Archives pour la catégorie Cinéma

La Seyne – Casino Joa
Véronique JANNOT, marraine du festival «Femmes !»

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Elle était très attendue, Véronique Jannot, pour fêter le vingtième anniversaire du festival «Femmes !» dont elle est la marraine.
Mais ce n’était pas la comédienne célèbre grâce à nombre de séries à succès comme «Le jeune Fabre», «Pause café», ou «Joëlle Mazart» qui en fit une icône de plusieurs générations, mais la réalisatrice qui partit sac à dos pour le Népal, rencontrer des femmes admirables nommées «Dakinis» qui sont, comme le décrit le titre de son documentaire «Le féminin de la sagesse».
Pourquoi aller si loin découvrir ces femmes ?, Véronique s’en explique :

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«A 22 ans, j’ai été très malade et je n’ai pu m’en sortir qu’à travers la spiritualité. Je me suis alors rendu compte de tout l’espace qui me manquait. Avec mon métier, j’ai beaucoup voyagé mais lorsqu’on est comédienne, on est  chouchoutée, entourée et l’on ne voit pas tout ce qui se passe autour de nous, surtout dans de tels pays. Du coup, j’ai eu l’envie d’aller vers ce pays du bouddhisme, de rencontrer les femmes car si l’on parle beaucoup de ces sages masculins, il y a leur pendant féminin qu’on appelle les Dakinis.
Elles sont au service du peuple, ce sont de vrais maîtres féminins qui sont plus dans l’ombre des hommes mais qui font un travail remarquable avec patience, spiritualité, avec un amour infini. Le langage Dakini se palpe, découvre nos failles et les Dakinis aident les maîtres à leur propre révélation.
Grâce à elles, des milliers d’enfants ont pu être sauvés de toutes les exactions chinoises, ont pu apprendre à lire et écrire et surtout à être soignés.
Elles ont créé des associations qu’elles ont appelé « des graines d’avenir ». C’est pour cela qu’à mon tour, en revenant du Tibet, j’ai créé l’association qui porte ce nom et dans laquelle je m’investis. Il s’agit de parrainer des enfants pour les aider à grandir, à devenir des hommes et des femmes. J’en ai parrainé trois dont une est finalement devenue ma fille à 15 ans. Elle a 23 ans aujourd’hui. Ça a été le cadeau final de cette expérience».

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C’est en 2002 que le projet de ce documentaire lui est venu, qui n’a pas toujours été facile à réaliser, qui a mis du temps à se concrétiser jusqu’à voir le jour en 2009.
Le voyage non plus n’a pas toujours été facile mais Véronique dit aujourd’hui que c’est la plus belle aventure de sa vie.
Elle a pu entre autres rencontrer des femmes admirables comme la sœur du Dalaï Lama, qui a créé des écoles pour les enfants
«Aller vers ces femmes est quelque chose qui vous attrape au cœur, c’est une aventure que j’ai vécue de tout mon être, de toutes mes forces, avec un bonheur infini. Avec aussi beaucoup d’émotion, lorsqu’on voit comment les femmes ont été suppliciées, maltraitées par les chinois, emprisonnées. Sur ces 300 femmes enfermées, sept seulement ont survécu.
Mais l’âme tibétaine est d’un amour infini et elle perdure malgré tous les problèmes que continue à avoir ce peuple. J’ai rencontré des femmes magnifiques et je garde toujours des relations avec celles qui sont encore en vie.
C’est un beau voyage extérieur et intérieur qui perdurera toutes ma vie».

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Stéphanie Guillaume, adjointe à la santé de Six-Fours, Virginie Peyré, Valérie Hishfield, Béatrice Métayer, coordinatrice du réseau Capsein
et la marraine du festival, Véronique Jannot

Il est vrai que Véronique nous offre là un film fort en émotion, en nous faisant découvrir un peuple qui sourit tout le temps malgré tout ce qu’il a traversé et qu’il traverse et ces femmes de l’ombre méritaient largement qu’elles soient mises en lumière, reconnues et remerciées.
Le Casino Joa était plein à craquer et après le film, Véronique Jannot fut assaillie par un public ému, voulant en connaître encore plus.
Luc Patentreger, président du festival, a réussi une magnifique soirée d’ouverture et la marraine a été à la hauteur de ce festival qui rend honneur aux femmes et qui fêtait son vingtième anniversaire.
A noter, en fond de cette soirée, la très belles exposition de portraits de femmes, réalisée par Emilie Delamoriniere et l’ami Pascal Scatena, dont Virginie Peyré et Valérie Hishfield font partie.

Jacques Brachet


Six-Fours – Six N’étoiles
Émouvante clôture d’Octobre Rose

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Durant tout le mois consacré au cancer du sein, Six-Fours a été le phare de cet événement baptisé «Octobre Rose».
L’on ne compte plus le nombre de manifestations qui se sont déroulées, grâce à la collaboration, tout d’abord de la Mairie de Six-Fours, son maire, Jean-Sébastien Vialatte et son adjointe à la santé Nathalie Guillaume, qui ont porté le projet, entourés de nombreuses associations, de médecins, personnels de santé, de corps de métiers divers et variés, de sponsors et surtout du réseau CapSein dont la présidente est Christine Castello et la coordinatrice Béatrice Métayer.
Bref, une chaîne humaine s’est formée pour faire de ce mois, outre un éclairage sur ce cancer qui atteint encore tant de femmes, une fête de tous les jours pour montrer que celui-ci,  pris à temps est guérissable, mais aussi pour mettre en lumière ces femmes courageuses, qui luttent avec une admirable énergie pour en sortir victorieuses.
Ces femmes, magnifiques combattantes, ont été tout le mois omniprésentes, souriantes, et on ne peut que les admirer.
Ainsi, durant tout le mois, ont eu lieu de magnifiques rencontres, de joyeuses animations, l’un des moments les plus émouvants étant l’exposition de photos de ces femmes qui ont osé se montrer telles quelles, blessées dans leur chair, sans cheveux. Des photos réalisées avec beaucoup de pudeur et de force par Daniel Pelcat, qui a su les sublimer.
Et pour clôturer ce mois riche en émotions, jeudi soir tout ce petit monde devenu une famille, se retrouvait au Six N’Etoiles pour découvrir un film particulier : «Elles dansent»*, film documentaire d’Alexandre Messina, en sa présence.

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Noémie Dumas, directrice du Six N’étoiles, Nathalie Guillaume, Alexandre Messina et sa fille, Béatrice Métayer

Une belle histoire dont l’héroïne, une notaire qui s’est convertie à la danse, est Aude Michon, dite Aude M, qui a décidé d’aller danser dans les hôpitaux pour aider les malades en état de détresse, quelquefois en fin de vie, leur apportant un moment de grâce à travers la musique et la danse.
Souvent, le mot cancer est associé au mot mort. Et l’hôpital est souvent considéré comme un lieu de mort. Mais on se sort aussi bien d’un cancer que d’un hôpital et Aude voulait montrer que tant qu’il n’y a pas mort il y a vie et tant qu’il y a vie, il y a aussi espoir.
Et voici donc Alexandre Messina qui, armé d’une caméra et d’une équipe réduite, a suivi Aude de chambres en couloirs, dansant pour les malades mais aussi pour et avec le personnel qui a une vie difficile et qui a aussi besoin d’espoir et d’aide morale.
La voir danser avec les infirmiers, voir le regard d’un malade s’éclairer, serrer la main d’Aude, battre la mesure de la musique, sont des moments émouvants, irréels, magiques. Le personnel l’a surnommée la fée Clochette. Une fée Clochette lumineuse, souriante, sereine en apparence car elle aussi prend des décharges d’émotion et on la voit quelquefois au bord des larmes.
Moment magique encore lorsque toutes ces femmes en rémission, sous la houlette d’Aude, créent un ballet et l’on voit leur joie de se prolonger dans l’avenir, de faire des choses qu’elles n’auraient soupçonné de faire.
A la fin du film, un silence d’émotion s’est installé avant que n’éclatent les applaudissements à un réalisateur encore très ému, lui aussi.

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Alexandre Messina, Christine Castello, Nathalie Guillaume

«Ce projet a été très difficile à initier – nous avoue-t-il – car il s’agissait en premier de convaincre le directeur de l’hôpital Gustave Roussi, car il y avait fait d’entrer dans un hôpital avec une caméra, avoir l’acceptation des malades, du personnel et surtout, alors que pour tourner il faut une équipe importante, là nous n’étions que trois à tout faire. Ca a donc mis du temps à se concrétiser et puis il fallait s’adapter aux horaires et aux jours d’Aude.
Petit à petit tout s’est mis en place et l’on a tourné durant un an, de 2017 à 2019, juste avant le Covid.
Nous avons vécu des moments magiques, des moments d’émotion dont on ne sort pas indemne.
Au niveau éthique, avez-cous eu des doutes ?
Oui parce que, filmer des gens malades, ce n’est pas simple, on se sent souvent voyeur. On se demande ce qu’on peut filmer, ce qu’on peut montrer, jusqu’où on peut aller pour s’immiscer dans l’intimité des malades. Il fallait que nous soyons discrets et surtout ne brusquer personne. Quelquefois les portes se fermaient mais nous n’insistions pas, tout comme Aude qui n’insistait pas lorsqu’un malade ne voulait pas la voir. Quelquefois aussi, entendant la musique, certaines portes se rouvraient. Ça a ainsi donné des moments instinctifs, inattendus. Il fallait tout le temps être sur le qui-vive.

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En fait, qui est Aude ?
C’est une femme qui a toujours aimé la danse. Elle danse depuis l’âge de 3 ans. Puis elle s’est tournée vers le notariat avant de se rendre compte que là n’était pas son avenir. Puis elle est revenue à la danse et elle est aujourd’hui intermittente du spectacle. Mais elle aime à dire qu’entre être notaire et être danseuse comme elle l’entend, ça a des points communs : aider les gens, alléger leurs peines ou leurs problèmes. Elle a débuté comme bénévole dans les hôpitaux mais aujourd’hui elle commence à être très demandée.
C’est pour cela que j’ai voulu montrer son intimité à elle aussi, pour expliquer sa démarche».
La rencontre après le film a été tout aussi intéressante, animée par Nathalie Guillaume qui a expliqué comment a pu se monter ce mois, la mairie s’y étant totalement impliquée, aidée de nombreuses personnes qui étaient présentes dans la salle et à qui elle a donné la parole.
Il y eut encore là, des moments d’intense émotion  qui n’ont pu que rassurer Alexandre Messina sur le fait d’avoir pu réaliser ce film.
«Tout comme vous, j’ai vécu de grands moments de bonheur, même si, quelquefois, c’était difficile. Ce que vous avez fait est admirable et est dans le droit fil de ce pourquoi j’ai réalisé ce documentaire. J’espère qu’il pourra aider et faire du bien. En tout cas c’est mon but et mon espoir».

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Jacques Brachet
*Sortie sur les écrans le 7 novembre



Toulon – Pathé Liberté
Christian CARION : Lorsque «Mon garçon» devient «My son»

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Passionné par son métier qui l’emmène au bout du monde, Edmond (James McAvoy) en a oublié sa vie de famille. Sa femme, Joan (Claire Foy) l’a quitté et elle vit avec leur fils qu’il ne voit que très peu.
Jusqu’au jour où celui-ci est kidnappé dans un camp de vacances et tout à coup le père reprend le dessus, rentre dans les Highlands où vivent la mère, le fils et son nouveau compagnon.
Malgré  l’aide d’un policier (Gary Lewis), l’enquête n’avance pas, est quelque peu abandonnée et ne reste pour les parents que de se débrouiller seuls pour rechercher leur fils. Et Edmond va partir comme un fou à la recherche de ceux qui ont enlevé l’enfant. Il retrouve leur trace et commence alors une traque sanglante.
Ça vous dit quelque chose ? Evidemment, il y a une impression de déjà vu et pour cause, pour les cinéphiles qui ont vu un film dont le sujet est similaire. Il s’agit du film de Christian Carion, «Mon garçon» tourné en 2017 avec Guillaume Canet et Mélanie Laurent. En anglais, le film s’intitule «My son» et est signé… Christian Carion qui en a fait un remake anglo-saxon avec James McAvoy et Claire Foy !
Film tout aussi remarquable qui nous tient en haleine jusqu’à la dernière image, dans des paysages grandioses malgré la pluie et les nuages bas, un thriller qui vous glace et qui ne vous lâche pas, où l’on rentre de plain-pied, dès les premières images, dans un crescendo angoissant.
Christian Carion est venu au Pathé Liberté de Toulon présenter son film qui sort sur les écrans le 3 novembre. Les spectateurs sont restés sidérés, cloués sur leur fauteuil et nous avons eu la chance de nous entretenir avec lui durant plus d’une heure, installés dans une atmosphère ensoleillée et sereine de l’hôtel OKKO, dont nous avions besoin pour revenir à la vie !
Film superbement maîtrisé malgré son originalité, ce que nous raconte le réalisateur.

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Christian Carion, pour quoi faire un remake de votre film à l’étranger ?
Parce que l’histoire s’y prêtait et que je voulais qu’elle reste humaine. S’il avait été fait par les Américains, il y aurait eu des effets spéciaux, des scènes spectaculaires et je voulais que héros de l’histoire ne soit pas… un héros justement, qu’il reste un homme simple qui recherche son enfant  et qui est prêt à tous les dangers pour le retrouver, que chaque spectateur se retrouve en lui et comprenne la déchirure de cet homme qui ira jusqu’au bout, quitte à tuer et à se confronter aux pires dangers.
Est-ce que ce film est la copie du premier ?
Pas du tout, même si l’histoire est similaire. Déjà, en changent de pays et de comédiens, cela donne une autre couleur au film et j’y ai changé quelques paramètres. J’ai mis Claire plus en avant que l’était Mélanie. Les Highlands, c’est aussi une autre culture que la France. Le lieu est plus rude.
D’ailleurs, nous avons fait le casting des lieux avant de tourner le film, en juillet 2020 puis nous sommes revenus fin septembre. Je connaissais Grencove pour y avoir tourné des scènes de mon film «Joyeux Noël». Ken Loach, qui est coproducteur du film, qui connait bien la région, nous a beaucoup aidés.
L’originalité du film est qu’il a été tourné en un temps record et avec un comédien qui ne connaissait pas le scénario !
Oui, le film a été tourné en huit jours sans une pause, entre deux scènes, comme en état d’urgence. Et c’est vrai que James était le seul sur le plateau qui n’avait pas de scénario et ne savait pas ce qu’il allait se passer. On l’a laissé partir dans la nature après qu’il ait lu quatre pages que je lui ai données, qui décrivaient son personnage mais ne racontaenit pas l’histoire. Et encore, je le mettais quelquefois sur de fausses pistes ! Il était totalement vierge de toute l’histoire qu’il devait inventer à travers les événements qu’il rencontrait. Il devait totalement s’approprier le film. Et à chaque scène il découvrait un événement. C’était de l’impro totale.

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Avez-vous fait un casting pour choisir les comédiens ?
Non, il y a des années que j’ai rencontré James McAvoy et que j’avais envie de tourner avec lui. Claire Foy, j’avais été ébloui par son charisme et son talent dans la série «The crown» où elle jouait la reine Elizabeth. Il se trouve qu’elle venait de jouer «Macbeth» avec James. Elle a accepté tout de suite mais James ne l’a vue pour la première fois que sur la première scène où ils se retrouvent.
Quant à Gary Lewis, qui jouait le père de Billy Eliott, c’est un immense comédien irlandais.
Comment ont-ils réagi en sachant l’un l’autre que James n’avait pas de scénario ?
James le savait et avait accepté. Comme Claire mais pour elle c’était double peine car elle devait s’occuper de son rôle mais aussi prendre en charge James car elle ne savait jamais comment il allait réagir ! Il fallait qu’elle s’adapte et suive les méandres dans lesquels se jetait James. Et elle devait aussi, comme lui, se laisser aller dans l’émotion.
Comment avez-vous conçu ce mélange français et anglo-saxon ?
Il faut savoir que le thriller est plus important en Amérique qu’en France. Les américains n’ont pas la même façon de tourner. J’ai donc voulu créé un mariage anglo-saxon/français en prenant le meilleur de nos deux cultures et surtout en m’éloignant de ce que font les américains. Aux Etats-Unis, c’est plus démonstratif, plus spectaculaire, en France, c’est plus tourné vers l’humain. Je voulais que le spectateur ait un sentiment de proximité, d’authenticité avec les personnages.
J’ai aussi beaucoup joué sur le son car pour moi l’espace sonore est capital dans ce film pour créer l’ambiance, le mystère. L’ingénieur du son Ray Bennety a fait des, prouesses allant jusqu’à mettre des micros partout : sur les toits de maisons et de voitures pour entendre tomber la pluie, mettant aussi des micros dans le pantalon, les chaussettes de James, pour être au plus près de la réalité.
Je voulais poser la question au public : Jusqu’au iriez-vous pour sauver votre enfant ? Je ne voulais pas tout donner à voir, je voulais qu’il soit actif et faire ressortir son imaginaire. Je veux que ce qu’il imagine soit plus fort que ce qu’il voit.

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Est-ce que Guillaume Canet et Mélanie Laurent ont vu le film ?
Guillaume étant en tournage, il ne l’a pas vu. Mélanie était à la première à Paris et elle est très fan. Elle a tout compris. Elle ne m’en veut pas du tout d’avoir étoffé le rôle de Claire par rapport à elle et ça m’a fait plaisir car elle est à l’origine du film dans lequel elle joue. Et elle est une grande comédienne.
En voyant le film et en sachant comment il a été tourné, on ne peut pas ne pas penser à la façon de tourner de Claude Lelouch !
J’aime que vous me disiez ça car je suis un fan et un ami de Lelouch et il est toujours le premier à découvrir mes films dans sa salle aux productions 13. J’étais derrière lui et j’attendais. Il ne parlait pas et j’avais peur qu’il n’ait pas aimé. Et puis il s’est retourné et il m’a dit un seul mot : impressionnant ! J’étais sur un petit nuage.
Le film va donc sortir le 3 novembre… Et après ?
J’ai déjà tourné un film en Juillet avec Dany Boon et Line Renaud. Rassurez-vous, ce n’est pas un remake des Chtis !
C’est l’histoire d’une vieille dame malade qui va rentrer dans un ehpad. Elle quitte sa maison et sait qu’avec le taxi qu’elle a appelé, c’est son dernier voyage. Elle lui demande de passer dans tous les lieux de Paris où elle a des souvenirs. Le taxi bien sûr est ravi de l’aubaine de cette longue course. Ainsi va-t-elle lui raconter des morceaux de vie avec des flashbacks. Et entre eux va se créer une complicité et à son tour il racontera sa vie. C’est Alice Isaaz qui joue le rôle de Line jeune. Ça ne sortira pas avant l’année prochaine.

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Homme disert et volubile, passionné aussi, on écouterait parler Christian Carion des heures. Il a autant de talent d’orateur qu’il en a en tant que réalisateur.
Ce second opus est un film dont on ne sort pas indemne et nous incite à retourner très vite voir des films dans les salles obscures… C’est tellement mieux !

Jacques Brachet



Portraits de Femmes… Le festival fête ses vingt ans !

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1995 : le docteur Luc Patentreger, alors adjoint à la ville de la Seyne, a l’idée de créer un festival de cinéma. Qui ne verra pas le jour.
2001 : Il rencontre Loutcha Dassa qui a à son tour, l’idée de créer un festival de cinéma autour de la femme. Tous deux vont enfin réaliser leur rêve et nait « Portraits de femmes ».
2020 : A l’aube de du vingtième anniversaire du festival, Loutcha, après vingt ans de bons et loyaux service, quitte l’écran, on pas avec un Oscar mais avec… La légion d’honneur !
Et c’est alors Luc qui s’y colle !

«J’ai – me confie-t-il – accepté cette responsabilité parce que ça coïncide avec ma retraite et surtout parce que j’ai toujours eu la passion de la culture, des échanges, du cinéma.
Qui dit nouveau président, dit des changements. Lesquels sont ou seront les tiens ?
Tout d’abord je voudrais dire que Loucha a marqué de son empreinte ses vingt années de festival. Sa succession est un challenge mais je suis entouré des anciens de l’association qui sont restés et de quelques jeunes, compétents et passionnés de cinéma.
La thématique reste la même évidemment mais nous voulons faire évoluer le festival, amplifier sa notoriété afin que le festival devienne incontournable, reconnu nationalement. Nous voulons que ce festival de cinéma devienne «le» Festival de la Métrople.
Pour cela, nous allons utiliser les outils numériques et nous allons faire venir des professionnels du cinéma. Cette année, la marraine sera Véronique Jannot.

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Les premiers changements sont le titre du festival et son affiche !
C’est une année de transition et nous avons voulu élargir la thématique en l’intitulant «Femmes !» avec un point d’exclamation qui est important et signifie détermination, engagement pour le droit des femmes.
Loutcha allait de festivals en festivals pour trouver les films. Feras-tu pareil ?
Il faut d’abord que tu saches que ce n’est qu’en juillet que j’ai pris les rênes du festival, donc, grande difficulté de monter un festival en deux mois et demi !
Trop tard pour certaines subventions également, il a fallu faire vite, dans l’urgence, avec les moyens du bord et un festival réduit. J’ai dû créer une gouvernance horizontale en m’appuyant sur cinq cinéphiles qui courent les festivals et les manifestations cinématographiques. Par ailleurs, là encore Internet, les réseaux sociaux et les outils numériques seront d’une grande utilité.
L’an prochain nous aurons le temps de tout mettre en place et de faire éclater le festival. Déjà, Dakar, Agadir et Tunis sont demandeurs de ce festival. Nous ne savons pas encore de quelle manière, sous quelle forme mais il va donc voyager.
Il y aura six soirées spéciales.
– Il y le vernissage de l’exposition de photos «Objectif femmes» qui se tiendra du 2 au 28 novembre au Casino Joa. Ce sont des photographies d’Emilie Delamorinière et Pascal Scatena, qui viennent de recevoir le prix «Portraitistes de France 2021». Ce sont des portraits magnifiques en noir et blanc de femmes actives peu ou pas connues.
Le mardi 16 novembre à 19h au Six N’Etoiles de Six-Fours, aura lieu la soirée d’inauguration six-fournaise autour du film «Festen» de Thomas Winterberg. Y participeront Virginie Peyré, auteur du livre «La barque noire». Elle est chef maquilleuse à l’Opéra de Toulon et sur la série «Plus belle la vie», victime d’inceste ; les comédiennes Eva Darlan et Rebecca Hampton ; Richard Guedj, comédien et directeur d’acteurs sur «Plus belle la vie» ; Andréa Rawlins, journaliste et réalisatrice qui a réalisé un documentaire «Viol, elles se manifestent» ; Arnaud Gallais de la commission «Inceste» ; Stéphanie Guillaume, médecin et adjointe à la santé à Six-Fours ; Béatrice Métayer, coordinatrice du réseau Capsein ; la toulonnaise Valérie Hirshfield qui a été amputée d’une jambe et réalise des exploits sportifs. Une conférence-débat aura lieu après le film.
Lundi 22 novembre à 17h30 au Casino Joa, Véronique Jannot présentera «Daïkinis, le féminin de la sagesse», le documentaire qu’elle a réalisé au Népal et dans l’état indien du Sikkim.
Lundi 22 novembre à 19h, Casino Joa, coup de projecteur sur l’exposition de photographies, suivi du film «Nomadland» de Chloé Zaho.
Mercredi 24 novembre 20h30, spectacle de danses marocaines et mauritaniennes suivi du film de Michela Occhipinti «Le mariage de Verida»
Jeudi 25 novembre 20h, Espace Tisot à la Seyne, concert de jazz avec Gérard Morin et Virginie Teychené, suivi du palmarès, le prix du public puis de «Wild Rose» de Tom Harper. La séance sera suivie d’un cocktail.

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Après le mois «Octobre rose», mettant en lumière la femme et le cancer du sein, voici encore la femme à l’honneur avec ce festival à qui nous souhaitons un bel anniversaire et, comme on dit chez nous : Loungo mai !

Jacques Brachet
11 pays – 14 films, c’est ce que nous propose le festival, avec un tarif unique de 5€. Vous pouvez découvrir la programmation complète et réserver sur le site www.femmesfestival.fr


TOULON – Pathé Liberté : Gigi et Jeannot crèvent l’écran !

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Nous avions Bosso. Nous avions Pujol.  Nous avions Mado. Nous avions Zize…
Et puis nous avons Gigi !
Qu’ont-ils en commun ? En dehors du fait d’être comédiens, il ont l’accent que, comme le chante Mireille Matthieu, l’on prend du côté de Marseille, de Nice, d Toulon.
Et Ghislaine Lesept, alias Gigi la Toulonnaise, fait aujourd’hui partie de ces artistes qui se sont construits avec leur accent, sans gêne, sans honte, au contraire, avec force et talent, comme au bon vieux temps des Mayol, Raimu, Fernandel et bien d’autres.
Aujourd’hui, notre accent n’est plus considéré avec hauteur mais il ensoleille, non seulement notre région mais toutes les autres qui manquent sacrément de cet atout majeur.
Revenons donc à Gigi, qui est un feu d’artifice d’énergie, de rires, dont j’ai l’honneur et la joie d’être l’ami depuis ses premiers one woman shows jusqu’aux dernières pièces de théâtres qu’elle écrit et joue avec un certain Fabrice Schwingrouber… un «estranger du dehors» qui nous vient des Cévennes et qui, bien avant ce monstre étrange qu’est le Covid a fait «s’estransiner» de rire la France entière avec «Noces de rouille».
«Noces de rouille» est une pièce qui a aujourd’hui une suite «Noces de rouille 2» et une re-suite «Noces de rouille sauce thaï» que l’on découvrira ce week-end au Théâtre de la Porte d’Italie.
Et par-dessus tout ça, comme chantait un autre toulonnais Gilbert Bécaud, on vous donne en étrenne… un film !

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Et oui, Gigi et Jeannot ont franchi le pas, mis en commun leur talent, leur énergie… et leurs sous, pour nous concocter la version filmée. Ils y ont mis trois ans car faire un film est une tout autre aventure qu’une pièce de théâtre !
Après trois essais infructueux pour présenter ce film qui a été reculé trois fois toujours à cause du Covid, avec Yassine Ben-Chadli, directeur du Pathé Liberté, ils ont enfin conjuré le mauvais sort et jeudi 14 octobre, devant une salle pleine, nous avons été conviés à ces «Noces de rouille» qui n’ont pas engendré la mélancolie, loin de là !
On y retrouve cet inimitable duo mais cette fois, entouré d’excellents comédiens, dans un petit village provençal où tous se connaissent, boulangère, barman, fleuriste, institutrice, postière… Toutes ces petites gens qui font vivre un village, qui se connaissent, qui cachent des secrets de Polichinelle, qui s’aiment, se fâchent, se rabibochent…
Et au milieu, Gigi et Jeannot qui vont connaître une crise, Jeannot ayant fauté avec la boulangère, Gigi qui voit revenir son amour de jeunesse qui l’a quittée il y a 20 ans pour la fleuriste à qui il a fait un gosse… Bref, des histoires de tous les jours revues et corrigées par nos deux comédiens qui ont l’imagination débordante et l’art de faire vivre des gens de tous les jours, comme au bon vieux temps de Marcel Pagnol auquel on ne peut pas ne pas penser tant ils ont avec lui de points communs : l’art de filmer, avec des maladresses qu’on oublie très vite, une histoire qui a d’abord été écrite pour la scène mais qui, avec le génie du verbe, nous fait entrer de plain-pied dans l’histoire, les histoires, grâce aussi à de beaux comédiens qui sont venus prêter mainforte bénévolement, simplement pour le plaisir de participer à cette incroyable aventure.
Inutile de dire que le public fut enthousiaste, applaudit haut et fort et fit la queue pour se faire signer le livre tiré du film, les DVD du spectacle et du film.
Inutile aussi de préciser que nos deux auteurs-comédiens étaient heureux de voir se concrétiser avec succès ce qui leur a pris du temps, de l’argent, des frayeurs mais aussi une grande joie.

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«Tu sais – me dit-elle – au-delà de tout ça, nous avons vécu une aventure humaine magnifique. Nous étions, durant un mois, dans ce petit village à Sénas, comme dans une bulle. Le lieu était idyllique et tous les magasins dont nous avions besoin étaient autour du notre, spécialisé dans les olives dénoyautées mais… totalement faux, lui, puisque installé dans une ancienne boucherie que nous avons complètement décorée. Il faisait tellement vrai que des gens y entraient pour acheter nos olives !
Je ne te dis pas les crises de rires qui nous faisaient arrêter le tournage, au grand dam de Jacques Bigay, le réalisateur, qui s’inquiétait, car chaque arrêt était du temps perdu.
Les comédiens, comment ont-ils été choisis ? Car il y en a !
Ce sont tous des copains ou des relations mais tous comédiens professionnels*, qui, étonnés et par ce projet hors du commun, sont venus donner de leur temps sans rien demander. Nous étions tous dans le même bateau et je crois que, sans problème de cachet, il y a eu une ambiance amicale tout au long du tournage. Tout le monde était là pour le plaisir, il n’y avait aucun intérêt pécuniaire, donc on était tous soudé.
Passer du théâtre au cinéma, de deux sur scène à nombreux sur le tournage… Ça doit changer les donnes !
Evidemment puisque dans la pièce, on parle de tous ces personnages mais on ne les voit jamais. Là, tout à coup, ils prennent vie et l’on dialogue avec eux.
– Par ailleurs – intervient Fabrice – on n’a pas la même façon de jouer. S’adressant à un public, il faut porter la voix et lorsqu’il y a des rires, on doit arrêter quelques secondes. Au cinéma, il n’y a pas de public autour de nous et au départ ça n’est pas évident de jouer sans entendre les rires.
– Et puis – rajoute Ghislaine – Il n’y a pas la même façon de jouer, il y a des gros plans et il faut moduler sa voix car on ne doit pas la porter loin, sinon ça deviendrait vite caricatural.
Sans compter que faire un film a été un énorme défi, la schizophrénie n’était pas loin, on devait être à tous les postes, on était dans la réflexion permanente.
Nos métiers, c’est de raconter des histoires, les jouer et ça, on sait. Après, on entrait dans la résistance, dans l’inconnu mais en toute humilité. Et quand on voit notre travail aujourd’hui, malgré les imperfections, on se dit qu’on a réussi un petit miracle. C’est une nouvelle histoire à partager.

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Avec Yassine Ben-Chadli, directeur du Pathé Liberté

Jacques Brachet
*Parmi les comédiens : Catherine Sparte (Plus belle la vie, Sous le soleil, Caïn, Un balcon sur la mer, film de Nicole Garcia…) – Serge Guberne,  auteur de nombreux one man shows et pièces de théâtre – Anne-Marie Ponsot (Meurtre à la Ciotat, Demain nous appartient, La stagiaire, Plus belle la vie) – Edmonde Franchi (Gazon maudit – Lucie Aubrac – Camus) – Louise Bouriffe (one woman show) – Christiane Conil (Boudu – La promesse de l’aube – L’enquête corse…. avec de nombreux prix à la clé)…




Six-Fours – Six N’Etoiles
Christian PHILIBERT nous fait découvrir Germain NOUVEAU

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Ils furent trois mousquetaires : Rimbaud, Verlaine… et Germain Nouveau !
Né et mort à Pourrières dans le Var après une vie romanesque et mouvementée, Nouveau   est le plus méconnu des trois. Il faut dire qu’il était un poète fantasque qui refusait d’être édité, d’où, déjà, la cause de la méconnaissance de l’homme et de son œuvre, pourtant célébrée par les surréalistes Breton et Aragon.
C’était un personnage singulier et ambigu, se disant athée mais célébrant Dieu, vivant une histoire avec Rimbaud mais amoureux d’une certaine Valentine. Ambiguité également sur son œuvre car, les années passant et les recherches aidant, il y a des doutes sur l’œuvre de Rimbaud «Les illuminations» qui pourrait être en partie écrite par Germain Nouveau.
L’argent ne l’intéressant pas. Il voyagea dans le monde entier et vécut la fin de sa vie à Pourrières où il était revenu, vivant de mendicité jusqu’à sa mort. Il était devenu «Le poète vagabond»

DP DEF 12 (sortie oct 2021)

Des trois mousquetaires pourtant, c’est lui qui vécut le plus vieux (1851-1920)
Entouré d’ombres et de mystère, ce héros des mots a intrigué et fasciné le réalisateur Christian Philibert, qui, durant près de 30 ans ans, entre deux films, a continué ses recherches sur lui.
Il s’y est collé dès 1990, cherchant obsessionnellement, allant de bibliothèques en musées, rencontrant nombre de personnes susceptibles de le mettre sur des voies, jusqu’enfin à en tirer ce film remarquable aujourd’hui sur les écrans, réhabilitant cet immense poète pourtant méconnu.
Jacques Lovichi, poète et chercheur ayant écrit une thèse arguant que Nouveau avait collaboré aux «Illuminations», thèse rejetée, le philosophe Eddie Breuil, Jean-Philippe de Win et Pascale Vandegeerde éditeurs, Guillaume Zeller, co-auteur-éditeur des premiers cahiers Germain Nouveau et Cyril Lhermelier docteur ès littérature française  ont tous été rencontrés et filmés par Christian Philibert. Se sont rajoutés au film le comédien Philippe Chuyen qui a monté un spectacle autour de l’œuvre de Germain Nouveau et Jean-Louis Todisco qui a mis ses textes en musique, spectacle intitulé «Le mendiant magnifique».

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Habitué des lieux, je retrouvais l’ami Christian Philibert au Six N’Etoiles où il venait présenter son film, invité par Noémie Dumas.
«Christian, comment as-tu découvert Germain Nouveau qu’en fait peu de gens connaissent ?
Je l’ai découvert grâce à mon ami qui savait que je cherchais à faire un film sur un poète maudit. Il m’a parlé de lui, que ne connaissais pas plus que nombre de gens et lorsque j’ai lu ses poèmes magnifiques, que j’ai vu qu’il avait croisé Rimbaud, qu’il avait vécu près de chez moi, sans compter que je me retrouvais dans cette phrase qu’il a écrite : «Je ne suis qu’un rêveur. Et je n’ai qu’un désir : Dire ce que je rêve !»  Tout ça a fait que je me suis dit que ce serait lui… Il y a trente ans de ça !
Et puis, en parlant de lui avec ma grand-mère Denise, elle m’a dit qu’il y avait encore des gens qui l’avaient connu et de la famille, dans les environs. Avec mon collaborateur Patrick Barrat, nous avons commencé à assembler des documents, à rencontrer des gens…
Mais quelques mois après, nous partions dans l’aventure d’Epigoule et tout s’est enchaîné. Entre deux films, nous parcourions les musées, les bibliothèques, cherchions des gens qui pouvaient nous apporter leur aide.

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Philippe Chuyen et Jean-Louis Todisco – Christian Philibert et Noémie Dumas

Et quelques décennies après, le film est là. Quel a été le déclencheur ?
Ma curiosité de mieux approfondir la rencontre Nouveau-Rimbaud, qui me semblait un point important. Ont-ils été amants ? Rimbaud a-t-il profité de Nouveau ? Nouveau s’est-il contenté de mettre en forme les écrits de Rimbaud ? Beaucoup de questions se  posent encore. Et puis, ma rencontre – curieux hasard – avec le comédien Philippe Chuyen qui m’a dit qu’il montait un spectacle autour des poèmes de Germain Nouveau pour célébrer les cent ans de sa mort, «Le mendiant magnifique». Je me suis dit que c’était le moment, d’autant que la bibliothèque Méjanes d’Aix-en-Provence montait une grande exposition. Tout a pris du retard à cause du covid mais expo et film sont je crois, les deux temps forts de cette commémoration, même si c’est un an après ! Entretemps, hélas, Jacques Lovichi est mort en 2018.
Un tel film, carrément documentaire, est pour la plupart du temps plus monté pour la télé que le cinéma…
C’est vrai et au départ, c’était ainsi prévu : un 90’ pour la télé. Mais le temps passant, plus j’accumulais des images, des rencontres, des interviewes, plus je sentais que j’avais de quoi faire un long métrage, surtout lorsque, après avoir filmé le spectacle de Philippe Chuyen, je pouvais en incorporer des extraits. Il faut dire aussi que mes rapporta avec la télé sont un peu compliqués et j’ai toujours mieux su m’exprimer au cinéma, où je suis totalement maître de mon film.
Et en faire un film de fiction, y as-tu pensé ?
J’y ai pensé et j’y pense encore mais c’est déjà beaucoup plus onéreux, d’autant que ce serait un film d’époque, en costume. Donc plus compliqué.
C’est un film à présenter dans les écoles car si l’on parle de Verlaine et Rimbaud, Nouveau est totalement absent des programmes !
Tu as raison et c’est en projet que de le présenter dans les lycées. D’autant qu’en ce moment la poésie revient un peu avec le slam. J’ai l’impression qu’il y a un renouveau pour la poésie.
Il serait temps que Germain Nouveau ne soit pas seulement considéré comme un poète provençal, un poète varois mais un grand poète, un poète essentiel de la langue française.
C’est ce que j’espère en ayant fait ce film.»

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Jacques Lovichi

Jacques Brachet



Toulon – Pathé Liberté
Pascal ELBE, homme-orchestre mais conteur avant tout !

PASCAL ELBÉ

Antoine (Pascal Elbé), est professeur. C’est un homme assez solitaire, qui a l’air tout le temps «à l’ouest», qui se préoccupe peu de ses élèves, qui n’a que peu de rapports avec ses collègues, semblant vivre dans une bulle. Écoutant la musique à fond, laissant sonner son réveil, Claire, sa voisine (Sandrine Kiberlain), passe son temps à monter frapper à sa porte et gueuler après lui.
Il a toujours l’aire surpris de la réaction des gens, jusqu’au jour où il découvre qu’il est malentendant. Il se fera poser des prothèses qui le font basculer dans un autre monde de bruits et de fureur.
Du coup, sa façon d’appréhender la vie va changer, avec sa mère, Angèle (Marthe Villalonga), qui a la maladie d’Alzheimer, sa sœur Jeanne (Emmanuelle Devo) avec qui se chamaille souvent, Francis, son meilleur ami (François Berléand) et jusqu’à sa voisine et sa petite fille Violette (Manon Lemoine) muette depuis la mort de son papa.
Ses rapports avec les autres vont changer mais il devra vivre une autre vie, l’appréhender et se l’approprier. Il va pouvoir entendre les autres, s’entendre avec eux.
C’est une très jolie comédie romantique comme, jusqu’ici, seuls savaient le faire les Américains.
Pascal Elbé, qui l’a écrite, qui la met en scène et s’octroie l’un des rôles titres, a su le faire avec tact tendresse, émotion et rire mêlés et de plus, il sait de quoi il parle, étant lui-même un malentendant.

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Lors de son passage à Toulon, au bord de l’eau, sous le soleil (tout ce qu’il aime !), il nous fait ses confidences.
«Pascal, c’est votre première comédie romantique en tant que réalisateur…
C’est vrai mais j’avais envie de changer de registre et l’âge passant je voulais écrire et réaliser un film plus personnel
Ca ne peut être plus personnel puisque c’est un peu votre histoire… et c’est en quelque sorte un coming out !
(Il rit), ! Effectivement, c’est une chose que je n’ai pas crié sur les toits, même si ce n’est pas honteux. Mais je suis plutôt discret. Il se trouve que j’ai eu l’occasion de lire le livre de David Lodge «La vie en sourdine» et que j’y ai vu beaucoup de similitudes. Il met les mots sur ce que je vis et je ressens. Ce sont mes fils qui m’ont dit : «Tu cherches un scénario ? Tu en as un tout trouvé, il est sous ton nez!»
Un sourd, à l’inverse d’un aveugle, ça peut prêter à des situations risibles mais aussi à des situations de rejet, de non intégration, d’exclusion. Il y avait de quoi faire une histoire sans tomber dans le drame ou le pathos.

PASCAL ELBÉ 5

Comment fait-on un tel métier avec ce handicap ?
Je ne me suis pas laissé le choix. Comme pour tout le monde, il y a eu une phase de déni, d’incompréhension, et puis la chose acceptée, je me suis appareillé.
Vous avez un casting cinq étoiles !
C’est vrai et j’en suis heureux. Avec Sandrine Kiberlin, nous sommes amis depuis vingt ans et j’avais envie depuis longtemps de travailler avec elle. Tout comme Emmanuelle Bedos. C’est une magnifique comédienne. François Berléand, je ne le connaissais pas. J’aimais le comédien mais j’en cherchais un plus jeune. En fait, je me suis dit que ce n’était pas indispensable et je l’ai appelé. Il y a eu une complicité immédiate entre nous. Il sait tout jouer ce type ! La petite Manon, ce n’était pas mon premier choix et pourtant c’était une évidence. Jouer une petite fille muette, ce n’était pas facile mais elle a tout de suite choppé le truc. Je pense qu’on la retrouvera très vite. Marthe, je trouve qu’elle ressemble à ma grand-mère ! Elle ne voulait plus jouer mais j’ai su la convaincre. Elle joue avec finesse une femme qui a d’évidence la maladie d’Alzheimer mais qui sait en jouer quelquefois…
J’ai envie de travailler avec des personnes sensibles et d’avoir en moi cette petite musique.
J’ai envie de travailler avec des gens que j’admire et que j’aime. Former une famille autour de moi.
C’est un film qui parle de la solitude, de l’incompréhension…
C’est surtout un film qui parle de nous tous, de ces passages de vie qu’on traverse, de situations qu’on a tous eue ou qu’on peut vivre, auxquelles on a pu être confrontés. Ça parle aussi du rapport à soi-même, à sa façon d’apprendre à s’estimer, à se respecter.
Moi-même, j’ai beaucoup appris de moi, j’ai pu et je peux apprécier le silence, j’ai appris à être attentif au regard des autres.
L’aide auditive peut être très agressive. Certains ont renoncé. Tout est amplifié, même tous les bruits alentours qui sont autant d’agressions .On a du mal à s’adapter.  Il faut persister, se laisser le temps. J’ai dû mettre quelque trois mois à m’adapter.
Etre scénariste, réalisateur, comédien… Vous accumulez les difficultés !
C’est vrai qu’il y a quelques difficultés à se filmer soi-même ! Ça rend un peu schizophrène !
Mais il faut faire la part des choses : réaliser en ne pensant qu’aux comédiens, jouer sans penser à la caméra. Mais après des années de métier, c’est un pur plaisir et à chaque fois un petit miracle !
A chaque séquence tournée, je retrouvais ma place de comédien ou de réalisateur sans problème.

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Vous accumulez aussi les handicaps: un sourd, une muette, une malade d’Alzheimer !!!
C’est vrai que je charge la mule !!! Mais ce sont trois mondes de solitude où chacun est enfermé dans une bulle. Il y a beaucoup de similitudes. Mais ça crée aussi des situations où chacun se fait comprendre autrement. Entre la gamine et le type, il y a le regard, le sourire. Avec la mère, il y a cette façon de crier, de ne pas reconnaître sa maladie et de faire comprendre aux autres leur importance. Et puis, chacun aussi profite de son handicap. Antoine il n’entend que ce qu’il veut entendre et peut ainsi profiter du silence. Violette ne parle que lorsqu’elle en a trouvé la nécessité. Angèle peut se permettre de dire des choses qu’elle pense sans que ça prête à conséquence. Chacun se joue de son handicap.
Pourquoi le héros est professeur, alors que vous êtes acteur ?
Au départ ce devait être un acteur mais je le trouvais trop égocentrique. Ça pouvait devenir trop biographique. J’ai choisi un professeur car avec lui, on parle de transmission. Et j’avais envie de travailler avec des enfants
Scénariste, comédien, réalisateur… Que préférez-vous ?
C’est toujours l’histoire qui prime et, scénariste ou acteur, mon métier c’est de raconter des histoires. En fait, je suis conteur. Ecrire, faire un film, c’est une histoire à partager. Je suis en réflexion permanente et je le fais en toute humilité car un film est une aventure qui peut être ratée. Etre réalisateur, c’est entrer en résistance, ce n’est pas un travail innocent.
Aujourd’hui, j’ai des années de métier, ce qui m’a rendu confiant pour la suite. Jouer est un pur plaisir. Avant je ne savais pas, j’étais inquiet. Aujourd’hui je sais.
Lorsqu’on est à tous les postes, est-ce qu’il n’y a pas le risque de ne plus avoir de proposition ?
Ça ne m’est pas arrivé mais si c’est le cas, dommage pour ceux qui ne font pas appel à moi. Mes portes sont ouvertes, entre qui veut. Celui qui ne veut pas… Tant pis pour lui !

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Propos recueillis par Jacques Brachet
Photocréations.fr




Six-Fours – Six N’Etoiles
Clovis CORNILLAC revient à la maison!

FILM SI ON CHANTAIT

Clovis Cornillac est devenu un habitué du Six N’Etoiles. Il y est d’autant plus chez lui qu’une des salles porte son nom, face à celle de Claude Lelouch !
Et chaque fois qu’il le peut, il y revient pour présenter un film.
Et le voilà, entraînant le réalisateur Fabrice Maruca que j’ai plaisir à retrouver, lui aussi, après une rencontre au Festival de la Rochelle où il présentait sa série iconoclaste et drôle «La minute vieille».
Il signe aujourd’hui son premier long métrage «Si on chantait»* dont l’un des personnages principaux est Clovis, entouré d’Alice Pol, Artus, Jeremy Lopez et Chantal Neuwirth.
On pourrait dire que c’est un film musical puisqu’il est émaillé de chansons des années 70/80 où se mêlent Julien Clerc bien sûr, qui a donné l’autorisation pour être la chanson générique du film éponyme et aussi une version chorale de nos cinq artistes, mais on y retrouve aussi Aznavour, Dassin, Pagny, Gainsbourg, Montagné, Fugain et même K Maro !
Tout démarre dans une usine en grève où quelques grévistes ont monté une petite chorale pour protester contre sa fermeture.

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Mais l’usine fermera et quatre d’entre eux (Clovis Cornillac alias Jean-Claude, Alice Pol alias Sophie, Artus alias José, Franck, alias Jérémy Lopez)  vont se retrouver à galérer pour retrouver un boulot. Jusqu’au jour où Franck, fan de chanson française, a l’idée de monter une entreprise de chansons à domicile. Le but : aller chez des particuliers chanter une chanson choisie par un ami, un intime, pour son mariage, son anniversaire ou tout autre événement. Ils vont encore pas mal galérer mais, aidés par une énergique mamie qui loge Sophie (Chantal Neuwirth) tous les cinq vont faire de cette petite entreprise, un malheur devant des milliers de spectateurs à la mi-temps d’un match de foot dans le stade de Valenciennes.
Nos cinq pieds nickelés sont à la fois drôles et attendrissants, Clovis Cornillac avec son aspect coincé de cadre moyen, barbiche, mèche tombant sur ses petites lunettes, Sophie Pol amoureuse transie d’un mec marié que se fiche d’elle, Jérémy Lopez (de la Comédie Française s’il vous plaît !) lui aussi amoureux transi de Sophie qui n’ose se déclarer, Artus, qui veut à tout prix chanter mais qui chante comme une casserole et Chantal Neuwirth,  la mamie débrouillarde qui va leur faire connaître les réseaux sociaux et qui nous offrira une interprétation de «Femme like U» de K Maro, irrésistible.
C’est un film à la fois drôle et tendre, nostalgique aussi car toutes ces chansons nous rappellent des souvenirs et l’on a envie de les chanter avec eux.
Fabrice Maruca signe là son premier long métrage après nombre de courts, de pubs, de séries comme «La minute vieille» et de scénarios pour «Un gars, une fille», «Samantha oups !» et bien d’autres.
Belles retrouvailles donc au Six N’Etoiles pour parler de ce film inclassable et qui donne la pêche.

FILM SI ON CHANTAIT FILM SI ON CHANTAIT

«Fabrice, d’où t’es venue cette idée originale ?
Plus jeune, dans ma commune de Quievrechain…
– Ah – le coupe aussitôt Clovis en riant – il va encore nous parler de Quievrechain ! Il ne peut pas faire une phrase sans glisser son nom. C’est une obsession !
– Bon, je reprends si tu veux bien. Donc… à Quievrechain, j’écoutais une émission de radio où les auditeurs dédicaçaient une chanson à une personne de leur choix. J’aimais beaucoup cette émission. D’un autre côté, je viens d’un milieu ouvrier et j’ai eu envie de parler de tout ça en m’inspirant de cette idée américaine d’apporter une chanson à domicile.
Le choix des chansons…
J’ai toujours aimé la variété française, le spectre est assez large puisqu’il survole les années 70/80 et même un peu plus. Et j’ai essayé de les adapter aux situations des films lorsque c’était possible. Au départ, la chanson générique était «Vous les copains» de Sheila mais je trouvais que le «Et doo wha didi…» ne s’adaptait pas au moment où tous les cinq chantent dans le stade.
Et il a préféré les «La la la la» de Julien Clarc et c’est vrai que ça s’adapte mieux à la situation et ça entraîne les gens à chanter.
Julien Clerc était d’accord ?
Oui, évidemment, il a fallu l’autorisation pour toutes les chansons qu’il y a dans le film. Et à part ceux qui sont décédés, tous ont dû donner leur accord.
Clovis, comment es-tu venu sur ce film ?
C’est une rencontre avec un producteur avec qui je travaillais, qui m’a parlé de cette histoire. Je ne connaissais pas Fabrice mais il se trouve que nous avions beaucoup de gens en commun. J’ai donc lu le scénario et je lui ai trouvé une force d’évidence, beaucoup d’originalité mais aussi une honnêteté, une sincérité et j’ai trouvé en Fabrice un vrai désir de cinéma. Il y a quelque chose de vrai dans cette histoire. C’est drôle mais ce n’est jamais du second degré. Je me suis dit : si ce film c’est ça, ce que je lis, ce sera chouette. Et c’est une belle réussite.

5 FILM SI ON CHANTAIT

Fabrice, content de ton acteur ?
De «mes» acteurs ! Quant à Clovis, il donne beaucoup de choses de lui. D’ailleurs beaucoup de choses qu’il a donné n’étaient pas prévues…
– C’est ça notre boulot – ajoute Clovis – Qu’on y apporte notre personnalité, nos idées mais qu’en même temps le réalisateur arrive à nous mener dans ce qu’il voulait.
Alors, en fait, qui chante ?
Tous chantent. Je n’avais pas besoin de chanteurs professionnels puisque dans le film, ce sont tous des amateurs. Je voulais simplement qu’ils chantent juste, ils ont été coachés, et à l’opposé, Artus a pris des cours… pour chanter faux !
Mais toutes les chansons ont été enregistrées en studio pour qu’il n’y ait pas de problème durant le tournage.
Le reste du casting s’est fait comment ?
Seuls Jérémy et Artus l’ont passé. Jérémy, c’est son premier rôle au cinéma. Il fait une merveilleuse carrière à la Comédie Française et je voulais être sûr qu’il puisse s’immiscer dans ce rôle qui est à la fois une comédie sentimentale et musicale. Je connaissais Artus par ses one man shows et je voulais savoir ce qu’il donnerait avec des partenaires.
Comment as-tu rempli l’immense stade de Valenciennes ?
(Il rit). Avec… 120 spectateurs !!! Le reste c’est du trucage. Je me faisais un peu de soucis mais lorsque j’ai visionné les rushes, j’ai trouvé ça complètement bluffant !
De toute façon, avec le Covid, je n’aurais pas pu l’avoir plein.

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Vous êtes partie sur une longue tournée avant-premières. Quelle est la réaction des gens ?
Clovis : C’est une tournée très gaie et découvrir l’enthousiasme du public est un grand plaisir.
Fabrice : Et pour moi, c’est à la fois une joie et un soulagement. C’est mon premier long métrage et en plus, ce n’est pas un sujet banal. Donc aujourd’hui je suis rassuré.
Clovis : J’ai été très étonné de voir que le public, jeune ou vieux, réagisse à ces chansons qui, pour certains, ne sont pas des chansons de leur époque. Il y a un vrai engouement pour ces chansons qui commencent à dater mais qui sont toutes dans les souvenirs des gens… et des plus jeunes qui les écoutaient avec leurs parents, je vois que chez moi, mes filles qui ont une vingtaine d’années et mon fils qui a cinq ans, adorent danser sur ces musiques… Ce qu’ils ne peuvent pas faire avec le rap.
C’est un film intergénérationnel car ces chansons traversent les époques.
Clovis, quel effet ça fait de revenir dans une salle qui porte ton nom ?
C’est top ! Et c’est aussi très touchant de voir qu’à côté des multiplex il y a des gens qui aiment le cinéma et qui, avec passion et énergie, le défendent dans de petites villes et des salles qui sont à échelle humaine.
Je me souviens, lorsque j’étais jeune, d’adorer aller dans les cinémas de quartiers. C’est dans celles-ci que j’ai découvert le ciné des années 70. Et c’est grâce à des gens comme Noémie Dumas, qui gère ce cinéma, que l’on garde le plaisir de découvrir des films, que ce soient des blog busters ou des films intimistes. Il faut beaucoup d’énergie et d’investissement et j’admire beaucoup ces gens.
J’ai une maison pas loin d’ici et j’y reviendrai à chaque fois qu’on me le demandera».

FILM SI ON CHANTAIT

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photocréations.fr
* Date de sortie : 3 novembre




Carqueiranne – Auditorium Clairval
Tom LEEB : «Je vais où le vent me pousse»

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Il est beau comme un dieu, regard bleu-vert sous la casquette, sourire carnassier et en plus… Il ne se la pête pas !
Il n’y a pas plus gentil, simple et souriant.
Humoriste, chanteur, comédien, à l’instar des américains, avec qui il a partagé quelques années, Tom Leeb sait tout faire. Et tout bien faire.
Pas encore très connu comme chanteur, il crève les écrans, petits et grands car on l’y voit partout. Trois films entre 2020 et 2021, idem pour la télé. Beau parcours d’artiste dont il va me parler après plus d’une heure de répet’ pour le concert qu’il donne ce soir-là dans ce bel amphi en plein air de Carqueiranne avec des oliviers pour décor. Si nous n’avions pas été attaqués par les moustiques, c’eut été idyllique. !

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Tom & Kevin – Avec Camille Lou dans « Pourris Gâtés » –
Avec Claire Keim dans Infidèle » – Avec Alice Pol dans C’est la vie »

Tom, tu es sur tous les fronts. Par quoi tout a commencé ?
En fait, tout a commencé en même temps. J’ai commencé à suivre des cours de théâtre aux Etats-Unis, puis j’ai trouvé une guitare chez moi, j’ai commencé à jouer et à composer des chansons, puis j’ai rencontré Kevin Levy avec qui on a commencé à écrire des textes humoristiques. Et on a créé un duo. Tout est arrivé en même temps, en 2013.
C’est ton père, Michel Leeb, qui t’as mis le pied à l’étrier, puisque tu as joué à ses côtés dans «Madame Doubtfire» ?
Oh, là j’avais 12 ans mais à l’époque j’étais attiré par le tennis où je me débrouillais bien et j’aurais pu en faire une carrière si je n’avais alors pas été centré sur moi : je faisais des trucs sur le terrain uniquement pour qu’on me regarde ! Ça n’a pas duré !
Alors ?
Alors j’ai laissé tomber et en 2014 j’ai été engagé dans la seconde mouture de la série «Sous le soleil.»
Il y a eu aussi «Section de recherches»…
Non, là je n’avais pas de rôle récurrent, j’y suis venu en guest pour un épisode.
Passant d’un art à l’autre, n’as-tu pas eu peur de t’éparpiller ?
Je crois que ça c’est très français, même si aujourd’hui ça s’estompe un peu. Des comédiens chantent, des chanteurs viennent au cinéma. J’avoue que je me suis même pas posé la question. Lorsqu’on me propose quelque chose que j’ai envie de faire, je ne me vois pas refuser sous prétexte que je suis chanteur ou comédien. Je vais où le vent me pousse.
Ton duo «Kevin et Tom» a bien marché ?
Oui, avec Kevin on a traversé la France et la Belgique. Ca fait six ans que ça tourne et c’est le Covid qui a tout freiné. On était en pleine tournée. Avec lui tout est arrivé par hasard. On rigolait bien ensemble, on se renvoyait la balle et on a commencé à écrire des sketches. Ça a marché. Avec l’arrêt, chacun est parti dans une autre direction mais ça ne veut pas dire que c’est terminé. On se retrouvera !

7 EUROVISION 2020 - SOIRÉE À LA Tour Eiffel

Et puis il y a eu le concours Eurovision… qui n’a pas eu lieu en 2020.Comment l’as-tu vécu ?
Pas si mal que ça. D’abord parce que j’étais surpris qu’on fasse appel à moi pour un tel concours alors qu’il y a tant de chanteurs qui ont envie de le faire et que ça ne faisait vraiment pas partie de mes objectifs. Et puis parce que ça a été annoncé en janvier et qu’en mars tout était annulé. Je n’ai donc pas eu grand-chose à faire sinon à présenter la chanson, «Mon alliée», ce qui m’a un peu exposé. Donc ça ne m’a pas vraiment contrarié. D’ailleurs, on m’a proposé de me représenter en 2021 et j’ai refusé. Je suis très fataliste, je me suis dit que si ça n’avait pas marché la première fois c’est que je ne devais pas le faire.
A propos du Covid, comment l’as-tu vécu ?
Du mieux possible. Je n’ai pas voulu broyer du noir et durant le confinement, j’ai eu une période très créative. J’ai écrit pas mal de chansons que je trouvais de moins en moins mauvaises et j’ai eu la chance que le label Roy Music me tende la main. J’ai enregistré, je suis sur des plateformes et je fais des concerts. J’aime la solitude donc tout s’est bien passé.
Tu chantes en anglais. Pourquoi ?
On me pose souvent la question. Ca me vient naturellement et ça fonctionne comme ça pour moi.
Et puis, en dehors de la musique,   j’ai eu la chance que, hors confinement, les tournages aient pu continuer.
A ce propos, depuis «Edmond», tu n’as pas arrêté, au cinéma comme à la télévision !
J’ai eu cette chance puisque, au cinéma, j’ai tourné «C’est la vie» de Julien Rombaldi et «Pourris gâtés» de Nicolas Cuche, avec Gérard Jugnot et Camille Lou qui sortira à la rentrée.
Et que j’ai eu la joie de voir !
Oh la chance ! Tu sais que je ne l’ai pas encore vu ! Alors qu’en as-tu pensé ? Excuse-moi, c’est moi qui fais l’interview !
J’ai beaucoup ri et ton rôle de Colombien avec l’accent est irrésistible. Tu crèves l’écran !
Merci, ça me fait très plaisir. Nous avons tourné un peu à Monaco, beaucoup à Marseille, on s’est beaucoup marrés, Jugnot est sympa et Camille Lou, en plus d’être belle, est d’une gentillesse  extrême.
Par ailleurs, e viens de tourner dans le film de et avec Dany Boon «8, rue de l’Humanité» pour Netflix, avec Laurence Arné, Yvan Attal, François Daemiens, Alison Wheeler.
A la télé, il y a eu deux séries.
Oui l’an dernier : «Infidèle» avec Claire Keim, Jonathan Zaccaï et Chloé Jouannet  et «Plan B» avec Julie de Bona pour TF1. Et là j’enchaîne en parallèle avec «L’amour (presque) parfait», une comédie romantique avec Maud Baeker, Antoine Dulery, Isabelle Vitalli, François Vincentelli, Evelyne Bouix pour France 2, et pour TF1-Netflix je tourne «Les combattantes», une épopée historique tournée dans les Vosges et en baie de Somme avec une belle distribution*
Comment arrives-tu à tout faire ?
(Il rit), il faut beaucoup d’organisation, j’ai un planning très serré et… Je m’en sors !»

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Le soir-même, tenue décontractée, casquette vissée sur la tête, savates aux pieds, en compagnie de son acolyte guitariste Romain, dit «Poc», tout aussi décontracté, en short, il nous offrit une concert tout en anglais de sa belle voix un peu rocailleuse, mi-jazzy, mi-bluesy, mi-country avec des riffs de guitare de folie, en totale complicité tant avec son excellent guitariste qu’avec le public, discutant avec l’un, avec les autres (C’est l’humoriste qui ressort !). On sent, et il l’avoue, l’influence de John Mayal ou de Chris Isaak qui sont ses idoles et dont il reprend une de leurs chansons entre deux de ses compositions.
C’est un concert intimiste qui s’accorde avec ce lieu magique et avant de partir, il revient seul avec un piano voix qui a fait se lever le public.
Inutile de préciser qu’après le concert, nombre de jeunes filles… et quelques mamans, ont voulu un selfie avec lui qui s’est prêté au jeu avec ce sourire qui en a fait se pâmer plus d’une !

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« Plan B ». (Photo François Lefebvre)

Jacques Brachet
Photos Carqueiranne Patrick Carpentier
* «Les combattantes» avec Audray Fleurot, Julie de Bona, Camille Lou (les trois héroïnes du «Bazar de la charité», Sofia Essaïdi, Sandrine Bonnaire, Laurent Gerra, Tcheky Kario, Tom Leeb…..


Six-Fours – Gérard JUGNOT : retour au Six N’étoiles

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En 2017, Gérard Jugnot nous avait fait le plaisir de venir présenter «La vie est belle» avec son ami Bernard Lecoq, au Six N’étoiles de Six-Fours.
Quelle surprise alors de retrouver ce duo complice dans le même lieu !
Mais cette fois, Bernard Lecoq n’est là qu’en tant que voisin et ami pour venir saluer son «pote» et découvrir, comme nous, le film de Nicolas Cuche «Pourris, gâtés», Nicolas qui est également présent pour présenter ce film qui a mis longtemps pour sortir, à cause, comme beaucoup d’autres films, de ce maudit Covid.

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Mais nous sommes des spectateurs chanceux puisque, le film ne sortira qu’à la rentrée et que nous en sommes les premiers spectateurs !
Francis Barteck (Gérard Jugnot) est un homme d’affaire qui a plus que réussi dans les affaires. Veuf, il a tant bien que mal – et plutôt mal, élevé ses trois enfants : Sheila (Camille Lou), imbuvable, prétentieuse, dépensière, Philippe (Artus) dépensant des fortunes en voitures et projets foireux, Alexandre (Louka Meliava) passant son temps dans le lit en bonne compagnie. Tout ce beau monde vit dans une demeure incroyable à Monaco, dépensant la fortune de papa à tour de bras.
Fatigué, déçu, le père décide, avec l’aide de son ami (François Morel) de leur donner une leçon : il leur fait croire qu’il est ruiné à cause de malversations, qu’il est recherché par la police et qu’ils doivent fuir à Marseille où Le père a gardé la maison de son enfance qui est dans un piètre état. Ils devront vivre dans une semi-ruine et surtout… travailler, un mot qu’ils découvrent à leur dépends.
Nicolas Cuche réalise là un film drôle et émouvant à la fois, énergique, truffé de scènes hilarantes, d’un dialogue percutant. Un film mené à cent à l’heure avec des comédiens formidables. Hormis les trois cités, Tom Leeb (le fils de..) est incroyable en mec haut en couleur, sans un sou, qui se la joue grand seigneur avec un accent à couper au couteau et essaie d’épouser Sheila.
Malgré une tournée-promo que Jugnot et Cuche font à cent à l’heure, avant de se retrouver le même soir à Toulon et à la Valette, nos deux complices nous ont offert un court moment pour parler de ce film.

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«Ce fait presque deux ans que nous sommes sur ce film – nous confie le réalisateur – et nous sommes heureux de pouvoir enfin le présenter. Il devrait sortir en septembre… en principe, si certains événements ne viennent pas encore perturber la sortie. Le film a été tourné à Monaco et à Marseille, deux lieux et ambiance diamétralement opposés, que l’on comprend en découvrant le film.
Gérard, heureux de vous retrouver au milieu de cette nouvelle génération de comédiens ?
Je suis un peu leur papa de cinéma, j’aime jouer avec ces jeunes acteurs qui ont un talent fou et j’ose espérer qu’ils ont aimé jouer avec ce «vieux» comédien que je suis. Et puis, après avoir joué les fils, je joue les pères et j’ai aujourd’hui l’âge de jouer les grands-pères. C’est avec plaisir que je le fais, surtout lorsqu’on me propose de tels rôles.
Justement, Nicolas, comment avez-vous choisi ces comédiens ?
Je dois dire que lorsque j’écris un scénario, je ne pense au départ à personne. Là, lorsque l’histoire a été écrite, j’ai aussitôt pensé à Gérard Jugnot. Je ne le connaissais pas et lorsqu’il a dit oui j’ai été à la fois heureux et stressé. Mais le stress est très vite passé tant il est bienveillant, attentif aux autres sur un plateau. Il a même eu l’élégance de me donner un coup de main. Sans compter qu’on s’est trouvé beaucoup de choses en commun comme le fait de traiter avec un certain humour et de recul des sujets graves.

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C’est toujours comme ça, Gérard ?
Vous savez, lorsque je suis invité chez des amis, j’aime aider, participer à la cuisine. Au cinéma c’est pareil. J’aime aider, transmettre et de plus, ce film parle aussi de la transmission. On donne, on reçoit. C’est ce que j’aime dans la vie et c’est un peu le sujet du film. Il y a aussi le fait que ce film peut toucher beaucoup de gens car on est toujours le pourri-gâté de quelqu’un.
Nicolas, on retrouve au générique Camille Lou que vous aviez fait tourner dans la série «Les bracelets rouges»
Oui, c’était son premier film et elle m’avait très vite emballée. J’avais envie de faire un bout de parcours avec elle. Mais tous sont formidables. C’est un vrai cadeau de tourner avec une telle équipe.
Aujourd’hui, vous retrouvez le public. Quel effet cela vous fait ?
Nicolas : C’est un ressenti à la fois émouvant et stressant car il nous a tellement manqué ! Nous avons eu la chance de pouvoir malgré tout travaillé. Ce film fait j’étais sur un autre film. Mais retrouver une salle pleine est une grande joie. C’est d’autant plus émouvant que ce soir c’est notre premier public.
Gérard : Voir revenir le public vers nous, qui ne nous a pas oubliés et leretrouver devant nous est, c’est vrai, un grand plaisir. Entendre des rires dans une salle pleine, ça nous a vraiment manqué».

Ces comédiens formidables donc, en dehors de Jugnot qu’on ne présente plus, sont tous des débutants ou presque.
Camille Lou , après avoir été chanteuse (Elle a entre autres sorti un CD hommage à… Sheila, dont elle porte le prénom dans le film !) elle a également enregistré un très beau duo avec Garou «La belle et la bête» du film de Disney et surtout elle fut magistrale dans la série «Le bazar de la charité». Elle fut aussi au générique du film hilarant de Tarek Boudali «Epouse-moi mon pote».
Artus est connu comme humoriste dans ses one man shows, et on l’a vu dans beaucoup d’émissions de télé avec Ruquier et Arthur entre autres.
Louka Meliava est peut-être le moins connu même si on a pu le voir dans «Camping 3» de Fabien Oteniente, «Respire» de Mélanie Laurent et à la télé dans «Les petits meurtres d’Agatha Christie» et «Infidèle»

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Nos comédiens avec Fabiola Casagrande, Adjointe à la Culture, venue saluer les artistes

Tom Leeb, comme Camille Lou, est chanteur et comédien. Débutant dans des séries comme «Sous le soleil» et «Section de recherches», il fut sélectionné pour l’Eurovision 2020 avec la chanson «Mon allié», concours hélas annulé. Au théâtre, il était le fils de son père dans «Madame Doubtfire et il était du générique du film «Edmond» d’Alexis Michalik.
Tout ce jeune petit monde joue tambour battant autour du vétéran et si l’on prend un plaisir extrême à découvrir ce film, on sent également la plaisir et la connivence qu’ils ont eus à jouer ensemble.
Merci au Six N’Etoiles de nous avoir offert ce moment de cinéma qui nous manquait tant.

jacques Brachet