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Marcel AMONT : 90 ans l’an prochain
Bon pied, bon oeil, bonne plume, bon humour…
et toujours belle voix !

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Il est né le 1er avril 1929… Après ça, l’on comprend son esprit facétieux !
Il traverse les décennies comme l’amie Annie Cordy, avec une pêche d’enfer. Les années glissent sur lui, il est toujours beau, svelte, ses cheveux sont blancs depuis si longtemps qu’ils font partie de cette silhouette longiligne qui devient, sur scène, un de ses atouts. D’autant qu’ils saute, danse et virevolte comme lorsqu’on l’a connu voilà…plus de 50 ans !!!
Il fait tellement partie de notre beau paysage de la chanson française que même nos grands parents parlent de lui. Lui, il rigole et à chaque concert il fait un malheur, tout comme lors de la tournée Age Tendre où il était plus jeune que nombre d’autres artistes qui avaient 20 ans de moins que lui. Il faut dire que, si sur scène il ne se ménage pas, il suit un régime draconien,
condition sine qua non pour continuer cette vie trépidante…
« Ordre de mon médecin après une petite alerte cardiaque… Mais rassurez-vous, tout va bien ! »
Il est disert, volubile et très heureux de vivre, de chanter, chose qu’il n’a jamais arrêté de faire, même durant « sa traversée du désert », où on ne le voyait plus à la télé, poussé par… ceux avec qui il partagea la vedette sur la fameuse tournée et qui, à leur tour, furent poussés par des petits nouveaux… qu’on retrouve aujourd’hui sur la tournée !!! Il en a beaucoup ri :
« J’ai trouvé ça très amusant que l’on se retrouve tous sur un même programme… C’est un clin d’œil du destin !
Ce qui me fait rire c’est lorsque j’entends des gens dire : « Oh la la… il a pris un sacré coup de vieux, celui-là » ! Mais finalement c’est le principe même de cette tournée : que sont-ils devenus ? comment sont-ils ? Le but est de faire entendre aux gens les chansons de leur jeunesse…. Et l’on vous parle d’un temps… comme disait son ami Aznavour !
Cet ami que l’on retrouve en duo avec lui pour ce nouvel album paru chez Universel où se mêlent anciennes et nouvelles chansons, anciennes et nouvelles voix puique, pour l’accompagner, il a réuni Charles donc, pour la chanson que celui-ci lui écrite et qui fait partie de ses plus gros succès : « Le mexicain ». Puis « Bleu, blanc, blond » autre grans succès revisité par les Nouveaux compagnons de la Chansons, recrée par Julien Dassin,fils de Joe et formé de chanteurs et comédiens vus dans diverses comédies musicales. Marcel est aussi l’un des seuls chanteurs à qui Georges Brassens ait écrit une chanson. C’est « Le chapeau de Mireille », qu’il reprend avec son « pays » de l’Ouest, Francis Cabrel. Participent à cet opus, Maxime le Forestier, auteur, avec Julien Clerc de la chanson « La galère », Alain Souchon de même avec « Viennois », François Morel (Monsieur) un certain Mathias fils de Marcel, né Miramon, et quelques autres. Pour ouvrir l’album une chanson d’Igit « Par-dessus l’épaule » qui donne le titre du CD et pour conclure, « Les moulins de mon cœur » de Michel Legrand.
Un bel album plein de souvenirs, sans aucune nostalgie et quel plaisir de retrouver ce magnifique artiste qu’on n’avait jamais perdu de vue.

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Le rencontrer est toujours un grand plaisir.
Marcel, vous avez commencé quand, exactement ?

Je suis « monté » à Paris en 51. J’avais un peu plus de 20 ans et je me destinais à un métier honorable », quelque chose comme enseignant . Mais très vite j’ai l’appel du théâtre puis de la musique et à 20 ans on me voyait plus sur les planches du conservatoire que sur les bancs de la fac. J’ai donc décidé de quitter Bordeaux où il ne se passait rien à cette époque et de tenter Paris. J’ai eu quelques années un peu dures mais j’ai commencé à percer en 56, date de mon premier Olympia, et je suis vraiment devenu une vedette reconnue avec quelques tubes (qu’on appelait alors succès populaires !)… en 60 ! Voyez, on n’en est pas si loin. Et voyez pourquoi ça m’a fait drôle de chanter aux côtés de ceux qui nous ont chassés !
En 60, je n’avais quand même que 30 ans mais avec leur arrivée j’ait fait office de « vieux briscard » ! Tout est relatif !
Et aujourd’hui, vous paraissez l’un des plus jeunes… Comment faites-vous ?
J’ai toujours fait attention à ma santé, à ma façon de vivre, de boire et de manger, à entretenir mon corps. Sans une certaine hygiène de vie, on ne tient pas longtemps dans ce métier et lorsque vous dites cela de moi ou d’Annie, ça prouve qu’il n’y a pas de secret !
Que pensez-vous du métier aujourd’hui ?
Il a complètement changé, c’est évident et je doute que nombre de tous ces chanteurs qui fleurissent en ce moment fassent de longues carrières Il y a une grande partie d’entre eux qui sont interchangeables et donc, ceux qui s’en sortiront, sont ceux qui ont une réelle personnalité, un réel talent. Il faut savoir que dans ce métier il n’y a pas de place pour tout le monde et qu’on ne peut pas lancer un chanteur comme un produit ménager, ce qui est aujourd’hui souvent le cas.
J’ai quatre enfants dont le plus jeune a plus de 30 ans. Il veut faire de la musique et, si je ne l’en empêcherai jamais, je lui dis : « Sois sûr de ton coup sinon, tu rejoindras le banc des oubliés ».

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Vous n’avez jamais arrêté ce métier ?
Non, jamais et j’ai eu du bol car, lorsque les contrats se sont mis à se faire rares en France, j’allais chanter en Allemagne, en Italie et beaucoup plus loin car je chante en huit langues. J’ai animé des émissions et fait beaucoup de galas et de disques ailleurs, entre autres en Italie. J’ai beaucoup parcouru la planète. Même aux jours les plus difficiles, j’ai pu résister et subsister avec ce métier. Je n’ai jamais arrêté de vivre de la chansonnette et puis, j’avais un autre violon d’Ingres : écrire. J’ai toujours écrit des chansons, des textes, des livres, même si je ne me considère pas comme un écrivain. Si je n’avais pas chanté j’aurais peut-être pu être écrivain ou journaliste ».

Il aurait pu mais il l’est, écrivain, il quelques livres à son actif dont son autobiographie : « Il a neigé… ».
Vous avez mis du temps à sortir votre autobiographie !
Oh la la… Ca a été un long travail… C’est que je n’ai pas dix ans de carrière, mon bon monsieur !!! J’avais quelque deux mètres cubes de doc à compulser !
Lorsqu’il a été question que je fasse mes papiers pour ma retraite et faire valoir mes droits, ma femme a fait des recherches entre disques, programmes, articles de presse, documents divers… Après, il a fallu tout trier. Bien sûr que je ne raconte pas tout, il faudrait plusieurs volumes mais… il a fallu faire un choix ! Sans compter qu’il n’était nullement question que je raconte mes galipettes car ce n’est pas mon genre, même si je sais que ça plait au public »
Après cette autobiographie, il a continué avec un livre fort original tout simplement intitulé « Lettres à des amis ». Comme son nom l’indique, il nous offre, sous forme épistolaire, des bouts de vie partagés avec des artistes comme Serge Lama qui était en tournée avec lui lorsqu’il a eu son terrible accident, Michel Drucker, Pascal Sevran, qui ne l’ont jamais laissé sur le bord du chemin lorsque les télés ne l’invitaient plus, Georges Moustaki avec qui il fit ses débuts, Alain Souchon avec qui il a « souchonné » et qui lui a écrit une chanson, Brassens, vieux complice qui lui a offert « Le chapeau de Mireille », Jacques Brel qu’il a vu débuter… Evidemment, quelques-uns ont aujourd’hui disparu… Mais ça, c’est l’effet de l’âge car, » mon bon monsieur », si le Marcel sautille comme un jeune homme, il n’en a pas moins loin de 90 ans et certains de ses amis l’ont quitté, comme Charles Aznavour, il y a peu. Mais le joyeux drille n’est jamais dans le pathos. Tout dans l’émotion, lorsqu’il s’adresse à ses parents, ses enfants, sa femme, l’amitié, la fraternité. Souvent aussi dans l’humour et le dérisoire comme cette lettre à JFK ou celle, soit-disant écrite à George Sand par un amoureux de la langue française qui – et c’est un euphémisme ! – ne la maîtrise pas.
On pourrait toutes les citer car toutes ont leur originalité, leur clin d’œil, leur style et le Marcel, il a du style et il manie la langue française avec un rare bonheur.

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Lorsqu’on vous voit sur scène, on se rend compte de tous les succès que vous avez fait !
Pas tant que ça vous savez. Bon, c’est vrai, j’ai plus de 60 ans de carrière mais peu de grands succès populaires. J’ai sorti mon premier disque à 27 ans et il se trouve que j’ai eu, avec Gainsbourg, le grand prix du disque… sans tube ! le premier « Tout doux, tout doucement » est arrivé après, suivi de quelques-uns comme « Bleu, blanc, blond », « Le Mexicain » que m’a écrit Aznavour, « Le chapeau de Mireille » que m’a écrit Brassens, « Dans le cœur de ma blonde », « L’amour ça fait passer le temps »…. Je n’ai jamais fait « la chanson qui tue » mais je me suis toujours plus considéré comme un homme de scène. Lorsque j’ai vu Montand pour la première fois, j’ai été sidéré et je me suis dit : C’est ça que je veux faire »
Aujourd’hui vous nous offrez un nouveau disque !
J’ai toujours continué à écrire des chansons et c’est bien dans ce but mais surtout de pouvoir les chanter sur scène car aujourd’hui, qui achète les disques ? les croulants comme moi qui se rabattent sur leur jeunesse… Les jeunes achètent de moins en moins de disques et de plus, il n’iront pas acheter Marcel Amont. Mais mon désir de faire de nouvelles chansons vient du fait que je n’ai pas envie de toujours tourner en rond avec les mêmes succès que je chante depuis des décennies. C’est pour cela que je n’ai pas continué la tournée Age Tendre. Je ne crache pas dans la soupe, je suis très heureux d’avoir fait cette tournée mais j’ai besoin d’une autre nourriture et, sinon de remplir des Zéniths de cinq mille personnes, de remplir une petite salle de mille personnes. Je préfère chanter dans un théâtre ou en tournée seul, avec mon répertoire et non finir ma carrière sur un pot-pourri de quelques succès. C’est mon but ultime ».
Les surprises ne sont pas toujours mauvaises. Cet album est de ces imprévus qui se dégustent. C’est inespéré, je suis fou de joie »
Dont acte… avec ces quelques succès remaniée et « duotisés » pour la circonstance… à ne pas traiter par-dessus l’épaule !

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Christian Servandier

Vincent NICLO : « Je suis un chanteur… hybride ! »

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Vincent Niclo, c’est le charme, la gentillesse, le sourire qui en fait craquer plus d’une, la passion, la voix et le talent… Il y en a qui sont nés sous une belle étoile !
Mais il y a aussi son éclectisme car, depuis ses débuts, il n’est jamais là où on l’attend, il prend sans arrêt des chemins de traverse qui l’amènent chaque fois au succès, passant de la variété française avec Fiori, Obispo, Lama, puis à l’opérette avec un hommage à Luis Mariano. On le retrouve avec les chœurs de l’Armée Russe, puis crooner avec les Gentlemen ou encore chanteur d’Opéra avec Alagna, Domingo, Dessay, Miguenes, sans parler des comédies musicales comme « Autant en emporte le vent » ou « Les parapluies de Cherbourg » avec Michel Legrand avec qui il part en tournée jazz.
Et le voilà aujourd’hui chanteur et danseur de « Tango », voix suave, port de tête espagnolissime, regard noir…
Quoiqu’il entreprenne musicalement, il le transforme en succès et pourtant, il garde cette simplicité qu’on retrouve avec plaisir avec cet entretien qu’il m’accorde à Cultura à Plan de Campagne, où est en promo « show case – dédicaces ».

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« Vincent, pourquoi le tango ?
C’est une envie que j’ai depuis longtemps. J’ai toujours aimé les sonorités latines, j’adore Julio Iglesias, Pavarotti, Domingo lorsqu’il chantent du tango et lorsque j’ai fait « Danse avec les stars », on m’a dit que j’avais l’attitude d’un danseur de tango ! J’aime ces rythmes lancinants, sensuels et le tango est une danse, une musique qui ont traversé les décennies. D’ailleurs, tous les chanteurs ont un tango à leur répertoire. Le tango n’est jamais démodé. Souvenez-vous de Gotten Project. D’ailleurs, lorsque j’ai proposé ce thème à ma maison de disques, je n’ai eu aucune réticence, aucune difficulté à la convaincre. Et des copains comme Fiori et Slimane ou Obispo et Lionel florence,sont venus spontanément me proposer de m’écrire une chanson ! Et puis il y a eu le duo électro Sky Dancers à qui j’avais demandé une participation sans trop y croire… Ils ont en fait, fait tout le disque. Vous voyez, c’est en fait hyper branché !
Comment, avec tous les tangos existants, avez-vous fait votre choix ?
Vous savez, ce n’est pas nous qui choisissons une chanson, c’est la chanson qui vous choisit. Et si elle ne me choisit pas, je l’abandonne. Je voulais à la fois des classiques et des inédits, du français et de l’espagnol. J’ai fait une liste de classiques auxquels je pensais et des auteurs et compositeurs m’ont proposé des inédits. J’ai même écrit les paroles de « Libertango » devenu « Mi amor » un que j’aurais abandonné s’il n’avait pas été choisi. Il se trouve qu’il est arrivé dans le top 3 !
Justement, « Libertango » de Piazzola, a déjà eu deux versions : celle de Guy Marchand et celle de Grâce Jones. Vous avez préféré cette dernière !
Il y a là deux méthodes et faire un mélange des deux me paraissait difficile. Celle de Grâce Jones
me semblait plus sensible, plus exprimée. En fait, il y a deux chansons en une, l’une mettant en valeur le refrain, l’autre le couplet. Pour ma voix, j’ai choisi celle qui me convenait le plus.
Choisir de chanter ces chansons en français ou en espagnol… Dilemne ?
Non, pas vraiment, en dehors du fait qu’il est vrai que la langue espagnole s’adapte d’évidence mieux pour le tango. C’est plus musical, plus sensuel, ça dégage plus d’émotion. Mais je voulais que mon public s’y retrouve. J’ai donc fait la part des choses.
Depuis le début, Vincent, vous nous surprenez par vos choix éclectiques et inattendus !
Je vous avoue que je déteste faire à chaque fois la même chose car je m’ennuie très vite. Alors, par goût, par plaisir, par curiosité, j’essaie de me diversifié car j’aime toutes les musiques et je fais des essais. Je n’ai pas envie de m’enfermer dans un style. J’ai la chance d’avoir toujours eu cette liberté et surtout que mon public me suive car c’est vrai qu’à chaque fois c’est un risque de faire de tels écarts… quelquefois le grand écart ! D’ailleurs, j’ai encore d’autres idées !

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J’ai lu quelque part que vous regrettiez qu’une certaine presse vous considère comme « ringard »…
C’est vrai, j’ai dit ça après quelques articles d’une certaine presse parisienne qui l’a écrit. Ca n’est jamais agréable à entendre mais en fin de compte, c’est ce que pense le public qui est important et de ce côté-là ça marche au-dessus de mes espérances. Et puis ce n’est qu’en France puisque ça marche aussi en Angleterre, en Allemagne et même en Russie… Alors, la presse parisienne !…
On me reproche, comme à d’autres, d’être un chanteur « à voix »… C’est un pléonasme car être chanteur, c’est bien avoir une voix, non ?
J’arrive aujourd’hui de Russie où j’ai chanté au Kremlin pour les 45 ans des Chœurs de l’Armée Rouge. J’étais le seul invité étranger, c’est une expérience incroyable et émouvante et un honneur. J’ai fait deux tournées avec eux et la première partie de Céline Dion qui a souvent eu les mêmes critiques que moi. Alors, si c’est ça être ringard, je veux bien continuer à l’être !
On se perd un peu dans votre parcours : chanson, télé, théâtre, cinéma… En fait, par quoi avez-vous commencé ?
Par l’opéra. J’ai fait mes classes à l’Opéra de Wallonie puis celui d’Avignon. J’ai donc au départ un parcours classique mais j’avais envie de faire d’autres choses et l’un de mes professeurs m’a dit que si je continuais à chanter l’Opéra, le « classique » prendrait le dessus. Comme une danseuse classique, qui a plus de mal à faire du contemporain. J’ai donc décidé d’être un chanteur « hybride », un 4xA, un chanteur tout terrain !
Et le reste ?
C’était pour payer mes cours. Il faut savoir qu’une heure de cours classique, c’est entre 150 et 200€. J’ai donc fait tout ce qui se présentait pour les payer : mannequin, défilés, photos, télé, cinéma, castings en tous genres…
Ce qui est drôle c’est que j’ai joué mon premier rôle avec… Guy Marchand, dans « Nestor Burma ». Puis ça a été « Sous le soleil »… en plein hiver et en plein froid !
Il y a eu aussi les comédies musicales…
Oui, « West Side Story », « Titanic », « Roméo et Juliette », « Autant en emporte le vent »… J’adore cette discipline qui allie musique, chanson, danse, comédie ». J’aime par-dessus tout entrer dans une histoire et, il y a cet esprit de troupe qui est formidable.

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Et Michel Legrand aussi ?
Oui, qui m’a proposé « Les parapluies de Cherbourg ». Entrer dans son monde, chanter avec Nathalie Dessay a été un cadeau et la tournée que j’ai faite avec lui et un jazz band a été un grand moment de ma carrière.
Il y a encore eu « Danse avec les stars » !
Grande expérience mais aussi l’un des plus éprouvants moments de ma vie d’artiste car, en dehors des répétitions intenses et épuisantes, je faisais la promo de mon disque anglais en Angleterre, des galas en Allemagne et j’enregistrais un disque en studio. J’avais un planning de folie et je mangeais en voiture entre deux avions ! C’était hallucinant ! Mais je suis content de l’avoir fait… même si j’espère chanter mieux que ce que je danse !
Vous avez donc fait un album en anglais ?
Oui, il s’intitule « Romantique » et il m’a permis de devenir… animateur !
Racontez.
La BBC2 cherchait un animateur « hors circuit » pour présenter une émission sur la St Valentin. Grâce au succès du disque et à son titre, elle a fait appel à moi. Ça a très bien marché. On m’a alors appelé pour une deuxième émission puis sollicité pour animer une émission qui s’appelle « Carte Blanche », où je reçois des personnalités française connues en Angleterre. Ils voulaient Brigitte Bardot comme elle refuse tout, je pensais que ça ne se ferait pas. Elle a accepté et nous avons enregistré l’émission chez elle, à St Tropez. Une fois fait, elle m’a avoué qu’elle avait accepté parce qu’elle aimait mes chansons qu’elle écoutait. C’est un honneur pour moi. J’ai aussi fait Jane Birkin, Michel Legrand, Charles Aznavour… La BBC voulait Alain Delon. BB m »a dit « Je l’appelle ». Ca devrait se faire !
Avec tous ces termes abordés, je suppose que monter un spectacle est un peu difficile ?
Oui et ce ne peut être qu’un spectacle… « hybride » ! Alors j’ai imaginé le faire autour de ma vie d’artiste en racontant au public toutes les étapes de cette vie, de mes expériences , en espérant que ça les intéresse. En fait, ma vie est le fil conducteur et chaque chanson est un tableau, une facette de ce que j’ai fait.
J’ai toujours été très friand des coulisses de ce métier, de comment se font les choses. J’espère que le public aimera ça ».

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Après cette heure d’interview, Vincent recevait 10 gagnants qui avaient concouru sur France Bleu d’Aix-en-Provence. C’est avec toujours la même gentillesse qu’il discuta avec eux, fit des photos et des dédicaces… avant d’aller faire son show case et à nouveau dédicacer avec la même patience, à la grande joie des fans venus nombreux le rencontrer.

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Christian Perrin

La Rochelle – Festival de la Fiction TV
Thibault de Montalembert 10% série, 110% comédien

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Entre la série « Dix pour cent », que vous allez bientôt retrouver sur France 2 et la vraie vie, le look de Thibault de Montalembert est totalement différent. Entre l’agent des stars un peu rigide, costume trois pièces, rasé de près et brushing parfait et le jean, chemise bariolée, la barbe, il y a un monde, même s’il a toujours la même prestance, la même classe et un sourire éclatant.
Le rencontrer est un vrai grand plaisir et l’interview devient très vite une conversation amicale.

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« Qu’est-ce qui vous a fait accepter ce rôle dans cette série à succès ?
Je viens de la scène où j’ai beaucoup interprété de drames. Aussi, qu’on me propose une comédie a été un grand bonheur. D’autant que c’est une comédie à la fois humaine et élégante. Les métiers du spectacle fascinent les gens, surtout lorsqu’on les emmène dans les coulisses. Là, ils entrent dans le monde d’une agence artistique, avec des comédiens qui jouent leur propre rôle et ça les fascinent. Les gens s’y retrouvent.
A la ville, vous n’avez pas, loin de là, le look du film !
(Il rit) Je joue un bourgeois bien assis, avec un look un peu rond, qui se donne la carrure du chef qu’il voudrait être mais qui ne l’est pas. C’est un personnage à double fond, qui a une vie à côté. Il joue sur plusieurs tableaux, il cache longtemps une fille qui se fait embaucher dans l’agence et c’est formidable à jouer. En fait, il ressemble à tout le monde, il peut être à la fois charmant et odieux. Il est un peu lâche, ambiguë, ce qui ne l’empêche pas d’avoir de l’humour.
Mêler des acteurs qui jouent un rôle avec des acteurs qui jouent leur propre rôle, c’est assez rare et original !
C’est aussi ce côté qui m’a plu. Grâce à Dominique Besnehard, qui les connaît tous, peu refusent de venir tenir leur propre rôle. Dans la saison trois, nous avons la chance d’avoir Monica Bellucci, Isabelle Huppert, Béatrice Dalle, Jean Dujardin qui est incroyable, Isabelle Adjani, Gérard Lanvin, Julien Doré… Et ça, ça plait beaucoup au public qui se retrouve derrière le rideau.

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Et ça marche !
A tel point qu’il y aura une saison quatre. Pourtant, au départ, ça n’était pas gagné car personne ne voulait de la série. On a mis près de dix ans pour que ça se débloque, grâce à Cédric Klapisch qui a été intéressé pour la réaliser. Aujourd’hui, grâce à son passage sur Netflix, toute l’Amérique connaît la série et nous a fait connaître.
Et ça a eu une incidence sur votre carrière ?
Oui car c’est grâce à ça que j’ai reçu des propositions de là-bas. J’ai ainsi joué dans le film de David Michôd « The king », d’après « Henri V » de Shakespeare, produit par Brad Pitt, avec Sean Harris et Lily-Rose Depp entre autres. il va sortir aux Etats-Unis.
Et en France ?
Ca, c’est une autre histoire, mais je l’espère.
Ce métier de comédien, vous avez toujours voulu le faire ?
Déjà, avant-guerre, ma grand mère irlandaise montait des pièces. Ma famille aimait le théâtre et j’ai toujours eu l’amour des planches.

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Vous avez débuté avec Francis Huster. Quel professeur était-il ?
(Il sourit) C’est un type passionné et boulimique, amoureux fou du théâtre, mais en tant que pédagogue, on pouvait avec lui avoir le pire et le meilleur !
Mais j’ai surtout beaucoup appris avec Patrice Cherreau. C’est un homme génial, un grand artiste qui savait transmettre un enseignement, un peu comme le font les asiatiques. J’ai travaillé avec lui sur des pièces de théâtre, des films. Pour monter sa troupe des Amandier, il a eu près de 2500 demandes. Il en a gardé 19 et 9 ont été embauchés. J’ai été de ceux-là. Ca a été pour moi une période fantastique.
Il y a eu aussi l’aventure de la Comédie Française !
Avant, il y a eu les trois premiers films d’Arnaud Desplechin. C’était une période où je travaillais peu. J’ai rencontré Louis-Do de Lencquesaing qui préparait « Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée » de Musset. Nous répétions à l’Odéon et Louis, sans en parler au directeur, invitait une cinquantaine de spectateurs à assister aux répétitions. Un journaliste de « Libération » vend la mèche, Benoît Jacquot l’apprend et en fait une captation pour Arte. Marcel Bluwal la voit et me propose de jouer dans « Intrigue et amour » de Schiller à la Comédie Française. J’ai enchaîné sur « Lucrèce Borgia » de Victor Hugo, puis j’ai repris le rôle d’Alceste dans « Le misanthrope » de Molière et « 1000 francs de récompense » d’encore Victor Hugo, avec Jean-Pierre Miguel…
Combien y êtes-vous resté de temps ?
Deux ans. Mais je commençais à m’ennuyer, c’était trop classique, j’avais envie que ça bouge et je n’ai pas voulu m’engager pour dix ans comme sociétaire. J’ai un peu regretté de partir si tôt. Muriel Mayette m’a relancé deux fois, deux fois j’ai refusé. Mais si j’étais resté, je n’aurais pas fait « Dix pour cent ».

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Vous avez en fait un parcours atypique…
Oui, car j’aime découvrir de nouveaux univers. C’est ce que j’ai toujours fait et j’en suis satisfait. Ça m’a permis de jouer dans « La dame au camélia’ avec Isabelle Adjani, que j’ai retrouvée avec joie sur la série.
Et le cinéma ?
J’ai une quarantaine de films à mon actif. L’an dernier j’ai tourné dans « Aurore » de Blandine Lenoir, « Jalouse » de David Foenkinos et « Le portrait interdit » de Charles de Meaux. J’ai des propositions mais mon plaisir reste le théâtre. En Mars, je jouerai Harpagon dans « L’avare de Molière, que l’on créera à Antibes chez Daniel Benoît, puis qu’on jouera à Paris. Cette aventure m’excite beaucoup.
Et puis, je suis en train de monter un spectacle avec ma femme, Hélène Babu, autour du « Dictionnaire de cuisine » d’Alexandre Dumas. Nous le jouons pour la circonstance au restaurant le Thelème. M Gurney, son propriétaire, passionné de théâtre, y reçoit des artistes comme Catherine Salviat, Jacques Weber pour des lectures-théâtre.
Pour continuer ce parcours atypique, vous faites aussi du doublage et pas des moindres : Hugh Grant, Antonio Banderas, Pierce Bosnan !
(Il rit) Pour les deux dernier, c’est occasionnel mais pour Hugh Grant, c’est le pape du doublage Hervé Icovic qui me l’a proposé et ça fait vingt ans que je le double sans jamais l’avoir rencontré. Mais j’ai une véritable tendresse pour lui.
Pour boucler la boucle… vous vous êtes mis à écrire !
Je viens de terminer un livre qui sortira le 24 octobre aux éditions de l’Observatoire. Il s’intitule « Et le verbe se fait chair ». C’est une collection où les artistes écrivent leurs rapports avec la littérature. A travers ce livre, je raconte un peu mon parcours.
Et à part ça, que faites-vous lorsqu’il vous reste un peu de temps ?!
Plein de choses diverses. J’aime prendre de nouvelles directions, découvrir, être surpris, étonné.
Je vais certainement trouver des choses nouvelles à faire !!!

Propos recueillis par Jacques Brachet
On retrouvera bientôt Thibault dans « Dix pour cent », sur France 2. A noter qu’elle a reçu, à la Rochelle, le prix de la meilleure série 52′.
Mais auparavant nous le retrouverons sur France 3 le 13 octobre dan la série « Meurtres à… » Ce sera en Haute Savoie, réalisé par Roger Menzor et il y sera entouré de l’ami Bruno Putzulu (Voir portrait), Gwendoline Hamon et Jacques Weber.

 

La Rochelle – 29ème festival de la Fiction TV
Marie GILLAIN : « Je suis un électron libre ! ».

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Rencontrer Marie Gillain et un rayon de soleil pour la journée !
Vive, belle, simple, souriante, volubile, elle a tout pour elle, cette comédienne belge qui a démarré sa carrière très tôt et en fanfare puisque dès son premier film « Mon père, ce héros » de Gérard Lauzier, elle remportait le César du meilleur espoir féminin. C’était en 1991.
Après ça, elle a marqué de son empreinte nombre de films dont « L’appât » de Bertrand Tavernier, « Le Bossu » de Philippe de Brocca, « Le dîner » d’Ettore Scola avec à la clef encore 4 nominations au César, une aux Molière, une aux Globes d’or.
Au théâtre, ça a été entre autres le succès de « La Vénus à la fourrure » et à la télé, la série « Speakerine », qui a certainement été le déclencheur de sa venue à la Rochelle comme présidente du jury de ce 20ème festival.

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Lorsqu’on vous a proposé le rôle de présidente, quelle a été votre réaction ?
Ca m’a d’abord donné un coup de vieux car lorsqu’on vous propose une telle chose c’est que vous avez, disons, un certain vécu !
Par ailleurs, c’est à la fois flatteur et agréable, même si cela vous donne une certaine pression.
Pourquoi ?
Parce que c’est une vraie responsabilité que de juger des oeuvres que des gens ont mis des mois, à créer. Et de quel droit dire oui à l’un, non à l’autre ? Le choix que l’on a à faire va donner un vrai regard, une certaine couleur. C’est un engagement. Difficile aussi de juger des gens qui, parmi eux, peuvent être des amis. Par chance, je suis plus dans le milieu cinématographique que dans celui de la télévision. Sans compter que je n’ai jamais fait parti d’un clan, d’une famille, je suis un électron libre !
En fait, qu’attendez-vous de ces projections ?
J’attends une proposition, un regard neuf, original, un style, des personnages, des histoires qui sortent de l’ordinaire. Des projets ambitieux.
Vous disiez être plus dans le cinéma mais la télévision vous intéresse-t-elle ?
Je ne réfléchis pas ainsi. Si la proposition est intéressante, d’où qu’elle vienne, peu m’importe. Lorsque j’ai tourné « Speakerine », j’ai justement trouvé le projet ambitieux. Il fallait beaucoup de courage pour monter un tel projet. Et lorsqu’on a six épisodes à tourner, on ne peut pas arriver sur le plateau en touriste. Il faut beaucoup travailler en amont, rester très réceptive et ne pas s’encombrer avec des détails car on sait que le temps est compté.
Donc, que ce soit au cinéma ou à la télévision, je veux faire au mieux mon métier de comédienne. Je n’ai donc pas spécialement envie de faire de la télé, j’ai surtout envie d’avoir un rôle riche, complexe, fort, d’autant qu’aujourd’hui la frontière ciné-télé est de plus en plus ténue.
Aujourd’hui, vous propose-t-on des rôles différents ?
Evidemment, l’âge aidant ! D’autant que j’ai commencé très jeune et que j’ai eu longtemps une image juvénile. Aujourd’hui ça s’estompe. Mais on est toujours dépendant de son image, on fait un métier en fonction d’un désir d’un réalisateur qui a ou non envie de vous.
Les rôles que l’on me propose aujourd’hui sont effectivement plus forts, même si, à une époque, une comédienne de 40 ans avait du mal à trouver un rôle, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

D

Avez-vous pensé venir à la réalisation ?
J’ai encore des difficultés en m’imaginer réalisatrice. Par contre, j’ai des velléités d’écriture… ce que je suis en train de faire !
En fait, j’ai toujours eu envie d’écrire mais longtemps, je n’ai pas osé. De plus, comédienne très tôt, très jeune, j’ai été prise par le rouleau compresseur et du coup, pour moi écrire n’était pas essentiel.
Ca l’est devenu lorsque l’ADAMI m’a proposé d’écrire un court métrage. Ca m’a remis le pied à l’étrier et en quelque sorte, ça m’a boostée. Du coup, je me suis remise à l’écriture.
Et alors ?
J’écris un scénario avec Nathalie Leroy où j’ai toute liberté de m’exprimer et croyez-moi, je n’écris pas par frustration de ne pas trouver « le » rôle, c’est une véritable envie.
J’écris le rôle d’une femme de mon âge et il y a des chances que je le joue car je ne lâcherai jamais le métier de comédienne.
Je l’aime trop !

Propos recueillis par Jacques Brachet

La Rochelle – Festival de la Fiction TV
Brice MASSEE ou la passion d’écrire

Massee

C’est un grand mec d’apparence nonchalante, le sourire et le regard d’une grande sérénité et d’une grande gentillesse. A la Rochelle on ne pouvait le rater car il était omniprésent, tout en étant très discret, promenant sa longue silhouette et allant à la rencontre des gens du métier.
Brice Massée a plusieurs casquettes : il est scénariste, script doctoring c’est à dire qu’il aide réalisateurs et scénaristes à l’écriture, à la rédaction multimédia, analyse et aide au développement de scénarios.

« Depuis mon adolescence – me confie-t-il – j’ai toujours aimé écrire. J’avais peu de copains, j’étais dans un collège… un peu pourri ! A partir de là, je me suis renfermé sur moi-même et j’ai d’abord commencé à lire des BD de science-fiction.
J’avais un père passionné de cinéma et le premier film qu’il m’a emmené voir, c’est « Les dix commandements ». Ca a été le déclic. J’ai été à tel point imprégné par ce film que j’ai commencé à rêver de trucs grandioses ! Pour moi, c’était ça le cinéma. Depuis, j’aime toujours les grandes histoires épiques.
Tu n’écrivais pas encore pour le cinéma ?
Évidemment non ! J’ai, comme tout le monde, trouvé un boulot qui ne me plaisait pas plus que ça. J’ai travaillé durant huit ans dans une ambiance délétère. Jusqu’au jour où un concours de circonstances a fait que je suis tombé sur un article proposant un stage de dramaturgie préparant au métier de scénariste. C’est alors qu’il y a eu des licenciements économiques dans ma boîte (je vivais dans les Ardennes). Je suis alors allé à Pôle Emploi expliquant ce que je voulais faire. L’idée leur a paru originale car c’était la première fois qu’on leur demandait ce genre de formation !
Tu es donc parti ?
Oui, à l’INCA à Avignon où j’ai étudié le scénario pour divers supports, BD, vidéo, courts et longs métrages. Je suis tombé sur des gens formidables et j’ai compris que j’étais sur la bonne voie. J’en suis ressorti avec un diplôme reconnu par la SACD et j’ai écrit mon premier court métrage… pour une production pakistanaise qui est passée en avant-première au cinéma d’Epernay.
Ca t’a ouvert des portes ?
Oui car j’ai continué à faire des courts-métrages, un clip vidéo et en parallèle, je suis entré dans une association de scénaristes « Séquence 7″ où je corrigeais des scénarios. J’en ai corrigé un d’ailleurs, pour un réalisateur suisse, Gilbert Mene, intitulé « 1939 », un film sur les migrants et les clandestins et leur exploitation.
Tout ça paraît facile…
… Mais ça ne l’est pas car c’est un long chemin, on ne rencontre pas toujours des gens honnêtes, certains profitent de notre naïveté et du fait qu’on ne connaît pas les ficelles du métier.
Mais jamais rien ne m’a arrêté et j’ai aujourd’hui une agence qui gère mon travail : Artadam.
J’ai un projet de série pour Kien Productions et j’écris un sujet de sciences-fiction qui reste mon style préféré.
On peut en parler ?
C’est l’histoire d’un alchimiste du Moyen-Âge qui découvre le secret de la vie éternelle ce qui va le mener jusqu’en 2030. C’est encore difficile à concrétiser en France, aussi, je suis tourné vers l’Allemagne, le Canada, les Etats-Unis qui sont beaucoup plus réceptifs à ce genre de projets. »

Et il y arrivera, notre ami, car, malgré ce calme, cette sérénité, il a une force de caractère qui fait qu’il ne lâche rien.
« La force tranquille » pourrait s’adapter à lui !

Jacques Brachet

Jean PIAT… Adieu l’ami…²

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J’ai rencontré Jean Piat voilà près de 40 ans, alors qu’il prenait un tournant : son premier livre « Les plumes des paons » sortait. C’était nouveau et sans suite, à ce qu’il disait.
Carrière sans faute pour cet artiste qui a débuté exactement le 2 janvier 44 en espérant devenir chanteur de Music Hall. Malgré une belle voix, il l’a prouvé dans un album de chansons signé Françoise Dorin et dans « L’homme de la Mancha », il s’est très vite retrouvé à la Comédie Française pour lui échapper quelques années après avec éclat et démarrer une carrière de comédien dit « de boulevard » avec le succès éclatant que l’on sait.
C’est grâce à ce premier livre que je l’ai rencontré. C’était dans les années 80Avec les tournées Karsenty où il tournait avec la pièce de Françoise Dorin « L’étiquette », je le contactais et lui proposai une halte l’après-midi pour venir parler de ce premier livre qu’il venait de sortir. Il accepta et fut brillantissime devant un public nombreux… et très féminin !
Il parla donc de cette nouvelle expérience de l’écriture qui se soldait par un succès puisque « Les plumes des paons » venait de recevoir le prix de l’Académie Française. Pour un premier tir, le succès était complet.
Et pour nous deux, ce fut le début d’une amitié qui ne s’est pas démentie. Nous nous sommes beaucoup rencontrés, beaucoup écrit car c’était une époque où l’on s’écrivait encore et mes dernières rencontres furent au Théâtre Galli de Sanary en 2014 où il jouait avec Marthe Villalonga « Ensemble ou séparément ». Il avait déjà des difficultés pour marcher puis, en 2017 pour « Love Letters » qu’il jouait d’assis avec Mylène Demongeot. Le rôle le voulait ainsi et c’était un rôle révé pour lui qui avait des difficultés à se déplacer. Mais, malgré son âge, il n’était aucunement question qu’il arrête.
Je me souviens qu’il m’ait confié un jour : « Lorsqu’on fait un métier qu’on a choisi, que demander de plus ? Souvent on me demande si je prends des vacances. J’avoue que j’en prends très peu car mes loisirs consistent à jouer, à écrire. Depuis plus de soixante ans je fais des choses que j’aime et lorsqu’on fait ce que l’on aime, on n’a pas vraiment envie de se reposer puisque le repos c’est justement pour faire ce qu’on aime ! Je dis que pour moi, être comédien c’est un métier parce que c’est ce qui me fait vivre. Mais c’est aussi une passion et écrire est un plaisir. Ce sont deux choses différentes puisque jouer c’est être actif, en action et écrire c’est réfléchir et raconter une histoire…
Mais c’est toujours aller vers les gens, aimer les gens, leur donner quelque chose. Je leur donne ce qu’on m’a donné.
Depuis 60 ans, je cultive mes dons ! »
Et Dieu sait s’il en avait, des dons, de comédien, de conteur, d’écrivain.

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Écrivain, il l’était mais il ne se considérait pas comme tel. Par ailleurs il m’avait encore confié que, s’il aimait écrire, il ne s’écrirait jamais une pièce de théâtre :
« Il y a très longtemps que j’écris… pour moi ! Je commence des choses puis, faute d’inspiration, de courage ou de temps, je remets à plus tard. Il est vrai que j’aime ça et je pense que je reviendrai à cette discipline (il y est revenu souvent et avec le talent que l’on sait). Par contre, depuis ce livre, on me demande si je vais m’écrire une pièce et là, je suis catégorique : c’est non. D’abord parce que je ne m’intéresse pas assez à moi pour m’écrire un rôle et que je ne saurais le faire. Mais même, écrire une pièce est un travail très particulier. Un auteur agit dans une certaine direction pour raconter une histoire puis l’acteur agit dans une direction pour faire vivre cette histoire. Je suis donc un acteur avant tout et l’opposé de l’auteur. Ce sont deux personnes, deux entités qui se rencontrent, se regardent, quelquefois en chiens de faïence. C’est comme le dieu Janus qui a deux têtes qui se complètent.
Et puis, l’écriture d’une pièce est tout à fait différente que l’écriture d’un roman : beaucoup de romanciers le savent, qui se sont cassés les dents sur une pièce. C’est un langage spécial. Un roman, c’est une histoire qu’on emmène ou on veut, où on peut faire voyager les héros dans le monde entier, où il n’y a aucune barrière. Une pièce c’est automatiquement un conflit à partir d’une situation et des dialogues, c’est un langage spécial, il n’y a pas de longues descriptions et de plus, si le système des trois unités : temps, lieu, action a été créé, ce n’est pas pour rien. Allez proposer une pièce où il y a dix décors, vingt changements de costumes et trente comédiens, à par « Cyrano » parce qu’on sait que ça va marcher, vous ne pourrez jamais monter votre pièce ! Dans un roman, on peut se balader au gré de ses envies, de ses inventions… »

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Avec des amis à Ramatuelle et sa compagne Françoise Dori, disparue depuis peu aussi

Grâce à Jean, j’ai passé des magnifiques moments à l’écouter simplement parler, raconter, avec ce charme, ce regard bleu et cette voix que l’on reconnaissait entre toutes.
Je garderai longtemps le souvenir de cet homme raffiné, simple, plein d’humour, de cet immense comédien qu’il fut…
Jean tu nous manqueras.

Jacques Brachet

Bruno PUTZULU… Tout azimut !

I

Bruno Putzulu est l’un de nos plus doués et  talentueux comédien français, issu justement de la Comédie Française, avant de bifurquer vers le théâtre, le cinéma, la télévision, la chanson et l’écriture !
Artiste aux talents multiples donc que j’ai rencontré un jour sur une fête du livre, avec qui je me suis bien marré et de ce jour, une amitié solide est née.
En cette fin de saison, je ne pouvais que lui consacrer un article puisque cette rentrée pour lui va être très chargée.
En effet, on le verra simultanément dans deux pièces de théâtre, par trois fois sur le petit écran et en début d’année, il nous offrira son nouveau disque.
Il était donc temps que nous fassions le point !

Bruno PUTZULU;

Gwendoline HAMON, Bruno PUTZULU;

Gwendoline HAMON, Bruno PUTZULU (Meurtre en haute Savoie)

Par quoi on commence, Bruno ?
(Il rit). Par ce qui est déjà fait : la télé. Je ne sais pas encore les dates mais il y aura pour France 3, un unitaire de la collection « Meurtre à… ». Il s’agira de « Meurtre en Haute Savoie », que j’ai tourné en novembre-décembre du côté de Morzine, sous la direction de René Manzor. J’y interprète un médecin qui va prendre la succession d’un autre, joué par Jacques Weber, Il s’y produit plusieurs meurtres par empoisonnement lorsque j’y arrive. Je serai épaulé par l’ancien médecin et j’y rencontre deux policiers joués par Thibault de Montalembert et Gwendoline Hamon qui est appelée sur l’enquête et se trouve être la sœur de Thibault et avec qui j’aurai une histoire. Je ne te raconte pas le dénouement qui est une grosse surprise !
A voir donc… Deuxième épisode TV
C’est une participation « exceptionnelle » (j’adore la formule !) sur un 2×52′ sur France 2 : « Victor Hugo, ennemi d’Etat », réalisé par Jean-Marie Moutout, avec qui j’avais tourné pour le cinéma « La fabrique des sentiments ». J’y interprète le rôle de Charles de Morny, demi-frère du président Louis-Napoléon Bonaparte (Napoléon III).
On reste sur France 2 ?
Oui, avec une participation sur deux épisodes de la série « Vestiaires » de Fabrice Chanut et Ada Abdelli. Là encore une grosse… mais alors une très grosse surprise sur ma partenaire inattendue… dont je ne peux encore rien dévoiler. Mais c’est vraiment énorme !

Bruno Putzulu - Stefan Konarske

Bruno Putzulu – Stefan Konarske (Victor Hugo, ennemi d’état)

Décidément on reste sur sa faim avec toi ! Bon, eh bien alors passons au théâtre…
Là, je vais un peu jongler avec les dates puisque je vais jouer deux pièces en même temps… En alternance, rassure-toi !
D’abord, je reprends le rôle de Bruno Wolkovitch au théâtre et d’Henry Fonda au cinéma dans « Douze hommes en colère ». Tiré du roman de Reginald Rose, Sydney Lumet l’avait porté à l’écran. Elle a été remontée au Théâtre Hébertot par Charles Tordjman. J’y joue donc le juré N°8 qui va se battre contre tous les autres jurés pour sauver un jeune homme accusé de parricide. Ce sera pour la rentrée avec après, une tournée possible.
Par ailleurs – et c’est le projet qui me tient le plus à cœur – J’interprèterai seul en scène, accompagné d’un accordéoniste, Grégory Daltin, « Les ritals », d’après le livre de François Cavanna. C’est moi qui en ai fait l’adaptation, la mise en scène est de mon frère, Mario Putzulu.
Pourquoi te tient-elle tant à cœur ?
Parce qu’elle raconte l’histoire d’un adolescent de mère française, de père italien, habitant en France, ce qui est aussi mon cas. Et j’ai retrouvé dans cette histoire, racontée avec beaucoup d’humour et de tendresse, mon enfance. Il y a plein de réminiscences, d’échos en moi. J’y retrouve beaucoup de choses que j’ai moi-même vécu. La première aura lieu le 30 septembre à Albi. A partir de là, je la tournerai en France.

E F G

Pas mal tout ça ! Tu as encore un peu de temps pour faire autre chose ?
Tu ne crois pas si bien dire puisque j’enregistre mon second disque, intitulé « C’était quand ? ». Ce sont des chanson dont j’ai écrit les paroles, la musique étant signée de Denis Piednoir… C’est son nom !
Le disque devrait sortir courant 2019.
Bon, on a tout vu ? Tu nous laisses donc sur deux frustrations mais à part ça tout va bien   !      (Il rit). Oui, tout va bien et je te promets que, pour les surprises, tu sera informé le premier !!! »

H

Propos recueillis par Jacques Brachet.
Photos « Meurtes à Avoriaz » : Etienne Chognard
Photo « Victor Hugo, ennemi d’état » :Denis Manin / Quad Télévision / Point du jour / FTV

Sanary sous les étoiles
Les chemins de traverse d’Amandine BOURGEOIS

A

Quel plaisir de rencontrer une belle jeune femme a regard azur, au sourire lumineux, pétillante et drôle… Et quelle voix ! Elle a tout pour elle et surtout, la musique dans le sang.
On l’a découverte dans l’émission « La nouvelle star » qu’elle a gagné haut la main en 2008. Depuis elle a fait nombre d’expériences mais il y a eu un avant. Un avant pas banal, comme tout ce qu’elle fait, entre autre entre le conservatoire de musique de Nice pour apprendre… la flûte traversière et l’école hôtelière. Beau grand écart !
Elle rit lorsque je le lui fait remarquer :
« Je dois vous dire que je viens d’une famille de musiciens, mon père était guitariste, mon beau-père a accompagné nombre de chanteurs en tant que bassiste. Moi, je rêvais d’être Mariah Carey ou Witney Huston ! Mais lorsque je me suis entendue chanter, mon rêve s’est aussitôt écroulé. J’avais alors une voix entre celle de Jane Birkin et de Vanessa Paradis ! Et lorsque j’ai dit à ma mère que je voulais chanter, elle m’a tristement regardée et a dit : « la pauvre ! ».Je suis donc entrée au Conservatoire de Nice où j’ai appris à jouer de la flûte traversière. Je m’y suis vite ennuyée car ce n’était pas assez ludique.
Alors ?
Alors j’ai monté un groupe de rock avec ma meilleure amie et en parallèle j’ai fait des études d’hôtellerie. Je suis allée en Angleterre où là, j’ai découvert la culture musicale anglo-saxone très riche et l’envie de chanter m’a repris. Je dois dire qu’à chaque dîner en famille tout le monde devait chanter. Si vous étiez venu, vous y auriez été obligé ! Un jour j’ai chanté trois notes de blues et tout le monde a été éberlué.

C B

Et ça a été le déclic ?
Un peu oui et j’ai alors écumé les orchestres de bal, j’ai fait du rock, du rythm’n’blues, je faisais tout ce qui se présentait. J’ai fait aussi un école de jazz. Jusqu’à ce que la production de M6 me propose de faire le casting de « Nouvelle Star ». J »avoue y être allée en dilettante mais j’ai franchi toutes les étapes jusqu’à la finale que j’ai gagnée.
Ça a été une étape importante ?
Oui, ça a été un sacré tremplin ! Ca m’a ouvert beaucoup de portes, d’opportunités, d’autres univers. J’ai fait mon premier disque qui a été disque d’or, j’ai fait une grande tournée en France, Suisse, Belgique, j’ai travaillé avec l’équipe d’Amy Winehouse, Johnny m’a prise sur sa tournée et j’ai fait avec lui le Royal Albert Hall, puis j’ai fait la tournée des Zéniths avec Thomas Dutronc. Et il y a eu l’Eurovision.
Autre étape importante…
Je dois dire qu’au départ j’étais très réticente. Mon manager m’a fait changer d’avis mais j’ai mis une condition : je ne voulais pas qu’on m’impose une chanson, je voulais chanter « ma » chanson, composée avec Boris Bergman et que je comptais enregistrer pour mon prochain disque. C’était « L’enfer et moi »
Même ne gagnant pas, l’Eurovision est-il un tremplin ?
Oui, vraiment. Vous chantez devant une salle immense, devant des millions de téléspectateurs, médiatiquement j’étais partout, ça vous donne une incroyable visibilité et pas seulement en France. C’est une expérience qui m’a fait grandir. Et j’aime à dire que je suis arrivée troisième… en partant de la fin !!! Et ça m’a donné l’opportunité d’enregistrer mon troisième disque : « Au masculin ».

E F

Original, celui-là !
Oui, parce que Warner m’a ouvert ses portes et que j’ai pu faire ce disque avec des chansons uniquement écrites et composées par des hommes comme Souchon, Gainsbourg, Ferré, Jonasz, Cali, Stromae, Higelin, Johnny…
Facile de choisir ces chansons ?
Oui, assez facile car ce sont des chansons qui ont jalonné mon enfance, mon adolescence, ma vie de femme, des chansons qui m’ont donné des émotions, des vibrations. par exemple Higelin, que j’ai découvert à 13 ans lors du premier concert live que j’ai vu. « Mona Lisa klaxon », j’adorais… sans comprendre les paroles !
« Ma gueule »… Fallait oser !
(Elle rit). Oui mais c’est une chanson que j’adore et que j’ai recomposée. D’ailleurs Johnny a été très heureux de ma version en soulignant justement que je n’avais pas fait une copie de sa version. J’étais très heureuse.
On a entendu parler d’un quatrième album. Où en est-il ?
Il est prêt depuis… 2016 ! Je ne sais pour quelle raison ma maison de disque a mis tant de temps à le sortir. Elle devrait le faire pour octobre. C’est un disque totalement écrit avec Marc Bastard, l’ex chanteur du groupe Skip the Use. Nous avons enregistré dans le plus grand studio d’Europe, ICP à Bruxelles, pendant qu’à côté, enregistraient Polnareff et Renaud ! Ca a été une super expérience et j’ai rencontré le producteur de la maison Périscope qui a décidé de développer ma carrière sur scène, la scène étant le lieu que j’aime le plus au monde.

I J

Il y a donc de la promo dans l’air ?
Je ne sais pas car le projet date déjà et depuis, j’ai vécu d’autres choses, j’ai écrit d’autres chansons et je prépare un nouvel album. J’avoue que ça me concerne moins car ça a été trop long.
Et ce nouvel album ?
Il me tient très à cœur car il va être 100% moi, ce sera, comme on dit, l’album de la maturité… car j’avance en âge, mon bon monsieur ! (Elle rit).
On parlait tout à l’heure de la flûte traversière… Pourquoi avoir choisi cet instrument inattendu ?
Je ne sais pas ! C’était n’importe quoi ! J’étais jeune, je ne savais pas trop ce que je voulais. En plus, avec cet instrument, je ne peux pas chanter ! Il n’y a que Jethro Tull qui savait bien le faire (Et voilà qu’elle me fait une petite improvisation !)
En fait, avec tous ces chemins de traverse musicaux que vous avez pris, où vous sentez-vous le mieux ?
Le blues… c’est mon feeling et justement, mon prochain disque balancera entre rock et blues, un truc très incarné, très puissant, où se mêleront interprétation et émotion ».

G H

Et c’est ce qu’elle nous a offert sur cette scène à Sanary où elle nous a prouvé qu’elle avait cette fibre là, véritable bête de scène à la voix puissante, allant de la force d’une Amy Winehouse et la folie de Nina Hagen, haranguant le public, jouant avec lui, avec ses musiciens qui sont de belles pointures, chantant avec Lola, une petite sanaryenne « L’enfer et moi », recevant Julie, gracieuse danseuse venant des Alpes Maritimes. C’est une bombe qui explose sur scène et qui en fait une chanteuse hors du commun, radieuse et élégante dans son ensemble-short noir, montée sur des talons aiguille qu’elle enlèvera pour se déchaîner sur scène.
Un show de folie qui a fait trembler les spectateurs… et les habitants des environs !
Amandine est certainement la nouvelle diva du rock !

K

Jacques Brachet

Carqueiranne – Festival In Situ
LELLOUCHE and CO… La der !

GH

Lorsqu’un groupe d’amis d’enfance se retrouve, à la cinquantaine, devant le décès de l’un des leurs, c’est le choc. Mais après le choc, ce sont toutes les questions de l’existence, de leur vie, qui sont remises sur la table. A-t-on bien vécu ? avons-nous réalisé nos rêves ? En avons-nous encore ? Combien de temps en avons-nous encore ? Le temps qui reste, comment l’employer ?
Ce sont toutes des questions qui vont perturber l’existence de ces quatre quinquagénaires face à une mort qui les touche de près et qui va tout remettre en question.
C’est ce sujet grave que Philippe Lellouche aborde avec, dans cette pièce intitulée « Le temps qui reste », comme toujours dans ses pièces, beaucoup d’humanité, de sincérité, de réalisme. Une comédie douce-amère où se retrouve ce trio inséparable qu’est l’auteur-comédien et ses deux acolytes, David Brécourt et Christian Vadim.
A leurs côtés, exit Vanessa Demouy , arrivée de Noémie Elbaz, qui a déjà une jolie carrière à la télé (elle a été Simone Brassens, on l’a vue dans « Section de recherches », « Femmes de loi », « Camping Paradis » mais aussi dans un autre « Camping », celui de Fabien Otteniente !)
Les trois autres, complices depuis des années, se retrouvent pour la troisième fois dans ce magnifique cadre du fort de la Bayarde, avec le même plaisir mais aussi une émotion particulière car ce soir-là, c’est la dernière.
Inutile de dire que la terrasse des coulisses est une véritable ruche car famille et amis y sont réunis et s’il est facile de trinquer avec eux, plus difficile est celui de les prendre à part, Philippe étant très volubile, dégustant avec gourmandise des gâteaux spécialement apportés pour lui, David s’occupant de son épouse et de son petit Mathurin de deux ans, Christian recevant des amis et Noémie, après être restée un long moment sur son Iphone, disparaissant pour se préparer.

E D

Juste le temps d’accrocher Christian, David qui commence à se concentrer et par contre Philippe, lui, décontracté, prendra le temps de se poser un moment avec moi.
David, comment s’est constitué ce trio qui a l’air aujourd’hui indissociable ?
Notre rencontre a été guidée par le hasard. Il se trouve que Philippe et moi habitions tout près l’un de l’autre à la campagne. On ne se connaissait pas mais on s’est retrouvé autour d’une table chez des amis communs. A la fin du repas, il m’a proposé sa pièce « Le jeu de la vérité ». Il a fait de même avec Christian, quant à Vanessa, ça allait de soi puisqu’elle était alors sa femme.
As-tu vite dit oui ?
…Oui ! la pièce était percutante et je découvrais un véritable auteur avec beaucoup de talent, une grande intelligence, une grande vivacité d’esprit… Avec Philippe, on a touché le gros lot et depuis, nous sommes engagés dans la même aventure !
Nous avons donc joué avec succès « Le jeu de la vérité ». C’est la première pièce que nous avons créée, puis il y a eu sa suite « Le jeu 2 la vérité » et « Boire, fumer et conduire vite »… il y a eu les films et enfin cette pièce qui se termine ce soir « Le temps qui reste »
Christian, dans quel état d’esprit êtes-vous ce soir ?
C’est la dernière… et alors ? Ca fait 17 ans qu’on est ensemble, aussi bien au théâtre qu’au cinéma et avec eux on sait que ce n’est jamais la dernière. Nous venons de faire Paris et la tournée avec cette pièce, cet été nous avons fait les festivals et la suite… elle est à écrire. Mais on sait déjà qu’il y aura une suite. Donc ce soir nous sommes joyeux, heureux, moi je vais prendre des vacances, me trimballer à moto avec des potes, je vais passer un mois de vacances avec mes filles.
Comment s’est fait la rencontre avec les deux comparses ?
Avec Philippe, nous nous étions croisés quelquefois dans le cadre professionnel. Il y a 35 ans, Philippe était journaliste et la première interview qu’il a faite, c’était au festival de Cannes et c’était… moi ! Il travaillait pour un média portugais !
Puis on s’est retrouvé sur une série TV de TF1 « 72 heures » et un an plus tard il me proposait « Le jeu de la vérité. Avec David ils se connaissaient car tous deux vivaient à Barbizon. On s’est retrouvé tous les quatre, avec sa femme, Vanessa Demouy, à Pierres et Vacances à Cogolin… C’est là que tout a démarré… Et que ça dure !

I

Philippe… Auteur, scénariste, réalisateur, metteur en scène, comédien, journaliste, chanteur… Qu’est-ce que vous n’avez pas encore fait ?
La météo ! Blague à part, tous ces métiers sont les mêmes, chacun est la prolongation de l’autre, c’est en fait raconter des histoires de diverses manières.
Comment passe-t-on de journaliste à comédien et auteur ?
J’étais grand reporter mais le métier, vous devez en savoir quelque chose, est devenu aujourd’hui très compliqué. Du coup, de témoin, j’ai voulu devenir acteur de ce monde. J’ai donc choisi. L’écriture, c’est ce que j’ai toujours aimé faire et lorsque j’ai vu que je n’étais pas prisé par les meilleurs auteurs et réalisateurs français, j’ai décidé d’écrire moi-même des pièces. Ainsi est née la première pièce « Le jeu de la vérité ».
Et comme je voulais être entouré de copains, j’ai choisi David et Christian qui, au fil du temps, sont devenus des amis. Vanessa, ça allait de soi, c’était alors ma femme !
Lorsque vous écrivez, vous pensez toujours à eux ?
Oui, très souvent lorsqu’il y a plusieurs personnages. Mais j’ai écrit pour Gérard Darmon « Tout à refaire » et au départ, je n’avais même pensé à y jouer. Sinon, je pense à eux, évidemment. Nous sommes amis, nous avons le même âge, les mêmes préoccupations, je développe des thèmes d’actualité qui les intéressent. En fait, nous sommes la seule troupe de théâtre privé existant en France !
Et le succès est toujours là, on le voit ce soir où on a refusé du monde !
Oui, c’est à la fois formidable et inconfortable car, c’est vrai, le public nous aime tous les trois, ils nous sont fidèles, ils attendent beaucoup de nous et c’est donc à chaque fois un challenge… Vont-ils aimer ? Je pense qu’ils aiment car j’aborde des sujet où tout le monde se sent concerné. Ca a été les problèmes de la trentaine, de la quarantaine, aujourd’hui de la cinquantaine. D’ailleurs aujourd’hui, on ne pourrait plus jouer « Le jeu de la vérité »… On est trop vieux !
En attendant de retrouver vos acolytes pour certainement un autre projet, les votres vont vers où ?
Oui, il y a déjà un projet qui se dessine mais avant ça, je vais mettre en scène l’avocat Eric Dupont-Moretti pour un spectacle intitulé « A la barre », au théâtre de la Madeleine. C’est évidemment lui qui écrit le texte où il va raconter sa vie d’avocat. Puis je redeviendrai comédien, au cinéma, en septembre, dans le prochain film de Michaël Youn, qu’on tournera à St Tropez et j’enchaînerai avec le prochain film de Lelouch… l’autre ! Et je finalise un scénario.
Et toujours rien avec Gilles, votre frère ?
Il y a longtemps qu’on y pense mais le problème est que nous sommes deux frères et qu’en plus, on se ressemble. Alors, quoi jouer d’autre que deux frères ? Ou alors l’un joue, l’autre réalise ou met en scène. Mais c’est sûr, on trouvera la solution un jour !
Aujourd’hui, avez-vous d’autres envies ?
J’en ai toujours plein. Comme par exemple, j’aimerais chanter. Je m’y suis essayé et j’aimerais aller plus loin, pas simplement pour faire un disque et l’ajouter à mon CV !
Je me donne encore vingt ans pour accéder à mes désirs… Et il y en a !

J

Propos recueillis par Jacques Brachet

Carqueiranne – Festival « In Situ »
TEX… une nounou pas comme les autres

A

Feydeau a dû se retourner dans sa tombe… Mais comme il a de l’humour, il a dû aussi bien se marrer de la version que Tex a faite de « Monsieur Nounou ». Une version qui, malgré les costumes restés d’époque a été « remastérisée » par les ajouts que notre humoriste y a parsemés, au grand dam de ses collègues qui ne peuvent s’empêcher d’attraper des fous-rires sur scène !
Sans compter le public qui, venu nombreux pour l’ouverture du festival « In Situ » de Carqueiranne, le seul festival de théâtre de la région, n’a pas été en reste pour rire toutes les cinq minutes à ce vaudeville actualisé.
L’histoire ? Un sénateur cherche une nouvelle nounou pour faire garder son fils, celle qu’il a étant un peu trop entreprenante avec les hommes alors que lui ne se gêne pas pour mélanger la chambre des débutés à sa chambre à coucher ! Survient un clerc de notaire pour une saisie, amoureux de la nounou proche du renvoi, bloqué dans sa chambre et du coup, devant se faire passer pour la nouvelle nounou.
Quiproquos, portes qui claquent, situations folles… C’est du Feydeau pur jus avec un gros zeste de Tex qui fait crouler de rire. Avec, autour de lui, quatre superbes comédiens qui jouent le jeu avec à propos, énergie et fous-rires à l’appui ! Très drôle, Lionnel Lagel en neveu pas très futé !
Beau début de festival !

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entourant Tex, Eric Massot, Jacques Bouanich, Lionel Lagel, Belen Lorenzo

Quelque heures auparavant, je retrouve Tex et sa troupe à l’hôtel à Hyères où un sérieux (?) filage bat son plein, car il n’ont pas joué la pièce depuis un an !
Tex ne reste pas une minute en place, va, vient, balance ses répliques, les vraies comme les fausses dans une bonne humeur contagieuse.

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Tex, deux rôles à la fois… compliqué ?
Pas du tout, au contraire, c’est rigolo et sympathique à faire. le tout est de pouvoir se changer à temps !. C’est speed, c’est plein de folie et d’énergie mais c’est très exaltant à faire !
Remontons donc dans ta carrière : Comment le jeune Jean-Christophe le Texier est-il devenu comédien ?
J’ai fait le conservatoire de Troyes où j’ai rencontré deux copains avec qui nous avons monté une troupe intitulée T (Théâtre, Tex et nous sommes Trois !). Puis je suis monté à Paris où j’ai passé les auditions pour l’émission « Le théâtre de Bouvard » où j’ai été reçu. Bigard, Muriel Robin sont venus me rejoindre. J’ai écrit et joué de nombreux sketches. puis j’ai fait « La classe », « Les enfants de la télé »…
Le comédien s’est transformé en humoriste ?
Non, c’était inné en moi. J’ai toujours aimé et manié l’humour, c’est ce que je sais le mieux faire. J’ai écrit et joué une dizaine de one man shows. Et c’est toujours la même angoisse, le même stress… et le même plaisir !
Et le théâtre ?
Les one man shows, c’est du théâtre mais j’ai joué quelques pièces pour la télévision. J’en ai fait trois pour France 2 entre autres. Mais en ce moment je peaufine mon dixième one man show qui s’intitule « Tex en toute liberté » où j’aborde tous les sujets de société d’aujourd’hui. Je l’ai rodé six soirs à Avignon.

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H J

C’est quoi pour toi, les sujets d’aujourd’hui ?
C’est un monde déprimant fait de critiques, de délations, d’accusations, de peur, de jugements hâtifs et à tort. C’est la liberté bafouée…
Pas rigolo tout ça ?
Non, mais c’est la réalité, la fin de la liberté d’expression, c’est beaucoup d’abus de pouvoir… La preuve, pour une blague on se trouve mis à la porte !* Mais bon, je suis optimiste et léger, pessimiste et grave et je joue avec tout ça sous la forme de l’humour. Je choisis quelques sujets brûlants pour les apaiser alors que tout le monde rallume des feux tout autour… oh, j’aime cette phrase… Je la note !
Justement, durant 17 ans, l’animateur a occulté le comédien avec l’émission « Les Z’Amours »
Pas du tout. J’ai toujours joué au théâtre en parallèle avec l’enregistrement de l’émission. J’ai toujours mené les deux de front et j’aurais continué si on ne m’avait pas trahi, menti…
Malgré ton humour et son optimisme, on sent que cette « affaire » est encore bien présente chez toi !
Oui, même si peu à peu ça s’estompe et de jouer, de retrouver le public qui est toujours là est une source de joie. Aujourd’hui tout est policé, il faut faire attention à tout ce qu’on dit… C’est tout.
Tu as sorti, juste après l’affaire, un livre de blagues… vengeance, provoc ?
Ni l’un ni l’autre. Ni cynisme ni provocation. J’essaie simplement d’ouvrir des portes dans l’allégresse en espérant que le public la passera.
Ton public est-il différent lorsque tu passes de l’animateur, du comédien de théâtre, de l’humoriste ?
Je crois qu’il l’est de moins en moins. Aujourd’hui le public est plus flexible qu’avant. Il s’adapte aux situation, peut-être est-il plus curieux, il aime pouvoir choisir, ses choix sont diversifiés.

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Parlons donc de ce retour au théâtre.
Je n’ai jamais arrêté mes one man shows et la pièce est venue se greffer là-dessus, ce qui fait que je joue les deux spectacles en alternance. J’ai en tout quelques cinquante dates. Bien, sûr, ce sont des salles différentes, des ambiances différentes, peut-être des publics différents… En 20 ans, j’ai fait quelque 5000 spectacles ! Eh… je suis comédien !
Comment es-tu arrivé sur ce Feydeau ?
J’en ai déjà fait plusieurs et on a donc pensé à moi. J’ai tout de suite été emballé par le fait de jouer deux rôles car mon personnage offre beaucoup de possibilités. C’est entre « Tootsie » et « Mme Doubtfire »… D’un côté le clerc fait des saisies, de l’autre, il fait des ménages ! C’est très agréable à jouer.
Et le cinéma dans tout ça ?
Pour le moment il ne bouge pas mais j’ai trois, quatre scénarios sur le feu et ça viendra quand ça devra venir. j’ai la chance de pouvoir me diversifier, je ne m’inquiète pas. Je suis ouvert à tout, j’aime ouvrir d’autres portes… »

Propos recueillis par Jacques Brachet
*Le 30 novembre 2017 Tex, invité dans l’émission « C’est que de la télé ! » sur C8 raconte une blague sur les femmes battues. Ca n’a pas eu l’heur de plaire à la direction qui l’a aussitôt démis de ses fonctions.