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Christian PHILIBERT fête les 20 ans d’Espigoule !

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20 ans…
Déjà 20 ans que nous étions réunis à Ginasservis pour voir naître ce qui, on ne le savait pas encore, allait devenir un film culte.
Avec quatre bouts de ficelle, Christian Philibert et son équipe créait son film au jour le jour, toute la population avait un rôle à jouer dans ce film inclassable mi-doc, mi-fiction. Moi j’étais là en spectateur ou presque parce que invité à écrire un article. 20 ans après, couvert de prix, Christian, qui vit aujourd’hui à la Seyne-sur-Mer mais a quitté son frère devenu maire de Ginasservis, remonte le temps et va dignement fêter ce qui est devenu un OVNI cinématographique.
Toujours souriant et positif malgré beaucoup de problèmes liés à sa façon de pratiquer son métier de scénariste et de réalisateur, il persiste et signe : malgré les difficultés il n’a jamais quitté son terroir, sa région tant il a de choses à dire, à écrire, à filmer.
Passionné de l’Histoire de sa région, il a depuis réalisé des films historiques sur l’Affaire Yann Piat, le débarquement en Provence, tout aussi important qu’en Normandie mais dont on parle peu et sur bien d’autres sujet qui lui tiennent à cœur.
Mais ça, c’était avant. Avant que France 3 ne décide que les films historiques, quels qu’en soient le thème et la région, ne se fassent à Paris qui ont l’air de mieux comprendre la région que ceux qui y vivent.
Mais ça ne lui pas fait baisser les bras et il continue, contre vents et marées parisiennes à tracer son chemin et depuis Espigoule, il n’a jamais cessé de travailler à la force du poignet dans sa région, pour sa région, écrivant, réalisant, produisant : « Afrik Aïoli », « Travail d’Arabe », « Massilia Sound System »… des longs métrages entre les nombreux documentaires et courts-métrages réalisés.
Pour lancer les 20 ans d’Espigoule, c’est au Télégramme, à Toulon, que nous nous retrouvons : Toujours ce regard bleu, ce sourire empli de gentillesse et de fougue avec mille projets dont il vient parler au public. Une salle pleine car il a ses aficionados. Mais auparavant, il va égrener avec nous tous ses projets à venir et ses souvenir d’Espigoule qui fut une grande aventure.

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« Tu te rends compte que le film a fait plus de cent mille entrée, que nous avons eu des critiques dithyrambiques aussi bien dans Télérama que dans Première, qu’on a reçu plein de prix et que le maire de Toulon, Hubert Falco, a décrété qu’Espigoule était la 154ème commune du Var !
Alors qu’on a failli nous classer dans les films folkloriques de Provence ! Quant à l’animal que nous avons inventé, le phacomochère, certains, encore aujourd’hui, croient qu’il existe vraiment. D’ailleurs, il est rentreé au Muséum d’Histoire Naturelle en 2011 ! Il est presque aussi célèbre que la Tarasque !
Ca vaut donc le coup de fêter ces 20 ans ?
Oui, et nous avons frappé les trois coups au Télégraphe. Mais tout au long de l’été, des manifestations sont prévues. A partir du 29 juin, nous allons faire des promos en plein air, comme avant quand le cinéma s’installait sur les places du village à l’heure de l’apéro. A noter qu’en 2009, pour les dix ans du film Ginasservis a été envahi : 5000 personnes; C’était Woodstock ! Ce film a vraiment créé un lien social et nous voulons retrouver cette ambiance « apéro-film-musique ».
De nombreuses villes vont nous accueillir : le 29 juin au théâtre Romain de Fréjus, le 5 juillet au Plan d’Aups, le 25 juillet à Cotignac, le 17 août à Figanière, les 30 et août au Fort Balaguier de la Seyne, durant le festival du court-métrage dont je serai le parrain…

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Et Ginasservis ?
Je le gardais pour la fin car ce sera la fête le 13 juillet avec la projection d’un documentaire sur la genèse d’Espigoule de Jérôme Quadri « Il était une fois Espigoule ». Sera également lancée une double BD réalisée par le scénariste Alex Graisely et le dessinateur Lobé. Ces 2 BD sortent aux éditions Prestance, qui ont déjà réalisé entre autres la série »Gaspard de Besse ». Bien entendu apéro et musique seront au rendez-vous.
Par ailleurs, j’aimerais ressortir le film remasticage, courant novembre au cours de 12 jours à travers le Var, qui se terminerait le 17 novembre au Télégraphe. Tourné en pellicule, il revit et ça a été une grande émotion que de le retrouver ainsi.
Je suppose que malgré ces mois de folie, tu as, comme toujours, quelques projets ?
Evidemment, même si c’est toujours difficile de réunir des fonds car nous ne sommes plus soutenus par la région PACA ! Nous sommes de plus en plus pieds et poings liés par les décisions parisiennes, et le cinéma « Provençal » a de moins en moins d’issue. Nous cherchons donc des mécènes désespérément ! Mais je prépare le troisième volet de la saga après « Les quatre saisons d’Espigoule » et « Afrik Aïoli » : « Un taxi pour Maudou » car cette fois c’est Maudou qui vient chez nous. Une sorte de road movie à travers la Provence. Je prépare aussi un docu-fiction sur le poète Germain Nouveau, pour les 100 ans de sa disparition. Ami de Rimbaud et Verlaine, il circule une information comme quoi ce serait lui qui aurait écrit « Les illuminations ». Je travaille donc là-dessus et je fais beaucoup de recherches. J’aimerais faire ce film, créer une web-doc et une exposition sur l’un des plus grands poètes de l’époque.
Enfin j’ai un gros projet : mettre en place la route du débarquement dont beaucoup de Varois ne savent pas qu’il a existé, occulté par celui de Normandie. La première borne devrait être posée à la Motte le 15 août et d’autres bornes devraient suivre.
Avec le Télégraphe nous allons lancer une rubrique : « L’écho d’Espigoule ».
Après tout ça j’ai un autre projet sur Gaspard de Besse.

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Avec ses complices de la BD : le scénariste Alex Graisely et le dessinateur Lobé

Comme on le voit, l’ami Philibert ne s’ennuie pas une seconde entre projets et rétrospective. Son sourire en dit long sur la passion qui le tient et le fait avancer.
Et l’on va avancer avec lui, comme on le fait depuis 20 ans !

Jacques Brachet

MICK MICHEYL… T.T.C

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Elle était l’un des plus beaux fleurons de la chanson française. Bien sûr que les moins de vingt ans et plus ne la connaissaient pas car elle avait abandonné depuis longtemps le métier de chanteuse pour le métier de graveur sur acier.
Alors que je voyageais, j’ai appris sa disparition à 97 ans alors qu’on espérait bien fêter bientôt ses 100 ans. Installée depuis quelques années dans une maison de retraite de Montmerle, elle et partie doucement, discrètement mais jusqu’au bout d’une longue amitié, on s’appelait souvent. J’aimais entendre sa voix un peu trembler lancer « Allo, les Brachet ? Je vous aime, je vous embrasse et je prie pour vous ». On s’envoyait de petits mots, moi des photos que je retrouvais au hasard de mes rangements, elles des petits mots agrémentés de son petit « gamin de Paris ». Quelques amis fidèles allaient encore la voir comme Dadou Brochet qui s’occupa d’elle jusqu’au dernier jour, comme Odette Mondange, une fan devenue une amie ou comme le chanteur Michel Monaco qui était son filleul et qui lui rendit hommage en enregistrant un CD de ses chansons.
Je l’aimais tendrement et elle me le rendait bien.
Aujourd’hui je suis triste car j’ai perdu une amie.

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Michel Monaco et Odette Mondange fêtent ses 95 ans

Tout d’abord le titre : T.T.C… Dans le langage de Mick Micheyl, ça voulait dire «Toute Tendresse Comprise».
De la tendresse, elle en avait à revendre !
Lorsque je dis que c’était ma copine, il faut entendre « mon amie ». Mais le mot  «copain» reste entre nous le plus tendre… «Alors, copain ?» c’était la phrase rituelle qu’elle me lançait lorsqu’on se retrouvait ! Elle avait beau être à Montmerle, dans ce qui est pour nous le Nord (C’est dans l’Ain !) le Var n’était jamais très loin pour cette chanteuse, auteur, compositeur, meneuse de revue qui s’est reconvertie dans les Arts Plastiques, ses premières amours et qui venait très souvent exposer dans notre région, entre autre chez nos amis communs, Claude et Jean-François Gibereau, de Sanary, avec qui on a avait fêté ses 80 printemps !

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Mick, c’était la jeunesse incarnée, l’énergie pur sucre. Elle avait une pêche d’enfer, une vitalité du diable et il faut en avoir lorsqu’on a choisi comme art de graver sur acier avec une ponceuse plus grosse qu’elle… Vous me direz, pas difficile d’être plus gros et plus grand qu’elle et donc, d’autant plus méritoire.
Il fallait la voir, en trois coup d’épée électrique, dans un feu d’artifice, tracer sur l’acier des chevaux en cavalcade, un gamin de Paris qui reste sa marque de fabrique ou un paysage lunaire.
Elle y mettait autant de passion que lorsqu’elle chantait ou descendait les marches du Casino de Paris !
Je l’ai connue productrice, un autre métier qu’elle pratiquait à la télévision en offrant au public, avant les Carpentier, des shows de folie intitulés «Entente cordiale», «Show Mick» ou autre «Rond-Point des Chants».
Je travaillais alors dans le sillage de Claude François et j’avais participé à l’un de ces shows où Clo-Clo était la vedette. J’avais été époustouflé par sa créativité, son énergie, sa passion, sa joie. Elle était à tous les postes, regardant dans l’œil de la caméra, indiquant aux artistes ce qu’ils devaient faire puis revenant, vêtue de cuir ou d’autre chose, animer le show avec ses artistes invités.

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Ce fut un moment rare que de la voir travailler ainsi. D’autant plus rare qu’elle n’allait pas tarder à quitter le show biz où elle s’épuisait un peu, pour changer diamétralement de vie. Autre art, plus solitaire, plus dans l’ombre mais pour mieux revenir entourée, dans la lumière des mille éclats de son acier qui danse selon comment on regarde ses œuvres.
La révélation lui est venue par hasard, aimait-elle raconter, en voyant des éraflures sur une portière de voiture. Tout à coup elle s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire dans ce domaine, pas trop exploré. Et la voici abandonnant tout, transformant sa maison en atelier, faisant venir des tonnes d’acier, un acier spécial, traité pour ne pas rouiller mais qui ne laisse pas d’alternative : un coup de ponceuse et le métal est blessé à vie… ou à mort si elle a raté son coup ! Et c’est ce qui la passionnait.
A Paris, à la télé, je m’étais contenté d’une interview très chaleureuse mais très hoqueteuse car on parlait entre deux poses. Et ça aurait pu s’arrêter là si un jour je n’avais reçu une invitation pour une expo dans la Var, je ne sais plus où. Elle avait retrouvé mon adresse dans son courrier et avait envoyé par hasard ce petit mot sur lequel figurait sa marque de fabrique : un petit poulbot. Le hasard faisant bien les choses, j’habitais toujours au même endroit et j’allais à sa rencontre sans savoir qu’à retardement un coup de foudre allait se produire… C’était il y a plus de 40 ans.
Ce fut l’amour fou ! Je l’aimais et l’admirais et depuis ce jour, le lien ne s’est jamais brisé. On s’appelait, on se faxait beaucoup il fut un temps et on se rencontrait au hasard des expos, souvent dans le Var avec les Gibereau qui s’occupaient d’elle dans la région.
A tel point qu’en une soirée, on a fêté deux fois ses 80 ans.

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Je fête ses 80 ans avec elle

Je m’explique.
Le hasard – toujours lui – fait que les Gibereau organisent une expo de ses œuvres à la Fontaine des Arts, leur galerie sanaryenne et que le soir même j’organise une soirée chanson française dans le cadre d’une manifestation avec la ville de la Garde, à quelques kilomètres de Sanary. Cette manifestation s’appelle «Clefs des Chants», un groupe nommé «La Rue» propose un spectacle retraçant 50 ans de chansons françaises, de 1900 à 1950. J’ai alors l’idée de fêter les 80 ans de Mick après le spectacle.
A Sanary tout se passe bien, les fleurs et les bises pleuvent et les Giberau raccourcissent un peu leur soirée pour être à temps à la Garde. Mick ne sait rien, n’a pas trop envie de faire des kilomètres mais, sachant qu’on se retrouve, elle vient, assiste à la fin du spectacle et, alors qu’un musicien entonne à l’orgue de Barbarie «Un gamin d’Paris», je monte sur scène et je lui souhaite en direct son anniversaire devant la foule qui la reconnaît et l’ovationne. Emue, elle monte sur scène et, toujours professionnelle, va unir sa voix au chanteur et nous retrouvons alors notre Mick chanteuse, qui a toujours la même voix, même si elle est emplie d’émotion. Elle chantera même une autre chanson a capella.
On garde tous en mémoire ses chansons, si tant est, bien sûr, que l’on n’ait pas vingt ans, de «Cano Canoë» à «Je t’aime encore plus» en passant par «La Joconde»… On se souvient de ses jambes gainées de noir, descendant les fameuses marches du Casino de Paris, on se souvient de ses tours de force au Casino ou aux galas de l’Union des Artistes où le risque ne lui faisait pas peur et puis, grâce à ses émissions TV où elle lançait des jeunes, sont nés Dave, Adamo, Mimie Mathy et bien d’autres.

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Belle reconversion pour cette chanteuse-danseuse qui un jour, s’est retrouvée devant une forge pour apprendre à reconnaître les différents aciers et qui, de son mètre cinquante et des poussières, a créé des œuvres monumentales, dans le bruit de sa meule… qui couvrait de temps en temps quelques jurons !
Venant à nouveau exposer à Toulon, comme par hasard, on a encore pu fêter ses 83 ans avec le même plaisir, la même émotion. Un rien lui faisait plaisir, un salut, une fleur, une bise, un petit mot gentil. Elle qui a exposé dans le monde entier et était encore plus connue que lorsqu’elle était chanteuse, restait la jeunesse même et c’est sur un coup de colère – car elle avait caractère aussi trempé que son acier ! – qu’elle avait écrit une chanson en entendant quelqu’un la traiter de mémé. La réponse de Mick, en chanson s’il vous plaît : «Tu sais ce qu’elle te dit, la mémé… ?». Je vous laisse deviner la suite !
Mick, je l’aimais, je l’admirais.
Elle était mon amie.

Jacques Brachet

CHIX : Elle signe l’affiche du festival « Just Rosé » 2019

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Elle est franco-belge et se partage entre ces deux pays qu’elle aime pour des raisons différentes.
Sous ce pseudonyme se cache Chantal de Germiny, nom de son père français, sa mère étant flamande.
Mais elle est née sous X, d’où ce pseudonyme original : Ch pour Chantal IX pour X.
C’est elle qui, cette année, a signé l’affiche en rose et vert du festival « Just Rosé ».
C’est dans le petit salon VIP de l’Office de Tourisme, que je rencontre celle belle artiste, souriante, sereine et passionnée.

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En fait, Chantal, où vivez-vous ?
Entre ces deux pays car j’ai mes racines en Belgique mais j’ai adopté la France et surtout la Provence. Il y a deux ans, j’ai pris une galerie au Castellet. Mais c’est très difficile de mener le métier de galeriste tout en restant peintre.
Je suis repartie en Belgique mais je suis vite revenue dans la région où j’ai installé mon atelier à la Cadière. Et je me suis replongée dans la peinture. Mais je garde aussi un pied en Belgique où j’ai aussi un atelier.
Cet amour pour l’art, d’où vient-il ?
Depuis toute petite. Mes parents étaient des aristocrates qui ont toujours aimé la culture, la peinture, qui m’en ont passé cet amour et lorsqu’il ont compris que j’avais cette fibre en moi, ils m’ont laissé faire des études. C’était en Belgique et je suis allée dans un lycée qui intégrait ce qu’on peut appeler les Beaux-Arts ici. J’ai fait du graphisme dans une agence de Bruxelles, j’ai travaillé dans la décoration, la pub, le stylisme. En 2013 j’ai ouvert un atelier, toujours en Belgique, suivi d’un atelier en France un peu plus tard.
Ce n’est pas un peu compliqué ?
Non car un artiste a besoin de bouger pour trouver l’inspiration. Je suis un électron libre, mon mari étant aussi libre que moi, il suit le mouvement. Il s’occupe d’une centaine d’oliviers ici, en Belgique il fait de l’immobilier.

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Vous exposez ?
Oui, j’ai fait quelques expositions en Belgique. Ici c’est un peu plus underground car il faut le temps que je me fasse connaître, car je ne suis là que depuis deux ans.
Alors, la proposition de l’affiche, comment est-elle venue ?
J’ai exposé entre décembre et mars à l’hôtel Atmosphère à Sanary. c’est un hôtel trois étoiles rue Gabriel Péri qui a été repris et un responsable du festival a vu mon travail. Il m’a alors proposé de créer l’affiche.
Aviez-vous des directives pour la réaliser ?
Pas vraiment sinon qu’il fallait du rose mais pas trop, un certain format et les deux inscriptions « Just Sanary » et « La vie en rose ». Avec ces indications, j’ai créé en toute liberté plusieurs projets. La difficulté était de pouvoir marquer mon style sur quelque chose qui m’était commandé. J’ai proposé plusieurs projets et la chance est que c’est celui que je préférais qui a été choisi.
Y a-t-il eu des retombées ?
Oui, puisque l’on m’a proposé d’exposer en août à l’Hôtel Radisson Blue à Marseille. Le vernissage aura lieu le 10 août.
A noter que le tableau réalisé pour l’affiche a été mis en vente et une partie de la vente sera reversée à l’association sanaryenne « Le Haricot magique », qui accueille des jeunes enfants porteurs de handicaps comme l’autisme *
Le tableau est en vente à l’Office de Tourisme de Sanary mais peu de communication a été faite autour alors… parlez-en s’il vous plait !
(Voilà qui est fait !)
Avez-vous d’autres projets ?
Des projets, des idées, j’en ai tous les jours ! Je travaille tout le temps, je crée au moins une œuvre par jour, sur toile, sur papier. En ce moment je suis dans une période papier.
D’où vous vient votre inspiration ?
Ce que je vis et vois autour de moi, aussi bien ici qu’en Belgique, où je ne suis pas inspirée de la même manière. Je travaille de façon très spontanée, très inconsciente, très naturelle. Je n’ai pas l’angoisse de la toile blanche. Je produits beaucoup ».
Tout cela nous donne très envie d’aller visiter son atelier. Et puisqu’elle me l’a proposé très gentiment, nous irons très vite y faire un tour !

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Propos recueillis par Jacques Brachet
*www.leharicotmagiqueasso.wordpress.com

Frédéric ZEITOUN, AZNAVOUR, FUGAIN, BELLE… et les autres

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Quel double plaisir que de retrouver Frédéric Zeitoun dont je garde des souvenirs joyeux de nos rencontres, entre autres celles sur les tournées Age Tendre et surtout la Fête du Livre de Toulon sur laquelle nous dédicacions nos livre l’un a côté de l’autre en riant beaucoup et en parlant chanson française dont nous sommes tous deux de fervents amoureux et défenseurs.
Le voilà qui nous fait la belle surprise d’un album de duos et quels duos : Aznavour, Lavil, Doc Gyneco, Marie-Paule Belle, Linda Lemay, Fugain, Macias, Oldelaf, Duteil, Manu di Bango…
Il aborde tous les styles, toutes les générations avec un florilège de 12 chansons, plus une où il chante seul, « Duo en solitaire », qui a donné le titre à l’album (Prod Roy).
De la belle, de la bonne chanson française et éternelle dont il a écrit tous les superbes textes et quatre musiques : « Comme tout le monde » qu’il chante avec Doc Gyneco, « La vie continue » en duo avec Linda Lemay, « Le pot de départ à la retraite » avec Oldelaf et son fameux « Duo en solitaire » pour d’autres, il a été aidé par Charles Aznavour qui a signé la musique de « Bien au contraire », moment émouvant de retrouver leur voix mêlées, Marie-Paule Belle qu’on a un plaisir évident de retrouver sur « Le monsieur de la télé », de Michel Fugain pour « Je ne désaime pas » et quelques autres aussi talentueux, toutes plus belles les unes que les autres. N’oublions pas « Ma bonne étoile » composée par son complice Gérard Capaldi qu’il chante avecla chorale de Rueil-Malmaison. Il nous les offre avec son beau grain de voix, cette voix qu’on connaît aussi lorsqu’il est chroniqueur ou animateur car ce monsieur sait tout faire.
Il rit à cette remarque.
« Ce ne sont pas des chansons que j’ai adaptées pour la circonstance. Ce sont des chansons qui existent depuis un certain temps et que je chante seul sur scène, ce que j’ai fait il y a peu à l’Alhambra. D’ailleurs, à cette occasion, certains sont venus me rejoindre sur scène.
Comment est né ce projet de disque ?
Au cours d’un repas avec deux complices, deux Gérard : Gérard Davoust et Gérard Capaldi qui sont souvent venus m’entendre et qui m’ont donné l’idée de faire ces duos avec des amis et autres artistes que j’ai souvent croisés. Nous avons commencé à faire le casting par rapport aux chansons que je chantais.
Il était évident que les chanteurs qui avaient écrit la leur comme Belle, Fugain, Aznavour, viennent faire ces duos. Ils ont accepté.
Pour les autres chansons, y a-t-il eu des refus ?
Il y a eu très peu de refus mais ce qui me fait plaisir c’est que ce n’était jamais incorrect ou méchant mais tout simplement parce qu’ils avaient d’autres projets ou qu’ils n’étaient pas libres.

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Quelle émotion de retrouver la voix d’Aznavour. Quel plaisir de retrouver celle de Marie-Paule Belle !
C’est très émouvant pour moi qu’Aznavour ait dit oui. Nous avons enregistré la chanson il y a tout juste un an jour pour jour, le 8 mai dernier. Je crois que c’est le dernier enregistrement qu’il ait fait. Quant à Marie-Paule, j’étais heureux qu’elle me rejoigne, elle qui a eu l’humilité de passer à l’Olympia en première partie de Serge Lama. Elle va revenir et c’est une bonne chose, c’est l’une des plus grandes artistes qu’on ait en France.
Alors, l’accueil médiatique de ce disque ?
Je suis à la fois très heureux et surpris car ça se passe magnifiquement bien et c’est une grande joie lorsqu’on sait qu’aujourd’hui, sortir un disque quand on n’est pas uns star, ça devient périlleux. Mais les médias réagissent bien, Drucker m’a reçu dans son émission. Pour les radios, c’est un peu plus compliqué mais on se débrouille.
Ce qui est marrant, c’est qu’aujourd’hui les artistes terminent souvent leur carrière par un disque de duos, alors que moi, c’est le contraire. Je débute avec eux !
Et avec ça, il y a de nombreux galas à la clef !
Effectivement, je tourne pas mal. Je serai le 9 juin au festival « les notes en vers » de Perigny, les 12 et 13 juin à Paris, au Café de la Danse, le 14 juillet aux Francofolies de la Rochelle, le 16 juillet, je rejoindrai Michèle Torr à Pertuis pour son spectacle annuel au profit de la sclérose en plaque, avec Michel Drucker entre autres, le 18 juillet au Théâtre de Blois…
Et avec ça, toujours chroniqueur, animateur, écrivain… multicarte !
Oui et c’est un plaisir que de faire tout ça. A la télé ou la radio, je parle des autres, en ce moment j’écris aussi des chansons pour Frédéric François, Enrico Macias et je prépare un livre dont on parlera plus tard.
A propos de ces duos, ont-ils été enregistrés ensemble ou chacun de son côté ?
Tous sauf un ont été enregistrés ensemble. Il n’y a que Linda Lemay qui, étant au Québec et ne pouvant se déplacer, l’a enregistré là-bas.
C’est donc un CD de duos avec juste une chanson solo, drôlement intitulée « Duo en solitaire » tout en disant dans la chanson que vous préférez chanter seul ! Explication…
C’est évidemment du second degré car j’adore chanter avec les autres. Mais j’ai voulu m’amuser de la mode d’aujourd’hui que les maisons de disques ont d’obliger les chanteurs à enregistrer leurs tubes avec d’autres chanteurs pour vendre. Il y a tout un langage autour du duo que j’utilise dans la chanson comme « le CD décédé », « Sans duo plus de salut »… C’était drôle à faire.
En fait, vous aimez tous les styles de chansons et de chanteurs, ce disque le prouve.
Je ne suis pas sectaire, j’aime une chanson lorsqu’elle est bonne, qu’elle soit faire pour rire, pleurer, danser, réfléchir… J’aime la variété dans son ensemble et tous les chanteurs aussi car chacun a une fonction. Et si la chanson est bonne… elle est bonne !
Alors, avec ce disque… heureux ?
Bien sûr lorsque je vois que lorsque les chanteurs que j’aime viennent me rejoindre sur scène ou sur un disque, c’est toujours un grand cadeau qu’ils me font et je les en remercie;

Propos recueillis par Jacques Brachet

Macha MERIL… La force et l’énergie

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C’est toujours avec un extrême plaisir que j’entends la voix de mon amie Macha Méril.
Cette fois ce fut un peu plus long qu’à l’habitude à cause du décès de son époux Michel Legrand. Mais je la retrouve, certes triste, mais comme à l’accoutumée avec une énergie folle. Elle en a toujours eu beaucoup mais elle est encore plus forte qu’avant. Elle me l’explique
« C’est vrai, tout le monde me dit : « Ah la la, que vous devez avoir de chagrin ! ». C’est vrai que j’ai un chagrin immense et qu’il me suffit d’un souvenir, d’un bout de chanson, d’une évocation pour que je tombe en larmes. Mais je me suis découvert une force que je n’avais jamais eue.
C’est à dire ?
Tu sais, les deux dernières années, Michel était très fatigué. Malgré cela, il avait toujours plein de projets mais il n’avait plus d’énergie pour les réaliser. Alors aujourd’hui, je suis obligée d’avoir cette énergie pour lui.
Je suis entourée de gentillesse, de compassion car tout le monde aimait Michel, chacun a une chanson, une musique de film qui se rattache à un souvenir. Il avait une grande force et cette force, il me l’a communiquée car il n’avait pas seulement du talent, du génie, il avait le don de ne pas se faire bouffer par les autres, ce qui m’a toujours manqué. Cette espèce d’autorité qui nous manque souvent, à nous les femmes, il me l’a passée.
« Sois libre, prends tes responsabilités sans t’appuyer sur quelqu’un. Si tu fais des erreurs, tu ne t’en prendras qu’à toi », me disait-il.
Et cette force tu l’as acquise ?
Oui, même si j’étais sous sa protection, je l’ai acquise. Il m’a imprimé quelque chose qui fait que je ne suis plus vraiment la même. Pour moi, il est toujours là, je l’entends me dire « Fais ci, ne fais pas ça… ». Et il m’a laissé une grande responsabilité, un projet que nous avions ensemble et que je veux, je dois mener à bien.
Ce projet, quel est-il ?
Un truc colossal : créer une fondation, un festival de musique de films, auquel j’ajouterai un prix Michel Legrand.
Il ne voulait pas d’un musée, il trouvait ça plutôt barbant, il n’a jamais voulu faire de master class alors qu’on le lui demandait tout le temps car il pensait que ceux qui le faisaient, c’était plus pour parler d’eux que pour enseigner. Alors que la fondation, c’était pour aider les artistes, les faire progresser et les faire connaître.

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Cette fondation devrait naître où et quand ?
Au départ il voulait que ce soit à Monaco où il vivait mais il n’a pas trouvé d’adhésion. On aurait pu la faire aux Etats-Unis car nous avons eu et j’ai encore nombre de propositions. Mais Michel fait partie du patrimoine musical français et il doit rester en France.
Lors du merveilleux office orthodoxe qui s’est déroulé à sa disparition, Brigitte Macron m’a dit : « Qu-est-ce que je peux faire pour vous ? ». C’était à la fois inattendu et inespéré !
Nous avons alors trouvé un chateau à Montargis où l’on va créer la fondation et le festival qui aura lieu en juillet 2020. C’est un château dans les vignes où seront disséminées des salles, des résidences, des lieux d’enregistrement, de répétitions, de rencontres. Bien sûr, ça se fera petit à petit mais ce sera une sorte de petite villa Médicis pour les musiciens. Toutes les musiques se côtoieront, et il y aura des échanges, des créations… Chacun pourra travailler ensemble et bien sûr, l’œuvre de Michel sera omniprésente.
Justement, en dehors de tout ce qu’on connaît, a-t-il laissé des oeuvres inachevées, non enregistrées ?
J’ai découvert la caverne d’Ali-Baba ! Des centaines de partitions inédites, de musiques de films, d’opéras, d’œuvres diverses, quelque 350 chansons, tout cela sur de grandes feuilles écrites avec ses pattes de mouche. C’est magnifique. Le ministre de la Culture m’a proposé de tout numériser afin que cette oeuvre soit abordable par tous. Et j’ai pour but de proposer chaque année une création. Il était tellement prolixe, tellement imaginatif !
Michel avait des enfant. Comment ça se passe avec eux ?
Très bien. D’abord Michel ma confié la gestion de son oeuvre et m’a nommé sa légataire universelle. Les enfants sont très contents car ils me font confiance, ils savent que j’en suis capable. Lorsque nous nous sommes connus, voici 50 ans au Brésil, c’est la musique de jazz qui nous a rapprochés. Evidemment, les droits seront partagés.Tout ça va avoir un coût !
Bien sûr et je suis à la chasse aux milliardaires, aux sponsors, beaucoup aiment la musique de Michel et je vais tenter de lancer un appel à subvention.
Je veux être digne de la confiance que Michel a mise en moi et de la mission dont il m’a chargée. C’est un vrai bonheur et c’est passionnant. Et j’ai confiance, les bonnes causes ne sont pas si nombreuses !
Je me dis que si cette fondation peut aider de beaux talents, de beaux musiciens qui ont des difficultés à se faire connaître, à travailler, car les maisons de disques aujourd’hui travaillent de plus en plus avec des machines, le pari sera gagné.Bon, mais avec tout ça, vas-tu continuer à « faire l’actrice » ?Bien sûr et plus que jamais. Déjà, je termine un livre, je vais passer dans un télé-film sur France 2 le 8 mai et je joue dans une pièce de théâtre cet été dans quelques festivals.
On commence par quoi ?
Le livre, qui sortira en septembre. C’est un roman russe qui s’intitule « Na zdarovie », ce qui veut dire « Santé, bonne chance ». Ca parle de l’émigration des Russes en France que j’ai pu observer et connaître à travers ma famille (elle est née princesse Maria-Magdanena Vladimirovna Gagarine), je parle de tous les problèmes qu’ils ont rencontrés. Je viens d’ailleurs d’être invitée au festival de cinéma de Moscou pour un hommage à Michel Deville avec qui j’ai tourné « Adorable menteuse ». Il a 94 ans et il a été un peu oublié et maltraité en France. Et c’est la Russie qui lui rend hommage ! J’ai demandé à la Cinémathèque d’en faire autant

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Passons à la télévision !
Tu découvriras, mercredi 8 mai sur France 2 « L’enfant que je n’attendais pas » réalisé par Bruno Garcia, avec Alix Poisson et Bruno Solo.
Johanna (Alix Poisson) a fait un déni de grossesse et se débarrasse du nouveau né. Jugée et rejetée par tous, elle va devoir répondre de son acte et entamer un parcours de résilience et de reconstruction, qui passe par la découverte du lien maternel avec cet enfant inattendu.
Il y a longtemps que je n’avais pas tourné, d’abord parce que ma vie avec Michel était bien remplie sans compter que les rôles qu’on me proposait ne me convenaient pas.
Là, j’ai accepté car j’ai autant aimé le sujet que le rôle. C’est un scénario courageux qui parle d’un sujet encore tabou : le déni de grossesse et devant ce fait, la justice est aussi démunie que la mère. Le sujet est fort. En plus, j’aime beaucoup Bruno Solo et j’étais ravie de tourner avec lui. Quant à Alix Poisson, je l’ai découverte et c’est une excellente comédienne.
Et puis, j’aime beaucoup mon rôle qui n’est pas une mère et grand mère traditionnelle. j’en ai marre de ces clichés de « mamies » de mon âge car aujourd’hui, elles s’assument vivent le temps présent, ont des activités, une belle vitalité, sortent, voyagent… J’ai voulu montrer tout ça, y introduire ma personnalité et je l’ai proposé au réalisateur qui a été OK.
Tu verras, tu vas découvrir un joli film.
Enfin, le théâtre !
C’est « La légende d’une vie », la seule pièce écrite par Stefan Zweig, pièce extraordinaire et inédite car elle a une histoire originale et maudite, qui l’a incité à ne plus en écrire.Raconte
D’abord, il pensait ne pas être un bon dramaturge. Elle se joue à Hambourg en 1910 sans succès sans compter qu’un des acteurs meurt après avoir reçu un projecteur sur la tête et un autre tombe dans la fosse d’orchestre. Du coup elle disparaît et lui aussi part avec sa seconde femme au Brésil où il se suicidera. Sa première femme s’empresse de faire disparaître la pièce car elle se calque un peu trop sur leur propre vie. Elle reparaît voici trois, quatre ans et Patrick Poivre d’Arvor en fait une adaptation peu convaincante. C’est Christophe Lidon qui prend le relais, l’adapte en la raccourcissant et la met au goût du jour. Le texte et le sujet sont formidables : l’histoire d’un jeune auteur (Gaël Girodeau) qui vit dans l’ombre de son père, poète connu internationalement et sa mère (Natalie Dessay) qui tourne autour du culte de son mari quant arrive une femme (moi) qui apporte une nouvelle qui va perturber l’ordre familial.

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C’est toi qui y a entraîné Natalie Dessay ?
Oui, elle avait enregistré un magnifique disque avec Michel mais elle avait envie de faire du théâtre. Elle hésitait car elle avait peur de ne pas être capable d’apprendre un texte long, de jouer tous les soirs alors que ce n’est pas le cas à l’Opéra. J’ai su la persuader car je savait qu’elle avait un immense talent, l’habitude de la scène et qu’elle est une immense travailleuse. Elle y est magnifique.
Tu pourras le découvrir puisque nous jouerons la pièce le dimanche 4 août au festival de Ramatuelle. Il y aura aussi quelques autres festivals (Fréjus, Gordes, Sisteron, Carcassonne…)
Et puis nous partirons en tournée pour trente dates. »

Comme on le voit, Macha a de la ressource et de l’énergie à revendre et l’on va suivre avec attention tous ses formidables projets qui vont lui permettre de Garder le cap et de penser à l’avenir.

Propos recueillis par Jacques Brachet

Toulon – Le Liberté
« Le jeu de l’amour et du hasard » : un spectacle fastueux

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En cette soirée de mai 2019 Le Liberté, scène nationale, avait revêtu des habits comédie Française, pour accueillir la célèbre pièce de Marivaux «Le jeux de l’amour et du hasard» mis en scène avec maestria par Catherine Hiegel, qui fut entre autres emplois, sociétaire et «doyenne» de la Comédie Française. Elle a elle-même joué cette pièce dans la mise en scène de Maurice Escande en 1969.
Un décor, somptueux, classique : un magnifique jardin à la française devant une imposante maison de maître XVIII° siècle. On se trouve ainsi dans un lieu qui présente tous les détails de la réalité, ce qui est devenu rare au théâtre, et qui ma fois procure beaucoup de plaisir et de dépaysement, même si c’est le texte qui prime, et quel texte ! Une langue qu’il faudrait faire apprendre à tous les enfants de France. On évite ainsi les habillages pseudo contemporains trop employés ces dernières années. On est au théâtre, pour être transporté ailleurs : ce qui n’empêche pas de penser.
On connaît l’intrigue : Silvia et Dorante vont être mariés par leur père respectif. Mais Silvia veut un mari qui lui convienne. Pour l’observer elle décide, avec la complicité de son père que cela amuse, de se faire passer pour sa servante Lisette. Pour les mêmes raisons Dorante se fait passer pour son valet Arlequin. Ce changement d’identité et surtout de classe sociale permet à Marivaux de mettre à jour les préjugés, de bousculer les conventions, l’ordre social, les rapports maîtres et servants, tout en disséquant la naissance de l’amour, exaltant sa force qui emporte tout finalement, sans tenir compte des classes sociales. Chacun des maîtres amoureux se trouve confronté au dilemme : abandonner l’être aimé, ou passer par-dessus les conventions, ce qu’ils choisissent. Tout est bien qui finit bien, nous sommes dans la comédie, mais Marivaux nous aura fait nous poser de très graves questions tout en nous amusant. Ces difficultés de vivre son amour sans entraves sont toujours d’actualité, dans certains pays plus que d’autres, auxquelles s’ajoutent les questions de couleurs de peau et de religion. Jeux de l’amour certes, mais hasards provoqués quand même.

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Vincent Dedienne avecLaure Calamy et Cyrille Thouvenin

D’une fenêtre d’un étage supérieur on voit et entend une violoncelliste qui ouvre le spectacle et qui ponctuera les changements d’acte.
La pièce est menée tambour battant par d’excellents acteurs qui jouent à fond. La direction d’acteur est irréprochable, et les trouvailles de mise en scène époustouflantes ; du grand art car tout coule de source et paraît évident. C’est un tourbillon qui vous emporte, avec un parti pris de comique irrésistible, semé de gags sobres et d’une terrible efficacité, surtout pour le duo Lisette-Arlequin. Laure Calamy (Lisette-Sylvia) joue avec un charme délicieux et une fougue dévastatrice (C’est Calamity Jane, dit mon amie). Comme on dit au cinéma, elle prend la lumière ; dès qu’elle apparaît la scène est envahie de sa présence. Vincent Dedienne (Dorante-Arlequin) est d’une truculence à toute épreuve ; grandiose d’humour dans ses poses qu’il croit être celles d’un maître, burlesquement physique, et ses sauts au final, quand il a obtenu l’accord de celle qu’il aime, sont dignes d’un danseur classique.
Je n’émettrai qu’un petit bémol : nous sommes en présence d’une langue de haute tenue qui demande la même hauteur de ton. Ce à quoi s’astreignent avec brio les comédiens. Cependant il arrive assez souvent à Clotilde Hesme d’avoir une intonation, une façon de parler des filles d’aujourd’hui qui nuit quelque peu au personnage. Par contre ses véhémences sont monumentales.
Les autres comédiens sont Alain Pralon (le père) heureux de s’amuser à sa farce, et Cyrille Thouvenin (Dorante), plus en retenue que les autres, Emmanuel Noblet (le frère).
Il faut noter les décors de Goury, les costumes de Renato Blanchi : belle interprétations des costumes XVIII° siècle, et les lumières de Dominique Borrini ; tous contribuent à la beauté et à la réussite de cette mise en scène.
Spectacle fastueux qui fut applaudi par de nombreux rappels y compris par les lycéennes et lycéens. Il est capital de les mettre en présence de ce grand théâtre du répertoire, surtout quand il est présenté avec une telle approche et de tels talents.

Serge Baudot

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Vincent DEDIENNE, curieux et gourmand
Marivaux, Ovide, Nietzsche, Ella Fitzgerald, la télé, le cinéma, l’écriture, la radio, la scène seul ou accompagné… Vous avez dit boulimique ?
Dix ans de carrière à peine et Vincent Dedienne a déjà touché à tout. Et touché avec talent car il est un artiste complet et surdoué.
Il me reçoit dans sa loge du Liberté avec un grand sourire et j’ai beaucoup de chance car, m’avoue-t-il, en tournée il accueille peu de journalistes. Alors, pourquoi moi ?

« Parce que vous avez un nom qui me plaît et un beau cahier pour prendre des notes », me dit-il en riant. Je me contenterai de cette joyeuse réponse.
Nous parlons d’abord de cet éblouissant Marivaux qui de sa part, mais comme il le fait souvent, nous surprend car il n’est jamais là où on l’attend. Il rit de cet aparté. D’ailleurs il rira souvent durant notre trop court entretien car il est à quelques minutes de passer son habit d’Arlequin déguisé en bourgeois.
Comment êtes-vous venu à jouer ce classique des classiques, Vincent ?
Grâce à Catherine Hiegel et au hasard. Nous ne nous connaissions pas et nous sommes croisés dans la rue. Elle connaissait mon spectacle et très vite elle m’a dit qu’elle me verrait bien dans le rôle d’Arlequin. Nous avons déjeuné ensemble, nous avons parlé de Goldoni, de Marivaux et très vite on s’est mis d’accord sur « Le jeu de l’amour et du hasard ». C’est allé très vite puisque notre rencontre a eu lieu en mai et l’adaptation était prête en décembre.
Nous avons joué cent représentations à Paris puis la tournée. Nous en sommes à quatre spectacles de la fin et nous aurons donné trente-quatre représentations en Province.
En 2018, vous avez joué trois pièces ; « Le jeu de l’amour et du hasard », « Callisto et Arcas » d’Ovide, « Ervart ou les derniers jours de Frédéric Nietzsche » d’Hervé Blutsh.. Presque en même temps… Comment faite-vous ?
Il part d’un grand rire : C’est vrai que je jouais quelquefois en même temps, un autre jour, dans un autre lieu ! Comment je fais ? dans ces cas-là, je fais confiance à la SNCF !

E Emilie Incerti Formentini et Vincent Dedienne
« Ervart ou les derniers jours de Frédéric Nietzsche » – « Callisto et Arcas« 

Qu’est-ce qui vous fait courir ainsi ?
Ce qui me fait courir c’est la curiosité la gourmandise et le hasard des propositions. Rassurez-vous, je ne suis pas schizophrène ! Mais je me dis qu’en ce moment tout va bien, on me propose plein de choses et dans ce métier on ne sait jamais si ça va s’arrêter. Alors j’en profite au maximum.
Comment passe-t-on de la Comédie de St Etienne où vous avez étudié et joué les classiques, au one man show ?
C’est le contraire qui s’est passé ! Tout jeune, j’ai un jour découvert Muriel Robin. J’ai été ébloui et je me suis dit : « C’est ça que je veux faire ! ». Et je l’ai fait. La Comédie de St Etienne est venue après. Le hasard encore. C’est un ami qui passait un concours et qui m’a demandé de lui donner la réplique. J’ai alors découvert qu’il existait autre chose que l’humour, de belles pièces, de beaux textes. C’est ce qui m’a amené au théâtre.
Vous voilà encore à la radio, France Inter, « Les grosses têtes » sur RTL, puis à la télé dans « Quotidien » de Yann Barthès sur TMC entre autres, « Burger Quiz » encore…
« Burger Quiz », c’était juste parce qu’Alain Chabat m’a demandé de le remplacer deux ou trois jours. Quant aux autres, c’est toujours le hasard, les propositions, la curiosité. Et ça me plaît de varier les plaisirs.

D C
« Premières vacances » avec Dominique Valadié – « La fête des mères » avec Nicole Garcia

Il y a encore le cinéma et là, ça commence à prendre de l’ampleur avec des films qui se suivent et ne se ressemblent pas…
Oui, en 2018 j’ai tourné « La fête des mères » de Marie-Castille Mention-Schaar avec plein de belles comédiennes, en particulier Nicole Garcia dont je jouais le fils. Puis il y a eu « Premières vacances » de Patrick Cassir avec les deux Camille, Cottin et Chamoux et Dominique Valadié. J’ai enchaîné avec « L’étreinte » réalisé par Ludovic Bergery, avec Emmanuelle Béart et le vais partir pour deux mois à la Réunion pour tourner dans la jungle une comédie, un film d’aventure justement nommé « Terrible jungle », d’Hugo Banamozig et David Caviglioli avec… Catherine Deneuve !
Ca va pour vous ?! Beau cadeau d’anniversaire pour vos dix ans de carrière !
(Il marque un temps, surpris) Mais c’est vrai ! Je n’avais pas réalisé que j’ai débuté à ma sortie d’école, en 2009. Tout s’est en fait enchaîné et je n’ai pas vu le temps passer !

Propos recueillis par Jacques Brachet

Six-Fours
Jean-Christophe SPINOSI : Cet été c’est sacré !

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Jean-Christophe Spinosi est aujourd’hui un musicien et chef d’orchestre connu, reconnu et apprécié dans le monde entier.
Il passe sa vie entre les voyages en avion et les plus grandes scènes du monde sans jamais oublier la France où il est invité dans les plus grands festivals. Particulièrement à Six-Fours où chaque année, il nous propose, lors du Festival de Musique de Toulon et sa région, de magnifiques concerts à la collégiale de Six-Fours.
Cette année, il a décidé, avec l’orchestre qu’il a créé, l’Ensemble Matheus, de nous proposer deux soirées consacrées à Antonio Vivaldi le mercredi 17 juillet et le vendredi 19 juillet à 20h30. Comme chaque année, entre les deux concerts, il proposera une générale, c’est-à-dire, la dernière répétition avant le concert.

« C’est – nous dit-il – une jolie tradition dans laquelle il y a cette idée de partage, de faire de la musique pour tout le monde et de faire découvrir des chefs d’œuvre en démontrant que la musique dite « classique » n’est pas réservée à une élite, même si, quelquefois, elle peut-être plus pointue.
Pourquoi le choix de Vivaldi ?
Durant près de 250 ans, il a été oublié. Aujourd’hui il a été rendu au grand public et ce n’est que justice tant il a écrit de chefs d’œuvre, entre autres des dizaines d’opéras, quelque six-cents concertos…
Il écrivait sa musique sur de vieux papiers et l’on a retrouvé de nombreux manuscrits dont un recueil de concertos. Sur les pages de la fin du cahier, il a gribouillé sept mesures séparées par une double barre entre deux mouvements, deux morceaux pour se souvenir de ce qu’il avait en tête, dans diverses tonalités. Ce sont les débuts d’histoires différentes où se retrouvent entre autres l’ouverture d’un opéra, des morceaux pour piano, orgue et ça se termine par un feu d’artifice !

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Avec Jean-Sébastien Vialatte, maire de Six-Fours et Dominique Ducasse, adjointe aux Affaires Culturelles

C’est ce que tu nous proposeras le 17 juillet ?
Oui, sous le titre « Index pro memoria ».
C’est en fait un programme de concert qui dure 1h20. J’ai retrouvé la trace de cette programmation que nous allons jouer. C’est d’une virtuosité incroyable, plein de panache et de joie qui met l’interprète à rude épreuve mais qui permet de s’élever, de se surpasser. On y découvre les secrets du passé, un peu comme dans la série « Cold Case » ou comme une pièce de musée que l’on a oubliée et que l’on redécouvre.
Drôle de comparaison !
(Il rit). C’est à la fois scientifique et archéologique… C’est « Jurassic Park » ! C’est une découverte comme si l’on découvrait un dinosaure car c’est une oeuvre qui n’a jamais été jouée depuis sa création. C’est plein de virtuosité et pour la jouer il faut beaucoup de temps et de travail. Ceci explique peut-être que personne ne s’y soit collé et c’est aussi ce qui est excitant.
C’est en quelque sorte une table des matières et c’est pour cela que j’ai intitulé le concert « Index pro memoria ».
Passons à la seconde soirée…
Ce sont trois oeuvres de Vivaldi, trois chefs d’œuvre intitulés « Dixit Dominus », « Beatus Vir » et Lauda Jerusalem ». Ce sont à la fois trois oeuvres sacrées symboliques qu’on ressent au plus profond de soi et des oeuvres à double chœur. C’est en quelque sorte Vivaldi qui a inventé la première « battle » musicale et le son dolby en mettant face à face deux chœurs qui se répondent. Mais c’est plus émotionnel que scientifique. C’est pour cela que j’ai intitulé ce concert « La battle des Anges ». Cette écriture pour double chœur libère la musique, nous emmène dans la troisième dimension. Ca sort des rails, c’est une divagation par rapport au thème de la musique sacrée et c’est déjà de la polyphonie.
A part ce concert à Six-Fours, quelle est ton actualité ?
Je viens d’enregistrer un album consacré à Vivaldi avec Cécilia Bartoli qui est pour moi la plus grande star la plus belle voix du monde depuis Callas et c’est un grand privilège. Nous avons travaillé ensemble plusieurs fois, au festival de Salzbourg où l’on a joué « La Cenerentola » et « L’Italienne à Alger », au théâtre des Champs-Elysées pour « Othello ». Pour moi, c’est une chanteuse mythologique ! Elle est vraie et tellement émouvante. A chaque spectacle, elle atteint l’absolu. Durant les sept représentations d’Othello, je l’ai vue pleurer… Et j’ai pleuré avec elle !

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Nous offriras-tu encore cette année une soirée « Barock’ n’ rock » ? au Parc de la Méditerranée ?
Non, cette année nous changeons un eu : ce sera « Baroque and Pop » intitulé « Il giardino d’amore ». Ce sera le 20 juillet.
Et à part ça ?
Je suis un pigeon voyageur. Depuis quatre ans je vais régulièrement à Moscou. J’y donne des concerts et des master class. J’y retourne d’ailleurs dans trois semaines. J’irai à l’Opéra de Monte-Carlo pour un spectacles de ballets sur des musiques de Tchaïkovski, Strauss et des danses hongroises. En France, je jouerai en Corse, en Bretagne, à Lyon. Il y aura aussi Stockholm, l’Allemagne, la Suède, l’Espagne Je vais également aller fêter en Egypte les 150 ans de la création du Canal de Suez. J’y jouerai avec des musiciens égyptiens, avec les instruments de leur pays. Il se pourrait qu’il y ait une captation du concert pour un CD, un DVD ou une diffusion. Le ministère de la Culture semble s’y intéresser.
Tu es un véritable ambassadeur français de la musique !
Je crois que tous les musiciens sont des ambassadeurs. D’ailleurs, tous les ambassadeurs devraient être des musiciens. La musique réunit les peuples et le monde irait beaucoup mieux, surtout dans cette période perturbée où en en aurait bien besoin.
C’est peut-être utopique mais on peut rêver !

Propos recueillis par Jacques Brachet

Isabelle AUBRET : La dernière séance

Aubret

Voilà 60 ans que cette lilloise aux cheveux d’or, au regard océan et à la voix d’ange, nous charme, nous enchante, nous émeut.
Isabelle Aubret, c’est un coup de cœur que j’ai en en 65, alors en tournée avec Adamo où elle y partageait la vedette. Quelques autres rencontres de ci, de là puis les tournées « Âge Tendre », ont resserré des liens d’amitié avec elle et son compagnon Gérard Meys, également son producteur et celui de Jean Ferrat.

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Tournée « Âge Tendre » avec Eric Charden, Bobby Solo, Stone, Frank Alamo

Elle a gardé sa voix de cristal, son sourire émerveillé, sa gentillesse, ae simplicité, toujours heureuse et étonnée que le public, « son » public, soit toujours là à l’ovationner, comme je l’ai vu dans les Zéniths pleins à craquer, lui offrant à chaque soir une standing ovation.
Nous avons passé de merveilleux moments ensemble, Isabelle et Gérard m’ont même fait la joie et l’honneur de venir parler de « Tonton » alias Jean Ferrat, lors d’une journée à la Seyne sur Mer, chose qu’ils n’avaient alors jamais faite.
Pour tout cela je les aime et je suis désolé de l’entendre dire qu’elle fait cette année et l’an prochain sa tournée d’adieu.
« Il ne faut pas faire la tournée de trop et je préfère entendre dire aux gens qu’ils le regrettent plutôt qu’ils ne pensent qu’il était temps ! »
C’est vrai que certains étaient étonnés de la voir arriver dans cette tournée « Âge Tendre », au milieu se Sheila, Michèle Torr, Hervé Vilard, Richard Anthony ou encore Frank Alamo, artistes surnommés alors « yéyé » alors qu’elle ne le fut jamais.
Mais elle me rappelle en riant qu’elle existait bel et bien dans ces années 60 :

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« Mais mon cher, à cette époque je chantais ! Je gagnais l’Eurovision en 62 avec « Un premier amour », je rencontrais Ferrat qui me donnait « Deux enfants au soleil » puis plus tard, « C’est beau la vie ». Je faisais l’Olympia avec Brel en 63. J’étais en tournée avec Salvatore Adamo en 65… Par contre, je ratais «Les parapluies de Charbourg» à cause de mon accident. J’ai toujours eu quelque chose de formidable et qui ne m’a jamais une fois manqué : la tendresse du public et ça, ça me bouleverse toujours.
Le twist ou le rock, ça ne m’a pas gênée pour faire mon métier car j’ai quand même eu de beaux succès, de belles récompenses. J’ai eu, comme tout le monde, des hauts et des bas mais j’ai toujours été une fonceuse, je n’ai jamais baissé les bras et ce caractère, ce tempérament, ça me vient du sport car j’ai été une championne de gym avant mon accident.
Ce qu’on appelle « yéyé » c’est très loin de mon univers musical. J’ai toujours défendu des musiciens, des auteurs, des chanteurs, des poètes comme Brel, Ferrat, Aragon, pour ne citer qu’eux. Je continue à les défendre et pour cela, il faut se faire entendre. Je pense donc que j’ai largement ma place sur cette tournée. La preuve : le public suit !
Je compare ce spectacle à un puzzle ou mieux, à un arc en ciel. Il est fait de couleurs plus ou moins violentes et puis il y a une petite note pastel qui arrive et c’est moi. J’ai trouvé ma place dans cette tournée.
J’aime bien être là où l’on ne m’attend pas, tout comme j’en ai surpris plus d’un lorsque j’ai joué « Les monologues du vagin ! »
Justement : pourquoi ?
Parce que, d’abord, le texte est drôle, à la fois délirant et troublant… Il va très loin. Déjà, le titre m’a donné envie de le faire. Il y a un texte très fort, très savoureux et quelques petites phrases qui m’ont totalement fait craquer car il faut savoir que j’ai eu sept sœurs, c’est dire si j’en connais un bout sur les femmes et leurs problèmes ! J’ai retrouvé dans ce texte, plein de choses de ma propre vie et j’ai beaucoup pensé à ma mère, ce petit bout de femme de 1m46 et 43 kg, qui a été déchirée par des césariennes car, sortant de l’orphelinat, elle ne connaissait pas grand chose à l’amour et à la sexualité. Pour toutes ces raisons, je crois que j’avais ma place dans ce spectacle, comme je l’aie sur cette tournée.

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C’était ton premier rôle de comédienne ?
Au théâtre, oui mais je suis avant tout une interprète et par ce biais là je suis aussi comédienne. Il faut l’être pour chanter ce que je chante. Interpréter Aragon ou Brel, c’est très proche du théâtre…. «La Fanette», «Il n’y a pas d’amour heureux»… pour moi, c’est du théâtre.
Parlons de cette grande rencontre que fut celle avec Brel
C’est Brel qui m’a choisie alors que nous ne nous connaissions pas. On lui avait proposé, en première partie de sa tournée, Michèle Arnaud. Il a seulement dit :  C’est la petite que je veux…». Je croyais rêver, jamais je n’aurais pensé à un tel geste. Après, nous sommes devenus amis et je l’ai beaucoup chanté. Je lui ai consacré un disque.
J’ai encore une autre jolie histoire avec lui : Alors que je venais d’avoir mon accident, que j’étais explosée de partout, il est venu me voir à l’hôpital et a dit à mon entourage : «Je lui donne «La Fanette». Jolie histoire, non ?
Autre rencontre tout aussi importante : Jean Ferrat !
C’est grâce à Gérard Meys que je l’ai rencontré. Gérard vient un jour me dire : « Je crois avoir une chanson pour vous3. C’était « Deux enfants au soleil » que chantait Ferrat mais qui n’avait pas fait un succès avec. Je lui ai répondu : «Je fais l’Eurovision, après on en parle !»
J’ai gagné l’Eurovision, on en a parlé, j’ai rencontré Jean, j’ai enregistré sa chanson… Elle est restéE 27 semaines au hit parade ».
De ce jour, une amitié indéfectible est née…
Ferrat a écrit de magnifique choses sur moi. Certaines m’on fait pleurer de joie, d’émotion. Il savait toujours choisir le mot qu’il fallait en toute circonstance, tout en restant très pudique.
Isabelle, parle-moi de cette première rencontre avec Ferrat
Avant l’Eurovision, Gérard me propose donc « Deux enfants au soleil ». Je décide de l’enregistrer sur le 25 cm d’alors, où se trouvait « Un premier amour » qui m’avait fait gagner l’Eurovision. Lors de l’enregistrement, jean Ferrat passe dans le studio, me fait un petit signe mais, aussi timides l’un que l’autre, ça en reste là. Je pars en tournée avec Brel, j’ai mon accident et, toujours aussi timide, Jean Ferrat n’ose pas venir me voir. Lorsque je recommence à marcher, je me rends compte à quel point c’est beau la vie. Ca inspire l’auteure Michèle Senlis (qui avait déjà signé « Deux enfants au soleil ») qui me la propose, sur une musique de Jean Ferrat. Je l’ai entendue pour la première fois chantée par Jean, s’accompagnant à la guitare. Je l’ai enregistrée, lui aussi et dans la foulée nous avons aussi enregistré « Nuit et brouillard », ce qui était déjà une chanson dite « osée » à l’époque, interdite d’antenne d’ailleurs, d’autant plus par une femme qui venait de gagner l’Eurovision !
De ce moment, nous ne nous sommes plus quittés et j’ai enregistré quelque 80 chansons signées Ferrat !

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A la Seyne sur Mer avec Alice Dona, Isabelle &

Il y a également eu la rencontre avec Aragon
Je l’ai rencontré après mon accident car il m’avait invitée pour son anniversaire et c’est un souvenir très fort.. J’étais très émue et honorée qu’il m’invite. Et puis il me propose de lire « Aimer à perdre la raison ». De ce jour nous avons créé des liens et je ne me suis pas privée de le chanter. D’autant qu’avec ses poèmes, Ferrat a fait un travail de dentellière, c’est magnifique de précision, de délicatesse et de respect pour son oeuvre. Et je précise que j’ai lu toute l’œuvre d’Aragon. Son dernier poème s’intitule « L’épilogue ». C’est tellement fort et déchirant que Ferrat a mis trois ans pour en écrire la musique. « J’ai l’impression de lire son testament – m’a-t-il dit – plus jamais je ne mettrai l’un de ses poèmes en musique ».
Isabelle, difficile de ne pas parler de l’Ardèche, qui est « mon pays » et est un peu devenu le tien et celui de Gérard, grâce à Ferrat !
C’est le directeur de la Maison de la Culture de Nice d’alors, Gabriel Monet qui parle à Jean d’Antraigues où il a de la famille. Il cherche un coin tranquille pour se reposer de 200 à 250 galas par an mais surtout pas sur la côte. Il l’emmène le visiter et c’est le coup de foudre. Il appelle alors Gérard en lui disant : « Voilà, il y a deux maisons à vendre, la belle est pour moi, la moche est pour toi ! ». Et c’est ainsi que nous nous sommes retrouvés là-bas !
Nous avions envie de rejoindre Jean, d’habiter pas loin de lui mais… assez loin au cas où on se serait fâchés ! Et nous sommes à notre tour tombés amoureux de cette belle région…
Quant à lui, là-haut, on ne l’a jamais considéré comme une vedette. Un jour, un habitant m’a dit : « Ce n’est pas un artiste qui chante mais un homme qui chante ». Il a été heureux dans ce village. ».

P1050378 - Copie Isabelle
Avec Herbert Léonard

Isabelle m’avoue qu’aujourd’hui, elle a de mal à retourner là-bas sans Tonton. Mais notre montagne est belle et j’espère un jour l’y retrouver.

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Christian Servandier

Six-Fours – Six N’étoiles : Nathan AMBROSINI,
un jeune prodige, un grand réalisateur de demain

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Charlie (Noémie Merlant), retrouve son frère Vincent (Guillaume Gouix) à sa sortie de prison après qu’il ait écopé de 12 ans d’incarcération.
Evidemment marqué par un si long enfermement, c’est un homme blessé qu’elle retrouve. Un homme seul qui n’a plus personne, hormis sa sœur, son père (Jérôme Kircher) ne voulant pas en entendre parler, sa mère étant décédée. Marqué au fer rouge, sans boulot ni lieu où dormir, il lui faut se reconstruire auprès de cette sœur, qui l’aime malgré tout et appréhende ce retour qui ne sera pas sans difficulté, car il retrouve un monde hostile qui a évolué sans lui, qu’il ne reconnaît pas
Même sa sœur n’arrive pas à relier le fil entre le fils et son père qui n’a, face à lui, aucun regard, aucun mot.
Les deux jeunes comédiens sont magnifiques, elle, tout en nuances, en tendresse, en appréhension, lui ,homme blessé au regard d’acier, tout en violence qu’il a du mal à contenir. Ils crèvent l’écran !
« Les drapeaux de papier » est un film, signé d’un tout jeune réalisateur de 19 ans, Nathan Ambrosini. C’est un film dur, fort, bouleversant, totalement maîtrisé et lorsqu’on rencontre ce tout jeune garçon qui ressemble encore à un adolescent au sourire lumineux, on est à la fois surpris, sous le charme et admiratif que, si jeune, il signe un premier film dont le sujet délicat et dramatique et la réalisation sont aussi aboutis que s’il en était à son énième film. Pour un coup d’essai, il entre de plain-pied dans la cour des grands.
C’est un jeune homme passionné, plein d’énergie, bien dans ses baskets, heureux de ce qui lui arrive car déjà les prix pleuvent autour de lui et ce n’est que mérité.

D C

« Nathan, comment, si jeune, aborde-t-on un sujet aussi grave ?
C’est à 17 ans que j’ai eu l’idée de ce sujet en lisant un reportage sur un prisonnier qui sortait de prison sur ce qu’on appelle une sortie sèche. Le problème de la liberté a toujours été un sujet qui m’interpellait et je me suis posé beaucoup de questions : Comment, tout-à-coup, se retrouve-t-on libre ? Comment le vit-on ? Comment recommencer une nouvelle vie ? Comment est-on perçu ?
J’ai beaucoup lu de reportages, d’interviewes, de témoignages et j’ai commencé à écrire. J’ai écrit l’histoire en deux mois et demi.
Et lorsqu’on a ton âge et que c’est ton premier film, difficile de trouver un producteur ?
C’est vrai que je ne connaissais personne dans ce milieu alors j’ai cherché des boîtes de production qui produisaient des films de ce genre, qui ressemblaient à mon histoire. J’ai eu la chance de tomber sur Stéphanie Drouet qui a tout de suite été intéressée et qui a eu envie de produire le film.
C’est alors posée la question des comédiens !
J’avais remarqué Noémie Merlant dans plusieurs films et j’ai aussitôt pensé à elle, sans trop espérer pouvoir l’intéresser. Nous nous sommes croisés, je lui ai fait passer le scénario et j’ai été très heureux et honoré qu’elle dise très vite oui.

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F G

Et pour Guillaume Gouix ?
Il a à son actif quelque 35 films, des nominations aux César et il était mon Vincent idéal. J’imaginais difficilement quelqu’un d’autre mais là encore je n’espérais pas trop. Il se trouve qu’il y a eu des interférences entre Noémie, la production et lui et là encore, il a très vite accepté. Ca a été à la fois le hasard, la chance… et le bonheur !
En dehors du fait que le sujet est très fort, la lumière joue un rôle important dans ton film, elle lui donne une atmosphère très particulière.
Je voulais mettre le couple en valeur grâce à une belle lumière, je voulais qu’ils soient beaux, comme ils méritent de l’être et qu’ils représentent l’image de l’espoir. Car si le sujet est grave, dramatique, ce film parle aussi d’espoir. C’est ce que je voulais représenter.
Leur père a un rôle ambigu et est magistralement interprété par Jérôme Kircher.
Oui, on peut penser qu’il est inhumain face à son fils mais il est aussi un homme blessé qui souffre et trouve impardonnable ce qu’a fait son fils que, dans le fond, il aime toujours. Mais en même temps, il a honte de pouvoir aimer ce qu’il croit être un monstre. D’un autre côté, peut-être que son fils a besoin de cette situation pour réagir et se reconstruire.
Justement, malgré ce qu’il a fait, tu montres un garçon attachant.
Je voulais aussi montrer comment un homme, qui a été si longtemps prisonnier, peut arriver à reprendre sa vie en main, une place dans la vie réelle.
Très souvent, la plupart de ces hommes sont très seuls à leur sortie, tout le monde leur tourne le dos, même la famille, ils n’ont même pas un lieu où dormir. De plus, ils retrouvent une vie réelle qui a beaucoup changé, à laquelle il faut qu’ils s’adaptent pour retrouver un semblant de vie « normale », retrouver un travail, ce qui n’est pas toujours facile.

H I

Parle-moi du choix du titre.
Les drapeaux de papiers sont en fait des drapeaux de prière tibétains, qu’appréciait la mère. La mère, je ne voulais pas qu’on la voit puisqu’elle est morte mais qu’elle soit omniprésente. Ces drapeaux que Vincent a dans sa chambre la rappelle et lui rendent hommage. Elle est là et veille sur lui, sur Noémie aussi.
Est-ce qu’on sort indemne d’un tel tournage ?
(Il rit), Mais évidemment, on sort renforcé, grandi, heureux du travail accompli. Rassurez-vous, je ne suis pas détruit, bien au contraire, je suis plus vivant que jamais et prêt à tout pour aider ce film !
Sans compter que sa sortie a l’air de se passer très bien !
Oui, je termine une tournée où le film a été super bien accueilli, j’ai reçu deux prix du public aux festivals de la Roche-sur-Yon et d’Anger, le film est sorti en Espagne, il va sortir en Italie, au Canada et même aux Etats-Unis !
Ca va donc être encore plus facile pour la suite, car je suppose qu’il y a des projets ?
Oui, je viens de terminer le scénario du prochain film écrit avec Audrey Diwan, qui est écrivaine, éditrice, scénariste, journaliste et qui m’a proposé de travailler avec elle. Nous en sommes au casting mais je ne veux pas en dire plus. Et puis plein de gens commencent à s’intéresser à moi comme Arnaud Sélignac qui devrait produire ce nouveau film.
Il est déjà loin le minot de 12 ans qui réalisait des courts-métrages d’horreur !
(Il rit). Ado, nous sommes tous passés par les films d’horreur et c’est ce qui éduqué mon plaisir de cinéphile. Avec des copains on réalisait ce genre de films mais aussi des drames et même des films autour d’Harry Potter ! J’ai toujours aimé écrire des histoires.
Précisons que tu es né à Grasse.
Oui, je suis natif de Grasse, j’ai grandi à Peymeinade et aujourd’hui je vis à Paris car c’est là que je pratique mon métier. Je savais qu’on ne viendrait pas me chercher à Grasse, déjà qu’à Paris ça n’est pas facile ! Mais le film a été tourné chez moi ! « 

B

En plus d’un talent indéniable, Nathan est un fonceur, un garçon attachant qui n’a pas fini de nous surprendre !

Propos recueillis par Jacques Brachet

Six-Fours – Le Six N’étoiles
Christophe Le MASNE – Grégory MONTEL…
Une maman obsessionnelle

JI

C’est une fratrie de deux filles et deux garçons : Benoît (Grégory Montel), un homme lunaire et un peu à côté de ses pompes, Juliette (Olivia Cote), femme seule et un peu aigrie qui semble prendre sa famille en charge, Antoine (Philippe Rebbot), colérique, qui n’a qu’une envie : vendre la maison car il est très endetté et Blandine (Lolita Chammah), mal dans sa peau, à la fois fragile et alcoolique.
Réunis à la mort de leur mère, Benoît, pris par son travail n’étant pas arrivé à temps pour l’enterrement, ils vont se retrouver tous les quatre pour décider de ce qu’ils vont faire et surtout débarrasser la maison et la vendre éventuellement. Ils s’aiment mais ne savent pas se le dire, et chacun réagit de façon différente, les retrouvailles n’allant pas sans les difficultés d’usage entre reproches, amertume, non dits qui se disent enfin, quelquefois avec violence. Et avec ça, Grégory qui voit sa mère ( Dominique Valadié) surgir de partout, qui tente de lui dire quelque chose. Un secret enfoui qu’il semble avoir oublié et que ses apparitions inopinées vont amener à découvrir.
Jolie brochette de comédiens réunis du côté de Digne (ville natale de Grégory Montel) pour cette comédie familiale intitulée « Moi, maman, ma mère et moi », faite de rires, d’émotion, de règlements de compte, de colères mais aussi de tendresse et d’amour.
C’est, malgré une longue carrière de comédien, d’auteur et de réalisateur de courts métrages, le premier long métrage de Christophe Le Masne, qui porte ce film comme un bébé, avec amour et qu’il est venu présenter à Six-Fours avec Grégory Montel, l’un des comédiens récurrents de la série « Dix pour cent », heureux de se retrouver en pays connu, sa maman (la vraie !) habitant Bandol et étant venue ce soir-là découvrir le film auprès de sa progéniture.

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Christophe, Grégory, tout d’abord, votre rencontre ?
Christophe : Je ne connaissais pas Grégory ni son travail. Ce rôle de Benoît est chez moi récurrent puisque j’en ai fait le héros de plusieurs courts-métrages… Joués par moi ! Mais pour le film, j’étais trop vieux et c’est un ami qui m’a parlé de lui. Je l’ai donc découvert dans « L’air de rien », puis dans le premier épisode de « 10% », je l’ai trouvé drôle et touchant, ce que je cherchais pour mon personnage. Il s’est donc imposé tout naturellement. Pour moi, Benoît, c’était lui, à la fois naïf, drôle, inquiet, angoissé, ado attardé… C’est un vrai acteur de comédie, comme pouvaient l’être ces acteurs italiens des années 50 où derrière un pitre on ressent un vrai comédien dramatique.
Grégory : J’ai reçu le scénario, j’ai beaucoup aimé l’histoire et le personnage que Christophe me proposait. Nous nous sommes rencontrés et nous sommes toute de suite bien entendus. Malgré cela, j’ai fait des essais car aujourd’hui les producteurs sont frileux et les essais, ça les rassure. Et moi ça ne me gène pas. S’il faut les faire, pourquoi pas ?
Christophe, comment est venue l’idée de cette histoire ?
L’idée m’est venue en écrivant d’autres choses, l’idée de base est cet homme qui a un compte à régler avec sa mère, ce qui était un peu mon cas qui viens aussi d’une famille nombreuse. Ces personnages rejoignent un peu mes frères et sœurs, surtout ma petite sœur. Quant à Benoît, c’est un peu moi et je traîne ce personnage depuis si longtemps que je voulais le voir dans un long métrage. Il revient dans la maison familiale, il a oublié beaucoup de choses et tout à coup il retrouve tout par le biais des apparitions de sa mère.
C’est aussi un film sur le deuil et comment, malgré les divergences, l’union peut revenir dans une famille lorsque les parents disparaissent.

C D E
Florian Bensoussan, psychologue, qui a animé le débat après la projection, en compagnie de Christophe le Masne et de Grégory Montel

Pourquoi ce titre répétitif ?
Au départ le film devait s’appeler « Maman est morte », ce qui nous a fait hésiter et j’ai pensé à ce double titre car le sujet est un peu obsessionnel. L’obsession de Benoît est sa mère et comment se sortir de cette obsession ?
Grégory, qu’est-ce qui vous a amené à être comédien ?
A 13 ans, j’ai découvert la scène en interprétant une pièce à l’école et j’ai aussitôt eu envie de faire du théâtre. Mais dans ma famille, il fallait faire des études aussi j’ai passé le bac, fait des études classiques et une fois terminées, je me suis dit : c’est le moment où jamais. Je suis alors entré au cours Florent J’ai rencontré Dominique Besnéhard qui m’a fait rencontrer à son tour plein de gens dont mon agent et Jean-Daniel Verhaeghe qui m’a offert mon premier grand rôle TV dans « Raboliot ». Puis j’ai joué de petits rôles au cinéma : Dans « le serpent », j’avais une scène avec José Garcia. Mon premier grand rôle au cinéma c’est dans « L’air de rien » de Grégory Magne et Stéphane Viard, auprès de Michel Delpech.
Puis il y eu « Dix pour cent » qui, grâce encore à Dominique Besnéhard, m’a ouvert grand les portes.
Et vous, Christophe ?
Je voulais être comédien et suis allé aux cours de Jean-Laurent Cochet où je ne me suis pas senti à l’aise. Donc, comme mon camarade, j’ai fait le cours Florent. Mais j’avais très envie de réaliser. J’ai donc fait beaucoup de courts métrages tout en pensant à passer au long métrage. J’ai eu quelques déboires qui ont un peu freiné cette envie et puis il y a eu ce personnage que j’ai eu envie d’exploiter et j’ai pensé que c’était le moment de sauter le pas. mais il n’était plus question que je joue le rôle de Benoît !

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Christophe, Grégory et Noémie Dumas, programmatrice du Six N’étoiles

Grégory, depuis « Dix pour cent », vous n’avez plus arrêté !
C’est vrai, j’ai enchaîné au cinéma avec « Les chatouilles » d’Andréa Bescond et Eric Metayer, « L’heure de la sortie » de Sébastien Marnier. Pour la TV j’ai tourné « Vivre sans eux » de Jacques Maillot, avec Bernard Lecoq. J’ai enchaîné sur une autre série pour M6 « Le grand bazar » de Baya Kasmi et Michel Leclerc avec Naillia Harzoune, Julia Piaton, Biyouna. Je viens de terminer un film avec le réalisateur de « L’air de rien », Grégory Magne, avec Emmanuelle Devos. Au printemps j’ai deux tournages de prévus avec Jérôme Bonne et Miguel Courtois…
Grégory, vous avez pris goût au long métrage ?
Evidemment et j’ai d’ailleurs un projet mais c’est plus long à réaliser que pour un comédien !. Aujourd’hui, faire un film est une aventure et ce n’est pas si facile. Et même lorsqu’on l’a fait, il y a « l’après » qui n’est pas toujours simple. Pour celui-ci, le film terminé le distributeur s’est défilé. Il a donc fallu nous débrouiller tout seul et s’en charger nous-mêmes. Ce qui fait qu’on doit accompagner le film partout où il passe. Mais je vais continuer et d’ailleurs, on a des projets avec Grégory… On ne se quitte plus !

Propos recueillis par Jacques Brachet