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Six-Fours – Six N’Etoiles
Barbara TISSIER, lumineuse femme de l’ombre

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D’après vous, quel rapport y a-t-il entre Anastasie, la méchante belle-sœur de » Cendrillon », la princesse Fiona de « Schreck », Lady Pénélope de « Thunderbirds », la princesse Leïla de « Stars War », Cameron Diaz ou encore la mémé de Titi, l’ennemi de Grosminet ?
Eh bien il y a… une voix ! Et c’est celle de Barbara Tissier.
Comédienne, directrice artistique spécialisée dans les doublages, elle fait partie de ces artistes de l’ombre dans le cinéma. Ceux qu’on ne voit pas, qui travaillent « off » écran et sans qui un film n’existerait pas.
Barbara est une femme belle, lumineuse, souriante, volubile et la rencontrer est un véritable plaisir tant elle est avenante et passionnée par son métier… Ses métiers devrais-je dire car évidement, elle est dans l’ombre lorsqu’elle double ou lorsqu’elle est elle-même directrice artistique mais elle sort de l’ombre lorsqu’elle devient comédienne au théâtre.
« Mais – nous confie-t-elle tout de go -pour faire du doublage, il est essentiel d’être comédienne car, même si l’on ne nous voit pas, la gestuelle est importante pour nous et pour incarner un personnage. Il faut savoir s’approprier, sinon la voix, du moins la personnalité du comédien dans le rôle qu’il joue dans le film. Et puis, lorsque l’on n’est pas « une star », il faut avoir plusieurs cordes à son art. Ce que je fais.
Comment, de comédienne, es-tu venue au doublage ?
Par hasard, grâce à un chercheur de voix de chez Disney. Il m’a vue et donc entendue jouer au théâtre, ma voix l’a intéressé et il m’a pistée un temps avant de me proposer de doubler la série « Felicity ». Puis il y a eu « Tarzan » et bien d’autres. Disney est une maison fidèle !
Quelles qualités faut-il pour faire ce métier très particulier de directrice artistique ?
Il faut savoir écouter les voix des comédiens, donc aller les voir jouer afin d’avoir en tête un panel de voix et repérer la voix qui va s’adapter à l’acteur qui va être doublé. Qu’elle s’approche bien sûr de sa voix mais aussi de sa personnalité, de son comportement, de l’âge du comédien. Bien sût il ne faut pas s’arrêter au physique car bien souvent il n’y a rien de commun physiquement entre les deux. Mais il faut qu’il soit crédible et qu’il se rapproche du personnage. C’est pour cela qu’il est important qu’il soit comédien. Et surtout, qu’il doive accepter d’être guidé car d’abord, pour cause de confidentialité, il ne peut pas voir le film avant donc il a peu de temps pour incarner la voix du personnage, il faut lui expliquer ce qu’on attend de lui. Je suis donc là pour lui expliquer l’enjeu de la scène qu’il doit doubler.

C D

Ça ne doit pas toujours être facile à manager ?
Si le comédien joue le jeu et qu’il est un bon comédien, il est très vite au fait de ce qu’il doit faire. Car lorsqu’il double, il est seul. Lorsque vous voyez deux comédiens côte à côte dans des reportages, c’est de la triche, car dans le film, ils ne sont pas côte à côte, les voix ne viennent pas du même endroit, elles sont donc chacune enregistrées à part. Puis il faut prendre en compte les bruitages, la musique qui vont venir s’intégrer, d’où un travail incroyable pour l’ingénieur du son et le directeur artistique.
S’ajoute aussi une autre difficulté lorsque c’est un film d’animation : la voix du personnage créée, il faut que le comédien la garde d’un bout à l’autre du film.
Y a-t-il des comédiens qui n’y arrivent pas ?
Ca arrive, surtout chez des gens qui ont été choisis pour mille raisons et qui ne sont pas de vrais comédiens. Certains n’arrivent pas à être naturels pour dire un texte qui n’est pas le leur. Alors là, ça devient une grand art pour le mixeur de voix.
Les langues étant différentes, il doit y avoir un sacré travail de traduction ?
Je n’emploierais pas ce mot de traduction mais d’adaptation. Car c’est en fait un vrai travail d’auteur. Il faut que l’idée, le sujet restent les mêmes mais que l’adaptation soit crédible et en même temps que les mots se rapprochent le plus possible du mouvement des lèvres du comédien sur l’écran. Du coup le mot important de la phrase n’est souvent pas au même endroit. Il faut être très vigilant , ce qui fait que ce n’est pas un simple travail de traduction.
Comment devient-on la voix officielle de Cameron Diaz ?
(Elle rit) On ne l’est vraiment jamais. J’ai eu la chance de pouvoir la doubler plusieurs fois, depuis dix ans, mais il suffit que le producteur ou même le réalisateur ou encore le distributeurs aient une autre voix en tête et vous êtes remplacée. Tout cela est très éphémère. C’est pour ça aussi qu’il ne faut pas s’arrêter sur un seul objectif.
Est-ce qu’en faisant ce métier, il n’empiète pas sur ton métier de comédienne ?
J’essaie à ce que cela ne se produise pas. D’abord, lorsqu’on n’est pas une star, il faut pouvoir vivre de ce métier donc il vaut mieux avoir une corde à son arc. Dans mon cas, je ne cherche pas à être « célèbre » ou « star », je veux surtout pouvoir vivre de ces différents métiers, qui sont de vraies passions. C’est pour ça que je fais aussi bien du théâtre que de la danse et du chant. J’ai beaucoup appris en pratiquant tous ces arts.

E F

Tu as commencé jeune, je crois ?
Oui, j’avais 10/12 ans. Je prenais des cours de danse salle Pleyel lorsque Jean-Luc Godard m’a remarquée et m’a engagée sur son film « Passion ». Trois mois de tournage pour dix minutes à l’image ! Mais je me suis aussi post-synchronisée et du coup, la passion est né pour les deux métiers ! Alors que je m’égarais dans des études scientifiques, je rêvais de théâtre. J’ai donc lâché ces études pour faire une maîtrise de théâtre. J’ai eu la chance d’être encouragée par mes parents.
Tu fais du doublage et tu diriges aussi des doublages… être juge et parti ne te donne pas des velléités de t’offrir un rôle dans un doublage de film ?
Jamais ! Je n’ai jamais mélangé les deux. Ou je suis prise pour un doublage et je ne m’occupe pas du casting, ou je suis directrice artistique et là, je ne me donne jamais un rôle. D’abord, c’est une question d’éthique et puis, je ne pourrais pas être juge de mon propre travail.
Aujourd’hui, beaucoup de comédiens connus font du doublage. C’est du travail en moins pour des gens comme toi ?
Pas tant que ça car il y a du travail pour tout le monde et puis, travailler avec de grands comédiens est très enrichissant. Il y a de belles rencontres, comme Charles Aznavour, José Garcia, Romain Duris… Il y a des rencontres surprenantes comme Isabelle Adjani. Mais tous sont de grands professionnels et nombre d’entre eux font ça épisodiquement et se rendent compte avec humilité que c’est un vrai travail, pas si facile que ça ! D’ailleurs, il faut être psychologue, leur donner confiance en ce métier que, pour certains, ils maîtrisent peu.
Avant, on n’osait pas dire qu’on faisait du doublage car ça voulait dire que le comédie qui était derrière faisait ça parce qu’on ne lui proposait rien d’autre. Aujourd’hui, grâce à eux, ce métier, que certains font à temps plein, a pris ses lettres de noblesse et est considéré comme un vrai métier.
Théâtre, doublage… Où va ta préférence ?
Je te répondrai que les deux me sont nécessaires, que j’aime faire les deux car j’aime varier les plaisirs. C’est vrai que la scène est importante pour moi mais les deux boulots nourrissent (intellectuellement s’entend !) la comédienne que je suis.
Si tu es là aujourd’hui, au Six N’Etoiles, c’est que tu viens présenter deux films sur lesquels tu as été directrice artistique…
Oui, il s’agit de « Les animaux fantastiques et « Les crimes de Grindelwald » écrits et produits par JK Rowling, l’auteure de « Harry Potter », réalisés par David Yates, dont je me suis occupée du doublage, sauf des quatre comédiens principaux choisis par la production. J ‘ai beaucoup planché, fait beaucoup d’essais. Après un premier choix, je suis allée voir jouer les comédiens pour voir s’ils correspondaient bien à ce que je cherchais, leur personnalité, ce qu’ils dégageaient. Après cela, nous avons travaillé à plusieurs car il ne faut pas oublier que c’est un travail d’équipe.
Mais encore ?
D’abord, il faut être passionnée, avoir beaucoup d’énergie et d’enthousiasme, aimer les comédiens car le facteur humain est important, savoir s’adapter à toutes situations, être sincère, savoir se réinventer. C’est beaucoup d’investissement. »

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Barbara Tissier, Jerôme Quaretti, Noémie Dumas, directeurs du Six N’étoiles

Et elle a tout ça, Barbara. D’ailleurs lorsqu’elle en parle, elle a les yeux qui pétillent, elle est intarissable et l’on pourrait y passer la nuit à l’écouter. On n’a d’ailleurs pas vu passer le temps car 1h1/2 d’interview, vitre transformée en conversation amicale où le tutoiement s’est aussitôt imposé, c’est devenu rare de nos jours !
Ce fut un grand moment de plaisir, une rencontre chaleureuse qui nous a appris beaucoup de choses sur les coulisses de ce métier dont on ne parle pas assez. Et il est bon, de temps en temps, de mettre des gens aussi talentueux et passionnés en lumière.
Dont acte

Jacques Brachet

Sanary – Théâtre Galli
Christophe WILLEM… « La vie est belle » !

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Plus gentil que Christophe Willem, difficile à trouver, alors que très souvent aujourd’hui il faut se farcir le parcours du combattant pour rencontrer un artiste !
Lui, c’est en toute simplicité, en toute gentillesse qu’il accepte une rencontre amicale et à chacune de nos rencontres je le retrouve inchangé, souriant, chaleureux.
Il est en pleine répétition au Théâtre Galli de Sanary, à la fois concentré et d’une belle humeur avec ses musiciens. On a rendez-vous à 18h15. A l’heure dite il arrête la répétition et vient me rejoindre, aussi heureux que moi de nos retrouvailles.

« Alors Christophe, cette tournée ?
Nous l’avons démarrée en mars et allons la continuer jusqu’en mars 2019. Je suis heureux d’être sur scène, le public est au rendez-vous, alors tout va bien !
Un an de tournée, ce n’est pas long, fatigant ?
Pas pour moi. Je suis heureux de retrouver un public fidèle et mon vrai métier c’est vraiment sur scène qu’il se passe. Il y a les enregistrement, c’est une chose qui me plait aussi, il y a les promos, la télé qui sont des choses nécessaires. Mais c’est sur scène que je me sens le mieux.
Déjà des projets, un prochain disque en préparation ?
(Il rit), il n’en est pas encore question car je ne sais pas faire deux choses à la fois, aussi, je suis uniquement concentré sur la tournée. Jusqu’au mois d’avril je ne pense à rien d’autre même si j’ai toujours quelques idées qui trottent dans ma tête. Mais je ne sais pas du tout ce que sera le prochain disque. Tout vient à point… La seule chose que je sais, c’est qu’il sera complètement différent. J’ai rejoint Pascal Nègre sur son nouveau label, où je retrouve Carla Bruni et Zazie entre autres. Je suis heureux de pouvoir retravailler avec lui.
J’ai l’impression que pour cette tournée vous avez opté pour des salles plus petites ?
Je dois avouer que je suis plus à l’aise dans ce genre de salles que dans des Zénith où l’on est loin du public. Des salles comme Galli sont à la fois spacieuses et intimes. Le public me voit bien, dans de bonnes conditions, et moi aussi je le vois mieux. Je peux mieux communiquer.

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Entre la fin de la tournée et le prochain disque, replongerez-vous à l’Eurovision ?
Si la production le désire, je suis partant. J’ai été heureux de vivre ce moment avec une belle équipe, même si c’est une grosse responsabilité de décider qui va représenter la France. Par contre, je me suis beaucoup amusé à commenter le concours…
Avec pas mal de surprises et d’improbabilités, non ?
Il faut avouer qu’on voit quelquefois de drôles de choses. Mais ça a toujours été le cas et c’est le côté amusant. Mais on a pu se rendre compte que, même si la mode de la pop est partout, certains pays gardent leur langue, leur culture, leur spécificité.
Par conte, je n’ai pas voulu faire l’Eurovision junior…
Pourquoi ?
Je n’aime pas ce genre de concours où l’on pousse des enfants, des ados sur scène, où certains ne veulent pas être chanteurs mais seulement connus… Être connu n’est pas un métier.
C’est pareil chez les adultes, non ?
Peut-être mais là, on expose des jeunes à quelque chose qui me dérange, qui peut être très violent. Lorsque je vois la pression que nous avons, adultes, alors qu’on peut relativiser les choses, faire vivre ça à des enfants, leur donner souvent de faux espoirs qui risquent de n’aboutir à rien, ça me gène et ça me fait peur ».

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On arrête l’entretien car ses musiciens l’appellent.
Il revient et tout en s’excusant, il m’explique :
« Il y aura une captation du spectacle pour la télé le dimanche 2 décembre à 15h, salle Pleyel. Je dois ajouter quelques chansons que je ne chante pas sur cette tournée. Aussi, je profite des répétitions pour les mettre en place, les peaufiner.
Le choix est difficile ?
Un peu car je ne peux pas tout chanter, il faut à chaque fois faire un choix, enlever des chansons au profit d’autres. Donc je réfléchis à ce que sera ce concert particulier. »

Nous devons nous quitter car il est pour lui l’heure de s’enfermer dans la loge pour se concentrer et pour manger le plat de pâtes traditionnel qui lui apporte les sucres lents pour tenir sur scène. Après le spectacle, il partira sagement rejoindre l’hôtel pour se reposer et être en forme pour le prochain concert. Car en tournée, Christophe mène une vie, sinon d’ascète, du moins d’artiste responsable et consciencieux pour pouvoir donner au public le meilleur.
Comme il l’a fait ce soir-là au théâtre Galli où il a soulevé une salle comble composée d’un public très mélangé qui l’a suivi comme un seul homme, chantant, dansant avec lui.
Sur scène Christophe est une véritable pile électrique. Il ne reste pas en place, parle, chante, danse, saute, totalement complice avec ses quatre musiciens, tout aussi complice avec son public et, moment de délire, lorsqu’il descend dans la salle, chantant au milieu d’un public aussi déchaîné et survolté que lui , tout cela dans une ambiance de fête à son comble.
Sa voix est un véritable instrument de musique et il nous offre entre autre une version de « Sunny » totalement personnelle, inspirée et folle.
Il nous explique aussi son émotion de se retrouver au théâtre Galli qui fut, voici trois ans la scène de son retour sur scène après les attentats : « J’avais alors un peu peur de la réaction du public après ce drame et d’arriver là juste pour distraire. Mais j’ai compris que distraire était en fait un moment important de la vie de tous. Il faut se dire que la vie est belle et qu’il faut la vivre à fond ».

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Cette phrase sera d’ailleurs son leitmotiv durant tout le spectacle et au moment des au-revoir.
Avant d’arriver sur scène, Christophe nous avait fait un cadeau : la venue d’un jeune chanteur qui fut de l’émission « The Voice 6″ : Marvin Dupré pour lequel les quatre coaches s’étaient retournés sur sa version de « Let me love » de Justin Bieber. Éliminé en quart de finale, il a malgré tout pu sortir son premier album « Au plus près » dont il nous a offert quelques titres très poétiques d’une voix chaude.
C’est vrai qu’avec Christophe Willem… la vie est belle !

Jacques Brachet

Alain MAROUANI
BREL, BALAVOINE, FERRAT… et les autres

Marouani

Qui n’a pas vécu les années Barclay ne peut pas savoir que les artistes, la presse, les acteurs du métier de la musique vivaient alors les années bonheur. Et j’en faisais partie, partageant les soirées les plus folles au MIDEM, à la Rose d’Or d’Antibes et surtout lors de ces fameuses soirées blanches où se retrouvait le nec plus ultra du show biz dans cette mythique maison d’Eddie à Bonne Terrasse à Ramatuelle, où les palmiers poussaient au milieu de la piscine.
A ces soirées, se côtoyaient à ses tables aussi bien les artistes Barclay que les autres car il n’était pas sectaire et connaissait le monde entier.
Autour de lui, son bras droit Léo Missir et l’épouse de celui-ci l’originale chanteuse et compositrice Patricia Carli et le discret mais omniprésent Alain Marouani.
Alain fut, durant trente ans le photographe officiel de la maison Barclay, signant nombre d’affiches, photos, pochettes de disques et s’occupant de la communication de Brel, Ferrat, Ferré, Dalida, Nicoletta, Aznavour, Balavoine, Mireille Mathieu et bien d’autres encore. Car il y avait « le style Marouani ».
Il a évidemment des souvenirs à la pelle de ces années où le show et le business se mêlaient allègrement dans une sorte de légèreté et de fêtes permanentes.
Déjà auteur de quelques beaux portraits (Balavoine, Ferrat, Ferré…) il nous offre aujourd’hui un magnifique album hommage à Jacques Brel dont il a été, durant des décennies, son photographe et ami. On y retrouve notamment nombre de photos que l’on a pu admirer sur ses disques, ses affiches, ses programmes et il nous raconte « son » Brel qu’il a côtoyé jusqu’à sa mort. S’y adjoignent nombre de documents et articles, une préface de son neveu Bruno Brel, de Claude Lelouch avec qui il tourna « L’aventure c’est l’aventure ». Le livre s’intitule sobrement « Brel », édité chez Flammarion.
Avec Alain, nous nous sommes donc souvent croisés et c’est un plaisir de le retrouver pour parler de ce livre.

A B

« Ta première rencontre avec Brel remonte à quand, Alain ?
Professionnellement, dès que j’ai commencé à travailler avec Barclay, c’est à dire vers 67. Mais je l’avais rencontré en 66 à l’Olympia, mon oncle, Charley Marouani s’occupant de lui
Dès que j’ai pris mes fonctions, je me suis occupé de lui pour ses photos, ses campagnes de pub, j’ai travaillé avec lui jusqu’à la fin puisque j’ai fait la photo de son album posthume.
Avec les fameux nuages..
Oui, celle qui est également en 4ème de couverture du livre. Cette pochette a toute une histoire car au moment de la préparation du disque, Barclay me dit que Brel veut une pochette rouge et noire. J’ai trouvé ça bizarre venant d’un homme à qui on venait d’enlever un poumon !
Barclay, qui n’aimait pas les conflits, n’était pas d’accord pour que je fasse autre chose. J’ai quand même fait cette photo en lui disant que de toutes manières ce serait Brel qui choisirait. Lorsqu’il la découvre, il me dit : « C’est quoi, ça ? ». Je lui explique alors que cette photo est symbolique de sa vie, l’espoir, les orages, l’aviation qu’il pratique, ce qu’il voit de son bateau mais aussi le ciel de Paris qu’il a découvert en y arrivant et bien sûr, celui des Marquises.
« C’est OK » me dit-il au bout d’un moment. La pochette se fait, je la signe… et on vend un million de disques ! Un événement. Lorsqu’il voit que j’ai signé la photo, il a cette réflexion : « Le ciel n’appartient à personne ! »

H I
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En dehors de Brel, tu as photographié tous les artistes de l’époque !
C’est vrai. Et tu sais pourquoi ? J’avais la réputation de rendre les gens beaux ! Je savais gommer leurs imperfections. Par exemple, j’évitais de photographier Dalida lorsqu’elle avait le problème avec son œil.
Lenorman avait un gros nez et je m’étais aperçu que lorsqu’il inspirait, ça disparaissait. Je l’ai donc fait inspirer à chaque fois que je cliquais !
Balavoine n’aimait pas sa tête et il a fallu attendre le troisième album pour qu’elle apparaisse, après qu’il m’ait fait confiance.
A propos de Balavoine, tu as une anecdote…
Oui, il avait déjà fait deux disques chez Barclay, qui n’avait pas marché. Léo Missir, qui s’occupait de lui, propose à Barclay un troisième disque. Comme Eddie était près de ses sous, il s’écrie : « Il va nous ruiner, je n’en veux plus ». Léo lui met alors le marché en main : « D’abord, si tu n’en veux plus, je pars avec lui. Et puis, tu n’as qu’à te débarrasser de cinq chanteurs et tu garde Balavoine ». Ce qu’il a fait. C’était « Le chanteur » !
Avais-tu une approche particulière pour photographier les artistes ?
J’ai toujours eu une règle : rester en tête à tête avec eux. Je n’ai jamais eu d’assistant. Au départ nous discutions de ce qu’ils voulaient ou pas, ce qui les gênait chez eux afin d’y remédier. Nous parlions beaucoup, je les mettais en confiance. J’installais une connivence. On travaillait vraiment ensemble. Je peux te dire que deux heures de séance photo crée une intimité plus forte que 20 ans de connaissance.

C E D

Est-ce que c’était facile de travailler avec Barclay ?
Quelquefois, lorsqu’il n’était pas décidé, ça pouvait être difficile. Il avait ses moments. je l’ai vu gifler Nicoletta parce qu’elle voulait chanter Piaf. Mais avec moi c’était assez tranquille, il me foutait la paix du moment qu’il avait ses photos.
Avais-tu un contrat d’exclusivité ?
Heureusement non car, comme il nous payait au lance-pierres, j’allais faire des photos ailleurs. J’ai ainsi photographié Lama, Céline Dion, j’ai beaucoup travaillé avec des musiciens de jazz et avec tous les chanteurs québécois qui venaient chanter à Paris. Pour eux, c’était très important pour leur promotion de repartir dans leur pays avec un reportage photo.
Tu allais au Canada ?
Je n’y ai jamais mis les pieds ! Trop de boulot. Tu te rends compte du travail que j’avais à Paris entre les photos, les affiches, la communication, la pub… Je n’étais jamais libre mais j’aimais ça !
Pour en revenir à Brel, as-tu demandé l’autorisation à la famille ?
Non, ils ne voulaient pas en entendre parler, du coup je n’ai rien demandé à personne, d’autant que le responsable de la fondation est un mec très compliqué. J’ai préféré aller voir Bruno Brel ou Lelouch qui avait de belles choses à dire.
Brel parti au Marquises, l’as-tu revu ? Es-tu allé le voir ?
Non, tant qu’il était là-bas, je ne l’ai plus vu. La dernière fois que je l’ai vu, il était mort.
Averti de son décès, je me suis précipité à l’hôpital. D’autres personnes étaient là mais seules deux personnes ont voulu le voir mort : Barbara et moi. Je revois le scène : moi regardant Brel et Barbara pleurant dans son coin…
Il y avait là une photo à faire !
(Il rit) Oui et je regrette de ne pas l’avoir faite. Tu te rends compte le scoop, Barbara pleurant devant Brel mort ! Je suis aussi allé voir Dalida. Elle était très belle, je l’ai trouvée toute petite mais c’était magnifique. Je n’ai pas l’appréhension d’aller voir des gens décédés. Il y a une certaine paix en eux.
Pourquoi avoir ajouté au livre quelques Unes parues lors de sa mort ?
C’est un clin d’œil par rapport à ce qu’ont écrit certains comme France Dimanche qui avait, dix ans avant sa mort, écrit : » Jacques Brel : plus que dix ans à vivre »… Quelle drôle de prémonition ! A un jour près il est mort dix ans après. Il y en a eu d’autres comme : « Brel est mort. L’incident est clos » et, plus violent encore : « Le cancer lui a fermé sa grande gueule » !
Aujourd’hui, que fais-tu ?
Plein de choses, de photos, des livres sur ces gens que j’ai côtoyé, aimé et admiré.
Nous avons vécu de belles années.

Propos recueillis par Jacques Brachet

La Rochelle – Festival de la Fiction TV
Aliocha ITOVICH & Julia DORVAL
Le couple glamour du festival !

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Ils sont jeunes, ils sont beaux, Ils ont un sourire à tomber par terre. Il furent le couple glamour de ce 20ème festival.
C’est un coup de foudre que nous avons eu lors du gala d’ouverture du 18ème festival, nous trouvant par hasard à la même table. Coup de foudre qui dure et donc, quel plaisir de les retrouver tous les deux, inséparables, amoureux, ayant mille projets, Aliocha se trouvant en compétition pour la série « Balthazar » de Frédéric Berthe, que l’on verra bientôt sur TF1, où il partage la vedette avec Tomer Sisley et Hélène de Fougerolles et où Julia apparaît dans la série « Scènes de ménages », « Joséphine Ange gardien » et quelques autres.
S’ils font le même métier (ils se sont connus sur une scène de théâtre), chacun le fait de son côté mais il y a des projets dans l’air…
Alors les amis, quelles nouvelles depuis tout ce temps ?
Julia : J’ai joué dans quelques séries TV comme « Joséphine », je suis toujours sur « Scènes de ménages », où je joue Ludivine, la sœur de Fabien, on va me retrouver dans la série « Munch », auprès d’Isabelle Nanty. J’y joue une greffière, Justine Loriot ». Voilà pour la télé.
J’ai, durant sept mois, joué une pièce de Didier Caron, « Le jardin d’Alphonse », au Théâtre Michel à Paris. Nous sommes neuf comédiens sur scène et nous allons partir en tournée à travers la France.

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La peur – Le jardin d’Alphonse

Et toi, Aliocha ?
J’ai également joué, durant un an et demi, une pièce tirée d’une nouvelle de Stephen Zweig, « La peur », au même Théâtre Michel…
Toi aussi ?
(Il rit) Oui mais pas en même temps. C’est notre théâtre porte-bonheur puisque c’est là que nous nous sommes rencontrés. Nous avons joué cette pièce trois fois à Avignon et nous la reprenons, toujours au théâtre Michel, le 11 octobre. Nous avons d’ailleurs eu une nomination aux Molière. En début d’année, nous aussi nous partirons en tournée.
Et côté télévision ?
J’ai tourné un unitaire pour France 3 « Les disparus de Valenciennes », réalisé par Elsa Bennett, avec Stéphane Freiss, Virginie Lemoine et Hyppolite Dard. J’ai également tourné dans la série « Clem » et dans « Paris etc » de Zabou Breitman.
Et te voilà à la Rochelle avec « Balthazar » !
Oui, c’est une série de six épisodes de 52′. J’y joue Antoine Bach, le marie d’Hélène de Fougerolles, flic à la criminelle. Son métier la prend beaucoup et du coup, Antoine est débordé à la maison avec les enfants. De ce fait, il finissent par ne plus pratiquement se voir. C’était une belle équipe, le scénario de Clotilde Jamin et Célia Constantine tient la route. Il y a un bel équilibre entre la vie de famille et les crimes…

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Et le scénario dont vous m’aviez parlé, qui est assez délirant puisque j’ai eu le privilège de le lire ?
Julia : Nous sommes toujours sur le projet mais c’est toujours long et le sujet est peut-être un peu trop en avance et fait peur aux chaînes. Mais dans ce métier, il faut savoir être patient et faire autre chose en attendant que le projet se réalise. Donc, en attendant, on écrit une série pour Marianne Denicourt.
On te tient au courant !

Propos recueillis par Jacques brachet

Marcel AMONT : 90 ans l’an prochain
Bon pied, bon oeil, bonne plume, bon humour…
et toujours belle voix !

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Il est né le 1er avril 1929… Après ça, l’on comprend son esprit facétieux !
Il traverse les décennies comme l’amie Annie Cordy, avec une pêche d’enfer. Les années glissent sur lui, il est toujours beau, svelte, ses cheveux sont blancs depuis si longtemps qu’ils font partie de cette silhouette longiligne qui devient, sur scène, un de ses atouts. D’autant qu’ils saute, danse et virevolte comme lorsqu’on l’a connu voilà…plus de 50 ans !!!
Il fait tellement partie de notre beau paysage de la chanson française que même nos grands parents parlent de lui. Lui, il rigole et à chaque concert il fait un malheur, tout comme lors de la tournée Age Tendre où il était plus jeune que nombre d’autres artistes qui avaient 20 ans de moins que lui. Il faut dire que, si sur scène il ne se ménage pas, il suit un régime draconien,
condition sine qua non pour continuer cette vie trépidante…
« Ordre de mon médecin après une petite alerte cardiaque… Mais rassurez-vous, tout va bien ! »
Il est disert, volubile et très heureux de vivre, de chanter, chose qu’il n’a jamais arrêté de faire, même durant « sa traversée du désert », où on ne le voyait plus à la télé, poussé par… ceux avec qui il partagea la vedette sur la fameuse tournée et qui, à leur tour, furent poussés par des petits nouveaux… qu’on retrouve aujourd’hui sur la tournée !!! Il en a beaucoup ri :
« J’ai trouvé ça très amusant que l’on se retrouve tous sur un même programme… C’est un clin d’œil du destin !
Ce qui me fait rire c’est lorsque j’entends des gens dire : « Oh la la… il a pris un sacré coup de vieux, celui-là » ! Mais finalement c’est le principe même de cette tournée : que sont-ils devenus ? comment sont-ils ? Le but est de faire entendre aux gens les chansons de leur jeunesse…. Et l’on vous parle d’un temps… comme disait son ami Aznavour !
Cet ami que l’on retrouve en duo avec lui pour ce nouvel album paru chez Universel où se mêlent anciennes et nouvelles chansons, anciennes et nouvelles voix puique, pour l’accompagner, il a réuni Charles donc, pour la chanson que celui-ci lui écrite et qui fait partie de ses plus gros succès : « Le mexicain ». Puis « Bleu, blanc, blond » autre grans succès revisité par les Nouveaux compagnons de la Chansons, recrée par Julien Dassin,fils de Joe et formé de chanteurs et comédiens vus dans diverses comédies musicales. Marcel est aussi l’un des seuls chanteurs à qui Georges Brassens ait écrit une chanson. C’est « Le chapeau de Mireille », qu’il reprend avec son « pays » de l’Ouest, Francis Cabrel. Participent à cet opus, Maxime le Forestier, auteur, avec Julien Clerc de la chanson « La galère », Alain Souchon de même avec « Viennois », François Morel (Monsieur) un certain Mathias fils de Marcel, né Miramon, et quelques autres. Pour ouvrir l’album une chanson d’Igit « Par-dessus l’épaule » qui donne le titre du CD et pour conclure, « Les moulins de mon cœur » de Michel Legrand.
Un bel album plein de souvenirs, sans aucune nostalgie et quel plaisir de retrouver ce magnifique artiste qu’on n’avait jamais perdu de vue.

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Le rencontrer est toujours un grand plaisir.
Marcel, vous avez commencé quand, exactement ?

Je suis « monté » à Paris en 51. J’avais un peu plus de 20 ans et je me destinais à un métier honorable », quelque chose comme enseignant . Mais très vite j’ai l’appel du théâtre puis de la musique et à 20 ans on me voyait plus sur les planches du conservatoire que sur les bancs de la fac. J’ai donc décidé de quitter Bordeaux où il ne se passait rien à cette époque et de tenter Paris. J’ai eu quelques années un peu dures mais j’ai commencé à percer en 56, date de mon premier Olympia, et je suis vraiment devenu une vedette reconnue avec quelques tubes (qu’on appelait alors succès populaires !)… en 60 ! Voyez, on n’en est pas si loin. Et voyez pourquoi ça m’a fait drôle de chanter aux côtés de ceux qui nous ont chassés !
En 60, je n’avais quand même que 30 ans mais avec leur arrivée j’ait fait office de « vieux briscard » ! Tout est relatif !
Et aujourd’hui, vous paraissez l’un des plus jeunes… Comment faites-vous ?
J’ai toujours fait attention à ma santé, à ma façon de vivre, de boire et de manger, à entretenir mon corps. Sans une certaine hygiène de vie, on ne tient pas longtemps dans ce métier et lorsque vous dites cela de moi ou d’Annie, ça prouve qu’il n’y a pas de secret !
Que pensez-vous du métier aujourd’hui ?
Il a complètement changé, c’est évident et je doute que nombre de tous ces chanteurs qui fleurissent en ce moment fassent de longues carrières Il y a une grande partie d’entre eux qui sont interchangeables et donc, ceux qui s’en sortiront, sont ceux qui ont une réelle personnalité, un réel talent. Il faut savoir que dans ce métier il n’y a pas de place pour tout le monde et qu’on ne peut pas lancer un chanteur comme un produit ménager, ce qui est aujourd’hui souvent le cas.
J’ai quatre enfants dont le plus jeune a plus de 30 ans. Il veut faire de la musique et, si je ne l’en empêcherai jamais, je lui dis : « Sois sûr de ton coup sinon, tu rejoindras le banc des oubliés ».

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Vous n’avez jamais arrêté ce métier ?
Non, jamais et j’ai eu du bol car, lorsque les contrats se sont mis à se faire rares en France, j’allais chanter en Allemagne, en Italie et beaucoup plus loin car je chante en huit langues. J’ai animé des émissions et fait beaucoup de galas et de disques ailleurs, entre autres en Italie. J’ai beaucoup parcouru la planète. Même aux jours les plus difficiles, j’ai pu résister et subsister avec ce métier. Je n’ai jamais arrêté de vivre de la chansonnette et puis, j’avais un autre violon d’Ingres : écrire. J’ai toujours écrit des chansons, des textes, des livres, même si je ne me considère pas comme un écrivain. Si je n’avais pas chanté j’aurais peut-être pu être écrivain ou journaliste ».

Il aurait pu mais il l’est, écrivain, il quelques livres à son actif dont son autobiographie : « Il a neigé… ».
Vous avez mis du temps à sortir votre autobiographie !
Oh la la… Ca a été un long travail… C’est que je n’ai pas dix ans de carrière, mon bon monsieur !!! J’avais quelque deux mètres cubes de doc à compulser !
Lorsqu’il a été question que je fasse mes papiers pour ma retraite et faire valoir mes droits, ma femme a fait des recherches entre disques, programmes, articles de presse, documents divers… Après, il a fallu tout trier. Bien sûr que je ne raconte pas tout, il faudrait plusieurs volumes mais… il a fallu faire un choix ! Sans compter qu’il n’était nullement question que je raconte mes galipettes car ce n’est pas mon genre, même si je sais que ça plait au public »
Après cette autobiographie, il a continué avec un livre fort original tout simplement intitulé « Lettres à des amis ». Comme son nom l’indique, il nous offre, sous forme épistolaire, des bouts de vie partagés avec des artistes comme Serge Lama qui était en tournée avec lui lorsqu’il a eu son terrible accident, Michel Drucker, Pascal Sevran, qui ne l’ont jamais laissé sur le bord du chemin lorsque les télés ne l’invitaient plus, Georges Moustaki avec qui il fit ses débuts, Alain Souchon avec qui il a « souchonné » et qui lui a écrit une chanson, Brassens, vieux complice qui lui a offert « Le chapeau de Mireille », Jacques Brel qu’il a vu débuter… Evidemment, quelques-uns ont aujourd’hui disparu… Mais ça, c’est l’effet de l’âge car, » mon bon monsieur », si le Marcel sautille comme un jeune homme, il n’en a pas moins loin de 90 ans et certains de ses amis l’ont quitté, comme Charles Aznavour, il y a peu. Mais le joyeux drille n’est jamais dans le pathos. Tout dans l’émotion, lorsqu’il s’adresse à ses parents, ses enfants, sa femme, l’amitié, la fraternité. Souvent aussi dans l’humour et le dérisoire comme cette lettre à JFK ou celle, soit-disant écrite à George Sand par un amoureux de la langue française qui – et c’est un euphémisme ! – ne la maîtrise pas.
On pourrait toutes les citer car toutes ont leur originalité, leur clin d’œil, leur style et le Marcel, il a du style et il manie la langue française avec un rare bonheur.

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Lorsqu’on vous voit sur scène, on se rend compte de tous les succès que vous avez fait !
Pas tant que ça vous savez. Bon, c’est vrai, j’ai plus de 60 ans de carrière mais peu de grands succès populaires. J’ai sorti mon premier disque à 27 ans et il se trouve que j’ai eu, avec Gainsbourg, le grand prix du disque… sans tube ! le premier « Tout doux, tout doucement » est arrivé après, suivi de quelques-uns comme « Bleu, blanc, blond », « Le Mexicain » que m’a écrit Aznavour, « Le chapeau de Mireille » que m’a écrit Brassens, « Dans le cœur de ma blonde », « L’amour ça fait passer le temps »…. Je n’ai jamais fait « la chanson qui tue » mais je me suis toujours plus considéré comme un homme de scène. Lorsque j’ai vu Montand pour la première fois, j’ai été sidéré et je me suis dit : C’est ça que je veux faire »
Aujourd’hui vous nous offrez un nouveau disque !
J’ai toujours continué à écrire des chansons et c’est bien dans ce but mais surtout de pouvoir les chanter sur scène car aujourd’hui, qui achète les disques ? les croulants comme moi qui se rabattent sur leur jeunesse… Les jeunes achètent de moins en moins de disques et de plus, il n’iront pas acheter Marcel Amont. Mais mon désir de faire de nouvelles chansons vient du fait que je n’ai pas envie de toujours tourner en rond avec les mêmes succès que je chante depuis des décennies. C’est pour cela que je n’ai pas continué la tournée Age Tendre. Je ne crache pas dans la soupe, je suis très heureux d’avoir fait cette tournée mais j’ai besoin d’une autre nourriture et, sinon de remplir des Zéniths de cinq mille personnes, de remplir une petite salle de mille personnes. Je préfère chanter dans un théâtre ou en tournée seul, avec mon répertoire et non finir ma carrière sur un pot-pourri de quelques succès. C’est mon but ultime ».
Les surprises ne sont pas toujours mauvaises. Cet album est de ces imprévus qui se dégustent. C’est inespéré, je suis fou de joie »
Dont acte… avec ces quelques succès remaniée et « duotisés » pour la circonstance… à ne pas traiter par-dessus l’épaule !

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Christian Servandier

Vincent NICLO : « Je suis un chanteur… hybride ! »

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Vincent Niclo, c’est le charme, la gentillesse, le sourire qui en fait craquer plus d’une, la passion, la voix et le talent… Il y en a qui sont nés sous une belle étoile !
Mais il y a aussi son éclectisme car, depuis ses débuts, il n’est jamais là où on l’attend, il prend sans arrêt des chemins de traverse qui l’amènent chaque fois au succès, passant de la variété française avec Fiori, Obispo, Lama, puis à l’opérette avec un hommage à Luis Mariano. On le retrouve avec les chœurs de l’Armée Russe, puis crooner avec les Gentlemen ou encore chanteur d’Opéra avec Alagna, Domingo, Dessay, Miguenes, sans parler des comédies musicales comme « Autant en emporte le vent » ou « Les parapluies de Cherbourg » avec Michel Legrand avec qui il part en tournée jazz.
Et le voilà aujourd’hui chanteur et danseur de « Tango », voix suave, port de tête espagnolissime, regard noir…
Quoiqu’il entreprenne musicalement, il le transforme en succès et pourtant, il garde cette simplicité qu’on retrouve avec plaisir avec cet entretien qu’il m’accorde à Cultura à Plan de Campagne, où est en promo « show case – dédicaces ».

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« Vincent, pourquoi le tango ?
C’est une envie que j’ai depuis longtemps. J’ai toujours aimé les sonorités latines, j’adore Julio Iglesias, Pavarotti, Domingo lorsqu’il chantent du tango et lorsque j’ai fait « Danse avec les stars », on m’a dit que j’avais l’attitude d’un danseur de tango ! J’aime ces rythmes lancinants, sensuels et le tango est une danse, une musique qui ont traversé les décennies. D’ailleurs, tous les chanteurs ont un tango à leur répertoire. Le tango n’est jamais démodé. Souvenez-vous de Gotten Project. D’ailleurs, lorsque j’ai proposé ce thème à ma maison de disques, je n’ai eu aucune réticence, aucune difficulté à la convaincre. Et des copains comme Fiori et Slimane ou Obispo et Lionel florence,sont venus spontanément me proposer de m’écrire une chanson ! Et puis il y a eu le duo électro Sky Dancers à qui j’avais demandé une participation sans trop y croire… Ils ont en fait, fait tout le disque. Vous voyez, c’est en fait hyper branché !
Comment, avec tous les tangos existants, avez-vous fait votre choix ?
Vous savez, ce n’est pas nous qui choisissons une chanson, c’est la chanson qui vous choisit. Et si elle ne me choisit pas, je l’abandonne. Je voulais à la fois des classiques et des inédits, du français et de l’espagnol. J’ai fait une liste de classiques auxquels je pensais et des auteurs et compositeurs m’ont proposé des inédits. J’ai même écrit les paroles de « Libertango » devenu « Mi amor » un que j’aurais abandonné s’il n’avait pas été choisi. Il se trouve qu’il est arrivé dans le top 3 !
Justement, « Libertango » de Piazzola, a déjà eu deux versions : celle de Guy Marchand et celle de Grâce Jones. Vous avez préféré cette dernière !
Il y a là deux méthodes et faire un mélange des deux me paraissait difficile. Celle de Grâce Jones
me semblait plus sensible, plus exprimée. En fait, il y a deux chansons en une, l’une mettant en valeur le refrain, l’autre le couplet. Pour ma voix, j’ai choisi celle qui me convenait le plus.
Choisir de chanter ces chansons en français ou en espagnol… Dilemne ?
Non, pas vraiment, en dehors du fait qu’il est vrai que la langue espagnole s’adapte d’évidence mieux pour le tango. C’est plus musical, plus sensuel, ça dégage plus d’émotion. Mais je voulais que mon public s’y retrouve. J’ai donc fait la part des choses.
Depuis le début, Vincent, vous nous surprenez par vos choix éclectiques et inattendus !
Je vous avoue que je déteste faire à chaque fois la même chose car je m’ennuie très vite. Alors, par goût, par plaisir, par curiosité, j’essaie de me diversifié car j’aime toutes les musiques et je fais des essais. Je n’ai pas envie de m’enfermer dans un style. J’ai la chance d’avoir toujours eu cette liberté et surtout que mon public me suive car c’est vrai qu’à chaque fois c’est un risque de faire de tels écarts… quelquefois le grand écart ! D’ailleurs, j’ai encore d’autres idées !

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J’ai lu quelque part que vous regrettiez qu’une certaine presse vous considère comme « ringard »…
C’est vrai, j’ai dit ça après quelques articles d’une certaine presse parisienne qui l’a écrit. Ca n’est jamais agréable à entendre mais en fin de compte, c’est ce que pense le public qui est important et de ce côté-là ça marche au-dessus de mes espérances. Et puis ce n’est qu’en France puisque ça marche aussi en Angleterre, en Allemagne et même en Russie… Alors, la presse parisienne !…
On me reproche, comme à d’autres, d’être un chanteur « à voix »… C’est un pléonasme car être chanteur, c’est bien avoir une voix, non ?
J’arrive aujourd’hui de Russie où j’ai chanté au Kremlin pour les 45 ans des Chœurs de l’Armée Rouge. J’étais le seul invité étranger, c’est une expérience incroyable et émouvante et un honneur. J’ai fait deux tournées avec eux et la première partie de Céline Dion qui a souvent eu les mêmes critiques que moi. Alors, si c’est ça être ringard, je veux bien continuer à l’être !
On se perd un peu dans votre parcours : chanson, télé, théâtre, cinéma… En fait, par quoi avez-vous commencé ?
Par l’opéra. J’ai fait mes classes à l’Opéra de Wallonie puis celui d’Avignon. J’ai donc au départ un parcours classique mais j’avais envie de faire d’autres choses et l’un de mes professeurs m’a dit que si je continuais à chanter l’Opéra, le « classique » prendrait le dessus. Comme une danseuse classique, qui a plus de mal à faire du contemporain. J’ai donc décidé d’être un chanteur « hybride », un 4xA, un chanteur tout terrain !
Et le reste ?
C’était pour payer mes cours. Il faut savoir qu’une heure de cours classique, c’est entre 150 et 200€. J’ai donc fait tout ce qui se présentait pour les payer : mannequin, défilés, photos, télé, cinéma, castings en tous genres…
Ce qui est drôle c’est que j’ai joué mon premier rôle avec… Guy Marchand, dans « Nestor Burma ». Puis ça a été « Sous le soleil »… en plein hiver et en plein froid !
Il y a eu aussi les comédies musicales…
Oui, « West Side Story », « Titanic », « Roméo et Juliette », « Autant en emporte le vent »… J’adore cette discipline qui allie musique, chanson, danse, comédie ». J’aime par-dessus tout entrer dans une histoire et, il y a cet esprit de troupe qui est formidable.

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Et Michel Legrand aussi ?
Oui, qui m’a proposé « Les parapluies de Cherbourg ». Entrer dans son monde, chanter avec Nathalie Dessay a été un cadeau et la tournée que j’ai faite avec lui et un jazz band a été un grand moment de ma carrière.
Il y a encore eu « Danse avec les stars » !
Grande expérience mais aussi l’un des plus éprouvants moments de ma vie d’artiste car, en dehors des répétitions intenses et épuisantes, je faisais la promo de mon disque anglais en Angleterre, des galas en Allemagne et j’enregistrais un disque en studio. J’avais un planning de folie et je mangeais en voiture entre deux avions ! C’était hallucinant ! Mais je suis content de l’avoir fait… même si j’espère chanter mieux que ce que je danse !
Vous avez donc fait un album en anglais ?
Oui, il s’intitule « Romantique » et il m’a permis de devenir… animateur !
Racontez.
La BBC2 cherchait un animateur « hors circuit » pour présenter une émission sur la St Valentin. Grâce au succès du disque et à son titre, elle a fait appel à moi. Ça a très bien marché. On m’a alors appelé pour une deuxième émission puis sollicité pour animer une émission qui s’appelle « Carte Blanche », où je reçois des personnalités française connues en Angleterre. Ils voulaient Brigitte Bardot comme elle refuse tout, je pensais que ça ne se ferait pas. Elle a accepté et nous avons enregistré l’émission chez elle, à St Tropez. Une fois fait, elle m’a avoué qu’elle avait accepté parce qu’elle aimait mes chansons qu’elle écoutait. C’est un honneur pour moi. J’ai aussi fait Jane Birkin, Michel Legrand, Charles Aznavour… La BBC voulait Alain Delon. BB m »a dit « Je l’appelle ». Ca devrait se faire !
Avec tous ces termes abordés, je suppose que monter un spectacle est un peu difficile ?
Oui et ce ne peut être qu’un spectacle… « hybride » ! Alors j’ai imaginé le faire autour de ma vie d’artiste en racontant au public toutes les étapes de cette vie, de mes expériences , en espérant que ça les intéresse. En fait, ma vie est le fil conducteur et chaque chanson est un tableau, une facette de ce que j’ai fait.
J’ai toujours été très friand des coulisses de ce métier, de comment se font les choses. J’espère que le public aimera ça ».

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Après cette heure d’interview, Vincent recevait 10 gagnants qui avaient concouru sur France Bleu d’Aix-en-Provence. C’est avec toujours la même gentillesse qu’il discuta avec eux, fit des photos et des dédicaces… avant d’aller faire son show case et à nouveau dédicacer avec la même patience, à la grande joie des fans venus nombreux le rencontrer.

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Christian Perrin

La Rochelle – Festival de la Fiction TV
Thibault de Montalembert 10% série, 110% comédien

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Entre la série « Dix pour cent », que vous allez bientôt retrouver sur France 2 et la vraie vie, le look de Thibault de Montalembert est totalement différent. Entre l’agent des stars un peu rigide, costume trois pièces, rasé de près et brushing parfait et le jean, chemise bariolée, la barbe, il y a un monde, même s’il a toujours la même prestance, la même classe et un sourire éclatant.
Le rencontrer est un vrai grand plaisir et l’interview devient très vite une conversation amicale.

C

« Qu’est-ce qui vous a fait accepter ce rôle dans cette série à succès ?
Je viens de la scène où j’ai beaucoup interprété de drames. Aussi, qu’on me propose une comédie a été un grand bonheur. D’autant que c’est une comédie à la fois humaine et élégante. Les métiers du spectacle fascinent les gens, surtout lorsqu’on les emmène dans les coulisses. Là, ils entrent dans le monde d’une agence artistique, avec des comédiens qui jouent leur propre rôle et ça les fascinent. Les gens s’y retrouvent.
A la ville, vous n’avez pas, loin de là, le look du film !
(Il rit) Je joue un bourgeois bien assis, avec un look un peu rond, qui se donne la carrure du chef qu’il voudrait être mais qui ne l’est pas. C’est un personnage à double fond, qui a une vie à côté. Il joue sur plusieurs tableaux, il cache longtemps une fille qui se fait embaucher dans l’agence et c’est formidable à jouer. En fait, il ressemble à tout le monde, il peut être à la fois charmant et odieux. Il est un peu lâche, ambiguë, ce qui ne l’empêche pas d’avoir de l’humour.
Mêler des acteurs qui jouent un rôle avec des acteurs qui jouent leur propre rôle, c’est assez rare et original !
C’est aussi ce côté qui m’a plu. Grâce à Dominique Besnehard, qui les connaît tous, peu refusent de venir tenir leur propre rôle. Dans la saison trois, nous avons la chance d’avoir Monica Bellucci, Isabelle Huppert, Béatrice Dalle, Jean Dujardin qui est incroyable, Isabelle Adjani, Gérard Lanvin, Julien Doré… Et ça, ça plait beaucoup au public qui se retrouve derrière le rideau.

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Et ça marche !
A tel point qu’il y aura une saison quatre. Pourtant, au départ, ça n’était pas gagné car personne ne voulait de la série. On a mis près de dix ans pour que ça se débloque, grâce à Cédric Klapisch qui a été intéressé pour la réaliser. Aujourd’hui, grâce à son passage sur Netflix, toute l’Amérique connaît la série et nous a fait connaître.
Et ça a eu une incidence sur votre carrière ?
Oui car c’est grâce à ça que j’ai reçu des propositions de là-bas. J’ai ainsi joué dans le film de David Michôd « The king », d’après « Henri V » de Shakespeare, produit par Brad Pitt, avec Sean Harris et Lily-Rose Depp entre autres. il va sortir aux Etats-Unis.
Et en France ?
Ca, c’est une autre histoire, mais je l’espère.
Ce métier de comédien, vous avez toujours voulu le faire ?
Déjà, avant-guerre, ma grand mère irlandaise montait des pièces. Ma famille aimait le théâtre et j’ai toujours eu l’amour des planches.

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Vous avez débuté avec Francis Huster. Quel professeur était-il ?
(Il sourit) C’est un type passionné et boulimique, amoureux fou du théâtre, mais en tant que pédagogue, on pouvait avec lui avoir le pire et le meilleur !
Mais j’ai surtout beaucoup appris avec Patrice Cherreau. C’est un homme génial, un grand artiste qui savait transmettre un enseignement, un peu comme le font les asiatiques. J’ai travaillé avec lui sur des pièces de théâtre, des films. Pour monter sa troupe des Amandier, il a eu près de 2500 demandes. Il en a gardé 19 et 9 ont été embauchés. J’ai été de ceux-là. Ca a été pour moi une période fantastique.
Il y a eu aussi l’aventure de la Comédie Française !
Avant, il y a eu les trois premiers films d’Arnaud Desplechin. C’était une période où je travaillais peu. J’ai rencontré Louis-Do de Lencquesaing qui préparait « Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée » de Musset. Nous répétions à l’Odéon et Louis, sans en parler au directeur, invitait une cinquantaine de spectateurs à assister aux répétitions. Un journaliste de « Libération » vend la mèche, Benoît Jacquot l’apprend et en fait une captation pour Arte. Marcel Bluwal la voit et me propose de jouer dans « Intrigue et amour » de Schiller à la Comédie Française. J’ai enchaîné sur « Lucrèce Borgia » de Victor Hugo, puis j’ai repris le rôle d’Alceste dans « Le misanthrope » de Molière et « 1000 francs de récompense » d’encore Victor Hugo, avec Jean-Pierre Miguel…
Combien y êtes-vous resté de temps ?
Deux ans. Mais je commençais à m’ennuyer, c’était trop classique, j’avais envie que ça bouge et je n’ai pas voulu m’engager pour dix ans comme sociétaire. J’ai un peu regretté de partir si tôt. Muriel Mayette m’a relancé deux fois, deux fois j’ai refusé. Mais si j’étais resté, je n’aurais pas fait « Dix pour cent ».

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Vous avez en fait un parcours atypique…
Oui, car j’aime découvrir de nouveaux univers. C’est ce que j’ai toujours fait et j’en suis satisfait. Ça m’a permis de jouer dans « La dame au camélia’ avec Isabelle Adjani, que j’ai retrouvée avec joie sur la série.
Et le cinéma ?
J’ai une quarantaine de films à mon actif. L’an dernier j’ai tourné dans « Aurore » de Blandine Lenoir, « Jalouse » de David Foenkinos et « Le portrait interdit » de Charles de Meaux. J’ai des propositions mais mon plaisir reste le théâtre. En Mars, je jouerai Harpagon dans « L’avare de Molière, que l’on créera à Antibes chez Daniel Benoît, puis qu’on jouera à Paris. Cette aventure m’excite beaucoup.
Et puis, je suis en train de monter un spectacle avec ma femme, Hélène Babu, autour du « Dictionnaire de cuisine » d’Alexandre Dumas. Nous le jouons pour la circonstance au restaurant le Thelème. M Gurney, son propriétaire, passionné de théâtre, y reçoit des artistes comme Catherine Salviat, Jacques Weber pour des lectures-théâtre.
Pour continuer ce parcours atypique, vous faites aussi du doublage et pas des moindres : Hugh Grant, Antonio Banderas, Pierce Bosnan !
(Il rit) Pour les deux dernier, c’est occasionnel mais pour Hugh Grant, c’est le pape du doublage Hervé Icovic qui me l’a proposé et ça fait vingt ans que je le double sans jamais l’avoir rencontré. Mais j’ai une véritable tendresse pour lui.
Pour boucler la boucle… vous vous êtes mis à écrire !
Je viens de terminer un livre qui sortira le 24 octobre aux éditions de l’Observatoire. Il s’intitule « Et le verbe se fait cher ». C’est une collection où les artistes écrivent leurs rapports avec la littérature. A travers ce livre, je raconte un peu mon parcours.
Et à part ça, que faites-vous lorsqu’il vous reste un peu de temps ?!
Plein de choses diverses. J’aime prendre de nouvelles directions, découvrir, être surpris, étonné.
Je vais certainement trouver des choses nouvelles à faire !!!

Propos recueillis par Jacques Brachet
On retrouvera bientôt Thibault dans « Dix pour cent », sur France 2. A noter qu’elle a reçu, à la Rochelle, le prix de la meilleure série 52′.
Mais auparavant nous le retrouverons sur France 3 le 13 octobre dan la série « Meurtres à… » Ce sera en Haute Savoie, réalisé par Roger Menzor et il y sera entouré de l’ami Bruno Putzulu (Voir portrait), Gwendoline Hamon et Jacques Weber.

 

La Rochelle – 29ème festival de la Fiction TV
Marie GILLAIN : « Je suis un électron libre ! ».

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Rencontrer Marie Gillain et un rayon de soleil pour la journée !
Vive, belle, simple, souriante, volubile, elle a tout pour elle, cette comédienne belge qui a démarré sa carrière très tôt et en fanfare puisque dès son premier film « Mon père, ce héros » de Gérard Lauzier, elle remportait le César du meilleur espoir féminin. C’était en 1991.
Après ça, elle a marqué de son empreinte nombre de films dont « L’appât » de Bertrand Tavernier, « Le Bossu » de Philippe de Brocca, « Le dîner » d’Ettore Scola avec à la clef encore 4 nominations au César, une aux Molière, une aux Globes d’or.
Au théâtre, ça a été entre autres le succès de « La Vénus à la fourrure » et à la télé, la série « Speakerine », qui a certainement été le déclencheur de sa venue à la Rochelle comme présidente du jury de ce 20ème festival.

C B

Lorsqu’on vous a proposé le rôle de présidente, quelle a été votre réaction ?
Ca m’a d’abord donné un coup de vieux car lorsqu’on vous propose une telle chose c’est que vous avez, disons, un certain vécu !
Par ailleurs, c’est à la fois flatteur et agréable, même si cela vous donne une certaine pression.
Pourquoi ?
Parce que c’est une vraie responsabilité que de juger des oeuvres que des gens ont mis des mois, à créer. Et de quel droit dire oui à l’un, non à l’autre ? Le choix que l’on a à faire va donner un vrai regard, une certaine couleur. C’est un engagement. Difficile aussi de juger des gens qui, parmi eux, peuvent être des amis. Par chance, je suis plus dans le milieu cinématographique que dans celui de la télévision. Sans compter que je n’ai jamais fait parti d’un clan, d’une famille, je suis un électron libre !
En fait, qu’attendez-vous de ces projections ?
J’attends une proposition, un regard neuf, original, un style, des personnages, des histoires qui sortent de l’ordinaire. Des projets ambitieux.
Vous disiez être plus dans le cinéma mais la télévision vous intéresse-t-elle ?
Je ne réfléchis pas ainsi. Si la proposition est intéressante, d’où qu’elle vienne, peu m’importe. Lorsque j’ai tourné « Speakerine », j’ai justement trouvé le projet ambitieux. Il fallait beaucoup de courage pour monter un tel projet. Et lorsqu’on a six épisodes à tourner, on ne peut pas arriver sur le plateau en touriste. Il faut beaucoup travailler en amont, rester très réceptive et ne pas s’encombrer avec des détails car on sait que le temps est compté.
Donc, que ce soit au cinéma ou à la télévision, je veux faire au mieux mon métier de comédienne. Je n’ai donc pas spécialement envie de faire de la télé, j’ai surtout envie d’avoir un rôle riche, complexe, fort, d’autant qu’aujourd’hui la frontière ciné-télé est de plus en plus ténue.
Aujourd’hui, vous propose-t-on des rôles différents ?
Evidemment, l’âge aidant ! D’autant que j’ai commencé très jeune et que j’ai eu longtemps une image juvénile. Aujourd’hui ça s’estompe. Mais on est toujours dépendant de son image, on fait un métier en fonction d’un désir d’un réalisateur qui a ou non envie de vous.
Les rôles que l’on me propose aujourd’hui sont effectivement plus forts, même si, à une époque, une comédienne de 40 ans avait du mal à trouver un rôle, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

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Avez-vous pensé venir à la réalisation ?
J’ai encore des difficultés en m’imaginer réalisatrice. Par contre, j’ai des velléités d’écriture… ce que je suis en train de faire !
En fait, j’ai toujours eu envie d’écrire mais longtemps, je n’ai pas osé. De plus, comédienne très tôt, très jeune, j’ai été prise par le rouleau compresseur et du coup, pour moi écrire n’était pas essentiel.
Ca l’est devenu lorsque l’ADAMI m’a proposé d’écrire un court métrage. Ca m’a remis le pied à l’étrier et en quelque sorte, ça m’a boostée. Du coup, je me suis remise à l’écriture.
Et alors ?
J’écris un scénario avec Nathalie Leroy où j’ai toute liberté de m’exprimer et croyez-moi, je n’écris pas par frustration de ne pas trouver « le » rôle, c’est une véritable envie.
J’écris le rôle d’une femme de mon âge et il y a des chances que je le joue car je ne lâcherai jamais le métier de comédienne.
Je l’aime trop !

Propos recueillis par Jacques Brachet

La Rochelle – Festival de la Fiction TV
Brice MASSEE ou la passion d’écrire

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C’est un grand mec d’apparence nonchalante, le sourire et le regard d’une grande sérénité et d’une grande gentillesse. A la Rochelle on ne pouvait le rater car il était omniprésent, tout en étant très discret, promenant sa longue silhouette et allant à la rencontre des gens du métier.
Brice Massée a plusieurs casquettes : il est scénariste, script doctoring c’est à dire qu’il aide réalisateurs et scénaristes à l’écriture, à la rédaction multimédia, analyse et aide au développement de scénarios.

« Depuis mon adolescence – me confie-t-il – j’ai toujours aimé écrire. J’avais peu de copains, j’étais dans un collège… un peu pourri ! A partir de là, je me suis renfermé sur moi-même et j’ai d’abord commencé à lire des BD de science-fiction.
J’avais un père passionné de cinéma et le premier film qu’il m’a emmené voir, c’est « Les dix commandements ». Ca a été le déclic. J’ai été à tel point imprégné par ce film que j’ai commencé à rêver de trucs grandioses ! Pour moi, c’était ça le cinéma. Depuis, j’aime toujours les grandes histoires épiques.
Tu n’écrivais pas encore pour le cinéma ?
Évidemment non ! J’ai, comme tout le monde, trouvé un boulot qui ne me plaisait pas plus que ça. J’ai travaillé durant huit ans dans une ambiance délétère. Jusqu’au jour où un concours de circonstances a fait que je suis tombé sur un article proposant un stage de dramaturgie préparant au métier de scénariste. C’est alors qu’il y a eu des licenciements économiques dans ma boîte (je vivais dans les Ardennes). Je suis alors allé à Pôle Emploi expliquant ce que je voulais faire. L’idée leur a paru originale car c’était la première fois qu’on leur demandait ce genre de formation !
Tu es donc parti ?
Oui, à l’INCA à Avignon où j’ai étudié le scénario pour divers supports, BD, vidéo, courts et longs métrages. Je suis tombé sur des gens formidables et j’ai compris que j’étais sur la bonne voie. J’en suis ressorti avec un diplôme reconnu par la SACD et j’ai écrit mon premier court métrage… pour une production pakistanaise qui est passée en avant-première au cinéma d’Epernay.
Ca t’a ouvert des portes ?
Oui car j’ai continué à faire des courts-métrages, un clip vidéo et en parallèle, je suis entré dans une association de scénaristes « Séquence 7″ où je corrigeais des scénarios. J’en ai corrigé un d’ailleurs, pour un réalisateur suisse, Gilbert Mene, intitulé « 1939 », un film sur les migrants et les clandestins et leur exploitation.
Tout ça paraît facile…
… Mais ça ne l’est pas car c’est un long chemin, on ne rencontre pas toujours des gens honnêtes, certains profitent de notre naïveté et du fait qu’on ne connaît pas les ficelles du métier.
Mais jamais rien ne m’a arrêté et j’ai aujourd’hui une agence qui gère mon travail : Artadam.
J’ai un projet de série pour Kien Productions et j’écris un sujet de sciences-fiction qui reste mon style préféré.
On peut en parler ?
C’est l’histoire d’un alchimiste du Moyen-Âge qui découvre le secret de la vie éternelle ce qui va le mener jusqu’en 2030. C’est encore difficile à concrétiser en France, aussi, je suis tourné vers l’Allemagne, le Canada, les Etats-Unis qui sont beaucoup plus réceptifs à ce genre de projets. »

Et il y arrivera, notre ami, car, malgré ce calme, cette sérénité, il a une force de caractère qui fait qu’il ne lâche rien.
« La force tranquille » pourrait s’adapter à lui !

Jacques Brachet

Jean PIAT… Adieu l’ami…²

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J’ai rencontré Jean Piat voilà près de 40 ans, alors qu’il prenait un tournant : son premier livre « Les plumes des paons » sortait. C’était nouveau et sans suite, à ce qu’il disait.
Carrière sans faute pour cet artiste qui a débuté exactement le 2 janvier 44 en espérant devenir chanteur de Music Hall. Malgré une belle voix, il l’a prouvé dans un album de chansons signé Françoise Dorin et dans « L’homme de la Mancha », il s’est très vite retrouvé à la Comédie Française pour lui échapper quelques années après avec éclat et démarrer une carrière de comédien dit « de boulevard » avec le succès éclatant que l’on sait.
C’est grâce à ce premier livre que je l’ai rencontré. C’était dans les années 80Avec les tournées Karsenty où il tournait avec la pièce de Françoise Dorin « L’étiquette », je le contactais et lui proposai une halte l’après-midi pour venir parler de ce premier livre qu’il venait de sortir. Il accepta et fut brillantissime devant un public nombreux… et très féminin !
Il parla donc de cette nouvelle expérience de l’écriture qui se soldait par un succès puisque « Les plumes des paons » venait de recevoir le prix de l’Académie Française. Pour un premier tir, le succès était complet.
Et pour nous deux, ce fut le début d’une amitié qui ne s’est pas démentie. Nous nous sommes beaucoup rencontrés, beaucoup écrit car c’était une époque où l’on s’écrivait encore et mes dernières rencontres furent au Théâtre Galli de Sanary en 2014 où il jouait avec Marthe Villalonga « Ensemble ou séparément ». Il avait déjà des difficultés pour marcher puis, en 2017 pour « Love Letters » qu’il jouait d’assis avec Mylène Demongeot. Le rôle le voulait ainsi et c’était un rôle révé pour lui qui avait des difficultés à se déplacer. Mais, malgré son âge, il n’était aucunement question qu’il arrête.
Je me souviens qu’il m’ait confié un jour : « Lorsqu’on fait un métier qu’on a choisi, que demander de plus ? Souvent on me demande si je prends des vacances. J’avoue que j’en prends très peu car mes loisirs consistent à jouer, à écrire. Depuis plus de soixante ans je fais des choses que j’aime et lorsqu’on fait ce que l’on aime, on n’a pas vraiment envie de se reposer puisque le repos c’est justement pour faire ce qu’on aime ! Je dis que pour moi, être comédien c’est un métier parce que c’est ce qui me fait vivre. Mais c’est aussi une passion et écrire est un plaisir. Ce sont deux choses différentes puisque jouer c’est être actif, en action et écrire c’est réfléchir et raconter une histoire…
Mais c’est toujours aller vers les gens, aimer les gens, leur donner quelque chose. Je leur donne ce qu’on m’a donné.
Depuis 60 ans, je cultive mes dons ! »
Et Dieu sait s’il en avait, des dons, de comédien, de conteur, d’écrivain.

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Écrivain, il l’était mais il ne se considérait pas comme tel. Par ailleurs il m’avait encore confié que, s’il aimait écrire, il ne s’écrirait jamais une pièce de théâtre :
« Il y a très longtemps que j’écris… pour moi ! Je commence des choses puis, faute d’inspiration, de courage ou de temps, je remets à plus tard. Il est vrai que j’aime ça et je pense que je reviendrai à cette discipline (il y est revenu souvent et avec le talent que l’on sait). Par contre, depuis ce livre, on me demande si je vais m’écrire une pièce et là, je suis catégorique : c’est non. D’abord parce que je ne m’intéresse pas assez à moi pour m’écrire un rôle et que je ne saurais le faire. Mais même, écrire une pièce est un travail très particulier. Un auteur agit dans une certaine direction pour raconter une histoire puis l’acteur agit dans une direction pour faire vivre cette histoire. Je suis donc un acteur avant tout et l’opposé de l’auteur. Ce sont deux personnes, deux entités qui se rencontrent, se regardent, quelquefois en chiens de faïence. C’est comme le dieu Janus qui a deux têtes qui se complètent.
Et puis, l’écriture d’une pièce est tout à fait différente que l’écriture d’un roman : beaucoup de romanciers le savent, qui se sont cassés les dents sur une pièce. C’est un langage spécial. Un roman, c’est une histoire qu’on emmène ou on veut, où on peut faire voyager les héros dans le monde entier, où il n’y a aucune barrière. Une pièce c’est automatiquement un conflit à partir d’une situation et des dialogues, c’est un langage spécial, il n’y a pas de longues descriptions et de plus, si le système des trois unités : temps, lieu, action a été créé, ce n’est pas pour rien. Allez proposer une pièce où il y a dix décors, vingt changements de costumes et trente comédiens, à par « Cyrano » parce qu’on sait que ça va marcher, vous ne pourrez jamais monter votre pièce ! Dans un roman, on peut se balader au gré de ses envies, de ses inventions… »

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Avec des amis à Ramatuelle et sa compagne Françoise Dori, disparue depuis peu aussi

Grâce à Jean, j’ai passé des magnifiques moments à l’écouter simplement parler, raconter, avec ce charme, ce regard bleu et cette voix que l’on reconnaissait entre toutes.
Je garderai longtemps le souvenir de cet homme raffiné, simple, plein d’humour, de cet immense comédien qu’il fut…
Jean tu nous manqueras.

Jacques Brachet