Archives pour la catégorie Théâtre

Ollioules – Châteauvallon
Juillet 2019 Un monde ouvert

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Salle comble pour la présentation du programme « Un monde ouvert » dans la grande salle de Châteauvallon. Présentation assurée par les deux directeurs Pascale Boeglin-Rodier et Charles Berling, et leur équipe.
Prologue avec un duo de danse humoristique assuré par deux danseurs-jongleurs de la compagnie Solta, incroyables d’adresse et de souplesse. Il reviendront pour la clôture, d’abord le danseur en solo dans un style qui mélange la danse classique, la break dance, le hip hop, très dynamique, s’enchaînant en pas de deux très inventif et particulier avec la danseuse.
Puis présentation sur scène de tout le personnel œuvrant à la réalisation de toutes les actions.
Un hommage est rendu aux créateurs de Châteauvallon il y a 50 ans, Henri Komatis, Gérard Paquet et leurs épouses. Ce magnifique lieu d’art a tenu, malgré pas mal d’avatars, tout en se développant. On se souvient du chantier pharaonique des débuts. Les nouveaux directeurs ont la volonté de pousser encore plus loin cette « Utopie Réaliste » en l’affirmant « comme un lieu ouvert et tourné vers l’avenir » en utilisant aussi les jardins comme lieux de spectacles et de rencontres.
Au cours de la présentation Charles Berling a lu un texte de Sénèque qui collait parfaitement aux projets de Châteauvallon.
Les journées de juillet se diviseront en deux parties :
Les Crépuscules dès la fin de l’après midi dans les jardins, avec la possibilité de se restaurer sur la terrasse. S’ensuivront Les Nocturnes dès 22 heures.
Vaste programme éclectique avec du circassien détourné « Clowns sans frontières » – « Passagers (créée à Montréal)» par la Compagnie les 7 doigts, « Boat » par la Compagnie Hors Surface, « Hêtre » par la compagnie Libertivore.
Une balade nature dans les jardins par la Compagnie Alexandre.
Des conférences-rencontre avec l’architecte-paysagiste Gilles Clément qui était venu au début des années 90 pour proposer un projet de jardin, qui n’avait pas abouti, mais qui devrait repartir.

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Une conversation avec Edgar Morin et Jean-Michel Djian
Des lectures musicales : Charles Berling et la pianiste Shani Diluka – Jean-Louis Trintignant avec Daniel Mille et son quatuor à cordes ; des poèmes sur la musique d’Astor Piazzollla – Le concert Perché les Oiseaux, des musiques à partir de chants d’oiseaux retravaillés – la chanteuse marocaine Hindi Zahra avec son groupe pour des musiques mûries à différentes sources – « Nous, l’Europe, banquet des peuples » avec un chœur de foule d’environ 80 personnes et le chœur d’opéra d’Avignon autour du comédien-écrivain Laurent Gaudé – Anouk Grinberg et la pianiste Shani Diluka.
De la musique avec l’Orchestres des Jeunes de la Méditerranée, 90 musiciens dirigés par Daniele Rustioni dans un répertoire XIX-XX° siècle – Le « Requiem de Mozart » mis en scène et en lumières par Romeo Castellucci, avec l’Ensemble Pygmalion dirigé par Raphaël Pichon, retransmis sur grand écran à l’Amphithéâtre depuis le Festival d’Aix en Provence.
De la danse : « Gravité » (avec notamment un « Bolero » de Rave) du chorégraphe Angelin Preljocaj, vieil habitué de Châteauvallon..
Et pour terminer ce juillet du Monde Ouvert, « Une soirée dansante sous les étoiles », après le ballet de Preljocaj, pour faire la fête avec les artistes et les équipes mêlés au public
Ce programme est un beau complément à celui du Liberté, avec le même engagement et la même philosophie. Il n’y a pas concurrence mais échos et complémentarité. Juillet sera brûlant de spectacles.

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Serge Baudot
www.chateauvallon.com – Standard : 04 94 22 74 00 – Billetterie : 04 94 22 02 02

Toulon – Le Liberté : « Mélancolie(s) »

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Ils sont huit comédiens du Collectif in Vitro (Julie André, Gwendal Anglade, Eric Charon, Aleksandra De Cizancourtt, Olivier Faliez, Magaly Godenaire, Agnès Ramy et David Seigneur) qui on d’abord improvisé sur le travail de Julie Deliquet fusionnant deux pièces majeures d’Anton Tchékhov : «Les Trois Sœurs» et  Ivanov», en restant assez près du langage de Tchékhov, du moins en français.
« Mélancolie(s) » se découpe en 3 chapitres (au lieu d’actes, ce qui ajoute au côté littéraire de la pièce), trois moments cruciaux de la vie des personnages.
La vaste scène du Liberté est recouverte d’un plancher sur lequel repose côté cour une grande table chargée de victuailles et de bouteilles, quelques chaises autour. Décor simple dans lequel vont évoluer les huit personnages, qui par l’art de la mise en scène de Julie Deliquet, se placeront sur tout l’espace de la scène comme des pièces d’un jeu d’échec en fonction des événements, positions assez révélatrices des psychologies, des états d’âme, dans une remarquable distribution. Tous ces comédiens jouent au sommet.
En prologue, un couple à l’avant d’une voiture sur un grand écran. On sent bien qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Puis premier chapitre : on se retrouve un an avant. C’est le printemps. L’homme de ce couple, Nicolas, vient revoir la maison qu’il fréquenta dans sa jeunesse, il était ami du père, décédé. C’est l’anniversaire de Sacha, l’une des trois sœurs ; on finit par se reconnaître, c’est la joie, on fait la fête. Nicolas est accompagné d’un ami tonitruant, sûr de lui, assez imbuvable. Par exemple il affirme avec violence, envers et contre tous, que le carpaccio est une soupe, et le gazpacho une viande crue. Ce qui donne une idée de la raideur et de la fatuité du personnage.

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A partir de là on pénètre dans la vie de ces huit personnes de génération années 70, qui se croit vieille et finie à 40 ans. On se trouve dans un trou perdu au bord de l’océan. Certains s’approchent de la dépression, n’assument plus, ou très mal, les aléas de la vie. Amours déçus, solitude, ennui, travail épuisant, difficultés financières, etc… Tous sombrent dans la ou des mélancolies. La seule qui aurait vraiment des raisons de sombrer, mais qui y échappe, c’est la femme de Nicolas, en train de mourir atteinte d’une grave maladie.
Le troisième chapitre est dédié à Nicolas. Sa femme est morte. On fête son mariage avec l’une des trois sœurs, Sacha, qui a divorcé. Là ce n’est plus de la mélancolie, mais du drame ; Nicolas se dévoile, entre salaud et type qui n’a pas eu de chance (c’est toute l’ambiguïté du personnage tout au long de la pièce), sans complaisance, il se détruit complètement, aucun argument ne le ramène à la raison, sa seule issue est le suicide. Qu’il commet en allant se tirer une balle. Cette descente aux enfers est peut-être un peu longue, mais n’oublions pas que ce sont des Russes, victimes bien sûr de ce qu’on appelle » l’âme russe », qui est le besoin de la souffrance, selon Dostoïevski.
C’est une pièce littéraire, en ce sens que tout passe par le langage, par les mots, révélateurs des sentiments cachés, secrets, qui laissent sortir des choses qu’on aurait voulu ne pas dire, comme par exemple quand Nicolas, en conflit avec sa femme, laisse échapper la phrase terrible qui lui annonce qu’elle va mourir sous peu.
Pour rendre la pièce plus accessible,(elle dure deux heures), Julie Deliquet a choisi de faire jouer les comédiens façon théâtre de boulevard, c’est à dire qu’on parle très fort, qu’on s’agite, se déplace très vite, en plus d’attitudes corporelles dynamiques, qui font qu’on est emporté dans ce maelstrom, dans lequel chacun des spectateurs doit retrouver des moments qu’il est en train de vivre, ou qu’il a vécu.
La musique qui marque une pause entre les différents chapitres est d’un à propos parfait. Par de grosses vagues sonores, elle insuffle une atmosphère angoissante, laissant prévoir un dénouement tragique.
Gros succès public issu d’une salle comble.

Serge Baudot

Toulon – Le Liberté : Eh bien, dansez maintenant

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Texte Alexandra Cismondi et Emilie Vandenameele
Mise en scène Emilie Vandenameele

La compagnie Vertiges donnait son spectacle, « Eh bien, dansez maintenant », joué de main de maître par Alexandra Cismondi, écrit par elle-même et Emilie Vandenameele ; c’est un one woman show époustouflant tant le don physique de la comédienne-danseuse est total, ainsi que toutes ses facettes expressives abracadabrantesques.
La première partie est un long monologue (peut-être un peu long), encore que les variations d’intensité, de personnages, d’accents, de situations, créent un monde complet, teinté d’humour, avec des jeux de langages et des rapprochements de mots ou de situation imprévus qui attisent l’attention. Alexandra Cismondi, seule en scène, avec pour tout décor une chaise, une table sur laquelle est posé un drap blanc (qui va s’enfler et occuper toute la scène à la fin du spectacle) côté cour, et trois rideaux transparents en fond de scène, donc Alexandra va faire vivre toute une saga familiale, se développant sur une trentaine d’années, entre Limoges et la Seyne sur Mer, et autres lieux. Alexandra Cismondi est truculente en Seynoise avec un parfait accent du cru, véritable Tata Magali ! Elle passe d’un personnage à l’autre en moins d’un éclair, jouant surtout des intensités verbales, et bien sûr des poses du corps et des mimiques adéquates. Le tout avec un naturel remarquable.
Tout y passe, les problèmes de la famille, les enfants, les joies, les mésententes, les différences d’origine, le baptême, l’éducation d’adolescents, les tromperies du mari ; en fait c’est une dizaine de personnages qui prennent vie devant nous par la force de persuasion et l’art de la scène de la comédienne. Au passage il faut citer la qualité de la mise en scène qui place l’action au présent, sans oublier la direction d’acteur ; bel exploit dans un tel contexte minimaliste.
Dans la deuxième partie la diseuse devient danseuse. Là encore par des procédés simples – changements de juste haut corps de couleurs différentes – les spectateurs entrent dans les différents moments de la vie de cette famille. La relation mère fille est souvent pathétique, cette fille anorexique, pour des raisons qu’on nous laisse deviner. La danseuse est alternativement l’élève ou le professeur. Les figures dansées deviennent plus fortes que l’expression verbale. Tout le vécu, le passé qui revient, l’avenir incertain, les non dits qui font mal, tout passe par ce corps bouillonnant qui virevolte et tourbillonne avec force sur la scène.

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La dernière partie est tragique. La danseuse en juste haut corps noir, perruque rose, et haut talons, accomplit une danse tragique et suicidaire, elle se renverse sur la tête le seau d’un produit rouge, qui dans une autre scène était le sang d’un sanglier ; elle va tomber et se baigner, se rouler dans ce sang jusqu’au spasme final, nous laissant sur de multiples questionnements.
Explosion d’applaudissements.
Ajoutons que toute la technique était à la hauteur de la prestation.
La compagnie Vertiges, basée à la Seyne sur mer, était en résidence au Théâtre Liberté, scène nationale, pour la réalisation de « Eh bien, dansez maintenant ».
Alexandra Cismondi est diplômée da la Sorbonne, elle a étudié la danse sous toutes ses formes. Elle a déjà une belle carrière avec de nombreux metteurs en scène et différents artistes
Emilie Vandenameele, auteure et metteuse en scène, possède une licence d’arts du spectacle. Elle a dirigé une vingtaine de spectacles et performances. Elle enseigne et anime des Workshops.
Deux fortes personnalités à suivre. De splendides bêtes de scène, qui ont beaucoup de chose à dire, ou plutôt à faire sentir et ressentir.

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Serge Baudot

Toulon – Le Colbert
Yves PUJOL… overbooké !

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C’est pour moi un plaisir que de retrouver l’ami Pujol, sympathique comédien « bien de chez nous » puisque Toulonnais, même s’il est né par hasard à Lille, venant d’Algérie mais très vite émigré chez nous, qui est devenu son « chez lui ».
C’est au Colbert que je le retrouver, où il joue à guichets fermés (et même un peu plus !) « J’adore ma femme », spectacle de circonstance en cette soirée de St Valentin, même si sa femme en prend un coup, suivi d’ailleurs – parité oblige – par les hommes qui en prennent tout autant !
Et ce ne seront pas les seuls : comme les gendarmes, qui vont toujours par deux, qu’il surnomme les 421 (quatre bras, deux têtes, un seul cerveau !), les people qui adoptent sans problèmes des petits enfants de couleur, les vieux ou encore l’inénarrable sketch sur sa coloscopie… Ceux qui l’ont vécu le revivent !
Dix ans de scène déjà et, dit-il en riant, une carrière qui l’a mené de la Seyne, où il a joué pour la première fois à… Toulon ! Que de chemin parcouru !
Mais entre temps il y a eu la musique, le théâtre, le cinéma, la télé et les tournées qui l’on mené bien au-delà de Toulon.
En dix ans, trois one man shows : « Une affaire de famille », « J’adore ma femme » suivi de « J’adore toujours ma femme » et « Pujol sort les dossiers ».
Bien sûr, entre deux rires – Et Dieu sait s’il y en a durant une heure et demi – il rend hommage à Wolinski, avec qui il a écrit « J’adore ma femme », disparu lors de l’attentat de « Charlie Hebdo ». « Ils sont morts pour nous – dira-t-il – nous sommes vivants pour eux ».
A une heure du spectacle, je le retrouve donc pour une mise au point sur ses projets, véritable planning de star et surtout d’artiste populaire.

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« Je viens de terminer le second volet du film des Chevaliers du Fiel » « Les municipaux », que nous avons tourné à Port-Vendre. Il sortira en octobre. Je les retrouverai d’ailleurs pour un téléfilm que nous tournerons en avril, sur un certain Jean-Pierre Mouniès, homme politique pas très catholique qui va faire campagne dans le Sud-Ouest sous la bannière « Le Sud aux Sudistes » !
J’imagine que ce ne sera pas triste !
Certainement ! Il a été plusieurs fois mis en examen dans des affaires pas très catholiques, il a un programme complètement dingue… Bef, c’est du Chevaliers du Fiel !
Et dans tes projets pas tristes, qu’y a-t-il encore ?
La reprise de la pièce de théâtre « Le secret des cigales », écrite par Patrick Sébastien, que nous allons reprendre à partir du mois d’octobre. Patrick est un pote de longue date, c’est lui qui avait mis en scène « J’adore ma femme ». On a très peu joué cette pièce car il était très pris par ses émissions à la télé. Aujourd’hui, la télé va s’arrêter pour lui et du coup, nous allons tourner en France durant un an.

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Tu vas être donc très occupé ?

Oui, d’autant que ce n’est pas tout puisque je prépare un DVD pour 2020 qui va rassembler les sketches qui ont le mieux marché de mes trois spectacles. Ce n’est pas pour rien que ça s’appellera « Le meilleur du mieux ! ». On y retrouvera les sketches comme « La coloscopie » ou « Pôle Emploi »…
Dans la foulée, je vais aussi tourner un DVD de mon dernier spectacle « Pujol sort les dossiers ». Il sera capté d’ailleurs au théâtre Daudet de Six-Fours le 23 Mars lors des deux séances, à 19h et à 21h. La soirée sera chaude !
Jouant tes trois spectacles en alternance, tu ne t’embrouilles pas les pinceaux ?
Ça peut arriver mais d’abord je commence à les connaître mais surtout j’essaie de rester concentré.
Et la musique dans tout ça ?
Justement, je viens d’enregistrer un CD avec le groupe Aïoli. Ce sont des chansons que j’ai écrites et on les fait exister ensemble. On va tourner tout l’été, de Juin à août dans tout le Var car j’y suis mondialement connu, comme tu le sais !

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Et pendant que tu es mondialement connu et que tu as un programme chargé, durant ce temps, que font-ils ?
Ils n’arrêtent pas. Ils sont tous de très bons musiciens et jouent tous dans des groupes. Et puis, ils sont tous également professeurs de musique, métier qu’ils adorent car ils aiment transmettre. Entre nous, c’est quand même mieux d’enseigner la musique de travailler chez Mc Do, non ?
Et à part ça ?
Je serai à la télé le 16 février dans l’avant-dernière émission de Patrick Sébastien « Les années bonheur ».
Ca t’arrive de t’arrêter ?
Oui… pour dormir ! Mais c’est vrai qu’en ce moment c’est chaud. Je passe mon temps entre Toulon, Paris, la province… D’ailleurs, j’envisage, d’ici deux ou trois ans, de revenir définitivement m’installer à Toulon… Je ne veux pas mourir à Paris !!!

Propos recueillis par Jacques Brachet

Six-Fours – Théâtre Daudet
Patrik COTTET-MOINE sur le divan !

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Patrik Cottet-Moine, c’est une silhouette longiligne surmontée d’un visage mobile, une espèce de masque en caoutchouc qui se déforme à sa convenance, un être qui pourrait être un assemblage de Bourvil, Sim, Courtemanche et Jim Carey. Un long cou, un regard on ne peut plus expressif, une mobilité et une énergie à toute épreuve… Sur scène, difficile à suivre tant il est speed et surtout, difficile de se remettre à respirer normalement entre deux salves de fous-rires dus à ses gags, ses bruitages, ses onomatopées et ce visage qui change à chaque minute.
C’est un grand show man à l’humour décapant, inventif, qui joue avec les situations qu’il s’invente en disant un minimum de mots puisqu’il s’est lui-même catalogué comme mime mais, ajoute-t-il, « un mime rock’n roll » nouvelle génération. Ce n’est pas pour rien que son spectacle, le premier qu’il ait écrit en 2002 et qu’il proposait à nouveau ce soir-là au Théâtre Daudet, s’intitule « Mime de rien » !
Un spectacle qui n’a rien perdu en force, bien au contraire !
J’ai rendez-vous au théâtre avec lui pour une interview et très vite, l’idée lui vient de la faire sur le divan du hall du théâtre… étendu, comme chez Chapier ou aujourd’hui Marc-Olivier Fogiel.
Me voilà donc assis devant lui, lui, couché comme il se doit, et moi prenant mes petites notes comme un psy !

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« Patrik, ce spectacle a 15 ans. En 15 ans il n’y en a eu qu’un autre , intitulé « Chez lui »… Pas prolixe le mec !
(Miracle, il parle normalement !) Mais c’est que je ne me suis pas arrêté depuis ce premier spectacle. Sache que je l’ai jusqu’alors joué 11.000 fois sur les 5 continents, dans 30 pays ! C’est l’avantage d’être mime, on est compris dans le monde entier ! Entre temps quand même j’ai donc écrit un second spectacle, j’ai fait de la musique, des pubs, un peu de cinéma….
Bon, par quoi on commence ? C’est avec la musique que tu as commencé ?
Oui, en jouant dans le groupe « Ankara » puis avec « les Zablocks ». J’ai toujours vécu avec la musique mais déjà, avec Ankara, le spectacle était émaillé de quelques sketches que je faisais en solo ou en duo. Ca marchait bien, c’était très structuré, on a fait beaucoup de spectacles, beaucoup de festivas de musique mais aussi d’humour, on est passé par Avignon, on a joué dans des cafés-théâtres et puis comme j’ai vu que les sketches marchaient bien, j’ai décidé de me lancer seul, avec Patricia Jean qui, depuis quinze ans est ma metteuse en scène et mon éclairagiste.
Quelles ont été tes influences ?
J’ai toujours aimé les « Histoires sans paroles » qui passaient à la télé, tout comme Benny Hill, Tati, Charlot…
Tu ne parles pas de Marceau, qui est pourtant la référence dans le mime.
C’est vrai, c’était un grand monsieur que j’admirais, comme j’admirais le film « Les enfants du Paradis », mais c’était une autre époque même si c’est devenu intemporel. Marceau, c’était un mime poétique, moi je suis plutôt rock’n roll et je suis plus proche de Farid Chopel que j’adorais, ou de Courtemanche. Un mime de situation plus humoristique.

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Avec sa complice, Patricia Jean

A propos de Courtemanche, tu as travaillé avec lui ?
Oui, et ça a été une grande joie. J’ai toujours admiré son travail et j’ai eu la chance d’aller présenter ce spectacle à Montréal où je l’ai rencontré. J’ai osé lui demander de travailler avec moi pour mon second spectacle. Il a été OK. Aujourd’hui, il a arrêté le spectacle, il écrit, produit et met en scène.
Donc tu joues en alternance tes deux spectacles… Est-ce qu’au fil de temps, ils se modifient ?
Pas vraiment même s’ils se nourrissent de toutes les expériences que j’ai vécu de par le monde, avec des publics différents. Par exemple, j’ai joué la veille à l’Oméga Live de Toulon « Chez lui » et le lendemain « Mime de rien » à Daudet. Tant qu’on me les demande !
Par contre j’ai un nouveau spectacle, musical cette fois, qui s’intitule « Au Quai (de la Gare) ». C’est un duo piano-chansons, des chansons que j’ai moi-même écrites et je suis accompagné par Patrick Gondolf, qui est pianiste et accordéoniste. Je jouerai ce spectacle à la 7ème Vague, à la Seyne sur Mer les 15 et 16 mars. C’est un mélange d’histoires et de chansons autour de gens qui attendent leur train dans une gare.

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Entre temps, tu as aussi fait des incursions à la télé pour des pubs et au cinéma… As-tu envie d’y aller plus souvent ?
Je ne sais pas, si ça se présente, pourquoi pas ? J’ai fait quelques castings, ça m’a permis de jouer avec Jean Reno dans « Avis de Mistral », avec Besson pour « Valérian et la cité des mille planètes », j’ai eu un petit rôle dans « Couleur locale » de Coline Serreau, grande bonne femme… Voilà, c’était sympa, rigolo mais j’ai fait ça en passant. Si je voulais continuer il me faudrait travailler plus et je n’ai pas beaucoup de temps. La preuve : je viens de refuser un rôle dans « Plus belle la vie », faute de temps.
On t’a vu aussi dans des pubs…
Oui, j’ai fait Royco, le loto, la 106 et je viens d’en tourner une pour Mercedes pour l’Allemagne. On a tourné en Estonie. Je ne sais pas si elle viendra en France….
J’anime quelquefois des ateliers, je donne des cours dans les écoles, je continue à faire quelques spectacles avec les Zablocks… En fait, je suis une sorte de « comédien couteau suisse », je fais tout pour éviter l’usine !!!
Et tu vis toujours à Cuers ?
Et comment ! Quand je vois la vie et le climat qu’on a ici par rapport à Paris où c’est de plus en plus encombré, où ça pue de plus en plus… Le choix est vite fait !

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Propos recueillis par Jacques Brachet

Six-Fours les Plages
de Malraux à Daudet, de la musique à l’humour

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Grâce à une municipalité et un service culturel très actifs et ouvert, Six-Fours s’est doté d’un cinéma, le Six N’étoiles , où il se passe plein de choses grâce à Paul Bertin, Jérôme Quaretti et Noémie Dumas, d’une salle de concerts avec l’Espace Malraux où Vincent Lechat nous propose un programme éclectique qui va du pop au jazz, du rap au reggae, de l’électro à la chanson française. Enfin, le Théâtre Daudet où, grâce à Jérôme Leleu, l »humour est roi, décliné sous toutes ses formes du stand up à l’impro en passant par les one man shows, la comédie, la magie, l’hypnose et même le mime !
Les six-fournais et les habitants des villes alentours sont très gâtés donc et Six-Fours fait partie de ces villes varoises où l’on peut découvrir plein de spectacles et d’artistes.
Pour cette rentrée 2019, Jérôme Leleu et Dominique Ducasse, adjointe au service culturel de la ville, nous avaient donné un sympathique rendez-vous pour nous présenter leurs vœux et nous parler de cette saison qui démarre et ne s’arrêtera pas jusqu’à l’été.
Rencontre d’autant plus sympathique que Jérôme venait avec, d’abord son épouse qui aujourd’hui prend en main l’accueil de Daudet, Jérôme devant aussi s’occuper d’autres salles de spectacles dont l’Oméga Live de Toulon. Et aussi avec Guillaume Bats, qui est une des révélations de ces dernières années du spectacle seul en scène. Personnage « hors cadre », comme le titre de son one man show l’indique, Guillaume avait à la base tous les handicaps possibles mais il avait la foi, l’humour, l’énergie, la volonté et a fait de son handicap, une réussite aujourd’hui incontestable.
La vie ne l’a pas épargné et aujourd’hui il n’épargne pas la vie et le lui rend bien et peut tout se permettre même si quelquefois son humour est irrévérencieux et corrosif.
« Il est – nous dit Jérôme, qui est devenu son ami – le miroir de notre société, de nos états d’âme, des états du temps, des travers de l’homme ». Et ça le définit bien.
« A ma naissance – nous avoue-t-il – on ne donnait pas cher de ma vie et pourtant je suis là aujourd’hui. Mon parcours a été chaotique. Jusqu’au jour où je me suis dit que, puisqu’on riait de moi, autant que j’en rie moi-même et que je fasse rire les autres. Je suis alors monté à Paris bien décidé à maîtriser ce rire à mon avantage, en abordant plein de thèmes à travers mon histoire, avec beaucoup d’autodérision »

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Et c’est vrai que sur scène il décape, le bougre et ne s’interdit rien qu’il parle de handicap, de sexe, de politique, toujours avec un humour qui peut quelquefois être à la limite du cynisme et de la bienséance tant il est impertinent, insolent et pourtant tellement drôle et touchant.
Guillaume Bats a su se faire aimer « malgré tout », aussi bien du public que de ses confrères comme Kavanagh, Bigard, et deux autres lurons nommés Arnaud Tsamère et Jeremy Ferrari avec qui il a créé à Paris, un sketch dans son spectacle. Tous deux sont venus improviser « Notre Dame de Paris » et, nous avoue-t-il : « Le sketch est complètement partie en c…les, d’abord parce que j’ai oublié mon texte, que nous avons improvisé et que ce qui devait durer dix minutes s’est prolongé vingt-cinq minutes ! Sans compter qu’Arnaud en Esméralda, ça n’était pas triste ! »
Guillaume, accompagné de son chien blanc de blanc nommé… Obama, ça vaut le détour et l’année humoristique a donc bien commencé à l’Oméga Live où il se produisait vendredi, suivi de Daudet ce samedi.
Après que Dominique Ducasse nous ait présenté la saison musicale de Malraux*, Jérôme nous a présenté sa saison à Daudet, où il a u mêler les genres, les nouveaux à qui il offre une scène, les « vedettes » d’aujourd’hui et même les stars qui lui font aujourd’hui tellement confiance qu’elles viennent roder et tester leur nouveau spectacle avant Paris. Ainsi au fil des mois verra-t-on revenir Tano (18 janvier), Warren Zavatta (2 février), Patrick Cottet Moine (9 février), Yves Pujol (23 mars), Maxime (29 mars) et quelques autres, pour finir en beauté avec le retour d’un « two man show » avec les frères Taloche.
Bien évidemment nous vous tiendrons informés de la programmation que vous pouvez d’ores et déjà découvrir en son entier sur www.fantaisie-prod.com.
Le duo Jérôme-Dominique semble fonctionner à merveille puisque Jérôme a remercié Dominique pour son accueil et son accompagnement et que Dominique en a fait autant en le félicitant pour la qualité de sa programmation et son accueil avec le public.
Bref, l’atmosphère fut sur le signe de l’amitié, de l’humour bien sur et Obama manifesta sa joie d’être en si bonne compagnie !
Un peu de rire et de chaleur en ces temps perturbés, ça fait du bien à tout le monde !

Jacques Brachet
*Prochaines dates à Malraux : 15 mars : Odezienne – 16 mars : Dafur Arnalds – 4 avril : Miossec – 11 avril : Tiken Jah Fakdy – 19 avril : RK – 23 mai : Hailey Tuck

Toulon – Janvier à l’Espace Comédia

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Mardi 15 janvier 20h45
M. Ibrahim et les fleurs du Coran d’Eric-Emmanuel Schmitt
Par le Théâtre du Sablier – Mise en scène et interprétation Prosper Diss
Ce texte est un lieu de réflexion sur l’amitié, la force de vivre, la tolérance.
Fable, conte, voyage initiatique…
Emprunt de philosophie, d’amour et d’humanité, ce texte touche le cœur de tous les hommes. On devrait tous avoir la chance de rencontrer un Monsieur Ibrahim dans notre vie…
Paris, Rue Bleue. Dans les années 60.
Moïse (Momo), un garçon juif de onze ans livré à lui-même, devient l’ami du vieil épicier
arabe de la Rue Bleue.
Abandonné par sa mère, il supporte de moins en moins de vivre seul avec son père. Il doit tout faire : laver, étudier, cuisiner, porter les commissions, vivre seul dans un appartement noir, vide et sans amour, être esclave d’un avocat sans affaires et sans femme…
Un jour le regard de Momo croise celui de Monsieur Ibrahim qui contemple la vie du haut de son tabouret et, de conversation en conversation, la vie devient plus souriante, les choses ordinaires extraordinaires…
Grâce au vieil arabe soufi, Momo entame un long voyage initiatique où il découvrira la bonté, l’amour et même l’adoption. Comme promis, Monsieur Ibrahim l’emmènera à sa mer de naissance. Il y décédera.
De retour à Paris, Momo découvrira que Monsieur Ibrahim lui a tout légué, son épicerie de la Rue Bleue qui n’est toujours pas bleue, son vieux Coran et son argent.
Pour tout le monde, Momo devient à son tout l’arabe du coin.

thumbnail_Monsieur Ibrahim thumbnail__MG_8260T-crédit S. Laurent

Vendredi 25 janvier 20h45
« Un rapport sur la banalité de l’amour » de Mario Diament
Mise en scène : André Nerman – Avec Emmanuelle Wion et André Nerman
Nous sommes en 1925 en Allemagne. Martin Heidegger est professeur de philosophie à l’Université de Marbourg. Son étudiante Hannah Arendt est subjuguée par cet homme brillant. Ils deviennent très vite amants. Dans ce pays vaincu les idées nazies gagnent du terrain. Hannah est juive. Elle est effrayée et révoltée par l’ascension de Hitler. Martin croit voir en ce mouvement un renouveau pour l’Allemagne et se compromet un temps avec les nazis. En dépit de ce fossé qui les sépare, les amants se retrouvent régulièrement.
Au cours de cinq rencontres entre 1925 et 1950, nous allons suivre l’histoire passionnée et tumultueuse de ces deux génies de la pensée du XXème siècle.
« Ce qui sépare les amants du monde qui les entoure, c’est le fait qu’ils soient dépourvus de monde, que le monde se consume entre les amants. » (Hannah Arendt)
Cette pièce est aujourd’hui d’une brûlante actualité : dans un monde amnésique menacé par la montée des populismes, l’Histoire nous rappelle comment même les plus grands esprits peuvent se laisser happer par la spirale sournoise de la barbarie.
A l’inverse de beaucoup d’intellectuels et d’artistes qui ont su s’arrêter à temps (comme l’École du Bauhaus qui a inspiré le décor) Martin Heidegger a fait un pas de trop… Et dans ce contexte dramatique, cette histoire d’amour passionnée et somme toute « banale » met en lumière le conflit inextricable entre les convictions et les actions, le désir et les sentiments. Hannah dans sa détresse et dans son combat contre le totalitarisme ne peut cesser d’aimer Martin qui ne l’oubliera jamais…
Un amour d’une telle puissance que les idées mêmes en sont bousculées, dans la tentative désespérée, non pas de comprendre, mais de pardonner ou d’obtenir le pardon.
André Nerman

 

Toulon – Espace Comédia
Un réveillon marseillais !

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Frédéric Muhl Valentin

On oublie que l’ancêtre de la comédie musicale s’appelait « opérette » et que nombre de grands artistes s’y sont illustrés, d’Annie Cordy à Luis Mariano en passant par Georges Guétary, Bourvil, le fameux couple Merkès-Merval, Dario Moreno, André Dassary, Tino Rossi, Fernand Sardou…
Sadou, le père de Michel, marseillais bon teint, qui fit les beaux jours de l’opérette marseillaise, spécifique grâce à cet accent du Midi que l’on attrape du côté de la Canebière.
Si Offebach en a été un précurseur, Francis Lopez a donné ses lettres de noblesse à ces « petits opéras » qui, à contrario des « grand opéras », se terminent toujours bien. Du côté de Marseille il y eut un trio de choc : Vincent Scotto, René Sarvil, Henri Alibert qui nous ont offert un florilège de ces premiers spectacles musicaux d’où sont issus des comédiens comme Rellys, Charpin entre autres, récupérés plus tard par Marcel Pagnol.
Alors, après une période de silence où, pendant ce temps, Hollywood a fait les choux gras avec ce qu’ils ont appelé « comédies musicales », ce genre de spectacle a eu du mal à se faire une place en France. Personne n’aurait parié un kopeck sans la venue de Michel Berger et Luc Plamondon qui, grâce à « Starmania », ont relancé le genre, mettant un peu au placard nos bonnes vieilles opérettes bien françaises qui, aujourd’hui, ne se jouent plus beaucoup.
Et pourtant, André Neyton a pris le risque d’en proposer une à l’Espace Comédia, pour les fêtes de fin d’année car enfin, quoi de mieux que de finir l’année en chansons avec une bonne vieille opérette marseillaise qu’est « Trois de la Marine » du trio Sarvil-Alibert-Scotto ?
Elle est adaptée et mise en scène par Frédéric Muhl Valentin.
Opérette dépoussiérée, qui n’a pas pris une seule ride, spectacle joyeux s’il en est avec des artistes d’aujourd’hui qui n’ont pas peur de s’y lancer.
Fredéric Muhl est marseillais où il a fait ses classes au Conservatoire National de Région. En 1990 il fonde la troupe des Carboni dans le quartier du Panier, où il montera Molière, Hugo, Shakespeare. Il deviendra en 1998 vice-président d’Avignon et Compagnies pour le off, puis il créera le théâtre ambulant la Posada, le Funny Music avant d’être nommé en septembre dernier directeur du Studio International de Paris. Il est professeur à Aix-en-Provence.

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Anthony Joubert – Grégory Benchenafi

Autour de Fred Muhl Valentin qui a tout signé : adaptation, mise en scène, scénographie et costumes, dirigés musicalement par Amandine Flé et Djongo, on retrouve une jolie brochette de jeunes artistes comme l’Arlésien Anthony Joubert, humoriste, comédien et chanteur dont on connaît entre autre les one man shows et le duo avec Eric Collado. Le marseillais.
Gregory Benchenafi, chanteur, comédien, auteur, metteur en scène, bercé par les opérettes et les comédies musicale qu’il a beaucoup jouées, il a démarré avec l’équipe de Roger Louret et fut entre autre Mike Brant dans le spectacle musical dédié à cet artiste.

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Roxane le Texier – Julia Duchaussoy

La belge Roxane Le Texier, que l’on a pu voir dans « Mozart, l’opéra rock » ou « 1789, les amants de la Bastille ». Chanteuse et comédienne elle joue également dans la pièce d’Eric-Emmanuel Schmit « Hôtel des deux mondes ».
Julia Duchaussoy, digne fille de ses parents, mon amie Corinne le Poulain, hélas disparue et Michel Duchaussoy, elle débute au TNP avec Roger Planchon puis on la verra auprès de Dany Boon dans son spectacle « La vie de chantier », dans la série « Capitaine Marleau » et surtout elle est la créatrice d’un festival de Théâtre qu’elle dirige à Vaison la Romaine.

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Jules Grison – – Fred Lamia

L’ardennais Jules Grison, lui, a été bercé par Brel, Bécaud, Aznavour a qui il a dédié un spectacle avec lequel il tourne (Il a fait halte au Théâtre Galli) intitulé « Formidable ». Il fut le Roméo de « Romé et Juliette », est aussi passé par Roger Louret et retrouve sur « Trois de la marine », son complice Grégory Benchenafi avec qui il a créé un spectacle musical pour enfants : « Le monde de Zazo ».
Fred Lamia est marseillais. Après avoir été animateur de club de vacances, il étudie le chant à Nice, rencontre Frédéric Muhl et entre dans sa compagnie les Carboni. Il jouera dans la pièce à succès « Le clan des divorcées » mais aussi du Guitry, du Techekhov pour revenir dans l’opérette « Un de la Canebière ».

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Sophie Tellier est danseuse, chorégraphe, comédienne, chanteuse. Elle a travaillé à l’Opéra de Paris, avec Roland Petit, Mylène Farmer dont elle fut la chorégraphe, et s’est toujours partagée entre danse, théâtre et musique, jouant Feydeau et Offenbach, Shakespeare et Prokofiev, Sophocle et Jérôme Savary… On ne peut plus éclectique ! Elle sera même la collaboratrice de Julia Migenes pour la première mise en scène de celle-ci pour « Le barbier de Séville »
Enfin, notre toulonnaise Barbara Laurent, qui a fait ses classes chez Pascal Sevran, qui a rendu hommage à Brel, Barbara, Dalida. On a pu aussi la voir dans des séries comme « Section de recherches » « Caïn » et au cinéma dans « Marius » et « Fanny » de Daniel Auteuil. Avec Frédéric Muhl elle créé « Mon cabaret marseillais » et joue dans une comédie musicale romantique qu’elle a écrit « Mes ex », mise en scène par l’incontournable Grégory Benchenafi !
Comme on le voit, la distribution est belle et talentueuses pour redonner vie à cette inénarrable opérette.
L’histoire retrace les aventures sentimentales et grotesques de trois matelots de « L’Indomptable ». Au fil d’une bordée qu’ils veulent tirer à Toulon, Antonin, Favouille et Papillote se voient entraînés à la suite de l’intrigante Dora et de l’homme aux lunettes noires dans une cascade de péripéties. Documents secrets, bébé voyageur, ballets burlesques des blanchisseuses se mêlent à la musique ingénieuse de Vincent Scotto.

La soirée du 31 décembre est complète, par contre il reste de la place pour celle du 1er janvier à 16h!
Tarif unique 35€ : spectacle et champagne
Réservations au 04 94 42 71 01 et sur www.espacecomedia.com

Sanary – Théâtre Galli
Jeanfi JANSSENS, le steward devenu comédien

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Comme Dutronc, « toute sa vie il a rêvé d’être une hôtesse de l’air »… Et d’entrée de jeu, il nous avoue être arrivé à être une hôtesse de l’air… avec des c…lles !
Et à partir de là, de nous raconter son ascension dans le ciel du monde entier, ses péripéties avec les passagers et Dieu sait s’il a des anecdotes à nous raconter, qu’il a notées sur son propre journal de bord… Et c’est du vécu, du premier jour dans sa compagnie jusqu’à sa démission pour cause d’humour. Humour qu’il nous offre durant une heure et demi sans répit avec une énergie, une faconde venue du ch’ti qu’il est et dont il a gardé l’accent et quelques expressions qui vont faire mourir de rire la salle pleine du théâtre Galli.
Et puis, comme il est cash et… ne s’en cache pas, il nous raconte comment ses parents ont appris et digéré le fait d’avoir une Marie Toutoule – expression pour dire gay en ch’ti – qui en plus, leur présente son petit ami allemand nommé Ahmed ! D’autant qu’ils avaient déjà dû connaître cette situation avec sa sœur qui est lesbienne ! A mourir de rire tant il est expressif dans la façon d’imiter sa mère, son père et sa sœur… Oh Oh… C’était pas vraiment le bonheur pour eux si ça l’a été pour nous ! Avoir une fille conducteur de poids lourds et un fils hôtesse de l’air… Le monde à l’envers !
Sur scène il raconte, il mime, il rit beaucoup, il danse… restes minimalistes de son passage à « Danse avec les stars ».
Mais il est réaliste et s’il est resté six semaines dans cette émission, malgré les critiques acerbes du jury, il sait que ce n’est que parce que les gens et le public qui l’aiment ont voté en masse… jusqu’à ce que ne soit plus crédible du tout !

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Autre sketch irrésistible lorsque, vêtue en hôtesse de l’air, il fait passer les tests aux futurs stewards et hôtesse, en prenant un spectateur dans la salle. Et encore cette hôtesse qui n’a plus d’âge et qui se cramponne au chariot comme si c’était un déambulateur à roulettes.
En passant il remercie Stéphane Plaza qui est devenu son ami (faute de mieux… il n’est pas pédé nous assure-t-il !) après lui avoir trouvé un appartement alors qu’il était fauché pour la Nième fois à la suite de séparations d’amants malintentionnés. Il remercie aussi Laurent Ruquier qui l’a beaucoup aidé (sans liaison !) et l’a invité à entrer à son émission « Les grosses têtes ».
En fait, il nous raconte sa vie qui est loin d’être triste et nous a fait hurler de rire durant tout le spectacle.
Après celui-ci, il nous a été difficile de faire une interview, d’abord parce qu’il répond à toutes les questions qu’on pourrait se poser durant une heure et demi et puis parce qu’une bonne partie de sa famille était là dans la salle, ainsi qu’une des premières hôtesse de l’air avec qui il avait travaillé.

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Des retrouvaille familiales donc, dans lesquelles il m’englobe et me remerciant d’être venu, m’embrassant, me tutoyant comme si nous nous étions toujours connus.
Simplicité, gentillesse, sourire permanent… Ce nouveau petit elfe de l’humour est bien sympathique.
D’autant qu’après ça, il est encore allé discuter avec le public qui l’attendait, n’étant pas avare de selfies et de dédicaces de son livre.
Son livre, paru chez Michel Lafon, s’intitule « Le carnet de bord de Jeanfi ». Prolongement de son spectacle, on y retrouve blagues et anecdotes, récits de voyages car il a fait le tour du monde, on apprend plein de choses sur la vie d’un avion, il y a des jeux, des quiz et l’on se marre tout autant que durant son one ma show.
Enfin un humoriste qui sort de l’ordinaire et qui, malgré quelques propos à ne pas laisser dans les chastes oreille d’enfants. Et il y en avait au premier rang, à son grande confusion. Mais le sketch sur son escale asiatique dans un club échangiste, avec plein de mimiques afin de pas employer certains mots, c’est du grand art !

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« Jeanfi décolle » est le titre de ce spectacle qui nous a fait décoller avec lui sur les cimes du rire.

Jacques Brachet

Toulon – Le Liberté – scène nationale
Le Promontoire du Songe

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Retour au Liberté, pour quelques soirs de décembre, de Philippe Berling, ex co-directeur de ce théâtre avec son frère Charles Berling.
Ivan Dmitrieff, comédien, metteur en scène, poète, photographe, auteur de lectures-spectacles en musique, est tombé amoureux de ce texte peu connu de Victor Hugo « Le promontoire du songe », nom d’un volcan lunaire. Il eut une folle envie de le jouer sur scène, c’est chose faite : il sera Victor Hugo, Philippe Berling assurera la mise en scène, la scénographie, et la lumière, tous deux participant à l’adaptation, le costume étant l’affaire de Nathalie Prats.
Résumons l’affaire : Victor Hugo a « pris un coup de lune » en 1834 chez son ami l’astronome François Arago (1786-1853) qui lui fit regarder la lune dans un nouveau télescope qui grossissait 400 fois. Au premier abord Victor Hugo ne vit rien, « qu’un trou dans l’obscur » puis petit à petit il arriva à la vision de ce « Promontoire du Songe ». il dit avoir reçu une secousse du réel. Partant de là le texte déborde et va scander, développer des tirades sur la lune à travers les interprétations de différents penseurs, la liberté, la création, les aventuriers de l’esprit, l’imagination, l’insaisissable, Dieu, la religion, et bien d’autres choses encore. C’est tout simplement admirable.
Salle plongée dans le noir, soudain s’élève le chant d’une flûte turque. Le comédien allume une bougie, apparait alors le décor, un immense rideau vert foncé tendu depuis les cintres et qui se déploie sur le sol. Au centre une colonne sur laquelle est fixée une grosse caisse de fanfare, avec à l’intérieur un gong. C’est la lune, pouvant tourner sur elle-même ; elle servira d’élément catalyseur, étant à la fois lune, télescope ou instrument de musique. Un piano d’enfant sur lequel le personnage jouera « Au clair de la lune », repris en chœur par le public. Une échelle de Jacob, un téléphone araignée : touche anachronique qui permet une conversation, jeu de mots marquant la transition vers, en somme, le deuxième acte, beaucoup plus grave – une grosse boule, la terre ? – une dame-jeanne. Et puis surtout l’utilisation, à un moment donné, d’un splendide masque de rhinocéros, symbolisant bien sûr la part de l’animal en l’homme, et peut-être aussi pour montrer que l’Homme s’en est détaché – confer la scène où le comédien s’extrait de l’animal avec moult efforts.

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Ivan Dmitrieff apparaît en une sorte de chamane-aède-philosophe, vêtu d’une longue robe jaune, sur laquelle il a enfilé une chasuble blanche et une redingote queue de pie. Il va dire, déclamer, presque danser par moment, bondir, virevolter, chanter, occupant toute la scène dans une gestuelle des plus élégante, se servant avec un à propos parfait des objets de scène. Si bien qu’on est pris, entraîné dans ce maelstrom hugolien, qui amuse parfois, qui rend gai, mais qui fait surtout réfléchir sur notre place dans le monde et la condition humaine. La mise en scène et la direction d’acteur sont au-dessus de tous soupçons. L’utilisation de lumières minimalistes, naturelles, comme la bougie, plonge la scène dans un rêve éveillé, dans un songe qui nous rend réceptifs à ce qui est vu et dit. Elle magnifie les objets, le personnage, de sorte qu’on se retrouve pris, pour le meilleur, dans un conte qui nous raconte.
Voilà une belle réussite à trois voix, qui démontre combien le théâtre peut être grand avec peu de moyens matériels.

Serge Baudot
Voir l’interview de Philippe Berling – Ivan Dmitrieff le 11 décembre 2018 par Jacques Brachet à Châteauvallon