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Six-Fours – Six N’étoiles : Nathan AMBROSINI,
un jeune prodige, un grand réalisateur de demain

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Charlie (Noémie Merlant), retrouve son frère Vincent (Guillaume Gouix) à sa sortie de prison après qu’il ait écopé de 12 ans d’incarcération.
Evidemment marqué par un si long enfermement, c’est un homme blessé qu’elle retrouve. Un homme seul qui n’a plus personne, hormis sa sœur, son père (Jérôme Kircher) ne voulant pas en entendre parler, sa mère étant décédée. Marqué au fer rouge, sans boulot ni lieu où dormir, il lui faut se reconstruire auprès de cette sœur, qui l’aime malgré tout et appréhende ce retour qui ne sera pas sans difficulté, car il retrouve un monde hostile qui a évolué sans lui, qu’il ne reconnaît pas
Même sa sœur n’arrive pas à relier le fil entre le fils et son père qui n’a, face à lui, aucun regard, aucun mot.
Les deux jeunes comédiens sont magnifiques, elle, tout en nuances, en tendresse, en appréhension, lui ,homme blessé au regard d’acier, tout en violence qu’il a du mal à contenir. Ils crèvent l’écran !
« Les drapeaux de papier » est un film, signé d’un tout jeune réalisateur de 19 ans, Nathan Ambrosini. C’est un film dur, fort, bouleversant, totalement maîtrisé et lorsqu’on rencontre ce tout jeune garçon qui ressemble encore à un adolescent au sourire lumineux, on est à la fois surpris, sous le charme et admiratif que, si jeune, il signe un premier film dont le sujet délicat et dramatique et la réalisation sont aussi aboutis que s’il en était à son énième film. Pour un coup d’essai, il entre de plain-pied dans la cour des grands.
C’est un jeune homme passionné, plein d’énergie, bien dans ses baskets, heureux de ce qui lui arrive car déjà les prix pleuvent autour de lui et ce n’est que mérité.

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« Nathan, comment, si jeune, aborde-t-on un sujet aussi grave ?
C’est à 17 ans que j’ai eu l’idée de ce sujet en lisant un reportage sur un prisonnier qui sortait de prison sur ce qu’on appelle une sortie sèche. Le problème de la liberté a toujours été un sujet qui m’interpellait et je me suis posé beaucoup de questions : Comment, tout-à-coup, se retrouve-t-on libre ? Comment le vit-on ? Comment recommencer une nouvelle vie ? Comment est-on perçu ?
J’ai beaucoup lu de reportages, d’interviewes, de témoignages et j’ai commencé à écrire. J’ai écrit l’histoire en deux mois et demi.
Et lorsqu’on a ton âge et que c’est ton premier film, difficile de trouver un producteur ?
C’est vrai que je ne connaissais personne dans ce milieu alors j’ai cherché des boîtes de production qui produisaient des films de ce genre, qui ressemblaient à mon histoire. J’ai eu la chance de tomber sur Stéphanie Drouet qui a tout de suite été intéressée et qui a eu envie de produire le film.
C’est alors posée la question des comédiens !
J’avais remarqué Noémie Merlant dans plusieurs films et j’ai aussitôt pensé à elle, sans trop espérer pouvoir l’intéresser. Nous nous sommes croisés, je lui ai fait passer le scénario et j’ai été très heureux et honoré qu’elle dise très vite oui.

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Et pour Guillaume Gouix ?
Il a à son actif quelque 35 films, des nominations aux César et il était mon Vincent idéal. J’imaginais difficilement quelqu’un d’autre mais là encore je n’espérais pas trop. Il se trouve qu’il y a eu des interférences entre Noémie, la production et lui et là encore, il a très vite accepté. Ca a été à la fois le hasard, la chance… et le bonheur !
En dehors du fait que le sujet est très fort, la lumière joue un rôle important dans ton film, elle lui donne une atmosphère très particulière.
Je voulais mettre le couple en valeur grâce à une belle lumière, je voulais qu’ils soient beaux, comme ils méritent de l’être et qu’ils représentent l’image de l’espoir. Car si le sujet est grave, dramatique, ce film parle aussi d’espoir. C’est ce que je voulais représenter.
Leur père a un rôle ambigu et est magistralement interprété par Jérôme Kircher.
Oui, on peut penser qu’il est inhumain face à son fils mais il est aussi un homme blessé qui souffre et trouve impardonnable ce qu’a fait son fils que, dans le fond, il aime toujours. Mais en même temps, il a honte de pouvoir aimer ce qu’il croit être un monstre. D’un autre côté, peut-être que son fils a besoin de cette situation pour réagir et se reconstruire.
Justement, malgré ce qu’il a fait, tu montres un garçon attachant.
Je voulais aussi montrer comment un homme, qui a été si longtemps prisonnier, peut arriver à reprendre sa vie en main, une place dans la vie réelle.
Très souvent, la plupart de ces hommes sont très seuls à leur sortie, tout le monde leur tourne le dos, même la famille, ils n’ont même pas un lieu où dormir. De plus, ils retrouvent une vie réelle qui a beaucoup changé, à laquelle il faut qu’ils s’adaptent pour retrouver un semblant de vie « normale », retrouver un travail, ce qui n’est pas toujours facile.

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Parle-moi du choix du titre.
Les drapeaux de papiers sont en fait des drapeaux de prière tibétains, qu’appréciait la mère. La mère, je ne voulais pas qu’on la voit puisqu’elle est morte mais qu’elle soit omniprésente. Ces drapeaux que Vincent a dans sa chambre la rappelle et lui rendent hommage. Elle est là et veille sur lui, sur Noémie aussi.
Est-ce qu’on sort indemne d’un tel tournage ?
(Il rit), Mais évidemment, on sort renforcé, grandi, heureux du travail accompli. Rassurez-vous, je ne suis pas détruit, bien au contraire, je suis plus vivant que jamais et prêt à tout pour aider ce film !
Sans compter que sa sortie a l’air de se passer très bien !
Oui, je termine une tournée où le film a été super bien accueilli, j’ai reçu deux prix du public aux festivals de la Roche-sur-Yon et d’Anger, le film est sorti en Espagne, il va sortir en Italie, au Canada et même aux Etats-Unis !
Ca va donc être encore plus facile pour la suite, car je suppose qu’il y a des projets ?
Oui, je viens de terminer le scénario du prochain film écrit avec Audrey Diwan, qui est écrivaine, éditrice, scénariste, journaliste et qui m’a proposé de travailler avec elle. Nous en sommes au casting mais je ne veux pas en dire plus. Et puis plein de gens commencent à s’intéresser à moi comme Arnaud Sélignac qui devrait produire ce nouveau film.
Il est déjà loin le minot de 12 ans qui réalisait des courts-métrages d’horreur !
(Il rit). Ado, nous sommes tous passés par les films d’horreur et c’est ce qui éduqué mon plaisir de cinéphile. Avec des copains on réalisait ce genre de films mais aussi des drames et même des films autour d’Harry Potter ! J’ai toujours aimé écrire des histoires.
Précisons que tu es né à Grasse.
Oui, je suis natif de Grasse, j’ai grandi à Peymeinade et aujourd’hui je vis à Paris car c’est là que je pratique mon métier. Je savais qu’on ne viendrait pas me chercher à Grasse, déjà qu’à Paris ça n’est pas facile ! Mais le film a été tourné chez moi ! « 

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En plus d’un talent indéniable, Nathan est un fonceur, un garçon attachant qui n’a pas fini de nous surprendre !

Propos recueillis par Jacques Brachet

Six-Fours – Le Six N’étoiles
Christophe Le MASNE – Grégory MONTEL…
Une maman obsessionnelle

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C’est une fratrie de deux filles et deux garçons : Benoît (Grégory Montel), un homme lunaire et un peu à côté de ses pompes, Juliette (Olivia Cote), femme seule et un peu aigrie qui semble prendre sa famille en charge, Antoine (Philippe Rebbot), colérique, qui n’a qu’une envie : vendre la maison car il est très endetté et Blandine (Lolita Chammah), mal dans sa peau, à la fois fragile et alcoolique.
Réunis à la mort de leur mère, Benoît, pris par son travail n’étant pas arrivé à temps pour l’enterrement, ils vont se retrouver tous les quatre pour décider de ce qu’ils vont faire et surtout débarrasser la maison et la vendre éventuellement. Ils s’aiment mais ne savent pas se le dire, et chacun réagit de façon différente, les retrouvailles n’allant pas sans les difficultés d’usage entre reproches, amertume, non dits qui se disent enfin, quelquefois avec violence. Et avec ça, Grégory qui voit sa mère ( Dominique Valadié) surgir de partout, qui tente de lui dire quelque chose. Un secret enfoui qu’il semble avoir oublié et que ses apparitions inopinées vont amener à découvrir.
Jolie brochette de comédiens réunis du côté de Digne (ville natale de Grégory Montel) pour cette comédie familiale intitulée « Moi, maman, ma mère et moi », faite de rires, d’émotion, de règlements de compte, de colères mais aussi de tendresse et d’amour.
C’est, malgré une longue carrière de comédien, d’auteur et de réalisateur de courts métrages, le premier long métrage de Christophe Le Masne, qui porte ce film comme un bébé, avec amour et qu’il est venu présenter à Six-Fours avec Grégory Montel, l’un des comédiens récurrents de la série « Dix pour cent », heureux de se retrouver en pays connu, sa maman (la vraie !) habitant Bandol et étant venue ce soir-là découvrir le film auprès de sa progéniture.

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Christophe, Grégory, tout d’abord, votre rencontre ?
Christophe : Je ne connaissais pas Grégory ni son travail. Ce rôle de Benoît est chez moi récurrent puisque j’en ai fait le héros de plusieurs courts-métrages… Joués par moi ! Mais pour le film, j’étais trop vieux et c’est un ami qui m’a parlé de lui. Je l’ai donc découvert dans « L’air de rien », puis dans le premier épisode de « 10% », je l’ai trouvé drôle et touchant, ce que je cherchais pour mon personnage. Il s’est donc imposé tout naturellement. Pour moi, Benoît, c’était lui, à la fois naïf, drôle, inquiet, angoissé, ado attardé… C’est un vrai acteur de comédie, comme pouvaient l’être ces acteurs italiens des années 50 où derrière un pitre on ressent un vrai comédien dramatique.
Grégory : J’ai reçu le scénario, j’ai beaucoup aimé l’histoire et le personnage que Christophe me proposait. Nous nous sommes rencontrés et nous sommes toute de suite bien entendus. Malgré cela, j’ai fait des essais car aujourd’hui les producteurs sont frileux et les essais, ça les rassure. Et moi ça ne me gène pas. S’il faut les faire, pourquoi pas ?
Christophe, comment est venue l’idée de cette histoire ?
L’idée m’est venue en écrivant d’autres choses, l’idée de base est cet homme qui a un compte à régler avec sa mère, ce qui était un peu mon cas qui viens aussi d’une famille nombreuse. Ces personnages rejoignent un peu mes frères et sœurs, surtout ma petite sœur. Quant à Benoît, c’est un peu moi et je traîne ce personnage depuis si longtemps que je voulais le voir dans un long métrage. Il revient dans la maison familiale, il a oublié beaucoup de choses et tout à coup il retrouve tout par le biais des apparitions de sa mère.
C’est aussi un film sur le deuil et comment, malgré les divergences, l’union peut revenir dans une famille lorsque les parents disparaissent.

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Florian Bensoussan, psychologue, qui a animé le débat après la projection, en compagnie de Christophe le Masne et de Grégory Montel

Pourquoi ce titre répétitif ?
Au départ le film devait s’appeler « Maman est morte », ce qui nous a fait hésiter et j’ai pensé à ce double titre car le sujet est un peu obsessionnel. L’obsession de Benoît est sa mère et comment se sortir de cette obsession ?
Grégory, qu’est-ce qui vous a amené à être comédien ?
A 13 ans, j’ai découvert la scène en interprétant une pièce à l’école et j’ai aussitôt eu envie de faire du théâtre. Mais dans ma famille, il fallait faire des études aussi j’ai passé le bac, fait des études classiques et une fois terminées, je me suis dit : c’est le moment où jamais. Je suis alors entré au cours Florent J’ai rencontré Dominique Besnéhard qui m’a fait rencontrer à son tour plein de gens dont mon agent et Jean-Daniel Verhaeghe qui m’a offert mon premier grand rôle TV dans « Raboliot ». Puis j’ai joué de petits rôles au cinéma : Dans « le serpent », j’avais une scène avec José Garcia. Mon premier grand rôle au cinéma c’est dans « L’air de rien » de Grégory Magne et Stéphane Viard, auprès de Michel Delpech.
Puis il y eu « Dix pour cent » qui, grâce encore à Dominique Besnéhard, m’a ouvert grand les portes.
Et vous, Christophe ?
Je voulais être comédien et suis allé aux cours de Jean-Laurent Cochet où je ne me suis pas senti à l’aise. Donc, comme mon camarade, j’ai fait le cours Florent. Mais j’avais très envie de réaliser. J’ai donc fait beaucoup de courts métrages tout en pensant à passer au long métrage. J’ai eu quelques déboires qui ont un peu freiné cette envie et puis il y a eu ce personnage que j’ai eu envie d’exploiter et j’ai pensé que c’était le moment de sauter le pas. mais il n’était plus question que je joue le rôle de Benoît !

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Christophe, Grégory et Noémie Dumas, programmatrice du Six N’étoiles

Grégory, depuis « Dix pour cent », vous n’avez plus arrêté !
C’est vrai, j’ai enchaîné au cinéma avec « Les chatouilles » d’Andréa Bescond et Eric Metayer, « L’heure de la sortie » de Sébastien Marnier. Pour la TV j’ai tourné « Vivre sans eux » de Jacques Maillot, avec Bernard Lecoq. J’ai enchaîné sur une autre série pour M6 « Le grand bazar » de Baya Kasmi et Michel Leclerc avec Naillia Harzoune, Julia Piaton, Biyouna. Je viens de terminer un film avec le réalisateur de « L’air de rien », Grégory Magne, avec Emmanuelle Devos. Au printemps j’ai deux tournages de prévus avec Jérôme Bonne et Miguel Courtois…
Grégory, vous avez pris goût au long métrage ?
Evidemment et j’ai d’ailleurs un projet mais c’est plus long à réaliser que pour un comédien !. Aujourd’hui, faire un film est une aventure et ce n’est pas si facile. Et même lorsqu’on l’a fait, il y a « l’après » qui n’est pas toujours simple. Pour celui-ci, le film terminé le distributeur s’est défilé. Il a donc fallu nous débrouiller tout seul et s’en charger nous-mêmes. Ce qui fait qu’on doit accompagner le film partout où il passe. Mais je vais continuer et d’ailleurs, on a des projets avec Grégory… On ne se quitte plus !

Propos recueillis par Jacques Brachet

Toulon – le Royal
Tom BOOTHE : L’incroyable aventure des Food Coops

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Un jour de 1975, en pleine crise économique, est né à New-York, et plus particulièrement à Blooklyn, la coopérative alimentaire de Park Slope. Un supermarché autogéré par aujourd’hui 17.000 membres qui, en plus d’être des actionnaires, donnent 2h45 de leur temps, une fois par mois, pour faire tourner ce magasin auquel personne ne croyait au départ car vu par les capitalistes américains, ce mouvement émane des socialistes donc… du diable ! D’autant que c’était aussi une mauvaise nouvelle pour la grande distribution, le but de cette coop étant d’offrir aux adhérents des produits à la fois de qualité, naturels ou bio, et bien moins cher qu’ailleurs.
Cette conception nouvelle est due entre autres à son co-fondateur Tom Boothe qui est également réalisateur et nous proposait vendredi soir au Royal, le film qu’il en a fait, invité par la coopérative varoise « Coop sur Mer » , présidée par Monique Tardy.
L’idée a depuis fait son chemin un peu partout et Tom est aussi le co-fondateur de la coopérative créée à Paris en 2016, « La Louve », de 1.500 m2 de superficie, qui possède aujourd’hui 4.400 membres.
Tom est donc venu témoigner à Toulon et encourager l’équipe toulonnaise qui n’en est qu’à ses balbutiements, puisque créée en janvier 2017, avec un local de 80 m2, Mais avec déjà 850 adhérents et 150 membres actifs. Le local est ouvert quatre demi-journées par semaine, chacun donnant à son tour trois heures par semaine de son temps.
Lorsqu’on découvre ce qu’est devenue la coop de Brooklyn on est ahuri de voir la discipline militaire qui y règne, même s’il n’y a aucun patron, aucune hiérarchie et qu’on se rend compte de l’atmosphère à la fois studieuse et amicale dans laquelle chacun évolue.
Tom nous précise qu’il en est de même à la Louve, dans une atmosphère moins drastique, plus calme, peut-être plus sereine.
« Chacun est actionnaire du lieu et aujourd’hui l’association est devenue un vrai business. Mais chaque actionnaire est libre à tout moment de revendre ses parts et de s’en aller. Ce qui, en fait, n’est jamais encore arrivé car en dehors des prix bas et de la qualité des produits venant de nombreux producteurs, il s’est instauré une vie dont le contact humain est primordial, convivial, fait de rencontres, de liens sociaux qui se créent, dont le manque aujourd’hui se fait sentir, dont les gens ont besoin et où les gens venus d’univers différents se côtoient, qu’ils soient ouvriers ou cadres. Une mixité sociale s’y est instaurée.

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C’est en fait une autre manière de consommer où l’humain a toute son importance. C’est un lien social par excellente, c’est aussi un projet éducatif et surtout pas moralisateur, sans jugement, chacun pensant et vivant le lieu à sa convenance ce qui manque peut-être un peu aux USA ».
Bien sûr, à la vue de ces deux cas, Toulon est encore une toute petite structure mais les projets sont ambitieux et pas si utopiques que certains pourraient le croire.
Monique Tardy nous explique ces projets :
« Nous espérons que d’ici un an, nous pourrons envisager de créer un supermarché, le problème majeur étant l’impossibilité de s’implanter en cœur de ville dans la mesure où nous avons besoin d’un local de 1.500m2 et d’un grand parking gratuit pour nos adhérents. C’est le premier problème. Le second est que le Var est un département essentiellement viticole et les maraîchers se font rares. Les petits producteurs quant à eux, n’ont pas assez de produits pour fournir en quantité un supermarché. Souvent, ils les vendent sur les marchés à des prix déjà intéressants, donc difficile de leur demander de faire des efforts et de les faire baisser. L’intérêt pour nos adhérents est de tout trouver sur place sans être obligé de courir d’un lieu à un autre pour trouver ces produits, à la fois naturels, locaux ou bio mais aussi à des prix attractifs ».
Tom nous précise que la Louve est locataire d’un bail social avec un loyer progressif et qu’elle est soutenue par la ville. Quant à Toulon, la coop a dû acheter le local et espère obtenir également le soutien de la ville, des approches et des promesses ayant été faites par l’élue au développement durable de la mairie de Toulon. Mais elle doit encore trouver de vraies ressources en dehors des adhésions, ce qui n’est pas aussi facile.
Mais avec le courage, l’envie, la persuasion, la Coop de la Mer voit l’avenir avec sérénité, même si elle sait qu’il y aura des obstacles à franchir.
L’optimisme est de rigueur !

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Jacques Brachet
Photos Monique Scaletta

Six-Fours – Six N’étoiles
« Prochain arrêt : Utopia »… Une aventure humaine

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Au départ Vio-Me est une filiale d’une grande entrepris BTP de carrelages et de colle-ciment qui périclite et entraîne avec elle la petite entreprise de Thessalonique en Grèce.
Les ouvriers s’éparpillent alors pour chercher du travail ailleurs. Reste un noyau dur de 70 hommes, puis 40, puis 15 qui ont décidé de ne rien lâcher, d’occuper l’usine et de continuer vaille que vaille, malgré toutes les embûches qu’ils vont rencontrer, dont celle de gérer une équipe humainement et financièrement.
C’est leur seul but, leur seule issue, c’est une utopie. Mais une utopie nécessaire à leur survie, dans un pays où la crise est toujours omniprésente.
Du coup, ils changent leur façon de faire et décident de créer une ligne de produits d’entretien totalement naturels, lessives, savons, produits de vaisselle…
Et avec acharnement, ils y arriveront, montant une coopérative et restant dans « leur » usine, malgré l’épée de Damoclès qui plane au-dessus de leur tête : la vente aux enchères de celle-ci pour éponger les dettes. Ainsi vivent-ils depuis trois ans dans l’incertitude, mais sans jamais baisser les bras, ayant trouvé autour d’eux une entr’aide, une solidarité car ils ont ému la Grèce entière et aujourd’hui leurs produits sont exportés en Europe (France, Belgique, Allemagne…)
Cette magnifique aventure humaine en a donc ému plus d’un, dont un réalisateur, Apostolos Karakasis qui avec l’aide de son ami producteur, Marco Gastine, a décidé, dès le départ de l’aventure, de réaliser ce documentaire « Prochain arrêt : Utopia » et de l’accompagner en Grèce et dans certains pays d’Europe, dont le France et, bien entendu, le Six n’étoiles de Six-Fours, toujours partant, avec la complicité de l’association « Lumières du Sud » pour nous offrir ce genre de cinéma-vérité ,accompagné par Marco Gastine, qui en dehors du fait qu’il présente le film, emmène avec lui les fameux produits Vio.Me dont la vente va tout droit à ces travailleurs acharnés qui ont mis leur cœur et leur vie dans cette aventure bouleversante d’humanité.
Marco Gastine est réalisateur et producteur. De mère grecque, de père français, il est né à Paris, a entrepris des études d’architecture. Le hasard a fait que, parti pour trois mois découvrir le pays de sa mère… il n’en n’est plus reparti et y vit depuis 40 Ans, ayant changé de route pour devenir réalisateur puis producteur.

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« Je suis – m’avoue-t-il en riant – un étudiant en archi réadapté ! Très jeune, je rêvais déjà de cinéma et le hasard a fait qu’un jour j’ai sauté le pas. Mais l’architecture n’est pas si loin du cinéma en fait, ce sont deux arts impurs et grâce à l’archi j’ai appris le processus de création que j’ai réutilisé au cinéma. Surtout dans le documentaire, la similitude étant que l’on part sur un projet mais qu’au fil de la réalisation, beaucoup de choses changent et souvent le final est autre de ce qu’on imaginait. De plus, ce sont deux métiers de collaboration car pour chacun il faut beaucoup de gens autour de soi pour réaliser un projet.
De réalisateur, vous êtes donc passé à la production ?
Oui et pour plusieurs raison. D’abord j’ai décidé de produire mes propres films car j’en avais assez d’aller frapper aux portes pour arriver à mes fins. Après, j’en ai eu assez d’être toujours seul avec moi et j’ai décidé de produire pour les autres. Ca a d’abord été un hasard qui est finalement devenu une nécessité et depuis vingt ans je réalise et produit des documentaires, j’ai longtemps travaillé pour la télévision grecque avant qu’elle ne ferme ses portes suite à la crise.

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Pourquoi le documentaire plutôt que la fiction ?
J’ai essayé mais le cinéma grec est un milieu très fermé qui, alors, acceptait mal « les étrangers » même si je suis « demi-grec » et si j’y vis depuis des années. Et puis, le documentaire me convenait parce que je pouvais raconter des histoires réelles. La fiction, d’autres le font mieux que je ne l’aurais fait. Sans compter que les gens que je filme sont souvent de meilleurs acteurs que les vrais ! Ils sont plus spontanés, ils sont vrais, ils ne jouent pas, ils sont et leurs répliques spontanées sont souvent inénarrables ! Je suis passionné par leurs histoires qui sont une richesse inépuisable.
Comment trouvez-vous vos sujets ?
Il suffit de regarder autour de soi et les sujets s’imposent d’eux-mêmes. Je rencontre des gens qui me parlent d’autres gens et ce qui est à la fois excitant est difficile c’est qu’on ne peut pas écrire de scénario : on prend une histoire et on va la suivre sans savoir quand ni comment elle va se terminer. C’est du cinéma-vérité, les choses se passent devant les caméras. Malgré cela, j’écris beaucoup car j’ai besoin d’avoir un guide pour mieux comprendre l’histoire qui se joue devant moi.
Le documentaire est en fait un art à part. Quelle différence avec le reportage télé ?
L’art du documentaire c’est à la fois de savoir ce qu’on veut faire et s’adapter à la réalité. C’est comme l’art de la guerre : on a un plan d’attaque, un dispositif , et puis il y a un général qui mène l’affaire mais qui, au fil du temps, doit s’adapter à la réalité sur le terrain. Pour un reportage c’est différent car d’abord, ça ne dépasse pas, en principe, les 45 minutes et puis l’approche est autre car on écrit avant de mettre en image et l’on est là seulement pour informer et donner son point de vue de journaliste. Le documentaire, lui, c’est une histoire dramatique avec des personnages qui sont porteurs de l’histoire. Pour le reportage, on montre, pour le documentaire, on démontre.

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Marco Gastine avec les équipes Six N’étoiles-Lumières du Sud

Et avec la fiction ?
Autre façon de faire : il y a une histoire écrite de bout en bout dont on connaît la fin. On sait donc d’avance ce qu’on va tourner . Une fois le scénario écrit, il faut le suivre même si souvent, on ne tourne pas les scènes dans l’ordre. Pour le documentaire, on ne connaît pas la fin et l’on est obligé de filmer dans l’ordre l’événement qui se déroule au jour le jour. Après, au montage, libre à nous d’interverser les scène dans une certaine cohérence.
Parlons donc de ce film « Prochain arrêt, Utopia »...
Je travaillais alors pour la télévision grecque où je réalisais des reportages sous le titre « Doc Ville » et j’étais toujours à la recherche d’un sujet. Je connaissais Apostolos qui avait été monteur sur l’un de mes films et je lui dit que je suis en quête de sujet. Nous sommes alors au début de la crise gracque. Quelques temps après il me parle de cette usine, le sujet m’intéresse mais je vois très vite qu’il déborde le cadre de ma série. Nous décidons alors d’en faire un film d’une heure trente pour le cinéma, lu,i réalisant, moi, produisant.
Cela s’est fait sans problème avec les travailleurs ?
Certains n’étaient pas chauds pour qu’on les filme et puis ils ont dit oui avec une condition : voir le film une fois monté et leur conseil d’administration déciderait alors de l’accepter ou non, d’enlever des scènes pour lesquelles ils ne seraient pas d’accord. Autre limite : ne pas les filmer dans leur intimité. On a joué le jeu malgré quelques inquiétudes, surtout pour ceux qui avaient mis l’argent sur le film. Et au final ils ont accepté le film tel qu’il était. Je vous avoue qu’on a été soulagé !

Depuis, Apostolos et Marco accompagnent le film partout, faisant connaître cette histoire exceptionnelle car c’est la seule entreprise en Grèce qui a réalisé ce tour de force, beaucoup d’autres ayant jeté l’éponge. Aujourd’hui, toujours dans l’incertitude de se voir retirer l’usine, malgré le président actuel qui, durant sa campagne, leur avait promis de les aider et qui jusqu’ici, ne l’a pas fait.
Vio.Me est en plein développement, la solidarité est toujours là dans plusieurs pays dont le France, l’entreprise a un site Internet qui rayonne partout et aujourd’hui leur réseau de vente s’étend en Europe, proposant des produits naturels qu’ils ont affiné depuis, s’étant structuré et continuant une lutte de tous les jours, soudés et sans patron, avec pour maxime : « occuper, résister, produire ». Et ça marche !

Jacques Brachet

Six-Fours – Six N’étoiles : Une quatrième salle,
une reconduction, une nouvelle brasserie

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Décidément, c’est souvent du côté de Six-Fours et de son cinéma que nous viennent les plus beaux événements culturels.
Et en ce 22 janvier, nombre de personnalités s’y sont retrouvées pour fêter trois événements de taille : la reconduction des délégataires du cinéma dont le maire a renouvelé sa confiance pour cinq ans, l’annonce de la construction imminente d’une quatrième salle, tant le succès ne se dément pas depuis cinq ans déjà et la réouverture de la brasserie avec un tandem de choc à la barre.
Trio inchangé donc pour le Six N’étoiles : Jérôme Quatteri, Frédéric Perrot, Noémie Dumas, qui travaillent de concert et nous offrent un ensemble de projections, d’événements, de thématiques, de manifestations aussi divers que variés, ce qui en fait le succès du cinéma.
« Nous avons toujours voulu – nous explique Jérôme – être le cinéma de tous les cinémas et depuis cinq ans, nous nous adressons à tous les publics de Six-Fours et de ses villes avoisinantes. dans un espèce d’espace cocooning où le public, quel qu’il soit, se sent bien et vient avec plaisir et curiosité. C’est une autre façon d’aborder le 7ème Art que de proposer des films généralistes, des films d’auteurs, des films venus de pays lointains, des films pour enfants et pas seulement des Walt Disney. Nous avons obtenu plusieurs labels : art et essai, jeune public, patrimoine, recherche et découverte. Ainsi, tout le monde y trouve son compte et nous en sommes fiers et heureux. »

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Jean-Sébastien Vialatte – Dominique Ducasse – Joseph Mulé

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Noémie Dumas – Frédéric Perrot – Jérôme Quatteri

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Le plan de la quatrième salle

A tel point que l’équipe municipale, représentée par son maire, Jean-Sébastien Vialatte, son premier adjoint Joseph Mulé, son adjointe aux affaires culturelle Dominique Ducasse et nombre de représentants de la municipalité, étaient présents pour renouveler leur confiance à nos trois mousquetaires du Six N’étoiles !
Le Maire et ses adjoints ne pouvaient donc qu’être heureux du résultat et aussi fiers de nous faire découvrir les plans de cette quatrième salle dont on parle depuis quelques mois :
« Le permis de construire a été accordé – nous confie le maire » nous sommes dans la phase de l’appel d’offre pour cette salle qui devrait comporter 115 places dans un confort supérieur inhabituel, avec 20% de sièges sans accoudoirs, appelés « Love seats », réservés aux couples… je précise pour visionner des films ! A côté, une petite salle adjacente pouvant accueillir 40 personnes, sera utilisée pour des rencontres, des réunions, des anniversaires. Nous espérons que nos délégataires en feront bon usage puisque nous leur avons renouvelé notre confiance. Cette salle sera financée par la municipalité, TPM, Métropole et le CNC » et les travaux ne devraient plus tarder ».
Enfin, deux autres personnes étaient réunies autour de la table : Cyril Ciaceri et Gilles Pascal qui, ensemble, reprennent la gérance et la direction de la Brasserie attenante au cinéma, lieu emblématique où le public du cinéma avait pris l’habitude de déjeuner, souper, goûter entre deux séances et qu’il va retrouver dans une nouvelle décoration et avec une restauration locale et diverse, allant – nous expliquent-ils – de la restauration rapide pour enfants et adultes, diverses formules, en-cas, salon de thé, goûters d’après-midi, apéritifs, dans un maximum de confort et ouvert sept jours sur sept. avant et après les projections.
« Ce sera – précisent-ils – très familial, nous collaborerons de très près avec le cinéma, nous en suivrons les thèmes en proposant des plats en rapport avec le 7ème art. Nous avons pensé à nommer ce lieu « L’avant-première ». Il y aura deux mois de travaux et nous devrions ouvrir fin mars ».

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Gilles Pascal & Cyril Ciaceri

Noémie Dumas nous précise que ce lieu a toujours été un partenaire naturel du cinéma qui, lui continuera ses collaborations avec toutes les associations, ses maillages avec les entreprises, la municipalité, l’Éducation Nationale et les lycées, collèges et écoles de la ville.
Jérôme ajoute que les horaires des projections sont aménagés afin que le public puisse aller se sustenter avant ou après une projection. D’où ces horaires particuliers des séances à 19h et à 21H15.
Encore deux bonnes nouvelles : la première étant qu’alors l’années 2018 a vu une baisse de fréquentation des salles de cinéma, le Six N’étoiles a augmenté sa fréquentation de 4% avec 200.000 entrées payantes, ce qui la fait arriver en troisième position pour ce genre de salle, après Paris et Toulouse.
Enfin, le Maire est en train de cogiter pour que le parking soit totalement gratuit autour du cinéma.
Ce qui ne peut qu’être bénéfique aussi bien au cinéma qu’à la brasserie.
A suivre

Jacques Brachet

Six-Fours – Six N’étoiles : Le transgenre en question

A
Christian Sondregger

Soirée particulièrement émouvante aux Six N’étoiles de Six-Fours qui nous proposait une soirée spéciale sur un sujet encore très délicat : le transgenre, ou lorsqu’un garçon ou une fille mal dans son enveloppe charnelle, décide de changer de sexe.
Cette soirée était une belle collaboration entre le cinéma six-fournais, Chateauvallon et l’association cinématographique « Lumières du Sud », présidée par Mireille Vercelino. Cela, suite à un spectacle donné le printemps dernier à Chateauvallon « Trans » donné par la Compagnie des Hommes qui eut un énorme succès et qui revient en ce lieu les 1er et 2 février prochain à 20h30.
Si le sujet est de moins en moins tabou, il reste tout de même beaucoup de questions à se poser sur la nature de l’homme ou de la femme qui se sent mal dans sa peau et décide d’entrer dans un processus à la fois long, douloureux, difficile mentalement et physiquement.
Le Six N’étoiles et « Lumières du Sud » avaient donc choisi deux films pour cette soirée : « Coby » de Christian Sondregger, en sa présence et « Girl » de Lukas Dhont, avec le jeune Lukas Polster qui fut ovationné au dernier festival de Cannes pour sa prestation dans le rôle de ce garçon qui devient une fille.

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Suzanna & Cody – Victor & Lara

Christian Sondregger, quant à lui, n’a pas eu à chercher loin son sujet et son héros puisqu’en fait Coby était tout simplement sa sœur dans la vie.
Enfant adopté, Christian, après un long cheminement, retrouve sa mère biologique et en même temps cette sœur qui est en train de devenir un garçon. Et c’est donc celui qui se fait appeler Coby, qui lui explique que, depuis un certain temps, il a décidé de changer de sexe et de se filmer durant toute cette transition et ce long et douloureux parcourt. Il lui demande de prendre le relais. Ce qu’a fait Christian en mêlant les films déjà tournés par son frère et dont il rajoute ce qu’il va filmer.
« J’ai retrouvé ma famille à 32 ans et ma sœur, alors encore Suzanna, qui avait 12 ans en 2010 et qu’on croyait lesbienne. C’est elle qui m’a proposé de faire ce film-témoignage. C’est un film très intime qui m’a aussi permis de faire mon propre cheminement vers cette famille que je découvrais et suivre en parallèle l’évolution de la transformation de Coby. Je dois dire que je n’ai pas dit oui tout de suite, j’ai beaucoup réfléchi mais je me suis rendu compte de ce que vivait cette famille toute centrée vers celui qui est aujourd’hui mon frère, qui l’a beaucoup aidée malgré beaucoup de questionnements, dont celui de perdre une fille et une sœur pour retrouver un fils et un frère, « ni tout à fait le même mais ni tout à fait autre » et surtout les jugements de valeurs et moraux de l’époque . J’ai tourné ce film durant trois fois trois mois, au fur et à mesure de l’évolution de Coby. Il y a eu quelques moments difficiles, beaucoup de moments émouvants mais toute la famille a grandi ensemble et quant à moi, ça m’a permis de rencontrer ce frère et cette famille biologique ».

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C’est vrai que chacun peut avoir des à-priori sur ce sujet délicat mais justement Christian Sondregger nous le présente avec beaucoup de délicatesse, d’amour car dans ce film, l’amour est omniprésent au sein de cette famille soudée et l’on peut comprendre la psychologie d’un être qui ne se sent pas à sa place dans la peau que la nature lui a donné. C’est aussi une belle leçon de courage, de compréhension et comme le dit si justement Christian : « J’avais une vision très arrêtée de ce genre de situation, je cherchais le mal là où il n’y en a pas alors qu’en fait le mal vient de la norme qui s’instaure dès notre naissance, cette différence entre le bleu et le rose. Sans cela, il n’y aurait pas de problème ».
Quant au second film, « Girl » de Lukas Dhont, il évoque au contraire l’histoire d’un jeune garçon de 15 ans, Victor, qui va devenir une jeune adolescente prénommée Lara. Mais en dehors de cette transformation, elle ne rêve que de devenir danseuse étoile avec ce handicap de devoir beaucoup plus travailler qu’une jeune ballerine tout en suivant un traitement à la fois draconien et épuisant. Tout cela ne se fera pas sans problèmes évidemment, malgré l’aide à la fois de son père, de son professeur de danse et de l’équipe médicale qui la suit.
Film magnifique et bouleversant où le jeune comédien-danseur, devenu aujourd’hui danseur étoile des ballets d’Anvers, Victor Polster, fut la révélation de Cannes et obtint le prix d’interprétation dans la section « Un certain regard » alors que le film obtint la Caméra d’Or.
Cette soirée et ce spectacle à Chateauvallon seront prolongés par une conférence qui se déroulera à la FAC de la Garde le jeudi 24 janvier à 14h avec la présence de trois intervenants et des interventions en milieu scolaire, afin de libérer la parole sur un sujet encore brûlant et mieux le faire connaître et accepter.

Jacques Brachet

Six-Fours : au Six n’étoiles « Le jour le plus court »

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Rebecca Hampton, Stéphane Hénon, Michel La Rosa, François Viette, Patrick Jorge

Le 21 décembre, jour de l’hiver est la nuit la plus longue… Donc… le jour le plus court.
C’est le jour qu’a choisi Patrick Jorge, directeur de casting, passionné de cinéma, pour créer en 2005 « Le jour le plus court » mais court, veut dire aussi court-métrage, ce petit film que l’on voyait Antan en première partie du « grand film » et qui permettait à de jeunes artistes, réalisateurs, auteurs, comédiens, techniciens, de démarrer dans le cinéma.
Presque tous sont passés par là et Patrick Jorge a eu envie d’apporter les preuves qu’un court-métrage est un tremplin, même aujourd’hui, de faire ses preuves, de se faire connaître, même si de nos jours peu de cinémas jouent le jeu, préférant mettre en première partie des pubs et, nous dit Patrick, préférant également payer une indemnité pour non-passage de courts métrages, la pub rapportant plus !
Si notre ami Patrick continue sa croisade du court métrage, le CNC lui a piqué l’idée, faisant de cette journée une journée nationale qui se déroule… en mars, ce qui est loin d’être le jour le plus court !

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Quant à lui, il parcourt les festivals et il a du boulot car il y en a plus de 500 dans l’année, sans compter ceux qu’il a créés ! Et à chaque fois, il y ramène des trésors enfouis sous la poussières de cinémathèques, de hangars, de garages…
Rencontrant le directeur du Six N’étoiles Jérôme Quaretti, l’idée germe en eux de retrouver cette tradition et voilà qu’en ce 21 décembre renaît « Le jour le plus court » où Patrick vient avec des trésors et quelques amis : Rebecca Hampton, Stéphane Hénon, Michel La Rosa, tout doit issus de la série « Plus belle la vie » et notre ami François Viette, plus connu sous le nom de « l’élève Ducobu », seynois d’origine et travaillant au Six N’étoiles.
Tout ce beau monde donc fait partie de la sélection que Patrick nous a offert en cette belle courte nuit de pré-Noël !
Beau début de soirée avec « Les tontons flingués », court-métrage que Patrick a concocté, réalisé par Yacine Sersaz pour les 50 ans de la sortie d’un film aujourd’hui devenu culte « Les tontons flingueurs » de son ami Georges Lautner. On y retrouve plein d’acteurs stars comme Lino Ventura ou Venantino Venantini, aujourd’hui disparus et pleins de « seconds couteaux » car à l’époque, les seconds rôles étaient pléthore et interprétés par de très grand comédiens, indispensables même s’ils n’étaient pas « des vedettes ». Cette scène du film qui se passe dans la cuisine, a été revue et corrigée et nous rappelle des souvenirs savoureux d’un film devenu culte.

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A gauche : Jérôme Quatteri

Puis Patrick nous propose une série de courts-métrages qu’il a eu l’idée de faire tourner par des élèves de CM1/CM2 dans des écoles, en Savoie. Sous le titre « Courts d’école » tout a été conçu par les élèves : les sujets, les dialogues et toute l’équipe technique, ceci afin de faire découvrir l’envers du cinéma et peut-être de susciter des vocations. Dans l’un d’eux on y découvre Olivier Pagès, comédien vu dans de nombreux films, courts et longs métrages, série comme « Joséphine », « Mongeville, « RIS », « Magellan ». Comme d’autres comédiens il s’est prêté au jeu et le résultat est fort prometteur. A tel point que cette série pourrait passer à la télévision, en faisant le tour de France des écoles.
Et voici que Patrick nous offre un OVNI dans lequel on retrouve en 1999, une toute jeune et déjà fort belle Rebecca Hampton « Loin de Syracuse », un espèce de thriller où un flic blessé est pourchassé par des truands. Un film assez glauque, illuminé par le regard bleu de la blonde Rebecca dont j’ai la chance d’être l’ami. Aujourd’hui elle écrit, joue toujours dans « Plus belle la vie » et a créé une très jolie pièce « On meurt où on veut » avec Anouk Franchini, qu’elle joue en tournée jusqu’au 9 février.
Son complice de »Plus belle la vie, » Stéphane Hénon, que je rencontre plus au festival de la Rochelle qu’à Marseille, s’il joue toujours dans la série, est passé à la réalisation avec un court-métrage intitulé « Némésis », l’histoire de quatre éboueurs qui rencontrent une fille totalement nue entre deux sacs poubelles et la ramènent chez eux. Drôle de film et film drôle récompensé dans plusieurs festivals. Il faut dire qu’il a eu la chance d’avoir comme chef opérateur, celui de Besson pour « Le grand bleu » et « Subway », Carlo Varini, entre temps disparu accidentellement. On y trouve également les tout débuts de Noémie Merlant, que l’on a pu voir dans « Julie Lescaut », « La loi de Christophe » et au cinéma cette année dans deux films : « Le retour du héros » de Laurent Tirard et « La fête des mères » de Marie-Castille Mention-Schaar.

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L’on passe à un autre ami : Michel La Rosa, que je retrouve après quelques années et avec lequel j’ai participé à une émission hebdomadaire de France 3 « Tremplin » dont il était l’animateur. C’est là que nous avons rencontré Céline Dion, toute jeune chanteuse alors et qui, rencontrant C Jérôme, lui avait dit espérer avoir une aussi belle carrière que lui !!!
Bref, animateur radio, télé, directeur des programmes de France Bleu Provence, animateur de « Matin bonheur », « Télé Achat », producteur, il a, en 2010 sauté le pas pour devenir comédien. On a pu le voir dans des séries comme « Camping Paradis », « Boulevard du Palais » et aujourd’hui dans « Plus belle la vie ».
Rencontrant notre ex Ducobu dans un festival, François Viette, ils se retrouvent sur la même longueur d’onde et décident de travailler ensemble. Ainsi est né « La vie tranquille de Monsieur Raymond » présenté ce soir-là. Ils ont d’ailleurs en projet, une série sur un psychopathe… gentil, nous précisent-ils, mais qui osent faire ce que nous n’oserions pas faire. Le pilote est écrit et s’il plait, il deviendra une série.
Enfin, démarrant sur Lautner, Patrick termine avec son ami pour lui rendre hommage, d’abord avec un court métrage dont il a écrit le scénario, « Retenez bien ma gueule ! » réalisé par Mathias Gomis, où Lautner devient comédien et ce sera sa dernière apparition, aux côtés de Michel La Rosa, Elodie Varlet, et Daniel Russo.
Enfin, une véritable pépite, le premier film, un moyen métrage, réalisé par Georges Lautner, « Les bons vivants », qui voient, outre ses débuts de réalisateur ceux de Mireille Darc, Bernadette Laffont et Louis de Funès dans une histoire rocambolesque où l’on retrouve déjà toute l’empreinte de Lautner dont on connaît l’éclatante filmographie, la beauté de Mireille Darc et Bernadette Laffont, les débuts d’une pléiade seconds rôle dont Jean Richard et enfin un Louis de Funès dans lequel, déjà, tout est là : les gestes, les mimiques, tout ce qui a fait son succès. A noter aussi les débuts de Michel Audiard comme dialoguiste et deux techniciens qui deviendront de célèbres réalisateurs : Robin Davis et Claude Pinoteau.

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Du beau monde déjà, ce qui prouve l’importance du court métrage qui a vu débuter tant de gens aujourd’hui devenus célèbres et qui est une source infinie de talents en devenir.
Grâce à Jérôme Quatteri, Noémie Dumas, Patrick Jorge et nos quatre invités, nous avons passé une originale et belle soirée et ce n’est pas fini puisque Patrick a promis solennellement de renouveler chaque année au Six N’étoiles, ce rendez-vous du jour le plus court avec d’autres trésors.
On a déjà hâte !

Jacques Brachet

Six-Fours – Le Six n’étoiles
vendredi 21 décembre 21h : le jour le plus court !

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Une nuit du court, et des invités tout droit issus de la série-culte « Plus belle la vie », voilà une soirée qui risque d’être très festive !
En effet, Rebecca Hampton, Michel la Rosa, Stéphane Hénon et le producteur Patrick Jorge, seront les invités d’honneur pour une soirée consacrée aux courts métrages, sous le thème : « Films comiques et scènes cultes ». Une soirée qui nous réserve quelques surprises mais on n’en dira – presque ! – pas plus, puisque ce sont des surprises ! On peut tout de même vous dire qu’un court-métrage de Stéphane Hénon en fera partie.
Puis on pourra découvrir :
LES TONTONS FLINGUÉS , imaginé par Patrick Jorge
Un court métrage réalisé pour les 50 ans de la sortie du film culte de Georges Launter : « Les Tontons flingueurs » avec des comédiens de séries populaires actuels et la participation exceptionnelle de Venantino Venantini et du grand Georges Lautner lui même…
De Yacine Sersar / Avec Venantino Venantini, Georges Lautner… (2013 / 0h12
)

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RETENEZ BIEN MA GUEULE !, de Mathias Gomis
Lorsqu’un jeune comédien plus qu’opportuniste chargé d’accueillir les acteurs d’un festival fait
tout pour se faire remarquer pour obtenir un rôle à tout prix… Avec Clément Brun et une pléiade de comédiens et comédiennes et la participation de Daniel Russo et Georges Lautner dans sa dernière apparition dans un film !
Avec Georges Lautner, Daniel Russo, Clément Brun (2016 / 0h10
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LES BONS VIVANTS
Des scènes de grands films cultes du cinéma populaire français : « La grande vadrouilles », « Rabbi Jacob » et un clip sur le thème de « La boum », qui réunit de nombreux acteurs (2014/0h11)
AVANT-PREMIÈRE D’ÉPISODES INÉDITS DE LA SÉRIE « COURTS D’ÉCOLE »
Les « Courts d’écoles » sont de vrais courts-métrages de fiction éducatifs joués par des élèves de classes de primaire (CM1 / CM2) qui n’ont aucune connaissance du cinéma. Au travers des « Courts d’écoles », les élèves découvrent les notions de scénario, jeu d’acteur et les contraintes mais surtout les plaisirs d’un tournage… (2018 / 0h15)
Une belle soirée à ne pas manquer !

JB
contact.sixnetoiles@gmail.com

Toulon – Le Liberté : Christiane TAUBIRA,
marraine de la 5ème édition des court-métrages en liberté

CT

Pour la 5ème année consécutive, Le Liberté, scène nationale de Toulon, initie un projet de sensibilisation citoyenne à travers des ateliers de réalisation de films : Les Courts-métrages en Liberté.
Chaque année, une thématique est choisie afin de sensibiliser les jeunes et de les faire réfléchir sur un sujet de citoyenneté. Après le harcèlement à l’école, le respect filles/garçons, le racisme et l’antisémitisme et le rapport à l’argent, les jeunes participants à ce vaste projet s’attèleront cette saison aux questions liées aux sexualités et aux discriminations qui en découlent. Ces actions culturelles s’inscrivent dans la cadre du Théma « Féminin Masculin« , qui questionne aussi bien l’égalité entre les sexes que notre rapport au genre.
Pascale Boeglin Rodier et Charles Berling, directeurs de la scène nationale Châteauvallon-Liberté, ont demandé à celle qui est connue pour son appétence à dialoguer avec la jeunesse, son engagement dans la défense des droits humains et son rôle déterminant dans la loi ouvrant le mariage aux couples homosexuels, de « marrainer » cette édition.
Madame Christiane Taubira leur a fait l’immense honneur d’accepter d’être la Marraine de cette 5e édition des Courts-métrages en Liberté. À ce titre, elle accompagnera, entre autres, . Environ 1400 personnes sont attendues à cette occasion.
Depuis début novembre, les ateliers se succèdent pour sensibiliser les jeunes et démarrer le travail d’écriture, de jeu et d’organisation des tournages. Ces derniers auront lieu au Lycée Dumont d’Urville (Toulon) les 14 et 15 janvier 2019, au Lycée professionnel régional du Parc Saint-Jean (Toulon) les 31 janvier et 1er février, puis à Châteauvallon, avec les jeunes issus de la PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse) et du Centre social Toulon Ouest courant février et mars.
90 jeunes sont impliqués dans ce projet, encadrés par 12 enseignants, éducateurs et accompagnateurssans oublier l’équipe des artistes-intervenants, coordonnée par le service des relations avec le public du Liberté. Ce dispositif d’actions innovant bénéficie du soutien financier de la DRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur, de l’Acsé dans le cadre de la Politique de la Ville, de la Protection Judiciaire de la Jeunesse et de la DILCRAH. Sur le terrain, ces actions peuvent être entreprises grâce au soutien et à l’expertise de l’Éducation Nationale, du Défenseur des Droits et de l’association Les Ouvreurs.

Christiane TAUBIRA
Elle est diplômée d’études supérieures (sciences économiques, sociologie, stratégie et diplomatie). Après 15 ans d’activités professionnelles dans l’enseignement, la direction d’offices en agriculture, la pêche, la coopération et le commerce extérieur, elle est élue députée de Guyane (1993-2012) et eurodéputée (1994-1999). Elle est nommée Garde des Sceaux, ministre de la Justice (2012-2016). Son activité parlementaire est particulièrement marquée par la loi interdisant les mines anti-personnel et la signature par la France de la Convention internationale d’Ottawa ; la loi reconnaissant la traite négrière et l’esclavage comme crime contre l’humanité ; la loi reconnaissant les effets des essais nucléaires français sur les populations civiles et les militaires. Son activité ministérielle est notamment connue à travers la loi ouvrant le mariage aux couples homosexuels, la loi réformant les politiques pénales et carcérales, la modernisation du cadre législatif de lutte contre la corruption et le blanchiment d’argent et la création du Parquet national financier ainsi que l’actualisation du droit des contrats. Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages, dont « Mes météores«  (Flammarion), »Murmures à la jeunesse«  (Ph. Rey), « Nous habitons la Terre«  (Ph. Rey. Prix international de la revue trimestrielle des droits de l’homme, Bruxelles), « Baroque sarabande«  (Ph. Rey). Elle a contribué à des ouvrages collectifs : « La lutte contre la corruption, le blanchiment, la fraude fiscale«  (Presses de Sc. Po ; au profit de Transparency International) ; « Osons la fraternité, en solidarité avec les Migrants«  (Ph. Rey, « Etonnants voyageurs », au profit du GISTI).

Toulon – Pathé
Liberté Lucas BERNARD & Charles BERLING
« Un beau voyou »… Un beau film

A

Bertrand « Swann Arlaud) vit en toute liberté, sorte de gentleman cambrioleur, volant par-dessus les toits, s’introduisant chez des particuliers pour voler des tableaux ou arnaquant des gens cherchant un appartement dont il s’accapare les clefs pour les faire visiter et empocher la caution.
Même sa famille ne connaît rien de sa vie. Il vit sans principes, sans besoins urgents, sans obligations, sans états d’âmes, hormis son histoire d’amour avec Justine (Jennifer Decker) qui accepte cette façon de vivre.
Beffrois (Charles Berling) est un flic revenu de tout. Il est en train de tourner une page d’une vie sans exaltation : sa femme est décédée, ses fils quittent la maison, il prend sa retraite. Mais il la prend en laissant en suspens un vol de tableaux non élucidé, qu’il va continuer à creuser. Il finira par rencontrer Bertrand.
« Un beau voyou » (sortie le 2 janvier) est un film d’atmosphère et un thriller à la fois, qui fait penser à ces films de Chabrol où humour et suspense se mêlent habilement. Lucas Bernard, jeune réalisateur dont c’est le premier film, nous propose un film à la fois très maîtrisé, très original dans la construction, dans la finesse des dialogues et dont les personnages ont tous une certaine ambiguïté, un certain mystère, une certaine ambivalence.
Il nous offre de splendides images de Paris vu des toits et nous plonge dans une ambiance à la fois feutrée et intimiste en brossant le portrait magistral de deux hommes que tout sépare : l’âge, la façon de vivre, l’un sans toit ni loi, l’autre, au contraire, voulant vivre autre chose. Et ce conflit des génération qui pourtant va les rapprocher, donne un film à la fois sensible et percutant.

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C’est avec plaisir que l’on rencontre Lucas Bernard et, Charles Berling venu en voisin (Il y a cent mètres entre le Théâtre Liberté et le Pathé Liberté !).
Après le frère… le frère, puisque nous étions, voici quelques jours avec Philippe Berling (voir rubrique théâtre)
Lucas, Charles, votre rencontre ?
Lucas : Au départ, je suis parti sur l’idée de ce jeune voleur détaché de tout puis en avançant dans l’écriture, le personnage du flic a pris de l’importance. J’ai commencé à chercher un comédien qui pourrait être crédible dans le rôle de cet homme qui attend la retraite. C’est mon producteur, Florian Môle qui m’a suggéré Charles. Au départ j’ai pensé qu’il serait trop jeune. Or, il a en fait l’âge du rôle.
Charles : Et c’est ainsi qu’il m’a appelé en essayant de me convaincre par cette phrase : « Vous avez pile l’âge du rôle » ! Ce qui m’a, je l’avoue, quelque peu sidéré car ce n’est pas vraiment l’argument qui me fait dire oui. Qu’est-ce que je m’en fous d’avoir l’âge du rôle ! Malgré tout j’ai voulu en savoir plus et j’ai lu le scénario.
Lucas : Je suis même venu voir Charles à Toulon et je me suis rendu compte qu’en fait ça faisait sens pour moi de le choisir car il n’a d’abord pas du tout l’air d’un retraité. Je gardais en souvenir l’image de lui dans « Ridicule » entre autres et quelques autres films de cette époque où il était chaque fois différent. Et je l’ai très bien vu dans ce rôle de cet homme un peu revenu de tout qui allait tourner une page en allant vers l’inconnu.
Charles : ce qui m’a aussi beaucoup plu c’est d’abord de rencontrer un mec plus jeune que moi mais peut-être encore plus perché que moi ! Et puis, j’ai peu tourné de rôles de flics et celui-ci était particulièrement original, avec un certain recul, de l’humour et un humour particulier, celui de Lucas. Le personnage est très fouillé, jusqu’au choix de ses chemises hawaïennes et puis on est dans un polar « Flic et voyou » avec un ton très particulier.
Aussi, entre Lucas et moi il y a une génération et il a écrit un film qui interroge ma génération. Il y a un rapport intergénérationnel très fort entre ce jeune qui n’arrive pas à s’inscrire dans la normalité et ce flic sans ambition. Enfin, il y a ce rapport avec l’Art puisqu’il l’a approché presque malgré lui, grâce à sa femme qui en était amateur et c’est peut-être par là qu’il connaîtra une renaissance. Pour moi, l’art n’est pas réservé à une élite, comme trop de gens le disent à tort, elle est à la portée de tous et pas seulement à une poignée d’intellos. L’art propose de l’irrationnel.

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Lucas : D’ailleurs au départ, le film devait s’intituler « L’histoire de l’art ». Mais c’est malgré tout un polar et ça n’était pas très approprié au sujet, même s’il y a de l’humour.
Charles, tu as voulu jouer les Belmondo avec cette poursuite sur les toits ?
Ça m’a beaucoup amusé de faire ça, d’abord parce que vu des toits, Paris est magnifique et que Lucas l’a merveilleusement filmé, ce qui n’était pas des plus faciles et puis, tu le sais, j’ai toujours aimé prendre des risques, même calculés, comme ici et j’ai adoré faire le cascadeur !
Lucas, ça n’aurait pas été plus facile de tourner ces scènes en studio ?
J’avoue que j’y ai pensé. J’ai même fait des maquettes en pensant les tourner dans les studios de Besson. Mais c’était vraiment trop onéreux pour notre budget. Ce qui a été compliqué, c’est d’avoir les autorisations et tourner sans gêner les gens qui vivent au-dessous de ces toits !
Charles, qu’est-ce qui te plait chez Lucas ?
C’est un OVNI ! Lucas, c’est un vrai auteur, il a un style, une sensibilité et ça c’est rare, donc important. Il donne sa patte, son style, son humour et c’est ce qui m’a plu dans ce scénario. Et puis, faire le premier film d’un réalisateur, c’est aussi ce que j’aime quand je te dis que j’aime prendre des risques.
Je n’ai jamais fait quelque chose, au théâtre ou au cinéma, pour l’argent ou pour la gloire. Je n’ai pas de plan de carrière, de ça je m’en fous. Pour moi, la réussite n’est pas dans l’argent, ça a toujours été la passion qui m’a guidé.

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Et sa passion en fait, je le lui ai déjà dit, un boulimique qui ne sait refuser les belles aventures. Il se partage aujourd’hui entre le Liberté et Chateauvallon en créant un trait d’union entre ces deux pôles culturels. Il vient de tourner « Trois jours et une vie » avec le réalisateur Nicolas Boukrieff, avec Sandrine Bonnaire et Philippe Torreton. Il va partir en tournée avec la pièce de Yasmina Reza « Art ». Il va mette en scène « Vivre sa vie » tiré du film de Godard, pour Avignon. Avignon où il sera aussi pour un projet européen. Et puis il a participé au dernier film d’Anne Fontaine « Marvin ou la belle éducation » avec Isabelle Huppert et au film d’Emmanuel Harmon « Exfiltrés » où il a retrouvé son beau voleur Swan Arlaud et enfin, il est en tournée-dédicaces avec son livre « Un homme sans identité » (Voir article rubrique « écriture »).
Quant à Lucas, quelque peu ébahi par tous ces projets de Charles, il nous avoue quand même avoir terminé deux scénarios qu’il cherche à monter. Il ne sait pas encore lequel prendra le pas sur l’autre.
A noter qu’il a tout de même écrit en 2006, un roman intitulé « Les lacets rouges ».
Quand deux générations font les beaux jours de l’art et de la culture !

Jacques Brachet