Archives pour la catégorie Cinéma

Toulon – Pathé la Valette
Catherine FROT devient un homme heureux !

2

Il y en a qui disent, qu’Edith serait un homme… on dit ça !
Et elle-même le dit qui, au bout de 40 ans, un mari, trois enfants, Edith (Catherine Frot) décide de devenir… Eddy !
Au grand dam de Jean (Fabrice Luchini), son mari et maire de sa commune qui voit sa vie d’homme totalement chamboulée et sa vie d’édile menacée. D’autant qu’il n’a rien vu venir, qu’il ne s’est rendu compte de rien lorsqu’elle lui avoue qu’elle a toujours pensé être un homme dans sa tête et dans son corps.
A partir de là, le réalisateur Tristan Séguéla nous offre un film déjanté « Un homme heureux », film à la fois drôle et bouleversant sur un sujet délicat et d’actualité : le transgenre.
Toujours sur le fil entre rire, émotion, tendresse, notre couple est irrésistible, Catherine Frot royale dans sa force tranquille (n’est-ce pas Monsieur Séguéla fils ?) mais aussi combative et résolue, et Fabrice Luchini sur qui le monde tombe sur la tête et qui, pour une fois, n’en fait pas des tonnes pour être à la fois énervant en maire quelque peu réac et attendrissant homme ayant peur de tout perdre.
A leur côté, irrésistibles, Artus et Philippe Katerine, la garde rapprochée du maire.

5 6

Catherine Frot et Tristan Séguéla étaient les invités du Pathé la Valette.
Tristan Séguéla, d’où est venue cette idée ?
Ce n’est pas moi qui l’ai eue, ce sont Isabelle Lazard et Guy Laurent qui ont écrit le scénario et me l’ont proposé. Je l’ai brillant, original mais pas que… car j’ai aussi pensé que ce pouvait être un sujet casse-gueule. J’ai eu un grand plaisir à le lire et j’ai pensé que si le public pouvait éprouver ce plaisir, ça pourrait marcher. J’ai donc eu très envie de le réaliser en voyant tout de suite le couple que pouvaient former Catherine Frot et Fabrice Luchini, sans penser que, grâce à moi, j’allais les réunir à l’écran pour la première fois ! D’autant qu’ils ont tout de suite plongé !
Catherine Frot, on doit vous dire monsieur ou madame ???
(Elle rit de ce rire cristallin qu’on lui connaît et qu’on aime) C’est au choix du client !
C’est vrai que c’est la première fois qu’on me propose un rôle aussi original. Cela m’a plu d’autant plus que je viens du théâtre et que j’ai toujours aimé me transformer en personnage loin de moi. Au théâtre, Shakespeare et Marivaux ont souvent joué sur cette ambigüité homme-femme. Et j’avoue que cette proposition m’a émoustillée ! D’autant que ça a souven été l’homme qui se transformait en femme, au théâtre comme au cinéma.
Ça a été difficile de devenir un homme ?
Non, j’ai trouvé ça très amusant d’autant qu’avec mon visage rond, il fallait malgré tout que je sois crédible, dans la voix, dans la démarche, les poses, dans la façon d’être habillée. On a trouvé cette coiffure qui, je trouve, me va bien et… j’ai laissé pousser la barbe !!!
Je voulais que ce soit le plus vrai possible et surtout ne pas tomber dans la caricature. J’aime jouer ces rôles extrêmes, loin de moi car c’est à chaque fois une aventure.

4 3

Avez-vous rencontré des transgenres ?
J’en ai connu dans ma vie et je sais que c’est pour eux une rupture énorme qui vient du plus profond de soi. C’est un combat difficile. Mais une fois la transformation faite, il y a un homme ou une femme. Point barre. Je voulais qu’on y croit et j’ai pris conscience de plein de choses. Et surtout je ne juge pas. Je trouve que le film est à la fois drôle et bouleversant
Tristan, lorsque vous avez accepté le scénario, qui vous a fait penser à ces deux acteurs ?
Je ne sais pas, une intuition. Leurs deux noms me sont tout de suite venus à l’esprit sans savoir alors que j’allais exaucer leurs désirs, depuis longtemps, de jouer ensemble, ce qu’ils n’avaient jamais fait.
– C’est vrai – reprend Catherine Frot – qu’on se connaît depuis longtemps, qu’on s’est souvent dit que ce serait bien de jouer ensemble, au théâtre ou au cinéma. Mais l’occasion ne s’était pas présentée et Tristan a réalisé cette envie.
C’est aussi un film sur la tolérance…
Tristan : Bien sûr et c’est surtout un sujet qui est resté longtemps tabou. Il y a encore du travail mais aujourd’hui on peut l’aborder, non pas en se moquant mais en faisant passer des choses par la comédie.
Catherine : C’est surtout la jeune génération qui s’ouvre à ce genre de sujets, qui les aborde, qui peuvent le comprendre. C’est vrai que notre génération était plutôt fermée à ces problèmes qui étaient considérés comme honteux, comme une maladie.
Tristan la fin du film est symbolique puisqu’elle se passe durant le carnaval de Dunkerque…
Oui car c’est un festival où les hommes se déguisent en femmes et vice-versa. J’ai beaucoup hésité sur la fin du film, tout au long du tournage car il y avait plusieurs fins possibles. Et sans divulguer comment ça se termine, j’ai choisi cette fin pleine de rires, de couleurs, de musique, de mélange des genres.

7

Catherine, à l’âge qu’a Edith, n’est-ce pas un peu tard pour opérer cette transformation ?
Je ne crois pas qu’il y ait un âge pour ça. Dans sa tête, Edith a toujours été un homme mais les conventions d’alors ont fait qu’elle assumé d’être une femme, une épouse, une mère. Et elle ne le regrette pas car ses sentiments pour ses enfants et son mari restent inchangés. Les enfants ont grandi, ont fait leur vie et les deux garçons sont des adultes qui comprennent, même si la fille est un peu réticente. Son mari, elle l’aime toujours et elle a l’intention de continuer à former un couple avec lui, même une fois devenue homme. C’est surtout difficile pour lui et c’est compréhensible pour diverses raisons.
Mais elle est décidée et rien ne la fera dévier de sa décision.
Je vais vous faire un aveu : personnellement, je me préfère en homme !!!

8

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Monique Scaletta
Sortie dur le écrans le 16 février

Sylvie GAUTIER : « Je viens de nulle part ! »

1

Karine (Céline Salette) est femme de ménage le soir tard dans des bureaux. Elle vit seule avec son fils Ziggy (Thomas Gioria) et a formé un quatuor amical et indissociable avec Adèle (Camille Lellouche), Maryse (Souad Amidou) et Djamila (Eye Haidara). Complices, elles s’épaulent  car elles ont toutes des vies compliquées et cabossées.
Lorsque l’entreprise dans laquelle elles travaillent, est reprise, les filles s’insurgent contre le nouveau patron qui veut les obliger à en faire plus, loin de chez elles et pas mieux payées. Elles nomment Karine pour les défendre mais elles ne savent pas qu’elle est illettrée et qu’elle a toujours été aidée par son fils.
C’est pour elle un cataclysme car elle a trop honte de dire qu’elle ne sait pas lire mais elle veut aider ses collègues en allant affronter le patron.
« Brillantes » est le premier film de fiction et le premier long métrage de Sylvie Gauthier, plus habituée à écrire des documentaires. Et c’est une réussite, car il est bouleversant et le choix des comédiennes est épatant. A ajouter au quatuor, Julie Ferrier en cheffe qui est prise entre le patron et les employées, à Bruno Salomone, pêcheur, qui tombe amoureux d’une Karine qui n’ose pas avouer son illettrisme et à Thomas Gioria, très protecteur, plein d’amour et d’affection pour sa mère

2

Tous dans leurs rôles, sont magnifiques, émouvants. Le film est tout en tendresse et en même temps, montre la difficulté de certaines femmes, dépendantes d’un patron, à s’en sortir, la pression et le chantage étant les armes de ce dernier.
On sort vraiment bouleversé de ce film et l’on retrouve cette jeune réalisatrice toute en pudeur, un peu effrayée devant affronter pour la première fois le public… et la presse, ce dont elle n’est pas habituée, cachée derrière ses documentaires !

« Ce n’est pas un film sur l’illettrisme, même si c’est un des sujets du film car j’ai été moi-même surprise de me rendre compte du nombre de personnes illettrées, encore aujourd’hui, malgré la scolarité obligatoire. Surtout dans ce genre de métier que l’on ne fait pas par envie ou passion mais par obligation car on ne peut pas faire autre chose.
Comme ce film me sort des documentaires je voulais faire un film positif, montrer que la solidarité des femmes n’est pas un vain mot. Et poser des questions universelles sur ces femmes comme : comment s’en sortir, lutter, se révolter contre la vie et ses inégalités ?
Ce n’est ni un film caricatural, ni misérable, ni désespéré, au contraire mais un film qui montre des clefs pour s’ouvrir aux autres, avoir le courage de résister grâce à l’entraide.

3 4

Le personnage de Karine, malgré ses problèmes, est solaire…
Lorsque je l’ai rencontrée, c’est son regard qui m’a aussitôt attirée, un regard à la fois lumineux et grave. Je ne la connaissais pas mais je me suis très vite rendu compte de ses possibilités car elle n’est jamais tiède, elle m’a beaucoup étonnée par, à la fois sa force et sa fragilité. Elle a de plus un amour fusionnel avec son fils dont le rapport est plus père-fille que mère-fils. Un fils qui est prêt à tout lâcher pour aider sa mère.
Vous avez aussi utilisé Julie Ferrier à contre-emploi !
Et elle a aimé car on la connaît surtout dans des comédies légères et là, elle a un rôle ambivalent car elle est coincée entre ces femmes dont elle voit les problèmes et le courage et le patron à qui elle doit obéir au risque de perdre sa place elle aussi. Et pour sauver sa place elle profite des failles de ces femmes : obéir, accepter ou être virées.

5

Vous connaissiez ce milieu ou l’aviez vécu ?
Non, moi je viens de nulle part ! J’ai passé mon bac, puis à 30 ans j’ai choisi de travailler dans l’audio-visuel et faire des documentaires aussi bien culturels que sociétaux. Je me suis intéressée aux femmes et à leur travail car je crois au travail des femmes, quel qu’il soit, qui leur permet d’avoir leur indépendance, même si c’est quelquefois compliqué. Je travaille beaucoup avec les femmes.
Mais j’ai également fait des documentaires culturels, par exemple sur Jules Verne, Victor Hugo, qui sont des personnages importants et populaires dont on ne connaît pas toujours leur vie d’hommes. Je viens de terminer un film un peu particulier, une sorte de comédie musicale autour des migrants qui se révèlent par la musique…
C’est donc votre premier long métrage… Comment l’appréhendez-vous ?
Avec pas mal de stress car c’est la première fois que je vais être confrontée au public. C’est aussi la première fois que je rencontre des journalistes… Tout est nouveau pour moi. Mais déjà je suis très surprise et heureuse du public que je rencontre à ces avant-premières. Un public très fin dans la compréhension des choses.
Je doute beaucoup, tout le temps de tout ce que je fais car je mets toujours beaucoup de moi et là je m’expose, et je sais que ce peut être violent.
Comment choisissez-vous vos sujets ?
J’écris au fil de mes rencontres. Je ne suis jamais sur une enquête, sur un sujet. Le sujet vient du fait que j’aime parler avec les gens et de là, me viennent des idées à creuser

6 7

Ce film vous a-t-il donné envie de continuer dans cette voie ?
Pourquoi pas, si ce film marche assez pour récidiver !
Mais monter un film est très difficile car il faut trouver un sujet assez porteur pour en faire un film de fiction. Puis il faut trouver de l’argent et aussi des comédiens. C’est plus compliqué mais je suis ouverte à toute éventualité. J’ai déjà quelques idées !

Propos recueillis par Jacques Brachet
Sortie du film le 18 janvier

Six-Fours
Deux rockeuses au Six n’Etoiles
Mathilde SEIGNER & Andréa FERREOL EOL

6

Alex (Mathilde Seigner), est une rockeuse qui, avec son orchestre, va de cacheton en cacheton dans des bars, des boîtes, cabarets de seconde zone où personne ne les écoute.
Divorcée, deux enfants, elle a du mal à joindre les deux bouts mais un jour, une copine (Armelle Deutsch), qui travaille à la Mairie de Dunkerque,  lui propose un job : créer une chorale de séniors. L’adjoint (Guillaume Marquet) veut leur faire chanter des comptines pour enfants insipides, ce qui n’intéresse pas ce groupe dissipé qu’Alex des difficultés à gérer. Eux, ils veulent chanter du rock, ce qui n’est pas pour déplaire à Alex mais ce que réprouve et interdit l’adjoint.
Du coup, ils vont répéter en cachette, jusqu’au jour de ce spectacle improbable qui est sensé rapprocher toutes les générations, est joué.
A l’instar de « Maison de retraite » de Thomas Gilou, les réalisateurs Ida Techer et Luc Bricault, réunissent une bande de comédiens « séniors » magnifiques : Patrick Rocca, Bernard Lecoq, Andréa Ferréol, Myriam Boyer, Anne Benoit, Brigitte Rouan « vieux rockers » indisciplinés mais avec une pêche du feu de Dieu qui vont donner du fil à retordre Alex qui, pourtant, va finir par croire en eux et réaliser leur rêve, au grand dam de l’adjoint.
C’est un film on ne peut plus choral et pour cause, à la fois déjanté, drôle et émouvant, qui met en lumière ces séniors que l’on délaisse chez eux ou en ehpad.
Tous ont des rôles jubilatoires, quant à Mathilde Seigner, elle est une fois de plus parfaite dans ce rôle de chanteuse paumée qui, grâce à cette bande d’énergumènes, va retrouver la force de remonter la pente.

1

Deux rockeuses se sont échappées, l’une de Paris, l’autre d’Aix-en-Provence où elle vit, pour nous rejoindre au Six n’Etoiles et présenter le film.
Mathilde, Andréa, comment vous est venu ce film ?
Mathilde : Ce sont les deux réalisateurs qui m’ont donné rendez-vous dans un café pour me parler du rôle. J’aimé le scénario et j’ai très vite dit oui.
Andréa : La démarche a à peu près été la même à part que je n’ai rencontré qu’Ida Techer qui m’a proposé le rôle de Myriam Boyer. Après la lecture, j’ai demandé ce rôle-là plutôt que celui qu’elle me proposait… Et je l’ai eu !
En plus, j’ai toujours rêvé de chanter de l’opéra… Et j’ai été très heureuse de chanter du rock et du rap !
Mathilde, vous chantez déjà et comme par hasard, vous chantez du Johnny, qui était votre ami !
Oui mais ce n’est pas moi qui ai choisi Johnny. J’ai seulement choisi « Gabrielle » car c’est une des seules que je pouvais chanter dans ma tessiture. Chanter du Johnny, ce n’est pas facile ! J’espère que, s’il me voit, il n’aura pas été déçu

4 5
2 3

Et vous, Andréa, vous vous êtes mise au rap !
Oui et croyez-moi, j’ai beaucoup travaillé !
Comment s’est passé le tournage ?
Mathilde : Comme dans le film, nous avons été une équipe indisciplinée et ça a été chouette. En plus, nous étions confinés à cause du covid et le soir, nous prolongions le tournage, nous passions toutes des soirées ensemble à manger ce que chacun son tour concocteait ou apportait et à boire vin et champagne. Je ramenais des choses de Paris où je rentrais tous les week-ends.
Andréa : Moi, je suis restée sur place et j’ai passé mes loisirs à visiter Dunkerque qui est une ville magnifique.
Mathilde : Et elle nous faisait des salades exceptionnelles ! Elle nous a régalés. L’ambiance a toujours été amicale, conviviale.
Cette histoire est une histoire vraie ?
Mathilde : Oui c’est vraiment l’histoire d’un groupe de rock de séniors qui s’est formé voici dix ans, qui continue à chanter, qui fait des galas. Dans la région ce sont des vedettes. Ils ont même fait un disque !
Andréa : D’ailleurs, dans le groupe que nous formons, il y a une quinzaine de chanteurs de leur groupe qui sont venus nous rejoindre. Ils étaient heureux ! Pour eux, ça a été un cadeau de participer au film. Ils ont tous comme nous plus de 60 ans… hormis Mathilde.
Mathilde : Je n’en suis pas loin ! Mais d’ailleurs, qu’est-ce qu’être vieux ? Il y a des vieux qui ont une jeunesse débordante et des jeunes qui sont vieux avant l’âge ! Mais le sujet du film est surtout axé sur la solitude car tous ces séniors sont souvent seuls et même Alex qui est divorcée, sans boulot, qui a des enfants pris entre le père et la mère… En fait, elle aussi est seule.
Andréa : Et puis à cet âge on est souvent seule : le mari est parti ou décédé, les enfants font leur vie et sont souvent loin. S’ils ne trouvent pas quelque chose à faire et rencontrer des gens, c’est difficile.
Mathilde : Alex galère, est déprimée et cette chorale est une planche de salut car elle lui apporte autant que ce qu’elle leur apporte : le bonheur et l’envie d’aller de l’avant ensemble.
Andréa : Plus on vieillit, plus on est seul, des gens qu’on aime disparaissent et si l’on ne fait rien on s’écroule.

7 8
9 10

C’est votre cas ?
Mais oui, il se trouve que je fais beaucoup de choses, je tourne, je joue au théâtre et avec mon association « Flâneries d’Art » j’ai créé un festival qui a lieu en juin où je reçois des artistes de tous bords : peintres, sculpteurs, danseurs, écrivains, chanteurs que nous installons dans des jardins privés d’Aix-en-Provence. En juin prochain ce sera le 17ème et j’ai pu trouver deux grands jardins de plus pour l’occasion.
Et côté métier ?
J’ai tourné « Envol » au cinéma, « OVNI(S) » et « L’impasse » pour la télé et je me partage entre deux pièces de théâtre : « Très chère Mandy » d’Erwin Eimi, une pièce de boulevard et « La priapée des écrevisses » de Christian Siméon. Je serai d’ailleurs au théâtre du Rocher à la Garde le 24 janvier.
Ce doit être un sacré jonglage !
Oui, c’est quelquefois un peu embouteillé mais, comme ces séniors, si je ne travaille pas, qu’est-ce que je fais ?!
Et vous Mathilde ?
Après avoir tourné « Les enfants des justes » de Fabien Onteniente, ça fait un an que je ne fais rien et je suis en pleine forme. ! Ca fait 34 ans que je fais ce métier et que je n’ai jamais arrêté. J’avais envie de profiter de ma vie, aller au cinéma, au théâtre, de profiter de ma famille et de ma maison à St Cyprien. J’ai des projets lointains mais pour le moment je profite de ma vie.
Pas peur qu’on vous oublie ?
Après tout ce que j’ai fait, je n’ai pas peur. Et si c’est le cas… je m’en fous ! »

11
Avec Noémie Dumas, directrice du Six n’Etoiles et le Dr Stéphanie Guillaume,
adjointe à la santé de la mairie de Six-Fours, fan de Mathilde Seigner

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photoscreations.fr

Toulon – Fête du Livre : Jean-Pierre LAVOIGNAT…
Romy, Gérard, Danièle, Claude… et les autres

g

Fidèle à Toulon, le journaliste Jean-Pierre Lavoignat vient à chaque fois présenter ses livres. Des albums superbes qu’on regarde et lit avec plaisir et surtout plaisir qu’on a à le retrouver à chaque fois.
Fidèle au poste, je le retrouve donc à la Fête du Livre pour parler de son dernier album « Romy-Sautet, un coup de foudre créatif », paru aux éditions de la Martinière.

« Jean-Pierre, après Romy… Romy !
Oui, mais avec Sautet !
C’est vrai ! Alors comment est né ce livre ?
De l’exposition Romy Schneider dont j’étais le commissaire, aidé par sa fille Sarah Biasini. Après cela j’avais écrit le livre sur Romy, avec beaucoup de photos et documents que m’avaient prêté Sarah mais aussi Yves Sautet, le fils de Claude. Quand j’ai vu tout ce qu’il possédait, et tout ce que je n’avais pu mettre à l’exposition, l’idée a germé qu’avec toute cette documentation, on pouvait faire un livre autour de la comédienne et du réalisateur. D’autant qu’ils ont fait cinq films ensemble. Et des films importants : « Les choses de la vie », « Max et les ferrailleurs », « César et Rosalie », « Mado », « Une histoire simple ».
Le temps a passé, je suis passé à d’autres choses et l’idée m’est revenue qu’en février de cette année « César« et Rosalie » aurait 50 ans.
Du coup j’ai recontacté Yves qui a aimé l’idée, qui m’a ouvert ses placards et a écrit l’avant-propos du livre qui est très émouvant.  J’ai fait de même avec Sarah qui en a écrit la préface. Sarah m’avait avoué que c’étaient les cinq films préférés de sa mère.
J’ai aussi pu récupérer des photos magnifiques de Claude Mathieu qui fut le photographe de plateau de Claude Sautet.

B C D

Vous aviez donc le choix du roi !
Oui car Yves m’a proposé plein de photos inédites de Claude et Romy, carrément des planches photos, des mots de Romy à son père, qu’elle appelait Clo, dont un extrait où elle râle parce qu’il a choisi une mauvaise prise ! Des plans de tournage, des scénarios, entre autre les cinq versions du scénario de « César et Rosalie » dont il a modifié cinq fois des scènes et surtout le final…
Il y a aussi des témoignages de personnalités d’aujourd’hui.
Oui, je leur ai demandé de parler de Romy que certains n’ont pas connue mais qu’ils admirent.
Par exemple, j’avais repéré une photo de Romy épinglée dans une loge dans le film d’Almodovar « Etreintes brisées », une photo aussi dans les mains d’Emmanuelle Béart dans le film de François Ozon « Huit femmes ». Je leur ai demandé de me parler d’elle. D’autres témoignages de personnalités qui n’avaient pas connu Romy mais qui l’admiraient, comme Isabelle Huppert, Jean Dujardin dont j’avais vu une interview où il parlait de Romy, Sandrine Kiberlain, des gens aussi qui ont collaboré avec Claude comme Philippe Sarde, Jean-Louis Livi, Alain Sarde et même Daniel Biasini, le père de Sarah.
Romy reste une icône inoubliable, une vraie star, une source d’inspiration, une artiste qui touche nombre de comédiennes qui s’en réfèrent. Claude reste un réalisateur qui a fait des films qui ont marqué plusieurs époques. Il a formé un duo très rare avec Romy dans le milieu du cinéma. A part Chabrol et Isabelle Huppert, il n’y en a pas d’autres.

E F

Vous-même avez-vous connu Romy et Sautet ?
Pour Romy, non et je le regrette mais elle est partie trop tôt et peut-être c’aurait pu se faire. Je l’ai croisée plusieurs fois mais à l’époque où je travaillais à « Première » c’était Marc Esposito le chef et c’est lui qui faisait ses interviewes. Mais il m’a offert un joli témoignage pour le livre.
Quant à Sautet, je l’ai connu lorsque « Studio Mag » a rendu hommage à Romy lors des cinq ans de son décès. Romy y faisait la couverture. Claude Sautet m’avait alors accordé une grande interview dans laquelle il parlait exclusivement de Romy. On retrouve cette interview dans ce livre.
Tous les gens que vous avez contactés vous ont dit oui ?
Oui, presque tous mais il y a certains qui avaient dit oui qui ont oublié où qui n’ont pas eu le temps comme Vanessa Paradis, Marion Cotillard…
Pour le premier Romy vous avez travaillé avec sa fille, Sarah, pour Gérard Oury vous avez travaillé avec sa fille, Danièle Thompson et pour celui-ci, avez-vous travaillé avec son fils ?
Non, en dehors de toute la documentation qu’il m’a proposée, j’ai travaillé tout seul !
Boulot de Titan pour l’écrire et pour collecter toutes cette documentation ?
De Titan, n’exagérons rien mais c’est vrai que c’est un vrai travail. Travail qui m’amuse et qui me plaît.

A

Et le prochain livre, quel sera-t-il ?
(Il rit) Pour l’instant, je n’en ai aucune idée ! Je vais avant tout me reposer de celui-ci, j’ai d’autres choses à faire, dont quelques salons du livre et pour le reste, j’attends qu’une idée vienne où qu’on me propose une commande qui m’excite.
Mais pour le moment… repos !
Propos recueillis par Jacques Brachet

Six-Fours – Festival « Femmes ! »
Philippe Lioret : « 16 ans », un film bouleversant

2

Nora 16 ans (Sabrina Levoye) et Léo 17 ans (Teïlo Azaïs) se rencontrent à l’école. Très vite ils se rapprochent et nait un amour d’adolescence.
Mais cette rencontre n’est pas sans problèmes : Léo est fils de bourgeois, son père est directeur d’un supermarché. Nora est française mais d’origine maghrébine. Son frère, qui travaille dans le supermarché du père de Léo, est suspecté de vol. Sur la foi d’un « collègue »  mal intentionné, le père le renvoie.
A partir de là tout va se compliquer : les copains du frère viennent tout casser dans le supermarché et le frère est arrêté. Et lorsqu’il apprend que Nora sort avec le fils du directeur, tout part en vrille : Il lui interdit de le revoir, la dénonce à son père qui l’enferme. Quant à Léo, son père lui interdit également de la revoir, d’autant qu’après la rixe celui-ci il est mis à pied.
C’est l’histoire d’une violence ordinaire, de la confrontation de deux communautés, d’un amour impossible, sorte de « Roméo et Juliette » revisité par un Philippe Lioret inspiré et investi qui dépeint ce drame avec beaucoup d’humanité, sans pathos, teinté d’un racisme latent.
Par ailleurs, Le réalisateur a formé un couple de comédiens lumineux et superbe, qui se retrouve dans cet imbroglio et aura du mal à s’en sortir face à des parents qui vivent chacun dans leur monde. A noter que les deux pères, Arsène Mosca et Jean-Pierre Lorit et le frère Nassim Lyess sont aussi très émouvants dans cette histoire qui les dépasse.
Un film âpre qui ne peut pas nous laisser indifférent.
On sort de celui-ci à la fois ému et oppressé et il est bien d’avoir vu le film avant que ne vienne Philippe Lioret car on a du mal à reprendre son souffle. De plus, il nous fait la surprise de venir avec ce magnifique couple qu’est Sabrina et Teïlo.
Heureux de retrouver Philippe Lioret que j’ai croisé plusieurs fois et, à l’abri du public avant la surprise, ravi de voir ce beau couple sirotant un coca, l’aventure terminée, car ils ont gardé une belle complicité.
J’avoue à Philippe Lioret que je suis heureux d’avoir vu le film deux jours avant sa venue tant il m’aurait été impossible d’en parler juste après la projection.

3 4

Il sourit : « Je m’en suis rendu compte au long des avant-premières et c’est pour cela que j’arrive seul à la projection et que les comédiens arrivent après le film. Cela donne un effet de surprise qui donne le temps aux spectateurs de se remettre car ne s’attendant pas à les voir et se lèvent pour les applaudir.
« La genèse du film, Philippe ?
Le hasard. Durant plusieurs jours, j’ai découvert un jeune couple à l’arrêt d’un bus. Ils s’embrassaient tout en pleurant jusqu’à ce que le bus arrive et les sépare. J’ai commencé à cogiter une histoire autour d’eux qui m’a fait penser à « Roméo et Juliette », à cet amour impossible, à la guerre entre les Capulet et les Montaigu, en me disant que cela existait toujours, que c’était une histoire universelle. Il y avait eu « West Side Story » et pourquoi pas une histoire similaire aujourd’hui, partant de familles, deux mondes diamétralement opposées, deux extrêmes qui ne se rencontrent pas mais dont les enfants font les frais.
Le choix de ces deux magnifiques jeunes comédiens ?
Evidemment un casting ! J’ai vu 80 Nora et 50 Léo ! Petit à petit l’étau s’est resserré. Sabrina était l’une des trois restantes et j’ai failli passer à côté tant elle était stressée. Elle s’en est rendu compte et s’est mise à pleurer et c’est ce qui m’a décidé car j’ai tout de suite vu Nora.
Pour Léo, ça a été totalement différent car, au contraire de Sabrina, Teïlo était très décontracté, très à l’aise. Il a très vite compris le rôle. Avant cela, j’ai présenté plusieurs Nora à Léo et avec Sabrina, ça a tout de suite accroché. J’ai senti tout de suite qu’ils étaient faits l’un pour l’autre !
Ils sont d’ailleurs très vit devenus plus que ce que j’attendais. Il y avait une osmose entre les deux et je ne savais plus si j’avais Léo et Nora ou Taïlo et Sabrina face à moi ! Il me semblait que je tournais mon premier film !
Alors, Sabrina ?
C’est vrai que j’étais terriblement stressée. C’était mon premier casting, je prenais des cours de théâtre depuis seulement quelques mois. C’est ma mère qui m’a inscrite au casting. Lorsque j’ai appris le sujet du film, je me suis dit « pourquoi pas ? » J’avoue que devant Philippe, je me suis sentie scrutée et j’étais très mal à l’aise. J’ai tout de suite pensé que c’était raté et je me suis mise à pleurer. C’est ce qui lui a plu !

6 7

Et toi Teïlo ?
J’avais un peu d’expérience. C’est aussi ma mère qui m’a inscrit un jour à un casting. J’étais très à l’aise même si je n’avais jamais pris de cours. Puis tout s’est enchaîné avec des petits rôles dans la trilogie « C’est quoi mamy, papy, la famille », « Louise Wimmer », « La vie pure » et la série « Un si grand soleil ».
Je me suis donc dit que c’était un casting comme les autres. Mais ma rencontre avec Philippe a été déterminante puisqu’il me donnait la chance d’avoir un premier rôle et en plus, un très beau rôle dramatique. Et avec Sabrina, ça a tout de suite collé, nous sommes devenus amis, nous nous voyons, nous envoyons des SMS…
Philippe, il y a aussi eu le casting pour les lycéens…
Oui. J’ai réuni trois classes et le choix a été difficile, d’autant que je savais que lorsqu’on fait ce genre de casting ont fait indubitablement des malheureux. Il y avait entre autre un garçon qui me suivait partout, qui ne me quittait pas des yeux, me regardait intensément. Je me suis demandé s’il n’était pas autiste et je me suis dit : pourquoi pas ?
Sabrina, Teïlo, connaissiez-vous l’histoire de Roméo et Juliette ?
Teïlo :
Je connaissais vaguement l’histoire mais je ne l’ai jamais lue
Sabrina : J’en connaissais quelques scènes que j’avais eu à jouer dans mon cours de théâtre, c’est tout.
Philippe : Pour moi c’est la plus grande histoire du monde, une histoire universelle et quand on pense que Shakespeare l’a écrite en 1580, ça laisse rêveur !

5

Dans le film il y a d’ailleurs un clin d’œil à la scène du balcon !
(Philippe rit) Oui, lorsque Léo appelle Nora et qu’elle paraît à la fenêtre de son HLM ! Ça n’était pas un balcon mis c’était tout aussi romantique !
Combien de temps avez-vous tourné ?
Huit semaines sans compter les arrêts Covid. J’étais désespéré de laisser tomber mes comédiens. Le film aurait dû sortir bien avant mais avec tous ces événements il ne sortira que le 4 janvier.
Ce que je trouve réussi dans le film, c’est qu’il n’y a ni gentil ni méchant et que tous les personnages sont attachants.
Ce sont tous, avant tout, des êtres humains qui ont chacun leurs idées, leur convictions, leurs traditions. Chacun vit dans son monde, son sens de l’honneur. Chacun a ses raisons et elles sont défendables. Le frère de Nora, Tarek ( Nassim Lyess est magnifique) parce que renvoyé pour un vol qu’il n’a pas commis, peut-être parce qu’il est arabe. Et lorsqu’il apprend que sa sœur fréquente son fils, il devient fou de rage. Le père de Léo (Jean-Pierre Lorit), lui, a perdu sa place à cause de cette affaire. Il déteste Tarek et ne supporte pas qu’il fréquente sa sœur. Le père de Nora (Arsène Mosca) ne supporte pas que sa fille puisse fréquenter un garçon hors de sa communauté et surtout qu’elle ait des rapports avec lui tant il a le sens de l’honneur perdu. Chacun a quelque chose à défendre. Et c’est humain.
Alors, heureux que sorte enfin ce film ?
Philippe : Très heureux pour Sabrina et Teïlo car ils m’ont tellement apporté. Et c’est peut-être le film qui m’a le plus apporté.
Teïlo : C’est mon plus grand et plus beau rôle et je le dois à Philippe. Aujourd’hui, je continue les castings et la série « Un si grand soleil ».
Sabrina : Dans la mesure où je n’ai rien fait avant, j’attends beaucoup de la sortie du film car aujourd’hui, personne ne me connait. Donc… je patiente ! »

Propos recueillis par Jacques Brachet

Six-Fours – Festival « Femmes ! »
Andréa RAWLINS : Sept millions de victimes d’inceste

1 2

Andréa Rawlins est journaliste d’investigation et réalisatrice depuis près de 25 ans. Elle travaille pour l’agence Kapa et réalise  des documentaires pour France Télévision. Elle s’est spécialisée depuis 15 ans dans les problèmes de société.
Invitée au festival « Femmes ! », elle est venue présenter un de ses reportages intitulé « Inceste », qu’on a pu voir sur France 3 et que vous pouvez encore voir en replay.
Durant de longs mois, elle a rencontré, entendu et, pour certains, filmé hommes et femmes qui ont été victimes d’incestes par des pères, des frères, des cousins…
Portraits poignants qui montrent à quel point, ces victimes ont longtemps gardé ce secret pour de multiples raisons mais qui, de plus en plus, osent évoquer l’impensable.

Andréa, je pense que ce sujet vous tenait particulièrement à cœur…
J’aime, depuis des années, rencontrer des personnes qui m’entourent, dans l’intimité et des situations qui sont en fait de l’ordre du sociétal et du politique.
J’en suis donc venue un jour à rencontrer des personnes de tous horizons, hommes et femmes, qui ont été victime d’inceste.
Facile ou pas facile ?
Plus facile aujourd’hui qu’il y a seulement dix ans où le sujet était totalement tabou. Il reste d’ailleurs encore tabou pour nombre de victimes mais aujourd’hui, malgré tout, la parole peu à peu se libère et il est important que ces personnes soient entendues.
Avez-vous rencontré beaucoup de victimes pour réaliser ce film ?
J’ai bien rencontré une centaine de personnes mais pas seulement des victimes : des psychologues, des associations, des médecins…
Avez-vous eu beaucoup de refus ?
Oui, bien sûr, car nombre de victimes n’osent toujours pas parler, essaient d’oublier et même en ont honte. Elles n’ont pas encore atteint le bout du chemin qui pourrait les amener à parler. Bien évidemment, elles ne peuvent oublier mais arrivera un moment où elles pourront faire avec, chacune  trouvant un chemin différent.

4 5
Corinne Masiéro : « C’est la famille, alors ferme ta gueule » (son entourage).
Guillaume : « C’est normal entre un père et son fils. Mais c’est un secret » (son père)

Dans ce film, il y a des personnes inconnues et quelques – mais peu ! – de personnes connues…
Oui mais c’est un peu normal car pour beaucoup, révéler qu’on a eu des rapports incestueux, avec un père ou un frère, ce n’est pas quelque chose d’anodin. Le traumatisme est et sera toujours là et les personnes qui en parlent comme la comédienne Corinne Masiero ou la femme politique Loubna Méliane sont des femmes qui ont déjà avancé dans leur vie en se réalisant dans leur métier et ont pu passer à autre chose même s’il n’est pas question d’oubli mais de résilience.
Certaines femmes dans un processus psychique, par exemple lorsqu’elles se retrouvent un jour enceintes ou dans une situation qui leur permet d’entrouvrir la porte…
Comment s’est fait votre rapprochement.
Par exemple, j’ai rencontré Corinne Masiéro grâce à une amie commune, la comédienne et réalisatrice Andréa Bescond. Corinne a commencé à se remémorer son histoire durant le Covid, en triant des photos. Certaines lui ont parlé et fait se souvenir de certaines choses. Peu à peu elle s’est rendu compte que c’est à cause de ça qu’elle a fait pas de bêtises, allant jusqu’à la prostitution.
Après en avoir parlé, elle a reçu plein de messages aussi bien d’insultes que d’amour. Et elle avoue que les « Je t’aime » qu’elle a reçus, elle les a reçu comme une agression, tout signal d’amour, pour elle, étant reçu comme un danger. Elle m’a dit oui tout de suite.
Beaucoup sont devenus des militants…
Oui. Il y a plein de manières différentes pour se reconstruire.

3

Ce qui est fou c’est que, très souvent, l’entourage ne s’en rend pas compte…
Certains ne s’en aperçoivent pas ou ne veulent pas s’en apercevoir. Il y a un déni total. Sans compter qu’une mère ne peut pas imaginer que son mari ou l’un de ces enfants puissent faire une chose pareille. Même si la victime n’ose pas en parler, on imagine difficilement que personne autour ne s’en aperçoive.
On compte aujourd’hui sept millions de victimes et encore c’est un chiffre estimé, ce qui est démentiel. C’est pour cela que c’est un sujet dont il faut qu’on parle et c’est pour cela qu’en sous-titre du film il y a : « On l’a vécu, vous pouvez l’entendre »

Propos recueillis par Jacques Brachet

Six-Fours – Festival « Femmes ! »
Cinq femmes, cinq cultures, une histoire

1

Dans le cadre du festival « Femmes ! » organisé par les Chantiers du Cinéma présidé par Luc Patentreger, avait lieu un film-débat ce mardi au Six N’Etoiles.
Le sujet : la femme et le plaisir. Le film : « Female pleasure » de Barbara Miller.
C’est le portrait de cinq femmes, de cinq cultures et chacune vit ou a vécu le sexe de différentes manières et le plus souvent de cruelle manière : Doris Wagner, une jeune novice européenne violée par un prêtre. Deborah Feldman, une juive  orthodoxe qu’on a obligé d’épouser un homme qu’elle ne connaissait pas. Rokudena Shiko, une artiste asiatique emprisonnée pour avoir eu « l’outrecuidance » de faire de sa vulve une œuvre d’art en 3 D. Leyla Hussen, une somalienne qui a été excisée encore enfant.  Vithika Yaoki, une indienne qui dénonce un violent patriarcat dans son pays.
Chacune raconte leurs expériences, leurs odieuses maltraitances qui a mis leur vie en danger .
Le film démarre sur des photos publicitaires (pour entre autres la marque Dolce & Gabana) de femmes nues ou demi-nues dans des poses on ne peut plus suggestives et vulgaires, pour passer à des processions de sœurs ou de femmes voilées. Après la préhistoire, le Moyen âge est encore sous nos yeux, dans le monde. Les deux comportements sont aussi choquants, le premier donnant une image vulgaire de la femme, les autres montrant à quel point, dans certains pays, les femmes sont avilies.
Les femmes soumises, violées, battues, blessées dans leur chair, les mariages arrangés… On en est encore à l’ère du machisme, du patriarcat, les plus aberrants,  les plus sauvages.
Et on voit dans ce film terrifiant combien la femme reste malgré tout courageuse, certaines d’elles risquant leur vie pour combattre toute cette férocité machiste et ancestrale.
Le film est poignant et l’on ne peut qu’admirer ces femmes qui luttent pour leur liberté de vivre, de faire l’amour avec qui elles veulent, de simplement être maîtresses de leur corps. Le patriarcat, dit l’une d’elle, est la religion universelle  et les femmes, même si elles sont indispensables à l’homme pour de mauvaises raisons, en sont les ennemies.
On est encore loin de l’égalité homme-femmes, le chemin est encore long.

7 8 5
6 4 9
Béatrice Metayer – Larissa Agnemby-Mbina – Corinne Jean-Elie Logodin
Agathe Monot – Dr Stéphanie Guillaume – Dr Francis Maurique

A la suite de ce film remarquable mais oh combien bouleversant, Béatrice Métayer, ambassadrice du festival, avait la dure tâche de prendre le relais pour animer le débat.
Elle était entourée Du Dr Stéphanie Guillaume, médecin généraliste et sexologue très engagée, Corinne Jean-Elie Logodin, thérapeute du sexe, spécialiste de l’épanouissement du couple, Agathe Monot, sage-femme libérale qui a grandi dans une fratrie de filles. Larissa Agnemby-Mbina, née au Gabon et ayant vécu une enfance et une adolescence coincées entre coutumes, traditions et religion.
Enfin, « the last but not the least », le seul homme de ce débat, le Docteur Francis Maurique, chirurgien gynécologue.
Pour le Dr Guillaume, qui voit nombre de cas dramatiques, l’important est le dialogue, aller vers le patient. Mais l’entourage la famille, les amis sont aussi importants pour expliquer très tôt les règles de la vie sexuelle, accompagner la découverte du corps, le désir. La sexualité doit s’exprimer dans le respect de l’autre – dit-elle – Il faut savoir aborder la sexualité dans les différents cas que sont la grossesse, la ménopause, le cancer, la vieillesse. « Nous devons, nous médecins, être les premiers à l’écoute du patient » dit-elle.
Corinne, qui est sexothérapeute est aussi coach et elle est là pour aider les patients à comprendre leurs problèmes, leurs désirs, ce qu’ils vivent sans pouvoir le dire car malgré tout, le sexe a encore ses tabous. Bizarrement, si elle reçoit des femmes et des couples, la majorité de ses patients sont des hommes qui ont souvent du mal à s’exprimer, ils ont honte d’avouer leurs faiblesses.
Larissa est l’avant-dernière d’une fratrie de 12 enfants. Dans sa famille, la femme n’a toujours été que l’objet de reproduction, la femme doit tout faire pour le plaisir et la satisfaction de « son homme » Elle avoue qu’avoir été « la onzième », lui a permis de vivre une autre vie que ses sœurs. Elle a pu étudier, voyager et a choisi de vivre avec qui elle voulait. Même si cela n’a pas été facile. Et en voyageant elle a pu se rendre compte à quel point dans certains pays, les femmes avaient du mal à s’imposer.
Agathe est sage-femme, c’est avec elle que tout commence puisque c’est elle qui délivre la femme et met la vie au monde. Elle accompagne les femmes durant leur grossesse et – dit-elle avec passion – elle est détentrice des histoires de leur vie, étant une partenaire privilégié durant toutes les étapes de la grossesse jusqu’à l’accouchement.
Quant au Dr Maurique, dans sa profession il avoue qu’il voit quelquefois des choses incroyables et qu’à sa grande surprise, il voit beaucoup de femmes excisées, la religion ayant un impact énorme sur celles-ci, malgré de nombreuses associations qui luttent contre ces atrocités ancestrales. Bien évidemment, c’est un grand traumatisme, aussi bien physique que psychologique. La sexualité reste un sujet toujours très sensible. Et il déplore tous ces réseaux où les jeunes découvrent la sexualité à travers les films pornographiques. Ils ne se rendent pas compte que ce n’est pas là la vraie vie sexuelle, ce qui crée nombre de malentendus et dérapages.

10

Alors qu’on glorifie le plaisir masculin, symbole de virilité, le plaisir féminin reste encore tabou et dans certains pays, les femmes le paient très cher. Et même si les femmes se soulèvent un peu partout dans ces pays où l’homme est le Dieu et la femme seulement une reproductrice, on ne peut qu’admirer ces femmes qui se battent au péril de leur vie.
Un film remarquable pour cela et un combat encore trop tabou que, tous, nous devons aider à mener.

Jacques Brachet

Festival « Femmes
Eva DARLAN… S’il n’en reste qu’une…

11

Elle a toujours ce regard bleu-vert sous sa chevelure de feu et ce petit sourire malicieux.
Mais ne vous y fiez pas car cette talentueuse comédienne peut sortir ses griffes s’il faut défendre la cause des femmes.
Ce qu’elle a fait dès qu’elle débuté dans le métier avec « Les Jeanne » en 76 puis, tout au long d’une carrière prolifique au théâtre, au cinéma, à la télé. Elle n’a jamais baissé les bras, a toujours combattu auprès des femmes qui avaient besoin d’aide, à tous les niveaux, prenant beaucoup de risques dont celui de plomber sa carrière. Et pourtant elle est toujours là, omniprésente.
Notre première rencontre date de… 82, alors que j’étais attaché de presse du festival du Jeune Cinéma d’Hyères. Puis l’on s’est rencontré plusieurs fois au festival de Cannes, à l’abri du petit hôtel Suisse et je la retrouve inchangée : volubile, énergique, combative et défendant cette jeune femme emprisonnée à Toulon, Priscilla Majani, qui a eu « l’outrecuidance » de partir en Suisse avec sa fille  dont le père, son mari s’adonnait à des attouchements et des violences sur celle-ci… Et c’est elle qui est en prison !
La justice a encore frappé !

3 4
Entournt Evas Darlan, Noémie Dumas, directrice du Six’N’Etoiles, Luc Patentreger, président du festival, Stéphanie Guillaume, adjointe à la Santé, Fabiola Casagrande, adjointe à la Culture

Invitée d’honneur du festival « Femmes ! »  elle n’a malheureusement pas pu aller la voir en prison, les démarches étant trop longues. Mais elle a écrit une lettre que toute la presse devrait recevoir et elle sera là pour son procès.
Voilà comment démarrent nos retrouvailles avant de parler « métier » et je la retrouve là tout entière, mon Eva et ce n’est pas pour rien que l’association « Les Chantiers du Cinéma », présidée par Luc Patentreger l’a invitée pour l’inauguration, du festival « Femmes ! » qui a eu lieu ce lundi au Six N’Etoiles de Six-Fours, avant de s’essaimer à la Seyne et Toulon.
« J’ai créé un comité de soutien, comme je l’ai fait pour Jacqueline Sauvage où nous sommes arrivés à nos fins. Déjà de nombreuses personnes ont signé ma pétition – poursuit-elle – et le 23 novembre aura lieu le procès à Aix-en-Provence. J’y serai !
Tu es donc toujours là, fidèle au poste !
Il y a encore tellement de boulot ! Depuis que Napoléon a enlevé pas mal de droits aux femmes, nous avançons petit à petit pour les reconquérir mais nous avançons devant un bloc : la justice qui ne bouge pas, qui est arcboutée sur ses positions. Une justice patriarcale qui, sur 76% de femmes maltraitées, condamne 1% des hommes qui les maltraitent. Et ce n’est pas avec ce grand « féministe » qu’est Dupont-Moretti, que les choses avanceront ! Du coup, je consacre une grande part de ma vie à combattre ces injustices.

5 6

Même dans ton métier de comédienne !
Exactement, surtout au théâtre, ce que je fais dans mon seule en scène que j’ai écrit et joué en Avignon « Irrésistible », que j’espère jouer en tournée. Ce sera mon dernier one woman show « rigolo-féministe » car j’arrive à la fin de ce que j’ai toujours voulu dire. Avec « Les Jeanne », on parlait surtout du couple, de ses problèmes, c’était drôle et presque gentil mais depuis, mes spectacles sont devenus plus corrosifs, même s’il y a toujours le côté humour qui fait que je suis mieux entendue. Le spectacle précédent s’intitulait « Crue et nue » où je parlais du corps des femmes, morceau par morceau, si je puis dire ! Dans celui-ci, je m’intéresse aux origines de l’humanité, comment on est arrivé au patriarcat, toujours en rigolant et à cette égalité des femmes et des hommes qui est loin de se concrétiser.
Tu n’y crois pas ?
Crois-tu que les hommes ont l’intention de perdre leur virilité ? On en est loin !
Même si, chez les plus jeunes aujourd’hui, certains consentent à faire la vaisselle, à repasser, à changer leur bébé, ce n’est pas la majorité. C’est pour cela que j’aimerais pouvoir montrer mon spectacle aux scolaires. Je m’y attelle mais, là encore, il faut de la patience et de l’énergie !
Malgré tout ça, l’année 22 a été assez chargée pour la comédienne que tu es !
Ah bon ? Qu’est-ce que j’ai fait ?
Deux films « Villa Caprice » de Bernard Stora, « Irréductible » de Jérôme Commandeur, pour la télé « De miel et de sang » et ta pièce !
C’est vrai que j’ai fait tout ça !
Je ne me rends pas compte et je suis heureuse qu’à mon âge on pense encore à moi !

2

Et tu refuses des projets ?
Tous ceux qui me font chier, qui me proposent des rôles de grand-mère car aujourd’hui on me propose – et pas qu’à moi je pense – des rôles de mémés ou de vieilles dames qui ont la maladie d’Alzheimer ! C’est vrai, ça existe et c’est navrant mais il y a aujourd’hui beaucoup de femmes de mon âge qui sont pleines d’énergie, de santé, qui font plein de choses… Ce que je fais !
Et le prochain Projet ?
Un film que je tournerai en janvier à Marseille, réalisé par Anne-Elizabeth Blateau, qui joue dans « Scènes de ménages ». Il faudra venir sur le plateau !
Est-ce que tu penses que tes engagements ont pu freiner ta carrière ?
Je ne sais pas car je n’ai jamais cessé de jouer d’un côté ou de l’autre. J’ai certainement dû être « évitée » de certains projets. Mais on n’est pas venu me le dire !
Mais à te dire vrai, je m’en fous. Je n’ai jamais eu peur de m’engager et de dire tout haut des choses que beaucoup pensent et n’osent dire. Pour Jacqueline Sauvage, je me suis engagée à fond et ça a marché. C’est le principal et c’est mieux qu’on rôle qu’on ne m’a pas donné. J’ai beaucoup combattu sur des causes diverses qui me semblaient juste et je ne regrette rien. J’aurai toujours une grande gueule et je l’ouvre !
5.000 ans de patriarcat, il y a de quoi se révolter, non ? C’est lui en ce moment qui tue la planète. La planète est en train de crever. Nombre de femmes sont plus écologiques que les hommes !
Crois-tu en la résilience des femmes qui, comme toi, ont été touchées dans leur chair ?
Quant à moi, ça ne m’a pas servi.  Ça a été un très long parcours, la seule chose que je devais faire, c’était de vivre. Il le fallait. Maintenant Par contre, le cinéma a la vertu de réonforter les gens dans leur douleur, dans leur choix… C’est peut-être ça la résilience ».

78

Après ce long et magnifique entretien, un cocktail était servi où toute l’équipe organisatrice du festival et nombre d’élus six-fournais entourèrent Eva. Elle en profita pour parler de son spectacle qu’elle aimerait jouer dans la région. Fabiola Casagrande, adjointe aux Affaire Culturelles, lui promit de faire en sorte qu’elle revienne pour le jouer. Puis elle alla ensuite rejoindre la salle où nous étions conviés à un mini-concert du duo musical « Sigana » qui nous offrit avec talent quelques chansons du monde chantées par des femmes ou parlant des femmes. Moment d’émotion et de poésie avant que l’on découvre le film de Yann Arthus-Bertrand et Anastasia Mikovic. Un film plein d’amour, d’espoirs, d’émotion encore, qui nous fit découvrir des portraits de femmes du monde entier parlant de leur vie, leurs amours, leur détresse, parlant sans filtre des violences et viols dont elles ont été victimes mais aussi de la découverte du sexe, de la naissance de leurs enfants, de leur joie d’être mère, des exactions qu’elles ont subi, des hommes, de leur travail, de la société machiste,… Bref tous les sujets dont elles parlent avec douleur, avec détresse mais aussi avec humour et bonheur. Un magnifique film sur toutes ces femmes belles, courageuses, heureuses ou malheureuses, meurtries mais avec l’espoir de mieux vivre. C’est quelquefois déchirant, violent, quelquefois drôle et naïf. Mais toujours juste et prenant.
La femme dans tous ses états.

10 9
Avec Béatrice Métayer, Martine Patentreger, et Virginie Peyré, ambassadrice du festival

Jacques Brachet

Ahmed SYLLA & Bertrand USCLAT…
Des jumeaux pas comme les autres !

1

Anthony (Ahmed Sylla) est black. Grégoire (Bertrand Usclat) est white. Ils ont 33 ans et vont découvrir qu’ils sont jumeaux.
Comment cela a-t-il pu arriver ? Vous le saurez en découvrant le film « Jumeaux mais pas trop » signé Olivier Ducray et Wilfried Meance.
Tout ce qu’on peut vous dire c’est que les hasards de la vie font qu’ils vont le découvrir, se retrouver… Pour le pire et le meilleur ?
La situation est cocasse d’autant qu’en dehors du fait que l’un est noir… noir et l’autre blanc, blond aux yeux bleus, ils n’ont rien en commun. Bertrand vit dans une famille bourgeoise, a fait des études et se présente aux élections. C’est un homme pas très sympa, manipulateur, imbu de sa personne. Quant à Anthony, il a vécu dans un quartier populaire avec un couple aimant qui l’a adopté. Vivant de petits boulots et de petites magouilles, ils n’étaient pas faits pour se  rencontrer.
Et pourtant…
A partir de là, des mystères se dévoilent, des quiproquos vont s’enchaîner, que va-t-il advenir de cette gémellité inattendue et que va-t-il en sortir ?
Ce film est la surprise de cette saison, un film à la fois drôle et émouvant, tout en finesse et nos deux comparses sont à la fois drôles, craquants et l’on suit leur originale aventure avec beaucoup d’empathie, de plaisir, de fous-rires et d’émotion. On est sur une espèce de montagne russe, passant ainsi de situations drolatiques à des moments pleins de jolis sentiments.
Ahmed et Bertrand sont épatants et l’on se prend très vite à s’attacher à eux.
Très joli moment de cinéma avec, en plus de nos deux comédiens charismatiques, une belle brochette de seconds rôles : Pauline Clément, Gérard Jugnot, Isabelle Gélinas, Nicolas Marié, Jean-Luc Bideau…

23
Les bébés… ce n’est pas nous, précise Ahmed !

Et très joli moment de rencontre aussi – un peu trop brève – avec nos deux comédiens et l’un de leurs metteurs en scène, Wilfried Meance.
Entre eux on sent une connivence, une fraternelle complicité qui se dégage d’ailleurs du film. Ahmed n’arrête pas de plaisanter, jette sur le catering que la direction du Six N’Etoiles a préparé (quiche, pizza et autres gourmandises) un regard de convoitise avant de choisir… une banane !

« Je prépare un film dans lequel je joue un boxeur et je dois faire un régime… Dur, dur…
– Dommage, réplique Bertrand, ces pizzas sont délicieuses ! Et il s’en engouffre un morceau devant le regard désabusé d’Ahmed et le rire du réalisateur.
« D’où vient cette idée de gémellité hors du commun, Wilfried ?
D’un fait divers incroyable qui est tombé sous les yeux de de notre producteur. Après ça, le départ du film était trouvé et il fallait y ajouter une histoire entre ces deux hommes…
Comment vous deux êtes venus sur le film ?
– Ahmed : Lorsque j’ai reçu le pitch, j’avoue qu’au départ je me suis posé beaucoup de questions et j’avais peur que la rencontre blanc-noir fasse un peu cliché. Et puis j’ai reçu la deuxième version et je me suis rendu compte que, dépassé la différence, ce film abordait beaucoup de sujets, il parlait beaucoup de la famille et de ses secrets, du fait que si l’on nait quelque part, dans un certain milieu, la vie ne sera pas pareille pour tous.
Bertrand : J’ai reçu le pitch par Email et mon premier réflexe est de dire : c’est mauvais ! Et puis, lorsque j’ai su qu’Ahmed avait accepté, je me suis dit qu’en fait ça ne devait pas être si mauvais. Le sujet étant que deux enfants ont été séparés, ont eu des vies diamétralement opposées et vont se retrouver… Il y avait quelque chose à transmettre. Et puis, j’avais très envie de rencontrer Ahmed.

6 7

Vous vous connaissiez ?
Ahmed : Chacun connaissait l’autre mais nous ne nous étions jamais rencontrés
Bertrand : on le voit beaucoup au cinéma ou à la télé… Difficile de le rater !
Ahmed : Et moi j’avais vu sur les réseaux, sur Youtube et dans la mini-série « Broute »
Et alors ?
Ahmed : Coup de foudre ! Il faut dire qu’on a fait beaucoup de lectures en amont, ce qui nous a permis de nous découvrir et de nous apprécier !
Bertrand : Nous nous sommes à la fois trouvé des affinités et rendu compte que nous étions comme le yin et le yang.Et que ça pouvait coller. Il a été un partenaire prodigieux.
Ahmed : Et nous avons tous été portés par le film.
Où le film a-t-il été tourné ?
Wilfried : A Angoulême, nous avons tourné du 24 juillet à la mi-septembre…
Ahmed : Vous connaissez Angoulême ? Il ne s’y passe rien à part le covid ! Heureusement qu’on avait du boulot, sinon on se serait bien fait….
Bertrand : (qui le coupe avant) Ça nous a poussés à être focus et à travailler à fond. Car c’est vrai qu’on ne voyait pas grand monde.
Ahmed : J’aurais préféré que ça se passe  à Six-Fours !
Alors pourquoi Angoulème ?
Wilfried : Parce que nous voulions une ville qui ne soit pas marquée politiquement dans la mesure où Bertrand-Grégoire est en pleine période d’élections.
Comment définiriez-vous vos rôles ?
Bertrand : Grégoire est un type qui a fait des études, qui est né dans une famille bourgeoise, qui n’a manqué de rien et qui se présente aux élections plus pour paraître que pour faire quelque chose pour sa ville. Il veut surtout briller.
Ahmed : Anthony sait qu’il a été adopté par un couple qui l’a toujours aimé. Il est heureux, un peu naïf, il vit de petits boulots, il regrette sa maison communale qui a fermé et où il était entre potes mais il vit sa vie sans se poser trop de problèmes… et en magouillant un peu ! »

5 4

Voilà. Rencontre rapide avant que notre équipe ne présente aussi rapidement le film aux six-fournais et avant qu’ils repartent aussitôt pour Toulon.
On aurait bien aimé passer encore un moment avec eux, autour d’une pizza !
Mais, comme l’aurait ma grand-mère, c’était une visite de docteur, trop rapide. D’autant que notre duo est fort sympathique et que leur film pourrait bien être un des succès de l’été.

Jacques Brachet
Photoscreations.fr




Une excellente « dégustation » avec Isabelle CARRE et Ivan CALBERAC

1

Jacques (Bernard Campan) est un garçon divorcé, espèce d’ours solitaire qui tient une cave à vin un peu branlante et qui ne voit personne à part un ami..
Hortense (Isabelle Carré) et une femme encore jeune, pleine d’entrain, très catho, chantant à l’église dans une chorale et s’occupant de sans-abris. Elle se sent vieillir, sage-femme elle voit tous les jours naître des bébés, alors que son seul désir est d’en avoir un.
La rencontre autour du vin entre cet ours et cette poupée  va changer leur vie. Mais avant, il faudra que chacun se lâche, raconte sa vie, ses déceptions, ses peines, ses fêlures, s’ouvre à l’autre et ce ne sera pas des plus faciles.
Ivan Calbérac nous offre, une fois de plus, une comédie romantique pleine de douceur, de délicatesse, nos deux personnages sont attachants, lui qui cache un énorme besoin de tendresse après une vie faite de drames, elles qui se sent vieillir seule et surtout sans espoir d’avoir un enfant.
C’est l’histoire de deux solitudes qui vont s’ouvrir par l’intermédiaire du vin, un sujet original qui fut d’abord une pièce de théâtre à succès mais l’ami Ivan a cette habitude de transformer un livre, une pièce de théâtre écrits par lui en film, comme il l’a fait avec « Venise n’est pas en Italie » étant à la fois romancier, scénariste, metteur en scène et réalisateur.

C’est dans le domaine du château de la Castille qu’on retrouve Isabelle et Ivan, à la fraîcheur de la cave aux senteurs enivrantes. Joyeuse retrouvailles car nous nous connaissons de longue date et c’est toujours un vrai plaisir que de retrouver ces deux adorables personnes… autour d’une dégustation !
On sent entre eux une véritable complicité qui date depuis 2019, date de la pièce qui a débuté dans la joie mais qui, Covid oblige, a viré à la frustration :
« Nous avons créé la pièce – nous explique Ivan – alors que le Covid commençait à entrer partout. Nous avons quand même joué en nous demandant quand tout allait s’arrêter. Et c’est la pièce qui s’est arrêtée.
– Ce qui est fou – ajoute Isabelle – c’est que c’était un succès, que le public venait tous les soirs remplir la salle, avec les masques et qu’on espérait encore faire la tournée. Mais par deux fois elle a été annulée et ça a été un énorme chagrin.
Du coup, Bernard et moi avons supplié Ivan d’en faire un film !
– Difficile de dire non à Isabelle ! Ca a été, c’est vrai, une grande consolation, une belle façon de rebondir, d’autant qu’on a pu garder la presque totalité des comédiens et que ça a été un grand bonheur que de tous nou retrouver. Ça a été la cerise sur le gâteau !
Ivan, il a quand même fallu transformer un texte de pièce en un scénario de film… Ce qui n’est pas la première fois que tu fais ça !
Oui, c’est vrai mais si l’on a gardé beaucoup de choses de l’histoire, j’ai pu ajouter beaucoup de scènes qu’on ne pouvait faire au théâtre, des scènes plus intériorisées comme des scènes faites dans d’autres décors, pour sortir du huis clos de la cave. Si la pièce était peut-être plus centrée sur Jacques, j’ai voulu suivre plus la vie d’Hortense qui fait beaucoup de choses, qui va vers les autres tout en finissant par s’oublier elle-même.

2 3

Pourquoi avoir choisi le vin ?
D’abord parce qu’il y a eu peu de films tournant autour de ce sujet et je trouvais que ce métier est tout aussi complexe que les personnages. Le vin s’oublie un temps dans une cave, les personnages oublient de vivre des choses, puis un jour, tout s’ouvre, un découvre un millésime comme on découvre des choses de sa vie. Tout cela est à la fois symbolique et sensuel.
– Le vin – reprend Isabelle – est aussi l’éloge de la convivialité, du partage et ça m’a permis de développer des sentiments que je n’avais pas pu développer au théâtre.. Cette convivialité qu’on avait aussi tous les soirs avec le public, qui nous a tant manquée et qu’on retrouve avec joie en présentant ce film dans toute la France. On y retrouve cette joie partagée et cette approche du public qui nous manquait tant.
– Isabelle : Ces personnages sont ancrés dans la réalité et chacun peut s’y retrouver, s’identifier, on passe du rire aux larmes, de la drôlerie à l’émotion et je crois que c’est ce qui touche le cœur du public.
Ivan : C’est un film qui se fonde sur l’identification car si ce n’est pas particulièrement nous, ce peut être des proches, des gens qu’on connaît. C’est aussi un film qui parle de thèmes d’aujourd’hui.
Le petit Steve (Mounir Amamra) est incroyable dans ce rôle de gamin paumé qu’on oblige à faire un stage dans cette cave. Comment l’as-tu trouvé ?
Par casting tout simplement. Ça a été pour moi une révélation. C’est son premier rôle au théâtre comme au cinéma. Il a été le premier surpris que je le choisisse et au départ il n’avait pas compris qu’il fallait être là tous les soirs et à l’heure pour jouer ! Il arrivait d’ailleurs chaque soir à cinq, dix minutes du début, très décontracté et il est d’un naturel incroyable.
Où a été tourné le film ?
En Bourgogne, en Champagne, à Troyes…
Nous avons découvert des paysages magnifiques et surtout des gens merveilleux, simples, humbles, accueillants. Ils se relevaient du gel puis il y a eu la grêle. On ne se rend pas compte à quel point ce métier est difficile, aléatoire. C’est vraiment un métier de passion. Nous avons également découvert des vins incroyables.
Justement, où vont vos préférences ?
– Ivan : Déjà, le Château Obrion, que j’ai découvert. D’ailleurs j’ai découvert beaucoup de choses sur le vin car je dois avouer que je n’y connaissais pas grand-chose !
Isabelle : Moi j’adore les vins du Minervois des frères Larrieux
Ca a dû être un joyeux tournage avec tout ce vin autour !
Ne crois pas ça –dit Ivan en riant – car, c’est vrai, ça été un joyeux tournage mais pas à cause du vin, toutes les scènes où les comédiens boivent, ce n’est pas du vrai vin ! Sauf le Château Obrion qu’on a dû ouvrir et, une fois ouvert… On l’a bu !
– Le tournage (précise Isabelle) a été surtout joyeux parce qu’on se retrouvait tous et que ça nous manquait vraiment. On avait été très triste d’annuler les tourner et tous se retrouver a été un bonheur… sans alcool car pour moi, il me suffit de deux verres !

LA_DEGUSTATION_DP.indd LA_DEGUSTATION_DP.indd

Chacun de vous a une sacrée actualité. Vous Isabelle, c’est tout azimut : livre, théâtre, cinéma, télé…
Oui, mais aujourd’hui, après plus de trente ans de carrière, je choisis mes projets et quelquefois tout s’enchaîne. Je viens donc de publier mon troisième livre « Le jeu des i » et c’est un grand bonheur d’écrire.
Côté théâtre j’ai joué « Biographie : un jeu » de Max Frisch et « Les amants de la commune » de Laurent Seksik
Pour la télé, j’ai tourné « L’enfant de personne » d’Akim Isker.
Enfin au cinéma, j’ai tournée « La dérive des continents » de Lionel Baier et « La dégustation » bien sûr !
Et toi Ivan ?
Je viens de monter à Avignon une pièce que j’ai écrite « Glenn naissance d’un prodige » avec Josiane Stoleru et Bernard Malaka, c’est un hommage à Glenn Miller qui et a eu un destin incroyable, à qui je voulais rendre hommage. Je l’ai présenté au théâtre des Béliers où, en 2016, j’avais présenté « Venise n’est pas en Italie ». Je le reprends de septembre à Noël… et plus si affinités, au Petit Montparnasse.
Et puis il y aura « Les humains » avec Bernard Campan et Isabelle Gélinas au théâtre de la Renaissance du 23 septembre au 15 janvier.
Pas de livre ?
J’ai signé pour un prochain livre mais je n’en ai pas écrit un seul mot ! »

4 5
Avec Eric Favier grâce à qui tous ces artistes viennent au Pathé

Après cette belle rencontre, c’est tous ensemble qu’à la fraîcheur de la cave, nous avons trinqué au succès du film qui sortira le 31 août et… que nous avons retrouvé la canicule pour faire quelques photos dans les vignes. Avant de présenter le film au Pathé la Valette puis au Six N’Etoiles de Six-Fours.
Mais ce fut un beau moment de retrouvailles et un joli moment de cinéma, qu’il ne faut pas manquer… dans la fraîcheur d’une salle !

Jacques Brachet