Archives pour la catégorie Cinéma

Six-Fours
Au Six N’Etoiles… comme à Cannes !

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Cate Blanchet, présidente  et Martin Scorcese déclarent ouvert le 71 ème festival de Cannes

Mardi soir, le festival de Cannes s’ouvrait… à Six-Fours !
Explication : comme chaque année, la direction du Six N’Etoiles organise, pour ce grand événement, la montée des marches. Montée beaucoup plus modeste mais avec tapis rouge, s’il vous plait où après s’être fait photographié par… trois photographes, le public s’installait pour voir en direct la vraie montée des marches et la cérémonie d’ouverture sur grand écran.
Mais cela ne s’arrêtait pas là puis que Paul Bertin, le grand ordinateur de cette soirée, nous offrait à la fin de la cérémonie, un verre de champagne, avant ne l’on rejoigne la salle pour assister en direct comme à Cannes, au film d’ouverture.

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Il s’agissait du film d’Asghar Farhadi « Everybody knows » avec le couple vedette, à la ville comme à l’écran, Penélope Cruz et Javier Bardem.
Un film un peu étrange, entre thriller et film d’atmosphère où, à l’occasion du mariage de sa sœur, Laura (Pénélope Cruz) revient en Espagne avec ses enfants, son mari Alejandro (Ricardo Darin) n’ayant pu l’accompagner. Elle y retrouve entre autre Paco (Javier Bardem, avec qui elle eut une liaison.
Au cours du mariage, sa fille est enlevée avec demande de rançon à l’appui. Pour ne pas prévenir la police, Paco mène l’enquête et très vite, le secret de famille dont personne ne parle mais que tout le monde croit connaître, à savoir que la fille est celle de Paco va orienter le ou les coupables vers la famille. Mais la famille étant nombreuse quels pourraient être les coupables de cette machination ?

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Jusqu’au bout la suspicion va de l’un à l’autre car beaucoup d’entre eux peuvent, pour différentes raisons, être les auteurs de l’enlèvement.
En cela le film est intéressant car il nous retient en haleine jusqu’aux dernières images. Par contre, il y quelques longueurs et certaines scènes sont maladroitement filmées.
Les trois comédiens principaux sont par contre, parfaits chacun dans son rôle, Pénélope Cruz en mère éplorée, Javier Bardem en meneur d’enquête qui a toujours un sentiment pour Laura et est prêt à tout pour sauver sa fille lorsqu’il apprend qu’il en est le père et Ricardo Darin, qui joue sur le fil de l’ambiguïté, puisque père de substitution, mari bafoué ou tout simplement père accablé ?
Après ce film quelque peu oppressant, le sourire revenait à cinq spectateurs dont le tirage au sort de leur billet les désignaient comme gagnants de places de cinéma.
A noter que sur les invitations à cette soirée, il avait été demandé aux spectateurs de venir en tenue de gala. Mais Six-Fours n’étant pas Cannes, peu d’entre eux s’y plièrent. Par contre, voir Paul Bertin « encravaté » était une grande première et tout son personnel et les élèves de la section accueil du lycée de la Coudoulière avaient joué le jeu et étaient beaux comme des soleils !

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Ce fut une belle soirée cannoise… sous le ciel de Six-Fours !

Jacques Brachet

Six-Fours – Six n’Etoiles
Les Chevaliers du Fiel, héros pour « de rire »

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Foule dense pour l’avant-première du film des Chevaliers du Fiel : « Le municipaux, ces héros », au six n’Etoiles de Six-Fours.
Il faut dire que depuis quelques années, s’il y a des humoristes qui remplissent les plus grandes salles, ce sont bien Eric Carrière et Francis Ginibre, le duo infernal composant les Chevaliers du Fiel.
Avec leur accent chantant qu’ils ont pris du côté de Toulouse, ils ont imposés leurs personnages de municipaux au fil des ans, faisant crouler de rires un public très large… les municipaux eux-mêmes qui, quoiqu’on dise, on de l’humour !
Les voici donc dans un film très attendu « Les municipaux, ces héros », écrit par Eric qui a aussi signé la musique, réalisé par les deux énergumènes qui se sont entourés de quelques pointures du rire : Marthe Villalonga, Annie Gregorio, Sophie Mounicot, Eric Delcourt, Lionel Abelanski, Bruno Lochet, l’un des inénarrables Deschiens et même l’ami toulonnais Yves Pujol.
Oui mais voilà : un spectacle de duos d’humoristes ne fait pas un film. Du moins, s’il le fait… ça ne le fait pas !
Avouons-le, ce film est une pantalonnade faite de bric et de broc, une suite de sketches quelque peu éculés, entrecoupées de situations totalement iconoclastes. Ce n’est même plus de la caricature, ça va au-delà et à la fin, ce n’est même plus drôle.
On est totalement en « absurdie » comme dirait Michel Sardou et j’avoue que, ayant adoré leurs spectacles et y ayant beaucoup ri, ayant rencontré ces deux comiques au demeurant fort sympathiques, au cinéma, ça ne passe pas, tellement les situations sont outrancières. N’est pas Laurel et Hardy qui veut !
Heureusement que, sur leur demande, nous n’avons pas eu de projection de presse car ils voulaient qu’on voit le film avec le public. Je l’ai donc vu après notre rencontre et j’en suis heureux tant j’aurais eu de mal à leur dire que j’avais aimé. D’ailleurs je n’aurais pas pu !
Nous nous sommes donc rencontrés entre deux portes car leur promo était vraiment la course à l’échalote et que le temps nous était compté.

E H  « Le film – nous explique Eric – a été tourné à Port Vendre, qui est un magnifique petit port dont on ne parle pas assez. Nous avons royalement été reçus par le maire qui nous a avec humour, prêté ses… employés municipaux, tant pour nous aider que pour faire de la figuration. Ce qui prouve qu’ils ne nous en veulent pas !
– De toutes manières – ajoute Francis – ce que nous écrivons sur eux, ce n’est jamais méchant et c’est tombé sur eux mais nous aurions pu prendre n’importe quelle autre administration, on aurait pu écrire la même chose !
– Oui, ce n’est pas une critique puisque, finalement, ce sont des travailleurs comme les autres. Le seul problème c’est que eux, il travaillent toujours debout et lorsqu’il s’assoient, ça se voit !
Comment s’est passé le tournage ?
Francis :
Sous le soleil durant sept semaines, dans une bonne humeur communicative entre les 80 techniciens qui travaillaient autour de nous, les fameux municipaux et la bande de joyeux comédiens que nous avons choisis.
Justement, comment les avez-vous choisis ?
Eric : Par affinités. Ce sont tous des copains et le seul critère étaient qu’ils veuillent bien entrer dans notre univers, ce qu’ils ont fait je crois avec une apparente facilité. Il fallait bien sûr qu’ils correspondent à nos personnages. Mais lorsqu’on on a besoin de quelqu’un qui est sans cesse bourré, on pense aussitôt à Bruno Lochet qui a déjà le physique de l’emploi !!!
Eric, comment écrire un tel scénario ?
Tout comme lorsque j’écris les sketches : en observant, en regardant, en écoutant ce qui se passe autour de nous… C’est souvent du vécu, sinon par moi mais par d’autres que je rencontre au hasard. Tous les jours j’entends et vis des trucs exceptionnels qui peuvent faire l’objet d’un sketch. Par exemple, un matin, je vois arriver un municipal avec une balayeuse toute neuve qui roule à deux à l’heure. Je ne sais comment il a fait mais à la suite d’une fausse manœuvre, elle tombe à l’eau.
Lorsque le maire lui demande où elle est, paniqué il répond : « On nous l’a volée ».
Surprise du maire qui ne comprend pas qu’il n’ait poursuivi le voleur qui roulait à 2 l’heure… Et autre surprise quand, de sa fenêtre, il voit la balayeuse sortir de l’eau au bout d’une grue !
Du coup j’ai incorporé l’histoire dans le film !
Pour d’autres trucs, on les retrouvera dans un spectacle car je note tout.

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Justement, l’avenir c’est le cinéma ou le théâtre ?
Francis :
Ça dépendra du public et… du fric que le film engrangera, s’il en engrange !
Ce dépend des envies et des propositions de producteurs. Faire un film, entre l’écriture et sa sortie, c’est un travail de longue haleine. On doit se projeter, arrêter de jouer au théâtre. C’est difficile à mettre en place.
Là, on prépare un nouveau spectacle. Ça va prendre du temps, s’il marche on va le jouer longtemps et pendant ce temps, on ne peut pas tourner.
On peut parler de ce nouveau spectacle ?
Eric :
Oui, il s’intitulera « Camping-car for ever ».* C’est l’histoire d’un couple qui part en vacances au Mont St Michel. Il arrive tôt le matin pour installer le véhicule à la meilleure place afin d’avoir au matin la plus belle vue du Mot St Michel. Mais durant la nuit, un autre camping-car vient juste s’installer devant eux !
Donc, on ne pleurera pas ?
Certainement pas, nous disent-ils en cœur et en rigolant !

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Jacques Brachet
* « Camping-car for ever »
– Mercredi 23, jeudi 24 janvier 20h30, le Silo, Marseille
– Vendredi 25 janvier 20h30, Zénith-Oméga, Toulon

 

Jean-Marc BARR
30 ans après « Le Grand Bleu »

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En 1988,un film nous faisait découvrir quatre hommes : Luc Besson, Jean-Marc Barr, Jean Réno et Jacques Mayol grâce à ce film devenu aujourd’hui mythique : « Le grand Bleu ».
Il raconte l’histoire de cet homme incroyable que fut Jacques Mayol, qui détenait le record d’apnée à 100 mètres en 1976 (Puis 103 mètres en 1963) et fut nommé « L’homme dauphin ».
Trente ans après, voici que le réalisateur Lefteris Charitos lui rend hommage avec ce docu-biopic : « L’homme dauphin » dont les commentaires en voix off sont dits par celui-là même qui incarna Jacques Mayol à l’écran : Jean-Marc Barr.
La boucle est donc bouclée.

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Ce film est un mélange d’archives et de témoignages de gens qui ont travaillé avec lui, de sa fille et de son fils, d’Enzo Maiorco dit Molinari, qui fut son grand adversaire à celui qui irait au plus profond, et nous montre quel être exceptionnel était Mayol, qui n’avait que trois passions : la mer, les dauphins et les femmes.
Homme exceptionnel mais homme complexe aussi car ne vivant que pour ses passions, oubliant femme et enfants, n’ayant aucune attache, peu d’amis car de ceux-là, il s’en servait pour vivre bien souvent à leurs crochets ou les utilisant, jouant les stars avec son physique à la Clark Gable et finalement terminant sa vie seul dans sa maison de l’île d’Elbe où il se pendit en 2001, à l’âge de 71 ans. D’ailleurs, au pied de son refuge où il vécut durant 30 ans, une pierre commémorative a été gravée dans la mer Tyrrhenienne.
Parcours de légende, parcours qui finit mal mais Jacques Mayol, entré dans la légende grâce à ce film de Besson qui, dit-on, lui fit perdre un peu les pédales et qui reste aujourd’hui l’image de l’aventurier de cette époque flamboyante, lui qui repoussa les limites physiologiques de l’homme.
Ce film retrace toute cette vie vouée à la mer, avec de magnifiques documents, car il faisait tout filmer de ses exploits et le témoignage de ces scientifiques du monde entier avec qui il travailla sans jamais s’attacher, qui le vénéraient malgré tout.
Ayant perdu Gerda qui aurait pu être la femme de sa vie mais qui fut assassinée dans un supermarché, il confessa à sa fille, à la fin de sa vie, cette phrase terrible : « Je regrette de n’avoir pu fonder une famille », alors qu’il avait deux enfants.
En fait, sa famille, c’étaient les dauphins avec qui il avait des rapports très particuliers, peut-être la seule véritable attache qu’il eut dans sa vie.
Jean-Marc Barr, qui garde de beaux souvenirs du tournage du « Grand Bleu » qui le lança comme comédien, est venu présenter ce film au Six N’étoiles de Six-Fours avec beaucoup d’émotion et de plaisir.
Du jeune garçon timide que j’ai connu voici 30 ans, je retrouve avec plaisir ce regard rieur, ce sourire lumineux, cette gentillesse et cette simplicité qu’il a gardés.
C’est à l’Hôtel Rives d’Or aux Sablettes, face à la mer(of course), que nous conversons sur cette aventure et sur tout ce qu’il a fait depuis cette année 88 où le public le découvrit.

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Jean-Marc, comment t’es-tu retrouvé sur ce film ?
C’est le metteur en scène qui, pour les besoins du film, est venu me voir à Paris pour m’interviewer. Deux mois plus tard, avec le producteur, il me demandait si je voulais, en voix off, dire des extraits du livre de Mayol « Homo delphinus »
Qu’est-ce que ça fait de se « replonger » dans « Le Grand bleu » 30 ans après ?
Ça fait remonter des souvenirs de tournage, de rencontres. Il faut te dire que c’est un film que je n’ai jamais pris au sérieux. Ca a été un beau cadeau pour moi puisque ça m’a fait connaître mais ça n’était pas du tout le cinéma que je voulais faire, je le savais déjà. D’ailleurs, après le tournage, je suis allé trouver Lars von Trier pour tourner « Europa » et l’on m’a appris le succès du film qui m’a étonné. Mais, alors que je parle anglais depuis mon enfance, je n’ai jamais voulu entrer dans le cinéma « capitaliste américain » qui fait rarement des films pour l’art. Je préfère le cinéma indépendant et j’avais envie de choisir ma carrière et d’aller vers un cinéma plus artistique, plus intellectuel. Je savais que ce ne serait pas en Amérique que je pourrais le faire, mais en Europe. Même si je ne gagnais pas de sommes folles.
Après le succès du film, c’était risqué !
Peut-être parce que, le film étant sorti en anglais, j’avais des proposition mais j’ai gardé l’idée que j’avais car je savais que, si j’allais dans cette direction, ça durerait deux ou trois ans et ça se serait arrêté. J’ai donc préférer tout de suite dévier et je me suis baladé partout en Europe pour faire le cinéma que je voulais faire.
C’est un cinéma plus intimiste
Oui, je le sais mais je ne fais pas de cinéma pour gagner de l’argent, du moins pour toucher des cachets mirobolants. Je fais un film pour ce qu’il m’apporte intellectuellement et pour l’amour de l’art, pour faire ce que je considère comme une œuvre. Je n’ai jamais eu de rêve de star. Et c’est grâce à ces films que j’ai choisis que j’ai acquis, je l’espère, un certain talent d’acteur.

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Revenons au « Grand Bleu ». Quels souvenirs en gardes-tu ?
Le souvenir d’une belle aventure, celle, entre autre, d’avoir rencontré Jacques Mayol avec qui j’ai passé de beaux moments, malgré l’immense ego qu’il pouvait avoir et avec qui j’ai eu des relations jusqu’à la fin de sa vie. Nous nous sommes beaucoup appelés. Deux mois avant sa mort il m’avait confié son mal être. J’ai été très triste d’apprendre sa mort mais pas étonné.
A quoi cela était dû ?
C’était un homme seul car il n’a toujours vécu que pour sa passion, délaissant femme, enfants. Il n’avait pas d’amis mais des gens avec qui il travaillait, des partenaires avec qui il ne se liait pas et qu’il gardait tant qu’il en avait besoin. Lors de la sortie du film, si ça l’a fait connaître, il était quelque part jaloux que ce soit moi que l’on regarde plus que lui. D’autant que Luc Besson m’avait choisi alors que, physiquement, on était loin de se ressembler. Il a eu du mal à le digérer.
N’était-il pas un incompris ?
Peut-être mais certainement par sa faute car il ne faisait aucun effort vers les autres. Il vivait pour sa passion, il ne se compliquait pas la vie pour les autres? Du coup, on l’admirait beaucoup mais on ne le comprenait pas. J’ai été très touché en visionnant le film, des larmes des Japonais avec qui il a travaillé car ils le considéraient comme un vrai héros et il les a inspirés et poussés à aller plus loin et susciter des vocations.
Il t’a également donné le goût de cette pratique : l’apnée ?
Certainement et j’en fais toujours. Être en apnée c’est être en symbiose avec sa propre insignifiance et nous amène vers la sagesse. Être en contact avec la mer est quelque chose d’à la fois sensuel et spirituel. C’est magique car on est dans l’amour, la beauté.C’était déjà le message du film et c’est cent fois plus important aujourd’hui. C’est en quelque sorte une petite mort puisqu’on ne respire plus. D’ailleurs la fin du film reste mystérieuse, chacun peut l’interpréter à sa manière. En même temps, elle ressemble à la mort de Mayol.

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Et toi alors, que deviens-tu ?
Je joue au théâtre, je tourne, je réalise… lorsque je le peux car aujourd’hui c’est devenu difficile. J’ai réalisé six films avec Pascal Arnold mais ça fait six ans qu’on rame pour réaliser un film parce que nos sujets ne sont pas assez commerciaux, nous ne sommes pas assez formatés. Mais nous ne voulons pas faire de concessions. Alors, en attendant je joue ailleurs.
Il y a eu l’important rencontre avec Lars van Trier ?
Oui, avec qui j’ai fait cinq films. C’est le cinéma indépendant que j’aime. Lars est un grand réalisateur et j’aime tourner avec lui même s’il n’est pas le réalisateur le plus populaire. Mais c’est ce cinéma qui me donne envie de faire mon métier.
Tu te partages entre cinéma, télévision, théâtre…
Oui puisque, de 2011 0 2016 j’ai tourné dans la série télé « Deux flics sur les docks » avec Bruno Solo. J’ai tourné au cinéma un film en noir et blanc « Grain » de Semih Kapanoglou. Puis j’ai retrouvé mon ex femme Irina Decermic pour créer dans son pays, à Belgrade, un spectacle tiré de la nouvelle de Tplstoï « La sonate à Kreutzer » où elle joue au piano du Beethoven avec Sonja Kalajic au violo. La pièce a été traduite et jouée à la Comédie de Picardie et que nous reprenons à la rentrée au Studio Hebertot à Paris. Je viens de tourner une série allemande pour Arte « Bad Banks » réalisée par Christian Schworchow…
Donc tu es un homme heureux ?
D’autant plus heureux que je viens d’être pour la première fois papa d’un petit Jude que j’ai eu avec la réalisatrice italienne Stella di Tocco et nous partageons notre vie entre la France et l’Italie ! »

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Après ce bel entretien, Noémie Dumas, directrice du Six N’étoiles le recevait donc autour de deux visiteurs de marque : Gilles Grandguillotte, directeur administratif et financier de la société Paul Ricard et Nardo Vicente, biologiste, fondateur de la revue « Océanorama » de l’Institut océanographique Paul Ricard.

Propos recueillis par Jacques Brachet

Cannes 2018 – Du 12 au 19 mai : VISIONS SOCIALES

Parrain : Nicolas Philibert
Renccontres – débats – expositions
Château des Mineurs, Domaine d’Agecroft, Mandelieu-La Napoule.
Entrée libre dans la limite des places disponibles.

Depuis plus de vingt ans, les Activités Sociales de l’énergie s’attachent à montrer un cinéma d’auteur ouvert et exigeant, qui questionne l’ordre social et l’état du monde.
Après des années de présence sur l’Esplanade Pantiero, à Cannes, elles se sont installées en 2003 dans le fantastique décor du domaine d’Agecroft, sur les hauteurs de Mandelieu-La-Napoule (à 10 mn de Cannes), donnant ainsi naissance à Visions Sociales, une manifestation en accès libre pour tous.
Visions Sociales, dont la 16e édition se déroulera du 12 au 19 mai, sera parrainé par le grand cinéaste du réel, Nicolas Philibert (Le Pays des sourds, Être et avoir…). Lors du week-end d’ouverture, il présentera deux de ses films : La Maison de la Radio (12/05, 21h) et Retour en Normandie (13/05, 18h).
Un parcours à travers le cinéma lusophone actuel, du Portugal au Mozambique en passant par le Brésil, et une sélection de longs et de courts métrages découverts dans les festivals soutenus par les Activités Sociales de l’énergie seront montrés en journée, en présence des cinéastes et de spécialistes invités, et en soirée (21h), chacun des partenaires de Visions Sociales – l’ACID, la Semaine de la Critique, la Quinzaine des Réalisateurs et le Festival de Cannes – Un Certain Regard – fera découvrir aux festivaliers un film inédit de sasélection. Enfin, le samedi 19 mai, un film de la Semaine de la Critique (10h) et un film primé de la Quinzaine des réalisateurs (14h30) viendront clore cette l’édition 2018 de Visions Sociales.
Comme chaque année, une exposition et des débats viendront enrichir cette édition qui n’oubliera pas de fêter les 50 ans de mai 68 !

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PARRAIN 2018 – NICOLAS PHILIBERT
Selon le critique de cinéma Patrick Leboutte, «on doit à Nicolas Philibert d’avoir réconcilié le grand public avec le cinéma documentaire, sans rien lâcher de son art et sans la moindre concession. Film après film, il met en lumière le quotidien et ce qui en constitue les joies, les peines, la grandeur et les petits riens. Bien réels et souvent drôles, parfois poignants, on ne peut oublier ses personnages qui nous ressemblent bien souvent.»
Réalisateur dedocumentaires internationalement reconnus, auteur entre autres de La Voix de son maître (son premier film co-réalisé avec Gérard Mordillat en 1978), La Ville Louvre (1990), Le Pays des sourds (1992), Être et avoir (2002) ou encore Nénette (2010), Nicolas Philibert nous fait l’honneur de sa présence lors du week-end d’ouverture où il présentera La Maison de la Radio (2013) – le 12/05 à 21h – et Retour en Normandie (2007) – le 13/05 à 18h – deux films qui, comme il le dit lui-même «ne sont pas des films sur, mais des films avec et grâce à».

THÉMATIQUE 2018 – CINÉMA LUSOPHONE
La lusophonie, c’est plus de 260 millions de personnes dans le monde, de l’Angola au Brésil, du Cap-Vert à la Guinée-Bissau, du Portugal au Mozambique et jusqu’à Macao ! A l’image du Portugal, marqué depuis des siècles par le contact avec différentes civilisations, le cinéma lusophone, varié, audacieux, attachant, a cette extraordinaire capacité à promouvoir la rencontre de différentes cultures. Les 16es Visions Sociales proposent un focus sur la production cinématographique lusophone actuelle à travers dix films choisis pour leur liberté de création et leur originalité, qui seront montrés en présence des cinéastes.

Programmation lusophone (sous réserve de modifications)
Menina, Cristina Pinheiro – Saint Georges, Marco Martins – L’Usine de Rien, Pedro Pinho – Casa grande, Fellipe Barbosa – Comboio de sal e Açúcar, Licínio Azevedo – Ausência, Chico Teixeira – Lettres de Guerre, Ivo M Ferreira – Tous les rêves du monde, Laurence Ferreira-Barbosa – Sélection « ACID Trip Portugal ».

SOUTIENS AUX FESTIVALS PARTENAIRES
Les Activités Sociales de l’énergie soutiennent de nombreux festivals en France. Chaque année, Visions Sociales présente une sélection de films découverts et primés par les bénéficiaires des Activités Sociales de l’énergie lors de ces festivals, et invite deux d’entre eux lors de séances spéciales «Festivals invités».

Site : www.ccas-visions-sociales.org
Facebook : www.facebook.com/visions.sociales

Six-Fours – Villa Nuraghes
Jean-Marie SCHNEIDER
invité de l’association « Lumières du Sud »

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Mireille Vercellino, Présidente de l’association « Lumières du Sud », association vouée au cinéma qui est sa passion, a le chic pour inviter des gens aussi passionnés que passionnants pour parler du 7ème Art.
Et en ce 3 avril, c’est le romancier Jean-Marie Schneider qui était son invité.
Auteur de romans policiers, notre écrivain bandolais a vécu une curieuse aventure avec la télévision. c’est ce qu’il est venu nous raconter avec beaucoup d’humour.
Il faut d’abord savoir qu’il a créé une association , »Le cercle des auteurs bandolais » qui réunit quelque cinquante écrivains bandolais varois et qu’il a écrit plusieurs romans policiers, entre autre, un roman intitulé « L’affaire du Port d’Alon » qui a eu un certain succès. C’est un thriller qui raconte l’histoire d’un serial killer qui tue des jeunes filles et l’enquête va être dirigée par le commissaire Auguste Pitalugue.
L’histoire intéresse France 3 qui retient le livre et le propose à son comité de lecture, afin d’en faire une adaptation pour la télévision. Sur trois auteurs sélectionnés, c’est lui qui l’emporte et le voici qui signe donc un contrat d’exclusivité et un contrat de cession des droits d’adaptation après nombre de palabres, de discussion et de temps passé..
A partir de là, il va aller de surprises en surprises car, il l’a vite appris, une fois signé ce contrat, il n’est plus du tout maître du jeu et si on lui demande de temps en temps son avis, c’est juste par politesse car son avis pèse peu dans la balance !
Tout d’abord, le réalisateur Claude-Michel Rome décide que le Port d’Alon n’étant pas très connu, il est nécessaire de changer le titre. Ainsi le scénario deviendra « Le sang des Îles d’Or ».
Donc exit le Port d’Alon puisque le film se déroulera entre Hyères et Porquerolles, un peu à Toulon aussi à l’université Seatech de Toulon
Il faut aussi voir qu’une descente avec la technique importante et les techniciens qui suivent, auraient eu du mal à s’installer sur la plage du Port d’Alon.
Évidemment, les comédiens sont choisis sans qu’il ait son mot à dire mais cela ne le chagrine pas lorsqu’il apprend que les rôles principaux seront tenus par Antoine Dulery, Gérard Dubouche, Alexandra Vandermoot, Avy Marciano (Plus belle la vie), Isabelle Vitali (Nos chers voisins).
Petit à petit il apprend que son capitaine devient commandant que trois jeunes femmes assez sportives sont remplacées par une fille filiforme, la mine cuivre de Cap Garonne à Carqueiranne devient un blockhaus… et il n’est pas au bout de ses peines car les changements affluent au fur et à mesure que le scénario avance. C’est plus le parcours du combattant qu’un long fleuve tranquille !

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Mais bon gré malgré il suit le mouvement, se lie avec les comédiens dont Antoine Dulery qui lui dit n jour en rigolant : « Alors c’est toi le pervers qui a écrit ça… C’et quand même mieux notre scénario ! »
Il est vrai qu’alors Jean-Marie est bien obligé de passer sur beaucoup de choses car France 3 a des codes, les scénarios sont formatés à leurs exigences et qu’au final, comme l’indique le générique, le roman est « librement » adapté.
« Très, très, très librement adapté – nous dit Jean-Marie en riant – car lorsque j’ai reçu la matrice, il y avait quelques scènes, quelques convergences que j’ai retrouvées, l’ambiance du roman, la trame de l’histoire. A part ça, j’avais du mal a retrouver mes personnages et leur histoire Il y avait quand même des incohérences, et là, j’ai dû me battre pour qu’elles soient corrigées lorsque c’était possible. Mais une fois tourné, plus possible de revenir en arrière. »
D’ailleurs, preuves à l’appui, Jean-Marie nous a beaucoup amusés en nous lisant quelques scènes de son livre et en nous montrant à l’écran ce qu’elles étaient devenues !
Que reste-t-il de tout cela ?
 » Une belle et enrichissante aventure même si, durant quelques jours, j’ai eu un sentiment de frustration… qui est passé lorsque j’ai vu le score d’audience qu’a fait le film : près de 4 millions de téléspectateurs face à « The voice », ce qui n’est pas mal. Et même succès lors d’un nouveau passage et le passage sur TV5 Monde. Ceci a compensé cela ».
Si Jean-Marie a une belle plume, il a aussi un beau talent de narrateurs et grâce à lui, les spectateurs ont appris beaucoup de choses sur le tournage d’un film.
Et il est prêt à recommencer !

Jacques Brachet

 

Arnaud DUCRET change de registre
avec « Monsieur Je-sais-tout »

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Vincent (Arnausd Ducret) vit à la Rochelle. Ayant rompu avec sa famille, à 35 ans il vit seul.
Devenu entraîneur de foot suite à un accident de match, un jour un OVNI entre dans sa vie : son neveu, Léo (Max Baisette de Malglaive), 13 ans, élevé par la mère de Vincent qui doit subir une opération et qui n’a d’autre solution que de faire appel à son fils, qu’elle n’a plus vu depuis des années…
Le problème est déjà énorme pour ce célibataire invétéré qui ne s’est jamais occupé d’enfants, sauf de jeunes footballeurs ; qui plus est Léo est autiste Asperger et voilà ce grand gaillard barraqué au caractère bien trempé empêtré avec ce gamin maigrichon, imprévisible, qu’il n’a jamais vu.
Et pourtant…
Pourtant, loin d’être débile, Léo le sidère par son savoir, son esprit qui travaille à mille à l’heure et son envie de devenir… footballeur.
Tout n’ira pas sans mal mais cette rencontre va bouleverser le vie de ces deux-là, qui sont de la même famille mais ne se connaissent pas.
Écrit et réalisé par Stéphan Archinard et François Prevôt-Leygonie d’après le roman d’Alain Gillot « La surface de réparation », le film se déroule à la Rochelle et a été rebaptisé « Monsieur je sais tout ».
C’est une belle histoire d’amour entre une grande gueule à la carcasse impressionnante quelque peu empoté face à ce gamin lui aussi impressionnant à sa manière parce qu’inattendu, énervant et attachant à la fois
Le film est traité sans pathos, magnifiquement interprété par un Arnaud Ducret inattendu car on le connaît plus dans le registre de la comédie et ce petit Max qui joue un rôle difficile car il fallait maîtriser une maladie encore mal connue avec un débit incroyable qui force le respect. Et s’il n’est pas autiste il est, c’est sûr, surdoué !
Derrière cet ogre soupe au lait se cache une âme meurtrie dont on découvre la faille au fur et à mesure de l’histoire, et derrière ce petit garçon se cache un enfant attachant, qui, lui aussi recherche quelqu’un à qui se raccrocher.
Parce que c’était Vincent. Parce que c’était Léo.
Le film est formidablement maîtrisé dans une histoire pleine de jolis sentiments, d’émotion, de tendresse et d’amour sans qu’une seule seconde ce soit larmoyant.
Ducret nous montre qu’il sait faire autre chose qu’un « one man » tonitruant. Max nous sidère par sa maturité et sa justesse.
Quant aux seconds rôles (Alice David, Caroline Silhol, Féodor Atkine entre autres) ils sont tous d’une grande justesse et tout aussi attachants.
Un très beau film qu’Arnaud Ducret et les deux réalisateurs sont venus nous présenter au Pathé la Valette, affrontant les grèves qui ont un peu perturbé leur emploi du temps !
Mais ils étaient là, pour notre grand plaisir.

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« Arnaud, comment vous est venu ce scénario ?
Tout simplement parce que Stéphan et François ont pensé à moi ! Ils m’on proposé le scénario que j’ai lu très vite et dans la foulée je leur ai dit : « Je veux le faire » ! Nous nous sommes rencontrés une première fois, j’ai trouvé le scénario bien écrit et le rôle m’a plu dans son intégralité. En plus, ça me changeait des comédies, ce que j’avais envie de faire mais sans me dire que j’allais aborder une nouvelle facette, je ne pense jamais comme ça. Mais l’histoire de ce mec dépassé, de cette relation avec cet ado qui devient presque une relation père-fils, m’a beaucoup touché. Et en fait, je me suis dit : quel est le plus autiste des deux ? car dans le film Vincent est un solitaire peu sociable qui va se transformer grâce à Léo. Comme Léo va se transformer grâce à sa rencontre avec son oncle.
Stéphan, François, Arnaud a-t-il été une évidence ?
Stéphan : Sur le moment, nous avons cherché qui pouvait entrer dans ce rôle. Déjà, il nous fallait un mec de la stature d’un Lino Ventura, une espèce d’armoire à glace brut de décoffrage, qui peu à peu, va, disons « s’humaniser ». Il y en a peu dans le cinéma français.
François : Ce qui est drôle c’est que notre producteur nous avait dit qu’il pensait à quelqu’un mais qu’il nous en parlerait lorsqu’on aurait cherché… et pas trouvé ! Et j’ai vu à la télé un film sur de Gaulle où Arnaud jouait magistralement le rôle de Chirac. Ca a été le déclic ! Et le comédien à qui pensait le producteur… c’était lui !

F G H

Le choix de ce scénario vous est venu comment ?
Stéphan : Par notre agent qui avait lu le roman d’Alain Gillot « La surface de réparation » et qui nous en a parlé. L’histoire se passait à Sedan, Elle était assez sombre car les personnages étaient des gens qui allaient mal. Nous avons adoré l’histoire…
François : Mais nous avons pensé que ce serait peut-être un peu trop noir pour être porté à l’écran. Nous avons donc rencontré Alain Gillot. Déjà, ça a été le coup de foudre entre nous et nous lui avons dit ce que nous en pensions. Nous voulions que le film soit plus solaire, plus lumineux et que tourner ailleurs ce serait déjà moins lourd.
Stéphan : En fait, il habitait la Rochelle où nous sommes allés le rencontrer et nous avions de superbes souvenirs de cette ville où nous avions tourné « Amitiés sincères », tiré de notre pièce de théâtre. C’était un signe. Il a été OK et on a en fait travaillé tous les trois sur le scénario.
Arnaud, travailler avec un enfant, c’est facile ?
D’abord Max n’est pas un enfant, c’est un ado qui vient d’avoir 18 ans. Mais il a eu une enfance très difficile, atteint d’un cancer qu’il a vaincu près des années de traitement, ce qui a retardé sa croissance et fait qu’il fait plus jeune qu’il est en réalité. Mais à la première seconde où nous nous sommes rencontrés, ça a fonctionné entre nous. C’est un vrai, un grand comédien qui a déjà une belle carrière derrière lui. Il est sérieux, concentré, il pige tout de suite, il est bon à la première prise.
François : A tel point qu’on a rarement fait plusieurs prises. Il était bon tout suite ! On s’en était aperçu au casting où, très vite, on a sur qu’il serait notre Léo. Il envoie tout de suite.
Il a rencontré une autiste et a très vite compris le mécanisme tout en voulant faire de Léo un personnage unique. C’est lui qui a trouvé cette façon de marcher la tête baissée, d »avoir ce débit rapide et répétitif…
Le sujet de l’autisme n’a jamais été traité au cinéma ?
Stéphan : Je ne crois pas et c’était délicat car on ne voulait pas faire un documentaire sur l’autisme ni traiter le sujet comme une misère sociale, on voulait faire un film énergique, lumineux, optimiste, malgré la gravité du sujet. L’intérêt était de mettre face à face deux « handicapés de la vie » qui vont, chacun à leur manière, permettre à l’autre de s’épanouir, de s’ouvrir. On ne voulait surtout pas faire un film larmoyant.
Vos seconds rôles sont aussi magnifiques !
Stéphan :
Nous attachons beaucoup d’importance à ce qu’on appelle « les seconds rôles » qui sont simplement des rôles qui ont leur importance. Dans les années 50/60, le cinéma en avait des tas et c’étaient de grands comédiens. Nous allons souvent les chercher au théâtre car ce sont en principe des comédiens de talent, sans ego surdimensionné, qui donnent de la force au film.
Arnaud : Et puis, être accepté par des comédiens comme Caroline Silhol qui joue ma mère ou Féodor Atkine où l’on se noie dans son regard, c’est à la fois un honneur et un bonheur. Ma scène de retrouvailles avec ma mère a été pour moi un grand moment d’émotion.
Arnaud, vous devenez boulimique au cinéma en ce moment ?
(Il rit) Non, l’actualité veut que deux films sortent en même temps : « Les dents, pipi et au lit » et « Gaston Lagaffe ». « Monsieur je-sais-tout » sortira, lui le 9 mai. Mais là, pour le moment, je n’ai pas de plan prévu. J’aimerais retrouver le théâtre car c’est de là que je suis parti, j’ai fait des comédies musicales et j’adore l’esprit de troupe, l’esprit de famille. J’aimerais me retrouver sur scène avec d’autres comédiens, ça donne de l’énergie, de l’émulation et j’aime cette idée de partage.
Alors, peut-être une pièce signée Stéphan et François ?
Pourquoi pas ?
J’aimerais bien continuer à travailler avec eux… Je ne vais plus les lâcher !
Et vous deux ?
On serait ravis de retravailler avec Arnaud. Mais pour l’instant, on prépare un film qui raconte l’histoire de trois vétérans, trois pilotes de course de 60 ans qui décident de remonter une équipe pour se retrouver aux 24 heures du Mans. C’est une comédie prétexte sur le fait de se poser la question : Qu’est-ce qu’on a fait de notre âge ?
Et donc… Arnaud n’a pas l’âge !

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Propos recueillis par Jacques Brachet

Toulon – Le Liberté, scène nationale
Lorànt Deutsch, fils désavoué, artiste charmant et volubile

DMartin (Lorànt Deutsch) travaille sur le domaine vinicole avec son père Paul de Marseul (Neils Arestrup). Celui-ci ne l’a jamais aimé, pour diverses raisons et ne peut se faire à l’idée qu’il lui succèdera sur le domaine. Philippe (Nicolas Bridet) le fils de François son régisseur (Patrick Chesnais), averti que son père est atteint d’un cancer et n’en a plus pour longtemps, débarque au domaine, des Etats-Unis où il pratique le même métier.
Paul, totalement conquis par Philippe, décide qu’il deviendra son fils sans se préoccuper de François et sa femme, encore moins de Martin, mis sur la touche.
Un drame va se nouer autour de cet homme cynique, odieux, méprisant et machiavélique, mettant face à face ces deux duos père-fils, arbitrés par l’épouse du régisseur (Valérie Mairesse) et celle de Martin (Anne Marivin) qui font de leur mieux pour maintenir un équilibre instable.
Un film, poignant, noir, très noir, dans cet univers viticole bordelais qui fait penser à l’atmosphère des romans de François Mauriac, faits de non-dits, de re,gards, de lourdeur, chaque personnage vivant dramatiquement et à sa manière, une situation qui devient peu à peu intenable, au bord de l’explosion… qui arrivera.
Chesnais et Arestrup sont deux taiseux à l’opposés, l’un s’approchant de sa mort et découvrant l’attitude de son fils, l’autre, impitoyable, ne voyant que l’avenir de son domaine.
Au milieu, un Lorànt Deutsch bouleversant, fils soumis et malheureux, faisant tout pour plaire à ce père intransigeant et rigide et voulant lui montrer qui il est. Tout en nuances, en regards éperdus, en colère rentrée il interprète un personnage qui ne lui avait jamais été donné de jouer.
Et voilà qu’on retrouve Lorànt au Liberté, joyeux et volubile, comme on l’aime, pour parler de ce film qui date déjà de 2011.

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Lorànt, quand on vous connaît un tant soit peu, comment peut-on tenir deux mois et demi de tournage entre deux taiseux comme Chesnais et Arestrup ?
Très différemment avec les deux. Arelstrup est un homme dur, très solitaire et très intimidant. Il parle peu, reste toujours à l’écart, il n’est pas là pour se faire des amis, on peut rester des heures face à face sans qu’il ne dise un seul mot. Il n’est pas vraiment désagréable mais il en impose. Et vu le rôle que je jouais face à lui, ça m’a beaucoup aidé.
Chesnais au contraire, s’il parle peu, est beaucoup plus chaleureux. De plus, on sait qu’il a perdu un enfant, donc cette histoire de père le touchait beaucoup et on sent qu’il a envie d’en parler, de s’épancher.
Mais bon, hors tournage, on passait, avec Gilles Legrand, le réalisateur, à visiter les domaines et Dieu sait s’il y en a et des bons ! Du coup, nous étions plutôt d’une humeur joyeuse… C’est génial de tourner là-bas !
Quels étaient vos rapports père-fils, lorsque vous étiez plus jeune ?
Tout à fait différents car mes parents, sans me faire une confiance aveugle, ont toujours été d’accord sur mes désirs. Je suis parti de chez moi à 12 ans au centre de formation de football et il voyait très bien que je n’avais pas la stature d’un footballeur ! Mais il m’a laissé faire et j’ai très vite compris que je devais changer de voie. Lorsque j’ai décidé de devenir comédien, il m’a dit : « pourquoi pas ? Tu fais le clown, tu aimes parler… tu seras toujours à temps de changer de voie si ça ne marche pas ! »
Aujourd’hui vous êtes père de trois enfants… Alors ?
Alors ? je suis aussi enfant qu’eux, assez laxiste, je laisse ma femme faire le gendarme, même si, quelquefois, elle me remonte les bretelles ! J’adore mes enfants, je passe le plus de temps possible avec eux. J’estime que c’est un devoir viscéral d’aimer ses enfants, c’est fondamental de s’occuper d’eux. On est lié à vie lorsqu’on est papa.

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Vous venez de faire un beau score sur France 2 avec l’émission « Laissez-vous guider » auprès de Stéphane Bern. Comment s’est passé ce tournage ?
Le mieux du monde, Stéphane étant un compagnon de route à la fois érudit et simple, généreux, passionné par l’Histoire, passion que je partage avec lui et il m’a fait découvrir plein de choses sur Marseille que je pensais bien connaître car j’y suis souvent venu, pour jouer, j’ai même écrit un livre qui débute à Marseille. Mais il été un guide magnifique et on sent qu’il aime transmettre sa passion. On ne lui a pas confié cette mission « patrimoine » pour rien. Il y est à sa place, il fait un superbe boulot et a plein d’idées.
Inversement, vous lui avez fait découvrir Paris ?
En fait pas tant que je l’aurais voulu car le bougre avait bien révisé et il avait plus souvent la réponse à mes questions que des silences. Je suis quand même arrivé à le surprendre deux ou trois fois. Nous avons un but commun, une mission, je dirais : faire aimer notre Histoire.
A ce propos, y a-t-il un livre en préparation ?
Oui, un énorme travail sur les origines de la langue française, qui sera aussi certainement un spectacle. Savez-vous que ceux qu’on appelle « nos ancêtres les Gaulois », ne nous ont laissé en tout et pour tout que 60 mots. En fait nos ancêtre ne sont pas les Gaulois en ce qui concerne la langue. J’ai donc voulu savoir d’où elle venait. Et c’est du boulot ! En fait, notre langue est très métissée, ce qui en fait une langue riche, énergique et vivante. Le livre devrait sortir à la fin de l’année.
Côté tournage ?
J’ai tourné pour M6 une série intitulée « Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux », une histoire de quadras qui se retrouvent., avec Julien Boisselier, François Morel et quelques jeunes artistes moins connus mais très talentueux. Ca passera le 21 avril et il est question d’une suite… si le succès est au rendez-vous !

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Suite à notre entrevue et à la rencontre avec le public, on pourrait croire Lorànt fatigué, surtout après quatre heures de train Paris-Toulon, mais non, nous revoici continuant la conversation au bar où il est intarissable sue cette langue française qui lui prend beaucoup de temps, avouant que les quatre heures de train lui ont permis de bien travailler et qu’il fera de même au retour.
« Vous dites que je suis volubile, c’est lorsque je suis en public, avec des gens comme vous mais j’adore la pêche et lorsque j’y vais, je pars seul et durant six heures, je ne parle pas et ça ne me gène pas. Ça me permets de souffler… »
Évidement, seul, difficile de tenir une conversation !
En tout cas, facile de l’écouter développer ses passions, parler de ses enfants, de son métier avec une passion, une gentillesse et une simplicité qu’ont aimerait trouver chez tous les artistes.
Ce qui se fait rare aujourd’hui !

Jacques Brachet

 

 

 

MIOU MIOU & Eloïse LANG larguées à Toulon !

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Miou Miou, on ne la présente plus.
C’est l’une de nos plus grandes comédiennes françaises 9 fois nommée aux César, tout de même césarisée pour « La dérobade ».
Eloïse LANG, comédienne, scénariste, réalisatrice belge, elle, a trois « Connasses » à son actif, succès immense avec sa complice Camille COTTIN, celle-ci connue aussi pour la série à succès « 10% ».
Enfin, Camille CHAMOUX, comédienne de théâtre, de cinéma et de télévision, connue pour ses one woman shows.
Tout ce petit monde se retrouve à la Réunion pour une loufoque et joyeuse comédie réalisée et réécrite par Eloïse, remake très, très, très approximatif de la comédie américaine de Jonathan Levine sortie l’an dernier sous le titre « Scnached ».
Car lorsque Eloïse met son grain de sel… elle y passe une bonne partie de la salière !
C’est l’histoire de Françoise (Miou Miou) qui, à 60 ans, vient de se faire larguée par son mari pour une fille de 25 ans qui plus est, lui a fait un enfant.
Déprimée, pour lui faire remonter la pente, ses deux filles, Rose, très rock’n roll et pas mal inconséquente et Alice, mariée, un enfant, très traditionnelle et un peu coincée, décident de lui offrir un voyage dans un club à la Réunion.
En fait, les trois femmes sont larguées : Françoise se retrouvant bernée et seule, Rose, perdue dans le monde de la nuit et des hommes qui ne font que passer, Alice bloquée et un peu dépressive par une vie banale de femme et mère au foyer.
Ce voyage, ne va pas se passer sans surprises ni conséquences car chacune va, loin de sa vie habituelle, réagir de façon particulière, à la surprise des deux autres.
Sous le soleil de la Réunion, cocotiers, mer, soleil, cocktails réunis vont d’abord réunir les trois femmes et surtout leur faire découvrir une vie différente.
C’est une comédie hilarante, énergique et jouissive et surtout fort originale où le scénario est tiré au cordeau, imaginatif, les répliques s’enchaînent, surprennent tant elles sont inattendues, les situations explosent et l’on rit de bon cœur d’un bout à l’autre avec juste ce qu’il faut d’émotion pour faire de ce film une comédie « à la française » on ne peut plus réussie.
Les trois comédiennes y sont incroyablement complices, les comédiens Johan Heldenbergh, Thomas Scimeca, Sylvain Quimène) sont à la hauteur même s’ils sont quelque peu dépassés par ces trois femmes.
Sans parler des décors magiques de la Réunion, on sort du film avec la banane, la pêche et toutes autres sortes de fruits exotiques. Et on en redemande.
Et voilà que débarquent, cette fois sous le soleil du Mourillon, Miou Miou, Eloïse Lang et Sylvain Quimène.
Le lieu est moins exotique mais tout aussi charmant, comme l’on été nos trois convives lors de ce déjeuner de presse ensoleillé.

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Miou Miou, comment êtes-vous arrivée sur ce film ?
C’est Eloïse qui est venue me chercher par l’intermédiaire de Jeanne, ma fille, qui est son amie. A la première lecture, tout m’a plu. C’est d’abord une belle histoire, j’ai trouvé les répliques très originales, les mots qui claquent et c’est drôle de façon très intelligente. L’histoire au départ est un prétexte et aurait pu être un drame à la Duras ! Mais c’est un film plein d’énergie et de tonicité, qui fait du bien. Nous avons tourné deux mois dans un pays de rêve et tous les gens du club étaient joyeux, talentueux… C’est fou ce que ce métier, quelquefois, peut être dur !
Eloïse, le choix de vos comédiennes ?
J’avais très envie de donner ce rôle à Miou Miou. J’étais très stressée à l’idée qu’elle dise non et je ne sais pas si j’aurais fait le film si elle avait refusé. J’avais rencontré Jeanne et je lui ai simplement demandé d’être l’intermédiaire pour remettre le scénario à sa mère. Pour les deux Camille, c’est un peu pareil : je leur trouvais beaucoup de ressemblances, je les connaissais bien et les réunir me semblait une évidence, chacune étant très particulière dans des rôles diamétralement opposés.
Ce film, Eloïse, est un remake américain. Comment y êtes-vous venue ?
Par deux amis producteurs qui ont acheté les droits et qui sont venus me proposer d’en faire l’adaptation française. J’ai tout de suite accroché au scénario tout en me disant qu’il fallait l’adapter à la France. C’est un mélange de burlesque, de drôlerie, d’émotion mais la mentalité française est différente. Donc j’ai beaucoup changé de choses car j’adore écrire et je veux à chaque fois que rien ne soit gratuit et qu’on puisse aller très loin si c’est justifié. Je ne me refuse donc jamais rien et c’est comme ça que je travaille.

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Miou Miou, vous n’êtes pas de la même génération ni du même univers. Comment s’est passée la première rencontre avec les deux Camille ?
Le plus naturellement du monde. En amont, nous avons fait beaucoup de lectures, nous nous sommes donc beaucoup rencontrées et le trio a très vite fonctionné.
J’ai deux filles qui ont à peu près le même âge et ça m’allait très bien… même si elles sont plus grandes que les miennes !
Eloïse, la comédie est un genre difficile…
Je la compare à une partition qui se joue. Il faut qu’elle soit rythmée, qu’il n’y ait pas de temps mort, qu’il y ait des thèmes qui s’emboîtent les uns aux autres. Il faut donc beaucoup travailler la partition. Dès l’écriture j’avais déjà le montage en tête.
– Ce qui était amusant -reprend Miou Miou – c’est qu’avec Eloïse il y avait une telle complicité qu’on pouvait se permettre de faire des suggestions, de lui proposer des choses qui pouvaient améliorer l’action. Elle était très à notre écoute. Il s’est même créé une compétition à qui trouverait quelque chose de mieux !
– Et c’est vrai qu’il y avait une espèce d’émulation car elle m’ont énormément donné.
En temps ordinaire comment vous viennent les histoires, les idées, les situations ?
Je suis très attentive à tout ce que je vois, ce que j’entends et chez moi, tout passe par l’écriture. Après… il ne reste qu’à écrire une histoire cohérente ! Et surtout, je ne me fais aucune autocensure.
– Ca c’est vrai, nous précise Miou Miou. Moi je sais qu’il y a des choses que je ne pourrais pas dire ou faire… mais je suis d’une autre époque. Par contre, ce que fait Eloïse, même lorsque c’est trash, ça n’est jamais « crapoteux » ! C’est son univers qu’elle nous propose et elle le fait avec élégance.

F E
Sylvain Quimène , difficilement reconnaissable !

Sylvain Quimène, vous êtes inénarrable en créateur de cocktails, en laveur de bateau ou encore en danseur de zumba. Comment avez-vous été de cette aventure ?
C’était surprenant et nouveau pour moi car je viens du théâtre, de la comédie musicale j’ai beaucoup travaillé avec des compagnies, entre autre la troupe Airnadette avec qui j’ai beaucoup voyagé. Le cinéma n’était pas mon univers mais lorsqu’on vient vous proposer de tourner deux mois à la Réunion, difficile de refuser ! D’autant que je retrouvais un peu la même ambiance d’une troupe avec ce club où on anime, on chante, on danse, on organise, on fait le clown. J’étais curieux de découvrir tout ça et je n’ai pas été déçu. Je me suis beaucoup amusé et je suis prêt pour tourner la suite !
Pourquoi, une suite est prévue, Eloïse ?
Pourquoi pas, si ça marche. Cette fois ce sera « Les larguées à la neige » !
– Ah non, s’écrie Miou Miou, tourner dans la neige ça ne me donne pas envie ! »

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Bon, on n’en est pas là. pour le moment, je vous conseille d’aller voir ce film désopilant qui sort le 18 avril et si vous l’aimez et que vous voulez retrouver ces trois larguées, parlez-en et envoyez vos amis le voir. Il est tellement rare qu’au cinéma l’ont rit intelligemment.
Et sachez quand même qu’il vient de rafler le prix d’interprétation féminine (pour Camille Cottin) et le prix du public au festival de l’Alpe d’Huez… Ce qui n’est pas rien !

Jacques Brachet

 

« Carnivores » de Jérémie et Yannick RENIER
2 frères filment deux sœurs

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Mona (Leïla Bekhti) et Sam (Zita Handrot) sont deux sœurs comédiennes, la trentaine.
Mais si Sam vit sa vie d’actrice prometteuse, Mona court toujours après « le » rôle qui la verra sortir de l’anonymat.
Mona, fauchée, squatte chez sa sœur qui, en échange, lui slui demande de servir de nounou puis de répétitrice pour son rôle.
Si Mona est renfermée sur elle-même et passe son temps à servir les autres l’autre, Sam est exubérante, même envahissante et égoïste.
Mais aucune n’est bien dans sa peau, l’une étant frustrée de courir après un rôle, l’autre dépassée par son rôle d’actrice, de femme, de mère et ne supportant plus les violences verbales de son réalisateur.
Un jour elle disparaît de la circulation. Au fil du temps, Mona reprend les rênes de la maison, s’occupe du gamin, devient la maîtresse du compagnon de sa sœur et trouve enfin le rôle « de sa vie ». En fait, elle devient la doublure de sa sœur;
Jusqu’au jour où Sam réapparaît.

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Le film est fort, noir à tous niveaux, par le sujet, par l’image souvent très sombre, glauque par momenst, avec une tension qui va crescendo jusqu’au mot fin. Les deux femmes sont souvent filmées par des plans rapprochés, qui les enferment toutes deux dans leur vie. Nos deux comédiennes sont magistrales et pour la première fois nos demi-frères belges se retrouvent scénaristes et réalisateurs d’un film très abouti, un thriller psychologique efficace avec une fin assez inattendue et… pas très morale mais qui ne nous lâche pas jusqu’à la fin.
Deux frères comédiens tournant un film sur deux sœurs comédiennes, voilà qui est original et qui sent quelque peu l’autobiographie… Ce que nous expliquent avec un charme fou nos deux Rénier réunis au Pathé Liberté de Toulon.
« En fait – nous explique Jérémie – on retrouve dans ce film des choses que nous avons vécues étant tous deux dans le même univers. En dehors d’une vie de frères où se mêlent l’amour, la concurrence, il y a une vie d’artistes où l’on retrouve les mêmes ingrédients sans que jamais cet amour soit remis en question. La preuve en est qu’on avait très envie de travailler ensemble sur un scénario.
– Mais pour l’anecdote – précise Yannick – il est vrai que Jérémie est plus connu que moi et un jour, alors que nous étions tous eux à la Mostra de Venise pour présenter « Nue propriété » de Joachim Lafosse où nous jouions tous deux, pendant que Jérémie téléphonait, je tenais ses affaires et tout à coup l’on a vu l’équipe nous regarder bizarrement en se disant : le frère moins connu sert de domestique à l’autre… Et ça a déclenché l’envie de traiter ce sujet, qui nous semblait être un duo intéressant, en choisissant deux actrices. Et puis, nous avons voulu étoffer le sujet en prenant le parti d’un faire un thriller psychologique, aller au plus profond, dépasser le thème de la fratrie.
– Nous avons voulu garder ce qu’il y a de plus universel dans une fratrie mais nous avons très vite fantasmé en allant plus loin en allant vers les relations de haine, de violence contenue et voir jusqu’où l’on pouvait aller. Et nous avons voulu faire passer tout cela à travers les yeux de Mona, personnage plus opaque chez qui l’on sent monter un désir, cette violence et trouver un équilibre entre les deux sœurs sur le sujet dominé-dominant qui peu à peu s’inverse.

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Le choix du « thriller psychologique » ?
Justement parce que l’histoire est vue à travers Mona, à travers son vécu mais aussi ses fantasmes, ses rêves, nous voulions traverser l’histoire à travers ses yeux en lui donnant malgré tout un trajet psychologique vraisemblable, une part de mystère aussi. Nous n’avons surtout pas voulu intellectualiser le propos. C’est une forme de huis clos oppressant. Les deux filles sont emprisonnées dans un cadre qui ne leur permet pas d’en sortir. Jusqu’au moment où, peu à peu, le cadre de Mona commence à s’ouvrir jusqu’à l’explosion.
Le choix des comédiennes ?
Jérémie :
Je connaissais Leïla et elle s’est très vite imposée dans le rôle de Mona. Pour le rôle de Sam, nous avons fait un casting et nous avons aussi très vite choisi Zita Hanrot car on leur a trouvé des ressemblances tout en étant très différentes. A leur première rencontre, le courant est passé très vite et nous avons compris que ça allait fonctionner. L’alchimie s’est faite aussitôt, elles se sont très vite fait confiance.
J’ai ressenti deux influences dans ce film : celle des frères Dardenne, réalisateurs belges avec qui vous avez travaillé mais aussi peut-être une influence avec Andrzej Zulawski.
Jérémie :
Oui certainement pour les frères Dardenne, qui sont d’ailleurs co-producteurs du film, mais en prenant peut-être plus de distance avec les comédiennes mais c’est vrai que leur regard était important. Chez eux, il y a toujours une grande justesse de jeu. Pour Zulawski, c’est vrai que ça peut se retrouver mais il y a aussi beaucoup d’autre références comme, par exemple « Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? » de Robert Aldrich et quelques autres. Notre père avait une impressionnante collection de vidéos. Nous y avons été nourris et même si quelquefois c’était chiant, ça a aussi été très inspirant !

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Le film s’intitule « Carnivores »… D’où vient cette idée ?
-Yannick :
Nous voulions un titre fort sans être explicatif, le sujet étant deux proies qui se disputent le même territoire. Ma femme un jour me parle d’un livre intitulé « Les carnivores et les édentés ». Le film étant construit sur l’idée de « Qui mange l’autre ? », ça nous a paru évident et intéressant de prendre mot de carnivores.
Vous êtes tous deux scénaristes, comédiens, réalisateurs… Comment vous sont venues ces envies de vous exprimer ?
Jérémie :
J’ai toujours été attiré par l’image. Avec mes potes, nous avons fait plein de films (immontrables !). Ca a toujours été une façon de m’exprimer puis je suis devenu comédien, tout en me rapprochant toujours du réalisateur avec la velléité de voir ce qu’il y avait derrière la caméra. De le faire avec mon frère, ça a été de vraies vacances, même si, tourner un film n’est pas de tout repos.
Yannick : Ça a été la même chose pour moi mais j’ai été très vite attiré par l’écriture. Et je me suis dit : pourquoi pas les deux, voire les trois ? Et puis, avec mon frère, nous avions cette envie d’écrire et de réaliser ensemble car nous avons chacun mené notre carrière de notre côté.
Ça a été un plaisir d’être sur le même bateau, de partager cette complicité, cette confiance.
Lorsqu’on est comédien et qu’on passe de l’autre côté, que ressent-on ?
Yannick :
la peur, le trac bien sûr mais aussi très vite le plaisir de faire un travail d’équipe.
Jérémie : Le plaisir de partager une aventure à la fois avec les comédiens et tous les techniciens, être à l’écoute des comédiens comme on aimerait qu’on soit écouté lorsqu’on l’est !

Propos recueillis par Jacques Brachet

Camélia JORDANA, meilleur espoir féminin

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Notre petite Varoise n’arrête pas de nous surprendre depuis 2009 où elle a été révélée par l’émission « Nouvelle Star » où elle termine 3ème.
Ce qui ne l’empêche pas de très vite se faire un nom dans la chanson. Et ça aurait pu s’arrêter là, c’est-à-dire qu’elle aurait pu se contenter d’être chanteuse.
Mais très vite, la télévision et le cinéma font appel à elle, ce qui est très rare car en France, on a des petits tiroirs où l’on met les artistes : chanteuse, télé, ciné…
Et elle, elle est appelée partout.
On la voit donc auprès de Daniel Prévost à la télé, dans « Mauvaises têtes », puis au cinéma dans « La stratégie de la poussette » auprès de Raphaël Personnaz, « Bird People » qu’elle présente à Cannes, avec Anaïs Dumoustier et Rochdy Zem… quelques autres encore et puis « Le brio » d’Yvan Attal avec Daniel Auteuil, qui vient de lui valoir le César du meilleur espoir féminin.
Elle était venue à Toulon présenter ce film avec Yvan Attal
Le hasard a fait que la première date de promo du film s’est passé dans cette ville où elle est revenue, nous disait-elle alors, avec plaisir.

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Les mauvaises têtes – La stratégie de la poussette
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Bird People – Le brio

« C’est trop chouette et très émouvant pour moi. Je suis heureuse et j’ai hâte de voir les réactions de ma famille, de mes copains qui seront tous là. Et ça va être le premier échange avec le public.
Camélia, votre première rencontre avec Yvan Attal ?
J’avoue que j’étais très excitée. Je connaissais et j’aimais son travail et j’avais très envie de travailler avec lui. Notre rencontre a été humainement immédiate pour moi comme pour lui. Il m’a tout de suite semblé que je retrouvais un vieux copain. Et le tournage a encore resserré notre complicité.
Qu’est-ce qui vous a séduite dans ce rôle ?
Je ne pouvais qu’être séduite par le caractère de Neila. J’aime sa force, sa ténacité, son envie de se battre et de s’en sortir. Le film raconte beaucoup de choses, au-delà des mots, du langage, de l’éloquence qui sont pour Neila des armes pour arriver à atteindre son but, être avocate.
Avec ce film, le cinéma va-t-il prendre le pas sur la musique ?
Pas du tout car la musique reste essentielle à ma vie et aujourd’hui, j’ai besoin des deux. J’ai d’ailleurs enregistré un EP qui sort ce mois-ci. Je prépare un album avec Laurent Bardainne « Lost » qui devrait sortir en février. En attendant sa sortie, je m’amuse à réaliser des clips et je ferai le Casino de Paris. Dès l’enfance, la musique a été mon hobby. Je chantais à l’école mais n’avais alors à aucun moment envisagé d’en faire un métier car je ne pensais pas que c’était un art dont on pouvait vivre ! En 2009, à 16 ans, grâce à l’émission « Nouvelle Star », tout s’est accéléré et c’est devenu mon métier. Mais j’ai toujours dit à mon manager que je voulais aussi être comédienne. Il m’a donc trouvé un agent et par chance, ça a très vite marché.
Et, ce qui est rare, aussi bien au cinéma qu’à la télé !
Oui c’est vrai mais je pense que cette émission a été un bonus qui a accéléré les choses. D’ailleurs, ça a été tellement rapide que je m’attendais à un accueil violent et à ma grande surprise, il n’y a eu que de la bienveillance à mon égard »

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Côté musique, elle fut l’une des protagonistes du nouvel enregistrement de « Soldat rose », elle a travaillé ave André Manoukian, Alain Chamfort, Alex Beaupin, a participé à un hommage à Chet Baket, a chanté avec Yaël Naïm et Nolween Leroy « Quand on n’a que l’amour » de Brel, le 27 novembre 2015 en hommage aux victimes du 13 novembre. Elle fut une magnifique, hiératique et symbolique Marianne, a joué à Paris et Marseille dans un spectacle intitulé « Mimi Puccini », car elle passe aisément de la variété au jazz ou à l’Opéra.
Bref, notre petite varoise de la Londe trace superbement sa route, sans tambours ni trompettes, en toute sérénité, sans esbroufe, gentiment et sûrement.
Elle a tout d’une grande et les César s’en sont rendu compte. Quand le métier et le public sont d’accord, c’est bon signe !

JB