Archives de l’auteur : Jacques BRACHET

NOTES de LECTURE

arnaud bannalec

Alain ARNAUD : le vieux pressoir (Ed.BoD)
Ce deuxième roman de cet auteur hyérois laisse présager d’une belle place littéraire dans le monde du roman. Situé en Provence dans la région de Hyères –Toulon l’intrigue met en scène une femme, Mylène, la quarantaine, mère d’une ado et perturbée par le comportement d’un mari à problèmes dont elle cherche à démêler les tourments d’un passé qui les a conduit à la rupture. Elle revient sur des moments étranges situés tant en Provence qu’à Paris ou en Turquie.
De belles évocations, des  paysages fabuleux, du mystère captivent le lecteur et maintiennent un suspense jusqu’au dénouement inattendu. L’histoire bien menée, le style fleuri et nuancé maintiennent le lecteur en haleine. Bonne lecture, que laissait présager la couverture pleine de malice.
Jean-Luc BANNALEC-  Les disparus de Trégastel  (Ed Presses de la Cité – 385 pages)
Une enquête du Commissaire Dupin.
L’auteur utilise un pseudo et est en réalité allemand. Ses livres ont pour cadre la Bretagne.
Le commissaire Dupin est en vacances près de Paimpol, avec sa femme médecin. A son grand désespoir, il est sommé par son médecin de se reposer et de ne pas penser au travail. Mais une jeune femme résidant dans le même hôtel que lui disparaît.
Le voilà parti à enquêter discrètement avec l’aide d’autochtones.
Interrogations et réflexions du commissaire qui va rester dans l’ombre.
Roman policier gentillet qui nous plonge au cœur de la Bretagne.

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Mylène DEMONGEOT : Très chers escrocs… (Ed l’Archipel – 224 pages)
Elle a toujours appelé un chat un chat. Ça ne lui a pas toujours été bénéfique d’ailleurs mais Mylène Demongeot est tout d’une pièce et ce n’est pas aujourd’hui qu’elle va changer.
On ne compte plus les succès cinématographiques qu’elle a accumulés durant une immense carrière, depuis ses débuts dans «Les sorcières de Salem» jusqu’à «36, quai des orfèvres» entre autres.
Elle fut longtemps notre voisine à Porquerolles où elle a vécu jusqu’à la mort de son mari Marc Simenon. C’est d’ailleurs lorsqu’elle l’a rencontrée qu’elle a décidé de s’éloigner des plateaux pour vivre sa vie de femme au bord de l’eau avec ses animaux car, comme BB, elle milite beaucoup pour eux.
Entre temps, elle a écrit de nombreux livres sur divers sujets, sa vie, sa carrière, ses animaux. Et lorsqu’on la connait et qu’on la lit, on la retrouve tout entière dans ses écrits plein d’énergie, de vérité et ce n’est pas son dernier livre qui me démentira.
Remontons à 2012 où elle découvre avec horreur que cet homme à qui elle avait fait confiance, son conseiller en patrimoine, a détourné ses économies à son profit pour la laisser littéralement sur la paille.
Et c’est une bataille juridique qui commence, qui va durer six ans avec des hauts et des bas qui va l’épuiser mais qu’elle va en partie gagner. Le procès s’est ouvert en septembre.
Elle nous raconte donc cette dramatique aventure avec sa faconde et l’on suit ses péripéties comme un thriller passionant.
La seconde partie est plus anecdotique puisqu’elle évoque quelques arnaques célèbres que l’on connait pour avoir été largements diffusées sur tous les médias. C’est donc moins passionnant malgré quelques conseils de prudence qu’elle nous donne.
Mais ça se lit avec plaisir.
Vincent CHAPEAU : Claude Zidi en toute discrétion (Ed Hors Collection – 380 page)s
Ce n’est pas vraiment une biographie que ce livre dédié à Claude Zidi car si Claude est un réalisateur talentueux, recordman des entrées en salles, champion du box-office, il n’en est pas moins un homme d’une grande discrétion. A tel point que lorsque Vincent Chapeau lui a proposé d’écrire sa bio, il ne voulait pas en entendre parler et qu’une fois accepté le principe, après que l’auteur l’eut bien tanné, il a posé ses conditions : il ne sera aucunement question de parler de sa vie privée, challenge que Chapeau a accepté et il faut avouer qu’il a dû prendre des chemins de traverse en consultant les archives cinématographiques, en lisant nombre de bios d’artistes et techniciens qui parlaient de lui, en allant lui-même à la pêche aux infos.
En fait c’est une bio sans en être une, le fil rouge restant bien sûr Claude Zidi lorsqu’il voulait bien s’épancher mais c’est surtout une histoire de cinéma sur plus de 50 ans car il faut remonter aux années 60 pour commencer à entendre parler de l’homme au 80 millions d’entrées qui a démarré comme chef op’, caméraman et bien d’autres métiers du cinéma. Il a ainsi collaboré avec Demy, Mocky, Varda, Chabrol, Clair et quelques autres avant de s’engager sur la route des Charlots dix ans après, avec le succès que l’on sait.
Si l’on en apprend peu de l’homme, on découvre une période du cinéma français où tout explosait, où les comédies fonctionnaient, où il n’était pas si difficile de faire des films, une période faste, ludique, où triomphaient de Funès, Girardot, Birkin, Pierre Richard, Belmondo, Coluche, Lhermitte, Noiret dans des films drôles et populaires et où Zidi et Oury «se tiraient la bourre» avec des millions d’entrées !
Vincent Chapeau a bien travaillé, allant rencontrer comédiens, techniciens, producteurs, scénaristes pour parler de Zidi puisque celui-ci était avare de confidences. D’ailleurs, après avoir lu ce livre passionnant, si l’on en apprend beaucoup sur 50 ans de cinéma français, on n’en n’apprend pas beaucoup sur cet homme discret, secret même, qui protège sa vie et sa famille jusqu’au point de choisir une photo de couverture du livre… où on ne le voit pas !
Il est l’homme de l’ombre dans toute sa splendeur mais qui a su mettre en lumière des tas d’artistes qui lui doivent leur plus belles pages cinématographiques comme la série des bidasses et des Charlots, «L’aile ou la cuisse», «Les ripoux», «La zizanie», «L’animal», «La moutarde me monte au nez», «Les sous-doués», «Asterix et Obélix» et bien d’autres films à succès sans compter les scénarios écrits pour d’autres.
Une carrière incroyable pour cet homme qui, aujourd’hui à plus de 80 ans, et est un peu revenu du cinéma d’aujourd’hui et qui préfère se consacrer à sa famille.

Sagan Blondel

Françoise SAGAN : Les quatre coins du cœur (Ed Plon – 202 pages)
Nous sommes en Touraine où vit la famille Cresson. Le père, Henri, a fait fortune dans le cresson et les pois chiches. Son seul fils, Ludovic, a été grièvement blessé dans un accident de voiture alors qu’il était passager dans la voiture de sport conduite par sa femme Marie Laure.. Il est resté dans le coma puis a été hospitalisé de nombreux mois placé sous des médicaments qui ont pu laisser croire qu’il était fou. Il vient de rentrer à la propriété familiale. Outre son père, il retrouve sa belle-mère, Sandra, la deuxième épouse d’Henri que celui-ci n’aime plus. Il y a également le frère de celle-ci, Philippe qui ne travaille plus et squatte la demeure de famille. Enfin il retrouve sa femme mais Marie Laure ne supporte plus son mari qu’elle traite de débile et auquel elle se refuse désormais
Seule Fanny Crawley, la mère de Marie Laure, veuve, présente un peu de compassion pour Ludovic. C’est sous son influence que Henri a fait sortir Ludovic de l’hôpital. Elle vient à la Cressonnade rendre visite à sa fille. Elle est sollicitée pour organiser une réception au cours de laquelle Ludovic  devrait retrouver sa place dans la société. Son arrivée va mettre en émoi ce petit monde bourgeois dont les membres vivent l’un à côté de l’autre sans communiquer.
Une histoire banale, des personnages peu intéressants. Françoise Sagan était-elle sans inspiration quand elle a écrit ce roman ?
Dans la préface, Denis Westhoff, fils unique de Françoise Sagan et dépositaire de sa succession, indique avoir lui-même repris et corrigé le texte dont le manuscrit retrouvé deux à trois ans après l’acceptation de la succession  était  privé de certains mots, parfois de passages entiers» et être passé outre à l’avis de l’éditeur Jean Marc Roberts, qui lui avait déconseillé de publier le texte inachevé et incohérent.
Le lecteur comprend que ce texte rédigé en fin de vie par Françoise Sagan, alors qu’elle était en proie à d’importants problèmes financiers et qu’elle reconnaissait elle-même avoir perdu tout goût de l’écritur,e aurait dû rester dans le carton où il se trouvait.
Jean –Philippe BLONDEL  (Ed Buchet–Chastel – 266 pages)
L’auteur, lui-même professeur, père de deux enfants, nous raconte l’histoire d’une bande d’enfants et de leurs parents, des enseignants du primaire, habitant un groupe scolaire en province.
Les parents sont empêtrés dans leur vie familiale et s’endorment sur leurs lauriers. L’Éducation Nationale leur envoie un «prof innovateur» qui pour eux ne peut être qu’une taupe. La taupe va faire bouger les choses mais pas qu’à l’école.
Tableau d’une époque révolue dans un monde en pleine mutation.
Une chronique des années 70 réjouissante, riche d’événements et de traditions oubliées.
Une chronique douce amère emprunte de tendresse et d’émotions.
Une fine analyse d’une société où la jeunesse est prête à prendre le relais de leurs ainés.

B A

Miriam TOEWS : Ce qu’elles disent (Ed Buchet Chastel – 225 pages)
Traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint Martin et Paul Gagné
Une communauté mennonite installée en Bolivie depuis 1950 a été bouleversée par une série de viols commis par des membres de cette même communauté, obligeant pour la première fois la police et la justice à intervenir.
L’auteur elle-même élevée dans les principes de la religion protestante dénonce l’horreur subie par ces femmes paralysées par un anesthésiant vétérinaire à la belladone. Et c’est en donnant la parole  à ces femmes sur trois générations, femmes se référant continuellement à la Bible qu’elles s’expriment, doutent, se mettent en colère, jurent, hésitent sur le sort réservé aux hommes qui vont revenir au village. C’est un grand moment d’inquiétude, de questionnement, de sororité avec l’auteur. Partir ? Fuir le monde des hommes violents, arrogants, méprisants ? S’affranchir du carcan de la religion ? Que deviendront-elles dans un monde dont elles ignorent le fonctionnement ? Qu’adviendra-t-il des jeunes garçons adolescents ? C’est une cacophonie orchestrée par Gus l’instituteur lequel recueille tous leurs propos et se permet quelques apartés.
Il est rare de lire un livre si poignant et réaliste. Le lecteur plonge dans un monde parallèle dont les règles sont celles de Dieu, il y a donc de la stupéfaction, du rejet puis de la curiosité pour ces mennonites s’exprimant toujours dans un dialecte germano-hollandais, durs travailleurs de la terre et malgré leurs différences bien acceptés par les boliviens.
Sébastien SPITZER : Le cœur battant du monde (Ed  Albin Michel – 445 pages)
Sébastien Spitzer s’est emparé de l’histoire de Karl Marx, réfugié à Londres où il rédige à la petite semaine son grand et révolutionnaire ouvrage « Le Capita »l. Nous sommes en 1850, le peuple souffre, travaille dans les usines, surtout le coton récolté dans les états du sud des États Unis. Tout irait bien si la guerre de Sécession ne venait troubler cet équilibre. Le sud perd la guerre et ses esclaves, le coton n’est plus récolté, c’est la crise, les filatures anglaises ne sont plus approvisionnées, les usines ferment, c’est la grande misère.
Une jeune femme Charlotte prend en charge un enfant illégitime ; irlandaise, elle attend le retour de son mari parti en mer mais jamais revenu. Cet enfant recueilli, Freddy, sera son salut, c’est le fils miracle, mais d’où vient-il ? Quel est son père ? il y a bien un mystère autour de cet enfant qui grandit, dévoué corps et âme à sa mère. Mais comment l’élever sinon en accueillant régulièrement des hommes plus ou moins généreux. Le mystère s’épaissit quand Freddy devient l’objet de surveillance. Il y a Engels, l’ami argenté de Marx, bourgeois co-auteur avec lui du Manifeste du parti communiste, Malte le médecin accoucheur pourvoyeur de petites pilules euphorisantes, Karl Marx le maure ainsi désigné à cause de son teint sombre et sa chevelure et sa barbe très noires, sa femme la riche et hautaine baronne von Westphalen et leurs filles, tous ces personnages sont liés autour du mystère de la naissance de Freddy. Et avec les années qui passent Freddy devient l’objet d’une chasse à l’homme car il a la mauvaise idée de trop ressembler à son père.
Sébastien Spitzer offre au lecteur une peinture réaliste de l’extrême précarité des ouvriers, de la guerre ouverte entre les irlandais nationalistes écrasés sous le joug de la Grande Bretagne, des idées de l’exploitation du capitalisme sur les classes populaires développées par Marx et Engels. Cette fresque bien documentée manque parfois de cohérence ou de vraisemblance, les raccourcis historiques notamment nuisent à l’unité du roman, c’est toutefois une lecture agréable.

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Siri HUSTVEDT: Souvenirs de l’avenir (Ed Actes Sud – 325 pages)
Traduit de l’américain par Christine Le Bœuf.
L’auteure, la soixantaine est amenée à s’occuper de sa mère dont la mémoire flanche et qu’elle va placer dans une maison de retraite. Elle  range, trie ses papiers, ses propres souvenirs et se confronte à son passé de jeune fille intellectuelle de vingt-trois ans dans les années 78 à New York et à ce qu’elle était à cette époque. Elle retrouve ses bonheurs mais aussi ses révoltes contre la violence des hommes ; les changements insidieux  qui la font s’égarer par rapport à ce qu’elle est devenue. Elle nous fait traverser ses fantasmes, ses doutes, ses idées et leurs contraires à travers tout ce que la mémoire transforme et déforme. Étrange livre sur la mémoire et les cheminements ou tout existe et son contraire un peu comme ce titre véritable oxymore.
La lecture est un peu laborieuse dans l’enchevêtrement des récits, des narrations, alternant entre passé et présent, écrits de carnets et ébauches de dialogues ou de monologues délirants. Le livre est d’ailleurs écrit en polices différentes, adapté aux méandres de l’esprit de  l’auteure et même entrecoupé de dessins, d’ébauches sommaires et très aériennes.
C’est un passé recomposé pour un avenir où tout est remis en question.
René FREGNI : Dernier arrêt avant l’automne (Ed Gallimard – 165 pages)
Retrouver René Frégni à travers ses romans est toujours un plaisir renouvelé tant il est imprégné de cette haute Provence qu’il aime et qui l’inspire. Et ce n’est pas ce dernier roman paru chez Gallimard «Dernier arrêt avant l’automne» qui fera exception à la règle car à travers son intrigue «son pays» est là, omniprésent. D’ailleurs tout commence par là…
Le narrateur, un écrivain (?) en manque d’inspiration et d’argent, répond à une annonce qui recherche un gardien dans un monastère.
Un monastère inhabité depuis longtemps, quelque peu délabré avec un terrain en friche.
Mais il accepte l’offre sans avoir vu le richissime et mystérieux propriétaire qui lui verse royalement mille euros par mois sans jamais demander des comptes.
Dès son installation précaire, il retrouve avec délice et nostalgie, la nature qu’il hume, qu’il admire, qu’il vit au jour le jour tout en jardinant et bricolant dans une solitude salutaire, avec pour tout compagnon un chaton qui est venu s’installer chez lui et avec lequel une grande tendresse va naître. Il le baptise Solex car il ronronne comme un vélomoteur.
Les souvenirs d’enfance remontent à la surface et il retrouve la paix, la sérénité. L’inspiration peut-être ?
Jusqu’au jour où, débroussaillant les tombes des moines, il découvre une jambe humaine.
En quelques secondes, il bascule dans l’horreur et la peur, prévient les gendarmes mais décide malgré tout de rester au domaine.
Qui est le cadavre dont on ne trouve plus la jambe qui a entretemps disparu ?
Qui est le meurtrier et rode-t-il autour du domaine ?
Par son écriture imagée et poétique, René Frégni nous balade dans cette nature qui commence à sentir les prémices de l’automne. On y navigue avec lui en toute sérénité jusqu’au moment où le roman bucolique devient un thriller  jusqu’au coup de théâtre final inattendu.
Une belle plume que celle de René dont on sent tout l’amour qu’il porte à sa Provence qu’il décrit par de belles envolées lyriques et qui nous entraîne dans cette aventure pas banale, empreinte de suspense.

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Valentin MUSSO : Un autre jour (E. le seuIl – 311 pages)
Adam Chapman architecte de 41 ans est dévasté quand il apprend que son  épouse vient d’être violée et assassinée sur la plage où elle avait l’habitude de faire son jogging matinal.
L’enquête se met en place : Le drame se déroule en cinq actes. Au premier le décor les personnages sont posés : le mari, les parents, la sœur, tous effondrés, sont campés.
Puis l’époux  Adam se démarque, impressionné par des évocations, des confusions, des sentiments issus du réel et de l’irréel.  Il s’égare  et se perd dans une situation instable.
La perte de la notion des jours, des souvenirs, des épisodes vécus ou non le rend fragile et suspect. Entre alors en lice l’action de la police, des médecins, psy et autres et tout s’emballe. Renversement de la situation pour aboutir à une fin…  renversante !
C’est le thriller, le suspense généré par l’étrangeté des évènements. Suite à un épisode somme toute assez banal de meurtre sexuel, on aboutit à une intrigue bien menée qui rend le roman passionnant et inattendu. Grâce à une écriture fluide et sans détour on est porté par l’action même si les personnages manquent un peu de consistance au début.
Arturo PEREZ REVERTE : Eva, Une aventure de Lorenzo Falco (Ed.Seuil – 405 pages)
Eva est le deuxième épisode d’une suite romanesque consacrée par l’auteur à l’agent secret Lorenzo Falco durant la guerre civile espagnole. Falco a la petite quarantaine, dandy gominé et sanglé dans son costard  à rayures. Il traverse des péripéties houleuses alors qu’il se trouve à Tanger dans les années 35-40 aux prises avec les malfrats des bas-fonds marocains qu’il doit convaincre de trahir afin de récupérer le chargement d’un cargo républicain transportant trente tonnes d’or via l’Union Soviétique.
Toujours invaincu il les écrase tous comme il séduit toutes les femmes et les met dans son lit.
Roman très stéréotypé et daté dans l’époque des années quarante, l’atmosphère est parfaitement rendue avec tous les poncifs des gros machos et des malfrats guindés. Toujours très bien écrit, très enlevé mais on a de la peine à y croire et à éprouver une quelconque empathie pour ce Falco brutal, violent et fourbe.

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Jean LE GALL : L’île introuvable (Ed.Robert Laffont – 420 pages)
Quand un éditeur et directeur de collection prend la plume pour dresser un état de la littérature contemporaine, cela donne  L’île introuvable».
Un lecteur, naïf et confiant, penserait trouver dans ce roman matière à s’évader d’un quotidien routinier. A tort ! Sous ce titre, prometteur d’aventure, se cache, à notre grand désarroi un plaidoyer pour sauver le monde de l’édition et ses écrivains de la médiocrité ambiante.
«Le roman d’aujourd’hui n’est pas si mauvais en somme, c’est le choix des lecteurs qui est catastrophique» écrit Jean Le Gall. Dont acte !
Une intrigue existe cependant dans ce récit, mais nous laisse perplexe. Sans doute faudrait il reprendre notre lecture, la dernière page tournée (énigmatique elle aussi dans sa formulation) : «Alors dites moi ce qui distingue ce roman, ce qu’il apporte à la littérature.
-Ah la littérature !
-…Oui ?
-La littérature… mais la littérature ma chère…» en sont les dernières phrases.
Nous comprendrons que ces réflexions s’adressent désormais à un public averti, réservé aux gens de lettres, dotés de références littéraires.
Le lecteur lambda s’ennuiera donc et passera certainement à coté des critiques, citations et anecdotes évoquées dans le roman, qui peuplent le monde des écrivains.
De ces quatre cents pages, il reste néanmoins les personnages. Au nombre de trois, pour les principaux, nous retiendrons Olivier Ravanec, journaliste et écrivain, en mal de créativité après avoir connu un premier succès. Puis Dominique Bremmer éditrice à forte personnalité. Enfin Vincent Zaïd amant de Dominique, sorte de voyou, roi de la nuit, collectionneur de femmes et riche à millions.
Jugé et emprisonné, pour meurtre, Vincent laissera le champ libre à Olivier, qui à son tour, deviendra l’amant de Dominique.
Rien de plus simple en apparence, une histoire d’amour à trois, avec, en prime, le récit de la vengeance du truand qui voudra perdre et éliminer son rival et sa maîtresse sur L’île introuvable» où il a trouvé refuge.
Mais qui l’eut cru, l’abominable Vincent Zaïr, en prison, se sera pris d’affection pour la littérature, tout particulièrement pour le roman d’Alexandre Dumas dont il possède une bibliothèque entière remplie de toutes les éditions du « Comte de Monte Cristo » !
Il aura fallu beaucoup de vigilance pour suivre l’intrigue de ce roman ou finalement seuls comptent les exercices de style (digressions jeux de mots et ruptures de rythme) et les idées sur la politique culturelle française d’un professionnel de l’écriture.
Surprenant, inclassable et résolument déstabilisant !
Eric-Emmanuel SCHMITT : Journal d’un amour perdu (Ed Albin Michel – 256 pages)
Éric Emmanuel Schmitt publie un ouvrage tiré du journal qu’il a tenu pendant les deux années qui ont suivi la mort brutale de sa mère Jeannine, à l’âge de 87 ans, dans son appartement lyonnais. Il nous fait partager cette période douloureuse de son existence et se livre entièrement au lecteur sans fausse pudeur.
On découvre l’amour exclusif, quasi fusionnel qui l’unissait à sa mère. On s’émerveille de la relation exceptionnelle qui existait entre ces deux êtres. On comprend la détresse intime, le cafard, les envies suicidaires, les larmes de cet homme. On le suit pendant sa dépression. Ce fils orphelin s’est autorisé à vivre pleinement son chagrin, à se réfugier pendant de longs mois dans le souvenir de cette mère «solaire» qui a illuminé sa jeunesse. Elle lui a transmis le culte des arts, de la littérature, le goût des voyages, le sens de l’humour, l’amour des chiens et une bouche pour la gastronomie. Depuis l’enfance, sa vie grandissait du récit qu’il lui en faisait quotidiennement. Il a continué de lui parler dans son journal. Il fallait qu’il sorte de sa dépression en mémoire de cette mère qui lui a tant donné car comme dit Alain : «Ce qu’on peut faire de mieux pour ceux qui nous aiment, c’est encore d’être heureu ». Il est donc revenu à la vie par son travail d’écrivain et sa passion pour le théâtre.
Deux ans après la disparition de sa mère, l’auteur décide de faire un livre de son journal de deuil qui ne parle pas de lui mais de nous tous, confrontés aux mêmes épreuves, un jour où l’autre, avec la perte de nos parents. Car si l’écrivain n’a pas le pouvoir de ressusciter les êtres, il peut leur rendre la vie par les mots.
La forme du journal est originale. Avec une tendresse infinie et un talent délicat, l’auteur alterne de belles et profondes réflexions, brèves et isolées, que l’on a envie de noter, des questionnements sur le sens de la vie et de la mort et le récit des évènements. C’est un hymne à la vie.« Guérir du chagrin, c’est donner un autre statut à ses souvenirs, c’est enrichir ce qui est présent de ce qui a été. » dixit l’auteur.
Un livre beau et puissant.

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les Mondes Magiques d’Okel (Ed les rêves d’Ily)
En ces fêtes de fin d’année, pléthore de livres pour enfants sortent dans toutes les maisons d’édition.
Nous avons choisi une jolie collection, «Les mondes magiques d’Okel», Okel étant une petite fille qui se projette dans  des aventures surprenantes, des mondes magiques que sont ses jouets.  Des histoires drôles, farfelues, des personnages loufoques qui entraînent les enfants dans un monde intemporel et que même les tout petits apprécieront… si tant est que leurs parents voudront bien les leur raconter. C’est une collection imprimée en France qui comprend déjà quatre petits livres, tous plus beaux les uns que les autres, dont les histoires sont écrites par Fatiha Messall et les très belles illustrations sont signées Johanna Crainmark.
En voici deux : «La princesse Tralala et la sorcière Ras-le-Bol» qui entraîne Okel dans un monde aventureux avec une jolie princesse magicienne et une sorcière pas très futée.
«La guerre des peluches» Okel va se retrouver à devoir sauver des peluches qui sont prisonnières d’un extra-terrestre nommé Frisbi. Seul un magicien peut l’aider, encore faut-il qu’elle le trouve.
Grâce à Fatiha et Johanna, faites entrer vos enfants ou petits enfants, dans le monde magique d’Okel, un nouveau petit personnage bien sympathique.

 

La fiction télé pour les fêtes

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France 3
Samedi 28 décembre 21h05
MEURTRES à TAHITI
Avec notamment : Jean-Michel Tinivelli (Philippe Toussaint), Leslie Medina  (Mareva Umaga), Alban Casterman (Denis Martin), Tepa Teuru (Tamatoa)
Avec la participation de Vaimalama Chaves (Miss France 2019)
90 minutes
Réalisateur : François Velle
Ecrit par Fabrice de Castil & Sandra Tosello

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Quand les légendes et rites mythologiques viennent troubler les eaux cristallines de l’Océan Pacifique …
Au lieu-dit de Teahupoo, sur l’île de Tahiti, il n’y a pas que des surfeurs attirés par  la vague la plus dangereuse du monde».
Il y a aussi un meurtrier dont le mode opératoire s’inspire de rites insulaires mythologiques.
Suite à la découverte du corps mutilé d’un homme sur le site du temple sacré d’Oro, sont dépêchés sur place la lieutenant de police Mareva Umaga, jeune Tahitienne qui tente par tous les moyens de cacher son pédigrée familial, et le commandant Philippe Toussaint, un homme un peu cabossé par la vie, fraîchement muté à Tahiti.
Sauront-ils se faire assez confiance pour arrêter à temps celui qui a décidé de réveiller la colère d’Oro ?

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France 2
Lundi 30 décembre 21h05
LA SAINTE FAMILLE
Avec : Stanley Weber (Charles), Mathilde Ollivier (Claire), Dominique Labourier (Madeleine), Gérard Desarthe (le Cardinal Lombard), Alain Chamfort (Père Etienne), Stéphane Pézérat (Père Daniel), Annick Blancheteau (La mère supérieure)
90 minutes
Réalisatrice : Marion Sarraut
Scénario, adaptation et dialogues de Jacques Kirsner,

6 LA SAINTE FAMILLE

C’est l’histoire d’une famille catholique traditionnelle, implantée dans le Nord de la France. Une famille intimement liée à une Eglise confrontée à la modernité engagée par le Pape François. Madeleine Waquin-Fournier dirige le clan. Charles, fils de cette famille et brillant jeune prêtre promis à un grand avenir, tombe amoureux d’une jeune novice…

Musique – Mes coups de cœur

J’ai toujours aimé la musique, les belles mélodies, qu’elles soient classiques ou modernes, les belles voix, qu’elles soient d’opéra ou de la variété. Et me voilà servi en cette fin d’année avec quelques CD qui m’ont particulièrement marqué et je je voulais partager avec vous.

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Vladimir COSMA « 24 caprices pour mandoline solo » (Larghetto Music)
Vladimir Cosma est un musicien et compositeur de légende que j’ai eu la joie de rencontrer et qui plus est un homme d’une grande simplicité. Il est surtout connu pour ses nombreuses musiques de films à succès comme «La boum», «Rabbi Jacob», «La gloire de mon père», «Diva», «L’amour en héritage», «Dîner de cons», «Le père Noël est une ordure» et bien d’autres célébrissimes musiques.
Il a multiplié les expériences musicales, écrivant des chansons, collaborant avec des orchestres symphoniques où il nous a offert de sublimes envolées lyriques.
Cette fois, il nous offre un disque on ne peut plus intimiste où il a quitté son piano et sa baguette de chef d’orchestre… pour une mandoline qu’il partage avec un autre célèbre mandoliniste : Vincent Beer-Demander.
A l’instar d’un Vivaldi ou d’un Paganini, il nous propose 24 caprices, tous tirés de ses propres musiques où l’on retrouve tous ses plus grands succès façon classique et c’est à la fois original, magnifique et joyeux Si on ne les connaissait pas par cœur, on pourrait penser que ces musiques nous viennent d’Antan, car c’est de la véritable musique classique que l’ami Vladimir nous propose.
Et pour couronner le tout, une pochette fort originale nous prouve l’humour que ce bel homme de près de 80 ans qui est resté un grand enfant passionné de musique.

GAROU «Soul City» (Universal)
A sa manière, Garou est une grande voix, loin du classique, une voix éraillée c’est vrai, mais reconnaissable entre toutes et inoubliable voix de Quasimodo dans la comédie musicale «Notre Dame de Paris»
Ce québécois tombé en amour avec la France, a voulu rendre hommage à la Tamla Motown qui fête ses 60 ans et qui berça nos années 60 de rythm’n’blues et de soul.
Créée par Berry Gordy, celui-ci  a fait éclater la black music avec un son unique et fait découvrir nombre de chanteurs noirs comme Diana Ross et les Suprêmes, la famille Jackson, Stevie Wonder, les Four Stops, Martha and the Vandellas, Marvin Gaye, The Temptations, Les Pointer Sisters, Lionel Ritchie et bien d’autres et quelques magnifiques auteurs et compositeurs comme Lamont Dozier, les frères  Holland, Norman Whitfield…
Les tubes mémorables, il y en a à la pelle, créés par ces artistes mais repris par d’autres, et qui ont fait le tour du monde. Le choix de Garou s’est porté sur 13 tubes incontournables comme «It’s the same old song des Four Stops (que Cloclo a repris sous le titre «C’est la même chanson»), «Reach out i’ll be there», des mêmes Four Stops et du même Cloclo sous le titre «J’attendrai», «You can’t hurry love» des Suprêmes et encore Cloco avec «Des filles et des fleurs», «My girl» de James Newton avec encore qui ? Cloclo sous le titre «Ma fille» mais aussi Nancy Holloway sous un autre titre «Bye bye».
Un monument : «Dancing in the street» créé par Martha and the Vandellas mais repris cent fois entre autres par Pétula Clark, le duo David Bowie/Mick Jagger, The Mamas and the Papas, Phil Collins, Little Richard, The Who, Neil Diamond…
Bref, que des tubes à qui Garou redonne une nouvelle jeunesse et un nouveau son musical que sa voix transcende dans une atmosphère joyeuse et nous montre que les bonnes chansons traversent les âges. Grâce à lui un nouveau public va les découvrir… Et c’est du solide !

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Jean-Baptiste GUEGAN «Puisque c’est écrit» (Sony Music)
Johnny ressuscité ? On pourrait le croire en fermant les yeux et en écoutant ce phénomène qu’est Jean-Baptiste Guégan, non pas sosie mais clone vocal de Johnny, de la voix chantée à sa voix parlée… Bluffant !
On n’en fera pas des tonnes sur lui qui, en quelques mois, a pulvérisé les ventes d’albums et rempli des zéniths comme au bon vieux temps de l’idole disparue.
Du coup, en voici un qui est content : Michel Mallory, qui a retrouvé la voix de son ami et lui a refilé les chansons qu’il lui avait écrites avec son fils Jean-Thomas. Rien, à changer, du rythme à la tessiture, juste changement de mec… et ça marche !
L’expression «Bon endroit au bon moment» a dû être créée pour lui qui s’est présenté à l’émission «Incroyable talent», qui a fait pleurer le jury qui croyait retrouver Jojo et qui a estomaqué un public qui, fidèle à Johnny, a reporté son amour sur Guégan !
Il est vrai aussi que les Mallory ont fait du sur mesure et que les chansons accrochent et sont impeccablement servies. Et en plus il est beau gosse et n’essaie pas de ressembler physiquement à Johnny comme les font ces pathétiques sosies !
Espérons que le feu qu’il a allumé dans le cœur des fans qui retrouvent leur idole disparue, ne s’éteindra pas trop vite et que Jean-Baptiste trouve sa route personnelle.

Johnny HALLYDAY «Johnny symphonique» (Panthéon)
Pour le coup, c’est bien lui, revu et corrigé par le magicien de la musique, Yvan Cassar.
Johnny rêvait, paraît-il, d’enregistrer avec un orchestre symphonique. Cassar l’a fait avec 70 musiciens, 42 choristes et le London Symphonic Orchestra. Et c’est du grand, du très grand Johnny dont les musiques ont été choisies par Yvan Cassar après avoir écouté nombre de versions chantées par l’idole au mieux de sa voix et de son charisme.
C’est tout simplement magnifique et «Diego», «Que je t’aime», «Non, je ne regrette rien», «Requiem pour un fou», «Vivre pour le meilleur», «L’envie», toutes prennent souffle, une amplitude, une force encore plus grandioses que ses concerts live et Dieu sait si pourtant il dégageait sur scène, le Johnny.
En fait, on retrouve le Johnny qu’on a aimé, qu’on aime et qu’on aimera toujours avec en plus des orchestrations semi-classiques dues au génie d’un Cassar qui connaissait bien son chanteur pour l’avoir accompagné. Et voilà qu’il l’accompagne somptueusement, pour un dernier concert.

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Sarah BRIGHTMAN «Hymn» (Universal)
Cette soprano britannique aux trois octaves est une voix venue du ciel. Comédienne de théâtre, star des comédies musicales dont «Cats» ou d’opérettes (La veuve joyeuse), danseuse, elle est dans la pure tradition de ces artistes anglaises ou américaines qui savent tout faire .
Elle a déjà vendu des millions de disques et pourtant en France on a l’air de la découvrir grâce au duo qu’elle vient d’enregistrer avec Vincent Niclo «Sogni» qu’on retrouve sur les deux disques. Le douzième de l’artiste.
Elle a choisi pour ce nouvel album intitulé «Hymn», des thèmes d’opéra connus mais par forcement chantés par des femmes. Mais avec sa voix, elle peut s’attaquer à quelque chant que ce soit. Du coup, elle passe sans problème de Morricone à Franz Lear, de John Lees à Yoshika Hayaghi.
Une très belle version de «Quand te partiro» d’Andrea Boccelli entre autres mais un superbe album dont la voix sublime est accompagnée par le London Symphonic Orchestra (comme Johnny !)

Vincent NICLO  «Ténor» (Warner)
Vincent Niclo, c’est, avec Pagny, la plus belle voix qu’on ait en France.
C’est aussi, plus que Pagny, un homme d’une extrême élégance.
C’est encore un chanteur hors normes, multi-styles qui nous chante aussi bien de la variété que de l’opéra en passant par l’opérette, les chansons de crooner, le tango ou les musiques de Michel Legrand ou encore les nombreuses comédies musicales qu’il a interprété (Autant en emporte le vent, entre autre).
Il sait tout chanter et surtout, tout bien chanter et ce nouveau disque «Ténor» (Warner) ne me contredira pas puisqu’il passe de Verdi à Saint-Preux, de Haendel à Tchaïkovski, de Ravel à Puccini, nous proposant un éventail de thèmes connus et quelques duos remarquables : «Le chœur des esclaves» de Verdi avec Nana Mouskouri, «La sarabande» de Haendel accompagné par les merveilleuses sœurs Berthollet, un extraordinaire Christmas  avec le fabuleux Placido Domingo, un inattendu «Boléro de Ravel», façon incantation africaine avec Angélique Kidjo et… un improbable duo : «Loin d’ici» (que Dalida a chanté sous le titre «Fine la comédie») avec Laetitia Milot, loin d’avoir la voix d’une diva mais plutôt de Jane Birkin. Le problème est que Jane chantait avec Gainsbourg et que Laetitia chante avec un ténor avec lequel elle ne fait pas le poids. Mais le clip est joli !
Ce disque est un enchantement, enregistré à Abbey Road. Jusqu’à la pochette noir et or avec un beau Niclo en nœud pap ‘s… L’élégance jusqu’à la fine moustache à la Reth Butler !

Jacques Brachet

Six-Fours : Jean-François MUTZIG et Frédéric MASSE
invités du Club Phot’Azur

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Jean-François Mutzig est journaliste et photographe. Après avoir suivi une école de photos à Lille et avoir été laborantin, il choisit de venir s’installer en Provence où il travaillera pour Nice Matin et pour le Dauphiné. Passionné d’animaux et de leurs relations avec l’humain, il consacrera quinze ans de sa vie aux éléphants d’Asie, pays qu’il parcourra avec son complice Frédéric Masse, responsable logistique, qui partage cette passion et avec lequel il créera l’association «Les clichés de l’aventure»
Tous deux étaient invités par le président de l’association «Phot’Azur», Henry Chich et son épouse Francine, présidente de l’Union Régionale PACA de la Fédération Française de Photographie.
Ils nous présentèrent des photos de ces animaux dont ils sont littéralement tombés amoureux. «Des photos – précise Jean-François – que je ne considère pas comme des photos d’art car je reste journaliste et ce sont des reportages en noir blanc. Le noir est blanc fait partie de ma formation et lorsque je prends une photo, je la vois en noir et blanc»

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Hormis cette précision, il a été effectivement plus question d’éléphants que de photos mais celles-ci, parlantes et superbes, nous ont montré comment sont traités les éléphants d’Asie qui sont domestiqués depuis quelque 5000 ans et ont des relations différentes et chaotiques avec l’Homme. Il peut y avoir de très belles relations avec l’homme mais nombre d’entre eux, dans la jungle de Birmanie en particulier sont souvent exploités, maltraités, par des cornacs violents. Heureusement que sur les huit pays différents qu’ils ont traversés, nos deux aventuriers ont rencontré de belles relations avec cet animal.
Par contre, ils ont de moins en moins le temps de se reproduire dans la mesure où ils travaillent trop. Il y en a donc de moins en moins, d’autant que la surpopulation fait qu’il y a de moins en moins de forêts, ce qui nuit à ceux qui sont encore à l’état sauvages. D’autant que ceux-ci, dans certaines régions, sont pourchassés, non pour leurs défenses car l’éléphant d’Asie n’en a peu ou prou mais pour des vertus médicinales qu’utilisent les Chinois en particulier, avec leur peau. Leurs viscères…
Suite à ce reportages, nos deux compères nous ont offert un reportage très différent, «Des chevaux et des hommes» sur des poneys de Galice en voie de disparition, qui vivent à l’état sauvage mais qui, une fois par an, sont rassemblés pour tondre leur crin et leur donner des vermifuges afin qu’ils restent en bonne santé. C’est une grande fête traditionnelle, à laquelle participent toutes les familles, du plus jeune au plus vieux dans une atmosphère énergique et assez violente, au risque d’accidents pour l’homme car l’animal est assez rétif.

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Un petit bémol : que ces photos ne soient pas commentées à la projection car ce n’est pas un diaporama d’art où tout commentaire est inutile, c’est avant tout un reportage et l’on devra attendre les explications après le reportage photo.
Enfin, troisième reportage, «Pêcheurs d’Asie» qui montre deux façons d’appréhender la pêche au Cambodge et au Sri Lanka en particulier : celle qui est un moyen de subsistance de nombreuses familles et celle, industrielle qui rafle des tonnes de poissons pour en faire de la farine animale en partance pour le Brésil.
Si faire des photos avec les premiers fut facile, avec les seconds, ils furent souvent interdits de photographier et approchés pour qu’ils effacent leurs photos. C’est en rusant qu’ils purent ramener ce reportage.
Aujourd’hui si Jean-François et Frédéric restent fidèles à leurs éléphants, ils sont toujours par monts et par vaux pour de nouveaux reportages dont la thématique reste inchangée : les rapports entre les animaux et l’Humain et ils ne sont pas en manque de sujets !
A noter que Jean-François s’est vu décerner en 2015, la médaille de Chevalier des Arts et Lettres par Fleur Pèlerin alors ministre de la Culture pour son reportage sur «Les éléphants et les hommes». Par ailleurs, de nombreux prix ont été décernés à nos deux amis pour divers reportages et photos. Ils organisent des stages et ont écrit plusieurs livres sur leurs voyages à travers le monde.

Jacques Brachet

Le Bruit des Hommes : « Appelez moi George Sand »

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La Compagnie le Bruit des Hommes, qui, depuis plus de 30 ans, fait vivre le théâtre dans l’aire toulonnaise et au delà, propose sa nouvelle création : « Appelez moi George Sand .» Au départ ils voulaient simplement l’intituler « Appelez moi George », mais ce titre aurait été trop ambigu. Spectacle conçu et mis en scène par Yves Borrini avec deux comédiennes, Maryse Courbet et Flore Seydoux, et une harpiste, Elodie Adler
Yves Borrini, pourquoi et comment ce choix ?
On cherchait un projet pour la saison. Le nom de George Sand s’est présenté à nous car elle avait des liens avec Toulon, Tamaris, le Revest, ayant séjourné ou s’étant promené dans ces lieux qu’elle trouvait splendides. Nous nous sommes plongés dans l’œuvre immense, et la vie de George Sand (1804-1876). Nous avons découvert une littérature, belle et très forte. Une personnalité extraordinaire, bonne, intelligente, engagée politiquement. Une femme magnifique. Une féministe exemplaire, avec une vie qui est un vrai roman. Tout le monde connaît, ou du moins a entendu parler de ses amours avec Chopin, Musset, et d’autres. Il y avait là un personnage parfait pour la scène.
De plus dans son « Journal d’un écrivain » Dostoïevski lui consacre 20 pages d’éloges, disant qu’elle tient la première place parmi les écrivains nouveaux. On oubliera les calomnies de Baudelaire et de Barbet d’Aurevilly.
Vous avez repris la formule avec une harpe comme avec « Harpoe, l’étrange Monsieur Edgar Poe » ?
Oui, cela nous permet d’intégrer de la musique, d’autant que Flore Seydoux est non seulement comédienne mais chanteuse lyrique. Nous avons choisi un large éventail d’extraits d’œuvres musicales, Chopin bien sûr, mais aussi Couperin, Debussy, Mozart, Kurt Weil, Séverac, un compositeur du début du XX° siècle, Germaine Taillefer et même un air de la Traviata de Verdi que nous massacrons. (Sourires.)
Comment avez-vous conçu votre montage ?
Je n’ai pas voulu faire une biographie exhaustive, ce qui risquait d’être très ennuyeux. J’ai eu l’idée de progresser par portraits, en puisant dans l’œuvre, dans la biographie et dans son immense correspondance. Ce qui me donnait une grande liberté de choix et de mise en scène. J’ai écrit certains passages, me voilà plagiaire de George Sand !
Sur la scène la harpe trône dans toute sa beauté côté cour, une table côté jardin, une valise au centre, des paravents noirs en fond ; un décor minimaliste mais suffisant pour matérialiser les différentes scènes, avec aussi l’aide de déplacements d’objets. Ces scènes sont courtes et s’enchaînent sans hiatus. Maryse Courbet campe George Sand avec charme et bonheur, ainsi que d’autres personnages. Eléonore Seydoux habite avec fougue et vérité une foule de personnages, se révélant parfaite chanteuse et soprano lyrique en divers styles et diverses langues. Quant à la harpiste, elle aussi allie ravissement et intériorité dans ses différentes prestations.

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On va partager de nombreux moments de la vie de l’écrivaine. Ses rapports conflictuels avec Musset, l’amour avec Chopin, Franz Liszt, Marie d’Agoult, ses révoltes contre la morale bourgeoise de l’époque, le mariage, la position de la femme, son engagement républicain et socialiste, la défense des pauvres, des laissés pour compte, ses voyages, Venise, Majorque, son amour des oiseaux, des plantes, etc…
Les portraits sont ponctués ou séparés par l’intervention de la harpe, ou de chants par Elodie. Elle chantera même en duo avec Maryse. La pièce se termine par les réflexions de George Sand sur les beautés de notre région : Le Revest, Toulon, le Gapeau, et surtout Tamaris. Le tout entrecoupé de lectures d’extraits ou de lettres de l’auteure ou de certains de ses correspondants, ainsi que de textes de liaison. Les trois comédiennes musiciennes jouent cette pièce avec une joie et un plaisir évidents et communicatifs.
«Appelez moi George» est un spectacle à la fois littéraire et musical avec une qualité de musique et d’interprétation tant des comédiennes que de la harpiste qui emportent le spectateur sur les rives du plaisir partagé. Voilà une remarquable façon de raconter une auteure avec une légèreté qui n’exclut pas la profondeur, au contraire ! Et aussi l’occasion de se plonger, ou de se replonger, dans l’œuvre de « La bonne dame de Nohant ».

Serge Baudot
*La pièce sera donnée à l’auditorium  de la Médiathèque Louis Aragon à la Garde le jeudi 19 décembre 2019 à 18h 30. Entrée libre.

Six-Fours – Maison du Cygne
De Fouque à Cartereau… Deux mondes différents !

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D’un côté, la tradition, la magie toujours renouvelée de la crèche provençale.
De l’autre, le monde fantasmagorique d’un artiste inspiré.
Qui aurait pu penser que deux mondes aussi différents se côtoient un jour ?
C’est ce qui se passe à la maison du Cygne où le Pôle Arts Plastiques reçoit Jean-Marie Cartereau et, dans la salle Claude-Henri Pollet les santons traditionnels et célèbres de la maison Fouque !
Fouque, c’est l’incontournable nom des santons d’un sculpteur inspiré, prénommé Paul qui a créé ces petits personnages de nos crèches provençales ancestrales. Quatre générations d’artistes, de Paul à Catherine en passant par Mireille et Emmanuel. Ils nous font chaque année rêver, que l’on soit croyant ou pas et nous offrent au fil des années des nouveaux personnages d’argile, comme ce célèbre «coup de mistral», représentant un berger courbé par le vent qui fait virevolter sa cape.

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Ce sont Isabelle et Georges Dalmas, autres santonniers réputés, qui ont acquis cette crèche de Paul Fouque, qui s’est donc installée à la Maison du Cygne en attendant de prendre sa place définitive à la Villa Simone.
Pour cette inauguration, Isabelle, Georges et Camille Dalmas, ce dernier, petit-fils du couple qui prend la relève, sont venus, accompagnés de Jean-Sébastien Vialatte, Maire de Six-Fours, son adjointe aux Affaires Culturelles, Dominique Ducasse et de nombreux adjoints, tous venus saluer ce couple cher à la commune.
En 2010, la maison Fouque a obtenu le label «Atelier d’art de France», prix mérité puisque portant haut les couleurs de notre Provence en créant ces centaines de petits personnages et représentant tous les vieux métiers comme le berger, le meunier, le boulanger, le garde champêtre et bien d’autres, jusqu’à certains métiers d’aujourd’hui comme le pompier ou le chef de gare venus rejoindre les premiers.
Si l’on regarde bien et surtout si l’on connait le santonnier, on le retrouve dans la crèche où il s’est donné la place de choix, à côté de Joseph, Marie et Jésus !

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Puisqu’on est en Provence, restons-y et découvrons Jean-Marie Cartereau qui expose ses œuvres jusqu’au 12 janvier dans la galerie du Cygne. Il vit à  Carnoules, a fait ses études à l’école des Beaux-Arts de Toulon, remarqué par l’association Elstir qui récompense les jeunes talents. Il expose aujourd’hui , en France, en Chine, en Allemagne, au Canada et bien d’autres pays encore.
Que dire de son œuvre sinon qu’esthétiquement, elle est à la fois somptueuse et originale mais… pas de tout repos !
Il nous offre des paysages tourmentés (Ce n’est peut-être pas pour rien que l’exposition s’intitule «La nature du tourment», des animaux inquiétants issus de son imagination, quelquefois décharnés, un monde effrayant, déroutant, nous faisant penser aux gargouilles, ces fabuleuses statues de Notre-Dame de Paris.
Cartereau nous entraîne dans un autre monde… son monde ? C’est à la fois lunaire, onirique et très photographique car il joue sur les flous, les camaïeux de gris, bleus et beiges.
Une œuvre très forte qui met quelquefois mal à l’aise mais une œuvre maîtrisée, très personnelle, d’une esthétique redoutable.

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A vous de choisir entre l’enfer et le paradis !

Jacques Brachet

Six-Fours… Un Noël Magique !

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«Vous avez vu ? Nous avons fait un effort colossal pour les décorations de Noël !»
C’est la première phrase que nous lance Jean-Sébastien Vialatte, maire de Six-Fours, lors de la rencontre presse. Et il rajoute : «Bien entendu, si la ville est partie prenante, c’est aussi grâce aux associations des commerçants qui se remuent pour que la ville vive et nous offre un beau Noël»
Ces trois associations sont celles du centre-ville «Hello Six-Fours», celle des commerçants du Brusc et celle des artisans et commerçants des Lônes.
Dominique Ducasse, adjointe aux Affaires Culturelles de la ville, précise, après les avoir remerciés, que ces associations œuvrent avec tous les services de la mairie : services technique, culture, communication…

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Cette année, nous pouvons déjà admirer des crèches tout azimut, de l’Hôtel de Ville à la Maison du Cygne en passant par l’Agence Postale du Brusc et la Collégiale St Pierre. A l’hôtel de Ville on peut découvrir les santons d’Isabelle et Georges Delmas, à la Maison du Cygne ce sont les santons Fouque qui, lorsque la crèche sera démontée, viendront prendre place définitivement à la Villa Simone. A la Collégiale St Pierre, la crèche est réalisée par l’association Lou Raioulet.
Pléthore de manifestations donc, aux quatre coins de la commune et toutes ces manifestations, vous les retrouverez sur le site de la ville.
Notons quelques points d’orgue comme, le 7 décembre à partir de 11hn le prix des lecteurs les plus assidus adultes et enfants sera remis à la BDthèque.
Le manège installé place des poilus jusqu’au 7 janvier, va battre son plein dès ce week-end et il est à noter que 3000 tickets ont été offerts aux écoles à raison de quatre tickets par enfant. A ses côtés, se tiendra la Maison du Père Noël auquel les enfants pourront venir apporter leur courrier.

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Le mercredi 11 décembre, espace culturel André Malraux à 15h sera proposé un spectacle de Noël « Le Royaume enchanté » offert à tous les enfants.
Autour du Père Noël avec lequel vous pourrez vous faire prendre en photo , les 21, 23 et 24 décembre, les Lônes vont devenir un quartier pirate où tous les commerçants porteront des tenues adéquates, où seront proposées des promenades en calèche.
Ce mercredi au centre-villei, à l’occasion de la Ste Barbe, nous ferons connaissance avec la nouvelle mascotte SixF’Ours qui vous accueillera avec un chocolat chaud, des jeux de société et des animations diverses.
Le 7 décembre au matin, le marché du centre-ville proposera une castagnade. Et à 18h, la parade de la Saint Nicolas avec distribution de bonbons.
Le 14 décembre à 18h : parade son et lumière « Les anges de la glace ».
Grosses journées les 21 et 22 décembre, avec, de 10h à 12h, déambulation de mascottes. A 10h30, un spectacle folklore ou zumba, à 11h, parade « Luna Rossa ». De 14h à 18h, balade en poneys. Une géode proposera des films, à 16h, place Décugis : spectacle de marionnettes. 17h30, rue de la République : parade Magic Winter. Avec Mickey et Minnie.
Le 14 décembre à l’Espace Malraux, de 9h30 à 19h, un marché de Noël regroupera des artisans d’art, de bouche, une séance photo avec le Père Noël, une tombola et nombre d’animations.
Un carnet de réductions, cadeaux et bons d’achats sera offert durant tout le mois de décembre par une trentaine de commerçants du centre-ville.

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L’élevage de lamas de Six-Fours est aujourd’hui bien connu et apprécié aussi bien des adultes que des enfants. Ils  feront leur entrée le 23 décembre, accompagnés de lutins.
Au Brusc, les 14 et 15 décembre des tas d’animations recevront petits et grands : manège, sculpture de ballons, origami et, de 14h à 18h, une ferme d’autrefois présentera une trentaine d’animaux et les métiers de la ferme. Des ateliers créatifs, festifs et gourmands complèteront cette journée autour de nombreux artistes et artisans locaux qui vous proposeront leurs produits. Des tee-shirts de la ville seront en vente.
Le 22 décembre, castagnade au marché des Lônes avec, à 10h, déambulation de mascottes. A 10h30, concert d’Andréa Caparros. De 14h à 18h, parade « Twirling de Noël » accompagnés des commerçants déguisés; balade en poneys. 15h, concert du conservatoire de musique et 16h, concert d’Andréa Caparros. 17h, déambulation de mascottes.
A 17h30, spectacle de magie, suivi de l’apparition du Père Noël qui arrivera de la mer et sera entouré de la flottille de Lou Capian. Il sera accueilli par la Reine des Neiges et de son ami Olaf et  à 18h, esplanade de la Libération, sera offert un « Conte pyrotechnique et musical ».
Apothéose le 25 décembre où à 18h sera tiré un feu d’artifice à partir de la Batterie du Cap Nègre.

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A noter que, du 20 décembre au 5 janvier, tous les parkings aériens resteront gratuits.
Enfin, un coup des chapeau à tous les commerçants qui jouent le jeu et aux nombreux bénévoles qui encadreront toutes ces manifestations… et les autres, nombreuses, que vous retrouverez sur le site de la ville.

Jacques Brachet

Hyères – théâtre Denis
Concert les Quatre Vents et Three Days of Forrest

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Pour sa session d’hiver Jazz à Porquerolles (partenaire de Jazz sur la Ville) présentait au Théâtre Denis, ce joli petit théâtre à l’italienne dont l’acoustique est un modèle, deux concerts avec deux groupes : Three Days of the Forrest et Les Quatre Vents. Concerts précédés d’un cocktail qui réunissait des personnalités, la presse, le personnel du théâtre et les musiciens.
Three Days of the Forrest, c’est un trio avec une instrumentation rare : une chanteuse, Angela Flahaut, un batteur Florian Satche, et Séverine Morfin au violon alto, instrument rarissime aussi bien dans le jazz, le rock que dans la variété. Et pourtant par sa tessiture grave et a puissance cet instrument devrait y avoir une place de choix. Avec cet alto Séverine assure des parties de basse pizzicato, des tenues, des accompagnements divers, ou un phrasé traditionnel. La chanteuse est assez étonnante ; dans les ballades elle chante avec une voix au charme de celle des chanteuses celtiques (Irlande, Ecosse), et dans les tempos rapides ou les morceaux emportés, elle déploie une puissance rageuse, avec des growls, et des aigus à briser les verres. Florian joue de la batterie tambours battus, à l’africaine, dans une polyrythmie fracassante et un tempo à faire pâlir les métronomes.
Les morceaux reposent sur une mise en musique des textes de poètes afro-américaines dont Rita Dove et Gwendolyn Brooks (elle fut la première Afro-Américaine à gagner le prix Pulitzer). Avec ce trio c’est parfois une tornade qui s’abat sur la scène, avec un engagement, une énergie, une frénésie, une puissance à couper le souffle. On est parfois à la limite de la transe. Difficile de classer cette musique ; c’est du rock, peut-être alternatif, en tout cas c’est l’expression personnelle d’un groupe, qui a trouvé ses voi(es)x. Mais hiatus, il se présente sous Jazz à Porquerolles, pourtant ce n’est en aucun cas du jazz, ni même du free jazz et je comprends mal que ce trio ait été lauréat de « Jazz Migrations 2018 ». Tant mieux pour eux, et ce que je dis là n’enlève rien aux qualités du groupe. Question de vocabulaire, dans un festival Wagner on ne vient pas écouter du Mozart.

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En deuxième partie on revient au jazz avec Les Quatre Vents, bien connus dans la région, d’autant que les quatre musiciens vivent à Marseille. Ce sont Perrine Mansuy au piano, Christophe Leloil à la trompette, Pierre Fénichel à la contrebasse et Fred Pasqua à la batterie, dans un répertoire issu du disque éponyme.
Ce quartette joue ce qu’on pourrait appeler des « suites » où se mêlent écriture savante (Mansuy, Fénichel, Leloil) et improvisation ; ils s’inventent collectivement leur moyen d’expression à quatre voix. Chacun a joué avec pas mal de grosses pointures, et ils ont déjà une discographie qui compte, c’est dire qu’on les attendait et on ne fut pas déçu, au contraire.
Dès le premier morceau « Kin Hin » on baigne dans une atmosphère où règne la beauté des sons, la profondeur de l’expression. Perrine Mansuy, buste droit devant son clavier jouant essentiellement dans le médium et le grave du piano, choix qui donne toute sa chaleur communicative à cette musique. Pierre Fenichel, la tête pratiquement posée sur sa contrebasse, ancre le groupe à la terre ; beau son, impros mélodiques, et une pompe hors des sentiers habituels. Fred Pasqua est un batteur très fin, prévoyant, soulignant, accompagnant les ruptures de rythme, il tient le groupe du bout de ses baguettes. Il nous gratifiera d’un époustouflant solo à la caisse claire et à la grosse caisse, chose devenue rare de nos jours. Quant à Christophe Leloil c’est l’olympien de la trompette. Un son venu de la Nouvelle-Orléans, une virtuosité à toute épreuve, il se ballade sur une grande tessiture avec une puissance égale sur tous les registres, donnant de beaux graves bien ronds, et des aigus  himalayesques. Son phrasé rapide vient en contraste de l’ensemble et procure un décalage qui fait toute la saveur des morceaux.
Qu’on soit sur des tempos lents « Kin Hin ou Time Eats Us Alive » ou médium « Prima Luce » le quartette fonctionne à merveille dans une mise en place et un équilibre parfaits. On a même parfois une musique à tendance descriptive comme « First Light on Muskoka » qui dépeint l’atmosphère du lac Muskoka que Perrine a découvert au Canada.
Pas de frime, pas d’exploits, ils s’expriment au service de leur musique, baignant aux mêmes sources, dans une connivence et un partage qui ravissent l’auditeur-spectateur.
Et le public ne s’y est pas trompé à en juger par les applaudissements.
On peut retrouver les morceaux de cette musique riche et exquise, pour ceux qui étaient au concert, ou la découvrir sur leur nouveau disque qui bénéficie d’une qualité d’enregistrement assez exceptionnelle.

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Serge Baudot
Les Quatre Vents – Music for a Quartet…
Morceaux : Time Eats Us Alive, Kin Hin, Prima Luce, Libeccio, The Bright Suite, First Light on Muskoka, Blake, Deval in Time, West of the Moon.
Musiciens : Perrine Mansuy (p), Christophe Leloil (tp), Pierre Fenichel (b), Fred Pasqua (dm).
Enregistré à La Buissonne les 1 et 2 novembre 2018 – Durée : 57’ – Laborie Jazz 56 (Socadisc)

 

Six-Fours – Théâtre Daudet : OLDELAF… LOL !

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Olivier Delafosse, alias Oldelaf, est un cas dans le monde du Music-Hall.
Auteur, compositeur, musicien, chanteur, comédien, humoriste… Où le caser ? Il sait tout faire et tout faire bien !
Et en plus, il a une sacrée belle voix avec laquelle il aurait pu devenir un chanteur «normal». Mais la normalité n’est pas dans ses aspirations cat il n’y a rien de normal chez lui. Il utilise cette voix ample et bien posée pour chanter des chansons décalées, voire iconoclastes, pleines d’humour, de fantaisie, d’absurdités, de temps en temps de poésie «ma non troppo»
Grâce à sa «Tristitude», postée un jour sur les réseaux sociaux, en quelques jours il a été connu et reconnu. Aujourd’hui il remplit les salles et c’est une vague de rires discontinus durant tout un spectacle dans lequel il s’est adjoint un longiligne barbu lunaire, limite autiste, Alain Berthier ce qui fait de ce duo improbable un numéro de clowns irrésistible qui se renvoie la balle à la vitesse grand V.
Durant tout le spectacle, il nous raconte la vie et la mort de Michel Montana, illustre inconnu, incompris, malchanceux, qui a écrit des tas de tubes, qui a inventé des tas de rythmes mais qui, à chaque fois, se les ai fait piquer par des artistes qui sont devenus célèbres grâce à lui : Michel Jonasz, Carlos, la Compagnie Créole, Claude François…
Il est même l’inventeur de la guitare électrique et de quelques autres inventions qu’il a testées un jour de 11 septembre dans une tour américaine….
C’est donc une histoire musicale poignante, ponctuée par son acolyte qui, s’il n’ouvre pas souvent la bouche sinon pour lâcher quelques borborygmes, joue de multiples instruments, gesticule et a des mimiques qui en disent long.
En fait, ces deux loustics ne seraient-ils pas frères ? Et leur père ne serait-il pas un certain Michel Montana ?
C’est drôlissime, délicieusement loufoque et l’on prend un plaisir extrême à ce spectacle déjanté, inventif, unique en son genre.
De l’Oméga Live de Toulon au Théâtre Daudet de Six-Fours, grâce aux «Fantaisies Toulonnaises » et à Jérôme Leleu, nos deux ostrogoths ont mis le feu, et les rires ont fusé durant une heure et demie.
Beau chanteur, trublion génial, humoriste impertinent, Oldelaf nous réserve toujours de sympathiques surprises, que ce soit en disques ou en spectacles.
La dernière fois que nous nous sommes rencontrés, il m’avait servi un gag  qui, en fait, n’en n’était pas un. Il venait d’avoir un accident. A la question : «Comment vas-tu ?» il m’avait répondu : «Ouais, ça va… enfin, si on veut car l’ai un problème de bras et de doigt qui m’handicape, puisque je suis en pleine tournée et que je ne peux plus jouer de la guitare !

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Que s’est-il passé ?
Juste avant la tournée, un médecin un peu trop zélé m’a opéra de l’épaule par erreur sans mon accord et je suis bloqué pour des mois. Et pour couronner le tout, je me suis cassé la figure sur scène… et je me suis cassé un doigt !
Du coup, quand j’arrive sur scène et que je raconte mon histoire, les gens rigolent. En attendant, j’en ai pour quatre à six mois de rééducation. C’est assez violent, c’est vraiment galère. Mais bon, j’ai le moral et je continue ma tournée, avec mon complice Alain Berthier qui a pris ma place à la guitare ».
Avouez que ça ne pouvait arriver qu’à lui !
Aujourd’hui ce n’est plus qu’un mauvais souvenir et, sa guitare bien en main, il chante, il raconte, il vocifère pour notre plus grand plaisir
Comment te vient l’inspiration ?
D’un instant vécu, d’une situation, d’un mot, d’une phrase, d’une idée… Ce sont des instants fragiles et à ce moment-là, plus rien ne compte autour de moi, la vie s’arrête et j’ai un besoin impérieux d’être seul et d’écrire. Ce ne sont pas toujours des moments qui durent longtemps mais ce sont des moments très précieux et j’oublie tout ce qui tourne autour de moi.
Tu n’as donc jamais le stress de la page blanche ?
Jamais ? Il m’est arrivé quelquefois de me dire : «J’arrête tout, je pars m’isoler et j’écris»… Et je peux t’assurer que, quelquefois, je reviens sans une chanson, avec seulement… quelques kilos en plus !

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Ce qui doit être le cas en ce moment puisqu’il nous avoue préparer un nouvel album qui sortira au printemps et qui sera suivi d’un nouveau spectacle.
On a hâte de le retrouver pour pouvoir rire un bon coup en cette période où l’actualité n’est pas très rigolote !

Jacques Brachet

Toulon – Fête du Livre
Luciano MELIS : Un bel hommage à Lino Ventura

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Luciano Mélis est poète, écrivain, éditeur et si son nom ne sonne pas italien, son prénom n’en fait aucun doute.
A la fête du Livre de Toulon, il présentait un magnifique album sur Lion Ventura, aux côtés du fils de celui-ci, Laurent qui l’a beaucoup aidé dans l’iconographie du livre.
Laurent, comme son père, est un «taiseux» discret et timide, qui plus est agoraphobe. C’est dire qu’il a fait d’énormes efforts pour se retrouve au milieu d’une foule compacte, comme c’est à chaque fois le cas à la Fête du Livre.
Mais Luciano, lui, est heureusement volubile et comme nous nous connaissons, c’est avec lui que nous allons parler de ce livre qui retrace la vie personnelle et la vie d’artiste de l’un des derniers monstres sacrés français disparu trop tôt. Comme il était lui aussi jaloux de sa vie privée et de se dispensait pas en interviewes, grâce à Laurent, nous en savons un peu plus sur l’homme qu’il était, sous la plume de Luciano, le tout parsemé de photos quelquefois inédites mais retraçant une carrière très riche, faite de talent, même si lui-même pensait ne pas en avoir, de générosité, d’intelligence, de fidélité…

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Luciano, pourquoi un livre sur Lino Ventura ?
Parce que j’ai la chance de le connaître dans les années 70 à St Paul de Vence où il passait des vacances en famille, à jouer aux boules avec entre autres Yves Montand, Georges Geret, Jacques Prévert et quelques autres amis dont André Verdet, poète, peintre, sculpteur vivant à St Paul qui est devenu plus tard son ayant droit, et mon ami dont j’ai édité ses œuvres. Là, il vivait en toute liberté, semi-anonymement mais personne ne l’embêtait. Il était dans son élément et pour lui se retrouver là était un vrai bonheur. Ce qui nous a rapprochés, c’est que nous étions tous deux italiens. Grâce à lui j’ai connu sa fille Clélia, Et nous avions des amis communs comme José Giovanni ou Georges Lautner.
C’est un personnage qui m’a beaucoup marqué en tant qu’acteur et en tant qu’homme. Il était humainement très attachant, timide, discret, pudique et pas macho du tout malgré ce qui se dégageait de sa personne. Il était d’une grande simplicité, il aimait être entouré de sa famille, cuisiner pour les copains, partager des matches de foot ou de pétanque…
D’où ce livre…
Oui, l’idée m’étant venue de l’écrire pour le 30ème anniversaire de sa mort, il y a deux ans. J’ai donc contacté Clélia qui, ayant déjà écrit trois livres sur son père, n’était pas très enthousiaste pour un quatrième et qui m’a conseillé de voir son frère, Laurent.
Là ça a été un peu difficile au départ car il n’a jamais voulu être au-devant de la scène. Il était assez réticent mais finalement il a fini par accepter l’idée.
Comment avez-vous travaillé tous les deux ?
Je dois dire que j’avais commencé à écrire le livre avant que Clélia refuse et que Laurent accepte ! J’avais déjà visionné et lu plein de choses mais dès que Laurent a accepté il s’est beaucoup impliqué, m’a proposé beaucoup de témoignages de son enfance. Ensemble on a  choisi les photos et j’ai contacté un maximum de personnalités qui l’avaient connu comme Lelouch, Hossein, bien sûr Lautner et Giovanni, Claudia Cardinale, Brigitte Bardot qui m’a fait un beau cadeau : un texte qu’elle a elle-même écrit, Françoise Fabian, Alain Delon et beaucoup d’autres qui, s’ils ne l’avaient pas connu, l’admiraient et ont écrit de jolies choses. Et puis nous avons aussi répertorié ses films. Il en a fait beaucoup, nous n’avions pas assez de place pour parler de tous. Nous en avons choisi 25 et nous avons beaucoup privilégié l’image.

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Ça n’a pas dû être facile ?
Ça a été un vrai casse-tête car il y avait beaucoup de documents, il fallait faire un choix et pour certaines photos, demander les droits, ce qui était le travail de l’éditrice. Ce furent huit mois de collaboration et de travail. Au fur et à mesure je lui envoyais mes écrits qu’il modifiait où dont il ajoutait des précisions.
Comment s’est fait le montage du livre ?
Tout simplement en suivant la chronologie de sa vie, des événements, des tournages. Et aussi quelquefois par rapport aux documents que nous avions. Au fur et à mesure nous écrivions, nous choisissions les  photos et le travail a avançait petit à petit.
Ça a été une belle expérience, une belle et amicale collaboration.

Propos recueillis par Jacques Brachet