Archives pour la catégorie Théâtre

Six-Fours les Plages
de Malraux à Daudet, de la musique à l’humour

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Grâce à une municipalité et un service culturel très actifs et ouvert, Six-Fours s’est doté d’un cinéma, le Six N’étoiles , où il se passe plein de choses grâce à Paul Bertin, Jérôme Quaretti et Noémie Dumas, d’une salle de concerts avec l’Espace Malraux où Vincent Lechat nous propose un programme éclectique qui va du pop au jazz, du rap au reggae, de l’électro à la chanson française. Enfin, le Théâtre Daudet où, grâce à Jérôme Leleu, l »humour est roi, décliné sous toutes ses formes du stand up à l’impro en passant par les one man shows, la comédie, la magie, l’hypnose et même le mime !
Les six-fournais et les habitants des villes alentours sont très gâtés donc et Six-Fours fait partie de ces villes varoises où l’on peut découvrir plein de spectacles et d’artistes.
Pour cette rentrée 2019, Jérôme Leleu et Dominique Ducasse, adjointe au service culturel de la ville, nous avaient donné un sympathique rendez-vous pour nous présenter leurs vœux et nous parler de cette saison qui démarre et ne s’arrêtera pas jusqu’à l’été.
Rencontre d’autant plus sympathique que Jérôme venait avec, d’abord son épouse qui aujourd’hui prend en main l’accueil de Daudet, Jérôme devant aussi s’occuper d’autres salles de spectacles dont l’Oméga Live de Toulon. Et aussi avec Guillaume Bats, qui est une des révélations de ces dernières années du spectacle seul en scène. Personnage « hors cadre », comme le titre de son one man show l’indique, Guillaume avait à la base tous les handicaps possibles mais il avait la foi, l’humour, l’énergie, la volonté et a fait de son handicap, une réussite aujourd’hui incontestable.
La vie ne l’a pas épargné et aujourd’hui il n’épargne pas la vie et le lui rend bien et peut tout se permettre même si quelquefois son humour est irrévérencieux et corrosif.
« Il est – nous dit Jérôme, qui est devenu son ami – le miroir de notre société, de nos états d’âme, des états du temps, des travers de l’homme ». Et ça le définit bien.
« A ma naissance – nous avoue-t-il – on ne donnait pas cher de ma vie et pourtant je suis là aujourd’hui. Mon parcours a été chaotique. Jusqu’au jour où je me suis dit que, puisqu’on riait de moi, autant que j’en rie moi-même et que je fasse rire les autres. Je suis alors monté à Paris bien décidé à maîtriser ce rire à mon avantage, en abordant plein de thèmes à travers mon histoire, avec beaucoup d’autodérision »

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Et c’est vrai que sur scène il décape, le bougre et ne s’interdit rien qu’il parle de handicap, de sexe, de politique, toujours avec un humour qui peut quelquefois être à la limite du cynisme et de la bienséance tant il est impertinent, insolent et pourtant tellement drôle et touchant.
Guillaume Bats a su se faire aimer « malgré tout », aussi bien du public que de ses confrères comme Kavanagh, Bigard, et deux autres lurons nommés Arnaud Tsamère et Jeremy Ferrari avec qui il a créé à Paris, un sketch dans son spectacle. Tous deux sont venus improviser « Notre Dame de Paris » et, nous avoue-t-il : « Le sketch est complètement partie en c…les, d’abord parce que j’ai oublié mon texte, que nous avons improvisé et que ce qui devait durer dix minutes s’est prolongé vingt-cinq minutes ! Sans compter qu’Arnaud en Esméralda, ça n’était pas triste ! »
Guillaume, accompagné de son chien blanc de blanc nommé… Obama, ça vaut le détour et l’année humoristique a donc bien commencé à l’Oméga Live où il se produisait vendredi, suivi de Daudet ce samedi.
Après que Dominique Ducasse nous ait présenté la saison musicale de Malraux*, Jérôme nous a présenté sa saison à Daudet, où il a u mêler les genres, les nouveaux à qui il offre une scène, les « vedettes » d’aujourd’hui et même les stars qui lui font aujourd’hui tellement confiance qu’elles viennent roder et tester leur nouveau spectacle avant Paris. Ainsi au fil des mois verra-t-on revenir Tano (18 janvier), Warren Zavatta (2 février), Patrick Cottet Moine (9 février), Yves Pujol (23 mars), Maxime (29 mars) et quelques autres, pour finir en beauté avec le retour d’un « two man show » avec les frères Taloche.
Bien évidemment nous vous tiendrons informés de la programmation que vous pouvez d’ores et déjà découvrir en son entier sur www.fantaisie-prod.com.
Le duo Jérôme-Dominique semble fonctionner à merveille puisque Jérôme a remercié Dominique pour son accueil et son accompagnement et que Dominique en a fait autant en le félicitant pour la qualité de sa programmation et son accueil avec le public.
Bref, l’atmosphère fut sur le signe de l’amitié, de l’humour bien sur et Obama manifesta sa joie d’être en si bonne compagnie !
Un peu de rire et de chaleur en ces temps perturbés, ça fait du bien à tout le monde !

Jacques Brachet
*Prochaines dates à Malraux : 15 mars : Odezienne – 16 mars : Dafur Arnalds – 4 avril : Miossec – 11 avril : Tiken Jah Fakdy – 19 avril : RK – 23 mai : Hailey Tuck

Toulon – Janvier à l’Espace Comédia

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Mardi 15 janvier 20h45
M. Ibrahim et les fleurs du Coran d’Eric-Emmanuel Schmitt
Par le Théâtre du Sablier – Mise en scène et interprétation Prosper Diss
Ce texte est un lieu de réflexion sur l’amitié, la force de vivre, la tolérance.
Fable, conte, voyage initiatique…
Emprunt de philosophie, d’amour et d’humanité, ce texte touche le cœur de tous les hommes. On devrait tous avoir la chance de rencontrer un Monsieur Ibrahim dans notre vie…
Paris, Rue Bleue. Dans les années 60.
Moïse (Momo), un garçon juif de onze ans livré à lui-même, devient l’ami du vieil épicier
arabe de la Rue Bleue.
Abandonné par sa mère, il supporte de moins en moins de vivre seul avec son père. Il doit tout faire : laver, étudier, cuisiner, porter les commissions, vivre seul dans un appartement noir, vide et sans amour, être esclave d’un avocat sans affaires et sans femme…
Un jour le regard de Momo croise celui de Monsieur Ibrahim qui contemple la vie du haut de son tabouret et, de conversation en conversation, la vie devient plus souriante, les choses ordinaires extraordinaires…
Grâce au vieil arabe soufi, Momo entame un long voyage initiatique où il découvrira la bonté, l’amour et même l’adoption. Comme promis, Monsieur Ibrahim l’emmènera à sa mer de naissance. Il y décédera.
De retour à Paris, Momo découvrira que Monsieur Ibrahim lui a tout légué, son épicerie de la Rue Bleue qui n’est toujours pas bleue, son vieux Coran et son argent.
Pour tout le monde, Momo devient à son tout l’arabe du coin.

thumbnail_Monsieur Ibrahim thumbnail__MG_8260T-crédit S. Laurent

Vendredi 25 janvier 20h45
« Un rapport sur la banalité de l’amour » de Mario Diament
Mise en scène : André Nerman – Avec Emmanuelle Wion et André Nerman
Nous sommes en 1925 en Allemagne. Martin Heidegger est professeur de philosophie à l’Université de Marbourg. Son étudiante Hannah Arendt est subjuguée par cet homme brillant. Ils deviennent très vite amants. Dans ce pays vaincu les idées nazies gagnent du terrain. Hannah est juive. Elle est effrayée et révoltée par l’ascension de Hitler. Martin croit voir en ce mouvement un renouveau pour l’Allemagne et se compromet un temps avec les nazis. En dépit de ce fossé qui les sépare, les amants se retrouvent régulièrement.
Au cours de cinq rencontres entre 1925 et 1950, nous allons suivre l’histoire passionnée et tumultueuse de ces deux génies de la pensée du XXème siècle.
« Ce qui sépare les amants du monde qui les entoure, c’est le fait qu’ils soient dépourvus de monde, que le monde se consume entre les amants. » (Hannah Arendt)
Cette pièce est aujourd’hui d’une brûlante actualité : dans un monde amnésique menacé par la montée des populismes, l’Histoire nous rappelle comment même les plus grands esprits peuvent se laisser happer par la spirale sournoise de la barbarie.
A l’inverse de beaucoup d’intellectuels et d’artistes qui ont su s’arrêter à temps (comme l’École du Bauhaus qui a inspiré le décor) Martin Heidegger a fait un pas de trop… Et dans ce contexte dramatique, cette histoire d’amour passionnée et somme toute « banale » met en lumière le conflit inextricable entre les convictions et les actions, le désir et les sentiments. Hannah dans sa détresse et dans son combat contre le totalitarisme ne peut cesser d’aimer Martin qui ne l’oubliera jamais…
Un amour d’une telle puissance que les idées mêmes en sont bousculées, dans la tentative désespérée, non pas de comprendre, mais de pardonner ou d’obtenir le pardon.
André Nerman

 

Toulon – Espace Comédia
Un réveillon marseillais !

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Frédéric Muhl Valentin

On oublie que l’ancêtre de la comédie musicale s’appelait « opérette » et que nombre de grands artistes s’y sont illustrés, d’Annie Cordy à Luis Mariano en passant par Georges Guétary, Bourvil, le fameux couple Merkès-Merval, Dario Moreno, André Dassary, Tino Rossi, Fernand Sardou…
Sadou, le père de Michel, marseillais bon teint, qui fit les beaux jours de l’opérette marseillaise, spécifique grâce à cet accent du Midi que l’on attrape du côté de la Canebière.
Si Offebach en a été un précurseur, Francis Lopez a donné ses lettres de noblesse à ces « petits opéras » qui, à contrario des « grand opéras », se terminent toujours bien. Du côté de Marseille il y eut un trio de choc : Vincent Scotto, René Sarvil, Henri Alibert qui nous ont offert un florilège de ces premiers spectacles musicaux d’où sont issus des comédiens comme Rellys, Charpin entre autres, récupérés plus tard par Marcel Pagnol.
Alors, après une période de silence où, pendant ce temps, Hollywood a fait les choux gras avec ce qu’ils ont appelé « comédies musicales », ce genre de spectacle a eu du mal à se faire une place en France. Personne n’aurait parié un kopeck sans la venue de Michel Berger et Luc Plamondon qui, grâce à « Starmania », ont relancé le genre, mettant un peu au placard nos bonnes vieilles opérettes bien françaises qui, aujourd’hui, ne se jouent plus beaucoup.
Et pourtant, André Neyton a pris le risque d’en proposer une à l’Espace Comédia, pour les fêtes de fin d’année car enfin, quoi de mieux que de finir l’année en chansons avec une bonne vieille opérette marseillaise qu’est « Trois de la Marine » du trio Sarvil-Alibert-Scotto ?
Elle est adaptée et mise en scène par Frédéric Muhl Valentin.
Opérette dépoussiérée, qui n’a pas pris une seule ride, spectacle joyeux s’il en est avec des artistes d’aujourd’hui qui n’ont pas peur de s’y lancer.
Fredéric Muhl est marseillais où il a fait ses classes au Conservatoire National de Région. En 1990 il fonde la troupe des Carboni dans le quartier du Panier, où il montera Molière, Hugo, Shakespeare. Il deviendra en 1998 vice-président d’Avignon et Compagnies pour le off, puis il créera le théâtre ambulant la Posada, le Funny Music avant d’être nommé en septembre dernier directeur du Studio International de Paris. Il est professeur à Aix-en-Provence.

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Anthony Joubert – Grégory Benchenafi

Autour de Fred Muhl Valentin qui a tout signé : adaptation, mise en scène, scénographie et costumes, dirigés musicalement par Amandine Flé et Djongo, on retrouve une jolie brochette de jeunes artistes comme l’Arlésien Anthony Joubert, humoriste, comédien et chanteur dont on connaît entre autre les one man shows et le duo avec Eric Collado. Le marseillais.
Gregory Benchenafi, chanteur, comédien, auteur, metteur en scène, bercé par les opérettes et les comédies musicale qu’il a beaucoup jouées, il a démarré avec l’équipe de Roger Louret et fut entre autre Mike Brant dans le spectacle musical dédié à cet artiste.

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Roxane le Texier – Julia Duchaussoy

La belge Roxane Le Texier, que l’on a pu voir dans « Mozart, l’opéra rock » ou « 1789, les amants de la Bastille ». Chanteuse et comédienne elle joue également dans la pièce d’Eric-Emmanuel Schmit « Hôtel des deux mondes ».
Julia Duchaussoy, digne fille de ses parents, mon amie Corinne le Poulain, hélas disparue et Michel Duchaussoy, elle débute au TNP avec Roger Planchon puis on la verra auprès de Dany Boon dans son spectacle « La vie de chantier », dans la série « Capitaine Marleau » et surtout elle est la créatrice d’un festival de Théâtre qu’elle dirige à Vaison la Romaine.

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Jules Grison – – Fred Lamia

L’ardennais Jules Grison, lui, a été bercé par Brel, Bécaud, Aznavour a qui il a dédié un spectacle avec lequel il tourne (Il a fait halte au Théâtre Galli) intitulé « Formidable ». Il fut le Roméo de « Romé et Juliette », est aussi passé par Roger Louret et retrouve sur « Trois de la marine », son complice Grégory Benchenafi avec qui il a créé un spectacle musical pour enfants : « Le monde de Zazo ».
Fred Lamia est marseillais. Après avoir été animateur de club de vacances, il étudie le chant à Nice, rencontre Frédéric Muhl et entre dans sa compagnie les Carboni. Il jouera dans la pièce à succès « Le clan des divorcées » mais aussi du Guitry, du Techekhov pour revenir dans l’opérette « Un de la Canebière ».

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Sophie Tellier est danseuse, chorégraphe, comédienne, chanteuse. Elle a travaillé à l’Opéra de Paris, avec Roland Petit, Mylène Farmer dont elle fut la chorégraphe, et s’est toujours partagée entre danse, théâtre et musique, jouant Feydeau et Offenbach, Shakespeare et Prokofiev, Sophocle et Jérôme Savary… On ne peut plus éclectique ! Elle sera même la collaboratrice de Julia Migenes pour la première mise en scène de celle-ci pour « Le barbier de Séville »
Enfin, notre toulonnaise Barbara Laurent, qui a fait ses classes chez Pascal Sevran, qui a rendu hommage à Brel, Barbara, Dalida. On a pu aussi la voir dans des séries comme « Section de recherches » « Caïn » et au cinéma dans « Marius » et « Fanny » de Daniel Auteuil. Avec Frédéric Muhl elle créé « Mon cabaret marseillais » et joue dans une comédie musicale romantique qu’elle a écrit « Mes ex », mise en scène par l’incontournable Grégory Benchenafi !
Comme on le voit, la distribution est belle et talentueuses pour redonner vie à cette inénarrable opérette.
L’histoire retrace les aventures sentimentales et grotesques de trois matelots de « L’Indomptable ». Au fil d’une bordée qu’ils veulent tirer à Toulon, Antonin, Favouille et Papillote se voient entraînés à la suite de l’intrigante Dora et de l’homme aux lunettes noires dans une cascade de péripéties. Documents secrets, bébé voyageur, ballets burlesques des blanchisseuses se mêlent à la musique ingénieuse de Vincent Scotto.

La soirée du 31 décembre est complète, par contre il reste de la place pour celle du 1er janvier à 16h!
Tarif unique 35€ : spectacle et champagne
Réservations au 04 94 42 71 01 et sur www.espacecomedia.com

Sanary – Théâtre Galli
Jeanfi JANSSENS, le steward devenu comédien

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Comme Dutronc, « toute sa vie il a rêvé d’être une hôtesse de l’air »… Et d’entrée de jeu, il nous avoue être arrivé à être une hôtesse de l’air… avec des c…lles !
Et à partir de là, de nous raconter son ascension dans le ciel du monde entier, ses péripéties avec les passagers et Dieu sait s’il a des anecdotes à nous raconter, qu’il a notées sur son propre journal de bord… Et c’est du vécu, du premier jour dans sa compagnie jusqu’à sa démission pour cause d’humour. Humour qu’il nous offre durant une heure et demi sans répit avec une énergie, une faconde venue du ch’ti qu’il est et dont il a gardé l’accent et quelques expressions qui vont faire mourir de rire la salle pleine du théâtre Galli.
Et puis, comme il est cash et… ne s’en cache pas, il nous raconte comment ses parents ont appris et digéré le fait d’avoir une Marie Toutoule – expression pour dire gay en ch’ti – qui en plus, leur présente son petit ami allemand nommé Ahmed ! D’autant qu’ils avaient déjà dû connaître cette situation avec sa sœur qui est lesbienne ! A mourir de rire tant il est expressif dans la façon d’imiter sa mère, son père et sa sœur… Oh Oh… C’était pas vraiment le bonheur pour eux si ça l’a été pour nous ! Avoir une fille conducteur de poids lourds et un fils hôtesse de l’air… Le monde à l’envers !
Sur scène il raconte, il mime, il rit beaucoup, il danse… restes minimalistes de son passage à « Danse avec les stars ».
Mais il est réaliste et s’il est resté six semaines dans cette émission, malgré les critiques acerbes du jury, il sait que ce n’est que parce que les gens et le public qui l’aiment ont voté en masse… jusqu’à ce que ne soit plus crédible du tout !

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Autre sketch irrésistible lorsque, vêtue en hôtesse de l’air, il fait passer les tests aux futurs stewards et hôtesse, en prenant un spectateur dans la salle. Et encore cette hôtesse qui n’a plus d’âge et qui se cramponne au chariot comme si c’était un déambulateur à roulettes.
En passant il remercie Stéphane Plaza qui est devenu son ami (faute de mieux… il n’est pas pédé nous assure-t-il !) après lui avoir trouvé un appartement alors qu’il était fauché pour la Nième fois à la suite de séparations d’amants malintentionnés. Il remercie aussi Laurent Ruquier qui l’a beaucoup aidé (sans liaison !) et l’a invité à entrer à son émission « Les grosses têtes ».
En fait, il nous raconte sa vie qui est loin d’être triste et nous a fait hurler de rire durant tout le spectacle.
Après celui-ci, il nous a été difficile de faire une interview, d’abord parce qu’il répond à toutes les questions qu’on pourrait se poser durant une heure et demi et puis parce qu’une bonne partie de sa famille était là dans la salle, ainsi qu’une des premières hôtesse de l’air avec qui il avait travaillé.

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Des retrouvaille familiales donc, dans lesquelles il m’englobe et me remerciant d’être venu, m’embrassant, me tutoyant comme si nous nous étions toujours connus.
Simplicité, gentillesse, sourire permanent… Ce nouveau petit elfe de l’humour est bien sympathique.
D’autant qu’après ça, il est encore allé discuter avec le public qui l’attendait, n’étant pas avare de selfies et de dédicaces de son livre.
Son livre, paru chez Michel Lafon, s’intitule « Le carnet de bord de Jeanfi ». Prolongement de son spectacle, on y retrouve blagues et anecdotes, récits de voyages car il a fait le tour du monde, on apprend plein de choses sur la vie d’un avion, il y a des jeux, des quiz et l’on se marre tout autant que durant son one ma show.
Enfin un humoriste qui sort de l’ordinaire et qui, malgré quelques propos à ne pas laisser dans les chastes oreille d’enfants. Et il y en avait au premier rang, à son grande confusion. Mais le sketch sur son escale asiatique dans un club échangiste, avec plein de mimiques afin de pas employer certains mots, c’est du grand art !

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« Jeanfi décolle » est le titre de ce spectacle qui nous a fait décoller avec lui sur les cimes du rire.

Jacques Brachet

Toulon – Le Liberté – scène nationale
Le Promontoire du Songe

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Retour au Liberté, pour quelques soirs de décembre, de Philippe Berling, ex co-directeur de ce théâtre avec son frère Charles Berling.
Ivan Dmitrieff, comédien, metteur en scène, poète, photographe, auteur de lectures-spectacles en musique, est tombé amoureux de ce texte peu connu de Victor Hugo « Le promontoire du songe », nom d’un volcan lunaire. Il eut une folle envie de le jouer sur scène, c’est chose faite : il sera Victor Hugo, Philippe Berling assurera la mise en scène, la scénographie, et la lumière, tous deux participant à l’adaptation, le costume étant l’affaire de Nathalie Prats.
Résumons l’affaire : Victor Hugo a « pris un coup de lune » en 1834 chez son ami l’astronome François Arago (1786-1853) qui lui fit regarder la lune dans un nouveau télescope qui grossissait 400 fois. Au premier abord Victor Hugo ne vit rien, « qu’un trou dans l’obscur » puis petit à petit il arriva à la vision de ce « Promontoire du Songe ». il dit avoir reçu une secousse du réel. Partant de là le texte déborde et va scander, développer des tirades sur la lune à travers les interprétations de différents penseurs, la liberté, la création, les aventuriers de l’esprit, l’imagination, l’insaisissable, Dieu, la religion, et bien d’autres choses encore. C’est tout simplement admirable.
Salle plongée dans le noir, soudain s’élève le chant d’une flûte turque. Le comédien allume une bougie, apparait alors le décor, un immense rideau vert foncé tendu depuis les cintres et qui se déploie sur le sol. Au centre une colonne sur laquelle est fixée une grosse caisse de fanfare, avec à l’intérieur un gong. C’est la lune, pouvant tourner sur elle-même ; elle servira d’élément catalyseur, étant à la fois lune, télescope ou instrument de musique. Un piano d’enfant sur lequel le personnage jouera « Au clair de la lune », repris en chœur par le public. Une échelle de Jacob, un téléphone araignée : touche anachronique qui permet une conversation, jeu de mots marquant la transition vers, en somme, le deuxième acte, beaucoup plus grave – une grosse boule, la terre ? – une dame-jeanne. Et puis surtout l’utilisation, à un moment donné, d’un splendide masque de rhinocéros, symbolisant bien sûr la part de l’animal en l’homme, et peut-être aussi pour montrer que l’Homme s’en est détaché – confer la scène où le comédien s’extrait de l’animal avec moult efforts.

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Ivan Dmitrieff apparaît en une sorte de chamane-aède-philosophe, vêtu d’une longue robe jaune, sur laquelle il a enfilé une chasuble blanche et une redingote queue de pie. Il va dire, déclamer, presque danser par moment, bondir, virevolter, chanter, occupant toute la scène dans une gestuelle des plus élégante, se servant avec un à propos parfait des objets de scène. Si bien qu’on est pris, entraîné dans ce maelstrom hugolien, qui amuse parfois, qui rend gai, mais qui fait surtout réfléchir sur notre place dans le monde et la condition humaine. La mise en scène et la direction d’acteur sont au-dessus de tous soupçons. L’utilisation de lumières minimalistes, naturelles, comme la bougie, plonge la scène dans un rêve éveillé, dans un songe qui nous rend réceptifs à ce qui est vu et dit. Elle magnifie les objets, le personnage, de sorte qu’on se retrouve pris, pour le meilleur, dans un conte qui nous raconte.
Voilà une belle réussite à trois voix, qui démontre combien le théâtre peut être grand avec peu de moyens matériels.

Serge Baudot
Voir l’interview de Philippe Berling – Ivan Dmitrieff le 11 décembre 2018 par Jacques Brachet à Châteauvallon

Toulon – Le Liberté
Quand Philippe BERLING & Ivan DMITRIEFF
prennent un coup de lune !

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Chateauvallon s’endort un soir de presque hiver. sauf tout là haut dans ce petit théâtre de poche au milieu des bois où une lumière veille. On y entre et l’on découvre un étrange décor : un rhinocéros qui semble assoupi, un gong chinois duquel descend une échelle de Jacob en allumettes, un téléphone-araignée, un mini piano de bois, une grosse boule polie, une dame-jeanne, une bougie dans une bouteille…
Ces objets hétéroclites constituent le décor d’un spectacle qui sera créé du 12 au 14 décembre au Liberté de Toulon.
Création tirée d’un texte en prose intitulé « Le promontoire du songe », signé Victor Hugo, écrit en 1863 mais seulement édité bien, après sa mort, en 1937 par l’Imprimerie Nationale. C’est dire si le texte est peu ou prou connu.
Mais c’est un Toulonnais, poète et comédien, Ivan Dmitrieff, qui le découvre et propose à Philippe Berling, qu’il a connu alors que celui-ci était codirecteur du Liberté avec Charles, son frère, de l’adapter.
Aujourd’hui, Philippe s’est installé en Bourgogne, a créé sa compagnie « La Structure », Ivan, lui, est toujours à Toulon avec sa compagnie « Jubilation » et tous deux vont s’entretenir et voyager d’une région à l’autre pour adapter, monter, mettre en scène cet essai, qui sera interprété par Ivan.
Les répétitions et la captation du spectacle se faisant à Chateauvallon, c’est en ce lieu que je retrouve mes deux amis.

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« Dès qu’Ivan m’a fait passer ce texte en prose que je ne connaissais pas – me confie Philippe – j’ai tout de suite eu envie de l’adapter. Il est donc venu me rejoindre en Bourgogne et envisagé de le jouer au Liberté et dans tous les lieux qui voudront de nous.
Quel en est le contenu ?
Victor Hugo était ami avec un certain Arago qui lui propose de venir découvrir la lune au travers d’une lunette qu’il vient d’acheter et qui grossit quatre cents fois. Dans un premier temps, l’écrivain avoue ne voir « qu’un trou dans l’obscur ». Peu à peu, il en découvrira le relief dont un cratère nommé « le promontoire du songe ».
A partir de là, Victor Hugo va se poser mille questions jusqu’à extrapoler : Quelle est la différence entre rêve et réalité ? Qu’est-ce que la création ? Qu’y a-t-il dans l’au-delà ? Que représente la lune à travers les civilisations ? Tout en revenant au rêve qui peut mener à la folie, au délire qui peuvent gagner des tyrans. Il aborde ainsi d’autres thèmes qui posent question comme la spiritualité, la politique tout en revenant constamment sur le problème du monde invisible du rêve.
Comment arrive-ton à adapter un tel texte ?
Ivan : Au départ, l’idée était de raconter l’histoire à travers une lanterne magique avec juste une bougie comme éclairage… ce qui était vraiment très sombre !
Philippe : Ca nous a amené à songer au théâtre d’ombres et l’on a assemblé des objets que j’avais gardé de mes différents spectacles. Des objets qui ont tous un rapport avec la lune.
Ivan : Je suis en quelque sorte la réincarnation d’un « chaman-poète », je manipule les objets, divers instruments de musique car il y a une dimension musicale dans le spectacle, le corps y est aussi très présent avec une sorte de chorégraphie. J’évolue dans un costume de Nathalie Prats.
Philippe : C’est une façon originale de mettre ce texte en théâtre et même en vie. Victor Hugo y parle aussi de Molière, Shakespeare, des auteurs qui ont souvent écrit dans un grand délire, des personnages de la Commedia dell’Arte y sont évoqués.
Ivan : Nous l’avons conçu comme un spectacle léger, ludique, habité par une grande gaieté qui peut parler à tout le monde, c’est pour un public à partir de 12/13 ans. Le personnage s’adresse aux spectateurs comme s’ils étaient tous des poètes en puissance
Philippe : C’est également un spectacle où l’intime et le social se mêlent tout comme le virtuel, le réel, la fiction.
Ivan : Ce texte est un véritable joyau.
Philippe : A noter que le jeudi à 19h30 sera projeté un téléfilm tourné par la télévision hongroise autour du musicien varois Miquèu Montanaro et son groupe occitan Vents d’Est, qui a sillonné les pays avec les musiques du monde. Ce film se termine sur une péniche où il donne un concert, où l’on danse et où se femme Nagy Niké fait une performance picturale.

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L’actualité de Philippe et Ivan
Hormis cette création, chacun de son côté mène des activités diverses.
Philippe continue son travail en Bourgogne avec sa compagnie. il a également créé un spectacle avec des cheminots autour de « La ronde » de Schnitzler et écrit une pièce intitulée « Petite gare pour âmes perdues », un spectacle qui a pour originalité de changer de fin, selon les désirs du public !
Ivan, lui, continue son cheminement poétique. On le retrouvera le 5 avril à l’Espace Comédia de Toulon où il dira ses propres textes accompagné à la sitar par Sylvie de Saj et illustré d’œuvres du peintre Dani Baviéra.
Et chacun se rejoint sur un point : Philippe cultive ses prunes et ses raisins tandis qu’Ivan est co-participant d’une association « Vallée du Gapeau en transition », regroupant un marché bio, un magasin bio, des jardins collectifs, avec plein d’autres projets comme la création d’une monnaie : la fève et se penchant sur les questions énergétiques, l’économie locale afin de retrouver la réalité de la nature.
Deux artistes, deux poètes, deux écolos qui aiment à reprendre la phrase de Candide : « Cultivons notre jardin », ce que pense également Hugo dans cet essai devenu spectacle, qu’on découvrira mercredi.

Jacques Brachet

Le Liberté, scène nationale – Toulon
Les Fourberies de Scapin

thumbnail_01.LesFourberiesDeScapin∏Christophe Raynaud de Lage-collection ComÇdie-Franáaise

Molière a puisé à diverses sources pour écrire ces « Fourberies de Scapin », notamment à la tradition de la Commedia dell’arte, qui permet l’outrance, la drôlerie et l’improvisation. Il l’a écrite en prose, avec comme toujours dans son œuvre, une attention particulière au langage de chaque couche de la société, et aussi au langage de ceux qui essaient d’adopter le langage d’une autre classe, source d’effets comiques indiscutables. Certes les « Fourberies de Scapin » n’est pas une des meilleures pièces de Molière, mais par la simplicité de l’intrigue, et surtout la charge de philosophie et de travers sociaux, culturels et politique de l’époque, toujours hélas d’actualité en quelques points du Globe, cette pièce offre à un metteur en scène une grande liberté d’interprétations et de créations.
En ce mois de décembre 2018 Le Liberté, scène nationale, présentait donc cette pièce de Molière dans une production de la Comédie Française, mise en scène par Denis Podalydès. Le coup de génie de ce dernier fut d’entrer dans un délire total en faisant jouer les comédiens à la façon des acteurs du cinéma burlesque. Et là c’est une tornade qui vient directement des Marx Brothers, emmenée par un comédien fabuleux, Benjamin Lavernhe dans le rôle de Scapin. Scapin est le meneur de jeu, tout tourne autour de lui, il tire les ficelles des pantins qu‘il sert.
Les fourberies c’est à la fois le mensonge, la duplicité, la fausseté, l’hypocrisie, la sournoiserie, la matoiserie. Scapin est tout cela, avec quand même en arrière-plan l’amour de l’humanité.
Rappelons l’intrigue : Alors que leurs pères sont partis en voyage, Octave, fils d’Argante, et Léandre, fils de Géronte, se sont épris l’un de Hyacinthe, jeune fille pauvre et de naissance inconnue qu’il vient d’épouser, le second de la « jeune Égyptienne Zerbinette. Au retour d’Argante, Octave, très inquiet de la réaction paternelle à l’annonce de son union et ayant besoin d’argent, demande son aide à  Scapin, valet de Léandre. Argante, furieux, rencontre Géronte et lui dit qu’il a appris par une indiscrétion de Scapin que Léandre s’est également mal conduit. Léandre, après s’être fait vertement sermonner par son père, menace Scapin mais rapidement le supplie de l’aider car il doit rassembler une rançon pour que Zerbinette ne soit pas emmenée en esclavage en Egypte. Scapin réussit, grâce à sa connaissance de la psychologie des deux pères, à leur extorquer les sommes dont ont besoin leurs fils. Il décide de se venger de Géronte, en lui faisant croire que sa vie est en danger et en le cachant dans un sac. Scapin simule des attaques et Géronte, dans son sac, reçoit de nombreux coups de bâton, jusqu’à ce qu’il découvre la fourberie de Scapin. Il s’apprête à se venger quand on découvre qu’Hyacinthe est la fille cachée de Géronte et Zerbinette la fille d’Argante, qui avait été enlevée quand elle était enfant.
Scapin met en œuvre tout son savoir faire, toute sa rouerie, tout son goût pour la vengeance ; il roule tout le monde dans la farine. Malheureusement au final il est découvert. Sale temps pour lui. Mais une comédie doit se terminer dans la joie, Géronte lui pardonne, tout est bien qui finit bien.

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Benjamin Lavernhe sait tout faire, jouer, danser, virevolter, chanter en s’accompagnant au ukulélé, imiter toutes sortes de voix, d’accents et de personnages. Son imitation de la troupe qui arrive, mimiques, voix et musique, est digne de la revue militaire de Fernand Raynaud. Il sait signifier le non dit par un geste, une mimique, une attitude du corps, Il est le nouveau Charlot : le pauvre, le laisser pour compte qui s’en tire par des roueries, des fourberies, des violences, des injustices, mais qui au fond a gardé un cœur pur, prêt à servir ses sœurs et frères humains en difficulté, jusqu’au péril de sa tranquillité, mais quand même avec toujours un bénéfice. Pas folle la guêpe. Il a sa revanche de déclassé à prendre.
Toute la distribution est étincelante. Décors beaux, étranges et dépaysants, tout à fait fonctionnels dans la mise en scène, grâce à une scénographie d’Eric Ruf. Lumière (Stéphanie Daniel) et son (Bernard Valléry) au dessus de tout soupçon, et puis les costumes du grand couturier Christian Lacroix, qui a su leur donner un style tout aussi bien XVII° siècle, qu’atemporel, tout en gardant sa patte.
Les comédiens sont tous à citer pour leur engagement, leur allant, leur conviction, leur force expressive : Jean Chevalier (Léandre) et Birane (Octave), deux fils terrorisés par leur père, où l’on voit le poids du patriarcat. Jennifer Decker (Hyacinthe) et Elise Lhomeau (Zebinette) qui gagnerait peut-être à restreindre son rire intempestif, en filles qui savent se débrouiller dans ce monde-là. Didier Sandre est un Géronte hors du commun, avare, odieux, faible et féroce à la fois, et finalement assez humain. Gilles David est un Argante à la même hauteur.
Maïka Louakairim (Carle) et Aude Rouanet (Nérine) sont une sorte de chœur antique silencieux qui s’exprime par poses et gestes.
La troupe sait jouer avec la connivence de la salle, prenant parfois le public à témoin, ou le mêlant à l’action comme cette petite fille qui est montée sur scène ce soir-là pour donner un coup de bâton à Géronte dan son sac, à l’hilarité générale.

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On l’aura compris, le spectacle total que sont ces « Fourberies de Scapin » dans la vision de Denis Podalydès sont du très grand théâtre, qui porte la Comédie Française au sommet ; une comédie qui a déclenché tant de rires que le Liberté en vibre encore.

Serge Baudot

Sanary – Théâtre Galli
La vie encore plus rêvée de Michel BOUJENAH

B

Il rigole, il harangue, il perd son texte, il improvise, il vitupère, il prend le public à parti, gare aux premiers rangs et par moments, entre rires et émotion, il nous offre une leçon de vie.
Vie réelle ? Vie rêvée ? C’est sa vie rêvée qu’il a décidé de nous raconter par l’intermédiaire du personnage qu’il s’est inventé voici quelque trente ans, Maxo Boutboul en y ajoutant des portraits de sa mère, de son oncle, de son cousin, histoires drolatiques, douces-amères depuis leur exode, quittant le soleil d’Algérie pour les brumes du nord de la France.
Un spectacle coloré, qui fait suite à sa vie rêvée puisque cette fois il nous affirme qu’elle est encore plus rêvée. Mais elle touche au cœur, à la rate aussi, car on rit beaucoup et derrière ses tribulations au travers de sa vie et de ses personnages, il y a un homme « Moi », comme il aime à dire. Un « Moi » qui, sous couvert du rire, est un homme profond.
Et j’en parle en connaissance de cause car je le côtoie depuis quelques années, en tournée ou à Ramatuelle où, avec brio et depuis dix ans, il a remplacé l’ami Brialy aux manettes d’un festival magnifique… comme lui !
Un théâtre Galli, ce soir-là, où quelques spectateurs, apeurés par les manifestations des gilets jaunes, ont décommandé leur soirée, ce qui a attristé Michel mais ce qui n’en a pas enlevé sa pèche, son brio, ses altercations et son humour. Si la salle n’était pas totalement pleine, elle s’est levée pour l’ovationner et lui faire un triomphe. Un de plus.

D E
F G

Auparavant, nous nous retrouvions dans sa loge où, comme toujours, il m’accueillait les bras ouverts, un peu déçu et surtout un peu crevé d’arriver d’un spectacle donné la veille à l’autre bout de la France, mais toujours chaleureux.
Alors Michel, où en es-tu de ce spectacle ?
Je commence à en vivre la fin puisque je terminerai en juin à Antibes à l’Anthea. Les deux version de ce spectacle, « Ma vie rêvée » et « Ma vie encore plus rêvée », je les ai joués 450 fois !
Tu abandonnes ton personnage ?
Non, j’abandonne… moi !
Mais je travaille déjà sur un autre spectacle que j’ai commencé à écrire. Mais tu me connais… Je travaille à mon rythme ! J’ai encore plein de choses à jouer.
Et en attendant ?
Je suis en train de terminer d’écrire mon quatrième film. Il s’appellera « Frères ».
Quel en est le sujet ?
Après une longue séparation, deux frères se retrouvent et vont régler leur compte. Mais ce n’est pas un drame, c’est une comédie tendre comme j’ai l’habitude de les écrire et là encore… c’est moi !
As-tu déjà prévu tes comédiens ? Va-t-on retrouver ton clan comme Berling, Elbaz… ?
Non, pas cette fois. J’ai envie de travailler avec des comédiens avec qui je n’ai jamais travaillé. Mais je n’ai pas encore décidé de qui ce serait. Le scénario est presque fini d’écrire et je pense que je le tournerai l’an prochain après le Festival de Ramatuelle.
A ce propos, tu es, je suppose, en préparation du festival ?
Oui, bien sûr mais je n’ai pas le droit d’en parler encore. Ce que je peux seulement te dire, c’est qu’il y aura de grosses surprises et qu’il sera encore plus fort que celui de cette année !
C’était déjà pas si mal !
Oui mais tu sais, chaque année la programmation dépend de beaucoup de choses : la liberté des artistes, la peur de ceux qui appréhendent de jouer en plein air… C’est toujours compliqué. Mais c’est ce qui en fait aussi le charme. Et puis, il faut que je prenne le temps d’aller voir des spectacles.

A

Justement, en as-tu le temps ?
Je le prends, entre les dates de la tournée. Je fais cinq à six spectacles par mois, le reste du temps, je le passe à écrire et à voir des spectacles.
Et avec tout ça, tu prends le temps de vivre ?
La aussi… je le prends ! Si je ne vis plus, je n’écris plus.
Vie réelle ou vie rêvée ?
Les deux mon général ! Lorsque j’écris, je rêve et le reste du temps, la vie est là. Et la vie est hyper belle. Par contre, il faudrait que les journées aient 48 heures.
Pourquoi ? Pour travailler plus ?
Non… pour pouvoir dormir 24 heures !
Le temps est la chose la plus luxueuse du monde. A vingt ans, on pense avoir tout le temps devant soi. Avec l’âge, on pense au temps qui nous reste. C’est pourquoi il faut en profiter !

Propos recueillis par Jacques Brachet

Sanary – Théâtre Galli
Portrait de frangines avec mec !

A

Que peuvent avoir en commun une brocanteuse (Fiona Gélin), une religieuse (Sonia Dubois) et une pute (prononcez « pioute » car elle est russe – Katia Tchenko) ? En dehors de trois prénoms de fleurs, elles sont demi-sœurs et le découvrent au moment où elles sont appelées pour le décès leur père et pour un testament où il avoue tout. Et puis vient se greffer un superbe black qui se dit neveu adoptif du même père (David Chenaud). Tout pourrait être parfait mais ce beau black avoue qu’il est « aussi » flic, qu’il enquête sur la mort suspecte du-dit père et que ce pourrait être l’une des trois filles qui serait la coupable !
De situations burlesques en coups de théâtre, la pièce signée Bruno Druart, dans une mise en scène de Jean-Philippe Azema, est menée tambour battant par quatre comédiens pleins d’énergie qui ont fait rire un théâtre Galli bien rempli car les situations burlesques et les répliques explosives n’engendrent pas la mélancolie.
Retour dans les coulisses où les quatre comédiens m’attendent, entre autre ma copine Fiona Gélin avec qui on a, depuis quelques années, une belle complicité.
Mais auparavant, beaucoup de monde les attend : une grande partie de la famille de David Chenaud, qui vit dans les parages. D’ailleurs, assises à côté de moi, ses nièces attendent avec impatience que « Tonton » apparaisse sur scène ! Ils sont venus, il sont tous là.
Et puis il y a Lydie Gélin, dernière épouse de Daniel, venue embrasser Fiona, et quelques autres amis de Sonia et Katia ainsi que la famille du metteur en scène… Ça en fait du monde !
Mais enfin on se retrouve au restaurant le Galion pour papoter entre saumon et brochettes.
Tous quatre s’entendent comme larrons en foire et la tournée, de leur propre aveu, est un plaisir, d’autant que les salles sont pleines.

G F
E H

« La tournée continue jusqu’au mois d’avril – me précise Fiona –
Et après ?
Je prépare une conférence sur la résilience. Puis, si Dieu veut, je remonterai mon seule en scène « Re-belle » et puis… j’arrête tout !
Quoi ?
Oui, je crois que je commence à en avoir marre de cette vie, même si j’aime mon métier. J’ai passé l’âge d’attendre et il me semble que je ne suis pas à ma place. Je pense qu’une page va se tourner.
Pour faire quoi ?
D’abord partir un an très loin. Le Mexique ou les Caraïbes.
Et ton projet de festival de Poésie en hommage à ton père ?
C’est toujours d’actualité mais c’est très difficile à monter, St Malo, la ville de mon père, est toujours d’accord mais c’est long à se réaliser. J’aimerais que les gens se rendent compte que mon père était un grand poète et j’aimerais pouvoir éditer ses œuvres. En attendant je suis sur l’écriture d’un troisième bouquin… On verra
Et vous Sonia ?
Pour moi, tout va bien merci ! Je suis heureuse de faire cette tournée d’autant qu’on s’entend tous très bien et que j’ai retrouvé ma copine Fiona avec qui j’avais joué « Les amazones ». D’ailleurs c’est aussi grâce à elle que j’ai joué « Les monologues du vagin » après elle.
Et votre actualité, c’est la télé, l’écriture ?
L’écriture est toujours là. J’ai quand même écrit 15 livres en 20 ans. Pas mal, non ? Et j’y reviens de temps en temps.
Un projet ?
Je sais que ce sera sur la gastronomie mais je ne sais pas encore si ce sera un roman… Ou des recettes de cuisine !
Et la télé ?
J’anime une émission sur Between TV. C’est une émission sur la vente d’objets d’art. Vous voyez, je varie les plaisirs !
Et vous Katia : 80 films, 56 pièces de théâtre à votre actif… pas mal !
C’est la rançon de la gloire… ou de l’âge !
C’est vrai que je ne m’arrête jamais, que ce soit comédie, chant, danse. Je sais tout faire, ce qu’on m’a souvent reproché car en France, c’est comme ça, on ne peut pas tout savoir faire. Ca commence à changer mais ça a été long. Sur ma carte d’identité il y a « artiste dramatique », ça veut tout dire.

B

Vous avez une formation classique ?
Je suis sortie du Centre National d’Art Dramatique et du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris avec des premiers prix. J’ai suivi des cours de ballet russe et avec tout ça on m’a demandé de choisir… Et j’ai choisi l’opérette ! J’ai joué avec josé Villamor, Georges Guétary, Luis Mariano, j’ai joué dans « Sweet Charity »… j’ai fait des revues aux Folies Bergère et au Moulin rouge…
Mais j’aime tout faire. Je viens de tourner un épisode de « Alice Nevers » avec Pierre Douglas et, encore pour la télé « Un fils parfait »… une histoire très glauque… J’aime les contrastes !
Vous avez la santé !
Et je l’entretiens, en dansant, en faisant des abdominaux… Mon corps réclame, c’est à la fois physique et psychique !
Et j’espère reprendre mon spectacle russe où je joue et chante avec deux musiciens… pour m’éclater
Enfin David, seul mec dans ce tiercé de femmes, comment vous sentez-vous ?
Très bien, je m’entends super bien avec elles. Elles sont assez bienveillantes… malgré leur âge ! (Cris de protestation !) non je rigole, je suis très heureux parmi elles.
Vous aussi vous êtes pluridisciplinaire ?
Oui et comme on me l’a dit cent fois : « Tu fais tout, tu fais rien ! »… Mais je fais, c’est le principal car je suis un artiste et je m’exprime, quelle que soit la discipline.
Par quoi ça a-t-il commencé ?
Par des pubs puis j’ai fait des séries TV (Ainsi soient-ils – Scènes de ménages, Joséphine ange gardien), du one man show (Et dieu créa… David), du théâtre, des télé-films… Je suis un autodidacte, donc j’ai débuté un peu en dilettante, j’ai commencé à rencontrer des gens, j’ai fait de la figuration, puis des petits rôles et petit à petit ça a évolué avec des rôles plus importants, aussi bien au théâtre qu’à la télé.
Et où vont vos préférences ?
C’est indubitablement la scène mais j’aime tout faire quand ce qu’on me propose m’intéresse comme cette web télé « Loulou » qui cartonne et dont je tourne la deuxième saison.
Ce soir c’était un peu particulier...
Oui car une partie de ma famille était là. Ils vivent à Toulon, au Beausset et du coup, on n’a pas l’occasion de se voir souvent. Ça a été formidable de tous les retrouver ».

Durant la pièce, des trombes d’eau se sont abattues sur Sanary et donc sur le théâtre Galli, perturbant quelques instants la représentation où justement, il était question d’orage ! Mais ça n’a pas duré et tout s’est terminé en chanson avec nos quatre lurons qui nous ont démontré ce qu’étaient de vrais artistes pluridisciplinaires !
Bravo à eux !

Jacques Brachet

Toulon – Le Liberté
Trilogie des regards, de l’amour et des adieux

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En écho à la fête du livre du Var, cru 2018, le Liberté, scène nationale, proposait trois lectures-spectacles autour de trois auteurs d’inspirations différentes, Baudelaire, Philippe Muray et Mahmoud Darwich, mais qui ont comme fil conducteur « le regard, l’amour et les adieux ».
Spectacles de David Ayala, Bertrand Louis et la Compagnie La nuit remue de Montpellier, coproduits par Le Liberté.
C’est une trilogie qui repose sur le théâtre, la musique, la chanson et la lecture de textes. Je n’ai pu assister qu’à la troisième partie « Un autre jour viendra » basée sur des textes de Mahmoud Darwich. Huit personnes assises en fond de scène dont un pianiste, un guitariste et un joueur de Oud ; ils occuperont des places différentes selon le déroulement des scènes. La musique, instrumentale et chantée, aura une place prépondérante, musique essentiellement d’inspiration arabo-andalouse; puis trois comédiennes chanteuses et deux comédiens chanteurs interviennent à tour de rôle, en solo, ou en duo.
Parti pris de lecture bilingue, arabe et français ; exercice toujours difficile, il ne faut pas que l’autre langue prenne le dessus, au risque d’ennui pour ceux qui ne la comprenne pas. Exerce réussi grâce d’une part aux parties chantées, d’autre part à l’équilibre des prestations, et à de petits bijoux de traduction dans lesquels les sons de la langue de Darwich se retrouvaient en français.
Un grand moment d’émotion fut le texte sur la fin de Garcia Lorca, en espagnol, avec une magnifique partie musicale, faisant se rejoindre les deux cultures ; d’ailleurs il y a beaucoup d’allusions à Al Andalous tout au long du spectacle. Al Andalous c’est cette période de l’occupation de l’Andalousie par les Musulmans, et qui fut un foyer de haute culture au sein de l’Europe médiévale.

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Bertrand Louis – David Ayala – Simon Abkarian

Spectacle qui a captivé le public tant les thèmes de Mahmoud Darwich sont d’une brûlante actualité. Sa poésie chante l’exil, la guerre, la prison, la paix, et bien sûr l’amour sous toutes ses formes. La force de conviction des comédiens, la puissance et l’engagement des chanteuses et chanteurs, la beauté et l’à propos des musiques de Bertrand Louis et Jérôme Castel, la mise en scène simple et efficace, tout s’est conjugué pour un une réussite exemplaire, avec Fida Mohissen qui disait les poèmes en arabe classique, Sophie Affholder, David Ayala, Astrid Fournier Laroque, et leurs invités. Spectacle qui insuffle de l’espoir, « un autre jour viendra », peut-être meilleur…

Serge Baudot

Mahmoud Darwich est né en 1941 en Galilée qui est maintenant la Palestine, qu’il a d’abord quitté pour le Liban. Après une vie difficile dans la tourmente du Moyen-Orient il choisit l’exil, la Russie, l’Egypte, les Etats-Unis où il est décédé le 9 août 2008. Il est enterré à Ramallah. Il est considéré comme le plus grand poète arabe contemporain.
Sa poésie est hantée par la Palestine, la solitude et le désarroi de l’exil, mais elle est aussi et surtout porteuse d’espoir. En voici un court exemple tiré de « La terre nous est étroite et autres poèmes (Gallimard) :
J’ai la nostalgie du café de ma mère,
Du pain de ma mère,
Des caresses de ma mère…
Et l’enfance grandit en moi,
Jour après jour,
Et je chéris ma vie, car
Si je mourais,
J’aurais honte des larmes de ma mère !