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Adieu Marthe !

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Je vous parle d’un temps que les moins de… 40 ans ne peuvent pas connaître !
Nous sommes en 68, j’ai 21 ans et viens d’entrer à Var Matin.
Adorant le théâtre, je me suis branché avec Monique Gérard, attachée de presse des tournées Karsenty, par encore Herbert, qui faisaient alors florès en province.
Il s’agissait de faire tourner les pièces parisiennes à succès dans toute la France.
L’Opéra de Toulon était une étape et Monique m’arrangeait alors une rencontre avec l’artiste vedette.
Comme c’était simple alors… Il suffisait d’un coup de fil.
Pas  d’autre intermédiaire que Monique, pas de producteur, d’attachée de presse, de régisseur, de tourneur, et l’artiste était toujours d’accord. C’est ainsi que j’ai pu rencontrer Jean Marais, François Périer, Michel Galabru, Jean Piat, Jean-Claude Brialy, Jacqueline Maillan, Sophie Desmarets, Serge Reggiani, Daniel Gélin, Micheline Presle, Danielle Darrieux, Michèle Morgan et bien d’autres dont certains restèrent des amis. Un seule refusa : Ralf Vallone, alors qu’on avait rendez-vous et qui me jeta… mieux, qui me claqua la porte au nez.
Au milieu de tous ces grands artistes aujourd’hui hélas disparus, (hormis Micheline Presle) qui à l’époque, faisaient le bonheur des théâtreux et remplissaient partout les salles où il passaient… Marthe Mercadier !
Une des plus belles rencontres tant elle était pétillante, volubile, excentrique et drôle.
Une question toute simple et la voilà partie dans une douce folie, sa façon de raconter me faisant rire aux larmes.
Elle jouait alors la reprise de «N’écoutez pas mesdames» de Jean Marsan avec un Jean le Poulains, aussi «destroy» qu’elle, et c’était un feu d’artifice. Marthe était virevoltante, sa voix tonitruante portait sur des répliques qui faisaient hurler de rire un public qui en redemandait. Un charisme, un abattage qu’elle garda jusqu’à la fin de sa carrière.
Ca y était, on avait sympathisé, elle m’invita à souper (Ce que je fis souvent avec ces artistes, chose qui ne se fait plus aujourd’hui).
De ce jour, nous avons commencé à nous écrire (Ca aussi ça ne se fait plus, Internet et les SMS sont passés par là) et je garde des tas de courriers de tous ces beaux artistes que j’ai eu la chance d’approcher.
Au fil des ans, nous nous sommes toujours revus avec joie, surtout à l’Opéra de Toulon où, comme elle accumulait les succès, elle fait toujours partie des tournées dès qu’une pièce s’arrêtait de jouer à Paris. A chaque fois nous passions la soirée ensemble avec certains membres de l’équipe.

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Les dernières fois que nous nous sommes vus c’était d’abord au festival du court métrage de Hyères qui en était à ses balbutiements, pas encore très au point et dont elle était une invitée… Pourquoi ? Elle ne le sut pas. Elle ne faisait pas partie du jury, elle venait de sortir un livre mais personne ne pensa à lui organiser une dédicace, il n’y eut même pas un hommage. Très en colère, elle se demandait ce qu’elle faisait là. Et du coup, je passais de grands moments avec elle, ce qui la rassurait, et avec mon amie Fiona Gélin, qui était à peu près dans le même cas qu’elle.
Qu’est-ce qu’on a pu rigoler !
On se vit aussi au théâtre Galli de Sanary où elle devait créer une pièce et où elle vint faire des castings pour les seconds rôles. Pièce qui ne se fit jamais. Mais il fallait la voir, avec son tempérament de feu, bousculer les apprentis artistes, leur expliquant avec force gestes et sa voix de stentor, ce qu’il fallait faire. Ce fut un grand moment, même si le projet capota.
Et puis elle vint à la fête du livre en 2011, je crois, où l’on se tomba dans les bras et où nous fîmes un mémorable déjeuner. Elle parlait tellement fort, elle racontait avec tellement de passion qu’il était difficile de ne pas s’apercevoir qu’elle était là ! Et tous ceux qui y déjeunaient assistèrent à un one woman show inédit !
Marthe, ça a toujours été la joie de vivre, de rire, une énergie débordante et pourtant elle ne démarra pas dans la joie puisqu’elle fut d’abord muette puis bègue, paralysée après un accident de la route… Et malgré ça, elle alla toujours de l’avant, se redressant comme un Phénix. Elle eut pour professeur Léopold Sédar Senhor dont elle avait une immense admiratio, qui lui permet de créer une troupe de théâtre dans l’école et avec qui, plus tard, elle fonda une association dans son pays, le Sénégal et dont le projet était d’y construire un hôpital. Mais le gouvernement sénégalais voulant récupérer l’argent, le projet tomba à l’eau. Elle aida l’Abbé Pierre, elle épaula Line Renaud dans la lutte contre le sida. Elle risqua aussi cent fois sa vie dans la Résistance.
Mais il ne faut pas oublier la carrière éblouissante qu’elle fit au théâtre, au cinéma, à la télé  la terminant à 80 ans dans l’émission «Danse avec les stars» où elle y mit le feu et leva la jambe comme une jeunette !
Son livre s’intitulait «Je jubilerai jusqu’à 100 ans !». Mais la vie (ou le mort) en a décidé autrement, disparaissant à 93 ans… On n’était pas loin !

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Jacques Brachet


Julie GAYET : « Ma sensibilité joue dans mes choix »

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Cinéma, télévision, théâtre, production… Le choix du roi… Ou plutôt de la reine, celle-ci étant en l’occurrence Julie Gayet.
Julie que j’ai souvent rencontrée à la Rochelle, au festival TV, à Toulon pour présenter «Le gendre idéal», à Marseille, sur le tournage TV de «Ca va passer… mais quand ?» et avec qui j’ai gardé de jolis souvenirs.
Jouant en ce moment sur tous les tableaux, il fallait donc qu’on se retrouve pour parler de tous ses évènements. Et on le fait, alors qu’elle revient du Festival d’Angoulème.

C’est quoi ce papy ?
Troisième volet de cette série cinématographique signée Gabriel-Julien Laferrière.
Nous avions eu un premier épisode, «C’est quoi cette famille ?» où l’on avait découvert une famille totalement foldingue composée de couples divorcés, recomposés, d’enfants, tous cousins ou demi-frères et sœurs, vivant les uns avec ou sur les autres, ne pouvant se séparer, s’aimant, se chamaillant… Bref une famille partie de deux sœurs Sophie (Julie Gayet) et Agnès (Julie Depardieu) dont on ne connaissait pas les parents. Dans le deuxième épisode «C’est qui cette mamy ?», on découvrait Aurore (Chantal Ladesou) grand-mère totalement déjantée qui recevait tous ses petits enfants en crise avec leurs parents. Et voici qu’au troisième épisode de cette cocasse trilogie, «C’est qui ce papy ?», surgit Gégé (Patrick Chesnais) un supposé grand-père, berger solitaire, ours mal léché, bougon  mais toujours amoureux d’Aurore qui fut sa maîtresse.
C’est après un accident qui a fait perdre la mémoire à Aurore qui ne reconnait plus personne mais parle tout le temps de Gégé, qu’après quelques recherches, les enfants retrouvent sa trace. Les voici donc embarquée avec la mamy amnésique sur les traces du fameux Gégé… qu’ils vont retrouver.
Et à partir de là aventures et mésaventures de toute la tribu, dont les parents partis sur leurs traces, vont se jouer à 200 à l’heure avec des répliques irrésistibles, des situations complètement dingues.
Comme pour les deux autres volets, le réalisateur Gabriel-Julien Laferrière, nous offre une comédie loufoque où les enfants ont la part belle et où les comédiens chevronnés s’amusent comme des fous car, outre ceux cités, on y trouve pêle-mêle Lucien Jean-Baptiste, Claudia Tagbo, Thierry Neuvic, Philippe Katherine, Arié Elmaleh… tous magnifiques en parents totalement dépassés et une kyrielle de jeunes comédiens prometteurs.
Le film ne devrait pas tarder à sortir mais nous avons eu la chance que le Six N’Etoiles de Six-Fours nous le présente en avant-première. Sans personne pour le présenter. Donc mon amie Julie pour en parler !

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«Julie, heureuse de te retrouver dans ce triptyque ?
Ce n’est pas un triptyque, c’est plutôt pour la peinture. Ce n’est pas une série, c’est plutôt pour la télé. Disons donc que c’est une saga ! C’est un film choral et c’est un vrai plaisir de retrouver les amis comédiens et ces jeunes acteurs  qui ont grandi avec nous et qu’on retrouve un an sur deux depuis six ans.
Heureuse aussi de retrouver Chantal Ladesou avec qui ça a été un véritable coup de foudre. Je l’adore, c’est la mère que j’aurais pu avoir tant elle adorable, drôle, c’est une femme d’une modernité folle. Et retrouver aussi Julie Depardieu qui est pour moi une vraie sœur.
Depuis le temps, on s’est créé une vraie famille et on se retrouve chaque fois avec bonheur.
Et puis cette fois, en plus d’être un film plein d’humour et très familial, il y a cette histoire d’amour qui ressort entre Gégé et Aurore, moment très émouvant… La boucle est bouclée !
Vraiment bouclée ?
(Elle rit) Va savoir ? Est-ce que Gégé est le vrai père des deux filles, car il y en a eu d’autres ! Peut-être y aura-t-il un quatrième épisode, un autre grand-père va surgir… A suivre !
En tout cas, ce que j’aime dans ce film, c’est qu’il défend de belles valeurs familiales et j’aime ça.
Les films de Gabriel permettent de parler de sujets qui touchent et de tous les combats des femmes d’aujourd’hui
Sujet qui te préoccupe beaucoup !
Oui. Avant ça, il y avait aussi eu «Poly», qui défend aussi ces valeurs familiales que j’aime. Le film est sorti une semaine après le confinement  hélas, et n’a pas bénéficié de la lumière qu’il pouvait espérer. Le réalisateur Nicolas Vannier a fait là un film familial qui défend la place de la femme».

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« Poly » – Rencontre à la Rochelle

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« Une mère parfaite »

Une mère parfaite
«Ce qui nous amène à cette série «Une mère parfaite», qui démarre sur TF1 le lundi 6 septembre.
Oui, puisque le film tourne autour de la relation mère-fille. Hélène (que je joue) apprend que sa fille est accusée de meurtre. A partir de là sa vie bascule, elle va, aidée de Vincent (Tome Sisley), un avocat avec qui elle a vécu une histoire d’amour, défendre sa fille, même si elle n’est pas certaine de ce qu’elle a fait ou pas fait.
Même si le titre est «Une mère parfaite», je pense, pour ma part, qu’une mère, une fille, une femme parfaite, ça n’existe pas. C’est très difficile de l’être et c’est difficile d’être une adolescente, une jeune fille dans notre société d’aujourd’hui faite de violence. Aujourd’hui, il faut choisir entre liberté et sécurité, les risques sont grands, de l’insulte au viol. Ce n’est pas normal, on ne peut pas accepter ça. Les bêtes ne violent pas alors que les hommes le font.
C’est pourquoi tu as adhéré à cette association : «Fondation des Femmes» ?
Évidemment car on ne plus accepter ces situations. C’est Anne-Cécile Mailfert, qui est avocate, qui l’a créée et qui en est la présidente. Elle offre une protection juridique à ces femmes battues, violentées, violées, elle a posé des statuts sur la violence et le harcèlement, elle aide, aiguille ces femmes, fait des levées de fonds pour aider, fédérer les associations, aborder tous les problèmes que ces femmes connaissent, créer des lieux dédiés pour les recevoir, des événements pour sensibiliser le plus de monde possible.
D’ailleurs, Eden Ducourant, qui joue ma fille dans cette série, a décidé de mener une campagne intitulée : «Regarde-moi bien». Elle s’y implique à fond. En lus d’un talent fou, elle est devenue aujourd’hui comme ma fille. C’est une belle découverte et j’aime mettre les femmes en lumière.
En dehors d’Eden, tu retrouves Tomer Sisley…
Oui et dans ce film il est méconnaissable !
Hasard ou choix de vous deux ?
Nous nous connaissons depuis longtemps et c’est avec plaisir que nous nous sommes retrouvés. Mais c’est un hasard dû au choix du réalisateur Fred Garson. Je n’interviens jamais dans le choix des comédiens, je suis trop respectueuse des réalisateurs. C’est leur choix, pas le mien. Ce qui compte c’est leur regard, leur point de vue.
Et que devient la productrice ?
Avec le Covid (je le mets au masculin !) j’ai un peu levé le pied. Mais j’aime toujours découvrir des sujets, des réalisateurs, des réalisatrices, les mettre en lumière. (Sa dernière production est «J’irai mourir dans les Carpates» d’Antoine de Maximy). Je suis très fière de ce que j’ai produit qui s’appuie toujours sur ma sensibilité».

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« Je ne serais pas arrivée là si… »

Je ne serais pas arrivée là si…
Et voici que tu reviens au théâtre !
Oui, avec Judith Henri qui a eu l’idée de ce duo à partir de lettres de femmes qui sont des entretiens qu’Annick Cojean a eu avec des personnalités comme Gisèle Halimi, Virginie Despentes, Christiane Taubira, Amélie Nothom… et qui avait fait l’objet d’un livre publié chez Grasset.
Nous lisons ces lettres à deux voix, comme une conversation, c’est Judith qui en a fait la mise en scène.
Les questions posées par Annick Cojean tournent autour du sujet : comment la vie m’a marquée, en bien, ou en mal, quels sont les hasards, les rencontres, les drames qui ont fait ce que je suis devenue ?
C’est un sujet universel qui, bien évidemment, m’interpelle.
Nous partons en tournée, nous passerons par l’Odéon à Marseille le 3 octobre et les 1er, 2, 3 décembre au théâtre National de Nice».

Prochaine rencontre donc à Marseille… A bientôt Julie !

Propos recueillis par Jacques Brachet

 


Gilbert BECAUD… 2O ans déjà !

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Eh oui, voici déjà 10 ans que Mr 100.000 volts nous a quittés. Et voici 50 ans qu’il a créé ce tube international qu’est devenu «Et maintenant». On ne pouvait passer sous silence ce double événement, d’autant que depuis sa disparition, on a beaucoup plus fait cas d’Aznavour, de Breln de Dassin ou de Cloclo que de lui, pourtant immense auteur-compositeur et chanteur, lui qui a tout inventé de la musique et des rythmes “modernes”, lui qui a été le premier à dépoussiérer la chanson française, lui qui a été “idole” avant les idoles et qui a été l’objet du premier fan club, lui qui est à l’instigation de cette mode étrange de casser les fauteuils de plaisir, de joie, de folie, lui qui a rendues folles les premières fans de chanteurs…
Bref, lui sans qui peut-être, les années 60 françaises n’auraient pas été ce qu’elles ont été.
Et que ce soit un Toulonnais qui soit au début de ce revirement musical incroyable, me comble d’aise, de joie, de fierté. Par contre, ce qui me désole c’est qu’aujourd’hui, il semblerait qu’on l’a oublié alors qu’on commémore des fêtes de beaucoup d’autres chanteurs qui n’ont pas eu, loin de là, la carrière internationale qu’il a eu.
Bien entendu, durant mes pérégrinations journalistiques, j’eus l’occasion de rencontrer souvent l’ami Bécaud car, quoiqu’on ait pu dire de son caractère, il m’a toujours reçu avec gentillesse et simplicité, jusqu’à sa dernière tournée où, comme un symbole, alors qu’il se prêtait à une petite séance photographique, il me fit ce “bonjour” (ou cet adieu !) de la main… Il devait disparaître quelques mois après…
Disparu en 2001, François Silly de son vrai nom, est donc né à Toulon, bercé par ces marchés de Provence qui sont loin d’être entièrement toulonnais, comme on aimerait à le croire
Il est un des seuls artistes à avoir franchi la barrière américaine et certaines de ses chansons ont franchi les mers pour devenir des tubes internationaux comme “Et maintenant”, “Nathalie”, “Je t’appartiens”, “Madame Rosa”, une comédie musicale… qu’il n’a pu monter en France et que devait jouer Annie Cordy…
Nombre d’artistes internationaux ont repris ses chansons qui sont intemporelles.

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Il avait le rythme dans la peau et ce n’est pas pour rien qu’il fut surnommé “Monsieur 1000.000 volts !”
C’est en 1994, alors qu’il fêtait, comme il m’avait dit, “40 ans d’amour”, que je le rencontrai pour la dernière fois.
Incroyable…Les années étaient passées, la maladie aussi et il restait le fringant jeune homme qui, en quelques notes assenées sur un solide piano bien tempéré, avait changé la face de la chanson française, par le rythme qu’il y apportait, la folie qui faisait casser les premiers fauteuils de l’Olympia…
Musicalement, l’éclatement des années 60 en France, se fait grâce à lui.
Fidèle à l’Olympia qui l’a alors accueilli 29 fois, il aura fêté ses 40 ans… au Palais des Congrès !
Si nombre de chanteurs ont écrit un livre de mémoires, lui, il fait un nouveau disque “Mea culpa”.
Ce qui mérite une explication. Qu’il me donnera avec le sourire et la simplicité dont il ne s’est jamais départi, confortablement installé dans sa loge du Zénith-Oméga de… Toulon, duquel il a fait l’ouverture et où il revient deux ans après !

“Deux fois en deux ans à Toulon, c’est exceptionnel tant il est vrai que, par le hasard des itinéraires, je ne m’y suis finalement pas produit souvent… Et pourtant, bien évidemment, je reste attaché à cette ville… Mais comme je le dis dans une chanson : “Quand t’es petit dans le Midi, t’es pas petit comme ailleurs….avant de parler… tu mens !”
Justement, quels souvenirs gardez-vous de votre ville natale ?
Surtout le souvenir de vacances d’été car il faut savoir que je suis allé habiter Nice alors que j’avais un an.
Mais je revenais à Toulon pour revoir ma mémé, mon pépé et mon “tonton jardin”…
Je me souviens d’une petite maison, d’un appartement au troisième étage d’où l’on voyait, d’un côté, les rails de chemins de fer et l’usine à gaz, et de l’autre, un grand jardin… Y revenant adulte, j’ai retrouvé les rails, mais beaucoup moins imposants, l’usine avait disparu et le jardin… je l’ai trouvé vraiment beaucoup plus petit que dans mes souvenirs !

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Alors, ce “Marché de Provence”, finalement, il est toulonnais ou Niçois ?
Il est… provençal ! Né à Toulon et découvrant ce marché du Cours Lafayette l’été et vivant à Nice et voyant le marché tous les jours, je me suis rendu compte qu’il y avait plein de points communs et c’est donc en fait un mélange des deux !
Ces points communs ?
Les sensations, les odeurs, le soleil, l’accent… C’est en fait le marché de Louis Amade !
Alors, cette année, vous fêtez vos 40 ans de carrière et, au lieu d’écrire, comme nombre de vos collègues, un livre de souvenirs, vous nous offrez un disque..
Le disque, ce n’est pas une idée à moi mais de mon équipe…
Je n’aime pas parler de moi et je n’aurais jamais eu l’idée d’écrire mes mémoires, même si nombre d’éditeurs me l’ont demandé. Je pense que je n’aurais même pas eu l’idée de faire ce disque et mon entourage a dû insister deux ans et demi avant que je ne dise oui. Mais attention : ce n’est pas un disque testament. C’est simplement l’histoire d’un homme et d’un chanteur et tout ce que je chante est authentique. Quant au livre, sachez qu’il n’y aura jamais une bio signée de moi.
D’abord parce que je n’ai pas de mémoire, puis parce que je ne suis pas passéiste et enfin parce que j’ai trop de projets pour m’appesantir sur moi et sur mon passé…
Vous avez toujours été fidèle à l’Olympia depuis vos débuts et voilà que vous allez faire la fête au Palais des Congrès !
Et alors ????
Il faut bien de temps en temps changer l’eau des églises !
Vous savez, je fais rarement ce qu’il est “normal” de faire ! Ne vous en faites pas, il y aura un Olympia ! C’est une salle plus intime où l’on se sent plus proche du public… Comme je le chante, “Il est à moi” (l’Olympia !)… Mais le Palais des Congrès est une très belle salle et j’avais envie de m’y installer… Voilà tout.
Satisfait ?
Satisfait !… Après tant d’années, arrivez-vous encore à surprendre le public ?
(Il rit). Difficile de faire parler botanique aux fleurs ! C’est au public qu’il faut poser cette question ! En tout cas, ce qui est formidable, c’est que le public, lui, continue à me surprendre. Il n’est pas toujours là où je l’attends, il fait un succès d’une chanson à laquelle je ne m’attendais pas… Et vice-versa. C’est mystérieux… Et c’est bien !

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En tournée. Arrêt à Nice.

Avez-vous des exemples ?
“Et maintenant” que l’on a écrit très vite alors qu’on bloquait sur une chanson qui me tenait particulièrement à cœur. Si je ne me souviens même pas du titre de la première, la seconde a littéralement explosé en France et dans le monde entier sous le titre de “What now my love”, qu’ont chanté des tas d’artistes comme Petula Clark, Franck Sinatra, Elvis Presley, Sonny and Cher, Bob Dylan, Diana Ross, Johnny Mathis, Shirley Bassey, Sammy Davis, Marianne Faithfull, Barbra Streisand, Judy Garland, Nana Mouskouri
Pour rigoler et imiter les Platters, j’ai fait “Le jour où la pluie viendra” qui a été chantée par plein de chanteurs et a également fait le tour du monde et un énorme succès en Allemagne sous le titre de “Am tag als der regen kam” par Dalida qui l’a aussi enregistré en italien et en espagnol). Elle a d’ailleurs fait aussi un tube en Italie avec “Et maintenant” (Che mai faro) ainsi que Milva, Ricchi e Poveri. Sans compter les chanteurs français qui sont aussi nombreux. (On garde en mémoire les versions de Johnny ou encore de Grégory Lemarchal)
On ne fait pas des standards tous les matins et c’est ça l’intérêt du métier.
A propos de ces chansons qui ont fait le tour du monde, quelles sont vos versions préférées ?
Oh la colle !!!
D’abord, je ne dois pas les connaître toutes… Disons Sinatra, Petula Clark Elvis Presley… Pas mal le petit, belle voix !
Enfant, vous imaginiez-vous que vous deviendriez une star internationale ?
Petit, surtout dans le Midi, comme je le chante sur cet album, tout paraît possible…
J’ai toujours aimé la musique, j’ai fait des études classiques au conservatoire, donc, je savais déjà que ce serait la musique. Mais devenir chanteur et “vedette” comme on disait alors, a été un concours de circonstance. Organisant une fête pour les soldats alors que je faisais mon service militaire, je me suis mis à chanter en m’accompagnant au piano.
Et c’est parti comme ça !
Vous savez, quelquefois on choisit sa vie, son métier et quelquefois ce sont eux qui vous choisissent… C’est ce qui s’est passé”.

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Ultime interview d’un artiste hors norme, hors du temps, qui a sans le savoir, ouvert la porte à toutes ces têtes de bois qui avaient un âge tendre lorsqu’il a débuté, qui est de toutes les époques et qui, aujourd’hui encore, nous surprendrait.
Aujourd’hui je regrette qu’on n’évoque pas Bécaud plus souvent. Il semble oublié et pourtant, il a donné ses lettres de noblesse à la chanson française dans le monde entier.
Petite anecdote : alors qu’il était déjà star, un tout jeune chanteur essayait de percer. Il était alors marié à une danseuse qui, fatiguée de ramer et de vivre avec un chanteur sans avenir, qui plus est, au caractère exécrable, alla travailler avec Bécaud.
Elle se nommait Janet Wollacoott et son mari était… Claude François !
Elle devint sa compagne, lui fit un enfant… Ce que Claude eut du mal à digérer et à pardonner, même si, finalement, il fit la paix avec la star lorsqu’il devint star lui-même… La rencontre eut lieu chez les Carpentier.
Mais ça… C’est une autre histoire !

Jacques Brachet



ANGELINE The new queen of the soul

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Une tornade est passée sur Sanary
Un corps de sirène, un regard étincelant sous une mousse de cheveux, elle surgit sur scène sur des hapeaux de roues… et se poursuivra jusqu’au bout, nous laissant haletants, éblouis.
La tornade Angeline vient de passer, pour rendre hommage à Tina Turner.
Et comme elle le fait bien, sans pour autant lui ressembler car elle a sa propre voix, sa façon de danser à elle. Ni un sosie, ni un clone, ni une pâle copie, elle ressemblerait plutôt à Shirley Bassey, avec l’énergie de Tina.
Des tenues super sexy mais jamais vulgaires, qui mettent sa silhouette en valeur, une aisance et une grâce, aussi bien pour danser que pour entrer en contact avec le public qu’elle tient en main d’un bout à l’autre d’un show éblouissant, Angeline est une révélation.
Et pourtant, elle a déjà fait un long bout de chemin musical, surtout avec les autres.
Les autres qui se nomment Johnny, Sardou, Nicoletta, Farmer, Pagny, Montagné dont elle fut tour à tour choriste. Elle a prêté sa voix pour de nombreuses pubs, a fait des apparitions à la télé, a chanté, avec Catherine Ringer, le générique du film de Josiane Balasko «Un grand cri d’amour», elle était également dans la comédie musicale «Rocky Horror Show» et la voici qui se lance en solo, préparant un disque et une tournée.
Rencontre avec un phénomène à la voix exceptionnelle.

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Angeline, comment êtes-vous arrivée à la chanson ?
Par hasard ! Je travaillais… au Ministère des finances, je suivais des cours de micro-économie !
On est loin de la chanson !
Pas tant que ça car, après les cours, je montais sur le bureau et je faisais le show pour les collègues.
Il faut dire que j’ai toujours chanté. Je suis née au Cameroun, ma mère est africaine et là-bas, tout le monde chante.
Et alors ?
Alors un soir mes collègues m’ont piégée en m’amenant dans un bar-concert. Ils avaient tout combiné et le directeur m’a demandé de chanter. Ça a très bien marché. Il voulait même que je continue. Dans la salle, il y avait un musicien, d’afro-jazz, Rido Bayonne, il fut bassiste de Dizzy Gillespie et de James Brown entre autre. Il était aussi camerounais et avait un orchestre. Il me proposa d’en devenir choriste. Je suis donc partie en tournée avec lui, j’ai commencé à rencontrer des gens dont l’un m’a branché sur Herbert Léonard. C’est donc le premier chanteur avec qui j’ai travaillé. Il y a eu aussi Pierre Vassiliu, puis il y a eu des tas de chanteurs pour qui je faisais la choriste en tournée ou en studio. Sylvie, Pagny, Farmer et bien d’autres.
J’ai aussi travaillé à la télé : « Nulle part ailleurs », « Tapis rouge », où j’accompagnais les chanteurs invités aux émissions.
Puis il y a eu Johnny
La première fois que j’ai joué avec Johnny, c’était au Stade de France, où le premier concert a été annulé pour cause de pluie et où le lendemain il a plu tout autant et nous avons pris une belle douche ! C’était très rock’n roll pour le coup ! Mais ce fut une bonne école car on doit travailler quel que soit le temps.
Mais avant Johnny, j’ai travaillé avec Nicoletta et le chœur gospel dans les églises.
Puis il y a eu Sardou
Oui, en alternance avec Johnny. Lorsque l’un ne chantait pas, je rejoignais l’autre.

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Entretemps vous chantiez en solo ?
J’en avais l’idée, je suis auteur et compositrice, donc j’ai écrit des chansons mitigées rock et camerounais, ce que j’appelle du rock africain ! Avec mon orchestre on a fait des galas. On a même joué pour la Fête de l’Humanité ! Une tornade est passée sur Sanary
Un corps de sirène, un regard étincelant sous une mousse de cheveux, elle surgit des coulisse, sexy en diable et tout à coup une voix explose, et le spectacle démarre sur des chapeaux de roues… et se poursuivra jusqu’au bout, nous laissant haletants, éblouis.
Puis il y a eu Johnny
La première fois que j’ai joué avec Johnny, c’était au Stade de France, où le premier concert a élé annulé pour cause de pluie et où le lendemain il a plu tout autant et nous avons pris une belle douche ! C’était très rock’n roll pour le coup ! Mais ce fut une bonne école car on doit travailler quel que soit le temps.
Mais avant Johnny, j’ai travaillé avec Nicoletta et le chœur gospel dans les églises.
Puis il y a eu Sardou ?
Oui, en alternance avec Johnny. Lorsque l’un ne chantait pas, je rejoignais l’autre.
Entretemps vous chantiez en solo ?
J’en avais l’idée, je suis auteur et compositrice, donc j’ai écrit des chansons mitigées Rock et camerounais, ce que j’appelle du rock africain ! Avec mon orchestre on a fait des galas. On a même joué pour la Fête de l’Humanité ! C’est là que j’ai été sélectionnée pour le stade de France. Il y a même Jean-Louis Foulquier venu me voir, qui voulait nous écouter en «live» pour les Francofollies mais ça n’a pas pu se faire.
Et Tina Turner alors ?
J’ai une grande admiration, autant pour la chanteuse que pour la femme qui a eu une vie incroyable, pas de tout repos, et une carrière formidable. Une femme belle, courageuse. J’avais envie de lui rendre hommage et surtout d’intervenir entre deux chansons pour raconter sa vie et le choix de ses chansons. Car elle n’a pas eu que des tubes originaux. Je voulais que les jeunes génération connaissent son parcours.
Vous écrivez des chansons. Quand allez-vous  les chanter ?
Je vais commencer à en glisser une ou deux dans mon show Tina, pour le faire évoluer, et j’espère qu’avec Jacky Lacomba, producteur de «Atout Scène Production» avec qui je travaille, on va arriver à faire un disque. J’ai aussi, dans un tout autre genre, écrit un conte musical ! J’ai créé un orchestre What’s love, d’après un titre de Tina Turner «What’s love to do with it».
Vous avez aussi enregistré beaucoup de voix off pour des pub…
Oui, toujours au hasard des rencontres. C’’est intéressant à faire car il ne suffit pas de chanter la chanson, il faut être synchro avec les images et j’aime beaucoup faire ça.
En voix off encore, vous avez enregistré le générique du film de Josiane Balasko : «Un grand cri d’amour» et pas avec n’importe qui : Catherine Ringer !
Oui, c’est un grand souvenir, tant Catherine est simple, gentille, adorable, pleine d’humour. C’est une très belle rencontre. On lui a proposé de chanter le générique et j’ai été choisie pour chanter avec elle.

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Lorsqu’on voit votre show si plein d’énergie, on se dit qu’à la sortie de scène vous devez être épuisée !
Même pas ! D’abord, cette énergie, je l’ai en moi et le public est tellement à fond qu’il la centuple. A la sortie, je suis heureuse, j’ai une pêche pas possible !»

Jacques Brachet



Sanary sous les étoiles
Les belles rencontres de Natasha Saint-Pier

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Bleu regard lumineux, sourire éclatant, Natasha Saint-Pier arrive à Sanary avec Bixente son petit bout de chou qui ne la quitte pas une seconde.
Retrouvailles avec cette belle chanteuse à la voix d’or née au Canada, vivant en France. Et c’est avec une grande gentillesse que nous allons parler de ses rencontres qui ont fait qu’en plus de 20 ans, elle s’est façonnée une carrière riche et originale.

«J’ai démarré au Canada en 95. J’avais alors 14 ans et mon premier disque s’intitulait «Émergence». Ma première rencontre importante a donc été le producteur Steve Barakatt qui m’a proposé d’enregistrer ce disque. Pour moi, qui aimais chanter depuis déjà longtemps, cela m’a semblé tout naturel. J’avais une amie, qui pratiquait  le haut niveau, j’étais entourée de gens qui réussissaient. Naïve, je trouvais donc que c’était normal que moi aussi je réussisse !
Et puis il y a eu «Notre-Dame de Paris»
J’avais 17 ans. C’est Guy Cloutier qui m’a proposé le rôle de Fleur de Lys que j’ai donc chanté en français au Canada et en anglais en Angleterre. Mais, malgré ce qu’on a pu écrire ou dire, je n’ai jamais joué le rôle en France.
C’est pourtant grâce à ça que tu viens en France et que tu rencontres Robert Goldman, le frère de Jean-Jacques.
Oui, je préparais mon nouvel album et je voulais une chanson qui soit typiquement française. Robert, qui était ami avec mon producteur, m’a proposé «Je n’ai que mon âme ». Il se trouve que la chanson a été choisie pour représenter la France au 46ème concours Eurovision, à Copenhague en 2001. Je suis arrivée 4ème.
Autre rencontre importante : Pascal Obispo
Nous nous sommes rencontrés pour l’album «De l’amour, le mieux». C’était un an après l’Eurovision. Très vite une grande amitié est née entre nous et nous ne nous sommes plus quittés. Il a participé à presque tous mes albums. Nous travaillons souvent ensemble. Nous sommes devenus un vrai tandem qui fonctionne bien. Je l’inspire, me dit-il !

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Natasha St Pier entourée de Miguel Bose et Pascal Obispo

Justement, comment travailles-tu avec lui ?
On se voit souvent, je lui parle de ma vie, je lui raconte beaucoup de choses car je lui fais totalement confiance. C’est ainsi qu’il s’inspire de ce que je lui confie. Et à chaque fois il tombe juste. Centaines fois, il a l’idée d’un thème, d’un événement dont il a été témoin.
Alors, rencontre inattendue : le chanteur espagnol Miguel Bose !
Je vais souvent chanter en Espagne et en 2002, j’ai voulu enregistrer trois chansons en espagnol  dont «Tu trouveras», devenu «Encontras» et je voulais la chanter en duo avec un chanteur espagnol. Miguel Bose a été d’accord pour faire ce duo avec moi. Nous avons fait une tournée promo ensemble en Espagne et lorsque je vais là-bas, je la chante toujours.
Et il y a eu… Johnny !
Oui, c’est lui qui m’a proposé de faire un duo avec lui au Stade de France. C’était en 2003. Il a choisi «J’oublierai ton nom»
Quel effet cela fait-il de se retrouver sur scène avec l’idole ?
J’étais très impressionnée et pas seulement par Johnny qui a été adorable mais surtout par cette énorme machinerie qui se déploie autour de lui, par ce public frénétique énorme qu’il déplace. C’est très impressionnant de chanter dans un tel lieu avec autant de monde. J’avoue que c’était plus impressionnant que Johnny lui-même !
Il y a aussi l’aventure de la comédie musicale «Don Juan»
Ça, c’est un très bon souvenir, j’ai adoré cette comédie musicale qui n’a pas eu le succès mérité en France. J’ai beaucoup aimé travailler avec Félix Gray qui est un artiste talentueux et un homme adorable. J’avais le rôle d’Elvira, un personnage très torturé que j’ai trouvé passionnant à jouer.
Et puis, je retrouvais le metteur en scène de mes débuts, Gilles Maheux avec qui j’avais travaillé sur «Notre-Dame de Paris». Entretemps, j’avais mûri, évolué et je me suis sentie totalement à l’aise. J’avais pris de l’assurance, confiance à moi. Ça a té une belle aventure et un joli moment de ma carrière.

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Autre belle aventure : «Thérèse, vivre d’amour»
Là encore une belle histoire. C’est Grégoire qui a mis en musique des poèmes de Sainte Thérèse de Lisieux et qui me l’a proposée. Nous avons fait un premier album, puis un second et je suis partie en tournée dans les églises. Tournée hélas qui s’est arrêtée suite au Covid mais nous allons essayer de récupérer les dates à la rentrée et repartir en tournée.
Chanter dans les églises, c’était une nouvelle expérience ?
Oui et une expérience formidable, d’abord parce qu’on est très près du public, en toute intimité avec un piano et des cordes, c’est une écoute tout à fait différente. Ce qui se passe est très émouvant, que le public soit chrétien ou pas.
Et avec ce disque, c’était une occasion de chanter avec Anggun…
Ma rencontre avec Anggun date de beaucoup plus loin. Nous nous connaissons depuis des années, nous avion très envie de chanter ensemble. Mais le moment ne s’était jamais présenté. Et là, cela devenait évident. Anggun fait partie de mes amies et Dieu sait que dans ce métier nous n’en avons pas beaucoup !
Au milieu de toutes ces aventures, tu as aussi été animatrice radio, tu as présenté une émission de télé et tu as même été comédienne !
Comédienne est un très grand mot. J’ai modestement participé en tant que guest à la série «Seconde chance»
J’ai toujours aimé tenter des choses nouvelles, je suis curieuse de découvrir, d’apprendre, de foncer dans quelque chose de nouveau, quitte à me planter. Mais j’adore qu’on me fasse des propositions originales, inattendues.

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Et tu t’es déjà plantée ?
Je touche du bois, pour l’instant pas encore !
Tu as également été jurée de «The voice»… Belgique. Pourquoi la Belgique ?
Tout simplement parce qu’on me l’a proposé ! Il se trouve que j’adore la Belgique qui me fait beaucoup penser au Canada. J’aime aussi beaucoup le peuple belge. Je garde un très bon souvenir de ces deux années. Il y avait une belle équipe et j’ai découvert de beaux artistes. J’ai d’ailleurs gardé quelques contacts avec des participants et avec l’équipe.
Née au Canada, vivant en France, de quel pays es-tu la proche ?
C’est vrai, je suis née au Canada et j’y ai vécu 17 ans. Puis je suis venue en France. J’ai aujourd’hui 40 ans donc j’ai plus d’années passées en France. Il se trouve que mon fils est né en France et que nous y vivons. Par la vie de tous les jours et par l’école, il a appris à y vivre. Mais de mon côté, je lui parle beaucoup du Canada, je lui en apprends l’Histoire. Mais j’ai gardé ma nationalité canadienne.
Le Canada, ça reste mes racines.»

Retrouvant son fils qui s’impatiente, Natasha part se préparer pour monter sur scène.
Elle réapparait en jolie robe printanière et une fois sur scène, accompagnée de l’orchestre de Richard Gardet, elle va nous offrir un spectacle à la fois énergique mais avec de jolis moments d’émotion lorsqu’elle chante un extrait de «Thérèse», «Aimer c’est tout donner», qu’elle dédie une chanson à son fils Bixente qui, sur les marches des coulisses, ne perd pas de vue sa maman, et puis elle nous parle de son pays, de l’Acadie, du Nouveau Brunswick où elle est née, elle reprend «Les Acadiens» de Fugain, «Travailler c’est trop dur» de Zachary Richard, mais aussi un chant tribal en acadien ou encore «Cap Enragé»… Bien sûr, on retrouve les succès qui ont jalonné sa carrière comme «Je n’ai que mon âme», «Tu trouveras», «Si on devait mourir demain»,  une reprise tout en énergie de «Tandem» de Vanessa Paradis, qui a été, dit(elle, sa première chanson coup de cœur lorsqu’elle est arrivée en France. Elle nous offre aussi une chanson country en anglais et, bouquet final, «My way», accompagnée à la trompette par Richard Gardet… Superbe !

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Ce fut un beau concert avec une petite déception du public car Natasha s’est très vite éclipsée sans s’approcher de lui pour les rituelles dédicaces. Mais on peut le comprendre lorsqu’on vit toujours à l’ombre de cette pandémie qui nous guette chaque jour.
Belle soirée sous les étoiles

Jacques Brachet
Photos Patrick Carpentier


Sanary sous les étoiles Joyce JONATHAN
un vent de fraîcheur dans la canicule

2Joyce Jonathan arrive toute belle, toute souriante, toute simple, regard lumineux, dit bonjour à tout le monde, ce qui devient rare aujourd’hui chez la jeune génération de chanteurs.
On est aussitôt sous le charme de cette jeune chanteuse qui, voici plus de dix ans, était venue chanter, toute timide à Sanary. Elle devait avoir seize ans, débutait alors et voici qu’aujourd’hui c’est une artiste accomplie qui a gardé le charme et la simplicité de ses débuts.

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Malgré une écrasante chaleur, elle va consciencieusement répéter avant de m’offrir un moment d’entretien, ce qui se fait aussi rare de nos jours.
Dans l’intimité d’un joli salon concocté par la belle équipe de Serge Loigne et de Noël Lebrethon dit «Nono», respectivement directeur et président de Sanary Animation, et de leur équipe de choc, qui nous offrent chaque année deux mois de concerts sous les étoiles, nous nous installons dans ce joli cocon.
«Joyce, question hélas devenue aujourd’hui traditionnelle : comment avez-vous vécu ce confinement ?
Je crois que nous avons tous eu le même ressenti. Tout d’abord ça a été de l’incompréhension, puis la déception de tout devoir annuler et cette incertitude de ne pas savoir où on allait, surtout lorsque le second confinement a été déclaré. Là, ça a commencé à être très long.
Par contre, dans ma vie personnelle, ça s’est mieux passé car j’étais enceinte !
D’un autre côté, ça nous a rapprochés de la terre, de la nature et de la réalité de la vie.
Mais le plus difficile a été le manque de concerts et de public. Ça a duré trop longtemps… Et j’espère de tout cœur que ça ne va pas recommencer car retrouver le public, après la frustration, ça a été le bonheur.
Et vous, qu’avez-vous fait durant cet enfermement ?
J’ai beaucoup travaillé, j’ai réalisé à la maison la moitié de mon album qui paraîtra en fin d’année.
J’ai pu aussi enregistrer quelques chansons lorsque les studios étaient restés ouverts. Comme je suis très perfectionniste, j’ai revu et corrigé toutes mes chansons, j’ai eu le temps de les peaufiner.
Alors, lorsqu’on a une licence de psychologie, comment devient-on chanteuse ?
La chanson est arrivée bien avant les études car j’ai toujours voulu chanter. D’ailleurs, j’ai longtemps, naïvement, cherché à savoir si l’on pouvait passer un bac en chanson ! Du coup, je suis allée jusqu’au bac, en parallèle j’ai appris à écrire, à jouer de la musique et à passer une licence en psychologie. J’ai réussi mon diplôme et en même temps j’ai cherché sur Internet une maison de disques que j’ai trouvé : My Major Compagny.

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Du coup, plus de psycho ?
Je dois avouer que depuis, j’ai complétement oublié d’aller chercher mon diplôme ! Mais comme j’ai très envie de me lancer dans une maîtrise, il va falloir que j’y pense !
Vous croyez que vous en aurez le temps ?
Vous savez, si l’on voit toujours le bon côté de ce métier de chanteuses, les gens ne voient pas le côté coulisses. On est souvent en attente, on passe du temps sur les routes, on arrive dans une ville, on fait les balances et puis on se retrouve souvent à l’hôtel, à attendre l’heure du concert. Il faut meubler ce temps. Et justement, lorsqu’on passe des heures en voiture, en train, en avion, il faut faire quelque chose. En voyage, sur les routes, je bosse mes chansons, j’en écoute beaucoup, je suis très investie, je donne mon avis. Je regarde aussi des séries. Je me souviens que lorsque j’ai fait ma tournée en Algérie, je me passionnais pour «Downton Abbey». J’étais accro, je n’arrivais pas à la lâcher. Dès ma sortie de scène je la retrouvais !
Vous préférez ça plutôt que de visiter une ville, un pays ?
Là justement, on n’a pas assez de temps. Mais j’ai par contre beaucoup visité la Chine.
A ce propos, vous vivez avec elle une belle histoire d’amour !
Oui, et ça dure depuis dix ans ! Il se trouve que mes parents parlent chinois et j’ai appris le mandarin. Du coup j’ai enregistré un disque dans cette langue qui a beaucoup marché et qui marche toujours. Depuis dix ans je vais là-bas une fois par an. Hélas, avec le Covid, les frontières sont fermées et depuis, je n’y suis plus allée. Ça me manque.

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Vous êtes chanteuse, auteure, compositrice et de temps en temps comédienne…
Oui, je pense que toutes ces disciplines  se rejoignent, je fais de la scène depuis plus de dix ans, j’ai fait des clips,d onc j’ai l’habitude des caméras, des micros.
A ce propos, vous avez écrit les paroles de la chanson générique de la série «Demain nous appartient» et vous y avez même joué. Comment se fait-il que ce soit Lou qui chante le générique et pas vous ?
Lorsque la série a été créée, la production cherchait une chanson pour le générique, qui serait chantée par une des comédiennes phare de la série. Avec Lou Jean qui a écrit la musique, nous avons présenté la chanson et c’est celle-ci qui a été retenue. C’est Lou qui a été choisie pour la chanter car dans la série elle joue le rôle d’une jeune chanteuse. Du coup, on m’a proposé un rôle dans la série.
J’ai ainsi découvert une ville superbe, Sète, la patrie de Brassens.
Mais pas un rôle récurrent !
Non, c’était juste un passage. Mais je ne me considère pas encore comme une comédienne, même si cela me plaît. J’ai fait des apparitions dans «Nos chers voisins», «Scènes de ménages», «Plus belle la vie» et j’ai également joué dans «Meurtre en Moselle». Mais pour le moment je suis juste un petit moustique !
Il y a aussi quelque chose que vous aimez : les duos.
Oui, ce sont de jolis moments de rencontres et j’aime travailler avec des artistes aussi différents que Vianney, Adamo, Ycare, Lama, Emmanuel Moire…
De toutes vos rencontres, quelles sont les plus marquantes ?
Difficile question mais il y a bien sûr Louis Bertignac qui a collaboré à mon premier album, avec qui j’ai été co-coach sur «The voice». Nous sommes très soudés. Il y a évidemment Vianney avec qui j’ai chanté «Les filles d’aujourd’hui» et que je chante sur scène. Il y a bien sûr Michaël Goldman (le fils de…) qui a créé My Major Compagny et qui a produit mon premie disquer. Tout est parti de lui. Et puis, une nouvelle belle rencontre : Ibrahim Maalouf avec qui je travaille sur mon prochain disque».

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Avec Joyce Jonathan, on pourrait parler des heures tant déjà, sa jeune carrière est riche en événements, en rencontres. Mais l’heure tourne, il faut qu’elle se prépare à monter sur scène.
Et la voici, dans une adorable robe à fleur, guitare à la main où, durant plus d’une heure, elle va nous enchanter avec sa voix cristalline et des succès  qui jalonnent déjà sa jeune carrière : «Ça ira», «Sur mes gardes», «Les p’tites jolie choses», «Les filles d’aujourd’hui», «Bottero» qu’elle a écrit et chanter avec Ycare…
Les textes sont ciselés, les musiques souvent entraînantes, Joyce passe de la guitare au clavier, se permet deux chansons en anglais qui envoient, deux reprises : «Emmenez-moi» d’Aznavour, «Il jouait du piano debout» de Berger-Gall… Elle a avec le public une belle complicité avec qui elle parle, le tout accompagné de l’efficace orchestre de Richard Gardet et ses deux superbes choristes.
Après le spectacle, en quelques minutes elle s’est retrouvée derrière les barrières où les fans se sont repus de dédicaces et de selfies.
Joyce a fait passer un vent de fraîcheur dans cette canicule estivale. C’était tout simplement un très beau moment.

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Jacques Brachet


Six-Fours – Maison du Cygne
Flora KUENTZ :
«La déco, le tressage, mes passions, mes bonheurs…»

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Flora Kuentz vit à Hyères, la ville de la canne.
Hasard ou destin ? Elle s’est prise d’amour pour cette plante invasive et haute et en a fait sa spécialité artistique, créant des sculptures monumentales aussi aériennes qu’éphémères et en a fait son art de prédilection.
Car elle a débuté par la décoration en restant trois ans aux Beaux-Arts de Toulon, section design – espace, où, lors d’un work shop, elle a découvert la canne. Puis en partant un an à Monaco où elle s’est prise d’intérêt pour la scénographie. Artiste multiple, elle a d’ailleurs poursuivi à Nice dans une école de cinéma puis à Paris dans une fac de théâtre. Elle a suivi des ateliers, des stages, présenté le concours de la FEMIS.
Mais Paris… «Ouh la la s’écrie-telle, un an m’a suffi. Ma région, mon soleil me manquaient trop et quitte à moins bien gagner ma vie, je préférais la choisir. Entre les cannes et le cinéma je balançais et c’est ainsi… que j’ai choisi… les deux !

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Les fondoirs pour  fendre la canne et l’éfeuilloir pour la déshabiller.

Vivant à Hyères, je me suis plongée dans ces plantes, j’ai appris le tressage toute seule, je suis allée plus loin, j’ai  continué à chercher, à me spécialiser jusqu’à créer des volumes de plus en plus importants. Entre temps, j’ai rencontré un ami qui créait une maison de productions de films et il m’a engagée comme décoratrice sur des courts métrages. Puis sont arrivées des propositions de déco pour des longs métrages («Divorce club» de Michaël Youn, «Paul Sanchez est revenu» de Patricia Mazuy, «Les estivants» de Valéria Bruni-Tedeschi, «C’est qui cette mamie ?» de Gabriel Julien-Laferrière…)… J’ai toujours été très curieuses de tous les métiers qui touchaient l’artisanat, la nature et surtout, j’ai toujours fait en sorte de ne pas m’enfermer dans quelque chose, d’être libre, de faire des choses différentes et surtout de faire des rencontres humaines. C’est un choix de vie, pas de carrière. Et lorsque j’ai besoin d’argent, je vais faire des vendanges, je vais travailler dans la restauration.
J’ai d’ailleurs une pensée reconnaissante pour Thomas, le chef qui m’avait engagé au Château d’Eoubes et qui, lorsqu’un tournage ou une commande m’était proposé, me laissait partir pour mieux me reprendre après !»
Durant trois ans, elle a été responsable de la décoration du festival «Ambiosonic» de Collobrières.

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Avec Dominique Baviéra & Fabiola Casagrande

Je la retrouve donc dans le magnifique jardin remarquable de la Maison du Cygne à Six-Fours où Dominique Baviéra, directeur du Pôle Arts Plastiques et Fabiola Cassagrande, adjointe à la Culture, lui ont commandé une œuvre monumentale qui ira s’accrocher dans les arbres pour le «Rendez-vous au jardin», œuvre qui peu à peu vieillira avant de mourir.
«Ça n’est pas frustrant, Flora, de créer des œuvres qui ne resteront pas ?
(Elle sourit). Non, puisque je me sers de la nature pour les créer et elles retourneront à la nature. Je sais que ce sont mes bébés, mais des bébés éphémères que j’abandonne à leur lieu de naissance : la terre».
Et la voilà assise, accroupie, à genoux, sectionnant et entrelaçant les cannes avec d’antiques outils qui aujourd’hui n’existent plus, le tressage, à part celui des paniers pour les fruits et les fleurs,  les anches des instruments de musique, s’étant peu à peu perdu dans le temps. Les cannes aussi se font rares, on n’en trouve plus qu’en Espagne. Quant aux outils, n’en parlons pas.
«J’ai longtemps cherché des outils jusqu’au jour où je suis tombée sur une dame dans un village dont le grand-père était vannier  Et elle a eu la gentillesse de se séparer de quelques outils qu’elle m’a offerts, comme le fendoir et l’effeuilloir, qui ont plus de cent ans. Je ne la remercierai jamais assez. Elle m’a fait un cadeau qui n’a pas de prix pour moi. Mais je continue à chercher aux alentours de la région et si vous en entendez parler… je suis preneuse !»

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Et la revoici plongée sur son tressage au sol, une immense rosace prenant forme grâce à ces bouts de cannes qu’elle tresse, attache, «Comme un oiseau construit son nid brin après brin» me dit-elle en riant.
Elle travaille en toute liberté et me montre l’arbre immense sur lequel s’accrochera son œuvre qui, pour l’instant, est couchée à terre comme un grand mikado.
«A moins qu’il ne pleuve, je travaille en osmose avec la nature. Chez moi j’ai un grand tunnel agricole pour pouvoir y installer les cannes car ça prend de la place. Il faut un lieu pour qu’elles sèchent. Pour les travailler, il faut qu’elles ne soient ni trop jeunes ni trop mortes !»
Ainsi passe-t-elle des heures au sol : «Je serai prête à me lever le 29 mai !» me dit-elle. Ce qui veut dire que la forme plate va se déplier, prendre forme, prête à être installée dans l’arbre.
Voilà dix ans qu’elle tresse avec toujours autant d’énergie, de patience, de plaisir, qu’elle crée selon la demande, le thème, le lieu. Ainsi peut-on voir en ce moment, dans le parc de la Fondation Carmignac à Porquerolles, une œuvre, forme d’oblong poisson (selon le thème de la mer imaginaire) installé là au pied de la librairie.
Se partageant entre déco et tressage, Flora Kuentz est heureuse de sa vie « d’artiste libre » et avant qu’on ne se quitte, elle m’avoue un grand souhait : «Qu’Alain Chabat m’appelle pour créer le nid du Marsupilami, s’il tourne un second volet !!!».
Souhaitons- le lui et qu’avec ce décor, elle puisse monter les marches… de Cannes !!!

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Les croquis de ce  nid qui sera installé dans ce bel ar
bre du jardin du Cygne

Ce travail en solitaire est de temps en temps interrompu par la venue de curieux et d’admirateurs, comme ce matin où Fabiola est venue, accompagnée d’un groupe de l’association six-fournaise « VLC » (Voyages, Loisirs, Culture) qui fut fort intéressée par sa façon de travailler la canne et surprise de se rendre compte qu’avant de prendre volume, Flora travaillait son œuvre à même le sol et que toutes ces cannes entrelacées pouvaient être soulevées sans qu’elles ne s’éparpillent au sol. Un art, c’est vrai, peu connu et formidable à découvrir.

Jacques Brachet



Patrick JUVET… La musica s’est arrêtée

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Nous partagions, Patrick Juvet et moi, quelques souvenirs du temps où, avec « l’équipe à Barcaly », on se quittait rarement, lui, moi, Nicoletta, Léo Missir, Patricia Carli, Annie Markhan, des noms qui nous relient à une époque où les tournées étaient une récréation, où l’on passait de folles nuits blanches chez Eddie, où le MIDEM était un lieu de rendez-vous de fêtes, où Johnny venait nous rejoindre et où nous passions de joyeuses soirées car toutes les occasions étaient bonnes pour faire la «nouba».
On se rencontrait pour chaque occasion, pour fêter un anniversaire, un disque d’or, l’arrivée du printemps, la signature d’un petit nouveau dans l’écurie Barclay, un festival,… Bref, tout était prétexte à faire des fêtes et je me souviens d’une spaghetti-party organisée sur la plage face au martinez, pour la remise d’un disque d’or à Patrick Juvet. Car il y avait là, outre les personnes citées, Sardou, Salvador, Delpech, Vassiliu, Jean-Pierre Savelli, Daniel Seff et même Jean Sablon… Nicoletta faisait la maîtresse de maison et l’on rentrait le soir avec quelques beaux coups de soleil ! Patrick fêtait, je m’en souviens, le disque d’or pour son titre « La musica » et à ce moment-là, lorsqu’on donnait un disque d’or, ça n’était pas pour une poignée de disques vendus, comme aujourd’hui, mais pour un million de disques…
A notre époque, on en est loin !!!
Il venait aussi de triompher à l’Olympia où il avait monté un spectacle fort original où il arrivait, le visage maquillé et couvert de strass du plus bel effet ! Cela avait bien sûr fait couler beaucoup d’encre car en France, un mec maquillé sur scène, c’était nouveau !
« Je ne vois pas pourquoi – m’avait-il dit – le maquillage serait réservé aux filles sans compter que ce que je fais se rapproche plus d’un masque que d’un maquillage. De toute façon, j’en avais envie depuis longtemps mais je ne trouvais pas le maquilleur qu’il fallait. Jusqu’au jour où j’ai rencontré celui de David Bowie qui a accepté de s’occuper de moi. Et j’ai pu ainsi faire ce Musicorama avec ce maquillage…  »
Patrick était un artiste très original et fut ainsi un précurseur dans ce domaine. Il avait d’ailleurs à l’époque un autre projet fou : partie en tournée avec un cirque !
« Pourquoi pas ? J’ai fait des photos dans un cirque et j’ai véritablement eu le coup de foudre… J’ai envie de chanter au milieu de lions, de tigres, de léopards, avec autour de moi des clowns, des équilibristes, des trapézistes… J’ai envie de me sortir de mon public de minettes et, par ce genre de spectacle, attirer d’autres personnes… Le danger fait partie de mes maîtres-mots. J’aime me mettre en danger… »
Et il s’y est d’ailleurs mis souvent, et pas seulement pour des spectacles ou même en moto, mais en allant très loin avec drogue et alcool, chose dont il parle dans sa biographie  » Les bleus au cœur  » (Ed Flammarion).
Mais à l’époque, les chansons qu’il chantait, étaient alors très en vogue grâce à CloClo – rappelons que c’est lui qui lui a écrit « Le lundi au soleil » – mais il en avait un peu marre, d’autant qu’il aimait beaucoup le rock’n roll, chose qu’il n’avait pu faire chez Barclay car dans ce métier, on ne change pas facilement les étiquettes…
« Ma période romantique, j’en ai un peu marre… Je veux montrer que je peux faire autre chos « .
Il l’a prouvé plus tard en devenant l’un des rois incontesté du Disco.
Je le retrouvai donc sur la tournée « Age Tendre » et, le soir où nous étions à Toulon, il avait le souvenir de la région toulonnaise où de temps en temps, incognito, il posait ses valises à la Tour Blanche à Toulon où encore à Six-Fours où je vis.

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« Patrick, tout comme Catherine Lara, tu n’es pas de ces mythiques années « Age Tendre » puisque tu es plutôt des années  » Disco « … Alors, que fais-tu là ?!
Parce qu’on me l’a demandé !
Tu sais, j’ai quand même été baigné par ces fameuses années. Je suis né en 50, donc ado j’ai connu tout ça, « Age Tendr », « SLC » et cette musique a bercé ma jeunesse même si l’on m’a fait faire du piano classique ! J’adorais déjà la musique anglo-saxonne et c’est elle qui m’a attiré vers la chanson.
Et puis il y a eu dans ta vie la période CloClo avec « Le lundi au soleil » que tu a écrit pour lui.
Oui, au départ j’écrivais seulement des chansons et je lui ai proposé celle-ci qui a été un énorme succès et que je chante d’ailleurs aujourd’hui. Après ça, je lui ai proposé « Rappelle-toi minette » dont il n’a pas voulu, alors je l’ai enregistrée et ça a démarré comme ça, puis il y a eu  » La musica « .
Dur de travailler avec Claude ?
Non, car je n’étais pas attaché à lui par un contrat, je n’étais pas un de ses employés et je n’étais pas très ami avec lui.
On faisait quelques dîners ensemble mais j’ai toujours été plus près de Johnny
Je me contentais donc de lui proposer des chansons qu’il prenait ou pas, c’est tout. Je garde malgré tout un joli souvenir de lui car il avait dit de moi une chose très gentille : « Patrick Juvet c’est la perfection au masculin » !
Après, ma carrière a démarré et j’ai gardé mes chansons pour moi.
J’en ai écrit quelques-uns pour les autres comme  » L’amour qui venait du froid » pour Dalida, que j’ai reprise après sous le titre de « Sonia ». Je n’ai pas eu de chance car la face A du disque de Dalida était « 18 ans » !

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Comment te trouves-tu au milieu de tous ces chanteurs que tu ne devais pas tous connaître ?
Mais j’y suis très bien, tout le monde est heureux de vivre cette tournée.
Pour moi, c’est la première mais je m’y suis très vite incorporée et je m’y sens bien. Et puis c’est formidable de voir combien le public aime venir et revenir retrouver des succès, des standards qui ont marqué leur vie.
Je trouve l’idée formidable car on fait beaucoup de choses pour les jeunes et très peu de choses pour les autres. Donc tout le monde y trouve son compte et ça permet à nombre de chanteurs de chanter devant une foule énorme.
Toi tu leur offres du disco bien sûr !
Évidemment, c’est ce que le public attend et connaît de moi. C’est vrai que quinze minutes c’est court mais je chante les chansons que le public connaît et aime et le principal est de lui donner du bonheur.
Tu as longtemps disparu de la circulation !
Oui car il est arrivé un moment où j’en avais ras le bol et surtout, j’ai eu pas mal de problèmes dont la mort de mon amie et productrice Florence Aboulker. Alors j’ai beaucoup voyagé durant les années 90. Je suis allé très souvent aux États-Unis, je m’y suis presque installé et puis j’ai recommencé à chanter lorsque l’envie s’est faite sentir. J’ai aussi beaucoup travaillé avec d’autres artistes, des gens que j’aimais particulièrement, à qui je trouvais beaucoup de classe et c’était très flatteur pour moi que des gens comme Marc Lavoine, Françoise Hardy, Hélène Ségara fassent appel à moi.
Je me suis donc retrouvé dans ce milieu avec plaisir et sans aucune nostalgie pour le passé. Si j’ai plein de jolis souvenirs, j’aime vivre le moment présent. Vive dans la nostalgie, ça n’est pas mon truc et je pense que ça empêche d’avancer.
Je peux dire aujourd’hui, comme dans la chanson « Non, je ne regrette rien »… Je suis un romantique dans l’âme !
Alors aujourd’hui tu repars ?
Oui, après avoir travaillé pour les autres, je retravaille pour moi, je vais faire un nouveau disque. Il sera très « dance » et je vais le faire en collaboration avec un DJ célèbre… qui n’est pas David Guetta… Devine ! J’ai vraiment envie de faire quelque chose qui bouge… avant qu’il ne soit trop tard ! Je vais enregistrer en Andalousie. Mais tu sais, j’ai toujours été précurseur puisque «Où sont les femmes ?» je l’ai fait avec Jean-Michel Jarre ! Mais j’écris pour d’autres si on me le demande. La preuve : Annie Cordy m’a demandé de lui écrire une chanson… rigolote ! Pas facile mais je vais peut-être me piquer au jeu car ce sera nouveau pour moi même si ce n’est pas facile !

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Photos Christian Servandier

Mais le comique, tu connais ?
Tu sais, lorsqu’on a des amis qui s’appellent Muriel Robin ou Pierre Palmade, on est à la bonne école ! J’étais aussi très ami avec Thierry le Luron…
Tu as longtemps été « le chanteur à minettes ». Ça t’a gêné ?
Oui parce que c’était un peu réducteur mais c’est ma rencontre avec Jean-Michel qui m’a fait prendre un tournant et m’a classé dans une catégorie… « mec » !
Tu as eu un choriste célèbre !
Tu veux parler de Balavoine ? Effectivement, il avait une voix incroyable et je l’ai d’ailleurs fait chanter sur mon album  Chrysalide ». Je l’accompagnais au piano. Léo Missir l’a entendu, a été accroché par cette voix et l’a signé. Il lui a fait faire « Le chanteur » et tout a démarré pour lui.
Aujourd’hui tu vis toujours en Suisse ?
Non, il y a longtemps que je n’y vis plus. J’y vais seulement pour y voir ma famille mais après l’Angleterre, l’Amérique, Paris, aujourd’hui je vis en Espagne et j’y suis très bien. Je n’y suis pas beaucoup connu, j’y ai des amis mais comme je suis un solitaire, j’y suis très heureux, je vis dans l’anonymat. Je peux sortir comme je veux, l’Espagne est un pays joyeux et j’aime vivre en province.
Je suis un provincial à la basse puisque j’habitais Montreux !

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Première et dernière rencontre

J’y retourne pour le festival de jazz… Mais c’est tout « .
Et aujourd’hui… C’est tout. Je garde le souvenir d’un garçon charmant, délicat, assez solitaire même s’il était très socable et aimait s’amuser.
C’était un bel artiste et un adorable compagnon de fêtes.

Jacques Brachet


Six-Fours – Journées de la Femme
Deux femmes remarquables
Béatrice METAYER & Céline LIMIER

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C’est au parc de la Méditerranée que se sont tenues les journées de la Femme, les 27 et 28 mars, organisées par Patricia Mancini et la Mairie de Six-Fours.
C’est ainsi que, durant deux jours ensoleillés, se sont disséminés des stands uniquement tenus par des femmes, aussi diverses qu’énergiques et entreprenantes et venues de toutes les directions. On y croisait des présidentes d’associations, des décoratrices, des plasticiennes, des créatrices de bijoux,  artisanes, des confiseuses, des responsables de santé, des praticiennes et même des voyantes et des médiums.
Large univers féminin donc et parmi elles, deux femmes remarquables qui se connaissent et collaborent.

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Béatrice METAYER
Elle est secrétaire médicale depuis 25 ans, mère de trois garçons et, venue de la Rochelle, elle travaille à la Clinique du Cap d’Or de la Seyne depuis 2012. L’association a été créée, depuis le 3 juin 2020, un réseau nommé  « CapSein» dont elle est la coordinatrice. A l’initiative de la clinique du Cap d’Or groupe Elsane, à travers la réflexion de plusieurs professionnels de santé de la pathologie mammaire.
«Le but – m’explique-t-elle –  est d’accompagner les femmes atteintes du cancer du sein et de coordonner leurs parcours de soins, dès le dépistage jusqu’à l’après-traitement,  en passant par l’opération, la chimiothérapie, la radiothérapie et l’homonothérapie et d’essayer de leur apporter une vision différente de l’approche du cancer et une philosophie valorisante».
Pour cela, elle organise des ateliers divers et variés, allant du paddle-yoga à la sophrologie en passant par des ateliers de maquillage et d’esthétique, de phytothérapie, de naturopathie, des sports comme le Qi kong et le taï chi et même de rugby-santé !
«Nous avons créé un réseau avec tous les professionnels de la santé, de l’infirmière au pharmacien en passant par les oncologues, les gynécologues, les nutritionnistes, les prothésistes, les psychologues, les chirurgiens plastiques… afin de pouvoir répondre à toutes les questions que ces femmes se posent, les rassurer, les positiver.
En dix mois, nous avons créé treize ateliers pour quatre-vingt-cinq femmes, de 33 à 90 an».
Passionnée, généreuse, altruiste, dynamique, Béatrice se dépense sans compter.
«J’ai reçu beaucoup d’amour de mes parents qui m’ont inculqué l’empathie, le don de soi et je me sers de ces valeurs pour aider et accompagner ces patientes».
Elle anime également une émission mensuelle sur la radio Top FM en donnant la parole à toutes ces femmes.
«Il faut savoir qu’aujourd’hui une femme sur huit est atteinte d’un cancer et celui-ci est la première cause de mortalité ».
Grâce à son énergie, sa grande disponibilité, sa générosité, elle redonne de l’espoir à toutes ces femmes atteintes dans leur chair, elles leur redonnent confiance, optimisme et moral, ce qui essentiel pour pouvoir atteindre le bout du tunnel.

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Cécile LIMIER
Elle est professeure de karaté-do et d’arts internes (gymnastique taoïste,Qi Kong, Taï Chi Chuan…), diplômée d’état, seule femme sixième dan, membre de la Cami du Var  sports et cancer et possède nombre de titres et références dans ces domaines.
En juillet 2020 elle a créé l’association «Sport Adapté Santé 83» dont le but est de promouvoir la pratique d’activités sportives préventives et thérapeutiques. C’est ainsi qu’elle collabore avec Béatrice Métayer, toutes deux soutenues par le docteur Stéphanie Guillaume, adjointe à la Mairie de Six-Fours.
«Ces activités physique – m’explique-t-elle – sont adaptées à la pathologie, aux capacités physiques et aux risques du patient atteints de cancer, d’obésité, de troubles cardio-vasculaires, de diabète, d’addictions, d’AVC…
Nous avons créé des ateliers thérapeutiques autour du pôle santé «Rayon de Soleil dispositif Asalée (Actions de SAnté Libérale En Equipe» traitant de toutes ces pathologies en accompagnement individuel».
Elle enseigne à Six-Fours la gymnastique taoïste tous les mercredis de 10h à 11h et de 11h à midi, au gymnase Reynier, et le chi kong au bois de la Coudoulière le jeudi matin de 11h à midi.
Elle a également investi un bureau au centre Alter Ego de la Seyne où elle donne des coachings individuels.
«Nous avons également créé une vidéo afin de faire connaître l’association à partir de démonstrations, d’interviews de professionnels de santé, d’enseignants du sport, d’élus et de témoignages de patients.
Une réussite dont elle est très fière, c’est d’avoir pu créer une infrastructure sportive au sein du Burkina Faso, l’humanitaire faisant aussi parti de sa passion et de son bonheur de vouloir aider ceux qui en ont besoin.

Deux femmes terriblement attachantes, solaires, altruistes, dont les buts sont d’aider les personnes en difficulté

Jacques Brachet
www.reseau-capsein.frCoordinatrice@reseau-capsein.fr – 07 64 44 81 18
https://sportadaptesante83.frsportadaptesante83@gmail.com – 06 03 48 07 88

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Sous les masques : Patricia Mancini, Pierre Rayer, Stéphanie Guillaume, Cécile Limier,
Louis  Wan der Heyoten, naturopathe et professeur d’arts internes, Béatrice Metayer





Serge GAINSBOURG… 30 ans…

De Gainsbarre à GAINSBOURG

A

Le temps passe… Les génies restent.
C’était il y a 30 ans et l’on perdait l’un des plus talentueux et prolifiques auteurs-compositeurs-chanteurs
C’est par Gréco, Zizi et Régine que j’ai découvert Serge Gainsbourg.
L’une chantait la sublime « Javanaise », l’autre le fameux « Elisa », la troisième les magnifiques « P’tits papiers ».
Si je n’aimais pas particulièrement le chanteur, j’aimais celui qui écrivait de si jolies chansons.
Puis la vague « yéyé » arrivant, il y ouvrit une brèche et s’y engouffra avec délectation et bien sûr, chacun voulut sa chanson. Prolixe et généreux, il écrivit donc pour Françoise Hardy, Dalida, Michèle Torr, Dani, Pétula Clark, France Gall… Toutes les femmes qui chantaient à l’époque – et même les autres ! – voulaient le chanter et il se fit une spécialité des actrices qui possédaient un brin de voix très ténu : Brigitte Bardot, Anna Karina, Catherine Deneuve, Isabelle Adjani, Mireille Darc, Vanessa Paradis, Jane Birkin et Charlotte Gainsbourg bien sûr. Il y a ajouté quelque beaux chanteurs comme Alain Chamfort, Claude François, Eddy Mitchell, Julien Clerc, Jacques Dutronc… Et j’en oublie.
Belle brochette à son palmarès !
Il traversa ainsi presque cinq décennies avec le succès que l’on sait et qu’on ne peut que saluer car dans le tas, il y a de véritables petits chefs d’œuvre, même s’il aimait proclamer que la chanson était un art mineur.
Si le chanteur ne m’affolait pas, l’homme, au fil des années, me déplut de plus en plus à force de provocations et de scandales qu’il aimait semer autour de lui. Il était toujours entre deux vins, sulfureux et provocant dans ses propos et dans ses gestes, quelquefois pervers, souvent grossier, toujours crade et je ne comprenais pas qu’une certaine élite puisse le trouver génial, même s’il faisait tout cela au second degré. Il y a des limites à tout et j’avoue que j’ai beau avoir de l’humour, je n’appréciais pas ce comportement grossier et vulgaire.
Les mains baladeuses sur Deneuve, la déclaration incendiaire à Witney Huston, les propos orduriers à l’égard de Béart ou de Catherine Ringer, le fameux billet brûlé devant la télé… Tout cela me faisait gerber et je ne voyais pas ce qu’il y avait de génial.
Bref, Gainsbourg était vraiment devenu Gainsbarre et je trouvais qu’il était dommage qu’un tel talent se galvaude ainsi et se pavane sous une aura ambiguë et malsaine par pur plaisir.
Je devais m’en rendre compte lors de notre première rencontre au Festival de Cannes 83.
Il venait présenter un film qu’il avait réalisé « Equateur » qui, à mes yeux, n’avait que peu d’intérêt, sinon, pour certaines – et certains ! – de découvrir un Francis Huster dans le plus simple appareil. Mais, à part de voir le zizi de la vedette, ce qui fit le scandale et la rigolade du jour, le film fut vraiment peu apprécié. Vite vu – malgré sa longueur ! – vite oublié. Mais il se trouvait alors que je connaissais l’attachée de presse du film qui me proposa une rencontre avec l’artiste. Difficile de dire non à Cannes lorsqu’on vous propose ce genre de choses. J’acceptai donc et rendez-vous fut pris à 10 heures au Majestic.
Lorsque j’arrivai et le demandai, un serveur me dit en souriant que je le trouverais au bord de la piscine, terminant une bouteille de Chivas… Intéressant, à 10h du matin !
Effectivement, il balbutiait avec la comédienne Dora Doll qui avait l’air fasciné et le… buvait des yeux !
Je me présentai, m’assis à côté de lui après qu’il m’eut ânonné de le faire. Je sentais qu’on allait s’amuser.

B C
Cannes 1983

Ce fut surtout Dora Doll qui s’amusa car elle était morte de rire du soliloque auquel j’eus droit.
Après m’avoir dit que les journalistes étaient tous des cons qui n’avaient rien compris à son film, il ne m’en parla plus et partit, Dieu sait pourquoi, sur les rapports de Verlaine et
Rimbaud, pour glisser sur quelques appréciations salaces.
J’eus le malheur de lui demander pourquoi il avait filmé Huster nu en plongée la caméra tournant au-dessus du lit en faisant durer la scène. Il essaya de se mettre en colère mais dans son état d’ébriété c’était difficile. Il arriva d’abord à me dire que, comme les autres journalistes, j’étais un con et il me lança : «Pourquoi ? Vous n’aimez pas la b…te d’Huster ?» avant de partir dans une longue description de ses propres parties génitales en large… et en long ! J’ai vu le moment où il allait me prouver ses dires mais on en resta là de l’interview car, enregistrant tout, je pensais au travail que j’aurais à couper toutes ses onomatopées, ses phrases incompréhensibles et ses allusions croustillantes !
En fait, je finis par ne rien couper et passer les quelques minutes telles quelles de ce monologue «gainsbourien», au grand dam d’âmes sensibles qui écoutaient la radio et se déchaînèrent ! Mais j’eus d’autres réactions de gens qui passèrent un bon moment !
J’appris donc que ce film était tiré d’un roman de Simenon qu’on producteur lui avait balancé dans la gu…le. “Donc – me dit-il – ce n’était pas un coup de foudre puisque le roman s’intitule
“Coup de lune” ! J’avais le choix entre Francis Huster et Patrick Dewaere mais je dînais avec Dewaere la veille de sa mort… Donc plus de choix.
Mais je pense qu’Huster était plus pur dans mon propos”.
Par contre, lorsque j’eus le malheur de lui demander si, après avoir été auteur, compositeur, chanteur, photographe, réalisateur, il y avait une chose à laquelle il n’avait pas encore touché et qu’il aimerait faire, j’eus cette réponse qui restera dans mes annales… Si je puis dire !
“Vous voulez un scoop ? Des mecs ! Jusqu’ici je n’ai touché qu’à des gonzesses mais pas encore à des mecs… Quoique… Non, je vous dois la vérité, j’ai touché à des mecs mais ça ne m’a pas plu… Je crois que c’est définitif : je ne suis pas fou de la queue… à part la mienne
Ça, j’avais compris !
Et ce n’était pas tout à fait fini puisque, parlant de ses projets, il m’annonça le disque de Jane, celui d’Adjani, un double album pour lui et un autre projet de cinéma : “J’irai cracher sur vos tombes”. Enfin, un livre chez Gallimard : “Entre Genet et Gide… Vous saisissez ?!!
Deux “pèdes” !!!”
C’était décadent à souhait.
A la déception de Dora Doll, j’arrêtai là mon interview et je pensais que ce serait mon unique expérience avec ce poète maudit, aviné et obsédé.
Mais j’allais le rencontrer quelques années plus tard, en 1988, et après avoir eu le pire de Gainsbarre, j’allais avoir, à ma surprise, le meilleur de Gainsbourg.
Le chanteur avait repris le dessus sur le créateur et il partait dans une grande tournée à travers la France, entre salles combles et chapiteaux bondés et – chose unique – à chaque étape il avait décidé de recevoir les journalistes. Je n’étais pas bien chaud mais je ne pouvais passer à côté d’un tel événement.
J’aurais été le seul !

E D

J’acceptai donc le rendez-vous et me retrouvai autour d’une table avec quelques autres journalistes varois. Une table où trônaient coca, jus de fruits et bouteilles d’eau. Je me disais que le monsieur allait être déçu. Et pourtant, lorsqu’il arriva, sourire en coin d’un côté, mégot en coin de l’autre, casquette de base-ball, après avoir salué tout le monde, il nous expliqua qu’il avait lui-même demandé ces rafraîchissements dans la mesure où il avait arrêté de boire pour la tournée et surtout parce que son médecin le lui avait fortement conseillé, vu le délabrement intérieur de son corps.
Il est donc à jeun, souriant et décontracté, chaleureux. Il nous dit sa joie de remonter sur scène, il y redécouvre des joies formidables, un public nombreux et vraiment acquis. Que demander de plus ? Après avoir un peu fait le tour de sa carrière, de ses chansons, il axe la conversation sur les enfants, sur les méfaits de cette drogue qu’il abhorre et fait tant de ravages. Dieu sait s’il n’a pas de leçons à donner sur l’alcool mais la drogue et les dealers lui font terriblement peur. D’un coup, on n’a plus un chanteur devant les yeux mais un homme, un père, qui parle de ses enfants avec tendresse, avec émotion, avec amour tout simplement.
Il nous dit de très belles choses et nous sommes suspendus à ses lèvres. On oublie tous de poser des questions, on écoute cet homme qui se révèle à nous, dépouillé de ses faux semblants, de ses masques, qui nous parle de sa vie de famille, un « pater » dans toute sa vérité, qui ne joue pas un rôle et même, nous pose des questions sur nos propres enfants. Il nous parle d’amour, de rigueur, d’autorité, à notre grande surprise car jamais on ne l’avait imaginé ainsi. On était à cent lieues de l’image sulfureuse qu’il se donnait. On découvrait vraiment Gainsbourg. Il était sincère et l’on se rendait compte que cet homme était avant tout pudique et cachait son émotion, sa timidité, ses complexes derrière cette carapace, ce personnage, qu’il s’était forgé de toutes pièces et qui lui faisait du tort, même s’il avait ses fans indéfectibles.
Une tendresse à fleur de peau qu’il n’exprimait que rarement et nous le rendait alors terriblement attachant. On avait trouvé la faille de cet homme qui, ce jour-là, se révéla à nous et, je peux l’avouer, qui nous épata et qu’à ce jour, je ne vis plus jamais comme avant.
Hélas, ce devait être de courte durée puisqu’il devait disparaître peu de temps après.
Je gardais le regret de l’avoir découvert trop tard mais cette rencontre, qui le réhabilitait à mes yeux, fut un très beau moment d’émotion.
Voici des extraits cette interview qui fut la seconde et la dernière qu’il me donna.

« Une tournée, Serge… Inattendu aujourd’hui ?
Je dirai tout de suite que ce n’était pas une nécessité commerciale mais comme je ne fais pas de parisianisme, j’estime que la province a autant le droit de voir mon spectacle. Et je le dis sans modestie, c’est une tournée triomphale. Historique, même…
N’ayons pas peur des mots !
La musique reste votre passion ?
C’est ma vie et c’est pourquoi je n’arrêterai jamais d’en faire. Mais j’aime aussi la peinture (je vais m’y remettre) la littérature (je prépare un livre), le cinéma (j’ai des projets)… Mais pour l’instant je suis pris par deux ans de musique entre la tournée, un nouvel album pour moi, pour Jane, pour Bambou et peut-être Anthony Delon…
Pourquoi tant de comédiennes ?
Parce que ce sont les plus belles, même si ce ne sont pas les plus belles voix du monde… Je ne suis pas « showbiz » mais « showman » et je choisis et agis sur des coups de cœur.
Il y a peu d’hommes !
Effectivement mais il y a Dutronc, le super-copain à qui j’ai fait des chansons pas dégueu… »
Et là, il fait une parenthèse pour parler de Thomas Dutronc, alors encore enfant qu’il adore et sur les enfants en général :
J’adore Thomas ! Je lui ai offert une peluche qu’il a appelée « Gainga ». Il l’a toujours. Je viens de lui offrir un flipper qui m’a coûté la peau du c.l ! Il travaille bien à l’école, tout comme Charlotte… Les enfants, c’est essentiel dans ma vie. Absent, ils me manquent très vite, mais ils ne m’oublient pas… Lulu vient souvent me voir en tournée…  »
Et puis, chemin faisant, on en arrive à parler de la drogue qui était alors son cheval de bataille.
« Je suis un père et la drogue est quelque chose qui me préoccupe. Je suis extrêmement concerné par ce fléau qu’est la drogue dure… même si je pratique la drogue douce, mineure. Et si un jour quelqu’un venait à toucher à ça avec un de mes gosses, je le tue. Je veux mettre les enfants en alerte car j’ai une puissance, un impact médiatique que n’ont pas les politiques et je m’en sers pour ça…. »
Mais si aujourd’hui nous avons Gainsbourg devant nous, Gainsbarre n’est pas tout à fait absent et lorsque je lui demande ce qu’il aime le plus dans la vie, la réponse vient très vite, sans réfléchir, avec un regard vrillant, attendant la réaction :
B…er  » !!! Mais à condition que ce soient de beaux lots… Brikin, Bardot, Bambou ne sont pas de mauvaises adresses ! » lance-t-il avec une certaine fierté.
Eh oui, chassez le naturel…. On le lui fait remarquer.
Il rit, fait la moue, baisse les yeux comme une jeune fille prise en faute :
« Mais non, je suis un très gentil garçon… Je suis resté un grand adolescent dans mon âme et je n’aime pas les rapports d’agression. Je n’aime pas les loups, je préfère les chiens… En fait, J’aime aussi les loups, c’est une belle race. Mais j’aime ceux qui ne mordent pas…
Et vous savez quelle est ma plante favorite ? C’est l’ortie. Elle est mal aimée alors elle se défend en piquant. C’est pourquoi dans ma chanson dédiée à Lulu, je lui demande de mettre des orties sur ma tombe… On est loin du saule de Musset ! »
Voilà toute l’ambiguïté d’un Gainsbourg à double face, insaisissable, blanc ou noir… Est-ce un signe de génie lui demande-t-on ?
Il rigole encore (Je l’ai rarement vu rire ou sourire autant !)
«Le génie ? Je ne sais pas si j’en ai mais, trente ans après je suis toujours là. C’est bien mais je ne crois pas que ce soit un hasard. Puisqu’on est dans les confidences, je crois vraiment être un gentil garçon, honnête, pas faux cul… J’ai toujours fait ce que j’aime et je peux dire que je ne me suis jamais emm…dé dans ce métier. J’ai toujours fait attention à ne pas me scléroser, me laisser aller dans le succès, et j’ai évolué sans cesse. Une carrière qui dure aussi longtemps, ce n’est pas anodin… Alors, faute de génie, je pense avoir du talent. J’aurai du génie – du moins on m’en trouvera – lorsque j’aurai cassé ma pipe… Et ce sera le plus tard possible, je ne suis pas pressé « .
Hélas le temps lui était déjà compté… et c’est vrai qu’aujourd’hui il en est beaucoup qui lui trouvent du génie …
Une fois de plus il avait raison !

F

Jacques Brachet