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THEÂTRE DU 83 AU 06

SIX-FOURS - THEÂTRE DAUDET - VENDREDI 4 MAI A 20 H 30
« BOEING BOEING »
Par le Théâtre de La Godille
MISE EN SCENE : D . HOUDAYER
Tous les avantages de la polygamie sans aucun de ses inconvénients : Bernard a trouvé la solution : Ses maîtresses-fiancées sont trois hôtesses de l’air, de trois pays et de trois compagnies différentes. Le tout est d’harmoniser les horaires. Cette belle mécanique se déroule sous la houlette bougonne mi-réprobatrice, mi-admirative de Berthe, la, très bonne, bonne et devant l’ami d’enfance, Robert, qui rêvait de mariage-pépère ! Le grain de sable vient du progrès : un nouveau Boeing, plus grand, plus puissant… et plus rapide. Ce qui devait arriver arriva : les hôtesses se télescopent…

CANNES - CALIGULA : UNE PIECE MONSTRUEUSEMENT CONTEMPORAINE
Présentée sur la scène du palais des festivals de Cannes il y a quelques jours, Caligula a véritablement séduit le public cannois. Albert Camus destinait cette pièce au Théâtre du Travail qu’il avait fondé à Alger en 1936, ville où il grandit. Cependant elle ne sera créée que plus tard en 1946 au Théâtre Hébertot à Paris. La critique lui a fait un bel accueil. Caligula s’inspire des préoccupations de son jeune auteur. On y retrouve ses thèmes de prédilections : l’absurde et la révolte. Sujets indissociables de ses prises de positions publiques concernant le franquisme, le communisme, le drame algérien…Albert Camus était un passionné de théâtre à qui on doit également l’adaptation de Requiem pour une nonne de Faulkner. Caligula commence au moment du basculement total de la personnalité du jeune empereur. Il vient de perdre Drusilla sa sœur et sa maîtresse. Ce décès le conduit à disparaître, à se replier sur lui durant de longues heures. Jusque là perçu comme un prince relativement aimable, Caligula s’enfonce dans la folie. Il décide de s’affranchir de toute contrainte et pour exercer cette liberté il fait plonger son entourage dans un engrenage extrême, une logique perverse et fatale. Meurtre et perversion sont les outils de cette mécanique infernale où Caligula, par liberté, renie totalement amour et amitié.
Ainsi pour reprendre Albert Camus « si sa vérité est de se révolter contre le destin, son erreur est de nier les hommes. On ne peut tout détruire sans se détruire soi-même ».
Les délires de Caligula sont portés par un Charles Berling comédien, bien évidemment remarquable. Les autres acteurs ont des jeux inégaux. Roland Depauw est un brillant Cherea. Tandis qu’Attila Toth est peu convainquant en Scipion. En l’absence du personnage principal le démarrage de la pièce est un peu mou. Charles Berling a décidé de mettre en scène, en 2005, le Caligula d’Albert Camus sur une suggestion de Laura Pels, directrice du Théâtre de l’Atelier à Paris. En relisant le texte, Charles Berling a ressenti de vives émotions qu’il retranscrit parfaitement à travers sa mise en scène, soulignant justement l’actualité de l’œuvre, la folie du monde d’aujourd’hui.
Balancer entre le rire et l’horreur le spectateur est marqué par cette contemporanéité du texte de Camus. La pièce était jugeait « philosophique » par la critique en 1946. Il est vrai que les questionnements qu’elle suggère sont terriblement d’actualités. Le texte est particulièrement visionnaire, considéré ainsi à juste titre par Charles Berling et aussi comme une œuvre majeure du théâtre du XXe siècle. Parfois donc choquant ou hilarant Charles Berling incarne un Caligula à la hauteur du texte de Camus : tyran perdu courant et concourant à sa propre chute. Tourmentant les siens et les poussant à l’extrémité choisie : l’organisation de son assassinat, seule solution envisageable.

Laurence Argueyrolles

© 2005 Evasion Mag