Archives pour la catégorie Ecriture

Notes de lectures

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Jean-Paul DELFINO : Assassins ! (Ed Héloïse d’Ormesson – 237 pages)
Sous-titré «Les derniers jours de Zola», le roman de Jean Paul Delfino sera remarqué pour son originalité et ses qualités d’écriture.
Les premières pages du livre parlent d’un «dormeur» pris d’un malaise qui essaie d’analyser son mal être. Intoxication alimentaire ? Empoisonnement ? Malveillance ? L’homme envisage toutes les hypothèses.
Il s’agit bien de Zola. Nous sommes en 1902. L’auteur de »J’accuse… ! ».
L’année 1897 est en proie à des torrents de haine notamment des ligues patriotes et de l’extrême droite.
Dans cette dernière nuit de Zola, l’auteur l’imagine, allongé dans son lit à coté de sa femme Alexandrine, mais pensant aussi à Jeanne la jeune lingère de la maison qui est devenue sa maîtresse et qui lui a donné deux enfants. Il lui fait remémorer toute sa vie, son combat pour intégrer le monde de la littérature, son rejet en sa qualité de provincial, l’acharnement haineux auquel il est confronté.
L’auteur met aussi en scène les ennemis de Zola et cherche à savoir qui aurait eu intérêt à faire définitivement taire cet homme et à faire passer son décès pour un banal accident domestique causé par un tirage de cheminée défectueux.
Un livre passionnant qui mêle habilement le récit de la vie de Zola et la description du climat délétère de la France de la fin du XIXème siècle, intolérant et antisémite.

besson Portrait d'Olivier Dorchamps, Paris, 20 mars 2019

Philippe BESSON : Un diner à Montréal. (Ed.  Julliard – 198 pages)
On pourrait dire de cette autobiographie quelle est la troisième partie d’une trilogie qui commence avec « Arrête avec tes mensonges », se poursuit avec « Un certain Monsieur Darrigand » et qu’elle s’achève par les confidences de l’auteur autour d’un diner au restaurant à Montréal.   Il vient de croiser un certain monsieur Darrigand Paul, un  amour de jeunesse qui bouleversa sa vie amoureuse en le quittant pour une vie plus plus traditionnelle. Nous allons être  alors l’invité de ce repas où se retrouvent l’auteur et son compagnon du moment et ce couple qu’il a invité suite à cette rencontre lors de la dédicace de son livre. C’est une conversation à bâtons rompus entre les quatre protagonistes afin de parler du passé amoureux, de la séparation, du choix d’un nouvel amour. C’est une succession de moments émouvants, faits de non-dits,  de vérités éclatantes, de sous entendus où chacun plonge au plus profond de son intimité. En fait que reste-t-il de cet amour bien des années après ? Et bien encore, beaucoup de sentiments que l’auteur nous dévoile avec à la fois pudeur et audace faisant de ce diner un moment d’intense intimité.
Toujours la même délicatesse et la même vivacité se retrouvent ici pour nous rendre complice de cet aparté plein de sentiments.
Olivier DORCHAMPS : Ceux que je suis (Ed. Finitude – 254 pages)
Avec ce premier roman, Olivier Dorchamps, nouvel auteur franco britannique, nous raconte une histoire de famille qu’il dédie «à tous ceux que l’espoir a guidés sur les routes de l’exil et qui ont vécu la nostalgie».
Nous sommes à Clichy, de nos jours. Marwan Mansouri, né en France, la trentaine, enseigne l’histoire et la géographie dans un établissement de la région. Déjà fragilisé par sa récente séparation d’avec sa compagne, Capucine, il apprend qu’il lui faudra se rendre à Casablanca pour accompagner le corps de son père récemment décédé.
Il a été désigné d’office par testament déposé chez un notaire, alors que ses deux frères Ali et Foued ne sont pas mentionnés. Cette désignation qu’il pense arbitraire, le choque. Il ne se sent aucune attache avec le Maroc dont il ne parle que très mal la langue. Il cherche à comprendre et questionne Kabic, le vieil ami émigré en 1961, au même titre que son grand père et Milala sa grand mère. Quel lien les unit si fortement ?
Cette quête va l’amener à reconstruire son histoire, celle de ses parents et de ses grands parents.
Les personnages nous sont présentés sans ordre particulier mais avec beaucoup de justesse. L’arbre généalogique s’organise par touches successives ; on y parle d’exils et de secrets de famille.
Le lecteur est attentif, le texte émouvant et délicat, les phrases courtes et efficaces. On y évoque le déracinement, l’identité multiple, le rapport au pays sur trois générations.
Aucune acrimonie, le ton plein de pudeur relate une atmosphère, une façon de vivre «d’une grande honnêteté, dénuée de revanche» dira Kabic. Certaines scènes simplement narratives, évoquent avec humour et sobriété, l’histoire de cet héritage qui a façonné une famille.
Au pays, les gens vont parler aussi et Marwan remerciera finalement son père de l’avoir fait venir «pour comprendre qui je suis » dira-t-il.
Une belle histoire, une belle leçon de vie.

Kadra thiebert

Yasmina Khadra : L’outrage fait à Sarah Ikker (Ed.Julliard – 275 pages)
Ce roman est un polar dont le héros est un policier qui enquête sur le viol perpétré sur son épouse Sarah un soir où lui-même était retenu hors du domicile conjugal et qu’il découvre en rentrant chez lui. C’est aussi le premier tome d’une trilogie qui situe l’action dans le Maroc moderne d’aujourd’hui et qui va permettre à l’auteur de retracer le comportement de la société actuelle tant dans les couches les plus huppées que dans le milieu misérable des petits malfrats.
Driss Ikker sorti de ses montagnes de l’Atlas où il a abandonné ses chèvres pour préparer le concours de la police a réussi sa carrière  grâce à son épouse Sarah, personnage influent qui fait et défait les carrières en tant que fille d’un personnage haut placé au gouvernement. Baignant dans le bonheur et la facilité le drame s’abat sur le couple.
S’ensuivent des instants de sidération  et de mutisme incompréhensibles qui créent une brèche dans leur couple et les éloignent l’un de l’autre. Le policier nous entraine alors dans ses recherches et ses enquêtes alors qu’elle s’effondre dans sa douleur et son incompréhension. Driss nous fait pénétrer dans un monde de corruption, de bassesses et d’ignominie  qui sont le quotidien. les recherches seront longues, confuses parfois alambiquées et nous ne retrouvons pas toujours les grands envols du grand Khadra que nous avons connu.
L’écriture est toujours belle, le rythme soutenu, les dessous de la société marocaine très bien dénoncés mais il nous reste un goût amer .
Quid du Tome 2 et 3 , ?
Colin THIBERT : Torrentius (Ed : Héloïse d’Ormesson – 124 pages)
Colin Thibert a été fasciné par la vie de ce peintre néerlandais du XVIIème siècle dont il ne reste qu’une seule œuvre «Nature morte avec bride et mors» conservée au musée d’Amsterdam.
Ce peintre, une force de la nature, braillard, coureur de jupons, talentueux, si talentueux qu’il excelle en secret dans des peintures coquines prisées par de riches collectionneurs, jusqu’à la cour d’Angleterre !
Mais l’époque est au rigorisme aussi lorsque le bailli Velsaert qui n’a pour seul bagage que la Bible décide de le mener au bûcher, C’est alors une lutte féroce entre les deux hommes. On ne badine pas avec le diable, qu’importe les sophismes de Torrentius, on condamne pour apostasie, on chasse les rosicruciens, mais le raison d’état est parfois menée à prendre le pas sur la morale calviniste.
Roman passionnant sur des caractères forts à une époque qui punit pour paganisme ou hérésie.
Agréablement écrit, ce roman nous livre une belle réflexion sur le rôle de l’artiste, les conditions de son inspiration et la liberté de pensée.

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Alain VIRCONDELET : Dans les pas de Toulouse-Lautrec (Ed du Signe – 199 pages)
Henri de Toulouse-Lautrec n’avait pas 40 ans lorsqu’il disparut.
Ce noble personnage atteint d’une déformation, va noyer son mal être dans l’absinthe, la folie de l’époque, les femmes, les nuits endiablées et bien sûr la peinture et le dessin qui feront de lui le peintre le plus aimé de sa génération.
Il fréquenta tous les lieux où l’on s’amusait, des salles de billard au cirque Médrano, du Moulin de la Galette au Moulin Rouge, de la Foire du Trône au Divan Japonais, du Théâtre des Variétés aux Folies Bergère et d’autres lieux comme les maisons closes où il rencontrait des femmes «de petite vertu» qu’il aimait peindre… entre autres !
C’était ce qu’on appela la Belle Epoque, où l’on ne pensait alors qu’à s’amuser dans la Ville Lumière, où la guerre était encore loin même si quelques alarmes commençaient à pointer.
C’était l’avènement des techniques nouvelles, les progrès scientifiques,  la fameuse exposition universelle de l’année 1900, les travaux du Métropolitain, les avancées de Pasteur, le génie de Gustave Eiffel, de Durkhein, de Darwin, la création de la bicyclette….
Le danger n’était pourtant pas loin mais on n’en doutait pas une seconde tant on aimait à s’amuser.
Les artistes surtout et ils étaient nombreux et se retrouvaient souvent à Montmartre, petit village parisien où la folie et l’art se côtoyaient, l’art nouveau, le post impressionnisme.
De la Goulue à Aristide Bruant en passant par Jane Avril, Yvette Guilbert, tous les artistes de l’époque furent croqués par Toulouse-Lautrec.
Nous retrouvons tout cela dans un magnifique album signé Alain Vircondelet, qui nous fait revivre toute une époque, historique, économique, artistique, scientifique.
Auteur de romans, de poésies, d’essais, de documents, de biographie, Vircondelet s’intéresse à tout, grand intellectuel qui fréquenta Duras ou Sagan dont il écrivit de superbes portraits. Eclectique, il a également écrit sur St Exupery, Rimbaud, Casanova, Jean-Paul II et même Jésus !
De ses voyages il nous a offert de magnifiques impressions de Venise, d’Algerie, de Paris aussi.
Le voici donc plongeant dans la vie et l’œuvre de cet artiste original, hors du commun qui aimait croquer les gens, quels qu’ils soient, d’une plume ou d’un crayon alerte. Artiste prolixe s’il en est, il dépeint toute une époque avec ses œuvres, ses affiches, ses thèmes qui reflètent toute une époque et qu’Alain Vircondelet nous restitue en le replaçant dans l’histoire de la France de la fin du XIXème siècle.
L’on y plonge avec délectation et l’on en aime d’autant plus cet artiste hélas disparu trop tôt.

La Rochelle – 21ème festival de la Fiction TV
Véronique GENEST : « La vie m’a gâtée »

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Rencontrer Véronique Genest est toujours un joyeux moment tant elle est une boule d’énergie, d’optimisme. Elle aime rencontrer les gens et c’est totalement réciproque, car elle est abordable et populaire, on l’a vu au festival de la Rochelle. Je la retrouve avec plaisir pour parler télévision, écriture et théâtre. Surtout écriture car dans quelques jours sort un livre édité par Flammarion «Arrêts sur images» qu’elle a écrit toute seule, qui n’est pas une biographie mais plutôt une réflexion sur la vie, la mort, l’amour, le métier.
Elle a une plume alerte, écrit comme elle parle, avec volubilité, appelant un chat un chat, «nature», tellement nature car en la lisant on entend sa voix qui porte loin la joie de vivre. Ce livre est fait de moments drôles mais aussi de moments émouvants, lorsqu’elle parle de son père, de son frère, tous deux décédés, de sa mère aussi avec laquelle ce livre lui a fait faire une mise au point bénéfique.
Elle nous donne la pêche car elle a le don de vous passer et vous faire partager son énergie.
Ne dit-elle pas d’emblée : «La vie m’a gâtée» ?
Après la folie des autographes et des selfies aujourd’hui incontournables, nous voici confortablement installées dans la brasserie des Dames, «loin de la foule déchaînée !»

Alors comme ça, Véronique, la vie t’a gâtée ?
Mais oui bien sûr ! D’abord, je suis une éternelle optimiste, je positive tout ce qui m’arrive, je trouve que ma vie est belle.
Entre nous, il y a pire que la mienne, non ?
Je fais un métier qui me plaît, j’ai un mari et un fils que j’aime… Bien sûr j’ai perdu des êtres que j’aime mais qui n’a pas été dans ce cas ? Finalement, le bilan est positif.
Il y a beaucoup de phrases que j’ai beaucoup aimées dans ce livre, dont celle-ci : «La vie serait trop triste si elle était toujours gaie». Explique-moi.
Mais si elle était toujours gaie, d’abord on ne saurait pas qu’elle est belle, on n’apprécierait pas les bons moments puisqu’ils seraient tous pareils ! C’est comme les saisons : s’il faisait toujours brumeux et pluvieux, on n’apprécierait pas la chaleur et le soleil.
Tu dis encore que tu es insoumise et plus loin que tu ne sais pas dire non. N’est-ce pas antinomique ?
Mais pas du tout ! Ce n’est pas pareil. Insoumise, ça veut dire que je suis rebelle à toute forme d’autorité ou d’obligation aux choses qu’on veut m’obliger de faire. Par ailleurs, c’est vrai, je n’ai jamais su dire non à un ami, à quelqu’un que j’aime mais c’est par amour ou par amitié. Par contre, je sais dire non à des projets qui me semblent foireux, à des rôles qui ne me conviennent pas, à des sujets qu’on veut m’imposer. Je suis une insoumise mais j’ai un grand cœur !

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Tu es aussi une «catho-communiste, dis-tu. Ça m’a fait beaucoup rire !
Ben oui… J’avais une grand-mère qui était très catho… Du moins le disait-elle mais elle ne serait jamais allée à l’église sans avoir pu jouer au PMU. L’intérêt est qu’elle arrive avant le fameux «Ite missa est». Elle était catho plus par tradition familiale que par conviction. Par contre, quant au communisme, j’étais issu d’un milieu ouvrier, d’une famille nombreuse et donc on ne pouvait être que communiste… Heureux qui communiste !!!»
Et dans tout ça ?
Je suis un melting pot social ! Et j’ai surtout une grande faculté d’adaptation. Je m’adapte à tous les gens, à tous les milieux, je suis une femme populaire dans le bon sens du terme car ce n’est pas péjoratif. J’aime aller vers les gens car tout simplement je les aime.
Tu parles de l’Ardèche. Ca ne peut qu’éveiller mes souvenirs d’Ardéchois…
Tu es ardéchois ? Alors tu connais Neyrac, Meyras… Mes grands-parents étaient soyeux. Ils avaient une usine de tissage qu’ils ont léguée à mon oncle, qui n’a pas mis beaucoup de temps pour faire faillite… Le pauvre Léon !
Je suis longtemps allée là-bas car grand père était notaire et maire de Meyras. Mais j’ai eu des problèmes avec mon oncle et je n’y suis plus allée. J’ai vendu la maison. Mais j’aimerais y retourner.
Ton style est très imagé. Parfois on se croirait dans un film. D’ailleurs, justement, lorsque tu parles de l’Ardèche et des réunions de famille, on se croirait dans le film de Brialy «Eglantine» !
Ça, ça me fait très plaisir mais c’est dans ma nature et je suis une femme d’images. J’aime décrire de petites saynètes avec des images, des métaphores…
Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Parce que Flammarion me l’a demandé car il s’inscrit dans une collection dont le thème est : qu’est-ce qu’on a tiré de la vie qu’on nous donnée ? Ce n’est donc pas une bio mais une réflexion sur la vie et les événements que j’ai vécus. J’ai mis six mois à l’écrire en fouillant beaucoup dans ma mémoire, dans mon cœur. C’est en fait la vie d’une femme et d’une actrice.
Justement, arrives-tu à faire la part des choses ?
Ah, complètement. Je suis une artiste mais je fais avant tout un métier comme beaucoup de gens. Mais je le lâche  dès que c’est terminé. Je deviens femme, épouse, mère de famille. Je laisse le métier derrière moi, quand je le veux.
Alors parlons métier : que prépares-tu ?
Tout d’abord une pièce de théâtre avec laquelle je partirai en tournée*et que j’espère jouer à Paris après la tournée. Elle s’intitule «Gina et Cléopâtre», elle est signée Olivier Macé et Ariane Bachet. Olivier signe également la mise en scène. J’ai pour partenaires Daniel-Jean Colloredo, Andy Cocq qui est hallucinant, Emilie, Marié. Je crois que c’est une excellente pièce de boulevard. Je n’ai jamais tant ri à la lecture d’une pièce !
Le théâtre c’est vraiment mon métier, je me sens bien sur une scène et j’adore le public de province qui est gentil, pas bégueule, qui aime rigoler.

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Et l’écriture ?
J’ai envie d’écrire un roman mais j’écris aussi des scénarios… J’en ai cinq sur le feu, avec des styles très différents. Lequel arriverai-je à terminer en premier ? L’avenir me le dira.
Mais un avenir lointain car je commence les répétitions de la pièce le 3 octobre.
Ca va donc être un peu compliqué d’arriver au bout d’un bout !
J’ai aussi deux projets de télé et surtout un projet cinéma qui me tient très à cœur. Il y a longtemps que je n’en avais plus fait mais je n’avais pas envie de faire des panouilles. Là, c’est du sérieux. Je pense qu’on peut me faire confiance, après 30 ans de carrière !
Bon, ça va pour toi ?
Oui, merci ! Je n’arrête pas de travailler mais je ne fais que des choses qui me plaisent et j’avoue que je m’éclate au théâtre. Tout ça me permet de choisir et de refuser de jouer n’importe quoi.
Tu ne t’ennuies jamais, en fait !
Jamais ! J’ai beaucoup d’énergie et aujourd’hui je suis très satisfaite de ce livre que j’ai commencé de promouvoir à la Rochelle puisque tous les journalistes sont là… La preuve ! Et puis, ça me permet de retrouver plein de copains, de découvrir des films, des réalisateurs et de donner de mes nouvelles !
C’est le lieu où il faut être !

Propos recueillis par Jacques Brachet
* «Gina et Cléopâtre» au théâtre Galli de Sanary le 21 mars 2020

Anne-Marie GUINET-LEVY
L’art d’aimer et d’écrire malgré tout

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Anne-Marie a, dès sa plus tendre enfance, toujours écrit en vers. A 8 ans, à l’école, toutes ses rédactions étaient écrites en vers ! Et elle n’a jamais cessé, y trouvant son évasion, son bonheur, même s’il fut bien souvent malmené. Mais c’est sa passion qui l’a sauvée.
« C’est –dit-elle – un exutoire avec le but d’apporter de l’esprit, de jongler avec les mots. On naît poète, on est poète dans sa façon de vivre, de penser, de ressentir ».
Elle n’a jamais considéré son art et son talent comme un métier.
Elle est née en Allemagne, a fait ses études en France et en Angleterre, a reçu depuis, de nombreux prix et diplômes. Elle a enseigné deux ans en Angleterre et depuis dix ans elle intervient dans les écoles pour, dit-elle encore, apprendre aux élèves, aux ados,  «à écrire et à crier», les deux mots ayant, à quelque chose près, les mêmes lettres. Car elle a vécu une vie de maltraitance, d’humiliations, d’infortunes dues à l’être aimé qui était loin d’être aimable. Le sujet hélas n’est pas nouveau et est plus actuel que jamais.
Elle a cru à l’amour, au bonheur sans violence. Elle s’est trompée mais a persisté, espérant l’impossible.
Malgré tout, elle est en apparence souriante, sereine, toujours prête à croire à la vie, à l’avenir.
Elle trouve son exutoire dans son art.

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Les poèmes d’Anne-Marie sont forts car profondément vécus souvent émouvants, déchirants même. On y sent toutes ses blessures comme dans «Il ne me reste rien» sinon la solitude après la guerre, «Ni haine, ni rancœur» ou l’aptitude à pardonner même si l’insouciance est à jamais perdue, «A mes petits-enfants», particulièrement poignant ou encore «Plus de «Je t’aime» même si l’espoir est toujours là, enfoui quelque part.
Rencontrant la plasticienne Claude Printemps, celle-ci décide d’illustrer ses poèmes.
Et par effet miroir, Claude répond par des graphismes où s’enchevêtrent, en noir et blanc, des formes géométriques et symboliques qui s’entrelacent et se bousculent et s’entrechoquent comme des bourrasques de rage. Ce n’est pas une œuvre de sérénité mais elle s’imbrique tout à fait aux écrits de son amie.
Un symbiose totale entre deux artistes, deux personnalités, deux femmes que vous pourrez rencontrer  du 18 au 26 octobre, salle du Moulin d’Oli à Solliès-Ville.

 

Jacques Brachet

NOTES de LECTURES

combesAnnabelle COMBES : La Calanque de L’Aviateur (Ed Héloïse d’Ormesson – 381pages)
Ce roman sortira le 22août 2019. C’est le second roman écrit par Annabelle Combes, qui a remporté le prix littéraire des Rotary Clubs 2018 pour son premier livre « La Grâce de l’éclat de rire ».
Leena, jeune femme ne portant que jean et tee shirt blanc, achète une propriété délabrée dans un bourg du Cotentin proche de l’Océan Atlantique. C’est une ancienne mercerie avec un appartement au-dessus, un hangar et un grand jardin. Cette personne veut créer une librairie d’un genre particulier : la maison des phrases qu’elle a tirées des romans qu’elle a lus et qu’elle a écrites dans des cahiers.
Les habitants du village vont vite adopter Leena et l’aider dans son projet. Au cours des travaux dans cette maison, Leena découvre un trésor. Elle va alors chercher à renouer avec son frère, parti aux Etats Unis après la mort de leur père pour comprendre leur histoire familiale.
Par chapitres courts, mélangeant prose et petits paragraphes poétiques, l’auteure dresse le portrait de ces deux jeunes gens, originaux et attachants et raconte leur parcours vers la renaissance après les douleurs de leur enfance. Elle les entoure de personnages variés et bienveillants qui soutiennent l’intrigue.
Un agréable roman qui rappelle que la littérature est un trésor.

Théophile BOYER : Mort d’un requin-pèlerin –(Ed Alma) 343p
Né en 1994, Théophile Boyer a interrompu ses études de droit pour se consacrer à l’écriture. Cet ouvrage est son premier roman.
Professeur de français en poste à Rangoon, Roland est venu passer quelques jours de vacances dans la propriété familiale « Le Sémaphore » dans un petit port du Finistère. Il est accompagné de son amie  Ariane, correspondante de presse dans la capitale birmane, avec laquelle il vit depuis trois mois.. Mais il voit avec stupeur sur la plage où il a l’habitude de se baigner son ancienne compagne Irène, écrivain à succès depuis la parution de son livre « Amour Austral », récit de son amour passionné avec Roland.
C’est poussée par son éditeur qu’Irène est là. Elle n’arrive plus à écrire. Elle espère retrouver  une atmosphère et le déclic qui lui permettra de donner une suite à ce roman en racontant cette fois sa rupture avec Roland.
Le couple va-t-il se reformer ? Ces deux êtres s’aiment-ils toujours ? Irène ne recherche-t-elle que l’inspiration ? Le passé peut-il s’oublier ou être pardonné ?
Telle est l’intrigue de ce roman, un texte dense écrit dans un style soutenu, avec quelques fantaisies linguistiques et moult imparfait du subjonctif. L’auteur fait intervenir Irène de façon originale par manuscrit interposé.
A noter quelques jolies pages sur le travail de l’écrivain, sa difficile mais fructueuse place entre imaginaire et réalité au service d’un récit de qualité.

Didier DELOME : Les étrangers (Ed Le Dilettante – 253 pages)
Un livre étrange qui frappe le lecteur dès la première ligne. « Ma mère était gouine et je ne souhaite pas à mon pire ennemi d’endurer mon adolescence après d’Elle ».
Didier Delome s’est fait remarquer à la parution de son premier livre » Jours de dèche », parcours épique et astreignant d’un homme ruiné, tâchant de remonter la pente grâce à une dévouée assistante sociale. Dans ce deuxième roman, l’auteur décrit sa famille ô combien atypique, à l’occasion du baptême de sa petite-fille qui porte le prénom de sa mère honnie : Françoise. Une Françoise d’origine gréco-turque au profil androgyne, qui a toujours vécu dans le milieu des cabarets homosexuels des années cinquante, une femme qui ne s’occupera que d’elle et de ses intérêts.
La parole est donnée successivement au fils, à l’ami intime Lou, tout ce petit monde se croise, s’aime, se déteste, se trahit, se retrouve, se prostitue. Un roman dérangeant car on situe mal le degré de vérité, la froide indifférence transmuée en haine du fils pour la mère, l’argent volé sans l’ombre d’un remords, et toujours ce fond de prostitution.
On peut vraiment s’interroger sur la teneur du troisième roman de Didier Delome en espérant qu’il s’inspirera d’autres aspects de sa vie, une vie dominée par un vide d’amour abyssal que seule la littérature semble combler aujourd’hui.

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Didier Delome – James Lee Burke – Jorge Comensal

James Lee BURKE : Robicheaux (Ed Payot Rivages – 494 page)
Vingt et unième roman de cette série, on retrouve le célèbre duo de vieux potes associés qui naviguent dans les tripots où l’alcool coule à flots  dans les bayous de Louisiane dans une ambiance pleine de mystères. Dave Robicheaux personnage récurent et policier chargé de l’enquête lutte contre les fantômes du Vietnam qu’il revoit dans ses cauchemars et contre le la douleur causée par le décès de sa femme Molly. De plus il pense qu’il pourrait être le meurtrier  de l’homme qui a tué Molly. Difficile de mettre de l’ordre dans ses pensées d’autant que dans ces tripots les mafieux véreux côtoient les belles de nuit déjantées, les ripoux inclassables et  même un malade mental innommable.
En fait bien qu’il relate par le menu les arcanes des dessous troubles de cette belle région qu’il adore il nous fait partager en un style émouvant, à la fois son amour des valeurs familiales et sa lutte incessante contre ses vieux démons, l’alcool et ses amitiés indéfectibles parmi ses bons et moins bons amis. Plus que la poursuite des brigands c’est une profonde empathie qui nous gagne pour cet homme remarquable.

Jorge COMENSAL : Les mutations  (Ed Les escales – 206 pages)
Traduit de l’espagnol (Mexique) par Isabelle Gagnon
Comment réagit-on à l’annonce d’un cancer de la langue, surtout quand ce cancer atteint Ramon, brillant avocat de cinquante ans, père de deux enfants. D’où vient la série de mutations de cellules qui entraînera l’amputation de la langue, organe indispensable à tout avocat ? L’auteur décrit en détail le cheminement  des cellules malignes, chacune renfermant des centaines de mutations pernicieuses. Le traitement de l’oncologue qui croit détenir la solution à cette terrible maladie, le suivi par une psychothérapeute ayant elle-même subi l’ablation d’un sein après un cancer du sein et experte en soin par le cannabis, la présence de Benito, perroquet au vocabulaire très étendu en grossièretés, cadeau de la très attentionnée Elodia, employée de maison, fidèle parmi les fidèles, sont les thèmes graves de ce roman malgré tout teinté d’ironie, car, oui, ça peut être drôle. Et que dire de cette querelle entre Ramon et son frère, petit voyou à qui il doit une coquette somme, raison pour laquelle il veut protéger sa femme en la suppliant de divorcer pour échapper à la dette !
Ce premier roman surprend, déroute mais ne lasse jamais le lecteur. Privé de la parole, Ramon ne peut qu’écrire, mais rapidement le dialogue perd de sa vivacité et devient de plus en plus monosyllabique. Il y a de l’émotion, de la dérision, un vocabulaire médical technique et difficile à suivre mais qu’importe, il y a toujours les injures du perroquet, compagnon insolite mais témoin de l’évolution de la maladie, un témoin qui sera là jusqu’à la dernière ligne mais qui ne révèlera jamais le fin mot de l’histoire car ce perroquet ne sait que jurer.
Un auteur à suivre, qui manie les contrastes avec bonheur.

 

 

NOTES de LECTURES

hajaj Magellan de place

Claire HAJAJ : Le voleur d’eau (Ed Les escales –  400pages)
Traduit de l’anglais par Julie Groleau
Nick, jeune architecte anglais veut partir en Afrique dans le cadre du bénévolat alors que sa jeune fiancée règle les derniers préparatifs de leur mariage. Quels sont ces lourds secrets qui pèsent désagréablement sur la conscience de Nick pour envisager une telle démarche ?
L’image du père récemment décédé et le sentiment d’avoir failli lorsque son meilleur ami a eu besoin de lui sont certainement à l’origine de ce départ subit.
La rencontre avec un peuple vivant dans un petit village subsaharien, notamment avec le jeune Jojo passionné de mathématique et surtout avec Margaret la mère de celui-ci,  pour laquelle il éprouve une terrible attirance, l’immerge peu à peu dans ce nouveau microcosme dont il ne connait pas les règles. C’est un territoire malheureusement éprouvé par la sècheresse, la maladie et les violences de chefs de bande. Un puits résoudrait le problème, Nick en est sûr, mais à quel prix ?
Prisonnier de ses sentiments, de sa subjectivité, Nick fait courir à ceux qu’il aime de graves dangers.
L’auteur offre une peinture objective de l’extrême difficulté de mêler bonne volonté et réalité du terrain. Claire Hajaj traduit avec justesse la vie des villageois, leurs croyances, la puissance des clans et la présence de la drogue et « la haine envers cette terre hostile, les forces cruelles qui punissent sans raison, qui conspirent avec des hommes cupides pour anéantir des vies humaines et briser leurs espoirs »
Car malgré les meilleures bonnes volontés, il faut voir ce qu’il y a de vraiment et non pas ce qu’on désire voir.
Murielle  MAGELLAN :  Changer le sens des rivières  (Ed Julliard – 248 pages)
Une jeune fille a-t-elle le droit de rêver au prince charmant ? Surtout lorsque l’on gagne péniblement sa vie comme serveuse au Havre et qu’on a un père malade, hypocondriaque et exigeant.
Ce prince s’appelle Alexandre. C’est un habitué du bar de Marie. Lettré et beau parleur, il lui parle cinéma, metteurs en scène, pour elle un monde inconnu. Qu’importe, elle est amoureuse et voit la vie en rose ! Sauf qu’Alexandre a coupé les ponts sans explication. Humiliée et pleine de colère elle le harcèle un soir jusqu’à en venir aux mains. Il chute violemment… c’est l’accident.
Passée en comparution immédiate, elle se retrouve condamnée à des dommages et intérêts. Le juge qui a prononcé la sentence est un habitué du bar où travaille Marie. C’est un misanthrope bougon et taciturne. Il lui propose un marché qu’elle accepte : prive de permis de conduire, elle devra être son chauffeur avec sa propre voiture pendant quelques mois, le temps de combler son découvert. Lors de ces tête-à-tête, ces deux personnalités de milieux si différents, vont s’apprivoiser au fil du temps. Les barrières sociales vont tomber et timidement ils vont trouver un sens à leur vie : la découverte de la culture, de la musique classique et même celle du code civil pour Marie et, pour le  vieux juge, la renaissance à la vie et plus d’ouverture aux autres.
C’est un roman facile  et agréable à lire. La quantité d’invraisemblances gâche une trame sociale qui aurait pu être intéressante mais pourquoi ne pas rêver un peu comme Marie ?!
Madeleine de Place : Dis quand reviendras-tu ? (Ed. La Martinière – 253 pages)
L’histoire commence dans les années 60 pour se poursuivre jusqu’à nos jours et anticipe même jusqu’en 2024 ; Louise, une jeune ado de 14 ans élevée dans une famille bourgeoise très traditionnelle se retrouve enceinte suite à un viol perpétré par un ami de la famille. Honte, silence, les parents vont enfermer leur fille dans un couvent de religieuses où des jeunes filles cachent leur grossesse et accouchent sous X.. Désespérée elle parviendra à cacher un petit carnet dans les couches de son bébé avec l’espoir de le retrouver un jour
Ce bébé c’est Gabriel adopté très vite par une famille aimante dans l’impossibilité de procréer .mais qui tait ce secret. Jeune homme heureux Gabriel finit par rompre le silence et va essayer de comprendre le pourquoi de son abandon . Nous allons donc le découvrir à travers les huit femmes qui ont marqué son existence .Sa mère adoptive, sa première épouse, la seconde. sa maitresse, ses filles, toutes vont tenter de parler de lui et d’essayer de nous montrer le personnage complexe et torturé qu’il est devenu incapable d’aimer ou de donner de l’amour.
L’auteur prête une plume très douce et bienveillante à tous ces personnages bien campés et très touchants sans mélo et avec beaucoup de justesse.

ÂME SŒUR_couverture Sabrina Philippe mercier

Alain DAMASIO : Les furtifs (Ed La Volte – 704 pages)
Publié aux éditions La Volte, spécialisée en littérature de l’étrange, le dernier, dixième et conséquent roman d’Alain Damasio surprend par son volume et son imaginaire.
Nous sommes dans un futur proche, et pourtant décoiffant, en France, entre le Verdon, Moustiers Sainte marie, Canjuers, Hyères, la Presqu’île de Giens et l’Ile de Porquerolles, à l’écoute (car le roman est accompagné d’une bande son originale, musique et texte) d’une demi douzaine de personnages dont les discours alternent avec une narration des plus perturbantes.
En premier le couple Varèse ; Lorca et Sahar la quarantaine, en instance de séparation mais unis par l’espoir commun de retrouver leur fille Tishka enlevée à l’âge de quatre ans par les mystérieux « furtifs ». Puis Saskia Larsen, Hernan Aguero, Ner Arfet et Toni Tout Fou autres « vifs » impliqués dans la traque des créatures malveillantes, et soucieux de ramener l’enfant.
Rien de très original jusque là.
Le lecteur y perd cependant son latin ! Le monde est autre ; les villes sont achetées par des multinationales qui privatisent l’éducation et les espaces urbains, les habitants, monitorés à travers une bague électronique (prémium ou privilège selon le forfait !) sont vêtus de tissus bio réactifs ; tout est numérisé, interconnecté. Une géo-localisation s’avère ultra facile, qu’il s’agisse de lieux ou de personnes.
Alors ce qui reste d’humain chez les « vifs » se révolte. Sahar donne illégalement des cours d’instruction civique à des étudiants qui rêvent de reconquérir leur ville. Lorca intègre le ministère des Armées sachant que l’île de Porquerolles devient ZAG, zone auto-gouvernée, le refuge des insurgés. Et l’espoir renait !
Mais en même temps, il va falloir se prémunir contre les « furtifs » !
Sont-ils légende ou fantasme ?
Autour de cette organisation, des êtres entr’aperçus, non définis mais d’une vitalité hors norme semblent vivre et circuler parmi les habitants. Des expériences sont lancées par le centre de recherche de l’armée, le RECIF, qui annonce une réalité avérée et une menace potentielle. Les créatures invisibles à l’œil nu mais perceptibles à l’oreille, mutent sans cesse et cristallisent si on les entr’aperçoit.
L’enfant, la petite Tishka, enlevée, serait–elle devenue l’une d’elles ? S’agirait-il d’une hybridation forcée ?
Un récit décidément fort compliqué, peu accessible au lecteur lambda et dont la structure, la conception, le vocabulaire et la typographie relèvent du défi.
Oublions les longues considérations sur la création d’un langage et d’un alphabet nouveau, la réponse politique à une société de contrôle, la représentation graphique de la narration à plusieurs voix et chassons de notre esprit « les furtifs » !
Sabrina PHILIPPE : Et que nos âmes reviennent … (Ed Flammarion – 285 pages)
Psychologue, chroniqueuse de radio et de télévision, Sabrina Philippe publie son troisième roman dédicacé  » à celle qui m’a tout donné ».
On comprend que ce récit est largement inspiré du vécu de l’auteur.
Il s’ouvre le jour de l’enterrement de la mère de la narratrice qui est psychologue et dont le cabinet se trouve sur le palier de l’appartement de sa maman avec laquelle elle avait une relation fusionnelle. Un homme est là auprès d’elle.
Au fil des chapitres qui s’ouvrent par des textes et poèmes, va se révéler la nature du lien entre la psychologue et cet homme. C’est une relation d’emprise car l’homme est un pervers narcissique.
L’auteur décrit parfaitement ce prince charmant qui devient persécuteur, destructeur de personnalité et le difficile processus de rupture que devra mener son héroïne pour s’en libérer.
Dans cette histoire, viennent s’intégrer des chapitres mettant en scène un homme en Floride qui se suicide sur son voilier, puis une femme nommée Krystiana vivant en 1920 ,puis la fille de celle-ci lors de sa déportation.
Il faudra poursuivre la lecture pour réaliser pourquoi ces personnages sont évoqués.
Un roman agréable à lire mais dont la partie ésotérique ne nous a pas convaincus.

Regen S_Rinpoche Robert LITTELL à Paris le 24 avril 2013

Isalou REGEN et Sabchu RINPOCHE : Je voulais te dire … I Love You (Ed Rabsel – 211pages)
Après trois ans de vie commune et un an de mariage, Isalou Regen se retrouve le cœur brisé alors que son époux la quitte .
La voyant désespérée par la fin de cet amour fusionnel, un ami l’invite à suivre en Normandie une session d’enseignements donnée par Sabchu Rinpoché, un maître tibétain, de passage en France. Cet homme de 34 ans, qui a complété son éducation par un bachelor d’études cinématographiques obtenu au Canada, quitte régulièrement son monastère népalais pour dispenser dans le monde l’enseignement de Bouddha. Grâce au bain de compassion reçu de ce moine souriant et plein d’amour bienveillant, Isalou Regenretrouve sa capacité d’amour au fond d’elle-même. Elle lui propose de faire un livre avec lui sur l’amour. Il accepte en l’invitant en Inde.
L’auteur organise son livre autour de trois mots constituant la traditionnelle déclaration d’amour : « I Love You » qui vont être analysés au cours des divers entretiens entre ces deux personnes.
Qui est ce Je I ?
Quel est ce mystère que l’on appelle l’amour « Love » ?
Quel est cet autre, ce « You » et comment mieux l’aimer ?
En partant d’une observation méthodique du réel, le moine explique que nous sommes en constant changement et que la phase à venir est tout aussi belle que celle perdue. Dans le « Je », il y a le bien et le mal, à nous de choisir quelle partie développer.
L’amour, c’est prendre soin, vouloir le bonheur total de l’autre. On ne peut trouver le bonheur que si l’on accepte qu’il y ait des hauts et des bas.
Prendre soin de l’autre et en éprouver de la gratitude. Retrouver la compassion.
Ce livre pourra permettre à ceux qui le souhaitent d’amorcer une réflexion sur des principes de bon sens sur les secrets du bonheur que notre société individualiste et consumériste a totalement occultés.
Robert LITTELL : Koba ( Ed  Baker Street – 266 pages)
Traduit de l’anglais par Martine Leroy-Battistelli
Quel est cet homme que le jeune Léon rencontre dans une partie reculée de la Maison du Quai à Moscou, maison où logent les apparatchiks du pouvoir ainsi qu’une bande de jeunes enfants ?
Un homme âgé, sans médaille, mais tout le monde se lève dès qu’il arrive, un homme à l’accent géorgien, qui dit s’appeler Koba et qui demande à Léon de lui écrire sa biographie. Soumis aux questions pertinentes et empreintes de fraîcheur de Léon, Koba se révèle comme l’homme chargé d’aider à diriger le pays, c’est lui l’assistant-tsar. Sa tâche est lourde puisque pour survivre, mieux vaut connaître ses ennemis et donc les éliminer, cela devient alors de la légitime défense. A la question « A quoi ressemble Staline ? » Koba répond : « à quelqu’un qui porte le poids du monde sur ses épaules ».
Ainsi, au fil de ce roman insolite, l’auteur amuse mais aussi glace le lecteur devant l’atrocité des crimes commis par Staline, l’indifférence face aux souffrances du peuple, l’élimination systématique des intellectuels, « en effet pour régner il faut organiser le désordre, séparer les bonnes pommes des pommes pourries ». Et Léon, fils du physicien qui découvrit la théorie quantique de l’interaction nucléaire poursuit son questionnaire, régulièrement récompensé par une délicieuse glace à la vanille couverte de chocolat. Un tyran a peut-être trouvé son maître face à ce jeune garçon, un jeune surdoué, innocent et courageux, mais encore un enfant à qui sa mère manque depuis qu’elle a été arrêtée dans le cadre du complot des médecins.
Robert Littell, grand spécialiste de l’Histoire de la Russie offre un regard inattendu de Staline, ses origines, ses contradictions, il n’excuse en rien les horreurs commises, c’est un monstre qui ose justifier ses purges sanglantes sans l’ombre d’un remord. Roman saisissant.

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Cathy BONIDAN : Chambre 128 (Ed de la Martinière – 284 pages)
Une femme trouve dans un hôtel de Bretagne un manuscrit oublié par le précédent occupant de la chambre. Curieuse, elle le lit et s’aperçoit que la fin du roman n’a pas été écrit par la même personne . Intriguée, elle essaie de remonter la longue liste des personnes ayant pu être l’auteur de ce livre. Et de lettres en lettres, parfois des e mails, elle déplacera les montagnes pour se faire rencontrer de nombreuses personnes, parfois modifier radicalement leur vie, pour finalement résoudre l’énigme de la chambre 128.
Une technique utilisée par l’auteur qui peut amuser ou lasser, mais rend la chose peu crédible.
Frédéric  LENORMAND :  Au service secret de Marie-Antoinette
(Ed la Martinière – 352 pages)

L’auteur à reçu le prix Arsène Lupin du roman policier, le prix Historia du polar historique et le prix Montinorillon.
Ce roman est une comédie policière historique.
Marie-Antoinette s’ennuie et veut se  démarquer de ses prédécesseurs; elle cherche à employer les meilleurs  artisans du tout Paris. Mais avant de devenir les fournisseurs attitrés de la Reine, elle va les charger d’une mission particulière: retrouver les bijoux d’une valeur inestimable, de la comtesse Du Barry, maîtresse officielle de Louis XV, qui ont disparu quatre ans plus tôt .Elle met donc à l’épreuve son nouveau coiffeur et sa toute nouvelle modiste, tous deux excellents dans leur métier et pleins d’imagination. Mais cet improbable duo ne cesse de se chamailler car tout les oppose : la couturière, Rose Bertin, perfectionniste, ne supporte pas la désinvolture de son acolyte, Léonard Autier, véritable noceur qui compte bien remplir sa mission en dépit de son agaçante partenaire qu’on lui a imposée. Tous deux courent  (en toute discrétion) entre Paris et Versailles, salons et boutiques populaires (rôtisseries, morgue ,horlogers etc…) à la recherche des fragments d’un tableau qui pourraient bien révéler l’endroit où sont dissimulés les bijoux.
C’est un récit léger et agréable que cette enquête loufoque, drôle, pleine de rebondissements (peut-être un peu trop parfois). Cependant l’auteur spécialiste du XVIIIème siècle fait découvrir au lecteur les petits métiers qui gravitent autour de la maison de la reine à Versailles, empruntant parfois le vocabulaire de l’époque. Étonnant!
A noter que les deux personnages principaux ont réellement existé comme l’attestent les notes historiques en fin de livre.

Danièle THOMPSON : « Mon père, l’as des as »

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L’auteur de « Rabbi Jacob », « Le corniaud », « La grande vadrouille », « L’as des as » et bien d’autres énormes succès cinématographiques, se nomme Gérard Oury et il aurait eu 100 ans cette année.
Pour commémorer cet anniversaire, Danièle Thompson sa fille, sa complice, sa collaboratrice préférée, lui offre et nous offre un superbe album-souvenirs retraçant sa vie et son oeuvre et Dieu sait que sa vie fut riche et son œuvre parlante, chacun de ses films atteignant des sommets au box office. Et Danièle Thompson a sa part de succès puisqu’elle a co-signé les scénarios avec son père.

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Danièle Thompson et Jean-Pierre Lavoignat

Ce livre, paru aux éditions La Martinière, s’intitule « Mon père, l’as des as ». Elle l’a écrit à deux mains, accompagnée par Jean-Pierre Lavoignat, journaliste spécialisé dans le cinéma, ex rédacteur en chef du magazine « Première » et auteur de livres dont le dernier « Romy » (Ed Flammarion), pour lequel nous nous étions rencontrés à Toulon voici quelques mois.
Participent aussi à ce livre, des témoignages du vrai « As des As », Jean-Paul Belmondo, également héros du film « Le cerveau », Pierre Richard, qu’il fit tourner dans « La carapate » et « Le coup du parapluie », Valérie Lemercier qui, à l’ouverture des César 2007, reprit avec maestria le ballet de « Rabbi Jacob » dansé par Louis de Funès, Dany Boon, le seul à l’avoir coiffé au poteau, 40 ans après, au hit des rentrées cinématographiques avec « Bienvenue chez les Ch’tis » : 17.643.132 entrées pour les Ch’tis, 17.272.987 entrées pour « La grande vadrouille », Arnaud Desplechin qui fut un admirateur de la première heure du réalisateur.
Si sa carrière de réalisateur fut plus que brillante, il démarra dans le cinéma comme comédien à qui – le regrette sa fille – on confia beaucoup de rôles de méchants alors qu’il était si gentil dans la vie. Malgré ce métier en demi-teinte, il eut des partenaires prestigieux : Jean Gabin, Rock Hudson, Bourvil, Danièle Darrieux, Jean Marais, Sophia Loren, Jeanne Moreau, Gérard Philipe, Curd Jürgens et bien entendu Michèle Morgan qui resta sa compagne jusqu’à sa disparition.

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La Ciotat, avec le maire, Patrick Boré – Rencontre à Ramatuelle

A noter qu’il reçut en 1991, la cravate de commandeur de la Légion d’Honneur des mains de François Mitterrand, qu’en 2000 il prit le siège vacant de René Clément à l’Académie des Beaux-Arts et que ce fut Jean-Paul Belmondo qui lut son discours.
J’eus la chance, dans ma carrière de journaliste de rencontrer Gérard Oury, Danièle Thompson et Michèle Morgan, ensemble ou séparément, à divers moments de leur vie.
Je me souviens encore de cet après-midi passée dans leur propriété tropézienne « Les oliviers » en compagnie de Gérard et Danièle, conversation brillantissime, faite de simplicité, et de complicité entre le père et la fille. Cerise sur le gâteau : l’apparition de Michèle Morgan venue nous proposer de thé ! Inoubliable moment. Elégance, gentillesse, humour… Tout y était.
J’interviewais également plusieurs fois Michèle Morgan et retrouvais Gérard et Michèle pour la dernière fois au festival de Ramatuelle avec l’ami Jean-Claude Brialy. Encore un beau moment.
J’ivnitais Danièle Thompson à Toulon pour présenter « La boum » de Claude Pinoteau dont elle avait signé le scénario et il y a quelques mois, je la retrouvais pour l’inauguration de la place Gérard Oury à la Ciotat.

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Nos rencontres à la villa des Oliviers

Aujourd’hui tous ces souvenirs se mêlent avec plaisir et nostalgie, à ce magnifique livre qui retrace une vie d’homme et d’artiste exceptionnelle et l’on revoit aussi avec tendresse, toutes ces photos qui, pour moi, ont jalonné 50 ans de journalisme.
Gérard Oury était, comme on le disait au XVIIème siècle, « un honnête » homme, plein de joie, d’optimisme, de talent, d’humour … C’était vraiment un As !

Jacques Brachet

NOTES de LECTURES

BOISSARD

Coup de cœur
Janine BOISSARD : Toi, Pauline (Ed Fayard – 251 pages)

A chaque sortie d’un roman de Janine Boissard, c’est un plaisir, une gourmandise qu’on va s’apprêter à déguster. Et en fait de dégustation, dès la première page, on sait qu’on ne va pas s’arrêter en si bon chemin et qu’on va se régaler jusqu’à la dernière.
L’auteure de « L’esprit de famille » dont les quatre premiers tomes ont fait l’objet d’une série télévisée à succès sur TF1 dans les années 80 et qui racontait l’histoire de la famille Moreau qui était, comme « Les quatre filles du Dr March », composée de quatre filles, a toujours eu du mal à quitter celle-ci et entre deux romans, elle y revient comme si c’était sa propre famille…
Qui est devenue la notre !
Après donc « Les quatre filles du docteur Moreau », voici la suite racontée par l’une des fille, « Toi, Pauline ». (Chacune des autres filles a déjà pris la plume dans d’autres tomes). Pauline a grandi, ses autres sœurs Claire, Bernadette Cécile aussi, elles ont eu des joies et des chagrins d’enfants, d’adolescentes et les voici devenues femmes, tout autant attachantes, toujours très près de leurs adorables parents.
C’est en fait une chronique des années qui passent, dans une famille qui pourrait être banale si la personnalité de chaque fille n’était autant singulière et si attachante.
L’écriture est d’une belle simplicité, chargée de drôlerie et d’émotion. Car on ne peut s’empêcher d’être souvent ému par leurs aventures, leurs amis, leurs amours, leurs emmerdes si joliment racontés, cette fois par Pauline qui recherche à la fois l’amour et l’assurance, l’affirmation de ce qu’elle veut être : romancière. Peut-être que l’un fera éclore l’autre.
En lisant, on peut imaginer que dans Pauline il y a un peu, peut-être beaucoup de Janine.
En tout cas, elle aime ses personnages qu’elle nous fait aimer et lorsqu’elle avoue que ce livre va clore la saga, on ne peut que le regretter, tant on a de plaisir à retrouver au fil des ans cette famille attachante.
Allez Janine… ne quittez pas la famille Moreau !

Abbo Avit @ Bruno Amsellem carlier

Lionel ABBO : Pour que le jour de votre mort soit le plus beau (Ed Plon -170 pages)
Dans ce premier roman, Lionel Abbo met en scène Adolphe Goldstein, juif ashkénaze de 39 ans qui après avoir réalisé une enquête journalistique sur le business de la mort décide d’ouvrir une boutique de pompes funèbres, Activité qui lui parait un marché florissant. Mais attention, Adolphe n’a pas l’intention d’être un croque- mort comme les autres.
« Death Planner », tel est le nom de son métier.
« Faites de vos funérailles le bouquet final de votre vie », tel est son slogan.
Les cercueils seront à l’image du défunt, auront la forme de la passion du défunt, seront décorés par les dessins de ses petits-enfants. Les épitaphes seront rédigées par des publicitaires. Les cérémonies seront retransmises sur Facebook. Une puce connectée au cercueil permettra de lire des vidéos de la vie du défunt ou son dernier message.
Puis Adolphe, convaincu que l’homme doit pouvoir choisir le moment et la façon dont il veut mourir, va faire de nouvelles propositions à ses clients.
Jusqu’où ira-t-il ?
Lionel Abbo cherche à répondre par le biais de l’humour noir à la question de la fin de la vie, de plus en plus débattue par nos contemporains.
Un livre drôle et glaçant qui se lit d’une traite.
Clélie AVIT : L’expérience de la pluie (Ed Plon – 295pages)
L’autisme est un sujet qui préoccupe désormais notre société. Une récente émission policière télévisée a mis en scène une autiste. Voici un roman qui s’inspire de ce mouvement d’intérêt sur ce handicap.
Camille, et Arthur son fils de six ans, sont autistes Asperger hypersensoriels Tout contact physique est une épreuve : une main qui attrape, une bousculade dans le bus, l’eau qui sort du pommeau de la douche, les gouttes de pluies sur le visage. Camille tente d’organiser sa vie pour protéger son fils et lui permettre de s’adapter autant que possible au monde extérieur.
Alors qu’ils sont dans un parc, un jeune homme nommé Aurélien est attiré par le dialogue entre la mère et l’enfant. Quelques jours plus tard, Aurélien les retrouve dans un bus et les protège du contact de la foule agglutinée dans le véhicule. Il est totalement attiré par cette femme et cet enfant dont il ressent l’attachante différence mais aussi la vulnérabilité.
Le roman sur un mode choral donne tour à tour la parole à Aurélien et Camille pour finir par un dernier chapitre dans lequel c’est Arthur qui s’exprime. D’autres personnages évoluent dans le récit : Eloïse la garde d’enfant, Lucile, amie d’enfance d’Aurélien, la voisine revêche, l’agent des affaires sociales qui voudrait placer l’enfant en institut spécialisé.
Le récit de la relation entre ces trois êtres qui s’apprivoisent mutuellement va se dérouler dans une romance un peu fleur bleue et sans doute éloignée de la réalité du quotidien des autistes. Mais il y a beaucoup de bonté, de patience et d’humanité dans ce roman et sa lecture est l’occasion de se laisser toucher par le nécessaire accueil des êtres différents.
Stéphane CARLIER : Le chien de Madame Halberstadt (Ed Le Tripode -174 pages)
Jeune auteur , le fils de Guy Carlier publie son sixième roman ou plutôt une novella comme indiqué en première page.
Cet ouvrage, dont la page de présentation mentionne la phrase d’Hemingway « Décris la douleur, sans effet ni détour » met en scène Baptiste, un jeune écrivain de quarante ans, qui nous raconte ce qu’il est en train de vivre.
Son dernier roman est un flop. Sa compagne vient de le quitter pour aller vivre avec leur dentiste. Bénéficiaire du RSA, il est logé dans un studio appartenant à sa mère. C’est de cette dernière et de son ami Gilles qu’il reçoit ses seuls soutiens. Sa voisine de palier va se faire opérer de la cataracte et lui demande de garder son chien un carlin nommé Croquette pendant son absence. Baptiste accepte à contrecœur.
Mais bien lui en a pris car sa vie se transforme dès qu’il accueille cet animal. Croquette est-il un chien miracle ou n’est ce qu’une illusion passagère ?
Un récit alerte et amusant qui fait passer un moment agréable mais qu’il est difficile de qualifier de roman tragi-comique comme le fait l’éditeur.

Fortier simenon vigger

Dominique FORTIER : Au péril de la mer (Ed les Escales –  191 pages)
Le Mont Saint-Michel a fasciné Dominique Portier dans sa jeunesse, elle le redécouvre trente ans plus tard avec désormais sa petite fille à qui semble-t-il, elle s’adresse dans ce roman. C’est une lecture étonnante jalonnée d’explications, d’étymologie, d’Histoire, l’histoire de ce rocher sur lequel deux ermites ont trouvé refuge au VIIème siècle.
La trame du roman se passe au XVème siècle. Un jeune peintre portraitiste a perdu une jeune femme aimée emportée brutalement par la maladie. Le travail minutieux de recopie des textes anciens par les frères devrait apaiser sa douleur. La transmission du savoir dans cet espace malmené par le temps mais toujours reconstruit plus majestueusement est un travail qui glorifie le Seigneur et justifie la taille de la bibliothèque de l’abbaye. Aussi attire-t-elle la jalousie, pourquoi cet îlot serait-il plus important que l’abbaye de Saint Ouen ? Dans le silence et l’humilité, les frères copistes ou le frère bienheureux jardinier poursuivent inconditionnellement leur travail généreux et solitaire.
Dominique Fortier renforce la qualité de son roman par de très nombreuses explications de termes tels que « croire » ayant la même racine que « cœur » et « croix » appartenant à la famille de « courbe », ces deux mots en étant venus à n’en faire qu’un avec le temps, la foi chrétienne ayant la croix pour symbole et le Credo en étant sa forme épurée.
Ce roman parle de livre, de cette abbaye qui protège les livres, des hommes qui ont besoin des livres et des bibliothèques qui tout comme les jardins mourront si on cesse de s’en occuper. Ce n’est donc pas sans raison que la transmission a lieu au Mont Saint Michel avec les Maristes puis les Bénédictins, dans ce lieu coupé du monde deux fois par jour par les marées et les sables mouvants, tout cela au péril de la mer.
Pierre SIMENON : L’enfant de Garland road (Ed Plon – 330 pages)
Dédié à Georges Simenon son père, le dernier roman de Pierre Simenon nous transporte aux États Unis, dans le Vermont où séjourne l’auteur. L’intrigue policière à l’origine de ce récit est un exercice risqué mais réussi, hommage d’un fils à son père.
Kevin, un veuf, écrivain raté semble-t-il, s’est retiré du monde en Nouvelle Angleterre. Il envisage d’en finir avec la vie quand suite à l’assassinat de sa sœur Georgia et Brian son mari, il se voit confier l’éducation de son neveu David en devenant son père adoptif.
A Garland Road les circonstances du meurtre sont violentes et mystérieuses. L’enquête est confiée à Jim Malone chef de la police locale qui bénéficie de l’aide de la police scientifique du FBI. La thèse du cambriolage raté et du malfaiteur qui panique est évoquée mais ne satisfait personne. Kevin s’allie alors la compétence de Fran une ancienne amie shérif.
Beau roman, très bien construit où alternent confidences sur le passé du veuf inconsolable, les liens d’amitié qui se construisent avec la vielle copine shérif qui l’aide dans ses investigations et les liens familiaux tissés auprès du jeune neveu ainsi que de sa fille.
Un roman prenant avec des personnages attachants dans un cadre très Amérique profonde. Certaines scènes relatives au prédateur n’étaient peut être pas indispensables mais le climat général est bien rendu.
Bon second roman
Karen VIGGERS : Le bruissement des feuilles (Ed Les Escales –  426 pages)
Traduit de l’anglais (Australie) par Aude Carlier
Miki, 17 ans, vit, coupée du monde depuis l’incendie qui a coûté la vie à ses parents, sous le joug de son frère Kurt, un protestant évangéliste. Elle travaille comme serveuse dans leur petit restaurant et le soir se rêve en héroïne de roman.
Elle fait la connaissance, lors d’une escapade en forêt, de Léon, garde forestier tout juste installé en Tasmanie. Elle va s’éveiller à la vie à travers les livres qu’elle lit en cachette et découvrira qui est réellement son frère.
Une grande épopée romanesque où se côtoient les grands problèmes écologiques d’aujourd’hui et que l’auteur se complait à développer avec fougue et connaissance étant elle-même vétérinaire et zoologue.
Roman qui parle d’écologie, mais aussi des relations familiales et filiales. Histoire d’amitié et de solidarité. L’auteur essaie de sensibiliser ses lecteurs au problème des femmes battues, de la déforestation, du monde des bûcherons et au sauvetage des « diables ».

NOTES de LECTURES

Izaguirre vuillardVincent

Marian IZAGUIRRE : D’Elisabeth à Térésa (Ed Les Escales -379 pages)
Traduit de l’espagnol par Hélène Melo
Ecrivain vivant à Madrid, auteur d’une dizaine de romans, Marian Izaguirre publie en français un deuxième livre, après « La vie quand elle était à nous ».
C’est l’histoire de deux femmes ayant vécu à cent ans d’intervalles dans le même lieu sur la Costa Brava.
Le récit est raconté par une personne déclarant qu’elle connaît Térésa Mendieta depuis qu’elle est enfant. On apprendra plus tard qu’il s’agit de Philippe son maître d’armes qui est parti à la recherche de Térésa, brusquement disparue.
Nous sommes le 4 octobre 2009. Térésa est en train de fermer l’hôtel qu’elle tient avec quelques employés et qui est près de la faillite. A l’origine c’était une maison avec une tour carrée flanquée de quatre horloges, magnifiquement située sur une falaise en bord de mer, qui a été agrandie pour devenir un hôtel. Cette maison a été léguée à la famille de Térésa par Elisabeth Babel, femme sourde et muette qui s’écrivait à elle-même des lettres que Térésa a trouvées dans une boite en fer.
Le roman va alterner les épisodes de la vie de Térésa avec les lettres d’Elisabeth, datées de 1915 à 1931, qui sont comme un journal intime.
Le lecteur va ainsi découvrir parallèlement la vie de ces deux femmes qui malgré le siècle qui les sépare présente des goûts, des apprentissages, des expériences, des joies et des souffrances assez identiques au point d’en être troublantes dans leurs similitudes.
Un long roman dans lequel la vie des deux héroïnes en Catalogne émeut et interroge sur la place de la femme, sur la difficulté à trouver le bonheur et l’équilibre quand on ne trouve pas l’amour.
L’écriture en chapitres alternatifs au gré des personnages et des narrateurs rend le suivi de l’histoire parfois complexe.
Éric VUILLARD: La guerre des pauvres ( Ed Actes sud – 68 pages)
C’est le récit flamboyant d’un homme qui, meurtri dans son cœur et dans son âme lorsqu’il assiste à douze ans à la pendaison de son père, va se battre par la parole. La parole dans les églises, la parole sur les places de village, la parole qui réclame réparation pour les pauvres laïcs et paysans.
Thomas Müntzer, né en Bohême au XVIème siècle, n’est pas le premier à se révolter. D’autres en Angleterre comme John Bull, Wat Tyler, Jack Cade ont fait trembler la royauté et l’église. Et désormais avec l’invention de l’imprimerie, la Bible est accessible, le quotidien des pauvres ne correspond pas à la promesse du Christ, un Christ crucifié entre deux voleurs.
«Pourquoi le Dieu des pauvres est-il si bizarrement du côté des riches, avec les riches ?»
La Bible est maintenant traduite en allemand, la messe doit être dite en allemand pour que tout le peuple entendre la sainte parole. Et Müntzer, prédicateur à Zwickau, puis en Bohême s’enflamme, écrit, s’adresse aux princes, une colère gronde en lui, elle s’exprime et le peuple des paysans munis de fourches ira se battre contre les puissants. La violence, la folie de Müntzer deviennent du délire. Mais face à l’armée de l’Empire, c’est le chaos, une troupe de vagabonds contre des princes armés, c’est le massacre, le pillage et le triomphe du prince. Des milliers de morts semble le prix à payer quand on est pauvre. La guerre des pauvres connaîtra-t-elle une issue ?
Éric Vuillard, récompensé par le prix Goncourt pour «L’ordre du jour» en 2017, écrit ici avec force la révolte, le combat des petits, l’illumination de certains qui «gueulent leur foi, rameutent la misère, la rage, le désespoir et l’espoir».
L’auteur n’a que les mots, mais les mots d’Éric Vuillard résonnent très fort aujourd’hui au XXIème siècle, des mots qu’on entend sur nos ronds-points. Des mots à transmettre car jusqu’à présent les révoltes au nom de Dieu, de l’injustice, de la violation des droits n’ont jamais transformé la réalité.
Et de cela, chacun doit être conscient et responsable.
Gilles VINCENT : Peine maximum (Edi Cairn – 214 pages)
Février 1947, un petit garçon assiste à la pendaison de son père, «chasseur de Juifs». Soixante ans plus tard Marseille découvre, chaque jour le corps supplicié d’un vieillard. L’enquête va révéler l’origine juive des victimes.
Un ex-flic et une jeune psychanalyste vont se lancer dans une course folle contre l’Histoire refoulée de la Libération. Ils ont six jours pour trouver le coupable. La barbarie des meurtres monte en puissance.
Sur fond d’holocauste, ce roman noir, sur la mémoire du passé et sur l’héritage que l’on transmet à ses descendants, est bouleversant.
Le tueur n’avait jamais eu peur de la mort. Ce n’est pas elle qu’il fuyait depuis des années, mais sa propre histoire.

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Rodolphe BARRY : Honorer la fureur.(Ed. Finitude- 280 pages)
Sans doute fasciné par l’environnement de quelques écrivains américains, Rodolphe Barry nous livre après son «Devenir Carver» un deuxième roman biographique autour de James Agee cette fois.
Il s’agit de suivre le cursus de cet auteur sans concession, anarchiste, alcoolique et révolté du capitalisme américain, décédé en 1955 à New York.
Les premières pages du roman s’ouvrent sur le bureau de James Agee alors que celui-ci en équilibre sur la margelle de sa fenêtre considère la ville du haut de l’immense Chrysler Building en plein centre de Manhattan.
Engagé comme journaliste à «Forme épanouie du mensonge» par le magasine  » Fortune », l’écrivain, poète non identifié, davantage reporter engagé que rapporteur d’idéaux d’une société libérale, végète dans une attitude résignée, persuadé qu’il est de l’inutilité de son travail.
L’espoir survient lorsque son rédacteur en chef l’envoie dans le sud des États Unis faire une enquête sur la vie des métayers dans l’Oklahoma. Il sera accompagné de Walter Evans photographe.
Un road movie au départ de New York, dans les années 30, en pleine Grande Dépression!
S’ils paraissent dissemblables physiquement, les deux engagés travailleront dans une parfaite communion avec le souci de rendre le plus fidèlement possible la pénibilité des conditions de travail, la pauvreté des foyers, la docilité et l’endurance des ouvriers agricoles. D’abord accueillis avec réserve par les populations, ils s’attacheront à ces familles de fermiers. De belles rencontres, les photos comme les textes dénonceront le modèle libéral américain «une abjection» aux yeux de James Agee. Ces cris de colère ne satisferont pas le magasine
Le lecteur en revanche sera séduit par l‘exactitude et la véracité des scènes racontées. L’écriture de Rodolphe Barry, rapide, efficace, entrecoupée de mini-dialogues, empreinte parfois de termes volontairement surannés, prête aux descriptions un exotisme attachant.
Si pour « Fortune » l’exercice n’est pas réussi, le nom du journaliste, se met à circuler et attise la curiosité de l’intelligentsia américaine. La personnalité de l’écrivain séduit jusqu’à la côte ouest. On aime ses indignations, sa sensibilité, ses engagements et même ses addictions.
Il pourra alors se proposer entre autres, à la rédaction du scénario de « La nuit du Chasseur », de Charles Laughton, de se lier d’amitié avec Charlie Chaplin qui partage ses idées, de faire vivre sa famille, de subvenir à ses mariages successifs et d’honorer son addiction au whisky… jusqu’à la dernière cuite.
Bien documentée grâce à l’échange épistolaire retrouvé avec le révérend Flye, cette vie retracée, cette belle épopée, est celle d’un homme derrière une œuvre.
Quand un écrivain raconte un autre écrivain… à découvrir !
Rosa VENTRELLA : Une famille comme il faut (Ed :Les escales – 282 pages)
Traduit de l’italien par Anaïs Bouteille-Bokobza
Pas facile d’être la fille de Tony Curtis dans cette petite ville des Pouilles dans le sud de l’Italie, d’être un être rebelle, aux jambes fluettes, au torse creux,aux oreilles proéminentes, aux mèches folles et au teint si mat qu’on l’a surnommée Malacarne. Pas forcément un modèle de douceur cette petite fille, surtout avec un père pêcheur, beau comme Tony Curtis, qui souvent règne chez lui par les accès de violence, une mère soumise et deux frères aînés ayant des comportements complètement opposés. Dans le village, tout se sait, chacun a un surnom, on parle le dialecte, très peu l’italien. Le maître d’école décèle en Malacarne une enfant très douée, réceptive, qui comprend vite que pour sortir de l’ornière familiale elle devra travailler dur et viser haut.
L’auteur décrit subtilement les villageois en traits parfois caricaturaux mais savoureux, les amitiés, les méchancetés, les amours, la délinquance et la misère d’une population sans espérance. Une amitié lie Maria Malacarne à Michele, garçon obèse, aux yeux si doux mais qui a le malheur d’être rendu responsable de la mort du jeune frère de Malacarne. Cette amitié ne se démentira jamais, au contraire, elle grandira jusqu’à devenir un amour profond bien qu’interdit par le dictat d’un père aigri qui ne se fait entendre qu’en cognant, cassant et hurlant.
Cette famille comme il faut rappelle la saga de Helena Ferrante, la lecture est fluide, c’est une analyse juste de cette société encore très féodale qui règne dans cette Italie du sud.
Gwenaële ROBERT : Le dernier bain (Ed Robert Laffont – 235 pages)
Attiré par une couverture reproduisant le célèbre tableau de David «La Mort de Marat», dans la collection Les Passe-Murailles, publiée aux éditions Laffont, le lecteur ne sait pas encore qu’il va vivre intensément et en direct, les trois derniers jours de la vie de Marat.
Nous sommes le 11 Juillet 1793, en pleine Terreur, alors que se préparent à Paris, les festivités commémorant la prise de la Bastille.
La République a été proclamée, le roi mort, les couvents vidés, Marie-Antoinette emprisonnée avec sa sœur et le jeune Louis Capet. La révolution se crispe cependant car le peuple aspire maintenant au bonheur qu’on lui a promis.
Il fait très chaud en cet été de l’An II, nous parcourons avec l’auteure les rues de la capitale. Il y règne une totale liberté mêlée d’un sentiment d’impunité. Tous sont citoyens, et devenues citoyennes, les femmes ont aussi le droit d’agir à leur guise.
Forte d’une écriture quasi cinématographique Gwenaële Robert reconstitue un Paris de figures anonymes toutes portées par un même élan, le même vent de l’Histoire. La tension est extrême parfois, le Comité de salut public inquiète, la peur se lit sur certains visages ; peur des dénonciations, peur des massacres, de la guillotine.
Dans la rue des Cordeliers, non loin du numéro 30, habitée par le Député de la Montagne, plusieurs personnages se croisent et nous deviennent familiers. Gros plan sur leurs préoccupations. Il est vrai qu’ici Marat a «érigé la délation en vertu patriotique»…
Alors Jane, Marthe, Théodore, Charlotte interviennent. Il ou elles veulent, soit venger leur père, donner un nom à un enfant, revivre leur foi ou retrouver la pureté de l’élan révolutionnaire… et la baignoire entre dans l’Histoire !
Le tableau de David, peintre officiel de la jeune République, nous semble alors avoir été idéalisé. Marat ami du peintre, n’est en fait qu’un effrayant personnage, rongé par la maladie, trempant dans un bain de soufre censé amoindrir ses douleurs, partisan actif de la purge républicaine jusqu’au coup de poignard mortel.
Magnifiquement documenté et écrit, très visuel ce roman qui mêle fiction et réalité est une réussite.
Curieusement, il arrive aussi au moment où dans Paris, les  Gilets Jaunes»rêvent également d’une révolution.
A méditer !

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Sylvie DAZY : L’embâcle (Ed Le Diletante – 253 pages)
C’est un roman choral où se côtoient Paul, Louise, Malick, Théo , dans cette ville qui a connu une période industrielle florissante. Aujourd’hui ellevégète mais pourrait bien retrouver une seconde vie en attirant les jeunes ménages avec enfants qui ont un désir de verdure et de fraîcheur au bord de l’eau. Car en effet, cette ville se situe entre deux fleuves. Il y a bien eu, au siècle dernier, de graves inondations mais qui s’en souvient ?
La jeunesse n’en a cure, encore moins les promoteurs immobiliers qui rassurent et endorment le client avec des propos bien rodés.
C’est, chapitre après chapitre, la vie de cette ville proche de la capitale et donc attrayante qui voit l’évolution de l’habitat où l’on pousse les personnes âgées vers des résidences de plain-pied plus confortables, où le propriétaire du bar voit sa clientèle déserter. Adieu les petits cafés du matin et le débriefing joyeux des amis du quartier, où la jeune assistante sociale essaie en vain de convaincre son voisin reclus dans sa grande maison de bien vouloir bloquer ce fichu volet qui claque jour et nuit au premier souffle d’air, où l’agent immobilier toque aux portes pour satisfaire un patron aux ambitions démesurées car ce pourrait être son dernier grand coup dans sa carrière. Il y a entre autres cet homme enfermé dans sa maison, atteint du syndrome de Diogène, roi du pliage, dont il veut qu’il lui cède absolument un vieux local immense, inutilisé mais au potentiel immobilier phénoménal !
Tout ce petit monde se croise. Sseul Paul résiste à toute invasion chez lui, il sait être dans son droit. Rien ne l’oblige à ouvrir sa porte, malheur à celui qui voudrait l’importuner. Et c’est pourtant, malgré tous les beaux projets, la ville qui surprend et rappelle la mémoire du passé : cette grande inondation du siècle qui a tout englouti sur son passage. Les plans Orsec n’y feront rien, les réunions au plus haut niveau de l’Etat non plus. C’est l’embâcle, l’accumulation d’objets emportés par les eaux lors d’une crue puis bloqués dans le lit de la rivière qui donne fort justement le titre de ce roman de Sylvie Dazy.
Un roman où l’auteur rend les personnages bien réels. Mais c’est aussi une critique virulente sur la promotion immobilière, le non-respect de la nature et l’oubli de la mémoire de la ville.
Un roman qui laisse à réfléchir.
Gilles PARIS – AlineZALKO : Inventer les couleurs (Ed Gallimard Jeunesse – 51 pages)
Je connaissais l’attaché de presse efficace qu’est Gilles Paris. Je connaissais le romancier talentueux qu’il est aussi. Je connaissais moins son talent d’écriture pour les enfants, hormis ce livre devenu un immense succès césarisé au cinéma : « Ma vie de courgette ».
Gilles a toujours été très proche de l’enfance, son dernier roman, recueil de nouvelles intitulées « La lumière est à moi » paru chez Gallimard en atteste, histoires simples, poétiques, touchantes où l’on sent toute la nostalgie de sa propre enfance.
Cette fois, c’est une très jolie histoire qu’il nous propose à quatre mains, lui écrivant, Aline Zalko l’illustrant, y ajoutant son talent poétique.
Hyppolite vit en province avec son père qui l’élève seul depuis que sa maman est partie avec le voisin. Un papa formidable et aimant malgré un travail épuisant en usine. Un papa pas très conventionnel qui picole à la bière, fume comme un pompier, pète, rote, se cure le nez… Et portant ça n’empêche pas un amour fusionnel entre les deux.
Hyppolite adore dessiner et invente son monde avec ses propres couleurs, nous racontant sa vie à la maison où il retrouve son père qui l’aime et qu’il aime, à l’école avec ses copains Gégé, Antar, Fatou, Firmin et les autres. Son imagination est débordante et il vite sa vie autant qu’il la rêve.
Jusqu’au jour où toute la classe se rebelle contre le professeur de mathématique. Rébellion sans suite où tout se termine comme par enchantement. Lorsqu’il raconte l’histoire à son père, celui-ci lui conseille de se remettre à ses dessins et à ses couleurs. Ce qu’il fera.
C’est drôle, plein de cette nostalgie qui fait partie intégrante de l’auteur, rehaussé de dessins pleins de couleur d’Aline Zalko qui a su capter la poésie de l’auteur.
Ce livre serait-il les réminiscences de la propre enfance de Gilles Paris ?
Tahar BEN JELLOUN : L’insomnie (Ed.Gallimard – 260 pages)
Un scénariste tangérois ne supporte plus de ne pas dormir : c’est un grand insomniaque.
Il veille sa vieille mère qui a déjà un pied  dans la tombe. Devant ses souffrances morales et physiques, avec délicatesse, sans violence, il l’étouffe avec un oreiller….et le soir même il fait une nuit complète
Il en déduit que pour bien dormir, la seule solution est de tuer quelqu’un mais en phase terminale. Un ami lui sert de rabatteur. Ses victimes sont des crapules, des corrompus, des tortionnaires. Plus sa victime est importante, plus il dort. Il s’adjuge un système de récompenses sous forme de crédit points sommeil (C.P.S). plus ou moins nombreux en fonction de la personne qu’il tuera. C’est un « hâteur de mort » qui fait du bien puisqu’il abrège leur souffrance.
Mais c’est l’escalade…. et une erreur peut tout  faire basculer .
Entre fable et thriller malicieux, d’une plume légère, l’auteur aborde des sujets sensibles : l’euthanasie, la corruption et autres problèmes sombres de la société marocaine.
Cet académicien semble s’être bien amusé à écrire ce roman.
Il a réussi à faire sourire plus d’une fois son lecteur.

Aznavour Actu Schlink 2019.indd Trouchaud

Jacques PESSIS : Charles Aznavour, dialogue inachevé (Ed Tohu Bohu – 206 pages)
On le croyait immortel. Grâce à son oeuvre, il le sera comme le sont Brel, Brassens, Bécaud et quelques autres, tant ils ont marqué à tout jamais la chanson française.
Nombre de livres lui ont, depuis pas mal de temps, rendu hommage et ce n’est certainement pas fini.
Mais ses dernières confidences, il les aura faites à son ami et voisin de Mouriès, dans le Lubéron : Jacques Pessis, grand amoureux de la chanson française et de ses interprètes.
Avec lui, il avait commencé un dialogue lorsque l’artiste super-actif, se posait à Mouriès. Dialogue interrompu par sa disparition puisque Jacques avait encore quelques confidences à entendre et surtoutà choisir avec lui les photos qui devaient illustrer le livre.. Cela n’a pu se faire et du coup le dialogue reste inachevé et l’auteur nous raconte simplement la vie de l’artiste à travers ce qu’il a bien voulu lui confier.
Peu de choses en fait qui ne soient déjà connues tant en sept décennies, Charles a maintes fois raconté sa vie. Les pages les plus intéressantes sont celles où l’auteur nous raconte l’enfance et l’adolescence de l’artiste qu’il fut très jeune et dans laquelle on entre de plain pied.
Après, ce sont plus des souvenirs communs de leurs nombreuses rencontres de voisinage ou ailleurs, seuls ou accompagnés d’autres personnes comme Davoust, Trenet, Piaf, Coquatrix, Leeb… de ses concerts à l’Olympia ou à l’autre bout du monde. Et Jacques Pessis se souvient : de son élégance, de sa simplicité, de sa complicité avec les habitants de Mouriès, de déjeuners dans les restaurants et bistrots du voisinage, de cette piscine de 17 mètres dans laquelle Charles y plongeait à l’aube, de ses anniversaires, de leurs premières rencontres, des histoires juives qu’il aimait raconter… Tous ces détails qui font apparaître l’homme sous la star qu’il était.
Jacques Pessis écrit comme il raconte, avec volubilité, avec talent et surtout avec l’immense admiration qu’il portait à son voisin. Un très joli livre.
Bernhard SCHLINK : Olga (Ed Gallimard – 270 pages)
Traduit de l’allemand par Bernard Lortholary
De milieu modeste, orpheline, Olga vit chez sa grand’mère qui ne l’aime pas, dans un village de Poméranie, loin de toute modernité.
Fillette, observatrice singulière, elle cultive la solitude et ne rêve que de poursuivre ses études pour enseigner et transmettre le savoir.
Herbert, son meilleur ami, son amoureux, est le fils du riche industriel qui habite la maison de maître. Les barrières sociales font obstacle à leur amour. Il refuse la voie toute tracée de l’héritier; il est obsédé par les immensités et ne pense qu’à devenir explorateur.
Or nous sommes à la fin du XIXème siècle dans l’Allemagne du « funeste Bismarck « qui, dans son désir de grandeur, rêve de civiliser l’Afrique et de conquérir l’archipel du Spitzberg.
Herbert adhérera  aux deux expéditions dont l’une lui sera fatale car mal préparée ; il n’en reviendra pas. Il s’est perdu dans la fuite et n’a pas su voir que le bonheur était proche de lui et non dans les aventures fortes.
Dans la première partie du livre c’est la voix du narrateur qui décrit la vie d’Olga jusqu’à cinquante ans et sa passion pour Herbert. Puis dans la deuxième partie c’est la voix d’un jeune ami d’Olga à qui elle se confie.  Et enfin la troisième partie : les lettres d’Olga à son grand amour qui lui a échappé et qui à ses yeux n’est pas mort. Olga a fait de ce bonheur chaotique un réel Bonheur.
Roman superbe et profond. C’est le portrait émouvant et subtil d’une femme humble et déterminée qui, solitaire, a brisé les contraintes de son temps dans une société patriarcale qui ne lui apporte nul crédit, enfermée dans un pays obsédé par la folie nationaliste.
Marie-Jeanne TROUCHAUD : Donnez confiance à votre enfant (Ed Plon)
Marie-Jeanne Trouchaud fut enseignante avant d’être formatrice en relations humaines.
Ayant rencontré le philosophe Frédéric Lenoir, elle s’engagea dans son association « SEVE (Savoir Etre et Vivre Ensemble) afin d’animer des ateliers dont celui de la relation bienveillante de l’enfant, de l’adolescent, qui sont tous en fait des « ex-adultes ». Elle en a rencontré beaucoup et ce livre en est le résultat. Ce qui a tout déclenché, c’est cette petite phrase dite par une femme : « Les enfants ne peuvent pas se syndiquer ».
Et c’est la réalité car un enfant qui souffre est souvent très seul et a du mal à trouver quelqu’un pour s’épancher.
Chaque enfant, nous dit-elle, a un vécu, une personnalité qui lui viennent de la naissance, une naissance qui peut avoir été normale, bousculée, violente… Et elle est convaincue qu’une éducation doit être adaptée à l’enfant dans la réalité de son développement.
Pour cela, il faudra passer par de nombreuses et différentes phases adaptées à un vécu qui peut l’avoir fragilisé, l’avoir rendu vulnérable suite à des mensonges, des brutalités, de l’indifférence ou le désintérêt de sa famille, une mauvaise éducation, une injustice, une trop forte autorité…
Que faut-il à un enfant ? D’abord de l’amour, bien sûr et de l’intérêt du père comme de la mère, de la bienveillance, de la confiance, de l’écoute, du respect.
Tout cela elle nous l’explique, exemples à l’appui, dans ce livre dédié aussi bien à la mère qu’au père d’un enfant afin qu’il grandisse dans les meilleures conditions.
Françoise Dolto nous a quittés, voilà Marie-Jeanne Trouchard qui continue sa croisade pour le bonheur et l’épanouissement de l’enfant et pour mettre les parents devant leurs responsabilités.
Très instructif

Lesbre de la genardière chauffier

Michèle LESBRE : Rendez-vous à Parme ( Ed  Sabine Wespieser – 99 pages)
Comment résister à cette demande, non à cette prière de son ami Léo qui lui a laissé à sa mort des cartons de livres et dans ces livres « La Chartreuse de Parme », livre dont il se souviendra au paradis.
Une première lecture de ce roman a eu lieu sur une plage de Normandie, un livre au programme de troisième sans doute, une lecture dictée par le travail scolaire qui ennuie plus qu’il ne séduit mais qu’un homme a voulu lui lire à haute voix comme s’il s’adressait aussi à sa fille disparue et qu’il a priée de venir relire sur place à Parme. Et bien sûr, la jeune femme va partir à Parme pour sceller une amitié indéfectible avec Léo nouée dans ses jeunes années dans ses cours de théâtre amateur, Léo qui lui a révélé la magie du théâtre, magie qu’elle n’aura de cesse de chercher et trouver chez les plus grands metteurs en scène Chéreau, Vaclav Havel, Kantor, Peter Brook, Ariane Mnouchkine. Mais Parme ne répond pas ou plus à la jeune femme, d’autres villes d’Italie seront sans doute un écho à sa quête dès lors qu’elle aura retrouvé un amant parisien délaissé mais pugnace. C’est alors un partage mais un profond respect de la liberté de l’autre dans le couple. Déambuler dans les rues de Bologne la rouge, se laisser porter par les souvenirs, admettre que le temps passe vite et qu’il ne faut surtout pas laisser glisser les années sans dire adieu à cet homme qui dans ses jeunes années lui a confié avec pudeur sa peine.
Michèle Lesbre nous entraîne dans son amour pour le théâtre,pour des beaux textes, des créations, c’est profond et léger à la fois, un véritable plaisir de lecture.
Philippe de la GENARDIERE : Mare Nostrum (Ed Actes Sud – 260 pages)
Une tornade vient bouleverser la vie bien rangée d’Adelphe employé, dans une grande maison d’édition, à transformer des manuscrits à l’état de livres. Adelphe qui le soir joue du clavecin ou lit de la poésie, Adelphe élevé sévèrement dans un château austère de Bourgogne, seul avec une mère exigeante, Adelphe que la peau noire de Maïsha va séduire, captiver, obséder. Une rencontre de deux mondes si différents, deux peaux si contrastées, l’une blanche, l’autre noire ébène, si jeune, si lisse, la peau de Maïsha qui n’a jamais connu l’Afrique et qu’Adelphe contemple à en devenir fou.
Car la folie est là, elle le mène même en hôpital psychiatrique après une crise de délire mystique, où la vue de la Méditerranée, mare nostrum, la douceur des vers du poète lisboète Passoa rêvant comme lui «de départs définitifs vers le large, mais demeurant immobile sur son malheureux quai» n’apaiseront en rien une rupture butant sur une explosion de violence. Car si Adelphe vit enfin, à soixante ans, en se noyant dans la beauté de la peau noire de Maïsha, il fait remonter à la surface la douleur infinie de l’enfant d’esclaves, ces noirs violentés, vendus, soumis au bon vouloir du blanc.
Maïsha voudra revoir Adelphe qu,i rentré chez lui, apaisé, joue toujours son répertoire baroque au clavecin dans le château familial. Elle veut sceller la paix entre eux, le remercier de lui avoir ouvert les yeux sur son peuple et donc sur elle-même.
Ce roman truffé de références psychanalytiques est dérangeant par la brutalité des deux amants. L’auteur, par des phrases alambiquées et beaucoup trop longues se complaît à décrire la destruction d’un couple, un couple qui s’automutile, phénomène d’attraction, répulsion bien connu.
Roman pessimiste, dégageant un malaise permanent tant dans l’atmosphère que dans l’écriture.
Gilles MARTIN-CHAUFFIER  : L’ère des suspects (Ed.Grasset – 286 pages)
Un jeune flic d’un commissariat des banlieues nord de Paris, accompagné de sa jeune stagiaire «bobo» parisienne titulaire d’un master de droit, font une tournée de quartier. Accrochés par deux jeunes branchés s’ensuit interpellation, vérifications de papiers algarades et geste incivique qui entrainent une course poursuite dans la ville pour récupérer un portable volé compromettant. Course qui s’achève par la chute du jeune homme que l’on retrouve mort au bas d’un talus. Pour tout le monde le jeune flic est le coupable. Ce sera le point de départ de cet accident vu et revu de toute la société française, chacun donnant son point de vue, sa version des faits, avec chacun son langage et ses codes : avocats, juge, journalistes, famille, amis, entourage. Chaque communauté va reprendre l’enquête en utilisant son langage, ses valeurs, ses vérités et ses mensonges ou ses non-dits. En fait chacun est suspect par l’interprétation qu’il en fait afin d’illustrer sa version
Cette histoire mouvementée autour d’un incident au départ mineur rend ce roman vif et très actuel et démontre l’art de faire du «buz» autour d’un fait mineur, qui devient une affaire et qui passe du local à Paris.
Un bien écrit, bien étudié et très actuel.


 

NOTES DE LECTURES

van heemstra bonidan

Marjolijn VAN HEEMSTRA : Le prénom de mon oncle (Ed.Les Escales – 223 pages)
Traduit du néerlandais par Emmanuèle Sandron

Récompensé en 2017, par le prestigieux prix néerlandais BNC Bank Literatuurprijs, ce premier roman de Marjolijn Van Heemstra écrit à la première personne du singulier, surprend par son fond comme par sa forme.
Nous sommes à Amsterdam ; le texte rapporte l’histoire de Marjolijn, jeune trentenaire enceinte de son premier fils alors qu’elle a décidé de faire porter à son enfant le prénom de son grand oncle, héros de l’après guerre.
Un prologue nous apprend que la promesse a été faite à sa grand-mère en échange d’une belle chevalière que la narratrice porte à son doigt depuis douze ans déjà. L’enfant mâle, se dénommera Frans en hommage au grand oncle, décoré en son temps par le Général Montgomery.
L’essentiel du récit rapporte donc, sous forme de compte à rebours, la naissance programmée du bébé élu, tout en portant un regard sur le mythique personnage de l’oncle. Nous passons des «encore vingt sept semaines», puis vingt, puis huit, aux  «plus que trois semaine », puis deux, puis… etc. et X jours pour enfin annoncer le jour  j et la déclaration aux services civiques.
Parallèlement l’auteur, non sans ignorer la charge psychologique d’un tel héritage se met en quête de reconstruire le passé du personnage légendaire. C’est alors que, mêlant l’enquête sur le plan familial et personnel aussi bien qu’historique, les certitudes se délitent et la mythologie familiale en prend un coup !
Une bombe, un attentat, des morts à l’actif de ce héros (?), alors que la paix est revenue. L’enquête révèle une personnalité proche du «délire psychotique de l’illégalité», qui refuse «de s’adapter à l’ennui d’un monde en paix».
L’enfant à naître aura-t-il à porter le poids d’une telle légende ?
Si le récit s’organise simplement et de manière chronologique autour de ce destin, le lecteur s’étonnera cependant des nombreuses digressions autour de considérations, à juste titre, sur la transmission, le travail de mémoire, mais aussi sur l’avortement, la fécondation in vitro, la participation des hommes à l’expérience de grossesse, évoqués en des termes plutôt crus, jusqu’au récit du combat nocturne contre l’invasion des moustiques !
Une expérience de lecture différente qui n’est peut être pas étrangère à la nationalité et l’éducation libérale, avant-gardiste, de l’auteure.
Cathy BONIDAN : Chambre 128 (Ed de la Martinière – 284 pages)
Une femme trouve dans un hôtel de Bretagne, un manuscrit oublié par le précédent occupant de la chambre. Curieuse, elle le lit et s’aperçoit que la fin du roman n’a pas été écrite par la même personne. Intriguée, elle essaie de remonter, tout d’abord à l’auteur du manuscrit à qui elle le renvoie, aussi surpris qu’elle que la seconde partie ne soit pas de lui. Et elle se met en quête de  la longue liste des personnes ayant pu être l’auteur de ce livre.
Et de lettres en lettres, parfois des e mails, elle déplacera les montagnes pour rencontrer de nombreuses personnes, dont les écrits ont parfois modifié radicalement leur vie, pour finalement résoudre l’énigme de la chambre 128.
Une technique utilisée par l’auteure qui peut amuser ou lasser, mais rend la chose peu crédible.

Portrait de Jean-Christophe Rufin Arnaud

Jean-Christophe  RUFIN. Le suspendu de Conakry (Ed Flammarion – 309 pages)
Étonnant et atypique, ce consul de France à Conakr !
Natif de Roumanie dont il a gardé l’accent, au passé de pianiste de bar, amateur de Mozart et de Tokay bien glacé, il est méprisé par ses collègues dont il est la risée par sa garde-robes inadaptée au climat de la Guinée.
Il s’ennuie fort jusqu’au jour où on découvre non loin de la marina, un plaisancier blanc, mort, suspendu au mât de son voilier.  En l’absence de sa hiérarchie, il est trop content de sortir de son rôle potiche de consul pour mener cette enquête criminelle. Il a cinq jours. Les conclusions trop rapides des institutions locales ne le satisfont pas. Avec subtilité, malgré sa sensibilité à fleur de peau et à grands coups de Tokay glacé, il arrivera  à ses fins.
Avec son talent de conteur, son écriture fluide, l’auteur décrit bien l’ambiance africaine avec ses traditions, tenant compte de la hiérarchie administrative mêlée aux relations familiales entre autre.
Avec son talent d’écrivain, ses expériences de médecin et de diplomate, Jean-Christophe Rufinnous offre là un excellent roman policier, distrayant, bien ficelé, avec quelques observations caustiques sur le monde des consulats et des ambassades, mettant en lumière la réalité de la Guinée entre insécurité et trafics de drogue
Alain ARNAUD : Le festin des lanternes (Ed BoD – 190 pages)
Si certains se révèlent en se rasant le matin, Alain Arnaud a quant à lui, ressent, «l’éveil de la mémoire» en … urinant au pied d’un grand chêne ! Et pourquoi pas !
Il nous livre en ce début d’année, un roman en partie autobiographique dans lequel nous sont posés, à la croisée des âges, les réflexions et le questionnement propres à chacun d’entre nous, alors que notre parcours de vie parait déjà engagé.
Ainsi, selon le jeu subtil de sa miction, sa mémoire en réponse, flashe, par vagues, sur les épisodes marquants de sa vie.
Reproduits dans le roman en une cinquantaine de courts chapitres, nous voilà donc plongés dans la vie de l’auteur qui évoque l’évènement marquant de son adolescence et ses conséquences.
Sous les traits de son héros, journaliste publiciste, le narrateur vient de quitter Paris et se dirige vers Marseille en voiture.
Nous apprenons qu’une mauvaise piqure d’oursin à l’index droit, infectée, l’avait obligé à subir plusieurs interventions en milieu hospitalier, à Marseille justement, alors qu’il n’avait que dix sept ans. Ce doigt devenu «festin» pour l’appareil masticateur de l’échinoderme devient le fil conducteur du texte.
L’auteur rapporte des anecdotes, fait part de son ressenti, raconte les médecins, la cohorte des intervenants, les patients. Il décrit cet environnement si particulier, avec sincérité. Malicieux, il joue avec les champs lexicaux, ce qui rend le texte attachant et riche d’un humour subtil.
Certes, l’épreuve est longue et douloureuse mais c’est un autre monde que le narrateur observe avec curiosité, une jungle un peu loufoque. Il s’attache aux autres patients, s’inquiète pour eux. Ses nouveaux amis se nomment Nenesse, Paulo, Nightingale, plus âgés certes mais si solidaires.
Et puis il y a Marise, belle et jeune infirmière qui lui offre ses escapades et sa liberté assumée. Il est conquis !
Alors en retournant à Marseille, l’écrivain voudrait les retrouver tous. Mais le temps a métamorphosé la ville, dispersé les amis, perdu Marise. Tel un détective, il part à la reconquête de cet amour perdu.
En résumé, un roman touchant, riche d’une écriture pétillante.
Un joli moment de lecture avec en prime un coup de cœur pour la région méditerranéenne, la mer, la forêt, les odeurs, les bourrasques de vent racontées avec tendresse et poésie.

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Gilles PARIS : La lumière est à moi et autres nouvelles (Ed  Gallimard – 199 pages)
« La lumière est à moi » est le titre du dernier recueil de nouvelles de Gilles Paris et résume à lui seul l’approche délicate de l’auteur sur des sujets graves vus et vécus par des enfants ou des adolescents.
N’oublions jamais qu’un enfant voit, entend, souffre, aime et peut aussi haï. Heureusement, il garde son âme d’enfant et peut s’échapper du quotidien difficile, parfois brutal par le rêve, la communion avec la nature, un arbre, des oiseaux ou la mer.
Dans ces nouvelles, l’enfant épie, tâtonne, joue avec une sexualité naissante, est plein de questionnements devant des situations complexes à gérer, se réfugie auprès d’un frère protecteur, pare les coups des adultes qui grognent et paraissent si grands et si forts et pèsent si lourdement.
La force de ces nouvelles douces-amères est dans l’apparente légèreté des propos et la profondeur des blessures des enfants. Il leur faudra parfois des années pour trouver la paix. « La lumière est à moi », se dit Lior en hébreu, et c’est le prénom d’une petite fille généreuse, discrète, qui, par un sublime acte d’amour, redonnera vie à sa mère. Ce prénom prémonitoire éclaire et irradie autour de lui. C’est certainement le propos de l’auteur délicieusement pervers parfois comme peuvent l’être les enfants mais si magistralement perspicace quand le monde des adultes parait si complexe, dur, incompréhensible à l’enfant.
Ces nouvelles font parfois sourire, elles font surtout réfléchir et pourquoi pas, affronter la réalité. Il faut remarquer la superbe photo de Didier Gaillard-Hohlweg qui illustre la première page de ces nouvelles, reflet doux, lumineux mais si secret d’un enfant.
Camille PASCAL : L’été des quatre rois (Ed Plon – 622 pages)
Dans ce roman historique, couronné par le grand prix de l’Académie Française, Camille Pascal, agrégé d’Histoire et haut fonctionnaire, nous raconte en détail les mois de juillet et août 1830, au cours desquels vont se succéder sur le trône de France, Charles X, Louis XIX, Henri V et Louis- Philippe.
Le récit est découpé en journées qui portent chacune un titre et dont le cours est relaté par tranches avec indication en caractères gras des lieux où se déroulent les faits,.
Cette forme facilite la compréhension du lecteur et soutient son intérêt.
Le roman commence le 25 juillet 1830 date à laquelle le roi Charles X prend des ordonnances réduisant la liberté de la presse, prononçant la dissolution de la Chambre devenue trop libérale, réservant le droit de vote aux notables fortunés et ordonnant de nouvelles élections.
Il se termine le 16 août 1830 alors que Charles X s’embarque avec sa famille et sa cour à Cherbourg pour l’Angleterre.
Entre ces deux journées, l’auteur nous décrit comment ces ordonnances vont entrainer la perte de la dynastie des Bourbons. Pour cela, il nous plonge dans l’univers de la cour royale, des ministres en place, des députés et hommes politiques, qu’ils soient démocrates, ultraroyalistes ou opportunistes, des journalistes, des intellectuels, des salons mondains et enfin des bourgeois et du petit peuple parisien.
C’est ainsi que le lecteur rencontrera entre autres Talleyrand, La Fayette, Adolphe Thiers, Benjamin Constant, Hugo, Chateaubriand, Vigny, Stendhal ou Dumas.
Ce roman, d’un style classique et soutenu, est une lecture agréable et instructive

NOTES de LECTURES

gaudé Teper

Laurent GAUDE : Salina,les trois exils (Ed Actes Sud – 151pages)
Marqué par le personnage de Salina qu’il avait mis en scène dans la pièce de théâtre éponyme qu’il a écrite en 2003, Laurent Gaudé a voulu retrouver son héroïne en adaptant sa première histoire en un roman court et dense.
Quelque part en une Afrique saharienne imaginaire, à une époque indéterminée, dans le village du clan Djimba, arrive un cavalier qui y dépose un bébé ne cessant de pleurer. Sissoko,le chef du village, refuse de recevoir cet enfant dont le sort sera d’être mangé par les hyènes si le soleil ne l’a pas tué de ses rayons, avant. Mais une femme nommée Mamanbala se laisse toucher par ce nourrisson et le recueille. C’est une fille qu’elle nomme Salina, du fait des traces de sel laissées par ses pleurs.
Puis l’auteur nous transporte au moment de la mort de Salina qui s’éteint auprès de son fils Malaka Ce dernier, en cherchant un lieu pour lui donner une sépulture, arrive dans une ville auprès d’un lac sur lequel se trouve une île cimetière. Salina pourra y être enterrée si le récit de sa vie que devra faire son fils le justifie.
Commence alors l’histoire d’une femme forte, rebelle et fascinante dont la vie aura été nourrie de haine, de colère, de vengeance sauvage mais aussi de réconciliation, de consolation et d’amour.
Par les thèmes abordés ( mariage forcé, viol conjugal, vengeance, exils, liens filiaux, duel fratricide, culte dû aux morts), par les aspects fantastiques du récit, par son style proche du poème épique, ce conte tragique envoutera le lecteur.
Laurence TEPER : Un cadenas sur le cœur (Ed Quidam – 188 pages)
Laurence Teper est professeur de Français dans un lycée parisien et travaille en parallèle  dans l’édition. Ceci est son premier roman.
Ce roman est un condensé de la vie de l’auteure. Elle annonce en préface citant Honoré de Balzac « Sachez-le ce drame n’est ni une fiction, ni un roman . All is true ».
Acte 1. c’est la jeunesse de Claire Meunier née au début des années soixant, fille aimée d’une famille française apparemment ordinaire. D’un ton léger elle évoque sa jeunesse studieuse et sa joie de vivre lors des vacances communes avec une autre famille qui se retrouve tous les étés dans la même station balnéaire de la cote Atlantique. Neuf adultes six enfants, qui continuent de se fréquenter toute l’année puisque sa propre mère est l’employée du chef de la famille amie et d’où vont découler peu à peu des indices, des soupçons, des questionnements sur le type de relations bizarres qui se jouent sous ses yeux.
Acte 2. les soupçons s’alourdissent, le ton change et le drame sous-jacent commence à pointer son nez. Période compliquée pour la jeune femme devenue mère de famille, qui entreprend des recherches qui, au travers des recoupements du passé, des ascendants, laissent apparaitre des évènements tragiques de collaboration et de faits peu glorieux. C’est la recherche de la vérité. Pour reconstituer le puzzle dépareillé et dispersé de sa vie, elle brave interdits familiaux et mensonges. Elle perce à jour le secret de sa naissance, remonte aux origines de cette nouvelle famille mettant en danger sa vie de couple qui explose.
Acte 3. C’est la reconstruction de l’héroïne qui redresse la tête et qui fait jaillir la Vérité à la face de ses proches .
Roman bien écrit, bien monté, psychologique, dans lequel on se laisse prendre au jeu de l’auteure dont on comprend qu’elle sait de quoi elle parle.

cober Simonetta Greggio

Harold COBERT : Belle-Amie (Ed Les Escales – 410 pages)
En cette rentrée littéraire le dernier roman d’Harold Cobert, va surprendre par son originalité et la qualité de son écriture.
Il fallait oser rédiger une suite possible au chef d’œuvre de Maupassant. Ainsi Bel-Ami devient-il Belle-Amie, au féminin et à la manière de… presque comme un copié/collé !
Nous retrouvons Georges Duroy, l’ambitieux personnage installé dans le Paris du XIXème siècle, attablé dans un grand restaurant en conversation avec ses amis, tous engagés en politique. Accéder au pouvoir à l’occasion des prochaines élections anime le débat.
Les personnages nous sont présentés dès les premières pages dans un style et une syntaxe dignes du grand maître. L’écriture nous emporte dans cette même atmosphère, où cynisme, arrivisme et froide cruauté mettent les hommes à l’épreuve, les brisent au profit des plus calculateurs.
Léon Clément est déjà député, médecin de son état et propriétaire du journal « Le Glaive », Paul Friand, également député, est avocat et fin stratège, il donne des pistes pour contrer leur adversaire Eugène de la Barre. Le combat se fera lorsque la souscription publique pour le canal du Nicaragua de Ferdinand de Lesseps sera lancée.
Un monde d’hommes où Georges Duroy prend toute sa dimension. Devenu Ministre des Finances, sa réussite est cinglante. Ainsi, comme l’avait imaginé Maupassant, Bel-Ami, jouant de ses promotions amoureuses et professionnelles pourra jouir de la gloire, la fortune et la considération dont il rêvait.
Mais le romancier veille, et les femmes reprennent la main.
Elles sont toutes encore présentes dans le roman d’Harold Cobert : conquêtes, maîtresses, épouses que sont Madame Forestier, Madame de Marelle, Madame Walter et sa fille Suzanne.
Le texte prend alors des allures de vaudeville. On le regrette presque.
Et c’est Belle-Amie sous les traits de Siegfried/Salomé/Laurine, en réalité petite fille de Madame de Marelle, seule et même personne, qui va faire chanceler notre héros. Sa vie privée scabreuse aura raison de son statut. Sa vie familiale détruite, Georges Duroy n’est plus ce qu’il était.
La belle écriture, classique, peut être un peu datée d’Harold Cobert, se relâche. Et si le lecteur adhère néanmoins à ce dénouement, c’est parce qu’il est conscient, que Ministère des droits des Femmes oblige, il faut bien priver de ses acquis, un si abominable macho !
Georges Duroy n’avai- il pas dit, évoquant une terre convoitée en vue de son élection : « Je la prendrai, quel que soit le prix à payer, je la prendrai comme j’ai toujours pris les femmes, de force s’il le faut ». Dérangeant au XXIème siècle !
A lire aussi pour l’envie qu’il nous donne de retourner dans notre bibliothèque, au rayon Maupassant.
Simonnetta GREGGIO : Elsa mon amour  ( Ed Flammarion- 237pages)
Afin de bien préciser que ce livre est un roman l’auteure le commence par la biographie d’Elsa Morente en préface. Première femme récompensée par l’équivalent du Goncourt en Italie pour son œuvre « Storia ».
« Elsa mon amour » est l’histoire romancée de cette italienne, mariée à Alberto Moravia. Leur mariage durera jusqu’à la mort. L’auteure redonne sa voix à Elsa, car ce roman est écrit à la première personne du singulier. Ce roman intime et sensuel est l’histoire de sa vie. Elsa fût au centre de la vie culturelle de l’Italie des années 1950–1970. A six ans, petite fille sauvage, arrogante, effrontée, elle commence à écrire des nouvelles où elle décrit son enfance dans un quartier populaire.
Les chapitres courts, mais denses, à l’écriture poétique et imagée sont ponctués de fragments de journaux, de poèmes, de lettres. Des scènes brèves, où le réel se mêle à la fiction, se succèdent sans transition. Nous croisons Pasolini, Maria Callas, Anna Magnani.
C’est un livre mélancolique, profond et lumineux.
Un grand roman d’amour et de passion très bien rendu par Simonnetta Greggio.

benzoni gaelle

 Juliette BENZONI : Les chevaliers – L’intégrale (Ed. Plon –  949 pages)
*Le roi lépreux paru en 2002
**La malédiction. Paru en 2003
***Les trésors des templiers paru en 2003
Réédition en un seul volume des trois grands romans que Juliette Benzoni a regroupé en seul ouvrage mais qui n’apportent rien de plus à l’histoire
Il s’agit bien des croisades de 1176-1320 où sont mises en scène trois générations à la recherche des trésors perdus des religions monothéistes : La Vraie Croix, l’Arche d’Alliance et le Sceau de Mahomet. Toujours égale à elle-même Juliette Benzoni nous entraine dans une épopée monumentale à travers mers et continents, toujours avec verve et précision au plus près de l’Histoire et dans les méandres des épopées religieuses et guerrières de ses personnages.
Lecture réservée aux amateurs d’Histoire et de grandes mises en scène comme nous l’offre cette éminente historienne
Il est à noter que l’ouvrage comporte 949 pages et pèse un kilo, écrit en petits caractères denses ce qui le rend peu maniable !
Gaëlle JOSSE : Une longue impatience (Ed Notabilia – 191 pages)
En moins de deux cents pages, Gaëlle Josse décline une ode à l’amour, l’amour qu’une femme a pour ses enfants, son mari, son pays la Bretagne.
Cette femme, jeune veuve d’un marin pêcheur mort en mer, s’est remariée avec le pharmacien, déjà amoureux d’elle en classe primaire, lui le nanti, elle l’enfant battue, la sauvageonne.
Mais Louis, l’enfant du premier mariage devient un obstacle à l’amour exclusif que lui porte son mari, surtout après la naissance de deux autres enfants. Et lorsqu’une scène extrêmement violente oppose Louis à son beau-père c’est la rupture, une rupture qui se traduit par la fuite de l’enfant sur un bateau cargo, un bateau parti à l’aube et qui devrait revenir. En attendant ce jour, la jeune femme prie, espère, souffre et, telle la proue du navire, va ausculter chaque jour l’horizon pour accueillir son fils tant aimé qu’elle n’a pas su retenir. La vie continue en surface mais une partie d’elle est en train de mourir, elle tait son impatience et attend. Et dans ses espoirs chaque soir déçus mais chaque matin renouvelés, elle survit en écrivant le festin grandiose qu’elle offrira à son fils à son retour. Rien ne sera trop beau, ce sera une apothéose et pour cela cette femme retourne dans sa petite maison de pêcheur aux volets bleus et travaille dans la plus grande discrétion à un chef d’œuvre.
Gaëlle Josse choisit des mots qui bouleversent le lecteur, des pages d’un amour de mère qui engloutit tout autre sentiment.
C’est généreux, digne, superbe.