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Châteauvallon : GIONO ouvre les festivités

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Quel plaisir de se retrouver dans ce lieu magique qui nous a tant manqué !
Nous revoilà dans cette pinède, entourés de ces bâtiments de pierre imaginés par le génial Henri Komatis , que j’ai vu sortir de terre, sous un ciel magnifiquement bleu, dans la douce chaleur estivale, avec pour seul bruit la stridulation des cigales et les papotages des habitués qui ont repris avec joie le chemin du théâtre national et qui se retrouvent avec grand plaisir.
Et pour ouvrir en beauté, c’est Jean Giono qui était à l’honneur pour une belle soirée où Jacques Meny, auteur, réalisateur, président de l’association des amis de Jean Giono, vint parler du rapport qu’entretenait celui-ci avec la Provence et la Méditerranée, sous le regard de Sylvie Giono, fille du grand maître. Puis ce fut autour de Claire Chazal, présidente de Châteauvallon-Liberté et de l’ami Charles Berling, de venir nous offrir des textes choisis. Enfin, pour terminer cette soirée en beauté, Jaccques Meny nous proposa un film réalisé par Giono «Crésus».
C’est donc celui-ci qui démarra cet hommage sur les hauteurs du site, dans la pinède où sa voix se mêla à ces cigales qui font partie intégrante du lieu et… de notre «pays».
En octobre de cette année, on commémorera le cinquantième anniversaire de la disparition de ce bel auteur et depuis le début de l’année, il est chanté un peu partout. Et puis il y a eu ce satané virus qui a tout arrêté. Mais Jacques et Sylvie sont repartis de pied ferme en redémarrant à Châteauvallon.

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Alors, les rapports de cet auteur avec cette Haute Provence où il est né, sont très ambigus.
En effet, nous explique Jacques, Giono a d’abord toujours dit qu’il était né à Manosque «par hasard», d’un père italien et d’une mère normande et qu’il est allé jusqu’à nier cette Provence «au ciel tragique à force d’azur», lui qui  n’aspirait qu’à des tempêtes, des orages, des brouillards, de la pluie (ce qu’on retrouve dans tous ses romans) et qui rêvait de l’Ecosse.
Pour lui, le soleil c’est l’ennemi, «le tragique solaire».
Il a toujours clamé que son œuvre reposait sur un malentendu et il rageait lorsqu’on le définissait comme un écrivain provençal, régional. Il détestait d’ailleurs les auteurs dits provençaux, comme Daudet, Pagnol, Aicard et pour lui, la Provence la mieux décrite, on la trouve chez … Shakespeare !
«Ma Provence est une Provence inventée, je n’aime pas la mer, je suis allergique à la Côte d’Azur, je méprise «les terres du bas» disait-il encore.
Loin du soleil et des cigales, il était fasciné par la Provence tragique, désertique, silencieuse, inquiétante comme celle qu’il a filmée dans «Crésus» le film qu’il a réalisé.
Il s’est formé à la littérature gréco-latine : Eschyle, Homère, Sophocle, Euripide et aux sources arabes des «Mille et une nuits». C’était son héritage littéraire.
Et pourtant… pourtant il a écrit les plus belles pages de son œuvre dans cette haute Provence qu’il n’a jamais vraiment quittée. Mais, disait-il encore, ses romans auraient pu se passer aussi bien au Mexique qu’en Ecosse ou en Amérique.
Quoiqu’il en soi, il est un écrivain majeur qui reste, même aujourd’hui, l’un des auteurs les plus lus en langue française et qu’on apprend à l’école.
Le temps lui étant imparti étant terminé et même si on l’eut encore écouté avec plaisir, Jacques Meny dut laisser sa place à Claire Chazal qui vint nous lire un long et admirable extrait du roman «Le hussard sur le toit», œuvre majeure de Giono qui fit l’objet d’un film et qui reste une œuvre de grande actualité puisque elle parle du choléra qui dévasta la région comme le fit (et hélas le fait encore)  le Covid 19. Elle nous lut la rencontre d’Angelo avec Pauline, atteinte du choléra et qu’il soigna durant toute une nuit. On reconnait entre toutes, la voix de Claire Chazal qui, durant tant d’années, nous annonçait les nouvelles du jour. Cette voix claire ( !), profonde, grave avec laquelle elle nous distilla les mots de Giono. Ce fut un grand moment de charme et de beauté.

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Avec plus de fougue et de passion – comme toujours pourrait-on dire ! – Charles Berling prit le relais pour nous assener un vrai grand moment de lucidité de l’écrivain dans «Les vraies richesses», un essai sur le monde qu’il vivait et qui n’a pas beaucoup changé, où il dénonce la vanité, l’égoïsme des hommes, cet amour de l’argent, de la gloire, qui passe au-dessus de l’amour de l’autre, nous priant d’écouter notre cœur et ce qui est le plus beau en nous…
Un texte d’une grande puissance, d’une grande émotion qui reste tellement actuel.
Après tous ces beaux mots entendus, un petit pique-nique fort sympathique nous attendait, où chacun put se mêler aux autres, (toujours  dans une stricte distance voilée !) et échanger avec nos quatre personnalités dans une atmosphère de détente et de simplicité.
Puis Jacques Meny nous proposa de revoir ce film que Giono tourna à 65 ans : «Crésus».
Il y avait fort longtemps qu’il voulait réaliser un film mais il avait peur de l’ombre de Pagnol et que l’on dise qu’il faisait «du Pagnol».
Au générique Fernandel omniprésent sur l’écran, entouré des tas de comédiens, de seconds rôles «que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître» et qu’on redécouvre avec plaisir : Rellys (1er Ugolin de Manon des sources) ; Paul et Jacques Préboist, Marcelle Rançon-Hervé, le fameux bégayeur Pierre Repp, Olivier Hussenot, la grand Sylvie (La vieille dame indigne de René Allio) …
Et par-dessus tout ça, la musique de Joseph Kosma, musicien prodigieux qui signa des dizaines de musiques de films et de chansons dont les fameuses «Feuilles mortes» sur des paroles de Prévert .
Le film remastérisé par les soins de Jacques, a un peu vieilli mais les images en noir et blanc sont superbes, montrant ces fameux paysages lunaires qu’appréciait tant Giono, Fernandel étant tout simplement magnifique et les dialogues ciselés.
Et pourtant, nous explique Jacques, le film fut massacré par la critique à sa sortie en 1960 même si, quelques années plus tard Tavernier avouait que c’était un des meilleurs films qu’il ait vu, Roger Hubert, directeur photographe le comparant aux «Enfants du Paradis», ce film étant aujourd’hui considéré comme un classique.
A noter qu’on retrouve au générique Claude Pinoteau comme conseiller technique et Costa-Gavras comme assistant réalisateur.
C’est avec cette pensée que «l’argent ne fait pas le bonheur», que se terminait cette fraîche soirée et qu’on quittait nos chaises-longues les étoiles pleins les yeux et le ciel.
L’ombre de Giono a plané sur nous.

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Jacques Brachet







Le monde fantastique de Federico FELLINI

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Né en 1920 à Rimini en Italie, Federico Fellini est mort à Rome en 1993.
Il aurait 100 ans cette année
Il fut l’un des réalisateurs les plus original, le plus fantasque dans un cinéma des années 50, s’essoufflait un peu. Il lui a redonné ses titres de noblesse jusqu’à le ramener au premier plan.
Démarrant comme scénariste, il va très vite s’imposer en tant que réalisateur avec «Les nuits de Cabiria» et surtout «La strada», ce film voyant également naître une star : Giulietta Masina, qui deviendra son épouse en 43 et le restera jusqu’à ce qu’il disparaisse. Elle le suivra d’ailleurs quelques mois après. Fellini fait aujourd’hui partie des plus grands réalisateurs du monde avec à son palmarès quelques films marquants du XXème siècle : «Les Vitelline», «Huit et demi», «La dolce vita», «Satyricon», «Casanova», «La città delle donne», «E la nave va», «Ginger et Fred» et son tout dernier, «La voce della luna», tourné trois ans avant sa disparition.
Je ne le rencontrai qu’une seule fois, au festival de Cannes en 89, où il présentait «La cità delle donne» (La cité des femmes), grâce à mon amie la comédienne Anna Prucnal qui m’avait invité à un cocktail que la production donnait en son honneur et où j’allais avec mon fidèle ami, le photographe Serge Assier.

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Le tout Cannes était évidemment présent, d’où impossibilité d’avoir un moment d’entretien mais ce colosse à la stature impressionnante, était un homme affable, charmant, simple, qui prit le temps pour saluer tout le monde et d’avoir un mot pour chacun.
Alors que quelqu’un venait lui dire qu’il l’admirait et le considérait comme l’un des plus grands réalisateurs, il répondit humblement :
«C’est vrai, j’exerce ce métier de scénariste et de réalisateur mais je n’ai jamais considéré cela comme un vrai métier car c’est une passion avant tout, j’aime inventer des histoires, les raconter. Il y a certainement beaucoup de choses de moi dans mes filma, des épisodes de ma vie… Je m’attache à mes films comme à des enfants, certains que j’aime plus que d’autres…
Avez-vous un préféré ?

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J’ai «une» préférée, c’est Gelsomina, l’héroïne de «La strada»… Je crois que j’en suis amoureux.»
On peut le comprendre puisque Gelsomina n’était autre que sa femme, restées dans le subconscient des amateurs du septième art avec son petit visage de clown chiffonné et triste, criant : «Et voilà le grand Zampano », réplique restée culte.
Fidèle à sa femme jusqu’au bout, on devait la retrouver dans nombre de ses films : «Les feux du Music-Hall», «Le Cheik blanc», «La strada», «Il bidone», «Les nuits de Cabiria», «Ginger et Fred», ce dernier auprès de Marcello Mastroianni qu’on retrouvait lui aussi dans «La dolce vità», «Huit et demi», «La cité des femmes», «Intervista», «Ginger et Fred»
Par contre Giulietta Masina lui fut cinématographiquement souvent infidèle, tournant entre autres avec Rossellini, Lattuada, Comencini, Bertolucci, de Filippo et même avec Duvivier et Brian Forbes.

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Fellini avait une autre corde à son arc : il avait un sacré coup de crayon et nombre de restaurateurs ont gardé précieusement des croquis, des caricatures qu’il dessinait sur les nappes en papier. Et en cette année où il présentait à Cannes «La cité des femmes», le festival rendait hommage à l’artiste en présentant dans le Palais ses œuvres, beaucoup inspirées des femmes, de l’amour, du sexe… Cela faisait partie de ses fantasmes, surtout les femmes plantureuses et même plus que plantureuses, avides de sexe comme lui qui était quelque peu obsédé, disons-le !
Certains de ses dessins ne sont pas à mettre entre toutes les mains !
Couvert d’honneurs, de prix, de distinctions, il reçut entre autres la palme d’or à Cannes  pour «La dolce vità» et même Hollywood lui remit en 93 un oscar d’honneur !
Il laisse une œuvre à nulle autre pareille, originale, fascinante, onirique, symbolique, très souvent controversée mais qui fut toujours très populaire car chargée d’humour, souvent de paillardise, de joie et d’exubérance mais d’une rare intelligence, d’une grande qualité intellectuelle, d’un esthétisme que seul un peintre pouvait donner sur un écran.
En fait, une œuvre véritable qui fait partie du patrimoine mondial du septième art.

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Jacques Brachet
Photos Serge Assier




Michèle LAROQUE… Le bonheur de faire ce métier

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Catherine (Michèle Laroque) pourrait être heureuse de retrouver une vie de couple avec Yann (Stéphane de Groodt), alors que leurs deux filles ont quitté le foyer.
Seulement voilà, Yann, tout en occultant le voyage qu’il avait promis de faire avec sa femme.
Yann, venant de prendre sa retraite, tourne en rond et est devenu accro aux bonzaïs avec qui il entretient des relations… humaines.
Comble de joie, leur fille Anna (Alice de Lencquesaing) revient à la maison avec Thomas, son compagnon (Olivier Rosemberg), celui-ci ayant à la fois perdu son job (ce qu’il ne dit pas à Anna) et l’appartement que leur prêtait un copain.
Cela bien sûr, va perturber Catherine qui, tout en aimant sa fille, ne veut plus retourner à la case départ. Elle va donc tout faire pour que le couple ne s’incruste pas.
Ca donner lieu à des scènes cocasses où en fait, personne n’est dupe, jusqu’à ce que le petit noyau familial explose.
« Chacun chez soi » est une comédie que signe Michèle Laroque dont c’est le second film en tant que réalisatrice, après le succès de «Brillantissime», ce scénario étant coécrit avec Julien Colombani.
C’est drôle, les dialogues sont percutants, les scènes drolatiques et les comédiens épatants, entre autre Stéphane de Groodt désopilant en retraité  à côté de la plaque mais qui n’est à aucun moment dupe de ce qui se trame entre les personnages.

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Michèle Laroque était de passage à Toulon pour présenter son second film en tant que réalisatrice, scénariste et comédienne malgré les menaces du coronavirus, devant une salle comble partout où elle passe.
Michèle, vous voilà avec votre second film en tant que réalisatrice… Vous y avez donc pris goût ?
Oui, d’autant que pour «Brillantissime», j’étais très stressée. J’avais peur de ne pas en être capable même si l’envie était là. J’ai eu la joie que ce film marche et ait eu un gros succès. Et, bonne surprise, cette fois c’est Studio Canal qui m’a contactée en me proposant ce scénario.
J’ai tout de suite adhéré au projet et nous avons, avec Julien Colombani, travaillé sur une seconde mouture afin de pouvoir m’approprier l’histoire. Nous avons tous beaucoup parlé, une confiance mutuelle s’est très vite installée car ma condition sine qua non était que j’aime l’histoire et me l’approprie. Sinon je n’aurais pas accepté le film.
Qu’est-ce qui vous a plu dans cette histoire ?
Ça tourne autour de la famille et d’un couple dont  l’histoire, sans être dramatique, est un peu compliquée. Mais avant tout, tous s’aiment même si, quelquefois, ils ont du mal à se supporter mais n’envisagent jamais de se séparer et cherchent plutôt des solutions pour gérer tous leurs problèmes.
Vous savez, une famille c’est souvent compliqué, il y a des hauts et des bas mais ça n’empêche pas de s’aimer. On s’engueule, on se dispute, on se dit des choses pas toujours agréables à entendre, mais une fois dites, personne ne boude dans son coin et l’on tourne la page.
Ça vous parle ?
Comme ça parle à tous. J’ai aimé raconter le retour des enfants adultes à la maison, c’est un sujet qui parle à beaucoup de familles : les parents pensent pouvoir un peu respirer après avoir élevé les enfants et le avoir vu partir faire leur vie et… les revoilà parce qu’ils ont des problèmes, ne savent pas où aller et sont obligés de revenir… Ce n’est facile à vivre pour personne. Cette histoire, je le vois lors de cette tournée pour présenter le film, ça touche beaucoup de familles, toutes les générations. Nombre de spectateurs viennent m’en parler après avoir vu le film. Beaucoup s’y retrouvent.
Vous formez un couple incroyable avec Stéphane de Groodt !
Stéphane est fabuleux ! Il y a longtemps que nous nous connaissons et que nous avons envie de travailler ensemble. Il est hyper intelligent et drôle, il comprend tout, tout de suite. Je lui ai envoyé beaucoup de messages pour lui expliquer ce que je voulais, ce que j’attendais de lui. Il est arrivé sur
le plateau totalement imprégné du sujet et de son rôle, il m’a fait des propositions qui allaient dans le droit fil de ce que j’attendais, il a rebondi sur chaque proposition… Il a été incroyable.
Je suis heureuse et fière de lui avoir proposé ce rôle qui sort de ce qu’il a l’habitude de faire, il est plutôt dans le rire et les jeux de mots. Là il joue un rôle décalé de ce retraité qui s’est réfugié dans les bonzaïs, qui a l’air à côté de la plaque mais qui comprend tout de ce qui se passe autour de lui. Il n’est jamais dupe. Il a tout compris, il a foncé et grâce à ça, nous avons gagné beaucoup de temps sur le tournage qu’on devait réaliser en sept semaines. D’un regard, nous nous comprenons.

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Vous avez un casting épatant…
Merci, ça me fait plaisir. J’avais découvert Alice de Lencquesaing dans le film de Maïwen «Polisse» où je l’avais trouvée exceptionnelle. Je ne l’ai jamais perdue de vue, j’ai suivi son parcours, elle est incroyablement vraie. C’est un petit animal.
Olivier Rosemberg, je l’ai rencontré par hasard en découvrant les courts métrages qu’il avait réalisés et dans lesquels il jouait. J’ai adoré son humour dans le film «Family business».
J’ai aussi fait appel pour des «guests», à trois copains : François Berléand, Lionel Abelanski et Vinnie Dargaud qui jouaient déjà ensemble dans la pièce de théâtre «Encore un instant».
François adore jouer les psy, Lionel était heureux que je lui propose de jouer ce prof qui a des idées derrière la tête avec Anna étudiante à la Sorbonne, quant à Vinnie, vu dans «Scènes de ménages», c’est sa première apparition dans un film et il est tellement beau !
Il y a encore ma vieille copine Lola Burbeuil qui joue une femme qui veut tout diriger mais que son mari laisse tomber. Enfin il y a ma fille Oriane Deschamps avec qui je joue pour la troisième fois. Elle était dans «Brillantissime» et «Comme t’y es belle» et je savais qu’elle serait bien dans le rôle de mon autre fille. Elle m’a dit que ce serait la dernière fois !
Ce tournage s’est en fait tourné en famille ?
Totalement et nous avons eu des fous-rires inénarrables. Il y a de quoi faire un sacré bêtisier !
Tout s’est fait dans la joie même durant la canicule où nous avons tourné sous 40° dans une pièce, dans le noir avec 40 personnes !
Au générique, pour les chansons, il y a Gaétan Roussel. Comment s’est fait ce choix ?
J’ai toujours aimé ses chansons et pendant que j’écrivais m’est revenue cette chanson d’un album que j’adorais : «Trafic». Les paroles de la chanson intitulée «Tu me manque, pourtant tu es là» s’adaptaient parfaitement au film et je me suis dit : «C’est «ma» chanson» ! Et puis j’avais découvert un groupe, «Third world» lorsque j’étais étudiante à Montréal. Je l’ai retrouvé au théâtre Edouard VIII et j’ai demandé à son producteur, le fils de Bob Marley, de la mettre dans le film. Il n’était pas très chaud au départ mais j’ai été tenace et il a dit oui ! Quant au groupe Téléphone, nous avons tous une de ses chansons dans la tête et je côtoie Jean-Louis Aubert sur «Les enfoirés». C’est aussi la famille et c’était cohérent.

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Alors, vos impressions après ce film ?
J’ai pris beaucoup plus de plaisir avec ce deuxième film car j’avais plus confiance en moi, j’étais entourée d’une belle équipe et j’avais une certaine connaissance du tournage. J’étais donc plus rassurée et je dois vous avouer que, succès ou échec peu m’importe car je me suis fait plaisir. Bien sûr je serais heureuse que le film marche mais on sait très bien que dans ce métier, il y a des hauts et des bas ; J’ai eu les deux sur la cinquantaine de films que j’ai tournés dont quand même treize qui ont dépassé le million d’entrées. J’ai toujours su rebondir et j’ai la chance et le bonheur de faire un métier qui me passionne, d’avoir tourné avec de grands réalisateurs, de magnifiques comédiens. Que demander de plus ?
Justement… Et maintenant ?
J’ai quelques projets en tant que comédienne mais aussi en tant que réalisatrice. J’étudie tout ça, je ne sais pas quel chemin je vais prendre… On verra… Et vous verrez !

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Patrick Carpentier


Toulon – Pathé Liberté : «Petit pays», mais grand film

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Nous sommes dans les années 1990 au Burundi avant que n’éclate la guerre civile et le génocide des Tutsis au Rwanda.
Gabriel est un petit garçon de 13 ans, insouciant qui vit entre son père français, sa mère rwandaise et sa petite sœur. Jusqu’à ce qu’éclate, d’abord la séparation de ses parents puis la guerre civile, ce qui va le faire grandir, perdre son innocence et devenir un petit adulte qui essaiera de se reconstruire en France.
C’est le roman qu’a écrit Gaël Faye, jeune chanteur qui, avec ce livre, est devenu un romancier universellement connu avec un million de livres vendus et un nombre incalculable de prix et récompenses.
Et c’est ric Barbier qui vient d’en faire l’adaptation cinématographique en collaboration avec l’auteur.
Il est entre autres le réalisateur de «La promesse de l’aube», tirée d’un roman de Romain Gary et nous fait entrer de plain-pied dans cette histoire forte, poignante, bouleversante, histoire vue par ce petit garçon magnifique interprété par Djibril van Copenolle. A ses côtés, sa petite sœur Dayla de Medina, sa maman Isabelle Kabano et son père Jean-Paul Rouve, très loin du personnage des Tuche.
C’est à la fois un film vérité mais aussi une histoire romancée où la poésie est présente, le réalisateur ayant pris le parti de montrer, non pas les atrocités de la guerre qui sont  en fond mais l’histoire d’un petit garçon qui va grandir trop vite.
Le film est totalement maîtrisé, à la fois violent et poétique, chargé d’amour et de tendresse malgré ce que vit cette famille qui va se disloquer. Et les images sont magnifiques,
Le film se termine sur une chanson de Gaël Faye et nous laisse cloué dans le fauteuil d’émotion. C’est un grand coup de poing que l’on prend direct au cœur.
Eric Barbier et Isabelle Kabano sont venus présenter le film à Toulon.

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«Eric, comment êtes-vous venu à réaliser ce film ?
J’ai lu ce film grâce à ma fille qui l’avait lu pour le concours des lycéens dont il avait reçu le prix. J’ai été touché dès la première lecture par l’histoire de cet enfant qui assiste à la séparation de ses parents juste avant le génocide. Tout se passe à travers lui, sa famille, ses copains et c’est ça le vrai sujet dans ce livre. Gabriel est pris par la violence, d’abord de la séparation de ses parents puis, petit à petit, des événements qui se rapprochent. C’est ce qui permettait de filmer et de donner une unité au film. Je ne voulais pas aborder cette histoire de manière frontale.
Et vous Isabelle ?
C’est une drôle d’histoire car comme beaucoup de Rwandais, j’ai lu ce roman voici deux ans. Il a été traduit et bien sûr nous voulions tous savoir comment Gaël Faye avait abordé ce sujet qui nous touche. J’avais été très émue par cette lecture mais je n’avais alors jamais imaginé qu’un jour je tournerais ce film. Comme il y avait un casting, j’y suis allée sans trop y croire et un mois avant le tournage, Eric m’a appelée pour me dire que j’avais le rôle. J’ai dit oui sans hésitation avec des sentiments mêlés de joie et de peur. Mais j’ai aimé ce rôle car c’est un rôle ascensionnel. Il y a des moments de joie, d’extase puis des moments dramatiques. C’est magnifique à jouer.
– Je dois dire – précise Eric – que je n’ai pas eu à voir beaucoup d’actrices, cinq, six, pas plus et lorsque j’ai vu Isabelle je l’ai tout de suite repérée. Elle avait à la fois ce côté mondain, «bling bling» qu’elle joue au début du film, sa vie tourne autour de ses amies et son rêve est d’aller à Paris. Et puis j’ai vu cette profondeur dans son regard lorsqu’elle prend conscience du drame que vit son pays et dont elle en sera une victime lorsque l’histoire la rattrape.
Eric, vous avez tourné avec beaucoup de non comédiens ?
Oui, dont la grand-mère qui raconte l’histoire et qui est magnifique.
Durant cinq jours j’ai fait un casting et j’ai choisi les personnalités qui pouvaient donner quelque chose car je leur fait jouer une histoire qu’ils connaissent et ils apportent une vérité. Certains même ont vécu cette histoire, ce qui donne une vérité aux scènes. Beaucoup ont improvisé, faisant ressurgir des souvenirs, des imagent qui leur reviennent.

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Et pour les enfants ?
Je leur ai laissé beaucoup de liberté et ce n’est pas moi mais les adultes qui les dirigent. Je voulais qu’ils aient cette impulsion spontanée, cette fraîcheur, afin qu’ils n’aient pas l’air de jouer.
Par exemple, lorsque la petite fille téléphone à sa grand-mère, je ne lui avais pas dit que c’était sa vraie grand-mère qui allait lui répondre. Ce qui a donné cette surprise et cette joie naturelles.
Et pour cette scène poignante où la mère ayant perdu ses esprits, oblige sa fille à chanter ?
La gamine n’était pas avertie de ce qu’allait lui dire Isabelle. Et j’ai laissé Isabelle à mener cette scène où la gamine a peur et éclate en sanglots.
– Ca a été difficile – explique Isabelle – car elle appréhendait déjà cette scène mais ne savait pas la violence que j’allais y mettre. Ça l’a surprise et elle a vécu la scène comme une scène réelle, elle a eu une peur bleue et pendant quelque temps, elle ne pouvait plus m’approcher. Elle a eu du mal à supporter ça. Mais il fallait cette surprise pour qu’elle soit prise au jeu car on ne peut pas tourner dix fois une telle scène avec une petite fille.
Où en est la situation aujourd’hui ?
Isabelle : Depuis 25 ans, ça n’a pas changé même s’il y a un calme de façade, il y a une violence latente et ça n’a pas encore évolué. Les élections arrivent et on appréhende toujours ce moment.
Eric : Je veux préciser que ce n’est pas un film sur cette guerre, tout comme le livre c’est au départ l’histoire d’un petit garçon qui voit ses parents se déchirer, se séparer, qui perd son enfance à travers ce qui pour lui est le vrai drame plus que la guerre. Le cœur du film est ce paradis qu’il a perdu, cette enfance volée. Pour lui c’est une déflagration
Ce qui est formidable dans ce film c’est que chaque fois que l’histoire devient trop dramatique, il y a une scène poétique, presque onirique, qui vient la balancer.
C’est exactement ce que je voulais, d’abord parce que le pays est magnifique. Pour des raisons politiques, nous n’avons pu tourner au Burundi mais reconstitué les décors au Rwanda. Je voulais montrer cette belle vision de l’Afrique. Il y pleut beaucoup et le paysage est très verdoyant.
Et le but n’était de faire un film sur ce génocide. On doit bien évidemment l’évoquer mais ce n’était pas le sujet. C’est d’abord l’histoire d’un enfant qui découvre la violence, d’abord celle de la séparation de ses parents et puis, qu’est-ce que comprend un enfant entre toutes ces violences, cette absurdité du racisme de base ? C’est de là que vient la rupture avec l’enfance.

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Que pense Gaël Faye du film ?
Nous avons travaillé étroitement ensemble au scénario et bien entendu il a fallu adapter des situations, en enlever d’autres, beaucoup d’anecdotes qui, dans le livre, apportent cette nostalgie de l’auteur mais qu’on ne pouvait retracer à l’écran. Il a été satisfait de notre travail.
Est-ce que le film sera présenté au Rwanda ?
Isabelle : Nous y partons dans quelques jours pour le présenter en avant-première et c’est un moment très attendu là-bas !
Eric : Et en plus nous emmenons toute l’équipe, Gaël Faye compris ! Ce sera la première fois qu’on se retrouvera tous et surtout les enfants qui ont tissé de vrais lien et qui sont disséminés un peu partout. Je pense que ce sera une vraie fête et un grand moment d’émotion».

Propos recueillis par Jacques Brachet
Sotie du film : 18 mai



La Valette – Cinéma Pathé
Une miss pas comme les autres

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«Quand je serai grand, je serai… Miss France !»
C’est ce qu’annonce le petit Alexandre devant toute sa classe qui, évidemment, se moque de lui.
En fait, en grandissant, il se rend compte qu’il n’est mentalement ni tout à fait un homme, ni tout à fait une femme.
Après la disparition de ses parents, il atterrit dans une maison tenue par Yolande où vit un monde hétéroclite : deux sri-lankaises, un maghrébin, un black, un travesti qui fait le trottoir, qui n’ont pas toujours été gâtés par la vie et qui se sont créé une famille dans ce lieu singulier.
C’est avec leur aide qu’il va prendre la décision de se présenter à la sélection de Miss Ile de France, premier échelon pour accéder au titre de Miss France, sous le prénom d’Alexandra.
Ruben Alvès va nous amener dans cette quête à la reconnaissance par petites touches d’humour et d’émotion mêlés, suivant le chemin de ce garçon qui se cherche et qui, contre vents et marées, va poursuivre son rêve utopique de s’accepter, de se trouver à travers cette féminité qui est en lui.
Avec un sujet pareil, on pouvait s’attendre au meilleur comme au pire. Et l’on a le meilleur tant le scénario est sensible, jamais caricatural, tant les personnages sont attachants, Alexandre Wetter en premier, aussi beau en garçon qu’en fille, dont l’émotion à fleur de peau qu’il a en lui est communicative.
Notons aussi Isabelle Nanty, parfaite dans le rôle de Yolande, la logeuse-amie, qui, sous une nature tonitruante, cache une grande blessure.
Et puis, inattendu, Thibault de Montalembert, qui, aux antipodes de ce mec snob et arriviste de la série «Dix pour cent» se retrouve dans la peau d’un travesti prostitué extravagant qui, lui aussi, se cache derrière ce personnage haut en couleur, nous offrant là une belle prouesse d’acteur.

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C’est au Pathé la Valette qu’on retrouve Ruben Alvès, Alexandre Wetter et l’ami Thibault de Montalembert.
Ruben, comment avez-vous eu l’idée de ce film ?
C’est un sujet qui me tient à cœur depuis pas mal de temps, nourri par mon environnement, des personnages que je côtoie, des interrogations qu’ils ont, de l’identité et d’un certain courage pour aborder sa féminité lorsqu’on est un homme. Je voulais d’abord faire un téléfilm sur ce parcours initiatique et puis j’ai rencontré Alexandre.
Justement, cette rencontre ?
Je l’ai découvert sur Instagram, je me suis aussitôt dit que ce serait lui. Je l’ai appelé, nous nous sommes rencontrés dans un café, je lui ai parlé de ce projet en me demandant quelle réaction il allait avoir…
Et alors, Alexandre ?
(grand et lumineux sourire) Alors je n’ai absolument pas hésité une minute ! Nous nous sommes tout de suite compris. J’étais alors mannequin et j’aimais défiler, que ce soit en homme ou en femme, car j’ai toujours assumé mon androgynie et aimé camper des personnages. Je lui ai posé beaucoup de questions et c’est moi qui lui ai donné l’idée d’en faire un film et non un téléfilm.
Vous n’êtes alors que mannequin. Comment avez-vous endossé ce rôle ?
Avec deux mois de travail avec un coach. Il a d’abord fallu que je perde dix kilos et  c‘est ce qui a été le plus dur ! J’ai pris des cours de maintien, de marche avec les talons. Ça a été du boulot !
Ruben, comment avez-vous eu l’idée de Thibault pour ce rôle de travesti ?
Là encore à la télé en regardant la série «Dix pour cent», une scène où il était nu sur un lit avec son assistante. J’ai trouvé en lui une sorte de féminité et je suis tout de suite dit qu’il incarnerait parfaitement Lola.

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Et toi, Thibault, quelle a été ta réaction lors de cette proposition ?
Une réaction d’acteur. J’ai tout de suite été excité car c’est formidable pour un acteur d’aborder un tel rôle, d’abord parce qu’on fait appel à cette féminité qu’on a tous en nous et puis qu’il fallait à la fois jouer sur le côté ridicule et touchant du personnage.
Toi, tu n’avais pas à faire de régime !
(Il rit) Heureusement non, j’aime bien trop manger ! Le plus dur a été de marcher avec des talons. Je passais mon temps à le faire à la maison… Ma femme était au bord de la crise de nerfs !
Ruben, c’est un film qui joue sur le rire et les larmes, le doux et le dur…
C’est comme dans la vie. Rien n’est toujours drôle ou triste, nous avons tous des failles quelquefois enfouies, mais qui ressortent quelquefois. La vie est toujours ambivalente comme mes personnages. Ce sont des personnages réels, humains. Je me méfie toujours des gens qui sont trop bien dans leur peau. Ca cache toujours une faille. Je pense avoir un vrai regard sur chacun d’eux.
Comment trouvez-vous vos personnages ?
Je n’ai pas à aller bien loin, je n’ai qu’à regarder autour de moi, dans mon entourage. J’aime les gens, j’aime les observer.
Alexandre, quelle a été votre réaction en découvrant le film ?
J’ai beaucoup pleuré
– Il pleure beaucoup dans la vie, coupe Ruben ! Thibault acquiesce en riant.
– C’est vrai et ça me libère mais j’ai quand même été troublé mais heureux de ce que Ruben était arrivé à faire de moi. Mais je suis toujours allé au-delà du physique. Changer de tête ne me gêne pas car en tant que mannequin, je le fais tout le temps. Mannequin ou comédien, je joue un rôle et j’aime changer de rôle.
Ce qui était surprenant sur le tournage, c’est que toute l’équipe était différente avec moi lorsque j’arrivais en homme et ressortais en femme. Cette réaction était très drôle.
Et la réaction de votre  famille ?
Mes parents n’ont pas encore vu le film. Par contre, ce soir je suis particulièrement stressé car je suis varois et j’ai des amis et de la famille qui viennent me voir. Sans compter que, étant Varois, venant souvent dans ce cinéma pour voir des films, je me retrouve au fronton de celui-ci. C’est très émouvant et très étrange.

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Ruben, faire participer Sylvie Tellier au film, c’est gonflé !
Pourquoi ? C’est vrai qu’elle a une image de rigueur mais c’est une femme qui vit avec son temps, qui a de l’humour et une belle ouverture d’esprit. Je l’ai beaucoup fréquentée car durant un an j’ai suivi les sélections dans nombre de villes pour m’imprégner de l’ambiance de ces concours. Elle était curieuse de découvrir le film et en même temps l’appréhendait. Mais elle a aimé et n’a rien voulu changer.
Alexandre, avez-vous pris goût au cinéma ?
Oui et j’aimerais avoir d’autres expériences
– Thibault ajoute : Il faut qu’il continue car il a la grâce, la sensibilité, cette capacité que nombre d’acteurs n’ont pas et la caméra ne peut que l’aimer. Il faut qu’il continue.
Pensez-vous, Ruben, que ce film puisse influencer les mentalités ?
Je le pense et l’espère. Depuis que nous faisons ce tour de France pour présenter le film, nous avons un accueil chaleureux et nombre de gens, jeunes ou vieux, hommes ou femmes, nous félicitent d’avoir abordé un thème qui, malgré tout, reste encore tabou. Ils nous remercient. Il y a beaucoup d’émotion et de larmes et c’est réconfortant de savoir que ce film pourrait permettre aux gens de réfléchir et d’avoir une autre perception de ce sujet »

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Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Monique Scaletta


Toulon – Fête du Livre
Luciano MELIS : Un bel hommage à Lino Ventura

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Luciano Mélis est poète, écrivain, éditeur et si son nom ne sonne pas italien, son prénom n’en fait aucun doute.
A la fête du Livre de Toulon, il présentait un magnifique album sur Lion Ventura, aux côtés du fils de celui-ci, Laurent qui l’a beaucoup aidé dans l’iconographie du livre.
Laurent, comme son père, est un «taiseux» discret et timide, qui plus est agoraphobe. C’est dire qu’il a fait d’énormes efforts pour se retrouve au milieu d’une foule compacte, comme c’est à chaque fois le cas à la Fête du Livre.
Mais Luciano, lui, est heureusement volubile et comme nous nous connaissons, c’est avec lui que nous allons parler de ce livre qui retrace la vie personnelle et la vie d’artiste de l’un des derniers monstres sacrés français disparu trop tôt. Comme il était lui aussi jaloux de sa vie privée et de se dispensait pas en interviewes, grâce à Laurent, nous en savons un peu plus sur l’homme qu’il était, sous la plume de Luciano, le tout parsemé de photos quelquefois inédites mais retraçant une carrière très riche, faite de talent, même si lui-même pensait ne pas en avoir, de générosité, d’intelligence, de fidélité…

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Luciano, pourquoi un livre sur Lino Ventura ?
Parce que j’ai la chance de le connaître dans les années 70 à St Paul de Vence où il passait des vacances en famille, à jouer aux boules avec entre autres Yves Montand, Georges Geret, Jacques Prévert et quelques autres amis dont André Verdet, poète, peintre, sculpteur vivant à St Paul qui est devenu plus tard son ayant droit, et mon ami dont j’ai édité ses œuvres. Là, il vivait en toute liberté, semi-anonymement mais personne ne l’embêtait. Il était dans son élément et pour lui se retrouver là était un vrai bonheur. Ce qui nous a rapprochés, c’est que nous étions tous deux italiens. Grâce à lui j’ai connu sa fille Clélia, Et nous avions des amis communs comme José Giovanni ou Georges Lautner.
C’est un personnage qui m’a beaucoup marqué en tant qu’acteur et en tant qu’homme. Il était humainement très attachant, timide, discret, pudique et pas macho du tout malgré ce qui se dégageait de sa personne. Il était d’une grande simplicité, il aimait être entouré de sa famille, cuisiner pour les copains, partager des matches de foot ou de pétanque…
D’où ce livre…
Oui, l’idée m’étant venue de l’écrire pour le 30ème anniversaire de sa mort, il y a deux ans. J’ai donc contacté Clélia qui, ayant déjà écrit trois livres sur son père, n’était pas très enthousiaste pour un quatrième et qui m’a conseillé de voir son frère, Laurent.
Là ça a été un peu difficile au départ car il n’a jamais voulu être au-devant de la scène. Il était assez réticent mais finalement il a fini par accepter l’idée.
Comment avez-vous travaillé tous les deux ?
Je dois dire que j’avais commencé à écrire le livre avant que Clélia refuse et que Laurent accepte ! J’avais déjà visionné et lu plein de choses mais dès que Laurent a accepté il s’est beaucoup impliqué, m’a proposé beaucoup de témoignages de son enfance. Ensemble on a  choisi les photos et j’ai contacté un maximum de personnalités qui l’avaient connu comme Lelouch, Hossein, bien sûr Lautner et Giovanni, Claudia Cardinale, Brigitte Bardot qui m’a fait un beau cadeau : un texte qu’elle a elle-même écrit, Françoise Fabian, Alain Delon et beaucoup d’autres qui, s’ils ne l’avaient pas connu, l’admiraient et ont écrit de jolies choses. Et puis nous avons aussi répertorié ses films. Il en a fait beaucoup, nous n’avions pas assez de place pour parler de tous. Nous en avons choisi 25 et nous avons beaucoup privilégié l’image.

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Ça n’a pas dû être facile ?
Ça a été un vrai casse-tête car il y avait beaucoup de documents, il fallait faire un choix et pour certaines photos, demander les droits, ce qui était le travail de l’éditrice. Ce furent huit mois de collaboration et de travail. Au fur et à mesure je lui envoyais mes écrits qu’il modifiait où dont il ajoutait des précisions.
Comment s’est fait le montage du livre ?
Tout simplement en suivant la chronologie de sa vie, des événements, des tournages. Et aussi quelquefois par rapport aux documents que nous avions. Au fur et à mesure nous écrivions, nous choisissions les  photos et le travail a avançait petit à petit.
Ça a été une belle expérience, une belle et amicale collaboration.

Propos recueillis par Jacques Brachet

Première édition du Festival Départemental du Cinéma d’Auteur du Var

6/17 novembre
Rétrospective Christian PHILIBERT

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Les Ciné-débats citoyens ont le plaisir de vous présenter la 1ère édition du Festival Départemental de Cinéma d’Auteur, qui aura lieu du Mercredi 6 au Dimanche 17 novembre 2019 sur le territoire varois .
L’objectif du Festival est de mettre à l’honneur des réalisateurs dont l’œuvre cinématographique s’attache particulièrement à des questions humanistes, patrimoniales, historiques et universelles. Ce projet culturel et éducatif est élaboré avec des structures scolaires et sociales du département.
Pour cette 1ère édition, nous avons invité le cinéaste Christian Philibert dont la filmographie est profondément ancrée dans le sud de la France.
Né en 1965 à Brignoles dans le Var, il est notamment l’auteur des 4 saisons d’Espigoule, film culte sorti en 1999 qui fête cette année son 20ème anniversaire. Au fil des années, il construit une œuvre originale et sensible, drôle et authentique, toujours à la frontière du documentaire et de la fiction. Passionné d’Histoire, il a réalisé aussi plusieurs documentaires historiques, consacrés à des personnages et des événements souvent trop méconnus de l’histoire de notre région.
Le Festival propose une rétrospective de 12 films de Christian Philibert. Toutes les projections seront accompagnées par le réalisateur pour un échange avec le public. Axel Graisely et Lobé dédicaceront la bande dessinée Les 4 saisons d’Espigoule pendant toute la durée du festival.

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PROGRAMME DU 6 AU 17 NOVEMBRE
6 novembre – Draguignan – Auditorium Chabran :
14h00 : 1851, ils se levèrent pour la République
15h45 : Provence, août 1944, l’autre débarquement
17h30 ; Afrik’Aïoli
20h30 : Les 4 saisons d’Espigoule + Il était une fois… Espigoule :
7 novembre – Lorgues – Cinéma Jacky Mathevet
19h00 : 1851, ils se levèrent pour la République
21h00 : Travail d’Arabe
8 novembre – Salernes – Cinéma La Tomette
10h00 Séance scolaire : La revanche de Monsieur Seguin + Sur les traces du phacochère  14h30 : Les 4 saisons d’Espigoule
19h00 : Il était une fois Espigoule
21h00 : Afrik’Aïoli
9 novembre – Solliès-Toucas – Salle des Fêtes
18h30 : Provence, août 1944, l’autre débarquement
20h30 : Les 4 saisons d’Espigoule + Il était une fois… Espigoule
10 novembre – Fréjus – Cinéma Le Vox
16h30  : 1851, ils se levèrent pour la République
18h15 : Il était une fois… Espigoule
20h00 : L’affaire Yann Piat
21h30 : Afrik’Aïoli
12 novembre – La Garde – Médiathèque Louis Aragon
17h30 : 1851, ils se levèrent tous pour la République En présence de l’historien Jean-Marie Guillon
13 novembre – Brignoless – Cinéma La boîte à images
17h45 : L’affaire Yann Piat + Il était une fois… Espigoule
20h30 : Afrik’Aïoli
14 novembre – St Maximin – La Croisée des Arts
10h00 : 1851, ils se levèrent tous pour la République
14h30 ! Provence, août 1944, l’autre débarquement
17h30 : Les 4 saisons d’Espigoule
20h30 : Il était une fois… Espigoule + Afrik’Aïoli
15 novembre- Besse-sur-Issole- Cinéma Le Marilyn
18h00 : Les 4 saisons d’Espigoule
21h00 : Il était une fois… Espigoule = Afrik’Aïoli
16 novembre – La Seyne sur Mer – Salle Tisot
17h30 : Français à part entière + Travail d’Arabe
21h30 : Massalia Sound System, le film
17 novembre – Toulon – Espace Comedia
15h30 : Le complexe du santon
17h00 : Travail d’Arabe
17 novembre – Toulon – Le Télégraphe
19h30 : Massilia Sound System, le film  Programme :
21h30 Soirée de clôture avec DJ Kayalik
Nouvel album La Mixtape de Massilia Sound System

Françoise FABIAN, entre musique et cinéma

FRANCOISE FABIAN

Lorsqu’on évoque le nom de Françoise Fabian, on évoque tout un pan du cinéma français, de «Ma nuit chez Maud» à «La bonne année», en passant par «Raphaël ou le débauché», «Le prénom», «Partir… revenir» ou encore «Trois places pour le 26» où la comédienne devenait aussi chanteuse.
C’est aussi des rôles marquants à la télévision : «Les dames de la côte», «La femme coquelicot», «Les petits meurtres d’Agatha Christie», «Dix pour cent», sans parler d’une carrière théâtrale exemplaire.
Elle jouait ? Eh bien aujourd’hui elle chante !
Depuis le conservatoire d’Alger où elle est née, elle n’a jamais cessé de chanter pour le plaisir et toujours l’envie d’aller plus loin. Ce qu’elle fit à quelques occasions mais son métier de comédienne a pris le dessus et après quelques projets avortés voici qu’aujourd’hui elle s’est dit «C’est maintenant ou jamais» et sa rencontre avec ce beau musicien, compositeur et chanteur qu’est Alex Beaupain fera que, voici quelques mois, Françoise Fabian sort son premier album, aidée en cela par Charles Aznavour, Julien Clerc, Jean-Claude Carrière, la Grande Sophie, Vincent Delerme, Dominique A, le tout orchestré par Alex.

FRANCOISE FABIANFRANCOISE FABIAN

Et du coup, la voilà sur les routes de France pour partager ses chansons avec le public qui la découvre chanteuse.
C’est ce qui s’est passé au Théâtre du Jeu de Paume à Aix-en-Provence où, accompagnée de Victor Paimblanc à la guitare, Valentine Duteil au violoncelle et Antoine Tiburce au piano (Il n’y avait pas Alex mais faute de Beaupain nous eûmes du Paimblanc ! et c’est lui qui le remplaça pour chanter en duo avec elle) elle nous offre une heure dix de ses chansons, autour desquelles elle raconte des anecdotes, immisce un très beau moment avec «Un jour tu verras» de Mouloudji, ou encore «J’attendrai», version Rina Ketty sa créatrice puis version inattendue, celle disco de Dalida !
Elle nous parle d’Aznavour, le chante et nous lit la dernière chanson que celui-ci lui a écrite. Elle nous offre une chanson inédite qu’elle avait interprétée à la télévision pour une émission de Jean-Christophe Averty, plus, bien sûr, les chansons de son album.
Chansons poétiques, souvent nostalgiques qu’elle dit plus qu’elle ne chante car, elle en est consciente, elle n’est pas la Callas mais elle a une voix reconnaissable entre toutes, douce, sensuelle qu’elle nous inocule par petits morceaux poétiques qui nous enveloppent. D’ailleurs elle nous raconte une anecdote à propos de Gainsbourg avec qui elle a failli travailler et qui lui avait dit : « Ne prend pas de cours de chant, garde ta voix»… «Je l’ai gardée – nous dit-elle en riant – et ça s’entend !»
Plus qu’une chanteuse, c’est une diseuse, une vraie comédienne à la façon de Gréco, Barbara, Marie-Paule Belle et le public est sous le charme.

FRANCOISE FABIAN

Après la séquence chanson, retour au cinéma le lendemain à l’Eden de la Ciotat, le plus ancien cinéma di monde où son président, Michel Cornille, la recevait pour lui rendre hommage. C’est à la Ciotat que, voici quelques années, je l’avais invitée au Festival du Premier Film dont je m’occupais alors. Je l’avais rencontrée au Festival de la Fiction TV alors à St Tropez où mon ami Jean-Pierre Cassel me l’avait présentée. Ils jouaient danst un très beau film «La femme coquelicot» que je leur avais proposé de présenter à la Ciotat. Héla, Françoise y vint seule, Jean-Pierre nous quittant quelques jours avant. Mais j’eus la joie et l’honneur de lui remettre le Lumière d’Honneur.
La revoici dons à l’Eden où nous avons rendez-vous entre deux films que notre Maître Cornille proposait un public : «Je n’ai rien oublié» de Bruno Chiche et «L’arbre et la forêt» d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau.
Toujours ce beau regard Méditerranée, cette classe, cette beauté hiératique et ce sourire renversant.

FRANCOISE FABIAN

C’est devant un sympathique petit en-cas chinois que nous nous retrouvons avec Michel Cornille, l’ami Jean-Louis Tixier, adjoint à la Culture de la Ciotat et la sœur de Françoise au même regard bleu et nous découvrons avec surprise que nous sommes voisins à Six-Fours !
Françoise a déjà présenté le premier film «Je n’ai rien oublié» de Bruno Chiche dans lequel elle est entourée de Gérard Depardieu, Nathalie Baye et Niels Arestrup. Après le repas, elle présentera «L’arbre et la Forêt» d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau avec pour partenaire Guy Marchand.
«Est-ce vous, Françoise, qui avez choisi ces deux film ?
Tout à fait car d’abord, j’ai tellement présenté le mythique «Ma nuit chez Maud» depuis des années que j’ai eu envie que le public découvre ces deux films que j’aime beaucoup et qui, faute de communication, n’ont pas beaucoup été vus. De plus, je ne les ai moi-même jamais revus depuis leur sortie en 2010 et ça donne deux aspects de la comédienne que je suis, l’un étant un drame, l’autre, une comédie.
Avant de revenir au cinéma, parlons donc de ce disque et de ces concerts, chose nouvelle pour vous.
Pas tant que ça en fait car à Alger, j’ai mené à la fois des études de piano (J’ai joué l’Appassionata de Beethoven !), de chant et d’art dramatique. J’aurais donc pu choisir entre ces trois arts. Il se trouve que mon professeur d’art dramatique m’a fait interpréter un poème de Baudelaire et que l’amour du théâtre m’a alors envahie. Et je suis partie pour Paris avec le consentement de mon père. J’ai fait le conservatoire où j’avais comme copains Girardot, Rochefort, Belmondo, Rich et quelques autres.
Le théâtre m’a donc prise, le cinéma a suivi.
Et la chanson ?
J’ai souvent chanté à la télévision, dans des films, j’ai toujours aimé ça mais le temps passant, je jouais beaucoup au théâtre, je tournais beaucoup et pas seulement en France et du coup, la chanson est un peu restée en suspens avec quelques projets avortés avec Gainsbourg, Béart, Sagan, Dabadie….
Il a fallu ma rencontre avec Alex Baupain pour qu’enfin ça se concrétise… Il était temps !
Parlez-moi de votre rencontre
Alex m’a un jour appelée pour interpréter deux chansons dans un projet qui s’intitulait «Des gens dans l’enveloppe». Il a aimé ma voix et travailler avec moi et m’a alors demandé si je n’avais pas envie de faire un album avec lui. Pourquoi pas ? Me suis-je dit, depuis que l’idée était dans l’air.
Tous ces gens qui sont sur l’album, auteurs, compositeurs, comment sont-ils venus à vous….
C’est Alex qui leur a demandé s’ils voulaient bien m’écrire des chansons et ils ont dit oui. Entre autres Aznavour qui ne voulait me donner qu’une chanson et qui m’a envoyé plus tard, alors que le disque était enregistré, le texte que l’ai lu dans mon spectacle.
Il y manque Bruel avec qui vous avez travaillé sur le film «Le prénom» !
Oui mais ça viendra, il m’écrira une chanson !
Car vous comptez continuer ?
Et comment ! Tant que de beaux artistes voudront bien m’écrire des chansons !

FRANCOISE FABIAN FRANCOISE FABIAN

Et la scène ?
C’est venu tout naturellement. Je ne vous dirai pas que je n’ai pas hésité mais je me suis lancée et je dirais que c’est… un délice épouvantable ! Délicieux car j’avais envie de monter sur scène pour défendre ces chansons et en même temps j’avais très peur de la réaction du public. Et ça a l’air de marcher. Mais c’est très intimidant de chanter devant une salle comme hier soir. Je dois dire que le public a toujours été adorable avec moi.
J’ai trouvé très dôle et très culottée votre version de «J’attendrai», version classique et version disco à la Dalida !
Mais figurez-vous que je ne savais pas alors que Dalida avait fait cette version. C’est amusant.
Figurez-vous que j’avais 6 ans lorsque j’ai chanté cette chanson et à l’époque, lors d’une fête à Argelès-Gazost où l’on passait les vacances, c’était osé de chanter ça pour une petite fille !
Alors un prochain disque de vieilles chansons peut-être ?
Alors là, pas du tout ! J’en mets deux ou trois dans mon tour mais je préfère chanter des chansons écrites pour moi. J’ai déjà celle d’Aznavour mais aussi de Georges Delerue, de François Maurel et bien sûr d’Alex.
Avez-vous ‘autress concerts ?
Oui, une tournée même. Je sais que je vais chanter à Béziers, à Sète, à Nice, j’ai une trentaine de dates dont une chez Laurent Gerra qui veut à tout prix que j’aille chanter chez lui.
Télé, chanson, cinéma, théâtre… Où vous sentez-vous le mieux ?
Ce sera toujours le théâtre, d’abord parce que j’aime la scène, j’aime les textes, j’aime raconter une histoire, j’ai toujours aimé raconter des histoires, même petite, au grand dam de ma sœur qui, quelquefois, en avait assez ! J’aime être proche de mes partenaires, j’aime avoir une idée et aller jusqu’au bout.
Le cinéma, c’est différent car on tourne rarement des scènes dans l’ordre, on doit être patient. Je ne dénigre ni la télé ni le cinéma qui m’ont apporté tellement de beaux moments mais le théâtre et la chanson, c’est du direct, le spectateur est face à vous et il faut lui donner ce qu’il attend.
De beaux réalisateurs vous ont offert de beaux rôles : Lelouch, Bunuel, Rhomer, Thompson, Rivette, Malle, Companeez, Demy… Êtes-vous passée à côté de certains ?
Oui, souvent et par ma faute. Est-ce timidité ou orgueil mais je n’ai jamais su aller vers eux et demander un rôle. Je ne l’ai fait que pour Bunuel, au début de ma carrière. Mais bon, je n’ai pas vraiment de regrets, c’est comme ça et j’ai été gâtée.
Aujourd’hui, quels sont vos projets ?
Ils sont toujours multiples car si je ne travaille pas je m’ennuie. Ou alors je voyage et je fais beaucoup de photos. Entre autres d’animaux sauvages. Ce que j’adore. Mais pour l’instant, j’ai en projets deux pièces de théâtre, un film et certainement un second disque. Rien n’est signé donc je n’en parle pas !»

FRANCOISE FABIAN
Françoise Fabian entourée de Jean-Louis Tixier et de Michel Cornille

Comment ne pas être sous le charme de ce beau regard qui vous scrute, de cette voix qui vous happe et de cette simplicité alors qu’elle est l’un de nos derniers monstres sacrés que nous ayons en France.
La retrouver là où je l’avais quittée a été un joli moment inoubliable.

Jacques brachet
Photos Patrick Carpentier

Six-Fours – Six N’Etoiles : «Fahim»… Une belle histoire

FAHIM

Début des années 2000.
Pour cause politique et menaces de mort, Fahim et son père (Assad Ahmed et Mizanur Rahaman) quittent clandestinement le Bangladesh, devant laisser sur place le restant de la famille. Fahim a huit ans, est un petit génie des échecs et rêve de rencontrer un grand maître à Paris où ils arrivent, sans papiers. A Paris c’est la misère, ils ne parlent pas un mot de français et subsistent  sans moyens et devant se cacher.
Malgré tout Fahim arrive à rencontrer son maître, Sylvain (Gérard Depardieu) un homme solitaire, bourru, ne ménageant pas ses élèves. Mais cette grande carcasse a un cœur d’or et très vite il se rend compte des possibilités de Fahim. Le courant finit par passer grâce à Mathilde (Isabelle Nanty), secrétaire du club d’échec qui va aider ce couple. Il décide de
l’inscrire aux championnats de France alors qu’il est clandestin S’il gagne peut-être alors les choses pourront changer pour le père et le fils.
Le film, tout simplement intitulé «Fahim», a été écrit et réalisé par Pierre-François Martin-Laval, plus connu sous le pseudonyme de Pef et pour son univers déjanté (Les Robin des Bois, Les Profs, Gaston Lagaffe…) Loin de cet univers, il nous offre un film d’une grande sensibilité, d’une grande profondeur, plein d’émotion avec juste ce qu’il faut d’humour pour ne pas tomber dans le pathos ou le mélo..
C’est la véritable histoire de ce petit garçon qui, a 14 ans, a écrit le livre de sa jeune vie «Le roi clandestin», livre qui – avoue Pef – l’a secoué au point de se lancer dans cette aventure.
Le jeune comédien, Assad Ahmed, qui interprète Fahim, est un petit garçon lumineux dont le sourire éclaire l’écran. Il est terriblement doué et l’histoire nous prend aux tripes.
Son père (Mizanur Rahaman) est également émouvant, qui réalise  ce long parcours dangereux  dans un pays où il ne peut s’exprimer, doit se débattre et résister pour que son fils puisse réaliser son rêve.
Que dire de Sylvain, un Depardieux fidèle à lui-même, bluffant, tout en nuances, cachant une fêlure et une grande sensibilité. Prodigieux.
Et puis, Isabelle Nanty, complice de longue date de Pef, rayon de soleil de gentillesse et d’énergie, qui va tout faire pour aider ces deux hommes perdus.
Ce film et une magnifique surprise, Pef a réussi de bout en bout ce film plein de sensibilité et de force, cette aventure qui nous le fait voir avec bonheur sous un autre jour.
Et le bonheur est d’autant plus grand, qu’il débarque avec le vrai Fahim Mohammad, qui a aujourd’hui 20 ans au Six N’Etoiles de Six-Fours.

A FAHIM
Assad Ahmed joue Fahim – Fahim aujourd’hui

«Fahim vous êtes-vous reconnu dans le film ?
Finalement pas tant que ça… Bien sûr, il y a mon histoire, une part de moi tout de même. Mais dans l’ensemble ça va !
Qu’y a-t-il comme différence ?
Je n’ai pas un caractère aussi émotif, je n’ai pas le même attachement pour ma mère. Donc ce n’est pas forcément moi.
Ce film est tiré de votre livre «Le roi clandestin». Vous étiez jeune lorsque vous  l’avez écrit ?
Oui, je l’ai écrit en 2014, j’avais alors 15 ans. En fait je ne l’ai pas vraiment écrit. Je me suis raconté à Sophie le Callenec et j’ai été aidé par mon maître, aujourd’hui décédé, Xavier Parmentier.
Pef, on est loin de votre univers habituel !
C’est vrai, même si de temps en temps j’y ai mis quelques scènes qui ont un côté burlesque ce qui a toujours été ma passion. Mais là, ça ne se prêtait pas à la légèreté, c’est une sorte de conte documentaire, un conte réaliste. J’ai beaucoup basé l’histoire sur l’image pour faire passer l’émotion et que le public puisse suivre l’histoire de façon fluide. Mais j’avoue que j’ai tourné ce film avec plus de tranquillité que les autres…
Pourquoi ?
Je n’avais ni le stress ni l’obsession de faire rire à tout prix, de tourner des gags qui doivent obligatoirement faire mouche sinon c’est fichu. Le combat n’était pas le même, même au montage. J’ai fait ce film en faisant confiance à mes comédiens, mes «non comédiens», les enfants qui jouent dans le film. Il y avait beaucoup moins de pression.

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Pef dans le film et au naturel au Six N’Etoiles

Justement, comment avez-vous choisi ces comédiens ?
Mizanur est cuisinier, ne parle pas un mot de français, nous l’avons abordé car il avait le profil du rôle. Mais ce n’était pas gagné car il a fallu beaucoup insister pour qu’il accepte et puis, au départ, il était maladroit et je me suis longtemps demandé s’il arriverait à faire ce que j’attendais de lui. J’ai dû le bousculer, jouer sur sa corde sensible et enfin, il y est arrivé. Il y a eu un déclic, il a compris le travail d’acteur et est devenu comédien devant moi.
Ça a été un peu pareil pour Assad. Après un casting catastrophique, au dernier moment on l’a attrapé au vol et il a fallu beaucoup insister pour qu’il accepte. Il y avait à peine quelques mois qu’il était en France, ne parlait pas non plus le français et à la fin du film, il parlait presque couramment ! Il avait un coach, un traducteur et il a surtout appris avec ses petits copains du film qui sont tous aussi des amateurs.
Isabelle, on sait pourquoi elle est là, elle est votre complice de longue date mais Depardieu, est-ce que ça a été facile de le convaincre ?
Depuis mon enfance je suis en admiration devant lui. C’est le plus grand comédien français. Au départ j’avais pensé jouer le rôle mais je n’avais pas la stature du personnage. Il me fallait un ogre au grand cœur et j’ai très vite pensé à lui. J’ai fait passer le scénario à son agent et trois jours après il acceptait. Je crois que c’est le plus grand moment de ma carrière. Du coup, je me suis offert le rôle de l’organisateur du championnat afin de l’avoir en face. J’en ai profité pleinement !
Il vous a dit ce qui lui a fait accepter ce rôle ?
Je n’ai pas osé le lui demander mais je pense que pour lui c’était un film important politiquement par rapport à l’immigration, pour lui qui est citoyen du monde. De plus, le rôle est beau, l’histoire forte et exceptionnelle. Je me suis appuyé sur une phrase de Badinter : «La France est-elle le pays des droits de l’homme ou simplement de la déclaration des droits de l’homme ?». Je l’ai mise dans la bouche d’Isabelle Nanty.

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Fahim, avez-vous suivi le tournage et quels ont été vos rapports avec Assad ?
J’ai très peu suivi le tournage car je préparais mon bac. Quant à mes relations avec Assad, il y en a eu peu en fait car il était très timide. Durant quelques temps je lui ai appris à jouer aux échecs mais je ne lui ai jamais parlé de mon histoire. Je voulais qu’il se fasse sa propre histoire, je ne voulais pas l’influencer.
Lorsque vous êtes entré en France avec votre père, avez-vous eu des aides ?
Pas vraiment, en dehors des gens du club d’échecs. Nous nous sommes toujours débrouillés tout seuls, nous n’avons pas eu forcément besoin des gens.
Il y a quand même une communauté bangladaise ?
Oui mais nous ne la fréquentons pas. Nous ne l’avons jamais fréquentée.
– Il est très volontaire – ajoute Pef – très intelligent, très débrouillard. D’ailleurs il a eu son bac. Son prénom veut dire «celui qui comprend »… Et il comprend vite !
Quels sont vos projets aujourd’hui ? Les échecs ?
Je ne pense pas, j’y joue beaucoup moins. Je me suis inscrit à l’IESEG (Ecole de commerce) mais peut-être vais-je changer à la rentrée et choisir la Fac de Droit… S’il y a encore de la place, car chez nous, on est toujours en retard !
En fait Pef, comment êtes-vous entré dans ce projet si loin de ce que vous avez fait jusqu’ici ?
J’ai découvert Fahim chez Ruquier alors qu’il présentait son livre et je ne peux pas vous dire dans quel état j’étais. Le lundi j’achetais le livre et je suis allé droit au producteur qui en avait les droits. Il m’a dit qu’il y avait déjà quelqu’un sur le coup. J’ai alors pensé que c’était perdu lorsqu’il m’a rappelé quelques temps après pour me dire qu’il s’était désisté et qu’il était OK. Ça a été une grande chance et un vrai bonheur. J’ai hâte de voir comment le public recevra ce film.
Il sort le 19 octobre.»
On verra ce qu’en pensera le public. En tout cas les trois journalistes que nous étions à la projection de presse, je vous l’avoue, avons été émus aux larmes… Et vous le serez aussi !

Jacques Brachet
Photos Patrick Carpentier

Six-Fours – Six N’Etoiles
« Ma famille et le loup », Un joli conte d’aujourd’hui

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Didier Bruner, Tatiana Goussef, Damien Bruner, Bruno Salomone, Franc Bruneau

Les films se suivent et peuvent avoir des ressemblances.
Tels «C’est quoi cette mamie ?» la mamie en question étant Chantal Ladesou, recevant petits-enfants et enfants dans le Var du côté de la Seyne sur Mer.
Voilà qu’arrive «Ma famille et le loup» où une autre grand-mère (Carmen Maura) reçoit ses quatre fils, leurs femmes et leurs enfants dans le Var, du côté de la Seyne sur Mer !
Mais là s’arrêtent les ressemblances, le premier film étant totalement déjanté – surtout Chantal Ladesou – le second étant un joli conte où se mêlent les vrais personnages et un dessin animé particulièrement réussi.
Sara (Carmen Maura) va fêter ses 80 ans et à cette occasion demande à tous ses enfants de se réunir car elle va les quitter. Un loup, dit-elle, avec qui, très jeune, elle a fait un pacte, va venir la chercher. Les fils n’ont jamais cru à cette histoire mais les cinq petits enfants vont tout faire pour retrouver ce loup, le tuer, et ainsi garder leur mamie.
Ainsi va se passer un été d’aventures que ces gamins n’oublieront jamais.
Tous les retours en arrière et l’histoire que leur conte la mamie sont illustrés d’un magnifique film d’animation, d’une belle délicatesse.
La distribution est formidable les quatre fils étant interprétés par Bruno Salomone, Pierre Rochefort, Franc Bruneau, Baptiste Sornin les cinq gamins sont épatants, Enzo Ingignoli en tête, jouant le petit Hugo et les deux épouses émouvantes (Tatiana Goussef et Veronika Novak).
Quant au réalisateur Adriàn Garcia, il est espagnol, ne parle pas français, Carmen Maura ayant été son interprète à double titre sur le film, et c’est son premier film hormis deux films d’animation.
C’est un conte moderne plein de joie, de sensibilité, d’émotion avec une Carmen Maura lumineuse, espiècle, au sommet de son art, magnifiquement entourée de toute une famille à laquelle on s’attache très vite.
C’est la belle surprise de cet été, un film inattendu et plein de charme qui plaira autant aux enfants qu’aux parents.
Et surprise, voilà que viennent Bruno Salomone, Tatiana Goussef et Franc Bruneau pour présenter le film au Six N’Etoiles, encadrés de Didier et Damien Bruner, père et fils, deux des trois producteurs, la troisième Christine Ponzevera étant absente.

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Damien Bruner (le fils) nous explique la raison de ce tournage dans le Var :
«C’est ma région, ma mère ayant vécu entre la Cadière d’Azur et Bandol, mon beau père étant dans la Marine à St Mandrier. J’ai donc proposé «ma» région au réalisateur. Nous avons rayonné pour enfin trouver cette incroyable maison à Fabrégas. Il nous fallait une grande maison pour loger toute l’équipe car on voulait que tout le monde reste ensemble pour créer des liens, former une véritable famille.
La région est superbe et ça a été un véritable plaisir que de la retrouver… hormis les cigales que le perchman faisait partir à chaque prise !
Je demande aux trois comédiens qu’est-ce qui les a fait accepter de tourner dns ce film :
Bruno Salomone : J’ai adoré la poésie qui se dégageait du scénario, un scénario très bien écrit sur un sujet grave, la mort, traité de façon tellement poétique et surtout vu par le point de vue des enfants. J’ai aussi aimé la maturité de ces enfants plus adultes que les adultes. Ce sont ces derniers qui font des conneries !
Franc Bruneau : Je dirai à peu près la même chose. Ce qui m’a plu c’est le traitement du sujet mêlant film d’animation et personnages réels. C’est aussi un film d’aventures pour enfants, mais aussi pour les adultes, autour d’un sujet culotté.
Tatiana Goussef : J’ai aimé le traitement poétique du thème du deuil à travers la famille. Je trouve que c’est la première fois que c’est abordé de cette façon, le deuil vu par les parents avec un côté plus matérialiste et vu par les enfants qui eux, ont une approche différente de la mort d’autant qu’ils n’arrivent pas à comprendre que cette mamie qui est en pleine forme va mourir.

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Comment est venue cette idée de mêler animation et film ?
Didier Bruner : Au départ, Adriàn Garcia voulait faire un film d’animation. Il en a déjà réalisé deux. Mais il n’arrivait pas à le produire et l’on s’est rencontré. Je lui ai alors proposé cette idée originale de mêler les deux car on trouvait que le sujet étant un conte, cela pouvait s’y prêter. Il a d’abord hésité car il n’avait jamais réalisé de films avec des comédiens. Mais au final il a adopté ce projet hybride.
Le choix de Carmen Maura ?
Didier Bruner : C’était notre choix parmi plusieurs autres. Evidemment, Adriàn étant Catalan l’idée d’avoir Carmen Maura lui plaisait. Devant partir sur un tournage, il l’a attrapée au vol avant son départ et très vite ça a collé entre eux. Ce qu’on a aimé chez elle c’est sa profondeur de jeu, cette façon de parler d’un sujet grave avec ce ton et ce sourire légers, son espièglerie, son imaginaire débordant. Elle est tout à fait crédible.
Est-ce que c’est facile de tourner avec un réalisateur qui ne parle pas français ?
Damien Bruner : Il y avait Carmen Maura qui parlait les deux langues, il y avait des coaches et des interprètes. Tout s’est bien passé.
On dit que travailler avec des enfants est difficile…
Tatiana Goussef : Dès le premier jour, s’est installée une complicité avec nous à tel point que les deux gamines qui jouaient nos filles avec Bruno, nous ont appelé papa et maman ! C’était drôle.
Bruno Salomone : J’ai l’habitude des enfants et je suis aussi resté très enfant. On s’est beaucoup amusé, on a beaucoup ri ensemble. On était vraiment sur la même longueur d’ondes.
Connaissiez-vous la région ?
Bruno Salomone : J’ai passé beaucoup de vacances à Carqueiranne et je suis souvent allé me balader sur l’île de Port Cros.
Tatiana Goussef : J’avoue que je la connaissais très peu. Je suis juste venue une année au Festival du Court Métrage de Hyères.
Franc Bruneau : Je suis parisien mais mon père étant venu travailler à Toulon, j’ ai fait ma sixième au collège Marcel Pagnol. L’été je venais quelquefois chez ma marraine à Méounes.
Y a-t-il eu quelques problèmes sur le tournage ?
Damien Bruner : d’abord une pluie incessante durant une semaine alors qu’on était en juin. Il y a même une un orage énorme. Durant dix jours on n’a pas eu une journée complète de soleil.
Et puis le tournage dans la grotte, à Ste Anne d’Evenos où il a fallu descendre Carmen Maura en tyrolienne, faire descendre les enfants et tous les techniciens, encadrés de deux spéléos, en tout plus de 40 personnes, et enfin faire entrer la tête du loup en polystyrène de 150 kilos

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Malgré ça tout le monde est heureux de ce tournage qui a rapproché tout le monde au point qu’ils continuent à se voir, s’envoyer des SMS ! Le bonheur total et la cerise sur le gâteau serait que le film trouve son public à sa sortie le 21 août. C’est presque une certitude tant le film est beau, drôle, émouvant, poétique et plein de nostalgie.

Jacques Brachet