Archives pour la catégorie Cinéma

Six-Fours – Six n’Etoiles
TAZZEKA, un film plein d’humanité

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Pour l’ouverture de la saison, l’association « Lumières du Sud » nous proposait de découvrir le premier long métrage de Jean-Philippe Gaud « Tezzaka », en présence du réalisateur venu en voisin de Draguignan et, par la même occasion fêtant avec le public son anniversaire.
Le film se passe en deux parties, d’abord au Maroc puis à Paris.
Elias (Madi Belem) a été éduqué par sa grand mère qui lui a inculqué, dès l’enfance, l’art de la cuisine qui est pour le gosse devenu une véritable passion, au point qu’il apprend par cœur les recettes de Noël Rebuchon et qu’il ne manque aucune émission télévisée du grand chef Julien Blanc (Olivier Sitruk). Un jour celui-ci débarque dans l’épicerie de Yussef (Abbes Zahmani). Il lui prépare un couscous et un dessert à sa manière dont le chef se délecte et lui propose de venir le voir à Paris.
Il n’en faudra pas plus pour qu’il s’envole vers ce qu’il croit l’Eldorado. Il déchantera, devenant ouvrier clandestin, ne tenant bon que grâce à Souleymane (Adama Diop) un africain qui travaille avec lui et le prend sous son aile, avec sa famille. Malgré de nombreuses embûches, il finira par rencontrer Julien Blanc qui l’aidera à accomplir son rêve.
C’est un film original, tendre, plein d’humanité, interprété par Madi Belem, lumineux comédien avec lequel on va suivre avec émotion le cheminement d’une passion qui ne faillira pas. Entre comédie et mélodrame, il est complètement porté par le sourire, le regard, la bonté d’Elias, que l’on accompagne avec émotion vers le destin qu’il s’est choisi.
Jean-Philippe Gaud, d’origine algérienne par sa mère et varoise par son père, joue sur ces deux culture, le film étant partagé en deux : la vie au Maroc, pleine de magnifiques paysages et de sérénité et la vie trépidante et difficile de la capitale française.
« La construction du film, nous explique Jean-Philippe, est similaire à celle de la culture que j’ai en moi. Je voulais parler de l’immigration en restant toujours sur un film en drame et légèreté. Mais c’est aussi un film sur la passion, la persévérance et sur la transmission ».
En fait, ce film est un conte moderne, un rève qui se réalise à force de volonté. Quant aux comédiens, ils sont tous épatants.

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Madi Belem avec Abbes Zahmani et Olivier Sitruk

« Ce sont – nous dit-il encore – des comédiens qui, pour la plupart, ne sont pas connus, hormis Olivier Sitruk et Abbes Zahamani, et c’est ce que je désirais.
C’est le premier grand rôle de Madi Bellem. Je l’avais trouvé remarquable dand « Le convoi » ou encore « Le baron noir » où il affronte des comédiens comme Benoît Magimel ou Kad Merad avec brio. Dès qu’on s’est rencontré au casting, j’ai su que c’était mon Elias. D’ailleurs, après qu’on se soit vu, il m’a appelé pour me dire : « Ce rôle est pour moi, nous avons le même cheminement, Elias et moi ».
Abbes Zahamani passe de la comédie comme « Camping » ou « La vie est un long fleuve tranquille », avec le théâtre d’auteur sans problème. Il est ambivalant, à la fois solaire et dramatique.
Adama Diop est d’origine sénégalaise, il a fait le conservatoire, il a joé « Macbeth ». C’est un beau comédien et c’est son premier film.
Ouidad Elma est franco-marocaine. Je l’ai découverte au Maroc où elle passait ses vacances au bled… comme dans le film !
Comment avez-vous tourné ce film ?
Avec difficulté car ça a été un long cheminement, n’ayant pas de producteur. J’ai tourné la première partie au Maroc en mai 2016, je n’avais pas d’investisseur. Comme je suis également monteur, j’ai monté cette partie pour la montrer à des investisseurs et j’ai tourné la partie Paris en avril 2017. Et je remercie Madi d’avoir pu attendre aussi longtemps. Mais je n’avais pas de distributeur. Je l’ai trouvé lors d’un festival où je projetais mon film.

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Il y a beaucoup d’ellipses dans votre film…
Oui et c’est évidemment voulu car je pense que le spectateur a assez d’infos pour les comprendre et recoller les morceaux. Je voulais lui offrir de l’imaginaire et donc, sauter certaines étapes qu’il comprend lui même. Je n’aime pas expliquer les choses lorsqu’elles sont là, je préfère les lui faire ressentir plutôt que de les montrer.
C’est ma vision des choses ».

Propos recueillis par Jacques Brachet

La Ciotat : Gérard OURY en bonne place

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Caroline, Danièle Thompson, Jean-Louis Tixier, Stéphan Guérard

Il était une fois un grand jeune homme amoureux du cinéma. Ses idoles : Gérard Oury et Louis de Funès. Depuis des années il collectionne photos, documents, courriers, affiches, objets. Et pour cela, il n’hésite pas à appeler réalisateurs, comédiens, techniciens, scriptes, costumiers, amis, famille pour avoir des témoignages qu’il emmagasine comme des trésors de guerre.
Travaillant à la Ciotat, il a, depuis longtemps, le rêve de rendre hommage à ses idoles.
Et voilà que son rêve se réalise grâce à Jean-Louis Tixier, adjoint aux affaires culturelles et à Patrick Boré, maire de la Ciotat, chez qui il a fait le forcing, qui l’ont écouté et qui, du coup, ont accepté de rendre hommage de belle façon à Gérard Oury : en nommant une place du nom de ce grand réalisateur et en même temps, de proposer une exposition à la Chapelle des Pénitents Bleus avec tous les trésors amassés par ce jeune homme nommé Stéphan Guérard.

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Et c’est samedi dernier que la plaque fut dévoilée par le maire, son adjoint et la présence de Danièle Thompson, la fille de Gérard Oury et Caroline, la fille de celle-ci.
La fête avait commencé la veille dans la mythique salle de l’Eden, premier cinéma du monde élevé par les frères Lumières.
La soirée était animée par Henry-Jean Servat, la mémoire du cinéma, qui présenta également ce film tourné pour la télévision « Les trois glorieuses », glorieuses qui ne sont autres que les trois plus grandes stars d’après-guerre : Danielle Darrieux, Micheline Presle et Michèle Morgan, qui fut la compagne de Gérard Oury.
Le lendemain donc, avait lieu l’inauguration et nous eûmes droit à une aubade de l’orchestre du Conservatoire de la Ciotat, qui, pour la circonstance, offrit des musiques de Vladimir Cosma, l’un des compositeurs attitré du réalisateur, à qui l’on doit entre autre »L’as des as » ou « Rabi Jacob ».

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Puis Danièle Thompson et Patrick Boré découvrirent la plaque, officialisant le nom de cette jolie place située tout à côté de l’Eden.
Danièle Thomson fut très brève, très touchée que cette ville mythique du cinéma rende hommage à son père et remerciant Stéphan Guérard pour l’amour qu’il portait à son père. Le maire ajouta que les films de Gérard Oury font aujourd’hui partie du patrimoine du cinéma français, qui ont déjà couvert quatre générations de spectateurs et qui sont aujourd’hui inscrit dans la mémoire collective.
« Il avait – dit-il encore – le plaisir de faire plaisir, nous faisant oublier ennuis et problèmes le temps d’un film et son oeuvre est une thérapie subtile du bien être. C’est une icône contre qui le temps n’est rien. Il a su transmettre cet amour du métier à sa fille ainsi qu’à son petit-fils Christopher. Seule Caroline n’a pas suivi cette voie ».

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Jean-Louis Tixier lut une très belle lettre de Gérard Oury à propos de son comique « différent et sérieux » et remerciant Stéphan , à l’origine de ce projet.
Un apéritif réunissant tous les participants, eut lieu dans la cour de l’Eden avant qu’Henry-Jean Servat, maître de cérémonie, ne présente un film de Gérard Oury, datant de 1962 « Le crime ne paie pas », son troisième film réunissant le nec plus ultra des comédiens d’alors : Edwige Feuillère, Michèle Morgan, Danièle Darrieux, Annie Girardot, Philippe Noiret, Gino Servi, Pierre Brasseur et un débutant nommé Louis de Funès.
Ce fut une belle journée chargée d’émotion et aujourd’hui, Gérard Oury est venu rejoindre deux autres grands réalisateurs qui ont déjà leur place à la Ciotat : Jean-Pierre Melville et Henri Verneuil, faisant réellement de cette ville la ville du cinéma par excellence.

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Jacques Brachet

Toulon – Pathé Liberté
Jeu de portable, jeu redoutable !

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Au cours d’un dîner entre amis, trois couples et un célibataire ont l’idée de jouer à un drôle de jeu : déposer leur portable au centre de la table et découvrir ensemble les messages que chacun reçoit.
Evidemment, ce peut être drôle et surprenant, chacun ayant sa part de secret. Mais très vite, le jeu va tourner au cauchemar car la vérité n’est pas toujours bonne à dire et certains secrets, entre amis et même entre couples vont engendrer des situations inattendues. Loin de ses thriller où l’action prime, Fred Cavayé nous offre là un film entre comédie de mœurs et… thriller psychologique !
Car à chaque appel, on va, comme les convives, découvrir un nouvel élément qui fait rebondir l’action. Et l’on ira de Charybde en Sylla dans ce huis clos à la fois drolatique, émouvant, qui va changer la donne de ces amis qui croient se connaître… Jusqu’à la scène finale inattendue.
Ce film de Fred Cavayé, « Jeu », est un remake d’un film espagnol « Perfectos desconocidas » d’Alex de la Iglesia (2017), lui-même remake d’un film italien italien « Perfetti sconosciuti de Paolo Genovese (2016).
Troisième mouture donc d’une histoire qui fut à chaque fois un succès.

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Ces jours-ci, le Pathé Liberté de Toulon avait la chance de recevoir le réalisateur (qui connaissait Toulon pour y avoir tourné) et trois de ses protagonistes Suzanne Clément, Roschdy Zem et Vincent Elbaz.
Fred Cavayé, comment êtes-vous venu à ce scénario qui a déjà fait l’objet de deux films ?
Tout simplement par mon agent qui savait que je cherchais à m’éloigner un peu du thriller pour aller vers la comédie. Mais pour moi, un remake c’est la même chose qu’un scénario original, le travail d’écriture est quasiment équivalent. D’ailleurs, tous mes films ont été adaptés et sont différents.
Après plusieurs polars je voulais m’attaquer à une comédie, le genre, en fait, étant plus compliqué à réaliser. Je pense d’ailleurs que je n’aurais pas pu le faire avant d’avoir réalisé mes autres films car j’y ai mis beaucoup de ce que j’y ai appris et en définitive, j’ai réalisé une comédie à suspense !
C’est beaucoup plus difficile de faire rire et c’est un exercice périlleux.
Il y a quand même quelque chose de glauque dans ce huis clos
Oui mais c’est désamorcé par des situations qui déclenchent le rire, sinon l’émotion ou même la gêne car chacun peut se reconnaître dans l’un de ses personnages et je m’en rends compte lorsque, lors de cette tournée, j’entends le public qui rit, mais avec des rires différents. Bien sûr, il y a des situations dérangeantes mais je crois qu’elles sont traitées de façon ludique, ce qui désamorce ce qui pourrait justement être glauque.
Vous avez un septuor de comédiens magnifique, que vous avez pris, pour certains, à contre-emploi !
C’est ce qui m’a intéressé. Je voulais leur offrir des rôles loin de ce qu’ils font habituellement. J’ai d’ailleurs, au départ, fait des listes de comédiens que j’avais envie d’avoir pour chaque rôle, jusqu’à ce qu’il n’en reste que 7. J’ai eu la chance que les 7 disent oui ! Après, il ne restait qu’à voir si les couples allaient fonctionner. Ce qui a été le cas. De plus, je voulais qu’il y ait un équilibre entre les 7 personnages, qu’ils aient une partition égale à jouer, qu’ils soient aussi toujours présents même lorsque la situation ne les concernait pas directement.
Roschdy Zem : J’avais déjà travaillé avec Fred où le rôle était très différent. Je jouais un taiseux dans « A bout portant ». Je m’étais très bien entendu avec Fred mais là, déjà le rôle était plus léger, plus ambigu et en plus hypocondriaque ! C’était formidable à jouer et, sur le tournage, j’ai découvert un autre Fred, plus près de ses comédiens, presque un guide. De plus, c’est un film choral qui provoque une capacité à être généreux, patient, d’autant qu’on joue dans la continuité.

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F E

Fred, le sujet, bizarrement, se prête à être une pièce de théâtre… qui n’a d’ailleurs jamais été faite ! N’aviez-vous pas peur justement de faire du théâtre filmé ?
Oui, c’était l’écueil à éviter car, au théâtre dans certaines situations, certains comédiens sont de dos.
Ce que je ne voulais pas. C’est pour cela qu’il y a énormément de champs-contre-champs. Nous avons tourné certaines scènes un nombre incalculable de fois pour être raccord à chaque fois et qu’il y ait à toujours une interaction, même lorsque le personnage n’est pas à l’écran.
Suzanne Clément : Ce qui était intéressant à jouer car il faut toujours être sur le qui-vive, rester dans le rythme et surtout en osmose avec les autres. Mais le fait d’être durant des heures, jour après jour, autour d’une table, développe une promiscuité, une complicité et souvent, grâce à cela, il s’est passé des choses inattendues. Au fur et à mesure, on trouvait une sincérité plus forte aux personnages. Ce n’est pas le comédien qui est drôle mais la situation et lorsqu’on est sincère, ça marche.
Vincent Elbaz : Ce qui m’a plu, justement, c’est d’être d’abord dans un film choral et le plaisir de jouer un personnage un peu tordu, qui a beaucoup de choses à cacher. Ca m’a beaucoup amusé et j’aime qu’on me propose ce genre de rôle. Et puis, on était toujours à l’écoute de l’autre. A tel point qu’entre les scènes nous parlions entre nous et qu’un jour Roschdy m’a raconté une anecdote qui m’a plue… et que j’ai récupérée pour mon personnage ! Et ça, ça a un côté jubilatoire.
Fred, le scénario a-t-il évolué durant le tournage ?
Le plus gros du film était écrit mais comme nous vivions vraiment les uns à côté des autres chaque jour, j’étais attentif à ce qui se passait, à ce qu’ils se disaient, à ce qu’ils proposaient. Tous les soirs, je récupérais des éléments par rapport à ce qu’ils vivaient et je les réinjectais dans le travail du lendemain ».

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A la sortie, cette complicité donne une comédie grinçante, remarquablement maîtrisée, sur un véritable sujet d’actualité où chacun peut se reconnaître tant il est humain. C’est à la fois drôle, émouvant, surprenant, plein de coups de théâtre, avec de l’action, du mouvement, du suspense et l’on se surprend à attendre le prochain message qui va relancer l’histoire sur l’un des autres personnages…
Et puis, quel générique : Bérénice Béjo, Suzanne Clément, Doria Tillier, Stéphane de Groodt, Vincent Elbaz, Grégory Gadebois, Roschdy Zemm… Tous sont remarquables.
Un conseil : méfiez-vous de ce genre de jeu de la vérité car vous n’en sortirez pas indemne !

Jacques Brachet

Les Embiez… Cinéma en plein air

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Cet été, les projections en plein air reviennent sur la place de l’île des Embiez, en partenariat avec le Théâtre Liberté pour la troisième année consécutive.
Les 3 films choisis sont projetés sur l’écran gonflable géant fourni par le théâtre.
En première partie de soirée dès 19h30, les musiciens Matteo Michelino et Remi Drouillard animent la place en musique, suivis à 21h30 par l’intervention d’un chercheur de l’Institut Océanographique Paul Ricard.
Le 13 juillet, le film » La Planète Bleue » était projeté, précédé par l’intervention de Sylvain Couvray. Hier,c’était Robert Bunet qui présentait l’Institut et répondait aux questions des spectateurs avant de laisser place à la projection du film « Océans ».
Le 10 août enfin aura lieu la dernière projection de la saison avec « Le Grand Bleu ». Nardo Vicente, responsable scientifique de l’IOPR aux multiples casquettes, lancera par son intervention la projection du film mythique qui fête les 30 ans de sa sortie cette année.
Des stands sont également présents pour accueillir les spectateurs et visiteurs : le stand du Théâtre Liberté, ainsi que celui de l’association Souffleurs d’Ecume.

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Cette association a été créée il y a presque 20 ans dans le but de préserver l’environnement et les populations présentes en mer Méditerranée.
Elle a développé la certification High Quality Whale-watching®, qui promeut la bonne conduite des opérateurs touristiques qui emmène estivants, touristes, et locaux en mer pour observer dauphins et oiseaux.
En plus de cette certification, elle met au point le système REPCET, contraction des mots repérage et cétacés, qui est un logiciel permettant d’éviter les collisions entre navires et grand cétacés, première cause de leur mortalité en mer Méditerranée.

Six-Fours
Henry-Jean SERVAT, Fidèle à leur souvenir…

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Jérôme Levy, qui organise chaque année « Les entretiens de l’été » à Six-Fours, en invitant des auteurs renommés à rencontrer le public, a eu beaucoup de mal avec ses deux premiers invités, Henry-Jean Servat et Patrick Malakian, puisqu’ils étaient programmées le soir de la finale de la coupe du monde de football avec la France en finale!
Du coup, changement de programme : la soirée fut reportée le lundi. Malheureusement, une mini-tempête l’obligeait à annuler l’événement, alors que les invités arrivaient à Six-Fours.
L’on dut faire contre mauvaise fortune bon cœur mais connaissant Henry-Jean depuis quelques années, suivant ses écrits et ses conférences, il voulut bien m’offrir un moment d’entretien.
Tout comme moi, Henry-Jean est de l’ancienne école des journalistes, qui aiment les artistes, les stars… les vraies et leur est fidèle. Il y a certes de la nostalgie dans cette admiration et cette fidélité mais lorsqu’on évoque les stars d’aujourd’hui, il y en a peu qui peuvent se targuer de l’être et qui feront des carrières comme l’ont fait Jean Marais, Jean Gabin, Danielle Darrieux, Michèle Morgan, Edwige Feuillère…
Nous avons eu cette chance de les connaître et Henri-Jean, évoque toutes ces actrices merveilleuses sous le titre bien à-propos : « Les immortelles » (Ed Hors Collction). Actrices que, c’est vrai, « les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître » mais qui ont traversé des décennies et que les anciens adulaient.
Volubile et intarissable, il a un talent unique de conteur et il écrit et raconte avec une aisance et un vocabulaire choisis que nombre de journalistes d’aujourd’hui pourraient prendre en exemple.

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Henry-Jean, comment es-tu venu à t’intéresser à ces actrices ?
Au départ par hasard. J’étais étudiant aux USA, j’y avait pour copain le prince Albert de Monaco puis je suis rentré à Paris où je m’ennuyait ferme.
Un jour, je reçois par hasard une invitation d’un type un peu particulier qui organisait dans une villa un après-midi consacré aux vieilles stars et entre autres à Gaby Morlay dont on évoquait les vingt ans de sa disparition. Je m’ennuyais tellement que je suis rendu à l’invitation, à Bougival. Arrivé là, me serais cru à la cour des miracles, l’ambiance y était dantesque et je décidai de ne pas m’attarder, lorsqu’on me demanda d’écrire un article pour le Figaro, étant donné que n’était venu aucun journaliste. Je pensai plutôt à Libération qui accepta et qui m’octroya trois pages pour parler de ces actrices oubliées et de Gaby Morlay. Ca a marché, du jour au lendemain je devenais la starlette de Libération ! J’étais invité partout.
Ca aurait pu s’arrêter là ?
Oui mais il se trouve que comme ça avait marché, on me proposa d’en faire d’autres. Et j’ai continué.
Et ce livre, comment est-il né ?
Lors du décès de Danielle Darrieux, Bénédicte Dumont, chef du service documentation de Libération me demande d’écrire un article et me dit, par la même occasion, avoir retrouvé mes anciens papiers et qu’en les relisant, elle a été émue. Elle avait alors eu l’idée de les réunir pour faire ce livre. C’est vrai que beaucoup étaient tombées dans l’oubli mais il y avait tellement de souvenirs émouvants que j’ai eu envie d’aller plus loin en y ajoutant des d’autres souvenirs comme celui où je fis se retrouver Arletty avec Marcel Carné, rencontre émouvante car elle vivait dénuée de tout mais avait toujours ce même rire et leurs retrouvailles furent un joli moment.
Tout comme mes rencontres avec Michèle Morgan qui, devenue aveugle alors que ses yeux avaient fait sa gloire, je venais chez elle lui lire des livres. Son seul plaisir était de suivre la série « Plus belle la vie ».

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Tu as toujours beaucoup d’émotion à parler de ces artistes…
J’aime raconter et j’ai vraiment l’amour de ces femmes-là que j’ai eu la chance de rencontrer, pour la plupart. Ce sont pour moi de magnifiques souvenirs. Et puis c’étaient des gens qui avaient du talent, du panache, de la classe. Difficile auoud’hui de retrouver ça !
Est-ce que tous ces portraits sont exhaustifs ?
Non, je pourrais en faire beaucoup d’autres tant j’ai rencontré de femmes sublimes, comme Claudia Cardinale, Brigitte bardot… A propos de Bardot, je peux avouer que c’est elle qui m’a libéré sexuellement et j’ai plus appris avec elle qu’avec Kierkegaard ou Schopenhauer ! »
Tu viens de rencontrer Patrick Malakian, fils d’Henri Verneuil… Tu dois avoir des souvenirs avec un tel réalisateur qui a fait tourner les plus grandes stars ?
Il y a justement beaucoup à dire sur Verneuil, qui fut un très grand réalisateur populaire, qui fait partie du patrimoine du cinéma français et qui pourtant fut contesté toute sa vie par l’intelligentsia, qu’on a méprisé tout simplement parce qu’il était populaire et qui faisait d’énormes succès au box office. On le considérait comme un réalisateur « commercial ». 35 films et presque autant de succès. Il avait un véritable talent de conteur qui captivait le public.
Pourtant il n’a jamais été reconnu par le métier et lorsqu’on lui a décerné un César d’honneur en 96, c’est à peine s’il a été applaudi. Lorsqu’à Cannes il s’est retrouvé en compétition avec Godard, on a crié au scandale. Pourtant, lorsqu’on a demandé à Gordard qui il aurait aimé être, il a répondu : Verneuil !

Propos recueillis par Jacques Brachet

 

Gilles LELLOUCHE nous offre un bain de jouvence

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Il sont sept gars, entre 35 et 50 ans, tous plus ou moins paumés, en pleine déprime, mal dans leur peau, mal dans leur vie, mal dans leur travail… Bref, c’est la loose. A la dérive, ils sont en train de plonger dans tous les sens du terme car ils ont trouvé une occupation hors norme en se retrouvant autour d’une piscine : monter une équipe de natation synchronisée, sport plutôt réservé aux femmes mais sous l’impulsion de Delphine (Virginie Effira), tout aussi paumée qu’eux et d’Amanda (Leïla Bekhti) qui vit sur un fauteuil roulant.
Loin d’être des Chippendales ni des as de la natation et de la grâce, ils vont pourtant tous s’accrocher entre eux autour de ce projet fou : se présenter aux championnats du monde.
Gilles Lellouche, ici co-scénariste avec Ahmed Hamidi et Julien Lambroschini et réalisateur, nous offre une comédie douce-amère sur le temps qui passe, le moral et le physique qui se dégradent, les habitudes, les lassitudes, et pourtant la vie qui est la plus forte. Il suffit d’une motivation pour que tout reparte, pour que la confiance et l’optimisme reviennent et prouvent qu’à mi-vie, on a encore plein de choses à vivre.
Pour ce film, intitulé « Le grand bain », film de deux heures qui, présenté hors compétition à Cannes, a fait un tabac, Gilles Lellouche nous offre une belle histoire, une sorte de conte de fée, sans mièvrerie, avec beaucoup d’émotion, souvent court-circuitée par des moments d’humour et, disons-le, de grâce.

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Quoique quelquefois énervants, on s’attache à ces personnages, à leur histoire, à cette quête de s’en sortir, même si le moyen semble insurmontable.
C’est un film choral avec une distribution éclatante : Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde, Jean-Hugues Anglade, Philippe Katerine, Felix Moati, Alban Ivanov, Balansingham Thamilchelvan. Un film d’hommes mais où les femmes ne sont pas en reste puisque, outre Virginie Effira et Lzïla Bkhti, l’on retrouve Marina Foïs en femme aimante devant un mari au bout du rouleau et, pour de petits rôles, Mélanie Doutey, et Claire Nadaud.
C’est un film plein de bons sentiments, d’amour et d’amitié, à la fois drôle et touchant, qui sort des sentiers battus et que Gilles Lellouche maîtrise magnifiquement.
Gilles, qu’on a rencontré au Pathé la Valette avec un vrai plaisir, accompagné d’un de ses co-scénaristes Ahmed Hamidi.

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Gilles, la genèse de ce film ?
C’est une idée qui m’est venue tout simplement en regardant autour de moi, en observant les gens mais plus inspiré d’impressions. Il y a plein de gens bloqués, paumés, solitaires, dépressifs, empêtrés dans leur vie, des gens qui ont le don de se pourrir la vie et pourrir celle des autres. Et suite à ces observation j’ai eu l’idée de les réunir autour d’un projet fou qui vont retrouver à la fois le goût de l’effort et le goût de la vie à travers un projet commun et une chaleur humaine qu’ils ont perdu.
Vous avez deux co-scénaristes, dont Ahmed ici présent…
Nous sommes potes depuis longtemps, il a écrit pour beaucoup de gens, des sketches pour Jamej Debouzze, Omar et Fred, les Guignols et si ses sketches me font hurler de rire, dans la vie il me fait plus rire encore.
Durant deux mois, nous avons quitté pays et famille pour écrire.
Pourquoi ?
Pour ne pas subir l’environnement de Paris, pour être loin de tout, loin du bureau, redynamiser l’envie en partant loin.
Loin c’est où ?
Ahmed : Ca a été Los Angeles, le Maroc mais aussi le Sud-Ouest… Ca a été une super aventure. Je savais qu’avec ce film, Gilles prenait des risques. Je le connaissais surtout en tant que comédien et, très touché par son histoire, j’ai eu tout de suite envie d’y participer et vivre ensemble durant deux mois a été un véritable plaisir.

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Vous avez un casting incroyable… Avez-vous pensé à eux dès l’écriture ?
Surtout pas ! Je me souviens d’avoir fait ça lorsque j’ai fait « Narco », il y a 15 ans et c’est très inhibant car on fantasme sur des comédiens et on ne peut pas, pour diverses raisons, les avoir à l’arrivée. Et c’est très emmerdant !
Là, j’y ai pensé après et j’ai eu une chance incroyable car aucun n’a refusé. C’est même allé plus loin puisque, grâce au bouche à oreille, certains m’ont appelé spontanément pour y participer ! Ca a été une espèce d’emballement collectif et définitif que je n’ai jamais connu et qui m’a rassuré. C’est Jean-Hugues Anglade qui a été le premier et tout s’est enchaîné.
Aucun n’a posé de problème pour être tout le temps en maillot de bain ?
C’est incroyable mais aucun n’a posé de question à ce sujet. Nous n’en n’avons jamais parlé. Ils avaient tous lu le scénario et savaient que ce que je cherchais, ce n’étaient pas des athlètes mais des mecs entre 30 et 50 ans, qui se mettent à nu, dans tout le sens du terme, devant la réalité des corps et non des images qu’on nous en donne et qui nous polluent.
Le seul problème que j’ai eu, c’est que, pour le championnat, il fallait qu’ils se rasent et pour certains, comme Philippe Katerine, ce n’était pas gagné. Il m’a d’ailleurs offert le sachet contenant ses poils !
Comment avez-vous vécu Cannes ?
Ca a été les montagnes russes. D’abord la surprise lorsqu’on m’a proposé de l’y montrer. Les producteurs n’étaient pas chaud, d’abord parce qu’il n’est pas vraiment dans le droit fil de ce qu’on y présente et que, si les critiques sont mauvaises, le film est mort avant d’être sorti.
Il y a donc eu l’incertitude de le présenter au comité de sélection, qu’ils l’aiment puis qu’ils le prennent. Et là j’ai été fou de joie. Puis il y a eu l’angoisse de la présentation au public et je dois avouer que j’étais plus à l’aise en descendant les marches après une ovation, qu’en les montant. J’ai adoré les redescendre, car les rires, les applaudissements ont été une libération.

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Même si le rôle des femmes est moindre, elles ont une belle carte à jouer !
Ahmed : C’est presque ce qu’il y a de plus beau dans le film car elles ont des rôles-clef et elles sont toutes très touchantes d’autant qu’elles n’ont pas des rôles très glamour. Virginie est en pleine détresse, avec peu de maquillage et ça passait par un certain naturalisme. Leïla était sur un fauteuil et en plus, elle était enceinte ! Marina est aussi en détresse car elle doit porter un mari qui est en train de sombrer. Mais je pense que c’est aussi ce qui leur a plu.
Comment de simples comédiens, en fait-on des nageurs de championnat ???
En les entraînant un maximum avec Julie Fabre, entraîneuse olympique de la natation synchronisée ! Au départ ce n’était pas gagné, elle était très dubitative. Mais ce qui a tout déclenché c’est que tous les comédiens se sont beaucoup rencontrés, ont beaucoup parlé, une synergie s’est installée, les heures de piscine les ont soudés et surtout, comme on sait qu’il y a beaucoup d’ego chez les comédiens, chacun mettait un point d’honneur à être le meilleur. Ca les a beaucoup auto-excités !
Il faut aussi savoir que Balasingham (dit Thamil) avait « oublié de me dire qu’il ne savait pas nager ! Je l’ai pris parce que j’adorais sa tête ! Il s’y est mis comme tout le monde et le résultat est là !
Gilles, n’avez-vous pas eu envie de vous donner un rôle ?
J’avoue que j’y ai pensé. J’aurais bien aimé jouer ceux de Philippe Katerine ou Benoît Poelvorde. Mais c’était trop compliqué, je ne pouvais pas être à la fois dans la piscine et derrière la caméra et, préparant le film, je n’aurais pas eu le temps de m’entraîner.
Vous êtes donc des hommes heureux ?
Ahmed : Heureux d’un bout à l’autre : d’avoir passé deux mois avec Gilles, le tournage a été un plaisir, Cannes une grande émotion. Et puis, Gilles est un formidable chef de bande. Etant comédiens il en connaît les problèmes et sait les manier, communiquer avec eux et l’ambiance sur le plateau a été des plus joyeuses. Attendons donc la suite car le film sort le 24 octobre.

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Pourquoi alors faire une promo si tôt ?
Parce qu’on n’avait rien d’autre à faire ! Je viens de tourner plusieurs films et j’étais libre à ce moment là. J’adore d’ailleurs aller ainsi de ville en ville présenter un film. Je suis toujours preneur. Mais pour revenir à l’ambiance du film, tout était là : le rire, la bonne humeur, la bonne volonté, et Poelvoorde qui est d’une folie, d’une générosité sans bornes, qui a le goût des autres et qui est totalement dissipé. Et j’adore ça car je n’aime pas la discipline, j’aime vivre dans le désordre et l’excès et là j’étais servi ! Ce qui n’empêche pas de faire du bon boulot ! »

La preuve !
Propos recueillis par Jacques Brachet

Six-Fours – Six N’étoiles
Audrey LAMY une reum explosive !

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Photo Marc Brossaert

Fanny (Audrey Lamy) est la mère-poule par excellence. Elle surprotège son fils Arthur, 9 ans (Charlie Langendries), ce que lui reprochent son mari (Florent Peyre) et ses amis.
Le problème va s’amplifier lorsqu’elle s’aperçoit qu’Arthur est harcelé par trois camarades de classe. Les parents des trois gosses, la prof et même son père ne réagissent pas. Elle va alors partir en guerre en leur inventant des tours pendables, digne d’une sale gosse, pire qu’eux, jusqu’à leur faire manger des tartes au caca ! Et jusqu’à ce que les parents découvrent le pot aux roses.

E

Frédéric Quiring, comédien passé à la réalisation avec un premier film intitulé « Sales gosses », les gosses en question étant des personnes âgées, nous offre ici son second film « Ma reum », un film où cette fois les sales gosses sont des enfants et surtout un film à 200 à l’heure où l’on retrouve une Audrey Lamy débordante d’énergie (à côté, Marion de « Scènes de ménages » est un ange !), totalement foldingue et enragée pour sauver sa progéniture qui n’en demande pas tant et veut s’en sortir tout seul. Florent Peyre quant à lui, loin de ses réparties et de son humour dans les émissions TV ou ses one man shows, est un père cool qui aime sa famille, qui prend du recul par rapport à la folie de sa femme, tout en retenue et sobriété.
C’est, disons-le, un film pour enfants mais où toute la famille trouve son compte car les gags sont irrésistibles et inventifs, un peu comme dans des cartoons, avec de jolis moments d’émotion dans la dernière partie du film et, avouons-le, nous retrouvons nos âmes d’enfants avec les vengeances successives que Fanny s’ingénie à trouver et dont on attend chaque fois le résultat. Notons une scène d’anthologie avec Joey Starr en redresseur d’enfants à problèmes, hilarant, Michèle Moretti en super-mamy des réseaux sociaux (déjà vue dans « Salles gosses ») et un Max Boublil à côté de la plaque et très convaincant !
Une fois de plus, c’est le Six N’étoiles qui a fait l’actualité en recevant Audrey Lamy, Florent Peyre et Frédéric Quiring pour une rencontre qui n’a pas engendré la tristesse, Florent étant au mieux de sa forme pour lancer des vannes avec son humour et sa répartie digne d’une mitraillette !

F G H

Frédéric, après vous en être pris aux « vieux », vous voilà avec d’autres sales gosses beaucoup plus jeunes !
Vous savez, c’est un peu la même chose car « mes vieux » avaient gardé une âme d’enfants terribles et j’ai traité ce second film de la même manière. Mais cette fois, le sujet est plus axé sur cette mère et jusqu’où elle peut aller pour protéger son enfant. Fanny est une jeune femme qui est restée proche de la petite fille qu’elle était, qui a une imagination débordante pour préparer des coups fumants de sale gamine. Elle glisse sur une pente régressive.
Jusqu’à leur faire manger du caca !
Mais ce sont des saloperies que peuvent faire des enfants un peu inventifs et vicieux ! Ce sont des choses que j’ai inventées en me mettant dans la peau d’un enfant de 10 ans !
Le choix d’Audrey Lamy ?
J’avais très envie de travailler avec elle car j’aime son énergie parfois violente qui correspondait au rôle mais en plus, je devinais, derrière tout ça, beaucoup de tendresse, de douceur, de générosité… Et je ne me suis pas trompé !
Et Florent Peyre ?
Nous nous connaissons depuis longtemps et là, je savais ce que j’allais trouver derrière l’humoriste toujours prêt à faire un bon mot. Il y a chez lui, en sous-marin, une force tranquille. Il a un côté rassurant et je savais qu’il montrerait une belle image paternelle. »

Pendant tout ce temps, le Florent en question n’arrête pas d’intervenir pour nous balancer une saillie car c’est chez lui une seconde nature… Et évidemment, on entre à chaque fois dans son jeu.
Audrey, qu’est-ce qui vous a embarquée dans cette histoire ?
Je suis maman et, sans aller aux extrêmes comme Marion, je pense que je serais capable de faire beaucoup de choses, d’aller très loin, pour protéger mon enfant. Mais lorsque j’ai lu le scénario j’ai aimé son côté à la fois drôle, déjanté mais aussi émouvant. J’ai aimé le tempo de l’histoire et surtout l’univers de Fred. En fait, je ne me suis pas posé de questions, je me suis laissée aller dans le rôle de cette mère possessive qui peut dépasser les limites pour défendre son enfant. Le personnage est fort, l’écriture déjà bien installée, c’est un sujet grave que le harcèlement mais le film reste une comédie.
Quel réalisateur est Frédéric ?
C’est un réalisateur très exigeant et nous avons beaucoup travaillé en amont pour que tout soit bien en place car une comédie ne permet pas d’à peu près. Et puis il y avait cinq enfants à gérer. Il nous donne un texte, des éléments très précis qu’il faut jouer avec une certaine énergie.
Et vous, Florent ?
Il a une grande qualité : il sait s’entourer d’excellents comédiens… surtout moi !
Ceci dit, c’est un réalisateur très proche des acteurs car il l’est aussi. Il reste très ouvert à nos idées, à nos propositions et tout se fait toujours dans la simplicité, la bonne humeur, car on a beaucoup ri durant ces deux mois. Et il a même pleuré car il est très bon public et dans les scènes émouvantes je lui ai vu la larme à l’œil !
– Je reprends ses dires – ajoute Frédéric – car j’avais affaire à de très bons comédiens, qui plus est fédérateurs et généreux. Je sais précisément ce que je veux mais lorsque je l’ai obtenu, je suis ouvert à toute proposition jusqu’à la tourner si je la sens meilleure que la mienne. Si c’est meilleur, je m’incline.

J K
Photo Marc Brossaert

Comment ça s’est passé avec les gosses, Frédéric ?
J’avoue qu’au départ j’appréhendais d’avoir cinq gosses à gérer sur le plateau. Mais ils ont été très pro et quelquefois c’est eux qui me demandaient de refaire une scène. Mais c’est vrai que les enfants sont souvent très bons dès la première prise car ils y vont franco sans se fatiguer l’esprit à savoir ce qu’ils font. C’est instinctif et souvent moins bien aux prises suivantes qu’à la première. D’autant qu’ils se fatiguent plus vite.
– C’est vrai -ajoute Audrey – qu’avec eux il faut être plus attentif, plus concentré afin de ne pas les faire rejouer trop longtemps. Il faut donc être aussi efficaces qu’eux dès la première prise.
Florent vous êtes un père un peu en retrait, très nuancé, loin des personnages dans lesquels on vous connaît…
C’est ce qui m’a plus dans ce rôle qui est loin de ce que je fais d’habitude. Pourtant dans la vie, outre que je rigole beaucoup, je suis un véritable papa poule… presque une maman ! Et là, jouer dans le recul, dans l’émotion, ça m’a beaucoup plu et lorsqu’on a un réalisateur comme Fred, ça incite à s’investir beaucoup plus et ça aide à progresser. Sans compter qu’on a vécu en vase clos en Belgique, durant deux mois et que ça a créé des lien,s… On a même dormi ensemble (Non… je rigole !). Mais on s’est beaucoup amusé.
– C’est vrai -ajoute Audrey – que tourner loin de Paris fait qu’on vit ensemble en vase clos, on ne se déconnecte pas, on n’est pas distrait par autre chose. Ainsi des liens très forts se sont tissés entre nous.
– Et quel plaisir – de rajouter Fred – de se retrouver pour la tournée-promo. J’attendais ça avec impatience !
– Tu dis ça – dit Florent – parce que tu en est au début ! Peut-être qu’à la fin on ne se supportera plus !

L

Alors, les projets de chacun : Frédéric ?
Le temps de faire la promo, que le film sorte et je vais me lancer sur un autre film.
Que devient le comédien ?
Pour moi c’est terminé, je vais me consacrer à l’écriture et à la réalisation.
Et vous Audrey, pourquoi avoir arrêté « Scènes de ménages » ?
Deux chiffres : 10 ans, 4500 sketches ! J’avais envie d’autre chose. Le personnage ne vieillit pas… moi, si ! Il était temps que je parte, même si la production me facilitait la tâche pour tourner où jouer au théâtre. J’avais envie de partir au bon moment et le moment était venu.
Et alors ?
Alors le 9 janvier sortira le film d’Allan Mauduit « Rebelles » avec Cécile de France et Yolande Moreau. Devrait aussi sortir « Les invisibles » de Louis-Julien Petit avec Corinne Masiero.
Et vous Florent… Le théâtre, la télé ?
Ce sera la télé où je vais tourner une série pour M6, émanant du film « Papa ou maman ». Ce sera le même titre. »
Et les voilà partis vers le public devant une salle comble qui a adoré le film et leur a fait une ovation. Plein de gosses avaient des questions à poser. Et par-dessus tout ça, chose rarissime aujourd’hui avec les artistes, durant une heure ils se sont partagés entres selfies et dédicaces dans une ambiance aussi chahuteuse que chaleureuse.
Nous avons vraiment passé une belle journée !

B A C

Jacques Brachet

Six-Fours
Au Six N’Etoiles… comme à Cannes !

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Cate Blanchet, présidente  et Martin Scorcese déclarent ouvert le 71 ème festival de Cannes

Mardi soir, le festival de Cannes s’ouvrait… à Six-Fours !
Explication : comme chaque année, la direction du Six N’Etoiles organise, pour ce grand événement, la montée des marches. Montée beaucoup plus modeste mais avec tapis rouge, s’il vous plait où après s’être fait photographié par… trois photographes, le public s’installait pour voir en direct la vraie montée des marches et la cérémonie d’ouverture sur grand écran.
Mais cela ne s’arrêtait pas là puis que Paul Bertin, le grand ordinateur de cette soirée, nous offrait à la fin de la cérémonie, un verre de champagne, avant ne l’on rejoigne la salle pour assister en direct comme à Cannes, au film d’ouverture.

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Il s’agissait du film d’Asghar Farhadi « Everybody knows » avec le couple vedette, à la ville comme à l’écran, Penélope Cruz et Javier Bardem.
Un film un peu étrange, entre thriller et film d’atmosphère où, à l’occasion du mariage de sa sœur, Laura (Pénélope Cruz) revient en Espagne avec ses enfants, son mari Alejandro (Ricardo Darin) n’ayant pu l’accompagner. Elle y retrouve entre autre Paco (Javier Bardem, avec qui elle eut une liaison.
Au cours du mariage, sa fille est enlevée avec demande de rançon à l’appui. Pour ne pas prévenir la police, Paco mène l’enquête et très vite, le secret de famille dont personne ne parle mais que tout le monde croit connaître, à savoir que la fille est celle de Paco va orienter le ou les coupables vers la famille. Mais la famille étant nombreuse quels pourraient être les coupables de cette machination ?

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Jusqu’au bout la suspicion va de l’un à l’autre car beaucoup d’entre eux peuvent, pour différentes raisons, être les auteurs de l’enlèvement.
En cela le film est intéressant car il nous retient en haleine jusqu’aux dernières images. Par contre, il y quelques longueurs et certaines scènes sont maladroitement filmées.
Les trois comédiens principaux sont par contre, parfaits chacun dans son rôle, Pénélope Cruz en mère éplorée, Javier Bardem en meneur d’enquête qui a toujours un sentiment pour Laura et est prêt à tout pour sauver sa fille lorsqu’il apprend qu’il en est le père et Ricardo Darin, qui joue sur le fil de l’ambiguïté, puisque père de substitution, mari bafoué ou tout simplement père accablé ?
Après ce film quelque peu oppressant, le sourire revenait à cinq spectateurs dont le tirage au sort de leur billet les désignaient comme gagnants de places de cinéma.
A noter que sur les invitations à cette soirée, il avait été demandé aux spectateurs de venir en tenue de gala. Mais Six-Fours n’étant pas Cannes, peu d’entre eux s’y plièrent. Par contre, voir Paul Bertin « encravaté » était une grande première et tout son personnel et les élèves de la section accueil du lycée de la Coudoulière avaient joué le jeu et étaient beaux comme des soleils !

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Ce fut une belle soirée cannoise… sous le ciel de Six-Fours !

Jacques Brachet

Six-Fours – Six n’Etoiles
Les Chevaliers du Fiel, héros pour « de rire »

A

Foule dense pour l’avant-première du film des Chevaliers du Fiel : « Le municipaux, ces héros », au six n’Etoiles de Six-Fours.
Il faut dire que depuis quelques années, s’il y a des humoristes qui remplissent les plus grandes salles, ce sont bien Eric Carrière et Francis Ginibre, le duo infernal composant les Chevaliers du Fiel.
Avec leur accent chantant qu’ils ont pris du côté de Toulouse, ils ont imposés leurs personnages de municipaux au fil des ans, faisant crouler de rires un public très large… les municipaux eux-mêmes qui, quoiqu’on dise, on de l’humour !
Les voici donc dans un film très attendu « Les municipaux, ces héros », écrit par Eric qui a aussi signé la musique, réalisé par les deux énergumènes qui se sont entourés de quelques pointures du rire : Marthe Villalonga, Annie Gregorio, Sophie Mounicot, Eric Delcourt, Lionel Abelanski, Bruno Lochet, l’un des inénarrables Deschiens et même l’ami toulonnais Yves Pujol.
Oui mais voilà : un spectacle de duos d’humoristes ne fait pas un film. Du moins, s’il le fait… ça ne le fait pas !
Avouons-le, ce film est une pantalonnade faite de bric et de broc, une suite de sketches quelque peu éculés, entrecoupées de situations totalement iconoclastes. Ce n’est même plus de la caricature, ça va au-delà et à la fin, ce n’est même plus drôle.
On est totalement en « absurdie » comme dirait Michel Sardou et j’avoue que, ayant adoré leurs spectacles et y ayant beaucoup ri, ayant rencontré ces deux comiques au demeurant fort sympathiques, au cinéma, ça ne passe pas, tellement les situations sont outrancières. N’est pas Laurel et Hardy qui veut !
Heureusement que, sur leur demande, nous n’avons pas eu de projection de presse car ils voulaient qu’on voit le film avec le public. Je l’ai donc vu après notre rencontre et j’en suis heureux tant j’aurais eu de mal à leur dire que j’avais aimé. D’ailleurs je n’aurais pas pu !
Nous nous sommes donc rencontrés entre deux portes car leur promo était vraiment la course à l’échalote et que le temps nous était compté.

E H  « Le film – nous explique Eric – a été tourné à Port Vendre, qui est un magnifique petit port dont on ne parle pas assez. Nous avons royalement été reçus par le maire qui nous a avec humour, prêté ses… employés municipaux, tant pour nous aider que pour faire de la figuration. Ce qui prouve qu’ils ne nous en veulent pas !
– De toutes manières – ajoute Francis – ce que nous écrivons sur eux, ce n’est jamais méchant et c’est tombé sur eux mais nous aurions pu prendre n’importe quelle autre administration, on aurait pu écrire la même chose !
– Oui, ce n’est pas une critique puisque, finalement, ce sont des travailleurs comme les autres. Le seul problème c’est que eux, il travaillent toujours debout et lorsqu’il s’assoient, ça se voit !
Comment s’est passé le tournage ?
Francis :
Sous le soleil durant sept semaines, dans une bonne humeur communicative entre les 80 techniciens qui travaillaient autour de nous, les fameux municipaux et la bande de joyeux comédiens que nous avons choisis.
Justement, comment les avez-vous choisis ?
Eric : Par affinités. Ce sont tous des copains et le seul critère étaient qu’ils veuillent bien entrer dans notre univers, ce qu’ils ont fait je crois avec une apparente facilité. Il fallait bien sûr qu’ils correspondent à nos personnages. Mais lorsqu’on on a besoin de quelqu’un qui est sans cesse bourré, on pense aussitôt à Bruno Lochet qui a déjà le physique de l’emploi !!!
Eric, comment écrire un tel scénario ?
Tout comme lorsque j’écris les sketches : en observant, en regardant, en écoutant ce qui se passe autour de nous… C’est souvent du vécu, sinon par moi mais par d’autres que je rencontre au hasard. Tous les jours j’entends et vis des trucs exceptionnels qui peuvent faire l’objet d’un sketch. Par exemple, un matin, je vois arriver un municipal avec une balayeuse toute neuve qui roule à deux à l’heure. Je ne sais comment il a fait mais à la suite d’une fausse manœuvre, elle tombe à l’eau.
Lorsque le maire lui demande où elle est, paniqué il répond : « On nous l’a volée ».
Surprise du maire qui ne comprend pas qu’il n’ait poursuivi le voleur qui roulait à 2 l’heure… Et autre surprise quand, de sa fenêtre, il voit la balayeuse sortir de l’eau au bout d’une grue !
Du coup j’ai incorporé l’histoire dans le film !
Pour d’autres trucs, on les retrouvera dans un spectacle car je note tout.

JI

Justement, l’avenir c’est le cinéma ou le théâtre ?
Francis :
Ça dépendra du public et… du fric que le film engrangera, s’il en engrange !
Ce dépend des envies et des propositions de producteurs. Faire un film, entre l’écriture et sa sortie, c’est un travail de longue haleine. On doit se projeter, arrêter de jouer au théâtre. C’est difficile à mettre en place.
Là, on prépare un nouveau spectacle. Ça va prendre du temps, s’il marche on va le jouer longtemps et pendant ce temps, on ne peut pas tourner.
On peut parler de ce nouveau spectacle ?
Eric :
Oui, il s’intitulera « Camping-car for ever ».* C’est l’histoire d’un couple qui part en vacances au Mont St Michel. Il arrive tôt le matin pour installer le véhicule à la meilleure place afin d’avoir au matin la plus belle vue du Mot St Michel. Mais durant la nuit, un autre camping-car vient juste s’installer devant eux !
Donc, on ne pleurera pas ?
Certainement pas, nous disent-ils en cœur et en rigolant !

C

Jacques Brachet
* « Camping-car for ever »
– Mercredi 23, jeudi 24 janvier 20h30, le Silo, Marseille
– Vendredi 25 janvier 20h30, Zénith-Oméga, Toulon

 

Jean-Marc BARR
30 ans après « Le Grand Bleu »

A

En 1988,un film nous faisait découvrir quatre hommes : Luc Besson, Jean-Marc Barr, Jean Réno et Jacques Mayol grâce à ce film devenu aujourd’hui mythique : « Le grand Bleu ».
Il raconte l’histoire de cet homme incroyable que fut Jacques Mayol, qui détenait le record d’apnée à 100 mètres en 1976 (Puis 103 mètres en 1963) et fut nommé « L’homme dauphin ».
Trente ans après, voici que le réalisateur Lefteris Charitos lui rend hommage avec ce docu-biopic : « L’homme dauphin » dont les commentaires en voix off sont dits par celui-là même qui incarna Jacques Mayol à l’écran : Jean-Marc Barr.
La boucle est donc bouclée.

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Ce film est un mélange d’archives et de témoignages de gens qui ont travaillé avec lui, de sa fille et de son fils, d’Enzo Maiorco dit Molinari, qui fut son grand adversaire à celui qui irait au plus profond, et nous montre quel être exceptionnel était Mayol, qui n’avait que trois passions : la mer, les dauphins et les femmes.
Homme exceptionnel mais homme complexe aussi car ne vivant que pour ses passions, oubliant femme et enfants, n’ayant aucune attache, peu d’amis car de ceux-là, il s’en servait pour vivre bien souvent à leurs crochets ou les utilisant, jouant les stars avec son physique à la Clark Gable et finalement terminant sa vie seul dans sa maison de l’île d’Elbe où il se pendit en 2001, à l’âge de 71 ans. D’ailleurs, au pied de son refuge où il vécut durant 30 ans, une pierre commémorative a été gravée dans la mer Tyrrhenienne.
Parcours de légende, parcours qui finit mal mais Jacques Mayol, entré dans la légende grâce à ce film de Besson qui, dit-on, lui fit perdre un peu les pédales et qui reste aujourd’hui l’image de l’aventurier de cette époque flamboyante, lui qui repoussa les limites physiologiques de l’homme.
Ce film retrace toute cette vie vouée à la mer, avec de magnifiques documents, car il faisait tout filmer de ses exploits et le témoignage de ces scientifiques du monde entier avec qui il travailla sans jamais s’attacher, qui le vénéraient malgré tout.
Ayant perdu Gerda qui aurait pu être la femme de sa vie mais qui fut assassinée dans un supermarché, il confessa à sa fille, à la fin de sa vie, cette phrase terrible : « Je regrette de n’avoir pu fonder une famille », alors qu’il avait deux enfants.
En fait, sa famille, c’étaient les dauphins avec qui il avait des rapports très particuliers, peut-être la seule véritable attache qu’il eut dans sa vie.
Jean-Marc Barr, qui garde de beaux souvenirs du tournage du « Grand Bleu » qui le lança comme comédien, est venu présenter ce film au Six N’étoiles de Six-Fours avec beaucoup d’émotion et de plaisir.
Du jeune garçon timide que j’ai connu voici 30 ans, je retrouve avec plaisir ce regard rieur, ce sourire lumineux, cette gentillesse et cette simplicité qu’il a gardés.
C’est à l’Hôtel Rives d’Or aux Sablettes, face à la mer(of course), que nous conversons sur cette aventure et sur tout ce qu’il a fait depuis cette année 88 où le public le découvrit.

 F G

Jean-Marc, comment t’es-tu retrouvé sur ce film ?
C’est le metteur en scène qui, pour les besoins du film, est venu me voir à Paris pour m’interviewer. Deux mois plus tard, avec le producteur, il me demandait si je voulais, en voix off, dire des extraits du livre de Mayol « Homo delphinus »
Qu’est-ce que ça fait de se « replonger » dans « Le Grand bleu » 30 ans après ?
Ça fait remonter des souvenirs de tournage, de rencontres. Il faut te dire que c’est un film que je n’ai jamais pris au sérieux. Ca a été un beau cadeau pour moi puisque ça m’a fait connaître mais ça n’était pas du tout le cinéma que je voulais faire, je le savais déjà. D’ailleurs, après le tournage, je suis allé trouver Lars von Trier pour tourner « Europa » et l’on m’a appris le succès du film qui m’a étonné. Mais, alors que je parle anglais depuis mon enfance, je n’ai jamais voulu entrer dans le cinéma « capitaliste américain » qui fait rarement des films pour l’art. Je préfère le cinéma indépendant et j’avais envie de choisir ma carrière et d’aller vers un cinéma plus artistique, plus intellectuel. Je savais que ce ne serait pas en Amérique que je pourrais le faire, mais en Europe. Même si je ne gagnais pas de sommes folles.
Après le succès du film, c’était risqué !
Peut-être parce que, le film étant sorti en anglais, j’avais des proposition mais j’ai gardé l’idée que j’avais car je savais que, si j’allais dans cette direction, ça durerait deux ou trois ans et ça se serait arrêté. J’ai donc préférer tout de suite dévier et je me suis baladé partout en Europe pour faire le cinéma que je voulais faire.
C’est un cinéma plus intimiste
Oui, je le sais mais je ne fais pas de cinéma pour gagner de l’argent, du moins pour toucher des cachets mirobolants. Je fais un film pour ce qu’il m’apporte intellectuellement et pour l’amour de l’art, pour faire ce que je considère comme une œuvre. Je n’ai jamais eu de rêve de star. Et c’est grâce à ces films que j’ai choisis que j’ai acquis, je l’espère, un certain talent d’acteur.

D C

Revenons au « Grand Bleu ». Quels souvenirs en gardes-tu ?
Le souvenir d’une belle aventure, celle, entre autre, d’avoir rencontré Jacques Mayol avec qui j’ai passé de beaux moments, malgré l’immense ego qu’il pouvait avoir et avec qui j’ai eu des relations jusqu’à la fin de sa vie. Nous nous sommes beaucoup appelés. Deux mois avant sa mort il m’avait confié son mal être. J’ai été très triste d’apprendre sa mort mais pas étonné.
A quoi cela était dû ?
C’était un homme seul car il n’a toujours vécu que pour sa passion, délaissant femme, enfants. Il n’avait pas d’amis mais des gens avec qui il travaillait, des partenaires avec qui il ne se liait pas et qu’il gardait tant qu’il en avait besoin. Lors de la sortie du film, si ça l’a fait connaître, il était quelque part jaloux que ce soit moi que l’on regarde plus que lui. D’autant que Luc Besson m’avait choisi alors que, physiquement, on était loin de se ressembler. Il a eu du mal à le digérer.
N’était-il pas un incompris ?
Peut-être mais certainement par sa faute car il ne faisait aucun effort vers les autres. Il vivait pour sa passion, il ne se compliquait pas la vie pour les autres? Du coup, on l’admirait beaucoup mais on ne le comprenait pas. J’ai été très touché en visionnant le film, des larmes des Japonais avec qui il a travaillé car ils le considéraient comme un vrai héros et il les a inspirés et poussés à aller plus loin et susciter des vocations.
Il t’a également donné le goût de cette pratique : l’apnée ?
Certainement et j’en fais toujours. Être en apnée c’est être en symbiose avec sa propre insignifiance et nous amène vers la sagesse. Être en contact avec la mer est quelque chose d’à la fois sensuel et spirituel. C’est magique car on est dans l’amour, la beauté.C’était déjà le message du film et c’est cent fois plus important aujourd’hui. C’est en quelque sorte une petite mort puisqu’on ne respire plus. D’ailleurs la fin du film reste mystérieuse, chacun peut l’interpréter à sa manière. En même temps, elle ressemble à la mort de Mayol.

B

Et toi alors, que deviens-tu ?
Je joue au théâtre, je tourne, je réalise… lorsque je le peux car aujourd’hui c’est devenu difficile. J’ai réalisé six films avec Pascal Arnold mais ça fait six ans qu’on rame pour réaliser un film parce que nos sujets ne sont pas assez commerciaux, nous ne sommes pas assez formatés. Mais nous ne voulons pas faire de concessions. Alors, en attendant je joue ailleurs.
Il y a eu l’important rencontre avec Lars van Trier ?
Oui, avec qui j’ai fait cinq films. C’est le cinéma indépendant que j’aime. Lars est un grand réalisateur et j’aime tourner avec lui même s’il n’est pas le réalisateur le plus populaire. Mais c’est ce cinéma qui me donne envie de faire mon métier.
Tu te partages entre cinéma, télévision, théâtre…
Oui puisque, de 2011 0 2016 j’ai tourné dans la série télé « Deux flics sur les docks » avec Bruno Solo. J’ai tourné au cinéma un film en noir et blanc « Grain » de Semih Kapanoglou. Puis j’ai retrouvé mon ex femme Irina Decermic pour créer dans son pays, à Belgrade, un spectacle tiré de la nouvelle de Tplstoï « La sonate à Kreutzer » où elle joue au piano du Beethoven avec Sonja Kalajic au violo. La pièce a été traduite et jouée à la Comédie de Picardie et que nous reprenons à la rentrée au Studio Hebertot à Paris. Je viens de tourner une série allemande pour Arte « Bad Banks » réalisée par Christian Schworchow…
Donc tu es un homme heureux ?
D’autant plus heureux que je viens d’être pour la première fois papa d’un petit Jude que j’ai eu avec la réalisatrice italienne Stella di Tocco et nous partageons notre vie entre la France et l’Italie ! »

E

Après ce bel entretien, Noémie Dumas, directrice du Six N’étoiles le recevait donc autour de deux visiteurs de marque : Gilles Grandguillotte, directeur administratif et financier de la société Paul Ricard et Nardo Vicente, biologiste, fondateur de la revue « Océanorama » de l’Institut océanographique Paul Ricard.

Propos recueillis par Jacques Brachet