Archives pour la catégorie Portraits

Gil ALMA… 200% sympa !

CESAR WAGNER

Il a une belle gueule mais, à l’instar d’un Courtemange, il a le don élastique de la transformer d’un sourcil qui remonte, d’un sourire narquois et c’est ainsi qu’il s’est fait connaître en quelques pubs qui ont fait recette en mêlant grimaces et accents divers.
Et puis, il y a eu la série «Nos chers voisins», qui l’a propulsé dans le vedettariat et depuis, du théâtre à la télé en passant par le cinéma, et le one man show, l’humoriste-comédien-producteur n’a pas arrêté de jouer. On a pu le voir dans «Camping Paradis», «Joséphine ange gardien», «Alice Nevers», «Les toqués». Il a même fait des clips avec Olivia Ruiz et Jenifer, il s’est payé le luxe de tourner avec Costa-Gavras et le voici aujourd’hui dans cette série qui le consacre, passant avec justesse et bonheur de l’humoriste à l’excellent comédien qu’il est : «César Wagner» sur France 2, le premier épisode en janvier dernier ayant rassemblé cinq millions et demi de téléspectateurs ! (23% de parts de marché)
Nous nous étions rencontrés au Festival TV de la Rochelle où nous avions partagé une coupe de champagne et depuis, avec ce COVID de malheur, nous avons raté plusieurs rendez-vous.
Il devait passer au Colbert à Toulon le 14 décembre avec son spectacle «200% naturel» (Entre son dernier spectacle, il a augmenté de 100%, après être passé par la série «10%»…
Les hauts pourcentages, ça le connait !
Pour le moment, Gil fait comme tout le monde et, depuis ce satané virus, on s’est raté au Colbert à Toulon où, pour a seconde fois, il est déprogrammé puisqu’il devait passer avec «200% naturel» ce 14 décembre. Espérons qu’un troisième déconfinementne  le déprogrammera pas encore le 29 janvier au Théâtre Daudet de Six-Fours et en juin au Colbert de Toulon !
En attendant, nous allons le retrouver sur le petit écran avec «César Wagner» et dans plusieurs émissions pour parler de son nouveau spectacle en duo avec Benoit Joubert, intitulé «Gil et Ben».
Je l’appelle donc pour parler de tout cela.

4 3

«Gil, comment se passe ce confinement ?
Bof… En dehors du fait que je ne joue plus, je n’ai pas trop à me plaindre, tout va bien, je vis en reclus avec ma femme et mes enfants, nous sortons pour les amener à l’école et le reste du temps, on vit comme tout le monde. J’en profite pour peaufiner le spectacle que nous avons écrit avec Benoît Joubert, que je produis, qui est mis en scène par Catman et que, je l’espère, nous pourrons très vite jouer sur scène.
Ce sera celui-ci ou «200 % naturel» que vous jouerez à Toulon et à Six-Fours comme annoncé ?
Non, ce sera le duo car on a abandonné l’autre. Il y a eu trop de coupures, d’arrêts, de reprogrammations… et de déprogrammations. Et puis, on a tellement ri en écrivant ce spectacle que nous avons très envie de monter sur scène avec… Le plus tôt possible ! Je pense que ça va être du bonheur.

CESAR WAGNER

Revenons à «César Wagner» second épisode, que nous découvrirons le 11 décembre sur France 2. Comment vous êtes-vous retrouvé dans ce rôle de flic solitaire ?
Par casting, tout simplement. Jean-François Luccioni, le programmateur de la fiction m’avait vu dans
la série «A l’intérieur» et j’ai été retenu. J’étais très heureux de tourner ce qui était un pilote au départ, qui est passé en janvier sur France 2, qui a fait un carton. Du coup la série continue, on a tourné deux nouveaux épisodes qui passeront les 4 et 11 décembre… Face à la finale de «Koh Lanta»,
Ce qui nous fait un peu peur car déjà, l’émission est costaude et en plus c’est la finale qui attire le plus de téléspectateurs… Mais bon, on va faire au mieux… Et essayer d’être seconds !
C’est un rôle important pour vous… On vous voit moins qu’en simple humoriste ou acteur dit «comique»…
Je ne sais pas. J’ai toujours essayé de varier les plaisirs entre ciné, télé, théâtre mais peut-être qu’aujourd’hui on me fait plus confiance en me proposant des rôles plus vrais, plus sensibles, plus nuancés, plus émouvants. Et ça a l’air de fonctionner.
Grâce à ces approches diverses, il semble que le cinéma vous appelle alors que souvent, ciné et télé sont cloisonnés…
Il y a toujours un petit fossé mais doucement, il se comble avec des rôles qui ne sont pas encore des premiers rôles. J’ai quand même fait du cinoche avec Dany Boon, Costa-Gavras…
Costa-Gavras, quand même !
Oui et c’est très agréable qu’un grand réalisateur fasse appel à moi, même si ce n’est pas le rôle principal. Sans compter que j’ai rencontré un grand réalisateur, un grand monsieur d’une simplicité et d’une gentillesse incroyables. C’est un homme admirable, un vrai gentleman comme on en voit peu dans le métier. J’ai tourné en 2008 avec lui et cette année a été un grand tournant pour moi car hormis ce tournage, je suis entré à l’agence Artmédia et j’ai eu mon premier fils…

CESAR WAGNER 6

Vous êtes aujourd’hui sur le casting de deux films…
Oui, dont hélas, on ne sait quand ils sortiront.
Il y a «Dou you dou Saint-Tropez de Nicolas Benamou avec une distribution étincelante : Christian Clavier, Thierry Lhermitte, Benoît Poelvoorde, Jerôme Commandeur, Rosy de Palma, Gérard Depardieu, Virginie Hocq…
Et puis, «Le sens de la famille» de Jean-Patrick Benès et la distribution n’est pas mal non plus : Alexandra Lamy, Franck Dubosc, Artus, Sébastien Chabal… Tout ça devrait sortir en janvier… Si tout va bien !
Votre chemin est semé de surprises… Vous avez aussi tourné des clips !
Oui c’est vrai, avec de jolies filles, ce qui ne gâte rien ! Jenifer m’a demandé d’être son petit ami qu’elle malmène dans «Les jours électriques». Quant à Olivia Ruiz, nous avions tourné ensemble à Marseille dans «Etat d’urgence» dont le thème était le suicide d’un flic. Et elle m’a demandé de jouer dans «Elle panique». J’ai aussi tourné dans le clip de Renan Luce «La fille de la bande».
Et ça vous plait ?
Oui car je suis une feignasse et tourner des clips ça veut dire ne pas avoir de texte à apprendre ! Je rigole mais c’est très sympa à faire… Et je ne suis pas vraiment une feignasse !
Vous participez aussi à des associations caritatives comme Ela et d’autres, vous avez participé à un livre pour les autistes….
Quand je le peux, je le fais avec plaisir car tout ce qui touche les enfants me touche, d’autant plus lorsqu’ils sont malades. Et si l’on peut apporter un peu de soi, un peu de joie et de réconfort, je suis toujours partant.
Même pour vous mettre à poil ???
(Rires). Oui mais là c’est pour la seconde émission de TF1 «Stars à nu», pour le dépistage du cancer. On a fait ça au Lido. Ont participé entre autre Linda Hardy, Christophe Beaugrand, Camille Lacourt, Nathalie Marquay, Catman, Jeanfi Janssen… Mais, si les spectateurs du Lido ont tout vu, vous, à la télé, vous ne verrez pas tout !
Mais l’actualité la plus proche devrait être ce fameux duo. Comment est-il né ?
Avec Ben, ça fait dix ans que nous nous connaissons. Nous sommes tombés amoureux l’un de l’autre sans que ma femme en prenne ombrage. Et au bout de dix ans, nous avons décidé de faire un enfant qui s’appellerait Gil et Ben».
Beau parcours pour cet artiste multi-casquettes qui reste l’un de nos plus sympathiques comédiens. En attendant ce «two-men show», retrouvons-le avec sa casquette de flic sur TF1.

8 10
Champagne !

Propos recueillis par Jacques Brachet

CESAR WAGNER

César Wagner
César Wagner, notre flic au grand cœur, célibataire endurci et hypocondriaque compulsif, est de retour pour deux nouvelles enquêtes inédites !
Découvrez ce soir le deuxième et dernier épisode inédit qui se déroule dans le monde de l’art.
Réalisation : Antoine Garceau Auteurs : Sébastien Paris et Eric Vérat
Avec : Gil Alma (César Wagner), Olivia Côte (Elise Beaumont), Fanny Cottençon (Marie-Ange Wagner), Soufiane Guerrab (Farid Belladj), Joséphine de Meaux (Frédérique Koelher), Coralie Russier (Léa Saskevitch)… En guests : Bruno Todeschini, Ophélia Kolb, Emilie Caen.
Sombres desseins
Deux personnes sont retrouvées mortes à quelques heures d’intervalle dans le même coin de Strasbourg, le quartier du Musée d’art moderne.
L’enquête montre qu’elles se connaissaient et s’étaient même appelées avant de mourir. Leur point commun : un designer local devenu une star de son milieu, Peter Breck. Et accessoirement le mari du Dr. Beaumont. Beaumont, mariée ?
Voilà qui va compliquer l’enquête de César…



Line RENAUD en toute confidence

line1

C’est vrai qu’en ce moment, j’ai tendance à parler de mes «vieux amis» du spectacle… Je les ai connus lorsque j’avais 20/25 ans, ils en avaient déjà vingt de plus, ce qui ne m’a pas empêché de les connaître, de les aimer… de les voir disparaître à des âges canoniques comme Juliette Gréco ou Annie Cordy ou de les voir encore comme Jean-Louis Trintignant, Marcel Amont et, la plus fringante de tous : Line Renaud.
Line a toujours fait partie de mon paysage musical puisque, tout jeune, ma mère l’adorait et j’écoutais avec elle «Les enchaînés», «Que sera sera», qu’elle avait créés en français et quelques autres succès comme «Mister Banjo», «Ma p’tite folie»… Je me suviens encore d’un 25 cm qu’on écoutait en boucle : «Line Renaud au Moulin Rouge». Ça ne date pas d’hier !
Et puis, en dehors des revues qu’elle jouait à Paris, dans les années 60, elle n’a plus beaucoup fait de disques de variétés et il y a eu la grande aventure américaine.
De ce fait, étant devenu journaliste, je ne la rencontrais qu’en 1982, où elle avait décidé d’être comédienne, de reprendre le rôle créé par Jacqueline Maillan «Folle Amanda», de partir en tournée avec elle… Et de s’arrêter à l’Opéra de Toulon.
Fougue, énergie, glamour… Elle y était extraordinaire et sa reconversion le fut tout autant, lui ouvrant les portes des théâtres, du cinéma, de la télévision.
Je la rencontrai enfin et entre nous, le courant passa. Je réalisais avec elle, ce soir-là, une grande interview, très vite transformée en une conversation amicale et à la fin, elle me donna ses coordonnées pour que je lui envoie l’article.

line9 line10
Même si le temps l’a abîmée, cette photo me tient à cœur car c’est notre première rencontre à l’Opéra de Toulon. Le début d’une longue amitié. Et puis, Ramatuelle, où elle reçoit les ovations… et les coussins de Ramatuelle !

C’est ainsi que commencèrent nos échanges épistolaires, téléphoniques et nos rencontres sur une scène ou sur un tournage sur lequel elle m’invitait. Très vite le «tu» est arrivé spontanément entre nous. Et ça dure depuis presque 40 ans !
J’ai gardé tous ses courriers, toutes les photos de ses chiens qu’elle m’envoyait et continue de m’envoyer, et je ne compte plus le nombre d’interviewes que je lui ai consacrées à chacun des événements de sa vie. Et Dieu sait s’il y en a eu, s’il y en a, s’il y en aura encore… Car, comme Annie Cordy, elle est une boulimique de travail, elle a toujours de multiples projets, sans quoi d’ailleurs, elle se sent perdue.
Je me souviens lui avoir un jour demandé : «Mais qu’est-ce qui fait courir Line ?». Et la réponse fut :
«C’est à la fois dans ma nature et, Dieu merci, après quelques petits ennuis de santé, je suis en peine forme. Faire ce que je fais, c’est une passion et en plus, j’ai la chance d’avoir un public fidèle et aimant. Je l’adore et il me le rend bien.
Alors… rien que pour ça, je continue !»
C’est aussi parce que, malgré un nombre d’amis qui l’entourent comme Muriel Robin, Claude Chirac, notre ami commun David  Lelait-Helo avec qui elle écrit «Mes années Las Vegas», depuis la disparition de son Loulou et de sa maman, elle comble le vide en étant tout le temps sur la brèche… Increvable, Line !

line2 line3 line4

C’est d’ailleurs ce qu’elle nous raconte entre autres choses, dans son ultime livre «En toute confidence», paru chez Denoël.
C’est en quelque sorte, le second tome de ses souvenirs, après «Et mes secrets aussi». Mais vu la longue vie d’une carrière exceptionnelle, je suppose qu’elle pourrait nous en offrir au moins un troisième tome !
Celui-ci a été écrit avec le réalisateur Bernard Stora avec qui elle a tourné plusieurs fois (Sixième classique, Suzie Berton, Isabelle disparue, la douce empoisonneuse), avec qui elle a déjà écrit «Et mes secrets aussi» et «Une drôle d’histoire» et qui a créé des liens amicaux avec lui.
Ce livre est un hymne à l’amour, à l’amitié, à la tendresse… A la vie.
Cette vie qu’elle partage avec le public ; un public qui, de décennie en décennie, lui est resté fidèle, s’est augmenté de génération en génération car à chacune d’elles, un public jeune est venu se joindre au public des débuts. «Je suis fan de mes fans» écrit-elle.
Tant d’artistes, en prenant de l’âge, ont été oubliés, n’ont pas su se renouveler, ont voulu rester jeunes à tout prix. Line, elle, traverse le temps avec la jeunesse du cœur et possède un coefficient d’amour incroyable.
Et ce n’est pas simplement pour son immense talent de chanteuse et de comédienne mais c’est qu’elle a su rester simple, humble, ouverte aux autres, abordable. Line ne joue pas : elle est.
Lorsque, depuis des années, elle se bat contre le Sida, c’est avec toute sa force, toute son énergie, tout son courage alors qu’au début de son virus, il n’était pas bien venu de s’occuper de ces «pédés qui l’avaient bien cherché». Mais elle a foncé et a emmené avec elle, les artistes, les politiques, elle a fait de ce virus sa préoccupation majeure et continue contre vents et marées à poursuivre ce combat, soutenue par l’amour et la reconnaissance de toutes les générations confondues. Et de tous les sexes aussi, car le Sida n’est pas qu’une affaire d’hommes… Oh !

line8

Elle revient sur ses années américaines, dans ce pays où peu de français ont réussi à s’imposer, côtoyant les plus grandes stars, de Sinatra à Presley, d’Elton John à Quincy Jones, de Liz Taylor à Grégory Peck et puis elle nous parle de son filleul, Johnny Hallyday dont elle déclare avec peine qu’il aurait été dans l’ordre des choses, qu’elle parte avant lui, de ses deux «filles de cœur» Muriel Robin et Claude Chirac, mais aussi de Dany Boon, son ch’ti préféré, de Jean-Claude Brialy dont elle fut la dernière partenaire,, de Dominique Besnhérard qui l’a guidée dans sa nouvelle carrière de comédienne, de Dalida qui était son amie et qui fut la première à se joindre à elle contre le Sida…
Mille anecdotes, mille portraits de gens qui l’ont aimée, qui l’aiment et qui l’aimeront.
Enfin, elle dévoile cet AVC qui, durant des mois, l’a tenue dans l’ombre d’un hôpital sous le nom de Mme Fleur, qui a failli lui coûter la vie mais qui, comme chaque épreuve dont sa vie est aussi pavée (car il n’y a pas que les étoiles et les paillettes !), avec une incroyable énergie, une force de tous les instants, un optimisme né, elle en est venue à bout en silence, hormis avec quelques intimes, sa garde rapprochée, entre autres ses deux filles de cœur, qui ont été là au jour le jour pour la soutenir.
Ce livre est à la fois bouleversant et drôle car Line ne se départit jamais de cet humour que j’aime chez elle, et elle a l’habitude d’appeler un chat un chat.
Bien sûr, il est toujours question de sa maman et de son Loulou, car ils vivent toujours dans son souvenir et d’ailleurs, elle reconnait les signes que lui envoie Loulou lorsqu’elle a une décision à prendre.

line5 line6

Des trophées, des prix, des médailles, elle en a reçu des tonnes, le dernier prix en date, qui a fait beaucoup rire Muriel Robin, c’est l’an dernier, lorsqu’elle obtint le prix de la femme la plus optimiste de France !
A propos de la France, de de Gaulle à Macron, elle a connu tous les présidents avec des fortunes diverses car elle ne s’est pas entendue avec tous les dirigeants de France, hormis son grand ami Jacques Chirac et le dernier en date, Emmanuel Macron et sa femme Brigitte qu’elle aime et admire.
Peut-être, nous confie-t-elle à la fin de ce pavé de 455 pages, en connaîtra-t-elle un dernier avant de disparaître, en espérant que Macron soit réélu… Ça nous mènera en… 2027, elle aura 99 ans !
Aujourd’hui, en conclusions, elle nous dit d’abord qu’elle tourne pour le cinéma et la télévision (quand je vous dis qu’elle est increvable !), elle a mis ses affaires en ordre a créé un fonds de dotation Line Renaud-Loulou Gasté dont Muriel et Claude prendront la suite lorsqu’il sera temps.

line7

«A partir de maintenant, tout ce qui m’arrivera sera à ranger dans le chapitre «bonus» nous dit-elle en conclusion de ce beau livre à la fois nostalgique, plein de joie et de sérénité.

Jacques Brachet

Jacques FERRANDEZ : l’Histoire et les histoires en BD

1

Jacques Ferrandez est un homme de la Méditerranée. Né en Algérie puis, installé à Nice alors qu’il n’a que quelques mois, à cause des événements entraînant l’indépendance,  il a très jeune fait un pont entre la France et le pays où il est né et qu’alors il n’avait pu connaître.
C’est donc à Nice qu’il fait ses études d’arts plastiques et d’art déco et la BD va un peu entrer par hasard dans sa vie :

4 5 3

«J’étais alors étudiant, j’aimais dessiner et avec un copain scénariste, nous avons fait nos premières armes dans un périodique intitulé  «A suivre», édité chez Casterman. Très vite j’ai eu envie d’écrire mes propres récits avec mes dessins et en 82 je commence à écrire des histoires sur l’arrière-pays. Des paysages que j’aime, que Giono et Pagnol m’ont fait aimer et c’était en quelque sorte un hommage à ces deux auteurs qui m’ont influencé, qui m’ont nourri.
L’Algérie est très vite un pays que vous désirez connaître… Pourquoi ?
Ce sont d’abord des témoignages familiers et familiaux dont me parlent mes parents. A partir des témoignages familiaux j’ai eu envie de m’intéresser à son Histoire, de creuser c et j’ai commencé par la période coloniale jusqu’à l’insurrection de 54. Pour moi c’était important de situer les choses et c’est comme ça que sont nés «Les carnets d’Orient» en 87. Puis j’ai continué sur la guerre d’Algérie et l’Indépendance. J’ai lu énormément d’ouvrages historiques, de témoignages, j’ai fait la synthèse de tout ça et ça a été un travail énorme et passionnant.
Les BD d’après les œuvres de Pagnol et Giono… C’est venu comment ?
D’une sollicitation de Casterman qui était le diffuseur des éditions Pastorelli pour tout ce qui concernait les images de Pagnol. Clément Pastorelli était passionné par l’œuvre de Pagnol et avait eu l’idée d’en faire des BD car tout passait par lui. Il a donc envisagé de faire les «Souvenirs d’enfances» et m’a confié le projet. Ji parcouru tous les lieux de Pagnol, fais de nombreux repérages  pour être au plus près deux. Mais par suite de quelques embrouilles avec les droits d’auteur, le projet est tombé à l’eau.
A sa mort, c’est Jacqueline Pagnol qui a repris le projet  en 96/97mais entretemps, Yves Robert avait tournée «La gloire de mon père» et «Le château de ma mère». C’était peut-être un peu trop près des films et ce pouvait trop ressembler à une redite. Autant repartir «à la source et on a donc décidé de faire «L’eau des collines» avec ses deux volets : «Jean de Florette» et «Manon des sources».On aurait pu continuer mais après Jacqueline, c’est son petit-fils Nicolas qui a repris le projet et qui a choisi Serge Scotto (Petit-fils de Vincent Scotto) et Eric Scoffel en disant que c’était la première fois que Pagnol était édité en BD !

9 8

Ça s’était pourtant bien passé avec Jacqueline Pagnol ?
Très bien. Elle était très attentive à mon travail et le surveillait de près afin que les dessins et l’histoire soient au plus près des romans et des films. «Je travaillais encore «à l’ancienne», il n’y avait pas encore Photoshop et aux deux tiers de l’histoire, elle a voulu voir les dessins. Elle a beaucoup aimé sauf… le visage de Manon qu’elle trouvait un peu trop sauvage, cheveux aux vents… Elle a voulu que je transforme la coiffure en sage queue de cheval qui lui semblait plus ressemblante à Manon… c’est-à-dire à elle ! J’ai donc dû reprendre chaque dessin où paraît Manon. Aujourd’hui, ce serait plus simple.
Je suppose que pour Giono, ça s’est passé de même pour «Le chant du monde» ?
Oui mais avec elle ça a été plus «cool». Elle avait un apriori favorable car Jean Giono aimait parait-il beaucoup les BD. Elle m’a aussitôt fait confiance et n’a même jamais souhaité intervenir. Lorsque je lui ai envoyé le PDF, elle a aimé le scénario, les images et a trouvé l’ensemble très fidèle au roman et m’en envoyé un message me disant qu’elle était ravie.
Pagnol, Giono, Camus (L’étranger), Daudet (Les lettres de mon moulin)… vous aimez adapter des gens de Méditerranée.
Pas toujours, j’ai adapté beaucoup d’autres auteurs. Mais pour Daudet c’était particulier, c’était pour un périodique qui s’appelait «Je bouquine». J’ai d’ailleurs fait pour eux «Le Cid», «Madame Bovary»…
Etant aussi musicien de jazz pour le plaisir, je joue de la contrebasse avec des copains. C’est une passion et du coup j’ai créé quelques albums. En 85/86 j’ai travaillé avec Patrick Raynal comédien et scénariste puis j’ai consacré deux albums à Miles Davis et j’écris un troisième volet. Les trois albums devaient être édités et accompagner un coffret vinyle de ses disques. Il faut donc que je reprenne les deux premiers dans le format 30 cm.
Par ailleurs, je voyage beaucoup et j’ai fait beaucoup de carnets de voyages…Ce sont une source d’inspiration. Il m’arrive de quitter ma Provence ! Et j’ai fait d’ailleurs une BD-reportage avec mon fils sur notre voyage à Cuba.

LCDM_Couv_17mm_Ok.indd 7

Les voyages me font penser à cette caravane qui, en ce moment, parcourt la France. Racontez…
C’est, comme son nom l’indique, une caravane que j’ai emménagée en salle d’exposition où l’on trouve les diverses phases de mon travail, des reproductions de dessins, de croquis faits à l’atelier, de panneaux, de planches de travail, un film qui est le making off du «Chant du monde»…. J’ai trouvé l’idée originale et plus simple que de, chaque fois, tout déballer. C’est un projet conçu avec le Conseil Général qui est en ce moment en train de naviguer dans le Var. Je ne peux hélas pas être à toutes les étapes mais je serai jeudi à Draguignan. Et puis, je viendrai aussi à la Fête du Livre de Toulon, du 20 au 22 novembre».

La caravane y sera-t-elle ? Mystère mais elle sera à Sanary, à la Médiathèque Jacques Duhamel, pour  commémorer  le cinquantenaire de sa disparition.
Exposition coproduite par la région du Sud-Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Diffusée avec le concours de la Régie culturelle régionale et l’Agence régionale du livre.
Dans le cadre de l’Année Giono 2020,.
A l’occasion de l’année Giono, en Région Sud, la Ville de Sanary-sur-Mer accueille du 10 au 14 novembre 2020, une exposition tirée du roman «Le chant du monde» de Jean Giono, adapté en bande dessinée par Jacques Ferrandez.
Le grand romancier Jean Giono, qui fut aussi poète, traducteur, scénariste, cinéaste, essayiste et historien, est décédé en octobre 1970 à Manosque. Nous commémorons ici les 50 ans de sa disparition.

10

Cette exposition plonge le visiteur à l’intérieur d’une caravane itinérante où «Le Chant du monde» narre le récit d’une grande aventure épique aux accents d’un véritable western provençal.
Projections à l’auditorium
Mardi 10 novembre à 10h et à 14h30 : Projection d’un film d’animation «L’homme qui plantait les arbres» de 1982, tiré d’un livre de Jean Giono sur les thèmes des arbres, de l’écologie et de la patience.
Projection réservée aux scolaires / à l’Auditorium Ernest Blanc
Jeudi 12 novembre à 14h30 : Projection du film «Crésus» de 1960 réalisé par Jean Giono, avec Fernandel.
Entrée libre / à l’Auditorium Ernest Blanc
Samedi 14 novembre à 14h30 : Projection d’un film de 2001 adapté d’un roman de Jean Giono, une réflexion sur l’homme face à l’ennui, à la mort et au mal.
Entrée libre / à l’Auditorium Ernest Blanc
Atelier créatif sur le thème de Giono
Samedi 14 novembre à 10h et à 16h
Tout public – Sur inscription préalable au 04 94 32 97 80




Six-Fours : Les chemins de traverse de Fabiola CASAGRANDE

1

Sous sa mousse de cheveux couleur de jais, un regard pétillant, un sourire lumineux.
Fabiola Casagrande est la nouvelle adjointe aux Affaires Culturelles de Six-Fours.
Cette femme entreprenante est passionnée de 50 ans a pris souvent des chemins de traverse avec curiosité, avec énergie et a su saisir toutes les opportunités, toutes les possibilits qui se présentaient à elle.
Parisienne de naissance, elle voit le jour dans les Yvelines, à la Celle St Cloud, fait ses études à Versailles avant de partir un an en Irlande pour se perfectionner en Anglais.

«J’y ai passé un diplôme d’anglais, un BTS trilingue – m’explique-t-elle – et c’est grâce à cela que, revenant à Paris, j’ai pu entrer à TF1 où je suis devenue la collaboratrice du grand reporter Jean Bertolino, qui relançait l’émission «52 sur la Une»
Qu’y faisais-tu ?
Il avait besoin de quelqu’un qui parlait couramment anglais pour préparer ses voyages, les autorisations pour filmer, les contacts  avec les ambassades et toutes les institutions car ses reportages le menaient au bout du monde.

4 3
5
Avec Jean Bertolino, Jean-Christophe Spinosi, Benjy Dotti.

Sans toi ?
Sans moi ! Moi, je travaillais en amont et c’était passionnant car j’ai fait des rencontres enrichissantes, je préparais tous ses repérages. A cette époque, on n’avait pas toutes les technologie d’aujourd’hui, on devait se déplacer, prendre rendez-vous, rencontrer les instances nécessaires à ce que les reportages se passent bien. Je me souviens que sur un reportage intitulé «Grandeur et décadence des maharadjahs», j’ai dû suivre l’un d’eux en France, en Angleterre… C’était passionnant.
C’est vraiment Jean Bertolino qui m’a donné ma chance.
Alors, comment t’es-tu retrouvée à Toulon ?
Tout simplement parce que mon mari, officier de Marine, y a été muté… Et j’ai suivi.
Et là, je me suis retrouvée sans boulot, sans famille, sans amis dans une ville que je ne connaissais pas. Mais je ne me suis jamais découragée, j’ai laissé des CV un peu partout dont un, à l’agence Toulon Communication, a intéressé Gérard Paquet, alors directeur du TNDI de Châteauvallon. On s’est rencontré, on a parlé de Mozart… Et il m’a engagée ! Sans aucun piston !
Durant huit ans, j’ai côtoyé les plus grands danseurs et chorégraphes du monde. C’était déjà formidable mais en plus, avec Gérard, tout était possible. On avait une idée et tout paraissait simple. C’est comme ça que nous avons créé le Théâtre de la Science avec Boris Cyrulnik. Une aventure formidable que ces séances, ces rencontres de vulgarisation de la science, aussi bien pour les adultes que pour les plus jeunes. Ça a duré sept ans.
Et puis ça s’arrête !
Oui, tu connais l’histoire, le FN arrive à Toulon, il y a de nombreuses dissensions et Gérard quitte Châteauvallon. Et nombre d’entre nous avec.
Alors ?
Alors on est en 98, je n’ai à nouveau plus detravail, c’est la traversée du désert et j’en profite de faire mon bébé de l’an 2000 !
Mais en 2002, toujours grâce à mon CV, Jean-Sébastien Vialatte, maire de Six-Fours, est nommé à l’Assemblée Nationale. Je ne le connaissais pas mais il me choisit comme assistante parlementaire… Et ça durera 15 ans !
C’était nouveau pour toi ?
Totalement ! Ce n’était pas du tout mon monde mais j’ai pris cet emploi à bout de bras, j’ai dû beaucoup apprendre, beaucoup travailler car c’était un monde qui était loin de m’être familier, aussi bien techniquement qu’humainement. Mais ça a été une période encore très enrichissante, un travail dingue, énorme mais oh combien exaltant ! Et Jean-Sébastien m’a fait une grande confiance, m’a appris beaucoup de choses et j’avais mis un point d’honneur à être à la hauteur de la confiance qu’il avait mis en moi.
Et ça s’arrête encore, au bout de quinze ans cette fois…
Oui, le mandat de Jean-Sébastien n’est pas renouvelé et me voilà encore sans job !
Mais comme toujours, je ne désespère pas et… je repars à la Fac, au milieu de jeunes de 20 ans, pour préparer un master de communication langue et social pour la durée d’un an. Entre temps, Jean-Sébastien ne m’a pas oubliée et m’appelle pour être sur sa liste comme conseillère municipale et métropolitaine, ce qui m’a permis de côtoyer tous les acteurs de la Culture : le Conservatoire, TPM, l’Opéra, l’école d’art et de design où j’ai siégé comme administratrice.
Et nous voilà aux dernières élections municipales !
Oui. Dominique Ducasse, alors adjointe aux Affaires Culturelles, ne désire pas se représenter et Jean-Sébastien me propose son poste, sachant mon intérêt et mes compétences pour la Culture.
La Culture, que je considère comme indispensable et nécessaire lien social. J’étais déjà partie prenante du festival de la Collégiale où j’apportais mon aide à Dominique Ducasse. J’ai donc accepté le poste avec joie.

7 6
Kyle Eastwood et Igorr à l’Espace Malraux

Alors, les projets de la nouvelle adjointe aux Affaires Culturelles ?
Déjà, continuer ce festival et développer les concerts classiques en faisant venir à Six-Fours des pointures comme Jean-Christophe Spinosi ou Gautier Capuçon qui vient d’y jouer. Je réfléchis à une programmation tout au long de l’année avec, en plus des concerts, des rencontres avec les artistes et des initiations à cette musique avec les écoles. Car il faut ouvrir cet art aux jeunes.
A cause du Covid, tous les concerts de rock initiés par Vincent Lechat à l’Espace Malraux  ont dû être annulés. On n’en garde que deux : Kyle Eastwood, le fils de Clint Eastwood, le vendredi 30 octobre et le groupe Igorrr le mercredi 9 décembre. Mais nous sommes en train de mettre place des week-ends de musique avant-gardiste
Avec Jérôme Leleu, tu l’as vu il y a quelques jours, on continue les spectacles d’humour au Théâtre Daudet. Benjy Dotti, qui est venu présenter la saison y présentera son show vendredi 27 septembre et reviendra pour le réveillon.
Avec Dominique Baviera, directeur du pôle plastiques, nous continuons les expositions sur nos quatre lieux : la Maison du Cygne, l’espace Jule Greling, la Maison du Patrimoine, la Batterie du Cap Nègre…
Là encore, je n’oublie pas notre public de demain et nous allons créer pour les écoles, des ateliers artistiques concernant tous les arts et organiser des rencontres scolaires.
Un beau programme !
Oui, chargé même car je continue en parallèle à suivre mes cours et je ne dois quand même pas oublier ma vie de famille ! Mais je suis à la fois passionnée et organisée, j’aime le travail bien fait et je me débrouille pour tout concilier !
Je voudrais juste, pour finir, rendre hommage à Georges Dalmas, notre santonnier, qui vient de nous quitter et le remercier chaleureusement avec sa femme Isabelle, du patrimoine qu’il nous laisse.»

2

On le voit, notre nouvelle adjointe aux Affaires Culturelles, ne manque pas d’énergie, d’idées avec cette passion qui l’a toujours guidée, qui lui a permis de ne jamais baisser les bras, qui a toujours su rebondir, toujours avec ce sourire et son calme, heureuse de toutes ces expériences vécues… et à venir car c’est loin d’être fini.
Bonne route sur tes chemins de traverse, Fabiola !

Jacques Brachet



Ma vie en rose… et en forme !

1
Alexandrine & Catherine Jimenez

Elles sont quadra, quinqua, sexa… et plus…
Elles sont célibataires, veuves, divorcées, retraitées… Seules surtout
Elles sont en forme, veulent le rester mais aussi ont envie de rencontres, de communication, de faire quelque chose ensemble… Pour continuer à voir la vie en rose.
Eh bien, c’est tout simple puisque justement, une association au nom éponyme leur propose de s’épanouir, de rester en forme et de sortir de leur solitude.
Voici un an qu’est née cette association collaboratrice, dont la cofondatrice est Alexandrine et la présidente Catherine Jimenez.
«Ma vie en rose» est devenue un lieu de rencontre à travers des tas de sports comme la marche à pied, la marche dans l’eau, le vélo, le paddle, le yoga et bien d’autres sports que les adhérentes choisissent elles-mêmes. Il n’y a pas de prof, pas de coach, pas de chef, juste une poignée de femmes qui décident de faire ensemble le sport de leur choix. Elles s’organisent entre elles et décident de se retrouver en forêt, sur une plage, sur une piste cyclable, qu’elles soient trois, dix ou quinze. Il n’y a pas d’obligation, seulement une suggestion, une proposition et vient qui veut.
Aujourd’hui l’association, qui fête sa première année, réunit une trentaine d’adhérentes venant de Toulon, Six-Fours, Bandol, Saint-Cyr, Sanary et quelques autres communes, pour passer de bons moments ensemble dans le plaisir du sport et des rencontres, quelquefois agrémentés d’un pique-nique ou même d’une visite d’un lieu.
C’est ce qu’elles appellent «Un sport doux et tranquille» où chacune va à sa vitesse, à son rythme, en toute liberté.

2

100% féminine et joyeuse, cette association permet aux femmes esseulées pour de multiples raisons, de ne pas rester dans leur coin, de s’ouvrir aux autres et de pratiquer des activités qui leur permet de rester au cœur de la vie en partageant des moments de plaisir, quel que soit leur âge, leurs envies, leurs préférences.
«Ma vie en rose» ? Ça pétille d’énergie, de plaisir, de jeunesse, de sérénité.
Vous pouvez, dès la rentrée, y adhérer pour 20€ l’année…Ce qui n’est pas cher pour voir la vie en rose !

Jacques Brachet
www.mavieenrose.frmavieenrose83@gmail.com – 07 66 77 25 27

Sur les pas de Jean GIONO

1

A l’instar de Marcel Pagnol, Jean Giono est un écrivain prolixe qui a su porter la Provence au sommet, qui en a chanté la beauté, la force, la rudesse.
Né à Manosque en 1895, il y est toujours revenu «plein d’usage et raison», totalement enraciné dans sa ville natale, Manosque, où il s’est éteint en 1970.
Il a su peindre magnifiquement le monde paysan provençal et ses romans au souffle romanesque, sont souvent inspirés de la tragédie grecque.
C’est adolescent qu’il commence à écrire des poèmes, des nouvelles, qu’il fait alors lire à Elise, jeune professeure à Manosque. C’est elle qui le pousse à continuer dans cette voie. C’est d’ailleurs elle qu’il épousera après la première guerre, en 1920
Cette guerre, il la fera contre sa volonté car il est un grand pacifiste. Il en reviendra traumatisé mais heureux – écrit-il – de n’avoir tué personne.
Il devient donc un écrivain engagé et subira évidemment la seconde guerre, où il sera accusé de «collabo». Ce qui, roman après roman, ne l’empêchera pas d’avoir tous les honneurs dont la légion d’honneur en 1932, de nombreux prix pour des romans comme «Regain», «Colline», «Le hussard sur le toit».

5 6 7

Il sera élu à l’Académie Goncourt en 1954, nommé président du jury du Festival de Cannes en 1961. Car entretemps, le cinéma s’est emparé de ses œuvres. Entre autres son confrère provençal, Marcel Pagnol, qui en a tiré les scénarios de «Regain», «Joffroy», «Angèle», «La femme du boulanger», tous ces films faisant la part belle à des comédiens provençaux dont les plus célèbres sont Raimu, Fernandel, Charpin.
Mais il n’est pas que Pagnol qui s’intéresse à ses œuvres. Marcel Camus tournera «Le chant du monde» avec Hardy Kruger, Charles Vanel, Catherine Deneuve et Ginette Leclec, la fameuse femme du boulanger. Jean-Paul Rappeneau nous offrira un flamboyant «Hussard sur le toit» avec Olivier Martinez, Juliette Binoche, François Cluzet et même Raoul Ruiz qui tournera «Les âmes fortes» avec Laetitia Casta, Arielle Dombasle, Frédéric Difenthal, Charles Berling, John Malkovitc, présenté à Cannes en 2001.. Henry Villiers tournera «L’eau vive» dont le scénario est signé Jean Giono, qui révèlera la comédienne Pascale Audret, sœur d’Hugues Aufray, disparue trop tôt, et Guy Béart dont la chanson éponyme deviendra un grand succès. Giono signera également le scénario du film de François Leterrier «Un roi sans divertissement» avec Charles Vanel et Colette Renard. Il réalisera «Crésus », aidé par Claude Pinoteau et Costa Gavras
A propos du cinéma, Giono avouait que si la rencontre avec Pagnol était inévitable, aboutissant à la réalisation des quatre films cités, les rencontres furent orageuses, leur vision de la Provence n’étant pas vraiment la même et il ne se reconnaissait pas dans les films à succès du réalisateur et ce qu’il appelait «son petit théâtre». Il aurait préféré un cinéma plus ample, plus lyrique, plus subjectif, à l’opposé du  naturalisme théâtral de Pagnol, écrit Jacques Mény
En 87, on découvrait au Festival de Cannes, un magnifique film d’animation tiré de son œuvre «L’homme qui plantait des arbres» signé Frédéric Back et dont on reconnait la voix de Philippe Noiret.

10 8 9

Pourtant, s’il fut à la fois écrivain, scénariste, réalisateur et même producteur à ses heures, il précisait que, s’il aimait le cinéma, ce n’était pour lui qu’une récréation qui lui apportait le mouvement et les paysages que la lecture n’apportait pas. Ça restera pour lui, à la fois «un amusement et une frustration d’écrivain qui s’est presque toujours senti trahi par les réalisateurs»
Dès 1929, il achètera à Manosque «sa maison» qu’il nommera le Paraïs, qui deviendra son refuge et où il écrira la majorité de ses œuvres. A sa mort, sa fille et sa femme créeront l’association des amis de Jean Giono et sa maison en deviendra le siège.
Le grand prix Jean-Giono, créé en 1990 par la femme et la fille de l’écrivain à l’occasion du vingtième anniversaire de sa mort, est un prix littéraire qui distingue chaque année l’ensemble de l’œuvre d’un auteur de langue française qui a défendu la cause du roman ; le prix du jury distingue quant à lui un roman en particulier. Ces prix sont hébergés par la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent.
Parmi les lauréats ayant obtenu ce prix : François Nourissier, Félicien Marceau, Michel Déon, Jean d’Ormesson, Jean-Marie le Clezio, Jean Raspail, Amélie Nothomb, Jean-Luc Coatalem…
A noter que l’équipe des «Notes de lectures» d’Evasion Mag a l’honneur et le privilège de faire partie chaque année du jury.

2 3

Aujourd’hui cette association est très active puisqu’elle propose des stages «Patrimoine et littérature» qui nous proposent la découverte du patrimoine de la Haute Provence à travers l’œuvre de Giono, avec des randonnées, des rencontres avec des écrivains, avec des témoins, héla de moins en moins nombreux, qui ont connu l’auteur.
Sont également proposés des ateliers d’écriture et de calligraphie, art qu’appréciait particulièrement Giono. Il employait d’ailleurs indifféremment les mots «écriture» ou «calligraphie» pour évoquer son geste d’écrivain. Geste qui lui procurait d’immenses plaisirs car il avait découvert que l’écriture pouvait être un dessin. Elle ajoutait chez lui un pouvoir de fascination, de volupté pour ce qu’il appelait «une jonglerie».
«Je n’écrivais pas bien – disait-il – j’écrivais beau. Qu’on me passe le mot, il peut paraître fat, j’entends dire tout simplement que les lignes de mon écriture me donnent un plaisir esthétique après m’avoir donné une joie d’exécution»

11 12
Photos Blanche Buffet-Hoffman

Au cours d’une ballade, on part sur les traces d’Angelo Pardi, le héros du «Hussard sur le toit», jeune colonel de hussards piémontais qui se réfugie en France suite à un duel politique lors de la lutte du Piémont contre la domination autrichienne qui, pour se cacher, se réfugiera de temps en temps sur les toits de Manosque.
Ces balades nous font découvrir des paysages, des lieux dits, des hameaux aux noms fleurant bon la Provence : St Martin des Eaux, Dauban, Vachères, le pont du Largue, le col de Montfuron, le col de l’homme mort, les gorges de la Méouge, Forcalquier….
Sur les pas de Giono, c’est retrouver la Provence, la vraie, la terre âpre mais oh combien belle et si magnifiquement décrite par l’auteur.
Jacques Brachet

EV1

CHATEAUVALLON –  Ollioules – HOMMAGE à GIONO
Mercredi 1er juillet 19h – Soirée Jean Giono
Giono méditerranéen / Jacques Meny (Conférence)
Claire Chazal et Charles Berling lisent Jean Giono
(Lecture)
Crésus
de Jean Giono (Cinéma)

4




Le monde fantastique de Federico FELLINI

2

Né en 1920 à Rimini en Italie, Federico Fellini est mort à Rome en 1993.
Il aurait 100 ans cette année
Il fut l’un des réalisateurs les plus original, le plus fantasque dans un cinéma des années 50, s’essoufflait un peu. Il lui a redonné ses titres de noblesse jusqu’à le ramener au premier plan.
Démarrant comme scénariste, il va très vite s’imposer en tant que réalisateur avec «Les nuits de Cabiria» et surtout «La strada», ce film voyant également naître une star : Giulietta Masina, qui deviendra son épouse en 43 et le restera jusqu’à ce qu’il disparaisse. Elle le suivra d’ailleurs quelques mois après. Fellini fait aujourd’hui partie des plus grands réalisateurs du monde avec à son palmarès quelques films marquants du XXème siècle : «Les Vitelline», «Huit et demi», «La dolce vita», «Satyricon», «Casanova», «La città delle donne», «E la nave va», «Ginger et Fred» et son tout dernier, «La voce della luna», tourné trois ans avant sa disparition.
Je ne le rencontrai qu’une seule fois, au festival de Cannes en 89, où il présentait «La cità delle donne» (La cité des femmes), grâce à mon amie la comédienne Anna Prucnal qui m’avait invité à un cocktail que la production donnait en son honneur et où j’allais avec mon fidèle ami, le photographe Serge Assier.

4b
11 3 12

Le tout Cannes était évidemment présent, d’où impossibilité d’avoir un moment d’entretien mais ce colosse à la stature impressionnante, était un homme affable, charmant, simple, qui prit le temps pour saluer tout le monde et d’avoir un mot pour chacun.
Alors que quelqu’un venait lui dire qu’il l’admirait et le considérait comme l’un des plus grands réalisateurs, il répondit humblement :
«C’est vrai, j’exerce ce métier de scénariste et de réalisateur mais je n’ai jamais considéré cela comme un vrai métier car c’est une passion avant tout, j’aime inventer des histoires, les raconter. Il y a certainement beaucoup de choses de moi dans mes filma, des épisodes de ma vie… Je m’attache à mes films comme à des enfants, certains que j’aime plus que d’autres…
Avez-vous un préféré ?

prod-db-a-de-laurentiis-films-marceau-dr-les-nuits-de-cabiria-le-notti-di-cabiria-de-federico-fellini-1957-affiche-ita-pnrb2x La_Strada unnamed

J’ai «une» préférée, c’est Gelsomina, l’héroïne de «La strada»… Je crois que j’en suis amoureux.»
On peut le comprendre puisque Gelsomina n’était autre que sa femme, restées dans le subconscient des amateurs du septième art avec son petit visage de clown chiffonné et triste, criant : «Et voilà le grand Zampano », réplique restée culte.
Fidèle à sa femme jusqu’au bout, on devait la retrouver dans nombre de ses films : «Les feux du Music-Hall», «Le Cheik blanc», «La strada», «Il bidone», «Les nuits de Cabiria», «Ginger et Fred», ce dernier auprès de Marcello Mastroianni qu’on retrouvait lui aussi dans «La dolce vità», «Huit et demi», «La cité des femmes», «Intervista», «Ginger et Fred»
Par contre Giulietta Masina lui fut cinématographiquement souvent infidèle, tournant entre autres avec Rossellini, Lattuada, Comencini, Bertolucci, de Filippo et même avec Duvivier et Brian Forbes.

13
10 affiche 7

Fellini avait une autre corde à son arc : il avait un sacré coup de crayon et nombre de restaurateurs ont gardé précieusement des croquis, des caricatures qu’il dessinait sur les nappes en papier. Et en cette année où il présentait à Cannes «La cité des femmes», le festival rendait hommage à l’artiste en présentant dans le Palais ses œuvres, beaucoup inspirées des femmes, de l’amour, du sexe… Cela faisait partie de ses fantasmes, surtout les femmes plantureuses et même plus que plantureuses, avides de sexe comme lui qui était quelque peu obsédé, disons-le !
Certains de ses dessins ne sont pas à mettre entre toutes les mains !
Couvert d’honneurs, de prix, de distinctions, il reçut entre autres la palme d’or à Cannes  pour «La dolce vità» et même Hollywood lui remit en 93 un oscar d’honneur !
Il laisse une œuvre à nulle autre pareille, originale, fascinante, onirique, symbolique, très souvent controversée mais qui fut toujours très populaire car chargée d’humour, souvent de paillardise, de joie et d’exubérance mais d’une rare intelligence, d’une grande qualité intellectuelle, d’un esthétisme que seul un peintre pouvait donner sur un écran.
En fait, une œuvre véritable qui fait partie du patrimoine mondial du septième art.

thumbnail_ginger-fred

Jacques Brachet
Photos Serge Assier




CHRISTOPHE… Nos paradis perdus

2

1964.
J’avais 18 ans et partais pour la première fois en tournée d’été avec Michèle Torr, Christophe, Hervé Vilard… Les trois idoles du moment.
Si Michèle et Hervé sont devenus mes amis au fil des années, ça n’a pas été le cas pour Christophe qui était un loup solitaire, malgré «Aline», son immense succès .
Il est vrai que, je l’ai déjà raconté, la tournée n’était pas tous les jours au beau fixe.
Durant des années nous ne nous somme donc plus croisés. Une fois au festival de Cannes dans une émission où Drucker m’avait invité, où je retrouvais mon amie Nicole Croisille, et où Christophe, beau comme un Dieu dragua honteusement ma femme ! Et une fois à Toulon où je l’interviewais pour RTL Toulon à la sortie d’un disque.
Alors, quel plaisir de renouer avec cet artiste hors norme, qui avait gardé une belle simplicité et qui, loin de caméras et autres objectifs, était un être volubile et passionné.
J’avais sollicité une interview lors de son passage au théâtre Galli de Sanary. Interview qui m’avait tout de suite été accordée. Ça nous changeait des tergiversations de nos «idoles» d’aujourd’hui !
La rencontre se ferait après le spectacle.
Ce fut un bien beau spectacle et le retrouver quelques minutes après dans sa loge, nous fait remonter le temps, l’époque des années «Age Tendre» où l’on s’était connu… Lui qui a l’air si sombre, malgré quelques plaisanteries qui détendent l’atmosphère sur scène, le voilà souriant, volubile et parlant de son spectacle comme si l’on s’était quitté hier…
Et pourtant, 50 ans ont passé !

3 4

Je le retrouvai, donc très disponible derrière ses lunettes bleues et la conversation fut on ne peut plus cordiale. On se souvenait de cette tournée pas banale qui réunissait trois artistes émergents, lui, Michèle Torr et Hervé Vilard et… en coulisses, une certaine Nicole Grisoni qui servait d’habilleuse à Hervé et deviendrait, peu de temps après… Nicoletta !.
Tout démarrait alors pour nous et l’on était tous sur un pied d’égalité. Il n’y avait entre nous ni producteur, ni attaché de presse, ni agent pour jouer les senseurs, nous interdire les photos, «protéger» les artistes des journalistes. Bien au contraire.
On fait une photo ? OK ! tu veux une interview ? Pourquoi pas ?
C’est vrai que c’était Christophe le plus difficile à convaincre, d’autant qu’il vivait une période plutôt bizarre avec Michèle Torr, qui allait rentrer de tournée enceinte de Romain, qu’il ne reconnut pas. Mais c’étaient leurs affaires et à part les journaux à scandales (déjà), nous n’en parlâmes jamais.
Noud n’en avons d’ailleurs pas parlé ce soir là qui fut notre dernière rencontre.
Il m’accordada un long entretien dont voici un extrait.
Ce qui est formidable, Christophe, c’est qu’aujourd’hui, comme Johnny, tu es devenu un «classique» avec qui tout le monde a envie de collaborer !
C’est très touchant mais je ne pense pas avoir changé. Je suis ma route… Je suis toujours en suspension et je ne me pose pas trop de questions. Moi, je vis de musique, elle me nourrit et c’est le principal. Le reste, je m’en fous…

5

Tout de même,  «Les mots bleus», c’est vraiment une chanson inter-générations !
Bien sûr, je ne suis pas un sauvage comme on le croit, la preuve ! Et ça fait toujours plaisir de savoir qu’on t’aime, qu’on apprécie ce que tu fais. Ça permet d’avancer, d’évoluer…
Sais-tu que la musique des «Mots bleus», je l’ai écrite en dix minutes ! J’adore la version de Bashung, celles aussi de Thierry Amiel et Soan… Et je ne compte pas les versions étrangères !
C’est ton plus gros tube ?
Non, bizarrement c’est «Aline» qui a le plus de versions à travers le monde !
Elle est d’ailleurs ressortie en 79, c’est à dire 15 ans après et l’on en a vendu 1 million 500 mille !
Des regrets, Christophe ?
Non, aucun… si ce n’est celui de ne plus avoir 20 ans !»

Il en avait Aujourd’hui 74 et il nous a quitté à, cause de ce sale virus… Il avait 74 ans.
Adieu l’ami

Jacques Brachet
Photos Christian Servandie


Hyères – Auditoriums du Casino
Erick BAERT, l’OVNI de l’imitation !

1

Par OVNI, il faut lire : «Organe Vocal Non Identifiable» !
Cet OVNI se nomme Erick Baert et je l’ai découvert cet été, alors qu’il passait en première partie de Liane Foly sur la tournée Var Matin-Nice Matin.
Je dois dire – et je j’avais alors écrit –qu’il m’avait scotché par son talent, son énergie, sa voix exceptionnelle et sa façon de mêler les voix des autres aussi différentes que AC/DC et Farinelli, le fameux castrat, Johnny et Christophe, Mike Brant et Serge Gainsbourg, les Bee Gees et Edith Piaf, Joe Cocker et Céline Dion et… 130 autres voix !
Ebouriffant !
Et le public – chose rarement vue – lui faisant plusieurs standing ovations durant le spectacle. Après ça, il fallait du courage à Liane Foly pour passer dernière cette tornade !
Vue la foule qui, après le spectacle, s’agglutinait pour le rencontrer, on se doutait qu’on n’avait pas fini d’entendre parler de lui. Je me demandais même comment, alors qu’il a 40 ans passé, on avait pu aussi longtemps passer à côté d’un tel phénomène !
C’est ce que j’allais lui demander lors de son passage, samedi dernier à l’auditorium du Casino de Hyères qui affichait complet.

4 5 6

Un grand sourire plein de simplicité nous accueillait et l’on voyait le bonheur sur son visage.
A ma question, il m’explique son cheminement :«C’est entièrement de ma faute car, dès le départ, j’ai travaillé avec des entreprises, j’ai fait des animations dans les casinos. C’étaient des concerts privés, j’y faisais le plein, ça marchait, je gagnais bien ma vie et ça me suffisait. J’ai enchaîné avec des animations de karaoké où je faisais des imitations sur des bandes orchestre.
Quand est-ce que ça a changé ?
J’ai fait l’émission «Graines de stars» que j’ai gagnée trois, quatre fois, je tournais alors avec cinq autres animateurs sous le nom des «Six clones». Là, Michel Drucker m’a remarqué et j’ai fait deux saisons avec lui.
Ça a dû te changer des entreprises ?
Pas tant que ça car avec elles, j’ai fait le tour du monde et j’étais à chaque fois reçu comme une vedette ! Je n’avais pas de rêve de gloire, je gagnais bien ma vie et j’avais créé une personnalisation d’entreprises…
Qu’est-ce que c’est ?
Durant deux jours, je m’immergeais dans l’entreprise avec laquelle je travaillais, je prenais des notes, je m’imprégnais de l’ambiance, des personnages clef et durant la soirée, je consacrais vingt minutes à celle-ci.
Après Drucker, il s’est passé quelque chose ?
Oui. J’ai été approché par Canal + pour les Guignols, par TF1, par «Rires et chansons»…
Et alors ?
Alors… j’ai refusé !
Pourquoi ?
Je ne me sentais pas au niveau, je n’ai pas osé… Ai-je eu tort ou raison ? En tout cas, d’autres ont profité de mes refus !

3

Tu ne l’as jamais regretté ?
Non, car c’était mon choix, j’ai refusé en toute connaissance de cause, je ne me sentais pas prêt jusqu’au jour où j’ai enfin pris la décision de me produire seul sur scène. Durant quatre ans j’ai travaillé ma voix quinze heures par jour, toute la semaine. Du coup, j’ai gagné deux octaves et tout a commencé à changer pour moi.
Et tu as fait un carton tout l’été, durant quarante dates avec cette tournée !
Je dois tout à cette tournée. Quand j’ai vu la joie des gens, cet engouement, j’ai vraiment pris confiance en moi. J’ai été très heureux et j’avoue que certains soirs j’en ai pleuré de joie.
Ça a donc été un tournant !
Oui et pour beaucoup de raisons. J’ai compris que  là était ma place, sur scène, devant un public. J’étais mal entouré et j’ai fait le vide autour de moi, j’ai repris ma liberté, ma confiance en moi. J’ai tout changé, jusqu’à ma façon de travailler, de jouer avec le public. Et dans la foulée, j’ai récupéré les musiciens de la tournée qui sont fantastiques !
Donc, aujourd’hui tout va bien ?
Le mieux du monde ! Je suis heureux, je travaille avec ma femme, mes deux filles sont heureuses de ce que je fais… Que demander de plus ?
Tu fais quelques 140 voix, ce qui est déjà extraordinaire. Y en a-t-il qui t’échappent ?
Beaucoup de  voix de femmes car la mienne est très grave. Côté hommes : Freddy Mercury car il a une voix très lyrique, ce que je n’ai pas. J’ai bien essayé de prendre des cours mais d’abord, je n’ai aucune patience et si ça ne marche pas tout de suite, j’abandonne. Et puis, on me l’a déconseillé, au risque de perdre ma propre voix.
Mais bon, ça ne m’empêche pas de dormir, le plus important pour moi est de monter sur scène. Il y a toujours du stress, mais c’est du bon stress et c’est là que je suis heureux».

7

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Patrick Carpentier


Hyères – Casino des Palmiers
Jean-Marie PERIER… La nostalgie est bien ce qu’elle est !

2

Ado, j’accrochais dans les murs de ma chambre le poster central que je détachais tous les mois dans «Salut les copains», Johnny, Cloclo, Sylvie, Françoise… Tous, au fil des mois, venaient tapisser les murs. Et je me disais que ce garçon qui les faisait avait bien de la chance d’approcher ainsi nos idoles, de voyager avec elles, de leur faire des photos quelquefois totalement folles.
Je rêvais de pouvoir faire pareil et de rencontrer ce drôle de photographe nommé Jean-Marie Périer.
Quelques années plus tard, je devenais journaliste et je faisais la même chose que lui, à ma dimension provinciale évidemment, mais je partais en tournée avec ces artistes dont certains devinrent des  amis et le sont encore, pour ceux qui sont encore là.
Ce n’est que plus tard que je rencontrais enfin celui qui m’avait fait rêver et qui m’avait incité à faire ce métier. Ce qui est drôle d’ailleurs, c’est qu’avant de le rencontrer, j’avais noué des liens amicaux avec son père, le comédien François Périer, que je rencontrais souvent en tournées.
La rencontre fut amicale, chaleureuse, nous avions plein de points communs, plein d’amis communs,
Plein de souvenirs identiques de cette époque bénie que l’on appelait les sixties.
Et plein de nostalgie aussi de ce temps passé, heureux, libre, joyeux et dont les stars avaient notre âge.
Aujourd’hui, chacune de nos rencontres est toujours aussi chaleureuse et nous évoquons avec plaisir ces souvenirs indéfectibles d’une jeunesse magnifique que nous avons eue.
Nième rencontre donc avec l’ami Jean-Marie ce dimanche au Casino de Hyères, où il donnait sa conférence-photo intitulée «Flashback».
Et la conversation reprend et, avec les années qui passent, quelques digressions sur… notre âge qui avance !

5

«Je viens de fêter mes 80 ans et je t’assure que lorsque j’entends des gens de notre âge (Et tu as du bol d’être plus jeune !) dire qu’ils ne sont pas nostalgiques de leurs 20 ans, je n’en crois pas un mot.
Déjà, il y a des choses qu’on ne peut plus faire, on perd la mémoire et le poids de l’âge se fait sentir.
Avoue que nous avons vécu une période bénie. Nous rêvions d’Amérique, même si aujourd’hui ce n’est plus vraiment un rêve, nous n’avions pas de limites et quant à moi, le hasard et la chance ont été de rencontrer un homme nommé Daniel Filipacchi qui m’a mis un appareil photo en main et donné toute liberté de faire ce que je voulais, avec tous ces jeunes artistes qui démarraient comme nous, qui avaient notre âge.
Nous étions tous heureux de vivre, de faire ce qu’on aimait, les artistes, à part Claude François, ne parlaient pas alors de leur image et étaient toujours partants pour faire des trucs totalement fous.
Aujourd’hui, tu continues à faire des photos ?
Oui, pour mon plaisir mais photographier des artistes c’est fini, à part Thomas Dutronc pour la couverture d’un magazine de jazz. Mais c’est plus par amitié car j’adore ce mec… et ses parents !
Je vis la plupart du temps dans ma maison de l’Aveyron, à Villeneuve, je photographie la nature.
Mais je n’ai pas envie de photographier les artistes d’aujourd’hui tellement ça devient compliqué pour prendre un rendez-vous, à cause de leur entourage, de leur suspicion, de «leur image». Certains ont des ego surdimensionné. Et toi, photographe, tu as un mal fou à faire ton travail pendant que des milliers d’Iphones les prennent en photo et qu’on voit des photos minables sur tous réseaux sociaux. Le métier a totalement changé, il n’y a plus l’insouciance que l’on a vécu. Il n’y a plus de complicité avec les artistes. Mon métier, comme nous le pratiquions alors, n’existe plus.
Bon, ceci mis à part, te voilà sur les routes avec cette conférence où tu présentes les superbes photos de tes rencontres, photos que l’on retrouve dans de superbes albums.
Oui, de temps en temps je fais quelques conférences lorsqu’on me le demande. Ça fait plaisir aux gens de notre génération, ça me fait plaisir aussi de parler de tout ça et ça fait marcher la tronche !
Ces albums que j’ai sortis, c’est grâce à Etienne Daho qui m’a dit un jour : «Tu devrais faire des livres, je suis sûr que ça plairait aux gens de revoir toutes ces photos». Du coup je l’ai fait et ça a marché.
Facile de faire un choix parmi toutes celles que tu as faites ?
Oui car toutes sont rattachées à des souvenirs. Mais ça a failli ne pas se faire car lorsque Daniel Filipacchi a disparu toutes les archives ont failli partir à Paris Match. Grâce à sa collaboratrice, j’ai eu  le temps de sauver ces photos, même si certaines ont disparu et je t’assure qu’il a fallu trier, ranger, répertorier, dépoussiérer…
Tu viens d’ailleurs d’en sortir un nouveau ?
Oui car j’ai monté ma propre maison d’édition nommée «Loin de Paris» pour pourvoir aider certains artistes qui ont du mal à être édités. Et l’on m’a demandé de… commencer par moi ! Il est donc sorti cet album intitulé  tout simplement «1960-1970». Il y a entre autres 150 nouvelles photos.
Tu es donc définitivement loin de Paris ?
Oui, à Villeneuve je me ressource, j’ai été accueilli à bras ouverts et un jour, le maire m’a fait découvrir une très belle maison du XIIIème siècle dont il ne savait pas quoi en faire. En fait, il m’a proposé d’en faire un musée. La maison comporte sept salles et j’y ai accroché 185 tirages. Ça marche très fort et de mille personnes en temps normal aujourd’hui y viennent plus de dix mille personnes !
Tu vis donc de tes rentes !
Mes photos passionnent les gens, ils les achètent et ce qui est curieux c’est que je vends beaucoup à l’étranger.
Fréquentes-tu toujours ces artistes de l’époque ?
Tu sais, les rangs s’éclaircissent. Après Claude, Johnny me manque beaucoup. Avec lui une page s’est tournée. Je revois toujours Françoise, Jacques et Sylvie, Sheila un peu moins mais, même si je n’aimais pas ce qu’elle faisait, je l’adorais pour sa gentillesse, sa joie de vivre. Mais ce sont les seuls.

3 4
Avec sa chienne Daffy… « Ce n’est pas ma chienne… c’est ma femme !!! »

Es-tu allé sur les tournées «Age Tendre» ?
Ah non, surtout pas… Ce serait un cauchemar ! Je trouve déjà pathétique de vieillir je n’ai pas envie de voir ces «vieux» artistes qui ont mon âge chanter des chansons qui datent de 50 ans. Je comprends que le public veuille retrouver tout ça, c’est d’ailleurs aussi le public qui vient me voir. Mais je préfère les garder dans mes souvenirs.
D’ailleurs, ça fait trente ans que je ne vais plus à un concert. Pour voir des artistes en tout petit sur scène ou sur un écran, ça ne m’intéresse pas. Mais aussi, ce qui me plaisait, c’est qu’on se retrouve après le spectacle. Tout ça c’est fini..
Les réseaux sociaux ?
Ça ne m’intéresse pas sauf Instagram où j’écris un texte et mets en ligne une photo tous les jours. Ça aussi ça fait marcher la tronche et ça donne la température des photos que les gens préfèrent.
A propos d’écrire, tu y as pris goût… A quand un prochain livre ?
Je suis en train d’écrire un livre sur mon grand-père Jacques Porel qui a eu une vie fabuleuse. Il n’a jamais travaillé de sa vie et était considéré comme un boulevardier. C’est-à-dire un homme, au début du siècle, qui était beau, brillait en société et qu’on appelait pour animer une soirée, un repas, comme Tristan Bernard ou Alphonse Allais. Il connaissait le tout Paris, était invité partout, était le fils de Réjane… Je me souviens d’un jour où j’étais seul avec lui et le boxeur Georges Carpentier, alors plus très jeune. Après le repas le boxeur nous invite chez lui et nous propose de prendre l’ascenseur pendant que lui prendrait l’escalier. Et je me souviens de mon grand-père me disant : «Laissons-lui le temps de grimper !»i
J’aimerais donc rendre hommage à cet homme original et magnifique»
Et écrire un livre sur ton père François Périer ?
Je l’ai fait dans mes mémoires. J’ai raconté toute mon histoire. Je ne remercierai jamais assez mon père pour ce qu’il a été pour moi. La page est tournée.

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Patrick Carpentier