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Ollioules : Une visite à Chateauvallon

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En cette douce fin janvier se donnait sur la scène nationale Châteauvallon, «La Visite», pièce pour un personnage, jouée par Lolita Chammah et écrite pour elle par Anne Brest, toutes deux déjà bien ancrées dans le théâtre, le cinéma et la télévision.
Il s’agit d’une jeune femme qui vient d’accoucher d’un bébé, en l’occurrence une fille, et qui a invité des cousins du Canada de son mari pour leur présenter le bébé. Le public va représenter les amis, et la scène, le salon de réception. Cette petite salle du Baou, là-haut sur la colline, est l’écrin parfait pour cette pièce intimiste.
Le décor est on ne peut plus minimaliste : une moquette mauve recouvre le sol ; au fond, un mur orange coupé par une ouverture noire en son centre. L’espace scénique démarre sous les pieds des spectateurs, si bien qu’on se trouve intégrés dans le salon. La comédienne, en peignoir de satin (elle changera de costume au cours de la pièce), accueille les gens à la porte, quelques-uns lui remettent un paquet cadeau ou un bouquet de fleurs, qu’elle va déposer sur la scène côté jardin.
Elle remercie sans arrêt ses invités d’avoir fait sept heures en voiture pour venir voir son bébé, dit aux gens où déposer leur manteau, de s’installer au salon, leur offre du thé,
Nous sommes aux Etets-Unis, dans le Minesota. La mère est chercheuse en science cognitive, avec son mari, dans une prestigieuse université. Elle dit qu’il va bientôt arriver, mais qu’il a beaucoup de travail, les étudiants à s’occuper ; on comprend que le mari ne viendra pas. Cette mère parle avec un débit saccadé, ultra rapide, se répète sans arrêt, bouge sans cesse parcourant toute la scène. Un visage tendu, souffrant par moment, une agitation, des postures bizarres, comme lorsqu’elle se tord ses pieds avec ses haut-talons marquant ainsi son manque d’équilibre, parfois même on prend peur pour le bébé ; tout montre qu’il y a quelque chose qui ne va pas chez elle.
On est à l’heure de la tétée, sa blouse bientôt se tachera de lait autour d’un sein.

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Alors le dialogue est formidable, avec un humour grinçant, décapant, dérangeant, surtout pour les mères traditionnelles, ce dialogue va parcourir toutes les questions de l’enfantement, de la tradition immémoriale qui veut que la femme soit faite pour enfanter, dans la douleur, elle dit que non, que quand elle fait l’amour c’est pour le plaisir, pourquoi enfanter, comparaison avec les autres animaux dont parfois les mères tuent un enfant parce qu’elle ne peut pas le nourrir. Bref toutes les questions qu’une femme, et un homme aussi, il faut l’espérer, se posent devant la perduration du genre humain, le fait d’être mère, de l’avoir désiré ou non, pourquoi fait-on des enfants, et tout ce que cela comporte de privation de liberté, de dégradation corporelle, de travail, de soucis et j’en passe, et bien sûr en opposition le refus d’être mère. Sans oublier toutes les craintes sanitaires du monde d’aujourd’hui. Et tout cela déclaré sur le mode de la dérision.
Cette pièce est le fruit d’une résidence de création à Châteauvallon. Anne Berest, en plus d’une écriture flamboyante, rythmée sur un débit à la mitrailleuse de la parole, parcourt le thème d’une façon exhaustive, avec un brio et un humour décapant. Un texte écrit pour être « mis en bouche ». Vus les applaudissements et les rappels, on peut dire que le public a adhéré totalement. Public essentiellement féminin, et d’un âge certain ; les autres ne sont-ils pas intéressés par la naissance sur terre ?
Lolita Chammah habite ce personnage d’une façon époustouflante. Elle est cette mère plongée dans les affres du doute, des regrets, des questions existentielles, de la peur de l’avenir. Par le corps et la voix elle nous fait devenir cette mère en souffrance devant cette maternité qui l’angoisse, l’épouvante, l’ébranle, et qui peut-être aussi lui offrira une autre vie…

Serge Baudot

 

 

 

 

 





Sanary – Théâtre Galli
Et Thierry WILSON devint ZIZE DUPANIER

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L’écrivain David Lelait-Helo a écrit : «Quand je serai grand, je serai Nana Mouskouri».
Thierry Wilson, lui, disait : «Quand je serai grand, je serai Jacqueline Maillan».
Évidemment, aucun des deux n’est devenu ce qu’il désirait être… Of course !
Mais David est devenu écrivain et auteur de chansons et Thierry est devenu… Zize Dupanier !
Une marseillaise haute en couleur, «Nature-peinture», comme elle aime à le dire, qui ne craint «dégun», qui a le verbe haut, la voix qui porte et l’accent… qui rapporte !
Elle vit avec un vieux con de mari et est prête à marier son jeune con de fils. Sans compter la fiancée, suédoise pure et dure qui va sentir les bois des meubles Ikéa lorsqu’elle est en manque de son pays. Et sans parler enfin de la mère, cul cousu, snobinarde et radin qui pratique le naturisme dans un chalet…  au Cap d’Agde.

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Et voilà notre Zize embringuée dans ce mariage «contre nature», alors qu’elle a l’oignon et le mimosa. Entendez par là : un cor au pied et la ménopause. Bref, tout ne va pas bien dans ce monde qui est loin d’être meilleur.
Mais voilà, ça se passe au soleil de Marseille et tout nous est raconté par une comediante-tragediante à l’accent à couper au couteau et par sa bouche,le moindre événement devient une épopée… Et on se marre !
D’ailleurs, on a pu le constater au Théâtre Galli de Sanary plein comme un œuf, ce qui devient rare, où durant une heure et demi le public a éclaté de rire et lui a fait une standing ovation de folie.
Zize est en train de devenir un (une ?) artiste incontournable de la scène, non plus provençale mais nationale.
Derrière Zize, on retrouve donc l’ami Thierry qui, à l’inverse de son personnage, est un garçon calme, posé, discret, d’une grande gentillesse mais toujours avec cet humour qu’il sait si bien faire passer sur scène.
Il doit cette notoriété, non pas à Jacqueline Maillan mais à des personnes comme Michou ou encore Coccinelle, qui fut le premier artiste transsexuel célèbre en France et qui le prit sous son aile.

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Mais encore à une émission que l’on connaît bien : «La France a un incroyable talent» qui, si elle n’a pas gagné, lui a permis d’un seul coup de se faire connaître de la France entière et a donné un coup de fouet à sa carrière, dépassant aujourd’hui les frontières de la Provence.
Et puis, elle s’y est fait deux amies : Hélène Ségara, sa compatriote provençale et Marianne James, qui joua dans la même cour qu’elle en créant le personnage aussi très haut en couleur de Maria Ulrika Von Glott.
Voilà donc notre Zize sur le chemin de la gloire, gloire méritée s’il en est et qui, si vous l’avez ratée, revient à Toulon au Colbert le 30 mai et le vendredi 10 juillet au Casino de Hyères, où elle sera l’invitée de Michèle Torr qui donnera, avec quelques autres amis, un concert en faveur de l’association SEP en pays d’Aix, créée pour aider à la recherche de la sclérose en plaques dont est atteint son fils Romain.
Et déjà elle nous annonce son nouveau spectacle qui s’intitulera « Sexygénaire »… Tout un programme !
On n’a pas fini de parler de Zize !

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Jacques Brachet
Photos Patrick Carpentier & Jacques Brachet



XAL dit merde à Shakespeare !

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Louis-Alexandre Clément de la Compagnie Professionnelle «Les sacrifiés du Dernier Monde», est invité par l’association «La joie par les Arts» à donner une conférence sur «Le Grand Shakespeare».
Mais il y a un hic : le comédien, tout en l’admirant, le déteste, le jalouse car il sait pertinemment qu’il ne sera jamais à la hauteur de ce grand dramaturge… qu’il ne sera jamais Shakes… nom qu’il ne peut prononcer en entier. Alors il le vilipende, il le critique, il le nomme le boulet gothique, le demeuré du théâtre qui écrit sous lui.
Bref, la conférence monte d’un ton au fur et à mesure jusqu’à tourner au règlement de compte.
La pièce s’intitule : «Merde à Shakespeare»
Derrière Louis-Alexandre Clément, ne se cache même pas Xavier-Adrien Laurent, dit XAL, comédien fougueux et haut en couleur qui nous entraîne dans le monde du théâtre, un monde difficile, surtout pour ceux qui ne réussissent pas mais qui reste le plus beau métier du monde. Soliloque est signé Henri-Frédéric Blanc et superbement mis en scène par Olivier Pauls , plein de trouvailles dans le décors de Fred Bothorel et superbement interprété par un Xal au mieux de sa forme pour ce nouveau spectacle qu’il est venu présenter à l’Espace Comédia à Toulon, qui est un peu son fief, puisqu’il fit partie de la compagnie d’André Neyton, maître des lieux.
Si le spectacle débute en demi-teinte, très vite il enfle, au fur et à mesure que l’acteur n’énerve sur celui qu’il ne sera jamais, sur le théâtre, sur la vie d’un artiste, les rêves de gloire. Cette crise qui, une fois atteint son paroxysme, se dégonfle pour laisser place avec une belle émotion sur une réflexion sur l’état de comédien que nous propose Xal avec maestria.
En fait, la question est : être ou ne pas être… Comédien !

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Xal, je le suis depuis les débuts de sa carrière et d’année en année, il s’affirme comme un grand comédien, par son talent et sa démesure. Et là, il atteint encore un palier avec ce spectacle seul en scène où il excelle.
Heureux de le retrouver nous parlons bien sûr de ce tout nouveau spectacle :
«Henri-Frédéric Blanc, qui est romancier et auteur de nombreuses pièces, qui a créé avec Gilles Ascaride, le Mouvement Littéraire Overlittérature m’avait approché lors de mon spectacle «Xavon de Marseille»  qu’il avait aimée.  Il avait cette pièce sous le coude mais en préparait une autre, «Zoé» et m’a demandé si je ne voulais pas monter «Merde à Shakespeare», ce qu’il appelle une conférence-bouffe. Ce monologue m’a séduit, d’autant qu’il formait en fait une sorte de trilogie avec mes deux autres spectacles, «Textuellement transmissible» et «Xavon de Marseille» qui parle, chacune d’elle d’un loser magnifique. Là, c’est un comédien qui n’arrive pas à exister car il est écrasé par Shakespeare,  emprisonné dans cet objet théâtral. C’était intéressant à interpréter. Donc j’ai accepté et j’ai demandé à Olivier Pauls de me mettre en scène.
Tu viens de la créer. Vas-tu tourner avec ?
Peut-être pas tout de suite à part quelques dates par-ci, par-là, Mais je la jouerai au Théâtre Toursky à Marseille le 25 janvier. Car je vrais créer une autre pièce «Poésie et punch line», que j’ai écrite  et dont je devrais faire une lecture en septembre à Marseille.

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C’est quoi ?
C’est une poésie gesticulée où il devrait y avoir 5% d’impro. Mais en septembre, il pourrait y en avoir 40% ! Elle a failli s’appeler «Poésie à poil»… Mais ça a changé en cours de route !
Mais avant ?
Je vais «monter» à Paris car j’ai quelques rendez-vous pour pouvoir y jouer ma trilogie. Je vais donc m’y atteler. Je dois construire ma propagande parisienne !
Mais entretemps, j’écris aussi un solo pour Hervé Masquelier. C’est un grand comédien qui a une imposante carrière au théâtre, au cinéma, à la télévision (Plus belle la vie) il fut directeur du Théâtre de Charenton durant 13 ans et a une carrière impressionnante. Il m’a demandé de lui écrire un spectacle solo.
Enfin, durant une semaine, en février, je serai en résidence au Liberté à Toulon avec la compagnie Théâtre de l’Exploitation et le comédien et metteur en scène Jesshuan Diné. Nous allons travailler sur une pièce de Thomas Bernard».

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Nous suivrons comme toujours les pérégrinations de ce comédien original et talentueux et luis souhaitons bonne chance à Paris.

Jacques Brachet



Le Bruit des Hommes : « Appelez moi George Sand »

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La Compagnie le Bruit des Hommes, qui, depuis plus de 30 ans, fait vivre le théâtre dans l’aire toulonnaise et au delà, propose sa nouvelle création : « Appelez moi George Sand .» Au départ ils voulaient simplement l’intituler « Appelez moi George », mais ce titre aurait été trop ambigu. Spectacle conçu et mis en scène par Yves Borrini avec deux comédiennes, Maryse Courbet et Flore Seydoux, et une harpiste, Elodie Adler
Yves Borrini, pourquoi et comment ce choix ?
On cherchait un projet pour la saison. Le nom de George Sand s’est présenté à nous car elle avait des liens avec Toulon, Tamaris, le Revest, ayant séjourné ou s’étant promené dans ces lieux qu’elle trouvait splendides. Nous nous sommes plongés dans l’œuvre immense, et la vie de George Sand (1804-1876). Nous avons découvert une littérature, belle et très forte. Une personnalité extraordinaire, bonne, intelligente, engagée politiquement. Une femme magnifique. Une féministe exemplaire, avec une vie qui est un vrai roman. Tout le monde connaît, ou du moins a entendu parler de ses amours avec Chopin, Musset, et d’autres. Il y avait là un personnage parfait pour la scène.
De plus dans son « Journal d’un écrivain » Dostoïevski lui consacre 20 pages d’éloges, disant qu’elle tient la première place parmi les écrivains nouveaux. On oubliera les calomnies de Baudelaire et de Barbet d’Aurevilly.
Vous avez repris la formule avec une harpe comme avec « Harpoe, l’étrange Monsieur Edgar Poe » ?
Oui, cela nous permet d’intégrer de la musique, d’autant que Flore Seydoux est non seulement comédienne mais chanteuse lyrique. Nous avons choisi un large éventail d’extraits d’œuvres musicales, Chopin bien sûr, mais aussi Couperin, Debussy, Mozart, Kurt Weil, Séverac, un compositeur du début du XX° siècle, Germaine Taillefer et même un air de la Traviata de Verdi que nous massacrons. (Sourires.)
Comment avez-vous conçu votre montage ?
Je n’ai pas voulu faire une biographie exhaustive, ce qui risquait d’être très ennuyeux. J’ai eu l’idée de progresser par portraits, en puisant dans l’œuvre, dans la biographie et dans son immense correspondance. Ce qui me donnait une grande liberté de choix et de mise en scène. J’ai écrit certains passages, me voilà plagiaire de George Sand !
Sur la scène la harpe trône dans toute sa beauté côté cour, une table côté jardin, une valise au centre, des paravents noirs en fond ; un décor minimaliste mais suffisant pour matérialiser les différentes scènes, avec aussi l’aide de déplacements d’objets. Ces scènes sont courtes et s’enchaînent sans hiatus. Maryse Courbet campe George Sand avec charme et bonheur, ainsi que d’autres personnages. Eléonore Seydoux habite avec fougue et vérité une foule de personnages, se révélant parfaite chanteuse et soprano lyrique en divers styles et diverses langues. Quant à la harpiste, elle aussi allie ravissement et intériorité dans ses différentes prestations.

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On va partager de nombreux moments de la vie de l’écrivaine. Ses rapports conflictuels avec Musset, l’amour avec Chopin, Franz Liszt, Marie d’Agoult, ses révoltes contre la morale bourgeoise de l’époque, le mariage, la position de la femme, son engagement républicain et socialiste, la défense des pauvres, des laissés pour compte, ses voyages, Venise, Majorque, son amour des oiseaux, des plantes, etc…
Les portraits sont ponctués ou séparés par l’intervention de la harpe, ou de chants par Elodie. Elle chantera même en duo avec Maryse. La pièce se termine par les réflexions de George Sand sur les beautés de notre région : Le Revest, Toulon, le Gapeau, et surtout Tamaris. Le tout entrecoupé de lectures d’extraits ou de lettres de l’auteure ou de certains de ses correspondants, ainsi que de textes de liaison. Les trois comédiennes musiciennes jouent cette pièce avec une joie et un plaisir évidents et communicatifs.
«Appelez moi George» est un spectacle à la fois littéraire et musical avec une qualité de musique et d’interprétation tant des comédiennes que de la harpiste qui emportent le spectateur sur les rives du plaisir partagé. Voilà une remarquable façon de raconter une auteure avec une légèreté qui n’exclut pas la profondeur, au contraire ! Et aussi l’occasion de se plonger, ou de se replonger, dans l’œuvre de « La bonne dame de Nohant ».

Serge Baudot
*La pièce sera donnée à l’auditorium  de la Médiathèque Louis Aragon à la Garde le jeudi 19 décembre 2019 à 18h 30. Entrée libre.

Sanary – Théâtre Galli
Christian VADIM : «J’ai découvert ma drogue : le rire»

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Que voilà un duo plein de charme reformé 25 ans après sa première rencontre !
Charlotte Valandrey qui, en ce moment, a beaucoup de problèmes dans la série de TF1 «Demain nous appartient» et Christian Vadim qui a momentanément quitté ses deux compagnons de route Philippe Lellouche et David Brécourt pour partir tous deux en tournée avec la pièce de Benjamin Auray «Station Bonne Nouvelle».
David est chef de cette station qui est fermée pour rénovation et dans laquelle il dort pendant les travaux. Arrive en pleine nuit Julie, qui veut avoir des nouvelles de son mari travaillant avec David à la station.
En pleine crise d’hystérie elle apprend que son mari est parti avec une bimbo et se déchaîne sur ce pauvre et naïf David qui n’y est pour rien.
Autant il est placide, autant elle est survoltée et ça va faire des étincelles entre eux jusqu’à ce qu’elle arrive à se calmer… La suite, il fallait être à Galli pour le savoir et pour cela affronter la tempête !
Charlotte, au fil des ans, est devenue une amie dont chaque rencontre est un plaisir. Christian, c’est plus récent, rencontré au fil des ans sur les pièces qu’il a jouées avec ses acolytes.
Arrivés tard à cause des intempéries, Charlotte viendra juste pour la bise et la photo car elle doit se préparer. Christian, lui, m’accorde un moment d’entretien.

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« Alors Christian, tu as quitté ton trio de prédilection ?
(Il rit), oui, mais pas pour longtemps puisque nous repartons en tournée dès le mois de mars !
Parle-moi de cette nouvelle pièce 
J’ai été approché voici un an et j’ai demandé à la lire. Je devais retrouver Charlotte avec qui je n’avais plus joué depuis «Roméo et Jeannette» de Daniel Ivernel et ça remonte à 92 !
J’ai donc demandé à ce qu’on fasse une lecture  et ça a tout de suite collé entre nous.
Comment définirais-tu cette pièce ?
Ce n’est pas une comédie de boulevard, je dirais que c’est une comédie naturaliste avec des dialogues de tous les jours, une comédie moderne comme on en faisait aux États-Unis dans les années 50/60. Une pièce toute simple qui met en scène deux personnes qui se détestent, qui s’apprivoisent et on se doute de sa finalité mais c’est léger, plein d’humour, de tendresse et on ne boude pas son plaisir de la jouer.
Aujourd’hui, tu as pris le parti de faire rire et avec talent !
Merci ! C’est vrai que j’ai découvert cette drogue grâce à Philippe Lellouche qui a senti très vite ce potentiel qu’il y avait en moi. C’est plus difficile de faire rire que de faire pleurer ! J’avais déjà flirté avec la comédie que j’avais jouée avec Marie Fugain en 94 «Mec, mic, mac», Marie que j’ai retrouvée dans «Boire, fumer et conduire vite». J’ai très vite senti que j’avais des affinités avec la comédie.

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A propos de ce trio qui a fait ses preuves, n’y a-t-il pas à un moment une lassitude ?
Ça n’a jamais été le cas, je crois qu’on ne s’est jamais posé la question. On est amis, on s’entend bien, on aime se retrouver, à la ville comme à la scène et repartir avec eux est toujours un plaisir. C’est pour ça qu’on se retrouve en mars avec «Le jeu de la vérité», avec en plus Gaston Lagaf’.
Lagaf’ que je retrouverai en septembre prochain dans une comédie à quatre personnages de Nadège Méziat. Cette pièce est l’enfant naturel de «Brèves de comptoir» et de «Trois hommes et un couffin» !
On te retrouve dans une série TV sur TF1 «Quand sort la recluse»
Ce n’est pas une série, ce sont des unitaires tirés de l’œuvre de la romancière Fred Vargas qui écrit des polars. J’ai joué dans un épisode. Il y a une magnifique distribution : Jean-Hugues Anglade, Jacques Spiesser, Sylvie Testud, Elizabeth Depardieu, Pierre Arditi, Corine Masiero….
Et tu n’es que dans un épisode ?
Par la force des choses… je pars en prison !
Tu joues beaucoup au théâtre et à la télé, on a pu te voir dans de nombreuses séries : «Nina», «Section de recherches», «Alex Hugo»…Et le cinéma ?
J’ai tourné «A cause des filles ?» de Pascal Thomas avec Audrey Fleurot et j’ai tourné cet été à Marseille avec Monica Bellucci.
Donc jouer à la télé n’empêche pas de jouer au cinéma ?
Pour moi non car je n’ai jamais joué dans des séries récurrentes. Le problème est lorsqu’on te voit durant des mois dans une série , tous les soirs, ou toutes les semaines. Forcément ça te marque et souvent, à cause de ça, on est honni par le cinéma qui est un monde très différent et l’on atteint très vite le plafond de verre. La question ne se pose pas avec le théâtre. Beaucoup de comédiens dits «de télévision» font du théâtre. Mais avec le cinéma c’est plus compliqué, même si les comédiens de cinéma passent à la télé, le contraire est encore difficile. Il n’y a que Jean Dujardin qui s’en est bien tiré !»

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Charlotte vient nous rejoindre pour la photo et il est bientôt l’heure d’entrer en scène.
Et nos deux comparses vont s’en donner à cœur joie dans un dialogue brillant, vif, rapide, chacun étant l’antithèse de l’autre, ce qui donne des situations cocasses et une pièce enlevée et drôle.
Malgré la pluie qui a fait peur à quelques spectateurs, le succès était au rendez-vous et Christian a remercié les courageux ayant affronté le temps !
Un duo d’acteur plein de charme et de drôlerie.

Jacques Brachet

Marseille – Théâtre Toursky
Richard MARTIN : 50 ans d’aventures

RICHARD MARTINC’est un homme on ne peut plus chaleureux, sympathique et passionné. Une grande gueule au cœur tendre.
Richard Martin, comédien et directeur du théâtre Toursky est un homme volubile, plein d’humanité dont la passion pour la culture, le théâtre et les gens est sans bornes. Il a passé sa vie à se battre pour eux et entre autres pour ce théâtre qu’il a créé voici cinquante ans, il n’a jamais baissé les bras, il a su élever la voix malgré les coups bas, les baisses de subventions quand ce n’était pas leur suppression pures et simples pour des excuses fallacieuses.
Bref, Richard a toujours été un battant jusqu’à faire des grèves de la faim pour sauver ce superbe espace de culture et de convivialité qui possède trois salles de spectacles et des tas de petits lieux intimes où l’on peut se rencontrer, discuter, boire un coup ou manger. Un vrai lieu de vie qui est à son image.
Son histoire est une véritable épopée qu’il raconte avec humour, tendresse, amour et émotion… Et surtout une volubilité qu’on a du mal à endiguer !

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«C’est vrai – me dit-il dans un de ces petits coins de prédilection en toute intimité – que c’est une longue histoire qui commence à Nice où je suis né, qui continue à Paris pour aboutir à Marseille que je n’ai plus quittée, qui est devenue ma ville, mon pays.
Au départ, mon destin était d’être peintre. A 15 ans je voulais peindre comme à 80 ans mais au vu des résultats, j’ai très vite compris qu’il fallait prendre un autre chemin. Etant un homme très excessif, j’ai tout laissé tomber et j’ai donc décidé de faire du théâtre. Et comme j’étais un jeune con, (Heureusement la pierre s’est taillée depuis !) je décidai qu’il n’y avait qu’à Paris qu’on pouvait faire le saltimbanque.
Mon père avait fini par dire oui alors que j’avais 18 ans et que la majorité était à 21. Il pensait qu’en étant d’accord, je reviendrais vite au bercail ! Mais j’ai résisté, physiquement et moralement, j’ai commencé par être cascadeur. Le train, les voitures, les chevaux, les ailes d’un moulin, les sauts du haut d’une tour, j’ai été raseteur… J’ai tout fait, j’étais fou. Puis j’ai rencontré Robert Lamoureux, Robert Murzeau, alors de grands comédiens. Murzeau était un vrai humaniste qui m’a beaucoup aidé.
J’ai très vite travaillé dans le théâtre de boulevard. Sans être célèbre je gagnais bien ma vie, surtout que je n’avais pas fait de conservatoire. Mais j’ai très vite compris que c’était une situation de facilité car ce n’était pas le théâtre «sensible» que j’avais envie de faire.
Je l’ai donc quitté pour passer sur la rive gauche où j’ai découvert ce théâtre, même s’il était loin d’être aussi populaire et s’il fallait ramer pour travailler. J’ai même couché sous les ponts !
C’était à quelle époque ?
On n’était pas loin de mai 68 et bien évidemment j’y ai participé. On a occupé l’Odéon où comme les autres, j’ai fait de la résistance «poétique», où j’ai découvert la fraternité… Mais aussi bon nombre de comédiens qui prônaient des convictions qui n’étaient pas les leurs… et qu’ils ont vite abandonnées dès les événements passés !
Mais j’ai compris qu’il fallait que je me batte pour que le théâtre soit pour tout le monde et non pas, comme je le voyais, simplement pour «des privilégiés». Mots que j’ai d’ailleurs retrouvés à Marseille plus tard.

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Marseille, justement…
Je suis d’abord parti en Corse comme décorateur mais là encore ce n’était pas ça. J’ai alors débarqué à Marseille et là, ça a été un coup de foudre. J’y ai posé mes valises en sachant que j’étais arrivé chez moi.
J’ai travaillé à l’Alcazar qui n’allait pas tarder à baisser le rideau. Puis, par l’intermédiaire de ma femme, Tania, je découvre la salle Massalia qui donnait tous les dimanches une représentation pour les personnes âgées. Je propose au directeur d’animer les autres jours. Durant un an je jouerai «Le journal d’un fou» de Gogol, souvent devant dix, une ou zéro personne ! C’est une jeune lycéenne qui, m’ayant vu et apprécié, est revenue avec des élèves du lycée Marie Curie. Peu à peu ça s’est su et la salle a commencé à se remplir.
Et le Toursky alors ?
Un jour, dans le quartier de la Belle de Mai, je découvre une sorte de hangar désaffecté et j’ai tout de suite vu ce que je pouvais en faire. Je suis allé voir Gaston Defferre alors maire de Marseille, qui a accepté de me le confier. Il y avait du travail et j’investissais tout ce que je gagnais comme comédien dans ce lieu que j’avais fait insonoriser avec 5000 boîtes d’œufs !
Le jour de l’inauguration un grand poète est mort  Alexandre Toursky. Le soir même j’apposais son nom sur le théâtre.
Savais-tu alors ce que tu voulais en faire ?
Oui. Je voulais travailler avec tous les pays de Méditerranée, proposer du vrai théâtre, de la vraie poésie, de la vraie chanson française. Un copain m’a alors présenté Léo Ferré. De ce jour on ne s’est plus quitté, il a été en quelque sorte le parrain du théâtre où il est venu souvent et où nous avons créé «L’opéra des rats». Sont alors venus Nougaro, Moustaki, Barbara et quelques autres.
Mon objectif aussi était de faire un haut lieu de la culture dans le quartier le plus misérable de Marseille et lui redonner une virginité.
Ça ne s’est pas fait sans mal mais ça va faire 50 ans l’an prochain que ça existe et que ça perdure. C’est devenu un lieu populaire, une belle aventure humaine, théâtrale, citoyenne, un lieu ouvert à tous à qui on propose des spectacles, de la danse, du théâtre, de la musique, des expos, des ateliers, des conférences, des rencontre et même un festival russe qui fête ses 25 ans et est devenu le plus important d’Europe. Nous travaillons avec tous les pays de Méditerranée et le Toursky rayonne partout à travers cette aventure. Nous réunissons quelque 70.000 spectateurs par an.
Mais ça n’a pas été un long fleuve tranquille…
Jamais, même aujourd’hui où je viens de faire une grève de la faim pour que la ville me redonne notre subvention. Tout le temps tout est remis en question parce que je gêne certainement quelques personnes. Mais c’est un lieu de culture et de fraternité qui a vu passer tous les artistes du monde. Mon travail est de rester un donneur d’alarme.»

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Ce soir-là je retrouvais mon complice et ami Francis Huster qui venait, accompagné de Fanny Cottençon et Louis le Barazer jouer «Pourvu qu’il soit heureux» de Laurent Ruquier. Une pièce aux dialogues étincelants, à la fois drôle et émouvante. C’est l’histoire d’un couple qui découvre l’homosexualité de leur fils par magazine people interposé, sujet on ne peut plus d’actualité qui prône les valeurs de l’amour, de la compréhension, de la tolérance, situation pas toujours faciles pour des parents.
Fanny y est délicieuse d’humour et de naïveté mais justement de tolérance, Huster magistral dans son incompréhension pour «la maladie» de son fils et Louis magnifique dans son premier grand rôle. Des situations cocasses, un dialogue sur le fil et un grand moment d’humour et d’émotion.
Ce fut, comme vous pouvez l’imaginer, une journée riche, chaleureuse, «pleine d’usages et raison» et d’enseignements.

8 POURVU QU'IL SOIT HEUREUX.

Nous nous sommes quittés en nous claquant trois bises et lorsque je lui demande pourquoi trois bises, comme chez moi en Ardèche, il me répond : «Liberté, égalité, fraternité». Et de la fraternité, il y en a eu en cette belle journée.

Jacques Brachet
Photos Patrick Carpentier

Toulon – Le Liberté, Scène Nationale
« Tu te souviendras de moi »

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On dit qu’en 2020 trois millions de personnes seront victimes de la maladie d’Alzheimer. On sait que cette maladie commence par une perte de mémoire progressive jusqu’à l’amnésie totale ; alors le malade ne reconnaît plus personne, n’est plus quelqu’un. Le dramaturge canadien François Archambault a eu le coup de génie d’écrire une pièce à propos de cette maladie, sans jamais la nommer ; il en montre l’évolution, le caractère dramatique, comment elle peut être cause de la destruction du couple ou/et de la structure familiale, mais avec un humour, voire un comique, décapant tout en respectant l’humanité des protagonistes. Il est vrai que lorsqu’on se trouve face à un de ces malades, avant que la perte de mémoire ne soit trop grave, moult situations, réparties à côté de la plaque, prêtent à rire, même si on s’en veut ensuite. Comme pour quelqu’un qui glisse, ou se prend un poteau dans la rue.
Dans « Tu te souviendras de moi », en ce mois d’octobre 2019, on a donc affaire à un professeur d’université, François Archambault, sublime Patrick Chesnais, aussi à l’aise dans ce rôle que dans un vieux chandail ; il est ce vieux professeur, physiquement, moralement, humainement. Il envahit la scène.
Première scène : un enregistrement pour une émission télé avec le professeur et sa femme, (Nathalie Roussel). Le professeur se vante de sa prodigieuse mémoire, sa femme le ramène à la réalité en aparté ; effets comiques bienvenus. Le sujet est posé.
Ensuite nous serons dans la maison du couple. Scénographie simple de Jean-Pierre Laporte, qui laisse toute la place aux comédiens, une sorte de cheminée côté cour, une méridienne côté jardin, et deux petits fauteuils au milieu. En arrière plan, le jardin, la nature, figurés par une haie de bambous. Chaque scène étant séparée par de judicieuses vidéos de Paulo Correia.
La pièce passe essentiellement par la parole, car c’est par la parole que se manifeste Alzheimer, quand le discours se met à dérailler.
On verra l’évolution de la maladie par les rapports du professeur avec sa femme, sa fille et son petit ami, puis plus tard avec une gamine qui va prendre toute la place.
Sa femme ,(délicieuse Nathalie Roussel), doit prendre un week-end de vacances afin de souffler un peu. Sa fille (également dans la vie, coruscante Emilie Chesnais), ne peut rester auprès de son père, elle est une journaliste qui doit partir en reportage. Son compagnon, (Frédéric de Goldfiem), chômeur, en retrait au début, va prendre petit à petit une place majeure dans cette famille, Il assurera la garde du vieux professeur; il faut dire qu’il vient après un autre amour, Michel ; d’où les confusions du père entre les personnages.

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Tout n’est pas si rose, en fait la mère est partie passer son week-end avec un amant rencontré sur internet. Elle finira par quitter son mari ; elle n’en peut plus. Elle veut vivre.
Patrick au départ, n’est pas très heureux de ce rôle. Happé par son virus du poker il confie la garde, moyennant salaire, à sa fille Nathalie, ‘éblouissante Mélissa Prat). Au départ elle se fiche de ce vieillard, ne le regarde même pas, toujours penchée sur son smartphone. Par les discours du professeur, ses questions, ses réflexions, un rapport affectueux va s’établir entre eux. Il va lui confier que son autre fille, Bérénice, s’est suicidée à 19 ans. Il va finir par prendre Nathalie pour Bérénice, celle-ci entre dans le jeu, et sera Nathalie-Bérénice, mais au fond le professeur n’est pas dupe. En définitive c’est l’amour des uns pour les autres qui les sauvent. On est emporté par l’émotion, par l’humanité des scènes.
La deuxième grande force de la pièce c’est qu’en dépit de ses « absences » le professeur va faire le bilan, lucide et très pessimiste, de notre époque : le trop d’information qui tue l’information, la folie des réseaux sociaux, la dictature du présent, sans le sens du passé par d’avenir, la disparition des espèces végétales et animales, l’état  de la planète, etc… Et puis la grande question qui nous taraude tous, ou presque, comment se conduire lorsqu’on devient conscient qu’on est atteint par cette maladie, et surtout va-t-on demander de nous faire disparaître quand toute mémoire sera éteinte ; le professeur est pour, mais dans une lueur de présent il avoue qu’au fond il aimerait rester encore.
Il faut saluer la mise en scène de Daniel Benoin, simple et d’une efficacité remarquable ; il nous fait entrer dans cette famille comme si nous en faisions partie.
Le public, dans sa majorité, était d’un âge plus que certain (dont moi-même), donc des gens forcément préoccupés par cette terrible maladie du nom d’Aloïs Alzheimer. Je n’ai pas souvenir qu’une troupe de comédiens ait recueilli au Liberté une telle longueur et une telle intensité d’applaudissements.
Hautement mérités.

Serge Baudot

Toulon – Espace Comédia
«La chienne de ma vie» de Claude Duneton

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Vendredi 4 octobre 20h45 & dimanche 6 octobre 16h

«Un texte bouleversant et terrible dans la banalité d’un univers rural pendant l’occupation ..»

 Rita c’est la chienne d’enfance de Claude Duneton, celle avec laquelle il a grandi dans la ferme de ses parents. C’est l’histoire de l’attachement d’un jeune garçon au seul être vivant qui peut combler le manque d’amour familial dans un milieu où la dureté du quotidien ne laisse aucune place à toute manifestation des sentiments. Le comédien Aladin Reibel, qui a été l’ami de l’auteur, prend en charge ce texte bouleversant et terrible dans la banalité d’un univers rural pendant l’occupation. Il l’a adapté à la scène sous l’œil complice d’Elodie Chanut et d’Abbes Zahmani. Il est accompagné à l’accordéon par Michel Glasko.
«La chienne de ma vie» a reçu le Prix 30 millions d’amis 2007 et le prix Terre de France.

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Alain Reibel

Claude Duneton, romancier, historien du langage, chroniqueur et comédien, est un passionné de la langue populaire, que ce soit de l’occitan de son enfance en Corrèze ou du français qui puise sa source dans le peuple citadin. Parmi ses nombreux ouvrages il publie « Parler croquant », « La mort du français », « Le bouquet des expressions imagées », Prix Roland de Jouvenel 1991 décerné par l’Académie Française. Et aussi  » Une Histoire de la chanson française « .
Texte : Claude Duneton – Adaptation théâtrale et jeu : Aladin Reibel – Collaboration artistique : Elodie Chanut – Accordéon : Michel Glasko
Aladin Reibel à joué dans plus de 45 pièces, dans plus de 40 films  notamment dans Ici-bas, Amitiés sincères, La Ch’tite Famille, Monsieur je-sais-tout et dans plus de 120 téléfilms comme Le Sang de la vigne, Une femme d’honneur, Père et maire, La Part du soupçon…

Châteauvallon, scène nationale : «Vivre sa vie»

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Châteauvallon, scène nationale, accueillait en cette fin septembre la nouvelle mise en scène de Charles Berling « Vivre sa vie », adaptation libre du film éponyme de Jean Luc Godard de 1963. Certes avant toute chose il faut oublier le film et regarder la pièce telle qu’en elle-même. L’héroïne, Nana, fait bien sûr penser aussi à la Nana de Zola, prostituée elle aussi. D’autant que dès le générique on voit subrepticement deux portraits de Nana par Toulouse Lautrec.
On se rappelle le thème du film : une jeune femme, Nana, rêve de faire du théâtre et du cinéma. Mais pour vivre elle est obligée de se prostituer. Elle essaie en vain de s’extirper de cette condition dégradante, et finit par mourir par hasard d’une balle perdue.
D’entrée on est subjugué par l’espace scénique occupé de façon symétrique. Côtés cour et jardin une porte, un miroir auréolé d’ampoules façon loge de théâtre. Au fond, de part et d’autre, un escalier qui mène à une porte en hauteur. En fond de scène un immense écran miroir, qui va servir à tour de rôle, de miroir dans lequel se reflètent les images de la scène, d’écran sur lequel on projette des images, ou de miroir sans tain derrière lequel on voit se dérouler une scène, soit en trois dimensions, soit en ombres chinoises. En dessous une sorte de comptoir sur lequel sont disposés des livres, des verres et autres objets. Un espace, puis un long banc rouge. Au centre de la scène un carré doré. Le tout dans une atmosphère quelque peu années 20/30. La scénographie de Christian Fenouillat va prendre vie avec l’apparition des acteurs :
Hélène Alexandridis, Pauline Cheviller, Sébastien Depommier et Grégoire Léauté (également guitariste). Parfaits tous les quatre.
Deux hommes, deux femmes, chacun, chacune pouvant se travestir en l’autre sexe, sauf Nana – Pauline Cheviller – qui reste femme et tient le rôle principal. Et quel personnage. Elle joue toutes les facettes de la condition de la femme et de la féminité. Elle caracole, virevolte, saute, danse avec une légèreté de plume au vent, devient grave, et chante (elle a écrit la chanson ; elle est aussi à l’origine du projet). Elle tient la scène de bout en bout avec une énergie, une élégance et un art de la comédie qui laissent pantois.

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Les hommes deviennent femmes, plus femmes que des vraies, et la femme homme plus masculin qu’un vrai. Travestissements érotiques et troublants. Miracles du théâtre et des acteurs.
La pièce est divisée en tableaux annoncés par des affiches sur l’écran, clin d’œil à Godard et au cinéma muet dans une subtile mise en abyme. On verra d’ailleurs des scènes de la Jeanne d’Arc de C.T. Dryer de 1928.
On n’a pas affaire à une construction linéaire mais à une suite de tableaux traversés par les différents personnages qui disent des textes pris chez Virginie Despentes, Marguerite Duras, Henrik Ibsen, Bernard-Marie Koltès, Grisélidis Réal, Sophocle, Frank Wedekind, Simone Weil.
Le thème de la pièce repose essentiellement sur la condition de la femme, le sexe, l’amour, la tendresse, l’exploitation par le travail et par la marchandisation du corps de la femme et du travailleur, les rapports humains selon les conditions sociales, la solitude, la place du langage par exemple quand Nana parle de plus en plus vite jusqu’a l’explosion du sens, ou encore cette tirade qui fait la démonstration que la logorrhée tue la pensée.
Certes, comme dans les films de Godard il y a des passages un peu abscons. Mais qui font réfléchir. C’est aussi un des rôles du théâtre.
Charles Berling fait preuve d’une magistrale direction d’acteurs, et d’une maîtrise absolue de tous ces éléments dans un montage époustouflant dans lequel on retrouve des ambiances du Cabaret de Bob Fosse, ou de Jérôme Savary. Il faut aussi noter la dramaturgie due à Irène Bonnaud, la lumière de Marco Giusti, sans oublier le maquillage, les costumes, la vidéo et la musique.
Le cinéma a tant emprunté au théâtre qu’il est un juste retour des choses que le théâtre emprunte au cinéma.

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Serge Baudot

Sanary
Francis HUSTER : Plaidoirie pour Molière

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Apothéose pour l’association «Fractales» que dirige en musique Françoise Gneri, qui a  invité Francis Huster à venir raconter «Pierre et le loup» écrit et composé par Sergueï Prokofiev. Elle a été aidée pour la logistique par «Sanary Animations», dirigée de main de maître par Serge Loigne et Noël le Brethon.
Un conte magique pour petits et grands donné sur le parvis du Théâtre Galli de Sanary noir de monde, le public étant venu trois fois plus nombreux que prévu. Et il y en avait partout. La bonne idée avait été d’inviter les enfants à découvrir cette œuvre, tous assis devant la scène improvisée. Beau spectacle et belle leçon de musique par la même occasion.
C’est décontracté que Francis arrive vers 18 heures, en costume cravate sous l’encore très chaud soleil de fin d’été. Toujours flegmatique, toujours abordable, il discute avec les musiciens, avec quelques fans venus quémander signature et selfies et, comme à notre habitude depuis plus de 30 ans, nous nous asseyons pour faire le point sur un planning qui, en boulimique qu’il est, est toujours rempli pour des mois à venir.
Du coup, pour ne pas que j’en oublie, c’est lui-même qui va tout me noter et commenter sa litanie de projets.

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Francis m’écrit l’article ! – Avec Elio Ditana

« Je suis venu à Sanary parce que le travail de «Fractales» est exemplaire. L’association a près de quatre ans et a été créée par Françoise Gneri qui fait un travail fantastique de démocratisation de la musique classique, l’emmenant partout pour la faire connaître, accompagnée d’une quinzaine de musiciens. Elle fait ainsi connaître cette musique souvent mise à part et découvrir de jeunes talents. Ce festival à Sanary mérite d’être soutenu et j’y contribue avec joie. Je suis accompagné au piano par Elio Ditana avec qui j’avais déjà travaillé sur la pièce «Sacha le magnifique». Il a également travaillé avec André Dussolier sur la pièce «Novecente». C’est un très grand pianiste qui donne des concerts dans le monde entier. Il vient de jouer «Rhapsodie in Blue» de Gershwin en Italie.
«Pierre et le loup» est une création. Vas-tu la jouer ailleurs ?
Non et c’est cela qui est formidable. C’est juste pour un soir, créé pour ce festival.
Une jolie parenthèse donc, dans ta vie d’acteur toujours surchargée !
(Il sourit), Oui, c’est vrai qu’à chacune de nos rencontres, j’ai toujours plusieurs projets sur le feu. Là, depuis le 22 août  et jusqu’au mois de décembre, j’ai repris «Bronx» de Chazz Palminteri au Théâtre de Poche Montparnasse. Il a été refait et j’ai inauguré la salle du Théâtre Libre en alternance avec d’autres pièces.
Mais d’octobre à décembre, je suis en tournée avec la pièce de Laurent Ruquier «Pourvu qu’ils soient heureux» avec Fanny Cottençon et Louis le Banaer.( Le 15 octobre au Théâtre Toursky de Marseille, le 16 octobre au Cannet, à la Palestre, le 7 décembre au Casino de Hyères)

F G H
I J K

Et puis tu pars en campagne pour Molière…
D’abord je pars en tournée en janvier et février avec Yves le Moign’ et mon spectacle «Molière» (Lundi 13 jancier à la Chaudronnerie, la Ciotat et lundi 25 février au Théâtre Anthea, Antipolis). Le 4 septembre sortira mon livre «Molière, mon Dieu» chez Armand Colin. C’est un plaidoyer pour faire entrer Molière au Panthéon.
Tu sais que c’est absolument inadmissible qu’aucun comédien ne soit au Panthéon ? Il y a des écrivains,, des politiques et pas un seul comédien ! Et tu sais pourquoi ? parce qu’à l’époque les comédiens étaient excommuniés et enterrés en terre commune car considérés comme saltimbanques. Et aujourd’hui nous en sommes encore là ! C’est un vrai cas de figure car à Londres Shakespeare est considéré et honoré. Alors qu’on parle de la langue française comme «La langue de Molière», comédien n’était pas considéré comme un métier et ça n’a pas beaucoup changé ? Sais-tu qu’il n’y a pas une seule statue de comédien dans Paris ? J’ai donc fait une lettre au président de la République et une pétition sur Internet. J’espère que d’ici le 15 janvier 2022, date du 400ème anniversaire de sa naissance, le président Macron va y réfléchir. Il a deux ans pour le faire !
Et d’ici là, je suppose que toi aussi tu as d’autres projets !
Oui mais je ne peux pas t’en dire beaucoup : Je serai de retour à Paris le 15 février pour ma création annuelle. Je signe dans quelques jours, donc je n’en dis pas plus. Et puis, dès l’hiver 2020 je vais à nouveau tourner dans une grande série de la facture de «Zodiaque», qui avait été un gros succès. Là encore, je ne peux encore rien dire mais le tournage aura lieu durant six mois.
Par contre, ce que je peux te dire c’est qu’en mai et juin j’animerai une «Carte Blanche» au Théâtre des Franciscains de Béziers. J’y emmènerai une quinzaine de comédiens. C’est un beau projet et je t’y invite ».

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L’équipe de « Sanary Animations » et de « Fractales »

Avant de répéter, l’après-midi il est allée sur les allées de Sanary faire un petit pèlerinage.
« Sanary est la ville où ont entre autres vécu Bertold Brecht, Stefan Sweig,  Erich Maria-Remarque durant les années de guerre. Remarque y a tenu une correspondance avec Marlène Dietrich, Brecht y a écrit des articles et Sweig, revenu de guerre, y a donné des conférences.
Ce sont de grands écrivains que Sanary a hébergés et qu’il ne faut pas oublier.

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Patrick Carpentier