitre.
Un régal pour les amateurs de thrillers sous le soleil de Provence.

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Metin ARDITI : Tu seras mon père (Ed-Grasset – 364 pages)
« Tu seras mon père », un titre choc que le lecteur peut percevoir comme une injonction ou un choix.
Renato en effet est en recherche de père depuis le suicide du sien, un père chef d’entreprise kidnappé, séquestré contre rançon par les Brigades Rouges,  puis relâché. Un traumatisme que le jeune Renato, « Tinett » pour sa chère nounou Rosa, ne pourra surmonter qu’en découvrant la vérité sur ce drame. Et malgré ses années de pensionnaire en Suisse et son lourd handicap de surdité, Renato va chercher puis trouver la vérité, mais à quel prix ?
Une vérité qui l’aidera à comprendre sa mère et ce merveilleux directeur de théâtre qui lui sert de guide et prend très vite l’image du père.
Un roman puissant, émouvant qui replonge le lecteur dans les années sombres en Italie où quelques hommes et quelques femmes ont cru révolutionner la classe ouvrière en utilisant le kidnapping et parfois l’assassinat.
Un roman où l’amour et la haine ne font plus qu’un et  devront arriver au pardon.
Un très beau roman.
David LELAIT-HELO : Je suis la maman du bourreau (Ed Heloïse d’Ormesson – 202 pages)
Gabrielle de Miremont est une vieille dame élégante, hiératique, austère, arrogante, hautaine et surtout d’une foi qui touche à l’adoration. Adoration qu’elle partage avec son fils Pierre-Marie à qui elle a fait avaler du Bon Dieu dès l’enfance pour en faire un fils à la fois soumis à elle et à Dieu, mettant de côté son mari et ses deux filles.
Fille mal aimée, déçue par une première rencontre, elle fait un mariage de raison, met au monde à contrecœur deux filles dont elle ne s’occupera pas, jusqu’à la naissance de Pierre-Mare qui deviendra son élu. Elle vivra pour lui et pour Dieu et un amour fusionnel se nouera entre eux deux… Entre eux trois, pourrait-on dire.
Son fils est devenu, à sa grande joie, frère Pierre-Marie, beau jeune homme aimé et respecté de tous… Jusqu’au jour où Éric, jeune journaliste, révèle une affaire de pédophilie avec une interview d’Hadrien qui en a été une des victimes. Tout d’abord très en colère contre le journaliste qu’elle rencontre et invective puisqu’il touche à ce qu’elle de plus sacré, elle décide d’en avoir le cœur net en rencontrant Hadrien qui finit par lui dire que c’est son fils qui en est le coupable. Et qu’il n’est pas le seul enfant à avoir été abusé, violenté, violé. En fait, son fils s’avère être un bourreau.
Tout un monde alors s’écroule, c’est toute sa vie qui est remise en question, toutes ses croyances, tout ce pour quoi elle vivait. C’est pour elle une douleur indicible.
C’est une histoire poignante que nous raconte David Lelait-Helo qui a eu le courage d’écrire ce livre au moment où tant de choses abominables sont révélées au cœur de l’église qui, au passage, en prend un coup… Serait-ce du vécu ?
Le livre est admirablement construit sur deux voix : l’auteur et  celle de Gabrielle, dans une langue magnifique… Voilà un auteur qui manie le français comme on le fait rarement.
D’un bout à l’autre du roman on suit cette intrigue avec émotion jusqu’au final inattendu et bouleversant.
C’est un livre magnifique et prenant, dont on ne sort pas indemne.
Benjamin VERLIERE : S’élancer (Ed Alisio – 224 pages)
Il faut un corps d’athlète pour s’attaquer aux plus hauts sommets d’Europe, enfin pas tous car le Mollehoj du Danemark avec ses 170 m ne fait peur à personne !
C’est un défi que se lance Benjamin Verlière car il partira en solitaire, sans guide ni corde fixe ni refuge. Une première à haut risque car malgré les préparatifs minutieux de chaque ascension il y a toujours l’impondérable et après avoir lu ce livre, je dirais la chance. On est sidéré par sa vitesse de marche en montagne, celui qui monte ses 300 m de dénivelé à l’heure ne demandera que quinze minutes à Beija, surnom donné à Benjamin lorsque, enfant, il était au Brésil la parfaite incarnation du colibri, « beijaflor » en portugais.
Tous les sommets seront atteints et le lecteur tremble devant le péril d’un glacier à traverser, une paroi friable ou glissante et souvent dans le noir car tout bon alpiniste se lève toujours avant le lever du soleil. Cette aventure, doublée du désir profond de nettoyer la montagne des déchets laissés par d’autres montagnards, fait prendre conscience du non-respect d’une nature désormais polluée par la négligence, la bêtise de l’homme.
Ce parcours exceptionnel ne peut laisser indifférent, mais il y a cependant chez Benjamin Verlière de l’autosatisfaction un peu dérangeante. Nul ne l’a obligé à défier les sommets, à parier sur une manœuvre délicate. Comme les secours en montagne ou encore les angoisses de sa famille laissée derrière lui.
Il est cependant passé maitre dans l’utilisation de son équipement tant vestimentaire que matériel, dans l’étude des circuits et pour cela bravo !
Des exploits bien sûr, mais vous n’êtes pas obligés de suivre son exemple !

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Alain LE NINEZE : Moi, Œdipe… autobiographie d’un mythe
(Ed les ateliers Henry Dougier – 125 pages)
Dans cette collection « autobiographie d’un mythe », un écrivain donne la parole à une figure légendaire. Ici, c’est Œdipe qui nous raconte, sous la plume d’Alain Le Nineze, son tragique destin et son incapacité à déjouer la terrible prophétie qui le voue au parricide et à l’inceste.
Le récit est agrémenté de superbes photos de tableaux inspirés par cette histoire et il  se termine par des textes de psychiatres et écrivains en lien avec le mythe œdipien.
Un très bel ouvrage à conseiller notamment aux lycéens et étudiants.
Marika DOUX : Moi Vénus … autobiographie d’un mythe (Ed les ateliers Henry Dougier – 125 pages)
Alerte sur l’Olympe, les dieux ne sont plus au goût du jour à l’heure d’Instagram et de Tiktok. Zeus -Jupiter supplie Vénus d’intervenir auprès des humains qui n’ont surement pas oublié la déesse de l’amour.
Vénus accepte de raconter sa vie et sa quête tumultueuse de liberté. Elle va donc parler sous la plume de Marika Doux, qui mélange habilement passé et présent.
Un récit drôle qui est agrémenté de belles photos de tableaux ayant magnifié la beauté de cette déesse ainsi que de poèmes et extraits d’ouvrages.
Un splendide ouvrage en papier glacé dans une étonnante collection à découvrir et à suivre.

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Karine LEBERT : Les souvenirs et les mensonges aussi(Ed Presses de la Cité – 600 pages)
L’auteure a scindé son roman en trois parties soit le destin et le portrait de trois femmes.
Il s’agit d’une saga familiale sur trois générations et quatre vingt ans d’histoire.
Elle nous fait voyager dans le temps de 1937 à nos jours, dans plusieurs pays (France, Allemagne, URSS, Finlande…)
A Honfleur, en 1938 Pauline, 19 ans, brave l’opinion publique pour épouser Joachim qui a fui avec sa famille l’Allemagne et le nazisme. Les amours franco-allemands pendant la seconde guerre mondiale ne sont pas simples, souvent empreints de haine et de suspicions.
Néanmoins elle va suivre son époux dans ses différents périples…
Hilda, sœur de Joachim tombe à son tour amoureuse d’un officier français et de leur relation nait une petite Adeline qui est enlevée par sa nourrice russe.
Valentine est normande. Elle devient amie avec, Magda, arrière petite- fille de Pauline et elles vont partir sur les traces d’Adeline.
Ce roman a un côté historique très intéressant, mettant en exergue les relations des couples mixtes franco-allemands dans une période de guerre.
L’écriture simple et fluide  nous fait entrer rapidement dans le roman qui par ses nombreux évènements et ses rebondissements avec, en plus, l’enquête autour d’Adeline, qui nous tient en haleine jusqu’à la fin.
Michel MOUTOT : Route One (Ed le Seuil – 315 pages)
Les nombreux touristes américains et étrangers qui sillonnent la Route One ou Pacific Coast Highway, n’ont pas toujours idée des difficultés rencontrées pour la création de cette route le long des falaises e dest plages du Pacifique, entre la Californie et le Canada.
Michel Moutot fait le récit romancé de ces grands travaux réalisés dans les années 30 alors que l’Amérique vit la grande Dépression.
Cent ans auparavant, les Mormons avaient suivi la ruée vers l’ouest et certains s’étaient installés dans ces territoires sauvages. Leurs descendants verront d’un mauvais œil l’arrivée des ingénieurs et de leurs puissantes machines de terrassement.
L’auteur met en scène une famille de mormons polygame qui entre en guerre ouverte, avec l’aide de la mafia, contre le jeune ingénieur dirigeant les travaux, entre Monterey et San Louis Obispo.
Il alterne évènements anciens et récents en quarante deux chapitres. C’est l’occasion de découvrir les mœurs des mormons, l’influence des mafias italienne et chinoise, les mauvaises conditions de travail des ouvriers et la misère provoquée par la crise financière, sans oublier les descriptions des paysages.
Un roman qui se lit avec intérêt.
Guillaume De DIEULEVEUT : Retour en Bretagne (Ed. Buchet-Chastel – 230 pages)
Journaliste au service tourisme du Figaro Magazine, l’auteur fait ici un retour sur la Bretagne berceau de sa famille poursuivant une quête de cette région hors de son folklore, ses bols aux noms peints et ses multiples pardons.
Multipliant les périples entre bois et forêts, les réveils champêtres dans des villages perdus et les fines ondées rafraichissantes, il cherche ce qu’il reste de sa Bretagne car, pense-t-il, la Bretagne s’est perdue. C’est ce souvenir de pays perdu qui le hante et qui expliquerait pourquoi les Bretons sont si rêveurs et si fiers.
Ils sont habités par la nostalgie de ce qu’ils auraient pu devenir.
Étrange promenade pleine de constats et de rêves dans lesquels on se perd comme dans les merveilleux tableaux qui nous font rêver.

Alexandre BRASSEUR troisième génération !

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Alexandre BRASSEUR : Additionne (Ed Plon – 217 pages)
Dans la famille Brasseur, donnez-moi le grand-père, Pierre, le père, Claude, le fils, Alexandre. Alias Espinasse.
Et y ajoutez-y la grand-mère, la comédienne et écrivaine Odette Joyeux.
Une famille de comédien donc, dont chacun, à part Pierre, sera dans le métier « le fils de… ». Il fallait donc pour les deux derniers se faire un prénom à l’ombre immense d’un monstre sacré.
Et ils l’ont fait !
C’est ce que nous raconte Alexandre Brasseur dans ce livre co-signé par Mathieu Souquière « Additionne ». Le titre vient d’un conseil que Georges Wilson a donné à Claude à ses débuts, pour lui faire comprendre que dans ce métier, comme dans tant d’autres, il faut additionner les expériences, les rencontres, les rôles, même s’ils ne sont pas de premier plan ou qu’ils ne sont les meilleurs, les joies, les déceptions, et ne jamais baisser les bras.
Etre « le fils de… » n’est pas toujours facile, peut être un fardeau ou un handicap mais volonté, talent, envie… s’additionnant, on y arrive. La preuve.
Claude voulait devenir journaliste. C’est la grande comédienne Elvire Popesco qui l’en a dissuadé. Et comme l’envie n’était pas loin, il a suivi son père en tant que « spectateur clandestin » dans les coulisses des théâtres, sur les plateaux de tournage. C’est là, dit-il, qu’il a appris son métier.
Enfance ballotée, comme le fut son père, par une famille qui ne pensait plus qu’à son métier que d’élever un enfant. Ce qu’il réussira à faire lui-même avec ses enfants.
Le pensionnat, le handicap d’être, comme il dit « 1/3 dyslexique, 2/3 cancre, 100% déconneur »,  plus des situations familiales quelquefois compliquées, auraient pu le faire mal tourner mais la passion du théâtre, du cinéma, puis de la télé et le goût du travail apporté par son père, ont fait qu’il peut porter haut le nom des Brasseur. Nom qu’il a partagé sur scène dans un Guitry « Mon père avait raison », si justement nommé. Ce qui, alors que son père n’était pas avide de compliments et de mots de tendresse, fit dire à celui-ci lors de la dernière à Ramatuelle, au lieu de « Regarde-moi, Maurice, je te jure que je suis heureux », changeant le prénom de Maurice à celui d’Alexandre.
Un très beau et très émouvant livre de souvenirs, mais pas que, mais le témoignage d’une saga hors du commun qui a traversé trois décennies car s’entremêlent trois époques, chacune marquée par un Brasseur, riche en anecdotes, un livre, comme le dit très justement Alexandre, de « passeur de mémoire ».

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Rencontres
J’ai eu l’occasion de rencontrer à plusieurs reprises Claude Brasseur, sa maman Odette Joyeux, comédienne, réalisatrice, écrivaine, femmes infiniment charmante, talentueuse, remarquablement intelligente, pleine d’humour. Ce fut à presque la fin de sa vie dans sa maison de Grimaud. Enfin, avec Alexandre, on se retrouve presque chaque année au festival TV de la Rochelle, où avec quelques comparses de « Demain nous appartient » nous avons toujours un moment d’entretien.
Bien sûr, je ne pouvais attendre septembre pour évoquer ce beau livre.
Je le surprends au téléphone en train de faire du footing sur des chemins de Bretagne où il tourne un « Meurtres à… Pont aven » avec Stéphane Freiss.
« Alexandre, lorsqu’il y a déjà deux Brasseur célèbres, est-ce qu’on hésite à être le troisième ?
Je n’ai pas vraiment hésité, je ne me suis pas vraiment posé la question. J’ai vécu dans un monde d’art et j’aime l’art sous toutes ses formes et pourquoi ne pas être comédien. Mon éducation silencieuse m’a fait découvrir, l’art, le Français et la philo, m’a ouvert le champ de la littérature et m’a très vite rattrapé. Et puis, suivre mon père sur des tournages ou dans les coulisses de théâtre ne pouvait pas me déplaire. Tout cela je le dois à mon entourage puisque tout le monde exerçait des métiers artistiques.
Ne leur en avez pas voulu de penser plus à leur métier qu’au petit garçon que vous étiez, qu’on vous mette en pension…
Mais pas un seul instant ! D’abord parce que mes parents m’ont aimé et même s’il y avait des histoires entre eux, ça ne me regardait pas. Sans compter que le pensionnat, même si ce n’est pas toujours drôle, c’est une école de la vie. Et j’ai toujours considéré le verre à moitié plein que le verre à moitié vide ! Je ne me suis jamais plaint, je ne me suis jamais senti blessé, triste et je suis heureux d’avoir vécu tout ça. Ca a construit l’homme que je suis aujourd’hui. Ma vie est une addition mais une addition joyeuse de ce que j’ai vécu. Grâce à ce cheminement, je me suis forgé mon autonomie. Je n’ai pas eu besoin de psychothérapie. Et je précise que ce livre n’en est pas un règlement de compte, loin de là !. C’est juste l’envie de parler de gens formidables, qui ont vécu des choses formidables et avec qui j’ai vécu des choses formidables. Et je pense que mon bouquin est un livre lumineux.

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Claude Brasseur, magnifique Clemenceau

Vous parlez superbement de votre grand-mère qui a beaucoup participé à votre vie artistique et culturelle…
C’était une femme magnifique, une femme moderne qui avait une incroyable culture. Mon premier choc, je le lui dois, lorsqu’elle m’a amené à la fondation Maeght. Elle adorait l’art sous toutes ses formes et m’en a fait beaucoup profité. Aujourd’hui c’est grâce à elle que j’aime l’art.
C’est pour cela qu’aux photos souvenirs, vous avez préféré illustrer chaque chapitre de dessins ?
Exactement. Tous les livres de souvenirs d’artistes sont illustrés de photos que tout le monde connaît. J’ai trouvé intéressant de présenter ces belles œuvres couleur indigo, signées Cécile Pagès, que nous avons choisies ensemble.
Comment s’est passée cette collaboration ?
J’aimais ses dessins, ses couleurs, je lui ai proposé de collaborer à mon livre, ce qu’elle a accepté. Après quoi, je lui proposais de lire chacun des chapitres et l’on discutait de ce que à quoi je pensais, à ce qu’elle imaginait et ça c’est fait au fur et à mesure. Nous avons même changé des chapitres de place et choisi cette couleur bleue, qui était la couleur préférée de ma grand’mère et la mienne, avec le jaune.
Du coup, pour la couverture du livre, j’ai voulu qu’elle soit dans le même esprit… bleu !
Je crois que ce qu’elle a fait me ressemble. Nous avons une même interprétation de l’art.
Je voulais surtout que le livre soit aussi original, qu’il puisse durer sur la longueur, qu’on ait envie de le reprendre, qu’on puisse en retrouver une trace plus tard.
J’ai lu avec émotion cette dernière de votre spectacle à Ramatuelle où vous jouiez avec votre père « Mon père avait raison ». Et je pourrais dire : j’y étais !
Ah bon, vous étiez là ?
Oui, c’était très émouvant, même si alors, je ne savais pas ce qu’il vous avait dit. Mais on sentait la connivence, la complicité… l’amour.
Ça me fait plaisir que vous disiez cela car c’est l’un des plus moments de ma vie avec mon père. Il y aussi celui où nous nous sommes retrouvés tous les deux sur un bateau à Fréjus. Là, sur l’eau, j’avais mon père rien que pour moi.

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A propos de mer, votre grand’mère vivant à Grimaud, c’est un endroit que vous connaissiez bien… Et vous êtes parti à Sète !
Oui, j’ai beaucoup aimé Saint Tropez à cette époque. Moins maintenant. Sète, j’y étais allé quelquefois car mes parents y allaient. Le hasard a fait que je suis venu y jouer pour la série « Demain nous appartient ». Depuis le temps, j’ai appris à la connaître, à l’aimer et, ayant un peu marre de Paris, j’ai décidé d’y installe ma famille. Je garde un pied à Paris car, quoiqu’on dise, le métier se fait toujours là.
« Demain nous appartient a fait que vous êtes devenu un héros populaire…
Un héros est un bien grand mot car en fait je joue le rôle d’un homme ordinaire, que je ne considère pas très marquant. Mais l’on me fait jouer tellement de choses différentes que ça a un peu rudoyé mon imagination !
Avez-vous votre mot à dire ?
Non, je laisse travailler les scénaristes, je ne suis qu’interprète, je ne participe pas aux scénarios. Mais comme l’équipe s’entend bien, de temps en temps, je propose quelque chose, que les scénaristes prennent ou pas. Mais ils écoutent.
Allons-nous vous retrouver en septembre au festival de la Rochelle ?
Pourquoi pas, si l’on m’y invite ! C’est toujours un plaisir d’y passer et de retrouver le public et plein de connaissances. »

 1M - Copie
Avec Cécile Bois à la Rochelle

Alors rendez-vous est pris… On se retrouve à la Rochelle !
Propos recueillis par Jacques Brachet




Notes de lectures

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Janine BOISSARD : « Quand la belle se réveillera » (Ed Fayard – 246 pages)
Alors qu’elle nous a habitués à nous offrir des romans familiaux, avec ce roman, Janine Boissard sort quelque peu des sentiers battus, nous proposant une sorte de thriller original à deux voix : celle d’Alma et Mathis, couple marié et heureux qui va être l’objet d’un enlèvement : celui d’Alma qui, un matin en se réveillant, se retrouve enchaînée dans une étable sans se souvenir de ce qui s’est passé. Elle va attendre qu’un jeune homme lui apporte, sans jamais lui dire un mot, de quoi boire, manger, se changer.
Pendant ce temps, Mathis court vers son ami d’enfance Germain, officier de gendarmerie afin que tout soit fait pour activer les recherches, suite à une vidéo où ils découvrent Alma dans un piètre état mais vivante.
Pendant ce temps, celle-ci tente de faire parler celui qui dit s’appeler Paul, qui ne la maltraite pas, au contraire, qui essaie de lui apporter un certain confort et commence à se confier.
Elle comprend que c’est un ado qui a souffert. Il finit par se rapprocher d’elle ainsi qu’elle de lui, ayant l’habitude des enfants maltraités dont elle s’occupe dans la vie.
Peu à peu quelque chose se passe entre eux, qui frise le syndrome de Stockholm presque inversé puisque c’est Paul « le bourreau », qui développe des sentiments pour celle qu’il tient prisonnière.
Elle aussi s’attache peu à peu à ce garçon en souffrance dont on apprend l’histoire peu à peu et dont on finit par comprendre son geste insensé.
Jusqu’au bout l’on se demande comment cette folle histoire peut se terminer. Une fin d’ailleurs surprenante dont on ne vous dira rien mais qui déborde d’émotion.
Par petites touches, Janine Boissard nous révèle la personnalité de chacun, personnalité attachante de part et d’autre qu’elle nous distille au fur et à mesure avec beaucoup de tendresse, de finesse et, en définitive, d’amour, avec cette belle écriture qui fait qu’on a toujours un extrême plaisir à lire.
Françoise BOURDIN : « Un si bel horizon » (Ed Plon – 261 pages)
Lisandra et Ettore Bartoli ont construit au Cap Corse une auberge qui, en quelques années, s’est agrandie jusqu’à devenir un magnifique hôtel quatre étoiles. Ils ont eu quatre enfants et ont tout managé ensemble jusqu’au décès d’Ettore.
Lisandra a donc continué seule, tenant à bout de bras et d’une main de fer l’hôtel et les enfants. Giulia et Ange aujourd’hui secondent leur mère et sont l’avenir de l’hôtel, Lucca, marié à Pia, a lui, choisi de devenir avocat mais épaule de loin son frère et sa sœur. Quant à Orso Homme de près de 40 ans atteint du syndrome borderline, il est resté un éternel adolescent, sujet à de violentes crises, des pulsions qui perturbent la famille.
Mais tous font front autour de lui et de l’hôtel.
Lisandra, toujours inquiète, pense à l’avenir même si elle n’arrive pas à lâcher la bride à Ange et Giulia, mère célibataire d’un petit Mateo qui est l’avenir de l’hôtel mais dont elle sait qu’il ne pourra  tenir seul un tel établissement, si tant est que ça l’intéresse. Ange, éternel coureur de jupons, est tombé fou amoureux d’Inès qui, d’emblée, n’a plu à personne de la famille car elle ne s’intéresse qu’à faire un grand mariage et s’approprier une part de gâteau.
Heureusement Ange ouvrira les yeux au moment de signer les papiers qui attestent qu’aucun conjoint ne peut prétendre à rien. Entretemps, venu de Paris, Guillaume, fait construire une maison pas loin de l’hôtel et va tomber amoureux de Giulia, ce qui perturbe Lisandra  qui voit d’un mauvais œil cette intrusion d’un « étranger » dans le clan. Ange, lui, va rencontrer Clémence. Quant à Pia et Lucca, ils ont du mal à devenir parents et songent à adopter. Ce qui contrarie aussi Lisandra qui veut garder « le sang pur des Bartoli ».
Toute cette histoire tourne autour de l’hôtel et surtout autour de Lisandra qui se voit vieillir, qui a du mal à lâcher les rênes à ses enfants, qui sent que, petit à petit elle doit pourtant le faire et qui a surtout peur qu’à son départ, Orso, qu’elle couve, se retrouve seul, malgré tout l’amour que ses frères et sœur lui portent mais qu’il faut surveiller comme le lait sur le feu.
C’est presque un huis clos que nous offre avec tendresse Françoise Bourdin, sous un décor de rêve, la mer et le soleil. Comme toujours, l’on s’attache à tous ces personnages qui ont tous une personnalité bien marquée. On apprend peu à peu à les connaître et à les aimer, sous la plume alerte et bienveillante d’une Françoise Bourdin qui nous raconte toujours de jolies histoires.

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Pierre ASSOULINE : Le paquebot ( Ed Gallimard – 416 pages)
Jacques-Marie Bauer embarque à Marseille sur le Georges Philippar pour la croisière inaugurale de ce tout nouveau paquebot qui va aller jusqu’à Yokohama en passant par la Chine. Un paquebot c’est une mini société de la plus modeste à la plus aisée, c’est un huis clos où le temps se déroule différemment qu’à terre, des relations se nouent, et, éloignés du quotidien terrestre, les passagers se révèlent petit à petit.
C’est avec brio que Pierre Assouline traduit l’atmosphère internationale qui règne sur le bateau en 1932. Les évènements politiques qui remuent les chancelleries européennes et donnent voix à la montée du fascisme en Allemagne, font écho avec les premières petites alarmes électriques dans les chambres des passagers. Inquiétude, malaise, tout semble n’être que de petits incidents anodins, accidentels ou aléatoires. Ils ponctuent cependant les conversations de cette mini société de première classe, les langues se dénouent, les caractères s’affichent, une certaine surenchère de bons mots, de citations excitent ou effraient les habitués de joutes oratoires.
Les passagers profitent de la piscine, occasion rêvée pour observer et entendre en toute discrétion les conversations privées, et Jacques-Marie Bauer nous les fait vivre avec bonheur. Car que fait-il sur ce paquebot ? Simple touriste, espion, enquêteur ? Son aisance, sa perspicacité lui permettent de détecter en chaque interlocuteur la faille dans l’apparence. Il a pourtant fort à faire avec Rebecca la pertinent, voire impertinente petite-fille du propriétaire du paquebot. Ce monsieur Bauer vend des livres, des œuvres uniques pour collectionneurs disséminés dans le monde, il est secret mais curieux, il s’intéresse tout particulièrement à ce très grand reporter Albert Londres qui ramène un papier sur la guerre sino-japonaise. Mais les grésillements électriques évolueront en incendie et la croisière se terminera en tragédie. Un roman foisonnant d’anecdotes, de descriptions, de personnages atypiques, de citations littéraires, une véritable radiographie d’un monde englouti mais passionnant.
Un magnifique roman habilement construit avec une tension qui monte que ce soit dans les relations humaines, la politique ou la mécanique qui vacille.
Irène JOLIOT-CURIE: Ma mère, Marie Curie (Ed. Plon  -100 pages)
Tendre confession d’une fille à sa célèbre mère Marie Curie.
Évocation de la mère à côté de la scientifique, celle qui sait innover dans l’éducation de ses filles, déployer son amour maternel en les éveillant à  la découverte de la  nature, du sport qui les rassemble ou de la politique en les faisant s’engager à œuvrer pour l’armée en temps de guerr,e  sans oublier la poésie.
Tout révèle en cette femme attachante et innovante le personnage exceptionnel à côté du rôle primordial qu’elle  a exercé pour la découverte du radium, du polonium et des applications très basiques comme conduire des ambulances se déplaçant auprès des blessés de la guerre.
C’est une reconnaissance et un amour qui se manifestent dans cet éloge de cette femme, de cette savante qui reste proche des mortels et l’humanise sortie de son cadre de scientifique inaccessible.
Très touchante et humaine, ce qui la rend plus belle encore
Christophe TISON : Le choix de Suzanne (Ed. l’arpenteur – 228 pages)
Suzanne mène une vie ordinaire, amoureuse de son mari avec lequel elle travaille dans leur entreprise de développement personnel. Mais le hasard d’une rencontre, avec Neil nouveau collaborateur, va bouleverser son quotidien bien réglé.
Des sentiments immédiats, irrésistibles vont s’imposer entre ses deux êtres, et Suzanne, qui ne se destinait pas à une double vie ne peut freiner cette passion et va être « déchirée entre l’amour et l’amour ». A l’occasion d’un week-end en montagne avec son mari et Neil elle va devoir choisir lequel sauver : soit couper la corde qui retient son mari suspendu au dessus du vide, soit couper celle de son amant.
Son geste va bouleverser définitivement son destin et s’en suventt des évènements, des bouleversements inattendus qui laisse le lecteur dans un réel suspens et en haleine jusqu’à la fin.
Écriture simple et agréable avec une description des  sentiments amoureux  d’une femme  qui ne peut maitriser sa passion pour cet homme et la dépasser au point  de changer profondément sa vie.

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Jean Louis BANNALEC: Crime gourmand à Saint Malo – une enquête du commissaire Dupin ( Ed .Presses de la Cité – 394 pages)
Traduit de l’Allemand par Pierre Melherbet)
Ce neuvième roman du Commissaire Dupin toujours fidèle à la Bretagne se situe dans la pittoresque cité de ST Malo où il a été envoyé pour participer à un séminaire des Forces de Police bretonnes.
Au cours d’une déambulation au marché local il assiste soudain à un meurtre par une jeune femme  sur sa propre sœur. Crime en direct qui va interpeler le commissaire et qui va le conduire dans le milieu de la gastronomie régionale, les dîtes-sœurs étant des cheffes étoilées. Bon plan pour notre homme qui s’engage sur le fil conducteur des grands chefs  de cuisine à travers les méandres de la ville close et de ses alentours.
Au fil de ses rencontres nous allons visiter criques et petits ports, estaminets et crêperies.
A ceux qui attendent la découverte du pourquoi et par qui ce crime a été commis, il faudra passer par la découverte touristique de la région égayée de remarques amusantes et de cafés servis à tous les coins de rues.
Agréable à lire car bien écrit et bien traduit, pour les fans de tourisme, c’est bien mais pour les fans de frisson, il vaut mieux passer son chemin.
Michel IZARD : Le mystère de l’île aux cochons (Ed Paulsen – 319 pages)
C’est avec passion et lyrisme, fidèle à se reportages TV, que Michel Izard retrace sa découverte de l’île aux cochons dans les îles subantarctiques.
Il part en novembre 2019 sur le Marion Dufresne, le navire des terres australes et antarctiques françaises, les TAAF, avec une équipe de chercheurs, biologistes, photographe, vétérinaires pour étudier un phénomène inquiétant, la diminution brutale du nombre de manchots royaux sur l’île aux cochons. Et dans des conditions aujourd’hui plus confortables que celles des premiers découvreurs de l’île, les équipes mesurent, prélèvent, posent des balises, répertorient. C’est un travail de professionnels conscients de l’importance de la tâche, du respect dû à ces animaux innocents, et un des derniers lieux encore intacts sur la planète. Bien sûr, c’est dû aux conditions climatiques et géographiques particulièrement difficiles car l’accès à l’île est dangereux et a occasionné de nombreux naufrages.
L’auteur relate les premières expéditions de Marion Dufresne, Crozet, La Pérouse, Cook, tous partis pour planter leur drapeau sur un territoire encore vierge. Des expéditions pour récolter l’huile tirée de la chasse aux éléphants de mer, de véritables carnages qui ont failli amener l’extinction de plusieurs espèces, mais des expéditions qui ont permis aussi de relever des échantillons de plantes, de faire des relevés de carte car le ciel étant toujours gris,  pluvieux ou embrumé, les abords de l’île étaient périlleux.
Michel Izard rapporte, documents à l’appui, les terribles épreuves des hommes abandonnés sur l’île qui ont attendu jusqu’à deux ans le retour d’un bateau. C’est aussi les résultats de l’expédition de 2019 qui fait part de l’hypothèse d’une grippe aviaire et du phénomène d’El Nino qui auraient entrainé le déclin fulgurant des manchots.
L’auteur se veut optimiste grâce au dernier comptage des manchots, des manchots bien protégés sur cette île nimbée de mystère, qui se dérobe à la vue pour échapper aux regards des navigateurs, des explorateurs, des chasseurs, des pêcheurs.
Et pourquoi l’île aux cochons ? A vous de le découvrir en lisant cette découverte d’un monde extrême.
Leïla SLIMANI : Regardez-nous danser (Ed.Gallimard – 368 pages)
2° tome Suite du « Pays des autres »
Dans ce deuxième tome nous retrouvons la famille Belhaj, maintenant bien ancrée dans ce Maroc que Mathilde a adopté suite à son mariage avec Amine qu’elle a connu soldat en garnison en Alsace.
C’est à la famille qu’ils ont créée que nous allons nous retrouver, installée dans ce jeune Maroc indépendant déchiré entre archaïsme et modernité occidentale. Douze années ont passé et ce nouvel  état post continental  qui peine à se trouver une identité, servira de décor à ces personnages Aïcha et Sélim,  les enfants Belhaj.
C’est cette confrontation entre destins individuels et destinée d’un pays qui est la plus convaincante, avec la question passionnante de l’identité. Les tensions entre modernité de la jeunesse et conservatisme des anciens restent le cœur du récit et montrent combien il est difficile de se forger une identité propre.
Ce roman exprime, expose nos joies et nos colères, mosaïque vivante de réussites ou de défaites, d’espérance ou de désespoir.
Belle mise en scène de cette femme qui écrit avec ses tripes, l’atmosphère de douceur perdue d’un pays fracturé et de renouveau qui peine à s’exprimer dans cette nation corrompue et répressive .
Dans l’attente du troisième tome.

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Denis LACHAUD : Le silence d’Ingrid Bergman (Ed. Actes Sud – 294 pages)
C’est l’histoire de Lone, une adolescente danoise enlevée à 14 ans, violée et séquestrée en France pendant 40 ans, sa fille née en captivité, cloitrée pendant 35 ans.
Leur geôlier, Rolland qui idolâtre Ingrid Bergman exige que Lone change de prénom et lui dicte tous ses gestes quotidiens. Ingrid, donc, s ’adapte pour ne pas mourir car survivre c’est s’adapter. Elle ne s’autorise pas à penser à la possibilité d’une libération. Leur fille Rosalie reste un lien primordial de survie. A la suite d’une hospitalisation en urgence du geôlier, les deux femmes vont sortir de leur prison et se libérer de l’emprise du kidnappeur.
Elles vont faire l’expérience de l’autonomie, de la relation aux autres et faire la découverte progressive du monde réel.
Ce livre qui semble inspiré d’un fait divers nous plonge dans la tête et l’évolution mentale de ces deux femmes qui passent des contraintes de la séquestration à l’apprentissage de la vie normale et ainsi « effacer 40 ans d’aliénation à la folie possessive.
Histoire inquiétante, processus de l’emprise et de la reconstruction même si certains points sont à la limite du vraisemblable, le lecteur est captivé par le parcours de ces deux femmes qui passent du monde clos à la lumière et l’espoir d’une vie après un si long traumatisme.Hugo Hugo CAGNON : Ararora trail 1830 km à pied à travers le nord de la Nouvelle Zélande
(Ed .Maïa – 126 pages)
Le recit d’Hugo Cagnon, c’est l’histoire d’une marche à tout prix retranscrite au jour le jour, de façon succincte afin de nous faire partager l’effort déployé, la rage d’avancer, les épreuves surmontées, la mécanique du corps qui lâche, se reprend, se  surpasse dans toutes les conditions.
Peu de sentiments sinon le courage de poursuivre, la survie du corps  dans l’effort absolu, le tout en phrases très brèves, écrites au présent pour rester dans l’action.
Les trailers peuvent y trouver un intérêt, relatif au dépassement de soi, mais pour le commun des mortels, pour le lecteur lambda c’est peut-être un peu trop technique.
Germain LOUVET : Des choses qui se dansent (Ed Fayard – 232 pages)
Ça y est, il est danseur étoile de l’Opéra de Paris !
D’entrée de jeu, Germain Louvet nous fait entrer de plain-pied dans cette soirée unique où le stress, la joie, l’émotion se mêlent, où il perçoit des signes avant-coureurs de ce que sera la fin du spectacle : il se pourrait qu’il soit nommé danseur étoile. C’est donc la peur de faire une faute lors de la représentation, qui pourrait tout remettre en question, la joie d’entendre son nom et l’émotion qui lui fait revivre ces années de danse, de travail acharné, de pression pour arriver au but qu’il donné.
Car, comme il nous l’explique, si, lorsqu’on va voir un ballet, qu’on y trouve du bonheur, de la joie, avec des artistes magnifiques, des ballets et des musiques et des paillettes, on ne peut imaginer ce qu’il y a derrière cette beauté et cette perfection : pleurs, sueurs, doutes, solitude, sacrifices dès l’enfance, discipline, humiliations, déceptions, frustrations, violence…
Car ce n’est pas tout de lever la jambe et de tournoyer, il y a un immense travail de tous les jours , de tension, pour arriver au sommet.
C’est ce que nous explique Germain Louvet, fils de parents agriculteurs qui n’ont rien à voir avec ce métier mais, dès l’enfance, ont soutenu ce fils possédé par la musique et la danse.
« Je ne suis que pulsion et émotion » nous explique-t-il, où tout petit, il passe des heures devant la glace avec déjà cette passion, cette exigence et cet acharnement.
La danse est un univers impitoyable qui peut faire mal, physiquement et moralement et seul le désir d’y arriver est le moteur de cette passion.
Ainsi l’ado est-il devenu très vite adulte et il nous raconte ce parcours solitaire parsemé d’embûches pour atteindre ce nirvana, avec beaucoup d’émotion mais aussi de grande joie car sur cette route qui n’est pas un long fleuve tranquille, il découvre le travail, l’humilité mais aussi l’amitié, les encouragements de ses professeurs et de ces camarades, même si, quelquefois, ils sont concurrents.
Il nous explique aussi que cette passion est une force pour atteindre l’inaccessible étoile, où les plus grandes déceptions balancent avec les plus grandes satisfactions dans un métier qui peut très vite se terminer à cause de l’âge, de la fatigue, des accidents de parcours… Même s’il ne changerait sa place pour rien au monde.
Un livre magnifique, poignant, lumineux, à l’image de ce superbe artiste, l’un des plus beaux de sa génération.
Et en prime, il nous fait visiter l’Opéra Garnier de fond en comble, une belle promenade à travers l’un des plus somptueux  monuments de Paris.
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Orhan PAMUK : Les nuits de la peste (Ed Gallimard – 683 pages)
Traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabanes
Le prix Nobel de littérature Orhan Pamuk publie, sans l’avoir prémédité, un roman qui résonne avec notre actualité. Il souhaitait écrire sur les conséquences politiques d’une épidémie. C’est dans une île imaginaire de la Méditerranée, nommée Mingher, qu’il plante le récit se déroulant en août 1901 alors qu’une épidémie de peste ravage cet endroit paradisiaque. Mais attention la narratrice est une historienne du XXIème siècle qui entreprend de raconter les six mois denses qu’à vécu cette île, après avoir étudié les lettres envoyées par la princesse sultane Pahizé, troisième fille du sultan ottoman Mourad V à sa grande sœur Hatidje entre 1901 et 1913.
En effet la princesse récemment mariée au docteur Nuri Bey par son oncle le sultan régnant Abdulhamid II, débarque avec son époux sur cette île. Ils doivent enquêter sur la mort du chimiste Bonkowski, inspecteur général de l’administration sanitaire de l’empire ottoman, chargé d’enrayer l’épidémie de peste et qui est retrouvé assassiné le lendemain de son arrivée sur l’île.
Commence alors une longue fresque détaillant la tragédie sanitaire mettant à mal les relations entre turcs et grecs, musulmans et orthodoxes et provoquant une révolution amenant l’île à l’indépendance, après moult assassinats, complots et coups d’état. On trouve d’intéressantes réflexions sur le difficile respect des mesures sanitaires par les habitants, sur le nationalisme, sur l’obscurantisme religieux, sur les luttes sanglantes de pouvoir.
Mais ce roman pèche par sa longueur et par l’impossibilité de démêler le vrai du faux.
Michel RUFFIN : LAUZUN (Ed LBS – 341 pages)
Dans ce roman retraçant « l’histoire véritable du favori qui fascina puis défia Louis XIV », Michel Ruffin nous emmène à la cour du Roi Soleil avec lequel Lauzun tissa des relations complexes en l’état de sa personnalité étonnante. A 13 ans Antonin Nompar de Caumont, marquis de Puyguilhem (on prononce Peguilin) arrive à Paris chez son cousin le duc Antoine de Gramont qui le fait entrer dans son régiment de cavalerie.
Commence alors l’ascension d’Antonin qui a pour ambition de devenir l’ami du roi.
Pour cela il combat avec bravoure. Il est nommé colonel lieutenant des dragons dit « du bec de corbi »n en raison de la forme de la hallebarde qu’ils portent. Son courage à la limite de l’inconscience sert ses dessins. Son audace lui permet d’entrer dans les bonnes grâces du roi qui apprécie sa fantaisie et même son irrévérence.
Bourreau des cœurs, il saura faciliter son ascension grâce à ses conquêtes notamment Madame de Montespan puis Mademoiselle de Montpensier cousine du roi. Mais l’audace a des limites et Lauzun sera retenu à la Bastille pour avoir déplu au roi puis emprisonné de nombreuses années à la forteresse de Pignerol où se trouvait Nicolas Fouquet.
Libéré il redorera son blason par de nouveaux exploits que vous aurez plaisir à découvrir.
Un livre très documenté sur la vie rocambolesque de Lauzun.

 

 

 







Notes de lectures

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Frédéric BEIGBEDER : Un barrage contre l’Atlantique (Ed Grasset-267 pages)
Frédéric Beigbeder a fréquenté toute sa vie la jet set, il a aujourd’hui cinquante-trois ans, une grande fille d’un premier mariage et deux très jeunes enfants, et s’est installé au Cap Ferret pendant l’épidémie de covid. Parfait pour se mettre à sa table de travail, raconter sa vie, faire une sorte de bilan qu’il livre au lecteur, cœur à nu et construire enfin quelque chose de solide. Il peut prendre exemple sur son ami Benoît Bartherotte qui depuis des années lutte contre l’érosion des dunes en empilant des tonnes et des tonnes de gravats, ou Marguerite Duras qui avait écrit « Un barrage contre le Pacifique ». A chacun sa manière de se protéger, pour l’auteur désormais une vie apaisée, loin des mondanités parisiennes.
Et dans une prose élégante, aérée car les espaces entre les lignes permettent la respiration, Frédéric Beigbeder raconte simplement « J’ai débuté comme chroniqueur de gauche publié par un éditeur de droite…. Je finis feuilletoniste de droite s’exprimant sur une radio de gauche. » Ce livre dit beaucoup sur l’influence du divorce de ses parents, sur l’éducation dans des écoles religieuses très cotées, sur la liberté sexuelle des années soixante-dix. Ajoutons à cela la culture, l’ironie, l’autodérision de l’auteur qui se résume ainsi  « j’ai fui l’embourgeoisement en choisissant une vie d’artiste, fréquenté des gauchistes, flingué tous mes employeurs tout cela pour épouser une Genevoise, vivre à la campagne et fonder une famille et écrire au Figaro. »
On prend un plaisir immense à lire ses vraies ou fausses confessions, qu’importe, d’un amoureux de la vie bien sympathique, lucide et à qui l’on souhaite beaucoup de bonheur
Laura TROMPETTE : Huit battements d’ailes (Ed. Charleston -320 pages)
Nouveau roman de Laura. Trompette dédié à la place des femmes lors du confinement.
Alors que la population universelle est confinée l’autrice choisit huit d’entre elles : une conductrice de poids lourd sur les routes de France, une prisonnière en Chine ou encore une orpheline en Inde dont nous allons entendre la voix. Sur une seule journée en plein Covid, durant le mois d’Avril 2020, nous allons partager la vie de ces femmes aux quatre coins du globe, vivre, vibrer, pleurer peut être avec elles.
Tous les grands sujets relatifs aux problèmes des filles, des femmes, des mères seront abordés. C’est le véritable combat mené par l’autrice que l’on partage, qui émeut, qui fait sourire, qui ravage.
Un livre dur et doux à la fois, habilement présenté en courts paragraphes, en mails, en courriers, en brèves nouvelles. Sujet grave mais qui laisse le cœur léger grâce à la justesse des mots, la force des propos.
Roman bouleversant.

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Paule CONSTANT : La cécité des rivières (Ed. Gallimard – 179 pages)
La cécité des rivières c’est le nom donné à l’onchocercose, une maladie parasitaire transmise par de petites mouches, vivant dans les cours d’eaux de l’Afrique subsaharienne et qui peut rendre aveugle. Éric Roman, le héros de cet ouvrage, connait parfaitement cette maladie. Spécialiste des maladies coloniales, il a fait une découverte révolutionnaire dans la génétique des virus, récompensée par le prix Nobel de médecine. Sa vocation est née d’un séjour de trois ans effectué avec son père, médecin militaire, dans la brousse aux confins du Cameroun et de la Centrafrique alors qu’il avait douze ans. Des années plus tard alors qu’il est connu dans le monde entier, il accepte de retourner en Afrique sur les lieux de son adolescence à l’occasion d’un voyage diplomatique du Président de la République et d’un reportage sur sa vie pour le journal « Le Grand Magazine ».
Accompagné de Ben, un photographe et d’Isabelle une jeune journaliste, escorté par des gendarmes assurant sa sécurité, Éric dit partir pour un « petit voyage sentimental ». Mais ce sera plus que cela alors qu’il se remémore ces années primordiales.
Ces trois personnages vont finir par arriver à communiquer et à entrer dans le passé intime d’Éric qui a déterminé son avenir. De beaux et rudes moments d’émotion, de magnifiques descriptions des paysages et des animaux africains, des personnalités complexes, font de ce roman un agréable moment de lecture.
Eric GRANGE : Et mon cœur attira les richesses du monde (Ed Leduc – 159 pages)
Avec le grand principe de « Plus tu donnes, plus tu reçois » Tony assiste à une conférence qui va lui faire prendre conscience de sa valeur et de son potentiel.
Maintenant qu’il est sorti d’un vilain problème cardiaque, il doit prendre sa vie en main, aller de l’avant mais mesurer les risques encourus, faire confiance et reprendre le parcours d’une vie qui a failli s’interrompre brutalement. Cette quête va le mener au Canada, au Bhoutan, au Népal, à Bali et se terminera en Egypte.
Des rencontres pittoresques comme celle de Marie-Louise, la généreuse propriétaire d’une superbe jaguar verte mythique, Gary, l’escroc sympathique mais escroc tout de même, Tim, le milliardaire optimiste et sans rancune, et Yasmina, la belle orientale, espoir d’une vie heureuse et comblée.
Un livre qui peut porter le lecteur à la vision d’un monde meilleur à condition d’y mettre du sien, de persévérer et d’entreprendre. Reste le côté farfelu, utopique, irréaliste qui peut laisser le lecteur plutôt sceptique, si ce n’est déconcerté par ce conte de fée où vous trouverez les bons et les méchants.
5 Présentation PowerPoint

Cédric de BRAGANCA : Alter Ego (Ed. Une seule vie – 249 pages)
Au cimetière de Clamart, c’est l’enterrement d’un homme mort à 49 ans d’un cancer de la prostate.
Sa femme Judith et ses deux filles sont là devant la tombe. Elles sont observées par Roméo. C’est le défunt qui assiste à sa propre mise en terre. Pourtant ce n’est pas lui qui est dans le cercueil mais celui qu’il appelle l’Autre.
Aurait-il eu plusieurs vies ? Ne rêve-t-il pas plutôt des vies qu’il aurait voulu avoir et qui n’ont pas pu se réaliser ?
L’auteur nous entraine dans le passé de son personnage où le lecteur se perd.
Un roman à l’atmosphère particulière.
Gilles PARIS : Le bal des cendres (Ed Plon – 292 pages)
Ils sont une poignée de gens venus d’un peu partout.
Ils se prénomment Giulia, Anton, Lior, Sevda, Thomas, Ethel, Elena, Guillaume, Abigale…
Certains vivent sur l’île de Stromboli, d’autres y sont en villégiature.
Au départ peu se connaissent mais dans ce microcosme qu’est cette île avec  l’omniprésence du Volcan, des amours, des amitiés, des relations vont se former.
C’est l’été et l’on pourrait imaginer la douceur de vivre sous le soleil italien, au bord de l’eau, une certaine insouciance, mais chaque personnage renferme son secret.
Ces secrets qui empoisonnent leur vie, certains inavouables, d’autres dramatiques, à l’ombre d’un volcan mystérieux qui contient lui aussi ses secrets.
C’est lui qui va les réunir puisque, décidant de tous partir au sommet du Stromboli, celui-ci va choisir ce jour pour rentrer en éruption.
Et le drame éclate.
Cette éruption va changer les donnes et la vie de chacun va aussi changer et faire remonter et exploser leurs secrets.
C’est là tout l’intérêt de ce nouveau et excellent roman de Gilles Paris, tous vivant au départ dans ce huis clos enchanteur qui va exacerber les pensées et faire que, comme le Stromboli, tout va se fissurer et exploser.
Au départ, on est un peu perdu car il y a un grand nombre de personnages, chacun relatant des bribes de sa vie et l’on s’y perd un peu. Mais tout se met peu à peu en place, on les découvre  au fur et à mesure jusqu’à ce que chaque secret vienne au grand jour et cette parenthèse idyllique se transforme en mini drames.
Certains s’en tireront, d’autres moins et, tel un thriller, la vérité se fait jour pour chaque personnage, les histoires s’emboîtent comme dans un puzzle autour de celui qui est l’instigateur de ces drames et mélodrames : le Stromboli.
Comme toujours, Gilles Paris nous infuse à petites doses, chapitre après chapitre, la vie de chacun dans une écriture très personnelle, très limpide et très sensuelle.
On suit tous ces personnages avec intérêt, avec curiosité et l’on ne lâche plus ce roman tant il nous tient en haleine jusqu’à connaître l’âme et le secret de chacun.

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Jean-Paul DELFINO : Isla Negra (Ed. Héloïse d’Ormesson – 232 pages)
Jonas Jonas, dit le Vieux, habite un manoir néogothique juché sur le sommet d’une dune surplombant la plage d’une ville quelque part en France. Il regarde au loin avec sa longue vue de marine sans se préoccuper de ce qui se trame contre lui et des courriers qu’il reçoit depuis des mois.
Mais deux huissiers viennent lui notifier une ordonnance d’expropriation. Cette propriété que Jonas a nommé Isla Negra en hommage à Pablo Neruda va passer à l’Etat moyennant une indemnité de huit cent mille euros et Jonas va en être bientôt expulsé. Va-t-il arriver à contrecarrer les perfides manœuvres de Charles Dutilleux, le promoteur immobilier véreux ? Il a le soutien de ses amis : Georges, dit l’Argentin de Carcassonne et aussi celui qu’on nomme l’Africain, haut de ses deux mètres dix et fort de ses cent soixante kilos. Et à la ville, quelqu’un veille sur Jonas, une vieille femme indigne et ancienne mère maquerelle, nommée Gaia qui connait les secrets de tous les habitants.
Avec tous ces personnages excentriques, tendres et bourrus, l’auteur nous emmène dans une fable assez drôle, dénonçant un monde gouverné par l’argent et la corruption mais dans lequel l’espoir est toujours à l’horizon et où les irréductibles n’hésitent pas à tout lâcher et à partir «droit devant» sans peur ni regrets.
Ariane BOIS : Éteindre le soleil (Ed Plon-174 pages)
Ariane Bois a intitulé son récit « Éteindre le soleil », c’est en effet ce que le lecteur ressent au fil des pages.
Une fille, Ariane sans doute, raconte l’emprise d’une femme sur son père, veuf, médecin dans l’humanitaire, éprouvé par la mort de sa femme et celle de son fils. Cette fille ne reconnait plus son père, il va leur falloir se cacher pour se retrouver et surtout ne pas succomber à la perversité, la jalousie de cette Édith, désormais propriétaire d’un homme devenu sa chose. Heureuse en couple, avec trois, quatre puis un cinquième enfant, l’auteur souffre de cette distance entretenue mais jamais expliquée frontalement. Les coups bas sont volontaires mais exécutés discrètement. Puis la maladie du père ne permettra plus de possible communication. A qui la faute ? Sans doute un père fuyant la confrontation comme il l’a toujours fait sans se soucier des dégâts derrière lui, et peut-être une fille possessive encore trop éprouvée par la mort de sa mère et de son frère.
Ce récit laisse toutefois le lecteur très perplexe. Le manque de réaction, d’explication directe entre adulte est assez gênante. Un père sous emprise sans doute mais qui n’assume jamais les dures réalités de la vie car pour les assumer il faudrait les reconnaitre et les accepter. C’est beaucoup de souffrance.
Il y a, heureusement pour la jeune mère, une vie de couple heureuse et épanouie, c’est ce que l’on préfère retenir de ce récit.

9 10

Pierre LE FRANC : La montée à l’Empyrée (Ed. Deville – 347 pages)
Dans ce roman historique, l’auteur nous raconte comment les médecins, scientifiques et ingénieurs ont réussi à comprendre la stimulation électrique du cœur et à mettre au point le pacemaker.
De 1756 à nos jours, c’est un magnifique aboutissement grâce à l’intelligence, la rationalité mais aussi la curiosité et l’association d’idées de ces hommes et femmes du monde entier qui ont également su partager leurs expériences et leurs compétences.
Pierre Le Franc célèbre cette révolution de la pensée qu’a été la démarche logique déductive.
A la fin de l’ouvrage un index renseigne le lecteur sur les personnages qu’ils soient réels le plus souvent ou de fiction. Vous découvrirez l’origine de la pile électrique, de la galvanisation, de Frankenstein, des entreprises Medtronic et Ela. Enfin vous comprendrez à quoi correspond la scène du célèbre tableau de Jérôme Bosch : La montée à l’Empyrée.
Un récit tout à fait passionnant.
Jean-Marie ROUART de l’Académie française : Mes révoltes  (Ed. Gallimard – 273 pages)
Livre autobiographique de l’auteur qui scrute les évènements contrastés de sa vie depuis sa jeunesse jusqu’à aujourd’hui.
Issu d’une famille bourgeoise célèbre, fréquentant le monde de la peinture, il ressasse néanmoins son insatisfaction d’une vie privée d’horizon et se réfugie dès l’âge de 12 ou 13 ans dans une boulimie de lectures qui lui apportent les lumières d’une vie idéale. L’auteur se questionne sur ses choix, ses échecs scolaires, le rejet de son 1er roman, son renvoi du collège. Puis après ce parcours scolaire hésitant il débute une carrière mouvementée de journaliste au journal le Figaro ou il fait la connaissance de moult personnalités du monde littéraire, journalistique et politique avant de s’engager dans des combats contre l’injustice sociale avec l’affaire Gabrielle Russier et celle d’Omar Raddad .
Enfin, miracle de la vie, le succès est là et très présent
Ainsi, l’auteur évoque au travers de ses déconvenues, déceptions et bonheurs, le mystère de la destinée et le lien entre littérature et justice.
Ce livre, centré sur l’auteur est de fait quelquefois un peu pesant ; le nombre de rencontres, de portraits de personnalités hautement connues, de descriptions d’iles paradisiaques et de références littéraires dénotent d’une certaine appétence  à exposer ses connaissances culturelles et un goût probable pour les mondanités.
S’agit-il de l’expression d’un besoin de reconnaissance sociale, voire même d’une revanche sur les blessures du passé ?

 

 

 


NOTES de LECTURE

1 2

Alain ARNAUD : Intrigue à Uçhisar (Ed.Aexequo -144 pages)
Grand dépaysement en prenant en main ce roman  offrant en couverture la Cappadoce aux tons ocre et brun dans un paysage tourmenté de la vallée de Gorème aux habitations troglodytiques.
Dépaysement garanti pour cet ingénieur commercial venu rencontrer Semra traductrice turque afin de négocier un contrat industriel de satellite d’observation avec les autorités militaires du pays. Le travail de traduction s’instaure entre les deux protagonistes au sein d’un petit hôtel tranquille très pittoresque.
Tranquille ? Pas vraiment ! Alors qu’ils travaillent dans cet espace survient un incident imprévu : Coup de feu ! Blessure du héros ! Qui était visé ? Qui sont les agresseurs ? Mystère
Une enquête est ouverte pendant laquelle les deux protagonistes se dévoilent, s’épaulent  et apprennent à se connaitre en essayant de démêler les imbroglios de cette aventure.
De belles descriptions de ces lieux mythiques, découverte de ses habitants qui les peuplent et des personnages qui se dévoilent peu à peu
Un excellent roman, plein de suspense et de mystère, de sentiments et de découvertes.
Quoi de neuf ? Molière !
Francis Huster, on le sait, est un amoureux – que dis-je ? – un obsédé de Molière.
A tel point qu’il pourrait se prendre pour lui !
Depuis ses débuts de comédiens, il n’a cessé d’interpréter ses pièces, il a presque tout joué. Comme lui, il est comédien, metteur en scène, sillonnant la France avec ses œuvres, monté des troupes comme l’illustre Poquelin.
Il lui a déjà consacré plusieurs livres, c’est dire l’admiration qu’il lui porte. Il était donc imparable que pour les 400 ans de sa naissance, il lui rende hommage. Et voici deux livres à lui consacrés.
Francis HUSTER : Le dictionnaire amoureux de Molière (Ed Plon – 644 pages)
Les éditions Plon ont consacré une collection aux  «dictionnaires amoureux» de grandes personnalités. Il était donc normal qu’elles fassent appel à lui pour «Le dictionnaire amoureux de Molière».
Un gros pavé, un vrai dictionnaire que l’on peut prendre, quitter, reprendre et où Huster disserte, dissèque l’œuvre de l’auteur, ses œuvres, ses personnages, le replaçant dans son époque et en montrant à chaque fois la modernité de ses propos, ce qui en fait l’artiste le plus lu et le plus joué, même aujourd‘hui. Et même le plus traduit dans le monde.
Car, Huster nous le démontre, son œuvre est universelle, caricaturant les grands bourgeois, les hypocondriaques, les snobs, les misogynes, les avares, les bigots et j’en passe.
On ne compte plus les auteurs qui ont consacré un livre à Molière mais celui-ci fera date car s’il n’est pas exhaustif, on n’en est pas loin, Huster en ayant tiré la substantifique moelle.
Faisant des parallèles avec sa propre vie, reprenant ses pièces, ses personnages l’un après l’autre, il y exprime toute sa fougue, toute son admiration, toute sa passion pour celui qu’il considère comme son maître.
Un ouvrage exceptionnel.
Francis HUSTER : Poquelin contre Molière (Ed Armand Colin – 235 pages)
Et voilà qu’Huster nous invente un duel à mort et en mots entre L’homme Jean-Baptiste Poquelin et l’artiste dit Molière. Deux hommes en un qui, comme beaucoup d’artistes même aujourd’hui, arrivent à mélanger leur vie et leur métier. Toute l’ambiguïté d’un homme qui, de rôle en rôle, devient quelqu’un d’autre et finit par s’y perdre.
Drôle de livre un peu hybride puisque qu’il n’y a en fait de texte que dans ce dialogue entre la personne et le personnage.
Et je dois dire que c’est assez difficile à lire car ça dure 235 pages.
Plutôt qu’un livre, Francis Huster aurait pu – aurait dû – en faire une pièce car c’est un dialogue plus facile à écouter qu’à lire.
Au bout d’un moment on se lasse malgré la verve de l’auteur autour de ce combat à mots nus entre deux personnes qui en fait n’en sont qu’une, ce qui au départ, est une idée originale mais plus écrite pour la scène qu poure la lecture.
A force de tourner autour de Molière Huster s’essouflerait-il ?

3 4

Benedetta   CRAVERI :  la Contessa   ( Ed Flammarion-  423 pages
dont 8 pages de photos et 83 de notes à la fin du livre)
C’est l’histoire de Virginia Oldoïni devenue par son mariage la comtesse di Castiglione (née le 22 Mars 1837, décédée à 62 ans le 28 novembre 1899) . On a droit à un chapitre un peu long sur sa généalogie. Son mari, Francesco Vérasis Asinari est le cousin de Cavour, fondateur de l’unité italienne. Toute jeune, la comtesse est admirée pour sa beauté et son intelligence ; à 12 ans, elle parlait parfaitement anglais, allemand, français, on a retrouvé de nombreuses lettres qu’elle écrivait à son père. A 18 ans, surnommée « la Madone vivante, le corps de Vénus, la Reine des cœurs, Hélène de Troie, la plus belle femme du siècle », elle se lie à Napoléon III qui a 42 ans et qu’il fallait intéresser à l’unité de l’Italie, elle sert » d’appât politique » à l’instigation de Cavour. Elle quitte son mari et l’humilie car il est acculé à la banqueroute à cause  de son style de vie dispendieux. Elle aime se vêtir de vêtements qui choquent, avec des tissus très fins qui marquent ses formes. Elle aurait été aussi, pendant de longues années, la maîtresse de Victor Emmanuel II, roi de Sardaigne et de Piémont pour servir la cause italienne, et eut d’autres nombreux amants, parfois tous en même temps qu’on nous raconte en quelques pages assez croustillantes. Quand la vieillesse arrivera, elle fera enlever tous les miroirs qui l’entourent pour les remplacer par des photos d’elle quand elle était jeune. Elle sera la première à colorer ces photos à la gouache, ce sera une pionnière de la photographie en couleurs ; on retrouvera 400 clichés au Metropolitan Muséum of Art à New York.
Ce livre est aussi intéressant à cause de la partie historique qui nous dépeint l’époque de Napoléon III et des rapports diplomatiques de la France et de l’Italie qui réussiront à forger son unité. L’auteure nous dépeint aussi la vie des personnes de cette époque, et en particulier de la vie des femmes qui n’était guère enviable
En fait, notre Contessa  ne revendique que sa liberté, mais pour une femme du XIXème siècle, c’est une mission impossible, elle veut vivre en accord avec sa position sociale, ses exigences, ses dons intellectuels, et surtout le droit de s’appartenir « Moi, c’est moi », telle est sa devise !
Photo Astrid de Crollalanza
Daniel MASON : Au nom de Margarete (Ed JC Lattès – 398 pages)
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Françoise du Sorbier
La première guerre mondiale va bouleverser la vie toute tracée de Lucius, étudiant en médecine issu d’une famille de haute lignée aristocratique polonaise.
A vingt-deux ans, sans expérience mais décidé à fuir le confort d’une famille qui entend gérer sa vie, Lucius arrive à Lemnovice dans les Carpates où l’attend, dans une église transformée en hôpital, une sœur infirmière, Margarete. Femme décisionnelle, elle mène un combat contre le pou, son ennemi numéro un, mais officie aussi dans les amputations, elle coupe, nettoie, désinfecte, prend le temps de se pencher vers les hommes meurtris dans leur chair et dans leur âme par la guerre. Oui, Lucius devra couper une jambe, un bras pour sauver des vies et il aura auprès de lui le meilleur guide Margarete. Un lien, une connivence et bientôt l’amour les réuniront  mais c’est sans compter avec les aléas, les traîtrises de la vie en temps de guerre. Car Margarete porte le voile des infirmières mais aussi celui des religieuses.
Ce roman fort bien documenté rappelle les conditions horribles dans lesquelles travaillaient médecins, infirmières, ambulanciers, mais aussi les atrocités occasionnées par l’arrogance, l’inhumanité de certains chefs militaires. Car si Margarete lutte contre le pou, il faut aussi lutter contre le froid, ce froid intense qui fige pour de nombreux mois cette Europe centrale et qu’une simple couverture ne saurait faire oublier.
Ce roman est une analyse très pertinente des progrès énormes de la médecine en temps de guerre, constat bien triste mais qui a permis de sauver de nombreux hommes grâce au sacrifice des premiers blessés.
Photo Sarah Houghteling

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Alain MASCARO : Avant que le monde se ferme (Ed Autrement -245 pages)
Premier roman d’Alain Mascaro qui nous fait revivre un grand moment d’histoire sous les traits d’Anton un jeune tsigane fils du vent il va nous faire vibrer  au sein de son clan, à travers la liberté des steppes de l’Asie Centrale balayées par les traditions, les drames d’une tribu conditionnée par les coutumes ancestrales, vibrantes de chants, de danses, de musique, de jeux mais qui va basculer dans la barbarie de la déclaration de la guerre et l’horreur des persécutions allemandes.
A partir de la destruction de son cirque et de la dissolution de son clan, va commencer l’errance d’Anton à travers cette Europe dévastée, traversant ghettos et camps de la mort. Mais d’autres forces, d’autres rêves le guideront plus loin porté par le rêve et la foi.
Terribles émotions ressenties à cette lecture bouleversante, enlevée, documentée, tourbillonnante qui tantôt fait lâcher le livre tant l’émotion est forte, tantôt transporte le lecteur vers un autre monde.
Un auteur à suivre
Joël RAGUENES : Les derniers seigneurs de la mer (Ed. Calmann-levy – 368 pages)  
Ce dernier roman est un long hommage aux pêcheurs bretons.
A travers un récit très minutieusement documenté Joel Raguénès ancien goémonier puis gardien de phare nous fait traverser le siècle auprès des pêcheurs de thons depuis les débuts de la seconde guerre mondiale jusqu’à nos jours.
De Juin 1939 où le jeune Adrien va commencer sa rude vie de mousse sur le bateau de son père nous allons suivre au fil des saisons les lointaines campagnes de pêche en proie aux tempêtes et aux rudes accidents de la vie. Il nous fait partager les avancées  techniques des navires et les difficultés de la vie des familles déchirées par les dangers de ce sacerdoce,  mettant en avant a grande fraternité de ces familles de condition précaire mais soudées par la mer.
Très belle anthologie de la pêche à partir d’un port breton, très réaliste, mais écrit d’un écriture peut-être trop technique, qui étouffe un peu l’émotion.

7 8

Jonas Hassen KHEMIRI : La clause paternelle (Ed Actes Sud- 361 pages
Traduit du suédois par Marianne Ségol-Samoy
En lisant le dernier roman de Jonas Hassen Khemiri, vous ferez la connaissance d’une famille suédoise pendant dix jours.
Une famille composée du grand-père qui est un père, de retour en Suède pour justifier son lieu de résidence principale, du fils qui est un père qui cède son appartement à son père pendant son séjour en Suède, d’une fille qui est une sœur, d’une fiancée qui est une mère, d’une sœur qui est une mère, du fils qui est un frère, d’un petit d’un an qui est un petit-fils et d’une grande sœur de quatre ans. C’est à n’y rien comprendre et vous penserez que c’est sans intérêt. Et puis, oh miracle, vous êtes entrainés malgré vous dans le quotidien de cette famille, une famille comme tant d’autres dont la vie est remplie de travail, de courses, d’amour, de désamour, d’enfants à aller chercher à la crèche ou à l’école. Et tous ces personnages jamais nommés se croisent, s’appellent, s’interrogent sur leur vie sur les petites choses qui remplissent le quotidien au point de ne plus avoir le temps de vivre.
Il y a un fil conducteur pourtant, ce grand-père qui est un père, personnage détestable au début qui gagnera au fil des pages l’amour des siens en acceptant d’être grand-père. Tous dans cette famille sont attachants, avec un faible pour la grande sœur de quatre ans si pertinente, qui n’a pas sa langue dans la poche et voit tout car c’est la grande sœur de quatre ans !
Il faut se laisser porter par le rythme voulu par l’auteur, c’est surprenant, et le lecteur, désarçonné au début, sera agréablement surpris par l’attachement qui se crée avec cette famille sans nom.
Florence SEKKAI : L’héritage d’Hélène. (Ed.Maïa-169 pages)
Julie, jeune mère d’une petite Chloé de quatre ans vit mal son quotidien familial et professionnel, Elle passe d’un sentiment d’infériorité, de soumission, d’absence de motivation à un vide existentiel profond. Elle cherche un sens, un changement qui lui permettrait de rompre cette monotonie.
En déménageant le garage de sa grand-mère maternelle Rose, Julie va prendre en charge le tri de boites dans lesquelles elle va découvrir des lettres affectueuses, mystérieuse,s écrites il y a longtemps par une certaine Hélène à Rose.
Julie s’interroge sur le lien entre ces deux femmes et relève chez Hélène le désir de liberté et de choix vital de réaliser ses rêves. Au fil de la lecture de ces quelques lettres Julie qui se rend compte, qu’elle subit sa vie sans plus,  va s’identifier à Hélène qui devient en quelque sorte son « coach ».
Sur fond d’intrigues professionnelles, contraintes familiales, problèmes de couple, Julie va partir à la découverte d’elle-même, s’affirmer, prendre des décisions. Elle va enfin découvrir qui était cette mystérieuse Hélène.
Ce livre qui retrace une réalité vécue par l’auteur prône la réalisation de soi et de ses projets avec sous-jacente,  une intrigue liée à un secret familial.
Écriture simple, actuelle, du quotidien.
Le thème est d’une actualité certaine avec la femme débordée, assurant activité professionnelle, charges ménagères et éducation des enfants sur fond de pression du monde professionnel, jalousie et compétition.

 

 




NOTES de LECTURES

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Mireille CALMEL : Le lit d’Alienor (Ed Collecto – 671 pages)    
A Poitiers, en 1137, Aliénor d’Aquitaine, épouse du roi de France Louis VII le Pieux, fait la connaissance de Loanna de Grimwald ; celle-ci est chargée d’espionner la reine, elle est un peu sorcière, elle a des apparitions de Merlin l’Enchanteur, elle est proche de la nature et soigne avec les plantes. Elle doit réussir à ce que le roi Louis VII se sépare d’Aliénor et divorce, ce qui arrivera  à cause de consanguinité entre les  deux époux, Aliénor très vite se remarie avec le futur roi d’Angleterre : Henri II Plantagenet, ainsi nommé parce qu’il porte une plante de genêt à son chapeau. Il y a dans ce livre un foisonnement de personnages, certains qu’on connaît  un peu comme l’abbé Suger qui commence la construction de l’abbatiale de Saint Denis mais qui mourra avant de la terminer, Thomas Beckett qui finira très mal aussi, etc. Que d’intrigues, vraies ou  fausses se trament ainsi. L’autrice écrit « c’est un siècle de barbarie ! ».
Loanna est donc au service de l’Angleterre. Elle cherche à faire assassiner le roi Louis VII en trompant la confiance d’Aliénor. Une grande croisade va s’organiser  et partir avec armes et bagages et aussi un grand nombre de femmes. Il y aura bien une occasion qui fera que le roi se fasse tuer, espère Loanna, mais cela échoue ! Elle surveille aussi que toute conception d’enfants n’arrive pas à terme entre les époux royaux. Loanna de Grimwald occupe la première place dans ce roman parce qu’elle  est aussi très liée à Aliénor.
Ce roman a le mérite d’éveiller notre curiosité  pour aller voir dans les détails les faits vraiment historiques car ce n’est pas un livre d’Histoire, ce n’est pas un roman de science fiction, malgré les apparitions de Merlin l’Enchanteur, lié à Loanna  qui le prie quelquefois  de l’aider à sortir de situations scabreuses. C’est, en fait un livre d’histoires, avec un petit h et un gros S car, que de rebondissements ! Le roman se terminera quand Loanna aura atteint son but : marier Aliénor d’Aquitaine à Henri II Plantagenet, roi d’Angleterre, deux mois après son divorce. Elle donnera l’Aquitaine à l Angleterre ainsi que huit enfants ! Le 3ème de ses fils : Richard, cœur de Lion,(1157-1199) héritera de l’Aquitaine, ainsi en avait décidé Aliénor mais elle mourra après lui en 1204. Quand cette province reviendra t elle au royaume de France ?  Mais cela est déjà une autre histoire
Ce livre est enrichi de dessins de Pierre Legain et accompagné d’une très belle BD.
Myriam ANISSINOV : Oublie-moi cinq minutes (Ed Seuil – 393 pages.)
Myriam Assiminov est l’auteur de biographies de grands personnages et de plusieurs romans autobiographiques. Celui-ci est son dernier C’est une des plus grandes connaisseuse de la littérature Yiddish et de la Shoa
Dans ce roman autobiographique l’auteure revient sur son enfance à Lyon où s’étaient établis ses parents tous deux juifs nés l’un en Pologne et l’autre à Metz où avait émigré sa famille russe communiste.
Issue d’un milieu très pauvre mais lettré, comme l’étaient les juifs étrangers et ardents communistes de part leur formation. Myriam, tout en admirant son père très travailleur et passionné par son appartenance au parti, est toutefois subjuguée par sa mère, institutrice et militante mais peu disponible, elle la harcelait pour savoir si elle l’aimait ce à quoi elle répondait invariablement  « Oublie-moi cinq minutes ».
Elle nous fait donc partager ce monde pétri d’antisémitisme latent où chacun doit lutter pour sa survie et encore plus dans le monde qu’elle a choisi, celui du spectacle, de la chanson dont elle nous fait un portrait saisissant et plein d’humour. Une longue rétrospective de la guerre à nos jours où elle retrace sa vie et celle de son entourage
Un roman plein de verve et d’amour à travers un parcours atypique et souvent désolant.

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Francesco FIORETTI : Raphaël, la vérité perdue (Ed Hervé Chopin – 286 pages)
Originaire de Sicile Francesco Fioretti est professeur de littérature italienne. Spécialiste de Dante et de la renaissance italienne
L’auteur nous dresse ici le portrait de Raphaël qui n’était pas seulement le grand peintre de la Renaissance mais aussi la victime d’une puissance insaisissable
Cinq cents ans après la mort de Raphaël, il  tente de lever le mystère de son étrange disparition à l’âge de trente-sept ans. Après le décès de Michel-Ange et de Léonard de Vinci Raphaël est reconnu maitre de la capitale. Mais Rome est la ville de tous les complots et dans ce nid de vipères, difficile de trouver sa place..
Lorsque le Pape Léon X le nomme peintre responsable des fouilles archéologiques romaines les choses empirent. Les intérêts multiples autant du Pape que des grandes familles rendent la vie impossible et la mort est au coin de la rue.
Grâce à la verve et l’érudition de l’auteur, le lecteur se trouve pris comme dans un polar dans une œuvre d’art : des morts étranges, inexpliquées sinon inexplicables. Tout s’emmêle ! De l’amour de la haine, des vies désordonnées, le tout mêlé d’accords secrets et d’alliances inattendues.
De la beauté, de la grâce, de l’action, tout est présent dans ce roman brillant d’un auteur magistral de cette époque fabuleuse.
Mais on ne sait toujours pas qui a tué Raphaël !
Eric FOTTORINO : Mohican (Ed Gallimard – 277 pages)
Dans ce quatorzième roman, Éric Fottorino évoque la situation de l’agriculture et de la paysannerie au XXIème siècle en créant le personnage de Brun Danthôme, agriculteur dans le Jura. Brun a 76 ans. Il vient d’apprendre qu’il souffre de leucémie. Cette maladie ne vient-elle pas des pesticides qu’il a épandus pendant des années, alors qu’il s’enorgueillissait d’avoir une augmentation de sa productivité mais qu’il était traité d’agriculteur ? Ces pesticides n’auraient-ils pas provoqué le cancer du sein de Suzanne, son épouse, décédée, quinze ans plus tôt ? Pour Maurice dit Mo, son fils, adepte d’une agriculture raisonnée et écologique, la réponse est claire. Mais les deux hommes ne sont pas d’accord sur l’attitude à tenir sur l’exploitation et le père décidera seul jusqu’à sa mort, y compris lorsqu’il faudra répondre à des propositions d’implantation d’éoliennes sur le domaine, ce qui éviterait la faillite financière.
En quatre chapitres précédés d’une citation tirée des Géorgiques de Virgile et rédigés d’une belle plume classique, l’auteur offre un magnifique hommage à la nature, à la campagne, aux saisons et à ces hommes confrontés aux enjeux de la sauvegarde de notre planète et de l’alimentation de ses habitants.
Chris MARQUES : Si seulement vous saviez  Ed (Flammarion – 250 pages)
Nombreux sont ceux qui ont découvert Chris Marques par le biais de l’émission « Danse avec les stars » dont il est le créateur.
Champion d’Europe et du monde de danses latines et de salons, il est, dans ce milieu, devenu une icône et en France, un artiste fort populaire grâce à ses avis très tranchés et sans concessions en tant que juré de l’émission.
Mais s’il est arrivé à ce degré de talent et de professionnalisme, cela n’a pas été sans travail, sans galères et derrière ce sourire et ses tenues pailletées, il y a un artiste passionné, un homme à qui la vie n’a pas toujours fait de cadeau.
Fou de danse dès son plus jeune âge, il ira dans une école spécialisée de Colmar, où il vit, pour  continuer à 16 ans dans une école de Villeurbanne, avant de s’en aller tout seul et sans argent, vivre sa vie de danseur à Londres, logeant où il pouvait, mangeant quand il pouvait, parlant peu la langue mais, éternel optimiste, ne baissant jamais les bras et croyant en son étoile.
Ses premières compétitions seront très vite couronnées de succès car il est super doué et sa carrière va aller crescendo. Il va rencontrer une danseuse, Jaclyn Spencer, un vrai coup de foudre et les voilà, ne se quittant plus, à la ville comme à la scène, vivant d’amour et de danse. Ils gagneront tous deux de nombreux concours.
Jusqu’à ce qu’il tombe malade en 1999, d’une maladie orpheline et incurable : l’encephalomyétie myalgique, qui, durant des jours, des semaines, l’obligera à rester dans un lit de souffrance mais qui, entre deux crises, ne l’empêchera pas de se remettre à la danse. Il devra vivre avec, avec un traitement et, avec courage et ténacité, en 2003, à un mois d’intervalle, il devient, avec sa femme, champion d’Europe et du monde !
En 2004 il réalise un autre rêve : aller danser à Cuba, pays de ses danses de prédilection et réussira à épater les danseurs cubains et le chef d’état qui l’idolâtrent, malgré quelques sérieuses menaces mettant leur vie en péril. Avec «Jacy», ils se produiront dans le monde entier et en 2011 démarrera la folle aventure de «Danse avec les stars» qui vient de fêter ses dix ans.
Mais leur plus belle aventure se nomme Jackson, leur fils.
Un récit plein de passion, d’émotion, qui nous fait encore plus aimer cet éblouissant danseur.

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Jean-Christophe RUFFIN : Montagnes humaines (Ed Arthaud – 189 pages)
Ce livre est un entretien de Jean- Christophe Rufin avec Fabrice Lardreau.
Jean-Christophe Rufin, originaire du Berry, découvre la montagne  pendant son enfance, il dit s’être « approché de la montagne comme d’une bête à apprivoiser ». Pour lui, l’amitié est renforcée par la pratique de la haute montagne, cela créé des liens immédiats  entre les grimpeurs, ce qu’il appelle « une intimité verticale », c’est le titre de ce premier chapitre
Autrefois, le matériel d’escalade était lourd, aujourd’hui, il est léger, on peut s’entraîner sur les falaises ou même dans un gymnase, il préfère le milieu naturel, il cherche  un rapport charnel avec la roche, peu importe d’arriver au sommet, c’est  le cheminement qui importe , la randonnée est un exercice où on est solitaire, pour grimper, il faut être au moins deux puisqu’on s’assure mutuellement, plus on monte, plus on est au cœur de l’action, c’est un sport où l’argent intervient peu. Amoureux et fasciné par la montagne,  l’écrivain qu’il est considère le lecteur comme un ami de cordée qu’il faut mener de plus en plus loin et de plus en plus haut. La paroi est comme un livre, on progresse de prise en prise comme de page en page.
Dans le deuxième chapitre intitulé « Montagnes humaines » qui a donné son titre au livre, il nous parle de sa « randonnée » vers Saint Jacques de Compostelle et surtout de l’écologie qui doit être un humanisme mais l’équilibre a été rompu, il déplore la disparition des alpages et des paysans en moyenne montagne. On revient à l’écriture, pour lui, écrire ou faire de l’alpinisme, la question ne se pose pas, on fait et c’est tout.
Après cet entretien, il y a des extraits  de « livres montagnards », le premier date de 1940, il est écrit par Dino Buzzati : « le Désert des Tartares », on en avait tiré un beau film où l’on était dans une attente longue, angoissante, de choses qui n’arrivaient pas, durant tout le film comme d’ailleurs dans le livre mais il y avait de magnifiques photos de montagnes
Le deuxième texte de 1963 était de Tita Piaz, le Diable des Dolomites
Le troisième de 1967 écrit par Joseph Kessel : les Cavaliers
Le dernier  de 1968 de Roger Frison- Roche « les montagnards de la nuit »
Ces quatre extraits nous donnent naturellement très envie de lire ces quatre livres
Thomas VDB : Comedian rhapsodie (Ed Flammarion – 264 pages)
Quel drôle de zèbre que ce Thomas VDB, alias Thomas Vandenberghe, comédien, humoriste, musicien, journaliste, chroniqueur… et j’en passe.
Le plus drôle est qu’à part la musique, il n’a jamais eu d’autre envie, qu’il n’a jamais rien demandé et que tout lui est venu par hasard.
Collectionneur obsessionnel de vinyles, puis de cassettes, puis de CD, il s’est laissé porter par la vie en écoutant du hard rock, devenant fan de groupes dont il s’inscrivait à leur club, créant des fanzines jusqu’à ce qu’un producteur l’engage pour les faire en professionnel, et jusqu’à ce qu’il se retrouve rédacteur en chef du magazine Rock Sound. Aujourd’hui comédien et chroniqueur de l’émission « Quotidien », il nous offre, avec un humour décalé, sa jeune biographie, écrivant comme il s’exprime dans la vie, avec un petit défaut : des phrases qui n’en finissent pas, où la ponctuation est souvent oubliée
Il se dit toujours dingo de rock et nous parle de groupes dont certains n’ont fait que passer mais qu’il connaît par cœur.
Aujourd’hui, à peine assagi, il est resté un grand ado dilettante, ce qui ne l’empêche pas de mener une carrière originale qu’il réussit ma foi très bien.
Celui qui a commencé l’animation radio en faisant des pets en direct, a quand même bien évolué en passant de la musique au cinéma, de la radio à la télé, assumant aujourd’hui son métier de comédien dans des one man shows.
Personnage drôle et attachant, il nous affirme toujours qu’il est et restera toujours un névrosé de musique.
Anne BEREST : La carte postale (Ed Grasset – 504 pages)
6 janvier 2003, Lélia, la mère d’Anne Berest, trouve dans sa boite aux lettres une carte postale représentant le Palais Garnier sur laquelle sont écrits quatre prénoms : Ephraïm, Emma, Noémie, Jacques. Que signifie cette mention des prénoms de ses grands parent maternels, de son oncle et de sa tante qui sont morts à Auschwitz en 1942 ?
Cet envoi va être l’occasion pour Anne d’entamer avec sa mère des recherches sur la vie de ses aïeux et de se questionner sur sa judéité, elle qui ne pratique aucune religion. Commence alors un récit passionnant et touchant de la vie de la famille Rabinovitch. Elle est originaire de Russie qu’elle doit quitter en 1919 alors que le star Alexandre III prône un antisémitisme d’État. Certains s’exilent en Pologne d’autres en Palestine. Les pérégrinations amènent Ephraïm, Emma son épouse, et leurs trois enfants Myriam, Noémie et Jacques en France en 1929.
Mais en octobre 1940, les voilà soumis à l’obligation de se déclarer aux autorités pour tous les juifs puis à toutes les horreurs qui vont suivre.
Bien sûr, tous ces évènements ont fait l’objet de nombreux romans mais la plume sensible et pleine de souffle de l’auteur rend passionnant le récit tragique de cette famille dont tous les membres sont de magnifiques personnalités : Ephraïm l’ingénieur inventif qui veut s’intégrer à la France qui l’accueille, Myriam et Noémie les brillantes élèves en philo et littérature, Jacques qui ne ment pas sur son âge à l’arrivée au camp et qui est gazé à 15 ans.
Un beau livre qui a obtenu le prix Renaudot des lycéens.




NOTES de LECTURES

rufin vingtgras graziani

Jean-Christophe RUFIN : Les flammes de pierre (Ed.Gallimard – 354 pages)
Un très beau roman d’amour et de montagne.
De montagne où vit Rémy, guide-alpiniste qui, après un fâcheux accident, doit restreindre ses appétits  de cimes  mais qui va, toujours aidé de son frère alpiniste lui-aussi, en faire un métier. Domaine qu’il fait découvrir aussi à ses clients qu’ils encadrent chaque week-end vers des sites prestigieux des alentours de Chamonix. C’est alors qu’une jeune parisienne passionnée de nature va le rejoindre pour ces week-ends d’aventures et de découvertes loin de Paris.
A tel point que la passion des roches et des défis posés par ce cadre divin les amènera à se connaitre, se défier, s’aimer, s’éloigner, en proie à une grande passion amoureuse qui va les déchirer, les rapprocher. Mais à quel prix !
Splendide roman de nature et de découverte que l’auteur nous offre avec une fougue, une justesse de sentiments et une passion, tant pour le cadre que pourl’amour des deux héros.
Un grand moment de bonheur pour qui aime la montagne, fabuleux décor de cette aventure humaine.
Belle écriture comme d’habitude, enlevée et pleine de fougue et de passion
Marie VINGTGRAS : Blizzard (Ed de l’Olivier – 183 pages)
Pourquoi s’installer dans ces terres froides d’Alaska ? C’est à n’y rien comprendre décide Bess, qui suppose qu’ils aiment les grands espaces, comme si l’expression en elle-même était une formule magique qui résolvait tout.
En effet, résoudre un problème  c’est bien la question que se sont posés Benedict, Freeman, Cole et Bess.  Ils se connaissent tous par force, s’entraident parfois, se jalousent aussi, se surveillent, se convoitent. Mais quelle est la véritable raison de leur installation dans ces régions si hostiles et inhospitalières ?
« Je l’ai perdu, j’ai lâché sa main pour refaire mes lacets et je l’ai perdu. » Les premiers mots du roman de Marie Vingtgras plongent immédiatement le lecteur dans une atmosphère angoissante. Cet enfant est perdu dans le blizzard, l’angoisse règne désormais dans la petite communauté, il faut impérativement le retrouver et vite.
En courts chapitres éclairant la personnalité de chacun, l’auteur révèle des caractères remplis de mystères, de secrets qu’ils ont enfoui au plus profond d’eux-mêmes. Benedict se sent responsable de ce petit être, le fils de son frère disparu mystérieusement, lui le célibataire qui repousse tout engagement et que la situation extrême oblige à réagir vite, Bess a trouvé refuge en Alaska pour étouffer sa trop grande souffrance à la mort de sa sœur, Freeman homme noir, ancien militaire survivant de la guerre du Vietnam doit assumer la mort de son fils, un acte qu’il doit expier. Tous fuient la réalité et une vérité trop lourde à porter et c’est ce petit garçon perdu dans l’immensité hostile des lieux, en plein blizzard qui va tous les réunir pour le sauver et se sauver eux-mêmes.
Un premier roman choral qui démonte avec finesse des personnages ayant fui la société, mais qui se relèveront, feront face à leur douleur et l’assumeront
Stanislas GRAZIANI : Le cauchemar de Socrate (Ed Beaurepaire-  270 pages)
Stanislas GRAZIANI, réalisateur et scénariste français, publie son premier roman, mettant en scène Daniel Dravot, maire de Granville en Normandie et son protégé Tom, orphelin par sa faute et artiste raté.
Dravot vient de perdre les élections alors que des soupçons de blanchiement de fraude fiscale et de harcèlement sexuel ont été étalés au grand jour quelques temps avant le vote. Alors que son ami Tom tente de l’empêcher de se suicider en sautant du haut d’un pont, les deux hommes tombent dans le vide. Entrainés dans une faille spatio-temporelle, ils se retrouvent dans la Grèce antique à Athènes. Commencent alors de folles aventures au cours desquelles Dravot mettra en application ses méthodes douteuses de politicien cynique et corrompu du XXIème siècle au sein de la Boulé et parmi les citoyens grecs à l’époque de Socrate, Platon, Diogène et Périclès.
Beaucoup d’invraisemblances, des anachronismes, de nombreux jeux de mots, plus ou moins drôles, un style peu soutenu. Cela parait totalement assumé car le but de l’auteur est de faire une comédie un peu grinçante et totalement déjantée pour mettre à mal les dérives de notre propre société et de notre démocratie actuelle.
A lire pour un bon moment de détente.

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Elisabeth BARILLE : Sur les pas de Shiva, en Inde dans la lumière d’Arunachala(Ed Desclée de Brouwer-171 p)
Alors que l’ensemble de son œuvre a été couronnée en 2021 par le grand prix de littérature Henri Gal décerné par l’Académie Française, Françoise Barillé vient de publier pour la collection « Rencontrer le sacré », le récit de son dernier voyage en Inde au cours duquel elle a voulu explorer le temple de Tiruvannamalai, ses ashrams et sa colline sacrée Arunachala, à une centaine de kilomètres de Pondichéry.
Fille d’une catholique et d’un orthodoxe, Elizabeth Barillé a été attirée par l’Inde dès son premier séjour alors qu’elle avait 20 ans. Dans une quête de compréhension de qui elle était, elle a fait douze voyages dans ce pays qui est celui du sacré. Il y a trente ans alors qu’elle rencontrait l’exploratrice suisse Elsa Maillart, celle-ci lui parlera de son séjour dans les années 1940 auprès de son maître Bhagavan à Tiruvannamalai. Et voilà qu’elle aussi fait le voyage dans ce lieu et qu’après s’être imprégnée de ce temple dédié à Shiva, elle monte la colline sacrée.
Nous partageons ses interrogations sur la vie, la mort, l’esprit qui habite les lieux mais ses tentatives de réponse intuitives par le biais de l’hindouisme ont du mal à nous convaincre.
Adrien NASELLI : Et tes parents ils font quoi ? (Ed Jean-Claude Lattès – 280 pages)
Enquête sur les transfuges de classe et leurs parents
Très beau travail de recherche et de comparaison que cette étude d’un jeune issu lui-même d’un milieu modeste qu’il ne renie pas et qui se penche sur ses comparses ayant réussi «socialement» et intellectuellement à franchir les étapes qui les ont conduits à des postes prestigieux grâce à leurs études et leur ténacité, aux bonnes rencontres et ce que l’on appelle «transfuges de classes»
Présentés un peu comme un reportage de personnages plus ou moins prestigieux comme : Aurélie Fillipetti, Ali Rébeihi, Thoaî, Rokhaya Dialo, Il les replace dans leurs contextes historiques, sociaux, issus de l’immigration, pauvreté et les évoque un peu comme une chronique «people» pas désagréable du tout à lire, en évoquant les divers parcours qui ont été les leurs.
Un peu gêné au départ par l’écriture inclusive que l’auteur pratique, on se fait assez vite à ce mode  de lecture globale qui ne nous est pas étrangère.
Très bonne exposition de ces parcours atypiques étudiés avec sagesse et compétence, la parole recueillie à la source est sensée. Reste un problème que l’auteur n’a pas encore résolu : la difficulté souvent à communiquer avec leurs propre parents, la distance étant tellement énorme qu’elle crée un fossé que les sentiments seuls aident à franchir.
Restent l’attendrissement, le respect, l’amour

dugain Boyer Bourdon

Marc DUGAIN : La volonté (Ed Gallimard- 284 pages)
Il faut s’avouer vaincu si l’on veut perdurer» et «Nos parents connaissent la seule postérité qui vaille, qui n’est pas celle de l’œuvre mais celle de l’être perpétué chaque jour dans sa descendance».
Deux phrases prises au début et à la fin du roman de Marc Dugain, des phrases qui donnent le ton de ce combat qu’est la vie du père de l’auteur, issu d’une famille de marins bretons, élevé dans la valeur du travail et le respect humain. Ce père atteint par la poliomyélite à l’adolescence subira de nombreuses opérations et ne pourra se déplacer sans béquille. Une force de caractère exceptionnelle le mènera à faire de très belles études scientifiques et à partir dans les lointaines colonies françaises de Nouvelle-Calédonie.
Il épouse une brillante jeune fille dont le père, gueule cassée de la guerre de 14 lui servira de modèle pour l’écriture de  La chambre des officiers». Marc Dugain parle de ce père aux idées de gauche très avancées, reconnait la vie facile des expatriés et la difficulté du retour en France, une France qui, grâce à de Gaulle, a  le développement de l‘indépendance énergétique avec la création de la force nucléaire. Et toujours cette volonté d’avancer coûte que coûte avec une béquille soit, mais avancer toujours.
Pour le deuxième fils qu’est Marc Dugain, c’est aussi le combat pour exister, se rebeller contre ce père trop imposant, ce couple amoureux trop exclusif marqué par la doctrine marxiste.
Pas besoin de chercher où commence le roman ou la vérité, qu’importe, Marc Dugain fait le portrait très attachant d’un homme atteint physiquement mais que la seule volonté a forgé en être d’exception.
Un bel hommage. En fait un roman d’amour.
Myriam BOYER : Théâtre de ma vie (Ed Seuil – 187 pages)
Myriam Boyer, hormis le fait qu’elle a un fils qui se nomme Clovis Cornillac, est l’une de nos plus grandes comédiennes française, souvent comparée à Simone Signoret… et plus encore en vieillissant.
C’est une actrice à deux faces : celles qui, née dans une famille communiste et pauvre, a orienté sa carrière sur des films non commerciaux mais qui défendaient le cinéma social dans la presqu’ombre des grandes idées populaires, avec des réalisateurs comme Chantal Ackerman Taner, Mocky. Et celle qui a conquis ses galons de grande comédienne avec des films signés, Zidi, Lelouch, Blier, Corneau Sautet, partageant la vedette avec des stars comme Piccoli, Reggiani, Montand …
Sans oublier cet américain original qui fut son mari : John Berry. Situation ambigüe : cette femme du peuple qui ne s’est jamais sentie à sa place au milieu des stars de cinéma, qui est restée une femme simple, a tout à coup mené, durant plus de dix ans, une existence de star avec cet homme qui ne se refusait rien, belle voitures, palaces, voyages au bout du monde… Juste pour lui faire plaisir !
Mais elle est également une femme de théâtre magnifique et là aussi, elle n’a jamais choisi la facilité en jouant avec Koltès, Chéreau, Lavelli, Büchner, Romain Gary duquel elle fut proche et vit dépérir sa femme Jean Seberg.
Cette comédienne toute en élégance, pudeur et sobriété, n’a jamais été dans démonstration : un regard, un silence… tout est dit.
Ses choix ont souvent été à contre-courant d’un cinéma «de mode», même si pour cela beaucoup lui tournaient le dos. Et ce n’est pas pour rien qu’elle devint scénariste, réalisatrice, productrice, quitte à se ruiner.
Marquée par une enfance difficile, c’est pour cela qu’elle s’est rapprochée de comédiens blessés par la vie comme Patrick Dewaere ou Philippe Léotard.
Par contre elle nous parle des relations abominables avec Niels Arestrup dont la réputation sulfureuse est connue. Grand comédien mais homme inhumain, jaloux, violent, après ses accrocs avec Miou Miou ou Isabelle Adjani, qui ont osé en parler, ce qu’il a fait avec Myriam Boyer est innommable. Elle a dû aller jusqu’au procès contre ses malversations… Et elle l’a gagné !
Elle vient de tourner avec son fils «C’est magnifique» dont Clovis nous a parlé lors de sa venue au Six N’Etoile dont une salle porte son nom.
Elle nous raconte d’ailleurs sa gêne au mariage de celui-ci, mariage très «people», très brillant où tout le gratin artistique était présent. Elle s’y sentit mal à l’aise, alors qu’elle est la mère du marié, entourée d’artistes qu’elle connaissait mais où elle ne se sentait pas à sa place, même avec des artistes comme Jean Dujardin, Nicolas Bedos ou Kad Mead, avec qui elle a tourné.
Ce sont les séquelles d’une jeunesse rude, malmenée pour laquelle elle n’a pas su tourner la page.
Un livre à la fois magnifique et émouvant qui retrace la vie d’une petite fille qui, en grandissant, n’a toujours pas sa place dans un milieu fait de faux semblants.
Françoise BOURDON  : Les héritières de la salamandre
(Ed Les Presses de la Cité –  552 pages)
En regardant un reportage télévisé, Esther Leavers, pianiste connue, vivant en Angleterre, découvre le témoignage d’une santonnière, Alexandra Mayer qui vit à la Roque sur Pernes, en Provence. Ce qui l’intéresse surtout, c’est qu’elle reconnait dans ce nom, celui de jeune fille de sa mère, originaire, elle aussi, d’une région d’Europe qui n’est plus : le Banat.
Esther est divorcée, elle n’a plus que son frère Nathan et ses souvenirs familiaux pleins d’ombres. Elle veut la connaître et part en Provence. … Au fil de leurs souvenirs, renaît une incroyable odyssée, menée par les femmes de la Salamandre, nom donné au futur domaine, d’où le titre.
Le roman est composé de trois parties, chacune d’elle  aurait pu faire un roman, dans chacune des parties, les chapitres s’entrecroisent, les uns se passent en 1965, les autres commencent  en  1767 et nous racontent tout  ce que va vivre cette famille qui quitte sa Lorraine natale car elle n’est  assez fertile pour les faire vivre. Ils partent avec des voisins et rencontreront d’autres personnes sur la route. Le Banat est leur destination, c’est un territoire au sud de l’Autriche. Marie Thérèse d’Autriche, l’Impératrice avait proposé ces terres, de l’argent et du matériel agricole à qui voulait venir faire fructifier ce pays. Ils ont été des migrants heureux avec toutes ces promesses. Le voyage, assez difficile,  est raconté, il s’effectue en carrioles, tirées  par des chevaux, et compte plusieurs milliers de kilomètres. Les gens font connaissance entre  eux ; des liaisons se créent. On finit par arriver, ils s’installent et travaillent dur, aussi bien les femmes que les hommes, il y des mariages et des naissances, un arbre généalogique se trouve au début  du livre, on doit s’y reporter parfois pour arriver à suivre, surtout si on abandonne le livre quelques jours !
Les années se succèdent jusqu’à  aujourd’hui. Et l’histoire va continuer avec « ces nouveaux » cousins qui viennent de se retrouver. C’est une immense saga, une grande  fresque où on apprend beaucoup de choses, psychologiques, géographiques et historiques.
On ne s’ennuie jamais malgré la longueur du livre et le résumer s’avère très difficile, donc prenez le temps de le lire !

Harchi boissard

Kaoutar HARCHI : Comme nous existons (Ed Actes Sud – 140 pages)
C’est un témoignage émouvant d’une « fille à ses parents »
Kaoutar Harchi retrace avec émotion l’amour de ses parents Hania et Mohamed, ils se sont vus et se sont aimés, mariés, ont mené une vie honnête de travail, de respect pour les anciens et pour leur pays d’origine le Maroc. Un père et une mère qui ont bravé les traditions et inscrit leur fille dans une école catholique, une école où elle connaitra la petitesse, le racisme à son encontre mais aussi l’éveil vers ce qui sera sa vie plus tard, la sociologie.
Kaoutar Harchi se livre et reconnait la difficulté d’appartenir à un groupe sans le trahir, un groupe qui établit une hiérarchie,  l’existence d’un monde inférieur et d’un monde supérieur, un monde qu’elle a réussi à apprivoiser non sans souffrance. Elle parle sans équivoque du racisme qui accompagne les peuples colonisés, une guerre intérieure qui est livrée «à toutes les filles musulmanes, enfants de mères et de pères musulmans, sœurs de frères musulmans, de culture, de corps, d’âme et de sang musulman».
Kaoutar Harchi écrit, c’est l’essence même de son existence, elle écrit ce qui s’est imprimé très tôt dans sa mémoire, elle écrit car l’écriture acte et fixe sur papier ce qui d’ordinaire était refusé, tu, ignoré, dominé. Un acte qu’elle doit à Hania et Mohamed, deux parents qui acceptent avec humilité de voir leur fille poursuivre des études, accéder à un monde différent du leur mais où elle évoluera et s’accomplira.
Ce récit est bouleversant de sincérité et devrait être lu et diffusé car il prouve la richesse des cultures, des cultures qui ne doivent pas se dresser les unes contre les autres, mais bien au contraire se reconnaitre et se respecter.
Janine BOISSARD : «Ne pleure plus, Marie» (Ed Fayard – 114 pages)
Avec Janinine Boissard, c’est toujours une surprise qui nous attend au coin d’un nouveau livre.
Surprise agréable car elle sait, mieux que personne, parler des choses de la vie, de la famille et nous emporter dans son histoire dès les premières pages.
Ici encore, c’est une surprise puisque ce n’est pas un roman classique mais un échange épistolaire.
Lors d’une conférence qu’anime Marie, institutrice,  sur l’adolescence à Poleymieux-au-Mont-d’Or, un certain Jean est séduit par ses propos pleins d’émotion et décide de lui écrire.
Non pas par un mail perdu au milieu d’autres, mais «à l’ancienne», une lettre écrite à la main, sur du beau papier, comme ça ne se fait plus beaucoup de nos jours, hélas.
Curieuse d’abord, elle décide de la lire, la trouve touchante et décide de lui répondre.
Ainsi va débuter une aventure épistolaire entre eux, passant de propos autour de sa conférence, des enfants, pour aller, de lettre en lettre, dans une plus grande intimité, jusqu’à ce tutoiement qui vient s’installer tout naturellement.
Mais elle lui impose un pacte : ne pas se rencontrer, de ne pas s’envoyer de photos même si, au fur et à mesure, les choses prennent une tournure plus qu’amicale, chacun racontant sa vie à l’autre de plus en plus intimement.
Jusqu’au jour où elle lui avoue avoir un lourd secret qu’elle a promis de ne jamais divulguer à sa mère, femme hautaine, qui la méprise, l’humilie et l’a obligée à se marier alors qu’elle était , à 16 ans, éperdument amoureuse d’un étudiant de 18 ans. Malgré ses 40 ans, elle reste sous son emprise tout comme son père sous sa coupe également mais qui, lâche et soumis, n’a rien fait pour arranger les choses.
C’est alors que sa fille Aude, qui a découvert cet échange de courrier, se met à son tour à écrire au fils de Jean, Lucas, pour essayer de dénouer les fils d’une histoire qui tourne à l’amour mais dont Marie ne veut pas franchir le pas.
A force de pousser ses parents dans les derniers retranchements, elle découvrira ce secret de famille en menaçant ses grands-parents de ne plus les voir. C’est son grand-père qui finira par tout divulguer.
Par ailleurs, vient s’immiscer l’histoire d’un enfant ignoré par sa mère, ce qui ne peut que toucher Marie, son histoire ayant beaucoup de points communs avec la sienne. Elle fera tout pour sauver cet enfant mal aimé.
On se prend à très vite aller de lettre en lettre afin de découvrir, tout comme dans un thriller, le fin mot de l’histoire.
Une histoire qui, comme tous les romans de Janine Boissard, est fait d’humour, de tendresse, d’émotion. On s’attache, dès les premières lettres à ce duo romantique.
L’écriture est belle, l’histoire à la fois émouvante et surprenante lorsque, à la fin, tout s’imbrique dans une belle histoire mal commencée mais qui, certainement, finira bien.
On vous laisse la découvrir !

 



NOTES de LECTURES

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Catherine CUSSET : La définition du bonheur (Ed Gallimard – 348 pages)
Catherine Cusset, auteur à succès, publie un nouveau livre mettant en scène deux femme, des années 80 à nos jours. Les vies de Clarisse et d’Eve sont menées en parallèle jusqu’à ce qu’on découvre ce qui les lie.
Clarisse est une jeune femme libre et non conformiste. Traumatisée dans son adolescence, elle vit au jour le jour et cherche le bonheur en multipliant les voyages dans les pays asiatiques et en allant de bras en bras d’hommes rencontrés au cours de ses pérégrinations. Divorcée, elle vit à Paris et élève ses trois garçons avec difficulté.
Eve, mariée avec un américain, vit à New York avec ses deux filles. Elle trouve son épanouissement dans sa famille et son entreprise de recettes culinaires mais n’échappe pas à la routine et l’ennui.
A travers ce récit croisé, l’auteur aborde les multiples sujets qui concernent les femmes : viol, avortement, vie sexuelle, sensualité, éducation des enfants, vieillissement, violences conjugales, place du père. Elle associe ces thèmes aux évènements historiques des années évoquées : sida, attentats du 11 septembre, élection de Trump, coronavirus.
La narration est donc large dans un style fluide et simple. On pourra trouver l’histoire prévisible par moments, mais la question est posée : Qu’est-ce que le bonheur ? Le trouve-t-on dans la stabilité et la continuité ou dans la fragmentation des moments de la vie ?
Chaque lectrice donnera sa réponse
Charif MAJDALANI : Dernière oasis (Ed : Actes Sud – 269 pages)
Un expert libanais en archéologie oriental,e est invité par un général irakien à donner son analyse sur plusieurs magnifiques sculptures. Une fois sur place, le temps et l’espace perdent leur réalité, les jours passent, l’expertise est toujours repoussée à plus tard, l’environnement majestueux du désert agit, séduit l’expert. La figure impressionnante du général Ghadban, personnage imposant par sa taille, ses yeux clairs, rend l’expert dubitatif, puis très vite c’est l’enthousiasme qui l’emporte. La vision de la reconstruction d’un paradis terrestre dans la plaine de Ninive grâce à la vente d’énigmatiques têtes de gypse sculptées et d’une frise assyrienne, éblouit l’expert, tout en le faisant douter.
Cette oasis reculée semble hors du temps, mais est pourtant menacé par l’avancée des troupes de Daech qui clament haut et fort et à renfort d’assassinats monstrueux et médiatisés, la future et imminente installation de l’État Islamique. L’attentat qui a entrainé la mort du général Ghadban est-il le fait de Daech, des kurdes ?
Charif Majdalani analyse avec rigueur les interrogations de l’expert en mesurant la dangerosité et l’instabilité des factions sur place.
Le désert agit dans sa majestuosité, «une immense plaine bordée de montagnes elles-mêmes figées dans une immobilité séculaire, traversée par un fleuve monumental pétrifié sous le ciel éclatant, épuisant de lumière».
Un roman qui suit pas à pas la montée d’une puissance islamique qui a fait et fait toujours trembler le monde.
Un roman qui exerce sur le lecteur une attraction mais aussi une répulsion pour un univers que les occidentaux connaissent peu et donc redoutent.
Charif Majdalani développe avec brio l’idée que «l’Histoire n’avance qu’à tâtons, que ses acteurs jouent à colin-maillard avec des évènements alors que nous les croyons toujours dans une brillante partie d’échec. Nous essayons de donner cohérence aux faits en reproduisant les affabulations télévisées qui nous inondent et finissent par transformer notre manière de voir la réalité. »
A lire et à relire.
Mariam MADJILI : Pour que je m’aime encore (Ed. Seul – le nouvel Attila – 210pages)
C’est un livre à deux voi : celle de la petite fille iranienne arrivée en France dans les années quatre-vingt, installée  à Drancy dans la banlieue parisienne avec ses parents réfugies politiques, et celle de son double qui va la regarder de l’extérieur, se moquer, la juger lorsqu’elle va se confronter à ce milieu hostile si différent du sien quand on a un physique typé de brunette rondelette et qu’on se heurte à d’autres mœurs, à d’autres habitudes d’existence, à d’autres canons de beauté, à l’âge où tout doit se construire
Elle se bat, s’impose aux autres par sa vivacité d’esprit et son intelligence à vaincre les embûches. Elle explose en contraignant son corps, en stimulant sa pensée et rejoint la voie royale d’intégration : Lycée Fénelon, Khagne, agrégation. C’est la réussite intellectuelle malgré tous les traquenards que lui à imposé la vie de la cité mais dans laquelle elle se reconnait et s’épanouit.
Et c’est aussi là qu’elle va vivre et être heureuse
Belle réussite d’une battante pleine d’amour et de vie et qui se livre avec une joie pleine d’humour dans ce deuxième roman  pétillant et vivifiant.

4 5 Timothée Stanculescu

 Pascale ROBERT-DIARD – Joseph Beauregard : Comprenne qui voudra.
(Ed. l’Iconoclaste – le Monde- 162 pages)

Ce livre est l’histoire de Gabrielle Russier, professeure de lettres à Marseille Nord. Elle fait sa rentrée pour l’année scolaire 1967-1968, elle semble émancipée pour l’époque, elle a les cheveux courts, elle fume des gauloises, elle est divorcée avec deux jeunes enfants, il y a l’avant 68 où règne l’ordre avant tout et l’après 68 où les mœurs vont quand même changer.
Elle tombe amoureuse de son élève qui n’a que 16 ans, la majorité est à 21 ans, c’est le début d’une grande passion et les parents du jeune homme portent l’affaire devant les tribunaux, la professeure est emprisonnée ! Avant son procès en appel, elle craque et se suicide au gaz le 1er septembre 1969. La France entière ne parle que de cela et se déchire.
Dans ce livre, les auteurs s’en sont tenus aux faits, avec beaucoup de témoignages de ce drame, il  y a à  la fin  des photos et des textes de Gabrielle Russier ; en 1971 un film d’André Cayatte sort avec Annie Girardot qui tient son rôle, le titre en est «Mourir d’aimer».
En fait c’est bien ce qu’on lui reproche !
« Comprenne qui voudra » est le titre de ce livre, c’est une phrase du poète Paul  Eluard, citée par  le Président de la République de l’époque : Mr Pompidou, interrogé par les journalistes sur «l’affaire». Hélas, il y aura toujours ceux qui ne comprennent pas, ceux qui n’ont pas compris et ceux qui ne comprendront jamais, la Justice peut alors devenir un instrument de torture.
Sarah DIFFALA- Salima TENFICHE : Beurettes, un fantasme français (Ed. Seuil – 305 pages)
Préface d’Alice Zéniter
Ceci n’est pas un roman mais un essai écrit par deux éblouissantes femmes : l’une chercheuse et enseignante à l’Université Paris Diderot, l’autre journaliste au Nouvel Obs. C’est une réponse à l’emploi de ce terme «Beurette» pour désigner ces femmes issues de l’immigration d’Afrique du Nord dans les années soixante et qui se sont fait une place dans leur nouveau pays.
Toutes deux s’insurgent et pensent qu’il faut revoir et remettre à sa place ce terme désuet. Elles entreprennent de revoir le parcours de beaucoup d’entre elles à travers leurs réussites intellectuelles, professionnelles, et parfaitement intégrées, occupant des postes-clés dans la vie autant que d’autres plus effacées mais bien loin des clichés de » Bimbo plantureuses » ou de femmes voilées réduites à des rôles familiaux. Ce sont les femmes d’aujourd’hui qu’elles présentent et qu’elles ont interviewé, remettant à leur place, à l’aide d’explications fondées, la vision de ces femmes mal comprises par une grande part de la population
Par cet essai elles ont pour but, simplement, de mettre en lumière les difficultés, les préjugés les non-dits, les maladresses que presque toutes doivent affronter.
C’est encore difficile et seul le temps pourra un jour rendre les choses plus naturelles.
La valeur est intrinsèque à la femme, quelle qu’elle soit.
Timothée STANCULESCU : L’éblouissement des petites filles
(Ed Flammarion – 362 pages)
Timothée Stanculescu a 30 ans. Elle a grandi en Charente Maritime et publie son premier roman.
C’est l’été à Cressac, justement en Charente Maritime. Justine, âgée de 16 ans, vit avec sa mère, divorcée. Son père réside à Tours et s’occupe peu d’elle. Elle va passer sans enthousiasme ses vacances dans ce village paumé où elle est arrivée quand elle avait 6 ans. Mais voilà qu’Océane, une jeune fille du village, qu’elle apercevait de loin au lycée, a disparu depuis quelques jours. La télé régionale s’est déplacée dans le village. Une enquête de police est ouverte, une battue va avoir lieu puis une marche blanche.
De tels évènements ébranlent la jeune fille mais c’est surtout la rencontre avec l’homme que sa mère a embauché pour des travaux de jardinage qui troublent Justine qui s’éveille à la sexualité. Dans une écriture simple et limpide, l’auteur aborde avec beaucoup de justesse et de finesse les rêves et les désirs adolescents. Les relations avec les copines, fumer ou boire en cachette, les premiers baisers, la première fois où «on le fait», l’envie de partir loin avec un garçon, le besoin d’être écoutée même si on n’est pas toujours comprise, la difficulté de passer d’une petite fille à une jeune fille : tout cela est parfaitement décrit et mis en scène avec délicatesse.

7 8 Véronique de Bure

Cécile COULON : Seule en sa demeure (Ed L’Iconoclaste – 334 pages)
Cécile Coulon vit à Clermont Ferrand. Elle a déjà écrit huit ouvrages et un recueil de poésie.
Dans ce nouveau roman, elle déroule une histoire se passant dans le Jura, qu’elle place sans doute au cours du XIXème siècle.
Candre Marchère, riche propriétaire terrien qui a perdu sa mère à cinq ans et dont la jeune épouse est morte d’une pneumonie six mois après leurs noces, cherche à se remarier. Âgé de 26 ans, c’est un homme sérieux et pieux. Il a été élevé par la servante du domaine, Henria.
A la foire aux chevaux, il rencontre Mr Deville et sa fille Aimée, âgée de 18 ans. La jeune fille accepte d’épouser cet homme dont elle apprécie les qualités. Elle part alors s’installer dans le château au cœur de la forêt du vaste domaine Marchère. L’ambiance de la demeure, la présence invisible d’Angelin, le fils d’Henria, le souvenir d’Aleth, la première épouse troublent Aimée.
Pourquoi Candre lui a-t-il menti ?Ccomment Aleth est-elle morte ? Quel est le rôle d’Henria et de son fils ?
L’auteure crée une ambiance mystérieuse et angoissante. Elle ménage un certain suspens au fil des découvertes d’Aimée, elle brouille les pistes.
Le lecteur voudrait croire à ces péripéties mais on n’est pas dans un livre de Daphné du Maurier.
Richard FORD : Rien à déclarer (Ed de l’Olivier – 375 page)
Traduit de l’américain par Josée Kamoun
Richard Ford réunit dans son recueil de nouvelles dix pépites à déguster
Ces nouvelles captent des instants où deux personnages, toujours un homme et une femme remontent dans leur passé et imaginent un futur qui aurait pu être mais qui justement n’a pas eu lieu. Aujourd’hui, ils sont tous mariés, ou l’ont été, certains veufs et très souvent divorcés. C’est l’enchainement inéluctable du quotidien, du non-dit, des personnalités parfois trop imposantes. Dans la nouvelle qui porte le titre du livre, Mc Guiness reconnait une femme éblouissante, Barbara, une femme qu’il a aimée, avec laquelle il aurait pu construire une vie stable.
Les années ont passé, c’est le constat ni triste ni joyeux d’une histoire qui ne devait pas être.
La nouvelle  « En route » remonte le temps. Cathleen va accompagner dans sa fin de vie Ricky, un garçon qu’elle a aimé ou peut-être cru aimer. C’est la fidélité à une quête de soi qui motive Cathleen, Ricky va mourir, elle doit poursuivre sa route et apaiser ce garçon qui a fui la conscription, l’a entrainée au Canada pour éviter la prison et ne pouvait que l’emprisonner à son tour. Dans   Langue seconde» Jonathan est heureux en ménage avec Charlotte mais il sait qu’il ne comprend pas tout, il accepte simplement un quotidien qu’il ne dirige pas et ça lui convient parfaitement, alors pourquoi Charlotte décide –t-elle de le quitter ?
Il y a beaucoup de clins d’œil à la littérature anglaise classique, et c’est très agréable, ainsi Tess d’Uberville et Mrs Dalloway de Virginia Woolf font partie d’un paysage fin XIXème, début du XXème, une bascule du temps chronologique qui rappelle la bascule inexorable des personnages de Richard Ford.
Tout est ciblé, en douceur, avec l’ironie de celui qui en a déjà beaucoup vu en Irlande, en Louisiane, au Canada, à New York, tout sonne juste, Richard Ford fait vivre ses « non héros » avec aisance et beaucoup de lucidité.
Véronique de BURE : L’amour retrouvé (Ed.Flammarion – 288pages)
Véronique jeune femme mariée et mère de famille entretient avec sa mère, veuve depuis quelque temps, des rapports fusionnels lors de ses visites à la campagne ou par téléphone.
Elle est pleine d’empathie pour le couple réussi qu’ils avaient formé. jusqu‘au jour où celle-ci lui fait part d’un évènement qui vient bouleverser sa vie : Son premier amoureux, perdu de vue depuis des années, se manifeste et souhaite renouer leur relation. L’amour n’a pas d’âge et les sentiments s’installent. Mais quel choc pour cette fille  qui entourait sa mère et qui va devoir prendre des distances afin de laisser la place à l’autre, celui qui prend la place de son père disparu.
S’ensuivent des heurts, des remises en questions, des places à gagner. Mais n’est-il pas normal de «refaire sa vie» plutôt que de vieillir seule ? C’est ce que l’écrivaine nous expose avec beaucoup de délicatesse, les différences entre les élans physiques du désir et les réalités de l’âge.
C’est plus un soulagement que l’autonomie de cette vieille dame qui lui laisse plus de temps pour sa propre vie de femme et de mère
Beaucoup de sentiments et de tendresse tout au long du récit, qui prouvent une relation filiale exceptionnelle.
Très beau livre plein d’amour et de justesse, parfaitement rendu par une écriture vive et spontanée. Roman qui va droit eu cœur d’une vieille mère

 


Notes de lectures

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Metin ARDITI : L’homme qui peignait les âmes (Ed Grasset – 292 pages)
Écrivain francophone d’origine turque, auteur de nombreux romans, Metin Arditi nous offre une bien belle histoire.
C’est d’iconographie qu’il va s’agir par le biais du débat ouvert à propos d’une icône du monastère de Mar Saba, près de Bethléem, dont la datation est remise en question et l’auteur réel recherché. On pensait que l’icône datait du XIVème siècle et elle était attribuée à Théophane le grec, mais le bois est plus ancien de deux siècles. Qui a pu peindre cette splendeur ? Nous voilà partis au XIème siècle au Proche Orient dans la région d’Acre.
Avner, un jeune juif de 14 ans, va vendre le poisson péché par son père au monastère de la ville. A chaque fois il écoute, couché sous un figuier les chants des moines qui l’envoutent. Son père Elzéar lui a interdit de pénétrer dans l’église, mais poursuivant un agneau échappé jusque sur le parvis, il va entrer subjugué par la vision d’une icône. Le moine Anastase le guide jusqu’à l’iconostase. C’est l’éblouissement.
Avner veut apprendre à faire de telles beautés. Mais comment un juif peut-il devenir iconographe ? Comment, si on n’a pas la foi, respecter la règle, car on ne peint pas une icône, on l’écrit, c’est une prière incarnée a dit le moine Anastase à Avner.
Commence le récit du parcours d’Avner vers Mar Saba, puis Capharnaüm et son retour à Acre. D’une belle écriture, le roman prône l’amitié entre les êtres au-delà des religions, la cohabitation des croyances, le goût du travail bien fait, avec passion mais sans orgueil. Les personnages ont des caractères trempés, l’écriture est soignée : un bel ouvrage.
Philippe GRIMBERT : Les morts ne nous aiment plus (Ed Grasset – 198 pages)
Paul, psychanalyste renommé qui fait souvent des conférences sur le deuil,  se retrouve soudain confronté à une chose qui n’est plus virtuelle mais bien réelle : le décès brutal de son épouse dans un accident de la route.
Il nous décrit très bien la sidération, la douleur le manque qu’il subit sans verser dans le pathos et en ayant l’air de se maintenir à flots. Mais au bout d’une année de doutes, de souffrance, il se laisse entrainer vers l’irrationnel, la communication avec l’au-delà proposée par un internaute, au moyen d’une intelligence artificielle. Jouera-t-il le jeu ?
Oui il se laissera tenté mais cette rencontre virtuelle sera-t-elle satisfaisante ?
C’est ce que l’auteur nous livre un peu techniquement peut être. Un peu froidement aussi par rapport à ses précédents romans pleins de sensibilité et d’émotions comme dans « Le secret » ou « la petite robe de Paul ».
Sommes-nous face à la technique qui sera peut être approchable un jour ? Mystère et malaise imprègnent l’atmosphère de ce roman émouvant. Toujours un style clair et fluide .
Amitav GHOSH : La déesse et le marchand (Ed Actes Sud – 307 pages)
Traduit de l’anglais (Inde) par Myriam Bellehigue
Comment un marchand de livres anciens vivant à New York arrive-t-il à s’intéresser à une vieille légende de son pays d’origine le Bengladesh ?
Quand on n’a pas la télévision, on raconte des légendes en Inde et celle de la déesse et du marchand d’armes correspond à l’Odyssée d’Homère avec pour seule différence qu’à la fin le héros ne retrouve ni sa famille, ni sa maison.
C’est l’occasion pour l’auteur de faire intervenir de nombreux protagonistes prêts à prendre l’avion de Calcutta à Venise, retour vers New York et surtout de superposer à la légende le problème actuel écologique annoncé par la déesse et conséquemment les flux migratoires des populations en danger.
Promenez-vous à Venise, le vendeur de gadgets ne sera pas italien mais originaire du Bengladesh.
L’auteur tient essentiellement à faire prendre conscience du dérèglement climatique, des bouleversements dans le débit des rivières, les zones cultivables de plus en plus en danger, la pollution de la mer et donc notre survie et celle des générations suivantes.
C’est un avertissement solennel, n’essayez pas de retrouver le temple de la déesse, il a été englouti par les flots.
Ce livre toutefois peut agacer le lecteur qui peut trouver facile de voyager sans problème d’un bout à l’autre de la terre, mais c’est un roman fort bien documenté, à conseiller aux climato-sceptiques.

Fanny Chesnel 5 6

Constance JOLY : Over the rainbow ( Ed Flammarion – 175 pages)
Seule Constance Joly peut qualifier ces 175 pages d’Over the rainbow de roman.
Le lecteur découvre au fil des pages une superbe histoire d’amour entre une petite fille et son père, une petite fille qui partagera la douleur de ses parents lorsque le père acceptera son homosexualité et quittera le foyer familial.
Une petite fille qui grandit, passera ses vacances avec son père et Ivan, puis Soren, qu’importe elle a toujours été choyée et heureuse. Parfois le tableau «Le damné aux enfers», accroché au-dessus de son lit lui faisait peur mais son père éclatait de rire et la vie reprenait avec visite de musées, films, un contexte intellectuel des années 80 où bientôt le mot sida apparait dans toute sa dangerosité. Et pour l’enfant devenue adolescente plutôt indépendante, c’est désormais  «La maladie que l’on tait, car elle fait si peur qu’elle promet l’exclusion, l’isolement».
Constance Joly vient d’accoucher d’une merveilleuse petite fille et à cette occasion reçoit la visite d’une amie. Qu’elle n’est pas sa surprise lorsque cette amie lui demande des nouvelles de son père pourtant décédé depuis plusieurs années ; réalisant ce qu’elle avait oublié, ses simples paroles «La dasse, oui c’est ça» provoquent un tremblement, un effroi qui engendrera ce roman troublant de vérité, de lucidité, de douleur. Comment vivre avec pour seule définition de son père «Ce vieil homo», non ce n’est pas possible. Il y a la maladie bien sûr, le silence, mais surtout tellement de joie, de rires et d’amour dans ce récit que Constance Joly a eu raison de lécrire. Un écriture en très courts chapitres qui permet de ne pas tourner la page, surtout dit-elle «Pour inverser le cours du temps, ne pas te perdre pour toujours, pour rester ton enfant».
Peut-être le lecteur découvrira-t-il, acceptera et comprendra désormais ce qui a été un énorme changement dans la société française. Et je conseille vivement d’écouter avec délice cette merveilleuse chanson Over the rainbow. (Photo Roberto Frankenberg).
Nathalie de BROC : Lucile de Nantes (Ed Presses de la Cité – 355pages)
Bien qu’étant une suite, ce roman peut tout à fait se lire de façon indépendante.
L’époque : 1805, Lucile jeune femme téméraire qui a survécu à la Révolution Française revient des Antilles où elle avait suivi son époux Alexis de Préville, capitaine d’un navire marchand auquel un lourd passé la liait.
La traversée sera tumultueuse comme l’est son couple. Amour et haine, dominant dominé. C’est ce que nous décrypterons tout au long de ce roman foisonnant de batailles, tempêtes,  affrontements complots et tragédies.
D’une plume vive et parfaitement documentée l’auteur nous fait vivre  une épopée pleine d’imprévus, très entrainante et agréable à lire quand on aime l’Histoire.
Nathalie RHEIMS : Danger en rive (Ed Léo Scherer – 186 pages
Vingt-deuxième roman de cette écrivaine qui, une fois de plus, nous expose ses sentiments envers la mort et les disparus. Elle se met en scène en recluse volontaire, dans sa belle maison en vallée d’Auge, en compagnie de son chien Paul.
Menant une vie paisible et retiré, elle essaie d’oublier le traumatisme causé par un harceleur qui l’a poursuivie sur les réseaux sociaux et qui s’est échappé de l’hôpital psychiatrique où il purgeait sa peine.
Elle nous fait donc partager ses angoisses devant l’abando,n tant de la justice que de la société. Imaginant un scénario à partir d’un fait divers qu’elle a vu ou crû voir elle nous promène dans ses rêves ou ses prémonitions en embrouillant tout.
On a beaucoup de mal à la suivre, avec l’impression d’être baladée dans un n’importe quoi.
Très confus et peu crédible.

7 8 9

Michel LAURY :  Johann Sébastian Bach et la représentation de l’univers
(Ed Amalthée -129 pages)
L’auteur nous dit tout de suite qu’il a écrit «Un essai, pour être compris par un lecteur non spécialiste», et du coup, l’on prend beaucoup de plaisir et apprenons beaucoup de choses en le lisant, bien que quelques fois, la technique musicale puisse nous.
L’auteur recherche : «Pourquoi la musique de Bach nous transporte-t-elle au ciel ?»
On apprend qu’il y a plusieurs formes musicales au XVIIème siècle : la Mort, le Divin et la Musique sont liés.
Dans un nouveau chapitre, résumé de la biographie de Bach (1685-1750), il s’intéresse au luthéranisme, nous explique l’importance de cette nouvelle religion, en quoi elle consiste et ses rapports avec la musique, Luther pense que «La musique est un puissant don de Dieu fait aux hommes» d’où l’importance des cantiques et du chant grégorien. Lui-même en a composés. Bach vénérait Luther (1483-1546).
Presque contemporain de Bach, Leibniz (1646-1716) l’influença aussi avec le concept d’harmonie, le contrepoint dont il est déjà question au début du livre, les dissonances, et les consonances. «La musique est un modèle de l’harmonie du monde». Suit un autre chapitre sur différentes musiques : religieuses, concertantes etc. …
Difficile de résumer ce livre très riche, Bach «Ce colosse musical et guérisseur d’âmes» a consacré sa vie, il le dit lui-même, à composer de la musique d’église à la gloire de Dieu.
Le chapitre sur la confrontation de Bach avec d’autres musiciens, en particulier Mozart est fort intéressant. Cela nous aide à comprendre mieux l’un et l’autre et à les apprécier différemment. Dans le dernier chapitre, quelques critiques de Bach faites par des personnages célèbres sont drôles et parfois originales. Celle d’Einstein par exemple, est particulièrement savoureuse, il écrit «Voici tout ce que j’ai à dire à propos de l’œuvre de Bach : écouter, la jouer, l’aimer, la vénérer et taisez vous»
Ce résumé a été un peu long et pourtant ne dévoile pas la moitié de ce que Michel Laury écrit, chaque mot est important, à peine a-t-on fini de lire ce magnifique essai que l’on a envie de courir écouter Bach et tous ceux dont l’auteur a fait mention.
Charif MAJDALANI : Dernière oasis (Ed Actes Sud – 267 pages)
Charif Madjalani, auteur libanais, professeur de littérature à l’université de Beyrouth publie son huitième ouvrage.
Le narrateur, Raphaël Arbensis, un archéologue libanais spécialiste du Moyen Orient, se rappelle et raconte.
C’était en avril 2014. Expert reconnu, il n’hésite pas à intervenir dans des cessions d’antiquités dont l’origine est douteuse. Il est une sorte d’«Arsène Lupin un peu snob de la vente d’antiquités». C’est à ce titre qu’il est contacté  par le général Ghadban pour se rendre au nord de l’Irak expertiser des antiquités qui proviendrait du trésor de la famille de ce dernier et organiser leur vente. Il arrive dans l’oasis de Cherfanieh, dans la plaine de Ninive. Le lieu est magnifique mais son calme est relatif. L’oasis est occupée par des militaires car le danger rode. Les forces kurdes sont à l’Est, les djihadistes de Daech sont au Nord et à l’ouest.
Bien sûr, rien ne se passera comme il l’avait prévu.
Ce roman d’aventures est l’occasion pour l’auteur d’aborder de multiples questions : l’art et le beau, la propriété des vestiges archéologiques, la démocratie et le comportement de leurs dirigeants, le sens de l’Histoire qui selon son narrateur et donc lui-même, est le fruit d’un évènement imprévu ou du hasard et de l’entropie provoqué par les erreurs des hommes.
Un ouvrage original qui se lit agréablement bien que certains passages des discussions sur l’entropie soient un peu répétitifs.
Thierry SCHWAB : OPTIMA 2121 Le monde dans cent ans, si proche, si différent
(Ed L’ombre rouge – 261 pages)
Thierry Schwab est polytechnicien. Il a créé une galerie d’art contemporain, un site internet de poésie française et une maison d’éditions, L’ombre rouge, où il a publié ses deux derniers romans.
Cet ouvrage, sorti en mars 2021, met en scène un journaliste scientifique parisien, Damien Ferlot, qui accepte d’être le cobaye de Pierre Maréchal, un astrophysicien spécialiste de la relativité générale et d’être envoyé dans le futur pour une durée de six mois.
Damien va partir le 12 avril 2019 pour arriver dans le futur à la date du 13 avril 2121, soit cent ans plus tard. A son retour il devra faire un compte rendu de tout ce qu’il aura constaté au seul Pierre Maréchal, puis faire effacer de sa mémoire tout ce qu’il a vécu.
Mais il ne tient pas sa promesse et relate son expérience.
L’auteur nous emmène alors dans le monde qui lui paraît possible d’exister dans cent ans au vu des progrès de la science et de l’évolution probable des conditions géopolitiques. C’est bien vu et original.
Mais OPTIMA est-elle devenue la planète du bonheur ? L’utilisation de l’intelligence artificielle peut-elle entrainer un risque d’un monde mené par les robots humanoïdes ? Si l’on connaît le futur, peut-on le modifier par les actes du présent ? Le lecteur sera seul juge.
Un très bon moment de lecture. Les varois comprendront que l’auteur connaît bien ce département, où il situe quelques scènes.

10 11 12

Wilfried N’SONDE : Femme du ciel et des tempêtes (Ed Actes Sud – 267 pages)
C’est le sixième roman de cet auteur né à Brazzaville, vivant actuellement à Lyon.
L’histoire se passe aux confins de la Sibérie, dans la péninsule de Yamal. Noun, chaman Nenets, lors d’un glissement de terrain, découvre la sépulture d’une reine africaine ayant vécu il y a plus de 10.000 ans. Cette Africaine de l’Arctique, comme il la nomme, vient alerter le monde sur les problèmes climatiques et le respect de la planète. Elle tombe à point nommé car des gigantesques travaux d’exploitation des réserves de gaz vont commencer dans la zone. Cette découverte archéologique va peut-être permettre d’arrêter ce saccage.
Noun prévient immédiatement son ami Laurent Joubert, zoologue français qui décide de monter au plus vite et dans le plus grand secret une expédition scientifique de reconnaissance. Joubert doit convaincre Cosima Meyer-Yamazaki, médecin légiste germano japonaise et le jeune ethnologue congolais Silvère Mabanza de compléter l’équipe. Bien sûr, ils vont devoir affronter la mafia russe locale et le propre neveu de Noun qui espère devenir chef de chantier des futurs travaux gaziers.
Un roman d’aventures mettant en avant l’antagonisme entre les protecteurs de l’environnement et les industriels, mais qui donne une place excessive et peu crédible à la communication entre les mondes visible et invisible.
Gilles PARIS : Un baiser qui palpite là, comme une petite bête (Ed Gallimard – 213 pages)
Ils se prénomment Tom, Emma, sa sœur Timothée, Gaspard, Sarah, Romane, Julien, Aaron… tous 15/16 ans, dans la même école et qui ont tous un point commun : Iris.
Iris est cette gamine violée par son beau-père, qui n’a pas été crue par sa mère, et qui pour se venger de la vie et des hommes, s’est mise à coucher avec tous les gars de la classe, jusqu’à ce que ses frasques arrivent sur les réseaux sociaux.
Tout le monde alors lui tourne le dos, lui crache dessus comme sur une pestiférée, même ceux qui ont profité de ses charmes… Jusqu’à ce que, la vie devenant impossible, elle se suicide.
Un énorme choc pour tous, des regrets, des culpabilisations, et chacun va se raconter, raconter sa vie d’adolescent toujours un peu compliquée à cet âge-là, avec ses peurs, ses espoirs, ses joies, ses tristesses, ses amis, ses amours, ses emmerdes, comme le chantait Aznavour, et cette fameuse aventure que chacun vit à sa manière : sa première fois.
Emma et Tom sont les deux personnages centraux autour desquels les autres gravitent, chacun pour des raisons différentes.
On y retrouve Gilles Paris, qui nous avait offert un roman très autobiographique : «Certains cœurs lâchent pour trois fois rien» et dont certains personnages lui ressemblent.
Tous ces émois et problèmes d’ado sont magnifiquement transcrits. Chacun se retrouvera dans un des personnages car on a tous vécu cette période difficile entre l’enfance et l’âge adulte.
Leurs histoires s’imbriquent, chacun se raconte au jour le jour et peu à peu révèle sa personnalité, ses histoires intimes, par petites touches, à travers le souvenir d’Iris qui reste prégnant dans leur jeune mémoire.
L’histoire est écrite comme pourrait l’écrire ces ados, avec leurs mots à eux, ce qui parfois est un peu difficile pour les moins jeunes qui doivent s’adresser au lexique de leurs expressions que l’on retrouve à la fin du livre !
Un livre plein de tendresse et d’émotion, plein de questionnements de ces ados qui ont peut-être mûri trop vite.
Comme toujours, Gilles Paris joue sur la corde raide, la corde sensible des sentiments et l’on a presque envie de retrouver ses personnages pour savoir ce qu’ils vont devenir.
Romain SARDOU : Un homme averti ne vaut rien (Ed XO – 342 pages)
Le roman de Romain Sardou ne laisse aucune place à la miséricorde et au pardon.
Un homme est froidement assassiné, personne ne bronche, donc c’est la règle.
Le titre d’ailleurs prévient le lecteur qu’un homme averti ne vaut rien. L’histoire prend sa source en Irlande pour les Bateman, en Angleterre pour les Muir et sur plusieurs générations avec des trafics bien juteux et des hommes prêts à tout, les fortunes s’accroissent et ce sont ces clans mafieux que le lecteur découvre au fil des pages.
Intéressant par exemple de prévoir l’extension du port de Savannah surtout quand l’amour s’en mêle. Nombreux rebondissements, des fortunes dont on a du mal à mesurer l’importance, toujours un esprit de vengeance soit pour dominer soit pour assouvir sa haine.
Roman à tiroirs, le lecteur y trouvera son compte s’il aime les clans, les puissants et a encore un peu d’espoir dans l’amour.