AU CINEMA, 3 FEMMES... 3 HOMMES... LA PARITE !
MINCE ALORS... VIVE LES RONDES !
Charlotte de Turkheim nous propose un film où les femmes rondes et pulpeuses sont à l'honneur... Elle est venue au Pathé Grand Ciel présenter son film "Mince alors !", qui sortira le mercredi 28 mars, accompagnée de Lola Dewaere, fille de Patrick et Julia Piaton qui n'est autre que sa propre fille. Film de famille donc et film dont le sujet, quoique traité en comédie est le grave problème du poids et du regard de l'autre.
Un sujet-bateau mais dans lequel Charlotte évite tous les poncifs en nous offrant une comédie charmante teintée d'émotion, avec des dialogues percutants où les comédiennes dont, (hormis les deux sus-citées, l'explosive Victoria Abril et l'épatante Catherine Hosmalin entre autres) sont toutes formidables, belles, lumineuses.
Dure réalité que d'être regardée et traitée de "grosse" et dur travail pour perdre ce poids qui empoisonne la vie et montre ces femmes du doigts parce qu'il est dit qu'une femme doit être mince.
Charlotte, comment vous est venue cette idée ?
Je l'ai depuis longtemps et il se trouve que Dominique Besnéhard, producteur et comédien, voulait faire un film sur Brides les Bains. Il m'a proposé de mélanger nos sujets. Comme il était l'un de mes producteurs... je n'avais pas le choix ! Et je ne l'ai pas regretté car Brides est une charmante station et que tout tourne autour des "gros"... C'est Grosland, tout est conçu pour eux, il y règne une joyeuse ambiance car tout le monde est décomplexé, il y règne une sensation de libération ! Et c'est la première fois qu'il me semble être une sylphide !
- Dans cette ville - ajoute Lola Dewaere - la mauvaise humeur, l'agressivité n'existent pas. Il y règne une ambiance sympathique, beaucoup de fraternité et d'entr'aide, une joie de se retrouver.
Charlotte, l'écriture a-t-elle été facile ?
Non, justement car il fallait que je trouve un juste équilibre, que ça passe par l'humour et l'émotion mais sans que ce soit caricatural ni larmoyant. Car derrière tout cela, il y a beaucoup de souffrance et il ne faut pas trop croire ces femmes qui se disent bien dans leur peau alors qu'elles ont des dizaines de kilos en trop. Je voulais aussi que ce soit un peu docu, un peu fiction car c'est un vrai grand et fort problème.
Difficile de trouver des artistes qui veuillent bien jouer "les gros" ?
Je voulais des artistes concernés, qui acceptent de jouer tels quels. Tous les figurants sont gros et ils sont venus de leur plein gré, d'un peu partout suite à un casting et aussi de Brides où, parmi les curistes, j'avais le choix. Ils savaient donc qu'on les verrait plein écran mais jamais dans le voyeurisme ou le ridicule. Ce qui était important pour moi, mais aussi important pour eux car ils se retrouvaient ensemble et ce fut un événement libérateur.
Ce film est un véritable coup de gueule !
Oui car je n'irai pas jusqu'à dire comme dans le film "Big is beautiful" mais être gros est un handicap et aussi un vrai problème de santé. C'est difficile à vivre et le problème c'est qu'il y a des mecs comme Lagerfeld, que je déteste, qui lancent des modes infâmes où les filles se croient coupables dès qu'elles ont 50 grammes de trop. On en arrive à l'anorexie et à la mort pour certaines. Aussi il faut un juste milieu entre l'anorexie et l'obésité. Et avouez qu'une femme ronde et pulpeuse c'est plus agréable à regarder ! Mais c'est aussi et avant tout, l'acceptation de soi... et des autres !
Julie Piaton, vous qui avez plus joué avec les gamins, comment vivent-ils cet état ?
Ils se vannent beaucoup entre eux, se font beaucoup de blagues car à cet âge-là ils n'ont pas encore vraiment de crise de conscience. Mais ils se voient tels qu'ils sont et se blindent en passant par l'humour, en roulant les mécaniques, en étant quelquefois agressifs. Lorsqu'ils sont entre eux ça va mais on sent que ça les gave de ne pas manger, de faire des soins pendant que les copains passent de vraies vacances. Après ça, ils ont du mal à en parler quand même, hors de leur bulle. Ils sont un peu dans le déni.
Charlotte, comment trouve-t-on des comédiennes pour de tels rôles ?
Avec difficulté car des rondes pulpeuses dans le cinéma français, c'est rarissime. La première choisie a été Catherine Hosmalin (La vie est un long fleuve tranquille) car nous sommes amies, je lui ai écrit une pièce qu'elle a mise en scène. Je savais qu'il n'y aurait pas de problème avec elle. Pour Victoria Abril encore moins de problème puisqu'elle joue une grosse qui est devenue une bombe. Nous avons fait trois films ensemble et jouer une avocate doublée d'une cagole marseillaise, ça l'a enchantée. Avec Lola Dewaere, je tenais enfin ma ronde pulpeuse. Et elle est tellement jolie ! Quant à Julia, c'est ma fille... mais je lui ai fait passer un casting et c'est l'équipe qui a décidé de la prendre. Sinon je ne l'aurais pas prise. Mais moi qui suis protestante et avais juré de ne jamais jouer avec mes enfants... c'est raté. Mais si c'est l'actrice idéale pour le rôle, pourquoi aller chercher ailleurs ? Je précise qu'elle ne fait pas partie des grosses du film !
Lola, comment reçoit-on une telle proposition de rôle ?
Sans vexation mais aussi en étant objective et positive. Je ne suis pas longiligne et j'ai choisi d'être comédienne. Donc... je dois m'accepter telle quelle et lorsqu'on me propose un si joli rôle, je ne peux que dire oui. D'autant que j'ai fait totalement confiance à Charlotte et que je n'ai jamais regardé un rush. C'est après, en voyant le film que j'ai été très déprimée car il est dur de se voir telle quelle. Ca peut paraître paradoxal et bizarre et même ambigu, de vouloir être comédienne et d'avoir du mal à se regarder...
-En fait -renchérit Charlotte - on a tous du mal à se regarder tel qu'on est et ont fait un métier où tout le monde vous regarde... C'est un métier de dingo !
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30° COULEUR...QUE CALOR !
Envoyé à Paris à l'âge de 10 ans contre sa volonté, Patrick, black antillais et néanmoins très bon élève, va devenir un historien brillant, célèbre mais psychorigide, oubliant ses racines et sa famille, devenant un "plus blanc que blanc". Il faudra le décès de sa mère pour que, 30 ans plus tard, il retrouve son île, sa famille mais il s'y sent étranger. Débarqué en plein carnaval, il retrouve son ami d'enfance, Zamba et va en quelque sorte faire un voyage initiatique, remonter le temps et redevenir un black humain.
C'est une belle fable entre folie et drame, entre humour et émotion, un film qui sort des sentiers battus, qui surprend, qui peut aussi troubler, décontenancer car Lucien Jean-Baptiste, qui en est l'auteur avec son complice de "La première étoile", Philippe Larue, mais aussi réalisateur et comédien principal avec Edouard Montoute, joue sur deux tableaux en évoquant la folie frisant la caricature d'une période de carnaval où tout est permis, tout est possible avec, en parallèle ce drame de l'incompréhension d'un black qui ne se sent plus chez lui et cette remise en question qui va se faire durant ces trois jours de fête.
Mais il joue, en contrepartie de cette farce, sur une émotion tout en nuance et si l'on met du temps à entrer dans le film (beaucoup aussi à cause du bruit étourdissant de la musique et de ce peuple qui hurle sa joie) vers la fin on s'attache à ces personnages dignes du cinéma Italien où toute tristesse peut être sujet à drôlerie et toute drôlerie cache souvent de grandes fêlures.
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"Ce film - nous confie Lucien Jan-Baptiste, venu présenter son film au Pathé Grand ciel avec Philippe Larue et Edouard Montoute - vient d'une problématique que j'ai un peu vécue en faisant le même chemin que Patrick... Ce sont des souvenirs, des bouts de vie, une phrase de ma mère qui voulait se faire enterrer à Paris car en Martinique il y avait trop de misère. J'ai donné tout ça en vrac à Philippe et je lui ai demandé d'en faire un scénario.
- Et moi j'ai dû faire avec car je n'ai pas vécu là-bas. Alors j'y suis allé, j'ai noté plein de choses, j'ai posé beaucoup de questions, je suis allé à la rencontre des gens, je me suis coulé dans cette vie si loin de la mienne, dans les coutumes, la façon de vivre, les croyances... Mais à côté de ça c'est un sujet universel : un homme quitte sa région pour vivre mieux ailleurs, pour trouver sa place au soleil et peu à peu, lorsqu'on se l'est faite, cette vie meilleure, on s'éloigne des siens. Cette situation arrive à beaucoup de monde.
Lucien, pourquoi en avoir fait ce personnage si sombre, si psychorigide ?
Parce qu'il n'a pas le choix. On lui impose un autre mode de vie, un autre monde parce qu'il est brillant. On l'arrache à ses racines, à sa famille. Il est bouleversé, en colère et puis, une fois qu'il a compris qu'il n'y avait rien à faire, il travaille avec acharnement pour être le meilleur black parmi les blancs. Il décide de devenir quelqu'un et ça ne se fait pas tout seul. Son retour sera le contraste entre ce personnage froid plongé dans un bain chaud.
Edouard, comment entre-t-on dans ce rôledéjanté de Zamba ?
Difficilement... surtout dans les robes de carnaval avec 15 kg qu'il a fallu que je prenne et les talons sur lesquels je dois courir ! Ceci dit, Zamba c'est une altération de Zampano et de Zorba. C'est un personnage excentrique, qui vit à 100 à l'heure une double vie et pour qui ces trois jours de carnaval sont le point d'orgue d'une année. Il est heureux et fier de retrouver son ami d'enfance et espère le retrouver comme à 10 ans. Bien sûr il a changé et il veut le faire replonger dans sa vie initiale. C'est un rôle très jouissif et très fort.
Lucien, difficile de filmer dans une telle folie de carnaval ?
Oui bien sûr, d'autant qu'on n'a que trois jours pour tourner ces scènes et si on les rate, c'est foutu pour un an ! Nous avions trois caméras, nous avions tout préparé à l'avance, vu avec les édiles, les organisateurs, la police et tout s'est en fait très bien passé.
Ce fait de jouer sur deux tableaux ?
Edouard l'a dit, il y a du Zampano de Fellini, du Zorba de Dassin... Je voulais, comme le font les Italiens, jouer sur ces deux sentiments, aller d'une extrême à l'autre tout en restant crédible. Mais quand on rit, on rit et quand on pleure... on pleure !
Philippe, quels peuvent être les difficultés d'écrire un tel scénario ?
Nous voulions que ce film soit à la fois lisible par les autochtones et par les métropolitains. Nous voulions aussi faire découvrir les Antilles car il y a peu de films sur ces îles qui sont à 8000 kilomètres de nous et surtout nous voulions sortir des livres d'images et des poncifs : la négritude et l'esclavage, les plages sublimes, Aimé Cézaire. On ne renie pas tout ça mais notre but n'était pas là. C'est un film sur un homme qui est parti loin des siens, qui a vécu une autre vie et qui ne se reconnaît plus dans cette première vie qu'il a quittée.
Lucien, cette ressemblance avec Lilian Thuram dont vous parlez dans le film, cela vous gène-t-il ?
Non pas du tout, c'est un clin d'œil car si vous tapez "black à lunettes" sur Internet, c'est lui qui sort ! Comme quoi le sport est plus porteur que la culture ! Ceci dit, cela m'a fait rire et j'ai joué là-dessus".
Après les trois représentantes du film "Mince alors !", nous n'avons pas été déçus des trois hommes de "30° couleur" !
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Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Monique brachet |