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Macha MERIL : Vania, Vassia, Sonia… et Macha

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Macha Méril est une amie fidèle depuis des décennies.
Belle, raffinée, pétillante d’intelligence, pleine d’humour et d’énergie. Et l’on a plaisir à se retrouver à chaque occasion. En ce moment hélas, les occasions sont rares puisque chacun vit confiné chez soi. Ce qui ne l’a pas empêchée de sortir un nouveau livre. Et ce qui ne m’a pas empêché de le lire  avec un rare plaisir teinté de beaucoup d’émotion.
Il s’intitule «Vania, Vassia et la fille de Vassia» (Ed Liana Levi).
Ce sont trois portraits d’exilés russes et cosaques, qui vivent en communauté avec d’autres cosaques en Corrèze et qui  tout en voulant s’intégrer à la France, vont vouloir le faire, chacun à sa manière Vania, a compris qu’il n’y aurait pas pour lui de retour en Russie. Il va essayer de s’en sortir. Et il s’en sortira. Vassia, son ami, se sent déraciné, veut combattre Staline. Hélas, il prendra le mauvais chemin en choisissant Hitler. Personne alors ne le sait et ne sait où il est. Enfin Sonia, fille de Vassia qui, elle, est d’une intelligence remarquable, brillante dans ses études, dans la musique, dans la chanson, dans l’économie, dans la politique et qui s’épanouira en allant à Paris. Elle y trouvera des alliés et une nouvelle famille en les personnes de Charles de la Barrère et de sa cousine Solange de Hauteville. Vania viendra l’y rejoindre. Et l’on suit le cheminement de ces trois personnages, de 1939 à 2019. Des histoires à travers la Russie d’Antan et la France d’après-guerre que dépeint merveilleusement Macha .Trois personnages, auxquels on s’attache très vite et qu’on suit sur leurs chemins semés d’embûches mais c’est ce qui les rend forts et prêts à vaincre tous les obstacles.
Ce roman est empreint, comme dans l’âme, le théâtre, la musique et les romans russes, de nostalgie, de bonté, de sagesse, de folie, de joie et d’émotion, de tristesse et la fin est absolument bouleversante et originale.
En découvrant Sonia, on ne peut pas ne pas penser à Macha dont elle a beaucoup de correspondances, si tant est qu’on la connaisse un peu.
Bref, c’est un livre remarquablement bien  écrit – mais on connait depuis longtemps les talents d’écriture de Macha – magnifiquement historiquement documenté, tant du côté russe que du côté français.
Je ne peux donc m’empêcher, faute de nous rencontrer, de l’appeler pour en parler.
«Tout d’abord, Macha, comment se passe ce confinement ?
(Elle rit) Comme toute le monde. Je suis restée à Paris car mes deux sœurs y sont aussi. On est à côté même si l’on ne peut pas se voir. Mais bon, elles ne sont pas jeunes mais ne sont pas malades. J’en profite pour trier mes papiers, chose que je n’ai pas le temps de faire, pour ranger mes livres par ordre alphabétique, chose que je dois faire depuis longtemps. J’ai essayé de relire Proust… mais je n’y suis pas arrivée… J’y suis vraiment allergique !
Tu sais que la fin de ton roman m’a tiré les larmes…
Et j’en suis heureuse. C’était l’effet escompté. Je cherchais une fin originale où après toutes ces aventures je ne pouvais pas trouver une fin banale. Ce discours de Sonia c’est beaucoup le mien et je l’ai écrit comme si c’était moi qui devais le prononcer.

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C’est une belle histoire dans laquelle on trouve un peu d’autobiographie…
Tu sais, lorsqu’on écrit une biographie, on n’est jamais tout à fait honnête. On «oublie»  les choses qu’on n’a pas envie de dire. Dans un roman, on peut tout se permettre du drame aux rires ou aux coups de théâtre et l’on peut faire dire des choses aux personnages qu’on n’oserait pas dire soi-même. On peut aller très loin. C’est un choix instinctif. Et puis, j’aime les fins romantiques !
Pourquoi ce livre ?
Depuis que j’écris nombre d’éditeurs me demandent d’écrire sur mon enfance russe. Mais j’ai vécu mon enfance en France où je suis née. J’ai bien sûr lu des livres sur l’émigration russe mais en fait je ne connais les russes que par ce que m’en a raconté ma mère. Je savais les cosaques un peu bruts de décoffrage mais je leur suis reconnaissante d’avoir pu garder et transmettre leurs traditions musicales, culinaires et autres. Ils les ont gardées certainement plus que les russes blancs qui voulaient s’en émanciper. Peut-être que d’être exilé a permis cela. Mes parents nous ont transmis tout ça mais n’ont pas voulu alourdir notre jeunesse. Ils ne voulaient pas qu’on démarre dans la vie avec un handicap de passé russe mais vivre un présent français. On n’a donc gardé que le côté charmant des traditions. Le reste, le goulag, le travail forcé, les exactions, toutes ces vérités ont été passées sous silence, on n’en parlait pas. On sait aujourd’hui que Staline a tué plus de gens qu’Hitler. Mais à l’époque, et même il y a 20/30 ans encore, il y avait des choses qu’on ne pouvait pas dire.
Il a donc fallu que tu te plonges dans les deux histoires, de la Russie et de la France. Ça a dû être un sacré travail !
Il y avait des choses que je savais de la Russie par ma mère et beaucoup de choses que j’ai moi-même vécu en France. Mais j’ai été aidé Par une historienne, Sandrine Pallussière et par un spécialiste de l’histoire du nazisme Christian Ingrao.
Les chapitres sont datés…
Oui, parce qu’ainsi on voit ainsi le temps qi passe. En datant, il fallait que je sois la plus précise possible. Je ne devais pas me tromper car il y aurait toujours eu un historien qui aurait trouvé l’erreur. J’ai beaucoup aimé ce travail.
Pourquoi avoir titré «Vania, Vassia et la fille de Vassia» plutôt que «Vania, Vassia et Sonia» ?
D’abord parce que c’est le titre qui m’est venu dès le départ et puis parce que ça sonne bien, c’est musical. Et mettre les trois prénoms ça faisait un peu conte de fée. J’ai pensé à d’autres titres mais mon éditrice m’a dit : «Ça n’est peut-être pas commercial mais ça pose des questions, c’est un peu mystérieux, c’est bien dans la tradition russe !». Dont acte.

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Tu sais que c’est très cinématographique ?
On me l’a déjà dit mais ça risque d’être compliqué car il faut un réalisateur russe qui comprenne la France, un français qui comprenne la Russie, ou quelqu’un qui comprenne les deux, ce qui n’est déjà pas si simple mais en plus, un film historique avec des scènes de guerre, des décors et des costumes, ça risque d’être lourd à monter.
Le château de la Barrière existe-t-il ?
No. Je me suis inspiré d’une grande maison où vivait une riche veuve qui faisait la charité à ma mère. Elle ne lui a jamais donné un sou alors qu’elle en avait tant besoin mais elle avait pitié de «la pauvre princesse»* et prenait ses enfants en vacances.
D’ailleurs, à partir des années 50, ce sont des souvenirs personnels que je raconte. J’ai rencontré tous les gens dont je parle. Etant comédienne j’avais la chance de pouvoir entrer dans tous les milieux, que ce soient les arts, la politique…
Dans ce livre il y a beaucoup de nostalgie… Vient-elle de ta mère ?
Je ne crois pas être nostalgique d’un temps et d’un pays que je n’ai connu qu’à travers ma mère qui, elle, était nostalgique. Mais elle gardait le souvenir d’un monde un peu rêvé que j’ai vécu à travers elle. C’était en fait une Russie pas réelle et je suis imprégnée de ça. Par contre, je n’ai aucune envie de la Russie d’aujourd’hui, que je connais pour y être allée. C’est un pays difficile à vivre, déjà par son climat mais aussi par son retard sur tout. La génération de ma mère a gardé dans la tête une Russie imaginaire alors que la génération d’aujourd’hui est beaucoup plus russophobe.
On retrouve beaucoup de toi en Sonia.
Bien sûr, surtout dans la seconde partie à partir du moment où elle commence à vivre en France. J’ai vécu beaucoup de choses que je lui fais vivre et son histoire d’amour est celle que j’ai vécue avec Michel Legrand que j’ai retrouvé des décennies après notre première histoire d’amour. C’et Michel, malgré notre âge, qui a voulu qu’on se marie, qu’on fasse une grande fête, qui a voulu qu’on partage tout ensemble. Comme le fait Sonia. Ce château qu’il a trouvé, il voulait que ce soit tout à la fois un lieu de musique, de recherche, de résidence pour les musiciens, d’école de musique, un lieu de festival… C’était son objectif. Et je le réaliserai.
Ce livre lui est dédié car c’est lui qui m’a poussé à l’écrire en me disant que ce serait mon œuvre. Il n’a eu le temps que d’en lire quelques chapitres mais je suis heureuse qu’il ait pu le faire avant de me quitter.

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Christian Servandier
* Macha se nomme en fait Maria-Magdalena Gagarine, fille du prince Gagarine.

NOTES de LECTURES

julie beatles

Colette HOORNAERT: Julie (Ed.Coryphene) – 306  pages)
Julie c’est moi.
Ces trois mots sont l’annonce de ce que nous allons lire, la vie d’une jeune paysanne qui, la quarantaine venue, est quittée par son mari parti se refaire en Nouvelle Calédonie la laissant élever seule ses cinq enfants en gérant les dettes laissées par cet époux inconséquent.
Julie va se raconter en nous faisant partager ses origines paysannes où les générations se côtoyaient guidées par le rythme des jours sombres de durs labeurs, des saisons et du travail des champs, la vie de ses grands-parents, de sa mère dans la vieille ferme où tous cohabitaient alors.
C’est l’occasion de longs paragraphes n’épargnant ni le temps, ni les coutumes, ni les tracas familiaux, la vie, la mort, la nature au sein du village. Des vies d’alors
Beaucoup de sensibilité, de tendresse mais aussi de réalisme dans les conditions d’existence. La vie, l’amour, la mort sauf la surprise du départ du père pour la Nouvelle Calédonie, qui refera fortune afin de combler les dettes qu’il a laissées derrière lui mais auprès d’une Julie acerbe qui ne le connait plus. Ce sera le 2ème tome. Et il y en aura un 3me !

Frédéric GARNIER : Les Beatles, quatre garçons dans le siècle (Ed Perrin – 565 pages)
Il fallait bien un tel pavé pour raconter l’histoire de quatre artistes hors du commun, qui ont fait changer la musique et la façon de se comporter de la jeunesse et qui ont marqué, non pas une époque mais le siècle, en une seule décennie.
Plus qu’une biographie, Frédéric Garnier signe «la Bible» de Paul, John, George et Ringo qui se disaient aussi célèbres que Jésus… Et on n’en est pas loin !
Travail de longue haleine, travail d’orfèvre car l’auteur a mené une investigation dans les moindres recoins de la vie des quatre hommes et l’œuvre des quatre artistes, de leurs balbutiements à Hambourg faits dans la joie, l’insouciance, la fraternité, l’amour de la musique, pour se terminer dans de sombres histoires de fric, de séparations, de jalousies, de non-retour.
Frédéric Garnier les suit donc pas à pas, de l’ombre à la lumière jusqu’à ce que cette lumière trop intense ne fasse exploser le groupe.
Il dissèque chaque étape de leur vie, chaque album, chaque disque sorti, chaque chanson avec une minutie d’orfèvre et ce livre est à l’image des Fab Four, énorme, intense et passionnant.
S’il fallait retenir un livre sur tous ceux qui sont pléthore de ce quatuor, ce serait celui-là car on apprend tout, tout, tout sur ceux qui sont toujours omniprésents aujourd’hui et qui auraient pu encore donner de leur talent, de leur génie, des chansons indémodables, universelles. Intemporelles.
C’est vrai, le livre est gros, lourd à porter sur l’estomac mais dès qu’on le commence, on ne peut plus le lâcher, tant leur histoire est passionnante et Frédéric Garnier l’écrit avec passion, avec patience, avec intelligence.
Que l’on soit fan ou néophyte on prend un plaisir extrême à traverser leur vie et une époque où la liberté s’ouvrait à la jeunesse et où celle-ci édictait ses lois et ses goûts, qu’ils soient vestimentaires, musicaux ou dans la façon de vivre.
La Beatlemania n’est pas près de s’éteindre.

le goff mozley

Catherine LE GOFF : La fille à ma place (Ed Favre – 191pages)
Alors qu’elle roule en vélo pour aller à son travail, Nin aperçoit dans un champ Jeff, son compagnon depuis six ans, en train de s’ébattre avec une femme. Prise d’un accès de violente jalousie et de colère, Nin se précipite sur cette femme et l’étrangle. Elle décide de s’enfuir pour échapper aux conséquences de ce meurtre. Elle n’a d’autre ressource que d’aller chercher de l’aide à Paris chez son père bien qu’il l’it abandonnée lorsqu’elle avait deux ans. On la suit alors dans sa cavale, à travers la France, l’Italie et les États Unis, cherchant à se faire une nouvelle vie et découvrant au fil de ses aventures de nombreux secrets familiaux dont l’émergence lui permettra de renaître à elle-même. Une cascade d’évènements s’ensuit, miraculeusement résolus dans un temps difficilement évalué.
Catherine Le Goff est psychologue. Elle nous explique dans une note de trois pages en fin de ce premier ouvrage qu’elle a voulu  « dans ce roman noir psychologique montrer, à travers l’histoire d’une femme qui commet un acte violent, comment l’amour peut rendre fou quand il est vécu de manière passionnelle mais aussi comment l’absence d’amour dans le passé peut être le terreau de la furie ».
L’ouvrage, rédigé en paragraphes courts, se lit rapidement car l’auteur sait maintenir l’intérêt du lecteur. Il y a cependant un peu d’invraisemblance, car à vouloir brosser de nombreux thèmes de troubles psychologiques, leur accumulation chez les différents personnages du récit nuit à la crédibilité de celui-ci.
Un premier roman peu convaincant.

Fiona MOSLEY : Elmet (Ed Joëlle Losfeld – 235 pages)
Elmet  était un royaume celte disparu au VIIème siècle, où se rassemblaient tous les laissés pour compte. C’ est une région perdue de Grande Bretagne, le Yorkshire rural où se situe le roman de ces deux enfants, Cathy et Daniel, les Hansel et Gretel du sous-titre.
C’est Daniel devenu adulte qui évoque en courts chapitres écrits en italique la longue épopée de son enfance avec sa sœur Cathy élevés dans les bois  par un père hors-normes qui a basé sa vie sur sa force physique, et a réduit celle de ses enfants à l’âpreté et la rusticité d’une vie quasi sauvage.
C’est alors par la bouche de Daniel que sort le conte étrange d’Elmet. Au début on ne sait rien d’eux. John  le père, farouche, a bâti sa maison au cœur de la forêt et y élève seul ses deux enfants après la disparition de leur mère, aidé d’une étrange voisine. Mais la terre où il s’est installé ne lui appartient pas, si bien que Price le propriétaire entend faire valoir ses droits. C’est le départ de la lutte qui va embraser les relations et peu à peu la région toute entière.
S’ensuit un livre âpre, violent et tendre à la fois magnifiquement écrit et traduit, une histoire qui ne peut laisser indifférent

Grimbert Malte

Philippe  B. GRIMBERT :  Panne de secteur  (Ed. le dilettante –  223 pages)
Paul, issu d’un milieu modeste, est un scientifique frustré par une absence de notoriété. Il porte un amour inconditionnel à sa fille unique, Bérénice. Celle-ci suit une scolarité sans éclat à l’école primaire de leur quartier situé aunord-est de Paris. Elle s’y ennuie mais émeut son père par son impressionnante mémoire qu’elle utilise surtout  pour mémoriser des dialogues issus de films d’animation sud-américains. Il en déduit donc que sa fille est une enfant dite « précoce », qualifiée du phénomène de « dyssynchronie » à haut potentiel.
Oust !… elle quitte cette école de « merde ».
Par hasard son épouse retrouve une ancienne femme de ménage africaine, qui est concierge dans le 15ème arrondissement de Paris et qui sert déjà de boîte-aux-lettres à deux locataires fictifs inscrits à Louis-le-grand.. Pourquoi pas Bérénice ? Intégrée, elle suit tant bien que mal, aidée par son voisin de cours, Aymeric dont elle tombe amoureuse. Elle est touchée par son physique dégingandé, doux mais déterminé. Il se lasse très vite de cette amourette.
Bérénice dépérit, n’a plus goût aux études.
Et là, Paul commet une erreur fatale avec une combine foireuse qui est de rétribuer le petit ami. Aventure folle qui tournera au drame.
Il semblerait que, dans ce livre, l’auteur ait voulu tourner en dérision des déviances de notre société et surtout de l’éducation nationale en les caricaturant à l’excès avec un humour grinçant.
Peut-on imposer ses frustrations à ses propres enfants ? Le thème est très bien développé  malgré des digressions qui pourraient  agacer certains lecteurs.
Les personnages très bien campés.

Marcus MALTE : Aires (Ed Zulma – 296 pages)
D’où venons- nous ?
L’orateur s’adresse à un auditoire qui n’a aucune connaissance de la civilisation qui l’a précédée et se propose de la lui expliquer en prenant pour exemple une journée à l’ère du vroum-vroum, terme équivalent du véhicule automobile, un véhicule auquel on vouait un véritable culte,  un véhicule qui devenait une source d’orgueil, parfois de honte, jusqu’à devenir un objet d’admiration purement esthétique.
Sur une autoroute, en plein été, vont se croiser Fréderic Gruson, Roland Carretero, Pierre Palmier, Catherine Delizieu,  Zoé Soriano, Claire Jourde et tant d’autres, dans des voitures que l’auteur prend soin de décrire en tête de chapitre,
Il fait chaud, même très chaud, la radio diffuse les infos en continu, une alerte à enlèvement d’enfant, des chansons pour remplir le temps d’antenne, et chaque conducteur ou passager poursuit des conversations ou des pensées intimes. Et c’est avec précision et beaucoup d’humour que Marcus Malte roule avec nous sur cette autoroute où il va bien se passer quelque chose, sinon, pourquoi 296 pages ?
Et puisque le roman s’intitule Aires, profitons de ces aires de détente, et des multiples distractions que nous propose Marcus Malte en jetant un coup d’œil dans les cahiers rouge, bleu, mauve, vert, ou une transcription de la Commission normative sur les violences dans le monde du travail, un échantillonnage des prix des plus grosses propriétés dans le monde, le concept et l’objectif de «J’aime ma boîte» pour déterminer l’ambiance au travail.
Quel bel exemple, choisi par notre descendant, lui qui ne voit rien de commun entre nous, hors le code source- ces quatre dizaines de six unités de chromosomes qui nous caractérisent. Amusons-nous avec la CGT (Conglomérat de Glandeurs Tonitruants) ou le MEDEF ( Monopole Exclusif d’Engrangement du Flouze).
Un roman foisonnant, fascinant, magnifiquement construit, original, à recommander car tout y est décrit avec humour et qu’on ne s’ennuie jamais. Et c’est avec précision et beaucoup d’humour que Marcus Malte roule avec nous sur cette autoroute où il se passera bien quelque chose … sinon pourquoi 596 pages ?
Un roman étonnant que l’on dévore avec délectation, il se reconnait comme conducteur ou passager, tout est vrai.



Karine APRIL-MORISSE… la reine des boulettes !

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C’est une femme pétillante qui, elle ne le cache pas, a 52 ans,  et que nous rencontrons sous le soleil de Marseille, chez Madie au restaurant les Galinettes, sur le quai du port.
Si elle est là, entourée d’amis, c’est qu’elle vient de sortir un livre de cuisine aussi beau qu’original puisque consacré… aux boulettes !
Depuis 25 ans, Karine April-Morisse est agent commercial mais elle a toujours eu une passion : la cuisine.
A tel point qu’il y a cinq ans, elle décide de créer un Food truck consacré à ces fameuses boulettes : «Le Kabanon à boulettes».
On pourrait penser que ces recettes sont limitées mais avec goût et imagination, elle nous prouve le contraire en en créant de toutes sortes… Et ça marche !

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«Ça marche à tel point – me confie-t-elle -, que je commence très vite à me faire une clientèle assidue dont certains clients deviennent des copains. Et chacun de me raconter avec nostalgie les boulettes faites par leur mère ou leur grand-mère. Et évidemment, chacun a une recette différente. Du coup, ces recettes s’échangent et l’idée me vient que je pourrais les réunir dans un livre afin de perpétuer la tradition.
Bien sûr, je ne m’approprie pas ces recettes et chacun et chacune va donc écrire sa recette illustrée de photos.»
Et voilà donc que sort le livre intitulé «Roulez boulettes» et c’est la raison qui nous trouve tous réunis par ce jour ensoleillé sur le port de Marseille.
Ce livre est l’aboutissement de cinq ans de passion et lui fait clore en beauté cet épisode de sa vie. Car aujourd’hui elle tourne la page.
«Au bout de cinq ans, j’ai décidé de passer à autre chose et je voulais terminer sur ce livre choral qui réunit 45 personnes, donc 45 recettes car ce livre est avant tout un livre de partage.
Pourquoi ce titre, Karine ?
D’abord parce que, les boulettes, ça se roule et puis parce que j’ai beaucoup roulé avec ce food truck. J’étais itinérante et j’ai écumé toute la région, me posant là où on m’appelait, pour une fête, un cocktail, un mariage, un baptême, l’inauguration d’un établissement…
Et que va devenir ce food truck ?
J’ai passé le relais à une amie, Magali, qui va donc continuer l’aventure».
Magali est à ses côtés, heureuse de reprendre le flambeau. Magali qui au départ n’était pas cuisinière :
«J’étais dans le monde du vin et je tenais un domaine viticole avec mon mari. J’ai toujours aimé cuisiner, j’ai toujours défendu les produits de mon terroir et en fait, les deux se rejoignent puisque ces boulettes ne sont préparées qu’avec produits méditerranéen et provençaux.
Vous allez donc poursuivre les recettes de Kaine ?
Bien sûr, avec son assentiment puisque nous sommes devenues amies. Ce qui ne m’empêchera pas de créer de nouvelles recettes car l’imagination est infinie entre la viande, le poisson, les légumes et même les produits sucrés comme la navette, le montecao, le coco-citron… D’ailleurs vous pouvez aujourd’hui goûter entre autres la boulette de magret de canard au foie gras avec une sauce aux cèpes que j’ai créée.
Y proposerez-vous des vins, puisque c’est votre premier métier ?
Hélas le food truck n’est pas assez grand pour y faire des réserves… Mais pourquoi pas un jour ?»

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Karine, que retirez-vous de cette aventure ?
D’abord, j’ai adoré faire la cuisine pour les autres et je continuerai de la faire car c’est toujours un grand moment de partage avec les gens, les amis, la famille. Et puis j’ai aussi vécu une belle aventure à la télé avec «Master Chef» en participant à l’émission grâce à laquelle j’ai cuisiné dans les arènes de Madrid ou encore dans les cuisines d’un bateau de croisière à Rome où il fallait cuisiner pour des centaines de gens ! Ce sont de superbes souvenirs, ça a été un beau challenge et surtout il y a eu ce beau parcours d’amitié car la boulette… ça rapproche !
Comment vous est venu ce goût de la cuisine ?
De mon père avec qui je partais à la pèche, ou à la cueillette de plantes, d’herbes, de fleurs, de champignons, de fruits sauvages avec lesquels on préparait des plats. Il m’a transmis ce goût des choses simples, naturelles, il m’a appris à respecter la nature et m’a montré comment faire de bonnes recettes avec des produits naturels.
D’ailleurs j’avais déjà écrit un livre en 2013 : «Recettes et cueillettes autour de Marseille»
Vous avez donc aussi pris goût à l’écriture ?
Oui, j’avais écrit ce premier livre pour rendre hommage à mon père qui entretemps est décédé. Celui-ci est écrit par mes copains. Mais c’est vrai que j’adore écrire.
Alors aujourd’hui, avec ce livre, une page se tourne. Qu’allez-vous faire ?
Je reste agent commercial mais j’ai un autre projet, aux antipodes de celui-ci, plus tourné vers le sport. Mais je ne vous en dis pas plus pour le moment».

Et voici qu’après avoir trinqué au livre, est arrivée l’heure de goûter à certaines recettes concoctées par certains participants à celui-ci* et croyez-moi, ce fut un délicieux moment, d’abord pour les yeux car tout était préparé avec art, juste pour vous faire saliver, comme nous l’avions déjà fait sur les photos superbes accompagnant les recettes. Et puis, parce que toute la Provence éclatait dans notre palais. Et on se rend compte combien une simple boulette peut apporter de plaisir lorsqu’elle est faite avec de bons produits et une belle imagination.
Et c’est comme ça que nous sommes devenus accros aux boulettes !

Jacques Brachet
Photos Monique Scaletta

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*Juste pour vous donner l’eau à la bouche :
Les boulettes de beignets ata – les boulettes d’artichauts à la barigoule – les boulettes de boudin noir aux panisses – les boulettes chevreuil-sanglier sauce curry – les boulettes de poulet, artichauts et citrons confits, – les boulettes d’agneau, menthe, féta… sans oublier les desserts comme le sorbet cristal anis – les boulettes addict tout choco – la cucciole de José et autres joyeusetés !
En fin de livre, plein de recettes pour agrémenter ces pépites .
Bon appétit !




Guy BONNET… La Provence au fond du cœur

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Guy Bonnet est un artiste atypique.
Passionné de musique et de sa Provence, il a su allier les deux en écrivant et chantant des chansons en langue occitane et depuis des décennies il nous enchante de ses belles mélodies chantées dans ses deux langues.
Il y a eu plusieurs épisodes dans sa vie. Celui où il voulait devenir santonnier, puis auteur-compositeur pour les autres. Après deux années de galère à Paris, il a compris que ce n’était pas là sa place. Il faut dire que lorsqu’on arrivait dans la capitale avec un accent, quel qu’il soit, on était le bouseux dont on se moquait, même si le talent était là. Avec un accent, on n’était pas pris au sérieux.

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Comme Pagnol, il s’en est revenu plein d’usage et raison dans son «Avignoun» natal et s’est mis à écrire pour nombre d’artistes : Michèle Torr, Sylvie Vartan, Mireille Mathieu Nicole Rieu, Caterina Valente, Rika Zaraï, Marie Laforêt… Beaucoup de belles voix dont celle d’Isabelle Aubret à qui il a écrit «La source qui a représenté la France à l’Eurovision en 68 et qui s’est classée troisième.
Il y a eu aussi quelques hommes : Franck Fernandel, ce qui était incontournable mais aussi Jean-Claude Pascal, Roland Magdane, Daniel Gélin et même… Cliff Richard !
Pour en revenir à l’Eurovision, il est le seul artiste à y avoir participé trois fois, en représentant la France, la première avec Isabelle, la seconde en tant que chanteur avec «Marie-Blanche» en 70 où il est arrivé quatrième, la troisième avec «Vivre» en 83 où est arrivé huitième.
En dehors de ses propres chansons, souvent chantées dans les deux langues, il a aussi traduit et chanté Brel (Quand on n‘a que l’amour), Arnavour (La mamma), Bécaud (Les marchés de Provence) et il a consacré un album entier à Charles Trenet, adoubé par Trenet lui-même et Aznavour, éditeur de Charles.

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Il a une carrière riche et ensoleillée, qu’il a bâtie pierre après pierre dans son «Miejour»( son Midi) et Avignon sa ville, à l’ombre de Mistral et d’autres chantres de la Provence dont il est devenu l’un des leurs, « le poing levé, le cœur ouvert » dit-il, car il a toujours défendu sa belle Provence bec et ongles, paroles et musiques, contre vents et marées, contre un show biz parisianiste et arrogant et même contre quelques provençaux qui ne supportent pas qu’il sorte de leur folklore.
Tout comme Stivell et sa Bretagne, I Muvrini et leur Corse, Guy porte haut les couleurs de son « pays », nous faisant retrouver nos racines et nous faisant avancer dans le présent.
Je suis heureux et fier d’être son ami depuis de longues années et les rares fois, hélas, où nous nous retrouvons c’est toujours un moment chaleureux d’amitié… avé l’assent !

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Aujourd’hui il nous offre un livre où il raconte son histoire, son cheminement, ce parcours original d’un artiste qui a toujours cru à son histoire, l’histoire d’un berger provençal. Une vie riche, non dénuée d’embûches mais que la passion a tenu debout. Ce livre, c’est sa vie en chansons. Il s’intitule «La Provence au fond du cœur» et c’est un livre d’amour pour sa  Provence, pour la musique et les mots. On y retrouve toutes les étapes d’un parcours riche, passionnant et passionné, émaillé de photos.
Ce bel album est préfacé par Jacques Bonnadier, journaliste et écrivain marseillais et par Jean-Pierre Richard, président de l’Observatoire de la langue et la culture provençale dont Guy reste un magnifique ambassadeur, ainsi qu’une postface du santonnier Gilbert Orsini

Jacques Brachet





Jocelyne CAPRILE : Un livre pour honorer les femmes
«Meilleur Ouvrier de France»

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Née en 1924, l’association des Meilleurs Ouvriers de France (MOF) a créé un concours professionnel qui se déroule tous les quatre ans afin de nommer des ouvriers et des artisans méritants, qui ont porté leur métier à l’excellence. Un diplôme leur est remis, certifié par le Ministère du Travail.
C’est ainsi que la six-fournaise Jocelyne Caprile a reçu cette distinction en 2000 dans la catégorie Teinturier-apprêteur.
Femme énergique, dynamique, au sourire constant, et aussi conseillère municipale de sa ville, elle a reçu, voici quelque temps la médaille de chevalier de l’ordre national du mérite.
Toujours en mouvement, elle œuvre pour cette association et s’est rendu compte que cette appellation «Meilleur Ouvrier de France» était souvent, pour le public, associée aux métiers de cuisine, tant il est vrai qu’un chef distingué est repéré par son col bleu, blanc, rouge.
Et pour aller plus loin, elle s’est aussi rendu compte que l’on parlait beaucoup des hommes et peu des femmes qui ont reçu cette récompense. Et Dieu sait pourtant s’il y en a, dans toutes les catégories, allant de la dentellière à la bouchère, de la boulangère à la créatrice de mode, sans parler de la menuiserie, de la décoration et milles autres métiers d’artisanat où elles excellent.
Du coup, elle a eu l’idée d’éditer un livre regroupant 57 femmes de la région PACA qui ont eu l’honneur d’être nommées «Meilleur Ouvrier de Franc ».

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Un livre superbe où l’on découvre des portraits de femmes magnifiques qui ont quelquefois eu beaucoup de mal à s’imposer mais qui, par leur talent, leur volonté, ont réussi à s’imposer dans leur travail et leur passion.
Ce bel album sortira le dimanche 8 mars lors de la Journée de la Femme.
On retrouvera Jocelyne et quelques-unes de ces femmes le samedi 4 avril au JEMA, Journée Européenne des Métiers d’Art, qui se déroulera à Ollioules.
Mais ces femmes se retrouveront également à Paris et ce n’est pas la première fois puisque ces femmes ont déjà été reçues sous les ors du Sénat, en présence de la sénatrice Elizabeth Doineau Mais cette fois, les 7 et 8 mars, ce sera un voyage amical pour se retrouver autour de balades qui les feront visiter le Palais Garnier, raviver la flamme du soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe et visiter certains quartiers de la capitale.
Jocelyne Caprile est de vif argent, toujours en mouvement et toujours prête à organiser un voyage, une manifestation sous l’égide de cette «MOF» qui l’a honorée et à qui elle le rend bien.

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Jacques Brachet



NOTES de LECTURES

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Franck Bouysse : Né d’aucune femme. (Ed Audiolib)       
Ce roman rural situé en Corrèze au siècle dernier nous projette dans une atmosphère tragique où la vie des femmes à la campagne se révèle comme un véritable combat. Écrit  en chapitres dédiés à chaque personnage nous allons écouter le récit de la petite Rose 14 ans élevée à la campagne  dans une famille pauvre que chacun va faire revivre et dont nous allons partager la révolte. Ce sont les cahiers de Rose enfermée dans une clinique psychiatrique à 14 ans qui parviennent aux mains du curé de la paroisse et qui va tirer le fil de sa jeune vie pour nous faire vivre les instants dramatiques auxquels elle a été confrontée.
Noir roman mais combien émouvant, bouleversant et magnifique malgré tout ! D’une écriture simple, en phrases courtes l’auteur nous fait pénétrer dans le monde rural où la femme n’a pas de place si ce n’est celle de son exploitation. Dans un discours en prose où chacun va s’exprimer et dialoguer à la première personne rendant le texte extrêmement vivant dans un style simple et émouvant.
Une merveille d’émotions partagées dues à ce jeune auteur incrusté dans sa Lozère natale et dont il nous fait partager la rudesse des caractères et la beauté des paysages. Il écrit avec son cœur, avec ses tripes et nous entraine dans le tourbillon de la vie de la petite Rose.

Sylvain PRUDHOMME : Par les routes (Ed : l’arbalète Gallimard – 296 pages)
Quand Sacha s’installe à V. dans le sud de la France pour écrire avec calme, il est loin de se douter qu’il va retrouver celui qui n’aura d’autre nom que l’autostoppeur. Désormais avec femme et enfant, l’autostoppeur lui ouvre les bras et l’accueille avec joie comme un frère bien aimé.
Tout est merveilleux, l’ambiance est excellente, l’entente parfaite. Seulement l’auto-stoppeur s’absente et parcourt les autoroutes en faisant du stop, un auto-stop bien particulier car il noue de véritables relations avec les conducteurs qui veulent bien l’embarquer, cela semble faire partie de son équilibre. Il multiplie les rencontres, transmet son itinéraire et ses émerveillements à sa famille, tout semble parfait. Les retours sont sources de joie et d’exubérance. La France est grande, aussi après les autoroutes, l’autostoppeur sillonne les routes nationales, puis les départementales, enfin les vicinales, le rythme s’accélère. Chaque absence de plus en plus longue est compensée par des cartes postales, des photos, des clins d’œil humoristiques sur les noms des lieux-dits comme Soupir, Survie, -Mer-Port, Trève, Simple-Les Rousses, Abondant, Vif.
Mais qu’en pensent ceux qui restent à V. et se voient, s’entraident, se réconfortent, s’interrogent, se rapprochent et finalement commencent à douter du retour de l’autostoppeur. Cette quête aura-t-elle une fin ?
Elle en aura une sublime que je vous invite à découvrir dans ce roman inédit, enchanteur et magnifique. Pour le lecteur plus réaliste et terre à terre, la vie qu’impose l’autostoppeur à sa famille peur réduire la séduction de ce livre.
A chacun de se faire son idée !

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Catherine POULAIN : Le cœur blanc ( Edition de l’Olivier – 255 pages)
Après «Le Grand Marin», premier roman très puissant sur le monde de la pêche hauturière en Alaska,  Catherine Poulain écrit sur un monde qu’elle connait bien, celui des ouvriers saisonniers en Provence. Différemment, la vie y est rude, et Rosalinde,  la belle et mystérieuse allemande aux cheveux roux flamboyants, attire les hommes ; son indépendance, son passé intriguent ceux qui se retrouvent pour la cueillette des cerises, des abricots ou de la lavande.
Les hommes et les femmes travaillent dur, affrontent la chaleur, la rigueur du froid et se réconfortent le soir au bar pour une, deux, trois bières, et oublient l’insupportable. La galerie de portraits est saisissante, Mounia l’impatiente, la fille du harki qui cherche sa terre et regarde l’avenir avec Rosalinde, Cesario qui chante la saudade en pensant à sa terre natale le Portugal, Accacio, violent et déjà propriétaire de l’indomptable Rosalinde, Paupières de plomb et le Gitan les caïds du village aux intentions sournoises et malveillantes.
Mais Rosalinde n’appartient à personne, elle court, fuit en avan,t suivie toujours de son fidèle chien errant. Et c’est cette course, cette fuite que Catherine Poulain décrit avec force et un sentiment d’urgence. Car de saison en saison la pression monte, monte, la chaleur annonce l’explosion et le drame.
L’auteuer connait bien ce monde divers souvent fracassé, un monde démuni, secret, travailleur, assoiffé, rêveur, violent. C’est un roman qui impressionne par la force, la volonté de survie, la pugnacité de Catherine Poulain, juste une femme face aux réalités de la nature du monde végétal ou animal.

Charles BOTTARELLI : Les dames de la  Bartavelle (Ed. de Borée – 191 pages)
La Bartavelle c’est la propriété viticole dont Alexandre Brémond a hérité à la mort de son père dans les années trente dans la région de la Londe et qu’il fait fructifier au sein d’une famille aimante. Il est aidé d’une épouse ouverte aux travaux agricoles et qui impulse un mouvement de libération de la femme avant l’heure. Le travail, l’amour, la famille et les petites gens de l’entourage font prospérer le domaine dans une région où les émigrés italiens arrivent poussés par l’Histoire et Mussolini.
La suspicion s’installe,le rejet ou l’accueil bienveillant s’affrontent c’est le sujet de ce roman régional écrit par ce Provençal de Charles Bottarelli qui réveille ses souvenirs de jeunesse et démontre que les grandes idées actuelles étaient déjà présentes.
Les locaux retrouveront des lieux et des faits connus

NOTES de LECTURES

Adimi colette

Kaouther ADIMI : Les petits de décembre ( Ed : Seuil – 248 pages)
Tout semble bien tranquille dans ce quartier d’Alger, sur cette place du 11 décembre, souvenir du soulèvement contre le pays colon la France, soulèvement du peuple algérien scandant «Algérie indépendante» ou «Vive le FLN». Des enfants jouent au football sur un terrain abandonné, c’est le territoire de Jamil, Mahdi et d’Ines, c’est leur domaine réservé, on ne s’occupe pas de politique à onze ans. Pourtant lorsque deux généraux annoncent leur volonté de construire deux villas sur ce terrain, c’est l’indignation des enfants, ce terrain est à eux et le restera, qu’importe les hauts grades et les titres de propriété. Une empoignade dégénère, les enfants attaquent, la vieille moudjahidine glorieuse combattante de la guerre d’Algérie apporte son soutien aux enfants, un général est désarmé c’est le chaos, la panique et l’appel au secours à la sécurité.
Le système politique algérien est basé sur l’emprise des généraux sur la population, des généraux installés au pouvoir après avoir combattu le groupe islamique armé, des généraux qui enquêtent et détiennent des renseignements sur tout le monde. Aussi lorsque des enfants repoussent les généraux, c’est l’affront, l’offense étant aussitôt diffusée  sur les réseaux sociaux.
Ce livre est l’espoir d’un peuple jeune et déterminé à aimer son pays mais surtout à se débarrasser de la pression des vieux généraux qui étouffent la génération montante. Le monde a changé, les téléphones, les vidéos circulent et si trois jeunes enfants de onze ans arrivent à déstabiliser la hiérarchie actuelle, c’est une immense vague d’espoir que Kaouther Adimi offre à son peuple.
Anthony COLETTE : Danse avec tes rêves (Ed Hors Collection – 142 pages)
Anthony Colette, c’est ce beau garçon au regard noir, à la mèche rebelle à l’élégance décontractée, qu’on a découvert dans l’émission «Danse avec les stars», en tant que danseur, chorégraphe et coach de ces stars qui viennent concourir sur un plateau autre que de théâtre ou de cinéma ou de spectacles mais sur un dance floor.
En deux ans, cet ancien footballeur-boxeur d’Aubagne est devenu plus star que certaines stars concurrentes et la coqueluche de ces demoiselles. Et pourtant, ce n’est qu’à 16 ans qu’il découvre la danse de salon grâce à sa copine de classe qui fait des compétitions. Ce sont deux coups de foudre : la danse et… Anaïs Riera. Lui le timide mal dans ses godasses, va se jeter dans cette passion jusqu’à gagner pas mal de concours car il est super doué.
Il a 20 ans quand, repéré par TF1, on lui propose d’être coach de DALS. Mais il refuse, ne sentant pas prêt. A la deuxième relance, deux ans après, il accepte enfin et il sera gâté par ses stars, deux magnifiques femmes, la comédienne Joy Esther (Nos chers voisins) et Miss Univers, Iris Mittenaere !
On ne pouvait pas commencer mieux.
Ce livre – précise-t-il – n’est pas une bio, ce serait un peu rapide pour ce  «jeunot» et quelque peu présomptueux. Non, c’est un parcours de vie pour s’adresser aux jeunes et leur dire que lorsqu’on a une passion, il faut la vivre pleinement et faire tout pour y arriver.
Vivre de sa passion, quelle qu’elle soit, n’est-ce pas le plus beau rêve à réaliser ?
Il se dit impulsif, explosif, quelquefois caractériel mais toujours optimiste, positif et toujours prêt à apprendre, à connaître, à découvrir ce métier qu’il a choisi de vivre avec passion et tenter des expériences.
De ce petit sportif de Gardanne à l’étoile montante de la danse, il y a eu des moments de joie, de frénésie, de peur, de désespoir mais toujours avec un but : y arriver.
Ce livre est très touchant car Anthony est un être vrai, sensible, amoureux de la vie et du chemin qu’il a choisi. Agrémenté de mots d’amour et d’amitié de tous ces gens qui ont cru en lui : ses parents, son frère Nathan, ses profs, Marc Barbiéri, sa petite amie qui ne l’est plus mais reste son amie, ses amis Ariel et David, bien sûr Joy et Iris… Tous ont cru et croient lui et le soutiennent. Ils sont unanimes pour parler de sa gentillesse, de sa fidélité, de sa simplicité.
Anthony est une belle âme dans un corps de danseur de talent.
Ce livre en est le témoignage.

DECK Duris

Julia DECK : Propriété privée (Ed. Minuit – 178 pages)
Petite chronique familiale et tranquille sur l’art d’habiter dans un quartier écolo nouvellement installé dans une banlieue parisienne. Un couple sans enfants. Elle, la narratrice, tranquille, chargée d’affaires navigant entre Paris et Rotterdam et son mari plus âgé, fatigué, un peu à l’écart à cause de ses traitements psy. Le ton est donné…
les voisins qui s’installent, chacun avec ses travers, communicatifs ou pas ; Les rencontres, les apéros, les petits tracas quotidiens et… l’intrigue se noue. La mort du chat des voisins puis la disparition de la voisine installent un climat de suspicion générale révélant le dessous des cartes.
Les personnalités  se dévoilent, les fils se dénouent.
Un petit roman agréable, bien construit où l’intrigue pique la curiosité du lecteur et où tout s’explique sans heurt comme avec connivence avec le lecteur.
Romain DURIS : Féroce (Ed Noeve – 176 pages)
Que voilà un drôle de livre – d’album, devrais-je dire – qui m’a laissé quelque peu dubitatif.
D’abord il y a la surprise de découvrir que derrière un comédien de grand talent, se cachait un plasticien.
En fait, en dehors de l’école des Arts appliqués, il s’est dirigé vers la musique avant de bifurquer vers le cinéma.
Acteur original s’il en est, il n’est jamais là où on l’attend, il  a une filmographie à nulle autre pareille, endossant des rôles très divers, quelquefois très particuliers, même dérangeant, des rôles inattendus qui surprennent mais ne laissent pas indifférents, passant de «Adolphe» à «L’auberge espagnole», «De battre, mon cœur s’est arrêté» à «L’homme qui voulait vivre sa vie» ou encore «L’exilé» ou «Molière»…
Il avoue pourtant que dès son plus jeune âge, il ne pensait pas au cinéma mais ne cessait pas de dessiner. Les hasards de la vie lui ont fait prendre divers chemins. C’est la galerie Cinéma, une galerie qui aime mêler des plasticiens à d’autres artistes et qui, découvrant ses dessins, lui propose de les exposer. S’en suivra donc cet album où, à part une préface de l’auteur lui-même, vous découvrirez ses œuvres toutes noires puisque faites au crayon gras ou à la mine de plomb. 35 en tout, choisies parmi 180 car il est un artiste prolixe.
Mais une œuvre assez inégale avec certains dessins (beaucoup de nus, de corps entrelacés, quelques portraits) très léchés, très aboutis et certains autres plutôt brouillons, plus des esquisses ou des travaux inachevés.
Le trait est incisif les portraits particulièrement réussis, les corps à la fois sensuels et dégageant une certaine violence.
C’est un monde à part que nous offre Romain Duris. Un monde qui n’est pas de tout repos et qui, comme son nom l’indique, est quelquefois féroce. Peut-être qu’il lui ressemble finalement mais comme c’est un homme discret… Va-t-on savoir ?
On le retrouvera sur France 3 jeudi 30 janvier dans «Un petit boulot» auprès de Michel Blanc

jarre Siccardi

Jean-Michel JARRE : Mélancolique rodéo (Ed Robert Laffont – 380 pages)
Cette biographie est l’une des plus brillantes, des plus intelligente, des plus passionnée qu’ait pu écrire un artiste. Artiste mondialement connu, qui plus est, français, qui ne se prend à aucun moment pour une star, ce qui devient rare, mais qui est un vrai créateur.
Un musicien et compositeur hors pair, homme magnifique de simplicité, qui vit par et pour sa musique électronique, qui offre dans le monde entier des concerts pharaoniques inégalés, dans des lieux et quelquefois des pays improbables..
Il est le fils de Maurice Jarre, compositeur lui aussi connu dans le monde entier (Lawrence d’Arabie, Paris brûle-t-il ?, Docteur Jivago, Le cercle des poètes disparus…) aussi génial que son fils, humanité en moins, ayant abandonné femme et enfant et dont le courant n’est jamais passé entre eux, au grand désespoir de son fils qui en a gardé une plaie profonde. Ce qui explique sa mélancolie.
Entre Wagner et Géo Trouvetout, Jean-Michel a inventé la musique électronique et nombre de machines dont il est l’inspirateur. Il a toujours jonglé avec les notes, les mots, la technique pour se hisser au top de son art.
Il est à la fois connu du monde entier en tant qu’artiste et inconnu en tant qu’homme, tant il a toujours été simple, discret et ce gros livre de 380 pages nous fait découvrir un être attachant, passionné, sensible, toujours en questionnement sur la vie, sa vie, sa musique et les événements du monde.
Il a côtoyé les plus grand hommes politiques du monde entier, les plus grands artistes avec lesquels il a collaboré, sa vie est passionnante, curieux des gens, des rencontres, des musiques du monde et écrivant aussi «Les mots bleus» pour Christophe  ou encore «Où sont les femmes ?» pour Juvet.
Eternel adolescent, physiquement et moralement, curieux de tout, sa vie est une épopée musicale universelle qui a rassemblé des millions de gens, ses œuvres, curieusement, étant souvent nées dans la solitude de la cuisine de ses maisons !
Son livre est superbement écrit, passionnant, même si quelquefois il est difficile de le suivre dans ses pérégrinations techniques pour des néophytes dont je suis !
Un seul petit bémol : les photos qui jalonnent le livre, petites, en noir et blanc, certes très symboliques mais on aurait aimé voir quelques photos en couleurs de ses concerts démesurés et explosant de couleurs…
Ce sera peut-être pour un autre livre !
Jean SICCARDI : Les dames du mardi (Ed Presses de la Cité – 346 pages)
Victor est un fils d’émigrés clandestins piémontés, venus se réfugier à Nice. Son père meurt à la guerre, sa mère se laisse mourir.
Le voilà tout jeune livré à lui-même, protégé par un curé, jouant les Robin des Bois, volant aux riches pour aider d’autres émigrés. Mais il finit par se mettre en danger et il part en cavale dans les montagnes. Il y rencontrera un vieux couple de fermiers sans enfants, les Cousin. Alors qu’il est sans papiers, ils l’adopteront et Victor s’occupera de la ferme. Dans ses pérégrinations, il découvrira un trésor de guerre et lorsque ses parents adoptifs meurent, il décide de revenir sur Nice sous le nom de Cousin de la Salèse, pour mener la grande vie.
Cependant, fréquentant la maison close de Juliette, il va tomber amoureux d’une jeune prostituée.
Une vie très superficielle dans laquelle il se fait une place. Mais y est-il vraiment à sa place ?
Jean Siccardi nous raconte là l’histoire et l’ascension d’un jeune italien issu de l’immigration comme il y en a eu beaucoup durant la première guerre, même si ses parents sont venus en France  en 1907, ne pouvant plus vivre en Italie.
Roman magnifiquement documenté sur la vie entre l’Italie et la France de cette époque. L’histoire de ce jeune italien est une véritable épopée mais il y manque un souffle d’aventure et surtout un manque de repères par rapport à Victor car, sautant des années, l’on finit par ne plus savoir quel âge il a, son histoire quelque peu noyée par des descriptions, des tableaux de paysages, de l’époque, certes magnifiquement cinématographiques mais alourdissant l’histoire de son héros.
Quant au titre, il ne concerne que la troisième partie, lors de son arrivée à Cannes où il va fréquenter ce lupanar.
Notre ami Jean semble moins inspiré que d’habitude et ce roman nous laisse un peu sur notre faim.

NOTES de LECTURE

arnaud bannalec

Alain ARNAUD : le vieux pressoir (Ed.BoD)
Ce deuxième roman de cet auteur hyérois laisse présager d’une belle place littéraire dans le monde du roman. Situé en Provence dans la région de Hyères –Toulon l’intrigue met en scène une femme, Mylène, la quarantaine, mère d’une ado et perturbée par le comportement d’un mari à problèmes dont elle cherche à démêler les tourments d’un passé qui les a conduit à la rupture. Elle revient sur des moments étranges situés tant en Provence qu’à Paris ou en Turquie.
De belles évocations, des  paysages fabuleux, du mystère captivent le lecteur et maintiennent un suspense jusqu’au dénouement inattendu. L’histoire bien menée, le style fleuri et nuancé maintiennent le lecteur en haleine. Bonne lecture, que laissait présager la couverture pleine de malice.
Jean-Luc BANNALEC-  Les disparus de Trégastel  (Ed Presses de la Cité – 385 pages)
Une enquête du Commissaire Dupin.
L’auteur utilise un pseudo et est en réalité allemand. Ses livres ont pour cadre la Bretagne.
Le commissaire Dupin est en vacances près de Paimpol, avec sa femme médecin. A son grand désespoir, il est sommé par son médecin de se reposer et de ne pas penser au travail. Mais une jeune femme résidant dans le même hôtel que lui disparaît.
Le voilà parti à enquêter discrètement avec l’aide d’autochtones.
Interrogations et réflexions du commissaire qui va rester dans l’ombre.
Roman policier gentillet qui nous plonge au cœur de la Bretagne.

Demongeot Zidi-en-toute-discretion

Mylène DEMONGEOT : Très chers escrocs… (Ed l’Archipel – 224 pages)
Elle a toujours appelé un chat un chat. Ça ne lui a pas toujours été bénéfique d’ailleurs mais Mylène Demongeot est tout d’une pièce et ce n’est pas aujourd’hui qu’elle va changer.
On ne compte plus les succès cinématographiques qu’elle a accumulés durant une immense carrière, depuis ses débuts dans «Les sorcières de Salem» jusqu’à «36, quai des orfèvres» entre autres.
Elle fut longtemps notre voisine à Porquerolles où elle a vécu jusqu’à la mort de son mari Marc Simenon. C’est d’ailleurs lorsqu’elle l’a rencontrée qu’elle a décidé de s’éloigner des plateaux pour vivre sa vie de femme au bord de l’eau avec ses animaux car, comme BB, elle milite beaucoup pour eux.
Entre temps, elle a écrit de nombreux livres sur divers sujets, sa vie, sa carrière, ses animaux. Et lorsqu’on la connait et qu’on la lit, on la retrouve tout entière dans ses écrits plein d’énergie, de vérité et ce n’est pas son dernier livre qui me démentira.
Remontons à 2012 où elle découvre avec horreur que cet homme à qui elle avait fait confiance, son conseiller en patrimoine, a détourné ses économies à son profit pour la laisser littéralement sur la paille.
Et c’est une bataille juridique qui commence, qui va durer six ans avec des hauts et des bas qui va l’épuiser mais qu’elle va en partie gagner. Le procès s’est ouvert en septembre.
Elle nous raconte donc cette dramatique aventure avec sa faconde et l’on suit ses péripéties comme un thriller passionant.
La seconde partie est plus anecdotique puisqu’elle évoque quelques arnaques célèbres que l’on connait pour avoir été largements diffusées sur tous les médias. C’est donc moins passionnant malgré quelques conseils de prudence qu’elle nous donne.
Mais ça se lit avec plaisir.
Vincent CHAPEAU : Claude Zidi en toute discrétion (Ed Hors Collection – 380 page)s
Ce n’est pas vraiment une biographie que ce livre dédié à Claude Zidi car si Claude est un réalisateur talentueux, recordman des entrées en salles, champion du box-office, il n’en est pas moins un homme d’une grande discrétion. A tel point que lorsque Vincent Chapeau lui a proposé d’écrire sa bio, il ne voulait pas en entendre parler et qu’une fois accepté le principe, après que l’auteur l’eut bien tanné, il a posé ses conditions : il ne sera aucunement question de parler de sa vie privée, challenge que Chapeau a accepté et il faut avouer qu’il a dû prendre des chemins de traverse en consultant les archives cinématographiques, en lisant nombre de bios d’artistes et techniciens qui parlaient de lui, en allant lui-même à la pêche aux infos.
En fait c’est une bio sans en être une, le fil rouge restant bien sûr Claude Zidi lorsqu’il voulait bien s’épancher mais c’est surtout une histoire de cinéma sur plus de 50 ans car il faut remonter aux années 60 pour commencer à entendre parler de l’homme au 80 millions d’entrées qui a démarré comme chef op’, caméraman et bien d’autres métiers du cinéma. Il a ainsi collaboré avec Demy, Mocky, Varda, Chabrol, Clair et quelques autres avant de s’engager sur la route des Charlots dix ans après, avec le succès que l’on sait.
Si l’on en apprend peu de l’homme, on découvre une période du cinéma français où tout explosait, où les comédies fonctionnaient, où il n’était pas si difficile de faire des films, une période faste, ludique, où triomphaient de Funès, Girardot, Birkin, Pierre Richard, Belmondo, Coluche, Lhermitte, Noiret dans des films drôles et populaires et où Zidi et Oury «se tiraient la bourre» avec des millions d’entrées !
Vincent Chapeau a bien travaillé, allant rencontrer comédiens, techniciens, producteurs, scénaristes pour parler de Zidi puisque celui-ci était avare de confidences. D’ailleurs, après avoir lu ce livre passionnant, si l’on en apprend beaucoup sur 50 ans de cinéma français, on n’en n’apprend pas beaucoup sur cet homme discret, secret même, qui protège sa vie et sa famille jusqu’au point de choisir une photo de couverture du livre… où on ne le voit pas !
Il est l’homme de l’ombre dans toute sa splendeur mais qui a su mettre en lumière des tas d’artistes qui lui doivent leur plus belles pages cinématographiques comme la série des bidasses et des Charlots, «L’aile ou la cuisse», «Les ripoux», «La zizanie», «L’animal», «La moutarde me monte au nez», «Les sous-doués», «Asterix et Obélix» et bien d’autres films à succès sans compter les scénarios écrits pour d’autres.
Une carrière incroyable pour cet homme qui, aujourd’hui à plus de 80 ans, et est un peu revenu du cinéma d’aujourd’hui et qui préfère se consacrer à sa famille.

Sagan Blondel

Françoise SAGAN : Les quatre coins du cœur (Ed Plon – 202 pages)
Nous sommes en Touraine où vit la famille Cresson. Le père, Henri, a fait fortune dans le cresson et les pois chiches. Son seul fils, Ludovic, a été grièvement blessé dans un accident de voiture alors qu’il était passager dans la voiture de sport conduite par sa femme Marie Laure.. Il est resté dans le coma puis a été hospitalisé de nombreux mois placé sous des médicaments qui ont pu laisser croire qu’il était fou. Il vient de rentrer à la propriété familiale. Outre son père, il retrouve sa belle-mère, Sandra, la deuxième épouse d’Henri que celui-ci n’aime plus. Il y a également le frère de celle-ci, Philippe qui ne travaille plus et squatte la demeure de famille. Enfin il retrouve sa femme mais Marie Laure ne supporte plus son mari qu’elle traite de débile et auquel elle se refuse désormais
Seule Fanny Crawley, la mère de Marie Laure, veuve, présente un peu de compassion pour Ludovic. C’est sous son influence que Henri a fait sortir Ludovic de l’hôpital. Elle vient à la Cressonnade rendre visite à sa fille. Elle est sollicitée pour organiser une réception au cours de laquelle Ludovic  devrait retrouver sa place dans la société. Son arrivée va mettre en émoi ce petit monde bourgeois dont les membres vivent l’un à côté de l’autre sans communiquer.
Une histoire banale, des personnages peu intéressants. Françoise Sagan était-elle sans inspiration quand elle a écrit ce roman ?
Dans la préface, Denis Westhoff, fils unique de Françoise Sagan et dépositaire de sa succession, indique avoir lui-même repris et corrigé le texte dont le manuscrit retrouvé deux à trois ans après l’acceptation de la succession  était  privé de certains mots, parfois de passages entiers» et être passé outre à l’avis de l’éditeur Jean Marc Roberts, qui lui avait déconseillé de publier le texte inachevé et incohérent.
Le lecteur comprend que ce texte rédigé en fin de vie par Françoise Sagan, alors qu’elle était en proie à d’importants problèmes financiers et qu’elle reconnaissait elle-même avoir perdu tout goût de l’écritur,e aurait dû rester dans le carton où il se trouvait.
Jean –Philippe BLONDEL  (Ed Buchet–Chastel – 266 pages)
L’auteur, lui-même professeur, père de deux enfants, nous raconte l’histoire d’une bande d’enfants et de leurs parents, des enseignants du primaire, habitant un groupe scolaire en province.
Les parents sont empêtrés dans leur vie familiale et s’endorment sur leurs lauriers. L’Éducation Nationale leur envoie un «prof innovateur» qui pour eux ne peut être qu’une taupe. La taupe va faire bouger les choses mais pas qu’à l’école.
Tableau d’une époque révolue dans un monde en pleine mutation.
Une chronique des années 70 réjouissante, riche d’événements et de traditions oubliées.
Une chronique douce amère emprunte de tendresse et d’émotions.
Une fine analyse d’une société où la jeunesse est prête à prendre le relais de leurs ainés.

B A

Miriam TOEWS : Ce qu’elles disent (Ed Buchet Chastel – 225 pages)
Traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint Martin et Paul Gagné
Une communauté mennonite installée en Bolivie depuis 1950 a été bouleversée par une série de viols commis par des membres de cette même communauté, obligeant pour la première fois la police et la justice à intervenir.
L’auteur elle-même élevée dans les principes de la religion protestante dénonce l’horreur subie par ces femmes paralysées par un anesthésiant vétérinaire à la belladone. Et c’est en donnant la parole  à ces femmes sur trois générations, femmes se référant continuellement à la Bible qu’elles s’expriment, doutent, se mettent en colère, jurent, hésitent sur le sort réservé aux hommes qui vont revenir au village. C’est un grand moment d’inquiétude, de questionnement, de sororité avec l’auteur. Partir ? Fuir le monde des hommes violents, arrogants, méprisants ? S’affranchir du carcan de la religion ? Que deviendront-elles dans un monde dont elles ignorent le fonctionnement ? Qu’adviendra-t-il des jeunes garçons adolescents ? C’est une cacophonie orchestrée par Gus l’instituteur lequel recueille tous leurs propos et se permet quelques apartés.
Il est rare de lire un livre si poignant et réaliste. Le lecteur plonge dans un monde parallèle dont les règles sont celles de Dieu, il y a donc de la stupéfaction, du rejet puis de la curiosité pour ces mennonites s’exprimant toujours dans un dialecte germano-hollandais, durs travailleurs de la terre et malgré leurs différences bien acceptés par les boliviens.
Sébastien SPITZER : Le cœur battant du monde (Ed  Albin Michel – 445 pages)
Sébastien Spitzer s’est emparé de l’histoire de Karl Marx, réfugié à Londres où il rédige à la petite semaine son grand et révolutionnaire ouvrage « Le Capita »l. Nous sommes en 1850, le peuple souffre, travaille dans les usines, surtout le coton récolté dans les états du sud des États Unis. Tout irait bien si la guerre de Sécession ne venait troubler cet équilibre. Le sud perd la guerre et ses esclaves, le coton n’est plus récolté, c’est la crise, les filatures anglaises ne sont plus approvisionnées, les usines ferment, c’est la grande misère.
Une jeune femme Charlotte prend en charge un enfant illégitime ; irlandaise, elle attend le retour de son mari parti en mer mais jamais revenu. Cet enfant recueilli, Freddy, sera son salut, c’est le fils miracle, mais d’où vient-il ? Quel est son père ? il y a bien un mystère autour de cet enfant qui grandit, dévoué corps et âme à sa mère. Mais comment l’élever sinon en accueillant régulièrement des hommes plus ou moins généreux. Le mystère s’épaissit quand Freddy devient l’objet de surveillance. Il y a Engels, l’ami argenté de Marx, bourgeois co-auteur avec lui du Manifeste du parti communiste, Malte le médecin accoucheur pourvoyeur de petites pilules euphorisantes, Karl Marx le maure ainsi désigné à cause de son teint sombre et sa chevelure et sa barbe très noires, sa femme la riche et hautaine baronne von Westphalen et leurs filles, tous ces personnages sont liés autour du mystère de la naissance de Freddy. Et avec les années qui passent Freddy devient l’objet d’une chasse à l’homme car il a la mauvaise idée de trop ressembler à son père.
Sébastien Spitzer offre au lecteur une peinture réaliste de l’extrême précarité des ouvriers, de la guerre ouverte entre les irlandais nationalistes écrasés sous le joug de la Grande Bretagne, des idées de l’exploitation du capitalisme sur les classes populaires développées par Marx et Engels. Cette fresque bien documentée manque parfois de cohérence ou de vraisemblance, les raccourcis historiques notamment nuisent à l’unité du roman, c’est toutefois une lecture agréable.

HUSTVEDT Fregni

Siri HUSTVEDT: Souvenirs de l’avenir (Ed Actes Sud – 325 pages)
Traduit de l’américain par Christine Le Bœuf.
L’auteure, la soixantaine est amenée à s’occuper de sa mère dont la mémoire flanche et qu’elle va placer dans une maison de retraite. Elle  range, trie ses papiers, ses propres souvenirs et se confronte à son passé de jeune fille intellectuelle de vingt-trois ans dans les années 78 à New York et à ce qu’elle était à cette époque. Elle retrouve ses bonheurs mais aussi ses révoltes contre la violence des hommes ; les changements insidieux  qui la font s’égarer par rapport à ce qu’elle est devenue. Elle nous fait traverser ses fantasmes, ses doutes, ses idées et leurs contraires à travers tout ce que la mémoire transforme et déforme. Étrange livre sur la mémoire et les cheminements ou tout existe et son contraire un peu comme ce titre véritable oxymore.
La lecture est un peu laborieuse dans l’enchevêtrement des récits, des narrations, alternant entre passé et présent, écrits de carnets et ébauches de dialogues ou de monologues délirants. Le livre est d’ailleurs écrit en polices différentes, adapté aux méandres de l’esprit de  l’auteure et même entrecoupé de dessins, d’ébauches sommaires et très aériennes.
C’est un passé recomposé pour un avenir où tout est remis en question.
René FREGNI : Dernier arrêt avant l’automne (Ed Gallimard – 165 pages)
Retrouver René Frégni à travers ses romans est toujours un plaisir renouvelé tant il est imprégné de cette haute Provence qu’il aime et qui l’inspire. Et ce n’est pas ce dernier roman paru chez Gallimard «Dernier arrêt avant l’automne» qui fera exception à la règle car à travers son intrigue «son pays» est là, omniprésent. D’ailleurs tout commence par là…
Le narrateur, un écrivain (?) en manque d’inspiration et d’argent, répond à une annonce qui recherche un gardien dans un monastère.
Un monastère inhabité depuis longtemps, quelque peu délabré avec un terrain en friche.
Mais il accepte l’offre sans avoir vu le richissime et mystérieux propriétaire qui lui verse royalement mille euros par mois sans jamais demander des comptes.
Dès son installation précaire, il retrouve avec délice et nostalgie, la nature qu’il hume, qu’il admire, qu’il vit au jour le jour tout en jardinant et bricolant dans une solitude salutaire, avec pour tout compagnon un chaton qui est venu s’installer chez lui et avec lequel une grande tendresse va naître. Il le baptise Solex car il ronronne comme un vélomoteur.
Les souvenirs d’enfance remontent à la surface et il retrouve la paix, la sérénité. L’inspiration peut-être ?
Jusqu’au jour où, débroussaillant les tombes des moines, il découvre une jambe humaine.
En quelques secondes, il bascule dans l’horreur et la peur, prévient les gendarmes mais décide malgré tout de rester au domaine.
Qui est le cadavre dont on ne trouve plus la jambe qui a entretemps disparu ?
Qui est le meurtrier et rode-t-il autour du domaine ?
Par son écriture imagée et poétique, René Frégni nous balade dans cette nature qui commence à sentir les prémices de l’automne. On y navigue avec lui en toute sérénité jusqu’au moment où le roman bucolique devient un thriller  jusqu’au coup de théâtre final inattendu.
Une belle plume que celle de René dont on sent tout l’amour qu’il porte à sa Provence qu’il décrit par de belles envolées lyriques et qui nous entraîne dans cette aventure pas banale, empreinte de suspense.

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Valentin MUSSO : Un autre jour (E. le seuIl – 311 pages)
Adam Chapman architecte de 41 ans est dévasté quand il apprend que son  épouse vient d’être violée et assassinée sur la plage où elle avait l’habitude de faire son jogging matinal.
L’enquête se met en place : Le drame se déroule en cinq actes. Au premier le décor les personnages sont posés : le mari, les parents, la sœur, tous effondrés, sont campés.
Puis l’époux  Adam se démarque, impressionné par des évocations, des confusions, des sentiments issus du réel et de l’irréel.  Il s’égare  et se perd dans une situation instable.
La perte de la notion des jours, des souvenirs, des épisodes vécus ou non le rend fragile et suspect. Entre alors en lice l’action de la police, des médecins, psy et autres et tout s’emballe. Renversement de la situation pour aboutir à une fin…  renversante !
C’est le thriller, le suspense généré par l’étrangeté des évènements. Suite à un épisode somme toute assez banal de meurtre sexuel, on aboutit à une intrigue bien menée qui rend le roman passionnant et inattendu. Grâce à une écriture fluide et sans détour on est porté par l’action même si les personnages manquent un peu de consistance au début.
Arturo PEREZ REVERTE : Eva, Une aventure de Lorenzo Falco (Ed.Seuil – 405 pages)
Eva est le deuxième épisode d’une suite romanesque consacrée par l’auteur à l’agent secret Lorenzo Falco durant la guerre civile espagnole. Falco a la petite quarantaine, dandy gominé et sanglé dans son costard  à rayures. Il traverse des péripéties houleuses alors qu’il se trouve à Tanger dans les années 35-40 aux prises avec les malfrats des bas-fonds marocains qu’il doit convaincre de trahir afin de récupérer le chargement d’un cargo républicain transportant trente tonnes d’or via l’Union Soviétique.
Toujours invaincu il les écrase tous comme il séduit toutes les femmes et les met dans son lit.
Roman très stéréotypé et daté dans l’époque des années quarante, l’atmosphère est parfaitement rendue avec tous les poncifs des gros machos et des malfrats guindés. Toujours très bien écrit, très enlevé mais on a de la peine à y croire et à éprouver une quelconque empathie pour ce Falco brutal, violent et fourbe.

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Jean LE GALL : L’île introuvable (Ed.Robert Laffont – 420 pages)
Quand un éditeur et directeur de collection prend la plume pour dresser un état de la littérature contemporaine, cela donne  L’île introuvable».
Un lecteur, naïf et confiant, penserait trouver dans ce roman matière à s’évader d’un quotidien routinier. A tort ! Sous ce titre, prometteur d’aventure, se cache, à notre grand désarroi un plaidoyer pour sauver le monde de l’édition et ses écrivains de la médiocrité ambiante.
«Le roman d’aujourd’hui n’est pas si mauvais en somme, c’est le choix des lecteurs qui est catastrophique» écrit Jean Le Gall. Dont acte !
Une intrigue existe cependant dans ce récit, mais nous laisse perplexe. Sans doute faudrait il reprendre notre lecture, la dernière page tournée (énigmatique elle aussi dans sa formulation) : «Alors dites moi ce qui distingue ce roman, ce qu’il apporte à la littérature.
-Ah la littérature !
-…Oui ?
-La littérature… mais la littérature ma chère…» en sont les dernières phrases.
Nous comprendrons que ces réflexions s’adressent désormais à un public averti, réservé aux gens de lettres, dotés de références littéraires.
Le lecteur lambda s’ennuiera donc et passera certainement à coté des critiques, citations et anecdotes évoquées dans le roman, qui peuplent le monde des écrivains.
De ces quatre cents pages, il reste néanmoins les personnages. Au nombre de trois, pour les principaux, nous retiendrons Olivier Ravanec, journaliste et écrivain, en mal de créativité après avoir connu un premier succès. Puis Dominique Bremmer éditrice à forte personnalité. Enfin Vincent Zaïd amant de Dominique, sorte de voyou, roi de la nuit, collectionneur de femmes et riche à millions.
Jugé et emprisonné, pour meurtre, Vincent laissera le champ libre à Olivier, qui à son tour, deviendra l’amant de Dominique.
Rien de plus simple en apparence, une histoire d’amour à trois, avec, en prime, le récit de la vengeance du truand qui voudra perdre et éliminer son rival et sa maîtresse sur L’île introuvable» où il a trouvé refuge.
Mais qui l’eut cru, l’abominable Vincent Zaïr, en prison, se sera pris d’affection pour la littérature, tout particulièrement pour le roman d’Alexandre Dumas dont il possède une bibliothèque entière remplie de toutes les éditions du « Comte de Monte Cristo » !
Il aura fallu beaucoup de vigilance pour suivre l’intrigue de ce roman ou finalement seuls comptent les exercices de style (digressions jeux de mots et ruptures de rythme) et les idées sur la politique culturelle française d’un professionnel de l’écriture.
Surprenant, inclassable et résolument déstabilisant !
Eric-Emmanuel SCHMITT : Journal d’un amour perdu (Ed Albin Michel – 256 pages)
Éric Emmanuel Schmitt publie un ouvrage tiré du journal qu’il a tenu pendant les deux années qui ont suivi la mort brutale de sa mère Jeannine, à l’âge de 87 ans, dans son appartement lyonnais. Il nous fait partager cette période douloureuse de son existence et se livre entièrement au lecteur sans fausse pudeur.
On découvre l’amour exclusif, quasi fusionnel qui l’unissait à sa mère. On s’émerveille de la relation exceptionnelle qui existait entre ces deux êtres. On comprend la détresse intime, le cafard, les envies suicidaires, les larmes de cet homme. On le suit pendant sa dépression. Ce fils orphelin s’est autorisé à vivre pleinement son chagrin, à se réfugier pendant de longs mois dans le souvenir de cette mère «solaire» qui a illuminé sa jeunesse. Elle lui a transmis le culte des arts, de la littérature, le goût des voyages, le sens de l’humour, l’amour des chiens et une bouche pour la gastronomie. Depuis l’enfance, sa vie grandissait du récit qu’il lui en faisait quotidiennement. Il a continué de lui parler dans son journal. Il fallait qu’il sorte de sa dépression en mémoire de cette mère qui lui a tant donné car comme dit Alain : «Ce qu’on peut faire de mieux pour ceux qui nous aiment, c’est encore d’être heureu ». Il est donc revenu à la vie par son travail d’écrivain et sa passion pour le théâtre.
Deux ans après la disparition de sa mère, l’auteur décide de faire un livre de son journal de deuil qui ne parle pas de lui mais de nous tous, confrontés aux mêmes épreuves, un jour où l’autre, avec la perte de nos parents. Car si l’écrivain n’a pas le pouvoir de ressusciter les êtres, il peut leur rendre la vie par les mots.
La forme du journal est originale. Avec une tendresse infinie et un talent délicat, l’auteur alterne de belles et profondes réflexions, brèves et isolées, que l’on a envie de noter, des questionnements sur le sens de la vie et de la mort et le récit des évènements. C’est un hymne à la vie.« Guérir du chagrin, c’est donner un autre statut à ses souvenirs, c’est enrichir ce qui est présent de ce qui a été. » dixit l’auteur.
Un livre beau et puissant.

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les Mondes Magiques d’Okel (Ed les rêves d’Ily)
En ces fêtes de fin d’année, pléthore de livres pour enfants sortent dans toutes les maisons d’édition.
Nous avons choisi une jolie collection, «Les mondes magiques d’Okel», Okel étant une petite fille qui se projette dans  des aventures surprenantes, des mondes magiques que sont ses jouets.  Des histoires drôles, farfelues, des personnages loufoques qui entraînent les enfants dans un monde intemporel et que même les tout petits apprécieront… si tant est que leurs parents voudront bien les leur raconter. C’est une collection imprimée en France qui comprend déjà quatre petits livres, tous plus beaux les uns que les autres, dont les histoires sont écrites par Fatiha Messall et les très belles illustrations sont signées Johanna Crainmark.
En voici deux : «La princesse Tralala et la sorcière Ras-le-Bol» qui entraîne Okel dans un monde aventureux avec une jolie princesse magicienne et une sorcière pas très futée.
«La guerre des peluches» Okel va se retrouver à devoir sauver des peluches qui sont prisonnières d’un extra-terrestre nommé Frisbi. Seul un magicien peut l’aider, encore faut-il qu’elle le trouve.
Grâce à Fatiha et Johanna, faites entrer vos enfants ou petits enfants, dans le monde magique d’Okel, un nouveau petit personnage bien sympathique.

 

Toulon – Fête du Livre
Luciano MELIS : Un bel hommage à Lino Ventura

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Luciano Mélis est poète, écrivain, éditeur et si son nom ne sonne pas italien, son prénom n’en fait aucun doute.
A la fête du Livre de Toulon, il présentait un magnifique album sur Lion Ventura, aux côtés du fils de celui-ci, Laurent qui l’a beaucoup aidé dans l’iconographie du livre.
Laurent, comme son père, est un «taiseux» discret et timide, qui plus est agoraphobe. C’est dire qu’il a fait d’énormes efforts pour se retrouve au milieu d’une foule compacte, comme c’est à chaque fois le cas à la Fête du Livre.
Mais Luciano, lui, est heureusement volubile et comme nous nous connaissons, c’est avec lui que nous allons parler de ce livre qui retrace la vie personnelle et la vie d’artiste de l’un des derniers monstres sacrés français disparu trop tôt. Comme il était lui aussi jaloux de sa vie privée et de se dispensait pas en interviewes, grâce à Laurent, nous en savons un peu plus sur l’homme qu’il était, sous la plume de Luciano, le tout parsemé de photos quelquefois inédites mais retraçant une carrière très riche, faite de talent, même si lui-même pensait ne pas en avoir, de générosité, d’intelligence, de fidélité…

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Luciano, pourquoi un livre sur Lino Ventura ?
Parce que j’ai la chance de le connaître dans les années 70 à St Paul de Vence où il passait des vacances en famille, à jouer aux boules avec entre autres Yves Montand, Georges Geret, Jacques Prévert et quelques autres amis dont André Verdet, poète, peintre, sculpteur vivant à St Paul qui est devenu plus tard son ayant droit, et mon ami dont j’ai édité ses œuvres. Là, il vivait en toute liberté, semi-anonymement mais personne ne l’embêtait. Il était dans son élément et pour lui se retrouver là était un vrai bonheur. Ce qui nous a rapprochés, c’est que nous étions tous deux italiens. Grâce à lui j’ai connu sa fille Clélia, Et nous avions des amis communs comme José Giovanni ou Georges Lautner.
C’est un personnage qui m’a beaucoup marqué en tant qu’acteur et en tant qu’homme. Il était humainement très attachant, timide, discret, pudique et pas macho du tout malgré ce qui se dégageait de sa personne. Il était d’une grande simplicité, il aimait être entouré de sa famille, cuisiner pour les copains, partager des matches de foot ou de pétanque…
D’où ce livre…
Oui, l’idée m’étant venue de l’écrire pour le 30ème anniversaire de sa mort, il y a deux ans. J’ai donc contacté Clélia qui, ayant déjà écrit trois livres sur son père, n’était pas très enthousiaste pour un quatrième et qui m’a conseillé de voir son frère, Laurent.
Là ça a été un peu difficile au départ car il n’a jamais voulu être au-devant de la scène. Il était assez réticent mais finalement il a fini par accepter l’idée.
Comment avez-vous travaillé tous les deux ?
Je dois dire que j’avais commencé à écrire le livre avant que Clélia refuse et que Laurent accepte ! J’avais déjà visionné et lu plein de choses mais dès que Laurent a accepté il s’est beaucoup impliqué, m’a proposé beaucoup de témoignages de son enfance. Ensemble on a  choisi les photos et j’ai contacté un maximum de personnalités qui l’avaient connu comme Lelouch, Hossein, bien sûr Lautner et Giovanni, Claudia Cardinale, Brigitte Bardot qui m’a fait un beau cadeau : un texte qu’elle a elle-même écrit, Françoise Fabian, Alain Delon et beaucoup d’autres qui, s’ils ne l’avaient pas connu, l’admiraient et ont écrit de jolies choses. Et puis nous avons aussi répertorié ses films. Il en a fait beaucoup, nous n’avions pas assez de place pour parler de tous. Nous en avons choisi 25 et nous avons beaucoup privilégié l’image.

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Ça n’a pas dû être facile ?
Ça a été un vrai casse-tête car il y avait beaucoup de documents, il fallait faire un choix et pour certaines photos, demander les droits, ce qui était le travail de l’éditrice. Ce furent huit mois de collaboration et de travail. Au fur et à mesure je lui envoyais mes écrits qu’il modifiait où dont il ajoutait des précisions.
Comment s’est fait le montage du livre ?
Tout simplement en suivant la chronologie de sa vie, des événements, des tournages. Et aussi quelquefois par rapport aux documents que nous avions. Au fur et à mesure nous écrivions, nous choisissions les  photos et le travail a avançait petit à petit.
Ça a été une belle expérience, une belle et amicale collaboration.

Propos recueillis par Jacques Brachet

NOTES de LECTURES

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Sylvie GERMAIN : Le vent reprend ses tours (Ed Albin Michel – 213 pages)
En 2015, Nathan, un quadragénaire mélancolique, est de passage à Paris Il lit sous un abri bus un avis de recherches de sept personnes disparues. Parmi celles-ci, Gavril Krantz, 80 ans, une tache noire à une tempe, disparu le 27 février 2015 de l’hôpital où il séjournait. Nathan est stupéfait. Il connait cet homme et il le croit mort par sa faute depuis plus de 25 ans.
Il se remémore le mois de juillet 1980 au cours duquel, alors qu’il était âgé de 9 ans, il a rencontré dans les rues de Paris ce saltimbanque, déguisé en ibis, qui souffle à l’oreille des passants des mots, des morceaux de poèmes dans des instruments improbables. Enfant solitaire et moqué à cause de ses difficultés d’élocution, Nathan va trouver en Gavril un ami qui l’ouvre à la fantaisie, à la poésie, au plaisir des mots et qui met la joie dans sa vie.
Nathan enquête auprès du commissariat et de l’hôpital. Gavril est mort peu après son départ de l’hôpital et a été retrouvé noyé. Il est enterré dans une fosse commune dans un cimetière parisien.
Grâce aux enregistrements des conversations que l’assistante sociale de l’hôpital a eu avec Gavril, Nathan va découvrir qui est son ami, né en Roumanie d’un père d’origine allemande et d’une mère tzigane.
Par des chapitres alternant présent et passé, Sylvie Germain nous raconte la vie entrecroisée des personnages profondément humains, originaux et attachants qu’elle a imaginé, Nathan, Gavril mais aussi Elda la mère de Nathan.
Dans une belle langue, riche d’inventivité, l’auteur évoque la force des liens d’amitié et leur impact sur la construction de soi ainsi que les mensonges qui donnent un «faux pli à la vie», tout en rappelant un pan de l’histoire de la Roumanie.
Un conte tout en finesse et poésie. Le lecteur est sous le charme.
Karine TUIL : Les choses humaines (Ed Gallimard – 342 pages)
Le roman de Karine Tuil, lauréate du Prix Interallié et du Prix Goncourt des lycéens, se remarque par l’intelligence, la subtilité et la violence de son récit.
Les héros sont confortablement installés dans une époque contemporaine où vie professionnelle et vie sociale alternent avec justesse. Une première partie place les personnages, le principal Alexandre, jeune diplômé de Polytechnique, est accusé de viol. Une plainte a été déposée, la seconde partie du livre déroule la tempête judiciaire et médiatique dans laquelle tous les thèmes contemporains sont évoqués. Sous la plume de Karine Tuil, le lecteur est l’accusé, la victime, l’avocat général ou l’avocat de la défense (excellent), les parents, les amis, jusqu’au verdict final. La bascule serait aisée pour l’auteure de faire pencher le lecteur pour tel ou tel protagoniste, ce n’est jamais le cas, elle maîtrise parfaitement les arguments et c’est à un rythme saisissant de vérité  que sont décrites perquisitions, convocations et confrontations. Plaidoiries criantes d’impudeur, de cruauté et de complexité orchestrées par des avocats hors pairs.
Ce roman retrace une tragédie, un crime, c’est le constat douloureux de la domination du plus fort, du plus riche, du plus instruit sur ceux qui n’ont pu atteindre leur niveau. Serait-ce un problème d’éducation, du respect de l’autre ?
Un problème à débattre le plus vite possible pour éviter qu’ainsi aillent «les choses humaines».

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 Vincent MESSAGE : Cora dans la spirale (Ed Seuil – 458 pages)
Le grand tourbillon de la vie parisienne d’un jeune couple. Elle, conseillère en entreprise de marketing va se retrouver rapidement dans l’œil du cyclone où la «machine» écrase tout sur son passage, faisant valser patrons, employés, famille. Cora ne fait plus que courir après le temps, un embouteillage, une rame de métro bloquée, le timing est détraqué et c’est l’affolement et aujourd’hui le drame.
Analyse pertinente mais glaçante du monde du travail où l’humain est bousculé, broyé, c’est le monde des gagnants. La spirale descendante de Cora est racontée par un certain Tristan qui dissèque ce monde qui change à une allure hallucinante.
Le style brillant, l’enchainement haletant des évènements en font un roman extrêmement émouvant, un livre à recommander.
Percival EVERETT : Tout ce bleu. (Ed Actes Sud – 332 pages)
Traduit de l’américain par Anne-Laure Tissut
Artiste peintre noir américain Kevin Pace,  la soixantaine, se consacre depuis plusieurs années à un tableau grand format qu’il garde jalousement secret comme il garde certains pans de sa vie. Mais aujourd’hui c’est sa fille qui lui livre un secret qu’il va garder pour lui. Il va donc nous faire pénétrer dans sa vie qu’il nous révèle au compte-gouttes au travers de trois épisodes de son existence qu’il nous présente par phases alternatives. Le Salvador où, à peine adulte, il a aidé son ami à retrouver son frère Tadd, drogué, déboussolé, perdu dans un pays en révolte et où règne le chaos. Chaos qui l’entraine vers des évènements dramatiques qu’il taira sous l’emprise de la sidération. Puis on le retrouvera dans un épisode parisien où déjà mâture, à l’occasion d’une exposition de peinture, il tombera amoureux d’une jeune femme de la moitié de son âge. Marié, père de famille, cachant tout à sa femme, il va prendre une décision douloureuse car inexplicable. Enfin le retour au Salvador pour un pèlerinage sur les lieux improbables de son aventure de jeunesse, lieux qui  le renvoient vers son foyer, sa famille et le grand secret qu’il va enfin révéler, ayant compris son chemin de vie et sa révélation.
Roman sur l’amour, l’engagement, l’amitié, la souffrance face au secret, la rédemption, le tout baigné dans un déploiement de couleurs jaillies de l’imagination du peintr. « Tout ce bleu » est un magnifique roman d’amour sous toutes ses formes, l’amour déclaré, l’amour tenu secret, l’amour incompris, l’amour avec un grand A.

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Catherine CEYLAC : A l’amour, à la vie (Ed Flammarion – 217 pages)
Catherine Ceylac se destinait à êtres comédienne. Elle a bifurqué vers la télé où elle fut speakerine, au temps où ce métier existait encore, puis animatrice et journaliste.
Elle reste aujourd’hui l’une des animatrices préférée des Français grâce à son émission «Thé ou café ?» qui reste l’une des émissions les plus suivies.
Journaliste, elle a côtoyé nombre d’artistes, comédiens, chanteurs, créateurs, écrivains et quelques autres dont certains sont devenus des amis ou ont gardé de belles relations avec elle. C’est pour cela qu’il y a quelques mois elle nous a offert un livre très particulier «A la vie, à la mort» (Ed Flammarion) où elle confesse des artistes sur la mort qui, qui que l’on soit, atteint tout le monde laissant des blessures, des peines, des douleurs mais qui quelquefois rend plus fort. Ce n’était pas un livre triste puisqu’il parlait beaucoup de la vie, de l’espoir…
Voici qu’elle récidive avec «A la vie, à l’amour», où elle rencontre des artistes qui lui ont fait confiance pour se raconter sur ce thème, en évoquant joies et peines d’amour, premiers rapports amoureux, amour des leurs, des femmes et des hommes avec qui chacun a fait un plus ou moins long bout de chemin, amour de leurs parents…
Dans l’amour il y a aussi la vie et la mort et chacun l’intègre à sa façon, et se raconte avec tendresse, avec humour, avec nostalgie, de Sandrine Bonnaire à Mimie Mathy en passant par Catherine Lara, Guy Savoy, Thomas Dutronc, Marc Levy…. 14 portraits qui nous émeuvent et nous font apparaître des gens qu’on croit connaître sous un autre jour.
Si Catherine Ceylac les a interviewés, elle s’est glissée dans leur ombre, effaçant les questions, ce qui rend encore plus vivant ces confidences pleines d’émotion.
L’amour, la mort… A travers ces mots, il y a la vie, tout simplement.
Jean-Claude DEMORY : Le rendez-vous du Palais-Royal (Ed Plon – 286 pages)
Jean-Claude Demory, journaliste, rédacteur en chef adjoint chez Bayard Presse et directeur de collections historiques aux éditions Hachette-Collections, a également dirigé le théâtre de la Porte de Gentilly et est l’auteur de nombreux ouvrages.
Dans ce premier roman, il s’est manifestement nourri de ses connaissances historiques et de son expérience théâtrale.
Nous sommes en juillet 1944, Antoine Lasalle, étudiant en droit âgé de 19 ans, se rend chez Sacha Guitry. Il envisage de devenir comédien et veut, avec des amis passionnés de théâtre comme lui, monter « Le Mât de cocagne », une pièce de jeunesse de Guitry, mettant en scène de jeunes gens souhaitant devenir acteurs par tous les moyens. Il plait à cet homme célèbre qui lui donne l’autorisation tant espérée à condition qu’il supervise la mise en scène. Mais les combats dans Paris en pleine insurrection mettent fin aux répétitions. Sacha Guitry est arrêté et emprisonné par les Forces Françaises de l’Intérieur. Antoine qui s’était engagé à la Croix Rouge se débrouille pour être nommé gardien de l’hôtel particulier de Guitry, rempli d’objets précieux, afin d’éviter qu’il soit pillé. Il gagne ainsi l’amitié et le soutien de l’auteur. Cependant Antoine envisage de renoncer à sa vocation théâtrale et à aller seconder sa mère dans l’imprimerie familiale qu’elle dirige seule depuis la disparition en 1942 de son mari, dans des circonstances mystérieuses. Mathilde, une libraire de dix ans son ainée dont il est l’amant, l’en dissuade et le pousse à s’inscrire dans un cours d’art dramatique.
Dans ce roman, d’une écriture classique et au scénario varié, l’auteur nous fait suivre  la progression d’Antoine dans le milieu du théâtre et du cinéma au cours de cette période troublée de l’après-guerre, ses rencontres avec les plus grands noms des acteurs de l’époque, ses réussites et ses échecs  et sa quête de l’amour.

Farmer chalandon

Sophie KHAIRALLAH & Julien AUTIER : Mylène Farmer de scène en scène
(Ed Hors Collection)

Attention… réservé aux fans… et ils sont nombreux !
En 30 ans de carrière, Mylène Farmer est devenue une icône indéboulonnable.
Le mystère autour d’elle, sa voix, son physique, son originalité et ses concerts surdimensionnés ont fait d’elle une star comme il en existait au siècle dernier. Il est rarissime qu’elle s’exprime, on ne la voit jamais hors concerts, elle vit à l’étranger. Ce qui en fait une artiste unique et que chacun de ses retours sur scène est un événement de taille.
Malgré son silence, on ne compte plus les livres qui sont sortis sur elle et malgré tout ça, elle reste mutique et secrète. Des photos personnelles, il y en a peu mais les photos de ses concerts sont toutes plus belles les unes que les autres.
Sophie Khairallah est une fans, sans contestation possible. Elle nous a déjà offert en 2008 «Mylène Farmer, le culte» (Ed Why Not) tant il est vrai qu’il y a un culte, une adoration sans bornes de cette artiste.
Cette fois c’est avec Julien Autier qu’elle nous offre un magnifique album : «Mylène Farmer de scène en scène» où ils ont collecté tout ce qui pouvait tourner autour des sept spectacles pharaoniques de la star : Photos bien sûr mais aussi coulisses en allant à la rencontre de quelques proches qui ont bien voulu parler, de ses couturiers qui l’ont à chaque fois somptueusement vêtue, coiffeurs et autres bijoutiers, tous ceux qui ont participé à ce que Mylène soit devenue un mythe.
En fait, Mylène est un peu un OVNI dans ce show business très souvent formaté. Elle, elle échappe à toute mode, à tout style, à «toute ressemblance avec une autre», qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas d’ailleurs.
Ce livre est un bel hommage à une artiste rare… dans tout le sens du terme !
Sorj CHALANDON : Une joie féroce (Ed Grasset et Fasquelle –316 pages)
Le roman débute sur une scène de braquage d’une bijouterie par quatre femmes, c’est l’arrêt sur image. Nous repartons sept mois en arrière. Jeanne la narratrice, libraire passionnée de 39 ans, mère éplorée par le décès de son enfant et le désamour de son mari nous fait partager avec beaucoup de sensibilité les affres de l’attente suite à sa mammographie.
Jeanne est une femme appréciée de tous, une image parfaite de discrétion et d’abnégation. Dans la salle d’attente, lors de la chimio elle rencontre trois femmes «ses sœurs de cancer». Toutes partagent maladie et solitude. Toutes les quatre  vont braquer une bijouterie, place Vendôme .
Et là on dérape totalement, c’est le thriller, l’aventure. L’auteur ne nous a pas habitués  à cette fantaisie qui choque après la sensibilité du début. Mais ce roman, est aussi un hommage au courage des femmes. ll est la peinture d’une femme qui reprend sa vie en main et commence à vivre pour elle-même.
La fin est surprenante et inattendue.