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Toulon – Conservatoire TPM l’art de l’improvisation et de la transmission

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Jean-François Zygel est un maelstrom musical qui va de Brel à Mozart, de Barbara à Beethoven, en passant par le jazz et toutes les musiques du monde.
Mélange familial entre la grande chanson française qu’aimait sa mère et la musique dite «classique » qu’aimait son père.
Du coup, il n’a pas eu à choisir et s’y est engouffré, le piano a fait le reste, vite assimilé, vite improvisé,
Ce musicien et compositeur en est devenu un vrai grand spécialiste reconnu, pratiquant également les ciné-concerts qui consistent, comme dans le temps des balbutiement du cinéma, d’accompagner les films muets.
Sa vie est riche d’expériences musicales car il est curieux de tout. Touche à tout de génie, il a conquis un énorme public, aidé par l’émission de France 2 «La boîte à musique», où il recevait musiciens et chanteurs de tous bords. Il a l’art de décortiquer la musique quelle qu’elle soit, il sait la transformer et l’amener au public, du plus branché au plus néophyte, toujours avec une passion infinie car en plus, il est un magnifique raconteur d’histoires et sait éveiller l’intérêt et la curiosité. Quatrième Invité d’honneur du Conservatoire TPM de Toulon, après Barre Philips, André Gabriel et Rhys Chatham pour son cycle annuel «Transmission», il sera présent en Février et mars pour des conférences, des master classes, un ciné-concert à l’Opéra, accompagnant le film de Rupert Julian «Le fantôme de l’Opéra» le jeudi 13 février et un concert au Liberté le 31 mars sur le thème «Fantaisies sur Beethoven» dont on commémore le 250ème anniversaire.

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C’est donc à l’auditorium du Conservatoire que nous avons rendez-vous avec cet artiste magnifique, intarissable, érudit et d’une grande simplicité.
Notre rencontre a lieu sur la scène car – nous dit-il d’emblée – «la scène c’est la vraie vie, c’est l’essence de la vie».
Il nous rappelle ses venues à Toulon, au Conservatoire pour la FIME, en 2005 pour un ciné-concert autour d’un film de René Clair suivi d’un master class, également présent pour l’inauguration du Liberté en 2008 où il avait donné, en compagnie du jazzman Antoine Hervé, un concert pour deux pianos jazz-classique. La veille, tous deux avaient donné cours et conférence sur ces musiques.
«L’improvisation – nous confie-t-il – est souvent assimilée au jazz alors que déjà, les musiciens classiques du XVème siècle improvisaient sur leurs propres musiques. On peut improviser sur tous les genres de musiques, c’est une question de changement de vocabulaire.
N’importe quel musicien peut-il improviser ?
Non, ça s’apprend, ça… ne s’improvise pas ! Depuis 15 ans, j’ai fondé une classe d’improvisation et aujourd’hui nombre de conservatoires ont une classe d’improvisation. Car on ne peut pas faire n’importe quoi, il faut connaître le sujet, travailler sur des automatismes, connaître tous les styles de musiques. Il faut un travail préalable.  Beethoven a donné à Vienne trois concerts improvisés qui restent dans les annales. Beaucoup d’autres grands compositeurs ont fait de même. Bien sûr, on connaissait leurs œuvres mais le public était friand d’entendre quelque chose de nouveau, d’inédit.
Ça a été un peu oublié un certain temps ?
Oui, durant la moitié du XIXème siècle, ça s’est perdu. Ca n’a perduré que dans les concerts liturgiques et les églises pour les messes dont on ne connaissait jamais la longueur et où alors, il fallait improviser. Aujourd’hui, l’improvisation revient en force car la musique dite «classique» connaît une mutation forte. Le rituel est remis en question et, modestement, j’y suis un peu pour quelque chose car je l’ai relancée. Déjà, parler durant un concert ne s’était jamais fait et j’ai eu envie de le faire pour éclairer les spectateurs et avoir un autre rapport avec lui plutôt que d’arriver sur scène, saluer et jouer.

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Musique classique, musique moderne… Qu’en pensez-vous ?
Ce titre de musique classique est assez récent car durant des siècles, il y avait «la» musique, «les» musiques et tout à coup il y a eu cette dénomination qui partage la musique d’hier et celle d’aujourd’hui. Pour moi, quelle qu’elle soit, c’est toujours de la musique.
Alors, comment définiriez-vous la musique d’improvisation ?
C’est la fraîcheur, la liberté, c’est l’émotion. C’est l’art de la conséquence. Souvent je n’ai pas la moindre idée de ce que je vais faire.
C’est aussi un art éphémère ! N’est-ce pas frustrant ?
C’est vrai puisqu’on improvise et qu’il n’en restera rien que des souvenirs, des émotions mais c’est ce qui en fait sa beauté un peu comme lorsque Claudel parle de l’odeur d’une fleur. C’est un moment éphémère et il n’en restera que le souvenir et l’émotion que l’on aura eus sur l’instant.
Et puis, aujourd’hui, il y a l’enregistrement, si l’on veut en garder une trace.
Mais vous savez, combien de compositeurs ont écrit des partitions qui sont aujourd’hui oubliées ?
Le problème de l’éphémère, moi je l’ai totalement intégré. On joue, c’est bien, moins bien, c’est fait, ça ne sera plus. C’est un instant, un moment et là, on ne peut pas jeter la partition si l’on n’est pas content !
Mais c’est le plaisir de la création en direct qui offre au public la garantie d’un œuvre unique. C’est ce que j’appelle l’art de la scène.
Et le ciné-concert ?
C’est une rencontre avec une œuvre cinématographique. C’est un art du spectacle à part entière. Au début du muet, il y avait déjà un pianiste qui improvisait et le pianiste était différent dans chaque cinéma. Donc à chaque fois c’était une autre musique. C’est un spectacle ouvert vers l’avenir et c’est un vrai travail de création et j’aime ça. J’ai improvisé sur quelque trois cents films et c’est toujours un plaisir renouvelé. «Le fantôme de l’Opéra» j’ai dû l’illustrer une vingtaine de fois avec un plaisir chaque fois renouvelé ».

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Un plaisir que nous avons partagé avec cet authentique «Honnête Homme» qui nous a éblouis par ses connaissances, son talent de conteur et de musicien et, après plus d’une heure et demi, on en redemandait encore et on avait du mal à le quitter tant il est fascinant.
Vivement Zygel !

Jacques Brachet



Sanary – Théâtre Galli
Christian VADIM : «J’ai découvert ma drogue : le rire»

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Que voilà un duo plein de charme reformé 25 ans après sa première rencontre !
Charlotte Valandrey qui, en ce moment, a beaucoup de problèmes dans la série de TF1 «Demain nous appartient» et Christian Vadim qui a momentanément quitté ses deux compagnons de route Philippe Lellouche et David Brécourt pour partir tous deux en tournée avec la pièce de Benjamin Auray «Station Bonne Nouvelle».
David est chef de cette station qui est fermée pour rénovation et dans laquelle il dort pendant les travaux. Arrive en pleine nuit Julie, qui veut avoir des nouvelles de son mari travaillant avec David à la station.
En pleine crise d’hystérie elle apprend que son mari est parti avec une bimbo et se déchaîne sur ce pauvre et naïf David qui n’y est pour rien.
Autant il est placide, autant elle est survoltée et ça va faire des étincelles entre eux jusqu’à ce qu’elle arrive à se calmer… La suite, il fallait être à Galli pour le savoir et pour cela affronter la tempête !
Charlotte, au fil des ans, est devenue une amie dont chaque rencontre est un plaisir. Christian, c’est plus récent, rencontré au fil des ans sur les pièces qu’il a jouées avec ses acolytes.
Arrivés tard à cause des intempéries, Charlotte viendra juste pour la bise et la photo car elle doit se préparer. Christian, lui, m’accorde un moment d’entretien.

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« Alors Christian, tu as quitté ton trio de prédilection ?
(Il rit), oui, mais pas pour longtemps puisque nous repartons en tournée dès le mois de mars !
Parle-moi de cette nouvelle pièce 
J’ai été approché voici un an et j’ai demandé à la lire. Je devais retrouver Charlotte avec qui je n’avais plus joué depuis «Roméo et Jeannette» de Daniel Ivernel et ça remonte à 92 !
J’ai donc demandé à ce qu’on fasse une lecture  et ça a tout de suite collé entre nous.
Comment définirais-tu cette pièce ?
Ce n’est pas une comédie de boulevard, je dirais que c’est une comédie naturaliste avec des dialogues de tous les jours, une comédie moderne comme on en faisait aux États-Unis dans les années 50/60. Une pièce toute simple qui met en scène deux personnes qui se détestent, qui s’apprivoisent et on se doute de sa finalité mais c’est léger, plein d’humour, de tendresse et on ne boude pas son plaisir de la jouer.
Aujourd’hui, tu as pris le parti de faire rire et avec talent !
Merci ! C’est vrai que j’ai découvert cette drogue grâce à Philippe Lellouche qui a senti très vite ce potentiel qu’il y avait en moi. C’est plus difficile de faire rire que de faire pleurer ! J’avais déjà flirté avec la comédie que j’avais jouée avec Marie Fugain en 94 «Mec, mic, mac», Marie que j’ai retrouvée dans «Boire, fumer et conduire vite». J’ai très vite senti que j’avais des affinités avec la comédie.

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A propos de ce trio qui a fait ses preuves, n’y a-t-il pas à un moment une lassitude ?
Ça n’a jamais été le cas, je crois qu’on ne s’est jamais posé la question. On est amis, on s’entend bien, on aime se retrouver, à la ville comme à la scène et repartir avec eux est toujours un plaisir. C’est pour ça qu’on se retrouve en mars avec «Le jeu de la vérité», avec en plus Gaston Lagaf’.
Lagaf’ que je retrouverai en septembre prochain dans une comédie à quatre personnages de Nadège Méziat. Cette pièce est l’enfant naturel de «Brèves de comptoir» et de «Trois hommes et un couffin» !
On te retrouve dans une série TV sur TF1 «Quand sort la recluse»
Ce n’est pas une série, ce sont des unitaires tirés de l’œuvre de la romancière Fred Vargas qui écrit des polars. J’ai joué dans un épisode. Il y a une magnifique distribution : Jean-Hugues Anglade, Jacques Spiesser, Sylvie Testud, Elizabeth Depardieu, Pierre Arditi, Corine Masiero….
Et tu n’es que dans un épisode ?
Par la force des choses… je pars en prison !
Tu joues beaucoup au théâtre et à la télé, on a pu te voir dans de nombreuses séries : «Nina», «Section de recherches», «Alex Hugo»…Et le cinéma ?
J’ai tourné «A cause des filles ?» de Pascal Thomas avec Audrey Fleurot et j’ai tourné cet été à Marseille avec Monica Bellucci.
Donc jouer à la télé n’empêche pas de jouer au cinéma ?
Pour moi non car je n’ai jamais joué dans des séries récurrentes. Le problème est lorsqu’on te voit durant des mois dans une série , tous les soirs, ou toutes les semaines. Forcément ça te marque et souvent, à cause de ça, on est honni par le cinéma qui est un monde très différent et l’on atteint très vite le plafond de verre. La question ne se pose pas avec le théâtre. Beaucoup de comédiens dits «de télévision» font du théâtre. Mais avec le cinéma c’est plus compliqué, même si les comédiens de cinéma passent à la télé, le contraire est encore difficile. Il n’y a que Jean Dujardin qui s’en est bien tiré !»

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Charlotte vient nous rejoindre pour la photo et il est bientôt l’heure d’entrer en scène.
Et nos deux comparses vont s’en donner à cœur joie dans un dialogue brillant, vif, rapide, chacun étant l’antithèse de l’autre, ce qui donne des situations cocasses et une pièce enlevée et drôle.
Malgré la pluie qui a fait peur à quelques spectateurs, le succès était au rendez-vous et Christian a remercié les courageux ayant affronté le temps !
Un duo d’acteur plein de charme et de drôlerie.

Jacques Brachet

Toulon – Fête du Livre
Jean SICCARDI , un polar de montagne !

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Chaque année, la fête du Livre de Toulon me permet de retrouver un ami de longue date ave qui on a fait, comme on dit «Les cent dix-neuf coups» avec d’autres copains aujourd’hui hélas disparus : Jean-Michel Thibaux et Jean-Max Tixier.
Un ami écrivain dont les romans sentent la Provence, cette Provence qu’il aime profondément, qu’il n’a jamais quittée et qu’il décrit toujours, après une soixantaine de romans, avec un amour profond, un talent  toujours renouvelé et dans cette Provence qu’il décrit, à chaque fois ni tout à fait la même, ni tout à fait différente, il a le don d’y inscrire une histoire originale où drames et joies se mêlent, une histoire toujours forte, âpre et belle comme le sont les paysages qu’il dépeint avec minutie, avec de belles envolées lyriques, avec un vocabulaire choisi qui donnent la force à ses histoires.
Avec lui, on parcourt les chemins de la Provence profonde avec une histoire et des personnages hauts en couleur, aux personnalités bien campées, comme Noël Bertrand et Gaston des Vignes, ce dernier ayant donné le titre à cet ultime roman paru chez Calmann-Levy.
Nous voilà dans la Haute Provence d’après-guerre, à la ferme du Saut du Loup où vivent Noël et sa mère, Madeleine. Revenu de la guerre en héros, Noël va se retrouver confronté à Cécile, qui fut son amour de jeunesse, qui vit une vie dissolue avec un étrange visiteur qui a l’air d’avoir des vues sa ferme. Il retrouve Gaston des Vignes, devenu son mari, un mari trompé, berné et vieillissant duquel il va se rapprocher avant que celui-ci ne meure dans d’étranges conditions, juste après sa femme assassinée et son amant disparu.
Qu’est-ce qui se trame dans ce paysage si calme, au pied du Bec du Ponchon qui, tel un volcan non éteint, menace de s’écrouler sur le village et ses environs.
Jean nous offre là un thriller qu’on ne peut plus lâcher dès les premières pages, qui nous entraîne dans une histoire sombre et dramatique dans un pays de taiseux où peu à peu vont, malgré tout se révéler d’étranges histoires.
Il a encore frappé fort, cet homme placide et à l’imagination débordante, à la fois romancier, poète, auteur de théâtre, qui vient d’obtenir avec ce roman, le prix Nice Baie des Anges 2018.

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Jean, peut-on dire que tu as écrit un thriller provençal ?
Plutôt un polar de montagne ! Le mot «provençal» aujourd’hui, ça me gave un peu. Lorsqu’on dit que je suis un auteur provençal, je réponds que je suis un auteur comme les autres qui vit en Provence au lieu de vivre à Paris.
Bon, ceci mis au point, revenons à ce «polar de montagne» !
C’est un roman sur la désertion. Après «L’auberge du gué» j’avais toujours mes personnages en tête et je m’y étais attaché. Je n’arrivais pas à m’en détacher mais je ne savais pas quoi en faire. Je voulais que mes héros aient une vie plus romanesque, plus terrible. J’ai pensé qu’ils pouvaient avoir un secret. J’ai eu l’idée d’en faire disparaître quelques-uns comme dans une tragédie grecque.
Je trouve que tu fais des descriptions de paysages magnifiques…
Tu sais, pour moi c’est facile, j’y vis dedans, au milieu des forêts, des roches, je connais les lieux, je les aime, si je ne suis pas provençal dans l’écriture, je le suis dans le cœur et je suis enchaîné à cette terre, à cette montagne, à l’Italie qui est toute proche. Ce sont des choses qu’on ne peut pas inventer. J’ai failli être bloqué par la neige pour venir à la fête du livre mais c’était tellement beau !
Tu es un véritable peintre !
(Il sourit) Tu sais, la littérature a bouffé ma vie, il ne se passe pas un jour que je n’écrive. J’ai écrit jusqu’à huit, dix heures par jour. Aujourd’hui je me suis calmé et je vis dans la solitude et dans une sérénité presque bouddhiste ! Je n’ai personne autour de moi, rien qui ne vienne me troubler. J’écris moins longtemps mais j’arrive à écrire des choses différentes sans que ce soit complexe. Nous avons une belle langue, à la fois simple et difficile.
Comment travailles-tu ?
Beaucoup ! Le travail, c’est le plus important. J’écris dans mon bureau. En principe, lorsque je commence à écrire, j’ai toute l’histoire dans la tête. Après, je mets le temps qu’il faut pour écrire. Pour «Gaston des vignes», ça fait plus d’un an que je suis dessus. Il y a un roman sur lequel je travaille depuis près de 18 ans. Je l’avais commencé en 2002 et je pense que ce sera le dernier que j’écrirai. Je ne veux pas écrire un roman de plus mais faire une œuvre littéraire.
Ça veut dire que tu vas arrêter d’écrire ?
Oui, ce roman sera mon testament posthume ! Mais j’ai encore quelques idées avant d’arrêter. D’ailleurs, mon prochain roman sort le 14 janvier. Il s’intitule «Les dames du mardi». Il se déroule entre Nice et Gênes et ça n’a plus rien à voir avec mes précédents romans. C’est l’histoire d’un homme qui rêve de devenir riche et pour cela il est prêt à tout, même à devenir «barbot» (proxénète). Ça se passe dans un bar qui est en fait le dernier bordel existant du côté du Cannet.
J’écris aussi un autre livre avec Hélène Grosso : «Le relieur du diable». C’est la vie romancée du dernier tanneur de peau humaine !
Et puis je suis sur un autre livre : «Voyage en folitude» sur tout ce qui m’est arrivé de fou en tant qu’écrivain.
Bon, je vois que la retraite, ce n’est pas pour tout de suite ! Ça ne va pas te manquer de ne plus écrire ?
Je ne crois pas car lorsque je suis dans ma montagne, je n’arrête pas… J’ai appris à ne rien faire que lire, rêver, écouter. Tiens, un exemple : il est un compositeur que je n’aimais pas : Bruckner. Eh bien, j’ai appris à l’écouter et à l’aimer.

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Mendy RAYNAUD, illustratrice et carnettiste
Aux côtés de Jean Siccardi, une femme au sourire lumineux qui n’est pas à côté de lui sans raison. Elle est illustratrice et carnettiste. De descendance hollandaise, elle un parcours, selon ses dires, «biscornu» car elle est autodidacte. Elle a pratiqué différents métiers alimentaires avant de se rendre compte qu’elle avait un certain talent pour le dessin et les arts plastiques en général. Elle s’y est donc jetée et sa rencontre avec Jean et Hélène Grosso a été déterminante.
« J’ai fait des expositions mais j’aimais écrire aussi. J’avais envie de lier les deux en proposant des livres. Mais j’étais loin d’être sûre de moi. Hélène m’a alors formée dans des ateliers d’écriture  puis j’ai eu le courage de solliciter Jean pour qu’il me dise ce qu’il pensait de mes écrits et de mes poèmes. Il a lu et il m’a prodigué beaucoup de conseils. Nous avons donc travaillé ensemble sur un premier livre qui est sorti voici un an : «Alioth, le croqueur de nuages», un conte pour enfants qu’il a écrit et que j’ai illustré. Et je viens d’écrire et illustrer «D’encre et la nuit»  (Ed Encres de Siagne). En parallèle, j’ai créé une collection de livres pour enfants.
Je prépare un livre qui s’intitulera «La petite histoire du papier», un conte pour enfants, l’histoire d’une petite boule de papier qui va raconter comment elle est née. Il sortira au printemps. Et je prépare une exposition en collaboration avec Hélène Grosse au Moulin à Papier».

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Voilà donc un nouveau virage pour Jean : mentor. Alors, on n’est pas près de le perdre de vue.

Jacques Brachet

Toulon – Fête du Livre
Danièle THOMPSON-Jean-Pierre LAVOIGNAT :
En souvenir de Gérard OURY

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Avec Jean-Pierre Lavoignat, nous nous sommes rencontrés voici quelques mois à Toulon où il était venu présenter un superbe livre consacré à Romy Schneider, tout simplement intitulé «Romy» avec l’aide sa fille Sarah Biasini (Ed Flammarion).
Avec Danièle Thompson il y eut plusieurs rencontres : Mon invitation à Toulon pour présenter «La boum», une superbe après-midi passée aux Oliviers à St Tropez avec son père, Gérard Oury, pour la sortie de «Rabbi Jacob» et voici peu à la Ciotat pour l’inauguration de la place Gérard Oury.
Retrouvailles donc sur la Fête du livre de Toulon où ils présentaient «Gérard Oury, mon père, l’as des as» (Ed de la Martinière) écrit à quatre mains et dont je vous ai déjà parlé (Voir rubrique écriture)
Danièle, Jean-Pierre, comment travaille-t-on à quatre mains ?
Danièle : Ce sont beaucoup de rencontres, de notes, d’enregistrements, d’interviewes où Jean-Pierre me mettait sur des voies où il voulait aller et où je faisais de même. Après quoi il y avait les allers-retours où il m’envoyait ses écrits, où je corrigeais, où j’ajoutais quelque chose…
Jean-Pierre, je suppose que dans votre longue vie de journaliste, vous aviez eu l’occasion de rencontrer Gérard Oury ?
Oui, à plusieurs reprises et surtout lors d’une semaine en Inde au cours d’un voyage du cinéma français sur lequel nous étions invités. J’ai passé beaucoup de temps à discuter avec lui… enfin, il parlait plus que moi car il aimait raconter et c’était un merveilleux conteur. Je l’accompagnais dans ses visites et j’ai passé de très jolis moments avec lui. Et puis, son petit-fils, Christopher, le fils de Danièle, m’a demandé de faire un film avec Gérard pour lui dire, à travers ses images, tout ce qu’il n’osait pas lui dire. Là encore, c’est un très beau souvenir.
Danièle : C’est aussi un film très émouvant car mon père n’était pas encore trop malade, il aimait se raconter et ce face à face avec son petit-fils reste un beau moment.
Comment est né ce livre ?
Danièle : Ce sont les éditions de la Martinière qui m’ont proposé ce projet pour le centième anniversaire de mon père. J’ai dit oui, à condition que je le fasse avec Jean-Pierre parce que j’avais beaucoup aimé toutes les belles choses qu’il avait écrites sur lui.
Je suppose, Danièle, que vous aviez beaucoup de documents à votre disposition ?
Presque trop car d’abord, sa mère découpait tout ce qui concernait Gérard et gardait tout ça précieusement dans des albums. Et puis il y avait toutes les photos de son enfance, de mon enfance aussi… Sans parler des toutes les photos de tournage. Nous avions des archives extraordinaires.

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Comment trier toutes ces archives ?
Jean-Pierre : Tout d’abord par rapport au texte, afin de l’illustrer au plus près. Nous voulions justement que les photos illustrent le texte et pas le contraire.
Danièle : Ce qui a été quelquefois difficile car La Martinière voulais un livre plutôt iconographique, ce que nous ne voulions pas. Je voulais pouvoir parler de mon père à ma manière mais aussi de ma mère pour mettre les choses au clair…
C’est-à-dire ?
Beaucoup de gens pensent que ma mère était Michèle Morgan car c’est vrai qu’ils étaient un couple mythique. Mais mon père a quand même vécu vingt ans avec ma mère, je voulais que ça se sache et par là, lui rendre hommage.
Jean-Pierre : Nous voulions également bien évoquer cette relation père-fille, mais qui étaient aussi des collaborateurs. Il y avait entre eux une fusion qu’on voulait montrer.
Danièle : Je voulais aussi que les gens sachent que mon père a beaucoup ramé dans sa vie car il a été acteur avant de faire des films et le succès n’est venu qu’à 40 ans lorsqu’il est devenu réalisateur. Ce peut être un exemple et un espoir pour les jeunes générations, pour leur dire qu’il ne faut jamais baisser les bras et qu’on peut arriver un jour à force de talent, de persévérance, de travail.
Jean-Pierre : C’est ce qu’on montre aussi dans le film avec Christopher d’autant que, lorsque nous avons réalisé ce film, celui-ci était un jeune débutant qui cherchait sa voie, qui ramait aussi.
Je suppose aussi que votre mère, votre grand-mère vous ont raconté beaucoup de choses…
Effectivement et surtout ma grand-mère qui me racontait l’enfance de mon père et qui m’a fait découvrir beaucoup de choses dont le secret de son enfance, de sa vie, dont il ne m’avait, lui, jamais parlé.
Le livre est à la première personne du singulier. Vous avez préféré cette formule à une grande interview ?
Une journée par semaine je parlais avec Jean-Pierre, il posait des questions, je répondais, il m’a beaucoup fait parler mais une longue interview aurait, à mon avis, fait trop journalistique, trop impersonnel.

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Jean-Pierre : J’ai voulu m’effacer devant Danièle car en fait ce sont ses propos, c’est elle qui me racontait, qui se racontait et c’était beaucoup plus vivant et personnel que ce soit elle qui raconte car c’est son histoire.
Alors, le choix des photos ?
Danièle : J’ai privilégié les photos de familles qui sont moins connues que les photos de tournage. Mais là aussi, j’ai préféré privilégié les photos prises sur le tournage, avec son équipe, des moments de vie qui sont en fait l’envers du décor, les coulisses qu’on connaît peu. Les photos de films, on les connait par cœur.
Jean-Pierre : Il fallait aussi que ces photos fassent un tout avec les écrits et la maquette et le choix a pris beaucoup de temps. On a mis sept mois pour terminer ce livre. On ne se voyait pas tous les jours bien sûr mais j’avoue que j’ai beaucoup de boulot et qu’en plus je ne suis pas un rapide ! A cause de moi, le livre est sorti avec quinze jours de retard par rapport à la date anniversaire !
Jean-Pierre, vous avez l’habitude de travailler à quatre mains ?
Oui, j’ai fait ça très souvent, avec Dominique Besnehard, avec Pierre Lescure par exemple. J’aime beaucoup ça. C’est plus agréable que de travailler seul dans son coin
Danièle, est-ce que vos enfants ont participé au livre ?
Non, car ce n’est pas un livre de famille, c’est un livre sur mon père, l’homme, le père, l’artiste. Il était très proche de ses petits-enfants, c’était une importante partie de sa vie mais leur intervention ne s’y prêtait pas. Peut-être un jour écriront-ils un livre sur moi !

Propos recueillis par Jacques Brachet

Toulon – Fête du Livre
Pierre BILLON : Passion moto, passion Johnny

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Avec Pierre Billon, ce sont des retrouvailles de longue date et c’est donc avec plaisir que je le retrouve à la Fête du Livre de Toulon. Il est venu, avec son pote Pascal Louvrier, signer un magnifique album consacré à ses «road trips» à travers l’Amérique avec Johnny Hallyday, avec qui il a longtemps travaillé et qui était son ami. Le titre, paru aux éditions Tohu Bohu, s’intitule justement «Road Trip – Johnny Hallyday on the road»
Tous deux partageaient les mêmes passions de la musique, de l’Amérique, de la moto, passions de liberté qui leur a fait traverser cet immense pays avec arrêts dans tous les lieux mythiques des rêves d’enfance cinématographique de l’idole qui, à ce niveau-là, était resté un grand enfant. Par ailleurs, loin de France où il n’était pas connu, il redevenait Jean-Philippe Smet, fan du cinéma américain et de ses grandes stars qui bercèrent son enfance.
Pierre, qui a parcouru jusqu’à sa disparition, ces voyages à califourchon sur des motos de rêve, nous raconte, humour et émotions réunis, toutes leurs aventures hors show-biz où ils devenaient des hommes, tout simplement, dans une ambiance de totale amitié partagée avec un cercle restreint. Des belles images, très souvent inédites de leurs périples, viennent illustrer ce très bel album, à la fois hommage à la moto et hommage à l’ami. Avec eux, nous revivons leurs aventures qui se reproduisaient presque chaque année.

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«J’ai connu jeune l’Amérique – me confie Pierre – grâce à ma mère, la chanteuse Patachou, qui s’y est installée pour faire carrière. J’y vivais, et plus tard,  je racontais mon Amérique à Johnny et je voyais que, plus on avançait, plus on en parlait, plus il lui devenait important d’aller découvrir ce pays qui a fait fantasmer son enfance. Jusqu’au jour où tout s’est décidé et il en a tellement pris goût qu’il a décidé que ça se ferait tous les ans. A tel point que, même très malade, le jeudi soir 5 décembre, veille de sa mort, j’étais chez lui et il envisageait qu’on reparte en septembre prochain, ce qu’hélas, je savais déjà que ça ne se ferait pas.
Tu as continué à y aller ?
Oui, en 2018 et 2019, sans lui évidemment. Je l’ai souhaité en souvenir de lui, même si c’était difficile.
Et c’est aussi pour cela que j’ai fait ce livre et ce pour plusieurs motifs : d’abord pour lui rendre hommage et pour montrer un autre visage que celui que tout le monde connaît : la star avec ses spectacles incroyables, l’idole flamboyante. Alors que là, il était tout autre, il redevenait le jeune homme qui a grandi avec le cinéma américain, les westerns et ses idoles, de James Dean à John Wayne en passant par Clark Gable. Il voulait découvrir tous les endroits mythiques où avaient été tournés ces films comme «Autant en emporte le vent», «Rio Bravo», «Easy Rider» évidemment. On est d’ailleurs allé à Taos, sur la tombe mexicaine de Dennis Hopper, une tombe très colorée, très fleurie, qui ressemble à la sienne à St Barth.
Il a d’ailleurs rencontré Peter Fonda ?
Oui, il était comme un enfant, un fan devant son idole et là, il redevenait timide, il n’était plus la star qu’on connaissait, il osait à peine lui parler. Tout comme le jour où il a rencontré Elia Kazan et qu’il n’a pas osé lui demander une dédicace. Tu vois, c’est ce Johnny-là que je voulais montrer et qu’on ne connaît pas.
Tu me disais qu’il y avait plusieurs motifs à ce livre ?
Oui, l’autre motif c’est que je voulais qu’on sache c’est que, ce qu’on faisait, tout le monde peut le faire à partir du moment où tu as un engin car là-bas, tu trouves toujours des petits motels pas chers et c’est d’ailleurs ce qu’on faisait. On ne s’arrêtait pas dans des hôtels de luxe ou des grands restaurants. On cassait la croûte, on s’arrêtait quand on voulait, on dormait où on trouvait une chambre. Car Johnny voulait retrouver vraiment l’Amérique de sa jeunesse, celle de Tennessee Williams. Pas question d’aller dans les grandes villes mais plutôt découvrir les grands espaces et bien sûr Hollywood qui l’a tant fait rêver, Monument Valley, la vallée de la mort, la fameuse route 66. D’ailleurs, lorsque nous y sommes retournés sans lui, nous avons apposé une plaque commémorative à Mexican Hat.
Lui qui en avait un peu marre d’être photographié, il y a des centaines de photos prises sur ces road trips.
Oui mais ça, c’était la volonté de Johnny. Il voulait ramener des souvenirs personnels, les photos, pour la plupart, ne sont pas celles de photographes professionnels mais des amis avec qui nous étions. J’en ai fait pas mal. Et il voulait toujours qu’on réalise de petits films qu’il regardait, rentré à Paris. Souvent ces films ont été une inspiration pour ses spectacles ou pour ses clips.

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Pierre et Pascal Louvrier

Johnny a donc été une grande histoire d’amitié. Avant lui il y a eu Michel Sardou que tu as quitté un jour. Pourquoi ?
(Il rit) Justement parce que j’ai rencontré Johnny, que j’ai travaillé avec lui et Sardou m’en a voulu durant une dizaine d’années oùnous sommes restés fâchés. C’était un ami d’enfance que j’ai connu grâce à ma mère qui l’avait accueilli dans ses cabarets. Nous avons écrit beaucoup de chansons comme «Je vole», «Dix ans plus tôt», «Etre une femme»… Et puis il y a eu Johnny et il me prenait beaucoup de temps car j’ai produit certains de ses albums, de ses concerts… Puis j’ai revu Sardou et c’est moi qui ai produit son dernier album et sa dernière tournée «La dernière danse». Je l’ai d’ailleurs accompagné aux percus, à la guitare et nous avons chanté ensemble «Les Ricains».
Mais j’avoue que j’avais plus d’affinités avec Johnny qu’avec Sardou : lui il aime les chevaux, le golf, ce n’était pas notre truc avec Johnny. Un peu les chevaux peut-être. Mais surtout les motos et les voyages.
Que penses-tu de cet album symphonique réalisé par Yvan Cassar ?
(Il reste un moment dubitatif). On ne peut pas dire que ce soit mal fait mais faire du symphonique avec un rocker… Est-ce que ça aurait plus à Johnny ? Je comprends qu’on fasse ce genre de choses pour les fans qui ont toujours besoin de quelque chose de nouveau. Mais faire du neuf avec du vieux, je trouve ça un peu compliqué lorsque l’artiste n’est plus là. Ce n’est pas une idée que j’aime particulièrement.
Alors, surprise, on t’a vu ces jours-ci travailler avec Sheila… On est loin du rock ?
(Il rit). Oui mais j’ai deux casquettes, je suis aussi producteur et c’est ma maison de production qui s’occupe de l’émission «Mask singers». Ce n’est pas moi qui ai fait le casting même si je suis un des seuls à savoir qui se cache sous les masques… Et je ne te le dirai pas ! Obligé puisque c’est moi qui leur fait travailler et enregistrer les chansons et pour les chanteurs, leur faire modifier leur voix pour ne pas qu’on les reconnaisse. Mais ça a été très agréable de travailler avec elle. Et ce n’est pas facile de faire ce qu’elle a fait.
Dans ton livre tu nous parle en passant de deux de tes «fiancées» : Liza Minelli et Julia Migenès… Tu ne t’embêtais pas aux USA !
(Il rit). Oui mais c’est vieux et elles n’étaient pas connues alors, pas plus que moi d’ailleurs. Liza, on savait qu’elle était la fille de Judy Garland mais elle débutait. Elle n’était pas la grande star qu’elle est devenue. Mais nous avons gardé des liens, nous avons quelquefois repris notre histoire. On ne s’est pas perdu de vue. Avec Julia, nous avons beaucoup rigolé
En dehors de ce livre, Pierre, quels sont tes projets ?
Faire tourner ma maison de production, continuer à produire des émissions de télé, ce qui m’amuse bien. D’ailleurs j’espère qu’il y aura une seconde saison de «Mask singers», et voyager encore longtemps car la route, c’est quelque chose d’important dans ma vie. Je roule beaucoup dans la province française qui est très belle et je vais régulièrement aux Etats-Unis. Je vais d’ailleurs bientôt repartir pour Daytona».

Propos recueillis par Jacques Brachet

Le coffret d’amour de Rika ZARAÏ

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Rika Zaraï est l’une des chanteuses que j’ai peu rencontrée durant mes 50 ans de journalisme. Pourquoi ? Je ne sais pas. Tout simplement peut-être parce qu’elle n’est pas souvent venue dans notre région.
Je l’ai donc interviewée il y a… quelques décennies puis, il y a moins longtemps, sur la tournée «Age Tendre» où là, nous avons eu le temps de bavarder très longuement. Il faut dire qu’entre les deux spectacles, les artistes avaient le temps de se reposer et de rencontrer des journalistes.
J’ai donc eu cette joie de passer du temps avec elle, dans l’intimité de sa loge. Elle venait de publier son livre de souvenirs «L’espérance a toujours raison» (EdMichel Lafon). C’était quelques temps avant qu’elle ne fasse un AVC qui allait hélas l’éloigner de la scène.

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Aujourd’hui ce n’est pas pour un livre que nous reprenons contact mais pour un coffret de quatre CD, paru chez Marianne Melody, qui regroupe cent titres, une anthologie allant de 1959 à 2000 d’une richesse incroyable tant on voit l’étendue de son répertoire car, comme Dalida, elle a suivi sinon devancé toutes les modes musicales avec toujours le même succès qui va de «Balappa» à «Et pourtant », de «Sans chemise sans pantalon» à «Exodus», de «Hava Naguila» à «Prague», de «Michaël» à «Alleluia et bien d’autres succès encore signée des plus grands : Charles Aznavour, Jean-Max Rivière, Jacques Plante, Jean-Jacques Debout, Pierre Delanoé, Serge Lama et Alice Dona, Claude lemesle, Vito Palaviccini, Catherine Desage avec qui elle a fait un bon bout de chemin… La liste est longue. (
Sa carrière aussi est longue et belle, traversée de belles rencontres : Denise Glaser, Jacques Brel, Charles Aznavour, Bruno Coquatrix, Eddie Barclay, Claude Lelouch…
Si elle a beaucoup fait parler d’elle en tant que chanteuse, son livre aussi a fait couler beaucoup d’encre, celui où elle nous enseigne la médecine par les plantes.
Il faut quand même savoir qu’elle a étudié durant onze ans la médecine dite «non conventionnelle» et qu’elle a un diplôme de conseillère de santé holistique…
Si sa vie a été ralentie par cet accident, il n’en demeure pas moins qu’elle a gardé une énergie, un courage et un optimisme que je retrouve dans sa voix emplie d’amour et de gentillesse.

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Lors de notre rencontre sur la tournée « Âge Tendre »

«Rika, tout d’abord, comment ça va ?
On fait aller… Ce n’est pas l’idéal mais ce le sera. J’ai beaucoup d’espoir. Si j’insiste lourdement, je sais que c’est moi qui gagnerai. Comme je l’ai écrit dans mon livre, l’espérance a toujours raison !
Vous êtes toujours positive, Rika, et c’est le principal. Parlons donc de ce beau coffret de 4 CD et 100 chansons, qui vient de sortir. Comment avez-vous choisi ces chansons, tant vous en avez enregistré ?
En fait j’en ai fait plus de 1.000 et j’en ai enregistré près de 600 !
Il y a d’abord les coups de cœur, vous savez, celles que, après vingt ans et plus, vous écoutez avec toujours le même plaisir, celles qu’on trouve toujours belles et dont on retombe amoureux dès qu’on les écoute. Un refrain, un couplet et l’on sait que c’est une belle chanson. Celles dont je me souviens du studio où je l’ai enregistrée, de la robe que je portais et même du sac dans lequel étaient les partitions !
A ce point ?
Eh oui ! Le souvenir est tellement vif que je retrouve les sentiments dans lesquels je les ai enregistrées, avec lesquelles j’ai une relation fusionnelle. J’avoue que j’ai quand même été aidée par Mathieu Moulin, Elysa Rouillat et Jean-Pierre, mon mari. 600 chansons, difficile de tout écouter ! Mais certaines étaient incontournables. Par contre, je n’ai pas fait de compromis : j’écoute, je garde ou je jette et alors c’est un non absolu. C’est tellement physique, la relation avec une chanson ! C‘est un peu comme un vêtement que l’on porte parce qu’on l’aime, qu’il nous représente, parce que c’est élégant et de bon goût.

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On sent tout l’amour que vous portez à votre métier…
Evidemment, sinon je ne l’aurais pas fait car c’est un métier très difficile, très dur physiquement, mais c’est un métier exaltant. Lorsqu’on l’aime, on surmonte toutes les difficultés, on ne pense pas au fait qu’il faut quelquefois se lever à 5 heures pour prendre la route ou un avion, affronter le temps ou tout autre chose. Il faut faire avec. C’est un métier envoûtant, il faut aimer les chansons, le public et chanter pour donner au public de l’amour. Et je peux chanter dix mille fois la même chanson si je l’aime et si cet amour est partagé. Impossible pour moi de chanter une chanson que je n’aime pas, ce ne serait pas sincère et le public s’en apercevrait.
Vous est-il arrivé d’enregistrer des chansons que vous n’aimiez pas ?
Ça m’est arrivé une dizaine de fois mais dès l’écoute j’ai très vite compris que c’était une catastrophe ! Dans ce cas, je savais que je ne pourrais jamais la chanter. Je ne peux pas partager une chanson avec mon public si je ne l’aime pas. C’est pour cela que ce coffret, c’est un coffret d’amour.
Comme ce moment d’amour que vous partagez sur scène. Avez-vous le trac ?
La scène, c’est ma vie. C’est un mélange d’énergie, d’amour, de sentiments partagés. Il y a avec mon public un rapport immédiat. Dès que je suis sur scène je lui envoie des rayons bleus  et je les vois aussitôt revenir vers moi.
Le trac ? Je l’ai juste le temps de monter quelques marches et de me retrouver sur scène. Je suis dans un état second mais dès que j’entends l’orchestre et que le rideau s’ouvre, tout ça disparaît car j’ai un flot d’amour qui me fait face et je n’ai plus peur de rien.
Vous êtes positives, vous avez une âme de battante !
Je me suis toujours dit que, quoiqu’il arrive, la vie vaut la peine d’être vécue. Il y a des choses tellement belles à vivre qu’il ne faut jamais être négatif, ne jamais se laisser aller. Je pense que le plus beau mot qui existe c’est l’espoir. Il faut prendre pour exemple le peuple juif qui, depuis 3.000 ans, on ne sait pas pourquoi, a subi et continue de subir d’énormes souffrances. Et pourtant il n’a jamais perdu espoir. A tel point que leur hymne national s’intitule «Tiqvah», ce qui signifie «espoir». Et c’est cet espoir qui lui permet de vivre.
C’est pour cela que je le considère comme le plus beau mot de l’âme humaine.

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En entendant ces paroles, je ne peux m’empêcher de vous demander quels sont vos projets, car vous en avez sûrement !
J’en ai deux : le projet N°1, le plus grand, le plus positif mais aussi peut-être le plus difficile c’est que j’ai décidé de remarcher normalement et de ne pas repousser la date. Ce sera à la fin de l’année. Je vais remarcher, c’est mon ordre de mission !
Mon projet N°2 est de trouver de belles chansons dont je tomberai amoureuse, de pouvoir les enregistrer pour offrir un nouveau disque à ce public que j’aime et qui m’est resté fidèle. Je le lui offrirai avec tout mon amour.

Propos recueillis par Jacques Brachet

Un parfum d’Ardèche
Sylvain JOLY : Quand la reconversion devient passion

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Sylvain Joly fait partie de ces hommes qui, la quarantaine arrivant, se posent des questions sur leur vie et surtout sur leur futur.
Né du côté de Cadarache, il est devenu, comme nombre de gens de sa génération, informaticien. Puis il s’installe en Ardèche où sa femme est maraîchère. Deux enfants viendront, tous deux aiment la nature, mais très vite ils se rendent compte  que leurs  horaires ne sont pas compatibles avec une vie de famille. Ils se croisent et leur rythme étant devenu différent, Sylvain décide de sauter le pas et de changer de voie.
Mais que faire ?

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Son grand père est issu de l’agriculture, sa femme y baignant, c’est sa rencontre avec un copain qui élève des cochons, qui lui donne l’idée et l’envie de faire de même.
Leur maison construite, ils s’installent aux Vignoles, juste au-dessus de St Andéol de Vals, entre Vals et Antraigues, le village de Ferrat. Il y monte une bergerie, un gîte pour les cochons et un parc immense en pleine nature pour les y installer. Il s’y donne corps et âme, fait un stage d’apprentissage mais voilà que leur nouvelle vie devient un problème. Etant 24h sur 24 ensemble… le couple se sépare. Le voici seul avec ses brebis, ses cochons… et son chat !
Il organise donc avec courage sa nouvelle vie entre ses enfants, l’élevage et la transformation de ses cochons. Toutes les semaines paires il mène deux cochons à l’abattoir et prépare lui-même ses saucisses, gaudiveaux, saucissons, pâtés, caillettes qu’il vend sur les marchés et dans certaines coops bio. On le retrouve ainsi sur les marchés de Jaujac ou d’Aubenas le samedi.

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Quant à ses brebis, elles lui servent surtout à défricher les terrains envahis qui retrouvent ainsi leurs espaces.
Préparant lui-même ses produits, ils sont on ne peut plus bios et il travaille encore à l’ancienne avec l’assurance qu’on ne trouvera pas dans ceux-ci de l’eau dans les godiveaux, des déchets dans les merguez, n’importe quelle herbe dans les caillettes faites avec des épinards frais. Avec lui, on sait ce qu’on mange !
La mutation n’a pas été facile, surtout ajoutée aux problèmes familiaux, et ne l’est toujours pas, mais Sylvain est courageux, passionné, optimiste. C’est un homme solide qui a trouvé sa voie et n’en changerait pour rien au monde, surtout devant un paysage aussi grandiose qu’il redécouvre chaque matin avec un réel plaisir, ce silence et cette nature à perte de vue.

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Il ne compte pas ses heures de travail et son sourire en dit long sur la joie de cette vie qu’il s’est choisie et ses bêtes qui ont toute son attention.
Il faut le voir s’en occuper et communiquer avec elles même si, hélas, il doit s’en séparer un jour.
On dit que « tout est bon dans le cochon »… Même la reconversion !

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Jacques Brachet
Sylvain Joly – Les Vignoles – 07600 – St Andéol de Vals – 06 76 71 82 47

Marseille – Théâtre Toursky
Richard MARTIN : 50 ans d’aventures

RICHARD MARTINC’est un homme on ne peut plus chaleureux, sympathique et passionné. Une grande gueule au cœur tendre.
Richard Martin, comédien et directeur du théâtre Toursky est un homme volubile, plein d’humanité dont la passion pour la culture, le théâtre et les gens est sans bornes. Il a passé sa vie à se battre pour eux et entre autres pour ce théâtre qu’il a créé voici cinquante ans, il n’a jamais baissé les bras, il a su élever la voix malgré les coups bas, les baisses de subventions quand ce n’était pas leur suppression pures et simples pour des excuses fallacieuses.
Bref, Richard a toujours été un battant jusqu’à faire des grèves de la faim pour sauver ce superbe espace de culture et de convivialité qui possède trois salles de spectacles et des tas de petits lieux intimes où l’on peut se rencontrer, discuter, boire un coup ou manger. Un vrai lieu de vie qui est à son image.
Son histoire est une véritable épopée qu’il raconte avec humour, tendresse, amour et émotion… Et surtout une volubilité qu’on a du mal à endiguer !

RICHARD MARTIN 3

«C’est vrai – me dit-il dans un de ces petits coins de prédilection en toute intimité – que c’est une longue histoire qui commence à Nice où je suis né, qui continue à Paris pour aboutir à Marseille que je n’ai plus quittée, qui est devenue ma ville, mon pays.
Au départ, mon destin était d’être peintre. A 15 ans je voulais peindre comme à 80 ans mais au vu des résultats, j’ai très vite compris qu’il fallait prendre un autre chemin. Etant un homme très excessif, j’ai tout laissé tomber et j’ai donc décidé de faire du théâtre. Et comme j’étais un jeune con, (Heureusement la pierre s’est taillée depuis !) je décidai qu’il n’y avait qu’à Paris qu’on pouvait faire le saltimbanque.
Mon père avait fini par dire oui alors que j’avais 18 ans et que la majorité était à 21. Il pensait qu’en étant d’accord, je reviendrais vite au bercail ! Mais j’ai résisté, physiquement et moralement, j’ai commencé par être cascadeur. Le train, les voitures, les chevaux, les ailes d’un moulin, les sauts du haut d’une tour, j’ai été raseteur… J’ai tout fait, j’étais fou. Puis j’ai rencontré Robert Lamoureux, Robert Murzeau, alors de grands comédiens. Murzeau était un vrai humaniste qui m’a beaucoup aidé.
J’ai très vite travaillé dans le théâtre de boulevard. Sans être célèbre je gagnais bien ma vie, surtout que je n’avais pas fait de conservatoire. Mais j’ai très vite compris que c’était une situation de facilité car ce n’était pas le théâtre «sensible» que j’avais envie de faire.
Je l’ai donc quitté pour passer sur la rive gauche où j’ai découvert ce théâtre, même s’il était loin d’être aussi populaire et s’il fallait ramer pour travailler. J’ai même couché sous les ponts !
C’était à quelle époque ?
On n’était pas loin de mai 68 et bien évidemment j’y ai participé. On a occupé l’Odéon où comme les autres, j’ai fait de la résistance «poétique», où j’ai découvert la fraternité… Mais aussi bon nombre de comédiens qui prônaient des convictions qui n’étaient pas les leurs… et qu’ils ont vite abandonnées dès les événements passés !
Mais j’ai compris qu’il fallait que je me batte pour que le théâtre soit pour tout le monde et non pas, comme je le voyais, simplement pour «des privilégiés». Mots que j’ai d’ailleurs retrouvés à Marseille plus tard.

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Marseille, justement…
Je suis d’abord parti en Corse comme décorateur mais là encore ce n’était pas ça. J’ai alors débarqué à Marseille et là, ça a été un coup de foudre. J’y ai posé mes valises en sachant que j’étais arrivé chez moi.
J’ai travaillé à l’Alcazar qui n’allait pas tarder à baisser le rideau. Puis, par l’intermédiaire de ma femme, Tania, je découvre la salle Massalia qui donnait tous les dimanches une représentation pour les personnes âgées. Je propose au directeur d’animer les autres jours. Durant un an je jouerai «Le journal d’un fou» de Gogol, souvent devant dix, une ou zéro personne ! C’est une jeune lycéenne qui, m’ayant vu et apprécié, est revenue avec des élèves du lycée Marie Curie. Peu à peu ça s’est su et la salle a commencé à se remplir.
Et le Toursky alors ?
Un jour, dans le quartier de la Belle de Mai, je découvre une sorte de hangar désaffecté et j’ai tout de suite vu ce que je pouvais en faire. Je suis allé voir Gaston Defferre alors maire de Marseille, qui a accepté de me le confier. Il y avait du travail et j’investissais tout ce que je gagnais comme comédien dans ce lieu que j’avais fait insonoriser avec 5000 boîtes d’œufs !
Le jour de l’inauguration un grand poète est mort  Alexandre Toursky. Le soir même j’apposais son nom sur le théâtre.
Savais-tu alors ce que tu voulais en faire ?
Oui. Je voulais travailler avec tous les pays de Méditerranée, proposer du vrai théâtre, de la vraie poésie, de la vraie chanson française. Un copain m’a alors présenté Léo Ferré. De ce jour on ne s’est plus quitté, il a été en quelque sorte le parrain du théâtre où il est venu souvent et où nous avons créé «L’opéra des rats». Sont alors venus Nougaro, Moustaki, Barbara et quelques autres.
Mon objectif aussi était de faire un haut lieu de la culture dans le quartier le plus misérable de Marseille et lui redonner une virginité.
Ça ne s’est pas fait sans mal mais ça va faire 50 ans l’an prochain que ça existe et que ça perdure. C’est devenu un lieu populaire, une belle aventure humaine, théâtrale, citoyenne, un lieu ouvert à tous à qui on propose des spectacles, de la danse, du théâtre, de la musique, des expos, des ateliers, des conférences, des rencontre et même un festival russe qui fête ses 25 ans et est devenu le plus important d’Europe. Nous travaillons avec tous les pays de Méditerranée et le Toursky rayonne partout à travers cette aventure. Nous réunissons quelque 70.000 spectateurs par an.
Mais ça n’a pas été un long fleuve tranquille…
Jamais, même aujourd’hui où je viens de faire une grève de la faim pour que la ville me redonne notre subvention. Tout le temps tout est remis en question parce que je gêne certainement quelques personnes. Mais c’est un lieu de culture et de fraternité qui a vu passer tous les artistes du monde. Mon travail est de rester un donneur d’alarme.»

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Ce soir-là je retrouvais mon complice et ami Francis Huster qui venait, accompagné de Fanny Cottençon et Louis le Barazer jouer «Pourvu qu’il soit heureux» de Laurent Ruquier. Une pièce aux dialogues étincelants, à la fois drôle et émouvante. C’est l’histoire d’un couple qui découvre l’homosexualité de leur fils par magazine people interposé, sujet on ne peut plus d’actualité qui prône les valeurs de l’amour, de la compréhension, de la tolérance, situation pas toujours faciles pour des parents.
Fanny y est délicieuse d’humour et de naïveté mais justement de tolérance, Huster magistral dans son incompréhension pour «la maladie» de son fils et Louis magnifique dans son premier grand rôle. Des situations cocasses, un dialogue sur le fil et un grand moment d’humour et d’émotion.
Ce fut, comme vous pouvez l’imaginer, une journée riche, chaleureuse, «pleine d’usages et raison» et d’enseignements.

8 POURVU QU'IL SOIT HEUREUX.

Nous nous sommes quittés en nous claquant trois bises et lorsque je lui demande pourquoi trois bises, comme chez moi en Ardèche, il me répond : «Liberté, égalité, fraternité». Et de la fraternité, il y en a eu en cette belle journée.

Jacques Brachet
Photos Patrick Carpentier

Françoise FABIAN, entre musique et cinéma

FRANCOISE FABIAN

Lorsqu’on évoque le nom de Françoise Fabian, on évoque tout un pan du cinéma français, de «Ma nuit chez Maud» à «La bonne année», en passant par «Raphaël ou le débauché», «Le prénom», «Partir… revenir» ou encore «Trois places pour le 26» où la comédienne devenait aussi chanteuse.
C’est aussi des rôles marquants à la télévision : «Les dames de la côte», «La femme coquelicot», «Les petits meurtres d’Agatha Christie», «Dix pour cent», sans parler d’une carrière théâtrale exemplaire.
Elle jouait ? Eh bien aujourd’hui elle chante !
Depuis le conservatoire d’Alger où elle est née, elle n’a jamais cessé de chanter pour le plaisir et toujours l’envie d’aller plus loin. Ce qu’elle fit à quelques occasions mais son métier de comédienne a pris le dessus et après quelques projets avortés voici qu’aujourd’hui elle s’est dit «C’est maintenant ou jamais» et sa rencontre avec ce beau musicien, compositeur et chanteur qu’est Alex Beaupain fera que, voici quelques mois, Françoise Fabian sort son premier album, aidée en cela par Charles Aznavour, Julien Clerc, Jean-Claude Carrière, la Grande Sophie, Vincent Delerme, Dominique A, le tout orchestré par Alex.

FRANCOISE FABIANFRANCOISE FABIAN

Et du coup, la voilà sur les routes de France pour partager ses chansons avec le public qui la découvre chanteuse.
C’est ce qui s’est passé au Théâtre du Jeu de Paume à Aix-en-Provence où, accompagnée de Victor Paimblanc à la guitare, Valentine Duteil au violoncelle et Antoine Tiburce au piano (Il n’y avait pas Alex mais faute de Beaupain nous eûmes du Paimblanc ! et c’est lui qui le remplaça pour chanter en duo avec elle) elle nous offre une heure dix de ses chansons, autour desquelles elle raconte des anecdotes, immisce un très beau moment avec «Un jour tu verras» de Mouloudji, ou encore «J’attendrai», version Rina Ketty sa créatrice puis version inattendue, celle disco de Dalida !
Elle nous parle d’Aznavour, le chante et nous lit la dernière chanson que celui-ci lui a écrite. Elle nous offre une chanson inédite qu’elle avait interprétée à la télévision pour une émission de Jean-Christophe Averty, plus, bien sûr, les chansons de son album.
Chansons poétiques, souvent nostalgiques qu’elle dit plus qu’elle ne chante car, elle en est consciente, elle n’est pas la Callas mais elle a une voix reconnaissable entre toutes, douce, sensuelle qu’elle nous inocule par petits morceaux poétiques qui nous enveloppent. D’ailleurs elle nous raconte une anecdote à propos de Gainsbourg avec qui elle a failli travailler et qui lui avait dit : « Ne prend pas de cours de chant, garde ta voix»… «Je l’ai gardée – nous dit-elle en riant – et ça s’entend !»
Plus qu’une chanteuse, c’est une diseuse, une vraie comédienne à la façon de Gréco, Barbara, Marie-Paule Belle et le public est sous le charme.

FRANCOISE FABIAN

Après la séquence chanson, retour au cinéma le lendemain à l’Eden de la Ciotat, le plus ancien cinéma di monde où son président, Michel Cornille, la recevait pour lui rendre hommage. C’est à la Ciotat que, voici quelques années, je l’avais invitée au Festival du Premier Film dont je m’occupais alors. Je l’avais rencontrée au Festival de la Fiction TV alors à St Tropez où mon ami Jean-Pierre Cassel me l’avait présentée. Ils jouaient danst un très beau film «La femme coquelicot» que je leur avais proposé de présenter à la Ciotat. Héla, Françoise y vint seule, Jean-Pierre nous quittant quelques jours avant. Mais j’eus la joie et l’honneur de lui remettre le Lumière d’Honneur.
La revoici dons à l’Eden où nous avons rendez-vous entre deux films que notre Maître Cornille proposait un public : «Je n’ai rien oublié» de Bruno Chiche et «L’arbre et la forêt» d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau.
Toujours ce beau regard Méditerranée, cette classe, cette beauté hiératique et ce sourire renversant.

FRANCOISE FABIAN

C’est devant un sympathique petit en-cas chinois que nous nous retrouvons avec Michel Cornille, l’ami Jean-Louis Tixier, adjoint à la Culture de la Ciotat et la sœur de Françoise au même regard bleu et nous découvrons avec surprise que nous sommes voisins à Six-Fours !
Françoise a déjà présenté le premier film «Je n’ai rien oublié» de Bruno Chiche dans lequel elle est entourée de Gérard Depardieu, Nathalie Baye et Niels Arestrup. Après le repas, elle présentera «L’arbre et la Forêt» d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau avec pour partenaire Guy Marchand.
«Est-ce vous, Françoise, qui avez choisi ces deux film ?
Tout à fait car d’abord, j’ai tellement présenté le mythique «Ma nuit chez Maud» depuis des années que j’ai eu envie que le public découvre ces deux films que j’aime beaucoup et qui, faute de communication, n’ont pas beaucoup été vus. De plus, je ne les ai moi-même jamais revus depuis leur sortie en 2010 et ça donne deux aspects de la comédienne que je suis, l’un étant un drame, l’autre, une comédie.
Avant de revenir au cinéma, parlons donc de ce disque et de ces concerts, chose nouvelle pour vous.
Pas tant que ça en fait car à Alger, j’ai mené à la fois des études de piano (J’ai joué l’Appassionata de Beethoven !), de chant et d’art dramatique. J’aurais donc pu choisir entre ces trois arts. Il se trouve que mon professeur d’art dramatique m’a fait interpréter un poème de Baudelaire et que l’amour du théâtre m’a alors envahie. Et je suis partie pour Paris avec le consentement de mon père. J’ai fait le conservatoire où j’avais comme copains Girardot, Rochefort, Belmondo, Rich et quelques autres.
Le théâtre m’a donc prise, le cinéma a suivi.
Et la chanson ?
J’ai souvent chanté à la télévision, dans des films, j’ai toujours aimé ça mais le temps passant, je jouais beaucoup au théâtre, je tournais beaucoup et pas seulement en France et du coup, la chanson est un peu restée en suspens avec quelques projets avortés avec Gainsbourg, Béart, Sagan, Dabadie….
Il a fallu ma rencontre avec Alex Baupain pour qu’enfin ça se concrétise… Il était temps !
Parlez-moi de votre rencontre
Alex m’a un jour appelée pour interpréter deux chansons dans un projet qui s’intitulait «Des gens dans l’enveloppe». Il a aimé ma voix et travailler avec moi et m’a alors demandé si je n’avais pas envie de faire un album avec lui. Pourquoi pas ? Me suis-je dit, depuis que l’idée était dans l’air.
Tous ces gens qui sont sur l’album, auteurs, compositeurs, comment sont-ils venus à vous….
C’est Alex qui leur a demandé s’ils voulaient bien m’écrire des chansons et ils ont dit oui. Entre autres Aznavour qui ne voulait me donner qu’une chanson et qui m’a envoyé plus tard, alors que le disque était enregistré, le texte que l’ai lu dans mon spectacle.
Il y manque Bruel avec qui vous avez travaillé sur le film «Le prénom» !
Oui mais ça viendra, il m’écrira une chanson !
Car vous comptez continuer ?
Et comment ! Tant que de beaux artistes voudront bien m’écrire des chansons !

FRANCOISE FABIAN FRANCOISE FABIAN

Et la scène ?
C’est venu tout naturellement. Je ne vous dirai pas que je n’ai pas hésité mais je me suis lancée et je dirais que c’est… un délice épouvantable ! Délicieux car j’avais envie de monter sur scène pour défendre ces chansons et en même temps j’avais très peur de la réaction du public. Et ça a l’air de marcher. Mais c’est très intimidant de chanter devant une salle comme hier soir. Je dois dire que le public a toujours été adorable avec moi.
J’ai trouvé très dôle et très culottée votre version de «J’attendrai», version classique et version disco à la Dalida !
Mais figurez-vous que je ne savais pas alors que Dalida avait fait cette version. C’est amusant.
Figurez-vous que j’avais 6 ans lorsque j’ai chanté cette chanson et à l’époque, lors d’une fête à Argelès-Gazost où l’on passait les vacances, c’était osé de chanter ça pour une petite fille !
Alors un prochain disque de vieilles chansons peut-être ?
Alors là, pas du tout ! J’en mets deux ou trois dans mon tour mais je préfère chanter des chansons écrites pour moi. J’ai déjà celle d’Aznavour mais aussi de Georges Delerue, de François Maurel et bien sûr d’Alex.
Avez-vous ‘autress concerts ?
Oui, une tournée même. Je sais que je vais chanter à Béziers, à Sète, à Nice, j’ai une trentaine de dates dont une chez Laurent Gerra qui veut à tout prix que j’aille chanter chez lui.
Télé, chanson, cinéma, théâtre… Où vous sentez-vous le mieux ?
Ce sera toujours le théâtre, d’abord parce que j’aime la scène, j’aime les textes, j’aime raconter une histoire, j’ai toujours aimé raconter des histoires, même petite, au grand dam de ma sœur qui, quelquefois, en avait assez ! J’aime être proche de mes partenaires, j’aime avoir une idée et aller jusqu’au bout.
Le cinéma, c’est différent car on tourne rarement des scènes dans l’ordre, on doit être patient. Je ne dénigre ni la télé ni le cinéma qui m’ont apporté tellement de beaux moments mais le théâtre et la chanson, c’est du direct, le spectateur est face à vous et il faut lui donner ce qu’il attend.
De beaux réalisateurs vous ont offert de beaux rôles : Lelouch, Bunuel, Rhomer, Thompson, Rivette, Malle, Companeez, Demy… Êtes-vous passée à côté de certains ?
Oui, souvent et par ma faute. Est-ce timidité ou orgueil mais je n’ai jamais su aller vers eux et demander un rôle. Je ne l’ai fait que pour Bunuel, au début de ma carrière. Mais bon, je n’ai pas vraiment de regrets, c’est comme ça et j’ai été gâtée.
Aujourd’hui, quels sont vos projets ?
Ils sont toujours multiples car si je ne travaille pas je m’ennuie. Ou alors je voyage et je fais beaucoup de photos. Entre autres d’animaux sauvages. Ce que j’adore. Mais pour l’instant, j’ai en projets deux pièces de théâtre, un film et certainement un second disque. Rien n’est signé donc je n’en parle pas !»

FRANCOISE FABIAN
Françoise Fabian entourée de Jean-Louis Tixier et de Michel Cornille

Comment ne pas être sous le charme de ce beau regard qui vous scrute, de cette voix qui vous happe et de cette simplicité alors qu’elle est l’un de nos derniers monstres sacrés que nous ayons en France.
La retrouver là où je l’avais quittée a été un joli moment inoubliable.

Jacques brachet
Photos Patrick Carpentier

Brice MASSEE… des projets plein les poches

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Voici deux ans que je suis de près ce jeune artiste qui a tous les talents et qui, chemin faisant, avec patience, avec un éternel sourire et une gentillesse extrême, poursuit ses rêves et les réalise.
«Brice, on se retrouve à la Rochelle et j’ai l’impression qu’en un an, beaucoup de choses ont évolué pour toi…
Oui, j’ai intégré une boîte de production, Hight Concept, dont ma charge est d’analyser les scénarios qu’on nous propose. Nous sommes 12 auteurs et scénaristes et nous louons nos services pour finaliser un scénario, une série par une méthode agile qui permet d’écrire très vite et de faire gagner du temps aux auteurs. C’est inspiré d’une méthode américaine.
Comment cela se passe-t-il ?
Nous sommes plusieurs autour d’un auteur et nous l’aidons à écrire ou à affiner son scénario ou plusieurs épisodes, si c’est une série. L’auteur a son idée, son histoire, il reste évidemment maître du jeu, garde ses droits d’auteur et peut refuser nos idées. Mais ça l’aide à parfaire son scénario, à lui faire gagner du temps pour sa finalité et lui permet d’accélérer le processus. L’auteur n’est en aucun cas lésé.
Nous organisons également des ateliers d’écriture avec les auteurs, les réalisateurs.
Comment as-tu bifurqué dans ce projet ?
Ici même à la Rochelle, l’an dernier, où j’ai rencontré une personne qui recrutait. Je me suis proposé et j’ai intégré la boîte en janvier.
Du coup, où en sont tes propres projets ?
Justement, ça m’a permis de progresser dans ceux-ci. J’ai un téléfilm qui devrait être tourné et diffusé par France 2. Et j’ai un autre projet de comédie.
Que tu réalises tout seul ou via ta boîte ?
Que je fais tout seul. J’en suis le commandant de bord et je travaille avec Eloa Productions.
On peut en parler ?
Bien sûr. C’est sur une thématique qui m’est chère : le point de vue et la vie de gens venus d’outre-mer. J’ai envoyé le projet et j’ai eu une réponse positive le lendemain ! J’aime beaucoup la façon de travailler d’Eloa. Ils m’ont seulement suggéré quelques modifications afin d’élargir l’audience. Mais c’est un film universel et c’est ce qui leur a plu.
C’est toi qui le tourneras ?
Non, ils ont pris une option sur le scénario, je ne suis concerné que par l’écriture. Tout le reste ne me concerne pas. C’est une histoire d’amour qui sera tournée en France. J’ai juste suggéré Stéfi Celma pour le rôle principal. Mais ce sont eux qui décideront.
Et la comédie ?
C’est un concept qui tourne autour du service militaire qui est redevenu obligatoire et rétroactif. Cette décision provoque un tollé général et du coup on monte une cellule de huit filles et garçons issus de milieux différents, qui vont cohabiter. J’ai écrit le scénario avec Benjamin Schirte. Nous sommes en négociation avec une boîte de production.
En attendant je suis sur un troisième projet ! Je crois qu’il est très fort.
Raconte !
Au MIP TV de Cannes, j’ai rencontré un producteur nigérien qui m’a proposé de venir chez lui pour animer des formations pour les cinéastes nigériens. Ce seront des formations en anglais d’où devrait sortir la création de trois films. Je vais donc me déplacer là-bas plusieurs fois et le reste du temps je ferai un suivi à distance.
Mais j’ai encore d’autres projets comme le tournage d’un court métrage qui tourne autour de l’usurpation d’identité !»
Comme on le voit, notre placide artiste n’a pas le temps de s’ennuyer et dans cette foule déchaînée du festival, avec lui on retrouve le temps de faire une pause bien sympathique.
A l’année prochaine, Brice !

Propos recueillis par Jacques Brachet et Marie-Aurore Smadja