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Marseille – Théâtre Toursky
Richard MARTIN : 50 ans d’aventures

RICHARD MARTINC’est un homme on ne peut plus chaleureux, sympathique et passionné. Une grande gueule au cœur tendre.
Richard Martin, comédien et directeur du théâtre Toursky est un homme volubile, plein d’humanité dont la passion pour la culture, le théâtre et les gens est sans bornes. Il a passé sa vie à se battre pour eux et entre autres pour ce théâtre qu’il a créé voici cinquante ans, il n’a jamais baissé les bras, il a su élever la voix malgré les coups bas, les baisses de subventions quand ce n’était pas leur suppression pures et simples pour des excuses fallacieuses.
Bref, Richard a toujours été un battant jusqu’à faire des grèves de la faim pour sauver ce superbe espace de culture et de convivialité qui possède trois salles de spectacles et des tas de petits lieux intimes où l’on peut se rencontrer, discuter, boire un coup ou manger. Un vrai lieu de vie qui est à son image.
Son histoire est une véritable épopée qu’il raconte avec humour, tendresse, amour et émotion… Et surtout une volubilité qu’on a du mal à endiguer !

RICHARD MARTIN 3

«C’est vrai – me dit-il dans un de ces petits coins de prédilection en toute intimité – que c’est une longue histoire qui commence à Nice où je suis né, qui continue à Paris pour aboutir à Marseille que je n’ai plus quittée, qui est devenue ma ville, mon pays.
Au départ, mon destin était d’être peintre. A 15 ans je voulais peindre comme à 80 ans mais au vu des résultats, j’ai très vite compris qu’il fallait prendre un autre chemin. Etant un homme très excessif, j’ai tout laissé tomber et j’ai donc décidé de faire du théâtre. Et comme j’étais un jeune con, (Heureusement la pierre s’est taillée depuis !) je décidai qu’il n’y avait qu’à Paris qu’on pouvait faire le saltimbanque.
Mon père avait fini par dire oui alors que j’avais 18 ans et que la majorité était à 21. Il pensait qu’en étant d’accord, je reviendrais vite au bercail ! Mais j’ai résisté, physiquement et moralement, j’ai commencé par être cascadeur. Le train, les voitures, les chevaux, les ailes d’un moulin, les sauts du haut d’une tour, j’ai été raseteur… J’ai tout fait, j’étais fou. Puis j’ai rencontré Robert Lamoureux, Robert Murzeau, alors de grands comédiens. Murzeau était un vrai humaniste qui m’a beaucoup aidé.
J’ai très vite travaillé dans le théâtre de boulevard. Sans être célèbre je gagnais bien ma vie, surtout que je n’avais pas fait de conservatoire. Mais j’ai très vite compris que c’était une situation de facilité car ce n’était pas le théâtre «sensible» que j’avais envie de faire.
Je l’ai donc quitté pour passer sur la rive gauche où j’ai découvert ce théâtre, même s’il était loin d’être aussi populaire et s’il fallait ramer pour travailler. J’ai même couché sous les ponts !
C’était à quelle époque ?
On n’était pas loin de mai 68 et bien évidemment j’y ai participé. On a occupé l’Odéon où comme les autres, j’ai fait de la résistance «poétique», où j’ai découvert la fraternité… Mais aussi bon nombre de comédiens qui prônaient des convictions qui n’étaient pas les leurs… et qu’ils ont vite abandonnées dès les événements passés !
Mais j’ai compris qu’il fallait que je me batte pour que le théâtre soit pour tout le monde et non pas, comme je le voyais, simplement pour «des privilégiés». Mots que j’ai d’ailleurs retrouvés à Marseille plus tard.

6 RICHARD MARTIN

Marseille, justement…
Je suis d’abord parti en Corse comme décorateur mais là encore ce n’était pas ça. J’ai alors débarqué à Marseille et là, ça a été un coup de foudre. J’y ai posé mes valises en sachant que j’étais arrivé chez moi.
J’ai travaillé à l’Alcazar qui n’allait pas tarder à baisser le rideau. Puis, par l’intermédiaire de ma femme, Tania, je découvre la salle Massalia qui donnait tous les dimanches une représentation pour les personnes âgées. Je propose au directeur d’animer les autres jours. Durant un an je jouerai «Le journal d’un fou» de Gogol, souvent devant dix, une ou zéro personne ! C’est une jeune lycéenne qui, m’ayant vu et apprécié, est revenue avec des élèves du lycée Marie Curie. Peu à peu ça s’est su et la salle a commencé à se remplir.
Et le Toursky alors ?
Un jour, dans le quartier de la Belle de Mai, je découvre une sorte de hangar désaffecté et j’ai tout de suite vu ce que je pouvais en faire. Je suis allé voir Gaston Defferre alors maire de Marseille, qui a accepté de me le confier. Il y avait du travail et j’investissais tout ce que je gagnais comme comédien dans ce lieu que j’avais fait insonoriser avec 5000 boîtes d’œufs !
Le jour de l’inauguration un grand poète est mort  Alexandre Toursky. Le soir même j’apposais son nom sur le théâtre.
Savais-tu alors ce que tu voulais en faire ?
Oui. Je voulais travailler avec tous les pays de Méditerranée, proposer du vrai théâtre, de la vraie poésie, de la vraie chanson française. Un copain m’a alors présenté Léo Ferré. De ce jour on ne s’est plus quitté, il a été en quelque sorte le parrain du théâtre où il est venu souvent et où nous avons créé «L’opéra des rats». Sont alors venus Nougaro, Moustaki, Barbara et quelques autres.
Mon objectif aussi était de faire un haut lieu de la culture dans le quartier le plus misérable de Marseille et lui redonner une virginité.
Ça ne s’est pas fait sans mal mais ça va faire 50 ans l’an prochain que ça existe et que ça perdure. C’est devenu un lieu populaire, une belle aventure humaine, théâtrale, citoyenne, un lieu ouvert à tous à qui on propose des spectacles, de la danse, du théâtre, de la musique, des expos, des ateliers, des conférences, des rencontre et même un festival russe qui fête ses 25 ans et est devenu le plus important d’Europe. Nous travaillons avec tous les pays de Méditerranée et le Toursky rayonne partout à travers cette aventure. Nous réunissons quelque 70.000 spectateurs par an.
Mais ça n’a pas été un long fleuve tranquille…
Jamais, même aujourd’hui où je viens de faire une grève de la faim pour que la ville me redonne notre subvention. Tout le temps tout est remis en question parce que je gêne certainement quelques personnes. Mais c’est un lieu de culture et de fraternité qui a vu passer tous les artistes du monde. Mon travail est de rester un donneur d’alarme.»

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Ce soir-là je retrouvais mon complice et ami Francis Huster qui venait, accompagné de Fanny Cottençon et Louis le Barazer jouer «Pourvu qu’il soit heureux» de Laurent Ruquier. Une pièce aux dialogues étincelants, à la fois drôle et émouvante. C’est l’histoire d’un couple qui découvre l’homosexualité de leur fils par magazine people interposé, sujet on ne peut plus d’actualité qui prône les valeurs de l’amour, de la compréhension, de la tolérance, situation pas toujours faciles pour des parents.
Fanny y est délicieuse d’humour et de naïveté mais justement de tolérance, Huster magistral dans son incompréhension pour «la maladie» de son fils et Louis magnifique dans son premier grand rôle. Des situations cocasses, un dialogue sur le fil et un grand moment d’humour et d’émotion.
Ce fut, comme vous pouvez l’imaginer, une journée riche, chaleureuse, «pleine d’usages et raison» et d’enseignements.

8 POURVU QU'IL SOIT HEUREUX.

Nous nous sommes quittés en nous claquant trois bises et lorsque je lui demande pourquoi trois bises, comme chez moi en Ardèche, il me répond : «Liberté, égalité, fraternité». Et de la fraternité, il y en a eu en cette belle journée.

Jacques Brachet
Photos Patrick Carpentier

Toulon – Le Liberté, Scène Nationale
« Tu te souviendras de moi »

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On dit qu’en 2020 trois millions de personnes seront victimes de la maladie d’Alzheimer. On sait que cette maladie commence par une perte de mémoire progressive jusqu’à l’amnésie totale ; alors le malade ne reconnaît plus personne, n’est plus quelqu’un. Le dramaturge canadien François Archambault a eu le coup de génie d’écrire une pièce à propos de cette maladie, sans jamais la nommer ; il en montre l’évolution, le caractère dramatique, comment elle peut être cause de la destruction du couple ou/et de la structure familiale, mais avec un humour, voire un comique, décapant tout en respectant l’humanité des protagonistes. Il est vrai que lorsqu’on se trouve face à un de ces malades, avant que la perte de mémoire ne soit trop grave, moult situations, réparties à côté de la plaque, prêtent à rire, même si on s’en veut ensuite. Comme pour quelqu’un qui glisse, ou se prend un poteau dans la rue.
Dans « Tu te souviendras de moi », en ce mois d’octobre 2019, on a donc affaire à un professeur d’université, François Archambault, sublime Patrick Chesnais, aussi à l’aise dans ce rôle que dans un vieux chandail ; il est ce vieux professeur, physiquement, moralement, humainement. Il envahit la scène.
Première scène : un enregistrement pour une émission télé avec le professeur et sa femme, (Nathalie Roussel). Le professeur se vante de sa prodigieuse mémoire, sa femme le ramène à la réalité en aparté ; effets comiques bienvenus. Le sujet est posé.
Ensuite nous serons dans la maison du couple. Scénographie simple de Jean-Pierre Laporte, qui laisse toute la place aux comédiens, une sorte de cheminée côté cour, une méridienne côté jardin, et deux petits fauteuils au milieu. En arrière plan, le jardin, la nature, figurés par une haie de bambous. Chaque scène étant séparée par de judicieuses vidéos de Paulo Correia.
La pièce passe essentiellement par la parole, car c’est par la parole que se manifeste Alzheimer, quand le discours se met à dérailler.
On verra l’évolution de la maladie par les rapports du professeur avec sa femme, sa fille et son petit ami, puis plus tard avec une gamine qui va prendre toute la place.
Sa femme ,(délicieuse Nathalie Roussel), doit prendre un week-end de vacances afin de souffler un peu. Sa fille (également dans la vie, coruscante Emilie Chesnais), ne peut rester auprès de son père, elle est une journaliste qui doit partir en reportage. Son compagnon, (Frédéric de Goldfiem), chômeur, en retrait au début, va prendre petit à petit une place majeure dans cette famille, Il assurera la garde du vieux professeur; il faut dire qu’il vient après un autre amour, Michel ; d’où les confusions du père entre les personnages.

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Tout n’est pas si rose, en fait la mère est partie passer son week-end avec un amant rencontré sur internet. Elle finira par quitter son mari ; elle n’en peut plus. Elle veut vivre.
Patrick au départ, n’est pas très heureux de ce rôle. Happé par son virus du poker il confie la garde, moyennant salaire, à sa fille Nathalie, ‘éblouissante Mélissa Prat). Au départ elle se fiche de ce vieillard, ne le regarde même pas, toujours penchée sur son smartphone. Par les discours du professeur, ses questions, ses réflexions, un rapport affectueux va s’établir entre eux. Il va lui confier que son autre fille, Bérénice, s’est suicidée à 19 ans. Il va finir par prendre Nathalie pour Bérénice, celle-ci entre dans le jeu, et sera Nathalie-Bérénice, mais au fond le professeur n’est pas dupe. En définitive c’est l’amour des uns pour les autres qui les sauvent. On est emporté par l’émotion, par l’humanité des scènes.
La deuxième grande force de la pièce c’est qu’en dépit de ses « absences » le professeur va faire le bilan, lucide et très pessimiste, de notre époque : le trop d’information qui tue l’information, la folie des réseaux sociaux, la dictature du présent, sans le sens du passé par d’avenir, la disparition des espèces végétales et animales, l’état  de la planète, etc… Et puis la grande question qui nous taraude tous, ou presque, comment se conduire lorsqu’on devient conscient qu’on est atteint par cette maladie, et surtout va-t-on demander de nous faire disparaître quand toute mémoire sera éteinte ; le professeur est pour, mais dans une lueur de présent il avoue qu’au fond il aimerait rester encore.
Il faut saluer la mise en scène de Daniel Benoin, simple et d’une efficacité remarquable ; il nous fait entrer dans cette famille comme si nous en faisions partie.
Le public, dans sa majorité, était d’un âge plus que certain (dont moi-même), donc des gens forcément préoccupés par cette terrible maladie du nom d’Aloïs Alzheimer. Je n’ai pas souvenir qu’une troupe de comédiens ait recueilli au Liberté une telle longueur et une telle intensité d’applaudissements.
Hautement mérités.

Serge Baudot

Toulon – Espace Comédia
«La chienne de ma vie» de Claude Duneton

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Vendredi 4 octobre 20h45 & dimanche 6 octobre 16h

«Un texte bouleversant et terrible dans la banalité d’un univers rural pendant l’occupation ..»

 Rita c’est la chienne d’enfance de Claude Duneton, celle avec laquelle il a grandi dans la ferme de ses parents. C’est l’histoire de l’attachement d’un jeune garçon au seul être vivant qui peut combler le manque d’amour familial dans un milieu où la dureté du quotidien ne laisse aucune place à toute manifestation des sentiments. Le comédien Aladin Reibel, qui a été l’ami de l’auteur, prend en charge ce texte bouleversant et terrible dans la banalité d’un univers rural pendant l’occupation. Il l’a adapté à la scène sous l’œil complice d’Elodie Chanut et d’Abbes Zahmani. Il est accompagné à l’accordéon par Michel Glasko.
«La chienne de ma vie» a reçu le Prix 30 millions d’amis 2007 et le prix Terre de France.

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Alain Reibel

Claude Duneton, romancier, historien du langage, chroniqueur et comédien, est un passionné de la langue populaire, que ce soit de l’occitan de son enfance en Corrèze ou du français qui puise sa source dans le peuple citadin. Parmi ses nombreux ouvrages il publie « Parler croquant », « La mort du français », « Le bouquet des expressions imagées », Prix Roland de Jouvenel 1991 décerné par l’Académie Française. Et aussi  » Une Histoire de la chanson française « .
Texte : Claude Duneton – Adaptation théâtrale et jeu : Aladin Reibel – Collaboration artistique : Elodie Chanut – Accordéon : Michel Glasko
Aladin Reibel à joué dans plus de 45 pièces, dans plus de 40 films  notamment dans Ici-bas, Amitiés sincères, La Ch’tite Famille, Monsieur je-sais-tout et dans plus de 120 téléfilms comme Le Sang de la vigne, Une femme d’honneur, Père et maire, La Part du soupçon…

Châteauvallon, scène nationale : «Vivre sa vie»

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Châteauvallon, scène nationale, accueillait en cette fin septembre la nouvelle mise en scène de Charles Berling « Vivre sa vie », adaptation libre du film éponyme de Jean Luc Godard de 1963. Certes avant toute chose il faut oublier le film et regarder la pièce telle qu’en elle-même. L’héroïne, Nana, fait bien sûr penser aussi à la Nana de Zola, prostituée elle aussi. D’autant que dès le générique on voit subrepticement deux portraits de Nana par Toulouse Lautrec.
On se rappelle le thème du film : une jeune femme, Nana, rêve de faire du théâtre et du cinéma. Mais pour vivre elle est obligée de se prostituer. Elle essaie en vain de s’extirper de cette condition dégradante, et finit par mourir par hasard d’une balle perdue.
D’entrée on est subjugué par l’espace scénique occupé de façon symétrique. Côtés cour et jardin une porte, un miroir auréolé d’ampoules façon loge de théâtre. Au fond, de part et d’autre, un escalier qui mène à une porte en hauteur. En fond de scène un immense écran miroir, qui va servir à tour de rôle, de miroir dans lequel se reflètent les images de la scène, d’écran sur lequel on projette des images, ou de miroir sans tain derrière lequel on voit se dérouler une scène, soit en trois dimensions, soit en ombres chinoises. En dessous une sorte de comptoir sur lequel sont disposés des livres, des verres et autres objets. Un espace, puis un long banc rouge. Au centre de la scène un carré doré. Le tout dans une atmosphère quelque peu années 20/30. La scénographie de Christian Fenouillat va prendre vie avec l’apparition des acteurs :
Hélène Alexandridis, Pauline Cheviller, Sébastien Depommier et Grégoire Léauté (également guitariste). Parfaits tous les quatre.
Deux hommes, deux femmes, chacun, chacune pouvant se travestir en l’autre sexe, sauf Nana – Pauline Cheviller – qui reste femme et tient le rôle principal. Et quel personnage. Elle joue toutes les facettes de la condition de la femme et de la féminité. Elle caracole, virevolte, saute, danse avec une légèreté de plume au vent, devient grave, et chante (elle a écrit la chanson ; elle est aussi à l’origine du projet). Elle tient la scène de bout en bout avec une énergie, une élégance et un art de la comédie qui laissent pantois.

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Les hommes deviennent femmes, plus femmes que des vraies, et la femme homme plus masculin qu’un vrai. Travestissements érotiques et troublants. Miracles du théâtre et des acteurs.
La pièce est divisée en tableaux annoncés par des affiches sur l’écran, clin d’œil à Godard et au cinéma muet dans une subtile mise en abyme. On verra d’ailleurs des scènes de la Jeanne d’Arc de C.T. Dryer de 1928.
On n’a pas affaire à une construction linéaire mais à une suite de tableaux traversés par les différents personnages qui disent des textes pris chez Virginie Despentes, Marguerite Duras, Henrik Ibsen, Bernard-Marie Koltès, Grisélidis Réal, Sophocle, Frank Wedekind, Simone Weil.
Le thème de la pièce repose essentiellement sur la condition de la femme, le sexe, l’amour, la tendresse, l’exploitation par le travail et par la marchandisation du corps de la femme et du travailleur, les rapports humains selon les conditions sociales, la solitude, la place du langage par exemple quand Nana parle de plus en plus vite jusqu’a l’explosion du sens, ou encore cette tirade qui fait la démonstration que la logorrhée tue la pensée.
Certes, comme dans les films de Godard il y a des passages un peu abscons. Mais qui font réfléchir. C’est aussi un des rôles du théâtre.
Charles Berling fait preuve d’une magistrale direction d’acteurs, et d’une maîtrise absolue de tous ces éléments dans un montage époustouflant dans lequel on retrouve des ambiances du Cabaret de Bob Fosse, ou de Jérôme Savary. Il faut aussi noter la dramaturgie due à Irène Bonnaud, la lumière de Marco Giusti, sans oublier le maquillage, les costumes, la vidéo et la musique.
Le cinéma a tant emprunté au théâtre qu’il est un juste retour des choses que le théâtre emprunte au cinéma.

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Serge Baudot

Sanary
Francis HUSTER : Plaidoirie pour Molière

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Apothéose pour l’association «Fractales» que dirige en musique Françoise Gneri, qui a  invité Francis Huster à venir raconter «Pierre et le loup» écrit et composé par Sergueï Prokofiev. Elle a été aidée pour la logistique par «Sanary Animations», dirigée de main de maître par Serge Loigne et Noël le Brethon.
Un conte magique pour petits et grands donné sur le parvis du Théâtre Galli de Sanary noir de monde, le public étant venu trois fois plus nombreux que prévu. Et il y en avait partout. La bonne idée avait été d’inviter les enfants à découvrir cette œuvre, tous assis devant la scène improvisée. Beau spectacle et belle leçon de musique par la même occasion.
C’est décontracté que Francis arrive vers 18 heures, en costume cravate sous l’encore très chaud soleil de fin d’été. Toujours flegmatique, toujours abordable, il discute avec les musiciens, avec quelques fans venus quémander signature et selfies et, comme à notre habitude depuis plus de 30 ans, nous nous asseyons pour faire le point sur un planning qui, en boulimique qu’il est, est toujours rempli pour des mois à venir.
Du coup, pour ne pas que j’en oublie, c’est lui-même qui va tout me noter et commenter sa litanie de projets.

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Francis m’écrit l’article ! – Avec Elio Ditana

« Je suis venu à Sanary parce que le travail de «Fractales» est exemplaire. L’association a près de quatre ans et a été créée par Françoise Gneri qui fait un travail fantastique de démocratisation de la musique classique, l’emmenant partout pour la faire connaître, accompagnée d’une quinzaine de musiciens. Elle fait ainsi connaître cette musique souvent mise à part et découvrir de jeunes talents. Ce festival à Sanary mérite d’être soutenu et j’y contribue avec joie. Je suis accompagné au piano par Elio Ditana avec qui j’avais déjà travaillé sur la pièce «Sacha le magnifique». Il a également travaillé avec André Dussolier sur la pièce «Novecente». C’est un très grand pianiste qui donne des concerts dans le monde entier. Il vient de jouer «Rhapsodie in Blue» de Gershwin en Italie.
«Pierre et le loup» est une création. Vas-tu la jouer ailleurs ?
Non et c’est cela qui est formidable. C’est juste pour un soir, créé pour ce festival.
Une jolie parenthèse donc, dans ta vie d’acteur toujours surchargée !
(Il sourit), Oui, c’est vrai qu’à chacune de nos rencontres, j’ai toujours plusieurs projets sur le feu. Là, depuis le 22 août  et jusqu’au mois de décembre, j’ai repris «Bronx» de Chazz Palminteri au Théâtre de Poche Montparnasse. Il a été refait et j’ai inauguré la salle du Théâtre Libre en alternance avec d’autres pièces.
Mais d’octobre à décembre, je suis en tournée avec la pièce de Laurent Ruquier «Pourvu qu’ils soient heureux» avec Fanny Cottençon et Louis le Banaer.( Le 15 octobre au Théâtre Toursky de Marseille, le 16 octobre au Cannet, à la Palestre, le 7 décembre au Casino de Hyères)

F G H
I J K

Et puis tu pars en campagne pour Molière…
D’abord je pars en tournée en janvier et février avec Yves le Moign’ et mon spectacle «Molière» (Lundi 13 jancier à la Chaudronnerie, la Ciotat et lundi 25 février au Théâtre Anthea, Antipolis). Le 4 septembre sortira mon livre «Molière, mon Dieu» chez Armand Colin. C’est un plaidoyer pour faire entrer Molière au Panthéon.
Tu sais que c’est absolument inadmissible qu’aucun comédien ne soit au Panthéon ? Il y a des écrivains,, des politiques et pas un seul comédien ! Et tu sais pourquoi ? parce qu’à l’époque les comédiens étaient excommuniés et enterrés en terre commune car considérés comme saltimbanques. Et aujourd’hui nous en sommes encore là ! C’est un vrai cas de figure car à Londres Shakespeare est considéré et honoré. Alors qu’on parle de la langue française comme «La langue de Molière», comédien n’était pas considéré comme un métier et ça n’a pas beaucoup changé ? Sais-tu qu’il n’y a pas une seule statue de comédien dans Paris ? J’ai donc fait une lettre au président de la République et une pétition sur Internet. J’espère que d’ici le 15 janvier 2022, date du 400ème anniversaire de sa naissance, le président Macron va y réfléchir. Il a deux ans pour le faire !
Et d’ici là, je suppose que toi aussi tu as d’autres projets !
Oui mais je ne peux pas t’en dire beaucoup : Je serai de retour à Paris le 15 février pour ma création annuelle. Je signe dans quelques jours, donc je n’en dis pas plus. Et puis, dès l’hiver 2020 je vais à nouveau tourner dans une grande série de la facture de «Zodiaque», qui avait été un gros succès. Là encore, je ne peux encore rien dire mais le tournage aura lieu durant six mois.
Par contre, ce que je peux te dire c’est qu’en mai et juin j’animerai une «Carte Blanche» au Théâtre des Franciscains de Béziers. J’y emmènerai une quinzaine de comédiens. C’est un beau projet et je t’y invite ».

E
L’équipe de « Sanary Animations » et de « Fractales »

Avant de répéter, l’après-midi il est allée sur les allées de Sanary faire un petit pèlerinage.
« Sanary est la ville où ont entre autres vécu Bertold Brecht, Stefan Sweig,  Erich Maria-Remarque durant les années de guerre. Remarque y a tenu une correspondance avec Marlène Dietrich, Brecht y a écrit des articles et Sweig, revenu de guerre, y a donné des conférences.
Ce sont de grands écrivains que Sanary a hébergés et qu’il ne faut pas oublier.

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Patrick Carpentier

Luq HAMETT ou la passion théâtre

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Que serait le festival  In Situ» sans Luq Hamet qui, tous les ans nous amène de belles pièces pour rire et pour pleurer.. de rire ?
Il n’y a pas plus sympathique et simple que lui. Plus passionné aussi car le théâtre, il l’a dans la peau, il le défend depuis 35 ans.
Comédien, metteur en scène il est aussi un grand patron de théâtre pour une petite bonbonnière de 132 places exactement : le théâtre Edgar.
De retour à Carqueiranne, il nous a proposé deux pièces cette année : «C’est pourtant simple» de Sophie Brachet avec Marion Game et «Ciel, ma belle-mère» d’après Feydeau, avec David Martin et il a fait mouche une nouvelle fois en faisant se tordre de rire deux salles pleines.
Comment es-tu devenu comédien, Luq ?
J’ai écrit mon premier one man show à 16 ans : « Moi, je craque, mes parents raquent». Ca a marché car j’avais déjà cette envie de devenir comédien. En 83 j’ai fait une audition au Point Virgule… où j’ai joué trois ans !
Entre temps, on m’a proposé de faire du doublage et à partir de là, j’en ai fait beaucoup : j’ai fait la voix de Michaël J Fox pour «Retour vers le futur», je le double toujours, j’ai été la voix de Roger Rabitt, de Mozart dans «Amadeus»,  j’ai doublé Jason Priestley dans «Beverley Hills» de 1990 à 2000, j’étais le calife dans « Iznogoud » et bien d’autres…

C D

Tu doubles toujours Michaël J Fox ?
Oui, il travaille moins à cause de sa maladie mais il a toujours un immense fan club qui se réunit au Canada. Le 19 octobre ils seront à Paris pour l’anniversaire des 30 ans de «Retour vers le futur 2»
La soirée s’intitulera «Retour au grand Rex»
La postsynchronisation c’est en fait ton vrai métier ?
C’est une partie de mon métier car il faut être à la base comédien pour en faire. Mais j’ai toujours varié les plaisir en écrivant des pièces, en jouant, en mettant en scène. J’ai même fait de la télé en travaillant avec Dorothée à «Récré A2», de 90 à 96 j’ai animé l’émission «Hanna-Barbera  Ding dong», je travaille sur «les cahiers d’Esther», nombre de dessins animés français comme « Tom Tom et Nena »
Comédien, metteur en scène, aujourd’hui tu as un théâtre…
J’ai aussi une maison de production, une société de constructions de décors «Les ateliers de décors» et nous sommes en train de créer les décors de  «La dame de chez Maxim’s» que va mettre en scène Zabou Breitman…
C’est de la boulimie !
C’est surtout le meilleur moyen d’être totalement libre. En ayant tous les outils de travail.
Alain Malet avait créé en 75 le Théâtre Edgar et le Café d’Edgar dans le 14ème, 58 rue Edgar Quinet, d’où son  nom. En 2014 ils étaient à vendre et je ne les ai achetés qu’à la condition de n’en faire qu’un théâtre. Il possède 132 places, a une scène de huit mètres d’ouverture, nous y présentons deux pièces différentes, une à 19h, l’autre à 21h, le week-end nous proposons des spectacles jeune public et une troisième pièce le dimanche. C’est ouvert sept jours sur sept, le prix des places est de 25€ et de 15€ sur Internet. Nous ne jouons que des comédies familiales afin que tout le monde y trouve son compte et puisse venir au théâtre.
Dès le mois d’octobre nous présenterons pour trois mois la pièce que nous avons créée à Carqueiranne «Ciel, ma belle-mère». C’est mon épouse Emmanuelle qui a fait l’adaptation de cette pièce de Feydeau qui s’appelle «Le mariage de Barillon». Je trouve l’argument formidable et j’espère que le public s’amusera autant que nous.

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C’est ce qui s’est passé «In Situ» avec une troupe on ne peut plus joyeuse et soudée, une vraie famille comme nous l’ont dit les comédiens.
Et après Paris, une tournée se prépare… Que demande le peuple ?

Propos recueillis par Jacques Brachet

Carqueiranne, Festival «In Situ»
David MARTIN le théâtre, sa nouvelle passion

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Plus ressemblant à qui vous savez… Tu meurs !
Mais David Martin est plus avenant, plus chaleureux, très volubile et c’est un plaisir que de rencontrer ce nouveau comédien qui a délaissé la cuisine pour la scène !
On le retrouve donc super décontracté malgré le fait que ce soir, au fort de la Bayarde, ce soit une grande première, avant d’aller jouer au Théâtre Edgar à Paris à la rentrée.
Ce théâtre dont Luq Hamett est le propriétaire et Luq qui, après avoir mis en scène Marion Game, met en scène cette pièce de Feydeau «Ciel, ma belle-mère» dans laquelle il joue et signe la mise en scène également.
Et même si l’adaptation est signée Emmanuelle Hamett (l’épouse de…) c’est du pur Feydeau avec les portes qui claquent, les situations cocasses et totalement déjantées, les courses-poursuites, et les placards où tout le monde se cache.
Barillon (David Martin) doit épouser une très jeune fille contre le gré de celle-ci. Mais à la mairie, l’employé aviné se trompe de nom et met le nom de la mère à la place de la fiancée. Le voici donc marié à sa belle-mère qui n’attendait que ça depuis son veuvage… Vous avez dit veuvage ? Eh bien non, son marin de mari qu’on croit péri en mer réapparait au bout de deux ans… accompagné d’un phoque ! D’où des chassés croisés avec le maire qui doit par ailleurs se battre en duel avec Barillon suite à une altercation, l’amoureux transi de la jeune épousée qui ne l’a pas été et un ménage à trois qui s’instaure…
C’est fou, c’est gai, c’est du champagne et du rire assuré avec une équipe homogène de comédiens formidables entourant Jacques Martin : Gwénola de Luze, incroyable dévoreuse d’hommes qui garderait bien les deux, Jean-Marie Lhomme, viril marin assoiffé de sexe… malgré le phoque, Nadège Lacroix et Thomas Vernant adorables amoureux de Peynet, Guillaume Darnault maire désopilant dépassé par les événements.
Inutile de vous dire que le public a bien ri et que malgré cette première, le vent qui s’en est mêlé et un pied de table défectueux, chacun s’en est sorti avec les honneurs, trac et plaisir mêlés comme pour chaque première.

G E
F H

David Martin, lui, était d’une décontraction incroyable et l’on a longuement bavardé ensemble.
David, comment passe-t-on de chef cuisinier à comédien ?
C’est dans les gènes et c’est une ambiguïté familiale depuis mon arrière-grand-père, qui était cuisinier à la cour de Nicolas II avant de venir s’installer à Lyon. Cuisine, spectacle, télé, nous sommes tous des cuisiniers ou des comédiens contrariés. Avec mes frères, nous avons toujours essayé de suivre notre père, ce qui n’était pas toujours facile. Mon père, ça a toujours été le spectacle. Moi ça a été la cuisine que j’ai pratiquée durant une quinzaine d’années… Ça a été un investissement sacerdotal… (J’aime bien cette expression !) J’ai toujours été très exigeant.
Comment s’est faite la transition ?
J’ai d’abord fait des «one man show cuisine» où je mêlais des anecdotes à des recettes. Et puis il y a eu Olivier Minne qui a réuni une trentaine d’animateurs télé (j’en faisais partie puisque j’animais alors une émission de cuisine) pour jouer un Feydeau pour la télévision. Ça a été une réussite et certainement le déclic qui a fait que j’ai commencé à penser au théâtre.
Et alors ?
Alors, après la disparition de mon père, j’ai vendu mon restaurant et je suis parti… au Cambodge où je m’y suis tellement bien trouvé qu’avec deux associés, nous avons ouvert un restaurant français près des temples d’Angkor, à Seim-Reap. Nous l’avons baptisé «Le Malraux». Il est très beau. Il faut savoir que ce pays est très francophile, c’est un ancien protectorat français. Et les touristes, après 15 jours de cuisine du pays, adorent retrouver notre cuisine, une bonne côte de bœuf, un bon vin français. Ça marche très fort depuis 15 ans. Et je souligne que c’est nous qui payons le mieux nos employés.

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On est toujours loin du théâtre !
J’ai eu envie de rentrer en France et j’ai retrouvé Luq Hamett qui est un ami de trente ans et il a eu la gentillesse de me proposer ce rôle que j’ai très vite accepté car j’avais tout à fait le profil du rôle et de plus, Luq a beaucoup de talent, de gentillesse, de bienveillance. Du coup, après Carqueiranne, nous allons jouer à partir d’octobre dans son théâtre, le Théâtre Edgar et ce durant quatre mois, avant de partir en tournée.
Comment te sens-tu pour cette vraie première ?
Bizarrement à peu près Zen. Nous avons répété plus d’un mois au théâtre Edgar donc on est au point. Je pourrais avoir le trac si les choses étaient bancales. Mais on est prêt, on est une troupe vraiment familiale grâce à Luq qui sait créer cette ambiance. Les quelques petits problèmes sont le plein air, le vent, une grande salle où il faudra porter sa voix et surtout penser aux déplacements car la scène est beaucoup plus grande. C’est une petite gymnastique. Mais comme on est tous des grandes gueules, ça devrait aller !
Aujourd’hui, le théâtre c’est définitif ? Plus de cuisine ? Plus de télé ?
La cuisine c’est notre restaurant où je vais régulièrement. Là, avec la pièce, je ne pourrai pas y aller avant février mais il est en de bonnes mains. La télé, c’est une maladie et j’en suis guéri. C’est terminé. Lorsque j’ai commencé, il y avait très peu d’émissions de cuisine. Aujourd’hui il y en a sur toutes les chaînes et ça n’est pas toujours réussi.
Je préfère faire des conneries sur Internet !

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Propos recueillis par Jacques Brachet

Carqueiranne – Festival In Situ : Marion GAME… la pêche !

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Marion Game & Luq Hamett, le metteur en scène

80 ans passés, bon pied bon œil, bonne humeur, bon humour, je retrouve notre Huguette nationale alias Marion Game, à l’hôtel épuisée par la chaleur mais le regard qui vrille et le rire au coin des lèvres. Elle est accompagnée par Luq Hamett, auteur, comédien, directeur de théâtre, metteur en scène de la pièce , qui veille sur elle comme un fils.
Ils se connaissent depuis des années et se retrouvent au festival «In Situ» de Carqueiranne, elle dans « C’est pourtant simple », la première pièce de Sophie… Brachet, (qui n’est pas ma cousine !) lui, le lendemain dans une pièce de Feydeau « Ciel, ma belle-mère ! » et dans laquelle il joue avec entre autres David Martin (le fils de…) reconverti de cuisinier à comédien… Des chiens ne font pas des chats !
Nous voici donc réunis pour parler d’une pièce désopilante dans laquelle Marion et Geneviève Gil se disputent la vedette avec maestria.
L’histoire est assez compliquée et ce sont nos amis qui essaient de nous la raconter :

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« Il y a eu un cambriolage chez les Bordier. Ce qui ne fait pas l’affaire d’Henri Bordier (Emmanuel Vieilly) qui doit recevoir une jeune femme en l’absence de sa femme (Virginie Stevenot). Voici que s’en mêle Madame Pinson (Geneviève Gil), la voisine qui, voyant la situation, veut calmer le jeu. En fait, elle va tout compliquer, envahir le couple puis l’arrivée intempestive de la belle-mère d’Henri, l’ex star Simone Vannier (Marion Game) qui a décidé de faire un comeback hasardeux après dix ans d’absence et auquel elle seule croit, ne va pas arranger les choses ».
S’ensuit quiproquos et mensonges comme au bon vieux temps de Monsieur Feydeau.
Une pièce très réussie pour une première où Sophie Brachet nous prouve son esprit inventif fait de coups de théâtre, de répliques qui font mouche, de situations drolatiques… Lorsqu’on porte un tel nom on ne peut avoir que du talent !
Et nos deux comédiennes se livrent un duel plein d’à-propos et de quiproquos, de situations burlesques, dans cette machinerie bien huilée, les autres comédiens ne déparant pas et apportant aussi leur univers comique. Cette pièce est un délire total qui a fait crouler de rire le public, heureux de retrouver celle qui, chaque soir, rentre dans leur salon pour d’épiques scènes de ménages auprès de Gérard Hernandez.

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L’équipe au grand complet : Elisa Aze, Geneviève Gil, Virginie Stevenot,  Luq Hamett, Marion Game, Emmanuel Vieilly et Julien… Brachet… Encore un !

Alors, heureuse, Marion, de retrouver cette pièce ?
A la fois heureuse, excitée mais aussi… liquéfiée ! Chaque soir je me dis : «Mais qu’est-ce que tu fais là ? A ton âge, tu ne peux pas rester chez toi ?». Et puis, une fois sur scène, c’est le bonheur. Surtout lorsqu’on joue une telle pièce, si bien écrite, aux ressorts comiques imparables. Évidemment, ce n’est pas du Duras, c’est du boulevard mais c’est tellement drôle !
– Luq : Marion l’a jouée cent fois à Paris dans mon théâtre, le théâtre Edgar et tous les soirs ça a été la même comédie : à peine arrivée, elle veut rentrer chez elle ! Et puis c’est le miracle… heureusement. Sais-tu que, jouant tous les soirs, elle passait la journée à tourner «Scènes de ménage »s, enregistrant une quinzaine de sketches par jour !
– Et à supporter Gérard Hernandez, ce qui n’est pas rien ! Vous rendez-vous compte qu’on en est à la onzième année et que la production ne veut pas nous lâcher !
Vous n’en avez pas assez ?
Ça m’arrive de me le dire mais c’est une aventure magnifique, pleine de joies, de rires, de bons souvenirs avec Gérard qui est un ami, un complice de longue date. Nous avons fait des doublages ensemble et nous nous amusons toujours autant.
Comment votre carrière a commencé, Marion ?
Je suis née à Casablanca et j’ai très vite travaillé au Royal Automobile Club où j’ai vu défiler tous les plus grands pilotes du monde. J’étais secrétaire. Mais un jour il a fallu ficher le camp car nous  vivions journellement des violences, des attentats. Ils voulaient leur indépendance, nous l’avons payée.
Et alors ?
Alors je me suis retrouvée secrétaire de direction au Vézinet et j’ai commencé très vite à me dire que je ne pouvais pas vivre cette vie éternellement. J’ai poussé la porte du cours Simon. C’est «le maître» qui m’a reçue. J’avais alors déjà 25 ans. Il m’a dit : «Tu veux jouer la comédie ? Tu as vingt ans, tu viens travailler» Et ça n’a jamais arrêté.

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Marion avec Sophie Brachet et son complice Gérard Hernandez, rencontrés au Festival de la Fiction Télé de la Rochelle

On connaît la carrière que vous avez eue et avez encore. Comment êtes-vous arrivée sur «Scènes de ménages» ?
Sur casting où j’ai retrouvé Gérard qui n’est pas toujours facile, qui est bourru, qui n’est pas démonstratif mais qui a une grande élégance intérieure. Et c’est pour moi un couronnement phénoménal. Vous vous rendez compte : 4 millions de téléspectateurs chaque soir !
Et vous Luq, comment avez-vous rencontré Marion ?
J’étais très jeune et j’ai commencé à faire de la post synchronisation : Marion faisait ma maman dans la série  «Beverly Hills» ! Je suis ainsi rentré dans la famille car il faut savoir que le monde du doublage est un peu comme une communauté. Pour moi, je me retrouvais avec des caïds, des grandes pointures… C’était Disneyland et j’étais fasciné par ce monde…
Marion : Il faut dire que, même si on est bon comédien, le doublage est un art très difficile. Mais c’est un boulot formidable. J’ai Joué la mère de «Malcolm» durant six ans, c’est très jouissif. Entrer dans les pantoufles de quelqu’un est un vrai bonheur. Mais en même temps, on est toujours sur un fil. Il faut âtre acteur mais il faut en plus une technique que n’ont pas tous les comédiens.
Alors Marion, Théâtre ou synchro ?
Les deux mon capitaine mais bien sûr à choisir c’est jouer. C’est la base du métier. On arrive à poil et l’on doit trouver tous les éléments pour s’habiller, trouver le personnage qui n’est pas tout à fait vous. C’est une performance de tous les instants.
Et pour «Scènes de ménages», comment ça se passe ?
Il y a une brigade de scénaristes qui écrivent des sketches. Avec Gérard on fait une première sélection, puis une seconde avec la production. Si vous saviez le nombre de sketches qu’on reçoit !
Une fois sélectionnés, avec Gérard ont les étudie. Quelquefois on réécrit certains passages, on les modifie. Nous avons les textes trois jours avant »

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Après le spectacle, Marion avec Robert Masson, maire de Carqueirenne, Alain Galian et Marie-Thérèse Chevaly, adjoints au maire, Luq Hamett et Sophie Brachet

L’heure avançant, nos amis vont aller repérer la scène dans ce magnifique Fort de la Bayarde et nous les suivons pour les répétitions.
Marion est toujours aussi stressée.
Pourquoi, Martion ?
Parce qu’il y a un moment que je n’ai plus joué cette pièce, que j’ai l’habitude d’un petit écrin, que là c’est une grande salle et en plus en plein air, et en plus avec la chaleur ! Ça fait beaucoup Il va falloir passer de la flûte traversière au hautbois !»
Nous retrouvons Sophie Brachet, son époux, Jacques Pessis et leurs filles. Sophie autant stressée que Marion qui, prenant un accent larmoyant et provençal, s’écrie : «Je veux rentrer à la maison» !
Heureusement pour nous et les spectateurs, elle restera et nous offrira cette magnifique performance, saluée le soir par M le maire en personne, Robert Masson et son adjointe à la Culture, Marie-Thérèse Chevaly, toujours très fidèles dans une ambiance des plus festives.
Encore une belle journée sous les étoiles

Jacques Brachet
Photos Christian Servandier

Festival de Ramatuelle
Macha MERIL – Natalie DESSAY :
Stefan Zweig et Michel Legrand les réunit

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Retrouver Macha Méril est toujours un réel plaisir.
Rencontrer Nathalie Dessay était un grand désir.
Voilà qui est fait puisque les voilà réunies dans une pièce inédite de Setfan Zweig «La légende d’une vie» et pour notre grande joie, les voici au festival de Ramatuelle entourées de Bernard Alane, Gaël Giraudeau et Valentine Galey.
« La pièce de Stefan Zweig – nous confie Macha Méril – est un événement, d’abord, c’est la seule pièce de théâtre qu’il ait jamais écrite, les autres pièces étant des adaptations de ses livres. Elle date de 1919 mais ressemblait tellement à ce qu’il vivait avec sa seconde épouse que celle-ci la fit disparaître à son décès. On ne la retrouva que bien après sa mort et les 100 ans qui font qu’elle est tombée dans le domaine public. Et c’est une première mondiale ! »

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Cela se passe à Vienne en 1919 où un jeune homme (Gaël Giraudeau) est pris dans le carcan du souvenir de son père décédé, grand poète, entretenu par sa mère (Natalie Dessay) qui a créé une légende autour de cet homme. Jusqu’au jour où réapparait le premier amour de celui-ci (Macha Méril) qu’il a quittée pour une femme très riche qui a su lui faire un enfant.
Ainsi le fils découvre-t-il tout un pan de la vie son père beaucoup moins idyllique que le lui peignait sa mère. Peut-être que ce retour va lui permettre d’être délivré d’un lourd fardeau afin qu’il ne puisse plus vivre sa vie dans l’ombre du grand homme. Peut-être aussi qu’à travers les souvenirs qu’elles ont de cet homme, les deux femmes pourront se réconcilier.
C’est une pièce très forte émotionnellement, où chacun s’affronte pour défendre sa façon de vivre à travers cet homme. La distribution est formidable. Macha, on le sait, est une grande comédienne, Natalie Dessay, qui monte pour la première fois sur une scène pour jouer la comédie, y est incroyable de vérité. C’est une grande voix mais aussi une grande comédienne qu’on découvre. Quant à Gaël Giraudeau, digne fils de ses parents, Bernard Giraudeau et Anny Duperey, il y est prodigieux.
Macha me confie que, lui aussi, en lisant la pièce, y a trouvé des réminiscences de sa propre vie. Et lui qui ne voulait pas faire de théâtre malgré ses velléités, pour ne pas être dans l’ombre de son père aujourd’hui disparu, il a souhaité ardemment interpréter ce rôle.
Première scène donc, pour lui aussi et il nous a prouvé qu’il pouvait être à la hauteur du père.
Ce fut donc  une soirée chargée d’émotion et une très belle découverte.

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Auparavant, j’ai pu réunir ces deux belles comédiennes que sont Macha et Nathalie.
«Macha, Nathalie, comment vous êtes-vous rencontrées ?
Macha : J’étais allée voir Natalie dans l’opéra «Lucie de Lamermoor» avec Isabelle Huppert. La rencontrant, je lui dit que j’ai un copain qui voudrait lui écrire des chansons. Ce qui l’a surprise. Ça a été notre première rencontre et nous sommes devenues amies.
Je savais qu’elle avait envie de jouer la comédie et un jour, je tombe sur cette pièce et je me dis que c’est pile la pièce et le rôle qu’il lui faut.
Natalie : J’étais prête à faire ce saut dans le vide et ce, depuis longtemps : avant de chanter, j’avais fait du théâtre au conservatoire de Bordeaux. Et si j’ai fait du chant c’était pour pouvoir jouer un jour au théâtre car  j’aime par-dessus tout raconter. C’est grâce à Macha que j’ai pu réaliser ce rêve.
Il y a également Michel Legrand qui vous lie…
Natalie : Toute petite, j’étais tombée amoureuse de « Peau d’Âne » de Jacques Demy ? Je connaissais toutes ses chansons par cœur. Je ne vous dis pas l’effet que m’a produit la chanson «Amour, amour» lorsque je l’ai entendue pour la première fois. Puis il y a eu «Les parapluies de Cherbourg» et toutes les autres musiques. Je me suis dit alors que c’était ça que je voulais faire.
Macha : Quelle joie qu’elle ait pu faire ces deux disques avec Michel. Il me disait qu’il avait enfin trouvé sa voix. En France il ne trouvait pas l’équivalent d’une Barbra Streisand pour qui il avait écrit les chansons de «Yentl» et qu’elle a beaucoup chanté. Enfin il la trouvait et de ce jour ils ne se sont plus quittés.
Natalie, vous êtes très éclectique dans vos choix ?
C’est vrai et c’est pour cela que je me sentais un peu étriquée dans l’opéra uniquement. J’aime varier les plaisirs. C’est pour cela que j’ai chanté avec Michel, que j’ai fait un disque de chansons brésiliennes  «Paris-Rio» avec Agnès Jaoui, Héléna Noguera, Liat Cohen. Et je prépare un disque consacré à Claude Nougaro.

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Et toi Macha… la chanson ?
Ce n’est pas mon truc mais j’ai retrouvé plein de musiques de chansons que Michel m’a laissées. J’ai donc décidé de sortir tous les ans un disque d’inédits. Le premier sera fait des musiques de Michel et j’ai confié les paroles à de grands écrivains : Modiano, Amélie Nothomb, Keffelec, Michel Onfray. C’est incroyable comment ils ont compris la musique de Michel».
D’ailleurs, avant la présentation de la pièce, Macha a proposé à Michel Boujenah de rendre hommage à notre grand compositeur de manière à la fois originale et émouvante. On a pu retrouver, dans un halo de lumière sa voix dans une chanson inédite «Ensemble» qui de plus, se rapproche de son vécu avec Macha. Ce fut un moment intense dans un recueillement magnifique. Beau cadeau qu’elle nous a fait là. C’était une chanson qui avait été écrite pour Yves Montant dans film de Jacque Demy « Trois places pour le 26 » et qui n’a pas été retenue.
«C’est une chanson que je sortirai en disque et j’y mettrai ma voix dessus». Beau duo en perspective !
«Revenons à cette pièce…
… Macha : que nous avons jouée 118 fois, en grande partie au théâtre du Colombier.
Natalie : C’est la 119ème ce soir ! Et le théâtre du Colombier a été un véritable écrin pour cette pièce.
Macha : Nous la reprenons en tournée. Nous la jouerons au Théâtre Tourky le 20 novembre.
Macha, on connait ta carrière cinématographique. Et vous Natalie, ça vous tente ?
Évidemment ! je suis ouverte à toute nouvelle proposition. Mais à mon âge, je ne me fais pas trop d’illusions. Les réalisateurs ont du mal à monter des films sans de grands noms. Alors qu’au théâtre, il y a beaucoup plus d’ouvertures.
Macha : La loi des chiffres est inexorable. Tu sais que j’ai eu la chance de pouvoir démarrer dans ces années où tout était possible. Aujourd’hui, c’est devenu très difficile.
Tu as fait aussi une jolie carrière en Italie ?
C’aurait pu être mieux mais là, j’ai démarré au moment des Brigades rouges et le cinéma s’en est beaucoup ressenti. Tu sais, lorsque la société est trouble, le cinéma l’est aussi. Mais le théâtre est en fait plus intéressant que le cinéma, tous points de vue. D’abord, les relations au théâtre sont beaucoup moins superficielles qu’au cinéma où il y a une concurrence terrible…
Natalie : Je pense que cela vient du fait qu’on est ensemble à longueur de journées, pour les répétitions, pour se retrouver tous les soirs sur scène et encore plus en tournée. Des liens, des familles se soudent. Les relations sont moins fragiles qu’au cinéma.
Alors aujourd’hui ?
Macha ; Il y a la tournée, qui nous permettra de rester encore ensemble. Et puis tu sais que j’ai le projet de ce festival de musiques de films qui se déroulera en juin 2020 dans la propriété de Michel qui compte 250 hectares et un petit château, magnifique écrin pour lui rendre hommage».

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Nous en reparlerons bien sûr en temps utile, tout comme nous allons suivre la nouvelle voie que prend avec bonheur et succès celle qui fut une magnifique soprano et que nous retrouverons sur la route de la tournée.

Jacques Brachet
Photos Christian Servandier

Festival de Ramatuelle
La série Lellouche-Vadim-Brécourt continue

LE TEMPS QUI RESTE

Tous les deux ans, c’est devenu une habitude : on retrouve les trois mousquetaires accompagnés d’une gente dame. Nos trois mousquetaires sont Philippe Lellouche, qui signe aussi cette nouvelle pièce «Le temps qui reste», et ses deux complices inamovibles : Christian Vadim et David Brecourt. Et la petite dernière arrivée, la lumineuse Mélanie Page.
Comme à chacune des pièces qu’ils ont créées ensemble, passage obligé à Ramatuelle où l’ami Boujenah, directeur artistique du festival, nous dit que c’est devenu une tradition et que c’est comme une série qui voit le retour de l’équipe, pour le plus grand plaisir du public.
Rendez-vous à 15h30 sous le chaud soleil estival. Rencontre… à 19h30 pour cause de piscine et encore seuls Philippe et Mélanie prendront le temps de nous répondre, les deux autres on les «coincera» dans les loges pour quelques brèves confidences !

LE TEMPS QUI RESTE LE TEMPS QUI RESTE

Mélanie, comment entre-t-on dans un trio de mâles bien soudés et si complices ?
(Grand sourire) Bien, très bien même ! J’ai vraiment été accueillie les bras ouverts, ça a été très agréable et très rapide.
Philippe, comment s’est fait le choix de Mélanie ?
Je l’ai découverte au théâtre de la Madeleine où elle jouait «L’heureux élu» d’Eric Assous. Je l’ai trouvée remarquable et j’ai ressenti tout de suite qu’elle correspondait à tout point de vue au rôle.. J’ai découvert avec bonheur une grande actrice Je ne me suis pas trompé. C’est un Stradivarius, une vraie personnalité… Un soleil !
Quel effet cela vous fait-il de vous retrouver ici ?
Je me sens chez moi et, comme le dit Michel, qui, avec Jacqueline Franjou, nous accueillent magnifiquement.il semble qu’à chaque fois on propose un nouvel épisode d’une série. De plus, l’accueil est très chaleureux et c’est un vrai plaisir que de s’y retrouver. Lorsqu’on a joué pour la première fois, c’était avec «Le jeu de la vérité». C’était encore au temps de Jean-Claude Brialy qui était venu nous voir à Paris et avait eu cette belle phrase : «Visconti adorait jouer au jeu de la vérité. Je vais faire pareil. Ecris-moi une pièce». Hélas, ça n’a pas pu se faire. Ce festival est tellement agréable, c’est chic, c’est à la fois un plaisir et une certaine nostalgie et c’est un honneur que d’y venir et revenir.

LE TEMPS QUI RESTE LE TEMPS QUI RESTE LE TEMPS QUI RESTE

Comment s’est formé le trio ?
Ca fait  plus de 15 ans qu’on travaille ensemble.
J’ai découvert Christian dans une série TV et j’ai découvert en lui une vis comica incroyable que j’avais envie d’exploiter. David et moi nous connaissions car nous étions voisins à Barbizon. Je l’avais découvert dans la série «Sous le soleil». Lorsque j’ai écrit ma première pièce, j’ai très vite pensé à eux et nous sommes aussitôt partis en pilote automatique.
David me dira plus tard :
«Notre rencontre a été guidée par le hasard. Il se trouve que Philippe et moi habitions tout près l’un de l’autre à la campagne. On ne se connaissait pas mais on s’est retrouvé autour d’une table chez des amis communs. A la fin du repas, il m’a proposé sa pièce «Le jeu de la vérité». Il a fait de même avec Christian».
As-tu vite dit oui ?
…Oui ! la pièce était percutante et je découvrais un véritable auteur avec beaucoup de talent, une grande intelligence, une grande vivacité d’esprit… Avec Philippe, on a touché le gros lot et depuis, nous sommes engagés dans la même aventure !
Nous avons donc joué avec succès «Le jeu de la vérité». C’est la première pièce que nous avons créée, puis il y a eu sa suite «Le jeu 2 la vérité» et «Boire, fumer et conduire vite», «L’appel de Londres»… il y a eu les films et enfin «Le temps qui reste»
Christian m’avoue
«Ca fait 17 ans qu’on est ensemble, aussi bien au théâtre qu’au cinéma et avec eux on sait que ce n’est jamais la dernière, on sait déjà qu’il y aura une suite. Donc ce soir nous sommes joyeux, heureux,
Philippe… Auteur, scénariste, réalisateur, metteur en scène, comédien, journaliste, chanteur… Qu’est-ce que vous n’avez pas encore fait ?
La météo ! Blague à part, tous ces métiers sont les mêmes, chacun est la prolongation de l’autre, c’est en fait raconter des histoires de diverses manières.
Lorsque vous écrivez, vous pensez toujours à eux ?
Oui, très souvent lorsqu’il y a plusieurs personnages. Mais j’ai écrit pour Gérard Darmon «Tout à refaire» et au départ, je n’avais même pensé à y jouer. Sinon, je pense à eux, évidemment. Nous sommes amis, nous avons le même âge, les mêmes préoccupations, je développe des thèmes d’actualité qui les intéressent. En fait, nous sommes la seule troupe de théâtre privé existant en France !

LE TEMPS QUI RESTE LE TEMPS QUI RESTE LE TEMPS QUI RESTE

Et si entre eux c’est «à la vie à la mort», ils n’en continuent pas moins leur carrière chacun de son côté, David ayant cette année tourné pour la télévision dans «Léo Mattei» et ayant joué au théâtre « En ce temps là, l’amour » de Gilles Ségal. Philippe ayant joué et mis en scène «L’invitation» d’Hadrian Raccah, Christian ayant tourné dans le film de Pascal Thomas, «A cause des filles».
Et ce soir, sur la scène de Ramatuelle, on les a retrouvés, ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait autres David dans des scènes désopilantes où il avoue son homosexualité et son amour pour Christian, toujours à côté de la plaque aussi naïf que blagueur, Philippe, le plus sérieux, touché par la mort de leur ami qu’ils viennent d’enterrer et se retrouvant chez sa femme qui va les épater par ses révélations. D’ailleurs, bien des secrets vont être dévoilés au cours de la soirée. La crise des 50 ans  éclate dans toute sa splendeur où chacun commence à se poser des questions sur le temps qui leur reste à vivre et comment le vivre.
C’est émouvant par moment, drôle très souvent, les dialogues sont ciselés et percutants et, comme le veut la tradition, les coussins ont plu à leur salut.
Belle soirée sous les étoiles devant une salle pleine à craquer.

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Jacques Brachet
Photos Patrick Carpentier