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Toulon – Le Liberté
Quand Philippe BERLING & Ivan DMITRIEFF
prennent un coup de lune !

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Chateauvallon s’endort un soir de presque hiver. sauf tout là haut dans ce petit théâtre de poche au milieu des bois où une lumière veille. On y entre et l’on découvre un étrange décor : un rhinocéros qui semble assoupi, un gong chinois duquel descend une échelle de Jacob en allumettes, un téléphone-araignée, un mini piano de bois, une grosse boule polie, une dame-jeanne, une bougie dans une bouteille…
Ces objets hétéroclites constituent le décor d’un spectacle qui sera créé du 12 au 14 décembre au Liberté de Toulon.
Création tirée d’un texte en prose intitulé « Le promontoire du songe », signé Victor Hugo, écrit en 1863 mais seulement édité bien, après sa mort, en 1937 par l’Imprimerie Nationale. C’est dire si le texte est peu ou prou connu.
Mais c’est un Toulonnais, poète et comédien, Ivan Dmitrieff, qui le découvre et propose à Philippe Berling, qu’il a connu alors que celui-ci était codirecteur du Liberté avec Charles, son frère, de l’adapter.
Aujourd’hui, Philippe s’est installé en Bourgogne, a créé sa compagnie « La Structure », Ivan, lui, est toujours à Toulon avec sa compagnie « Jubilation » et tous deux vont s’entretenir et voyager d’une région à l’autre pour adapter, monter, mettre en scène cet essai, qui sera interprété par Ivan.
Les répétitions et la captation du spectacle se faisant à Chateauvallon, c’est en ce lieu que je retrouve mes deux amis.

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« Dès qu’Ivan m’a fait passer ce texte en prose que je ne connaissais pas – me confie Philippe – j’ai tout de suite eu envie de l’adapter. Il est donc venu me rejoindre en Bourgogne et envisagé de le jouer au Liberté et dans tous les lieux qui voudront de nous.
Quel en est le contenu ?
Victor Hugo était ami avec un certain Arago qui lui propose de venir découvrir la lune au travers d’une lunette qu’il vient d’acheter et qui grossit quatre cents fois. Dans un premier temps, l’écrivain avoue ne voir « qu’un trou dans l’obscur ». Peu à peu, il en découvrira le relief dont un cratère nommé « le promontoire du songe ».
A partir de là, Victor Hugo va se poser mille questions jusqu’à extrapoler : Quelle est la différence entre rêve et réalité ? Qu’est-ce que la création ? Qu’y a-t-il dans l’au-delà ? Que représente la lune à travers les civilisations ? Tout en revenant au rêve qui peut mener à la folie, au délire qui peuvent gagner des tyrans. Il aborde ainsi d’autres thèmes qui posent question comme la spiritualité, la politique tout en revenant constamment sur le problème du monde invisible du rêve.
Comment arrive-ton à adapter un tel texte ?
Ivan : Au départ, l’idée était de raconter l’histoire à travers une lanterne magique avec juste une bougie comme éclairage… ce qui était vraiment très sombre !
Philippe : Ca nous a amené à songer au théâtre d’ombres et l’on a assemblé des objets que j’avais gardé de mes différents spectacles. Des objets qui ont tous un rapport avec la lune.
Ivan : Je suis en quelque sorte la réincarnation d’un « chaman-poète », je manipule les objets, divers instruments de musique car il y a une dimension musicale dans le spectacle, le corps y est aussi très présent avec une sorte de chorégraphie. J’évolue dans un costume de Nathalie Prats.
Philippe : C’est une façon originale de mettre ce texte en théâtre et même en vie. Victor Hugo y parle aussi de Molière, Shakespeare, des auteurs qui ont souvent écrit dans un grand délire, des personnages de la Commedia dell’Arte y sont évoqués.
Ivan : Nous l’avons conçu comme un spectacle léger, ludique, habité par une grande gaieté qui peut parler à tout le monde, c’est pour un public à partir de 12/13 ans. Le personnage s’adresse aux spectateurs comme s’ils étaient tous des poètes en puissance
Philippe : C’est également un spectacle où l’intime et le social se mêlent tout comme le virtuel, le réel, la fiction.
Ivan : Ce texte est un véritable joyau.
Philippe : A noter que le jeudi à 19h30 sera projeté un téléfilm tourné par la télévision hongroise autour du musicien varois Miquèu Montanaro et son groupe occitan Vents d’Est, qui a sillonné les pays avec les musiques du monde. Ce film se termine sur une péniche où il donne un concert, où l’on danse et où se femme Nagy Niké fait une performance picturale.

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L’actualité de Philippe et Ivan
Hormis cette création, chacun de son côté mène des activités diverses.
Philippe continue son travail en Bourgogne avec sa compagnie. il a également créé un spectacle avec des cheminots autour de « La ronde » de Schnitzler et écrit une pièce intitulée « Petite gare pour âmes perdues », un spectacle qui a pour originalité de changer de fin, selon les désirs du public !
Ivan, lui, continue son cheminement poétique. On le retrouvera le 5 avril à l’Espace Comédia de Toulon où il dira ses propres textes accompagné à la sitar par Sylvie de Saj et illustré d’œuvres du peintre Dani Baviéra.
Et chacun se rejoint sur un point : Philippe cultive ses prunes et ses raisins tandis qu’Ivan est co-participant d’une association « Vallée du Gapeau en transition », regroupant un marché bio, un magasin bio, des jardins collectifs, avec plein d’autres projets comme la création d’une monnaie : la fève et se penchant sur les questions énergétiques, l’économie locale afin de retrouver la réalité de la nature.
Deux artistes, deux poètes, deux écolos qui aiment à reprendre la phrase de Candide : « Cultivons notre jardin », ce que pense également Hugo dans cet essai devenu spectacle, qu’on découvrira mercredi.

Jacques Brachet

Le Liberté, scène nationale – Toulon
Les Fourberies de Scapin

thumbnail_01.LesFourberiesDeScapin∏Christophe Raynaud de Lage-collection ComÇdie-Franáaise

Molière a puisé à diverses sources pour écrire ces « Fourberies de Scapin », notamment à la tradition de la Commedia dell’arte, qui permet l’outrance, la drôlerie et l’improvisation. Il l’a écrite en prose, avec comme toujours dans son œuvre, une attention particulière au langage de chaque couche de la société, et aussi au langage de ceux qui essaient d’adopter le langage d’une autre classe, source d’effets comiques indiscutables. Certes les « Fourberies de Scapin » n’est pas une des meilleures pièces de Molière, mais par la simplicité de l’intrigue, et surtout la charge de philosophie et de travers sociaux, culturels et politique de l’époque, toujours hélas d’actualité en quelques points du Globe, cette pièce offre à un metteur en scène une grande liberté d’interprétations et de créations.
En ce mois de décembre 2018 Le Liberté, scène nationale, présentait donc cette pièce de Molière dans une production de la Comédie Française, mise en scène par Denis Podalydès. Le coup de génie de ce dernier fut d’entrer dans un délire total en faisant jouer les comédiens à la façon des acteurs du cinéma burlesque. Et là c’est une tornade qui vient directement des Marx Brothers, emmenée par un comédien fabuleux, Benjamin Lavernhe dans le rôle de Scapin. Scapin est le meneur de jeu, tout tourne autour de lui, il tire les ficelles des pantins qu‘il sert.
Les fourberies c’est à la fois le mensonge, la duplicité, la fausseté, l’hypocrisie, la sournoiserie, la matoiserie. Scapin est tout cela, avec quand même en arrière-plan l’amour de l’humanité.
Rappelons l’intrigue : Alors que leurs pères sont partis en voyage, Octave, fils d’Argante, et Léandre, fils de Géronte, se sont épris l’un de Hyacinthe, jeune fille pauvre et de naissance inconnue qu’il vient d’épouser, le second de la « jeune Égyptienne Zerbinette. Au retour d’Argante, Octave, très inquiet de la réaction paternelle à l’annonce de son union et ayant besoin d’argent, demande son aide à  Scapin, valet de Léandre. Argante, furieux, rencontre Géronte et lui dit qu’il a appris par une indiscrétion de Scapin que Léandre s’est également mal conduit. Léandre, après s’être fait vertement sermonner par son père, menace Scapin mais rapidement le supplie de l’aider car il doit rassembler une rançon pour que Zerbinette ne soit pas emmenée en esclavage en Egypte. Scapin réussit, grâce à sa connaissance de la psychologie des deux pères, à leur extorquer les sommes dont ont besoin leurs fils. Il décide de se venger de Géronte, en lui faisant croire que sa vie est en danger et en le cachant dans un sac. Scapin simule des attaques et Géronte, dans son sac, reçoit de nombreux coups de bâton, jusqu’à ce qu’il découvre la fourberie de Scapin. Il s’apprête à se venger quand on découvre qu’Hyacinthe est la fille cachée de Géronte et Zerbinette la fille d’Argante, qui avait été enlevée quand elle était enfant.
Scapin met en œuvre tout son savoir faire, toute sa rouerie, tout son goût pour la vengeance ; il roule tout le monde dans la farine. Malheureusement au final il est découvert. Sale temps pour lui. Mais une comédie doit se terminer dans la joie, Géronte lui pardonne, tout est bien qui finit bien.

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Benjamin Lavernhe sait tout faire, jouer, danser, virevolter, chanter en s’accompagnant au ukulélé, imiter toutes sortes de voix, d’accents et de personnages. Son imitation de la troupe qui arrive, mimiques, voix et musique, est digne de la revue militaire de Fernand Raynaud. Il sait signifier le non dit par un geste, une mimique, une attitude du corps, Il est le nouveau Charlot : le pauvre, le laisser pour compte qui s’en tire par des roueries, des fourberies, des violences, des injustices, mais qui au fond a gardé un cœur pur, prêt à servir ses sœurs et frères humains en difficulté, jusqu’au péril de sa tranquillité, mais quand même avec toujours un bénéfice. Pas folle la guêpe. Il a sa revanche de déclassé à prendre.
Toute la distribution est étincelante. Décors beaux, étranges et dépaysants, tout à fait fonctionnels dans la mise en scène, grâce à une scénographie d’Eric Ruf. Lumière (Stéphanie Daniel) et son (Bernard Valléry) au dessus de tout soupçon, et puis les costumes du grand couturier Christian Lacroix, qui a su leur donner un style tout aussi bien XVII° siècle, qu’atemporel, tout en gardant sa patte.
Les comédiens sont tous à citer pour leur engagement, leur allant, leur conviction, leur force expressive : Jean Chevalier (Léandre) et Birane (Octave), deux fils terrorisés par leur père, où l’on voit le poids du patriarcat. Jennifer Decker (Hyacinthe) et Elise Lhomeau (Zebinette) qui gagnerait peut-être à restreindre son rire intempestif, en filles qui savent se débrouiller dans ce monde-là. Didier Sandre est un Géronte hors du commun, avare, odieux, faible et féroce à la fois, et finalement assez humain. Gilles David est un Argante à la même hauteur.
Maïka Louakairim (Carle) et Aude Rouanet (Nérine) sont une sorte de chœur antique silencieux qui s’exprime par poses et gestes.
La troupe sait jouer avec la connivence de la salle, prenant parfois le public à témoin, ou le mêlant à l’action comme cette petite fille qui est montée sur scène ce soir-là pour donner un coup de bâton à Géronte dan son sac, à l’hilarité générale.

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On l’aura compris, le spectacle total que sont ces « Fourberies de Scapin » dans la vision de Denis Podalydès sont du très grand théâtre, qui porte la Comédie Française au sommet ; une comédie qui a déclenché tant de rires que le Liberté en vibre encore.

Serge Baudot

Sanary – Théâtre Galli
La vie encore plus rêvée de Michel BOUJENAH

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Il rigole, il harangue, il perd son texte, il improvise, il vitupère, il prend le public à parti, gare aux premiers rangs et par moments, entre rires et émotion, il nous offre une leçon de vie.
Vie réelle ? Vie rêvée ? C’est sa vie rêvée qu’il a décidé de nous raconter par l’intermédiaire du personnage qu’il s’est inventé voici quelque trente ans, Maxo Boutboul en y ajoutant des portraits de sa mère, de son oncle, de son cousin, histoires drolatiques, douces-amères depuis leur exode, quittant le soleil d’Algérie pour les brumes du nord de la France.
Un spectacle coloré, qui fait suite à sa vie rêvée puisque cette fois il nous affirme qu’elle est encore plus rêvée. Mais elle touche au cœur, à la rate aussi, car on rit beaucoup et derrière ses tribulations au travers de sa vie et de ses personnages, il y a un homme « Moi », comme il aime à dire. Un « Moi » qui, sous couvert du rire, est un homme profond.
Et j’en parle en connaissance de cause car je le côtoie depuis quelques années, en tournée ou à Ramatuelle où, avec brio et depuis dix ans, il a remplacé l’ami Brialy aux manettes d’un festival magnifique… comme lui !
Un théâtre Galli, ce soir-là, où quelques spectateurs, apeurés par les manifestations des gilets jaunes, ont décommandé leur soirée, ce qui a attristé Michel mais ce qui n’en a pas enlevé sa pèche, son brio, ses altercations et son humour. Si la salle n’était pas totalement pleine, elle s’est levée pour l’ovationner et lui faire un triomphe. Un de plus.

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Auparavant, nous nous retrouvions dans sa loge où, comme toujours, il m’accueillait les bras ouverts, un peu déçu et surtout un peu crevé d’arriver d’un spectacle donné la veille à l’autre bout de la France, mais toujours chaleureux.
Alors Michel, où en es-tu de ce spectacle ?
Je commence à en vivre la fin puisque je terminerai en juin à Antibes à l’Anthea. Les deux version de ce spectacle, « Ma vie rêvée » et « Ma vie encore plus rêvée », je les ai joués 450 fois !
Tu abandonnes ton personnage ?
Non, j’abandonne… moi !
Mais je travaille déjà sur un autre spectacle que j’ai commencé à écrire. Mais tu me connais… Je travaille à mon rythme ! J’ai encore plein de choses à jouer.
Et en attendant ?
Je suis en train de terminer d’écrire mon quatrième film. Il s’appellera « Frères ».
Quel en est le sujet ?
Après une longue séparation, deux frères se retrouvent et vont régler leur compte. Mais ce n’est pas un drame, c’est une comédie tendre comme j’ai l’habitude de les écrire et là encore… c’est moi !
As-tu déjà prévu tes comédiens ? Va-t-on retrouver ton clan comme Berling, Elbaz… ?
Non, pas cette fois. J’ai envie de travailler avec des comédiens avec qui je n’ai jamais travaillé. Mais je n’ai pas encore décidé de qui ce serait. Le scénario est presque fini d’écrire et je pense que je le tournerai l’an prochain après le Festival de Ramatuelle.
A ce propos, tu es, je suppose, en préparation du festival ?
Oui, bien sûr mais je n’ai pas le droit d’en parler encore. Ce que je peux seulement te dire, c’est qu’il y aura de grosses surprises et qu’il sera encore plus fort que celui de cette année !
C’était déjà pas si mal !
Oui mais tu sais, chaque année la programmation dépend de beaucoup de choses : la liberté des artistes, la peur de ceux qui appréhendent de jouer en plein air… C’est toujours compliqué. Mais c’est ce qui en fait aussi le charme. Et puis, il faut que je prenne le temps d’aller voir des spectacles.

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Justement, en as-tu le temps ?
Je le prends, entre les dates de la tournée. Je fais cinq à six spectacles par mois, le reste du temps, je le passe à écrire et à voir des spectacles.
Et avec tout ça, tu prends le temps de vivre ?
La aussi… je le prends ! Si je ne vis plus, je n’écris plus.
Vie réelle ou vie rêvée ?
Les deux mon général ! Lorsque j’écris, je rêve et le reste du temps, la vie est là. Et la vie est hyper belle. Par contre, il faudrait que les journées aient 48 heures.
Pourquoi ? Pour travailler plus ?
Non… pour pouvoir dormir 24 heures !
Le temps est la chose la plus luxueuse du monde. A vingt ans, on pense avoir tout le temps devant soi. Avec l’âge, on pense au temps qui nous reste. C’est pourquoi il faut en profiter !

Propos recueillis par Jacques Brachet

Sanary – Théâtre Galli
Portrait de frangines avec mec !

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Que peuvent avoir en commun une brocanteuse (Fiona Gélin), une religieuse (Sonia Dubois) et une pute (prononcez « pioute » car elle est russe – Katia Tchenko) ? En dehors de trois prénoms de fleurs, elles sont demi-sœurs et le découvrent au moment où elles sont appelées pour le décès leur père et pour un testament où il avoue tout. Et puis vient se greffer un superbe black qui se dit neveu adoptif du même père (David Chenaud). Tout pourrait être parfait mais ce beau black avoue qu’il est « aussi » flic, qu’il enquête sur la mort suspecte du-dit père et que ce pourrait être l’une des trois filles qui serait la coupable !
De situations burlesques en coups de théâtre, la pièce signée Bruno Druart, dans une mise en scène de Jean-Philippe Azema, est menée tambour battant par quatre comédiens pleins d’énergie qui ont fait rire un théâtre Galli bien rempli car les situations burlesques et les répliques explosives n’engendrent pas la mélancolie.
Retour dans les coulisses où les quatre comédiens m’attendent, entre autre ma copine Fiona Gélin avec qui on a, depuis quelques années, une belle complicité.
Mais auparavant, beaucoup de monde les attend : une grande partie de la famille de David Chenaud, qui vit dans les parages. D’ailleurs, assises à côté de moi, ses nièces attendent avec impatience que « Tonton » apparaisse sur scène ! Ils sont venus, il sont tous là.
Et puis il y a Lydie Gélin, dernière épouse de Daniel, venue embrasser Fiona, et quelques autres amis de Sonia et Katia ainsi que la famille du metteur en scène… Ça en fait du monde !
Mais enfin on se retrouve au restaurant le Galion pour papoter entre saumon et brochettes.
Tous quatre s’entendent comme larrons en foire et la tournée, de leur propre aveu, est un plaisir, d’autant que les salles sont pleines.

G F
E H

« La tournée continue jusqu’au mois d’avril – me précise Fiona –
Et après ?
Je prépare une conférence sur la résilience. Puis, si Dieu veut, je remonterai mon seule en scène « Re-belle » et puis… j’arrête tout !
Quoi ?
Oui, je crois que je commence à en avoir marre de cette vie, même si j’aime mon métier. J’ai passé l’âge d’attendre et il me semble que je ne suis pas à ma place. Je pense qu’une page va se tourner.
Pour faire quoi ?
D’abord partir un an très loin. Le Mexique ou les Caraïbes.
Et ton projet de festival de Poésie en hommage à ton père ?
C’est toujours d’actualité mais c’est très difficile à monter, St Malo, la ville de mon père, est toujours d’accord mais c’est long à se réaliser. J’aimerais que les gens se rendent compte que mon père était un grand poète et j’aimerais pouvoir éditer ses œuvres. En attendant je suis sur l’écriture d’un troisième bouquin… On verra
Et vous Sonia ?
Pour moi, tout va bien merci ! Je suis heureuse de faire cette tournée d’autant qu’on s’entend tous très bien et que j’ai retrouvé ma copine Fiona avec qui j’avais joué « Les amazones ». D’ailleurs c’est aussi grâce à elle que j’ai joué « Les monologues du vagin » après elle.
Et votre actualité, c’est la télé, l’écriture ?
L’écriture est toujours là. J’ai quand même écrit 15 livres en 20 ans. Pas mal, non ? Et j’y reviens de temps en temps.
Un projet ?
Je sais que ce sera sur la gastronomie mais je ne sais pas encore si ce sera un roman… Ou des recettes de cuisine !
Et la télé ?
J’anime une émission sur Between TV. C’est une émission sur la vente d’objets d’art. Vous voyez, je varie les plaisirs !
Et vous Katia : 80 films, 56 pièces de théâtre à votre actif… pas mal !
C’est la rançon de la gloire… ou de l’âge !
C’est vrai que je ne m’arrête jamais, que ce soit comédie, chant, danse. Je sais tout faire, ce qu’on m’a souvent reproché car en France, c’est comme ça, on ne peut pas tout savoir faire. Ca commence à changer mais ça a été long. Sur ma carte d’identité il y a « artiste dramatique », ça veut tout dire.

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Vous avez une formation classique ?
Je suis sortie du Centre National d’Art Dramatique et du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris avec des premiers prix. J’ai suivi des cours de ballet russe et avec tout ça on m’a demandé de choisir… Et j’ai choisi l’opérette ! J’ai joué avec josé Villamor, Georges Guétary, Luis Mariano, j’ai joué dans « Sweet Charity »… j’ai fait des revues aux Folies Bergère et au Moulin rouge…
Mais j’aime tout faire. Je viens de tourner un épisode de « Alice Nevers » avec Pierre Douglas et, encore pour la télé « Un fils parfait »… une histoire très glauque… J’aime les contrastes !
Vous avez la santé !
Et je l’entretiens, en dansant, en faisant des abdominaux… Mon corps réclame, c’est à la fois physique et psychique !
Et j’espère reprendre mon spectacle russe où je joue et chante avec deux musiciens… pour m’éclater
Enfin David, seul mec dans ce tiercé de femmes, comment vous sentez-vous ?
Très bien, je m’entends super bien avec elles. Elles sont assez bienveillantes… malgré leur âge ! (Cris de protestation !) non je rigole, je suis très heureux parmi elles.
Vous aussi vous êtes pluridisciplinaire ?
Oui et comme on me l’a dit cent fois : « Tu fais tout, tu fais rien ! »… Mais je fais, c’est le principal car je suis un artiste et je m’exprime, quelle que soit la discipline.
Par quoi ça a-t-il commencé ?
Par des pubs puis j’ai fait des séries TV (Ainsi soient-ils – Scènes de ménages, Joséphine ange gardien), du one man show (Et dieu créa… David), du théâtre, des télé-films… Je suis un autodidacte, donc j’ai débuté un peu en dilettante, j’ai commencé à rencontrer des gens, j’ai fait de la figuration, puis des petits rôles et petit à petit ça a évolué avec des rôles plus importants, aussi bien au théâtre qu’à la télé.
Et où vont vos préférences ?
C’est indubitablement la scène mais j’aime tout faire quand ce qu’on me propose m’intéresse comme cette web télé « Loulou » qui cartonne et dont je tourne la deuxième saison.
Ce soir c’était un peu particulier...
Oui car une partie de ma famille était là. Ils vivent à Toulon, au Beausset et du coup, on n’a pas l’occasion de se voir souvent. Ça a été formidable de tous les retrouver ».

Durant la pièce, des trombes d’eau se sont abattues sur Sanary et donc sur le théâtre Galli, perturbant quelques instants la représentation où justement, il était question d’orage ! Mais ça n’a pas duré et tout s’est terminé en chanson avec nos quatre lurons qui nous ont démontré ce qu’étaient de vrais artistes pluridisciplinaires !
Bravo à eux !

Jacques Brachet

Toulon – Le Liberté
Trilogie des regards, de l’amour et des adieux

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En écho à la fête du livre du Var, cru 2018, le Liberté, scène nationale, proposait trois lectures-spectacles autour de trois auteurs d’inspirations différentes, Baudelaire, Philippe Muray et Mahmoud Darwich, mais qui ont comme fil conducteur « le regard, l’amour et les adieux ».
Spectacles de David Ayala, Bertrand Louis et la Compagnie La nuit remue de Montpellier, coproduits par Le Liberté.
C’est une trilogie qui repose sur le théâtre, la musique, la chanson et la lecture de textes. Je n’ai pu assister qu’à la troisième partie « Un autre jour viendra » basée sur des textes de Mahmoud Darwich. Huit personnes assises en fond de scène dont un pianiste, un guitariste et un joueur de Oud ; ils occuperont des places différentes selon le déroulement des scènes. La musique, instrumentale et chantée, aura une place prépondérante, musique essentiellement d’inspiration arabo-andalouse; puis trois comédiennes chanteuses et deux comédiens chanteurs interviennent à tour de rôle, en solo, ou en duo.
Parti pris de lecture bilingue, arabe et français ; exercice toujours difficile, il ne faut pas que l’autre langue prenne le dessus, au risque d’ennui pour ceux qui ne la comprenne pas. Exerce réussi grâce d’une part aux parties chantées, d’autre part à l’équilibre des prestations, et à de petits bijoux de traduction dans lesquels les sons de la langue de Darwich se retrouvaient en français.
Un grand moment d’émotion fut le texte sur la fin de Garcia Lorca, en espagnol, avec une magnifique partie musicale, faisant se rejoindre les deux cultures ; d’ailleurs il y a beaucoup d’allusions à Al Andalous tout au long du spectacle. Al Andalous c’est cette période de l’occupation de l’Andalousie par les Musulmans, et qui fut un foyer de haute culture au sein de l’Europe médiévale.

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Bertrand Louis – David Ayala – Simon Abkarian

Spectacle qui a captivé le public tant les thèmes de Mahmoud Darwich sont d’une brûlante actualité. Sa poésie chante l’exil, la guerre, la prison, la paix, et bien sûr l’amour sous toutes ses formes. La force de conviction des comédiens, la puissance et l’engagement des chanteuses et chanteurs, la beauté et l’à propos des musiques de Bertrand Louis et Jérôme Castel, la mise en scène simple et efficace, tout s’est conjugué pour un une réussite exemplaire, avec Fida Mohissen qui disait les poèmes en arabe classique, Sophie Affholder, David Ayala, Astrid Fournier Laroque, et leurs invités. Spectacle qui insuffle de l’espoir, « un autre jour viendra », peut-être meilleur…

Serge Baudot

Mahmoud Darwich est né en 1941 en Galilée qui est maintenant la Palestine, qu’il a d’abord quitté pour le Liban. Après une vie difficile dans la tourmente du Moyen-Orient il choisit l’exil, la Russie, l’Egypte, les Etats-Unis où il est décédé le 9 août 2008. Il est enterré à Ramallah. Il est considéré comme le plus grand poète arabe contemporain.
Sa poésie est hantée par la Palestine, la solitude et le désarroi de l’exil, mais elle est aussi et surtout porteuse d’espoir. En voici un court exemple tiré de « La terre nous est étroite et autres poèmes (Gallimard) :
J’ai la nostalgie du café de ma mère,
Du pain de ma mère,
Des caresses de ma mère…
Et l’enfance grandit en moi,
Jour après jour,
Et je chéris ma vie, car
Si je mourais,
J’aurais honte des larmes de ma mère !

Toulon – Création au Liberté
La ballata di Johnny e Gil

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Si le sujet de ce spectacle est un sujet brûlant d’aujourd’hui, son auteur et metteur en scène Fausto Paravidino nous montre que le phénomène migratoire est également un sujet universel qui a existé de tous les temps plus près de nous, l’arrivée des Italiens durant la guerre de 14, émigrant en France et aux Etats-Unis, et encore plus près ce que nous vivons aujourd’hui avec d’autres pays de Méditerranée.
De tous temps les peuples, souffrant de famine, de pauvreté, de menaces de mort, de problèmes religieux, ont voulu rejoindre l’Eldorado, trouver la terre promise où ils pourraient poser leurs maigres bagages et redémarrer une vie sans problèmes.
Utopie évidemment car, nombre d’entre eux sont morts en chemin ou, arrivés au bout de leur route, n’ont pas trouvé l »Eden qu’ils cherchaient, même en Amérique où en fait, les premiers américains sont des émigrés venus du monde entier.
C’est un peu tout cela que notre auteur raconte en s’appuyant sur la Bible, la Genèse, le mythe de la Tour de Babel, l’histoire d’Abraham, comme quoi, l’Histoire est un éternel recommencement.
Par contre, avec Iris Fusetti, ils ont conçu un spectacle fort original, à la fois drôle et émouvant, où tous les arts jouent un rôle, dans un décor on ne peut plus dépouillé mais où s’introduit le théâtre, la danse, la musique, la Commedia del’Arte, les masques, la technologie, le décor étant souvent une image projetée, et le mélange des langues, même si l’Italien est prépondérant.
On suit donc l’histoire d’un couple italien décidé à rejoindre l’Amérique, avec tous les aléas que comportent ce voyage : ils vont avoir affaire à des passeurs sans scrupules, à des marches interminables sous le soleil du désert, aux tempêtes sur la mer, aux agressions de toutes sortes pour pouvoir atteindre leur but.

B C

Mais après ça ?
Car l’histoire est loin d’être finie. Il faut alors s’adapter au pays, à sa langue et à toutes les embûches dont ils seront victimes, eux, les étrangers dont ne veulent pas les bons Américains, presque tous issus de pays étrangers, si l’on remonte un tant soit peu à l’origine de leur famille.
Ainsi suit-on l’épopée de ce couple comme il y en a tant eu, comme il y en a toujours beaucoup et comme il y en aura encore car l’immigration, la barrière des langues, les problèmes religieux, le racisme sont des sujets de tous les temps et n’ont pas fini de sévir de par le monde.
C’est un spectacle qui vous prend d’un bout à l’autre car, malgré sa longueur (3 heures) il nous raconte une vie d’errance d’une manière à la fois drôle, dramatique, singulière, soutenu par une musique signée Enrico Melozzi et des comédiens magistraux qui nous font passer du rire aux larmes.
Ce spectacle est né à New York, peaufiné en France où il est présenté en avant-première au Liberté qui est coproducteur et a été répété à Chateauvallon.
C’est de la belle ouvrage que vous pouvez encore découvrir ce vendredi 9 et samedi 10 novembre à 20h30 au Liberté.

Jacques Brachet

La Rochelle – Festival de la Fiction TV
Aliocha ITOVICH & Julia DORVAL
Le couple glamour du festival !

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Ils sont jeunes, ils sont beaux, Ils ont un sourire à tomber par terre. Il furent le couple glamour de ce 20ème festival.
C’est un coup de foudre que nous avons eu lors du gala d’ouverture du 18ème festival, nous trouvant par hasard à la même table. Coup de foudre qui dure et donc, quel plaisir de les retrouver tous les deux, inséparables, amoureux, ayant mille projets, Aliocha se trouvant en compétition pour la série « Balthazar » de Frédéric Berthe, que l’on verra bientôt sur TF1, où il partage la vedette avec Tomer Sisley et Hélène de Fougerolles et où Julia apparaît dans la série « Scènes de ménages », « Joséphine Ange gardien » et quelques autres.
S’ils font le même métier (ils se sont connus sur une scène de théâtre), chacun le fait de son côté mais il y a des projets dans l’air…
Alors les amis, quelles nouvelles depuis tout ce temps ?
Julia : J’ai joué dans quelques séries TV comme « Joséphine », je suis toujours sur « Scènes de ménages », où je joue Ludivine, la sœur de Fabien, on va me retrouver dans la série « Munch », auprès d’Isabelle Nanty. J’y joue une greffière, Justine Loriot ». Voilà pour la télé.
J’ai, durant sept mois, joué une pièce de Didier Caron, « Le jardin d’Alphonse », au Théâtre Michel à Paris. Nous sommes neuf comédiens sur scène et nous allons partir en tournée à travers la France.

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La peur – Le jardin d’Alphonse

Et toi, Aliocha ?
J’ai également joué, durant un an et demi, une pièce tirée d’une nouvelle de Stephen Zweig, « La peur », au même Théâtre Michel…
Toi aussi ?
(Il rit) Oui mais pas en même temps. C’est notre théâtre porte-bonheur puisque c’est là que nous nous sommes rencontrés. Nous avons joué cette pièce trois fois à Avignon et nous la reprenons, toujours au théâtre Michel, le 11 octobre. Nous avons d’ailleurs eu une nomination aux Molière. En début d’année, nous aussi nous partirons en tournée.
Et côté télévision ?
J’ai tourné un unitaire pour France 3 « Les disparus de Valenciennes », réalisé par Elsa Bennett, avec Stéphane Freiss, Virginie Lemoine et Hyppolite Dard. J’ai également tourné dans la série « Clem » et dans « Paris etc » de Zabou Breitman.
Et te voilà à la Rochelle avec « Balthazar » !
Oui, c’est une série de six épisodes de 52′. J’y joue Antoine Bach, le marie d’Hélène de Fougerolles, flic à la criminelle. Son métier la prend beaucoup et du coup, Antoine est débordé à la maison avec les enfants. De ce fait, il finissent par ne plus pratiquement se voir. C’était une belle équipe, le scénario de Clotilde Jamin et Célia Constantine tient la route. Il y a un bel équilibre entre la vie de famille et les crimes…

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Et le scénario dont vous m’aviez parlé, qui est assez délirant puisque j’ai eu le privilège de le lire ?
Julia : Nous sommes toujours sur le projet mais c’est toujours long et le sujet est peut-être un peu trop en avance et fait peur aux chaînes. Mais dans ce métier, il faut savoir être patient et faire autre chose en attendant que le projet se réalise. Donc, en attendant, on écrit une série pour Marianne Denicourt.
On te tient au courant !

Propos recueillis par Jacques brachet

Six-Fours – Théâtre Daudet
TITOFF amoureux de THAïs

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Eh oui, le revoilà, notre Marseillais… Il y avait longtemps qu’il n’avait plus fait parler de lui et il nous revient… à deux !
En effet, délaissant pour l’instant le one man show et le cinéma, il revient sur scène avec une pièce à sketches qu’il a signée, accompagnée d’une jeune et jolie comédienne : Thaïs.
Durant une heure et demi ce couple, comme tous les amoureux du monde… ou presque, vont se chamailler, s’aimer, s’énerver, rigoler… la différence est qu’il a… une différence d’âge : Lui a 45 ans, l’âge des parents de Thaïs. Elle en a 20 de plus, c’est à dire l’âge de sa fille. Ce qui crée quelques situations embarrassantes mais que l’ami Titoff tourne en dérision.
Quelle importance, l’âge, lorsqu’on s’aime ? Eh bien, ça en a, comme la peur de Titoff de présenter Thaïs à sa fille ou de rencontrer les parents de Thaïs qui ont son âge.
Comme les réseaux sociaux auxquels Titoff ne comprends rien et auxquels elle est accro comme tous les d’jeun’s :
Comme l’amour que l’on fait trois fois dans la nuit… sauf lorsqu’on a « un certain âge » et qu’on est plus vite fatigué.
Comme les soirées en boîte avec les copines de Thaïs alors que lui a envie de regarder une série américaine à la télé, les pieds dans les pantoufles… peut-être avec des chips et un coca !
Bref, toutes ces situations qui, automatiquement, peuvent devenir des problèmes avec la différence de génération.

C D

Titoff nous offre là un spectacle dans lequel bon nombre de gens peuvent se retrouver et il a trouvé pour cela une comédienne idéale, pétillante, énergique et surtout, comme il me le dira après le spectacle : « J’ai trouvé quelqu’un qui parle plus vite que moi ! ».
Car Thaïs est une vrai mitraillette qui nous assène son texte d’une voix forte et haut perchée avec un débit incroyable. A tel point que, par moments, notre Titoff a du mal à suivre et s’empêtre dans le sien.
La complicité sur scène est totale, quelques fous-rires ralentissent un peu l’action qui va à 200 à l’heure. Il faut dire aussi que Daudet à Six-Fours et le lendemain l’Oméga Live à Toulon étaient les secondes dates après trois soirées à Lyon, ville de Thaïs !
En tout cas on aura bien rigolé et on aura eu le plaisir de retrouver Titoff, de découvrir la belle et talentueuse Thaïs, pour l’ouverture de cette nouvelle saison à Daudet où, cette année, Jérôme Leleu des Fantaisies Toulonnaises, a repris le flambeau de Gigi qui est partie vers le cinéma.

B

Prochain spectacle, les 19 et 20 octobre avec trois beaux comédiens : Stéphane Floch, Michaël Nacass et Stéphane Pivi pour une pièce qui tourne déjà avec succès : « Entre ils et elle ».
Sans compter qu’il faudra suivre Jérôme entre Toulon, Six-Fours et Hyères.
Dur dur la vie d’artiste !

Jacques Brachet

Toulon – La rentrée à l’Espace Comédia

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En ce jeudi 20 septembre l’Espace Comedia présentait, sur une petite place du Mourillon, sa programmation du dernier trimestre 2018 par la voix de son directeur André Neyton, qui, avec sa bonhommie habituelle détailla les spectacles à venir, dont certains sont sur le métier.
Rentrée le mardi 9 octobre avec un concert de jazz ; Thomas Bramerie Trio avec Carl-Henri Morisset (p), Lukmil Perez (dm), et un invité de poids, Stéphane Belmondo (tp, flh). Des textes de Thomas seront lus par Thierry Belnet. C’est la propre mère du contrebassiste, Miquela Bramerie, qui vint définir ce concert avec passion, ne se découvrant qu’à la fin. Ajoutons que Thomas Bramerie est l’un des grands contrebassistes de jazz d’aujourd’hui.
16 octobre : Le Théâtre du Chêne Noir présentera « Migraaaants », une pièce de Matéi Visniec qui s’empare d’une tragédie hautement d’actualité. C’est après une longue enquête journalistique qu’il décida d’écrire et de présenter cette pièce, mise en scène par Gérard Gelas.
26 octobre : La Cie à Contre Temps donnera « On va faire la cocotte » pièce inachevée de Georges Feydeau. Valérie Feasson et sa troupe ont décidé d’en écrire la fin et de présenter ainsi une version modernisée avec musique électro et chorégraphie. Valérie Feasson présenta ce travail en détails.
9 novembre : La Cie Fracasse jouera « Le projet Poutine » de Hugues Leforestier, mis en scène par Jacques Decombe et l’auteur (tous deux déjà moliérisés). Un dialogue entre Poutine devenu Président et un amour de jeunesse. Sûrement corrosif.
17 novembre : Accueil du Festival Portraits de Femmes pour le film « Capharnaüm » de Nadine Labaki, Prix du jury au festival de Cannes 2018. Il s’agit d’un petit Syrien réfugié au Liban qui se rebelle contre la vie qu’on veut lui imposer.
C’est l’infatigable présidente, Loutcha Dassa, qui créa en 2001 « Les chantiers du cinéma » puis le Festival Portraits de Femmes, pour défendre le cinéma de femmes et être un lieu de rencontre, d’échanges, qui, avec sa fougue et sa passion bien connues détailla les nombreux films au programme pour cette 17° édition sous le titre « Les unes et les autres ». On pourra voir ces films dans 7 lieux à Toulon, La Seyne sur Mer, Ollioules et Six-Fours.
Renseignements : 04 94 09 05 31 – 04 94 91 69 66 – 06 14 82 24 18

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André Neyton et Valérie Feasson – Loutcha Dassa

30 novembre : La Cie CDO présentera peut-être pour la dernière fois, au Comedia et en tournée, « La Légende Noire du Soldat O » d’André Neyton, qu’il met en scène et joue régulièrement depuis une trentaine d’années. C’est le drame qui s’abattit sur la Provence et sur ses soldats au début de la Guerre 14-18. Le soldat O écrit entre deux obus.
9 décembre : « Pov’Oc » – Tant que li siam, avec Miquela, Renat Sette et Cie. Musique, chansons et poésie inspirées par la Provence d’hier et d’aujourd’hui, avec la langue d’Oc à l’honneur.
14 décembre : Cie Mack et les Gars pour la « Naissance d’un chef d’œuvre »  de Stéphanie Chévara, qui en assure également la mise en scène. Il s’agit de l’histoire vraie de la création d’ « En attendant Godot » de Samuel Beckett en 1953 par Roger Blin.
André Neyton nous rappela que paradoxalement Beckett ne connaissait rien au théâtre et n’y allait pas, mais qu’il voulait en écrire. Première tentative avec « En attendant Godot » qui pour lui n’était qu’un petit exercice. C’est Roger Blin qui en 1953 découvrit la pièce et s’en empara pour la mener au succès que l’on sait.
31 décembre et 1° janvier. Reprise des soirées réveillon, longtemps abandonnées, avec l’opérette marseillaise « Trois de la marine » de René Sarvil, Henri Albert pour le livret et Vincent Scotto pour la musique, dans une mise en scène de Frédéric Muhl Valentin avec une troupe de 12 acteurs. L’un des comédiens, Lionel Achenza, vint nous dire qu’il s’agissait d’une mise au goût du jour dans la lignée du Massalia Sound System. Il ne se fit pas prier pour chanter a capella quelques airs de cette opérette fameuse, dont « Sur le plancher des vaches », repris en chœur par l’assistance. Signalons que l’action se déroule à Toulon.
André Neyton créa en 1985 le Théâtre de la Méditerranée pour favoriser les échanges culturels entre les diverses régions du bassin Méditerranéen, et entre leurs cultures et leurs langues. Depuis 1991 il dirige l’Espace Comedia qui accueille le théâtre, la musique, le cinéma, des conférences, un atelier théâtre mené par Thierry Belnet et un atelier sur le travail du clown par Philip Segura, etc… Saluons la longévité de ce théâtre privé, image forte de Toulon, qui perdure envers et contre tout avec courage, abnégation et passion.

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Miquela Bramerie – Lionel Achenza

Serge Baudot
Renseignements : 10 rue Orvès – Lionel Achenza www.espacecomedia.com – tel : 04 94 42 71 01 – contact@espacecomedia.com – Et dans le réseau habituel.

Jean PIAT… Adieu l’ami…²

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J’ai rencontré Jean Piat voilà près de 40 ans, alors qu’il prenait un tournant : son premier livre « Les plumes des paons » sortait. C’était nouveau et sans suite, à ce qu’il disait.
Carrière sans faute pour cet artiste qui a débuté exactement le 2 janvier 44 en espérant devenir chanteur de Music Hall. Malgré une belle voix, il l’a prouvé dans un album de chansons signé Françoise Dorin et dans « L’homme de la Mancha », il s’est très vite retrouvé à la Comédie Française pour lui échapper quelques années après avec éclat et démarrer une carrière de comédien dit « de boulevard » avec le succès éclatant que l’on sait.
C’est grâce à ce premier livre que je l’ai rencontré. C’était dans les années 80Avec les tournées Karsenty où il tournait avec la pièce de Françoise Dorin « L’étiquette », je le contactais et lui proposai une halte l’après-midi pour venir parler de ce premier livre qu’il venait de sortir. Il accepta et fut brillantissime devant un public nombreux… et très féminin !
Il parla donc de cette nouvelle expérience de l’écriture qui se soldait par un succès puisque « Les plumes des paons » venait de recevoir le prix de l’Académie Française. Pour un premier tir, le succès était complet.
Et pour nous deux, ce fut le début d’une amitié qui ne s’est pas démentie. Nous nous sommes beaucoup rencontrés, beaucoup écrit car c’était une époque où l’on s’écrivait encore et mes dernières rencontres furent au Théâtre Galli de Sanary en 2014 où il jouait avec Marthe Villalonga « Ensemble ou séparément ». Il avait déjà des difficultés pour marcher puis, en 2017 pour « Love Letters » qu’il jouait d’assis avec Mylène Demongeot. Le rôle le voulait ainsi et c’était un rôle révé pour lui qui avait des difficultés à se déplacer. Mais, malgré son âge, il n’était aucunement question qu’il arrête.
Je me souviens qu’il m’ait confié un jour : « Lorsqu’on fait un métier qu’on a choisi, que demander de plus ? Souvent on me demande si je prends des vacances. J’avoue que j’en prends très peu car mes loisirs consistent à jouer, à écrire. Depuis plus de soixante ans je fais des choses que j’aime et lorsqu’on fait ce que l’on aime, on n’a pas vraiment envie de se reposer puisque le repos c’est justement pour faire ce qu’on aime ! Je dis que pour moi, être comédien c’est un métier parce que c’est ce qui me fait vivre. Mais c’est aussi une passion et écrire est un plaisir. Ce sont deux choses différentes puisque jouer c’est être actif, en action et écrire c’est réfléchir et raconter une histoire…
Mais c’est toujours aller vers les gens, aimer les gens, leur donner quelque chose. Je leur donne ce qu’on m’a donné.
Depuis 60 ans, je cultive mes dons ! »
Et Dieu sait s’il en avait, des dons, de comédien, de conteur, d’écrivain.

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Écrivain, il l’était mais il ne se considérait pas comme tel. Par ailleurs il m’avait encore confié que, s’il aimait écrire, il ne s’écrirait jamais une pièce de théâtre :
« Il y a très longtemps que j’écris… pour moi ! Je commence des choses puis, faute d’inspiration, de courage ou de temps, je remets à plus tard. Il est vrai que j’aime ça et je pense que je reviendrai à cette discipline (il y est revenu souvent et avec le talent que l’on sait). Par contre, depuis ce livre, on me demande si je vais m’écrire une pièce et là, je suis catégorique : c’est non. D’abord parce que je ne m’intéresse pas assez à moi pour m’écrire un rôle et que je ne saurais le faire. Mais même, écrire une pièce est un travail très particulier. Un auteur agit dans une certaine direction pour raconter une histoire puis l’acteur agit dans une direction pour faire vivre cette histoire. Je suis donc un acteur avant tout et l’opposé de l’auteur. Ce sont deux personnes, deux entités qui se rencontrent, se regardent, quelquefois en chiens de faïence. C’est comme le dieu Janus qui a deux têtes qui se complètent.
Et puis, l’écriture d’une pièce est tout à fait différente que l’écriture d’un roman : beaucoup de romanciers le savent, qui se sont cassés les dents sur une pièce. C’est un langage spécial. Un roman, c’est une histoire qu’on emmène ou on veut, où on peut faire voyager les héros dans le monde entier, où il n’y a aucune barrière. Une pièce c’est automatiquement un conflit à partir d’une situation et des dialogues, c’est un langage spécial, il n’y a pas de longues descriptions et de plus, si le système des trois unités : temps, lieu, action a été créé, ce n’est pas pour rien. Allez proposer une pièce où il y a dix décors, vingt changements de costumes et trente comédiens, à par « Cyrano » parce qu’on sait que ça va marcher, vous ne pourrez jamais monter votre pièce ! Dans un roman, on peut se balader au gré de ses envies, de ses inventions… »

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Avec des amis à Ramatuelle et sa compagne Françoise Dori, disparue depuis peu aussi

Grâce à Jean, j’ai passé des magnifiques moments à l’écouter simplement parler, raconter, avec ce charme, ce regard bleu et cette voix que l’on reconnaissait entre toutes.
Je garderai longtemps le souvenir de cet homme raffiné, simple, plein d’humour, de cet immense comédien qu’il fut…
Jean tu nous manqueras.

Jacques Brachet