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LINE – ANNIE… 9O ans de belle jeunesse !

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Elles se nomment Jacqueline Enté et Léonie Cooreman.
C’est peut-être un détail pour vous mais pour moi… ça veut dire beaucoup !
Mais aussi pour des centaines de fans car derrière ces deux noms l’on découvre Line Renaud et Annie Cordy, deux amies de longue date puisque j’ai connu Annie en 1972, lors de sa triomphale tournée de « Hello Dolly » et Line en 1981 lors de sa non moins triomphale tournée de « Folle Amanda ».
Je vous parle d’un temps… où les vrais, les grands artistes se laissaient approcher, interviewer, photographier sans problème, sans crise d’angoisse, sans pêtage de plombs, sans ego… sans pour cela devoir faire le parcours du combattant à travers producteurs, agents, attachés de presse, tourneur, secrétaire, coiffeur ou garde du corps et le tour était joué. Pas de mail, de « phoning », de trucs absurdes qu’on nous impose aujourd’hui.
Et si ça se passait bien, l’artiste vous donnait lui-même ses coordonnées pour qu’on lui envoie l’article… auquel il répondait ! Ainsi de tissaient des liens épistolaires ou téléphonique et naissaient des amitiés. Ce qui s’est passé pour mes deux artistes, deux amies aussi fidèles que ce que je le suis.

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Lorsque je rencontrai Annie, ce fut à l’Opéra de Toulon avec « Hello Dolly », dans une ambiance de folie, tant il y avait de monde en coulisse, notre « Nini », pas encore « la chance » mais le charme, dirigeait la grande troupe, entourées de Monsieur Bruno, son mari-producteur-manager-auteur-compositeur et son chien qui, malgré son nom « Féroce », était loin de l’être !
Tout de suite le contact passa, elle fut prodigue en joyeuses confidences. En quelques minutes on se tutoyait et elle m’invitait à souper. Mieux : elle m’invitait à la rejoindre à Nice quelques jours plus tard pour fêter la 300ème de la comédie musicale. Journée mémorable sous le soleil avec gâteau, champagne et partie de pétanque. L’amitié était scellée, à travers nos écrits, nos appels, nos rencontres dans un théâtre, sur un tournage, sur les fameuses tournées « Age Tendre » et je l’invitais même à être la présidente du festival du premier film à la Ciotat.

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Line, coïncidence, je la rencontrai dans le même lieu où sa pétulance, son énergie, faisaient presque oublier Jacqueline Maillan dans « Folle Amanda ». Comédienne encore débutante elle fut d’une grande gentillesse, malgré deux heures de scène et après avoir reçu tous ses fans, elle m’accorda un long moment d’entretien. De ce jour-là, comme avec Annie, on s’est revu, on s’est reconnu, on s’écrivait, on s’écrit toujours et elle m’envoie la photo de chacun de ses nouveaux chiens, accompagnés de vœux et de remerciements pour mes articles… Comme Annie !
En dehors donc de cette amitié qui nous lie, Line et Annie ont beaucoup de points communs, ne serait-ce que leur naissance « nordique », l’une en Belgique l’autre à Armentières. Leur carrière a démarré très jeune grâce à leurs maris respectifs Loulou et Bruno, Pygmalion et producteurs, Loulou étant en plus auteur-compositeur.

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Une carrière exemplaire, des succès musicaux nombreux, revues pour l’une, qui l’amena jusqu’à Las Vegas, comédies musicales et opérettes pour l’autre puis, des succès au cinéma, au théâtre, à la télévision, Annie n’ayant jamais quitté la chanson, Line y revenant à l’Olympia avec le succès que l’on sait.
Toutes deux ont conquis leurs lettres de noblesse sur scène et derrière les caméras avec pour Annie, un titre de plus : celui de Baronne, adoubée par le roi des Belges.
Encore un point commun : pour leurs 90 ans, Line a reçu en cadeau un boulevard de Las Vegas qui porte son nom et Annie a aujourd’hui une place qui porte le sien en Belgique !
A quand, pour toutes les deux, une rue portant leur nom à Paris ?
Les années passent et elles ont toujours la même énergie, la même joie de vivre, malgré la disparition de leur époux. Bravement, courageusement, elles ont continué leur métier seule, ou presque car elles ont des amis sûrs et Annie, une nièce, Michèle, qui veille sur elle.
Et lorsque je leur demande ce qui les fait courir, même réponse : la passion du métier, la peur de rester sans rien faire, l’amour inconditionnel du public, des deux côtés, et sur trois, quatre générations ! Qui dit mieux ?

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A 90 ans, presque bon pied bon œil, en, tout cas même envie de bouffer la vie, une carrière incroyablement longue et prolifique… qui n’est pas finie car elle n’ont pas dit leur dernier mot !
Alors, attendons la suite et qu’il me soit permis de vous souhaiter, chère Annie, chère Line, un joyeux anniversaire, encore beaucoup de rencontres et une longue route accompagnées par ce public qui vous aime.
Et moi aussi, je vous aime. Mais ça, vous le savez depuis longtemps !

Jacques Brachet

Louis WAN der HEYOTEN, homme de passion et de sagesse

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Environnés par la stridulation des cigales, sous les pins centenaires de la forêt de Janas, se meuvent avec lenteur des groupes d’hommes et de femmes, comme dans un film passé au ralenti, écartant les bras, se pliant, pivotant, faisant des gestes avec leur main, comme une sorte de danse initiatique, dans un silence à la fois sérieux et souriant, une sorte de sérénité.
C’est une rencontre organisée par Louis Wan der Heyoten, maître en arts martiaux, qui réunissait pour une journée les clubs de Taï Chi Chuan, de gymnastique taoïste, de QI Gong, de karaté. Rencontre afin de mieux faire connaître toutes ces méthodes qui ont pour but de développer le corps, l’esprit, se sentir mieux dans sa peau. Toutes la journées, se sont succédées des démonstrations, des initiations avec le maître et son équipe. Ce que Louis appelle « Le dynamisme dans la lenteur ».
Louis est un homme incroyable, tout en énergie positive, en passion et sérénité, avec un sourire qui ne se dément jamais et une volubilité impressionnante.
Né le 11 mai 1948 au Viet-Nam, il a eu une vie hors du commun.
D’un père hollandais, d’une mère chinoise avec quelque part un soupçon de corse, il débarque en France à 8 ans sans parler un mot de français. Il ira avec peine jusqu’en seconde et on lui signifie qu’il est en incapacité intellectuelle.
Il devance alors l’appel à l’armée afin d’essayer de trouver sa voie. Il aime déjà les arts martiaux mais passera une maîtrise de psychologie et un doctorat de naturopathie… Pas mal pour un déficient intellectuel, et pas banal !
Installé à la Seyne sur Mer, il ouvre un cabinet en se spécialisant dans la psychologie enfantine.
Il continue à faire du Taï Chi à raison d’un week-end par mois durant 8 ans. Entre temps il ouvre une école de karaté à Djibouti, (Il est 7ème dan) fait deux tours du monde « en kimono », précise-t-il, en 84 il part en Chine pour une remise en question.
Au cours de ses pérégrinations, en Espagne il rencontre un maître : Kao Chi. Il a 89 ans. « Ce sera, me dit-il, un éblouissement. Je sais enfin ce que sera ma vie ». Kao Chi mourra à 102 ans.
Autour de Louis, se sont créées 12 associations de Taï Chi dont une à Six-Fours, regroupant en tout quelque 400 adhérents à travers la France.

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Question d’un néophyte, Louis : Le Taï Chi est-il un sport ou un art ?
C’est un art… Un art martial mais un art, qui vient des temps ancestraux puisqu’on ne sait pas qui l’a inventé.
Un art qui agit sur la santé, la spiritualité, c’est une sorte de thérapie, un chemin qui n’est jamais abouti, que l’on suit toute sa vie.
Nous vivons dans un monde chaotique et le Taï Chi nous permet de nous poser de voir en soi, de se connaître physiquement, moralement, spirituellement qui améliore notre santé. En fait c’est l’anti vision de la vie !
Le Taï Chi, c’est comme l’eau qui n’en finit pas de couler, qui ne lutte jamais, que l’on ne peut tenir entre les doigts. L’eau est humble.
Est-ce que tout le monde peut le pratiquer ?
Bien sûr, hommes et femmes, gros et maigres, petits et grands, jeunes et vieux… Chacun à son niveau car il y a plusieurs styles de Taï Chi et l’on est libre de prendre celui qui est bon pour soi. C’est la seule vérité fondamentale.
Chaque professeur enseigne selon sa propre vision et évite ainsi la dictature de l’art. C’est un art de partage et de tolérance. Chacun y prend ce qu’il veut y prendre ».

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L’homme est magnifique, ouvert, lumineux, serein, à l’écoute des autres. On sent chez lui à la fois cette passion et cette sagesse, l’humanité et la mansuétude.
La dernière phrase qu’il me dit avant qu’on se quitte :
« Il faut savoir voir l’invisible, croire à l’incroyable, obtenir l’impossible ».
Phrase à méditer car il est vrai qu’on peut tout avoir lorsqu’on le veut vraiment.

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Jacques Brachet
Photos Monique Scaletta

Sanary
Marché – Galli, Floralies, Casino… et ce n’est pas fini !

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Edouard Leperlier – Ferdinand Bernhard

Ferdinand Bernhard est le seul maire de notre région a prendre des chemins de traverse avant d’arriver au but. Il monte sur scène et le show commence. Et pourtant il n’est pas programmé au théâtre Galli pour la saison prochaine, même si, encore cette année, il y a pléthore de one man et woman show, au détriment des pièces de théâtre qui sont de moins en moins nombreuses.
Mais bon, ne faisons pas la fine bouche puisqu’on a un théâtre magnifique de presque mille places dont le maire nous donne quelques chiffres : 1530 abonnés, 25.105 entrées payantes, 420.000€ de fonctionnement, pour une subvention de 50.000€ donnée par le département, ce qui – ajoute le maire – est très peu par rapport à d’autres théâtres ! Aujourd’hui, le théâtre n’achète plus les spectacles, ce qui fait une économie conséquente. Grâce au système de co-réalisation le théâtre récupère 43.000€.
Le Petit Galli, qui a une jauge de cent spectateurs, reçoit des spectacles classiques, de jazz, le théâtre Poquelin et le café-philo, et s’est constitué au fil du temps, une clientèle fidèle.
Depuis samedi matin, les abonnés ont le privilège d’être les premiers à réserver leurs spectacles, soit en venant au théâtre, soit par Internet… s’il veut bien marcher, souligne le maire en se remémorant les problèmes de la saison dernière.

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Jean-François Bernardini (I Muvrini) – Fiona Gélin – Michel Boujenah

Pour vous donner une idée de la prochaine saison, concoctée par Edouard Leperlier et vous donner envie d’y venir, vous pourrez applaudir quelques chanteurs comme Michel Fugain, Christophe Willem, Robert Charlebois, Christelle Chollet, Roch Voisine, Juliette, I Muvrini. pour les humoristes, il y en aura pour tous les goûts, de Jeanfi Janssens à Jérôme Commandeur en passant par Michel Boujenah, Bigard, Kev Adams, Roland Magdane, les Chevaliers du Fiel, Zize, Sellig, Fabrice Eboué, Charlotte de Turkheim, Ary Abittan, Ahmed Sylla… et la liste n’est pas exhaustive !
Quelques pièces nous permettront d’applaudir Fiona Gélin, Danièle Evenou, Séverine Ferrer, Véronique Genest, Martin Lamotte… et c’est tout !
Côté danse , l’on partira danser le tango à Buenos Aires, pour mieux y revenir avec « pasion », on assistera à la rencontre entre Carmen et Sheherazade avec le ballet de Kiev qui nous proposera aussi la Nième version du Lac des Cygnes, avant de vibrer avec l’Irlande et son Irish Celtic ou encore de voyager en Georgie pour retrouver son Royal Ballet National…
Voilà un avant-goût de la prochaine saison que vous pouvez retrouver sur www.sanarysurmer.com
Beaucoup d’améliorations encore pour que le spectateur voit les spectacles dans de bonnes conditions, comme les deux premiers rangs qui sont amovibles afin de recevoir des personnes à mobilité réduite et, chose important les accompagnateurs. Toujours pour ces mêmes personnes, un ascenseur va être installé dans le Petit Galli.

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Zize – Les Chevaliers du Fiel – Roch Voisine

Et puis, le maire nous annonce sa satisfaction de voir enfin s’ouvrir le Casino des jeux pour lequel il se bat depuis des années. Ce sera donc pour septembre et outre les jeux, il y aura une vraie activité culturelles dans une salle de 500 places qui recevra des soirées cabaret, des conférences, des expositions, des spectacles, ce qui donnera à Sanary un lieu culturel supplémentaire, d’autant que le Casino se dotera d’un restaurant et d’un parking souterrain.
Le casino versera une redevance à la ville et le maire promet que celle-ci sera consacrée à la culture. Ainsi les premières dépenses seront pour équiper le second étage de la Maison Bleue qui pourra recevoir des enfants handicapés et pour la création d’une nouvelle crèche.
Par ailleurs, le Casino devient mécène du théâtre Galli et versera une somme de 5000€ pour chacun des dix spectacles que son directeur a décidé de promouvoir. A rappeler qu’à Sanary, le premier budget de la ville est consacré à la culture.
Autre nouvelle que nous a annoncé le maire : le retour des Floralies dont la disparition était regrettée et réclamée. Elles reviendront du 7 au 10 juin prochain, avec la venue de grands artistes spécialisés, de jardiniers, de fleuristes parmi lesquels ceux de Sanary seront partie prenante.
Comme les Sanaryens se sont mobilisés pour que la ville soit élue le plus beau marché de France (Le maire nous prouvera qu’il est aussi le plus beau marché du monde, même si sa théorie est un peu tirée par les cheveux !), il demande à la population de se motiver pour faire connaître ces floralies qui faisaient alors parti des plus beaux événements floraux et pourraient devenir le premier !
On le voit, le maire a toujours de beaux projets pour sa commune, jamais à cours d’idées pour que ses habitants s’y vivent bien, y trouvent tout ce qui fait la joie de leur quotidien et le fait est qu’il n’y a pas que son marché qui fait la réputation de ce petit port où il fait bon vivre.

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Michel Fugain

Jacques Brachet

 

NOTES de LECTURES

UN ROMAN – DEUX AVIS

Stéphane HEAUME : Dernière valse à Venise (Ed Serge Safran) 156 pages
Original par sa structure, séduisant par son style, captivant par sa démarche, Dernière valse à Venise, est un roman qui séduira le lecteur à l’écoute du processus de création d’un écrivain.
Rythmé par trois temps- un court roman, des notes d’auteur puis une variation sur le thème, l’imaginaire de Stéphane Héaume, nous entraîne dans un tourbillon de références et de sensations propres à l’écrivain.
Nous sommes à Venise, deux personnages à la dérive, (elle est vâgée, il est très malade) se rencontrent à la terrasse d’un café, Place Saint Marc. Lui, ancien agent immobilier alcoolique et ruiné, s’invente une identité : il sera le richissime, Rodolfo Marchanti, ténor à La Scala. D’elle, plus discrète, nous apprendrons qu’elle a été Dorothy White, danseuse de revue. Belle mais « défraîchie », elle séjourne à Venise nostalgique du souvenir de son premier amour.
Le lieu est magique, le moment propice, la séduction opère. Ils se raccrochent à la vie coûte que coûte.
Ce sont des nuits à l’Hôtel Excelsior, des dîners au café Florian, des soirées à La Fenice. Et puis, un matin, elle a laissé un mot : « Vous êtes un songe, retrouvons nous à l’Opéra »; elle n’est jamais venue…
Dans les notes d’auteur qui prolongent ce texte Stéphane Héaume se justifie : « Je tiens à rétablir la vérité que j’ai tordue pour permettre la fiction ».
A Trouville il a assisté à une rencontre à la terrasse d’un café ; « Lui », quarante ans, est bel homme mais ivre, « Elle » a les mains tachées et les cheveux blancs… Une scène de séduction s’ensuit, « et tout est parti de là »!
Mais dans l’imaginaire de l’écrivain, Rodolfo Marchanti, ressurgit et le récit se prolonge par une dernière partie où désormais seul, le héros du roman, depuis le Capo Rosso en Amérique Latine « avance sur la terrasse de sa nuit ravagée » avec l’espoir de sa rencontre programmée avec Élisabeth la petite fille de Dorothy White, elle-même cantatrice en tournée internationale.
Trois temps, trois moments, presque trois pas de danse, la Dernière valse à Venise, dédiée, nous l’apprendrons, à Dorothée Blanck, héroïne des films de Renoir, Varda, Godard ou Demy nous interpelle face au pouvoir de l’imaginaire et au travail du créateur.
A lire pour être initié.

PARIS , FRANCE, le 2/4/2O16  Stephane  HEAUME , écrivain  français   edition Serge Safran

 

Le décor est planté dès les premières lignes, nous sommes à Venise, la ville où l’impensable devient possible, mais aussi la ville du carnaval et des masques, la ville du théâtre et de l’opéra.
C’est ainsi qu’apparaissent Rodolfo, prétendu ténor en villégiature et Dorothy, éclatante de beauté si elle veut bien relever son vilain chapeau à larges bords, une femme séduisante aux cheveux blancs, avec des taches de son sur les mains, mais quelles jambes,  » fines, avec juste ce qu’il faut de galbe, elles semblaient appartenir à une autre ; nulle varice, nulle envie, nulle boursouflure. Elle ne portait pas de bas ».
Un pas de deux complètement fou les enchaîne au-delà du raisonnable, Rodolfo malade et fauché joue le grand seigneur. Dorothy séduit mais ne donne rien jusqu’à la fin du premier acte, cruel pour Rodolfo qui découvre la vérité sur sa dulcinée de la semaine.
L’acte deux de cet opéra annonce la tournée internationale de la petite fille de Dorothée, cantatrice renommée et parcourant le monde . Dorothée est morte mais Rodolfo veut déclarer à la terre entière son amour demeuré intact pour la femme aux cheveux blancs et aux jambes sublimes. Le décor est prêt, les hauts- parleurs sont branchés, la jeune cantatrice est prévenue, son bateau passera exactement lorsque Rodolfo entamera son chant du cygne, mais Stéphane héaume a le talent du compositeur d’opéra, la fin sera tragique et la farce tourne au drame.
C’est une lecture fort agréable, enjouée, séduisante. L’auteur se permet de raconter l’origine du roman, c’est insolite. Mais le lecteur ne s’étonnera pas de la transcription de quelques notes d’une passacaille de Bach et de quelques vers de Tennessee Williams au début du livre.

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Eric-Emmanuel SCHMITT: La vengeance du pardon (Ed Albin Michel) 336 pages
C’est un recueil de quatre nouvelles de longueurs inégales qui se regroupent autour du thème du pardon. L’auteur a choisi pour titre celui de la troisième nouvelle, la plus pathétique sans doute et qui met en scène une mère détruite suite à l’assassinat de sa fille par un sérial-killer qu’elle va visiter en prison.
Visite après visite elle l’interpelle afin de lui faire admettre son pardon. Admettre le pardon c’est reconnaître sa faute et en porter le poids. C’est cet oxymore qui sera le leitmotiv de ce recueil. D’abord le pardon au sein d’un couple de jumelles, ange et démon qui se déchirent dans la première nouvelle puis le pardon familial dans la vie d’un riche banquier qui cache un péché de jeunesse en arrachant à sa mère l’enfant qu’il avait conçu, ou l’attendrissement d’un grand-père au contact d’une petite voisine qui l’amènera à humaniser son passé sulfureux.
Le pardon sans connotation religieuse c’est le refus de la vengeance.
Dans ces suspens psychologiques écrits avec respect et pudeur, l’auteur explore les sentiments les plus profonds, les plus violents et les plus secrets qui gouvernent l’humanité.
Ces quatre nouvelles parfois très brèves auraient pu être développées pour en faire de véritables drames psychologiques.
Toujours d’une belle écriture et bien présentées, soutenues par un suspens qui interpelle le lecteur, ces nouvelles éveillent des émotions sincères et profondes.

Paolo COGNETTI : Les huit montagnes (Ed Stock la cosmopolite) 299 pages
Traduit de l’italien par Anita Rochedy
C’est dans le petit village de Grana du Val d’Aoste que Pietro passe ses vacances avec sa mère, c’est là qu’il va découvrir l’amitié et l’amour de la montagne.
A chaque vacances, Pietro, l’enfant des villes retrouve Bruno, l’enfant des montagnes, l’enfant berger, maître des alpages. En peu de mots, ils se construisent se nourrissant chacun du savoir de l’autre. Quoi de plus naturel pour Bruno que de faire découvrir à son nouvel ami les sources, les glaciers, les chamois, mais aussi la traite des vaches, le quotidien d’un garçon chargé de surveiller le troupeau. Pietro offrira la chaleur d’une mère aimante, à l’écoute des autres et décidée à réussir ses projets d’éducation. Pietro parcourt aussi les chemins de randonnée avec son père, un taiseux infatigable qui pousse toujours la difficulté car la montagne se gagne par la ténacité, la volonté, la pugnacité. La récompense est au bout du chemin lorsque, heureux d’avoir grimpé sans faiblir malgré la douleur, le panorama s’offre magnifiquement aux yeux du randonneur.
Avec les années, les études de Pietro et le métier de paysan de Bruno condamné à vivre avec ses vaches, les routes des deux amis vont se séparer mais ne jamais se rompre. Le père de Pietro ne comprendra jamais que son fils refuse désormais de l’accompagner, il se tournera alors vers Bruno, un être que la ville effraie mais un expert de la montagne, de ses dangers, de ses habitants.
Pietro ne gravira plus qu’épisodiquement les montagnes du Val d’Aoste, il expérimentera d’autres sommets notamment au Népal où un moine bouddhiste lui racontera la légende des huit montagnes.
Paolo Cognetti connaît la montagne, il y est à l’aise, il fait partager son bonheur de l’effort, son sens de l’amitié indéfectible, sans paroles, un regard et tout est dit. Cette amitié, véritable trésor à cultiver, une amitié qui détecte les failles et les tourments de l’autre et respecte l’intégrité.
Ce roman est sauvage et pur comme la montagne, une nature parfois violente en cas d’orage ou d’avalanche, mais une nature souveraine.

 

 

La Rochelle 2017
« Meurtres à Sarlat » Cécile BOIS : de Candice à Claire

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Le film
Quittant la fantasque Candice pour endosser la panoplie du capitaine de gendarmerie de Bordeaux Claire Dalmas, cette dernière se retrouve dans sa ville natale de Sarlat pour enquêter sur un meurtre, et elle y retrouve sa famille et, par un curieux hasard, le capitaine de gendarmerie de Sarlat, Eric Pavin, avec qui elle a eu une liaison d’une nuit et avec qui elle devra mener l’enquête. Elle est directe, ne montre aucun sentiment, ni regret, ni explication. Au contraire du gros nounours d’Eric (superbe Thierry Godard) qui éprouve un sentiment pour elle et aimerait une explication.
L’affaire est compliquée, intrigante et nos deux comparses, aussi attachants que possible, vont devoir la démêler avec ce point d’interrogation entre eux.
Belle réalisation de Delphine Lemoine et, à côté du couple-vedette, la petite Sabrina Aliane qui regarde, curieuse, se développer ce couple. Atmosphère lourde dans des paysages magnifiques du Sud-Ouest, autour de crimes qui réveillent de vieilles histoires moyenâgeuses de Jacqueries et les Croquants
Une très belle réalisation qu’on pourra découvrir sur France 3.

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La rencontre
Un regard infiniment bleu, un sourire à tomber par terre, Cécile Bois, c’est le charme et la simplicité incarnées.
Difficile d’avoir rendez-vous avec elle. Du coup, c’est en toute simplicité que je suis allé vers elle et qu’avec la même gentillesse elle a accepté ce moment d’entretien on ne peut plus charmant
Cécile.. encore un flic ?
(Elle rit). Oui, c’est vrai, et je vous avoue que je n’étais pas loin de refuser. Et puis j’ai vu que c’était avec Thierry Godard, comédien que j’aime. J’ai alors demandé de lire le scénario… Et j’ai très vite dit oui !
Vous vous connaissiez ?
Non, nous ne nous étions jamais rencontrés mais je me suis bien vue tourner avec lui. Je pensais que nous avions des choses en commun, que nous étions aussi pudiques et timides l’un que l’autre… Et puis, c’était un défi de comédienne que de faire un flic différent, plus conventionnel, moins déjanté. Je trouvais très drôle d’inverser les rôles dans la mesure où on donne souvent à Thierry des rôles d’ours mal léché et à moi des rôles solaire, que le processus s’inverse. Et ça a bien fonctionné !
Qu’est-ce qui vous a semblé le plus difficile ?
De sortir de ma zone de confort où je travaille toujours avec les mêmes comédiens, les mêmes techniciens qui sont notre premier public, avec qui je me sens à l’aise, moi qui suis très timide. Mais ça m’a permis de sortir de ma réserve, même si, durant les premiers jours, c’était un peu compliqué pour moi. Mais avec Thierry, qui est aussi timide que moi et avec qui on se ressemble beaucoup, on s’est rassuré mutuellement.

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Thierry Godard – Cécile Bois – Sabrina Aliane

Ce film était donc une parenthèse… Candice a repris la route ?
Oui, nous en sommes à la saison 5 et je tourne en ce moment et jusqu’en février, les épisodes 3, 4 et 5. Ca se présente plutôt bien puisque, après quelques bourrasques de la précédente saison, Candice retrouve le grand soleil et reprend du service à plein temps. Ce n’est plus moi qui ai des problèmes mais les autres… Chacun son tour !
Que va-t-il se passer ?
Je ne peux pas vous en dire grand chose sinon que Candice et Antoine seront plus en vue, tout va tourner autour d’eux. Mais vous savez, je ne sais jamais trop à l’avance ce qu’il va se passer et d’ailleurs, ça me va, j’aime garder la fraîcheur de la surprise afin de ne pas avoir à anticiper. Je suis une fille de terrain, j’aime improviser et laisser venir les choses.
Vous avez le champ libre pour improviser ?
En fait non, pas vraiment, j’ai vraiment peu mon mot à dire. Mais c’est une belle équipe, ouverte et on peut se parler sans problème. On m’écoute donc si j’ai un problème mais te tiens aussi à rester à ma place sauf si je sens que la qualité de l’ensemble ne vas pas. Je ne m’impose pas.
Est-ce que cette série vous laisse le temps de faire autre chose ?
Pas vraiment car nous tournons sept mois par an. Ca réduit le champ des possibles et surtout, j’ai envie, le reste du temps, de m’occuper de ma famille, de partager des moments avec elle.
En fait, il ne me reste que peu de temps pour tourner d’autres choses comme « Meurtres à Sarlat ».

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Du coup, le théâtre n’est pas pour tout de suite ?
Le théâtre est ma vocation première mais il faut au moins trois mois d’arrêt pour en faire, un mois de répétition et au moins deux mois à jouer, si ça marche. Ce qui me fait peur, c’est que, plus je m’en éloigne, plus il va me sembler difficile de remonter sur scène. Le théâtre est un exercice immédiat, j’ai toujours un stress énorme et ça ne va pas s’arranger ! Mais ça reste ma raison première et j’y reviendrai car c’est mon école.
Comment êtes-vous venue au rôle de Candice ?
Bizarrement : c’est un producteur qui, quinze ans auparavant, m’avait repérée dans un épisode de « Maigret ». Il avait gardé une photo de moi et en la retrouvant, il a eu un flash. Je sortais alors d’une grossesse et j’étais tout en rondeurs. Il a incorporé ce « surpoids » dans le personnage !
Est-il vrai qu’une close de votre contrat précise que vous ne devez pas maigrir ?
(Rires) Disons qu’on m’a conseillé de rester comme je suis car aujourd’hui ça fait partie du personnage ! Mais vu le mal que j’ai à maigrir et la gourmande que je suis, je n’ai pas trop de mal à garder mes kilos !
Par contre, c’est vrai, au départ, j’ai refusé de le faire par le fait qu’on voulait qu je maigrisse. Je me suis dit que si l’on ne me prenait pas, c’est qu’on n’était pas sur la même longueur d’ondes et que ça ne se ferait pas. Depuis, j’ai perdu 8 kilos et l’on a encore incorporé cet état de fait dans le scénario, sans s’appesantir dessus ! Mais c’était plus un pari pour la prod qu’une condition !
Y a-t-il un projet pour l’an prochain ?
Oui, ce sera un thriller psychologique où je ne serai pas flic mais psychiatre qui me semble très excitant !

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Rencontre amicale avec Alexandre Brasseur

Propos recueillis par Jacques Brachet
Samedi 18 novembre sur France 3

Opéra de Toulon
« Le Chalet » d’Adolphe Adam en version concert

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Guillaume Tourniaire

L’Orchestre Symphonique de l’Opéra de Toulon est désormais une formation dynamique et remarquée dans le paysage musical français. Son répertoire très éclectique s’étend sur quatre siècles de musique. Des chefs prestigieux l’ont dirigé de Giuliano Ca­rella, son directeur musical émérite, à Jean-Christophe Spinossi. et bien d’autres.
Il a accompagné de très grands interprètes comme Brigitte Engerer, Laurent Korcia, Nicholas Angelich, Gary Hoffman, Nemanja Radulo­vic, Anne Queffélec, Bertrand Chamayou, Andrei Ko­robeinikov, Alexandre Tharaud, Valeriy Sokolov…
L’Orchestre Symphonique de l’Opéra de Toulon participe à de nombreux concerts décentralisés dans le cadre d’une politique de diffusion musicale pour tous, au service d’une dynamique territoriale. A ce titre, il se produit aussi bien dans l’agglomération toulonnaise, et le département du Var, qu’en région et à l’étranger. A Paris, il se produit régulièrement au Théâtre National de l’Opéra Comique.

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Sébastien Droy – Jodie Devos – Ugo Rabec

« Le chalet, opéra d’Adolphe Adam, sera présenté en version concert le vendredi 16 septembre à 20h et enregistré pour le label Timpani, dans une magnifique distribution : Jodie Devos (soprano) Sébastien Droy (ténor), Ugo Rabec, (baryton).
L’Orchestre Symphonique et le Chœur de l’Opéra de Toulon seront dirigés par Guillaume Tourniaire.

 

TOULON
Le quatuor Modigliani au Palais Neptune

Quatuor Modigliani1-Sylvie Lancrenon

QUATUOR MODIGLIANI
Mardi 19 janvier / 20h30 / Palais Neptune

Le Quatuor : une parfaite harmonie »
Philippe Bernhard & Loïc Rio, violon – Laurent Marfaing, alto – François Kieffer, violoncelle
Programme
Mozart Quatuor à cordes n°15 en ré mineur, K. 421
Schumann Quatuor opus 41 n° 3
Ravel Quatuor à cordes en fa majeur

De Mozart à Ravel, c’est une grande partie de l’histoire du quatuor qui nous est contée. Chacun des trois compositeurs avait un guide privilégié. Pour Mozart le père ce fut Haydn ; pour Schumann, Ludwig van Beethoven fut le grand modèle dans le respect pour « la forme ». Maurice Ravel va rechercher des maîtres contemporains : Gabriel Fauré auquel il dédia son œuvre, et le grand Claude Debussy qui lui déclara « Au nom des dieux de la musique, et au mien, ne touchez à rien de ce que vous avez écrit de votre Quatuor ».
Monique Dautemer

 

Toulon
Les Classiques du Festival accueillent Adam LALOUM

Adam Laloum 1 - Photo Carole Bellaiche  Mirare

Mercredi 12 novembre, 20h30, Palais Neptune (Place Besagne, Toulon)
« Grand piano à Neptune – La vision fantaisie » avec Adam LALOUM
Brahms – Schumann – Prokofiev

Adam Laloum a reçu une reconnaissance internationale en remportant récemment le Premier Prix du prestigieux concours Clara Haskil et a dès lors rejoint la classe Hambourgeoise d’Evgeni Koroliov, Prix Clara Haskil 1977.
Au cours des saisons  2013 / 2014 / 2015, il est présent avec orchestre dans le Troisième concerto de Beethoven sous la direction de Charles Dutoit au Festival de Verbier, il est le soliste de l’Orchestre de Paris à la Salle Pleyel sous la direction de Cornelius Meister, du Mariinsky Orchestra sous la direction de Valery Gergiev dans le Deuxième concerto de Brahms, du Deutsche Sinfonieorchester à la Philharmonie de Berlin dans le Vingt-troisième concerto de Mozart, de l’Orchestre National d’Ile de France à la Philharmonie de Paris dans le Concerto de Schumann, de l’Orchestre National de Lille sous la direction de Jean-Claude Casadesus, de l’Orchestre National de Montpellier, de l’Orchestre de Cannes. Il jouera les Concertos n°24 et 27 au Festival de la Roque d’Anthéron avec le Sinfonia Varsovia, le n°27 avec l’Orchestre Royal de Wallonie, ainsi qu’au Festival de la Grange de Meslay avec l’Orchestre de Tours et Jean-Yves Ossonce. Il fera ses débuts dans le Concerto de Schumann au Festival de la Chaise-Dieu avec l’Orchestre de Saint-Etienne.
Il se produit également en récital au Festival de Verbier, au Festival de Lucerne, à Wigmore Hall, au Festival de la Roque d’Anthéron, au Klavier Festival Ruhr, à l’Auditorium du Louvres, à la série Piano à Lyon, au Grand Théâtre de Bordeaux, au Grand Théâtre d’Avignon, aux Folles Journées de Nantes, Bilbao, Japon, au Festival de Colmar, au Festival de Menton, au Festival du Périgord Noir, au Festival Piano aux Jacobins, au Festival de Zermatt, au Festival de Bad Kissingen, à la Société Chopin de Bern, au Palais des Beaux-arts de Bruxelles, Mecklenburg-Vorpommern Festival, au Festival Piano Passion de Saint-Etienne etc…
Né le 25 février 1987, il commence le piano à l’âge de dix ans. Il poursuit ses études musicales au Conservatoire de Toulouse avant d’intégrer le Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris en 2002 dans la classe de Michel Béroff. Durant ces années d’études à Paris, il a la chance de travailler avec des personnalités musicales telles que Daria Hovora, Jean Mouillère, Claire Désert, Christian Ivaldi, Ami Flammer ou Vladimir Mendelssohn. Durant sa scolarité, il a pu rencontrer dans le cadre de masterclasses des personnalités comme Dmitri Bashkirov ou Paul Badura-Skoda. Il obtient son Diplôme de formation supérieure de piano en juin 2006 et poursuit un cycle de perfectionnement au CNSM de Lyon dans la classe de Géry Moutier.
Il a eu l’occasion de travailler avec des orchestres tels que le Russian National Philharmonic Orchestra, Sinfonia Varsovia, l‘Orchestre de Chambre de Lausanne, l’Orchestre du SWR de Stuttgart, l‘Orchestre Philharmonique de Strasbourg, l’Orchestre National de Montpellier, l’Orchestre National Philharmonique de Russie, l’Orchestre d’Avignon, l’Orchestre Symphonique de Shenzen (Chine), l’Orchestre de CNSM de Lyon, l’Orchestre Philharmonique de Kiev. Musicien de chambre passionné, il fonde en parallèle à sa carrière de soliste, un trio avec piano, le Trio les Esprits, avec ses partenaires la violoniste Mi-Sa Yang et le violoncelliste Victor Julien – Laferrière. Il participe à l’Académie Maurice Ravel en septembre 2007 et aborde le grand répertoire avec Jean-Claude Pennetier. Il y remporte le Prix Maurice Ravel qui lui permet de se produire en musique de chambre à Saint-Jean-de-Luz lors du Festival de Printemps.
Après un premier disque « Brahms » salué par la critique pour le Label Mirare, le suivant sort en 2013 et est consacré à deux œuvres de Schumann : la Grande Humoresque et la Sonate n°1, opus11. Cet enregistrement reçoit un Diapason d’or de l’année, le Grand Prix de l’Académie Charles Cros, ffff de Télérama, et en Allemagne la plus haute distinction du magazine Fono Forum.
Il est lauréat de la Fondation de France et lauréat boursier de la Fondation Groupe Banque Populaire.

 

 

16ème festival de la Rochelle
La fiction française en question

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La fiction française est-elle en danger ?
C’est la question qui était sur toutes les lèvres au seizième festival de la fiction Télé de la Rochelle et, pour plusieurs raisons, la première étant l’arrivée, depuis le 15 septembre de Netflix qui déboule en France comme un danger imminent.
Alors, si danger il y a, quel est-il ?
Nous allons essayer de comprendre qui est Netflix et quelle offre cette plate forme qui nous arrive des États-Unis.
Mais si l’on parle tant de la fiction française ce n’est pas seulement à cause de l’arrivée de ce monstre audiovisuel car il faut se rendre à l’évidence : depuis quelques années, celle-ci s’essouffle un peu et l’on a pu s’en rendre compte depuis deux ans à la Rochelle où de plus en plus de place est donnée à la fiction européenne, avec des films de grande qualité, qui, peu à peu, prennent leur place. Sans parler de l’Amérique, des pays comme l’Allemagne ou même la Turquie qui est en train de prendre la première place en Europe,  qui s’exportent de plus en plus.
Pourquoi la France est-elle à la traîne ? D’abord et peut-être parce qu’elle manque de variété. Beaucoup d’unitaires ou de séries tournent autour du polar, du thriller, du drame. Peu de comédies sauf dans les mini-séries qui elles, cartonnent aujourd’hui, beaucoup d’ailleurs auprès des jeunes. Plus de grandes épopées comme on a pu les voir il fut un temps avec « Dolmen », « Terre Indigo », « Les dames de la Côte », « Le grand Batre », « Ardéchois cœur fidèle »…
Plus de grandes séries estivales qui avaient tant de succès et qui, aujourd’hui, n’existent plus.
Et pourtant, on l’a vu il y a peu sur France 3, une série comme « Jusqu’au dernier » avec Brigitte Fossey, Valérie Karsenty et Marie-Christine Barrault, qui aurait pu faire l’objet d’une saga de l’été alors qu’on a eu droit à six épisodes en deux soirées, ce qui est à mon avis une erreur de programmation. D’abord parce que, trois épisodes en une soirée, c’est trop long et oblige certaines personnes à se coucher tard ou à rater un épisode et puis, parce que tenir le spectateur en haleine durant six semaines aurait été plus excitant.
Par ailleurs, on a pu le voir à la Rochelle, l’on a eu de grands moments de télévision comme « Rouge sang », « Ceux qui dansent sur la tête », «  »Où es-tu maintenant ? », « Disparus », « Au nom des fils », « Un fils », « La douce empoisonneuse », « Chef », « Danbé la tête haute », « Des roses en hiver », ce qui nous rassure quand même sur l’avenir de la fiction française.
Reste qu’elle a du mal à s’exporter. Et c’est aujourd’hui l’un des grands problèmes car ce manque d’intérêt devient un manque financier.
Toutes ces questions, nous les avons posées aux intéressés, jusqu’à Fleur Pélerin, nouvelle ministre de la Culture dont la Rochelle était sa première grande sortie officielle.

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Quentin RASPAIL : « Un producteur doit savoir s’adapter »
Créateur et président du festival, Quentin Raspail, qui est aussi producteur, est l’un des mieux placés pour parler de la fiction TV française.

Quentin, donne-nous son état de santé.
Malgré tout ce qu’on peut entendre, je le trouve plutôt bon… il faut simplement rester sur le qui-vive.
Mais il faut constater qu’elle manque un peu de diversité, cette année par rapport aux autres années : moins de mini-séries, de fictions jeunesse, de comédies (sauf dans les programmes courts), de films dits « politiques » sans parler de films en costumes. Mais elle arrive quand même à résister à la vague américaine qui elle, est en train de se stabiliser. Il y a quand même eu un grand bond qualitatif et elle recommence à bien fonctionner.

Tout cela est dû à quoi ?
A la frilosité, à un manque de confiance des producteurs et des chaînes, je pense, mais ça commence à s’ouvrir de nouveau. Quand le succès est au rendez-vous, ça donne envie de prendre des risques. L’essentiel pour un producteur, serait d’avoir un parti-pris fort, une vision particulière, originale et locale.

La concurrence avec Internet, l’arrivée de Netflix, vont-elles poser des problèmes ?
C’est quelque chose qui est en train de voir le jour et qui commence à inquiéter certains, c’est vrai mais il faut prendre un certain recul avec cet effet d’annonce car pour l’instant, la production de Netflix n’est pas significative. Il faut la remettre à son niveau qui est de 0,2 à 0,3%. Je ne pense pas qu’aujourd’hui ça inquiète beaucoup les producteurs qui, de toutes manières seront bien obligés d’entrer da la brèche en temps utile.
On va vers une diffusion sans frontières mais il n’est pas question que les producteurs soient déstabilisés par les nouveaux entrants que, par ailleurs, nous sommes heureux de recevoir à la Rochelle.

Tu ouvres de plus en plus le festival à la fiction européenne…
Oui car il y a beaucoup de choses qui se font dans des pays comme l’Allemagne, l’Angleterre et même la Turquie par exemple. Il y a beaucoup d’unitaires de 90′ fort intéressants et j’ai toujours milité pour la diversité, tant dans tous les pays européens que sur toutes les chaînes, dans tous les genres, les formats. Ici, il n’y a pas de concurrence mais des rencontres tous horizons.

Tu restes donc un producteur heureux ?
Bien sûr puisque je pratique un métier de passion mais aussi d’adaptation, d’acuité et qu’il est amusant pour moi de passer d’un genre, d’un format à l’autre. C’est la diversité qui est intéressante. Un producteur, tout comme un réalisateur, doit savoir s’adapter.
C’est ce qui se passe en ce moment.

NETFLIX… Qu’est-ce que c’est ?
Ce mot qui fait en ce moment trembler une partie de la profession, tant au cinéma qu’à la télévision, est une plate-forme qui nous vient des Etats-Unis et s’est installée le 15 septembre en France.
C’est un service qui propose des programmes vidéos à la demande, moyennant une adhésion, que l’on peut regarder sur tous les supports : écrans télé, ordinateurs, tablettes et consoles de jeu, smart phones… Il y a plusieurs abonnements au choix.
Netflix est déjà installé dans nombre de pays d’Europe regroupant quelque 14 millions d’abonnés, les Etats-Unis ayant dépassé le nombre de 35.000.
L’intérêt est qu’elle offre un éventail formidables sur un moteur de recherches efficace, allant du documentaire à la fictions, qu’elle soit télévisée ou cinématographique, d’un nombre de programmes divers et variés dans toutes les langues, dont nombre de programmes pour la jeunesse et Disney et Dreamwork y figurent en bonne place.
Le problème est que Netflix s’est installé dans des pays qui offrent des avantages fiscaux par rapport aux chaînes françaises, comme l’Amérique du Sud ou les pays nordiques, ce qui est un manque à gagner pour les producteurs français, surtout qu’aujourd’hui Netflix commence à produire des films avec des facilités financières que n’ont pas les Français.
D’où cette levée de bouclier, ces incertitudes, ces peurs du loup qui planent aujourd’hui sur le monde audiovisuel.

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Thomas ANARGYROS, président de l’USPA
L’USPAS est l’Union Syndicale de la Production Audiovisuelle et son président a bien voulu nous parler de la fiction française à l’heure de l’arrivée de Netflix.

« On sent bien, au travers de Netflix, qu’une transformation profonde est en train de s’opérer dans le domaine de l’audiovisuel. C’est une nouvelle forme de télévision qui est entrain de naître ».

Pouvez-vous nous donner quelques chiffres concernant la fiction ?
La fiction est le genre essentiel pour la télévision. Depuis deux ans, on voit s’ébaucher un retour de celle-ci en terme d’audience en France. Il nous faut donc reconquérir le prime time.
Il y a eu en 2013, 851 soirées de fiction sur les chaînes historiques à raison de 37% de françaises et 63% d’étrangères. TF1 est le premier diffuseur avec malgré tout 56% des soirées US. France 2 a baissé de 15%. Quant à M6, elle est à 91% de soirées US pour 5% de françaises. Il faut donc rattraper le volume.
En 2014, il y aura 782 heures de fiction et notre objectif est d’arriver au moins à 1000 quand on sait qu’elle est de 2000 pour l’Allemagne !
Par contre, il y a une montée en puissance de la série courte et le format de 52′ a aujourd’hui dépassé celui de 90′.

Que faire donc, pour être capable de retrouver une croissance avec les diffuseurs ou ne pas la perdre ?
L’investissement des chaînes a évolué de 48%. Cela représente 500 millions d’Euros par an. TF1 reste la place forte en matière de financement avec 52% pour France Télévision, 29% pour TF1, 8% pour Canal +.
Il faut maintenant s’ouvrir vers l’extérieur car nos fictions françaises se vendent mal à l’étranger même si cela est passé de 14% à 20% entre 2012 et 2014.
Le problème est que nous sommes bloqués sur un certain type de fiction française. il faut donc trouver un moyen de faire de bons films, de bonnes séries qui puissent s’exporter car pour l’instant, nous sommes bloqués sur les formats et sur les horaires. L’Allemagne produit le double de fictions que la France, avec différents horaires, différents formats et ça marche. Nous avons de bons produits en France comme « Candice », « Profilage » et quelques autres qui font des succès en France mais il faut aller plus loin pour récupérer un public plus large, plus jeune qui aille moins sur Internet. Si on réussit, on répondra au problème du financement car, si on arrive à exporter, il y aura des recettes à partager.
Il faut aussi avoir l’opportunité d’ouvrir la fenêtre en diffusant et vendant sur Internet. D’où l’intérêt de travailler avec Netflix.

Justement, parlons-en…
Pour le moment, Netflix est une bonne chose puisqu’ils proposent des oeuvres qui ont plus de trois ans, qui ont donc une deuxième vie et les relancent, ce qui permet de faire entrer des royalties.
Aux États-Unis, Netflix a près de 40.000 abonnés et ce n’est pas pour cela  que la télévision a été mise en danger. Remettons donc les choses à leur place  : pour le moment, ce sont des loueurs de DVD qui produisent peu. Ils sont loin de concurrencer les grandes chaînes, ils sont plutôt un complément, des diffuseurs de catalogues et toutes les chaînes ont un catalogue.
Le principal est que tout soit régi par les mêmes règles.
Si Netflix s’intéresse à ce qu’on fait, il viendra lui-même vers nous en tant que co-producteur. Il ne faut rien négliger car ça peut aller très vite. Quiconque aujourd’hui a envie de travailler avec Netflix peut prendre contact et proposer ses catalogues.
Il faut aussi leur expliquer les avantages qu’ils peuvent avoir financièrement nulle part ailleurs que chez nous. Disney l’a compris depuis longtemps.

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Véronique CAYLA – Présidente d’Arte
Notre bilan fiction est très satisfaisant.
Nous jouons sur deux langues et sur deux pays, l’Allemagne et la France, mais aussi sur l’Europe.
Nous produisons, diffusons et nous investissons de plus en plus sur tous les genres, tous les formats et sommes autant intéressés par les polars que les comédies d’auteurs et nos fictions passent à toutes les heures de la journée.
En premier lieu, c’est le contenu qui nous importe. Pour cela, nous travaillons en étroite collaboration avec les auteurs quels qu’ils soient et quesl que soient les formatages.
Arte est au cœur du monde contemporain et regarde vers l’avenir avec un regard commun.
Nous devons aujourd’hui trouver une nouvelle régulation européenne vers et avec le monde numérique.

Thomas VALENTIN – Vice-président du directoire M6
Nous développons depuis des années un savoir-faire autour de la comédie et des histoires courtes. Nous avons développé nos audiences de vingt heures et nous avons trouvé un modèle économique plus favorable sur ces fictions de comédies courtes car, comme partout, le financement du secteur est en baisse.
Il y a à ce jour 25 chaînes gratuites et du coup, évidemment, nous avons moins d’argent.
Aujourd’hui, les diffuseurs ne peuvent par amortir leurs oeuvres. Il faut donc impérativement que ceux-ci se rapprochent des producteurs afin d’avoir des intérêts financiers communs.

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Rémy FLIMLIN – PDG de France-Télévision
Cette année nous avons remporté un franc succès avec nos fictions. Nous avons fait la meilleure saison depuis six ans et nous sommes même arrivés à battre les fictions américaines, ce qui est très encourageant.
Le travail s’est surtout fait sur l’écriture, en collaboration étroite avec les auteurs et les producteurs. Nous faisons actuellement un énorme travail sur le développement, ce qui est important, essentiel, fondamental. Nous devons trouver une maturité pour les fictions longues et fidéliser le public, ce qui est en train de se faire.
En tant que production, de 200 millions d’Euros en 2012, nous sommes passés à 250 millions.
Aujourd’hui, nous devons faire vivre ces fictions au-delà de la France et pour cela nous devons réaliser des fictions qui soient originales, attractives pour la France tout autant que pour l’étranger. Nous devons donc faire des oeuvres valorisantes et nous travaillons en ce sens.
Notre but est aussi de partager un lien social avec le public et à ce titre, le succès de « Plus belle la vie » qui fête ses dix ans, est exemplaire. C’est une démonstration du rôle que nous entendons jouer dans ce pays : un vrai moment de partage.
L’arrivée de Netflix va proposer une autre façon, plus individuelle, de regarder la télévision et alors qu’elle a l’intention de créer une série sur Marseille, ce doit pour nous être un challenge et nous donner l’envie d’être à la hauteur des attentes des téléspectateurs afin de garder ce lien social, ce moment de partage.

Nonce PAOLINI –  PDG deTF1
Aujourd’hui, pour notre part, nous avons de moins en moins de soucis de création et il n’est pas la peine de singer les Américains.
Nous avons varié les formats avec succès, nos polars ont beaucoup évolué et sont moins formatés, plus atypiques.
Le problème reste l’exportation : nous avons 1 milliard d’Euros pour la production française et seulement 26 millions à l’exportation.
Je reste confiant sur le succès futur puisque aujourd’hui, la fiction française est en train de prendre du terrain sur nos concurrents américains.
Nous avons trouvé des producteurs, des scénaristes, des comédiens qui s’ouvrent sur un large public et avec qui nous travaillons en étroite collaboration au renouvellement du genre et grâce à cela nous avons eu de gros succès avec des genres très différents : « Clem », « No limit », « Profilage », « Falco », sans compter les succès de séries comme « Joséphine », « Camping Paradis », « Section de recherches », « Alice Nevers »…
Nous avons aussi des téléfilms à la distribution prestigieuse et les séries courtes comme « Nos chers voisins » ou « Pep’s » qui font des records d’audience.
Aujourd’hui sur TF1, nous avons 150 heures d’inédits par an. Le problème est aussi qu’aujourd’hui le marché publicitaire est en baisse et avec 460 millions d’Euros, le bilan reste négatif car chaque soirée de fiction se traduit par une perte financière et les nouveaux entrants ne contribuent pas à ce financement. Il fut don que tous, auteurs, producteurs, diffuseurs travaillent la main dans la main afin de renverser cet état de choses.

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Fleur PELERIN – Ministre de la Culture
Sa première sortie officielle a été pour sa visite – en coup de vent – au festival de la Rochelle où elle a écouté attentivement tous ces PDG réunis. mais hélas, le temps était limité, elle n’a pas pu vraiment leur répondre, d’autant qu’elle avait préparé un discours duquel elle n’a pas dérogé et qu’elle nous a assenés à une vitesse incroyable… Difficile alors de pouvoir prendre note tout ce qu’elle a dit. En voici la synthèse.
« Aujourd’hui, le monde audiovisuel est en train de changer, Internet est là et notre but est de préserver notre exception culturelle. Mon souhait est de pouvoir dépasser tous les antagonismes, toutes les oppositions afin de trouver des solution ensemble. Ce n’est qu’ensemble que nous gagnerons.
Tout doit donc être repensé et j’ai la conviction que nous avons une carte majeure à jouer car il existe une « French Touch » que nous devons mettre en avant par des innovations, de l’esthétisme, de nouvelles pratiques culturelles ouvertes à tous les publics.
Notre excellence artistique est reconnue puisque des films comme « Braco », « Les revenants » ont été nommés aux Awards. Donc elle doit pouvoir s’exporter.
Notre production nationale est dépassée par la production internationale, il faut donc revoir tout ça en misant sur des productions diversifiées et y associer les diffuseurs..
Nous devons considérer les nouveaux acteurs comme une chance en ayant de la créativité, de l’originalité, de l’audace, en renforçant l’écriture. Il faut relever le défi de la mondialisation et surtout – et c’est un de mes grands combats – imposer un traitement fiscal dans l’union européenne, une réglementation, une régularisation, une amélioration de la transparence afin d’avoir des intérêts communs. J’ai demandé au CNC et au CSA de se joindre à mon ministère pour jouer ce rôle.
Je veux faire de notre pays un champion de la création ».

Un reportage de Jacques Brachet