Archives de l’auteur : Jacques BRACHET

Six-Fours – Maison du Patrimoine
René FREGNI, magnifique conteur

Deux femmes pour un homme : Delphine Quin, adjointe au Patrimoine et Linda Schell, adjointe aux festivités, qui recevaient, dans les jardins de la Maison du Patrimoine, face à la mer, au soleil… et au vent, l’un des plus beaux auteurs de notre région : René Frégni.
Ami de longue date, il m’a déjà parlé de sa jeunesse chaotique entre la Corse et le continent. Et il m’avait déjà parlé de son dernier livre « Minuit dans la ville des songes » (Ed Gallimard) qu’il signait ce vendredi après une rencontre avec un public, certes peu nombreux mais passionné par son éloquence, son talent de conteur et sa volubilité. Car il est difficile de l’arrêter lorsqu’on démarre un entretien !
Mais c’est à chaque fois un plaisir renouvelé, plaisir égal à la lecture de ses livres.
Ce soir-là, invité par le CLAB donc, il était le premier invité de la saison pour ces rencontres littéraires qui se poursuivront durant l’été et se cloront par Nicolas Sarkozi.
L’animatrice en a profité pour lui souhaiter un bon anniversaire, qu’il a fêté voici quelques jours, le 8 juillet.
René a démarré sa carrière d’auteur… à 40 ans avec « Les chemins noirs » qui a aussitôt obtenu un prix.
La nuit, le noir… lui vont si bien !

« Je lis depuis toujours des romans noirs, des polars, je travaille depuis longtemps dans les prisons où je fus interné six mois pour désertion dans un fort militaire et c’est dans cette prison que j’ai découvert la littérature. J’avais 19 ans. J’ai toujours eu l’école en horreur car j’avais des lunettes, un léger strabisme et l’on s’est toujours moqué de moi. Du coup, je les ai jetées mais… Je n’y voyais plus !
On ne se moquait plus de moi mais on ne peut pas lire et écrire lorsqu’on y voit mal. J’ai ainsi raté toutes mes études, je n’allais plus à l’école à l’insu de ma mère. C’est ce qui a déterminé une enfance chaotique  et j’ai ainsi appris à être un bon menteur. Et pour un écrivain, être un bon menteur est une qualité ! »
Bien entendu, à ce moment-là, il était loin de penser qu’il deviendrait écrivain. Sans lunettes, il lisait mal, écrivait mal. Il fut un enfant turbulent, un peu menteur, un peu voleur, il traînait dans les rues.
« C’est cet enfant qui m’a créé puis les milliers de livres que j’ai lu. Je n’ai jamais lâché la main de cet enfant, avec cette espèce d’esprit rebelle, de révolte que j’avais en moi. J’ai besoin de ça pour écrire, c’est ce qui fait le fond de ma personnalité. Je ressemblais d’ailleurs beaucoup à de petits marseillais, comme ceux avec qui j’ai fait les quatre cents coups à l’époque. Mais c’est dans l’enfance qu’on a les premières émotions de notre vie. C’est l’enfant qui construit l’homme que nous sommes. Ce qu’on a vécu. »
Durant cette rencontre, il nous parle d’une chanteuse qui l’a beaucoup marqué durant son adolescence et dont la disparition l’a beaucoup marqué : Françoise Hardy. Mais pour une raison, disons… spécifique !

« Lorsqu’on était minot et qu’on commençait à aller dans les boîtes de nuit, l’on flirtait énormément, c’était notre passion. Durant les boums on écoutait les chanteurs de l’époque dont Françoise Hardy et je n’ai jamais été si souvent amoureux qu’en écoutant Françoise Hardy. Sur ses chansons, on invitait une fille et si elle acceptait, au bout de trois notes on était amoureux. Et je l’ai été souvent sur ses chansons. On sortait de ces boîtes de nuit ou de ses boums en feu et l’on allait dans les quartiers chauds de Marseille. On regardait ces femmes et un jour… Avec un copain on est monté… C’est grâce à Françoise Hardy et j’avoue que j’ai pleuré lorsque j’ai appris sa disparition ».
Mais ce n’est pas ça qui lui a donné le goût de la lecture et plus tard de l’écriture :
« Ma mère se rendant compte que je souffrais de mal voir, m’a un jour pris sur ses genoux et elle m’a lu une version raccourcie des « Misérables ». Puis « Le comte de Monte-Cristo » J’ai pleuré grâce aux yeux, à la voix de ma mère. Je ne savais pas que c’était ça, les livres, j’avais l’impression que ma mère me racontait une histoire vraie. Cette injustice de Monte-Cristo m’a rappelé des souvenirs de mon père mis en prison pour marché noir, ce qui était faux. Cette injustice a fait de moi un rebelle et ça m’a poursuivi toute ma vie ».
Beaucoup d’anecdotes encore ont été évoquées par René, devant un public subjugué. Des anecdotes qui font l’histoire de sa vie, l’histoire de son livre autobiographique qu’il a dédicacé en continuant son bavardage car il est un conteur magnifique et à chaque fois il me fait penser à José Giovanni, que j’ai aussi connu, rebelle lui aussi, pour des raisons plus graves mais qui, comme lui s’en est sorti grâce à la lecture et à l’écriture.
Un beau moment ensoleillé grâce à l’ami René Frégni.

Jacques Brachet

Delphine Quin, René Frégni, Linda Schell

Fabienne THIBEAULT : Un disque de toutes les couleurs

Photo Christian Srvandier

Chaque fois que j’appelle ou rencontre mon amie Fabienne Thbeault, je lui pose l’éternelle question : Quand vas-tu nous offrir un nouveau disque ?
Eh bien, voilà qui est fait… Il aura fallu attendre 20 ans, avec entretemps la publication de son livre « Mon Starmania » dont on a longuement parlé.
Car, malgré une magnifique carrière, elle reste dans le cœur de milliers de fans, Marie-Jeanne, cette serveuse automate amoureuse en vain de Ziggy.
Entre Québec et Paris, elle n’a cessé de chanter partout où on l’appelait et durant ces décennies, nous n’avons cessé de nous voir, nous croiser, nous rencontrer, de nous « phoninger » !
Lors de notre dernière conversation elle avait « oublié » de me dire qu’elle préparait un album en secret, qui sortira dans quelques semaines : « Autour de Fabienne » où elle a réuni pleins d’amis communs sur des chansons qu’elle a composées avec son complice Ciramarios, Fabien Tessier arrangeur du studio tourangeau « Tram 28 » et de Christian Montagnac, de la Compagnie Créole et néanmoins son mari.
C’est un disque multicolore où se mêlent jeunes et moins jeunes amis, des gens venus de la région haute alpine, de Marseille, de Paris,  de Montmartre, de l’Ardèche, de Tunisie, de Guadeloupe…
Il n’en fallait pas plus pour qu’on se retrouve et qu’on en parle. On va donc disséquer ces 11 chansons dont le CD sortira dans quelques semaines :

Chanter… par-dessus tout
Duo avec Stéphan Orcière qui, petit, a été baigné par la voix de Marie-Jeanne qu’écoutaient ses parents. Chanteur, danseur, il accompagne Fabienne dans cette profession de foi qui est la vie de tous les deux en chansons.
Les fermes de France
On sait l’amour que Fabienne porte à la vie rurale, qui lui a fait remporter le titre de commandeur du Mérite Agricole. A tel point que je l’avais invitée à « Stars en cuisine » à St Raphaël pour faire avec elle une recette de l’agneau de Sisteron qu’elle défendait. Elle beaucoup chanté, elle m’a abandonné à mon piano mais je ne lui en veux pas. Là mon compatriote ardéchois Ciramarios qui l’accopagne, sait de quoi… il chante !
Toi et moi
Elle l’a écrit mais ne la chante pas. Elle l’offre à Mélissandre Azoulay qui fut sa « Princesse au pays des cinq rives » comédie musicale qu’elle a écrite, qui est accompagnée du Gadeloupéen Fédric Cortana. Ca respire de soleil et de sensualité !
Chanson pour Meryem
C’est à la jeune chanteuse tunisienne Kiona,  la voix d’une lauréate de « The Voice » que Fabienne a offert cette chanson émouvante  sur l’histoire de cette gamine échappée du séisme marocain en 2023
Nos 2 M
C’aurait pu être « Nos deux T » puisque Fabienne chante avec Alain Turban, ce montmartrois qui vit en partie en Ardèche et que je retrouve toujours avec plaisir. Mes 2 M sont Montmartre et Montréal, deux lieux très lointains l’un de l’autre mais que l’amitié des deux artistes réunit.

William, alias Zize, Alain Turban, Fabienne Thibeault… En Ardèche !

Les saltimbanques
Ils sont trois : Ciramarios, Ahmed Mouici l’un des trois Pow Wow et surtout vedette des « 10 Commandements » et le troisième Larron est Pierre Billon, le fils de Patachou, qui a écrit tant de belles chansons, entre autres pour Johnny et Sardou. Et bien sûr, tous trois savent de quoi ils parlent !
Au temps où on avait 20 ans
Et voilà notre amie Annie, plus connue sous le nom de Stone, avec qui, tous les trois en tournée, nous avons eu des parties de rire incroyables. Stone pour la créatrice du « Monde est stone », on ne pouvait pas rater ça et tant de souvenirs nous relient !
La petite fille au napalm
Rien de plus émouvant et déchirant que cette photo d’une petite fille brûlée par le napalm qui court à perdre haleine. Fabienne en a fait une chanson qui nous arrache les larmes et qu’elle a offerte à Kiona et Jonatan Cerrada, issu de « Nouvelle star » et représentant de la France à l’Eurovision 2004.
Méridionale
Et voilà qu’arrive encore une (un ?) amie commune, Thierry Wilson alias Zize du Panier, cette Marseillaise aussi tonitruante sur scène, que discret dans la vie.
Zize nous fait revivre les belles heures marseillaises de Fernandel, Alibert, Vincent Scotto. Du pur jus marseillais !
Fille des Antilles
On reste au soleil, mais celui des Antilles, avec la belle voix de cette belle chanteuse qu’est Joanna Bringtown, digne fille de sa mère Clémence de la Compagnie Créole. Et avec Christian Montagnac de la même compagnie et époux de Fabienne, on reste dans la famille !
Dis-moi mam’zelle
Pour clore dans le rire Fabienne propose à Sophie Darel un duo où de mêlent Dalida, Véronique Sanson et… Fabienne Thibeaut doublée. Encore de beaux souvenirs en commun avec les tournées Âge Tendre.

Voilà, vous savez tout de ce bel album aussi varié que possible, allant du Québec aux Antilles avec de belles mélodies qui voient le retour musical de ma belle amie.
Autour de Fabienne… Que des amis !

Photo Christian Servandier

Jacques Brachet

Chateauvallon :
Tous les marins sont des chanteurs…
François MOREL aussi !

Soleil de plomb en ce début de journée.
Pendant que Jacques Bonaffé répète à l’ombre et dans le silence sur les hauteurs de Chateauvallon, une musique tonitruante nous arrive, venant de l’amphithéâtre où un certain François Morel répète avec son équipe et une chorale varoise ce qui deviendra, le soir tombé « Tous les marins sont des chanteurs », un spectacle signé de lui, de Gérard Mordillat et d’Antoine Salher.
Evidemment, la chorale étant de la Seyne et Toulon, il ne s’agit pas de rigoler, la répet’ va bon train. D’où pas de rencontre avec l’ex Deschiens.

C’est devant un amphi presque plein malgré le match France-Espagne et dans une lumière bleutée et le cri des mouettes venues d’on ne sait où, que l’ami Morel nous propose un spectacle à la fois drôle et émouvant, plein de finesse et de tendresse, plein d’humour et de gags, sur une musique d’Antoine Sahler et une conférence qui se veut sérieuse de Romain Lemire.
Mi comédie musicale mi opérette, François Morel à la voix qui porte, et ses complices, vont nous conter la vie d’Yves-Marie le Guilvinec, ce marin-poète breton qui a péri en mer  en 1900 et à qui l’on doit ce grand moment de poésie qu’est : « Je n’irai pas à la morue sans avoir courtisé Lulu » !
Cela ne pouvait que plaire à un Deschiens qui a trouvé  ces musiques et ces textes par hasard dans un vide grenier.

Il n’en fallait pas plus pour qu’avec son ami Gérard Mordillatne naisse un spectacle foldingue, iconoclaste, mêlant la rigolade, les moments de tendress, de musique et de poésie, avec, en point d’orgue deux chansons reprises par tous ces musiciens-comédien* et cette chorale aux accents peu bretons, mais fort réjouissantes…. Et avec le public.
C’est une immense farce  où se mêlent des rythmes bretons et des plus actuels, où se multiplient les gags et les images et où François Morel nous fait une démonstration de ce qu’est un comédien un chanteur, un clown avec lequel on retrouve les accents de ce qui a fait son succès : les Deschiens.

Un public hilare, conquis et qui, en fin de spectacle, a jeté les coussins rouges sur toute l’équipe en signe de plaisir… Tiens, tiens… Où avons-nous vu ça ?
Je tiens à remercier toute l’équipe de Chateauvallon ainsi que Jonas Colin, l’attaché de presse, qui nous ont reçus comme des rois, avec une extrême gentillesse et attention de tous les instants.
Si c’était pareil partout, ce serait la vie rêvée des journalistes !

Jacques Brachet
Photos Alain Lafon

Chateauvallon : Jacques BONAFFE,
un comédien singulier, un homme passionnant

Un homme sorti de n’importe où, surgissant du toit d’un bâtiment qui, tout en soliloquant, va errer dans les bois entre le public assis par terre et une voiture à moitié enterrée. Est-ce un clochard ? Un fou ? Un extra-terrestre ? Un naufragé ?
En tout cas, un homme solitaire, qui erre depuis on ne sait combien de temps, qui, tout en déambulant, quelquefois dos au public, se parle à lui-même sur son rapport avec la nature, avec la solitude, de la peur, du bonheur.
Ce seul en scène qui n’est pas des plus faciles, est signé Clémence Kazémi et Marco Giusti, mené par l’incroyable Jacques Bonaffé, un comédien hors norme, tous trois nous ayant déjà donné « Léviathan » à Chateauvallon.
Dans ce lieu perdu au-dessus de Chateauvallon où il faut grimper un chemin caillouteux, nous avons, avec le comédien, vécu un instant suspendu, même si, quelquefois, la voix du comédien se perdait dans la nature.
Jacques Bonaffé a toujours été un comédien singulier qui a travaillé au cinéma avec des réalisateurs comme Godard, Tachella, Doillon, Rivette, Cornaud…
Au théâtre, il a joué Racine, Shakespeare, Gorky, Bourdet, Vinaver, Rimbaud…
Il s’est toujours partagé entre cinéma, théâtre, poésie et télévision… On est surpris par sa carrière incroyablement fourmillante, abondante, débordante.
Et l’on se retrouve devant un homme simple, humble, passionné et terriblement attachant.

« Jacques, parlez-nous de cette pièce quelque peu déroutante…
C’est d’abord une pièce créée sur place et c’est ce qui fait la particularité de Chateauvallon : On peut choisir un lieu et fabriquer notre histoire à partir des données du lieu. Il y avait un prémices avec un extrait de roman de l’anglais James Graham Ballard. Une espèce de roman fantastique où un homme, sorti de l’autoroute, se retrouve dans une sorte d’îlot dont il ne peut plus sortir. C’est un homme piégé, pour qui, tout à coup, tout s’est arrêté, un peu comme Robinson Crusoé. C’est le schéma pour un court spectacle de 45 minutes, particulièrement adapté au lieu. Je pourrais me présenter en tant que comédien ou danseur dont les gestes se font en fonction des pérégrinations, des déplacements… J’espère que ça ne vous paraît pas trop glauque…
(Rires) Particulier, disons. Et vous êtes seul dans ce décor naturel !
Je suis seul mais je ne me sens pas seul car il y a un travail de compositeur de sons très important. Aussi important que ce qui est raconté. Les gens suivent des yeux mon parcours et moi je suis un type perdu. C’est un spectacle, disons, panoramique où le public doit tourner la tête pour me suivre et passer dans un autre décor.
Un peu comme « Les choses de la vie » ; C’est un homme commotionné qui va continuer sa vie sur place. J’ai glissé quelques textes de poètes qui me sont revenus, de courts poèmes médiévaux qui ont une portée symbolique qu’on appelle « les congés » des trouvères de la ville d’Arras, textes d’adieu pour les amis, exprimant leur départ, leur congé. C’est une espèce d’adieu au monde. Et puis il y a des textes plus humoristiques comme « La soupe aux poireaux » de Duras, des citations de Verlaine…

Dans tout ce que vous faites, il y a toujours de la poésie…
Oui, c’est ma confrontation des auteurs avec leurs mots, pour s’interroger sur les langages qu’on utilise. On parle et on est parlé. Dans la poésie, j’adore qu’elle résonne de plusieurs sens, comme s’il y avait des tas de souvenirs dans les phrases. Le souvenir, c’est important dans la poésie. Je ne dis pas ça du tout par nostalgie, c’est plus le fait d’enrichir ce qu’on écoute en entendant derrière, d’autres choses. On sait la puissance de l’image et de la métaphore dans la poésie, il y a toujours un sens caché, il n’y a pas de message à proprement parler mais plusieurs polyphonies, plusieurs sens, plusieurs manières d’écouter
Vous aviez d’ailleurs une émission de poésie sur France Culture ?
Oui mais un jour ça s’est arrêté, pourtant c’était trois minutes et ça ne coûtait pas cher. Mais je rêve de la reprendre car cette émission me semblait indispensable. Ça manque de poésie en direct. Je fais aussi des lectures plusieurs fois par an. J’en prépare autour d’Ulysse avec le traducteur de « L’Odyssée », un long poème de 24 chants et de quelque 1250 vers… On l’a fait à Nice la veille du premier tour. On avait choisi cette date en fonction de l’ambiance joyeuse du moment !!! Bien sûr c’est le hasard. « L’Odyssée » se termine par : « Vous n’échapperez pas ce soir au massacre des prétendants »… On ne pouvait pas mieux être dans l’actualité. Ça serait bien que je revienne ici avec cette lecture.
L’année dernière vous étiez sur tous les fronts : la télé avec « Adieu Vinyle », le théâtre avec « L’Odyssée », le cinéma avec « En fanfare ». Comme Berling ou Huster, vous n’arrêtez jamais !
Vous savez le temps est long, il y a pas mal de temps que je bourlingue, je n’ai plus tout à fait 27 ans… Il y a eu des moments où je n’étais pas mécontent de faire toutes ces choses différentes… J’arrivais alors à le faire, maintenant c’est un peu différent, parfois plus difficile. Par exemple, le cinéma, j’ai dû passer quelquefois à côté car il y avait la poésie qui me prenait du temps. Mais c’est vrai que je continue. Je viens de tourner un George Sand, une série pour la rentrée de janvier sur France 2.

Qu’est-ce qui fait courir Jacques Bonaffé ?
Demandez à Charles Berling, il vous répondra mieux que moi !  C’est vrai qu’aujourd’hui, et on le ressent plus que jamais, le plus important est d’avoir une vie normale malgré tout, plutôt que de vouloir éblouir avec ses faits de guerre. Vivre auprès des gens, ne pas vivre dans un milieu doré. Une partie de mon temps est constituée à moins m’éblouir, partager des moments avec des gens divers, pour ne pas dire des gens réels
Mais c’est une vie de passion quand même ?
Passion… Ça commence comme patachon !
C’est une peur de manquer ?
Oui… Je suis allé voir un docteur ! Je voulais savoir de quoi je voulais me protéger… Je suis en état de fuite quelquefois. Donc tout s’explique. C’est pour ça que je vous parle de la vie réelle. J’ai perdu des amis, j’étais alors un peu hors d’état, pas tant la tristesse qu’un truc qui déconne, le non-dit, l’oubli, le trou noir. J’avais besoin de parler avec ces disparus, du temps que j’avais oublié de passer avec eux. Quelquefois, on a peur que tous ces événements nous empêchent de vivre ce qu’on devrait vivre. Alors on en fait deux fois plus pour échapper aux tracas quotidiens. Je fais partie de ceux qui ont la bougeotte… « Je suis le vagabond, le marchant de bonheur … » Vous vous souvenez de cette chanson ?
Est-ce qu’il vous arrive de vous retourner sur cette carrière incroyable que vous avez ?
(Rires) Est-ce que j’ai des douleurs lombaires !  Oui, je suis heureux de tout ce que j’ai fait bien sûr. C’est un étrange sentiment… Il y a des comédiens qui gardent toutes leurs images, leurs affiches… J’en ai très peu chez moi, je n’ai pas de boîtes de photos, ni affichées aux murs, je me ballade avec de très bons souvenirs, j’aime bien gratter des carnets pour évoquer des histoires pour ajuster une certaine transmission, les différentes époques traversées, les gens qu’on a connus, des grands auteurs, des grands metteurs en scène que les jeunes générations ont tendance à oublier et on est là pour le leur rappeler, leur rappeler qu’ils ont fait avancer ces métiers. Mais il n’y a aucune nostalgie car j’ai constamment rencontré des gens en devenir, regardé ce qui se prépare et me donner envie de vivre demain. C’est beau la nostalgie, quand ce n’est passéiste, pas teinté de regrets, de demi-plaintes.
Il faudrait idéalement s’en passer… Et ne pas s’en passer ! Et on y arrive ! Et le voyage recommence !

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Alain Lafon


Six-Fours, Villa Simone : Des stars dans les jardins


Comme chaque année le magnifique jardin de la Villa Simone voit fleurir une exposition.
Cette année encore, Jacqueline Franjou, présidente du Festival de Ramatuelle et Cyril Bruneau, photographe et commissaire de l’exposition nous offrent une exposition somptueuse : Des portraits de stars issues des fameux studios Harcourt, chez lesquels toutes les personnalités, depuis 1934, et ce, jusqu’à 1989 sont passées pour se faire « tirer le portrait » car chacune avait l’envie et le besoin de faire partie du nec plus ultra des studios, ces  photos illustrant leurs programmes et leurs cartes postales.
C’est ainsi que Cyril Bruneau, photographe émérite, a dû choisir parmi des milliers de photos de ces artistes aussi prestigieux que ce studio, de Brigitte Bardot à Gérard Philipe, en passant par Romy Schneider, Jean Marais, Louis Jouvet, Michel Galabru, Joséphine Baker, Edith Piaf, Dalida, Michel Serrault, et j’en passe car les nommer toutes prendrait beaucoup de place.
Ces artistes ont donc pris place dans cette nature magnifique que nous offre la Villa Simone, dont on doit la rénovation à Jean-Sébastien Vialatte qui a fait de ce lieu un espace aujourd’hui incontournable de la culture à Six-Fours.
Cette exposition, dont le vernissage a eu lieu ce 5 juillet, et que vous pourrez admirer jusqu’au 15 septembre.

Cyril Bruneau est aujourd’hui le photographe officiel du festival de Ramatuelle, il expose un peu partout et en ce moment, pour fêter le quarantième anniversaire du festival, il a essaimé des photos de divers photographes dans le village de Gérard Philipe et aussi de Jean-Claude Brialy, créateur du festival. Mais c’est à Six-Fours qu’il nous offre l’exclusivité de cette exposition.
« Cyril, pourquoi et comment Harcourt ?
On voulait faire dans ce lieu une exposition assez populaire, universelle pour tout le monde et lorsque j’ai vu le fonds des studios Harcourt, ça m’a semblé une bonne idée et tout à fait ce qu’on voulait offrir, c’est à dire une promenade où les gens vont de portrait en portrait, prennent le temps de les admirer et de les reconnaître car certains sont très jeunes, certains vont rappeler des souvenirs aux plus anciens.
Comment as-tu travaillé ?
On a travaillé avec la Maison du Patrimoine de la Photographie qui conserve les photographies historiques, comme les œuvres de Nadar, Lartigue… Ils ont beaucoup de grands photographes qu’ils conservent car c’est le patrimoine français. Ils ont donc entre autres les studios Harcourt qui est déjà une décision de Jack Lang lorsqu’il avait vu que le studio était en faillite. Ils ont tous les négatifs, des centaines de milliers de tous les gens connus qui venaient s’y faire photographier. Les studios Harcourt étaient le passage obligé de l’époque et ils avaient les maquilleurs, les retoucheurs, les photographes, les électriciens, les éclairagistes, les décorateurs…
Ce studio a très bien fonctionné durant de nombreuses années, jusqu’en 1989.

C’étaient des photos et des pellicules ?
Effectivement, et on a dû re-scanner les négatifs mais nombre de négatifs étaient déjà retouchés, on y voyait les traces de pinceau car déjà, à l’époque, ils repeignaient la peau pour la relisser. Mais beaucoup avaient besoin d’être restaurés car ils étaient abîmés, rayés, certains avaient mal vieilli. Nous avons donc fait faire ce travail à une des meilleures retoucheuses de Paris, Anne Morin. C’est ainsi que c’est fait le processus de fabrication.
Parmi ces milliers de photos, il n’a pas dû être facile de faire un choix !
C’est vrai qu’il y a énormément de gens connus et déjà je voulais que le public puisse les reconnaître mais ce que j’ai privilégié, c’est mon regard de photographe. Mis à part les portraits, quelles étaient les meilleures photos ? Je ne voulais que ce soient seulement des gens qui étaient connus mais surtout que la photo soit bonne car elles n’étaient pas toutes forcément les meilleures. Le choix de l’angle, l’attitude… Quelquefois il ne se passe pas grand-chose. J’ai cherché un parti-pris, un regard, je ne voulais pas tout le temps la même lumière…
Lorsqu’on pale de Harcourt, c’étaient combien de photographes ?
Je ne saurais te le dire. En tout cas, celle qui gérait était Cosette Harcourt, c’était une allemande mais je suppose qu’elle avait des opérateurs et certainement plusieurs photographes car il y a des attitudes un peu différentes, une manière de photographier différente, mais ce qui est intéressant c’est aussi l’attitude de la personne. Par exemple, il y a un portrait de Buster Keaton qui est censé être un comique, pourtant on a l’expression que la tristesse l’envahit de tout son corps. Le portrait est fort, puissant. Il y a des portraits de Cocteau, Guitry, Sapritch, Paul  Eluard incroyable. Ce qui est étonnant ce qu’on voit des modes. On peut voir entre autre qu’il y a  portrait dix qui doit regarder l’objectif. C’était, je pense, un phénomène de mode. Et il y a aussi beaucoup de gens qui posent avec des cigarettes, ce qui ne peut plus se faire aujourd’hui !

Harcourt continue aujourd’hui ?
Après la liquidation des studios, ça a été repris par plusieurs personnes qui ont gardé la marque et qui continuent à faire des photos à la manière de… en numérique évidemment. On est passé à une autre ère.
Et toi alors, expo ? Pas expo ?
Tu sais qu’on est en train de fêter les 40 ans de Ramatuelle et nous avons organisé des expositions dans tout le village, le théâtre, il y a à peu près deux cents photographies exposées de 40 ans du festival. Sur les 40 ans, j’en ai fait 15 et il y a pas mal de photos de moi !
Donc, on te retrouve à Ramatuelle !
Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Alain Lafon

Sandra Kuntz, Jean-Sébastien Vialatte, Jacqueline Franjou,
Fabiola Casagrande, Gérald Lerda, Cyril Bruneau

Hyères… Le petit train
de la presqu’île de Giens est de retour


En ce premier juillet, voici qu’est revenu ce petit train qui fait la joie des hyérois, des riverains, des touristes petits et grands. Deux petits trains qui, jusqu’au 31 août, vont desservir, sept jours sur sept, de 9h30 à12h et de 14h30 à 18h, à partir du parking de l’Almanarre et toutes les demi-heures, toute la route du sel et ses belles plages de sable jusqu’au village de Giens où vous pouvez, tous les mardis, visiter un très joli petit marché provençal.
En ce jour inaugural, le maire en personne, Jean-Claude Giran est venu saluer le départ de l’été qui voit arriver le public en masse.


« Cette mise en œuvre du petit train gratuit – nous dit-il – est un succès total. L’an dernier, plus de 35.000 personnes ont été transportées, ces personnes laissant leurs voitures dans les parkings que nous avons installé, et ayant la possibilité d’aller nager, faire du sport, aller boire un coup et faire leur marché à Giens. On ne peut que se réjouir de ce succès. Cette année encore nous espérons que les gens profitent de cette de cette dimension ludique, de ce transport original.
Partant du parking Biancotto qui contient 8.000 places jusqu’à la place du Belvédère, le centre de Giens, avec plusieurs arrêts pour laisser les gens sur la plage pour se baigner et faire du kitesurf  et prendre ceux qui veulent aller à Giens, pour découvrir le village et le marché avec retour toutes les demi-heures, c’est une jolie ballade qui nous est proposée.

Jean-Claude Giran et l’équipe municipale
Attention au départ !

Le succès a été rapide ?
Oui et c’est un plaisir, lorsque vous voyez, en plein été, n’importe quel jour, qu’il y a plein de gens qui attendent, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs, ça met de la joie, de l’animation, c’est un beau point de rencontre et c’est un vrai bonheur. Ça n’est pas un gros investissement et c’est un petit moment de gaieté. On voit des gens joyeux, heureux, on retrouve un peu une âme d’enfant car c’est ludique et c’est plus agréable que de faire cinq kilomètres à pied !
Vous espérez beaucoup de cette saison ?
Bien sûr, même si elle démarre lentement. Nous avons eu le mois de juin le plus pourri de notre histoire, la pluie, le vent. Ce début de saison a été extrêmement difficile pour les plagistes. Mais j’espère que le temps va se fixer et que la cloche du train va être le point de départ d’une belle saison.
Nous avons, grâce aux parkings, et à ce petit train, décidé de diminuer les pollutions automobiles, nous avons aussi décidé, sur plusieurs centaines de mètres, de supprimer le stationnement sur la presqu’île de Giens et ce train contribue aux déplacements ».

Un conducteur bien sympathique

La cloche nous annonçant le départ du train, nous nous y sommes installés, sous un soleil superbe, accompagnés par la stridulation des cigales et nous voilà partis pour ce mini-voyage entre mer et marais salants, cahotant, comme les diligences d’antan, sur une route qui nous fait découvrir de beaux paysages. Monsieur le maire nous avait promis les flamants roses… Hélas ils doivent avoir du retard. Mais la promenade est belle et tout le long, les gens nous font de petits signes de la main.
Bref, ce fut un enchantement, menés par un conducteur fort sympathique qui nous dit s’appeler Parfait ! Vrai ou pas, il nous a conduits avec un mode de transport original, à une vitesse dont on n’a plus l’habitude, le temps étant suspendu, nous laissant découvrir une magnifique végétation et des paysages que seule la Provence peut nous offrir.
Merci à la ville d’Hyères et la Métropole TPM qui ont créé cette opération grand site et qui nous fait voir la région autrement.


Jacques Brachet
Photos Monique Scaletta

CHARLEMAGNE…
Un nouveau lieu de culture à Six-Fours !

Delphine Quin, Fabiola Casagrande, Jean-Sébastien Vialatte, Olivier Rouard, Stéphanie Banon,
Christophe Seng, Sandra Kuntz


Quelques gouttes de pluie n’ont pas fait peur aux Six-Fournais  venus découvrir un nouveau lieu. Un lieu que tout le monde connaît : Charlemagne qui, jouxtant le Six-N’Etoiles élargit le pôle culturel de cette ville, d’autant que, face à la librairie, le maire  Jean-Sébastien Vialatte, devait nous annoncer ce soir-là, l’installation de la médiathèque, juste en face de la librairie, ce qui, ajouta-t-il, n’était pas un hasard. !

Nous avons de la chance et, comme le soulignait encore le maire, d’être à cet endroit faisait sens à côté du cinéma que Noémie Dumas et Jérôme Quattieri dirigent de main de maître et ne vont pas se gêner pour collaborer, lorsque viennent les artistes pour présenter leurs films.
En cela, un autre duo : Stéphanie Banon et Christophe Seng, les deux responsables de cette nouvelle librairie, sont tout à fait d’accord et bientôt l’on verra naître  des animations communes autour du livre et du cinéma.
Beaucoup de monde donc pour cette inauguration dont Fabiola Casagrande, adjointe à la culture, Sandra Kuntz, ajointe aux affaires scolaires et Delphine Quin, adjointe au patrimoine, qui organise tous les étés des rendez-vous littéraires dont on connaîtra bientôt le nom des auteurs cette année. On peut déjà vous dévoiler que ce sera René Frégni qui ouvrira le bal et qu’il sera clos avec Nicolas Sarkozy… Mais vous aurez bientôt le programme !

Toute l’équipe de Charlemagne
Christophe Seng & Jean-Sébastien Vialatte

Bien entendu, le grand patron de Charlemagne, Olivier Rouard, était là pour inaugurer cette nouvelle librairie, présentant toute son équipe et disant son bonheur d’ouvrir ce nouveau lieu, « La culture, dans cette période troublée, étant le meilleur moyen de s’évader et de pouvoir apporter du plaisir et de la joie »
Grâce au maire et son équipe, Six-Fours nous offre une action culturelle forte, le livre et le cinéma étant des espaces d’échange et de liberté.
C’est sous une pluie de confettis que le ruban fut coupé, pluie – l’autre ! – qui décida de ne pas assombrir ce moment de fête que chacun apprécia.
Alors aujourd’hui, vous savez ce qu’il faut faire pour vous évader, pour rêver, pour réfléchir : passer du cinéma à la librairie et vice-versa.
Nos deux duos vous y attendent.


Jacques Brachet
Photos Monique Scaletta

Karim LEKLOU : Un regard, une humanité


Aymeric (Karim Leklou) est un gars sans problème, solitaire, introverti… Mais gentil.
Il retrouve Florence (Laetitia Dosch) une copine avec qui il a travaillé, qui a été lâchée par son mec qui lui a laissé un souvenir avant de partir : un bébé à naître.
Karim tombera amoureux, prendra la grossesse et l’enfant en charge. En fait, il sera son papa durant sept ans. Le temps que revienne le vrai père et que le drame s’installe.
Le père veut retrouver son fils, la mère alors décide de prendre Aymeric comme parrain avant que tous trois aillent s’installer au Canada laissant Aymeric dans une tristesse profonde.
Jusqu’au jour où…
On n’en dira pas plus sur ce film signé des frères Larrieu « Le roman de Jim ».
Trois beaux acteurs dont Karim Leklou qui crève l’écran avec cet air doux et triste, qui prend tous les coups – et ils seront nombreux – qui encaisse sans broncher.
Quant à Laetitia Dosch, elle est d’une inconséquence et d’un égoïsme crasses au nom de la liberté, ne se rendant pas compte du mal qu’elle fait à cet homme et à ce gosse.
Enfin Florence (Sara Girodeau) qui va être le catalyseur pour qu’Aymeric retrouve un espoir, une vie, vie qui l’a si longtemps malmenée.
Un trio de magnifiques comédiens avec Karim, ce bon toutou qu’on a envie de protéger avec ce regard, malgré un calme et un sourire qui cachent tous les malheurs du monde.
Une fois de plus il nous surprend, il nous séduit, il nous émeut par tant d’amour et d’humanité, comme le grand comédien qu’il est… Et qu’on a plaisir à retrouver après la projection du film au Six N’Etoiles où il nous rejoint.
Si Karim n’est pas une star, il est l’un de nos plus beaux comédiens français, à la filmographie impressionnante, chargé de prix de meilleur comédien et recordman de films présentés à Cannes dans diverses sections, dont ce film des frères Larrieu.

Et ce regard.
Un regard qui ne lâche pas le vôtre, qu’on ne peut pas lâcher non plus tellement il est intense. Et l’homme ne nous déçoit pas, bien au contraire. Il nous séduit par sa gentillesse, sa simplicité et sa façon lucide de voir le cinéma.« Karim, votre personnage est un vrai gentil… Trop gentil ?
Je dirai que c’est quelqu’un de résilient. C’est vrai que c’est un homme gentil mais qui ne s’apitoie pas sur lui-même, quelqu’un qui fait face. Il n’a pas une forme de passivité mais il fait comme il peut, comme d’ailleurs tous les personnages du film. Ce sont des gens qui ne sont pas plus intelligents que l’histoire qu’ils vivent. C’est ce qui m’a touché dans le scénario car il y a une qualité assez rare : c’est un personnage qui n’a pas forcément un changement d’étape psychologique très important mais qui, par sa gentillesse, risque de perdre une part de sa vie. A mon avis c’est très fort. Ce qui m’a plu également c’est qu’à un moment tout peut dérailler.
Le personnage accepte quand même beaucoup de choses sans broncher !
Au départ il tombe amoureux et du coup il reçoit cet enfant qui n’est pas de lui. Ce n’est pas le plus beau jour de sa vie mais il accepte d’en être le père. Il y a plein d’étapes qui font qu’il va aimer ce gosse qui n’est pas au départ programmé dans sa vie. Il fait avec la réalité du moment. Il vivra sept années idylliques dans ce cadre magnifique du Jura.
Le scénario est tiré du livre éponyme de Pierric Bailly…
Oui et ce qu’il y a de formidable c’est que Jean-Marie et Arnaud Larrieu n’ont pas trahi le roman. Mieux : ils ont fait participer Pierric au scénario, ce qui n’est pas une obligation. Mais il y avait une transparence, ils ont fait ensemble les repérages, les gens de Saint-Claude les ont aidés et d’un coup, il y a eu une synergie qui s’est créée.

Aviez-vous lu le roman ?
Non, je l’ai lu après, je ne voulais pas du tout le lire avant, j’avais très peur de trouver d’autres éléments par rapport au scénario pour ne pas me créer un autre imaginaire. Je me suis vraiment basé sur le scénario. Par contre, je me suis très vite trouvé hyper proche de Pierric. C’est un gars très simple, vrai intello mais très accessible, très généreux.
Vous vous êtes trouvés en phase avec lui, avec ce scénario avec les réalisateurs ?
Oui, nous avons beaucoup échangé sur l’écriture du scénario, j’étais très touché par sa vision de ces liens qui se distendent, qui dépassent les liens du sang. Ça a une forte résonnance avec la vie d’aujourd’hui. Je trouvais aussi le portrait de ces deux femmes très moderne, très actuel… On n’est pas dans « L’amour est dans le près » ! Les discussions ont bien fonctionné entre les frères Larrieu, Prerric et moi. D’autant qu’au départ j’étais surpris que les frères Larrieu fassent appel à moi, je ne pensais pas pouvoir entrer dans leur monde qui est loin de moi. Mais dès la première rencontre, je suis tombé sous leur charme,  je les ai adoré par leur humanité, par leur vision mais aussi par leur fantaisie, par leur écoute. Ce sont des réalisateurs qui aiment les gens, qui font attention aux autres.
Comment définiriez-vous le film ?
C’est un film social, c’est un grand mélo, c’est un film romanesque, c’est un film d’amour, c’est aussi peut-être un film politique car ça parle de ces liens qui se tissent sans qu’au départ ce soient des liens familiaux. C’est un film de la France d’aujourd’hui que je suis très heureux de défendre car je crois que je n’avais jamais défendu cette notion de gentillesse et de douceur dans un film qu’au départ je ne me sentais pas légitime d’être.
Je dois vous avouer que, même dans d’autres films, j’ai toujours été subjugué par votre regard dans lequel, sans rien dire, vous faites passer tellement de choses !
Merci maman ! Merci à vous aussi car ce que vous dites me touche. Mais je crois que c’est aussi un travail de tout le monde.

Vous parlez toujours des autres, pas de vous !
Oui mais le regard ça dépend aussi du chef opérateur, de la façon qu’il a lui-même de vous regarder. Comment il vous filme et ce qu’il perçoit de vous. Il y a aussi l’importance des silences, des regards. Personne n’a rien inventé depuis Chaplin ! Il y avait toute l’universalité que je retrouve dans ce film. C’est un film qui ne va pas dans l’artifice.
Alors parlons de vos deux partenaires féminines.
Laetitia est une actrice sensationnelle qui m’a impressionné par sa capacité totale à plonger dans les scènes. Elle a un rôle difficile et arrive à l’humaniser… Je l’aime et la respecte profondément. Elle a une force dingue de travail et de proposition qui l’amène dans un ailleurs de sincérité, de vérité, de liberté, de courage, d’humanité.
Sara, c’est magique. On a l’impression d’une grande facilité. Elle raconte beaucoup de choses dans les regards, dans l’énergie qu’elle met dans son personnage qui fait du bien au film. Dans le film, c’est un soleil qui emporte tout.
J’ai pris un grand plaisir à jouer avec ces deux actrices.
Ce film a-t-il changé quelque chose en vous ?
C’est un film qui m’a touché, qui m’a de plus en plus donné envie d’explorer des fonds universels, de continuer d’aller vers des films très différents, comme je l’ai fait souvent. Des films qui permettent de voyager à l’intérieur de vous-mêmes, de vous interroger sur vous. Ça me rend encore plus curieux de travailler avec des gens différents, d’oser encore plus d’être qui on est. Et c’est un métier qui demande d’être humble, de s’intéresser aux autres. Ce film m’a conforté dans une certaine idée de l’humanité.

Pascale Parodi, présidente de « Lumières du Sud », Patrick Perez adjoint, Karim Leklou,
Thierry Mas Saint-Guiral, Noémie Dumas et Jérôme Quattieri, codirecteurs du Six N’Etoiles

Parlons du festival de Cannes. Vous êtes un recordman des films présentés, toutes catégories, jusqu’à celui-ci qui était en projection officielle…
J’étais très heureux que ce film se retrouve là-bas, comme chaque fois que je viens y défendre un film. Ce sont toujours de belles naissances d’un film, une place privilégiée Pour celui-ci, surtout lorsque c’est un film d’auteur ou d’art et essai. Je suis toujours très heureux pour les comédiens, pour l’équipe avec qui j’ai partagé un certain temps. C’est pour ça que j’aime Cannes, c’est une chance d’exister pour les films. Cannes ce n’est pas moi mais les films qui m’ont permis d’y aller et de les défendre. C’est le film qui vous amène à Cannes, par les comédiens. On porte un film en commun et on essaie de les faire vivre. Je suis heureux de les présenter avec toute l’équipe ».

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Alain Lafon

Chateauvallon-Liberté :
Une nouvelle brillante saison s’annonce

La saison sera un peu particulière pour Chateauvallon qui fête cette année ses 60 ans d’existence.
Pour les moins de vingt ans qui ne peuvent pas connaître, il faut rappeler que les « anciens » comme moi, ont vu naître, pierre après pierre ce village aux allures grecques  que l’on doit à un génie nommé Henri Komatis et qui fut dirigé par Gérard Paquet durant des décennies, jusqu’à l’arrivée du FN à Toulon.
A ses côtés le Liberté, théâtre qui a vu le jour à Toulon en 2008 qui, malgré sa jeunesse, nous a déjà offert un magnifique éventail de spectacles, de créations, d’artistes magnifiques.
Aujourd’hui ces deux superbes lieux de Culture sont devenus scènes nationales, le  premier, dirigé par Stéphane de Belleval, le second par Charles Berling. Tous deux dirigés par deux présidentes : Chateauvallon par Françoise Baudisson, le Liberté par Claire Chazal. Avec l’amiral Yann Tainguy pour présider l’union des deux lieux.
Et c’est sous un beau et chaud soleil que, comme à l’accoutumée, tous étaient réunis dans l’amphithéâtre de Chateauvallon pour présenter, chacun leur tour, la programmation de la saison 24/25.

Quelques artistes étaient venus présenter leur spectacle que l’on découvrira cet hiver, interviewés magistralement, avec toujours la même classe, par Claire Chazal.
C’est ainsi qu’on eut la joie de découvrir qu’un grand monsieur inaugurera la saison à Chateauvallon le 13 septembre : Michel Jonasz himself, accompagné par le grand pianiste Jean-Yves d’Angelo pour un piano-voix très jazzy auquel se joindra le Enzo Carniel Quartet.
Ouverture en majeur, donc.
Tout comme au Liberté puisque pour ouvrir la saison, il accueillera, du 25 au 28 septembre » un Molière et pas des moindres : « Dom Juan » mis en scène par Macha Makeief, qui fut directrice de la Criée et qui est une habituée du Liberté, Deux grands comédiens pour porter ce chef d’œuvre : Xavier Gallais et Vincent Winterhalter.
Et durant une heure nous devions découvrir le choix des deux théâtres que l’on ne peut tout vous donner ce jour mais que vous pouvez découvrir sur la brochure ou sur le site internet.
Notons quand même la venue de Thomas Quillardet au Libert,é du 6 au 8 novembre avec son spectacle « En addicto », Grégory Montel et Lionel Suarez à Chateauvallon pour un spectacle dédié à Claude Nougaro , le 10 décembre. Le retour du chorégraphe Jean-Claude Gallota, les 18 et 19 décembre à Chateauvallon (qui fut le royaume de la danse) avec son spectacle « Cher cinéma ». Grand moment au Liberté, les 16 et 17 janvier, avec « L’amante anglaise » de Marguerite Duras avec la sublime Sandrine Bonnaire. Autre magnifique artiste : la chanteuse Flavia Cohelo qui nous offrira son nouveau spectacle « Gingo » le 31 janvier à Chateauvallon.
Encore un grand moment avec la venue d’une comédienne aujourd’hui internationale : Camille Cottin qui nous donne « Rendez-vous » les 1er et 2 mars au Liberté. Le Liberté qui recevra  Stacey Kent, reconnue aujourd’hui comme l’une des plus grandes chanteuses de jazz de sa génération et qui se produira avec son quartet au Liberté le 14 mars. Bien sûr, Charles Berling viendra dans sa maison du 25 au 28 mars pour interpréter « Calek », d’après les mémoires de Calek Perechodnik.


Du Feydeau, auteur déjà déjanté mais qui, avec, la comédienne et circassienne Karelle Prugnaud, le sera encore plus avec « On purge bébé ». Encore un Molière : « Les fourberies de Scapin » mis en scène par Muriel Mayette-Holtz, issue de la Comédie Française, qui fut directrice de la Villa Médicis et tient aujourd’hui la direction du Théâtre de Nice.
N’oublions pas l’Opéra de Toulon, dirigé par Jérôme Brunetière, qui, toujours fermé pour rénovation, viendra se joindre à la programmation des deux sites avec « La belle Hélène » d’Offenbach au Liberté du 13 AU 18 mai
Bien évidemment, la liste est loin d’être exhaustive et, entre théâtre, danse, musique, chanson cirque, marionnettes, music-hall, cabaret, les « Théma » et la « passion bleue » qui sont aujourd’hui très suivis, les expositions, le pont culturel entre ces deux espaces que nous avons la chance d’avoir dans le Var, est large, riche, varié.
Ce sera encore une belle année !

Jacques Brachet
Photos Alain Lafon

Les équipes de Chateauvallon-Liberté

Françoise HARDY… Même sous la pluie…


Paris, hiver, fin des années 60.
Il fait froid.
On peut même dire qu’il gèle.
Une petite brise glaciale vient s’insinuer au travers de mon manteau.
Pour comble de bonheur, il pleut. Une de ces petites bruines parisiennes qui vous transperce jusqu’aux os. Le ciel, uniformément gris et bas, vient se confondre avec la Seine qui coule doucement, frileusement. Seule Notre- Dame a l’air de résister au temps maussade et hivernal, la tête dans les nuages. Elle en a vu d’autres. (Elle est encore loin du drame).
Et, si j’avais encore quelques doutes, je comprends pourquoi je n’ai pas tenu longtemps à Paris, pourquoi j’ai refusé d’y rester pour travailler !
Je traverse un pont. Lequel ? Je n’en sais rien.
Je suis fidèlement le plan que m’a donné Françoise Hardy.
Eh oui, je vais chez Françoise Hardy. Profitant de quelques journées parisiennes, j’ai pris contact avec la plus discrète de nos chanteuses afin de la rencontrer.
Très tôt, elle s’est éloignée de la scène et de ce fait, je n’ai jamais pu la rencontrer en province, sinon lors d’une folle journée au magasin Prisunic où elle est venue faire une animation. Pourquoi ? Elle ne veut plus s’en souvenir tant elle fut traumatisée par la folie des fans.
Alors, j’avais décidé que, si Françoise ne venait pas à moi, j’irais à elle.
Par l’intermédiaire d’une attachée de presse amie qui a fait l’entremetteuse, j’ai reçu une réponse positive.
Ça me réchauffe le cœur… et le corps qui commence à être transi !
Je prends une petite rue de l’île St Louis, calme, grise – mais en fait ici, tout est gris ! – longée d’anciennes et très belles maisons, très souvent transformées en hôtels particuliers. J’entre dans une cour pavée où l’on s’attendrait à voir se ruer une calèche. Je monte trois étages en colimaçon qui me font remonter le temps. Une porte sans nom : juste la tête d’un petit bonhomme dessiné en trois coups de crayon, sur un petit carton. C’est charmant.

1ère rencontre chez elle
2ème rencontre à Toulon en tournée

Je sonne.
Temps mort puis des pas. La porte s’ouvre sur une silhouette longiligne, reconnaissable entre toutes. Pantalon et pull noir, chemisier rosé. Je me présente :
« Vous êtes en avance d’un quart d’heure !« 
La phrase est jetée sans bonjour, sans méchanceté mais elle a tapé au but. C’est vrai que j’ai l’habitude, la qualité – le défaut, me dit ma femme ! – d’avoir tellement peur d’être en retard que je suis sempiternellement en avance. Après, selon les rendez-vous, j’attends l’heure. Mais j’ai une sainte horreur du retard, pour moi et pour les autres !
Là, vu le temps, j’avais pensé qu’à un quart d’heure près et m’attendant chez elle, Françoise n’y verrait pas d’inconvénient… Visiblement elle en voyait un !
Mais, le temps d’avoir grommelé cette phrase d’un air boudeur, un sourire – oh, très fugitif ! – s’esquisse sur ses lèvres pour me faire comprendre que, malgré tout, ça n’est pas un drame.
Tout de même, elle l’a dit et j’apprendrai très vite qu’elle est très directe et qu’elle peut être assassine !
Encore un escalier en colimaçon, tout moquetté.
Une douce chaleur m’envahit, qui fait du bien. Une musique, douce également, en sourdine, des lumières tamisées. Moquette noire, murs blancs immaculés, lampes oranges, meubles design en acier et cuir noir.
Une immense cheminée dans laquelle trône une chaîne hifi entourée de plein de disques.
Me voilà donc dans l’univers de Françoise. Un univers qui lui ressemble étrangement, à la fois sobre, mystérieux, racé, un peu froid mais plein de douceur. Tout y est si feutré qu’on a presque envie de parler bas.
Je découvre. Je me réchauffe.
Je me sens à la fois bien et un peu gêné de déranger la Belle au Bois Dormant.
Françoise, qui n’a plus parlé depuis sa petite phrase lapidaire, me demande, d’une voix aussi feutrée si j’aime.
J’aime. Je le luis dis. Oubliés le vent glacé, la pluie, le brouillard.
Elle me fait installer dans l’un des grands fauteuils noirs et, avant que je lui aie dit quoi que ce soit, elle pose un disque sur la platine. Dans un murmure elle m’invite à écouter des chansons qui feront partie de son prochain album.
Je suis quelque peu surpris car elle vient tout juste d’en sortir un :
« Dès qu’un disque est sorti, pour moi c’est terminé. Je pense au prochain même s’il ne sortira que dans un an ou plus. Je prends le temps de choisir les chansons, de les essayer, j’écris, je réécris, je cherche le style, la couleur que je vais lui donner.
Une année, ça passe vite. Il me faut encore chercher les orchestrations et donc, l’orchestrateur qui donnera la dernière touche et la couleur à l’album.
Je veux avoir tout mon temps pour ne pas me presser ni me tromper. Je sais en principe exactement où je veux aller… »
J’avoue que je découvre une Françoise Hardy différente de l’image que je m’en suis faite. Je la voyais quelque peu nonchalante et passive, faisant ce métier sans vraie passion, presque avec ennui. Je me rends compte alors que, ce qui l’ennuie c’est la promo, les télés, la scène et ce qui lui plaît, c’est d’écrire, de composer, de faire naître des chansons.

Troisième rencontre au Midem à Cannes

Et puis, je la croyais lointaine, inaccessible et la voilà qui me propose de m’installer à même la moquette avec elle et qui me confie ses idées, sa façon de voir le métier, d’y être sans vraiment y entrer, occupant une place à part dans ce show biz avec lequel elle prend beaucoup de recul.
Elle m’explique son horreur et son trac à se rendre malade chaque fois qu’il fallait monter sur scène dans des conditions quelquefois épouvantables : extérieurs, chaleur ou mauvais temps, chapiteaux pourris, sonos défectueuses, toilettes inexistantes et les kilomètres à avaler.
C’est vrai qu’à cette époque, rien n’est fait pour le confort de l’artiste. Aucun d’eux aujourd’hui n’accepterait de faire une tournée dans de telles situations. Les exigences sont loin d’être les mêmes… Très, très, très loin de là !
De tout cet inconfort elle a voulu se débarrasser pour avoir l’esprit libre, du temps devant elle.
Elle continue à faire des disques car c’est un besoin, une envie. La scène ? Terminé. La horde de fans ? Plus jamais.
Le « service après-vente », comme elle dit, elle le fait pour les besoins de la cause : faire connaître ses chansons, vendre son album pour pouvoir continuer à en faire d’autres. Mais c’est vrai que, même à la télé, elle ne fait que le strict nécessaire.
« Quand on m’invite, c’est afin de parler de l’album, je ne vois rien d’autre à raconter.
Je n’aime pas parler de moi. Donc, en dehors de la promo, on ne me voit pas et c’est très bien comme ça. Tant pis si ça ne plaît pas à certains esprits chagrins.
Je suis comme ça. Je suis moi, je ne cherche pas à plaire à tout prix« 
Ce qui ne l’empêche pas de se passionner pour la musique.
Elle écoute beaucoup de choses, se tient au courant des nouvelles tendances, des nouveaux artistes et surtout des auteurs et compositeurs qui pourraient travailler avec elle, faire un bout de chemin sur un disque.
Ainsi me parle-t-elle de Catherine Lara qu’elle a découverte très tôt et dont elle aurait même eu envie de produire son premier disque.
Mais elle sait que la production est quelque chose d’onéreux, d’aléatoire et, avec sa lucidité et sa rigueur, elle a préféré conseiller à Catherine d’entrer dans une maison de disques où elle aurait plus de soutien et de moyens que ce qu’elle aurait pu lui apporter.
Ce qui ne l’a pas empêchée d’enregistrer elle-même des chansons que Lara a écrites pour elle.

De plus, dans sa vie, il y a un sentiment qu’elle cultive particulièrement : l’amitié, dont elle a d’ailleurs fait une jolie chanson. C’est essentiel à sa façon de vivre
Elle a quelques amis, peu mais fiables, qui font partie de sa bulle de vie.
Tout en bavardant, nous avons rejoint les fauteuils.
Le thé qu’elle m’a offert a refroidi mais qu’importe. La musique a cessé sans qu’on s’en rende compte et l’on continue à parler.
Jusqu’au moment où sa voix se tait aussi.
Elle se lève, regarde par la fenêtre la pluie qui continue à ruisseler, se serre les bras en frissonnant rétrospectivement.
Sa longue silhouette est en ombre chinoise ou presque. La nuit est tombée et je sens qu’il est temps pour moi de partir.
Le temps de lui demander de poser pour une photo. Même si ça ne l’enchante pas elle dit oui mais me propose de très jolies photos de presse au cas où mes photos ne seraient pas réussies, et dans la mesure où elle ne peut pas les voir. Elle m’en signe d’ailleurs une avec ce curieux petit bonhomme vu sur la porte.
Je ne ferai que deux photos
Elle ne sourira pas.
Le sourire arrive enfin lorsqu’elle me dit au revoir et qu’elle redescend le petit escalier pour m’ouvrir la porte.
Me revoilà affrontant pluie, nuit, froid mais le cœur encore tout chaud de ces quelques heures passées aux côtés de cette artiste unique entre toutes.
Sauvage ? Peut-être, mais simple et directe.
Timide ? Certainement mais surtout secrète, pudique, jalouse de sa vie privée dont je me serai garder de parler tout au long de notre rencontre.
Je la rencontrerai quelque temps plus tard et par deux fois au MIDEM à Cannes et, se souvenant de moi, elle acceptera une petite séance photo sur la croisette et un court moment d’entretien pour évoquer les derniers événements de sa vie d’artiste.
Bien évidemment, il n’y aura plus cette magie que j’ai vécue un après-midi d’hiver dans cette jolie maison de l’île St Louis qu’elle a quitté depuis mais qui me rappelle une rencontre exceptionnelle que j’aurais aimé renouveler…
La sortie de son autobiographie m’a vraiment surpris car elle n’était pas habituée à des confidences et là, tout à coup, elle déballait tout. Sans compter que sa façon de raconter m’a laissé une drôle d’impression.

4ème rencontre, encore au MIDEM à Cannes où elle est devenue productrice

Revenue de beaucoup de choses, très souvent insatisfaite de son travail, perturbée par son enfance, pas faite pour un métier qu’elle a pourtant choisi, très critique sur son talent, sans beaucoup de compassion pour les chanteurs qui la chantent, elle paraît ainsi très abrupte et si elle ne se ménage pas, elle ne ménage personne.
Elle a pourtant tout eu : la beauté, le talent, la reconnaissance, elle fut une icône avant l’heure et a su le rester avec classe et beaucoup de mystère…
Malgré les énormes ennuis de santé qu’elle trimballait depuis des années et qu’elle vivait au jour le jour.
En fait, elle fut un OVNI dans ces années 60, elle, la romantique-pessimiste, débarquant dans un monde de rythme, de folie, de joie et d’optimisme… C’est peut-être ce total contrecourant qui en a fait ce qu’elle était : un être et une chanteuse à part qui, durant plus de 50 ans, a continué à passionner les gens.
Et malgré tout ça, j’avais gardé une furieuse envie de la rencontrer à nouveau !
Une pierre précieuse, une perle rare dans ce monde féroce de la chanson.

Jacques Brachet