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Camille LOU… Chanteuse ou comédienne ?

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Un regard rieur, un sourire éclatant, toute blonde sous son joli petit chapeau… Quoi de plus mignon à regarder que Camille Lou, alias Olympe de la comédie musicale « 1789, les amants de la Bastille », alias la reine Guenièvre de « La légende du roi Arthur », alias… toute jeune chanteuse qui rend hommage à notre Sheila nationale en lui consacrant 13 de ses chansons (le chiffre 13 étant le chiffre porte bonheur de Sheila), des fameux « Rois Mages » à « Spacer » en passant par « Gloria », « Les gondoles à Venise », « Vous les copains », « Love me baby » entre autres et un joli duo avec son aînée « L’écuyère », l’une des plus jolies chansons de Sheila.
CD quelque peu inattendu et original, notre jolie demoiselle étant loin d’avoir connu ces années dites « yéyé » et Sheila étant aussi loin de son répertoire.
Si loin ? Peut-être pas tant que ça. Et elle nous en parle lors de notre jolie rencontre. Qui est la seconde puisque nous nous étions vus au MIDEM à Cannes pour le présentation, avec Dove Attia et toute la troupe de « 1789, les amants de la Bastille ».

Elle rit car évidemment je ne suis pas le premier à lui poser cette question : Pourquoi Sheila ?
C’est vrai qu’on me pose beaucoup cette question… Et sachez que je me la suis aussi posée lorsque le directeur artistique de ma maison de disques, Warner, me l’a proposé. D’abord, c’est vrai, je croyais ne pas connaître grand chose du répertoire de Sheila et j’ai failli refuser en lui disant : encore des reprises ?
Mais il m’a rétorqué que je lui faisais beaucoup penser à elle car elle chante, elle danse, elle joue, tout comme moi. Et il m’a demandé de l’écouter.
Ce que j’ai fait en me rendant très vite compte que je connaissais pas mal de ses chansons. Ce qui m’a décidé, c’est en découvrant, alors que je revenais de chez mes parents à Montpellier la chanson « C’est le cœur ».

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Photo droite Monique Scaletta

Alors ?
J’ai adoré et du coup j’ai accepté de faire un essai, une maquette. Sans compter que je trouve que ce sont de jolies chansons, gaies, légères, fraîches et qu’aux jours d’aujourd’hui, ce genre de chansons ça fait du bien au moral !
Et Sheila dans tout ça.?
Elle avait été contactée et avait donné un oui de principe, attendant ce que ça allait donner. Lorsqu’elle a écouté les maquettes, elle a trouvé ça très chouette, a dit OK en me disant : « Amuse-toi mais surtout ne fait pas « du Sheila ». Fais à ta manière ». Elle a été très bienveillante et a même décidé de faire en duo avec moi, l’une de ses chansons préférées : « L’écuyère ».
A-t-elle choisi des chansons ?Vous a-t-elle conseillée ?
Non, elle n’est pas du tout intervenue, ma’ laissé faire et j’ai donc tout choisi moi-même.
Comment choisir devant tant de chansons ?
Je ne vous dirai pas que j’ai écouté les quelque 600 titres qu’elle a enregistrés mais il y en avait quelques-unes qui étaient incontournables, comme « Les rois Mages », que j’ai faite en duo avec Augustin Galiana ou « Vous les copains » que j’avais entendue dans une pub (Justin Bridou !) et que j’avais beaucoup aimée.
Revenons à vos comédies musicales et avec Dove Attia qui vous a engagée deux fois… La rencontre ?
Le hasard. Je venais d’assister au spectacle de Dove « Mozart, l’Opéra rock » avec mes parents. Nous mangions au restaurant et mon ami musicien Merwan Rim, me dit que Dove Attia est là. Du coup il me donne une guitare et me dit d’aller lui chanter quelque chose. J’étais très impressionnée d’autant que j’ai toujours rêvé de jouer dans des comédies musicales et que j’adorais Dove Attia… et Michelangelo Loconte ! J’avais alors 17 ans et Dove me propose de rencontrer son amie prof de chant et coach vocal, Nathalie Dupuy, en vue d’un prochain casting pour « 1789 ». L’histoire a duré deux ans entre les cours et le choix des artistes car Dove n’était jamais satisfait du groupe, changeait tout le temps et je commençais à être sérieusement découragée.

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Avec Dove Attia et l’équipe de « 1789, les amants de la Bastille » (Photo Christian Servandier)

Et pendant ce temps ?
J’ai quitté la Fac, je suis venue à Paris, j’ai travaillé pour Jenifer en espérant que je n’avais pas fait une bêtise de tout lâcher. Un soir, réunis chez Dove, il nous a un peu mis sur le grill avant de sortir une bouteille de champagne et de nous annoncer qu’on était pris !
Et il vous a reprise pour « Le Roi Arthur » ?
Oui, ce qu’il fait rarement. Il l’a fait aussi pour Florent Mothe qui jouait dans « Mozart ». Entre temps j’ai fait l’émission « Les chansons d’abord » avec Natasha St Pier. Mais avec Dove je serai toujours présente car il a représenté mon rêve… En quelque sorte… C’est mon Dieu ! On dit « jamais deux sans trois »… Alors…
Après ça vous avez fait beaucoup de duos : Garou pour « La belle et la bête », David Carreira, Amir pour « Les Gentleman » et même « Danse avec les stars » avec Laurent Maistrat !
J’adore travailler en équipe, l’esprit de groupe et j’aime varier les plaisirs. Même si, par goût, je préfère la comédie à la chanson !
Curieux pour une chanteuse, non ?
(Elle rit)… Je ne devrais pas le dire mais j’écoute très peu de chansons, je vais rarement voir des spectacles, des concerts. D’abord je suis très casanière, j’aime rester chez moi et… je préfère regarder des films ou des télé-films. Je trouve qu’il y a aujourd’hui beaucoup de séries intéressantes… Et de belles B.O !
Alors pourquoi vous chantez ?
Pourquoi pas ? J’aime ça aussi mais c’est vrai qu’aujourd’hui je suis plus tournée vers la comédie. J’ai tourné pour TF1, une série très dramatique : « Les bracelets rouges » d’Albert Espinosa, avec Pascal Elbé qui joue mon compagnon, plus âgé que moi, qui a un fils atteint d’un cancer et qu’il a du mal à prendre en charge. C’est moi qui, malgré mon âge, vais m’en occuper. C’est à la fois drôle, triste, émouvant. Et je termine pour France 2 « Maman a tort », un polar réalisé par François Velle avec encore Pascal Elbé, Anne Charrier, Gil Ama… Tout ça sortira en 2018. Et j’ai un autre projet dont je ne parle pas encore.
Alors dans tout ça, la scène ? Et ce disque ?
Bon, ce disque, c’est un peu un cadeau de Noël, une parenthèse dansm a vie d’artiste et je ne compte pas faire ce que fait Mat Pokora avec Claude François. ! Je ne me vois pas faire un « spectacle Sheila », ou alors quelques-unes de ces chansons mêlées à d’autres de mes chansons. Mais j’avoue que ce n’est pas vraiment d’actualité ».

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Donc il faudra attendre la comédienne avant la chanteuse.. D’autant que, m’avoue-t-elle encore, chanter est un plaisir mais elle ne brigue pas un statut de star ou de faire le Parc des Princes… Du moment qu’elle fait des choses qui la passionnent c’est le principal.
« Et si ça ne marche pas, ce n’est pas grave : je trouverai autre chose à faire !
Ah, autre joli scoop qu’elle nous confie : elle vient de tourner une sorte de pub pour la SNCF. Et savez-vous avec qui ? Kevin Costner !!!
Excusez du peu !

Propos recueillis par Jacques Brachet

MONTY, chanteur, auteur, producteur…
encore très… « verts » !

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Monty avec Michel Bourdais, ex collaborateur de SLC, qui a co-écrit le livre avec Monty

Il a le culot d’avoir le même prénom que moi. Il va jusqu’à avoir les cheveux blancs et la barbichette… comme moi ! Et à l’entrée des artistes du Nikaïa de Nice, sur la tournée « Age Tendre », voilà qu’on vient me demander des autographes !
Ça ne peut pas durer et je le dis tout de go à Monty… qui se marre bien !
Entre notre rencontre et aujourd’hui, la barbichette a disparu… chez les deux Jacques !
Monty, c’est, à partir de 1964, des tubes qui s’enchaînent : « Même si je suis fou », « Ce n’est pas vrai », « Un verre de whisky », « Bientôt les vacances », « Mes rêves d’enfant », « Brasilia » et en 1970 le fameux et devenu mythique « Allez les Verts ».
La première fois que je l’ai rencontré, c’était sur la tournée d’Europe 1 où Dalida, qui était sa marraine, qui revenait sur scène après son suicide, remontait sur scène. Ce devait être en 67.
Ce fils de parents Ukrainiens émigrés en Pologne puis en France, à Chezal-Benoit, dans le Cher, était un garçon adorable, plein d’entrain et de joie de vivre qui surfait sur les hit parades. Il a encore continué à chanter durant quelques temps
Et puis un jour, plus rien. Le chanteur disparaît en pleine gloire même s’il continue d’être sur les pochettes de disques, en tant qu’auteur compositeur, des copains : Sheila (Petite fille de Français moyen), Dallda (Mama), Eric Charden (Le monde est gris, le monde est bleu), Petula Clark (Si tu prenais le temps), Jeane Manson (Fais-moi danser) et puis Mitchell, Gall, Vartan, Vilard, Alamo… Tous sont passés à la méthode Monty… Avant qu’il ne parte s’exiler quinze ans aux USA.
Il est le tout dernier chanteur à être venu se joindre à la tournée « Âge Tendre ».
Une vie de folie avec des hauts et des bas, trois mariages huit enfants, d’énormes succès comme de grosses galères. d’énormes déceptions aussi avec par exemple Charden, avec qui il était complice et a écrit plein de chansons dont « Quand le matin » qu’Eric est allé proposer à Claude François, celui-ci faisant enlever le nom de Monty pour être accrédité en tant qu’auteur… Ce que Charden a accepté sans le dire à Monty.
Et puis, ce regret d’être passé à côté de Patrick Hernandez et son fameux « Born to be alive » et Madonna qui ne demandait qu’à travailler en France… Et que, alors drogué à mort, son ami et co-producteur a laissé filer !
Bref, des galas, des galères, des joies, des peines, comme en ont tous les artistes, Jacques nous les raconte dans ce bel album paru aux Editions & Co : « Du showbiz au chaudron », le chaudron étant le surnom donné au stade Geoffry Guichard de St Etienne, stade de la fameuse équipe de St Etienne, les Verts, dont Monty est un plus que fan et pour qui il a écrit la chanson « Allez les Verts », énorme succès qui est allé jusqu’au States et qui est une histoire incroyable.
Jacques s’est toujours partagé entre sa vie de chanteur, auteur, producteur et sa vie de fan qui reste liée aux Verts. On a pu le voir en tournée « Age Tendre » où chaque matinée, chaque soirée, la foule immense se levait, comme dans un stade, pour chanter cet hymne avec lui. Hymne qu’on retrouve en bonus sur un CD accompagnant le livre.

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Du temps des « Yéyé »

Rencontre avec un pote
Jacques Bulostin, alias Jacques Bulkowstein, comment es-tu devenu Monty ?

Tout à fait par hasard. D’abord parce que, lorsque en 1963, je vais voir Eddie Barclay, c’est pour lui proposer des chansons pour ses propres artistes. J’en écris et compose depuis l’âge de 14 ans mais je n’ai pas une seconde des velléités de les chanter… Bien trop timide ! Lorsqu’il écoute mes chansons, il me dit que c’est ma voix qui lui plaît et qu’il me veut comme chanteur. Hésitations, angoisse… Je mets du temps à dire oui. Arrive alors la question du nom : il n’aime pas le mien et comme la mode est à la consonance anglaise, il me propose… Jack Kennedy ! Que je refuse aussitôt et pour cause ! Comme j’adorais Montgomery Clift qu’on appelait Monty, je lui propose Jacques Monty qu’il accepte et lorsque le premier disque sort… Jacques a disparu. Voilà mon cher Monsieur, comment l’auteur compositeur Jacques Bulostin est devenu Monty le chanteur ! Bien m’a pris de refuser son pseudo puisque le jour de ma première télé… Kennedy est mort !!!
Tu as alors pu vaincre ta timidité ?
Ça a été long et difficile mais ça m’a passé lorsque j’ai vu le plaisir que je donnais aux gens et surtout les yeux brillants de mon père, fier que je réussisse. J’ai chanté pour lui jusqu’à sa disparition.
Alors, pourquoi cet arrêt brusque quand tout marchait ?
Je préférais écrire des chansons que chanter et puis j’avais envie d’autre chose. J’ai voulu tâter de la production et je suis parti aux USA. Arrivant avec mon succès « Allez les Verts », je suis allé avec mon disque frapper à la porte d’un des plus grands producteurs, Ahmet Artegun, qui avait fondé l’équipe de foot de New-York, le Cosmos. Je lui ai fait passer mon disque, il m’a aussitôt ouvert la porte et j’ai travaillé pour lui. Il m’a tout appris et m’a fait travailler avec Stevie Wonder, La Toya Jackson et j’ai travaillé sur la prod’ de « Trhiller »… Des dieux pour moi ! C’est à l’époque où Nougaro s’est fait virer de Polygram. Je l’ai fait reprendre chez Warner… et il a fait « Nougayork » !

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Après quinze ans d’Amérique, pourquoi revenir ?
Parce que la France me manquait, comme ma famille et mes amis. Car aux USA, si tu travailles, tu peux réussir mais tu ne te fais pas d’amis. J’ai donc décidé de rentrer.
Et de redevenir chanteur en rejoignant « Age Tendre » !
Oh non, pas directement : j’ai mis quatre ans pour dire oui à Michel Algay. Je n’avais pas tu tout envie de revenir sur scène. Mais il a insisté et on a fait un deal : « Si ça me gonfle, j’arrête ». Il a été OK… et je n’ai pas arrêté car de voir chaque soir cette foule chanter et danser avec moi, c’est un vrai plaisir.
Tu vas donc remonter sur scène tout seul ?
Que non ! Ce n’est pas un come back, je suis lucide, « Age Tendre » ça marche parce qu’on est nombreux sur scène. Mais tout seul, je ne remplis rien et je ne veux pas me ridiculiser. Par contre, j’ai retrouvé des tas d’amis chanteurs et j’ai des projets de chansons pour Michèle Torr, Herbert Léonard. Je continue d’écrire, j’ai des chansons plein les tiroirs et je vais essayer de les placer.
C’est toi qui proposes ?
Oui bien sûr, ou on me demande aussi. Un jour que j’étais chez Jeane Manson, elle me demande si je n’ai pas une chanson pour elle. Je lui dis oui, me mets au piano et lui joue une mélodie. Elle me dis : « OK, je prends ». Le problème est que je venais de l’inventer ! Sitôt dans l’ascenseur je l’ai écrite sur un bout de papier… C’était « Fais-moi danser » !
Que penses-tu de la nouvelle génération ?
J’adore Zaz, je trouve qu’elle a une voix et une personnalité extraordinaires. Par contre, je n’arrive pas à me faire au rap. A part I Am car ils ont des textes fabuleux.
Et ton histoire avec les Verts ?
C’est une histoire d’amour qui dure depuis… quarante ans ! J’étais au stade de France avec eux… Ça a été un grand moment d’émotion !

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Christian Servandier

 

Francis HUSTER : Un homme indigné

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Petite pose à l’Opéra de Toulon ce samedi 25 novembre, pour Francis Huster qui, aux côtés de Régis Laspallès, est venu jouer « A droite, à gauche », pièce de Laurent Ruquier, mise en scène par son complice Steve Suissa.
Une star. Un réparateur de chaudière. Ils n’ont rien en commun, rien pour se rencontrer. Et pourtant… Pièce à la fois drôle et piquante où Ruquier prouve qu’un homme de droite et un homme de gauche… ça n’est pas si loin de se retrouver… au centre !
Gros succès, salle pleine et le plaisir renouvelé de retrouver mon ami Francis avec qui l’on ne se quitte jamais longtemps et qui a toujours mille choses à me raconter, tant ce diable d’homme ne reste pas un seul jour à ne rien faire. Vous allez le découvrir.
Mais auparavant, nous avons beaucoup parlé de son nouveau livre : « N’abandonnez jamais, ne renoncez à rien » paru au Cherche Midi. Une diatribe, une mise au point, un coup de gueule sur le monde d’aujourd’hui, sur la politique, ses colères, ses déceptions, ses indignations et « peut-être » un espoir : la jeunesse d’aujourd’hui.

A Droite à Gauche © christine-renaudie 030

Francis, ce livre est, je trouve, un livre de colère…
Oui, et je pense que j’ai le droit d’être en colère car il y a toute une jeunesse coupée de la Culture, et je pèse mes mots. L’Education Nationale a failli à son devoir. Quand je pense qu’on oblige les parents à faire faire de la natation à leurs enfants, sous peine de pénalisation, pendant qu’on laisse la Culture de côté !
Durant le cursus 6ème/bac, combien d’élèves ont-ils assisté à un spectacle de théâtre, de musique, de danse ? C’est déshonorant pour l’Education Nationale. Quant à la télévision, combien de chaînes nationales ont-elles retransmis un grand spectacle aux heures de grande écoute ? On les compte sur les doigts.
La jeunesse peut-elle réagir à ça ?
La jeunesse d’aujourd’hui, je parle des 15/30 ans, a compris qu’on lui ment, qu’on la tient dans un état de somnambulisme. Elle va onc réagir et agir. C’est tout ce que je souhaite. La question est : comment va-t-elle réagir ?
Crois-tu en la jeunesse d’aujourd’hui ?
J’y crois et j’en ai peur à la fois.
Elle est l’avenir du monde mais je pense qu’elle sera intransigeante. Elle tournera le dos aux 40/70 ans. L’avenir est entre leurs mains mais il faut que le mot « partage » soit le centre de leur vie. C’est le mot-clef de l’avenir. Mais vont-ils partager ?
Nos grands parents étaient des héros qui sortaient des guerres
Nos parents étaient des héros car ils ont été des bâtisseurs.
Nous, nous sommes lâches, impuissants, responsables de l’état de destruction de la planète.
Tu es très critique…
Oui, car nous ne faisons plus partie de leur monde. Leurs vrais parents… c’est le portable. Leurs grands-parents… c’est Internet ! Et c’est une plaie mondiale.
La jeunesse s’intéresse plus à ce qui se passe dans le monde qu’autour d’eux, dans leur cœur. Ils jugent en fonction de l’ailleurs. Un nouveau monde commence

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Rencontre avec Claude-Henri Bonnet, directeur de l’Opéra de Toulon

Ne trouves-tu rien de positif ?
Heureusement oui. Je pense à Eric Ruf, directeur de la Comédie Française que je félicite car il maintient une troupe et il a ouvert cette maison comme un arc en ciel à des pièces, des auteurs, des comédiens modernes. Elle reprend une véritable morale du théâtre. Mais il faudrait plus d’exemples de ce genre. Il faut se battre pour que renaissent de nouvelles troupes. Trop d’entre elles ont disparu.
Pourquoi ?
A cause du Ministère de la Culture ! Il y a eu Malraux, il y a eu Lang… Et depuis ?
Le Ministère s’est déshonoré car, outre les grandes troupes théâtrales qui ont disparu faute de moyens, nombre de festivals ont dû s’arrêter et d’autres se battent pour résister. C’est inadmissible.
Tout au long de ce livre, tu fais un parallèle avec Molière, sa vie, son œuvre, son modernisme…
Molière, c’est la modernité totale et plus on se rapproche de 2022, qui sera le tricentenaire de sa naissance, plus on va se rendre compte qu’il est devenu la sauveur des dix ans à venir.
Daniel Auteuil va monter « Le malade imaginaire », Michel Bouquet joue « Tartuffe » qui sera aussi monté avec Jacques Weber et Pierre Arditi. Richard Berry va monter un Molière. Bacri/Jaoui ont joué « Les femmes savantes », Francis Perrin a monté une spectacle autour de sa vie et j’espère qu’il va revenir avec une de ses pièces… Plus on avance, plus on s’aperçoit que la modernité de Molière fait mouche auprès de public, par sa force, sa morale politique.
Jamais Racine n’a remis le pouvoir politique en question. Corneille quant à lui, a passé son temps à lui cirer les pompes. Molière est le seul à avoir osé s’élever contre lui.
Tu écris qu’il faut vivre, aimer dans l’excès. Ce pourrait être ta devise car tu es quand même un homme excessif !
(Il rit, suivi d’un silence) En amour, s’il n’y a pas d ‘excès, pour moi ce n’est pas la vraie vie, le véritable amour. Et puis tu sais, j’ai déjà eu cent, deux cents vies en jouant tous mes rôles. Il ne faut pas être tiède dans la vie, il faut savoir dire « Mort aux cons », « Merde aux lèche-bottes », aux menteurs à ceux qui entravent nos vie. Il faut être très solide moralement et s’aimer plus que ce qu’on s’aime. Dire non à ceux qui nous appellent à la raison; être déraisonnable. Sans déraison, nous n’aurions pas eu Zola, Picasso, Chaplin, Mc Enroe…
Les bien pensants sont des criminels. Dire « Ca n’est pas si grave que ça », ça ne fait plus partie de ma vie car dans la vie tout est grave. Chaque instant de ma vie est grave.

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Bon, revenons à moins grave : ton actualité !
D’abord je continue cette tournée « A gauche, à droite » jusqu’au mois de février. Puis je partirai en tournée avec « le théâtre, ma vie ». Je serai seul en scène pour raconter ma vie d’homme et d’artiste, pour transmettre ma passion, donner envie aux jeunes de faire du théâtre.
Puis ce sera « Albert Camus, un combat pour la gloire », un monologue, un testament imaginaire de Camus où je me mets dans sa peau. Avec la pianiste Claire-Marie Le Gay, je raconterai « Horowitz, le pianiste du siècle » que nous jouerons le 3 février salle Gaveau et que nous emmèneront un peu partout dans le monde. C’est avec une autre pianiste, Hélène Tysman, que nous proposerons « Musset-Chopin ».
De février à Juin, je tournerai un film mais je ne peux rien t’en dire aujourd’hui..
Retour à Paris en septembre 2018 avec une nouvelle pièce canadienne magnifique… dont je ne peux non plus te dire ni le titre, ni qui sera ma partenaire !
Et puis, à partir de 2019, ce sera une année cinéma
Et enfin, un grand projet : celui, avec mon ami et complice Steve Suissa, de prendre un théâtre et de monter une troupe. Il le mérite bien. Il vient de créer en octobre un festival de Théâtre français en Israël. C’était une folie mais ça a été un énorme succès. J’y étais, comme Pierre Arditi, Thierry Lhermite, François-Xavier Demaison et quelques autres.
Voilà, tu sais tout
Avec tout ça, quand te poses-tu ?
Je prends le temps de respirer, je dors très peu.
Tu sais lorsque tu as la chance de faire ce que tu aimes, que c’est ta passion, tu ne réfléchis pas et tu as raison de le faire.

Propos recueillis par Jacques Brachet

Frank LEBOEUF, le libéro-comédien !

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Il fut et reste l’une des grandes stars du football français et international, remportant nombre de matches, de coupes, de championnats.
Le jour de la retraite sportive arrivée, on retrouve Frank Leboeuf… comédien !
Un comédien qui fait du théâtre en France, du cinéma en Angleterre et aux Etats-Unis et que vous pourrez voir ce samedi 18 novembre au théâtre Galli de Sanary dans une pièce de Brun Drurt et Erwin Zirm : « Ma belle-mère et mois… neuf mois après ! » dans une mise en scène du Toulonnais Nicolas Vitiello, avec qui il partage la scène. Sans oublier ses deux belles partenaires Véronique Demonge et Christine Lemler.
Comédien, producteur, animateur, consultant sportif… Mister Leboeuf est un monsieur très pris, très demandé, débordé… mais qui prend le temps d’un sympathique moment d’entretien.
« Cette pièce – me confie-t-il – nous l’avons créée à Paris et jouée de janvier à juin avec succès. Et nous voilà partis sur les routes depuis septembre et jusqu’au mois de juin pour quelque 80 dates. Et c’est pour nous un régal !

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Un petit teaser ?
Je joue un présentateur de télé qui va être bientôt papa mais la chaîne ne veut pas que ça se sache afin de ne pas perdre son fameux public des « ménagères de moins de cinquante ans » ! C’est sans compter avec sa belle-mère, cougouar invétérée, qui va vendre la mèche et son homme de maison qui est homo et amoureux de lui, qui veut arranger les choses et va les compliquer. On se marre bien à jouer et le public rigole bien, ce qui est le but du jeu.
Vous partagez la scène avec un Toulonnais : Nicolas Vitiello. Vous êtes vous-même natif de St Cyr-sur-mer, vous avez commencé votre carrière sportive à Toulon et à Hyères. Etes-vous resté varois dans l’âme ?
En fait, je suis Varois parce que mes parents s’y sont installés avant ma naissance. Ils sont normands. Je suis donc mi-champagne/mi-pastis ! Mais j’aime le Var, même si ne n’y viens pas souvent. Cette pièce est l’occasion de faire une halte chez ma maman qui habite Sanary !
En réalité, je me sens citoyen du monde.
Comédien, producteur mais aussi animateur, consultant… C’est beaucoup pour un seul homme, non ?
C’est pour cela que je n’ai pas beaucoup de temps pour venir à Sanary ! Je suis consultant sur TMC Sport avec Mon complice Christophe Dugarry et j’anime plusieurs émissions dont celle dont je suis producteur « Le vestiaire » sur TF1 où je reçois des sportifs, des comédiens, des chanteurs…
Revenons au comédien et… au citoyen du monde ! Pourquoi, après avoir quitté le sport, êtes-vous parti aux Etats-Unis pour apprendre la comédie ? Vous aviez peur qu’on ne vous prenne pas au sérieux en France ?
Vous savez, je n’ai pas peur de grand’chose mais j’avais surtout envie d’apprendre ce nouveau métier – métier que j’avais envie de pratiquer avant de devenir footballeur ! – dans la tranquillité et l’anonymat. J’ai fréquenté de grandes écoles dont le Lee Strasberg Institute d’où sont sortis des comédiens comme Al Pacino, Robert de Niro. J’ai appris la méthode Stanislavski , je me suis perfectionné et croyez-moi, j’ai beaucoup bossé.

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Que vous a-t-elle appris ?
A utiliser les émotions que nous avons en nous et surtout qu’on « n’entre pas dans un personnage » mais c’est le personnage qui entre en nous.
Quant à revenir sur la France, c’est vrai qu’en France, lorsqu’on est sportif et qu’on veut devenir comédien, le métier ne vous fait pas de cadeau : vous restez sportif, même s’il y a quelques beaux exemples de reconversion comme Lino Ventura qui était boxeur.
Ce n’est pas le cas aux USA ?
La preuve ! j’ai déjà neuf films à mon actif et je viens de terminer pour l’Angleterre un film que nous avons tourné en Espagne où j’ai le troisième rôle.
En France, avez-vous passé des castings ?
Même pas ! On ne me propose rien. D’ailleurs je n’ai plus d’agent car je le payais pour rien !
Mais ça ne me gêne pas parce que j’ai le théâtre où je m’éclate et… qu’avec le planning que j’ai, j’aurais du mal à ajouter un tournage ! De plus, au théâtre, j’ai des projets jusqu’en 2021 ! Et avec Nicolas Vitiello, nous sommes en train d’écrire une nouvelle pièce de théâtre…
On vous a quand même vu un peu à la télé ?
Oui, comme vous dites : « un peu » ! J’ai fait des apparitions dans « Scènes de ménage », « Nos chers voisins », « Un gars une fille », « Camping Paradis »… Mais c’est plus pour faire plaisir car ce ne sont pas des propositions stables. Sur un tournage, en deux jours, on ne peut pas beaucoup s’investir émotionnellement.
Revenons à l’Amérique. Que vous y propose-t-on ?
(Rires) Avec mon accent, des rôles de Français, de Suisse ou de Belge ! Mais ce sont de vrais rôles et mon accent ne les gêne pas plus que ça.
Vous y avez même produit un film : « Programmed ».
Oui, tourné à Los Angelès mais c’était pour aider des jeunes et je n’en ai pas été récompensé !
Par contre, vous êtes producteur au théâtre !
Oui, j’aime produire, écrire, jouer et je trouve tout ça au théâtre et j’aime cette ambiance d’équipe, de famille. D’ailleurs ce sera la même dans la prochaine pièce.
Par contre j’essaie d’écrire un scénario pour le cinéma. Mais vu le peu de temps que j’ai pour écrire et le temps qu’il faut pour monter le projet… ce n’est pas pour tout de suite !

Propos recueillis par Jacques Brachet

Toulon – Oméga Live
Gérald DAHAN, Frégoli moderne

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Il a un visage reconnaissable entre tous, un sourire avenant et une gentillesse naturelle.
Et pourtant.
Pourtant il peut être tr-s féroce lorsqu’il imite des personnalités, qu’elles soient politiques ou artistiques et en plus, il a le don de prendre, en plus de leurs tics et de leurs mimiques, leur visage en un regard, une attitude, une grimace, dans compter la voix qui prend toutes les nuances du personnage qu’il incarne.
Ainsi Gainsbourg, Hollande, Macron, Belmondo, Aznavour, Mister Bean, Timsit, plus vrais que nature et d’une hallucinante ressemblance.
Quant à l’humour ,il en a à revendre, même si quelquefois il griffe sans nuance, il allume pleins feux, il ne s’interdit rien jusqu’à aller très loin… Trop loin ?
C’est ce que j’ai voulu savoir lorsque je le retrouve après un show étourdissant de drôlerie.

EFG

« Je ne me rends bien souvent pas compte car ça vient comme ça. Quelquefois quand même je me dis que je vais trop loin… mais pas si souvent que ça !
Je pars toujours d’un sujet qui m’inspire et je ne me donne pas de limite. C’est inconscient.
Si l’humour est toujours là, c’est quelquefois méchant. N’avez-vous pas de retours de bâton ?
(Il rit). Eh bien non, figurez-vous, pourquoi je ne sais pas. Peut-être que les gens que j’imite ont beaucoup d’humour. Peut-être aussi que leur entourage ou leurs avocats leur conseille de ne rien dire pour ne pas être plus ridicules ! En tout cas, je n’ai jamais eu un seul procès… jusqu’à ce jour !
Politiquement, vous avez supporté François Hollande et Jean-Luc Mélanchon entre autres… Pourtant vous ne les épargnez pas ?
Pourquoi le ferais-je ? Ils ont de l’humour et ils sont les premiers à en rire ! Et puis, on n’épargne pas les gens qu’on aime et ce sont ceux-là qui m ‘inspirent.
Rires et chansons, NRJ, Radio Star, France Inter, Sud Radio… Vous êtes le recordman des animateurs qui changent de radio…
Oui… parce qu’on m’en vire ! Justement, surtout avec mes canulars téléphoniques, mes « patrons » pensent que je vais trop loin et ont peur des représailles. Alors je me balade! Certains ont même fait des descentes dans les radios pour récupérer les bandes de mes interventions… sans se rendre compte qu’il y a longtemps qu’on n’enregistre plus sur bandes ! Mais il y a eu des menaces de saisies d’ordinateurs !
Lorsque vous imitez Sardou ou Johnny par exemple, on se rend compte que vous avez une belle voix, une voix puissante… N’avez-vous pas pensé à faire un disque de chansons ?
Merci pour le compliment ! Nombre d’amis m’ont posé cette question mais jusqu’ici je n’en ai pas eu envie. Pourtant j’écris des chansons pour des chanteurs…

B

Lesquels ?
Je ne peux pas vous le dire car je les signe d’un pseudo. Sinon on ne me prendrait pas au sérieux !
Cinéma, théâtre… Vous vous y êtes risqué. Dire les mots des autres, est-ce facile pour vous ?
Mais j’adore dire les textes des autres ! La tournée de 40 dates que j’ai faite avec Rebecca Hampton avec « La surprise » de Pierre Sauvil, a été un plaisir et une belle aventure. Tout comme j’ai eu plaisir à jouer « Le square » de Jean-Eric Bielle…
Et le cinéma ?
J’ai fait « La boîte » avec Claude Zidi… en 2001. Mais là, je viens de tourner « Satire dans la campagne » de Marc Large, une espèce de docu-fiction sur les élections. Mais j’ai en projet un film dont j’écris le scénario et dan lequel je jouerai.
Lorsqu’on parle théâtre, on ne peut pas ne pas parler de votre aventure du « Nez Rouge ». Quel a été le déclic de devenir propriétaire d’un théâtre ?
C’est une jolie histoire puisque, voici deux ans, je me suis marié sur une péniche et que j’ai eu un coup de foudre et une envie : créer un bateau-théâtre. Il se trouve que c’était celui de Michel Galabru et déjà, il y avait beaucoup d’émotion de lui succéder.
Qu’y faites-vous ?
Beaucoup de choses. J’y ai joué mon one ma show, « Le square », je reçois des humoristes, des chanteurs auteurs compositeurs, des pièces de théâtre et j’y projète des films qui ne trouvent pas de distributeurs. Je suis fier que certains de ces films aient pu en trouver un.
Autre aventure : l’association « Ophtalmission »* !
Oui, cela me tiens très à cœur. Il faut savoir que je suis fils d’ophtalmo et des amis de mes parents ont créé cette association, dont je suis le parrain, pour permettre des soins et des greffes sur des malades tout aussi bien en France qu’ailleurs. Entre autres les pays de l’Est. Nous avons pu d’ailleurs offrir un appareil laser dans un hôpital de Moldavie entre autres.
Tout cela bien sûr coûte de l’argent et c’est pourquoi je reverse une partie de la vente de mes DVD à l’association… Alors achetez-le pour vous et votre entourage… Vous ferez une bonne action… et un magnifique cadeau !
Votre tournée s’arrête quand ?
Mais je tourne tout le temps !
Le spectacle évolue au fil du temps et des événements mais jamais je ne m’arrête ! »

D

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Christian Perrin
*ophalmission.org

La Rochelle 2017
François VINCENTELLI sur tous les fronts

B

Il a battu le record de présence avec trois téléfilms à l’affiche du festival de la Rochelle :
– « Les chamois » de Philippe Lefevre pour TF1
– « Marjorie » de Mona Achache poure France 2
– J’ai deux amours de Clément Michel pour Arte
On l’a également vu dans « Entre deux mères » de Renaud Bertrand avec Odile Vuillemin sur TF1
Vous ne risquez donc pas de rater ce beau quadra toujours souriant. Quant nous, il fallait choisir le moment de l’interview tant il était demandé !
On y est arrivé pour « J’ai deux amours », entouré de toute l’équipe du film : l’un des scénaristes, Olivier Joyard, le réalisateur Clément Michel, la comédienne Julia Faure.

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Hector (F Vincentelli), vit en couple avec Jérémie (Olivier Barthelemy) depuis des années. C’est alors qui retombe sur son amour d’ado Louise (Julia Faure) et qu’il se rend compte qu’il en est toujours amoureux. Dilemme car il aime les deux et a même un projet d’enfant avec Jérémie…
Ainsi se forme un trio qui n’est pas sans rappeler « Jules et Jim », traité de manière à la fois romantique et drôle, une comédie douce-amère sans une once de vulgarité ou de voyeurisme… qu’Arte a osé produire ! Car le sujet reste, même aujourd’hui, presque tabou, abordant le ménage à trois et la bisexualité.
Ce que voulaient l’auteur et le réalisateur, c’est traiter un sujet épineux avec originalité, beaucoup de sentiments, de l’humour et surtout de la bienveillance, dans un format de 3 fois 52′ dont, autre originalité, les trois épisodes passeront dans la même soirée, format qui n’a jamais été exploré.

Vincent, comment réagit-on à une telle proposition ?
Avec joie car en fait, c’est une belle histoire d’un homme qui se retrouve face à une situation inattendu : il est amoureux de deux personnes de sexe différent et ne peut pas choisir.
Aujourd’hui, même s’il reste encore du chemin, l’homosexualité commence à entrer dans les mœurs du cinéma et de la télévision, la bisexualité beaucoup moins mais on a cherché à rendre cette histoire émouvante et jolie et montrer aussi que tout le monde a quelque chose à cacher.
C’est quand même une histoire de sexe ?
Pas seulement, dans la mesure où le sexe est présent mais le thème n’est pas la bisexualité ni le ménage à trois mais l’histoire de trois personnes avec leurs ambiguïté, leur duplicité quelquefois, leur ambivalence et comment on vit une telle situation.
De plus, Olivier Clément l’ont traité à la façon d’une comédie américaine, ce qui est rare pour un film français.
Lorsque j’ai lu le scénario, j’ai trouvé l’idée originale, le rôle excitant à jouer (en dehors du sexe !), quant aux dialogues, ils quelquefois drôles, quelquefois émouvants, rien ne m’a choqué car il n’y a pas une once de trivialité.
C’est une histoire d’amour à trois.

C D
Et vous, Julia Faure ?
L’intérêt que j’ai trouvé en lisant le scénario est que c’est un sujet rarement abordé, qui est traité sans regard moralisateur. Il m’a beaucoup touchée car il est plein de contrastes et de questionnements : comment se confronte-t-on à ses désirs, à ses sentiments. Le sujet est traité avec délicatesse et humour.
François Vincentelli : Il est rare, c’est vrai, qu’on nous propose un rôle aussi inattendu, mêlant amour et humour autour d’un sujet délicat. On est toujours sur le fil du sentiment. Je ‘y retrouve un peu le rôle que j’avais dans la série « Clara Sheller ».
« Clara Sheller », justement, « Hard », « La peau musicale » clip de Daphné, « Roxane ou la vie sexuelle de ma pote ».. .Est-ce que montrer vos fesses à l’écran est devenue une conition sine qua non pour accepter un rôle ?
(Il se marre). Non, heureusement, mais cela ne me gène aucunement. A l’écran, la nudité peut être drôle ou pathétique, mais lorsqu’elle est drôle, moi j’avoue que ça me fait marrer et je n’ai aucun tabou sur ce sujet. Durant des années, on a n’a montré que des femmes nues à l’écran. Alors aujourd’hui, pourquoi pas des hommes à l’heure où l’on prône l’égalité ? Il est temps de rééquilibrer les choses, non ?

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Les Chamois – Marjorie

« Les Chamois »
Une série où l’on rigole et où l’on prend un bon bol d’air à la neige, ça ne se refuse pas dans une programmation plutôt sombre. « Les chamois », c’est drôle, c’est frais, c’est sans prétention. C’est l’histoire de Dylan et Bernard qui veulent se marier et attendent un enfant. Mais voilà : leurs familles se détestent. Ils imaginent alors de les faire se rencontrer « fortuitement » lors de vacances à la neige. Ce ne sera pas sans mal !
Format 6 fois 52′ avec une belle affiche : François Berléand, Julie Depardieu, Isabelle Gélinas, Jonathan Lambert et bien sûr François Vincentelli.

Jacques Brachet

Isabelle AUBRET nous dit au-revoir

B

Lorsque j’écoute Isabelle Aubert, les larmes me montent aux yeux.
Ça peut paraître puéril mais c’est comme ça.
Elle arrive sur scène, toute menue, tout de blanc ou de noir vêtue, le regard éperdument bleu sous sa mousse de blonde chevelure, elle paraît tellement fragile… Pourtant elle est forte.
Et puis, elle chante. Et qu’elle chante Ferrat, Brel, Debronckart, Chelon, Lemesle, Dabadie, Aragon, de cette voix limpide, claire, d’une voix d’une divine musicalité, qui n’a pas bougé d’un iota depuis ces décennies, elle nous offre ses messages de paix, de fraternité, d’amour, de liberté. Même si quelquefois elle gronde, c’est toujours pour une cause juste. Même si elle sait que ses chansons ne sauveront pas le monde mais nous apporteront l’espoir de jours meilleurs, l’espoir que l’homme se réveille et réalise que, si on le veut… c’est beau la vie.
Il y a une telle émotion en elle que tout naturellement elle nous la communique de sa voix douce et nous la fait partager.
Isabelle, s’il n’en reste qu’une pour défendre la vraie, la grande chanson française, ce sera elle.
Et pourtant…
Pourtant elle tire sa révérence après plus de 50 ans de bons et loyaux services. Après cet ultime et bouleversant Olympia*, qui sera suivi d’une grande tournée à travers la France, et où elle nous offre pas moins de 32 chansons qui ont jalonné son exceptionnelle carrière.
Sa voix se taira, à notre grand désespoir. Au mien qui, au dernier spectacle, me tirera les larmes une dernière fois.

E

Elle rit lorsque je le lui dit :
« Tu sais, nous ne sommes que des artisans et nous devons bien nous arrêter un jour. Ce qui est sûr, c’est que c’est le dernier Olympia… Je vais doucement sur mes 80 ans et il faut être raisonnable. Je ne veux pas faire le spectacle de trop. J’ai 55 ans de chansons et j’aimerais que, comme toi, les gens regrettent que je m’arrête plutôt que de penser qu’il est temps que je le fasse ! Et puis, j’ai trop d’amour et de respect pour ce public qui me suit depuis si longtemps, pour lui offrir un spectacle « presque » parfait. Je ne veux surtout pas le décevoir.
Donc après l’Olympia, c’est terminé ?
Pas tout à fait puisque je vais, durant trois mois, faire la tournée Age Tendre (La tournée des Idoles) qui fêtera ses dix ans. Mais je n’y chante que trois ou quatre chansons. Donc, après cette tournée, je repars sur les routes avec mon récital et je parcourrai toute la France et les pays limitrophes.
Toutes tes chansons sont reliées à la vie, à l’espoir, à l’amour…
D’où le texte de Claude Lemesle que je dis : « Il faut vivre ». Je crois encore et toujours aux hommes. Je voudrais qu’ils comprennent que Dieu, c’est nous. Il suffit de s’entendre, de se regarder, de se parler, de prendre le temps de faire connaissance. Allons au bout de nos idées, de nos impressions, apprenons à nous connaître.
Je le dis avec des mots simples, des mots qui parlent au cœur car chaque chanson que j’interprète est une histoire et j’y amène mon univers, mes émotions, mes convictions, mes espoirs.
Tu démarres ton récital avec une chanson de Claude Lemesle et Roland Vincent : « L’Olympia » et tu le termines avec une chanson du même Claude Lemesle et Jean-Pierre Bourtayre « Dans les plis rouges du rideau ».
La scène, c’est ma vie, ça l’a toujours été et à chaque concert c’est comme au premier jour, comme une première, à l’Olympia ou ailleurs avec cette émotion qui m’étreint avant que le rideau ne se déplie et que je me retrouve face au public.
On ne peut pas ne pas évoquer Brel et Ferrat qui t’ont tellement portée et que tu as beaucoup chantés. Tu les chantes d’ailleurs dans ce récital, encore et toujours.
C’est Brel qui m’a choisie alors que nous ne nous connaissions pas. On lui avait proposé, en première partie de sa tournée, Michèle Arnaud. Il a seulement dit : « C’est la petite que je veux… ». Je croyais rêver, jamais je n’aurais pensé à un tel geste. Après, nous sommes devenus amis et je l’ai beaucoup chanté. Je lui ai consacré un disque.
J’ai encore une autre jolie histoire avec lui : Alors que je venais d’avoir mon accident, que j’étais explosée de partout, il est venu me voir à l’hôpital et a dit à mon entourage : «Je lui donne «La Fanette». Jolie histoire, non ?

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Et Jean Ferrat ?
C’est grâce à Gérard Meys que je l’ai rencontré. Gérard vient un jour me dire : » je crois avoir une chanson pour vous ». C’était « « Deux enfants au soleil « » que chantait Ferrat mais qui n’avait pas fait un succès avec. Je lui ai répondu : « Je fais l’Eurovision, après on en parle ! « »
J’ai gagné l’Eurovision, on en a parlé, j’ai rencontré Jean, j’ai enregistré sa chanson… Elle est restée 27 semaines au hit parade !
De ce jour, une amitié indéfectible est née…
Ferrat a écrit de magnifique choses sur moi. Certaines m’ont fait pleurer de joie, d’émotion. Il a toujours su choisir le mot qu’il faut en toute circonstance, tout en restant très pudique. Et c’est vrai que je l’ai beaucoup chanté.
Lorsqu’on parle de la tournée « Age Tendre » essentiellement tournée vers les années dites « yéyé », que faisais-tu dans ces années 60 ?
(Elle rit) Mais je chantais ! Je gagnais l’Eurovision en 62 avec « Un premier amour », je rencontrais Ferrat qui me donnait « Deux enfants au soleil » puis plus tard, « C’est beau la vie ». Je faisais l’Olympia avec Brel en 63. J’étais en tournée avec Salvatore Adamo en 65… Par contre, je ratais « Les parapluies de Charbourg » à cause de mon accident. J’ai toujours eu quelque chose de formidable et qui ne m’a jamais une fois manqué : la tendresse du public et ça, ça me bouleverse toujours. Je ne regrette rien. J’ai quand même eu de beaux succès, de belles récompenses, j’ai fait de belles rencontres. J’ai eu, comme tout le monde, des hauts et des bas mais j’ai toujours été une fonceuse, je n’ai jamais baissé les bras et ce caractère, ce tempérament, ça me vient du sport car j’ai été une championne de gym ! Je faisais le saut périlleux, j’ai même fait du trapèze…
Avec d’ailleurs un accident à la clef !
Oui, mais j’ai eu un accident de voiture autrement plus grave et j’ai toujours lutté… Et ça ne m’a pas empêchée de faire aussi du deltaplane !!! »

C D

Aujourd’hui, plus de trapèze ni de deltaplane mais une belle aventure avant de quitter la scène : cette tournée pour retrouver ce public qui l’a portée pendant tant d’années et qu’elle a enchanté tout autant.
Peut-être après, se retrouvera-t-elle dans sa maison d’Ardèche où elle y rencontrait celui qu’elle appelait tendrement « Tonton ».
Silence lorsque je lui en parle. Le silence s’installe.
Gérard Meys, son producteur et mari, nous raconte comment ils s’y sont retrouvés :
« Jean est tombé amoureux de l’Ardèche et décide de s’y installer et donc, d’acheter une maison. Il a le coup de foudre pour celle qu’il habite toujours et un jour, il me téléphone : « Pour avoir cette maison, j’ai dû en acheter deux. La mienne est en bon état, l’autre beaucoup moins… Si tu la veux, pas de problème ! »
Isabelle m’avoue après un grand silence chargé d’émotion : « Nous avions envie de rejoindre Jean, d’habiter pas loin de lui mais… assez loin au cas où on se serait fâchés ! Et nous sommes à notre tour tombés amoureux de cette belle région… Il nous l’a faite aimer Aujourd’hui on l’aime toujours infiniment, mais depuis que « Tonton » est parti, je n’y suis plus allée. Je ne peux pas. Pourrai-je y retourner un jour ? Je ne sais pas.. ».

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Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Christian Servandier

*Coffret « Isabelle Aubret – Dernier rendez-vous – Olympia 2016″
Un très beau coffret contenant deux CD avec les 32 chansons de cet unique récital et le DVD du spectacle.

Patrice LAFFONT
L’homme qui sait tout faire…
même le déménageur !

F

Plus sympa que lui, difficile à trouver ! Au bout de cinq minutes d’entretien, ça tourne vite à l’amicale conversation.
Comédien (son premier métier), journaliste, animateur, il a aussi écrit des chansons, un livre et il a même joué dans une opérette !
Et il m’avoue avoir tout fait dans la joie et la bonne humeur. Son seul regret : ne pas avoir été élu président de l’O.M ! Car il est marseillais de naissance et a un temps espéré ce poste.
« C’était – m’avoue-t-il en riant – au temps de Bernard Tapie et il me poussait à me présenter à sa place ! Mais, avec son accent et sa faconde, Jean-Claude Gaudin, le maire de Marseille m’a dit : « C’est une bonne idée… Mais avez-vous 250 millions d’Euros ? Non ? Alors vous ne serez pas président ! » Voilà comment un rêve s’arrête net !
Malgré tout, avez-vous toujours des accointances avec Marseille ?
De moins en moins, hélas car peu à peu ma famille s’amenuise. Mais je viens voir ma sœur qui vit à Cassis… Et je suis toujours comme un fou derrière l’O.M !
Bon, assez parlé de l’O.M. Parlons de cette pièce de Julien Antonin, « Gentlemen déménageurs » que vous emmenez en tournée, avec halte au Théâtre Galli de Sanary le 6 novembre !
C’est une pièce dite « de boulevard » donc plutôt rigolote… Du moins je l’espère !
Une femme désespérée par une rupture quitte son appartement. Elle appelle deux déménageurs qui arrivent en même temps que le nouveau locataire accompagné d’une petite peste. Je suis donc un vieux déménageur homo et dément qui, avec son collègue, va essayer de calmer la tension entre les uns et les autres, de les réconcilier… en foutant la m…e.

B C

Quel effet ça fait d’entrer dans ce personnage particulier ?
C’est réjouissant de jouer un rôle à la Serrault mais je pense qu’au début j’en faisais trop dans le genre vieille folle. Je me suis calmé, j’ai levé le pied après que quelques spectateurs m’aient dit que je les avais déstabilisés !
Depuis quelques années, vous êtes revenu à votre premier amour : le théâtre.
C’est vrai, j’ai commencé par le théâtre. J’ai tourné avec les Tréteaux de France. J’ai même joué « Antigone ». Et puis la télé m’a bouffé durant des années. Je ne le regrette pas mais tout s’est enchaîné. Je suis revenu sérieusement au théâtre depuis 15 ans.
Là, on est loin d’Antigone !
(Il rit) Oui mais j’aime varier les plaisirs. D’ailleurs, les lundis et mardi à Paris, je joue dans une autre pièce « Le dernier carton », encore une histoire de déménageurs mais j’y joue… un animateur télé ! Ce sont deux univers différents. Et j’ai déjà signé pour fin 2018, pour une pièce avec Bigard.
C’est de la boulimie !
Oui, d’autant que je ne suis pas un perdreau de l’année (j’ai 77 ans !) et que la tournée est éprouvante. J’ai 42 dates à assurer jusqu’à mi-avril ! Mais j’adore la scène, même si ne brigue pas le désir de mourir sur scène comme Molière ! Mais aussi, il faut vivre… Il ne faut pas croire qu’en faisant de la télé on devient riche !
Justement : la télé, c’est fini ?
J’aurais pu le croire mais bizarrement, non. Après qu’on m’ait « conseillé » de prendre la porte sous prétexte de limite d’âge, on vient de me proposer deux projets : Prendre le rôle de Fabrice dans l’émission qu’il animait « La classe », pour deux prime time. Et puis, une télé-réalité pour France 3 qui va envoyer quatre papys en Thaïlande pour voir comment ils se débrouillent lorsqu’on les lâche dans un tel pays. Rassurez-vous, ce n’est pas « Koh Lanta », sinon j’aurais refusé ! Je suis donc l’un des quatre papys avec Jean-Pierre Castaldi, Philippe Lavil et un quatrième qu’on ne connaît pas encore.
Journaliste, animateur, comédien, auteur… vous êtes toujours où on ne vous attend pas !
Bon, remettons les choses en place : d’abord, je ne suis pas journaliste. J’ai juste couvert quelques faits divers pour Europe 1. Mais je n’avais pas la fibre.
En tant qu’animateur, c’est Armand Jammot qui m’a proposé un stage TV sur « Aujourd’hui Madame ». Puis il y a eu « Des chiffres et des lettres » et bien d’autres émissions. Tout s’est enchaîné.

D E
Le dernier carton – Gentlemen déménageurs

Auteur de chansons, je l’ai été un temps et par hasard. J’étais dans un cours d’art dramatique avec Michel Sardou et Michel Fugain. A l’époque, Sardou ne voulait pas vraiment être comédien mais chanteur, même si aujourd’hui c’est le contraire ! Je lui ai donc écrit quelques chansons… qui n’ont pas marché, J’en ai fait aussi pour Fugain et pour Frank Alamo. Puis je me suis arrêté en me disant que ce n’était pas un métier sérieux… Je me suis lourdement trompé car si j’avais continué, peut-être aujourd’hui je pourrais vivre de mes rentes !
Enfin, quant à écrire des livres… j’en ai écrit un ! Ma sœur, qui travaille aux éditions Anne Carrère, m’incite à en écrire un. Je l’ai commencé, j’en ai cent pages mais d’abord je n’ai pas le temps et en plus… je suis très paresseux ! Si j’ai du temps de libre, je préfère le passer à jouer à la pétanque… Comme un bon Marseillais que je suis resté !
Dans la famille Lafont, il y a eu le père, l’éditeur Robert Laffont, il y a le fils, vous, votre fille Axelle qui est comédienne, votre fils Fabrice qui est réalisateur…
Oui, Axelle vit sa vie de comédienne loin de moi et est en train de tourner son premier film en tant que réalisatrice, entre St Cyr sur Mer et la Ciotat. Quant à Fabrice, il capte des spectacles et réalise des clips. Il vient de travailler avec Julien Doré. Il est plutôt côté musique. Il a tourné pour Canal + avec sa sœur une série intitulée « Addict ».
Vous étiez à Avignon, cet été ?
Oui, j’y suis allé trois fois avec mon one man show « Je hais les jeunes. Cette année j’y étais avec « Le dernier carton », en off. Mais je crois que je n’y retournerai pas, c’est devenu trop énorme et si l’on tombe sur de beaux spectacle, il y en a trop de mauvais !
Dernière questions : jouer dans deux pièces à la fois, ça ne vous rend pas schizophrène ?
(Il rit) Effectivement, de temps en temps, surtout pour un homme de mon âge !
Mais je ne vais pas me plaindre… même si je rêve d’aller faire la sieste sous un arbre ! »

Propos recueillis par Jacques Brachet

Le nouveau disque d’I MUVRINI
Jean-François BERNARDINI… Un message d’humanité

A

Écouter chanter Jean-François Bernardini et I Muvrini est déjà un plaisir musical et un grand moment d’émotion.
Écouter parler Jean-François Bernardini est un immense moment d’émotion, de sagesse, d’humanité, de joie.
Nous nous connaissons depuis près de vingt ans et le plaisir de la rencontre est intact, toujours renouvelé.
Plaisir retrouvé à Aix-en-Provence pour la première interview de la tournée-promo qu’il démarre avec leur tout nouveau disque intitulé « Luciole » (Sony Music). Un disque exceptionnel qui prône la paix, la liberté, la fraternité, l’amour avec des accents évidemment venus de son île natale, mêlés à du gospel et des mélodies arabisantes. Un disque un peu différent de ceux qu’ils nous ont donné à écouter. Un disque universel qui apporte la foi en l’humain, sinon à l’homme et à la fois un cri d’alerte, de non-violence et l’espoir de sauver le monde, s’il en est encore temps.

Jean-François, d’abord pourquoi le titre « Luciole » ?
Parce qu’une luciole est le seul être vivant qui éclaire sans brûler. C’est donc un exemple extraordinaire qui dit à sa manière : apprenons à faire la lumière, à la partager sans crainte. On veut t’apprendre à ne pas briller, il y a trop de gens aujourd’hui qui veulent te voler la lumière.
On a quelquefois du mal à reconnaître ta voix, dans certaines chansons !
(Il rit). C’est normal car lorsque je chante en corse, il y a une certaine façon de le faire. Par exemple en Corse, le son « U » n’existe pas. Et puis, tu ne peux pas chanter de la même façon du français, de l’arabe, avec Lena Chamamyan ou du gospel, avec « Gospel pour 100 voix »..
Pour chaque chanson, il y a un thème, une écriture, un rythme, une tonalité… Tu ne joues pas avec un violon comme avec une guitare. D’une certaine manière, à chaque fois tu te réinventes, tu t’exposes. Nous devons apprendre à nous réinventer afin d’avancer, de ne pas tourner en rond.
Comment qualifierais-tu ce disque ?
Le contenu est fait à la fois de tendresse et de colère au sens politique, noble du terme.
Il me semble assez mystique.
Il y a toujours d mysticisme dans la musique car elle vient du ciel pour aller vers la terre. Je viens aussi du monde de la polyphonie qui est un chant sacré. Le sacré est en nous, est omniprésent. Ces sources sont précieuses, elles nous invitent à monter sur la colline pour voir plus haut, plus loin.

D C

Serait-ce aussi un disque engagé ?
Je dirais que c’est un disque… engageant ! J’ai toujours été engagé dans le sens de « concerné ». Je préfère cet adjectif. Durant quinze jours, j’ai parcouru les lycées de France. J’étais d’ailleurs à Hyères avec 700 élèves, pour leur parler de la non-violence. Grâce à eux, j’en suis ressorti milliardaire tant ils m’ont apporté car je sens que je réponds à une urgence.
Je ne suis pas seulement un chanteur mais un faiseur. C’est ça mon engagement et c’est totalement bénévole. Un artiste, ou il crée de la lumière ou il n’est rien. Après, ce n’est pas à moi de décider.
Tu chantes donc « Ma sœur musulmane » avec Lena Chamamyan. Bel hymne à l’amour.
Lena, c’est la plus belle voix de l’Orient.
Ça a été une belle rencontre grâce à une journaliste d’Arte, Sophie Rozenzweig, qui savait que je cherchais une voix pour cette chanson. En 2016, en concert à Strasbourg, elle me l’a présentée. Je lui ait fait écouter la chanson. Elle a été étonnée, touchée et quelques jours après nous l’enregistrions.
Sa voix est sublime, ça a été un moment de bonheur extraordinaire. C’est vrai, c’est une sorte d’hymne à l’amour, à la communion, à la vie, un pont qui relie les rivages de « La madre universale »
L’amour… un grand mot !
Un gros mot !
Le mal contamine le monde, on le voit dans le comportement des hommes. Il n’y a que des héros négatifs à la Une. Amour devient presque un gros mot, il semble louche. Et pourtant il y a les guerres, la famine et bien d’autres choses et c’est là que la non-violence est nécessaire. Il faut semer des graines ensemble mais ce qui manque aujourd’hui, ce sont les semeurs. C’est pour en trouver que je fais le tour des écoles, non pas en chantant mais en parlant, en échangeant. Il faut trouver les solutions, avancer pas à pas en essayant de décontaminer ce monde de crocodiles et afin que les jeunes, aidés par leurs enseignants, contaminent les adultes avec ces idées.
Le rôle d’un artiste, aujourd’hui, c’est ça.
« Ma sœur musulmane » et donc le premier single de l’album, suivi d’un clip. Ca a l’air de fonctionner ?
Sur scène, ça fonctionne, elle est accueille bras et cœur ouverts. Reste à savoir si les médias suivront.
Pourquoi ne suivraient-ils pas ?
Parce qu’elle va indisposer nombre de programmateurs français. Cette chanson est un défi. J’espère seulement que certains penseront qu’elle vaut la peine qu’on l’entende.
C’est un peu une chanson-vaccin contre les peurs qu’on nous inflige. Dans la chanson, je dis « Allahou akbar », ce qui est très fort et panique les gens à juste titre lorsqu’on voit comment certains l’utilisent aujourd’hui. Et pourtant, 99% des musulmans le prononcent plusieurs fois par jour à d’autres fins, à des fins de paix.

B

Les médias en font peut-être un peu trop à ce sujet ?
La violence fait vendre. Avec la violence tu vends tout ce que tu veux aujourd’hui. La peur fait vendre et elle est extraordinaire pour diviser un peuple. Nous sommes tous saturés de cette surmédiatisation. Les belles choses, on n’en parle jamais car elles ne vendent pas.
Que faut-il faire ?
Il faut que les justes s’unissent aux justes, sinon nous sommes en danger. Nous avons la chance de ne pas être en dictature, donc on peut le faire. Au moins le tenter. La non-violence va aussi de pair avec l’écologie qu’on détruit aujourd’hui. On ne devrait plus appeler les ouragans, qui sont de plus en plus nombreux, que « Donald », lorsqu’on voit ce qu’il veut en faire.
Que penses-tu du problème de la Catalogne, qui se rapproche quelque peu de ce qu’a vécu la Corse et le vit encore ?
(Un grand silence) Les Catalans, comme les Corses, ne l’oublions pas, sont des peuples qui ont été humiliés dans leur Histoire. Ils vivent avec ce traumatisme, c’est fondamental de le reconnaître. Ils ont su se reconstruire et ce n’est pas en les réprimant parce qu’ils votent, que ça s’arrangera. Au contraire ça ne peut que renforcer la violence et le divorce.
Par ailleurs, être indépendant, est-ce la solution ? Je ne vois pas comment un drapeau peut les aider, d’autant qu’ils n’auront pas plus de pouvoir. Ce sont les multinationales qui gèrent le monde.
Les Catalans sont un peuple qu’on a voulu détruire, comme les Corses. Mais si l’on veut s’en sortir on ne peut le faire qu’ensemble, France/Corse, Catalogne/Espagne.
L’humain est aveuglé par le pouvoir et l’argent et ce n’est pas dans la séparation qu’on trouvera le bonheur. »

Le bonheur, la paix… Ce disque est un bel exemple, un bel hymne. Un hymne aussi à la diversité linguistique.
C’est un magnifique témoignage que nous apportent Jean-François et ses Mouflons.
Un grand message d’humanité.

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photo de JFA : Christian Servandier
I Muvrini en tournée, à Marseille au Silo le 8 mars 20h30

La Rochelle 2017
Anne CHARRIER sacrée meilleure comédienne

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Elle a un sourire ravageur, une personnalité attachante.
2017 aura été une belle année pour elle puisque, hormis le prix d’interprétation féminine raflé à la Rochelle pour le film de Thierry Petit « Prêtes à tout », un téléfilm pour France 2, elle était aussi de la partie avec « Marjorie » réalisé par Mona Achache, une série 90’/collection toujours pour France 2, où l’on retrouve François Vincentelli et Thierry Frémont entre autres, elle à l’affiche du film d’Eric Gravel « Crash test Aglaé » et elle a joué au théâtre, durant un mois à Avignon « En attendant Bojangles » d’Olivier Bourdeaut.
Année chargée donc pour cette belle comédienne.

« C’est vrai -me confie-t-elle – ça a été une année très dense.
Pas trop de stress à la Rochelle ? (La remise des prix n’avait pas eu lieu)
Non aucun, que du plaisir d’être là. Le stress, on l’a avant et pendant le tournage. Et si l’on est sélectionné pour la Rochelle c’est que ça s’est bien passé !
Comment fait-on pour gérer une telle année ?
On s’organise et on se dit que ça vaut pour les années où il y a moins de projets !
Lorsqu’on vous propose de jolies choses à faire, on essaie de les faire, même si, quelquefois, le planning est serré. Il y a des années plus denses que d’autres et c’est une grande joie que d’avoir de jolies propositions.
Depuis la série « Maison close », il semble qu’on vous offre beaucoup de rôles de mère !
C’est vrai mais à chaque fois, c’est une mère différente. Et j’arrive à un âge où l’on me propose ce genre de rôles, étant moi-même mère et donc, pouvant y apporter mon expérience, mon vécu.
Et comment ça se passe à la maison ?
(Elle rit) Je suis une mère normale et mes enfants considèrent que je fais un métier comme un autre. La porte de la maison fermée, on ne parle que très rarement de mon métier… même si, quelquefois, ils m’aident à répéter un rôle… comme je les aide à réviser leurs devoirs !
De plus, je n’ai pas une notoriété qui les gênent à l’école ou dans la vie. Quelques copains savent ce que je fais, ça s’arrête là. Et surtout, je ne les oblige pas à me voir à l’écran. Ils sont libres.

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Cependant je crois que votre fille à des velléités de comédienne !
C’est vrai, on en parle, mais si ça reste sa vocation, son envie, elle fera ce qu’elle veut. Elle sait que c’est un métier difficile mais si c’est son désir…
Les parents sont des tuteurs, nous les aidons à avancer, nous sommes là pour les accompagner dans leur jeune vie et nous restons attentifs, à leur écoute. Après, c’est eux qui décideront.
Je reste une maman avant tout.
Vous jouez, dans « Prêtes à tout » une maman qui peut aller jusqu’à tuer… Et dans la vie ?
Je crois vraiment que pour mes enfants, je serais prête à tout. Après, entre ce qu’on dit, ce qu’on pense et ce qu’on ferait dans une situation donnée, comment réagirait-on ? Il faut, je crois, être dans une situation extrême.
Comme dans le film ?
Exactement. Je joue Aline, le rôle d’une maman qui va, avec une autre maman, Nadia, que tout sépare, de leurs origines à leur classe sociale en passant par leurs convictions et leur façon de vivre, qui vont être confrontées par la situation de sauver leur fils de la drogue et même de la mort. Tos leurs préjugés, toutes leurs pensées vont être remis en question. Elles vont s’épauler dans l’adversité.
C’est un très beau sujet qui pose beaucoup de questionnements.
Dans « Marjorie », vous n’êtes pas une mère !
Ce n’est pas une spécialité ! Non, je vais aider un prêtre qui découvre l’amour et qui a beaucoup de mal à revenir à la vie civile, qui se pose beaucoup de questions et à qui elle permettra de retrouver un sens à sa vraie vie.

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L’équipe de « Marjorie » – « L’équipe de « Prêtes à tout »

A Avignon, les critiques ont été belles à Avignon pour « En attendant Bojangles »…
Où je joue une mère ! encore très différente, éprise de danse, avec son mari, quelque peu déjantée, qui ne vit que pour le plaisir, dans la poudre de perlimpinpin jusqu’au jour où elle va entrer dans la folie. C’est une belle histoire tirée du livre éponyme d’Olivier Bourdeaut, le titre évoquant la chanson « Bonjangles » de Nina Simone, sur lequel ils dansent. On va le jouer en tournée de septembre à Décembre et certainement à Paris.
Sinon ?
Je vais jouer dans une mini-série pour France 2 et devinez quel rôle je vais jouer ? Une mère qui est commandant de police. C’est une histoire complexe autour d’un enfant. Puis je retrouverai le film de Rochdi Zem qui n’a pas encore de titre définitif. C’est l’histoire… d’une femme qui se retourne sur savie et qui n’a pas fait le bon choix.

En tout cas la belle Anne Charrier sait, elle, faire les bons choix.
Propos recueillis par Jacques Brachet