CANNES - 60ème ANNIVERSAIRE
JOUR J
La folie des grands jours. On a rarement vu autant de monde à l'ouverture d'un festival, soixantième oblige. Et les asiatiques sont venus en renfort. Du coup, c'est la prise d'assaut aux séances et déjà il a fallu faire des files interminables sans succès et revenir à la seconde séance. Quant aux conférences de presse, comme au bout de 60 ans l'organisation n'a pas l'air de se rendre compte que le nombre de journalistes s'est surmultiplié, la minuscule et ridicule salle reste immuable et nous... immuablement à l'extérieur une fois sur deux... Peut-être qu'au centième festival ils arriveront à comprendre qu'un tel festival mérite une salle de presse adéquate et plus prestigieuse.
On peut rêver... D'autant qu'on n'y sera plus !
MY BLUEBERRY NIGHTS
Enfin, avec beaucoup de peine on a vu le film d'ouverture "My blueberry nights" signé Wong Kar Wai, en compétition alors que l'an dernier il était... président du jury !
Un beau film lent et quelque peu difficile à suivre, sorte de road movie à l'américaine et superbement interprété par le craquant Jude Law, Norah Jones qui fait ses premiers pas cinématographiques et qui est une très belle comédienne, sans oublier Rachel Weisz qui est également épatante
Le film est une suite de séquences où l'on suit Elizabeth (N Jones) dans un périple américain après de dures épreuves... Où va-t-elle ? Le sait-elle elle-même sinon qu'elle veut fuir passé et souvenirs en voyageant et trouvant des petits boulots de serveuse. Elle y fait des rencontres, belles, difficiles, émouvantes et grâce à celles-ci elle voit le bout du tunnel, elle se retrouve et ce voyage en boucle est le début d'une autre vie, d'un autre amour.
Les comédiens sont fantastiques, la bande-son extraordinaire. Reste le style du réalisateur qui peut surprendre ceux qui ne le connaissent pas. Images floues ou bougées, surexpositions, tremblés, images en ralenti... donnant un ton un peu glauque au film mais que la beauté des comédiens irradie.
Norah Jones avoue être partie dans l'aventure par un heureux hasard alors que le réalisateur est venu lui proposer le rôle lors d'un concert. Elle a d'abord cru que c'était pour en écrire la musique ! Et puis elle s'est piquée au jeu, entrant jour après jour dans ce rôle où le personnage évolue à chaque scène. Aucune appréhension, aucune idée de ce qu'elle allait faire. Elle a fait totalement confiance à Wong Kar Wai, s'est laissée porter et à l'arrivée, on découvre une belle comédienne.
Jude Law est tout simplement lumineux et son sourire est à tomber par terre. il en joue avec brio et beaucoup de tendresse et d'émotion et ils forment un couple très glamour malgré le sujet qui ne l'est pas.
"C'est - dit-il - un marathonien qui a décidé de se poser. Il courait pour s'exprimer. Il s'arrête pour attendre l'amour et se met à courir vers autre chose en cherchant des yeux la ligne d'arrivée..."
C'est un film sur le temps qui passe et la distance qui sépare deux êtres pour mieux se retrouver. fait de petits moments de vies, d'étapes qui les enrichit tous les deux pour un happy end qui les a fait grandir.
Beau démarrage pour ce soixantième festival.
JOUR 2
EN COMPETITION : "ZODIAC"
Non, rien à voir avec la série TV. C'est un polar-thriller tiré d'une histoire vraie où trois protagonistes vont s'acharner, sur plusieurs années, à traquer un serial killer qui se surnomme Zodiac...Un inspecteur (Mark Ruffalo) façon Colombo, plus jeune, plus clean mais coriace. Un journaliste (Robert Downey Jr) qui a les dents longues, qui picole dur mais qui est d'une grande efficacité. Un dessinateur du même journal (Jake Gyllenhaal), petit scribouillard effacé mais qui est féru de rébus et va peu à peu se transformer en limier. Ce trio se croise et s'entrecroise, s'aide et se percute, prend à cent à l'heure des pistes qui vont souvent se révéler des impasses. Au bout de quelques années essoufflés, les deux premiers abandonneront. Le dessinateur s'acharnera au péril de sa vie et de son couple. Et au bout de 2h50 d'une lutte haletante... on n'en saura pas plus car l'enquête, après avoir arrêté un tueur possible, a dû s'interrompre car ce dernier est mort d'une crise cardiaque .Il faut remonter donc dans les années 60 pour retrouver ce fait-divers américain véridique. A l'époque ils n'avaient pas les moyens d'aujourd'hui, entre autre le portable et les test ADN qui auraient peut-être pu faire aboutir l'affaire. David Fincher signe là un grand film d'action même s'il se complait quelquefois dans des scènes un peu sanguinolentes ou trop longues. Mais on reste scotché sur le fauteuil jusqu'au bout. Les trois comédiens sont parfaits.
« Le dossier - nous confie David Fincher - reste toujours ouvert et donc, on peut penser qu'il y a un Zodiac autour de nous... mais n'y en a-t-il pas un dans chacun d'entre nous ?!! Au départ je ne voulais pas faire un énième polar mais mon agent m'a demandé de lire le livre qu'a écrit ce fameux dessinateur et je dois dire que ça a été un grand moment dans ma vie. »
« Quand un réalisateur - commente Jake Gyllenhall - vient vers vous avec un tel scénario, difficile de dire non ! Car je crois que c'est plus qu'un polar, un thriller, c'est une vraie enquête, une vraie poursuite où le temps est compté et le public ne peut qu'être emporté par l’histoire. »
« Il y a, reprend David Fincher, l'histoire de ces trois hommes qui, peu à peu, vont s'autodétruire dans cette obsession de boucler l'enquête et de trouver le coupable. »
« Il fallait - renchérit Mark Ruffalo - rechercher tous les matériaux possibles pour avoir ensuite une totale liberté de jouer en les ayant sous la main : la cadence du film, la voix, la psychologie du personnage.
Et ça, c'est excitant ! »
« Mon rôle était passionnant, précise Jake car au départ du film, je suis presque une silhouette. Peu à peu mon rôle s'étoffe pour arriver au premier plan. Et de ce personnage gauche, effacé, timide, je me transforme en un traqueur acharné en dépit de ma vie privée et de ma vie même... »
Bref, tout le monde est content, nous aussi, spectateurs, qui ne nous attendions pas à un tel film à Cannes !
LA FOLIE YOUN SUR LA CROISETTE
"Héros" est le titre du film de Bruno Merle, choisi pour l'ouverture de la Semaine de la Critique. Un film comme un autre ? Oh que non puisque interprété par Michaël (dites micaèl et non mycol... il aime pas !) Youn. Et le bouche a oreille marchant très bien à Cannes, c'est une foule compacte et d'une longueur jamais atteinte qui l'attendait. Hélas (!) l'on a dû refuser des dizaines de spectateurs contrits et désolés et frustrés et en colère !
Et pourtant... Ce "héros" est loin d'être un chef d’œuvre. Nous avons eu droit à un numéro de deux heures de l'homme dont la France connaît peut-être plus les fesses (rassurez-vous, on les voit, et le reste aussi !) que le talent. Et c'est dommage car, hormis ce film incompréhensible où, entre les cris et hurlements et agitations du héros on décroche vite, et on perd le fil de l'histoire, (si tant est qu'il y en ait une). Il y a pourtant tout à coup une fulgurance : une scène d'amour avec Elodie Bouchez où ils se renvoient leurs sentiments par télé et passage de "Cyrano" interposés et là, on peut voir l'étendue du talent de ce petit bonhomme qui n'arrête pas de faire le pitre. S'il pouvait jouer dans un film "normal", moins déjanté, peut-être alors pourrait-on s'en apercevoir. A ses côtés Patrick Chesnais qui passe tout le film accroché par du ruban adhésif sur une chaise puis sur un mur... Dur dur pour un comédien aussi talentueux. Qu'allait-il faire dans cette galère où sur la dernière scène on le voit transformé en Johnny Hallyday... Ahurissant. Bref, ce film risque de faire couler beaucoup d'encre car il est totalement disjoncté et provocateur...
Mais pouvait-on s'attendre à autre chose avec Michaël Youn ?
BOUJENAH ET SES TROIS AMIS
On terminera la soirée avec Michel Boujenah "in person", venu présenter en exclusivité son nouveau film en tant que réalisateur au stand des distributeurs, invité par Gaumont.
Le titre : "Trois amis". Ces trois amis : Pascal Elbé, Kad Merad et Mathilde Seignier, se connaissent depuis l'école. Ils ne se sont jamais quittés, se séparant de tant en temps comme la vie sépare ceux qui s'aiment mais le trio se reforme très vite dans une joyeuse équipe, se soutenant, s'amusant, s'engueulant, se fâchant et c'est une jolie chronique de ces trois pieds nickelés qui se retrouvent, chacun leur tour, dans des embrouilles ou des problèmes que les autres essaient, quelquefois très maladroitement, de dénouer. Tous trois sont épatants, aussi dissemblables que possible mais unis à la vie, même lorsque un homme "d'un certain âge" (Yves Rénier, parfait !) emballe la fille et essaie tant bien que mal de s'immiscer dans leur trilogie, ce qui donne des moments de pur plaisir car le film de Boujenah lui ressemble : drôle et tendre à la fois.
A noter un beau moment d'émotion : l'apparition de Philippe Noiret, déjà beaucoup marqué par la maladie mais toujours superbement omniprésent.
Durant le cocktail, l'ami Boujenah très en forme, aminci et toujours aussi gentiment abordable, nous a dit une jolie phrase : "Je suis un vieux conteur mais un jeune metteur en scène. Quoiqu'il arrive, je continuerai à écrire des histoires et à chercher le cœur des gens...".
Ca lui ressemble bien aussi !
JOUR 3
DEMARRAGE EN CHANSONS…D’AMOUR
Qui dit chanson dit film musical et c'est ce que nous propose Christophe Honoré qui nous avait tellement séduit avec son film "A Paris" où déjà, s'amorçait l'envie de mettre des chansons dans ses films.
Voilà qui est fait avec toute une troupe de joyeux comédiens-chanteurs que sont : Louis Garrel, Ludivine Sagnier, Chiara Mastroianni, Clotilde Hesme, Grégoire Leprince-Ringuet, Brigitte Roüan...
Histoire, là encore, d'amour et d'amitié, qui va être assombrie par la mort de l'une et où chaque personnage va essayer de se retrouver et de vivre ce deuil à sa manière, selon sa personnalité. Entre drame et comédie c'est un très joli film un peu hybride, pas vraiment comédie musicale, pas tout à fait film "normal" mais il faut noter que tous les personnages sont magiques et surtout, la musique et les chansons d'Alex Beaupin sont très belles. Tous, sans être de grandes voix, chantent bien et chacun est bien campé dans son personnage.
Ce film veut bien dire que la vie n'est pas toujours un fleuve tranquille, qu'il faut accepter les revers de la vie surtout lorsqu'on est jeune et insouciant et que le drame frappe à votre porte.
Un petit bémol pour Louis Garrel qui commence à s'enfermer dans un personnage stéréotypé qu'on retrouve dans chacun de ses films. Et une mention spéciale pour le jeune et magnifique Grégoire Leprince-Ringuet qui joue avec un naturel plein d'émotion et de sensibilité, le rôle d'un jeune homosexuel qui va s'assumer avec sérénité et détermination. Mesdemoiselles, sachez qu'il ne l'est pas et que, certainement, vous allez en tomber amoureuses !
On retrouve tout ce petit monde pour une joyeuse conférence de presse avec entre autres un Louis Garrel plein d'humour, en super forme, quelque peu déjanté et nous faisant incroyablement penser à Jean-Pierre Léaud... qui est d'ailleurs son maître. Ceci explique cela !
"Christophe Honoré... Ca vous démangeait, le film musical !
- C'est vrai. D'autant qu'avec Alex Beaupin nous nous connaissons depuis l'enfance et nous avons toujours eu nos passions : moi le cinéma, lui la musique. Et une passion commune : la comédie musicale. J'ai été nourri aux films de Jacques Demy. J'en ai donc parlé à Alex...
- Et j'ajoute - le coupe Alex - qu'au départ j'ai été très effrayé car c'est vrai, j'écris des chansons, je les chante mais faire des chansons pour un film avec, non pas des chanteurs mais des acteurs c'était un peu partir dans le néant. De plus il me dit ça en septembre et le film doit se faire en... janvier ! Mais c'était une expérience enthousiasmante et j'ai plongé avec lui.
- Faire chanter des comédiens, c'était compliqué ?
- Il se trouve qu'ils chantaient tous juste et en rythme. Ca a facilité la chose. Là où ça s'est compliqué c'est que pour moi les enregistrement allaient alors que Christophe voulait que les artistes vivent "plus" les chansons qu'ils ne les chantaient !"
Il se trouve que les deux comédiennes avaient déjà chanté :
Chiara Mastroianni : J'ai déjà chanté puisque j'ai fait un album mais je n'avais pas l'habitude de chanter tout en jouant la comédie mais j'ai joué le jeu car j'aime les défis !
Ludivine Sagnier : J'ai déjà eu à faire ça dans "Huit femmes" donc je savais à peu près comment aborder le problème de rendre des sentiments tout en chantant.
- Christophe Honoré, comment définiriez-vous votre film ?
- C'est une histoire d'amour... en musique ! Jusque là, je n'avais jamais osé aborder le sentiment amoureux dans un film. Je pensais que c'était mièvre et la chanson m'a permis de sauter le pas, d'atteindre ainsi un certain romantisme, un certain lyrisme grâce à la musique. J'ai eu moins de retenue.
- Chiara, avez-vous pensé à votre mère, Catherine Deneuve, qui a fait deux comédies musicales avec Demy ?
- Aussi incroyable que ça paraisse... non ! Le film s'est fait très vite, je n'en ai pas eu le temps. C'est aujourd'hui qu'on m'en parle que j'y pense. Mais ça ne m'a pas effleuré !
- Ludivine : Moi par contre, j'y ai beaucoup pensé, d'autant que sa fille était là ! Mais j'aime avoir des références car ça me permet de nourrir mon personnage. Ca me stimule.
- Louis Garrel : Moi j'aime chanter et comme nous avons beaucoup tourné et sommes amis avec Christophe, j'ai suivi le projet et j'attendais qu'il me prose le rôle... Mais rien ne venait. Il cherchait un comédien et m'en parlait. J'ai fini par lui laisser un message sur son portable où je lui chantais une chanson du film que j'avais apprise. Et c'est là qu'il a fini par comprendre que le héros... c'était moi !!!
- Quant à moi, nous avoue Grégoire Leprince-Ringuet, ce qui me posait problème, c'était de chanter en tournant une scène d'amour... avec Louis ! Lui aussi au départ était un peu ennuyé. nous sommes deux hétéros, il fallait qu'on le joue sur le fil sans tomber dans le ridicule et tout en chantant. Et je crois qu'on y est bien arrivé !"
Voilà donc un film qui a surpris, qui a laissé perplexe mais surtout pas indifférent et la performance d'acteur est une jolie réussite.
QUINZAINE : JULLIAN MOORE A LA GRÂCE SAUVAGE
Un Bel événement à la Quinzaine des réalisateurs avec la venue de Jullian Moore qui a fait un bel embouteillage au niveau de l'ancien palais. Elle venait présenter le film de Tom Kalin "Savage Grâce", film à la fois dramatique et troublant sur la confusion des sentiments.
Un couple qui s'effrite, une femme amoureuse et possessive et entre eux, ce jeune fils qui va essayer de vivre cette vie difficile entre un père qui l'ignore, une mère qui l'étouffe et son homosexualité latente qui va vite se déclarer. C'est compter sans la mère qui veut à tel point son fils à elle qu'elle commettra l'irrémédiable avec des conséquences dramatiques. Très beau film, étrange, mystérieux, tiré d'un fait divers réel suivi d'un livre et dans lequel Jullian Moore est extraordinaire de maîtrise, de sentiments refoulés qu'elle cache sous une façade radieuse. Le personnage est dur, violent, limite monstrueux et elle le prends à bras le corps avec un charme et une élégance rares. Et bravo à la belle performance de celui qui joue son fils : Stephen Dillane.
Jullian est belle et diaphane, possède simplicité et humour et sa rencontre est un moment radieux :
"Lorsque j'ai lu le scénario j'y suis restée accrochée jusqu'au bout et si le film a mis quatre ans pour se faire, je n'en ai pas démordu. Je voulais vraiment jouer ce monstre qui est quelqu'un de très attirant, sorte de mante religieuse possessive. Elle est fort sympathique au demeurant, vis à vis des autres mais elle est malade... et son fils et son mari le sont tout autant... Donc c'est très exaltant d'avoir à entrer dans ce genre de personnages aux antipodes de ce que je suis ! Elle ne peut avoir que des relations très fusionnelles tout en gardant un certain recul par rapport au monde qui l'entoure. Je dois dire que je ressens beaucoup de compassion et d'empathie pour cette femme car c'est un personnage sans limites, sans tabous, sans barrière et irresponsable qui ne sait pas jusqu'où elle peut aller trop loin.
Ce qui m'intéresse aussi, ce sont les relations humaines, l'aventure intérieure de ce personnage. C'est le genre de rôle que je ne peux pas laisser passer !!!"
Et elle a bien fait !
UN HOMME PERDU A LA QUINZAINE
L'homme perdu c'est Melvil Poupaud et c'est la réalisatrice Danielle Arbid qui le perd !
C'est l'histoire - histoire étant un bien grand mot ! - d'un photographe qui photographie...
Après ça, c'est... l'histoire d'un mec paumé qui traverse la Syriee, la Jordanie on ne sait pas trop pourquoi et qui va photographier tous les lieux les plus glauques du coin. entre autres hôtels de passe, bars à prostituées qu'il paye pour faire l'amour avec lui, tout en photographiant l'acte... Grand talent de contorsionniste de Melvil Poupaud dont les dialogues son rares tant il passe son temps à errer, à photographier, à fumer comme une locomotive, à picoler, à b...r... Après tout ça, plus beaucoup de place pour parler, même lorsqu'il va rencontrer un arabe plus paumé que lui, mystérieux et maussade, (Alexander Siddig) qu'il va entraîner dans sa course au bout de ses nuits de néant...
C'est à la fois long et répétitif, ambigu et malsain et si l'homme est perdu, nous le sommes tout autant que lui. Très vite on décroche car il n'y a pas d'histoire où alors elle m'est passée au-dessus de la tête.
Bizarre que ce film soit signé par une femme...
JOUR 5
THE COHEN TOUCH
Ils sont tellement associés, ces deux frères, qu'on ne sait jamais qui est Joël, qui est Ethan !
Et les voilà lancés, avec "No country for old men", dans un western moderne avec le bon, la brute et le méchant dans une course ultra-violente, ultra sanglante, à la Tarantino sans l'humour au second degré.
Car le sang gicle et les morts sont nombreuses et spectaculaires avec un Javier Bardem tueur psychopathe, tirant à bout portant sur tout ce qui le contrarie un tant soit peu, suivant un Josh Brolin superbe et ténébreux, façon Clint Eastwood qui lui a piqué son fric, suivi lui-même par Tommy Lee Jones, un shérif revenu de tout qui souhaite sa retraite autant qu'il la redoute. Tout ce petit monde se poursuit donc allègrement en semant des morts autour d'eux par poignées.
Affaire bien menée façon Cohen, trio superbe de comédiens et histoire qui vous tient en haleine jusqu'au dénouement final assez inattendu... qu'on ne vous dévoilera pas !
"Alors, les frères, dans tout ça, qui fait quoi ?
- Nous faisons tout tour à tour, on co-produit, on co-écrit, on co-réalise... On est "co" partout et sans problème. Nos titres qui apparaissent au générique ne sont que pure forme. Et lorsqu'on reçoit un prix... c'est un co-prix !!! C'est un travail à deux têtes et à quatre mains !
- Ce film est tiré d'un roman ?
- Oui et on a vraiment gardé l'essentiel du livre. Il a fallu enlever quelques passages et quelques personnages, on a remodelé les réflexions du shérif qu'on a remis dans un autre contexte car le roman était beaucoup trop long et dense.
- On peut considérer ce film comme un western ?
- Beaucoup nous le disent mais nous pensons plutôt que c'est un film de genre sur la criminalité, c'est ce qui nous a fascinés dans ce livre. Les trois personnages principaux se suivent sans jamais se rencontrer et ça aussi, ça nous plaisait ! Quant à l'humour que l'on trouve dans le livre, on le restitue... Ce n'est pas le notre !
- Arrive-t-il que vous ne soyez pas d'accord ?
- Quelquefois mais il n'y a jamais de différent entre nous, ni de disputes. Nos discussions ne sont ni intenses ni orageuses. Et puis, on ne travaille pas seul, on travaille avec plein de monde, on est une équipe.
- Vous rendez-vous compte que vous êtes devenus des réalisateurs culte ?
- Ca nous dépasse, on n'en est pas conscient du tout. On travaille parce qu'on aime ça et tant mieux si le public nous apprécie."
Et c'est le cas.
CANNES EN TENUE DE SOIREE
J’avais été invité en "Tenue de soirée" à Marseille. Me revoilà pour un nouveau numéro de Michel Drucker et de France 2 sur la Croisette, dans ce luxueux studio créé pour ces émissions. Luxueux mais super-chauffé lors des répétitions en plein soleil où il devait facilement faire 40° sous la bâche translucide du studio.
Mais, comme toujours avec l'ami Drucker, l'atmosphère et détendue, souriante et, chose rare, les artistes sont parfaitement abordables. Voici la belle Carla Bruni chapeautée qui, entre deux coups de fil en italien, répète la chanson de "César et Rosalie", en hommage à Romy Schneider, en compagnie d'un Patrick Bruel décontracté mais très pro, qui répète jusqu'à la perfection. La lumineuse Liane Foly, que je retrouve après la soirée Dalida à Paris est tout aussi charmante et souriante et répètera la chanson de Barbra Streisand "Yentl" en faisant trembler les colonnes... Superbe. Ma complice Nicole Croisille rendra hommage à Lelouch avec son immortel "da ba da ba da". Folle du soleil, Olivia Ruiz va vite tremper ses pieds dans l'eau et avec son bel accent tout aussi ensoleillé, me donnera rendez-vous à Six-Fours aux Voix du Gaou. Thierry Amiel gentil est discret attend son tour tout comme Dany Brillant qui se la joue très star. Liane-Bruel répèteront "La chanson de Prévert" de Gainsbourg avant d'enchaîner "Dans dix ans" tous ensemble.
Michel passe sur le plateau, embrasse, dit bonjour, toujours très cordial avec tout le monde puis va se réfugier dans sa caravane pour préparer consciencieusement son émission.
La répet' terminée, nous voilà au Palm Beach transformé en immense loge... On se croirait dans un campement de réfugiés où tout le monde a sorti ses fringues, séparés par des rideaux mais... à la vue de tous. Un coin intime a été aménagé pour accueillir l'équipe du coiffeur des stars Mister Prouvost in person ! et puis, plain-pied sur la terrasse au soleil où l'on nous distribuera boissons et sushi à volonté... ou presque !
M'approchant de Carla Bruni pour la photographier elle me dit, délicieuse : "Je ne suis pas très belle, je ne suis pas maquillée !" Qu'est-ce que ce sera après ! On prend les photos, elle veut les voir et s'extasie sur mon talent (!) en s'écriant "Je fais très jeune..." Et la voilà qui m'embrasse et me dit que c'est très agréable d'embrasser un homme qui sent si bon ! Tous ces compliments me vont droit au cœur !!! "Ma" Nicole Croisille passe un vêtement superbe signée d'une certaine Mine Vergès rencontrée à Paris la semaine d'avant. On dirait qu'elle va s'envoler. Charlotte Gainsbourg, tout en simplicité et en grâce se fait maquiller, Yan le Bolloch' fait le pitre, je retrouve un vieux complice avec Adamo que je photographierai avec Olivia. Dany Brillant se la "pête" toujours style star à l'italienne... Bref la ruche bourdonne de cris, de rires, on trinque et, quand même, on suit l'émission sur un écran... lorsqu'il y a de la lumière car elle n'a cessé de disjoncter toute la soirée nous laissant dans la pénombre.
La soirée se prolongera tard mais on aura passé un grand moment de détente dans ce festival speedé !
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JOURNEE 6
35 REALISATEURS
On démarre la journée avec un grand moment qui restera dans les annales du Festival.
60 ans, ça devait se fêter dignement et Gilles Jacob a eu la géniale idée de réunir 35 réalisateurs mondiaux et de leur proposer de réaliser un court métrage de trois minutes dont le sujet était... le cinéma. De Jane Campion, unique réalisatrice, à Michaël Cimino lifté à mort, en passant par Youssef Chahine, les frères Dardenne, Claude Lelouch, Olivier Assayas, les frères Cohen, Roman Polanski, Raul Ruiz, Wong Kar Wai, Atom Egoyan, Theo Angelopoulos, Nanni Moretti, Ken Loach et bien d'autres... le nec plus ultra de la réalisation mondiale s'est piqué au jeu, nous offrant "Chacun son cinéma", titre du film, le tout dédié à Federico Fellini.
Chacun avec son style, sa spécificité, sa sensibilité, a donc filmé son cinéma avec humour, délire, émotion, tendresse... Par contre, et cela serait à étudier, nombre d'entre eux ont filmé des salles de cinéma vidées de leur public avec juste un ou deux spectateurs ! Bizarre.
Mais tous bien sûr parlent de leur amour, de leur passion, de leur métier avec un talent fou.
Dernière estocade : la réunion de 33 d'entre eux sur la scène et ça, ce fut un très grand moment inoubliable tout comme cette fastueuse montée des marches avec en prime un Alain Delon superbe et souriant.
A noter quand même le coup de gueule de Roman Polanski qui, énervé par les questions oiseuses et quelque peu débiles de certains journalistes internationaux (mieux considérés que nous ici mais pas toujours très intelligents !) s'est levé en disant qu'il préférait aller "bouffer" que d'entendre de telles idioties... Ca a jeté un froid et a laissé Isabelle Giordano, qui menait le débat, quelque peu surprise. Il faut dire que, pour un tel événement, l'organisation n'était pas à la hauteur, notons-le quand même, malgré le plaisir que nous a procuré ce générique en « live » !
ENFIN UN FILM ITALIEN
C'est avec la section "Un certain regard" qu'on découvre le premier film italien signé Daniele Luchetti : "Mio fratello è figlio unico". Une jolie et dramatique histoire de deux frères qui s'adorent mais dont l'un est communiste, l'autre fasciste. Tout les sépare mais l'amour, s'il est mis à dure épreuve, résistera jusqu'au drame final. Un film avec beaucoup d'émotion mené par deux très prometteurs jeunes comédiens italiens : Elio Germano et Riccardo Scamarcio.
VALERIA BRUNI TEDESCHI A L'OUEST
Voilà la seconde sœur sur la Croisette avec, toujours dans la section "Un certain regard", un film qu'elle a réalisé "Actrices" et dans lequel elle joue. Un film complètement dingue sur les états d'âme d'une comédienne qui arrive sur ses 40 ans et n'est pas arrivée à réaliser sa vie de femme, bouffée par son métier. Ca part comme une bluette, ça semble devenir un drame et ça finit dans une folie totale avec des comédiens déjantés, des dialogues totalement loufoques, des situations décalées et des fantômes qui sortent de tous les coins.
Elle qu'on voit plutôt discrète et réservée, se révèle tout à coup folle et follement talentueuse en tant que réalisatrice. A ses côtés Louis Garrel tel qu'en lui-même, et un Mathieu Amalric en metteur en scène auquel la situation échappe totalement. C'aurait put être un drame. C'est une folle comédie, un vrai feu d’artifice... Et on n'en voit pas beaucoup à Cannes.
JOURNEE 7
UN PARC OU CA ROULE !
En compétition de bon matin (8h) le film de Gus Van Sant "Paranoïd Park"... Un vrai délice pour commencer la journée... Notre réalisateur aime toujours les jeunes ados boutonneux et comme à chaque fois, on s'ennuie ferme !
J'avoue être hermétique à son cinéma qui a toujours une histoire minimaliste tout juste faite pour réaliser un court métrage, avec des plans d'une infinie longueur, des images instables qui allongent inutilement le film et des gamins qu’il filme avec une évidente conviction.
Notre jeune héros (Gale Nevins) est un fan de skate qui, en faisant l'idiot avec son copain, tue un agent de la sécurité. Il préfère se taire... D'ailleurs il se tait une heure et demi et se contente de marcher sans fin dans la rue ou de faire du skate... Amateurs de skate, à voir de toute urgence puisque ces scènes font les 3/4 du film !
Jamais une minute on entre dans son film dont le héros a l'air de se demander ce qu'il fait là... Nous aussi d'ailleurs ! Et en plus, pour la fin, on repassera... Il n'y en a pas vraiment. Mais, habitués des palmarès fantaisistes, voici un non-comédien qui pourrait avoir un prix si ce n’est le film !!!

HORS COMPET... ANGELINA & BRAD
Evénement sur la Croisette avec la venue du couple le plus glamour du moment : Angelina Jolie et Brad Pitt venus présenter "A mighty heart" de Michaël Winterbottom, hors compétition dont l'une est la vedette et l'autre le producteur. Queue de folie pour les apercevoir, bousculade de folie pour la conférence de presse où beaucoup resteront dehors... Comme d'habitude !
C'est une histoire vraie, un film témoignage sur l'enlèvement du journaliste américain et juif Daniel Pearl, enlevé par le terroriste aux semelles explosives Richard Reid et retrouvé décapité et coupé en morceaux. Angelina y joue sa femme Mariane et nous assistons à une enquête à 200 à l'heure pour sauver le journaliste. Plans courts et rapides, montage extraordinaire pour une enquête à couper le souffle qui nous cloue au fauteuil même si l'on connaît la fin.
Tiré d'un livre écrit par la femme de cet otage qui était alors enceinte, elle a voulu laisser un témoignage pour leur fils, Adam. Le scénario est net, précis, fourmille d'infos et nous entraîne dans cette course contre la montre qui hélas, finira mal, orchestrée par Mariane, avec son amour, sa foi, son espérance.
Film témoignage, celui-ci se regarde comme un polar et Angelina éclaire de sa beauté émouvante ce film intense et remarquable, l'un des plus beaux moments du festival.
EN COMPET... TARANTINO CASSE LES VOITURES !
On l'attendait sur la croisette comme toujours puisque Tarantino = événement. Et l'on n'a pas été déçu, ses aficionados non plus, venus très tôt pour faire la queue à ce nouvel opus cinématographique. Avec "Death Proof" ça ne commence pourtant pas très bien car la première demi-heure est assez pénible, faite de conversations entre quatre filles délurées qui boivent, draguent, excitent les mecs et parlent de problèmes de filles avec un dialogue d'une platitude désespérante. Heureusement, survient Kurt Russel, cascadeur balafré qui va, en quelques minutes, faire basculer le film en explosant cinq filles avec sa voiture de mort. Le sang gicle, les membres volent... C'est gore à souhait.
Arrivent quatre autre filles à qui il réserve le même sort... C'est compter sans leur sang froid, leur folie et la poursuite va alors s'inverser et devenir jubilatoire et totalement "tarantinesque" jusqu'à la fin qu'on ne vous contera pas mais qui est folle à souhait, sur une musique d'une chanson des sixties - très prisées de Tarantino - et connue en France par... France Gall : "Laisse tomber les filles", chanson vraiment bien choisie pour cette fin et qu'aurait dû écouter notre Kurt Russel avant de s'en prendre à elles !!!
JOHN WAYNE AURAIT EU 100 ANS...
Et pour honorer sa mémoire, visite émouvante de sa belle-fille, fille de son aîné, Gretchen Wayne qui perpétue sa mémoire en éditant toute une série de DVD.
Pour la circonstance, nous eûmes droit à "Hondo" dans le plus pur style kitch des films "de cow-boys et les indiens" avec poursuites et beaux sentiments mêlés comme les aimait John Wayne.
Un film qu'on a vu... en 3D, avec lunettes adéquates. Incroyables effets qui vous font baisser la tête lorsque vient vers vous une flèche ou sursauter lorsque un cadavre qui vient s'affaler à vos pieds ! C'est saisissant et magique et les paysages de l'Ouest Américain prennent une autre dimension... Un joli moment de nostalgie pour terminer cette journée.
JOURNEE 8
UN BATTEMENT DE CIL A EN PLEURER
Départ de journée on ne peut plus frissonnant que cette projection du film de Julian Schnabel "Le scaphandre et le papillon". En fait, on pouvait s'attendre à tout avec un sujet pareil tiré du best seller de Jean-Dominique Boby qui, suite à un coma de trois semaines, est revenu à la vie totalement paralysé et ne pouvant s'exprimer que d'un battement de cil du seul oeil qui restait mobile.
Vous dire qu'on est sorti de la projection totalement abasourdis est un euphémisme car le traitement de ce drame est fait de pudeur, d'émotion et Mathieu Amalric qui joue ce rôle sans parole y est bouleversant, entouré d'un coryphée de femmes qui lui insufflent l'espoir, l'amour, l'envie de continuer malgré tout. Un film d'une beauté remarquable où le réalisateur, prenant la place de cet homme, regarde les gens de ce seul oeil. Anne Consigny, Emmanuelle Seignier, Marie José Croze, Marina Hands sont toutes quatre tournées vers cet homme pour l'accompagner dans ce destin dramatique où pourtant, avec un certain humour qu'il a gardé de sa vie d'avant, il arrivera à s'exprimer et écrire un livre par ces femmes interposées.
Un grand frisson nous a parcourus... enfin et il serait bien que le jury ait eu la même sensation.
"Lorsque j'ai lu le livre - nous dit le réalisateur - j'avais un ami qui, atteint de sclérose en plaque, ne pouvait plus parler. Cela m'a donc doublement touché mais je n'ai pas vraiment pensé à en faire un film. C'est lorsque la productrice Kathy Kennedy m'a proposé le scénario que je n'ai pas voulu passer à côté de ça.
- Le choix de Mathieu Amalric ?
- Au départ, ce devait être Johnny Depp mais, pris par ses pirates, Kathy m'a présenté Mathieu que je ne connaissais pas. A notre première rencontre, je l'ai trouvé futé, intelligent et j'ai très vite pensé qu'il serait parfait dans le rôle.
- Et vous Mathieu, comment avez-vous reçu ce scénario ?
- Par Kathy toujours qui me l'a fait passer. Je ne voyais pas comment on pouvait faire un tel film mais j'ai rencontré Julian, je suis resté quatre jours prisonnier chez cet ogre, on a appris à se connaître en parlant, en faisant les courses, la cuisine, à travers ses peintures car il est peintre aussi. On a fêté Thancksgiving et il m'a expliqué qu'il ne fallait pas que nous soyons des escrocs en utilisant la malchance de cet homme. J'ai compris que, pour faire ce film, il ne fallait pas être un acteur mais seulement un être humain.
- C'était quand même un film "risqué", Julian ?
- Oui, je dirais : osé. Mais l'idée de voir tout le film avec l’œil du héros m'a plus et puis, c'était un véritable écrivain et c'est cette écriture qui lui a donné sa raison de vivre et j'ai voulu qu'on entende sa voix intérieure puisque, hélas, il ne pouvait pas parler. Il ne pouvait faire, dans son état, que le point sur sa vie et regretter d'en être arrivé à ce stade pour se rendre compte de tout ce qui se passait autour de lui, aux gens qui l'entouraient, l'aimaient. Car c'est un film d'amour.
- Mathieu, quelles ont été vos difficultés ?
- L'incarnation du personnage devait passer par cette voix off, je n'avais que ça pour pouvoir m'exprimer et ce battement de cil et en tournant, muet, je me disais que je tournais un film différent que mes partenaires. J'étais dans une solitude extrême, comme lui devait l'être, et cela m'a beaucoup aidé. Dans son silence, cet homme avait un pouvoir énorme.
- Pourquoi ce titre, Julian ?
- Le scaphandre, qui s'enfonce dans l'eau, c'est un peu comme la mort. Le papillon, ses battements d'ailes, c'est la vie qui se propage."
C'est un film choral comme on en a rarement vu et le public pourtant blasé de Cannes, a mis un certain temps à s'en remettre.
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JANE A FLEUR DE PEAU
"Boxes" (lire, boîtes en anglais) est le premier film d'une nouvelle réalisatrice nommée Jane Birkin qui signe là un film plein d'amour et qui est une sorte de bilan : A 60 ans, qu'ai-je fait de ma vie, mes amours, mes emmerdes... Ai-je été une bonne épouse ? Une bonne mère ? Que pensent de moi les gens qui m'entourent. Est-ce que j'ai assez dit à mes parents que je les aimais ?... toutes ces questions qu'on se pose souvent à cet âge en ouvrant l'armoire aux souvenirs, les boîtes où l'on a rangé des petits bouts de vie qui vous sautent aux yeux, au cœur...
Jane y a mis tout son cœur et, avec plein de maladresses de débutante, de scènes très dérangeantes parce que très intimes, il en ressort beaucoup d'émotion et d'amour. Malgré tout il y a des longueurs, des scènes trop complaisantes et le public est souvent gêné de tant d’intimité. C'est pourtant un film qui lui ressemble. Bizarrement sa mère est jouée par Géraldine Chaplin, peut-être un peu jeune pour l'être, son père est Michel Piccoli, toujours parfait et qui a déjà été son père au cinéma, ses filles Natascha Reignier et... Lou Doillon, sa propre fille !
C'est une Jane aux cheveux coupés courts que l'on retrouve à Cannes, pas encore tout à fait sortie de ce tournage qui a fait remonter beaucoup de souvenirs.
"Il y a dix ans que je pense et écrit ce film, que je le porte en moi. Il était temps que je me jette à l'eau surtout qu'aujourd'hui mes filles sont grandes et qu'il était temps qu'on ait des conversations de femmes. Nous avons chacun notre vérité mais est-ce celle des autres ? Je me posais beaucoup de questions vis à vis d'elles car on a des images qui se posent sur des instants de bonheur ou de tristesse mais je voulais entendre "leur" vérité et par ce film beaucoup de choses sont sorties de nous.
D'ailleurs, il y a beaucoup de choses d'elles dans le dialogue qu'elles m'ont aidé à construire. Lorsqu'elles ont vu, les premières, le film à peine monté, Lou était très émue d'y avoir participé, Kate a pleuré et m'a dit : "Je ne connaissais pas ta vie" et Charlotte est partie fumer une cigarette. Elle m'a envoyé un texto : "Ne change pas un mot". Lou m'a avoué qu'elle avait aussi reçu un texto de Charlotte et que c'était le plus beau message qu'elle avait jamais reçu. C'était important pour moi car c'est mon audience la plus sensible et je ne voulais pas les blesser.
- Pourquoi Charlotte n'y joue-t-elle pas ?
- Elle sortait d'un film "familial" avec son mari et ne voulait pas repiquer au jeu !
- Et pourquoi y avoir joué ton propre rôle ?
- Je n'ai pas vraiment trouvé une comédienne pour ça et je pense que ça me touchait de trop près pour que ce ne soit pas moi ! Mais je ne voulais pas non plus tomber dans le mélo ou le pathos. J'espère avoir mis assez d'humour pour qu'on ne trouve pas le film trop chiant !"
JOHN WAYNE... EN SOUVENIR
Après la projection de "Hondo", la veille, nous étions conviés à rencontrer Gretchen Wayne, belle-fille de notre super cow-boy, au bord de l'eau, au milieu d'affiches qui nous rappelaient plein de souvenirs de notre jeunesse cinématographique.
"J'ai connu John Wayne - nous confie-t-elle - alors que j'avais 14 ans. Nous avions fait un spectacle à l'école et les parents étaient venus nous voir. Il se trouve que le père de ma copine était John Wayne. nous vivions très près, nous nous fréquentions et un jour j'ai fréquenté son fils. Et c'est lui qui un jour, lui a dit : qu'est-ce que tu attends pour l'épouser ?
- Comment était-il ?
C'était un homme chaleureux, qui adorait sa famille, qui aimait organiser les fêtes de Noël, décorer la maison et faire des cadeaux. Mais des cadeaux toujours judicieusement choisis car il connaissait les goûts et les envies de chacun. Il avait une forte personnalité et ses colères étaient assez spectaculaires. Mais elles retombaient très vite. Il aimait l'Histoire et lisait énormément, jusqu'à un livre par jour lorsqu'il ne tournait pas. Il aimait danser, jouer aux échecs, faire du sport. C'était un athlète.
- Aujourd'hui vous êtes la gardienne de sa mémoire ?
- Tout à fait et c'est pourquoi j'ai voulu continuer l’œuvre qu'avait commencée mon mari en remastérisant les films, en les sortant en DVD avec des bonus, en présentant ce film en 3D. D'ailleurs, plus tard, les DVD sortiront aussi en 3D. J'ai choisi l'offre de Paramount pour mener à bien cette collection. Il méritait bien cet hommage car c'était un grand comédien, un personnage charismatique et sa popularité ne s'est jamais démentie.
- Comment se voyait-il, lui ?
- Comme un homme comme les autres qui avait beaucoup de distance par rapport à ce personnage monolithique qu'il représentait. Mais il était aussi très conscient des personnages stéréotypés qu'il incarnait et souvent, les prenait en autodérision. Mais il savait aussi la portée symbolique de ceux-ci pour les gens. Ce qui ne l'empêchait pas d'avoir beaucoup d'autodérision par rapport à ça. Par contre, il se fichait totalement des critiques. Si son public, duquel il était très proche, était content, il était heureux aussi. Dans la rue, il était très abordable avec tout le monde.
Il avait la simplicité des grands."
JOURNEE 9
DE L'AUTRE CÔTE avec FATIH AKIN
Même si le film est un peu long et un peu brouillon, Fatih Akin, réalisateur turc qui était juré voici deux ans, nous offre un beau film, dont le titre exact est "Auf der anderen seite" sur la confusion des sentiments, les hasards de la vie qui font ou défont des histoires ou nous y font passer à côté et une réflexion sur la mort dont on ne voit - et pour cause - que le côté négatif alors qu'elle peut permettre à ceux qui restent de se remettre en question et peut-être, de prolonger la vie des disparus en allant dans leurs traces.
Espèce de chassé-croisé des personnages, très difficilement racontable, servi par deux belles comédiennes Nurgül Yesilçay et Patrycia Ziolkowska, l'émouvant Baki Davrak et la lumineuse Hanna Schygulla.
Hanna qui nous confie : "Lorsque j'ai vu un jour à la télévision Fatih Akin il m'a émue, le rythme de mon cœur s'est accéléré. Je l'ai rencontré au festival de Belgrade et l'on a trouvé beaucoup de choses à se dire. Lorsqu'il m'a passé ce scénario, j'ai trouvé qu'il était assez inhabituel de lire un sujet aussi fondamental qui tournait autour de la mort, disant qu'il ne faut pas s'arrêter à la douleur ou à l'amertume mais qu'il est bien de poursuivre l’œuvre de l'autre, ce qui, aujourd'hui, n'est plus très courant. Je crois qu'il ne faut pas s'arrêter à son propre deuil mais le transformer en or, en en faisant quelque chose de très beau, en faire une affirmation de soi contre l'impuissance de tout ce qui arrive dans le monde. Chacun de nous, à sa façon, a le pouvoir d'aller plus loin dans son quand à soi.
- Pour moi, précise le réalisateur, il faut savoir abolir les obstacles qui séparent les pays, les cultures, les sociétés, les familles, l'esprit même. Se donner la possibilité de franchir tout ça pour se dépasser, transgresser ses limites. C'est ce que j'ai voulu dire dans ce film. On doit pouvoir se confronter avec la mort car la vie est comprise dans la mort et si l'on a peur de la mort, on a peur de la vie et ça nous empêche d'avancer. Voilà ce que j'ai voulu exprimer.
UNE BD EN COMPET’... PERSEPOLIS
Les fans de BD connaissent certainement Marjane Satrapi. "Persépolis" est devenue pour certains aficionados, une série BD culte. Vous allez donc découvrir ce que deux talents réunis, Marjane et le réalisateur Vincent Paronnaud ont fait d'une série culte qui a fait l'événement à Cannes devant un palais plein à craquer, debout, leur faisant une ovation de vingt minutes, entourés de leurs "voix" du film : Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Simon Abkarian. Grand absente : Danielle Darrieux qui est aussi du générique prenant la voix de la grand mère dont la fille est Catherine Deneuve (Elle le fut déjà par deux fois au cinéma !) qui est elle-même la mère de... sa fille !
Cette BD et donc ce film d'animation, vous l'aurez compris, est la vie de cette petite iranienne que fut Marjane, enfant à Téhéran en 1978 et qui, en grandissant, aidée de sa mère et sa grand mère, a voulu sortir des carcans des femmes imposés par une société machiste. Elle vivra donc une vraie révolution humaine, culturelle avec tout ce que cela comporte de difficultés mais qui aboutit à ces BD et surtout à ce film qui en a fait l'héroïne du 60ème festival... Ca valait le coup.
Le film est très fort, il s'y dit plein de choses graves et essentielles sur un mode humoristique, où l'émotion n'est jamais loin. Les dialogues sont ciselés et percutants, entre autres ceux de cette vieille dame indigne par la voix de notre DD et qui lui ressemblent tellement !
Un vrai grand triomphe pour clore cette belle journée.
- Quelles ont été les difficultés d'une telle aventure ?
- Vincent Paronnaud : Vouloir surtout coller de très près à la BD en faisant un film d'animation. Car certains pensent qu'il suffit de mettre bout à bout les petites cases de la BD pour faire un film. C'est très loin de ça. Une BD n'est pas un story board et le film a une narration à part entière. C'est une véritable écriture cinématographique
- Marjane Satrapi : J'avais surtout peur de voir prendre vie à mes personnages. Allaient-ils leur ressembler en devenant une image qui bouge ? Les voix, les intonations allaient les faire vivre autrement et peut-être changer leur personnalité... Mais on a travaillé très près l'un de l'autre, attentif l'un a l'autre et je suis satisfaite du résultat.
- Catherine Deneuve, comment êtes-vous entrée dans ce projet?
- J'ai tout de suite aimé cette BD et lorsque le magazine Vogue m'a demandé d'être rédactrice en chef d'un numéro de Noël, j'ai voulu lui consacrer un article. Elle traite de choses très graves d'une façon très drôle et donc, j'ai tout de suite été emballée par le projet lorsque, quelque temps plus tard, Marjane me l'a proposé.
- Et vous, Chiara ?
- Je suis tombée sur le scénario chez ma mère, je l'ai lu d'un trait et j'ai moi-même appelé pour être de l'aventure. Je n'avais alors jamais fait ce genre de démarche mais j'avais envie de connaître celle qui était derrière tout ça ! Et je n'ai pas été déçue : j'aime sa liberté, son humour, son intégrité.
- C'est, rajoute Catherine Deneuve, une nouvelle façon de travailler pour la liberté et en plus, c'est son histoire. Et être sélectionnée à Cannes est une récompense méritée !
- Et vous Simon Abkarian ?
- Moi, déjà, je suis toujours ému et flatté lorsqu'on m'appelle pour me proposer quelque chose. Ca me touche toujours qu'on pense à moi et lorsque c'est un tel projet avec une réflexion aussi forte, et dans le fond et dans la forme, on ne peut qu'adhérer ! C'est une histoire universelle qui s'applique à toute société opprimée.
- Marjane, où en êtes-vous avec l'Iran ?
- Je ne peux pas y rentrer et d'ailleurs je n'y tiens pas car je ne sais pas ce qui peut se passer et je tiens à ma liberté ! J'ai toujours des liens très forts avec ce pays mais je dois les mettre entre parenthèses. Ici, je fais le métier que j'aime, je vis dans une ville que j'aime, je vis avec qui je veux... Je ne vais pas me plaindre !"
JOURNEE 10
Dois-je l'avouer ? J'ai fait l'impasse ce matin sur le film russe. Sokurov, j'ai pas osé l'affronter, étant sûr que ce ne serait pas fait pour me réveiller... On verra si j'ai eu tort ou raison au palmarès.
Du coup, j'ai visité les gens avec lesquels on travaille toute l'année et avec qui on correspond par mail ou téléphone... Donc, c'est bien, une fois par an, de se voir : Adami, Sacem, Région, Unifrance Film... de sympathiques rencontres pour resserrer nos liens professionnels et amicaux et le temps de prendre un petit déjeuner ou un cocktail... On en a besoin.
Et puis... l'événement
OCEAN THIRTEEN... UNE AFFICHE DE RÊVE
On l'attendait, ce film, tant pour le découvrir en première mondiale que pour retrouver le générique le plus "people" de l'année : En dehors du réalisateur Steven Soderbergh, autour de lui : George Clooney, Ellen Barkin, Matt Damon, Andy Garcia, Elliot Gould, Brad Pitt, Al Pacino et quelques autres... Qui dit mieux ?!
L'histoire est d'une infinie simplicité : le beau Ocean alias Clooney veut, avec sa bande se venger du cruel Bank au nom prédestiné, alias Pacino. Bien sûr, ce sera par "money" interposée et, pour ruiner le milliardaire, il faut s'attaquer à son nouveau casino. Histoire simpliste s'il en est mais rehaussée d'une vengeance "technique" qui en dépassera plus d'un d'entre nous mais à laquelle on se laisse prendre par un montage serré et rapide, une réalisation réglée comme un mécanisme d'horlogerie suisse, un casting on ne peut plus charismatique et glamour, un dialogue plein d'humour et de fantaisie
On se laisse avoir avec plaisir et ce sera certainement le must de la saison estivale cinématographique.
Inutile de vous dire que le fan club était là très tôt dans la matinée pour essayer d'apercevoir ces mega-stars intouchables. Inutile de vous dire aussi que la séance de presse, prise d'assaut, ne sera pas pour tout le monde... On ne vous en dira pas plus sinon que c'est une équipe qui gagne, qui plus est, a l'air de s'entendre super bien et qu'il y aurait un autre épisode en préparation que ce ne serait pas impossible... Sauf pour réunir un tel plateau aux mêmes dates, ce qui ne doit pas être le plus facile !!!
ET LELOUCH REVIENT SUR LA CROISETTE
Une romancière célèbre grâce à un nègre. Un nègre qui pourrait être un évadé de la santé. Une coiffeuse toute simple qui part présenter son fiancé à la famille et en présente un autre qui pourrait bien être le nègre... Bref, des hasards et des coïncidences qui passionnent le maître et donc les êtres vont s'entrecroiser, se confronter, s'aimer.
Lelouch est passé maître dans ce genre de formule mais il devient plus sobre, moins bouillon, moins touffu. Les personnages étant moins nombreux, on peut les suivre plus facilement chacun dans sa quête de l'amour, de la reconnaissance, de la réussite.
Le film est bien mené, le rythme n'est pas effréné, on peut s'attacher à chaque personnage et quels personnages : Fanny Ardant en écrivaine qui protège une situation qui lui apporte gloire et célébrité. Dominiquee Pinon qui est ce nègre mais aussi, pourrait être un assassin en puissance. Audrey Dana, la coiffeuse qui ne sait plus trop où elle en est avec son futur mari.
Le film est magnifique d'insolence et de clarté et l'histoire, sous forme de polar vous donne tout le temps l'envie d'en savoir plus.
Par contre, un petit regret : Fanny Ardant, toujours si belle au demeurant, n'est pas vraiment mise en valeur avec une coupe de cheveux et une couleur qui ne lui ressemblent. Elle ressemble un peu à Simone de Beauvoir et n'est vraiment pas à son avantage même si c’est fait exprès.
Ce film plaira aux conditionnels de Lelouch... et en prime, sa musique est signée Gilbert Bécaud , ce qui est contraire à ses règles de prendre des compositions originales.
JOURNEE 11
BREILLAT POUR LA PREMIERE FOIS EN COMPET'
Qui l'eut cru ? Après avoir alimenté les chroniques avec ses films sulfureux, pour la première fois en onze films, Catherine Breillat représente la France en compétition. S'il est toujours questions d'émois sexuels, pour la première fois elle aborde un film en costumes (la plupart du temps les costumes sont réduits à leur plus simple expression !!!) et elle adapte un roman de Barbey d'Aurevilly "Une vieille maîtresse", titre du film également.
Jolie distribution avec la tout aussi sulfureuse Asia Argento, le troublant et ambigu jeune comédien, pour la première fois à l'écran, Fouad Aït Aattou, la romantique Roxane Mesquida et l'inattendue... Claude Sarraute (si, si, celle de Ruquier !) en mamie rigolote et qui s'en tire super bien pour son premier rôle !
Que dire du film sinon qu'il s'approche assez du livre mais qu'il est long, lent, ennuyeux et bavard. Elle a voulu changer de genre et on la retrouve sur un terrain inattendu mais ce n'est pas pour cela que c'est passionnant. A noter que si Asia Argento est belle à tomber par terre, sorte de Carmen XVIIIème, on a du mal à comprendre son français... Heureusement qu'il y avait les sous-titres anglais. Quant au jeune comédien qui dit avoir vécu et marié depuis dix ans… on dirait un ado !
Arrivée à la conférence de presse d'une Catherine Breillat vacillante puisqu'elle se relève d'une hémiplégie qui l'empêche de se mouvoir aisément.
Ce qui ne l'empêche pas défendre son film :
"C'est vrai que c'est la première fois que je fais une adaptation à l'écran mais j'adore cette époque et si j'y avais vécu j'y aurais été... Barbey d'Aurevilly. J'en suis sûre !
- Fini la provoc' ?
- Oui, ,je l'avais dit en tournant "Anatomie de l'enfer" qui était mon dixième film ... avec un grand X, qui terminait un cycle où j'avais fait tout ce que j'avais osé faire ! C'est donc aujourd'hui une page tournée et ce film est plus apaisé... pour le spectateur du moins !
Cette hémiplégie est arrivée alors qu'on tournait ce film, beaucoup plus lourd que les autres, parce que historique, en costumes. Mais le chiffre 11 correspond au corps hémiplégique, c'est un symbole !
En tout cas, ce n'est pas ça qui m'a fait m'arrêter et c'est simplement l'amour du cinéma qui a décuplé ma pêche...
- Claude Sarraute, vous dans un film... quelle surprise !
- A qui le dis-tu ! Lorsque Catherine m'a proposé ce rôle, j'étais sur le cul ! Elle m'a envoyé le scénario chez Ruquier et j'avoue que pour moi, Breillat est une réalisatrice culte. "Un rôle à mon âge... mais tu es folle !" lui ai-je dit ! Mais elle me voulait vraiment et je dois dire que j'ai fait, pour elle, un effort de folie pour apprendre ce putain de texte ! La rencontrant, je suis vraiment tombée en amitié avec elle. Elle aurait pu me demander n'importe quoi, je l'aurais fait !!! Mais j'avoue qu'elle m'en a fait baver... Et ces costumes qui pesaient, qui me faisaient transpirer... l'horreur. Mais en même temps un énorme plaisir.
- Et vous Asia ?
- J'ai toujours adoré les films de Catherine et j'ai dit oui avec d'autant plus de plaisir que je trouve cette histoire d'amour tout à fait universelle... qui m'est arrivé à peu près de la même façon ! De plus, Catherine est la seule personne, le seul être humain que j'ai découvert plus fort que moi. Elle m'a subjuguée, j'ai vraiment été dominée par elle à tel point que, par moments, elle m'a fait peur"
Fouad est un jeune inconnu que Catherine a "cueilli" dans la rue parce qu'il était l'idéal masculin de ce qu'elle cherchait pour ce rôle.
Fouad commente : » Je suis très timide de nature et lorsque Catherine m'a abordé pour jouer ce rôle j'étais à la fois heureux car c'était ce que je voulais faire depuis toujours mais j'ai également été très effrayé par la tâche et le confiance qu'elle m'offrait. C'était aussi très excitant ! Catherine est très directive, très précise et c'est à travers nos limites qu'elle nous donne la force, la liberté.
- Fouad - ajoute Catherine - est ma révélation. il a une beauté sauvage et radieuse, presque féminine et le contraste d'Asia qui est une panthère, qui a une violence presque masculine, ça ne pouvait donner qu'un mélange détonant. C'est Ava Gardner et Alain Delon !!!
MIDI... L'HEURE DE L'AIÖLI !!
Hier après-midi nous avons eu droit - pour la première fois ! - aux honneurs en tant que presse puisque M Gilles Jabob in person et notre attachée de presse du festival Christine Aimée, nous offraient un cocktail pour nous remercier de notre travaiL... Il était temps, 6O ans après ! Quelques médailles ont été distribuées pour remerciements aux services rendus depuis des décennies... Malgré mes 40 ans de festival... je n'ai pas eu de médaille ! Tant pis, le cocktail était sympa.
Et ce midi c'était au tour du Maire de Cannes de recevoir la presse et le jury au grand complet pour un aïoli annuel qui est toujours aussi chaleureux puisque c'est le seul jour où nous pouvons, petit groupe de journalistes fidèles qui nous retrouvons chaque année, passer un moment de plaisir autour d'une table et au soleil. On ne raterait pour rien au monde ce joli moment annuel du festival !
LA FORET DE MOGARI A FAILLI NOUS PERDRE
Après un copieux aïoli bien arrosé, on aurait dû prévoir une sieste… Elle est venue avec ce film japonais « La forêt de Mogari » de la réalisatrice Naomi Kawase. Heureusement, pour une fois, il ne durait qu’1h30, ce qui nous a suffi pour nous assoupir quelque peu tant le film est lent, sans dialogues et sans musique. Un retraité qui s’échappe dans une forêt, une infirmière qui se trouve à ses côtés le poursuit, le rejoint et se perd avec lui. Mais ce n’est pas « Taxi », c’est japonais et les plans sont d’une longueur infinie. C’est toute une culture qui, je l’avoue, m’échappe totalement même si certains crient au génie. Est-ce vraiment du cinéma ? En tout cas, une fois de plus, c’est un film qu’on pourrait retrouver au palmarès en nous arguant culture, symboles, profondeur… En tout cas, nous eûmes un moment de profond sommeil… sans avoir perdu une seconde de l’histoire !
SOIREE SACEM… HOMMAGE A ENNIO MORRICONE
La SACEM, installée au bord de l’eau, était un rendez-vous de 13 heures incontournable puisque chaque jour, au Pavillon International de la Musique, l’on abordait une mini-rencontre sur les sujets les plus divers concernant la musique, animés par Gilles Tinayre, compositeur, président de l’Union des Compositeurs des Musiques de Films (UCMF), ayant remplacé notre ami Gréco Casadesus. Accueil chaleureux et souriant, débats intéressants sur la création, l’édition, les médias, les financements… etc.… des mini-concerts aussi et des pays invités : la Suisse, l’Allemagne et l’Italie avec la venue de l’immense Ennio Morricone, invité d’Honneur d’une très belle et très sympathique soirée au bord de l’eau présidée par Bernard Miyet, président du Directoire de la SACEM. Avant le repas, arrivée du grand maître reçu par le quintette à vent Arte Combo qui lui joua quelques aires… qu’il doit connaître par cœur !
Homme discret, effacé mais oh combien talentueux, il reçut cette soirée hommage comme un cadeau en affirmant que le métier de compositeur était un travail solitaire, individuel mais qu’il fallait que musiciens et compositeurs se serrent les coudes afin que la musique de film soit reconnue comme un art à part entière, aussi importante que les autres branches des métiers du cinéma et en espérant qu’au bout de 60 ans, le festival pense à remettre un prix à la musique de film… On peut rêver a-t-il ajouté avec un sourire à peine esquissé.
Soirée chaleureuse et festive sous le signe de la musique et de l’amitié européennes.
JOURNEE 12
ATTENTION LES OREILLES…
Attention les oreilles, voilà Emir Kusturica qui déboule avec « Promets-moi ». Contrairement au film japonais, là c’est l’action et le bruit qui dominent. Une histoire insensée dont on perd assez vite le fil tant la musique est omniprésente et forte, tant il y a de bruit et de fureur, des cavalcades, des coups de fusil, des cris… On sort comme si l’on était resté sous une cloche durant deux heures, les tympans à rude épreuve.
Kusturika vit sur ses lauriers, il ne se renouvelle pas et tout devient systématique dans ses films. Malgré de belles images et de charmants acteurs, on en a vite assez de tout ce remue-ménage et de cette histoire folle, sorte de grosse farce sur fond de musique… A moins que ce ne soit de la musique sur fond d’images !
On sait que Kusturika aime la musique, en fait et en joue mais là, trop c’est trop. On finirait presque par apprécier le silence de la forêt de Mogari !
ENCORE ENNIO
C’est donc avec plaisir que l’on s’est retrouvé à la SACEM pour un cocktail intime, à nouveau avec Ennio Morricone car Gilles Tinayre lui avait réservé une surprise. Un cadeau original sous forme d’une grande lettre-hommage signée de tous les grands compositeurs de musiques de films du monde. Cadeau qu’il prit avec toujours cette même discrétion, ému pourtant. Mais émotion de courte durée car un vilain orage gâta en partie la fête… qui se passait dehors !
JANE… SOMPTUEUSE !
Un hommage à Henri Fonda, ça valait la peine mais sa fille l’éclipsa tant elle arriva, somptueuse et irradiante dans une longue robe fourreau noir, belle et altière à couper le souffle… Tout le monde debout pour l’applaudir… Elle le valait bien !!! Elle décida de perler en français puisqu’elle était dans un festival français, une élégance de plus à son actif ! Elle maîtrise parfaitement bien cette langue et dit de belles choses sur son père qui fut un merveilleux acteur. L’on présenta le film de Sidney Lumet « Douze hommes en colère » dans une version paraît-il remastérisée mais dont le son était abominable avec un fond sonore très désagréable. Dommage. Les Fonda méritaient mieux
FRANCOIS CHALAIS… EN SOUVENIR
Chaque année, les festival se termine presque par lma soirée que donne France Télévision et Mei Chen Chalais, épouse de François Chalais qui a instauré, voici plus de dix ans, un prix en hommage à son époux, journaliste, baroudeur, grand reporter, dont on garde en mémoire ses merveilleux « Reflets de Cannes ». La belle Mei Chen sait réunir autour d’elle des gens de grand talent, des amis fidèles qui remettent un prix à un film qui a su capter les réalités du monde.
Elle était donc entourée de Sophie Agacinski, Lakdar Hamina, Claude Pinoteau, Bob Swaim, Georges Lautner, Pierre Santini, Patrick de Carolis, Tcheky Kario, Jean Becker… Ca manquait sérieusement de femmes cette année mais la cérémonie fut chaleureuse, le dîner fort sympathique et the winner is : « The Mighty Heart » de Michaël Winterbottom, qui entre dans le droit fil de ce prix d’autant que l’otage était un grand reporter.
LA DISTRIBUTION
Que dire du palmarès sinon que le trio gagnant est une fois de plus des films qui ne feront pas fortune et qui intéresseront surtout des usagers des ciné-club. Rarement à Cannes sont primés des films populaires – ce qui ne veut pas dire de mauvaise qualité – mais c’est ainsi, le jury et le public sont rarement d’accord. On connaît aujourd’hui le rite de cette remise des prix qui donne des lots de consolation à des films qui ont plu à un large public, afin qu’ils ne râlent pas trop…
Qui se souviendra – mieux : qui a vu ou verra ? – la palme d’or « 4 mois, 3 semaines, 2 jours », ce film roumain désespérant de Cristian Mungiu ? le grand prix « La forêt de Mogari », film japonais de Naomi Kawase qui en a endormi ou fait partir plus d’un ? le prix « Spécial 60 ème anniversaire » au film mortifère de Gus Van Sant « Paranoïd Park » ?A côté de ça, « Persépolis » s’est contenté d’un prix du jury alors que c’est le film qui a été le plus plébiscité et « Le scaphandre et le paoillon » n’a obtnu que le prix de la mise en scène alors qu’il a fait pleurer une salle entière…
Mais bon, ce n’est qu’un jeu, qu’un prix et le but de ce jeu est de pouvoir découvrir tant de films réunis dans un lieu unique, de se faire une idée du cinéma international et, quelle que soit la section, de découvrir de belles histoires, de grands metteurs en scène et de jeunes réalisateurs prometteurs, de pouvoir – difficilement ! – rencontrer de beaux artistes et de se dire que le cinéma a encore de belles années devant lui.
60 ans de festival… Ce ne fut pas un grand festival mais un beau et bon festival. Il n’y eut pas de fête gigantesque comme on aurait pu l’espérer. Cannes arrive à un moment sa vie où le marché prend le pas sur la fête, même s’il fait encore un peu rêver et où cette montée des marches reste un mythe.
Cannes reste toujours le plus grand festival du monde.
Jacques Brachet
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Photos :
1.Jane FONDA dans toute sa splendeur
2.Jake GYLLENHAAL et David FINCHER (Zodiac)
3.L'équipe de "Héros"
4.Michel BOUJENAH heureux
5/6/7.Louis GAREL,Ludivine SAGNIER et Christophe HONORE, Grégoire LEPRINCE-RINGUET (Chansons d'amour)
8.Jullian MOORE (Savage Grâce)
9.L'équipe de "Un homme perdu"
10.Les frères COHEN
11 à 16."Tenue de soirée" : BRUEL-FOLY-AMIEL, Carla BRUNI, Charlotte GAINSBOURG, Nicole CROISILLE, ADAMO et Olivia RUIZ, Michel DRUCKER.
17. 33 réalisateurs réunis... du jamais vu !
18..Emmanuelle SEIGNER, Mathieu AMALRIC, Anne CONSIGNY (Le scaphandre et le papillon)
19.Jane BIRKIN (Boxes)
20.Gretchen WAYNE
21/22/23.Catherine DENEUVE,Marjane SATRAMI, Chiara MASTROIANNI (Persepolis)
24.Claude LELOUCH
25 et 26.Le jury à l'aïoli du Maire : Michel PICCOLI, Stephen FREARS
27/28/29.Ennio MORRICONE avec Gréco CASADESSUS, avec Gilles TINAYRES et avec son diplôme signé de tous les grands compositeurs.
30/31/32.A la soirée François CHALAIS, Mei-Chen entourée de Georges LAUTNER, Jean BECKER, Tcheky KARYO, Claude PINOTEAU, Pierre SANTINI, Paztrick de CAROLIS.
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