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Amaury de CRAYENCOUR… Un comédien heureux

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Photo Philippe Matsas

Théâtre, cinéma, télé… Amaury de Crayencour est un comédien qui enchaîne rôles sur rôles et dont la télé a fait de lui un artiste populaire tant il a joué, en « guest », dans des séries télévisées, de « Julie Lescaut » à « RIS » en passant par « Le bureau des légendes », « Camping Paradis », « Nos chers voisins », « Tandem », « Cassandre », » « César Wagner », ces deux dernières séries tournées en 22, sans compter, cette même année «Le souffle du dragon » avec Julie Gayet et Lola Dewaere et « Et toi, c’est pour quand ? » avec Blandine Bellavoir.
Mais lorsqu’il n’est par sur le petit écran, il est sur le grand ou au théâtre !
Le voilà d’ailleurs en tournée avec la pièce de Benoit Solès » « La maison du loup – A la rencontre de Jack London », mise en scène de Tristan Petitgirard, avec Benoît Solès « in person » et Eléonor Arnaud. Il se posera le vendredi 20 janvier à la Chaudronnerie à la Ciotat puis on le retrouvera le Vendredi 3 mars au Palais des Congrès de St Raphaël.

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Photo Fabienne Rappeneau

« Amaury, parlez-nous de cette pièce que vous emmenez en tournée…
C’est une pièce originale de Benoit Solès qui, suite au succès de « La machine de Turing » (4  Molière 2019) a écrit cette histoire et a réuni à nouveau la même équipe autour de lui… On ne change pas une équipe qui gagne !
C’est tiré d’une histoire vraie ?
C’est une histoire qu’a écrit Benoît Solès à partir d’une partie de la vie de Jack London, que je joue. Il avait alors 40 ans et est mort un an après. Jack London était devenu très riche. Il avait construit un manoir de 25 pièces, ultime rêve de sa vie de riche héroïnomane et alcoolique. Surdoué et écolo, il avait le foie détruit. Il n’arrivait plus à écrire et faisait appel à des journalistes qui pouvaient lui apporter des histoires.
Jusqu’à ce que son manoir soit détruit par un feu.
Il fut emprisonné en 1894 et raconte la vie d’alors d’un prisonnier, Dannell Stanting, dans « Le vagabond des étoiles ». Il faut savoir qu’à cette époque un directeur de prison pouvait, pour faire parler un prisonnier, lui mettre la camisole de force  et le condamner à mort. C’est ce livre qui a fait abolir ces traitements.

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Photo Fabienne Rappeneau

En 2014 vous avez été nominé aux Molière pour « Le porteur de rêve » d’Alexis Michalak, puis vient le succès de « La machine de Turing »… Vous avez le nez pour choisir vos pièces !
(Il rit)… J’ai le pif ! Tristan Petitgirard m’avait vu dans « Le porteur d’histoire », il est venu me dire qu’il voulait travailler avec moi et m’a proposé de jouer dans « La machine de Turing ». Tout est parti de là. A Avignon, nous avons fait une petite lecture avec quelques producteurs qu’on avait invités. Et de là, c’est devenu une grosse production ! Aujourd’hui, on retrouve la pièce dans la série chez Nathan « Les carrés classiques » où l’on trouve tous les plus grands auteurs à faire travailler aux élèves !
Même si l’on vous voit beaucoup à la télé, vous avez commencé par le théâtre…
Oui, à 17 ans et bizarrement ma première pièce a été « Le visiteur » d’Eric-Emmanuel Schmidt… qui produit aujourd’hui « La maison du loup ». La boucle est bouclée !
Pas trop difficile de se partager entre théâtre et tournages ?
Je ne vous dirai pas le contraire ! Quelquefois le planning est compliqué car une pièce de théâtre prend du temps, il y a les répétitions, les tournées et c’est un casse-tête lorsqu’on ajoute un tournage. C’est pour cela que je suis rarement dans un rôle principal d’une série. Il y a quand même eu « Les copains d’abord avec Julien Boisselier, Olivia Cote, Judith Siboni où nous jouions deux couples. Une jolie série
Mais j’arrive à concilier les deux avec aussi ma vie de famille, mon épouse, la comédienne Bahia Rehas et mes deux enfants.

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La machine de Turing – Le souffle du dragon

Vous avez joué avec elle ?
Dans « Tandem ». Sinon nous avons des projets différents mais nous essayons de tout concilier. Par exemple, elle va venir tourner une série à Marseille et je vais aller m’y installer un moment avec les enfants. Puis ce sera à son tour de me rejoindre sur un tournage près de Toulouse.
Nous nous nous sommes rencontrés sur « Le porteur d’histoire » d’Alexis Michalak puis retrouvés sur la série « Paris un jour de… (d’anniversaire, de transition, d’incruste…)
Votre nom est en fait Amaury Cleenewerk de Crayencour… Difficile à porter !
Surtout à dire et retenir lorsqu’on est comédien ! J’en ai donc enlevé une partie que j’avais déjà enlevée à l’école, sur les conseils de ma mère. C’est un nom qui remonte à quatre ou cinq générations. J’avoue qu’il faudrait demander à mon frère, il s’y intéresse plus que moi, d’où il vient et depuis quand il existe. Je sais qu’il vient du nord de la France et qu’il est devenu belge grâce à mon grand-père qui a épousé une femme belge !
C’est aussi l’anagramme de Yourcenar, la romancière Marguerite Yourcenar était votre grand-tante !
Ne s’entendant pas avec la famille elle a alors transformé son nom et est partie vivre aux États-Unis car elle tenait à sa liberté. Elle s’entendait bien avec mon grand-père avec qui elle a échangé une correspondance. Ça n’était pas toujours très littéraire mais il y a des lettres magnifiques. Elle avait une grande ouverture d’esprit.

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Les copains d’abord – César Wagner

Alors, vos projets ? Aussi importants que cette année 22 ?
On peut le dire ! J’ai d’ailleurs cette tournée qui va se continuer jusque vers avril. Puis en avril-mai je tournerai deux épisodes de « César Wagner «  avec Gil Alma et Olivia Cote que je retrouve. Je vais aussi enregistrer un livre audio : « Une belle matinée » de… Marguerite Yourcenar, l’histoire d’un enfant de 12 ans qui se lie d’amitié avec un vieil acteur anglais, qui lui communique sa passion du théâtre. Il y a des rapprochements avec ma vie.
Ensuite je vais retrouver Tristan Petitgirard qui va adapter sa pièce « Des plans sur la comète » pour en faire un film auquel il m’a demandé de participer.
Le chômage… Vous ne connaissez pas ?!
J’ai cette chance de pouvoir choisir mes projets au théâtre, au cinéma, à la télé.
Je vis une belle aventure ! Je suis heureux»

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Souvenir du Festival de la Rochelle 2022

Propos recueillis par Jacques Brachet

Vincent FERNANDEL
« Ma famille est mon ADN et mon héritage »

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Je me souviens d’un petit garçon de sept-huit ans qui m’avait rabroué parce que je ne lui avais pas demandé de me signer le livre de son père, « Fernandel de pères en fils ». Ce gamin était Vincent, fil de mon ami Franck Fernandel, que j’avais invité à Toulon pour signer son livre.
Le minot a aujourd’hui 40 ans (Eh oui !), son père nous a quittés depuis dix ans et quand je regarde Vincent, je vois son père, tant il lui ressemble.
Le troisième Fernandel a depuis, taillé sa route mais, un chien ne faisant pas un chat, il écrit des chansons, des pièces de théâtre, des livres, il a été journaliste et il rigole lorsque j’évoque notre première et seule rencontre ;

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« Oui, ça me fait rire car j’ai eu une éducation entre des parents très présents, un père qui avait une idée simple de ce métier. Il n’a jamais voulu être une star et avait beaucoup de recul face au show biz. Il relativisait le fait d’être le fils d’une vedette et artiste lui-même. Et il a toujours été vigilant face à mon éducation.
Il ne m’a jamais rien imposé, m’a toujours dit de faire ce que je voulais, à condition d’être sérieux dans mon travail, honnête et digne du nom que je portais.
Je ne me suis jamais senti investi de quoi que ce soit. Avec lui, on parlait de tout et rarement de son métier. Je suis heureux et fier du père que j’ai eu et ce que tu me racontes aujourd’hui me fait rire car c’est tellement loin de moi ! Mais petit, être fils et petit-fils de personnages comme eux n’est pas toujours évident, surtout vis-à-vis des gens qui imaginent mal que nous sommes des personnes comme les autres. Et je remercie mes parents de m’avoir donné ce sens des réalités.
Justement, comment se construit-on entre deux célébrités ?
Comme un garçon ordinaire. Au départ, j’ai eu envie de faire des études audiovisuelles. Je n’avais aucune velléité d’être chanteur ou comédien. Je préférais être dans l’ombre pour mettre les autres en valeur. Je pensais que ma place était derrière. Le hasard a fait qu le producteur de Frédéric Lopez m’a proposé d’être chroniqueur sur Match TV, qui n’existe plus d’ailleurs. J’ai été happé par les médias, puis je suis devenu animateur, journaliste spécialisé dans le cinéma sur M6.
Mais j’ai toujours gardé cette envie d’aider les gens.
J’aimais le théâtre, non pour être comédien mais pour aider des jeunes comédiens. J’ai donc pris des cours de théâtre et j’ai créé les Ateliers Vincent Fernandel.

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Et tu t’es pris au jeu ?
C’est grâce à Fanny Tempesti, fille de Gérard Tempesti, le producteur de mon père, qui a pris le relais de son père. Un jour, me voyant raconter des histoires à des enfants et voyant leurs yeux briller, elle me dit : «Pourquoi n’enregistrerais-tu pas des contes ? Si ça te dit, je m’occupe de toi»
C’est  ainsi que ça a commencé. J’ai enregistré les fables de la Fontaine puis, j’ai pensé à mon idole : Alphonse Daudet. Je pense que s’il n’avait pas existé, nous n’aurions pas eu Giono ou Pagnol. J’ai donc enregistré « Les lettres de mon moulin »,
(Sortie le 16 décembre sur toutes les plateformes.Le volume 2 sortira le 27 janvier et le volume 3 le 24 février)
C’est un nouveau tournant pour toi ?
Tu sais, je vais avoir 40 ans, j’ai toujours aimé dire les mots de Daudet et je pense que c’est arrivé en temps et en heure. Il me fallait du temps. J’ai toujours eu besoin de temps pour faire quoi que ce soit. Le temps est donc arrivé. Du coup, j’ai créé les productions Vincent Fernandel aidé par Fanny. Sans elle, je ne l’aurais pas fait car elle a toujours été auprès de moi comme elle l’était auprès de mon père. Je lui dois beaucoup.
Tu as écrit un livre sur ton grand-père mais pas sur ton père…
Tu sais que tu es le premier qui me pose cette question et ça me fait plaisir que ça vienne toi qui as été l’ami de Franck.
Lorsqu’on m’a proposé d’écrire ce livre sur Fernandel, j’ai plusieurs fois refusé. Ce qui m’a décidé c’est qu’alors il allait avoir cent ans et j’ai eu peur qu’a l’occasion, il sorte tout et n’importe quoi sur lui, comme ça a déjà été le cas. J’ai donc décidé de le faire car moi, je savais de quoi je parlais !

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Et Franck alors ?
Il y a dix ans qu’il a disparu, il a enregistré beaucoup de chansons et quelques succès. Je me suis dit qu’on ne les entendait plus et, plutôt que d’écrire un livre, pourquoi ne pas rééditer toutes ces chansons ? Et pourquoi ne pas devenir le producteur de mon père ?  Le problème était que je n’étais ni propriétaire ni producteur de ses chansons. J’ai décidé de le devenir. Ce qui a été un très long travail car je voulais qu’il soit fier de moi. Autre hasard : un jour le directeur artistique de Marianne Mélodie, Matthieu Moulin, m’appelle pour me dire qu’il voulait sortir une compilation de ses chansons, ce qui m’a fait énormément plaisir. Je me suis dit qu’il était temps de faire ce que je voulais faire. J’ai mis deux ans pour récupérer quelque vingt masters, dont le disque de « L’amour interdit » qui date de 83. Je compte sortir tout ça en 23.
Tu produis d’autres choses ?
Je suis en train de travailler avec un jeune chanteur, Florent Richard et son premier album devrait aussi sortir l’année prochaine. Là encore, j’ai pris le temps car je préfère faire une chose à fond plutôt que de faire n’importe quoi à la va vite. Une bonne daube ne se fait pas en deux heures !
J’ai toujours pris le temps de faire chaque chose et installer des échanges humains.
Dans tout ce que tu as fait, il est une chose qui est un peu originale : la sortie d’un livre intitulé « Au cœur de la fougère », un livre parlant… rugby !
(Il rit) Là encore le hasard car je ne connais strictement rien en rugby !
Un jour, un un producteur me convie à rencontrer le journaliste, Ian Borthowick, car il veut me rencontrer pour un documentaire qu’il veut faire sur les All Black. Curieux, je le rencontre et je lui dis que je ne suis pas l’homme de la situation. Au bout de six heures d’entretien, il me propose quand même de partir avec lui en Nouvelle Zélande.
Nous y avons passé 45 jours mais en revenant,le producteur a été lâché par un investisseur. Que faire de tout ce travail ? Heureusement, je prenais des notes jour après jour et lui faisait les photos. On a donc décidé d’en faire un livre… Voilà l’histoire. Ça n’a pas été un bestseller mais une belle expérience qui m’a appris beaucoup de choses.
En fait, tu es un artiste multiple et un homme heureux !
On peut dire ça. J’ai la chance, le luxe d’avoir une famille qui m’a donné de belles bases d’amour, de simplicité, de joie de vivre. En plus, lorsque je rencontre des gens qui me parlent avec toujours autant d’émotion et d’admiration de mon père et de mon grand-père, ça ne peut que me rendre heureux.
Ma famille est mon ADN et mon héritage.
J’en suis fier.

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Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Sophie di Malta

Thibault de MONTALEMBERT, acteur anglo-saxon ?

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On connait le comédien qui a explosé dans la série « 10 pour cent » mais qui poursuit une magnifique carrière au théâtre, au cinéma, à la télévision.
On l’a notamment vu dans « L’absente » avec Clotilde Courau, dans « Les aventures du jeune Voltaire » avec Thomas Solivéres et il nous a offert un rôle irrésistible de travesti dans « Miss ».
Mais depuis quelques temps, est de plus en plus appelé par le cinéma anglo-saxon.
Et du coup, depuis quelques mois, il enchaîne des films anglais et américain, pour la plupart du temps en France mais sa carrière est en train de devenir internationale.
Le rencontrer est toujours un moment amical et là, son actualité étant tous azimuts que je ne pouvais pas la passer sous silence !

« Ça va pour toi, Thibault, en ce moment !
(Il rit) Je n’ai pas à me plaindre puisque j’ai été sur quatre films ou séries à la suite… Et en plus, sans souvent quitter Paris puisque aujourd’hui, les américains viennent de plus en plus tourner chez nous et en Angleterre, grâce à un plan fiscal qui les fait venir ici. Du coup je joue chez moi la plupart du temps.
Alors, on commence par quoi ?
Eh bien « Benjamin Franklin » qui est une grosse série d’Apple, réalisée par Timothy van Patten, où les acteurs sont américains et français. Franklin est joué par Michaël Douglas mais on retrouve Jeanne Balibar, Ludivine Sanier, Robin Renucci…
J’ai eu la chance d’être choisi le premier sans passer par un casting.

LES AVENTURES DU JEUNE VOLTAIRE 3 4
Dans « Voltaire » (Le duc d’Orléans) – Dans « Miss »

Quelle en est l’histoire ?
Le scénario est tiré du livre de Stacy Shift « La grande improvisation ».
Je suis le ministre des affaires étrangères de Louis XVI, Charles Gravier de Vergennes. Il fut diplomate durant 13 ans chez le sultan de Turquie et est nommé à Versailles pour succéder à Maurepas. Ça se passe sur dix ans, entre 1770 et 17779, et dix ans avant la Révolution. Il y a Beaumarchais qui est un espion et un trafiquant d’armes pour les américains et Benjamin Franklin, connu internationalement pour ses inventions, mais pas non reconnu en politique, vient demander à la France un soutien en argent et en armes pour aider les anglais.
On connaît peu ce de Vergennes
C’est vrai qu’il n’est pas connu du grand public et je pense que c’est un oubli fâcheux de l’Histoire car s’il n’est pas un courtisan, c’est un homme très cultivé et très bosseur. On peut dire qu’il a inventé la diplomatie moderne.

L'ABSENTE 5
Dans « L’absente »

Oublions donc l’Histoire et les perruques… Tu te retrouves dans « My mother’s wedding ».
Et ça, c’est la cerise sur le gâteau car c’est Kristin Scott Thomas qui m’a proposé ce rôle dans le premier film qu’elle réalise et dans lequel elle joue une femme qui a trois filles et qui va se marier pour la troisième fois. Ses filles sont jouées par Scarlet Johanson, Emily Beecham (qui a eu le prix d’interprétation au festival de Cannes) et Sienna Miller. C’est, je crois, l’histoire romancée de Kristin.
Et toi dans tout ça ?
Je joue un caméo (genre guest star !), un milliardaire qui est amoureux fou de Sienna Miller et qui arrive à l’improviste au mariage… en hélicoptère. Ça a été un film très joyeux à faire avec quatre actrices magnifiques.
Et nous voilà au troisième film : « Heart stopper »
C’est une série adaptée d’une BD qui a eu un énorme succès en Angleterre, la série a fait un carton et du coup d’autres épisodes sont tournés. Je ne connaissais pas du tout la série, j’ai dû donc toute la regarder ! J’ai aimé et surtout, on me proposait de tourner avec Olivia Colman (The Crown)… Et ça, ça ne se refuse pas car elle est une actrice admirable et une femme exceptionnelle.
Alors, heureux ?
Evidemment, d’autant qu’aujourd’hui je reçois plus de propositions anglo-saxonnes que françaises.

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Tu as quand même tourné « A l’Ouest rien de nouveau » !
Oui, c’est vrai et j’y joue le Maréchal Foch. Je suis tellement grimé qu’on a du mal à me reconnaître ! Mais j’ai de très belles scènes. C’est un film de l’allemand Edward Berger, un film de guerre où j’incarne le général Ferdinand Roch.
Mais j’ai aussi tourné pour Netflix « A.K.A» de Morgan Dalibert. Je suis un mec des services secrets français, une sorte de barbouze et j’ai été heureux de tourner avec Alban Lenoir, comédien mais aussi réalisateur de « Balles perdues » 1 et 2.
Avec tout ça, plus de théâtre, je pense !
Eh bien non puisque je reprends, du 10 février à fin avril au Théâtre libre, la pièce tirée du livre d’entretiens de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, journalistes du Monde, avec François Hollande « Un Président ne devrait pas dire ça ». J’y joue avec Hélène Babu, mon épouse, Scali Delpeyrat et la chroniqueuse Lison Daniel.
Il y a d’autres projets mais pour le moment je ne peux pas t’en parler ! »

On attendra donc des nouvelles du plus anglo-saxon de notre comédien français !

Jacques Brachet

Marseille – Théâtre Toursky
Bruno PUTZULU, un magnifique et émouvant rital

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Un rital est un macaroni… Bref deux adjectifs péjoratifs pour désigner un italien.
Ce fut le cas de Daniel Cavanna qui fut ainsi surnommé, son père étant italien et malgré sa mère qui était française.
Cavanna en a fait un roman « Les ritals » et Marcel Bluwal un télé-film avec Benoît Magimel.
Quant à Bruno Putzulu, il en a fait un seul (ou presque !) en scène, accompagné par l’accordéoniste Grégory Daltin, mis en scène par son frère Mario Putzulu.
Un spectacle haut en couleur où Bruno joue sur les personnages du père et du fils à différents âges, modifiant sa voix et son accent avec maestria.
Bruno est un ami de longue date « mon » ami et je ne pouvais pas rater cette magnifique pièce, d’autant qu’il passait chez un autre ami, Richard Martin, directeur du théâtre Toursky à Marseille.
Belles retrouvailles où l’on se rappelait nos rencontres, nos fous-rires, sa peine lorsque son père a disparu, nos dizaines de SMS lorsqu’il jouait Guillaume dans la série « Ici tout commence » et où je commentais allègrement ses aventures entre ses deux femmes, Clotilde (Elsa Lunghini) et Laetitia (Florence Rigaut). Il m’avait un jour envoyé : « Change de chaîne ! ». Ce que je ne fis pas !
Bref, c’est toujours un grand plaisir de nous retrouver et de blaguer après qu’il ait, durant une heure et quart, fait un filage de la pièce !

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Avec son frère, Mario Putzulu, le directeur du Théâtre Toursky, Richard Martin
et l’accordéoniste Grégory Daltin

« Bruno, comment cette pièce est-elle venue à toi ?
Tout simplement parce qu’un jour on m’a proposé de lire des extraits du livre de Cavanna. Mon père venait de décéder et je me suis rendu compte que ce livre, c’était son histoire. J’ai donc eu envie de l’adapter.
C’est toi qui as eu l’idée de l’accordéon ?
Non. L’accordéon est dans le roman et ma voix et l’instrument se répondent. Ce n’est d’ailleurs pas de l’improvisation, la musique est écrite par Grégory Daltin.
Nous avons créé la pièce en 2018 et nous la jouerons jusqu’en 2024. Je suis heureux car elle marche bien partout. Nous l’avons commencée à Albi et Avignon, nous l’avons jouée à Paris du 31 août au 30 octobre, la tournée continue. Ce soir le Toursky est complet et ça fait plaisir. »
Notre Bruno boitille un peu car il s’est déchiré le tendon d’Achille. Mais, contre vents et marées et avec du Voltarène, il a répété sans ciller durant une heure et quart et remet ça le soir devant le public. Double performance.

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Patrick Carpentier, le photographe avec qui je suis venu, a un point commun avec Bruno : Patrick a travaillé des années avec Johnny et Bruno était un intime de Johnny. Du coup, la conversation dévie très vite, chacun sort son téléphone pour se montrer les photos de cette période où ils se sont croisés. Bruno nous rappelle qu’il a écrit une chanson pour Johnny « Ma vie », sur l’album « Le cœur d’un homme »
« Tu ne lui en écrit qu’une ?
Oui, ça a été un hasard. Nous étions souvent ensemble, chez lui, en vacances, sur des galas. Un soir, comme il ne se couchait qu’à l’aube, nous avons commencé à parler de nos vies. Il s’est épanché et puis m’a dit : « Je voudrais une chanson qui ressemble à notre conversation ». Ça a fait tilt, dans la nuit j’ai écrit les paroles, je les lui lues le lendemain et il m’a dit : « Je les veux ». Ainsi est née la chanson sur une musique d’Yvan Cassar.
Tu avais déjà fait des chansons ?
Non mais ça m’a donné l’envie d’en faire et de les chanter. Un disque est né… et un autre sortira le 20 janvier. J’ai écrit tous les textes des 13 chansons, la musique a été écrite par Denis Piednoir (C’est son vrai nom !). Nous avons joué tous deux au ping-pong : je lui envoyais les textes, il  m’envoyait les mélodies et nous avons mixé ensemble.

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Avec Johnny et Elsa Lunghini

Ce disque a un fil rouge ?
Si l’on veut car toutes les chansons sont sur l’idée du temps. Le temps qui passe, celui qui nous appartient…
Tu ne peux pas échapper à un petit briefing sur « Ici tout commence !
(Il rit) Que te dire sinon que je devais rester sur la série un an, que j’en ai fait deux et que j’en garde un très bon souvenir, même si le travail était intense et pas de tout repos. C’était un travail exigeant au quotidien mais l’ambiance était sereine, la série de qualité, mes partenaires étaient sympathiques… même si je me battais avec deux femmes !
As-tu gardé des contacts ?
Non, car sur un tournage, ce sont bien souvent des amitiés éphémères. On est heureux d’être ensemble puis chacun prend des chemins différents. Quelquefois on est heureux de se retrouver sur un autre tournage. Mais c’est la vie.
Ça n’a pas été le cas pour Philippe Noirete et pour Johnny.
C’est vrai mais ça arrive rarement. Avec Noiret, une confiance et une estime réciproques sont nées. J’ai écrit mon livre avec lui, ce qui a créé une belle intimité et une grande amitié. Il n’y avait aucune compétition entre nous. On s’est rencontré sur le film de Boujenah « Père et fils » et c’est devenu un peu le cas.
Avec Johnny on s’est aussi rencontré sur un film : « Pourquoi pas moi ? » de Stéphane Giusti. Il s’est rapproché de moi, peut-être parce que j’étais comédien et qu’il avait tellement envie de l’être. Je l’ai suivi un peu partout, on faisait des fêtes, il était infatigable. C’était un menteur qui racontait des histoires, faisait des blagues, souvent pour monter les gens les uns contre les autres. Juste pour rigoler. Un jour pour mon anniversaire, il a fait une fête et a fait venir mon ex-femme, alors qu’on était séparé et je l’ai retrouvée dans ma chambre !!!
C’était le genre de conneries qu’il aimait faire.
Par contre, malgré cela, il parlait peu, passait son temps devant la télé lorsqu’on était sur son bateau, et il était angoissé par la mort. »

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Souvenirs, souvenirs… Belles retrouvailles et belle soirée, malgré son tendon d’Achille et le filage de l’après-midi. Entre rire et émotion il fut magnifique et en prime émailla le spectacle de quelques chansons… Et il chante bien, le bougre !
D’ailleurs, on se retrouve en janvier, cette fois pour parler chansons !

Jacques Brachet
Photocreations.fr

Festival « Femmes
Eva DARLAN… S’il n’en reste qu’une…

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Elle a toujours ce regard bleu-vert sous sa chevelure de feu et ce petit sourire malicieux.
Mais ne vous y fiez pas car cette talentueuse comédienne peut sortir ses griffes s’il faut défendre la cause des femmes.
Ce qu’elle a fait dès qu’elle débuté dans le métier avec « Les Jeanne » en 76 puis, tout au long d’une carrière prolifique au théâtre, au cinéma, à la télé. Elle n’a jamais baissé les bras, a toujours combattu auprès des femmes qui avaient besoin d’aide, à tous les niveaux, prenant beaucoup de risques dont celui de plomber sa carrière. Et pourtant elle est toujours là, omniprésente.
Notre première rencontre date de… 82, alors que j’étais attaché de presse du festival du Jeune Cinéma d’Hyères. Puis l’on s’est rencontré plusieurs fois au festival de Cannes, à l’abri du petit hôtel Suisse et je la retrouve inchangée : volubile, énergique, combative et défendant cette jeune femme emprisonnée à Toulon, Priscilla Majani, qui a eu « l’outrecuidance » de partir en Suisse avec sa fille  dont le père, son mari s’adonnait à des attouchements et des violences sur celle-ci… Et c’est elle qui est en prison !
La justice a encore frappé !

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Entournt Evas Darlan, Noémie Dumas, directrice du Six’N’Etoiles, Luc Patentreger, président du festival, Stéphanie Guillaume, adjointe à la Santé, Fabiola Casagrande, adjointe à la Culture

Invitée d’honneur du festival « Femmes ! »  elle n’a malheureusement pas pu aller la voir en prison, les démarches étant trop longues. Mais elle a écrit une lettre que toute la presse devrait recevoir et elle sera là pour son procès.
Voilà comment démarrent nos retrouvailles avant de parler « métier » et je la retrouve là tout entière, mon Eva et ce n’est pas pour rien que l’association « Les Chantiers du Cinéma », présidée par Luc Patentreger l’a invitée pour l’inauguration, du festival « Femmes ! » qui a eu lieu ce lundi au Six N’Etoiles de Six-Fours, avant de s’essaimer à la Seyne et Toulon.
« J’ai créé un comité de soutien, comme je l’ai fait pour Jacqueline Sauvage où nous sommes arrivés à nos fins. Déjà de nombreuses personnes ont signé ma pétition – poursuit-elle – et le 23 novembre aura lieu le procès à Aix-en-Provence. J’y serai !
Tu es donc toujours là, fidèle au poste !
Il y a encore tellement de boulot ! Depuis que Napoléon a enlevé pas mal de droits aux femmes, nous avançons petit à petit pour les reconquérir mais nous avançons devant un bloc : la justice qui ne bouge pas, qui est arcboutée sur ses positions. Une justice patriarcale qui, sur 76% de femmes maltraitées, condamne 1% des hommes qui les maltraitent. Et ce n’est pas avec ce grand « féministe » qu’est Dupont-Moretti, que les choses avanceront ! Du coup, je consacre une grande part de ma vie à combattre ces injustices.

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Même dans ton métier de comédienne !
Exactement, surtout au théâtre, ce que je fais dans mon seule en scène que j’ai écrit et joué en Avignon « Irrésistible », que j’espère jouer en tournée. Ce sera mon dernier one woman show « rigolo-féministe » car j’arrive à la fin de ce que j’ai toujours voulu dire. Avec « Les Jeanne », on parlait surtout du couple, de ses problèmes, c’était drôle et presque gentil mais depuis, mes spectacles sont devenus plus corrosifs, même s’il y a toujours le côté humour qui fait que je suis mieux entendue. Le spectacle précédent s’intitulait « Crue et nue » où je parlais du corps des femmes, morceau par morceau, si je puis dire ! Dans celui-ci, je m’intéresse aux origines de l’humanité, comment on est arrivé au patriarcat, toujours en rigolant et à cette égalité des femmes et des hommes qui est loin de se concrétiser.
Tu n’y crois pas ?
Crois-tu que les hommes ont l’intention de perdre leur virilité ? On en est loin !
Même si, chez les plus jeunes aujourd’hui, certains consentent à faire la vaisselle, à repasser, à changer leur bébé, ce n’est pas la majorité. C’est pour cela que j’aimerais pouvoir montrer mon spectacle aux scolaires. Je m’y attelle mais, là encore, il faut de la patience et de l’énergie !
Malgré tout ça, l’année 22 a été assez chargée pour la comédienne que tu es !
Ah bon ? Qu’est-ce que j’ai fait ?
Deux films « Villa Caprice » de Bernard Stora, « Irréductible » de Jérôme Commandeur, pour la télé « De miel et de sang » et ta pièce !
C’est vrai que j’ai fait tout ça !
Je ne me rends pas compte et je suis heureuse qu’à mon âge on pense encore à moi !

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Et tu refuses des projets ?
Tous ceux qui me font chier, qui me proposent des rôles de grand-mère car aujourd’hui on me propose – et pas qu’à moi je pense – des rôles de mémés ou de vieilles dames qui ont la maladie d’Alzheimer ! C’est vrai, ça existe et c’est navrant mais il y a aujourd’hui beaucoup de femmes de mon âge qui sont pleines d’énergie, de santé, qui font plein de choses… Ce que je fais !
Et le prochain Projet ?
Un film que je tournerai en janvier à Marseille, réalisé par Anne-Elizabeth Blateau, qui joue dans « Scènes de ménages ». Il faudra venir sur le plateau !
Est-ce que tu penses que tes engagements ont pu freiner ta carrière ?
Je ne sais pas car je n’ai jamais cessé de jouer d’un côté ou de l’autre. J’ai certainement dû être « évitée » de certains projets. Mais on n’est pas venu me le dire !
Mais à te dire vrai, je m’en fous. Je n’ai jamais eu peur de m’engager et de dire tout haut des choses que beaucoup pensent et n’osent dire. Pour Jacqueline Sauvage, je me suis engagée à fond et ça a marché. C’est le principal et c’est mieux qu’on rôle qu’on ne m’a pas donné. J’ai beaucoup combattu sur des causes diverses qui me semblaient juste et je ne regrette rien. J’aurai toujours une grande gueule et je l’ouvre !
5.000 ans de patriarcat, il y a de quoi se révolter, non ? C’est lui en ce moment qui tue la planète. La planète est en train de crever. Nombre de femmes sont plus écologiques que les hommes !
Crois-tu en la résilience des femmes qui, comme toi, ont été touchées dans leur chair ?
Quant à moi, ça ne m’a pas servi.  Ça a été un très long parcours, la seule chose que je devais faire, c’était de vivre. Il le fallait. Maintenant Par contre, le cinéma a la vertu de réonforter les gens dans leur douleur, dans leur choix… C’est peut-être ça la résilience ».

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Après ce long et magnifique entretien, un cocktail était servi où toute l’équipe organisatrice du festival et nombre d’élus six-fournais entourèrent Eva. Elle en profita pour parler de son spectacle qu’elle aimerait jouer dans la région. Fabiola Casagrande, adjointe aux Affaire Culturelles, lui promit de faire en sorte qu’elle revienne pour le jouer. Puis elle alla ensuite rejoindre la salle où nous étions conviés à un mini-concert du duo musical « Sigana » qui nous offrit avec talent quelques chansons du monde chantées par des femmes ou parlant des femmes. Moment d’émotion et de poésie avant que l’on découvre le film de Yann Arthus-Bertrand et Anastasia Mikovic. Un film plein d’amour, d’espoirs, d’émotion encore, qui nous fit découvrir des portraits de femmes du monde entier parlant de leur vie, leurs amours, leur détresse, parlant sans filtre des violences et viols dont elles ont été victimes mais aussi de la découverte du sexe, de la naissance de leurs enfants, de leur joie d’être mère, des exactions qu’elles ont subi, des hommes, de leur travail, de la société machiste,… Bref tous les sujets dont elles parlent avec douleur, avec détresse mais aussi avec humour et bonheur. Un magnifique film sur toutes ces femmes belles, courageuses, heureuses ou malheureuses, meurtries mais avec l’espoir de mieux vivre. C’est quelquefois déchirant, violent, quelquefois drôle et naïf. Mais toujours juste et prenant.
La femme dans tous ses états.

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Avec Béatrice Métayer, Martine Patentreger, et Virginie Peyré, ambassadrice du festival

Jacques Brachet

Vladimir COSMA l’as des as de la musique !

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Vladimir Cosma est né le 13 avril 1940 à Bucarest.
Hasard des événements : ses parents ayant fui leur pays, étaient venus s’installer en France où sa mère s’est retrouvée enceinte. Normalement, il aurait donc dû naitre en France mais la mort de son grand-père les a ramenés en Roumanie… où il est né. Et d’où ils n’ont pu ressortir.
Il lui faudra attendre 22 ans pour se retrouver à Paris. Mais déjà, dans son pays, à 8 ans, super doué, il était devenu violoniste soliste. Il avait de qui tirer car sa grand-mère et sa tante étaient pianistes, un de ses oncles était chef d’orchestre, son père était musicien de jazz.Il n’y a que sa mère qui, elle, était… championne de natation !
Inutile de préciser qu’il fut baigné… de musique. De toutes les musiques, du jazz au classique en passant par la musique folklorique et la variété, la musique était omniprésente. Et tout au long de sa vie, il a su mêler toutes ces musiques entendues depuis son enfance. S’il a appris le violon c’est qu’à la maison où ils vivaient il n’y avait pas de place pour un piano… A quoi ça tient !
S’il fallut que, de retour en France, il recommence à zéro, très vite il trouva sa place grâce à de grands musiciens qui l’y ont aidé, comme Jean Wiener ou Michel Legrand qui le prit sous son aile et lui fit faire les arrangements de ses musiques.

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En 67 il commença à signer des musiques de films mais c’est en 68 qu’il rencontre le réalisateur Yves Robert, qui lui demande de signer la musique du film « Alexandre le bienheureux ». L’amitié et l’admiration partagée en firent qu’ils ne se quittèrent plus et qu’il signa toutes les musiques de ses films, du « Grand blond avec la chaussure noire » à « Montparnasse-Pondichery » en 94, en passant par « Salut l’artiste », « Un éléphant ça trompe énormément, « Nous irons tous au paradis », « Courage fuyons » sans oublier les magnifiques musiques que sont « La gloire de mon père » et « Le château de ma mère ».
Il eut ainsi d’autres beaux compagnonnages avec Gérard Oury (« L’as des as », «Rabbi Jacob » qui le fit connaître internationalement), Jean-Pierre Mocky pour qui il écrivit les musiques de tous ses films,  Claude Zidi, Claude Pinoteau et la fameuse « Boum », Molinaro, Francis Veber avec qui ça ne fut pas de tout repos, Beneix et l’admirable « Diva »… Bref, son talent fit que nombre de réalisateurs et producteurs firent appel à lui…
Aimant toutes les musiques (C’est une incroyable mémoire musicale), il côtoya et travailla avec le nec plus ultra des musiciens de jazz (Ivry Gitlis, Chet Backer, Claude Bolling, Stan Getz, Bill Evans, Joss Baseli, Sidney Bechet, Tont Benett, Jean-Luc Ponty, Stéphane Grapelli… A chaque film il trouva l’originalité qui faisait de ses musiques un succès. Car en plus, il connaît tous les instruments du monde entier, donnant à chaque fois une couleur à nulle autre pareille : la flûte de pan pour l’une, la guimbarde pour l’autre, le kazoo, le bandonéon, le cromorne, le banjo les pipes écossaises,  l’harmonica, le glockenspiel (faut connaître !) et nombre d’instruments, indiens, chinois, africains que le simple mortel ne connait pas, jusqu’à tous les appareils électroniques. Et même… les cigales dont il fit un instrument de musique pour les souvenirs d’enfance de Pagnol !

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Quel que soit le style de musique demandé, il s’adapte, aux desiderata du réalisateur, Au sujet, à l’époque, il trouve toujours l’habillage haute couture du film, qui fait qu’aucune musique ne se ressemble, que ce soit dans la comédie ou le drame… et même l’érotique ! Il a même écrit un opéra autour de « Marius et Fanny » de Pagnol, interprété par Roberto Alagna et Angela Ghorghio
Il a une culture musicale à nulle autre pareille et… une mémoire d’éléphant car il nous signe aujourd’hui, non pas une musique mais un livre, une bible de 500 pages, où il nous raconte près de 70 ans de musique et de passion en disséquant toutes les musiques qu’il a écrites, le pourquoi du comment et plein d’anecdotes autour de tous ces artistes avec lesquels il a collaboré.
Il y a beaucoup de musiciens de films mais il se compte sur les doigts ceux qui ont fait une carrière aussi prolifique que Vladimir Cosma.

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 Rencontre à la Ciotat avec Nicole Croisille
Rencontre à Ste Maxime avec Vincent Perrot (Photo Christian Servandier)

Le titre de ce magnifique livre qu’il signe avec passion et humour : « Mes mémoires », tout simplement, avec en sous-titre « Du rêve à Reality » (Ed Plon). « Réality » étant le titre de chanson de « La boum » que chantait et chante toujours Richard Sanderson, qui a fait le tour du monde et continue une magnifique carrière.
Je voudrais vous raconter aussi mes rencontres avec Vladimir Cosma.
Nous étions en 2005 et j’étais alors directeur artistique du Festival du premier film de la Ciotat, durant lequel, en dehors des films en compétition, nous rendions chaque année hommage à un réalisateur, un comédien, un musicien de film. Ainsi sont venus Claude Lelouch, Robert Hossein, Annie Cordy, Claude Pinoteau, Michel Jonasz, Michel Galabru et en 2005, j’invitais Vladimir Cosma qui avait dit oui à condition de venir en train car il détestait l’avion. Ça tombait bien car le train en gare de la Ciotat fut le premier film des frères Lumière.
Le mois de juin approchait lorsque sa compagne m’appela pour me dire qu’il ne viendrait pas car il était fatigué. Panique à bord, je le rappelle et il me dit : « J’ai promis, je viendrai ».
Me voilà rassuré et, le jour de son arrivée, je reçois un appel de lui et là, re-panique. Je me dis qu’il a raté le train ou simplement qu’il a changé d’avis… Je le rappelle et il me dit : « Désolé… je suis dans le train mais… j’ai oublié mon slip de bain… Pourriez-vous m’en trouver un ??? »
Promis, juré, c’est vrai !
Me voilà rassuré et lui aussi, trouvant un slip dans sa chambre. Et, vous me croirez ou pas, il a posé ses valises et est parti se baigner, l’hôtel donnant sur la plage !
Il fit ça durant les cinq jours où il fut présent. Lorsqu’on ne le trouvait pas, on allait à la plage ! Et, comme c’est un homme qui ne sait pas ce qu’est l’heure, nous avons passé notre temps à aller le chercher ! Nous déjeunions au bord de l’eau et entre deux plats, il allait plonger… Jusqu’au dernier jour où, le car attendant les invités pour les ramener au train, il se pointa juste à temps pour ne pas le manquer, car il était allé prendre un dernier bain !
Par contre, au contraire de grandes stars très exigeantes, la seule exigence de Vladimir fut… un slip !
Étant un magnifique conteur, nombre de choses qu’il raconte dans ce magnifique livre, il nous les racontait avec la joie d’un enfant qui s’amuse avec un jouet depuis des décennies. Il retrouva mon amie Nicole Croisille que j’avais aussi invitée et qui a chanté le générique de la série TV « Les cœurs brûlés », qui s’intitule « Je n’ai pas dit mon dernier mot d’amour », chanson, nous raconte-t-il dans ce livre, qui n’a pas été gardée lors de la sortie de la série mais dont Nicole a fait malgré tout un succès !
Je devais rencontrer à nouveau Vladimir le 17 juillet 2012 lors d’un concert qu’il donnait à Ste Maxime et où je le retrouvai avec Vincent Perrot qui venait de nous offrir un magnifique album sur le musicien et Richard Sanderson que Vladimir avait invité pour chanter cette chanson de « La boum » « Reality ».

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Nous avons passé une brillante soirée et je suis prêt à recommencer.
Alors quel plaisir de le retrouver dans ce superbe pavé qu’il nous offre, nous contant presque au jour le jour, le parcours d’un petit roumain qui aurait pu devenir français à sa naissance, disséquant chaque film, nous en racontant la genèse, avec un certain humour slave, une façons de s’exprimer, beaucoup mieux de certains artistes français, avec aussi beaucoup d’émotion lorsqu’il parle de ses chers disparus, Jean-Pierre Mocky ou Gérard Oury.
A noter au passage que s’il est surtout connu pour ses musiques de films, il a écrit des œuvres symphoniques, des musiques de chambre, des œuvres scéniques, des œuvres pour piano et orchestre, des musique de jazz car Vladimir Cosma est un compositeur prolifique et polychrome !.
Ses deux derniers CD, dont je vous ai parlé, en dehors de nombre de compilations de musiques de films sont : « 24 caprices pour mandoline solo » et « Suite populaire et œuvres pour mandolines et accordéon ».
Sans compter que Nana Mouskouri, Nicole Croisille, Lara Fabian, Guy Marchand, Marie Laforêt, Mireille Mathieu, Herbert Léonard, sans compter Richard Sanderson, l’ont chanté avec succès.
Lire ses mémoires, c’est traverser les décennies avec ses musiques qui sont toujours dans nos têtes et c’est découvrir une œuvre immense d’un homme qui est resté d’une simplicité désarmante.

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Jacques Brachet

Jean-François ZYGEL… Tout pour la musique !

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Jean-François Zygel est un maelstrom musical qui va de Brel à Mozart, de Barbara à Beethoven, en passant par le jazz et toutes les musiques du monde.
Mélange familial entre la grande chanson française qu’aimait sa mère et la musique dite «classique » qu’aimait son père.
Du coup, il n’a pas eu à choisir et s’y est engouffré, le piano a fait le reste, vite assimilé, vite improvisé,
Ce musicien et compositeur en est devenu un vrai grand spécialiste reconnu, pratiquant également les ciné-concerts qui consistent, comme dans le temps des balbutiement du cinéma, d’accompagner les films muets.
Sa vie est riche d’expériences musicales car il est curieux de tout. Touche à tout de génie, il a conquis un énorme public, aidé par l’émission de France 2 «La boîte à musique», où il recevait musiciens et chanteurs de tous bords. Il a l’art de décortiquer la musique quelle qu’elle soit, il sait la transformer et l’amener au public, du plus branché au plus néophyte, toujours avec une passion infinie car en plus, il est un magnifique raconteur d’histoires et sait éveiller l’intérêt et la curiosité.
Nous le retrouverons le jeudi 17 novembre à 20h30, au Théâtre Galli de Sanary, invité par Françoise Gnéri, directrice artistique de l’association « Fractales » où il improvisera, dans un voyage insolite, une évocation musicale de Sanary

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«La scène c’est la vraie vie, c’est l’essence de la vie». C’est la première phrase qu’il nous assène lors de notre rencontre.
«L’improvisation – nous confie-t-il – est souvent assimilée au jazz alors que déjà, les musiciens classiques du XVème siècle improvisaient sur leurs propres musiques. On peut improviser sur tous les genres de musiques, c’est une question de changement de vocabulaire.
N’importe quel musicien peut-il improviser ?
Non, ça s’apprend, ça… ne s’improvise pas ! Depuis 15 ans, j’ai fondé une classe d’improvisation et aujourd’hui nombre de conservatoires ont une classe d’improvisation. Car on ne peut pas faire n’importe quoi, il faut connaître le sujet, travailler sur des automatismes, connaître tous les styles de musiques. Il faut un travail préalable.  Beethoven a donné à Vienne trois concerts improvisés qui restent dans les annales. Beaucoup d’autres grands compositeurs ont fait de même. Bien sûr, on connaissait leurs œuvres mais le public était friand d’entendre quelque chose de nouveau, d’inédit.
Ça a été un peu oublié un certain temps ?
Oui, durant la moitié du XIXème siècle, ça s’est perdu. Ca n’a perduré que dans les concerts liturgiques et les églises pour les messes dont on ne connaissait jamais la longueur et où alors, il fallait improviser. Aujourd’hui, l’improvisation revient en force car la musique dite «classique» connaît une mutation forte. Le rituel est remis en question et, modestement, j’y suis un peu pour quelque chose Déjà, parler durant un concert ne s’était jamais fait et j’ai eu envie de le faire pour éclairer les spectateurs et avoir un autre rapport avec lui plutôt que d’arriver sur scène, saluer et jouer.
Musique moderne, classique… Qu’en pensez-vous ?
Ce titre de musique classique est assez récent car durant des siècles, il y avait «la» musique, «les» musiques et tout à coup il y a eu cette dénomination qui partage la musique d’hier et celle d’aujourd’hui. Pour moi, quelle qu’elle soit, c’est toujours de la musique.
Alors, comment définiriez-vous la musique d’improvisation ?
C’est la fraîcheur, la liberté, c’est l’émotion. C’est l’art de la conséquence. Souvent je n’ai pas la moindre idée de ce que je vais faire.
C’est aussi un art éphémère ! N’est-ce pas frustrant ?
C’est vrai puisqu’on improvise et qu’il n’en restera rien que des souvenirs, des émotions mais c’est ce qui en fait sa beauté un peu comme lorsque Claudel parle de l’odeur d’une fleur. C’est un moment éphémère et il n’en restera que le souvenir et l’émotion que l’on aura eus sur l’instant.

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Et puis, aujourd’hui, il y a l’enregistrement, si l’on veut en garder une trace.
Mais vous savez, combien de compositeurs ont écrit des partitions qui sont aujourd’hui oubliées ?
Le problème de l’éphémère, moi je l’ai totalement intégré. On joue, c’est bien, moins bien, c’est fait, ça ne sera plus. C’est un instant, un moment et là, on ne peut pas jeter la partition si l’on n’est pas content !
Mais c’est le plaisir de la création en direct qui offre au public la garantie d’un œuvre unique. C’est ce que j’appelle l’art de la scène.
Et le ciné-concert ?
C’est une rencontre avec une œuvre cinématographique. C’est un art du spectacle à part entière. Au début du muet, il y avait déjà un pianiste qui improvisait et le pianiste était différent dans chaque cinéma. Donc à chaque fois c’était une autre musique. C’est un spectacle ouvert vers l’avenir et c’est un vrai travail de création et j’aime ça. J’ai improvisé sur quelque trois cents films et c’est toujours un plaisir renouvelé. «Le fantôme de l’Opéra» j’ai dû l’illustrer une vingtaine de fois avec un plaisir chaque fois renouvelé ».sur scène, saluer et jouer.
Un plaisir que nous allons partagr avec cet authentique «Honnête Homme» qui nous a éblouis par ses connaissances, son talent de conteur et de musicien et, après plus d’une heure et demi, on en redemandait encore et on avait du mal à le quitter tant il est fascinant.
Ne le ratez pas !

Jacques Brachet

Toulon – le Colbert
Anthony JOUBERT…Larmes de rires et d’émotion

Antohony Joubert

S’il est un artiste qu’on ne se lasse pas de rencontrer c’est bien Anthony Joubert, regard rieur, accent bien de chez nous, en perpétuel mouvement, ne restant pas en place trois seconde, volubile car il a toujours quelque chose à raconter ou une vanne à envoyer. C’est un régal !
Notre dernière rencontre s’était faite au bord d’une piscine dans laquelle il plongeait, revenait pour continuer l’interview, rigoler avec son équipe.
En ce vendredi, nous nous retrouvons au Colbert à Toulon et… il n’a pas changé, comme le dirait Iglésias. Il parle, bouge, sort fumer une cigarette, revient, lâche une blague et se rassoit pour essayer de parler sérieusement… Ce qui n’est pas gagné !
En plus, il est un peu déconnecté car la veille, il était… à Orlando !

Antohony Joubert Antohony Joubert Antohony Joubert

Tu es allé faire « Antho l’américano » ??
(Il rigole) Figure-toi que je suis fada des parcs d’attraction… Et je suis parti là-bas pour en faire le plus possible… J’ai fait le parc Universal, les 4 parcs Disney, le Bush Garden… Quand l’ouragan est arrivé !
Je suis un poissard, je prends rarement des vacances et voilà qu’il y a un seul ouragan dans le monde et il est là où je suis ! Du coup, les parcs ont dû fermer… Et je suis rentré sans les avoir tous faits !
Ça vient de quoi cette passion ?
De tout petit, j’ai toujours aimé l’immersion dans ces attractions qui font monter l’adrénaline.
Et je suis prêt à tout pour découvrir ces sensations. Je suis allé dans les plus grandes attractions à Los Angeles, à Vegas, à Dubaï qui a les attractions les plus rapides du monde.
Et tu ne leur a pas fait un sketch, aux américains ?
Figure-toi que j’ai été invité par un copain à un Comedy Club… et que j’ai joué cinq minutes d’impro… en anglais et en français ! Ils n’ont pas compris grand-chose à mon anglais marseillais mais ils ont ri ! Je me suis quand même dit que jouer là-bas, ce n’était pas pour demain ! J’ai des progrès à faire en anglais.
Je regrette qu’en France on n’apprenne pas plus d’anglais à l’école car la barrière de la langue est handicapante. Et puis, l’humour des américains est plus subtil que le nôtre. Il se rapproche plus de l’humour anglais.
L’Amérique, en dehors des parcs, ça t’a plu ?
J’avoue qu’en dehors des parcs je n’ai pas vu grand-chose… à part des gens qui sont très gros et Dieu sait s’il y en a et même des jeunes de 7, 8 ans. Ils bouffent très salé, très sucré et on y mange très mal. Qu’est-ce qu’on mange bien en France !
Bon, à part ce voyage, quel sont tes projets ?
Tu as le temps ? Bon, je commence. D’abord, je suis en train d’écrire un livre qui s’intitulera « Le pantalon de mon père et les cheveux de ma mère ». Je raconte comment j’en suis arrivé là. Ce qu’on retrouve un peu dans mon spectacle. Puis je monte « Un dîner de cons », que je jouerai au théâtre d’Alès les 14, 20 et 27 octobre puis les 10, 11 et 12 novembre. 8 dates et c’est déjà complet !
Je jouerai avec une troupe de jeunes talentueux car j’aime aider les jeunes talents et pouvoir redonner ce qu’on m’a donné. Jouer une pièce, c’est nouveau pour moi et ça m’excite et m’angoisse à la fois.

Antohony Joubert

Ça t’a pris comment ?
Je voulais un peu sortir de mon personnage d’amuseur. Je voulais prouver au public et à moi-même, que je peux faire autre chose. Bien entendu, je serai François Pignon !
A part ça, je suis en train d’écrire mon troisième one man show qui s’intitulera : « Quand est-ce que ça a merdé ? »
Tout un programme ! Ca parlera de quoi ?
De ma vie, de choses qui me sont arrivées, mêlées à des événements d’actualité. On y retrouvera des moments de ma vie que je raconte dans le livre mais ce sera plus percutant et en rapport avec ce qu’on vit aujourd’hui. Et avec ce que je vis aussi.
Du travail sur la planche donc…
Mais ce n’est pas tout ! Je suis aujourd’hui le directeur artistique de l’Espace de la Penne sur Huveaune !
Mais tu arrives à tout faire ?
Oui, je suis un boulimique mais je suis très organisé. Et puis, travailler, c’est ma passion. J’ai été très malheureux de tout arrêter durant la Covid. Du coup je créais des sketches, des chansons sur les réseaux sociaux, ça a marché au-delà de mes espérances. Et ça m’a permis de pouvoir remplir des salles.
Mais je ne sais pas m’arrêter, être sur scène c’est ma vie, le public c’est ma drogue, je suis un bourreau de travail, j’adore les challenges. D’ailleurs je vais refaire des sketches sur Internet et j’écris deux pièces dont une avec Éric Collado grâce à qui j’ai débuté et grâce à qui j’ai fait « La France a un incroyable talent »
Pour un ex timide, c’est pas mal !
C’est vrai, petit, j’étais d’une timidité maladive. Je passais mon temps à observer les autres, surtout les humoristes dont j’enviais l’aisance et que je m’amusais à imiter. Je me suis rendu compte que ça faisait rire les gens, que je devenais intéressant. Du coup, je n’ai pas eu besoin de thérapie, je l’ai trouvée et maintenant, je n’ai plus peur de rien !
Bon, ça y est ? On a fait le tour ?
Oh… j’ai encore d’autres projets mais je les garde pour notre prochaine rencontre !

Antohony JoubertAntohony Joubert

De toutes façon, on aurait pu continuer mais l’heure du spectacle arrive et il est temps de rejoindre nos places pour découvrir un spectacle à cent à l’heure avec l’humour à tous les étages, accompagné de David son complice, tour à tour magicien qui rate tous ses tours, chanteurs ringard, mais aussi excellent chanteur lorsqu’il le veut, imitateur, reprenant ses chroniques radio, s’adressant au public du premier rang qui n’a pas regretté sa place… Bref, c’est une pile de bonne humeur, de rires et pourtant, à un moment, il nous parle de son père et là, l’émotion s’installe.
Car son père s’est beaucoup inquiété lorsqu’il lui a annoncé qu’il « montait à Paris faire l’artiste »
Il me l’avait dit durant notre rencontre et qu’il raconte au public
« Mais moi je savais que c’était ce que je voulais faire et pas entrer dans les postes ou dans une mairie. J’ai résisté. Aujourd’hui, j’ai d’abord perdu ma mère puis mon père est allé la rejoindre et je crois qu’ils sont fiers de ce qui m’arrive. Quand je les rejoindrai, je dirai à mon père : « Tu vois que j’ai eu raison d’insister. Et même si je ne suis qu’un micro-artiste, je vis de ma passion, je vis dans ta maison que j’ai rachetée et je suis heureux… »

Antohony Joubert

Jacques Brachet
Photos Alain Lafon

Florence DAVIS, artiste tous azimuts !

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Elle est chanteuse, danseuse, auteure, compositrice, coach vocal… Bref l’artiste dans toute sa splendeur, dans toutes ses passions qui la poussent là où on ne l’attend pas.
J’ai connu Florence Davis en 85 grâce à Jean-Claude Brialy et Catherine Lara.
Jean-Claude créait son festival et m’y invitait. Catherine Lara y participait et, l’ayant connue grâce à Denise Glaser qui m’avait offert son premier album, j’étais devenu un vrai fan et par la suite, son ami.
Elle venait accompagnée d’une choriste magnifique, cheveux courts, regard bleu, une pêche pas possible et une voix extraordinaire. Sur scène, malgré Catherine, on ne pouvait pas la rater tant elle avait de charisme.
Elle aurait pu devenir une grande star mais elle préféra prendre, au gré du temps, des chemins de traverse.
Elle est née au Cap d’Antibes. Elle est la fille d’Andrée Davis-Boyer qui fut à l’origine des scopitones, (On l’appelait Mamy Scopitone !) qui était programmatrice de spectacles et vivait au milieu des chanteurs, de Piaf à Pétula Clark en passant par Frehel, Mistinguet, Mouloudji, Trenet Line Renaud, Annie Cordy, Johnny  Hallyday, Sylvie Vartan, Julien Clerc, Dick Rivers … Son père, Roby Davis, était un grand saxophoniste de jazz et chef d’orchestre et évoluait au milieu des plus grands jazzmen, de Django Reinhardt à Kenny Clarke, en passant par Count Basie, Bill Coleman, Eddie Barclay, Salvador, Gillespie… Comment ne pas aimer la musique et ne pas avoir envie d’être de ce milieu ?
Et pourtant…

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Son père, sa mère avec Django Reinhardt, ses sœurs  Liliane, Micheline, épouse de Dick Rivers et elle toute pitchoune

Je retrouve Florence chez une amie commune, Chantal, à Toulon. Il y a un moment qu’on ne s’était retrouvés tous les trois, –quatre, devrais-je dire car il y a aussi son compagnon, Olivier Danloup, lui aussi grand et beau musicien aux yeux bleus (auteur, compositeur, guitariste, pianiste,) et ils ne se quittent jamais, à la ville comme à la scène.
« Alors, Florence, la musique, ça n’a pas été pour tout de suite ?
Pas du tout. J’aimais évoluer avec tous ces artistes venus d’horizons différents, c’était mon milieu naturel, mais j’étais loin de ça car je voulais devenir psy, philosophe, bref je voulais comprendre les mécanismes de la psychologie !
Et comment est venue la chanson ?
Je préférais danser que chanter mais je me débrouillais bien et j’aimais chanter aussi. C’est alors que Vangelis (l’un des trois Aphrodit’s Childs, qui a entre autre écrit la musique du film « Chistophe Colomb)) qui devait passer à l’Olympia, m’a proposé de chanter dans son spectacle. C’est ainsi que j’ai fait mes premiers pas de chanteuse… direct Olympia !
A partir de là tu as fait beaucoup de choses… On s’y perd un peu !
Même moi je m’y perds et ne me demande pas une chronologie, je n’ai aucune mémoire des dates !

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Avec Catherine Lara à Ramatuelle

Bon alors, tu as accompagné nombre de chanteurs, hormis Catherine Lara.
Oui, Lara, ça a duré dix ans et c’est Joenice Jamison qui m’a remplacée. J’ai fait le tour de France et le tour du monde même avec Charles Aznavour, Michel Sardou, Clo Clo avec qui j’étais choriste avec les Fléchettes, Sylvie Vartan, Berger-Gall, Dick Rivers, qui a épousé ma sœur Micheline, Didier Lockwood et nombre de musiciens de jazz.
Et Guesh Patti !
Nous avons fait beaucoup de choses ensemble. Nous étions toutes deux chanteuses et danseuses, nous avons joué dans des comédies musicales, nous avons créé, avec Lydie Callier, le groupe Dacapo avec lequel nous avons remporté un prix au MIDEM. Notre titre était « Somnifère ». Et puis, j’ai été appelée ailleurs et c’est là que Guesh a décidé de chanter en solo et a fait un carton avec « Etienne ». Si l’on ne s’était pas quittés, peut-être n’aurait-elle chanté ce qui est devenu un tube.
On t’a vu aussi dans nombre de comédies musicales.
Oui, j’étais à la création de « Starmania » au Palais des Congrès, j’étais la doublure de tous les rôles féminins et j’ai eu le bonheur de remplacer » Nanette Workman, puis, 20 ans après Michel Berger m’a rappelée pour la reprise auprès de Maurane.
Il y a eu d’autres comédies musicales !
Oui, « Les misérables » de Robert Hossein. J’y jouais, une fois sur trois, le rôle de Gavroche car j’étais petite et je pouvais jouer le rôle de ce gosse. Je me souviens d’un soir où Il y avait 5000 mômes qui tapaient dans leurs mains comme à un concert de rock et j’arrive sur scène en chantant « Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire… » Et d’un coup, troublée… un trou. J’ai balbutié n’importe quoi… et ça a été un triomphe !
Et puis il y a les retrouvailles avec Catherine Lara pour « Revue et corrigée »
Oui, c’est Annie Girardot qui voulait rouvrir le Casino de Paris et qui a demandé les chansons du spectacle à Catherine. J’étais là donc et nous avons souvent joué pour… dix personnes ! Il y avait eu un quiproquo avec le public qui pensait que ce serait un spectacle traditionnel avec plumes et strass, alors qu’on imaginait mal Girardot dans ce rôle. La critique a commencé à… critiquer avant de savoir ce que c’était. Et ça a été un four. Girardot a  vendu tout ce qu’elle avait, Catherine est tombée malade. Reste ce superbe disque avec « Lara torio » qui est un chef d’œuvre.

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As-tu fait d’autres comédies musicales ?
Oui, aux Folies Bergère, j’ai joué dans « Nine » tirée du film de Fellini « 8 1/2» J’y jouais deux rôles : la porca (la cochone !) et la mère de Fellini. A part celui qui jouait Fellini, il n’y avait que des femmes !
Ça a été une expérience extraordinaire mais aussi douloureuse. Je suis tombée à 8 1/2 de tension… J’étais raccord !!!
J’ai retrouvé des photos du MIDEM de la Bande à Basile… Et tu y es !
Oui, j’ai même fait ça à mes débuts. Et ça a marché, J’avais un immense tutu rose et une culotte de french cancan… C’était très seyant !
Autre surprise, on te retrouve sur le concours Eurovision !
Enfin, on ne m’y retrouve justement pas. Une maison de disque a décidé de créer un groupe pour l’Eurovision : deux filles, deux garçons, nous nous appelions « Alphabet ».

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Une de ses œuvres, avec son compagnon Olivier Danloup

Autre étape : coach de « Star Academy »
Oui, j’ai été appelée pour la première Star Ac’ comme coach. J’ai donc coaché Jenifer, Mario, Jean-Pascal, Olivia Ruiz… et les autres !
Bon, difficile de te suivre… Qu’as-tu fait et que fais-tu encore ?
Je peins, je dessine, je crée des aquarelles.
Côté chansons, j’ai enregistré et produit un disque « French songs » avec le Paris Jazz Big Band .  J’ai produit le disque moi-même et j’ai pris des grandes chansons françaises avec des orchestrations jazzy comme « Dans la maison vide » de Michel Polnareff, « Requiem pour un con » de Serge Gainsbourg, « La déclaration » de Michel Berger, « Le Cœur Volcan » de Julien Clerc et surtout « Les Marquises » de Jacques Brel.
Pourquoi « surtout » ?
Parce qu’elle a été sélectionnée pour l’album « Tribute to Jacques Brel »
Ah et puis, s’il vous plait, j’ai chanté à l’Elysée devant le président Mitterrand, Charles et Diana… Pas mal non ? Une anecdote, j’ai eu le culot de demander à Mitterrand ce qu’il aurait fait s’il n’avait pas été président. Il m’a répondu d’un seul mot : « Pape » !!!
Et aujourd‘hui ?
Je me produis avec Olivier Danloup en duo et en plus grande formation à travers le monde, nous nous sommes produits entre autre au Cotton Club de Tokyo, au Festival de Jazz de Séoul devant 20.000 personnes, en Chine, au Festival jazz de Juan les Pins.
Nous préparons un album de compositions. Et puis j’ai un autre projet de spectacle intitulé « Ainsi parlait Nostradamus ».

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Avec la Bande à Basile

Voilà la vie d’une artiste hors pair, qui est toujours là où on ne l’attend pas, une vie de passionnée de musique qui n’a jamais choisi de devenir « star », terme aujourd’hui galvaudé mais est toujours allée là où sa passion la menait.
Alors qu’elle était toute jeune, Nougaro lui avait prédit : « Toi, tu seras quelqu’un »
Et c’est vraiment quelqu’un de talentueux, d’original qui vit à fond ses passions, ses multiples talents avec une joie et une sérénité qui ne se démentent jamais.

Propos recueillis par Jacques Brachet















Eric FANINO fabrique de la bonne humeur

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Il a du soleil plein les yeux, l’accent que, comme disait Mireille Mathieu, l’on prend en naissant du côté de Marseille et il transporte avec lui un sourire perpétuel.
Normal, il est né au pays de Pagnol, à Aubagne, sous le Garlaban et il n’est pas parti beaucoup plus loin puisqu’il vit à Trets.
Eric Fanino, comme moi, est un provençal pure souche et un routard de 58 ans qui écume toute notre région, depuis quelques décennies, en faisant des spectacles où il mêle l’humour et la chanson. Et il écrit tout, chansons, sketches, sous le regard sévère de son fils qui le suit, technicien de son spectacle, partout où il va. Un beau et sympathique duo.
Sympathique, on ne peut l’être plus que lui. Dès la rencontre on est conquis par son sourire, sa bonne humeur et sa gentillesse.
Il vit de sa passion depuis près de 35 ans, il n’a jamais ressenti le besoin de « monter à Paris », n’a pas de velléités de devenir une star et il est heureux de vivre.
Heu-reux !
Nous voilà attablés au bar des Sports à Six-Fours, où il a fait étape pour qu’on se rencontre.
Et nous sommes tout étonnés de ne nous être jamais rencontrés alors qu’on fréquente le même milieu et qu’on a des tas d’amis en commun comme Zize, Anthony Joubert, Benjy Dotti, Patrick Cottet-Moine, Yves Pujol d’Aïoli et bien d’autres ! Mais c’est le hasard de la vie et notre rencontre est due à une attachée de presse… de Six-Fours !
Il était donc temps que nous nous rencontrions !

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Eric a toujours voulu être artiste, déjà tout petit et peu à peu il s’est affirmé dans des pianos-bars, de petites salles marseillaises et alentour, puis des scènes plus grandes et aujourd’hui il travaille à l’année avec les comités des fêtes, les mairies, les associations.
« Je n’ai jamais eu la prétention d’aller conquérir Paris, d’abord parce que être « vedette » ne m’a jamais fait envie. J’ai juste fait un plateau à la Cigale à Paris avec des artistes du sud. Et puis parce que j’aime trop ma région que je peux parcourir dans tous les sens en vivant de ce que j’aime : chanter, raconter des histoires, monter des spectacles. Mon accent je j’ai et je me le garde !
Comment sont conçus tes spectacles ?
Je mêle les chansons à mes sketches, je crée des parsonnages, j’écris tout, je fais tout moi-même aidé de mon fils et de mon ami Daniel. C’est une entreprise artisanale et familiale et l’on tourne beaucoup dans la région.
J’ai fait plusieurs disques. Plus jeune j’ai fait un disque de rock, puis un disque de chansons populaires italiennes et là je viens de sortir un nouveau CD « J’veux du soleil » .
Un disque, il est vrai, plein de bonne humeur qui donne envie de danser sur des rythmes méditerranéens, brésiliens comme « Pâtes, boulettes, parmesan », « La banane » et la reprise d’une chanson de l’ami Carlos « La bamboula ». C’est plein d’énergie, de bonne humeur… de soleil évidemment !
« J’aime les choses simples, j’ai envie de créer une complicité avec le public, de les faire rire, de les faire danser, de leur faire oublier les soucis du quotidien. La finalité est de fabriquer de la bonne humeur (Le titre de son spectacle étant « La fabrique de la bonne humeur ») et de faire plaisir aux gens tout en me faisant plaisir et si c’est gagné ça suffit à mon bonheur. J’ai tourné quelques clips dont un au lac de Ste Croix, à Esparon.
On vit dans une belle région car le Midi ce n’est pas que Marseille.
Tu t’autoproduis ?
Oui, nous faisons tout ensemble comme des grands, nous travaillons avec un studio d’enregistrement (Pirris Editions), nous tournons nos clips et nous démarchons comme beaucoup. Depuis le temps nous commençons à être connus. Malgré cela, le covid nous a coupés dans notre élan. Il a fallu faire repartir la machine et… ça repart ! »

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Eric est un homme cordial, optimiste, avenant, même s’il se dit timide (mais il se soigne m’avoue-t-il !) qui aime aller vers les gens et le public se rend très vite compte de ce qu’il est : un homme simple, un artiste vrai, heureux de vivre et de donner du bonheur aux gens. Avec lui, c’est la fête tous les jours.
« J’essaie de rester le plus vrai possible, j’aime faire partager mes histoires, mes chansons et je suis toujours disponible pour ce public avec qui j’ai des relations particulières, simples, joyeuses. Mon humour n’est jamais au-dessous de la ceinture, ce qui fait que tous les publics y trouvent leur compte »
Qu’est-ce que ça fait du bien de rencontrer un artiste qui ne se prend pas la tête et qui n’a qu’un but : donner du plaisir aux gens.
A découvrir sur youtube

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Jacques Brachet